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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 06:00
Le classement des GCC de Saint-Emilion et le 50 best, classement des meilleures tables du monde « opaque », « malhonnête », « opération marketing », sortent du même tonneau…

« Sorti du restaurant après un repas arrosé, lunettes de soleil rivées sur le nez, ce n’est pas avec une certaine fierté qu’Hubert de Boüard se rend au tribunal, remontant le boulevard du Palais, en tirant sa valise à roulettes. Il a choisi sa tenue avec soin. Il est avant tout un homme d’affaires avisé, vigneron quand cela l’arrange ; pas un paysan bouseux comme sont certains, mais un gentleman farmer. D’ailleurs cette veste en laine lui va si bien, "casual" avec élégance. Propriétaire d’Angélus, Hubert de Boüard n’est pas peu fier quand il pense au chemin parcouru. Ce procès contre la « nunuche » Isabelle Saporta, comme ses amis du monde du vin l’ont qualifiée, va être vite rondement mené. D’ailleurs Maître Jean-Yves Dupeux et les conseillers du cabinet d’avocats Lussan, un des meilleurs de Paris et l’un des plus chers, lui ont assuré que l’audience ne serait qu’une simple formalité. Sa réussite est reconnue et appréciée. Il ne lui reste plus aujourd’hui qu’à faire disparaitre cette ombre au tableau. »

 

Signé Monsieur Septime dans son compte-rendu de l’audience de la 17e Chambre du TGI de Paris 14 juin 2016.

 

Laissons de côté ce cher Hubert et venons-en au cœur de la procédure de classement, nouvelle formule, des GCC de Saint-Emilion.

 

Place au principal témoin du plaignant :

 

« Les deux autres témoins cités par la partie civile viendront de façon presque candide confirmer cet entre-soi. Tout d’abord Robert Tinlot, de la Commission de classement des Grands crus classés de Saint-Emilion et ancien directeur de l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin). Si au départ il défend l’intégrité de l’INAO, très vite on se rend compte que les qualités du vin ont peu d’importance dans le classement. Ce qui compte est l’intérêt économique, les marchés à l’export. Pour lui c’est une évidence, « on classe des entreprises et non des vins ». Mais surtout suite à la pantalonnade du précédent classement «il ne faut pas ternir cette image (l’image de Saint-Emilion)». Au final, il reconnait des conflits d’intérêts, qu’il appelle pudiquement « intérêts croisés ».

 

Classement d'entreprises, lorsqu'un comsommateur achète Angélus c'est l'oeuvre toute entière d'Hubert qu'il acquiert  avec en prime, James Bond, à la manière des cadeaux Bonux dans les paquets de lessive !

 

Nous y voilà,

 

François Simon, critique gastronomique pour le journal Le Monde. Ex-juré du 50 Best, avec ironie, raille : « Le 50 Best participe de la dimension comique de la gastronomie »

 

« Aujourd'hui, à l'échelle du monde entier, il est impossible de classer les restaurants»

 

« Ce genre de classement ne correspond plus du tout à la réalité des choses. A une époque, les résultats d'un guide comme le Michelin étaient attendus comme la révélation d'une situation donnée, d'une géographie gourmande, qui était identifiable. Aujourd'hui, à l'échelle du monde entier, il est impossible de classer les restaurants – déjà, rien qu'à l'échelle du 6e restaurant de Paris, j'aurais un mal de chien à établir un classement, il y a un millier d'adresses, comment peut-on mettre un sushi bar au-dessus d'une galette bretonne ? C'est techniquement impossible. »

 

Franck Pinay-Rabaroust rédacteur en chef du site Atabula. Ex-juré du 50 Best.

 

« Au niveau mondial, ce classement prend de plus en plus de place, grâce à un marketing d'enfer. Les organisateurs se tournent vers de nouveaux marchés, l'Amérique du Sud, l'Australie… Ils visent les pays qui acceptent d'investir : l'an prochain, c'est l'Australie qui va accueillir la soirée de remise de prix, financée pour un montant important via son Office du tourisme. Comme le Michelin qui fonctionne avec des partenariats, le 50 Best va où il y a de l'argent.

 

Les chefs savent bien que la notion de classement n'a pas de sens d'un point de vue gustatif. Mais classer, ça permet de buzzer, c'est très anglo-saxon. On aime tous les classements parce que c'est plus facile à comprendre, plus lisible, que le Michelin, qui compte six cent restaurants 3 étoiles et met sic cent restaurants au sommet. Le 50 Best lui n'a qu'un seul numéro 1. C'est beaucoup plus fort d'un point de vue marketing. »

 

Alexandre Cammas fondateur du guide gastronomique Fooding : « Certains chefs sont très forts en com et ont des discours ultra intéressants mais sont de mauvais cuisiniers »

 

Emmanuel Rubin critique gastronomique au Figaro. Ex-juré du 50 best.

 

« J'ai fait partie du jury français pendant deux-trois ans, au tout début, sous la férule de François Simon, qui était le chairman France. On trouvait l'idée sympathique, parce qu'on sortait de ce tropisme franchouillard des guides qui sanctifient toujours les mêmes restaurants de cuisine bourgeoise classique.

 

Très rapidement, on s'est aperçu que la méthodologie était un peu trop “cool”. Je me souviens qu'à l'époque, on demandait aux votants de choisir cinq restaurants qui pour eux étaient les meilleurs du monde, trois dans leur zone dédiée (la France) et deux hors de leur zone. Nous, on jouait le jeu, chacun votait pour les restaurants qu'il aimait. Mais certains pays étaient beaucoup plus lobbyistes, beaucoup plus intelligents – et beaucoup moins sincères en vérité : le chairman qui dirigeait une académie locale pouvait dire « on va tous voter pour le même restaurant, comme ça, ça va lui rapporter beaucoup de points, et du poids dans le classement ». Là où les Français arrivaient en ordre dispersé, désorganisés mais sincères, les autres ciblaient – notamment les Espagnols, les Italiens ou les Anglais… C'est comme ça qu'on a vu certains restaurants monter très haut, et des restaurants français moins bien classés.

 

Aujourd'hui, le 50 Best est une opération marketing. Il y a du bon et du mauvais marketing comme il y a du bon et du mauvais cholestérol. »

 

Comme le dirait les peine-à-jouir de la dégustation dans les AOP anciennement syndiquées : ça a un air de famille tout ça mais à un détail d’importance près : le 50 best, classement des meilleures tables du monde est une machine privée alors que le nouveau classement des GCC de Saint-Emilion s’est vu, après une procédure au formalisme d’apparence bien bordée, avalisé, j’oserais même dire béni par l’Etat.

 

Tous ces beaux libéraux qui n’aiment rien tant que conchier l’Etat, ses fonctionnaires, ses procédures, pour faire reluire leur belle marque font appel à lui sans se priver de le placer dans une situation étrange d’avaliser un enfant qui n’est pas le sien.

 

Le sieur Septime traduit avec justesse mon témoignage, en lui rappelant que je n’ai jamais été ni haut, ni fonctionnaire, mais en confirmant que mon ego est bien jaugé :

 

Le premier témoin appelé à la barre est Jacques Berthomeau. Cet ancien haut fonctionnaire bloggeur compulsif qui a travaillé auprès de Michel Rocard se présente comme un « témoin privilégié de la vie de l’INAO ». Ses détracteurs disent de lui que si l’ego était une énergie fossile, Jacques Berthomeau en serait une source inépuisable. Quoiqu’il en soit il a des mots sévères pour cet organisme censé défendre la qualité et donc le consommateur : « le comité national est un club, on se connait, on se fréquente en famille ». « L’INAO n’est qu’une chambre d’enregistrement, les décisions se prennent ailleurs ».

 

Cette déclaration fait bondir la juge, « mais où se prennent-elles dans ce cas ? ».

 

- « Comme souvent savent faire les hommes... Je ne suis plus fonctionnaire mais j’ai toujours mon devoir de réserve », répond en demi-teinte l’ancien fonctionnaire rocardien. Jacques Berthomeau qui a toujours revendiqué sa qualité d’électron libre en fait aujourd’hui la preuve. Il va même porter le coup de grâce quand on lui rétorque que le comité est constitué de 60 membres, nombre suffisant pour assurer une indépendance. Il répond tel un professeur s’adressant à un de ses jeunes élèves brillants : « Oui Madame La Présidente, mais il y a toujours des dominants. (...). Rien n'empêche les dominants de relire, d’annoter. Les connexions existent et font partie du jeu. Mais aujourd’hui les enjeux financiers sont tels que cette co-gestion de l’appellation producteurs/institution publique s’emballe ».

 

 

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 06:00
Gervaise dit à Coupeau «Nous boirons la monnaie ensemble» en France dès qu’on parle d’alcoolisme Zola n’est pas loin «l’alambic laissait couler sa sueur d’alcool.»

L’alcoolisme est né en 1849, le terme médical s’entend.

 

« Toutes les société qui ont élaborés des boissons enivrantes ont cherché à transcender la réalité quotidienne de l’ivresse. Mais celle-ci a été soumise à des normes sociales qui ont prescrit les comportements des buveurs, leur participation ou leur exclusion ainsi que les moments où les beuveries pouvaient être réalisées. »

 

Samedi matin sur France Inter le procès de l’alcoolisation outrancière des supporters de foot a été instruite d’une manière unilatérale, à la Française, et par la journaliste relayant les propos d’un des vice-présidents de l’ANPAA.

 

En France tout fini par le lamento sur le détricotage de la fameuse loi Évin, comme si la pression publicitaire, en l’occurrence ici celle des géants de la bière, constituait le moteur unique et principal de l’alcoolisation des supporters.

 

C’est d’une stupidité crasse qui met sous le boisseau les racines profondes des comportements de hordes de certains supporters qualifiés de hooligans…

 

Lisons un sage : Montaigne, Essais, livre II, chap.II

 

« Platon défend aux enfants de boire vin avant dix-huit ans et avant quarante se s’enyvrer ; mais à ceux qui ont passé les quarante, il ordonne de s’y plaire et mesler largement en leurs convives l’influence de Dyonisos, ce bon dieu qui redonne aux hommes la gayeté, et la jeunesse aux veillards, qui adoucit et amollit les passions de l’âme comme le fer s’amollit par le feu. Et en ces loix trouve telles assemblées à boire (pourvu qu’il y aie un chef de bande à contenir et à les régler) utiles, l’yvresse estant une bonne épreuve et certaine de la nature de chacun. »

 

« Les boissons alcoolisées réunissent des propriétés symboliques qui appartiennent à deux registres différents : celui des liquides et celui de l’ivresse. C’est justement la conjonction de ces deux ordres qui confère aux breuvages enivrants leur singularité et leur permanence à travers les âges. Comprendre ces qualités revient à explorer ce double rapport qui unit l’alcool aux fluides vitaux et à la déraison passagère d’autre part. »

 

En parlant des bienfaits du vin, Abou-Moutahhar al-Azdî, le Pétrone arabe de la fin du Xe siècle, signale que cette boisson « à soi seule rassemble quatre humeurs de l’homme : fluide comme la lymphe, rouge comme le sang, astringente comme la bile, chargée de lie comme l’atrabile », et qu’auprès d’elle, tous les autres liquides qui s’offrent pour étancher la soif sont bien pauvres.

