Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 06:00

Alain Krivine, lors d'une conférence de presse, le 8 avril 1974.Alain Krivine, lors d'une conférence de presse, le 8 avril 1974. © AFP / STF

Je sais, je sais, comme le chantait Gabin, cette chronique, qui semble sans queue ni tête, va dérouter certains de mes lecteurs, et pourtant elle n’est pas aussi foutraque qu’il n’y paraît, elle est pleine de liens, ceux de mes souvenirs.

 

Baby-boomer encore véloce, soixante-huitard non révisé, buveur de vin nu qui n’existaient pas au temps du PSU, j’ai croisé sur ma longue route, des gens fort différents.

 

La difficile restructuration financière de Pierre & Vacances

Le président et fondateur de Pierre et Vacances-Centre Parcs, Gérard Brémond, à Paris le 21 novembre 2018. 

 

Prenons Gérard Brémond, fondateur de Pierre & Vacances-Center Parcs, je l’ai rencontré dans un scénario type Citizen Kane (pour faire plaisir à ciné Papy), le prédateur étant en 1982, Robert Hersant, l’empereur de la presse qui avait concentré jusqu’à 40% des titres de la presse française dans les années 1980. Mon patron, Louis Mermaz, alors président du CG de l’Isère et de l’AN, voyait d’un mauvais œil les manœuvres du Robert pour mettre la main sur Le Progrès de Lyon et le Dauphiné Libéré. Il me confia la mission de provoquer un tour de table afin de contrer le papivore. C’est dans ces conditions que je rencontrai Gérard Brémond, de même que Jean-Claude Gallienne, le papa de Guillaume Gallienne, l’acteur bien connu. À cette occasion je constatai qu’il était plus facile d’aligner des millions de francs que d’en trouver quelques centaines pour faire ses fins de mois. Bref, le tour de table fut bouclé mais un veto vint de l’Elysée, Tonton nous fit savoir qu’Hersant était intouchable.

 

La concentration des médias au temps de Robert Hersant

 

Dix ans après sa mort en 1996, l’ombre de Robert Hersant plane encore sur son défunt empire de presse. De son vivant, le magnat était passé à travers toutes les gouttes, tant les autres pouvoirs, politique ou judiciaire, semblaient redouter le sien. À titre posthume, un vieux dessous de table de 90 millions de francs remonte tardivement à la surface, à l’occasion de l’interminable agonie du quotidien France-Soir. Ses ayants droit vont peut-être devoir assumer cet héritage encombrant, ressurgi d’un paradis fiscal.

 

Robert Hersant aura rythmé cinquante années de la vie politico-médiatique française et construit un empire de papier (Le Figaro, France-Soir, Auto Moto, Paris Turf, La Voix du Nord, Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Presse Océan, etc.), dont il ne reste aujourd’hui plus rien. Seule la Ve République pouvait mettre en selle ce type de personnage… Il est né en 1920 en Loire-Atlantique, fils d’un capitaine au long cours. Étudiant en Normandie, il est secrétaire des Jeunesses socialistes locales et fréquente alors deux futurs destins politiques : Jean Lecanuet, qui sera candidat centriste à l’élection présidentielle de 1965, et Alexandre Hébert, qui incarnera plus tard l’anarcho-syndicalisme avant de devenir membre du Parti des travailleurs (trotskyste-lambertiste). Mais Robert Hersant a d’autres vues : bien plus que la politique, il embrasse le monde de la presse. Au plus mauvais moment : sous l’occupation allemande.

 

Chef en 1940 du mouvement collaborationniste Jeune Front, il fonde deux ans plus tard le journal pétainiste

 

Que reste-t-il du Groupe Hersant ? ICI  

 

Revenons à Gérard Brémond sa capacité à séduire les décideurs, avec ce qu’il faut de rouerie et de prestidigitation économique. Ses armes ? « Empathie, humour, détermination » Il était jazzman, guitariste de bonne famille. Son quintette écume les caves parisiennes. Le succès le fuit, la passion lui reste ; il chroniquera l’avènement de John Coltrane pour Jazz Hot puis, fortune faite, rachètera la radio de jazz TSF et le Duc des Lombards, célèbre club parisien. Il s’amuse aujourd’hui de ses « horaires de jazzman » – difficile de le joindre le matin ou de l’empêcher de travailler le soir. Robert Faure, son factotum à Avoriaz, y voit la source de son art de la synthèse, de l’improvisation et du rythme des affaires.

 

L’expérience Avoriaz est à la fois rude et joyeuse. Une formidable vitrine, trop peu rentable, jusqu’à ce que le Festival du film fantastique, à partir de 1973, en fasse une station branchée où M. Brémond convie les cabinets ministériels comme les stars, et tisse ainsi son réseau. Il importe un modèle commercial original, la « nouvelle propriété » : des particuliers financent la construction d’une résidence en achetant de petits appartements, que Pierre & Vacances s’occupe de louer.

 

Nous avons sympathisés.

 

(Voir article plus bas : La triste sortie de Gérard Brémond)

Passons au café charbon : « Votre Taulier, lors d’une dégustation des vins du Plan de Dieu, au resto Touller Outillage, rue Pierre Timbaud, haut-lieu des bobos d’Oberkampf (le café charbon où je croisais le dinosaure de l’ancienne Ligue Communiste Révolutionnaire, Alain Krivine, le papa politique de Besancenot de la NPA) est tombé nez-à-nez avec Gilles Ferran et Calendal. ICI 

 

Alain Krivine et Olivier Besancenot, en 2005.© MARTIN BUREAU/AFP

 

Charbon, séduisante brasserie (a)typique, emblématique de l’Est Parisien ICI 

by Frédérique de Granvilliers

 

Alain Krivine est mort, mais pas le rêve présidentiel de l’extrême gauche française ICI 

 

Le décès d’Alain Krivine, figure historique de l’extrême gauche française, est intervenu samedi alors que cette mouvance politique sera bien présente dans les urnes le 10 avril, pour le premier tour de la présidentielle

Richard Werly

 

Publié dimanche 13 mars 2022

 

La révolution, en France, continue de passer par la conquête de l’Elysée. Au moins sur le plan symbolique. Décédé samedi à l’âge de 80 ans, le leader trotskiste Alain Krivine, co-créateur de la Jeunesse communiste révolutionnaire en 1966, incarnait toutes les aspirations contradictoires de l’extrême gauche française. Laquelle fut, dans les années 1970, l’un des principaux viviers de recrutements de la nouvelle génération de dirigeants du Parti socialiste, avec des personnalités telles que Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Christophe Cambadelis ou Pierre Moscovici, tous issus de la mouvance trotskiste dont ils s’extirpèrent après leurs études pour gravir les marches de la politique et du pouvoir, parfois jusqu’au sommet.

 

 

Krivine, ou le miroir d’une réalité française qui, vue de l’étranger même proche, continue de fasciner: celle de l’attirance d’une partie de l’électorat et de l’élite intellectuelle pour des thèses révolutionnaires qu’incarnent aujourd’hui dans la campagne présidentielle deux candidats déjà sur les rangs en 2017: Nathalie Arthaud, enseignante et porte-parole de Lutte Ouvrière. Et Philippe Poutou, ouvrier dans l’industrie automobile et figure de proue du Nouveau parti anticapitaliste. Il y a cinq ans, les deux avaient obtenu respectivement 0,64% et 1,09% des suffrages. Soit, sur la base d’un corps électoral de 48 millions, environ 800 000 voix. Alain Krivine s’était lui, par deux fois, porté candidat à l’Elysée. Il avait recueilli 1,1% des voix en 1969 (lors de l’élection de Georges Pompidou) et 0,4% en 1974 (lors de l’élection de Valery Giscard d'Estaing).

 

Evoquer le souvenir d’Alain Krivine revient à réveiller, y compris en Suisse Romande, un monde politique d’un autre âge alors que la guerre en Ukraine renvoie à la guerre froide et aux fantômes de l’ex-URSS: un âge internationaliste, façonné par les luttes idéologiques et les combats parfois physiques entre trotskistes et communistes «staliniens», dominé par les querelles intestines entre mouvements d’extrémum (divisée en France entre la Ligue Communiste révolutionnaire, devenue aujourd’hui le Nouveau Parti anticapitaliste, et Lutte Ouvrière) et soutenu, peu ou prou, par une frange non négligeable de la population. Krivine – dont le fils Frédéric est un réalisateur de télévision de premier plan, co-auteur de la série «Un village français» qui raconte le pays sous occupation allemande en sept saisons – était un enfant des années soixante, de la lutte antiaméricaine contre la guerre au Vietnam, des événements de mai 1968.