 

L’association du vin et du sang a toujours été présente dans l’imaginaire populaire. Elle remonte à l’Antiquité. Aristophane voyait dans ce liquide le substitut sacrificiel du verrat : « Ô roi, quand vous boirez du vin, dit Androcyde à Alexandre, souvenez-vous que vous buvez le sang de la terre ! La ciguë est un poison pour l’homme, le vin est un poison pour la cigüe. »

 

Plus étonnant est l’association des boissons fermentées avec le sperme. Dionysos est un dieu fécondant, non seulement pour la création du vin mais aussi parce qu’il est associé à la semence masculine. Mais comme toujours les médecins pointaient leur tarin : au début du XVIIe siècle, le médecin espagnol Juan Sorapan, cite, parmi les inconvénients du vin, son influence pernicieuse sur la qualité du sperme qu’il rend plus liquide. Pour dégoûter le buveur du vin, il faut lui faire boire du sang de sangsue dilué dans la boisson ou bien une tête de bouc noir avec poils et sang, bouillie et réduite en poudre. »

 

Pendant très longtemps partout où les breuvages alcoolisés étaient recherchés pour l’ivresse il existait un usage médicinal et hygiénique où, à faible dose, ils étaient appliqués aux corps souffrants. E vin, notamment n’était pas considéré comme nocif, comme le montre André Bernand à propos de l’Antiquité.

 

Reste la relation entre les liquides et l’argent : on parle de liquidités, d’argent liquide…

 

En France, une tractation d’argent est arrosée.

 

Jules César rapporte que les Nerviens et les Suèves, peuples germaniques, interdisaient l’importation du vin chez eux ; les trafiquants en faisaient une monnaie d’échange pour acheter les esclaves.

 

 

 

Au XXe siècle, en France, les dockers havrais payés en jetons les échangeaient contre des boissons ; dans la fameuse maison de Nanterre, les vieillards étaient punis ou récompensés en bouteilles de vin, et le trafic des gobettes entre la Maison et l’extérieur tient lieu de transaction commerciale. Gervaise dit à Coupeau : « Nous boirons la monnaie ensemble. » Et Zola commente : « Il ne pleuvait pas chez le père Colombe, et si la paie fondait dans le fil-e-quatre, on se la mettait dans le torse au moins, on la buvait limpide et luisante comme du bel ordre liquide. »

 

En France lorsqu’on évoque l’alcoolisme Zola n’est jamais loin, l’assommoir du père Colombe, situé à l’angle de la rue des Poissonniers et du boulevard Rochechouart. Tout au fond trône l’alambic, avec ses récipients de de forme étrange et les enroulements sans fin de tuyaux :

 

« Il gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s’échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c’était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet […] L’alambic laissait couler sa sueur d’alcool. »

 

 

Source : Boissons, ivresses et transitions Carmen Bernard in Désirs d’ivresse éditions autrement

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 06:00
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.

En mai 2011, à l’Écume Saint-Honoré je découvrais la coquille Saint-Jacques crue, sauce soja !

 

Alain Ducasse dans son J’aime Paris Mon Paris du goût en 200 adresses notait « Tendre, savoureuse, la belle se révèle sucrée et fleurie... »

 

En fait je découvrais le carpaccio de Saint-Jacques.

 

Le cru de mer depuis ce temps antédiluvien, pensez-donc 5 ans, s’est répandu dans toutes les crèmeries chics de Paris. Le carpaccio sous toutes ses formes, de terre ou de mer, est à la mode, très tendance food comme le brame sur tous les tons le vomisseur de Barcelone.

 

Le carpaccio encore une invention italienne !

 

Ce fut en effet, à l’origine, le Filetto al Carpaccio de boeuf recette du Harry’s Bar de Venise.

 

En effet, un jour de l’année 1950, à Venise dans le Harry’s Bar de Giuseppe Cipriani, l’inventeur du cocktail Bellini cher à Hemingway, la petite brigade s’affairait entre poêles et casseroles, lorsque se présenta la comtesse Amalia Nani Monecigo. Elle commande un verre d’eau qu’elle boit tristement. Son médecin lui a prescrit un étrange régime sans aucune viande cuite et pour combattre son anémie lui a conseillé de consommer de la viande crue.

 

Face à ce défi, et à l’appétit féroce de la comtesse, Cipriani ne désarme pas, il l’a prie de patienter un moment. Dans sa cuisine, il découpe à la machine du filet de bœuf cru en tranches très fines qu’il arrose de vinaigre balsamique, d’huile d’olive et saupoudre de parmesan.

 

Elle ne le sait pas encore mais son palais sera légué à la ville par Alviso quatre ans plus tard mais pour le moment elle a faim, très faim et la particularité de son régime épouvante tous les chefs de Venise.

 

Cipriani ne désarme pas, la prie de patienter un instant et disparait dans sa cuisine, où, rapidement il trouve un idée qui s’avèrera géniale : il réalise un plat de bœuf cru coupé en tranches très fines, arrosé de vinaigre balsamique, d’huile d’olive et saupoudré de parmesan.

 

Le carpaccio fut ensuite accompagné d’une sauce apprêtée spécialement appelée sauce universelle car elle mêlait des ingrédients venus d’horizons différents, à savoir mayonnaise, ketchup, sauce Worcester, tabasco, crème fraîche, le tout rehaussé d’un rien de Cognac.

 

Fort bien me direz-vous mais pourquoi avoir baptisé ce plat carpaccio ?

 

Giuseppe Cipriani, a été marqué, lors d’une grande exposition cette année-là à Venise par « La prédication de Saint Étienne à Jérusalem » un tableau du peintre vénitien Vittore Carpaccio (1456-1526)

 

Les rouges, que l’on trouve dans les toges des dignitaires, la couverture de sainte Ursule, le corsage de la Vierge, les tentures… lui rappellent le rouge vif du bœuf cru des fines tranches dans l’assiette de la comtesse…

 

Le rouge est aussi très présent dans d’autres tableaux du maître :

 

  • Retour des ambassadeurs à la cour d’Angleterre et détails :
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
  • Rencontre des pèlerins avec le pape Cyriaque :
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.

Vittore Carpaccio, de son vrai nom Scarpazza ou Scarpazzo, a été très influencé par la peinture flamande et il intègre l’architecture à ses toiles, préfigurant ainsi un genre, les Vedute (paysages urbains). Son style le distingue de la tendance picturale en vogue à son époque.

 

« Carpaccio naquit vers 1465 et reçut sa formation artistique au cours des dix dernières années du siècle. À cette époque Venise s’apprête à conquérir le titre de la ville la plus triomphante et la mieux gouvernée de l’Occident, comme nous en informe dans ses « Mémoires » Philippe de Commynes, voyageur attentif et fort crédible, émerveillé par cette ville dans laquelle il avait été envoyé en 1495 pour assurer la préparation diplomatique de l’expédition de Charles VIII.

 

La République de Saint Marc, joue encore un rôle prépondérant en Méditerranée grâce à sa flotte. Le long du Grand Canal, marchés et « fondachi » étrangers prospèrent, et la ville prend son aspect définitif. Les jeunes patriciens ne se contentent pas de fréquenter l’antique université de Padoue, mais ils suivent également les cours de l’École de logique et de philosophie naturelle ouverte au Rialto et d’une autre école d’orientation humaniste, florissante depuis le milieu du XVe siècle près de Saint Marc.

 

À la fin du siècle, l’on publie à Venise des ouvrages modernes tant par la perfection de leur impression que par la variété des sujets de culture ancienne et contemporaine dont ils traitent, et ce surtout grâce à Aldo Manuzio, qui ouvre son imprimerie en 1489 à Venise et publie des volumes prestigieux. Le renouveau de la vie culturelle bouleversa profondément tous les domaines artistiques à Venise. Les précieuses constructions en marbre de Pietro Lombardo, les édifices nouveaux et anciens, les églises, les « scuole » et les palais s’enrichissent de sculptures, d’objets précieux, de fresques et de peintures typiques du début de la Renaissance. »

C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.

Pour 4 personnes

 

500 gr de rumsteck ou d’araignée de bœuf

1 jaune d’œuf

1 cuillère à café de moutarde

10-15 cl d’huile de colza

sel, poivre

1 cuillère à café de Wocestershire sauce

4 cuillères à soupe de lait entier

 

Conseils du blog oliaiklod pour tout savoir sur Venise

 

« Soit vous laissez votre boucher trancher la viande à la machine (mais il faut impérativement la manger le jour-même et veiller à rapidement la placer dans au froid) soit vous la tranchez vous-même en plaçant une demi-heure la viande au congélateur, puis en coupant des tranches ultra fines à contre-fil (pas dans le sens des fibres de la viande mais perpendiculairement) à l’aide d’un très bon couteau en inclinant le couteau pour réduire au maximum les effets de frottement et éviter ainsi de « cuire » la viande (c’est plus facile qu’il n’y paraît!). »

 

Présenter la viande en rosace sur une assiette (elle peut se conserver filmée 2-3 heures au réfrigérateur, pas plus!).

 

Préparer la mayonnaise en mélangeant la moutarde, une pincée de sel, le jaune d’œuf. Monter le tout avec l’huile de colza (à doser selon le goût plus ou moins fort en moutarde). Ajouter le poivre, la sauce Worcestershire (et, éventuellement, du ketchup qui n’est pas dans la recette originale). Allonger de lait pour obtenir une sauce fluide. Assaisonner la viande de sauce, servir immédiatement (ne mettre la sauce qu’au dernier moment car sinon elle cuirait la viande).

 

À servir avec des frites, une salade de roquette. »

 

ITALIE - LIGURIA

AZIENDA AGRICOLA LA FELCE

ANDREA MARCESINI

C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 06:00
Photo : Pierre Marchal / Anakaopress

Photo : Pierre Marchal / Anakaopress

Métronews titrait en avril : « L’équipe de foot de la primaire à droite : voici notre feuille de match » 

 

« Ce n’est plus une primaire, c’est une équipe de foot ! » En lançant cette vacherie mi-février, Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS, ne pensait sans doute pas si bien dire. Au 1er avril 2016, onze candidats - en incluant Nicolas Sarkozy - sont en effet prêts à fouler le terrain de la primaire à droite.

 

Depuis l’arrivée de Guaino certains pourront même cirer le banc des remplaçants, les coiffeurs dans le jargon du foot.

 

Le foot, le foot, certains d’entre vous n’en ont rien à cirer, d’autres plus encore sont en passe d’atteindre l’overdose, pour le nouveau gauchiste alterno-cégétiste c’est Panem et circenses «Du pain et des jeux» dans les grands cirques modernes que sont les stades.

 

L'expression est tirée de la Satire X du poète Juvénal.

 

Mais n’en déplaise à cette avancée de la classe ouvrière le peuple, cégétiste compris, aime le foot et en conséquence les stars de la politique se bousculent dans les stades ou tentent de capter l’œil des caméras afin de bien montrer leur passion pour les mecs en culottes courtes.

 

Dans la grande compétition de la Droite le seul qui est de la maison agriculture puisqu’il fut locataire du 78 rue de Varenne sous Fillon et Paul Bismuth.

 

Dans son 11 Métronews le place en position d’attaquant

 

Attaquant : Bruno Le Maire

 

Attention, star en devenir. A la pointe de l’attaque des Républicains, Bruno Le Maire rêve de marquer le but de la victoire. Habile du pied droit, redoutable de la tête (Normale Sup, ENA, agrégé de lettres modernes), le fringuant quadra ne se fixe pas de limites. Si, une, qu’il reconnaît : « Mon intelligence est un obstacle », avoue-t-il en toute humilité.

 

Et puis, fouineur comme je suis ce matin en levant je découvre qu’en visite sur l’île de la Réunion, « le candidat à la primaire Les Républicains, Bruno Le Maire, en a profité pour "souffler" hier soir au Bar de la Marine à Saint-Gilles, où il a assisté à la victoire de l’équipe de France face à l’Albanie. L’ancien ministre de l’Agriculture était à fond derrière les Bleus, vibrant comme toutes les personnes présentes aux actions de grande classe de notre star péi, Dimitri Payet »

 

Ha ! Dimitri Payet le nouveau héros de la France profonde qui plante des buts dans les dernières minutes afin de sauver François Hollande du naufrage.

 

Et pourtant, il faut savoir dire merci au FC. Nantes. Il y a 13 ans, il avait presque décidé d'arrêter le foot. Recalé du centre du formation du Havre en 2003, Dimitri Payet retourne en famille à la Réunion. Jeune adolescent de 16 ans, il veut tout arrêter. Se présente alors une seconde chance... René Degenne, une des figures incontournables du recrutement à Nantes, sera sa bonne étoile. Dimitri Payet refait ses valises, plus mûr et plus déterminé que jamais.

 

Culot, insouciance et élégance. En arrivant à Nantes, son talent est largement repéré. Serge Le Dizet est le premier entraîneur à l'avoir lancé en Ligue 1, contre Bordeaux le 17 décembre 2005 (0-0). « Quand on l'a intégré dans le groupe pro, il avait déjà fait des choses très intéressantes en CFA", se souvient l'ancien coach des Canaris. « Il avait déjà le talent, le culot, l'insouciance". "Il avait une élégance incroyable quand il jouait », se souvient aussi le milieu de terrain Mathieu Bouyer. "Ses dribbles étaient bons, ses coups francs étaient sublimes ».

 

C’est alors que je me suis souvenu que le 5 janvier 2010 j’avais posé mes 3 Questions à Bruno Le Maire Ministre de l'Alimentation, de la Pêche et de l'Agriculture, mon boss quoi, mon patron.

 

J’écrivais en introduction :

 

« … pour l’avoir vu à la manœuvre lors d’une Table Ronde en pleine crise laitière, face à des poids lourds, tel Jean-Michel Lemétayer, je peux témoigner que ce « jeune homme » a de biens belles qualités et une pugnacité qui sait emporter la conviction. Redonner à la régulation des marchés agricoles une nouvelle jeunesse, dans une Union où il a été de bon ton de vider la PAC de ses instruments de gestion, voilà un beau défi qu’il s’est donné… »

 

QUESTION N°1 : Nos amis et bons clients Québécois titrent dans la revue Le Cellier de la SAQ « Le Languedoc et aussi le Roussillon c’est le Nouveau Monde mais à la sauce française. Autrement dit, les raisins y mûrissent tout seuls, mais sous un climat politique et administratif assez lourd » et ils s’étonnent d’avoir du solliciter au moins 3 comités interprofessionnels pour réaliser leur reportage. Le magasine Harpers qualifie 2009 comme étant « l’annus horibilis du vin Français dans ce qui a déjà été une décennie châtiment » et pose la question « First Berthomeau, now it’s plan B » Monsieur le Ministre, en recevant récemment les représentants du monde du vin, vous en avez appelé à un vrai sursaut pour que nos vins, surtout les vins de cépages, regagnent les parts de marchés perdues. Quelle feuille de route leur avez-vous délivré Monsieur le Ministre ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il me semble qu’il faut aujourd’hui construire une politique de marché cohérente, qui passe par un paysage viticole simplifié. La filière viticole est beaucoup trop atomisée. Quand vous avez 26 interprofessions, parfois 4 interprofessions dans le même bassin de production, vous ne pouvez pas définir une stratégie globale de production, de promotion, de pénétration des marchés, et vous ne pouvez pas rassembler les moyens, notamment financiers, nécessaires à sa mise en oeuvre.

 

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la profession, le 18 novembre dernier, de me faire, dans les deux mois, des propositions de regroupements d’interprofessions, d’articulation de leur travail. Nous ne devons plus perdre de temps ! C’est indispensable pour avoir une réelle stratégie de marché.

 

De même, j’ai demandé à la profession qu’elle fasse des propositions pour mettre en commun des moyens de promotion et de recherche-développement au niveau national. Ça pourrait être la constitution d’un fonds, par exemple.

 

QUESTION N°2 : Nos collègues et concurrents du Nouveau Monde parlent de leur «industrie du vin», comme je suis un peu provocateur j’aime utiliser cette dénomination pour notre secteur qui est un grand secteur stratégique pour la France. Récemment, dans le cadre du CGAER, j’ai assisté à une présentation par l’ancien Ministre de l’Agriculture Jean Puech du plan de relance de la filière bois et j’ai noté qu’un fonds stratégique était créé. Le développement des vins de cépages, à des coûts compétitifs pour le marché, mais permettant aux viticulteurs de vivre, passe par la maîtrise de la ressource vin en partenariat avec les metteurs en marché. Ce couple, qui fonctionne si bien en Champagne, exige à la fois un vignoble dédié et des entreprises en capacité de générer des marques. Pourquoi, Monsieur le Ministre, ne pas initier un fonds stratégique vin, en mobilisant des fonds privés et professionnels, pour accompagner la reconquête ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Le développement d’un partenariat entre producteurs et metteur en marché est absolument essentiel, en effet. C’est lui qui permettra une segmentation cohérente, adéquate, des produits viticoles. Une segmentation cohérente, qu’est-ce que c’est ? C’est d’abord répondre à la demande du consommateur : analyser cette demande, se mettre en capacité d’y répondre, que ce soit du point de vue de la qualité du produit ou de son coût, c’est enfin se mettre en capacité de promouvoir le produit. C’est aussi savoir si le vin produit pourra être valorisé à la hauteur de son coût de production. A mon sens, il y a un marché pour tous les types de vins. La demande en vins de cépage est forte sur le marché international, et c’est sur ce marché que nous perdons des parts. Il faut donc se poser la question sous tous ses aspects : cette stratégie est-elle valable ? Sera-t-elle payante au regard de nos coûts de production, de nos rendements, de nos conditions pédoclimatiques ? On le voit, une stratégie de marché, quelle qu’elle soit, ne peut se décider qu’en partenariat entre le producteur et le metteur en marché.

 

Un fond stratégique vin est certainement une bonne idée, qui rejoint l’effort de mise en cohérence que j’ai demandé à la filière. Mais ma méthode est toujours la même, et passe avant tout par le dialogue avec tous les acteurs. Je rencontrerai les négociants viticoles au début du mois de janvier, pour analyser avec eux ces questions et voir dans quelle mesure il est possible de rendre plus claire pour la production les stratégies à développer. Il faudra sans doute accentuer la contractualisation pour donner les assurances nécessaires.

 

QUESTION N°3 : Ma dernière question, Monsieur le Ministre, touche un sujet très sensible auprès de mon lectorat : il s’agit des rapports parfois très tendus entre les responsables de la Santé Publique et le monde du Vin. Les vignerons se sentent stigmatisés, mis en accusation, alors qu’eux-mêmes citoyens et chargés de famille adhèrent sans restriction à la lutte contre l’alcoolisme. Ils ne se ressentent pas comme un lobby mais comme un groupe social attaché à son pays, à ses vignes et ses villages, qui œuvrent pour créer de la valeur, non seulement marchande, mais aussi de développement durable. Observateur engagé, membre de l’ANPAA, et initiateur de l’Amicale du Bien Vivre, je me fais leur interprète pour vous demander comment, Monsieur le Ministre, pensez-vous œuvrer pour que s’instaure, plus encore qu’aujourd’hui, un dialogue serein et constructif ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il n’y a pas de bonne décision qi soit prise sans dialogue. Et j’entretiens avec Roselyne Bachelot un dialogue constant sur cette question. Depuis mon arrivée, je me suis assuré qu’aucune décision n’était prise tendant à une stigmatisation. Je connais le prix qu’attache la filière à une consommation responsable et au principe de la modération et je salue cet engagement. C’est un point de vue que je partage totalement. Par ailleurs, le conseil de la modération se réunira prochainement et je me réjouis de la récente nomination de Michel Thénault à sa présidence. Je pense que nous avons là une personnalité légitime qui contribuera pleinement à mener les débats nécessaires que nous devons avoir sur le sujet.