Alain Krivine et Arlette Laguiller participent à une manifestation contre l'intervention militaire au Tchad, en 1983.© GEORGES BENDRIHEM/AFP

«Militant jusqu'au bout»

 

Il était un «68ard qui n’a jamais renié ses convictions anticapitalistes et révolutionnaires et est resté militant jusqu’au bout», a souligné Nathalie Arthaud – successeure à Lutte Ouvrière d’Arlette Laguillier, l’ex-rivale politique de Krivine bien plus populaire jusqu’à obtenir 5,30% des suffrages à la présidentielle de 1995, et 5,72% en 2002 – qui lui reprochait pourtant d’avoir rompu avec le communisme et de ne plus prononcer ce mot. «Il était une figure du combat vital de l’opposition de gauche à ce stalinisme dont Poutine est l’ultime avatar», a pour sa part commenté le fondateur de Médiapart Edwy Plenel, qui démarra sa carrière journalistique à Rouge, le journal de la Ligue Communiste révolutionnaire.

 

De ce monde politique là, nourri à la soif d’égalité et au rejet du système capitaliste, trois types de personnalités politiques sont sorties en France. Les premiers sont les ex-trotskistes qui s’employèrent ensuite à gommer leur passé, comme l’ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin. Les seconds sont les militants restés passionnés par la lutte et résolus à dénoncer tous les pouvoirs, comme Olivier Besancenot, Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, dont le seul moment d’exposition au premier plan est la présidentielle, même si celle-ci est un combat inégal (ils seront ainsi absents, l’un comme l’autre, de la première grande émission TV sur la guerre en Ukraine avec huit des douze candidats lundi sur TF1) . Et un troisième a réussi, seul, à concilier à la fois sa fidélité et une posture rassembleuse: Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, parvenu à 19,6% des voix au premier tour de la présidentielle de 2017. Mélenchon qui, de nouveau candidat en 2022 (crédité pour l’heure de 11 à 15% des voix) a salué le décès d’Alain Krivine en ces termes: «Émotion et chagrin. Une pensée affligée à sa famille et salut fraternel à tout le mouvement trotskiste».

 

Pourquoi une telle persistance du trotskisme et de ses avatars en France? Pourquoi deux candidats à nouveau sur la ligne de départ du sprint élyséen? La seconde question trouve sans doute sa réponse dans une «frustration» de la gauche française. «Beaucoup d’élus de gauche donnent leurs parrainages à l’extrême gauche pour se faire en quelque sorte pardonner commentait devant nous récemment le politologue Pascal Perrineau. Les mouvances trotskistes, c’est la nostalgie de la révolution, c’est l’idée que la lutte finira bien par l’emporter, ou en tout cas qu’elle ne meurt pas». Et pourquoi deux candidats? «Krivine, alias «le président» incarnait aussi l’esprit féroce de chapelles de cette gauche groupusculaire, avec son lot de règlements de comptes, de zones d’ombres, d’autocritiques et de contradictions, juge un de ses anciens amis, un temps élu écologiste. Cette gauche ultra-radicale se vit en combat permanent. Elle ne peut se résoudre à l’union ou au compromis puisqu’elle affirme détenir la vérité sur la société». Dans son livre de mémoires publié en 2006, Alain Krivine avait osé un titre provocateur « Ça te passera avec l’âge..» (Flammarion). Pour mieux s’employer à dire, au fil des pages, que le goût de la révolution, chez lui, ne s’était jamais éteint.

 

Photo archives Progrès /Renaud LAMBOLEZ

Domaine Ganevat : le nouveau propriétaire russe va devoir vendre ICI 

 

La famille Pumpyansky figure sur la liste noire de l’Union européenne visant à sanctionner la Russie pour l’invasion de l’Ukraine. Six mois après avoir fait l’acquisition du célèbre domaine situé à Rotalier, elle est contrainte de s’en défaire. Un énorme coup dur pour Jean-François Ganevat qui restait étroitement associé à l’exploitation.

Par Arnaud BASTION

Image

1983, roulée – intemporel

Éprouvé par la crise sanitaire et écrasé par la dette, Pierre & Vacances-Center Parcs a un besoin urgent de nouveaux investisseurs pour renforcer son assise financière. Rothschild & Co, qui conseille le groupe de résidences de tourisme fondé par Gérard Brémond, avait demandé aux prétendants de remettre leurs propositions fermes lundi 8 novembre : trois offres étaient attendues, mais, déception, deux seulement devraient porter sur la totalité du groupe.

 

L’une émane d’un consortium regroupant l’investisseur immobilier français Atream, associé aux fonds londoniens Alcentra et Fidera, l’autre est présentée par le fonds de capital-investissement américain Sixth Street. Dernier postulant, l’attelage entre le fonds américain Certares (déjà actionnaire de Voyageurs du monde et Marietton) et le new-yorkais Davidson Kempner paraissait jusque-là tenir la corde. Mais, selon nos informations, le tandem aurait in extremis renoncé à déposer une offre globale, réduisant son intérêt à Center Parcs. Ce qui serait un coup dur pour les organisateurs de ce « processus d’adossement ».

 

Après des mois de panne sèche, pour cause de confinement et de restrictions sanitaires, l’activité redémarre à peine pour Pierre & Vacances. Le groupe s’est félicité, le 19 octobre, d’avoir dégagé, entre juillet et septembre, « une croissance du chiffre d’affaires des activités touristiques de 17,3 % par rapport au même trimestre de l’exercice précédent, et de 2,2 % par rapport à l’été 2019 ». Les réservations sont également en hausse par rapport aux deux exercices précédents. Mais cette reprise de l’activité ne suffit pas, à elle seule, à remettre sur pied l’opérateur de tourisme et promoteur immobilier qui accumule les pertes depuis dix ans : son endettement a grossi pendant la crise, pour atteindre 1,1 milliard d’euros.

 

L’Etat suit de près le dossier

 

Une restructuration financière apparaît dès lors indispensable afin de réduire le poids de cette dette. De deux manières. D’abord en remboursant la dette d’urgence émise au premier semestre grâce aux capitaux apportés par les investisseurs, soit environ 300 millions d’euros. Ensuite en convertissant une partie des crédits en actions. A quel niveau ? C’est ce que chacun des prétendants devra détailler dans son offre. A noter qu’Alcentra et Fidera sont des porteurs de dette de Pierre & Vacances tandis qu’Atream a investi près de 600 millions d’euros dans des résidences du groupe de tourisme.

 

Le projet industriel et la capacité à développer le groupe tricolore seront également des critères importants pour Franck Gervais, le directeur général de Pierre & Vacances. Cependant, les investisseurs devront au premier chef convaincre Gérard Brémond, le président du groupe. L’octogénaire détient 49,4 % du capital de Pierre & Vacances et plus de la moitié des droits de vote à travers une holding, elle-même endettée. Selon plusieurs sources, les repreneurs sont incités à investir directement dans la holding de M. Brémond, afin de renflouer l’homme d’affaires.

 

Un montage qui pourrait fâcher les petits porteurs. En outre, l’entrepreneur n’est pas le seul à décider. Pour s’assurer d’avoir leur mot à dire, les « partenaires financiers » de Pierre & Vacances ont obtenu, en mai, en échange d’un prêt de 300 millions d’euros, que les titres de Center Parcs – le principal actif du groupe – soient placés en garantie dans une fiducie. De quoi donner à ces créanciers un puissant levier dans la discussion.

 

Les investisseurs devront au premier chef convaincre Gérard Brémond, le président du groupe qui 49,4 % du capital de Pierre & Vacances et plus de la moitié des droits de vote à travers une holding

 

Or, ils ont peu été associés aux négociations avec les repreneurs jusqu’à présent. D’aucuns n’excluent pas que les banques décident in fine de prendre le contrôle de l’opérateur de tourisme, si leurs intérêts n’étaient pas respectés. Tout le monde a en tête comment BNP Paribas et Natixis notamment ont pris la barre du groupe Bourbon en 2019 après un bras de fer avec Jacques de Chateauvieux, le fondateur du spécialiste des services maritimes.

 

L’Etat, enfin, suit de près le destin du dernier géant national du tourisme. Et pas seulement car il a garanti deux prêts pour un montant total de 274,5 millions d’euros. Le dossier est politique à plus d’un titre. Les six Center Parcs en France sont des investissements dans des territoires à l’écart des circuits touristiques, auxquels les collectivités locales sont associées logistiquement et économiquement. La Caisse des dépôts et consignations est un propriétaire important d’appartements et de cottages.

 

Surtout, quelque 20 000 foyers français ont succombé aux tentations de la déduction fiscale liée aux résidences de tourisme, et sont aujourd’hui propriétaires particuliers de cottages ou d’appartements. Un tiers d’entre eux a refusé la dernière proposition de conciliation du groupe, qui leur réclame un abandon de sept mois et demi de loyer.

 

Clément Guillou et Isabelle Chaperon

Partager cet article
Repost0
11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 06:00

Le Biafra nous a appris la médecine du dénuement » Bernard Kouchner. - Le  blog de JACQUES BERTHOMEAU

Je suis Michel Houellebecq, suis au sens de suivre, depuis la publication chez Maurice Nadeau en 1994 d’Extension du domaine de la lutte. J’ai lu presque tous ses opus, sauf Sérotonine qui m’est tombé des mains, La carte et le territoire 2010 est pour moi le plus abouti.