 

Vous me direz c’est de l’histoire ancienne, 4 ans déjà, depuis Bruno Le Maire a grandi, s’est émancipé du sabir bien terne de ses conseillers de l’époque, l’attaquant de pointe qu’il se veut être, le Bac+ je ne sais combien d’années, devra aussi s’extirper de la pensée unique du syndicat majoritaire pour nous convaincre qu’il sait anticiper les grands chambardements qui menacent un monde paysan trop souvent fantasmé.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 06:00
 Monsieur René le dernier maraîcher du Neuf 3 aborde sa dernière saison de maraîchage, c’est Marie, sa grand-mère qui a fondé l’exploitation en 1920 fuyant la Bretagne et la misère

« Son tracteur file entre les hauts immeubles gris. Au pied de la cité du clos Saint-Lazare, à Stains, en Seine-Saint-Denis, l’engin serpente entre les voitures, sans être perturbé par l’intense circulation. Dans la petite cabine, on ne distingue d’abord qu’un large chapeau de paille enfoncé jusqu’aux sourcils du conducteur. René Kersanté, 75 ans, descend d’un saut habile. Il a pourtant le corps tassé et le ventre arrondi. Un cou puissant ajusté a de larges épaules. Il tâte de ses bottes la terre humide puis salue les silhouettes ployées dans ses champs. »

 

Des champs dans le neuf 3 ça ne semble pas raccord avec l’image de ce département qui colle mieux à celle décrit par Olivier Norek dans son polar Code93 :

 

« … les rues vides lui offrirent une allée de feux rouges qu’il grilla doucement jusqu’à s’insérer sur la route nationale 3.

 

Quatre voies grises et sans fin s’enfonçant comme une lance dans le cœur de la banlieue. Au fur et à mesure, voir les maisons devenir immeubles et les immeubles devenir des tours. Détourner les yeux devant les camps de Roms. Caravanes à perte de vue, collées les unes aux autres à proximité des lignes du RER. Linge mis à sécher sur les grillages qui contiennent cette partie de la population qu’on ne sait aimer ni détester. Fermer sa vitre en passant devant la déchetterie intermunicipale et ses effluves, à seulement quelques encablures des premières habitations. C’est de cette manière que l’on respecte le 93 et ses citoyens : au point de leur foutre sous le nez des montagnes de poubelles. Une idée que l’on ne devrait proposer à la capitale, en intramuros. Juste pour voir la réaction des Parisiens. À moins que les pauvres et les immigrés n’aient un sens de l’odorat moins développé… Passer les parkings sans fin des entreprises de BTP et saluer les toujours mêmes travailleurs au black qui attendent, en groupe, la camionnette de ramassage. Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. »

 

 

La plaine des Vertus, qui a constitué jusqu’à la fin du XIXe siècle le plus vaste espace légumier d’Europe et qui a longtemps nourri la population parisienne, s’est rétrécie pour se réduire au 9 ha répartis entre Stains et Saint-Denis, de la Courneuve à Aubervilliers, à l’exploitation de « Monsieur René » comme ses saisonniers ont l’habitude de l’appeler.

 

« Il est rond, gros, sa pelure a une belle couleur mordorée dès qu'il atteint la pleine maturité. Il se conserve tout l'hiver, pour peu qu'on le suspende dans un endroit sec et bien aéré. C'est l'oignon «jaune paille des Vertus», bien connu des jardiniers amateurs et des professionnels. Ses vertus? Nombreuses, sans doute. Mais en l'occurrence, les Vertus de l'oignon jaune paille, comme celles du «navet marteau des Vertus» ou du «chou Milan des Vertus» ont une majuscule. Car les Vertus dont il s'agit n'ont rien à voir avec leurs qualités, gastronomiques ou horticoles. C'est le nom d'un lieu-dit aujourd'hui oublié: la «plaine des Vertus», drainée par le «ru de Montfort». Elle s'étendait sur Aubervilliers et La Courneuve, jusqu'aux limites de Bobigny et de Drancy (Seine-Saint-Denis). L'église d'Aubervilliers, Notre-Dame-des-Vertus, lui doit son nom. L'actuel parc départemental de la Courneuve a été aménagé sur sa partie nord, tandis qu'au sud la plaine des Vertus venait buter sur le côteau de Pantin.

 

Sous le Second Empire, on comptait ainsi, sur les mille hectares de la plaine des Vertus, près de cinq cents ménages de cultivateurs, dont les plus riches possédaient quatre ou cinq chevaux, plusieurs charrues et chariots. Ces laboureurs de légumes, conduisaient eux-mêmes vers le «Ventre de Paris» leurs charrettes emplies d'une montagne de choux et de poireaux, qu'ils déversaient à une heure du matin aux Halles, où ils restaient «sur le carreau» en cas de mévente; à l'aube, ils regagnaient La Courneuve ou Aubervilliers avec un chargement de pierre, pour les routes, ou de «boues d'aisance», pour la fumure.

 

Les «laboureurs de légumes», mi-paysans, mi-maraîchers. Car sur la plaine des Vertus, on ne pratiquait pas le forçage des primeurs, on n'amenait pas sur les marchés de détail la botte de persil, la poignée d'épinards ou les premiers haricots de la saison, comme le font les maraîchers traditionnels. On produisait en masse, pour le carreau des Halles, les légumes de pleine saison, base de l'alimentation du peuple de Paris, selon un système économique rodé au fil des générations. »

 

François Wenz-Dumas — 21 août 1995 pour Libération

 

Maraîcher à Bobigny

 

« C’est Marie, ma grand-mère. C’est elle qui a fondé cette exploitation. Elle a quitté sa Bretagne en 1920, avec ses sabots et sa valise, fuyant la misère. Elle ne connaissait rien aux légumes mais, par liens familiaux, elle a commencé à travailler sur une exploitation de la plaine. Puis elle s’est mise à son compte. C’est elle qui gérait tout, surtout après le décès de son mari, qu’elle avait rencontré ici. À cette époque les Auvergnats devenaient cafetiers et les bretons maraîchers. »

 

C’est Sébastien Deslandes du mensuel 75 qui recueille ces propos.

 

« À cette époque plusieurs centaines d’agriculteurs travaillaient la terre limoneuse de cette plaine. »

 

René, dès 13 ans, son certif en poche, s’y colle « Mon père m’a dit : c’est bien, mais maintenant au travail ! »

 

« Chaque jour, dès 2 heures du matin, nous allions aux Halles décharger nos légumes. Nous étions face à l’église Saint-Eustache. C’était une époque formidable. Tout le monde se tutoyait. Les artistes venaient y finir leur nuit. Et les boucher les rudoyaient en louchebem, leur argot. »

 

photo d'Hervé Lequeux pour 75

 

C’est la dernière saison de René, de la soixantaine de saisonniers il ne reste plus que Moravia « fidèle à son patron depuis trente-trois ans ». Elle est serbe et habite le quartier voisin. « Les autres Serbes sont partis à la retraite. Moi aussi, bientôt, j’ai quand même 65 ans. Je vais rentrer au pays. »

 

La banlieue a tout dévoré « Tout autour de ces champs bruns, c’est un paysage de béton qui se déploie. Le domaine semble coincé entre les hautes barres HLM et l’enseigne lumineuse du restaurant McDonald’s. »

 

« J’ai très longtemps vu la basilique de Saint-Denis d’ici »

 

La menace a toujours plané au-dessus de l’exploitation de René « Il y a soixante ans, on nous a dit que nous devions partir pour laisser la place à la construction d’immeubles. » Beaucoup de ces collègues ont empochés le chèque et sont partis. Lui a tenu bon et en 1983 la mairie a fait jouer son droit de préemption et il est son locataire.

 

« Il n’y a pas que le quartier qui a changé. Nos méthodes de travail aussi »

 

Adieu les cloches en verre et les châssis propres, place aux voiles de forçage.

 

 

Adieu aussi les tas de fumiers qui faisaient l’objet de compétitions entre les maraîchers « C’était à qui aurait l plus beau tas de fumier ! »

 

Et puis Rungis est arrivé en 1969, René vend 90% de sa production aux Carrefour et autres Cora environnants « Ils nous achètent notre salade autour de 45c, pour la revendre 99c. C’est dur. Mais aujourd’hui, selon moi, même les distributeurs ne margent plus beauoup, du fait de la concurrence entre eux. »

 

Gaëlle la fille de René et son mari ne reprendront pas l’exploitation de la plaine. Peut-être iront-ils travailler la petite exploitation achetée par René dans l’Oise lorsqu’il craignait d’être expulsé ?

 

Pourtant ils aiment cet endroit « c’est la campagne dans la ville. Mais c’est un travail de plus en plus dur. Les gens ne se rendent pas compte des heures exigées, ils nous parlent uniquement des prix. Ce n’est plus viable pour nous. »

 

René plaisante « Nous avons été longtemps les culs-terreux… Aujourd’hui, nous faisons partie du paysage. Il est de bon ton de venir nous voir. Je participe même aux Journées du patrimoine ! »

 

Adieu à « l’as de la laitue passion » et de « l’oignon jaune paille »

 

Lire Le maraîchage en Seine-Saint-Denis et ICI belles illustrations

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 09:00
L’alcool dans le collimateur des « ronds de cuir » de la Cour des Comptes est l’accusé commode dans les violences entre hooligans à Marseille

Loin de moi l’idée de plaider l’innocence de l’abus d’alcool dans toutes les formes de violence ce serait adopter la même attitude obtus que les prohibitionnistes masqués, les hygiénistes de tous poils et, pire encore, des magistrats en mal d’existence : ceux de la pléthorique Cour des Comptes.

 

L’alcoolisme est un fléau social ravageur, une maladie grave et difficilement curable, ses conséquences sociales, économiques, humaines sont connues mais ne doivent pas être réduites à des chiffres frappants mais souvent fantaisistes : qui veut tuer son chien dit qu’il a la rage.

 

L’échec de la lutte contre ce fléau est à mettre au débit des autorités de Santé Publique qui voudraient nous faire accroire qu’il suffirait de seulement jouer sur les leviers de la communication et de la publicité pour le faire régresser.

 

Pour Claude Evin, le parrainage de Carlsberg à l'Euro est "contraire à la législation"

 

« Une situation incompréhensible aux yeux de Claude Evin, à qui l'on doit la loi du même nom en vertu de laquelle l'affichage de publicités pour le tabac et l'alcool est interdit.

 

« C'est du parrainage ou sponsoring. Or la loi française interdit le parrainage lorsqu'il a pour objet ou pour effet la propagande en faveur des boissons alcoolisées (…) Nous sommes sur le territoire national, il n'y a pas d'extraterritorialité dans les fans zones. Pour moi ce qu'il se passe dans leur enceinte avec la présence de Carlsberg est contraire à la législation », a-t-il dénoncé.

 

Celui qui fut ministre de la Santé sous Mitterrand a pointé du doigt des « messages totalement contradictoires », fustigeant au passage « une incohérence totale dans la prise de position des pouvoirs publics français ». « En matière de lutte contre l'alcool, la position du gouvernement et de tous les gouvernements a toujours été très ambiguë », a-t-il critiqué.