 

Pourquoi ?

 

Tout bêtement le hasard, mes accointances avec le 78 rue de Varenne ont fait que je me suis intéressé au fleuron de notre enseignement agricole, l’ex-INA-PG, Institut National Agronomique Paris-Grignon et qu’un rocardien sorti  de cette prestigieuse école, IGREF de surcroît, nul n’est parfait, me signala qu’un trublion, sorti lui aussi de ce nid de gros QI, venait de commettre un petit bouquin, écrit à la truelle, dont le héros travaillait dans une DDA (Direction Départementale de l’Agriculture) et que ce Houellebecq, au nom sonnant comme une abbaye normande, de surcroît, avait bossé au service informatique du Ministère. J’achetai. Je lu. Tout Houellebecq est dans ce livre.

 

 7 novembre 2006

Une caricature de socialiste agricole ICI 

 

Le quatrième représentant du ministère est une espèce de caricature du socialiste agricole : il porte des bottes et une parka, comme s'il revenait d'une expédition sur le terrain ; il a une grosse barbe et fume la pipe ; je n'aimerais pas être son fils. Devant lui sur la table il a ostensiblement posé un livre intitulé : « La fromagerie devant les techniques nouvelles. »  Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il fait là, il ne connaît manifestement rien au sujet traité ; peut-être est-il un représentant de la base. Quoiqu'il en soit il semble s'être donné pour objectif de tendre l'atmosphère et de provoquer un conflit au moyen de remarques répétitives sur «  l'inutilité de ces réunions qui n'aboutissent jamais à rien », ou bien sur «  ces logiciels choisis dans un bureau du ministère et qui ne correspondent jamais aux besoins réels des gars, sur le terrain ».

 

Extraits de mon petit roman du dimanche

 

« Dans ma main droite le titre du petit bouquin m'étonnait : « Extension du Domaine de la lutte », ça sonnait comme du pur jus d'intello post-soixante-huitard non révisé, prétentiard. Si je l'ai ouvert c'est qu'il était édité par Maurice Nadeau. J'ai toujours eu un faible pour Nadeau. Y avait un nom écrit au crayon au revers de la couverture : Chantal Dubois-Baudry. Les patronymes à tiret m'ont toujours fasciné, à la manière de la transmutation d'un vil métal en or. Mon doyen de fac s'appelait Durand-Prinborgne et, comme raillait mon pote Bourrassaud, quand je m'extasiais sur un Dupont-Aignan ou une Debrise-Dulac « et mon chauffe-eau c'est un Saunier-Duval... » La Dubois-Baudry était la reine du soulignage alors j'ai survolé les phrase soulignées du petit bouquin fripé. Et puis y'en a une que j'ai relu trois fois « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. » J'ai fait machine arrière et je me suis plongé dans le petit bouquin fripé au titre étrange. »

 

« Ce Houellebecq m'avait dérangé. Il m'énervait même si son style atone, minimal, s'élevait parfois jusqu'à devenir Bovien. Son Tisserand, l'un de ses personnages, venait de détruire mon postulat de la laideur. Ce type « dont le problème - le fondement de sa personnalité, en fait - c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… » Ce type grotesque, lamentable, j'avais envie de tirer la chasse d'eau sur lui mais je ne pouvais pas. Que pouvait-il faire ce laid, en dehors de se résigner, d'épouser une moche, d'aller aux putes ou de devenir riche ? »

 

Bien sûr, j’ai donc acheté son dernier opus : anéantir

 

Preuve que notre Houellebecq s’est embourgeoisé Flammarion nous offre une jaquette cartonnée.

 

Ce matin, je vous offre un morceau très potache du grand auteur dont l’œuvre intégrale sera, sans nul doute, édité sur papier bible dans la Pléiade de Gallimard.

 

 

Paul, le héros d’anéantir, inspecteur des Finances, membre du cabinet et confident du Ministre de l’économie Bruno, est dans le bureau de la médecin-chef de l’hôpital lyonnais, où est hospitalisé son père victime d’un AVC, en compagnie de sa sœur très bigote Cécile et de la compagne de son père, la brave Madeleine. Son père est sorti du coma et peut être transféré en EVC-EPR au centre hospitalier de Belleville-en-Beaujolais.

 

Anéantir

 

«La médecin-chef eut un geste de satisfaction, mais en même temps elle n’avait pas terminé son exposé, et elle aimait terminer ses exposés. « C’est une petite unité, d’une quarantaine de lits, créée à la suite de la circulaire Kouchner du  3 mai 2002… » commença-t-elle avec douceur, et là personne ne pouvait se rendre compte mais cette circulaire avait été la dernière signée personnellement par Bernard Kouchner, juste avant qu’il doive quitter ses fonctions en raison de l’élection présidentielle, dont le second tour avait lieu le surlendemain, le 5 mai, et pour elle c’était bouleversant parce avait été amoureuse de Bernard Kouchner pendant toute son adolescence, amoureuse grave, et que cela avait pesé lourd dans sa décision d’entreprendre des études de médecine, elle avait même le demi-souvenir un peu honteux de s’être, le soir de l’inscription à la fac de médecine, masturbée devant une affiche de Bernard Kouchner en meeting qui décorait sa chambre, ce n’était pourtant qu’un meeting du parti socialiste, il n’avait même pas de sac de riz. « Comme beaucoup d’unités EVC-EPR, elle est adossée à un EHPAD », poursuivit-elle alors qu’elle se remettait difficilement, qu’elle sentait quelque chose de trouble et d’humide envahir son entrejambe, l’évocation de Bernard Kouchner elle avait vraiment intérêt à éviter. Au bout de trente secondes de respiration coordonnée, elle se reprit. 3Oui, je sais dit-elle en se retournant vers Cécile, les EPHAD ont une mauvaise réputation, et c’est loin d’être injustifié, il est vrai que dans l’ensemble ce sont des mouroirs ignobles, je ne devrais peut-être pas dire ça mais à mon avis les EPHAD sont l’une des plus grandes hontes du système médical français. Cela dit, en l’occurrence, l’unité EVC-PCR est gérée de manière autonome, au moins sur le plan thérapeutique… »*

Pages 189-90

Partager cet article
Repost0
10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 06:00

Sainte-Victoire et Cézanne

BIGAILLE, subst. fém.

 

B.− Menu fretin, Menue monnaie

.

ÉTYMOL. ET HIST. –

 

1. Av. 1738 « nom générique des insectes ailés dans les colonies » (Le Père Labat dans Trév. Suppl. 1752 : Il semblait que tous les atomes de l'air se fussent convertis en moustiques, en maringouins et en une autre espèce de bigaille qu'on appelle des vareurs); d'où 1936 arg. « mousse du bord, vermine » (Esn.);

 

2. 1926 (Lar. mén. : Bigaille. Nom donné au fretin d'espèces diverses vendu sur les marchés aux poissons);

 

3. 1935 « menue monnaie » (A. Simonin, J. Bazin, Voilà taxi! p. 211 : Sous, billon, menue monnaie : Bigaille).

 

Argot : blé, braise, clinquaille, fafiot, ferraille, galette, mitraille, piastre, picaillons, quincaille, rotin, sous, vaisselle de poche…

 

Hiérarchie de papier, pyramide administrée, strate valorisante n’apporte guère plus de blé dans l’escarcelle des AOP…

 

« Ce n’est pas une montée en cru, c’est donner la possibilité à adjoindre une mention valorisante à une DGC qui ont prouvé leur notoriété et l’implication des producteurs et la part de volume produit »

 

« Cette nouvelle strate valorisante va permettre d’« apporter une reconnaissance aux DGC qui ont acquis une forte notoriété et une réussite économique, mais qui n’ont pas forcément vocation à devenir des appellations à part entière »

 

Cette mention de cru pour Les DGC « correspond à un besoin de reconnaissance par les consommateurs. Depuis de nombreuses années, on s’aperçoit qu’il manque un aspect valorisant quand on parle de DGC. Le consommateur ne perçoit pas de notion pyramidale » souligne Éric Pastorino, le président de la Fédération Régionale des vins AOC du Sud-Est

 

« Il y a échelon supplémentaire dans l’organisation pyramidale des AOC. En Provence, la DGC Sainte-Victoire pourrait y prétendre comme elle a son aire délimitée. Elle pourra s’appeler Côte de Provence cru Sainte-Victoire. »

 

Conditions d’accès ICI 

 

DGC Côtes de Provence Notre Dame des Anges by Julia Scavo - ASNCAP  Association des Sommeliers de Nice Côte d'Azur Provence dégustation voyages  organisation événement vin et vignoble millésimes

 

AOC : que signifie la création d’un nouveau niveau hiérarchique pour le monde viticole ?

 

L’Institut National de l’Origine et de la Qualité autorise la création de «crus» au sein des Dénominations Géographiques Complémentaires.

 

Par Thierry Masclot

 

Publié le 28/02/2022

 

C’est peut-être un détail pour les non-initiés, mais pour les vignerons cela veut dire beaucoup. Le comité national des vins d’appellation a validé la création d’un niveau supplémentaire à la pyramide des vins d’appellation. Une proposition issue d’un rapport du groupe de travail de hiérarchisation de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO).

 

Explications : jusqu’à présent, au sein de chaque Appellation d’origine contrôlée (AOC), certains territoires plus restreints pouvaient ajouter une Dénomination Géographique Complémentaire (DGC).

 

Un exemple ?

 

La DGC Notre Dame des Anges, qui regroupe depuis 2020, 10 communes varoises au sein de l’appellation Côtes-de-Provence. Le problème, ce travail de délimitation de micro-terroirs spécifiques est quasi sans fin…

 

Les DGC se sont multipliées au fil des ans. Jusqu’à perdre une partie de leur caractère valorisant auprès des consommateurs. D’où l’idée de créer un échelon hiérarchique en leur sein. Ainsi, certaines DCG pourront désormais ajouter la mention «cru» sur leurs étiquettes, ce qui donnera «nom de AOC + cru DGC».

 

 

L’esprit de cette réforme est de valoriser les DGC qui ont réussi à développer leur notoriété, et à afficher une réussite économique. Pour espérer ajouter «cru» à leurs étiquettes, les DGC doivent être celles d’un lieu-dit ou d’une zone de 1 à 10 communes pas plus, avoir un terroir homogène et des conditions de production spécifiques, et enfin, être reconnues par les professionnels, lors notamment de dégustations. Dans un contexte de concurrence exacerbée et de baisse de la consommation, cette décision va clairement dans le sens de la Premiumisation de l’offre des AOC.

Partager cet article
Repost0
9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 06:00

Les Promesses de Thomas Kruithof - la critique

Ça fait un bail que je n’ai pas posé mes fesses sur le velours d’un fauteuil  d’une salle de ciné, suis devenu casanier, confinement oblige, je feuillette même pas Télérama, alors j’suis guère au parfum des sorties de film.

 

C’est le titre d’un article du Monde : Reda Kateb : « Le vin est comme un océan et moi, je reste dans un petit coin en baignade surveillée » qui m’a mis la puce à l’oreille.

 

 

VINS & AUTRES PLAISIRS LIQUIDES

 

Le vin, la politique : Reda Kateb incarne un directeur du cabinet de la maire d’une ville de Seine-Saint-Denis, interprétée par Isabelle Huppert, l’Algérie de son père, un cocktail qui colle bien avec la ligne éditoriale de ce blog.

Stickers Silence on Tourne - Art & Stick

 

 

Les Promesses | Festival 2 Cinéma de Valenciennes 2021

 

L’acteur est à l’affiche des « Promesses », avec Isabelle Huppert, un long-métrage qui explore les ressorts de la politique, en pleine campagne présidentielle. Sans se targuer d’être un spécialiste, il évoque volontiers son rapport au vin, fait de souvenirs et de coups de cœur.

 

Propos recueillis par Rémi Barroux ICI

 

Dans Les Promesses, film de Thomas Kruithof, sorti le 26 janvier, l’acteur Reda Kateb incarne un directeur du cabinet de la maire d’une ville de Seine-Saint-Denis, interprétée par Isabelle Huppert. Révélé dans Un prophète (2009), de Jacques Audiard, il a joué dans des dizaines de films, dont Hippocrate, Django, Le Chant du loup, et des séries télévisées aussi passionnantes que Possession ou En thérapie. Il va bientôt tourner en Algérie Omar la Fraise avec le réalisateur Elias Belkeddar. Accompagné (toujours) de son chien, Paulo, un croisé yorkshire et fox-terrier, Reda Kateb, Montreuillois de 45 ans né à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), évoque la politique et le vin, qu’il aime goûter « sans en être spécialiste », prévient-il.

 

  • Dans « Les Promesses », vous refusez de boire du vinho verde lors d’un déjeuner de travail avec la maire mais vous acceptez moult verres d’une eau-de-vie lors d’une fête de la communauté serbe. Goût personnel ou effet du scénario ?

Le scénario bien sûr mais il est vrai que, pour un vrai déjeuner de travail, je suis plutôt eau pétillante. Pour la soirée serbe, comme c’était la dernière scène à tourner, on en a fait une sorte de fête de fin de tournage. La belle bande de Serbes nous a accueillis dans le café et on a bien goûté cette eau-de-vie.

 

  • Aimez-vous le vin ?

 

Sans être fin connaisseur, j’aime bien. Un petit verre de rouge le soir. Ma première approche du vin, c’était à 17 ans, quand j’étais étudiant en lettres à la Sorbonne. J’étais porteur de hotte lors de vendanges à Château Margaux, dans le Médoc. Cette rencontre avec le travail de la terre reste un bon souvenir même si j’en suis sorti avec le dos brisé. Il y avait des paysans du coin, des routards, des étudiants, une mixité qui me plaît et que je retrouve à Montreuil. J’adorais la pause, vers 10 heures, avec le pâté des Landes, le verre de rouge – de château margaux quand même…

 

« Je me souviens des apéros que je partageais avec mon père. C’était une façon de nous approprier la culture populaire en France. »

 

A mon adolescence, ma mère est partie vivre à côté de Bordeaux. Elle achetait du vin en cubi, à Saint-Emilion, pour le mettre en bouteilles. C’était leur vin de table. Le goût familial était beaucoup entre-deux-mers, médoc, graves, mais ces vins m’ont un peu écœuré, avec un boisé assez fort. J’ai eu envie d’aller chercher autre chose, du côté de la Bourgogne. J’aime beaucoup le pinot noir, les hautes-côtes-de-nuits. C’est un nom qui me fait rêver, comme une belle chanson.

 

  • Cette nouvelle approche du vin, vers quel âge était-ce ?
  •  

Quand j’ai commencé à m’embourgeoiser, dans la trentaine, après le film Un prophète. Avec les repas de travail, les voyages, j’ai eu accès à de bonnes tables. Cela dit, quand je fais des soirées palabres jusqu’à pas d’heure, dans un café de Montreuil avec mes copains, on est plutôt bière. J’ai gardé cette habitude festive de ma période étudiante et même après.

 

  •  Avez-vous des vins préférés ?
  •  

Pour moi, un bon vin est indissociable d’un lieu, d’une histoire et d’un plat à partager. Les vins que j’apprécie sont ceux que je veux goûter avec des amis et qui vont s’accorder au mieux avec notre repas. J’ai un coup de cœur pour les vins blancs secs, les bourgognes – notamment [du domaine] Les Enracinés, un petit mâcon –, les chablis, des languedocs… Des vins italiens aussi, comme le terre-brune sarde ou ceux des Cinque Terre, où j’aime à me promener, du côté de Levante [sur la côte ligure]. Ces vins sont magnifiques sur des pâtes alle vongole ou à la poutargue et aux pistaches, que j’aime cuisiner.

 

  • Etes-vous conseillé pour acheter des bouteilles ?

 

Je possède une armoire à vins que je renouvelle souvent. J’achète et on m’offre. A la fin du tournage des Promesses, on m’a offert quelques bouteilles de meursault et des médocs. J’ai un ami qui m’a fait découvrir des vins nature. On passait des soirées dans un restaurant à Montmartre qui porte bien son nom, Le Grand 8, car on finissait souvent la tête à l’envers, après avoir dégusté par exemple des juras, légers et complexes à la fois. Un autre ami qui vit au Japon m’a aussi initié au vin. Il avait le talent pour parler d’une bouteille, vous mettre sur la piste de votre goût, sans vous saturer d’informations.

 

  • Le vin doit-il raconter une histoire, comme un film ?

 

Oui et la comparaison va plus loin. Il y a des films légers, comme celui du dimanche soir, où on ne veut pas s’engager émotionnellement. Dans le vin, c’est pareil. J’aime bien, de temps en temps, un petit beaujolais qui sait se faire discret avec un plat de bistrot.

 

  • Le champagne n’est-il pas incontournable dans le milieu culturel ?

 

De moins en moins. J’ai connu, il y a douze ans, des rivières de champagne. Aujourd’hui, il arrive souvent qu’on serve de la sangria ou des kirs lors des fêtes de fin de tournage. Pour des raisons de budget et parfois d’image. Mais j’aime beaucoup le Mumm, le Piper-Heidsieck aussi. J’apprécie des champagnes plus modestes mais je ne sais pas encore les trouver. J’aimerais faire un stage d’œnologie pour découvrir ce monde. J’ai l’impression que le vin est comme un océan alors que moi je reste dans un petit coin en baignade surveillée.