 

Depuis le début de l'Euro 2016, Carlsberg ne communique en France que sur sa gamme de boissons sans alcool. Une manière pour elle d'être toujours visible, et, par extension, de développer ses ventes de boissons - alcoolisées cette fois-ci - dans les autres pays européens. »

 

Hier circulant à vélo dans Paris j'ai pu croiser des rassemblements énormes de supporters suédois : les Tuileries étaient jaunes et les packs de bière étaient au rendez-vous. Et pourtant le match du Parc des Princes fut paisible et aucune exaction n'a été constatée dans la ville.

 

C’est se moquer du monde : à qui veut-on faire accroire que les hooligans russes ou anglais ont perpétrer leurs actes de violence simplement par qu’ils étaient fortement imbibés. La poignée de hooligans russes est venue spécialement pour en découvre, pour se faire de l’Anglais, « Nous étions huit, rentrés à bord de deux voitures dans le quartier du Vieux-Port pour se plonger dans l’atmosphère de la bonne vieille violence de rue », écrit Alexeï le hooligan.

 

Lire : Les affrontements de Marseille racontés par Alexeï le hooligan 

 

« Les hooligans russes ont mené un raid comme un commando paramilitaire »

 

« L’arrivée des hooligans russes. Vendredi après-midi, un groupe d’une vingtaine de personnes est arrivé vers les bars et pubs qui longent le Vieux-Port. J’ai vu derrière moi 20 « golgoths ». Je les ai de suite identifiés comme des spécialistes de l’ultraviolence. Ils avaient tous le même tee-shirt, certains portants des bandanas tête de mort, ils ont montré leurs muscles. Un comportement typique des hooligans venus des pays de l’Est.

 

La police est arrivée et a bien agi en s’interposant entre les différents protagonistes. Il y a eu quelques jets de bouteille mais ça s’est arrêté là. Ils sont ensuite repartis. L’erreur est de ne pas les avoir interpellés dans la foulée. Je les ai retrouvés à 1 kilomètre de là, attablés à une terrasse. Les affrontements ont repris samedi vers 17 heures et la bataille la plus violente a eu lieu place Estienne-d’Orves. C’était un raid, on avait affaire à un commando paramilitaire dans l’organisation : ils repèrent les lieux, désignent une cible, puis passent à l’attaque. Ils connaissaient parfaitement la géographie du quartier et prenaient des voies perpendiculaires ou parallèles pour éviter les contrôles de police. »

 

La suite ICI

 

Dominique Bodin sociologue du Sport Euro 2016 est clair sur le  sujet.

 

Non, l'alcool n'est pas la cause des violences entre hooligans à Marseille

 

« Une nouvelle fois, en marge des rencontres de football, d’aucuns s’étonnent des violences des supporters, chacun y allant de sa déclaration fantaisiste : "c’est la faute à l’alcool", "interdisons l’alcool dans les stades", "les services d’ordre étaient inorganisés", "il aurait fallu prévoir" et autres poncifs du même acabit.

 

Ces violences ne sont pas surprenantes en soi. Elles ont lieu en marge de la plupart des rencontres que ce soit de football professionnel dans chacun des pays, de championnats d’Europe ou de Coupe du monde de football. Les championnats d’Europe 2012 ou les Coupes du monde de 2006 à 2014 n’en furent pas exempts ! Il suffit de lire les comptes rendus établis par le Conseil de l’Europe en la matière par exemple.

 

Les violences se déroulaient plus simplement loin de chez nous, étaient moins médiatisées, voire dissimulées… Elles existaient pourtant. Elles sont inhérentes au football et à une partie de ses spectateurs, les plus engagés, gangrénant le spectacle et les rencontres.

 

Elles éclatent aujourd'hui à nos yeux médiatiquement au point de nous déranger. Elles sont traitées dès lors dans l’urgence et de manière superficielle, tant par les hommes politiques que par les journalistes que par des personnes qui se trouvent brutalement une âme s’expert sans avoir jamais rencontré un hooligan de leur vie ou assister à une acte de hooliganisme.

 

L’alcool, un facteur parmi d’autres tous au plus

 

Dans l’urgence médiatique, chacun y va donc de ses déclarations éhontées. Les politiques pour montrer qu’ils sont là, certains policiers pour justifier de leur rôle. Tout cela ne fait qu’ajouter à la confusion générale.

 

Pour commencer, l’alcool n’est pas la cause des violences. Tout au plus est-elle un facteur parmi d’autres. Si elle était la cause des violences alors les rencontres de rugby seraient les plus violentogènes du circuit sportif, l’Allemagne, où l’alcool se vend dans les stades de football, serait le pays le plus touché par ce phénomène…

 

Que des hommes politiques, comme Éric Ciotti, déclarent cela n’est pas dérangeant en soi. Ils ne font que constater les dégradations, les jets de bouteilles ou la consommation d’alcool telle qu’en rendent compte les médias. Mais qu’un policier comme Antoine Boutonnet, responsable de la Direction nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH), fasse le même amalgame relève de l’inconcevable et de la méconnaissance de la réalité du hooliganisme. »

 

La suite ICI

 

Dans la foulée si je puis m’exprimer ainsi les « magistrats » de la Cour des Comptes en surnombre, qui s’ennuient rue Cambon, nous ont pondu un de ces rapports dont ils ont le secret. Un tissu de lieux communs glanés dans les soupentes du Ministère de la Santé. C’est un pur réquisitoire sans souci de donner les arguments en défense.

 

Je commence par le couplet rituel :

 

L’efficacité de la loi Evin s’est amoindrie au fil du temps

 

Autre reproche : les « modifications successives » de la loi Evin, qui encadre depuis 1991 la publicité et la vente des boissons alcoolisées. Ces changements par petites touches ont « amoindri l’efficacité » du texte.

 

Après l’autorisation de la publicité par affichage en 1994, la vente d’alcool dans les enceintes sportives en 1999 et l’autorisation « encadrée » de la publicité sur Internet en 2009, le texte a été une nouvelle fois assoupli lors du vote de la loi santé, fin 2015, afin, officiellement, de mieux distinguer « publicité et information » sur les boissons alcoolisées.

 

C’est avec le feu vert du chef de l’Etat, François Hollande, que députés et sénateurs ont choisi de détricoter un peu plus ce dispositif dans le cadre de l’examen de la loi santé, en dépit de l’opposition de la ministre de la santé, Marisol Touraine. Consciente de la fragilité de sa position, elle s’était pour sa part gardée de toucher au texte, se contentant de quelques mesures consensuelles pour mieux lutter contre l’alcoolisation massive des jeunes.

 

Face à la « levée de boucliers » qui avait accueilli, à l’Assemblée nationale, sa proposition de modifier l’avertissement sanitaire sur les étiquettes des boissons alcoolisées, l’ex-député Olivier Véran (Parti socialiste, Isère) se souvient pour sa part avoir eu le sentiment de s’être attaqué à quelque chose de « sacré ». « Une réunion de crise au sommet avait dû être organisée », raconte l’ancien rapporteur de la loi, qui avait été contraint de retirer son amendement.

 

Au vu des récents débats parlementaires sur le sujet, les onze recommandations formulées par la Cour des comptes à l’issue de son rapport ont donc peu de chance d’être retenues. Elle recommande tout aussi bien de relever les textes sur les boissons alcoolisées, de modifier le code du travail « pour interdire totalement l’introduction d’alcool sur le lieu de travail », ou encore d’appliquer à tous les supports numériques (Internet et réseaux sociaux) les restrictions de publicité prévues par la loi Evin.

 

Je continue en vous livrant le contenu intégral de l’article du Monde :

 

La France ne se donne pas les moyens de lutter avec efficacité contre les consommations nocives d’alcool. Dans un rapport publié lundi 13 juin, les magistrats de la Cour des comptes fustigent une « tolérance générale » vis-à-vis de la consommation de boissons alcoolisées, dont les « effets négatifs sont largement sous-estimés ».

 

Pris en étau entre un héritage « social et culturel » et le poids d’un secteur clé dans l’économie du pays, l’Etat «ne s’est pas donné les moyens d’infléchir les comportements à risque » et n’a pas fait de ce sujet une « priorité de l’action publique».

 

Pour dresser ce réquisitoire sévère, la Cour s’appuie sur un bilan sanitaire déjà partiellement connu. Avec 49 000 décès par an – dont 15 000 par cancer – l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable en France, juste derrière le tabac et ses 72 000 morts.

 

Des millions de personnes sont atteintes de pathologies ou de complications liées à ce produit. Et même si la consommation a enregistré une forte baisse depuis cinquante ans, la France affiche une consommation moyenne de douze litres d’alcool pur par an et par habitant de plus de 15 ans, de 30 % supérieure à la moyenne européenne.

 

Un coût social annuel de 120 milliards d’euros

 

En additionnant le coût des vies perdues, des pertes de production ou des dépenses publiques de soin ou de prévention, l’économiste Pierre Kopp avait chiffré, en septembre 2015, à 120 milliards d’euros le coût social de l’alcool chaque année pour la France, soit autant que pour le tabac.

 

Les données épidémiologiques restent toutefois « lacunaires », note la Cour, qui relève que le coût social ne fait pas « consensus ». Elle regrette également que « les champs d’investigation, les orientations et les résultats de la recherche clinique et épidémiologique » soient « tirés par les uns et par les autres dans des directions opposées ».

 

Pour les magistrats de la rue Cambon, les autorités ne s’attaqueraient aux problèmes sanitaires liés à l’alcool qu’à travers des politiques « éclatées, discontinues et aux résultats très inégaux », loin de celles menées contre le tabagisme. Au regard des politiques volontaristes menées en Italie ou au Royaume-Uni, ils jugent même qu’il existe une « certaine indifférence » des pouvoirs publics français sur la question de l’alcool.

 

« Régression » du dépistage de l’alcool au volant

 

« Quelques avancées notables mais désormais un peu anciennes » en matière de sécurité routière ou de limitation de la publicité « peuvent certes être portées à leur actif ». « Quelques campagnes de prévention sont restées dans les mémoires, et la prise en charge addictologique, de son côté a progressé, concèdent-ils également. Mais cet ensemble ne fait pas une politique. »

 

La Cour dénonce ainsi une « régression » du dépistage de l’alcool sur les routes depuis plusieurs années, et des sanctions en cas d’ivresse au volant « peu dissuasives » ou « difficiles à mettre en œuvre ». Ils regrettent une fiscalité « peu inspirée par des objectifs de santé publique », une « érosion de l’effort de prévention » et la « passivité » devant l’accès facilité au produit pour les mineurs.