 

  • Le vin est souvent stigmatisé pour des raisons culturelles, religieuses ou de santé. Qu’en pensez-vous ?

 

Je me souviens des apéros que je partageais avec mon père [Malek-Eddine Kateb, acteur franco-algérien de théâtre et de cinéma, et neveu de l’écrivain algérien Kateb Yacine]. C’était une façon de nous approprier la culture populaire en France, ses codes, voire de les transformer. Les enfants d’immigrés, à qui il arrive de ressentir une forme d’exclusion sociale devant des pratiques culturelles, peuvent découvrir et apprécier ce qui ne leur est pas promis.

 

Dans une scène des Promesses, lors d’un repas un peu tendu, je raconte une longue anecdote sur Barack Obama à la maire, jouée par Isabelle Huppert. J’ai proposé au réalisateur que je finisse mon récit en croquant un morceau de saint-nectaire, avec du pain et une gorgée de vin rouge. Ce geste veut dire beaucoup pour un enfant d’immigré qui se retrouve à une table bourgeoise. Il signifie : « Je peux comme vous apprécier tout ce qui est bon. » C’est une forme d’appropriation. Comme quand des jeunes de quartier s’habillent en Lacoste. Il n’y a pas de limites et de frontières aux identités. On peut accéder à des choses qui ne nous sont pas destinées et exceller.

 

  • Boire du vin dans les sociétés de culture musulmane pose-t-il problème ?

 

Il y a un rapport parfois schizophrénique, un monde entre ce que l’on montre et ce que l’on est. J’ai bien sûr connu les mariages où on trouvait sur les tables de l’eau, du Coca, pendant que, dehors, les hommes buvaient du vin et de l’alcool sortis des coffres des voitures. Je propose plutôt de relire le grand poète et philosophe persan des XIe et XIIe siècles, également mathématicien, Omar Khayyam. Il a écrit les Rubayat, des quatrains à la gloire du vin, et notamment : « Bois du vin ! Tu ne sais pas d’où tu es venu ! Vis la vie ! Sais-tu, vers où t’en iras-tu ? » Omar Khayyam voit dans ce breuvage quelque chose de mystique, la louange du plaisir ici-bas. Une transcendance [ce poète est également l’auteur de L’Amour, le désir et le vin]. L’alcool produit souvent des excès mais le plaisir, c’est le dosage de son ivresse.

 

  • « Les Promesses », un film sur l’ambition et les décisions d’une maire, ne colle-t-il pas au climat actuel de rejet de la politique ?

 

Non. Les réactions lors de projections et débats dans de très nombreuses villes, par exemple à Clichy-sous-Bois [Seine-Saint-Denis], où a eu lieu le tournage, disent le contraire. Les gens voient dans le film autre chose que le « tous pourris », l’ambition démesurée, la corruption… Ils restaient après les projections pour parler. Ils nous disaient merci de montrer « autre chose que ce début de campagne présidentielle », la notion de dévouement par exemple. Ce film montre, il est vrai, les ressorts intimes des petits travers, des renoncements, de la médiocrité parfois. Mais au milieu de ces tambouilles, il y a un projet très concret de réhabilitation d’une cité – et on voit le véritable impact que peut avoir le politique sur la vie des gens. Cela donne, à l’arrivée, une vision de la banlieue qui, pour une fois, ne passe pas par le prisme de la délinquance, de la police, de l’islamisme dans les quartiers.

 

Je suis en phase avec ce film, une certaine finesse dans la façon de montrer la réalité, une confiance aussi dans le spectateur, de suggérer enfin que des responsables politiques gagneraient à ne pas prendre les gens pour des cons. Au-delà, j’ai aimé jouer un directeur du cabinet qui n’est pas un élu mais se révèle important sur l’échiquier politique – une première pour moi. Et puis j’ai été séduit par le scénario. Je suis très attentif au rythme, aux dialogues. C’est un film de langage, l’action et la mécanique narrative se déroulent par la langue.

 

  • Le film est sorti au début de la campagne présidentielle. Est-ce un hasard ?

 

C’était un choix délibéré. J’étais content de pouvoir évoquer autre chose que ce que l’on entend en ce moment, avec un déficit terrible de propositions, l’instrumentalisation de la peur et de la colère pour cibler des boucs émissaires, alors qu’il faut au contraire instiller une note d’espoir, qui est l’essence même de la politique.

 

  • Au générique apparaît un nouveau « métier » du cinéma : « référent Covid ». Comment avez-vous vécu les confinements ?

 

Le premier avec beaucoup d’incertitudes même si la période a été pour moi assez salutaire. J’avais besoin de me poser un peu après avoir beaucoup tourné, beaucoup voyagé. C’était bien de marquer une pause, d’être plus en famille [Reda Kateb est père d’un garçon de 7 ans, Enzo], de voir mes voisins…

 

On a tourné Les Promesses pendant le deuxième confinement, à l’automne 2020. C’était étrange. On traversait la ville, il n’y avait quasiment personne dans les rues ; que des gens masqués. Ça manquait terriblement de vie alors qu’un tournage, pour ses scènes urbaines, a besoin de figurants mais aussi d’une animation normale, avec des personnes qui bougent et circulent. La production a dû recréer des moments de « la vie d’avant ». C’était comme si la réalité et la fiction étaient inversées…

 

Rémi Barroux

Partager cet article
Repost0
8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 06:00

Josh Arkey avec des clients dont Sally Quinn (à droite) au Karen's Diner à Sydney.CRÉDIT:RENÉE NOWYTARGER

 

En Australie chez Karen’s Diner c’est du marketinge, de la frime, un coup pour faire du buzz, alors qu’à  Paris c’est un état d’esprit :

 

  • Champions toute catégorie de l’exécrabilité les garçons de café des terrasses parisiennes (bien évidemment, il y a des exceptions qui confirment la règle)

 

  • Sur un registre moins radical, les sommeliers ou ières, les serveurs ou euses des maisons étoilées ou des bistronomiques bobos qui, sur instruction du chef, vous récitent, interrompant souvent la conversation, la composition des œuvres du maître-queue, ou pour les fourgueurs ou euses de jaja, étalent leur science des vins avec des airs compassés, nous sommes tous des ignorants bien sûr, afin de nous fourguer une boutanche avec au cul plein de zéros.

 

Certains penseront que je pousse le bouchon un peu loin, je le fais à dessein pour souligner le formatage du langage : « bonne dégustation » par exemple, le convenu fade des conseils, l’absence de spontanéité, l’incapacité à laisser, ceux qui servent, s’adapter aux désirs du client, corseter la politesse…

 

Pour modérer mes propos je concède qu’une part de la clientèle des établissements cités est chiante, suffisant et méprisante…

 

Bref, pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer !

 

Dans les établissements de la chaîne australienne Karen’s Diner, le client n’est pas roi et le personnel est détestable. Un curieux concept, devenu viral sur les réseaux sociaux.

 

Revenons aux kangourous : ICI

 

 

« Nourriture délicieuse, serveurs exécrables. » Telle est la devise de la franchise de restaurant australienne Karen’s Diner. Dans ces établissements au style des diners américains des années 1950, les clients n’ont clairement pas leur mot à dire. The Age ICI a relaté l’expérience vécue par Sally Quinn, une cliente du Karen’s Diner de Sydney. « Le serveur leur a crié dessus quand ils sont arrivés et a jeté les menus sur la table », rapporte le quotidien australien :

 

Il les a également plantés au beau milieu des commandes, a fait tomber le sac de Sally Quinn, s’est moqué de la coiffure de sa fille et n’arrêtait pas de jurer et de faire des gestes obscènes quand les clients lui posaient des questions.”

 

Ce qui semble être une terrible mésaventure s’avère être un nouveau concept de restauration. En effet, les serveurs et serveuses d’un Karen’s Diner ont le droit d’être désagréables et impolis envers la clientèle. D’ailleurs, le panneau affiché sur la devanture du restaurant annonce la couleur : « Prenez place et fermez-la ».

 

Une cliente réprimandée parce que végane

 

C’est grâce aux réseaux sociaux, et notamment à TikTok, que ces restaurants ont vu leur popularité augmenter. Des vidéos tournées au sein du restaurant de Sydney sont devenues virales :

 

Dans celle ci-dessous, la cliente qui a filmé se fait réprimander par une serveuse car elle est végane. L’employée incite toute la clientèle à huer la végétalienne.

 

 

Un humour auquel il vaut mieux avoir été préparé, concède Sally Quinn, qui a été informée du concept avant de se rendre au restaurant :

 

Je n’apprécierais pas du tout de me retrouver ici par hasard, en touriste, sans savoir à quoi m’attendre, en pensant passer un bon moment et simplement manger un burger dans un ‘diner’ à la déco des années 1950.”

 

Selon The Age, le “Karen” de Karen’s Diner fait référence « à un terme d’argot qui désigne ce genre de client pénible qui se croit tout permis et demande à parler au patron pour des détails insignifiants ».

 

Comme le rappelle le site chilien The Clinic, on désigne sous le nom de “Karen” “une femme de la classe moyenne, qui se croit supérieure aux autres parce qu’elle est blanche.”

 

Au sein du Karen’s Diner, les personnes nommées Karen sont d’ailleurs invitées à venir – et à se plaindre – pour obtenir une boisson gratuite sur présentation d’une preuve d’identité.

 

 

Les 10 comportements qui énervent le plus les serveurs des restaurants ICI

 

Voici dix manies qui énervent les serveurs des restaurants ICI

Partager cet article
Repost0
7 mars 2022 1 07 /03 /mars /2022 06:00

Tout près du cap Gris-Nez quand j'ai fini d'pêcher on s'retrouv' chez Léonce on est onze on mesure les poissons en vidant des canons…

Je suis aux petits oignons pour mes fidèles commentateurs.

 

Oui, comme eux, je me souviens de Raoul De Godewarsvelde 

 

23 septembre 2015

Tout près du cap Gris-Nez quand j'ai fini d'pêcher on s'retrouv' chez Léonce on est onze on mesure les poissons en vidant des canons… ICI 

 

Jean-Claude Darnal et Raoul de Godewaersvelde en 1969. Photo archives La Voix du Nord

 

Pour parler de lui  rien ne vaut la plume de la Voix du Nord ICI 

 

Dans les années 1960, Jean-Claude Darnal, Douaisien de naissance, s’est installé à Paris où il écrit pour les plus grands de la variété française. L’été, il remonte dans le Nord et séjourne en famille à Wissant (Pas-de-Calais). À la même époque, Francis Albert Victor Delbarre alias Raoul de Godewarsvelde, installe, lui, ses quartiers d’été à deux pas, au Cap Gris-Nez.

 

Quand la mer monte, c’est l’histoire d’une promesse. Un engagement que Jean-Claude Darnal a pris envers son ami Raoul de Godewarsvelde. Mais c’est aussi, et avant tout, une histoire d’amitié, « le type de rencontre rare, différente, que l’on ne s’explique pas », raconte Uta Taeger, épouse du premier.

 

C’est donc la Côte d’Opale qui sera témoin, un jour d’été 1967, de la rencontre entre ces deux hommes. Eux qui partagent « l’amour de la mer et une même vision de la vie » deviennent vite potes. Et c’est tout naturellement, « avec sa grosse voix et son accent du Nord, que Raoul lance à Jean-Claude « J’veux que tu m’écrives une chanson !».

 

« C’était incroyable, ça a pris tout de suite ! »

 

Promesse est faite. Ce n’est qu’à la fin de l’été 1968 que Jean-Claude Darnal attrape sa guitare pour tenir parole. « Je m’en souviens encore. Ce matin-là, je me suis réveillée seule. En bas, Jean-Claude jouait. Je suis descendue et il m’a demandé mon avis. Ma toute première réaction a été de lui dire que faire rimer monte et honte, c’était vraiment nul ! », se remémore amusée Uta.

 

Sans modifier les paroles, le couple se présente le soir même dans la maison du gardien du phare, là où loge Raoul : « Il y avait un monde fou, comme toujours ! » Son mari a alors un trac énorme. « Quand il a commencé à jouer, c’était incroyable. Ça a pris tout de suite ! » « On était tous dithyrambiques, confirme Frédérique Delbarre, fille du chanteur. Il y avait dans les paroles tout ce que mon père avait fait découvrir à Jean-Claude dans les alentours. »

 

La pêche – « surtout le maquereau » – le bistro chez Léonce, les paysages de la côte, et la mer, surtout la mer. « Quand Jean-Claude eut terminé, il y a eu une ovation. Puis tout le monde s’est précipité en face, au bistro de Léonce, pour la lui faire écouter, finit de se rappeler l’épouse du parolier. Ce jour-là, on était à mille lieues de penser que cette chanson paillarde aurait un succès national ! »

 

Jean-Claude Darnal de Douai (France) - Annonce de décès sur enmemoire.be |  en mémoire

Biographie de Jean-Claude Darnal

 

Jean-Claude Darnal naît le 24 juin 1929 à Douai (Nord). Cet aventurier dans l'âme commence par faire la manche aux terrasses de Saint-Germain-des-Prés, guitare à la main. Il part en 1954 en auto-stop sur les routes, suivant les préceptes de Jack Kerouac et anticipant les futures transhumances hippies. Certaines de ses chansons rencontrent alors le succès, interprétées par Edith Piaf ou Eddie Constantine, et Jean-Claude Darnal interrompt son parcours bohème. De retour en France, il se produit en première partie de Georges Brassens et dans différents cabarets.

 

Le natif du Nord enchaîne alors les succès pour d'autres, comme Les Frères Jacques, Annie Cordy ou Les Compagnons de la Chanson. Certains de ses propres titres sont des succès mineurs, tels « Le tour du monde » ou « Toi qui disais ». Son titre « Le soudard » est interdit sur les ondes en raison de son caractère contestataire. C'est en 1968 que Jean-Claude Darnal compose son titre emblématique, « Quand la mer monte » véritable hymne au nord de la France,   interprétée par Raoul de Godewarsvelde. Ce titre donne son nom en 2004 à un film réalisé par Yolande Moreau et Gilles Porte.

 

Jean-Claude Darnal quitte ensuite le monde de la chanson et devient présentateur d'émissions pour enfants de 1966 à 1970. Il devient également auteur de romans, pièces de théâtre et de scénarios pour le cinéma et la télévision. Ce touche-a-tout discret et attachant écrit son autobiographie, On Va Tout Seul au Paradis. Il est le père de Thomas Darnal clavier de la Mano Negra et de Julie Darnal comédienne et chanteuse. Le 12 avril 2011, la mer reflue définitivement quand Jean-Claude Darnal clôt ses paupières pour toujours.

Partager cet article
Repost0
5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 08:00

Le vent de l’Histoire souffle à nouveau, adieu Francis Fukuyama et « la fin de l’histoire », les Verts ont un coup dans l’aile, foin  des valeurs, place au réalisme, va-t-on assister à un nouveau grand virage où le « chacunisme » va triompher, le réalisme économique s’invite à la table des Grands de ce monde.

 

Deux pièces versées au  dossier :

 

L’une agricole : L'impact de la crise russe pour InVivo - 25/02 ICI 

 

Biographie des dirigeants | InVivo

Ce vendredi 25 février, Thierry Blandinières, directeur général d'InVivo, s'est penché sur l'impact de la crise russe pour sa société, dans l'émission Le Grand Journal de l'Éco du vendredi présentée par Thomas Sasportas

La fin de l'Histoire et le dernier homme : Fukuyama, Francis, Canal,  Denis-Armand: Amazon.fr: Livres

L’autre plus politique : LES VALEURS PROTÈGENT-ELLES DES MISSILES ? ICI

La grande illusion : l’Europe va-t-elle enfin se résoudre à sortir de « sa fin de l’histoire » ? ICI 

 

A trop privilégier les discours -qui plus est hypocrites- sur la défense de ses valeurs plutôt que celle de ses intérêts, l’Europe s’est enfermée dans une bulle d’irréalisme quant aux rapports de force géopolitiques du 21eme siècle.

 

 

Atlantico : Il y a plus de trente ans, l’URSS tombait en Europe entraînant une vague de changement de régime politique dans les pays de l’Est. Francis Fukuyama a alors théorisé « la fin de l’histoire » trop souvent simplifiée et résumée à l'idée que la démocratie libérale et l'économie de marché n'auront désormais plus d'entraves et que la guerre devient de plus en plus improbable. À trop considérer cette fin comme acquise et comme synonyme d’hégémonie occidentale, l’Union européenne s’est-elle enfermée dans une bulle d’irréalisme ?

 

Rodrigo Ballester : En simplifiant cette théorie qui est plus complexe qu’elle n’y paraît, plutôt oui, l’Occident (pas seulement l’Union Européenne) s’est endormi sur les lauriers de la prospérité et du confort et a oublié que l’Histoire avec un grand « H » existait encore et, de surcroît, qu’elle est surtout tragique ou du moins géopolitique. Ceci s’est traduit en Europe par une négligence de la puissance militaire et une naïveté diplomatique ahurissante qui d’une part ignorait certaines réalités ou tendances historiques et, d’autre part, a donné trop de place à la défense des valeurs au détriment des intérêts.

 

 

L’exemple de la Russie est paradigmatique. L’Occident en général a très mal géré la transition post-communiste de l’URSS, en sous-estimant dans les grandes largeurs le sentiment de déclassement du plus grand pays du monde et en assumant que « la démocratie et l’économie de marché » allaient tout régler. En oubliant, par ailleurs, la susceptibilité russe (surtout par rapport à sa zone d’influence qu’elle estime inviolable), l’agressivité qui en découle et le ressentiment envers cet Occident que la Russie perçoit comme un adversaire hostile. Des erreurs de calculs à répétition, une nonchalance géopolitique qui se payent aujourd’hui au prix fort.