 

Elle déplore en outre que « la mesure de la modération en matière d’alcool » ne fasse pas « consensus ». « Il est maintenant établi que le risque de cancer existe, y compris dans le cas d’une consommation modérée et régulière, ce qui signifie qu’en termes de santé publique on ne saurait se limiter à prendre en compte les femmes enceintes, les jeunes et les alcoolo-dépendants », souligne le rapport. Les agences sanitaires devraient d’ailleurs « clarifier » les repères de consommation d’ici à 2017.

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 06:00
Vive la Tielle de Pouffre de Sète, plat du pauvre, fille des pêcheurs de Borgo de Gaete au nord de Naples !

Je suis ainsi, lundi matin je fais, comme tous les jours, ma revue de presse et je tombe sur un titre du MIDI LIBRE Sète : la tielle, d’abord une dynastie.

 

Sète, souvenir de ses pinardiers, de Robert Skalli, de ses joutes aussi, alors je me dis va pour Sète et ses tielles.

 

Le site de l’Office du Tourisme, pour une fois, est de qualité.

 

UN PATRIMOINE CULINAIRE MÉDITERRANÉEN

 

« Sous l'impulsion du roi Louis XIV naquit la ville de Sète, dont la première pierre fut posée en 1666.

 

Paul Riquet cherchait une ouverture sur la mer pour son canal du Midi, et Colbert souhaitait une place forte dans cette région car la marine Anglaise avait maints projets velléitaires.

 

On construisit une rade et on creusa un canal pour relier l'étang à la mer.

 

Les premiers habitants vinrent de Catalogne, du nord de l'Hérault et de Provence, et leurs traditions culinaires respectives vinrent encore grossir le patrimoine de l'étang de Thau déjà très riche en ce domaine.

 

Les Catalans apportèrent la salaison des poissons, les provençaux les fruits et les légumes.

 

Côté mer on cassait les rochers de la colline pour construire la digue, un quartier de maisons en dur se construisait pour loger les travailleurs de la jetée et côté étang les premiers pêcheurs s'installaient sur une langue de terre appelée la Bordigue (du nom d'un engin de pêche installé à cet endroit), le nombre croissant des pêcheurs fit se créer de petits chantiers navals et la Bordigue s'organisa en tant qu’embryon social de la jeune ville.

 

Au XIXe siècle, lors de la construction du chemin de fer, inauguré le 9 juin 1839, les travaux de terrassement génèrent les pêcheurs de la Bordigue et l'on décida de rejeter le produit du terrassement devant le chantier afin de former une pointe en prise directe sur l'étang où les pêcheurs délogés par la construction de la voie ferrée pourraient installer leurs filets dans des cabanes, et tirer leurs barques au sec.

 

Le quartier de la Pointe Courte de la Bordigue naquit et devint un quartier des pêcheurs à part entière qui, aujourd'hui encore, a su conserver jalousement sa personnalité marginale et ses recettes principalement basées sur l'apport de ses propres filets.

 

Cette communauté est arrivée à défendre sa propre gastronomie de toutes les influences étrangères car, au contraire des pêcheurs de la mer, les pêcheurs de l'étang sont principalement français et ce sont eux qui ont en premier bénéficié de l'héritage et de la tradition culinaire du bassin de Thau. »

 

La suite ICI 

 

 

Mais revenons à la tielle de poulpe qui à Sète se nomme pouffre... avec un R s’il vous plaît !

 

« L’un de mes rêves de voyage ? Un tour du monde du poulpe, ce trésor que ‘on pourrait croire méditerranéen alors qu’il est parfaitement œcuménique, des salades, des tielles et ragoûts d’ici jusqu’aux boulettes fourrées d’Osaka, en passant par le poulpe à la galicienne, le civet « zourite » de l’île de la Réunion ou l’ingénieux carpaccio dégusté sur une terrasse de Côme. L’omniprésence des poulpes en train de sécher dans la douceur animée des rues de Naxos n’est sans doute pas étrangère à mon coup de foudre pour les Cyclades. Le poulpe est enfin un ingrédient idéal pour saucer : cuit à l’étouffée et non dans l’eau, il dégage un jus intensément parfumé et un peu gélatineux qui semble implorer le mangeur : sauce-moi, sauce-moi ! »

 

Mayalen Zubillaga l’art de saucer 

 

 

Certains esprits chagrins trouvent que mon cœur penche trop souvent ces temps-ci du côté de l’Italie mais dans le cas de la tielle qui, certes est venue d'Italie dans les bagages des émigrants italiens de la petite bourgade de Borgo de Gaeta au nord de Naples à la fin du XIXe siècle, ce sont les espagnols qui sont les géniteurs de cette tourte.

 

Le Royaume de Naples était sous la domination espagnole au siècle de Charles Quint et les autochtones se nourrissaient frugalement d’un peu d'huile, quelques anchois et olives, l'ancêtre de la pizza était l'ordinaire... Ils remarquèrent très vite que la troupe ibérique confectionnait à peu près la même chose avec toutefois un couvercle de pâte par-dessus et ils se rendirent compte que cette façon de faire se conservait plus longtemps que leur pizza.

 

La technique se perfectionna et par souci pratique on ne mit plus directement la pizza sur la sole du four mais dans un plat de terre cuite appelée TEGLIA...et ainsi la tielle était née.

 

En Espagne c’est une empanada...

 

À Gaeta le tielle se décline de plusieurs façons, selon les propres mots des natifs du lieu, il y a les tielles de la mer, au poulpe, sardines, anchois, crevettes, moules etc... et les tielles de la terre à la scarole et aux pignons, aux œufs et aux courgettes…

 

À Sète seule la tielle de poulpe connut la célébrité.

 

Au début de leur installation à Sète, les pécheurs Gaétans faisaient la tielle comme dans leur mère patrie et lorsque les enfants allaient à l'école, la maman mettait souvent une tielle de pouffre dans le cartable fait de morceaux de vieille voile cousue, aujourd'hui les anciens racontent qu'à l'école ils se cachaient pour la manger car les petits Sétois mangeaient des croissants du boulanger.

 

La tielle était l'ordinaire des pécheurs installés au quartier haut ou était regroupée la communauté italienne, comparé à l'opulente société Sétoise enrichie par le commerce du vin, c'était un quartier pauvre ou ils vivaient selon leur coutumes et parlaient le napolitain. La majorité de la nourriture était tirée de la pêche que le père ramenait à la maison. Ces pêcheurs ne descendaient que rarement en ville et la belle société Sétoise de l'époque ne connaissait pas la tielle qui était vue comme étant une nourriture de pauvre.

 

La saga de la dynastie d’Adrienne et de Bruno Virducci (Merci à Jean Brunelin - Chef, auteur, photographe et créateur du groupe Facebook "Défendons la cuisine Sétoise et Méditerranéenne"

 

 

« Dans les années 30, Adrienne Pages née à Agde tenait avec son mari Bruno Virducci, un Italien du sud, un petit étal de coquillage devant le pont de la civette à l'enseigne de La Reine des Mers.

 

Ses tartes de pouffres étaient renommées dans le quartier, elle les faisait cuire chez LUBRANO le boulanger de la rue Garenne...

 

Les ménagères Sétoises commencèrent à apprécier la chose et en redemandèrent régulièrement à tel point que le boulanger fut dépassé par les visites d'Adrienne et il fallut trouver une solution.

 

C'est son beau-fils, Mimi Cianni qui en 1937 décida d'aller à la foire de Marseille acheter un four adapté qu'on installera au rez-de-chaussée de la maison.

 

Adrienne eut de nombreux enfants, elle déménagea ensuite son petit commerce devant le bar de LA MARINE, mais il fallut attendre son jeune fils Achille qui le premier mis en place une petite fabrique artisanale sous les escaliers de la grand rue sur le plan du marché aux poissons.

 

Dans les années 60, il avait comme ouvrière Sandrine SPOSITO qui fabriqua des tielles pendant 50 ans de sa vie...

 

Cette petite production était vendue à l'étal de coquillages de sa sœur Raymonde qui avait pris la suite de sa mère tout à côté.

 

On peut dire que si c'est à Adrienne VIRDUCCI que l'on doit la diffusion de la tielle dans la société sétoise, c'est à Achille son fils que l'on doit la première fabrication artisanale.

 

Quelques années après, Achille prit une épouse et créa lui aussi son propre étal de coquillages ou il mit ses tielles à la vente.

 

À son tour, sa sœur Raymonde installa un tout petit atelier dans sa cabane de coquillage "La Reine des Mers" ou s'activait son ouvrier David Conesa.

 

Jusqu'aux années 70 c'étaient les seuls endroits où l'on pouvait trouver des tielles dans la ville de Sète.

 

Ce furent ensuite deux des autres filles d'Adrienne qui se lancèrent dans l'aventure de la tielle.

 

L'une se maria avec un DASSE, et l'autre avec un CIANNI...c'est pour cela qu'aujourd'hui encore vous trouverez les petits enfants et arrières petits-enfants aux commandes des fabriques artisanales DASSE, VIRDUCCI et CIANNI...car la tielle de Sète est l'apanage d'une dynastie, celle d'Adrienne et Bruno VIRDUCCI ainsi que de leur descendance qui héritèrent tous de la recette et du savoir-faire .... »

 

 

La recette de la Tielle de Pouffre … de Poulpe… c’est ICI

 

Que boire avec une tielle par Michel Kimmel le régional de l’étape ?

 

La tomate est très présente chez Cianni et Dassé, les deux principaux artisans, et moins chez Giulietta qui est depuis peu implanté aux halles de Sète et qui cultive le goût du poulpe sans le noyer dans la tomate.

 

Les tielles que distribue la GD et nombre de poissonniers sont issues de Midi-Tielles ou Coudène, fabrications plutôt industrielles…(pâte épaisse, moins de parfum, etc…)

 

En fonction de l’appareil assez relevé on peut boire un rosé issu de syrah et de grenache, de type languedocien.

 

Un rosé de Cinsault provençal serait écrasé par la préparation.

 

Un blanc « charnu » roussanne/ vermentino peut résister, ou un bourboulenc de la Clape

 

Un rouge également dans les terrasses du Larzac, ou un pic Saint Loup et, un pur Cinsault de vieilles vignes (le Pradel de Xavier Braujou par ex) peut constituer une alliance sans rivalité !

 

Mais pas de vin qui remplit les bajoues !!!

voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.
voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.
voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.
voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.

voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 06:00
« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… » Albert Camus la dramaturgie du dernier « pénalty » : Séville 82 Maxime Bossis Je n’en ai plus jamais tiré depuis

« C’est quand on est au milieu des bois que l’on s’aperçoit que c’est difficile. »

 

Les bois, au temps de Camus, c’était la cage aux fameux poteaux carrés dans laquelle se tenait le dernier rempart, le gardien de but, le goal qui souvent portait une casquette et pratiquait à mains nues pour capter le fameux cuir.

 

Le 23 octobre 1957, au Parc des Princes, le Racing Club de Paris reçoit Monaco sous les caméras des « actualités françaises ». Suite à une frappe d’un joueur monégasque et d’une erreur du gardien parisien, la balle finit au fond des filets. Le reporter se tourne alors vers un spectateur debout en imper-cravate qui n’est autre qu’Albert Camus, 44 ans, tout juste auréolé de son prix Nobel. Les malheurs du goal du Racing reçoivent l’indulgence de l’écrivain : “Il ne faut pas l’accabler. Le 23 octobre 1957, au Parc des Princes, le Racing Club de Paris reçoit Monaco sous les caméras des “actualités françaises”. Suite à une frappe d’un joueur monégasque et d’une erreur du gardien parisien, la balle finit au fond des filets. Le reporter se tourne alors vers un spectateur debout en imper-cravate qui n’est autre qu’Albert Camus, 44 ans, tout juste auréolé de son prix Nobel. Les malheurs du goal du Racing reçoivent l’indulgence de l’écrivain : « Il ne faut pas l’accabler. C’est quand on est au milieu des bois que l’on s’aperçoit que c’est difficile ».

 

 

« Il s’était habitué à occuper le poste de gardien de but depuis l’enfance, parce que c’était celui où l’on usait le moins ses chaussures. Fils d’une famille pauvre, Camus ne pouvait se payer le luxe de courir sur le terrain : chaque soir, sa grand-mère inspectait ses semelles et lui flanquait une rossée si elles étaient abîmées. Il apprit aussi à gagner sans se prendre pour Dieu et à perdre sans se trouver nul, il apprit à connaître quelques mystères de l’âme humaine, dans les labyrinthes de laquelle il sut pénétrer plus tard, en un périlleux voyage, tout au long de son œuvre. »

 

Eduardo Galeano, Le football, ombre et lumière.

 

« On se souvient de ce titre magnifique du roman et film éponyme de l'écrivain autrichien Peter Handke : «L'angoisse du gardien de but au moment du penalty». Tous les amateurs de foot et ceux, plus rares, qui ont parfois tenté l'expérience du gardien à ce moment précis mesureront la justesse et la beauté de ce titre. Il est rare que les artistes s'inspirent de ce jeu entre 22 individus qui courent derrière un ballon rond. Et encore moins de cet homme qui se tient seul et pendant 90 minutes entre trois bouts de bois et se saisit de la balle avec les mains. Pourtant, s'il est un spectacle où l'impondérable est l'enjeu essentiel, où le récit se développe dans le mouvement et s'improvise au fur et à mesure du déroulement de l'action, c'est bien celui d'un match de foot. Le processus dramaturgique de la confrontation se construit dès le coup d'envoi. Les acteurs de l'histoire participent en chœur à l'écriture d'un récit dont nul ne connaît d'avance le «pitch». Ceux qui regardent le spectacle comme ceux qui le font ignorent son dénouement. C'est une des fictions les plus réalistes et c'est ce qui fait, peut-être, la magie et la morale de ce spectacle vivant.

 

Mais le pénalty tout comme le tir-au-but, est sans aucun doute la dramaturgie la plus intense du football, un face-à-face au bout duquel il y aura un gagnant et un perdant, un sauveur et un maudit.

 

Deux noms, connus par ma génération, illustrent bien l’intensité de cet acte sacrificiel : Maxime Bossis et Faruk Hadzibegic.

 

Leur « pénalty raté » l’un face à l’Allemagne, qui n’était que la RFA, à Séville, le 8 juillet 1982, en demi-finale de la Coupe du Monde, l’autre le 30 juin 1990, à Florence, en quarts de finale de la Coupe du Monde face à l’Argentine de Maradona.

 

L’Histoire avec un grand H planait sur ce drame moderne : Séville 82 : La France crie vengeance, et lors du Mondial-1990, Croates et Serbes jouaient sous le même maillot, celui de la Yougoslavie – ce fut la dernière fois, une fin précipitée par le dernier penalty… Dans les mois qui suivirent, tant et tant de supporters devinrent les miliciens d’une guerre civile. Une guerre durant laquelle les nationalismes se sont affrontés dans le sang, sous les bombardements.

 

Mais revenons à la dramaturgie comme le dit très bien Platini le banni :

 

« Celui qui n’a jamais vu ce match n’a jamais vu un match de football. Celui qui n’a jamais vu ce match n’a jamais vu un match de Coupe du monde. Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d'émotions que la demi-finale perdue de Séville ».

 

À tort on parle de pénalty, le péno de notre enfance, alors qu’il s’agit d’un tir-au-but qui est une épreuve utilisée pour départager deux équipes à la suite d'un match nul. Dans le cas du pénalty, le tireur ou tout autre joueur de champ peut tenter à nouveau sa chance en cas d’échec dans la continuité de l’action. Pour le tir au but c’est sans appel en cas d’échec du tireur, tir à côté, au-dessus ou sur les montants ou arrêt du gardien de but.

 

La loi 14 du football fait partie des 17 lois du jeu régissant le football, maintenues par l'International Football Association Board (IFAB). La loi 14 se rapporte au coup de pied de réparation, communément appelé « penalty » (de l'anglais penalty kick).

 

L'inventeur du « penalty kick » est l'Irlandais William McCrum, en 1890, en tant que membre de l'Association irlandaise de football de l'époque.

 

Le 8 juillet 1982, à Séville, les Bleus perdent en demi-finale de la Coupe du Monde contre les Allemands aux tirs au but. L’ancien Nantais Maxime Bossis s’en souvient.

 

- Comment vivez-vous le fait d’avoir manqué un tir au but?

 

Je n’en ai plus jamais tiré depuis. Je suis resté traumatisé par ça. Après dans le jeu, je n’ai pas été traumatisé car j’ai enchaîné derrière avec une saison extraordinaire au FC Nantes avec un titre de champion de France en 83. Les tirs au but, en revanche, ça n’était plus pour moi après cet échec.

 

- Vous avez dû vous refaire le film souvent?

 

Évidemment, je me suis refait le film. Je n’étais pas prévu dans les cinq premiers tireurs donc je n’étais pas préparé psychologiquement à ce tir au but (il était le sixième tireur). J’ai hésité jusqu’au but pour savoir quel côté j’allais choisir. Je me suis toujours demandé pourquoi j’ai autant assuré le coup et essayé de placer le ballon alors que j’étais tout à fait capable de le placer de l’autre côté ou de tirer en force au milieu. Plus de 2.000 fois, je me suis dit que j’aurais dû tirer autrement ce tir au but. Après, j’ai vu que d’autres en ont raté comme Platini en 86 mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de tristesse et de culpabilité quand on rate un tir au but.

 

- Vous vous souvenez parfaitement du moment où vous partez le tirer?

 

Je me souviens de mon départ du rond central et de ma marche jusqu’au point de penalty. Ça m’a paru durer une éternité. Je me rappelle aussi que je me disais: «Qu’est-ce que je fais? Je place le ballon où? Je tire en force?» J’ai sans doute trop hésité avant ce tir au but. On me parle tout le temps de ce tir au but manqué. C’est impossible pour moi de ne pas m’en souvenir mais je n’en ai quand même jamais fait de cauchemars.

 

France-Allemagne de 1982, c’est un vrai chagrin que les Allemands, par la voix de Helmut Schmidt, chancelier de l’époque, ont tenté d’adoucir par le biais d’un télégramme envoyé à François Mitterrand dans lequel il écrivait :

 

«Le jugement de Dieu qui, selon la mythologie classique, entre en jeu dans chaque combat entre deux peuples a voulu que cette chance échoie au camp allemand dans ce match. Nous sommes de tout cœur avec les Français qui méritaient d’aller de l’avant tout autant que nous

En 1990, l’Italie accueille le Mondial de foot. Le 30 juin à Florence, les Yougoslaves affrontent, en quarts de finale, les Argentins de Maradona. Au coup de sifflet final, le score est nul. La séance des tirs au but s’achève sur ce qui a été qualifié à tort le penalty raté du capitaine, Faruk Hadzibegic.

 

Ce sera l’ultime apparition de l’équipe nationale d’un pays en voie d’implosion. C’est dans les virages des stades, tenus par la pègre, qu’ont été formés, en Serbie et en Croatie, les groupes paramilitaires, dont les méfaits, dans les années 1980, préfigurent les conflits de la décennie suivante.

 

Ce « penalty manqué » par Faruk Hadzibegic devenait soudain une histoire de football et de guerre. Le symbole, le déclencheur de l’éclatement d’un pays.

 

Gigi Riva, dans son livre le Dernier Penalty, formidable enquête, histoire de football et de guerre, ne manque pas de le rappeler, l’explosion de la Yougoslavie, «une idée romantique à l’agonie» alors, bruissait depuis quelque temps – dix ans après la mort du dirigeant Tito, la fédération socialiste n’était maintenue à flot qu’à coups d’illusions. Ainsi, ça avait chauffé fort lors d’un match entre le Dynamo Zagreb et l’Étoile Rouge de Belgrade. Dans le stade, les supporters avaient déployé des banderoles avec des slogans identitaires et créé une émeute.

 

Gigi Riva est rédacteur en chef de l’hebdomadaire italien L’Espresso, homonyme d’une légende de la Squadra Azzura et il a couvert la guerre des Balkans. Son livre raconte comment foot et politique se sont croisés durant un demi-siècle, jusqu’au paroxysme de Florence en 1990.

 

« Dans les Balkans, dire que le sport est comme la guerre n’est pas une métaphore. La guerre est la continuation du sport par d’autres moyens. »

 

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 06:00
Mieux qu’un vulgaire BBQ, de la barbe au cul, offrez-vous un cochon de lait nature pris sous la mère !

Oui je l’avoue je ne suis pas du tout barbecue, ça pue le graillou, tu manges debout, en plein soleil, t’as les doigts gras, tu t’en fous partout, c’est carbonisé et par-dessus le marché tu bois du jaja tiède débité au robinet d’une outre moderne dites bag-in-box.