 

Il ne s’agit aucunement de justifier l’invasion russe de l’Ukraine, une violation du droit international d’une énorme gravité et une agression aux conséquences incalculables. Je dis simplement qu’une approche plus ferme et réaliste sur le long terme aurait probablement refroidi les ardeurs guerrières de Putin.

 

  • Quelles sont les erreurs stratégiques que l’UE a commises depuis la fin des années 80 et qui ont – d’une certaine manière - amené à notre impuissance actuelle face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ?

 

Rodrigo Ballester : Erreurs stratégiques, faux pas, ou actes délibérés, la listes des gestes perçus comme arbitraires ou comme des provocations par la Russie est longue.

 

Il est évident que l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux frontières mêmes de la Russie a été une mené avec une incroyable maladresse en assumant que Moscou avalerait ces couleuvres sans trop rechigner. Le sommet de Bucarest en 2008 au cours duquel l’OTAN ouvrit la porte à l’Ukraine et à la Géorgie reste une fracture majeure pour la Russie et la preuve, à leurs yeux, que l’Occident n’avait que faire des intérêts stratégiques russes. Pourtant, Putin avait été clair et cinglant un an auparavant dans son discours iconique de la Conférence sur la Sécurité de Munich. Il y avait vertement critiqué le monde unipolaire, il y fustigeait l’hypocrisie occidentale, évoquait l’érosion de confiance et se demandait même « contre qui » était mené l’élargissement de l’OTAN. Cinq mois plus tard, Moscou envahissait la Géorgie.

 

La reconnaissance du Kosovo a également été perçue par la Russie comme une violation unilatérale de la stabilité des frontières et l’exemple paradigmatique du « deux poids, deux mesures » occidental. Putin y faisant encore référence il y a quelques jours en annonçant la reconnaissance des républiques séparatistes d’Ukraine, c’est dire si c’est une plaie béante en Russie. Finalement, l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine, qui sur le papier n’avait pas l’air déterminant, déclencha les révoltes de Maïdan.

 

Plus généralement, en ce qui concerne la planification stratégique de l’Europe, il est évident que sa politique énergétique est n’une naïveté coupable. Comment concevoir que l’Europe reste largement dépendante des matières premières de ses adversaires, pourquoi donner cet avantage stratégique à Putin alors que les tensions vont bon train depuis une quinzaine d’années ? Comment enterrer le nucléaire alors qu’en plus d’être une énergie décarbonée, cette énergie réduit la dépendance de l’Europe ? Que penser du très contesté gazoduc Nordstream II, une aberration géopolitique, que l’Allemagne a imposé malgré les réticences de ses voisins européens et les remontrances de plusieurs présidents américains. Ils viennent d’en suspendre la certification, à la bonne heure… Tourner la page du nucléaire tout en construisant ce gazoduc est incompréhensible.

 

Finalement, il est évident que l’Europe dans son ensemble ne sera jamais prise au sérieux tant que son niveau de dépense militaire reste rachitique et qu’elle continue de déléguer sa sécurité totalement sur l’OTAN. L’UE est insignifiante sur tous les tableaux sauf sur le front commercial. C’est important, mais cela ne suffit pas à s’imposer.

 

  • L’Union européenne a-t-elle trop tendance à privilégier la défense de ses valeurs plutôt que celle de ses intérêts stratégiques ? Quitte à donner de grands discours sans les faire suivre d’actes ?

 

Rodrigo Ballester : Pire que cela, quitte à faire de grands discours qui compromettent ses intérêts ! Oui, clairement, l’UE semble obnubilée par le discours moralisant des valeurs et se rêve en autorité morale. Sa politique extérieure (autant celle des institutions européennes que celles de nombreux états) multiplie les positions dogmatiques sur le ton docte et péremptoire des détenteurs de la vérité au détriment de ses intérêts les plus primaires. Cette attitude braque certains états tiers, mais elle mine surtout sa crédibilité auprès de certains autres qui voient la dérive politiquement correcte comme une aubaine géopolitique.

 

Ce messianisme est d’autant plus néfaste qu’il mine également la cohésion interne de l’Union alors que cette dernière est indispensable pour relever les défis géopolitiques qui assaillent l’UE. Comment échafauder une coordination européenne en matière de défense si le Premier Ministre hollandais déclare qu’il veut « mettre la Hongrie à genoux » après l’adoption de la loi sur la protection des mineurs? Comment bâtir la confiance nécessaire et parler d’une seule voix sur la scène internationale alors que Bruxelles retient les fonds de relance à la Pologne ?

 

Il y a un narcissisme fatal dans cette dérive. Alors que le monde suit son cours géopolitique, l’Occident et l’Europe se pâment devant le miroir de leur vertu. Résultat : des déclarations tonitruantes et menaçantes qui débouchent sur des actions qui le sont beaucoup moins. Joe Biden, vient de déclarer sur un ton martial…qu’il n’était pas encore prêt à exclure la Russie du système bancaire Swift, alors que les blindés avancent sur Kiev.

 

Attendons de voir, nous ne sommes qu’au début de ce conflit et il est difficile d’anticiper l’ampleur et l’impact des sanctions, mais pour l’instant, ces mesures semblent timorées face à la détermination et l’agressivité de Moscou. Et si demain c’était Taiwan ?

 

Notons que ce messianisme stérile est bien plus l’apanage de l’Ouest de de l’est de l’Europe. Les anciens pays communistes ont une conscience historique plus réaliste et sont dès lors bien plus pragmatiques.

 

  • Le bouleversement géopolitique entraîné par le retrait Américain en Afghanistan aurait-il dû provoquer un électrochoc en Europe ? Pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas ?

 

Rodrigo Ballester : L’électrochoc aurait dû se produire bien avant, à l’aune des avertissements dont Putin n’a jamais été avare, des rodomontades de Trump sur l’OTAN ou simplement en sortant la tête du guidon des valeurs et du commerce quelques instants pour constater que la géopolitique revenait par la grande porte après des années de prospérité et de calme. L’Afghanistan, c’était il y a quelques mois, autant dire quelques secondes à l’échelle de l’histoire, et ce fut plutôt le point culminant de décennies de négligence plutôt que le début d’une prise de conscience salvatrice. Nuançons, tout de même : les discussions sur la puissance européenne ou une politique de défense commune sont sur la table depuis des nombreuses années. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. La tâche est titanesque, certes, ce n’est pas une mince affaire, mais que cette naïveté ambiante, cette obsession des valeurs et ce refus de voir la réalité en face nous handicapent !

 

À LIRE AUSSI

Ce que l’invasion de l’Ukraine fait voler en éclat dans le discours de la plupart des candidats à la présidentielle 2022

Au vu de la situation actuelle, l’Union européenne peut-elle encore rebondir, sortir de ses illusions, ou est-elle condamnée à couler ? Qu’est ce qui pourrait faire basculer les choses dans un sens plutôt que l’autre ?

 

Rodrigo Ballester : Elle doit rebondir, et elle va rebondir. Soyons clairs, en attaquant l’Ukraine de la sorte, Putin a fait voler en éclats l’ordre géopolitique post Guerre Froide. Devant cette nouvelle donne historique, l’Europe ne peut se réveiller de sa léthargie et de sa candeur, il n’y a pas d’autre choix que ce sursaut majeur, c’est une question existentielle!

 

Il y a des signes encourageants : pour l’instant, l’UE agit comme un seul homme, et attendons notamment de voir la liste finale des sanctions européennes (adoptée il y a quelques heures) pour en estimer l’impact et l’ampleur.

 

Sur le long terme, il me paraît urgent que chaque Etat membre augmente ses dépenses militaires dans le cadre de l’OTAN, diminue rapidement sa dépendance énergétique (notamment à travers le nucléaire). Finalement, il est indispensable que l’UE redécouvre l’une de ses qualités originales : le pragmatisme. La meilleure façon d’unir les européens pour qu’ils relèvent les défis géopolitiques c’est de ne pas les opposer en interne à coups de débats dogmatiques et idéologiques. Franchement, quel est l’intérêt de s’affronter sur des sujets sociétaux alors que la guerre, la vraie, gronde aux frontières de l’Europe ?

 

L’heure est à l’union sacrée face à cette agression sans précédents et pour l’instant, l’UE réussit à parler d’une seule voix. Restons confiants.

Partager cet article
Repost0
5 mars 2022 6 05 /03 /mars /2022 06:00

 

Aujourd’hui, on connaît surtout Frédéric Pajak pour ses livres. Mais son amour pour les journaux ne date pas d'hier, voilà cinquante ans qu’il en fait. Sa dernière création est une revue, «L’Amour», dont le premier numéro vient de paraître. «J’aime les journaux qui ne ressemblent pas à des journaux, qui ont des airs d’expérimentations, de préférence éphémères», explique-t-il dans son éditorial.