 

Je trouve le BBQ trop petit bras, très petit bourgeois, pavillon, gazon, Roundup dans les allées gravillonnées, ma préférence va à la bête entière, embrochée, le genre méchoui ou cochon de lait rôti…

 

Avant de vous proposer mon cochon de lait nature parlons du barbecue et écartons de suite la fable franchouillarde, reprise au XVIe par les rosbifs, qui voudrait que le barbecue tienne son origine de la « barbe au cul » désignant la manière d’embrocher l’animal en fin de partie de chasse.

 

La mode du BBQ nous vient des States, le mot barbecue aurait été emprunté à l’hispano-américain. On trouve son origine dans les civilisations pré-caribéennes, les arawak ; on retrouve des traces du mot originel barbacoa dès 1518 au sens «dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air». En 1697 dans A new Voyage round the World de William Dampier il est utilisé au sens de « cadre de bois latté servant de sommier » sous la forme barbecu, borbecu. Par la suite, en 1699, le mot anglais a muté en «dispositif sur lequel l’on fait rôtir les viandes en plein air» ; enfin au début du XVIIIe il a désigné la «viande rôtie à ce dispositif » et on retrouve l’utilisation du terme « barbecue » dès 1733 pour signifier un rassemblement festif organisé autour de grillades de viandes.

 

Au 19e siècle, le barbecue est très répandu dans le sud des États-Unis, notamment à Memphis, en Caroline du Nord et au Texas. Cette technique de cuisson lente étant une façon astucieuse d’attendrir les bas-morceaux, qui étaient souvent le lot de la population afro-américaine pauvre vivant dans le Sud. Au début du 20e siècle, le barbecue s’est répandu sur tout le territoire. Dans les années 50, on retrouve ainsi des grills (restaurants servant une cuisine au barbecue) dans chaque ville nord-américaine.

 

 

En 1957, la revue Popular Mechanics propose des plans pour fabriquer un barbecue extérieur à partir d’un baril de pétrole. Puis, quatre ans plus tard, George Stephen Sr. révolutionne l’appareil en y ajoutant un couvercle hermétique et des trappes d’aération pour mieux contrôler la chaleur. C’est ainsi que le premier barbecue à couvercle a vu le jour.

 

 

En 1960, on réussit pour la première fois à raccorder le barbecue à l’alimentation en gaz naturel de la maison. Puis dans les années 70, avec l’ajout d’un réservoir au gaz propane à même l’appareil, on assiste à l’essor de la plus récente génération de barbecues.

 

 

Le texte qui suit est extrait du Livre Le Cuisinier Français de François Pierre La Varenne publié en 1651. « Originaire de Bourgogne, ce modeste provincial s’est formé dans les cuisines du marquis d’Uxelles, gouverneur de Chalon. » Cet ouvrage, destiné aux apprentis cuisiniers, fut révolutionnaire car « l’auteur a été le premier à mettre par écrit, dans les nombreuses recettes qu’il propose, les transformations considérables des goûts et habitudes gastronomiques des Français entre 1550 et 1650. Cent ans au cours desquels la cuisine médiévale a laissé place à la grande cuisine moderne. »

 

Je trouve ce texte d’une grande beauté formelle.

 

 

Cochon de lait au naturel

 

« Prenez-le dessous la mère, échaudez-le, faites-le babiller et rôtir avec un bouquet, du sel et du poivre dans le corps, puis servez.

 

Autre façon : prenez-le aussi en-dessous la mère, saignez-le dans l’eau prête à bouillir, puis, étant pelé, videz-le par le côté, troussez les pieds de devant vers le col, et ceux de derrière avec une brochette. Faites-le blanchir dans de l’eau chaude et ciselez-le sur le corps pour le cuire. Mettez dans l’estomac un oignon piqué de de clous de girofle, de fines herbes, un peu de beurre, du sel et un peu de poivre, puis recousez l’ouverture et faites-le rôtir.

 

Pour n’avoir point la peine de l’arroser : le frotter d’huile d’olives. Par ce moyen, il prend bonne couleur, et la couenne devient fort délicate. Étant bien cuit, servez-le garni de fleurs. Vous pouvez l’arroser avec du sel et de l’eau, ou le frotter avec du lard.»

Mieux qu’un vulgaire BBQ, de la barbe au cul, offrez-vous un cochon de lait nature pris sous la mère !
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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 06:00
«Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. «Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. Crédits photo : Wikimedia commons LES ARCHIVES DU FIG

«Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. «Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. Crédits photo : Wikimedia commons LES ARCHIVES DU FIG

Depuis le lundi 6 juin le Ritz est de nouveau ouvert je vais donc pouvoir aller traîner au bar Hemingway pour voir comment ils ont lifté le décor de chaudes boiseries tentant de reproduire l’atmosphère de l’époque Hemingway. Que sont devenues sur les murs, les photos et couvertures de magazines, machines à écrire et même une carabine, rendant un hommage permanent à l’auteur du Vieil Homme et la mer, Prix Nobel de littérature en 1954 ?

 

Et, qu’est devenu Colin Field, le chef barman de l’historique « Bar Hemingway », un citoyen de Sa Très Gracieuse Majesté, Colin Field, natif de Rugby, patrie de la célèbre Rugby School et de son sport éponyme, dans le canton de Stratford-upon-Avon lieu de naissance de William Shakespeare ?

 

 

Le bar Hemingway du Ritz est une légende parisienne depuis plus d'un siècle. En 1898, avec l'aide de l'architecte Charles Mewès, César Ritz conçoit, en collaboration avec le chef français Auguste Escoller un établissement au confort «ultra-moderne»: premier hôtel bénéficiant de l'électricité à tous les étages. Chaque chambre est équipée d'une salle de bain privée avec baignoire. Une petite révolution pour l'époque !

 

Racheté en 1997 par le milliardaire égyptien Mohamed Al Fayed. La même année, c'est en partant d'ici, poursuivis par les paparazzi, que son fils, Dodi Al Fayed, et Diana, la princesse de Galles, ont été victimes d'un accident mortel.

 

Le Ritz a bâti une partie de sa légende sur sa fréquentation, faite de personnalités politiques de renom, d'acteurs américains ou d'écrivains. Ernest Hemingway y avait ses habitudes, Audrey Hepburn y a tourné trois films, Charlie Chaplin ou Jean-Paul Sartre y ont été clients.

 

 

La libération du bar du Ritz, le 25 août 1944, par Ernest Hemingway (1899-1961), tient plus de la légende, initiée par le romancier américain en personne, que de la vérité historique.

 

En revanche, son attachement à ce palace, où il avait souvent séjourné avant la guerre, est lui bien réel : « Lorsque je rêve de la vie après la mort, l'action se passe toujours au Ritz à Paris ».

 

Hemingway a participé au Débarquement du 6 juin, au sein du 22e régiment d'infanterie de la 4e division américaine. Correspondant de guerre pour le magazine « Collier's », il suit en juin et juillet les troupes américaines remontant vers Paris, en appui de la 2e DB française.

 

« L'écrivain ne doute de rien. Surtout pas de lui-même. À Rambouillet, à la mi-août, un résistant se souvient qu'il « ne parlait que de cela : être le premier Américain à Paris et libérer le Ritz ». Il réussit, sur son nom et avec l'appui de l'Etat-Major de la IIIe Armée (commandée par Patton), à obtenir un rendez-vous avec le général Leclerc, commandant la 2e DB. Il veut lui demander, rien de moins, des hommes pour aller tout de suite vers Paris libérer le bar de son palace favori.

 

L'accueil du général est glacial. L'écrivain s'étonnera longtemps d'avoir été éconduit.

 

Le 25, vêtu de l'uniforme de correspondant, fusil-mitrailleur au poing et accompagné d'un groupe de résistants, il arrive toutefois en jeep place Vendôme. Il fait irruption dans le palace et annonce qu'il vient « libérer personnellement » le Ritz et son bar, réquisitionné en juin 1940 par les nazis et occupé par les dignitaires allemands, dont à l'occasion Goering et Goebbels.

 

Le directeur de l'hôtel, Claude Auzello, vient vers lui. Hemingway lui demande : « Où sont les Allemands ? Je viens libérer le Ritz ». « Monsieur, ils sont partis depuis très longtemps. Et je ne peux pas vous laisser entrer avec une arme ».

 

Hemingway va la reposer dans la jeep, pour revenir au bar où il laissera une ardoise historique de 51 dry Martini !

 

 

La suite ICI 

 

Hemingway restera nostalgique de cette période de sa vie. Il écrira à Marlène Dietrich « J'ai été vraiment amoureux dans ma vie, de cinq femmes, de la République espagnole et de la 4e division ».

 

 

« Le Petit Bar » du Ritz porte son nom depuis 1994. Sur le comptoir, trône une sculpture en bronze à son effigie. L'écrivain, alors sans le sou, avait découvert le Ritz à la fin des années 20 en compagnie d'un compatriote fortuné, Francis Scott Fitzgerald, avant de connaître le succès avec « Le soleil se lève aussi » et « L'adieu aux armes ».

 

Affabulateur l’Hemingway, s’il n’a pas libéré le petit bar du Ritz a-t-il inventé le fameux cocktail Bellini ?

 

 

Le Bellini a été créé au Harry’s Bar de Venise et est devenu la boisson emblématique de l’endroit. Rappelons que le Harry’s, fondé en 1931 (et qui n’est pas lié au « vrai » Harry’s, celui de Paris), devint dès son ouverture le rendez-vous de tous les hommes de goût et est connu pour avoir été l’une des escales favorites d’Hemingway. C’est à Giuseppe Cipriani, le patron du bar, que l’on doit la création du Bellini.

 

Mélange de nectar de pêches blanches et de champagne ou de prosecco, le cocktail a été conçu en 1948, et doit son nom au peintre vénitien Giovanni Bellini (et non pas au compositeur sicilien du XIXème siècle Vincenzo Bellini, comme on le croit parfois). Toute la difficulté et l'équilibre du Bellini dépend avant tout de la qualité du nectar pêche.

 

Dans son Venise comme je l’aime… Un guide pour se perdre… France Thierard écrit : Savourer un « cocktail Martini » au Harry’s Bar

 

« L’endroit pour retrouver ses amis vénitiens, le vendredi soir, toujours fidèles au bar mythique. Et si, Giuseppe Cipriani, avec Ernest Hemingway, est l’inventeur du « Bellini », je préfère le « cocktail Martini » de son fils Arrigo ou, plus fort encore, son « Bull shot », un mélange explosif de vodka, de consommé de bœuf, de citron et de tabasco »

 

Comprenne qui pourra !

 

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