 

 

D'amour et d'encre ICI

 

Ça tombe bien, comme Patrick Morier-Genoud j’ai particulièrement aimé les textes de Michel Thévoz et de Julie Bouvard

 

Édition du 12 novembre 2021

 

Il n’est pas de sauveur suprême, et après le bobo, voilà le mimi

 

 

 

Vous ferez comme vous voulez, moi j’ai particulièrement aimé les textes de Michel Thévoz et de Julie Bouvard. Celui de Thévoz, A bas le chef, vivre l’orchestre !, est un encouragement à se passer de chef, en tout, partout, pour tout. C’est un texte subversif: «J’aime l’idée qu’un jour, le premier violon d’un ensemble symphonique, au moment le plus intense du concert, et à la stupéfaction du chef d’orchestre, s’arrête de jouer, qu’il quitte la scène, qu’il quitte l’orchestre, qu’il quitte sa carrière, sa femme, son avoir, la société, l’Occident…» Non, il n’est pas de sauveur suprême.

 

 

 

Dans Après le bobo ou Petite généalogie de l’insensibilité, Julie Bouvard dissèque en entomologiste si parfaitement cruelle «cette vaste ménagerie humaine qu’est Paris». Son étude dépasse bien sûr la ceinture périphérique de la capitale française et s’applique à toutes les grandes villes occidentales – aux petites aussi, il y a des exemples. A côté du bourgeois-bohème, Julie Bouvard a découvert une nouvelle espèce: le mimi, le mignon-misère. «Contrairement au bobo, le mimi n’a pas beaucoup d’argent, si ce n’est pas du tout. (…) Et contrairement au bobo sadique, le mimi est un ravi.» Julie Bouvard ne se moque pas, elle n’est ni humoriste ni chroniqueuse sur France Inter. Elle observe et décrit: «À ce petit monde, ce n’est pas même leur propre personne qui sert de pivot, mais l’image qu’ils se veulent avoir d’elle. (…) Le monde intérieur du nouvel homme, c’est un gigantesque miroir circulaire fermé sur lui-mêmeUn monde insensible «fossilisé dans l’indifférence.» Il faut le voir mieux pour ne plus y croire.

Né à : Suresnes, le 10/12/1955

Biographie :

 

Frédéric Pajak - Babelio

Frédéric Pajak est un dessinateur, écrivain et éditeur franco-suisse.

 

Rédacteur en chef de plusieurs journaux culturels et satiriques, notamment le mensuel culturel Voir, il publie également des dessins dans ses journaux, gagne un prix du scénario à Locarno pour un film en préparation.

 

En 1987, il publie un roman "Le bon larron" publié chez Bernard Campiche éditeur. "L'Immense solitude", paru en 1999, est l'ouvrage qui le fait connaître. Pour ce livre, il reçoit le Prix Michel-Dentan 2000.

 

Au printemps 2006, il publie un roman chez Gallimard, "La Guerre sexuelle".

 

Il a également lancé de nombreuses revues dont "L'Imbécile" et il édite chez Buchet Chastel la collection "Les Cahiers dessinés", dans laquelle il rassemble des peintres, des dessinateurs et des auteurs de bande dessinée.

 

Il remporte le prix Médicis essai 2014 pour le troisième tome du "Manifeste incertain". En 2015, il obtient le Prix suisse de littérature. Frédéric Pajak remporte le Goncourt de la biographie 2019 pour le 7e tome de sa série "Manifeste incertain" paru aux éditions Noir sur blanc en 2018.

 

Il est le fils de l'artiste peintre Jacques Pajak (1930-1965). Marié à la dessinatrice romande Lea Lund, il passe son temps entre Lausanne et Paris.

 

Michel Thévoz, né en 1936, professeur honoraire à l'Université de Lausanne, a été conservateur au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne de 1960 à 1975, puis conservateur de la Collection de l’Art Brut depuis sa fondation en 1976. Il a consacré une vingtaine d’ouvrages à des phénomènes borderline tels que l’académisme, l’art des fous, le spiritisme, le reflet des miroirs, le syndrome vaudois, l’infamie, le suicide. ICI 

Julie Bouvard - Dessinateur projeteur architecture - MAISONS EDEN | LinkedIn

Née à : Moscou, 1979

Biographie :

 

Née à Moscou en 1979, Julie Bouvard a grandi à Paris dans une famille biculturelle.

 

En 2004, elle traduit deux recueils de nouvelles de Natalia Jouravliova (Ed. L’Inventaire).

 

Elle achève une thèse sur la littérature russe du XIXe siècle tout en poursuivant son activité de traductrice. Elle est lauréate du Prix Russophonie 2011 pour sa traduction du "Syndrome de Fritz" de Dmitri Bortnikov.

 

Elle traduit actuellement l’ouvrage d’Edouard Kotcherguine "Le baptême des barreaux" (Ed. Noir sur Blanc).

Responsable éditoriale

Les Cahiers dessinés

nov. 2016 - aujourd’hui · 5 ans 4 mois nov. 2016 ICI 

 

Partager cet article
Repost0
4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 08:00

 

« Le contexte géopolitique mondial n'a pas été aussi instable et imprévisible depuis des décennies. Aux portes même de l'Europe, chez notre voisin ukrainien, la guerre fait rage depuis que le président russe, Vladimir Poutine, a pris la terrible décision d'envahir le pays, le 24 février dernier, avant de «mettre en alerte» la force de dissuasion nucléaire trois jours plus tard, visant ainsi l'Occident. Une folie conquérante qui planait depuis plusieurs semaines, et qui nous rappelle brusquement que nous ne sommes pas à l'abri d'une guerre d'ampleur. Jamais. »

La «Tsar Bomba», plus puissante bombe nucléaire jamais conçue, exposée à  Moscou | La Presse

Que se passerait-il si une bombe nucléaire tombait sur Paris? ICI 

Robin Tutenges — Édité par Yann Guillou — 28 février 2022

 

Tsar Bomba ICI

 

Ne vous laissez pas avoir par sa sonorité presque enfantine: la Tsar Bomba est la plus puissante bombe de l'Histoire. Développée par l'industrie nucléaire de l'Union soviétique, elle a explosé dans l'atmosphère le 30 octobre 1961 au-dessus du site de Novaya Zemlya, en Russie. Un monstre 3.000 fois plus puissant que les bombes américaines lancées sur les villes d'Hiroshima et Nagasaki.

 

Longue de 8 mètres de long et avec un diamètre de 2 mètres, la Tsar Bomba dégage une puissance supérieure à 50.000 kilotonnes. Si elle venait à tomber sur l'Hôtel de Ville de Paris, les dégâts seraient inimaginables.

 

La boule de feu nucléaire serait alors de 113 kilomètres carrés, tandis qu'un souffle lourd balayerait une surface de 200 kilomètres carrés, détruisant les bâtiments en béton et faisant presque 100% de décès. Au total, plus de 8.000 kilomètres carrés seraient impactés par une telle explosion –quasiment jusqu'à Chartres.

 

Le bilan humain serait à peine croyable: plus de 6 millions de personnes périraient dans la catastrophe, qui ferait également plus de 2,5 millions de blessés. Sans oublier les conséquences des radiations sur une surface bien plus large, ce qui viendrait gonfler ces chiffres morbides sur des années. Le scénario-catastrophe a de quoi faire peur et nous rappelle toute l'inhumanité des guerres et de leurs armes.

Partager cet article
Repost0
4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 06:00

El Mago de Rene Magritte (1898-1967, Belgium) | Grabados De Calidad Del  Museo Rene Magritte

En lisant les 5 métiers tendances dans la food dans un « PQ » dénommé Demotivateur j’en suis tombé le cul par terre, et ce n’est pas la faute à Voltaire mais à l’insignifiance de notre temps. Cerise sur le gâteau y’a même « une école de commerce dédiée à la Food Business et propose un large panel de cursus afin de permettre à quiconque de s’élever dans l’univers professionnel de la food.

 

Les diplômés de l’école FMS pourront ainsi travailler dans de multiples services tels que le marketing, la vente, la communication, le digital, l’événementiel, les médias, la finance, et tant d’autres. Grâce au double diplôme de l’école, ils accéderont à des postes à responsabilité comme manager, responsable, directeur ou entrepreneur ainsi qu’à des métiers tendances plus spécifiques au domaine de la food, dont nous vous présentons 5 exemples :

Digital Food Manager

Designer culinaire

Manager d’émission de TV culinaire

Spécialiste de tourisme œnogatronomique

Food blogger / Influenceur

 

ICI 

 

Dis-moi d’où vient ton pognon pour tes prestations et je te situerai sur l’échelle de Richter de la crédibilité ?

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents