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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 06:00
L’Eurovision bashing, un des sports favoris des Français, un beau cas d’école pour jauger l’horizontalité chère à Nuit Debout : le goût du peuple et celui des élites…

C’est devenu un marronnier sur les réseaux sociaux que de vilipender «nos élites » de tout poil en se drapant dans l’oriflamme du vrai peuple, plus précisément en proclamant : je suis le peuple. En fait, ce n’est qu’un vieux remake du bon vieux léninisme. Ils se proclament l’avant-garde de ce peuple, cette couche consciente et avancée de ce qu’on nommait de mon temps la classe ouvrière.

 

Mais de nos jours la classe ouvrière s’est éparpillée entre les deux extrêmes, on ne la voit guère place de la République, ni dans les manifs, quand on pense à FO on se gondole, alors il est fait référence au peuple, c’est simple, pratique, fourre-tout, abstrait.

 

Ce fameux peuple fantasmée mais où était-il donc hier au soir ?

 

En grande majorité scotché devant sa télé, sur France2 qui plus est, pour regarder le plus ringard, le plus kitch (ça fait plus chic), le plus stupide, le plus grossier des concours télévisés : l’Eurovision de la chanson.

 

C’est du beau et du vrai bashing « C'est l'un des sports favoris en France – y compris à la rédaction de France tv info : se gausser de l'Eurovision (...) Des paroles aux costumes, rien n'est épargné aux participants. »

 

Sans jouer les Ponce-Pilate, je ne me situe dans aucun des camps car, comme je ne regarde plus la télé, je n’aurai pas l’outrecuidance de porter un jugement sur la qualité de ce concours.

 

Les journalistes du site de France TV info, eux s’interroge : « Pourtant, si on prête l'oreille, le concours de chant est une affaire très sérieuse. Si sérieuse que les soubresauts géopolitiques du continent se ressentent parfois à l'antenne. »

 

Avant de leur céder la parole, un petit peu d’HISTOIRE :

 

Je crois que la dernière fois que j’ai regardé à la télévision le concours de l’Eurovision ce fut l’année où Si France Gall a gagné en 1965 avec Poupée de cire, poupée de son, signé Serge Gainsbourg. C’était en noir et blanc, j’étais étudiant à Nantes, je trouvais la chanson débile, gnangnan, mais ce ne fut pas une victoire tricolore elle représentait le Luxembourg.

 

La dernière victoire française remonte à 1977. Marie Myriam avait séduit les téléspectateurs des pays participants avec L'oiseau et l'enfant, un classique du genre signé Joe Gracy et Jean-Paul Cara.

 

Presque 40 ans de vaches maigres, notre orgueil national en pâti et, croyez-moi, dans ce peuple assis devant sa télé, son écran plat bien sûr, ça le désole. Il est cocardier le peuple. Il chante « on a gagné » lorsqu’un quelconque équipe de France décroche le cocotier mais « ils ont perdus » quand les mêmes rentrent la queue entre les jambes.

 

« Créé en 1956 par sept pays dont la France, le concours de l'Eurovision a très vite gagné de l'importance puisque plusieurs pays ont rapidement proposé leur participation dès la deuxième édition. Dix en 1957, ils sont désormais au nombre de quarante-deux. Seuls les pays membre de l'UER (l'Union européenne de radio-télévision) peuvent y participer, ce qui explique que des pays n'appartenant pas géographiquement à l'Europe y participent. C'est le cas des pays du Maghreb et de l'Israël par exemple. A sept ou dix, les pronostics n'étaient pas aussi difficiles à faire, et les chances pour les artistes français de l'emporter plus grandes. Pas étonnant qu'il y en ait donc quatre qui aient su tirer leur épingle du jeu durant les vingt premières années. Le premier Français à être arrivé en tête n'est autre qu'André Claveau, avec sa chanson « Dors mon amour », en 1958. Inconnu de la nouvelle génération, André Claveau était l'un des artistes les plus plébiscités dans les années 50. »

 

La France triomphe en 1960 et 1962

 

« Presque consécutivement, la France remporte l'Eurovision en 1960 et 1962. Jacqueline Boyer a fait chavirer le cœur des Européens avec sa chanson Tom Pillibi, écrite et composée par Pierre Cour et André Popp.

 

À Luxembourg, en 1962, c'est Isabelle Aubret qui s'imposait avec Un premier amour. En remportant le concours, la carrière d'Isabelle Aubret décolle. Connue également comme championne de gymnastique (1952), elle fut repérée par Jean-Ferrat qui lui offrait en 1963 les premières parties de sa tournée. Le poète lui a même donné quelques titres qu'il devait initialement interpréter lui-même. Aussi soutenue par Jacques Brel, la chanteuse a connu un rayonnement international au cours des années 70 et 80. L'artiste n'a jamais cessé de chanter depuis. Elle publiait l'année dernière un coffret regroupant ses reprises de Jean Ferrat. »

« Il faut attendre 1969 pour voir la France monter sur le podium pour la quatrième fois. Seulement, les règles n'étaient pas tout à fait les mêmes : ils furent quatre lauréats cette année-là. C'est la seule et unique fois que cela s'est produit. La Française Frida Boccara a alors terminé à égalité avec Lulu (Royaume-Uni), Lenny Kuhr (Pays-Bas) et Salomé (Espagne), avec le titre Un jour, un enfant. Et huit ans plus tard, donc, Marie Myriam devient la dernière à s'imposer. »

Depuis, on a tout essayé On a tout essayé, même avec de belles pointures : « En 1988, Gérard Lenormand n'avait pas fait mieux que 14ème avec son "Chanteur de charme". Patrick Fiori chantait "Mama Corsica" en 1993 tandis que beaucoup d'espoirs reposaient sur Patricia Kaas en 2009. »

 

Au final, et parce que la France fut un des premiers pays organisateurs de l'Eurovision, elle termine deuxième au palmarès des pays ayant remporté le plus de victoires. Cinq au total, contre six pour l'Irlande.

 

À l'occasion de la finale de la 61e édition, France tv info vous raconte six histoires qui montrent que l'Eurovision est un rendez-vous beaucoup plus sérieux qu'il n'y parait. Lire ICI 

 

1974 : le Portugal fait sa révolution avec l'Eurovision

 

1993 : les Bosniaques risquent leur vie pour participer

 

2000 : les Israéliens veulent faire la paix avec la Syrie

 

2005 : le Liban abandonne pour ne pas diffuser la prestation d'Israël

 

2009 : l'Arménie nargue l'Azerbaïdjan à distance

 

2016 : l'Ukraine évoque la Crimée, annexée par Moscou

 

 

Palmarès des 10 dernières années

 

Depuis 2005, pas un seul pays n’a gagné le concours de l’Eurovision deux fois de suite. Il y a dix ans, c’est la Grèce qui a remporté la victoire avec l’artiste Helena Paparizou et sa chanson My number one. Vient ensuite en 2006 le groupe de hard rock finlandais Lordi et son titre Hard Rock Hallelujah. En 2007, la Serbie se place en tête du classement avec la chanson Molitva interprétée par Marija Serifovic. Puis en 2008, c’est au tour de la Russie de faire une apparition remarquée dans le concours de l’Eurovision grâce au titre Believe chanté par Dima Bilan. On retrouve ensuite en 2009 la Norvège, qui a enregistré le plus de points avec la chansonFairytale, interprétée sur scène par Alexander Rybak. En 2010, l’Allemagne revient dans la course avec le tube Satellite de la chanteuse Lena Meyer-Landrut. C’est lors du concours organisé en 2011 que l’Azerbaïdjan remporte pour la première fois l’Eurovision avec le titre Running Scared interprété par Ell & Nikki. Arrive ensuite en 2012 la Suède et la chanson Euphoria chantée par l’artiste Loreen. En 2013, le Danemark se démarque avec le tube mélancolique Only Teardrops de la chanteuse Emmelie de Forest. En 2014, le monde entier fait la connaissance de Conchita Wurst, l’artiste autrichienne qui a fait sensation en chantant Rise like a phoenix,titre qui n’est pas sans rappeler Skyfall d’Adele. Enfin en 2015, c'est le chanteur suédois Mans Zelmerlow qui a fait sensation auprès du public européen avec son titre "Heroes".

 

Dans une interview accordée au site puremedias, la chanteuse Marianne James, qui se chargera de commenter la finale de l'Eurovision 2016 samedi soir en direct sur France 2 aux côtés de Stéphane Bern, a expliqué qu'Amir Haddad pouvait gagner : "Si on frôlait le podium, je crois que les choses changeraient, oui. Et c'est possible ! Je rêve d'être dans les trois premiers. Si on arrive dans le top 5, je serai très heureuse. Le niveau est exceptionnel, derrière Israël, derrière l'Arménie, l'Ukraine, la Russie, la Belgique, la Bulgarie..."

 

 

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 06:00
La traversée de Paris (2) : les rues de cul, Marie Galante, Djamel Tatah, mon palais d’été, Peillon de l’épaisseur du cogito au thriller populo en passant par Ayrault

Tous ou à peu près tous, des chauffeurs d’Uber au petit mec du neuf3 en passant par le péquin de Trifouillis-les-Oies, ils ont tous les yeux rivés sur leur GPS pour circuler dans ma ville. À quand la puce greffée pour guider un peuple d’ignorants.

 

Ignorants du nom des rues, de la géographie de Paris, ils sont sur des rails, quasi-aveugles, robotisés, tout droit sortis d’une vidéo de science-fiction.

 

Et moi, pendant ce temps-là, je file, me faufile, nez au vent, fier comme Artaban, j’enfile les anciennes rues au nom de cul.

 

Qui sait que la rue Gratte-Cul dans le 2e arrondissement a laissé la place à la rue Dussoubs.

 

Qui c’est donc ce Dussoubs ?

 

Un révolutionnaire limousin Denis Gaston Dussoubs, tué le 4 décembre 1851 sur une barricade de la rue Montorgueuil, en protestant contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. (Décret du 9 mai 1881)

 

Ce changement nom est dû à la mauvaise réputation de la rue car le quartier au XIIIe siècle, alors hors les murs, était spécialisé dans la prostitution théoriquement interdite dans Paris depuis 1256 par le pieux Saint-Louis.

 

Mais ce n’est pas tout :

 

  • La rue du Tire-Vit, dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'enceinte de Charles V où sont parquées les filles bordelières (ce qui donnera le mot bordel) intègre la Ville et la rue changea peu de temps après de nom (peut-être au début du XVe siècle) pour celui moins vulgaire de «rue Tire-Boudin ».

 

Selon une anecdote apocryphe racontée par l'historien Henri Sauval, la reine d'Écosse Marie Stuart aurait remarqué cette rue après son mariage en 1558 avec le Dauphin (futur François II) : « Marie Stuart femme de François II, passant dans cette rue, en demanda le nom ; il n’étoit pas honnête à prononcer ; on en changea la dernière syllabe, et ce changement a subsisté. De toutes les rues affectées aux femmes publiques, cette rue, et la rue Brisemiche, étoient les mieux fournies. » fut baptisée rue Marie-Stuart.

 

  • La rue Poil-au-con fut, de 1792 à 1800, la rue Purgée, nom qu'elle ne méritait guère, des filles publiques continuant à l'habiter, rebaptisée rue du Pélican par déformation de sa première appellation. Elle est située dans le 1er arrondissement.

 

  • La rue Donne-Joie voisine de la rue Brise-Miche dans le 4e arrondissement où la prostitution était la spécialité (d'où leur surnom commun de rue « Baille-Hoë» : qui donne joie), malgré les plaintes du curé de l'église Saint-Merri. Le curé obtient du prévôt l'expulsion des ribaudes (ordonnance de 1387), mais les habitants de la rue, dont les commerces souffraient de désertification, obtinrent le retour de ces dames (arrêt du Parlement du 21 janvier 1388).
  •  

 

La première est devenue la rue Taillepain et la seconde existe toujours.

 

  • La rue Trace-Putain ouverte au commencement du XIIIe siècle, s'est appelée successivement « rue de Châlons ou de Chalon, rue Trousse-Nonnain, rue Trace-putain, rue Tasse-Nonnain puis Transnonain. C’est aujourd’hui la rue Beaubourg à cheval sur le 3e et le 4e arrondissement.
  •  

NB. Une nonnain était une religieuse.

 

  • La rue Pute-y-Muse de l'ancien français muser, flâner, ou Pute-y-Musse (la putain qui s'y cache), devenue successivement par corruption Petit-Musse, Petit-Muce puis Petit-Musc sa dénomination actuelle. Elle est située dans le quartier du Marais 4e arrondissement.

J’ai gardé pour la bonne bouche l’impasse Guéménée, non pour faire l’andouille, mais parce que son ancienne appellation est très tendance : « Cul-de-sac du Ha ! Ha ! »

 

Pour ceux qui ne le saurait pas le « Lol » est mort, vive le « haha » ! par Marine Benoit

 

« Entrée dans l’Oxford English Dictionary en 2012 et l’année suivante dans le Petit Robert, la célèbre interjection « lol » pourrait bien, d’après les analystes de Facebook, vivre ses dernières heures. Publiée sur le blog du réseau social le 6 août, une étude intitulée « The Not-So-Universal Language of Laughter » (Le ­langage du rire, pas si universel) ­rebondit sur un article du New Yorker paru en avril qui analysait les nouveaux codes virtuels du rire. L’hebdomadaire américain distinguait deux camps : les aficionados du retentissant « hahaha » et les adeptes du « hehehe », plus contenu.

 

Utilisé par 1,9 % des internautes

 

Les chercheurs de Facebook ont décidé d’y mettre leur grain de sel, disposant du matériel idéal qu’est la data. Ils se sont appuyés sur les publications de la dernière semaine de mai, aux Etats-Unis, en se concentrant sur celles qui exprimaient le rire avec les onomatopées « haha » ou « hehe », un émoji (petit visage évoquant une émotion joyeuse) ou l’expression « lol », acronyme de « laughing out loud », souvent ­traduite par « mort de rire ». Les conclusions sont sans appel : seul 1,9 % des internautes utilise encore le petit mot de trois lettres contre 51,4 % pour « haha ». Arrivent ensuite les émojis, vus dans 33,7 % des posts, et « hehe » dans 13,1 % des cas. Le « lol » est mort, vive le « haha » !

 

La désormais marginale exclamation se lit encore ­surtout sur les profils des hommes approchant ­la trentaine, tandis que les émojis séduisent les femmes de moins de 20 ans. Apparu au début des années 2000 dans les SMS, le terme « lol » semble ainsi vieillir avec ses créateurs, adolescents il y a quinze ans. Et, comme la plupart des expressions propres à une génération, il risque d’être bientôt moqué par les plus jeunes. Autre conclusion du bilan que dresse Facebook, les publications relatives au rire représentaient cette semaine-là plus de 15 % des posts émis sur le réseau social aux Etats-Unis. Avec ou sans « lol », le monde rit encore. »

La traversée de Paris (2) : les rues de cul, Marie Galante, Djamel Tatah, mon palais d’été, Peillon de l’épaisseur du cogito au thriller populo en passant par Ayrault

La bouteille du jour le Rhum Rhum de Marie-Galante

 

« Le « Rhum Rhum » blanc provient du jus de canne pur fraichement débarqué par les cabrouets (charettes tirées par des boeufs aux noms éclatants : Tarzan, Noah...) des environs. Fermenté lentement en cuve inox à température contrôlée puis distillé dans des alambics de cuivre de Müller. Maitre Vittorio Gianni Capovilla est en charge de la « repasse » au bain marie. Le Rhum Rhum Bielle subit ensuite une réduction grâce à l'eau du ciel où il atteint ses 56°. C'est un vrai « Rhum Rhum »! Mis en bouteille à la distillerie Bielle de Marie-Galante. »

 

Dégustation : le nez d’abord ample, aérien, délicat avec une palette aromatique très large allant des fruits blancs en passant par des notes de gingembre pour finir sur le goudronné d’un Puros. En bouche c’est du velours, des touches épicées girofle et cannelle, un goût de frangipane tapisse le palais et on se sent envahi de senteurs de lilas. C’est onctueux sans être lourd. J’avale les 56° sans ciller : le cycliste urbain ayant peu de chance de se faire contrôler positif par les volatiles encagés.

La traversée de Paris (2) : les rues de cul, Marie Galante, Djamel Tatah, mon palais d’été, Peillon de l’épaisseur du cogito au thriller populo en passant par Ayrault

J’ai retrouvé la trace de Djamel Tatah chez Michael Woolworth 2 Rue de la Roquette 

 

À mon arrivée à Paris j’ai habité un petit appartement rue Mazarine au-dessus de la librairie Gründ. Nous étions voisins de l’école des beaux-arts. Un après-midi j’y suis allé marauder de la daube absolue sauf les toiles d’un qui signait Djamel Tatah.

 

Djamel Tatah, 56 ans, l'un des rares peintres français connus au-delà de nos frontières.

 

Mon ex-collègue de la SVF, le vin mène à tout, lunettes rouges, écrit :

 

« Il n'y a pas grand-chose sur les toiles de Djamel Tatah, Non, pas grand-chose : déjà, il n'y a pas de fond, pas de décor, pas de paysage, juste des grands aplats monochromes, parfois lisses comme des glacis et parfois légèrement ombrés et vibrants, comme si une vie souterraine y affleurait. De grands rectangles de couleur sourde, où même bleu et rouge semblent avoir été bridés, dé-tonifiés, adoucis jusqu'à la plus extrême sobriété.

 

Pas d'accessoires non plus, pas de meubles, pas d'outils, pas de détails, rien que des hommes et des femmes tels quels, face à nous… Pas d'expression, pas de manifestations visibles de joie ou de haine, de honte ou de peur, de tristesse ou de révolte, non, des visages ternes, sans couleur, sans 'race', désespérément blancs, non-identifiables, non classables, impassibles, figures plutôt que portraits. Parfois un geste, une main, un rapprochement laissent émerger dans l'esprit du regardeur la possibilité d'un sentiment, mais il doit l'assumer seul, le peintre le laisse livré à lui-même.

 

Pas de flonflons, pas de fanfreluches, des habits sombres, quasi noirs (presque tous, depuis la donzelle à la boucle d'oreille), informes, sans coupe, sans apprêts, bêtement fonctionnels, mais marqués d'une hydrographie de plis peinte en blanc et qui, aussi irréaliste soit-elle, signe et structure la forme du corps habillé.

 

Pas vraiment d'action non plus, pas de représentation, ou alors on arrive après le drame quand tout est figé, immobilisé, gelé comme par le flash d'une photographie. Ses tableaux sont des montages, il y assemble des figures posées, posant, gauches, qui, souvent, voisines, ne se voient pas, ne se touchent pas, et qui, quand un ensemble se dégage, quand deux figures interagissent, semblent le faire avec la rigidité d'une sculpture mortuaire.

 

Pas de titres non plus, partout "Sans titre", et ce depuis longtemps, depuis ces Femmes d'Alger qui, après celles de Delacroix et celles de Picasso dont je parlais il y a peu, disent alors (1996) la terreur, le deuil et l'impossibilité de les combattre, alignées dans cette longue frise tragique.

 

Non, il n'y a pas grand-chose dans les toiles de Djamel Tatah, pas grand-chose que la solitude, que l'exil, que la détresse, pas grand-chose d'autre que la tragédie humaine par lui interprétée, à l'aune de sa propre histoire, de sa lignée, de ses émois. Et c'est bien cela qui nous y attire, irrésistiblement, dans cette absolue soustraction du détail, de l'anecdote, du récit, dans cette concentration essentielle.

 

Bien sûr, on peut aisément le réinscrire dans l'histoire de l'art, on retrouve là une Pietà et ici un Torero mort, on revient vers Giotto et vers Géricault, et même vers le Fayoum, puis on bondit vers Barnett Newman ou vers Rothko, mais est-ce si important de déceler dans sa peinture des filiations, des logiques, des vocabulaires ? Et on aime que la Fondation Maeght, par l'ouverture d'une baie vitrée, le fasse dialoguer avec Giacometti. »

La traversée de Paris (2) : les rues de cul, Marie Galante, Djamel Tatah, mon palais d’été, Peillon de l’épaisseur du cogito au thriller populo en passant par Ayrault
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Mon palais d’été : Les Climats Le paradis des Vins de Bourgogne
41 rue de Lille - Paris - 75007

 

J’ai toujours été fasciné par le titre du roman de Pierre-Jean Remy« Le sac du palais d’Eté »

 

Patrick Besson écrit :

 

« Pour Pierre-Jean Remy, j’ai commencé par faire une folie amoureuse : lors de notre première rencontre en juin 1974, je suis resté chez moi pour lire « Le sac du palais d’Eté » au lieu de me présenter aux épreuves du bac. Par surcroît, j’écoutais du Bach. Je lui rappelai cette anecdote à chacune de nos rares rencontres : à la Closerie des lilas en 1995, dans la rue de Bourgogne au début des années 2000 (il occupait, avec son épouse, Sophie Schmit, un appartement dans l’immeuble mitoyen du mien), au restaurant Laurent pour une réunion préparatoire du prix Nice-Baie-des-Anges sous les auspices souriants de Brigitte de Roquemaurel. »

La traversée de Paris (2) : les rues de cul, Marie Galante, Djamel Tatah, mon palais d’été, Peillon de l’épaisseur du cogito au thriller populo en passant par Ayrault

Le livre du jour : Aurora de Vincent Peillon.

 

Vincent Peillon, romancier : prometteur, a du potentiel, mais peut mieux faire...

6 AVR. 2016 par JACQUES TEISSIER

 

Si quelques écrivains talentueux, de Chateaubriand à Lamartine en passant par Hugo et Bernanos, ont été tentés par la politique, peu d’hommes politiques se sont lancés dans l’écriture romanesque.

 

Ceux qui l’ont fait se sont sans doute bien amusés (ce qui n’est pas négligeable), mais que ce soit Edgar Faure, Valery Giscard d’Estaing ou Jean-Louis Debré, ils ne marqueront pas l’histoire littéraire de notre pays. J’étais donc curieux de savoir comment Vincent Peillon allait s’en sortir avec son Aurora, que les éditions Stock viennent de publier. Il s’en sort plutôt pas mal, à mon avis. Pour rester dans le domaine de l’école qui a été le sien, je pourrais dire avec la concision qui sied si bien aux bulletins scolaires : « Prometteur, a du potentiel, mais peut mieux faire ».

 

Dans cet ambitieux thriller, l’auteur mêle allègrement les convoitises des multinationales, l’OTAN et les conflits entre les services secrets de différents pays. La géopolitique y est constamment présente avec, en arrière-plan, une question brûlante : qui pourra exploiter les formidables richesses de « l’Eldorado du XXIe siècle » en pétrole, gaz et terres rares, le Groenland ? Hans Ritter, vieux nazi revanchard et nostalgique du troisième Reich, a pour parvenir à ses fins politiques (occultes, comme il se doit) créé le puissant consortium Aurora dont l’un des objectifs est de maitriser l’exploitation de ces richesses. Aurora, comme l’explique un de ses dirigeants, « a passé des accords avec les Russes, le Danois et les Groenlandais, mais aussi les Chinois. Elle a associé d’autres compagnies allemandes. Sur le dos des Américains et de leurs valets, de moins en moins nombreux ». Et, faut-il ajouter, avec l’appui occulte de certains faucons nord-américains et d’un petit groupe de responsables de l’OTAN. Au cœur de cette histoire d’espionnage, Vincent Peillon imagine un groupe plus ou moins autonome d’agents du Mossad, qui agissent selon leur propre conception de la défense d’Israël en n’hésitant pas à exécuter tous ceux qui se sont compromis avec Hans Ritter et son projet Aurora. Roland Kuntz, personnage principal, est le chef opérationnel de ce réseau dont Karlo, un vieux général israélien, est le fondateur et l’âme.

 

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 06:00
Leçon d’Histoire : la France du cheval, la France du bœuf par Emmanuel Le Roy Ladurie « la région bordelaise au dynamisme industriel faible mais douée d’une vitalité viticole extraordinaire. »
Leçon d’Histoire : la France du cheval, la France du bœuf par Emmanuel Le Roy Ladurie « la région bordelaise au dynamisme industriel faible mais douée d’une vitalité viticole extraordinaire. »

« La leçon n’est pas une démonstration elle est une explication solidement soutenue par une vie de travaux. Elle est aussi charpentée par un style, dont les qualités heureusement associées sont la rigueur et l’élégance… »

 

« À la différence de la dissertation académique, scolaire, la leçon n’est pas un exercice désincarné. »

 

Pascal Cauchy dans son Avant-Propos

 

 

« la France a longtemps vécu sur la coexistence d’une France plus développée, plus instruite, avec une alphabétisation en progrès, et une France moins bien dotée. La ligne Saint-Malo-Genève découvre ainsi bien des caractéristiques de ces deux France. Au nord, l’usage du cheval ; au sud l’usage du bœuf dans les labours. Au nord, l’openfield domine, au sud l’hétérogénéité des paysages privilégie la clôture. La taille des individus est plus élevée au nord grâce à une nourriture plus abondante et plus régulière. Surtout, le nord de la ligne connaît un développement industriel plus important que le sud et un nombre plus élevé de manufactures, malgré des mines de charbons abondantes dans la partie méridionale (Alès, Decazeville…). Tout cela doit être nuancé par l’existence de belles cultures régionales au sud. Le développement passe du nord au sud par la vallée du Rhône, par la vallée de la Garonne aussi. Enfin, certaines zones montagneuses sont de véritables oasis de développement et d’instruction. Dans les Alpes, au XIXe siècle, il y a des arrondissements qui sont de véritables « producteurs » et « exportateurs » d’instituteurs.

 

Cette frontière a été annulée par le fait que la Méditerranée est redevenue plus attractive au milieu du XXe siècle, tandis que des régions comme le Nord ou la Normandie prendront du retard avec la désindustrialisation. Le handicap géographique et pédologique de l’ouest armoricain a été comblé. Sur les marges, un dynamisme est notable, à l’est notamment, ou « l’axe lotharingien » (l’axe Rhin-Rhône) connaît une vive activité.

 

Sur le plan démographique, la frontière est également perceptible en particulier avant la Révolution. En effet on constate que, vers les années 1770 et 1780, la natalité est un peu moins forte globalement pour le royaume. En réalité, certaines régions pratiquent le birth control. C’est le cas dans le Sud-Ouest. Dans la vallée de la Garonne *, la famille de deux ou trois enfants s’installe durablement. En revanche, au nord de notre frontière Saint-Malo Genève, la vitalité c’est l’Alsace, le Nord, la Normandie, en particulier dans la région de Rouen.

 

Il y a bien sûr des exceptions ; c’est le cas par exemple dans la région bordelaise au dynamisme industriel faible mais douée d’une vitalité viticole extraordinaire. De même, en Languedoc cévenol et autre se développe une petite industrie très prospère mais qui disparaîtra sous l’effet de la monoculture viticole un siècle et demi plus tard (fin XIXe et XXe siècles).

 

Fondamentalement le Nord-est est plus dynamique, la forte natalité étant toutefois compensée par une mortalité élevée. Mais l’effet d’entraînement vient bien de cette partie de la France. On le note avec évidence quand l’espace français a été marqué par la dénatalité du XIIE siècle. Dès la Révolution, la famille française se réduit par le nord. À l’origine de la dénatalité, il y a le service militaire qui déniaise les jeunes gens, la déchristianisation (dans le Bassin Parisien en particulier) et l’héritage qui morcelle le territoire en parcelles de plus en plus réduites. Cela a des conséquences sur la croissance économique globale de la France au XIXe siècle qui est globalement inférieure à celles d’autres pays. On note avec l’historien américain Rondo Cameron, que, par tête d’habitant, le produit national est égal aux chiffres venus d’Angleterre, même si globalement l’impact économique britannique est plus considérable que celui de la France.

 

* Les vendéens de la Garonne

« Pendant cent ans, et jusqu'aux années 1950, les paysans vendéens sont ainsi partis s'installer dans les plaines du Sud-Ouest (...) La migration des Vendéens s'effectue par familles entières, via des agents, "marchands de biens", le plus souvent par cousinage ou par voisinage(...) Le mouvement concerne au moins 60 000 personnes jusqu'aux années 50-60, mais il est condamné sévèrement par les élites vendéennes, qui le voient comme une véritable désertion(...)

 

Mais comme toutes les migrations, les malentendus et les frustrations sont légion. Contrairement aux motivations et fantasmes qui portent l'exode habituel vers les villes, ces paysans-là ne veulent pas changer de métier, ni se débarrasser de leurs valeurs familiales, religieuses et politiques : ils veulent améliorer leurs conditions de vie(...) Arrivés dans des sociétés marquées par l'échec (vide démographique, grandes incendies des Landes entre 1937 et 1950, inadaptation au nouvel état d'esprit urbain) ils sont les étrangers qui prennent la place des enfants partis et, de surcroît, ils apportent de nouvelles façons de travailler la terre, des convictions religieuses et des mœurs familiales différentes(...)

 

Tout est chargé de connotations menaçantes : ayant en général de nombreux enfants, les Vendéens remplissent dans certains cantons des classes entières, à côté des enfants uniques des populations autochtones. Ils acceptent d'entrer dans des fermes en mauvais état, dans lesquelles ils introduisent des pratiques importantes comme l'enfouissement des engrais verts, la culture des choux fourragers (...) En outre ils s'associent des coopératives de vente et d'achats qui créent de nouveaux réseaux (...)

 

Les Vendéens suscitent au moins l'ironie et jusqu'au dégoût. De la même façon, la réunion, tous les dimanches, des fermiers autour de l'église du bourg, d'abord, au café ensuite, choque, car la population locale qui boit du vin tous les jours, ne comprend pas que ces buveurs d'eau toute la semaine se mettent à l'alcool et au vin à cette occasion (...) "

 

Extraits d'un article " les Vendéens de la Garonne " de JC Martin professeur à la Sorbonne publié dans Histoire&Patrimoine dans un dossier Les derniers Paysans ? Une identité contestée. Une formidable puissance menacée.

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7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 06:00
ELLE est 1 journal précieux, son rôle étant de présenter à l'immense public populaire qui est le sien le rêve même du chic : une pure cuisine de la vue, qui est un sens distingué…

Si Roland Barthes le sémiologue ressuscitait – il est mort accidentellement, le 26 mars 1980, après avoir été renversé le 25 devant le Collège de France par une camionnette de teinturerie, il nous délivrerait une belle page sur l’affèterie de nos magazines culinaires qui sont encore majoritairement qualifiés de féminin.

 

C’est beau, c’est lisse sur papier glacé, y’a même des féministes qui y chroniquent sur de beaux vins qui se marient bien avec ces beaux petits plats que tu t’évertueras à faire chez toi pour un résultat si catastrophique qu’il ne restera plus qu’à te replier au restaurant.

 

Là, tu jouiras rien qu’à la vue de ton assiette dressée ; tu la photographieras en loucedé pour la poster sur Face de Bouc (je le fais alors je peux me moquer) ; tu hésiteras à la déconstruire tellement elle est apprêtée ; tu chercheras à identifier tous les éléments de la composition ; enfin précautionneusement avec ta fourchette tu dégusteras l’œuvre pour enfin jouir de tous les plaisirs qui te sont proposés.

 

Jacqueline Guittard : Nourritures barthésiennes

 

Dans un passé récent, je devais familiariser de jeunes commerciaux promis à la vente de produits alimentaires avec cette affaire hautement complexe que représente, en France, le fait de se nourrir ; je leur servais invariablement les Mythologies, par petites bouchées mesurées – « Le bifteck et les frites », le chaud-froid de poulet rosâtre et les perdreaux fantaisie de « Cuisine ornementale ». Qu'ils avalaient avec un plaisir manifeste, réclamant parfois d'autres nourritures barthésiennes sans rapport avec l'alimentation. Les bonnes années, le recueil pouvait être absorbé dans son intégralité. Je fanfaronnais : « Mes étudiants lisent Roland Barthes ! »

 

La Cuisine ornementale publiée dans Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957 est certes datée mais reste l’essentiel qui conduit à penser loin des gazouillis de celles et ceux qui se baptisent un peu rapidement journalistes culinaires alors qu’ils ne sont que des haut-parleurs de faiseurs de recettes d’une cuisine réelle.

 

 

Le journal Elle (véritable trésor mythologique) nous donne à peu près chaque semaine une belle photographie en couleurs d'un plat monté: perdreaux dorés piqués de cerises, chaud-froid de poulet rosâtre, timbale d'écrevisses ceinturée de carapaces rouges, charlotte crémeuse enjolivée de dessins de fruits confits, génoises multicolores, etc.

 

Dans cette cuisine, la catégorie substantielle qui domine, c'est le nappé: on s'ingénie visiblement à glacer les surfaces, à les arrondir, à enfouir l'aliment sous le sédiment lisse des sauces, des crèmes, des fondants et des gelées. Cela tient évidemment à la finalité même du nappé, qui est d'ordre visuel, et la cuisine d'Elle est une pure cuisine de la vue, qui est un sens distingué. Il y a en effet dans cette constance du glacis une exigence de distinction. Elle est un journal précieux, du moins à titre légendaire, son rôle étant de présenter à l'immense public populaire qui est le sien (des enquêtes en font foi) le rêve même du chic; d'où une cuisine du revêtement et de l'alibi, qui s'efforce toujours d'atténuer ou même de travestir la nature première des aliments, la brutalité des viandes ou l'abrupt des crustacés. Le plat paysan n'est admis qu'à titre exceptionnel (le bon pot-au-feu des familles), comme la fantaisie rurale de citadins blasés.

 

Mais surtout, le nappé prépare et supporte l'un des développements majeurs de la cuisine distinguée: l'ornementation. Les glacis d'Elle servent de fonds à des enjolivures effrénées: champignons ciselés, ponctuation de cerises, motifs au citron ouvragé, épluchures de truffes, pastilles d'argent, arabesques de fruits confits, la nappe sous-jacente (c'est pour cela que je l'appelais sédiment, l'aliment lui-même n'étant plus qu'un gisement incertain) veut être la page où se lit toute une cuisine en rocaille (le rosâtre est la couleur de prédilection).

 

L'ornementation procède par deux voies contradictoires dont on va voir à l'instant la résolution dialectique: d'une part fuir la nature grâce à une sorte de baroque délirant (piquer des crevettes dans un citron, rosir un poulet, servir des pamplemousses chauds), et d'autre part essayer de la reconstituer par un artifice saugrenu (disposer des champignons meringués et des feuilles de houx sur une bûche de Noël, replacer des têtes d'écrevisses autour de la béchamel sophistiquée qui en cache les corps). (...)

 

C'est qu'ici (...) l'irrépressible tendance au vérisme est contrariée - ou équilibrée - par l'un des impératifs constants du journalisme domestique: ce qu'à L'Express on appelle glorieusement avoir des idées. La cuisine d'Elle est de la même façon une cuisine "à idées". Seulement, ici, l'invention, confinée à une réalité féerique, doit porter uniquement sur la garniture, car la vocation "distinguée" du journal lui interdit d'aborder les problèmes réels de l'alimentation (le problème réel n'est pas de trouver à piquer des cerises dans un perdreau, c'est de trouver le perdreau, c'est-à-dire de le payer).

 

Cette cuisine ornementale est effectivement supportée par une économie tout à fait mythique. Il s'agit ouvertement d'une cuisine de rêve, comme en font foi d'ailleurs les photographies d'Elle, qui ne saisissent le plat qu'en survol, comme un objet à la fois proche et inaccessible, dont la consommation peut très bien être épuisée par le seul regard. C'est, au sens plein du mot, une cuisine d'affiche, totalement magique, surtout si l'on se rappelle que ce journal se lit beaucoup dans des milieux à faibles revenus. Ceci explique d'ailleurs cela: c'est parce qu'Elle s'adresse à un public vraiment populaire qu'elle prend bien soin de ne pas postuler une cuisine économique. Voyez L'Express, au contraire, dont le public exclusivement bourgeois est doté d'un pouvoir d'achat confortable: sa cuisine est réelle, non magique; Elle donne la recette des perdreaux-fantaisie, L'Express, celle de la salade niçoise. Le public d'Elle n'a droit qu'à la fable, à celui de L'Express on peut proposer des plats réels, assuré qu'il pourra les confectionner.

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 06:00
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc

Je suis un parisien de fraîche date, 40 ans déjà, mais Paris c’est ma ville, j’y suis bien, je l’aime. Ce n’est ni la faute à Voltaire, ni à Rousseau mais à mon vélo. Je devrais écrire mes vélos, j’en ai eu 4, on m’en a volé 3 il m’en reste donc 1. Le premier, un anglais, fut chapardé dans la cour du 78 rue de Varenne alors que je marnais pour le Michel Rocard, en ce temps-là on entrait dans la cour de l’hôtel de Villeroy comme dans un moulin.

 

Après réflexion j’achetai mon grand Batavus avec qui je mis en ménage pendant au moins 25 ans. Il a connu de riches heures ce fidèle destrier noir, en mai 1981, alors que notre vieux pays passait de l’ombre à la lumière selon Jack Lang, je le chevauchais pour entrer dans l’hôtel de Lassay. Freinage par rétropédalage, lourd, indestructible, 3 vitesses, avec lui j’ai sillonné tous les plis de Paris, ses hauts et ses bas, ses nuits, il connaissait tout de moi. C’est sans doute pour ça qu’un jour fourbu il m’a quitté.

 

Dépité je me suis jeté sur une gazelle anglaise, fine et légère, si légère que notre union fut de courte durée. Alors, pour la première fois de ma vie parisienne, je me suis pacsé avec un vélo de mec, une flèche avec laquelle je peux faire la nique aux jeunes couchés sur leur urban-cycle.

 

Faire du vélo dans Paris n’est pas sans risques mais c’est le moyen de transport le plus propre, le plus simple, le plus libre, vous allez et venez sans craindre les embouteillages, vous stationnez là où vous le souhaitez, vous êtes le dernier roi de la ville.

 

 

Alors pourquoi ne pas vous faire profiter de mes découvertes :

 

Mes courses : Terroir d’avenir  8 Rue du Nil, 75002 

La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc

Un polar : Surtensions Olivier Norek flic en disponibilité prix le Point du polar européen

 

« Le flic c’est un mec ordinaire à qui il arrive des choses extraordinaires… »

 

« On n’est pas flic pour être un héros »

 

« Je savais que je voulais être autre chose dans la vie, je ne voulais pas terminer dans un placard à 65 ans. »

 

« Pas d’angélisme, pas de caricature. Je ne m’autorise aucune facilité. »

 

« Je voulais montrer que les flics vont bien, en général, et qu’il faut qu’ils aillent bien pour faire correctement leur boulot. »

 

Il envisage de partir dans l’Aveyron ou s’était installé son grand-père polonais débarqué en France « ma ville, c’est Rodez »

 

Ma bouteille achetée chez Agnès, Au Bon Vingt, Rue de Bagnolet

La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc

Les supérettes des grands groupes Casino et Carrefour tuent les épiciers de quartier

 

Casino : Casino, Franprix, Monoprix, Leader Price, Naturalia…

 

Carrefour : Carrefour Market, city, Express, Dia, 8 à huit, Proxi, Bio C bon…

 

Mais aussi : Auchan avec A 2 pas, Système U avec U Express, Intermarché et maintenant Leclerc

La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc

1 resto d’un solitaire à découvrir près de chez moi : L’Agrume 15 rue des Fossés Saint-Marcel dans le 5e

 

Franck Marchesi-Grandi travaille seul « Cuisinier, c’est une vie de solitaire. Il y a toi et le produit. »

 

« Mes parents m’emmenaient tout petit avec eux manger dans les restaurants doublement, triplement étoilés. Mon père me faisait tremper mon doigt dans le vin pour que je le goûte. J’aimais beaucoup ça »

La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc

La poule au blanc d’Hugo Desnoyer

 

La Table d’Hugo Desnoyer, 33, rue Secrétan, Paris 19e. www.hugodesnoyer.com

 

« Mais je suis plus attaché encore à la poule au blanc. C’est presque régressif pour moi, cette poule-au-pot à la normande, avec une sauce bien crémeuse qui nappe la volaille, les légumes, le riz. Dans la cuisine de ma mère, tous les légumes étaient issus du potager, et c’est ma grand-mère qui, la plupart du temps, apportait une poule de son poulailler. Pour que ce plat soit bon, avec une chair fondante et ferme à la fois, il faut utiliser une poule qui a bien couru et bien vécu – pas un poulet paresseux et grassouillet. Or ce n’est pas évident, pour qui habite à la ville aujourd’hui, de trouver une bonne vieille poule.

 

La poule au blanc, c’est un vrai plat de campagne. »

 

La recette ICI

Julie Balagué pour "M Le magazine du Monde"

Julie Balagué pour "M Le magazine du Monde"

La table d'Eugène 18 Rue Eugène Sue

 

Hier Jean-Michel Deiss m'a demandé de venir tester le menu et les vins qui vont avec de sa future dégustation clients...

 

Voici mes 2 plats top.

 

- Transparence de tourteaux/ crémeux tourteaux: gelée tourteau estragon   

 

- Calamar/ choux fleur/ beurre noir/ yuzu

La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
La traversée de Paris : le journal d’un parisien tête de chien, parigot tête de veau qui adore la poule au blanc
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Ma musique

Radiohead - Burn The Witch

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 06:00
C’est dur la culture : Jérôme Deschamps Évin m’a tué ! « La censure pardonne aux corbeaux et poursuit les colombes »

C’est Juvénal, au premier siècle de notre ère, qui le dit dans ses fameuses Satires.

 

Il fut un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître où il fallait cacher ce sein que je ne saurais voir, aujourd’hui la connerie pousse bien plus loin la tartufferie.

 

C’est bien connu le ridicule ne tue plus mais les ridicules tuent les clowns.

 

Jérôme Deschamps, le père des Deschiens, en est un.

 

« Jérôme Deschamps, dix ans que ça dure ! »

 

Il a dirigé l’Opéra-Comique depuis 2005.

 

C’est donc légitimement que la Réunion des opéras de France lui a demandé de réaliser un petit clip pour assurer la promotion de « Tous à l'Opéra », un événement auquel participent 25 opéras nationaux. Les 7 et 8 mai, ils ouvriront gratuitement leurs portes au public.

 

C’est tout aussi logiquement que Jérôme Deschamps a souhaité traiter le sujet sur le ton de l'humour.

 

On y voit un beauf machiste et ivrogne se faire ridiculiser par la marraine de « Tous à l’opéra », Patricia Petibon porteuse du message de bonheur.

 

Mais c’était sans compter sur les censeurs d’un machin, comme nous aimons les collectionner dans notre vieux pays fourbu, l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité), bras armé du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), chargée de contrôler « le contenu et les modalités de programmation des communications commerciales diffusées par les services de communication audiovisuelle » L’ARPP est une association privée, loi de 1901, complètement indépendante des pouvoirs publics.

 

Sous prétexte que « le plan présentant des boissons alcoolisées (bouteilles et verres) est contraire aux dispositions de la loi du 10 janvier 91 relatives à la lutte contre l'alcoolisme », la fameuse loi Évin les censeurs anonymes ont intimé l’ordre à l’auteur de le couper.

 

Que le scénario tourne l’ivrogne en ridicule et donc par voie de conséquence incite au contraire à ne pas boire) n’a pas effleuré l’esprit des censeurs.

 

Comme le souligne Jérôme Deschamps dans sa lettre à François d’Aubert président du zinzin :

 

« Éloignez-vous de vos conjoints machistes, brutaux, incultes, voire alcooliques qui vous maltraitent, et allez à l'Opéra pour y connaître le bonheur, le paradis. »

 

Lire la lettre ICI 

 

François d'Aubert, encore un recasé de la République, est l’ex-député, l’ex-maire de Laval battu en 2008 et nommé à la tête de l'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) en 2011.

 

Affaire à suivre donc comme le souligne notre ferrailleur de service, l’Invigné de la République, vent debout, ai-je besoin de nommer Jacques Dupont :

 

« Cela signifie qu'aujourd'hui par exemple, le célèbre sketch de Bourvil sur « l'eau ferrugineuse », celui de « Gérard » de Coluche, ou les Deschiens (et leur « pitchette » of côtes-du-rhône) de Canal+, réalisé par le même Jérôme Deschamps, seraient aussi interdits. Dans la série, il faudrait aussi revoir, censurer et récrire un grand nombre d'opéras, d'opéras comiques, de pièces de théâtre où figurent bouteilles et verres. Sans compter les films. Déjà à l'époque, une poignée d'intégristes avaient tenté de bloquer la sortie du Singe en hiver d'Henri Verneuil avec Gabin, Belmondo et Suzanne Flon car on y voyait trop de bouteilles d'apéritif, mais comme la loi Évin n'existait pas, ils avaient dû renoncer. Aujourd'hui, on peut. »

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 06:00
Pierre-Auguste Renoir nature morte avec fraises

Pierre-Auguste Renoir nature morte avec fraises

Au temps d’avant 1981, je croisais fréquemment le samedi au Pied de Fouet Jean-Marie Rouart et sa fiancée du moment Dominique Bona.

 

Z’étaient en ce temps-là rien que des écrivains, depuis ils sont devenus académiciens : elle le 18 avril 2013 au fauteuil 33 de Michel Mohrt, devenant ainsi la huitième femme immortelle depuis la création de l'Académie en 1635 et la benjamine des Immortels. Lui, le 18 décembre 1997, au fauteuil 26 de Georges Duby.

 

 

Jean-Marie Rouart était discret, courtois, bien élevé, élégant, j’ai lu quelques-uns de ses livres, ils lui ressemblent ; l’homme s’est révélé courageux dans l'affaire Omar Addad, et sa plume fine, acérée parfois, jamais méchante, peut faire mouche lorsqu'elle se fait insolente.

 

« Sarkozy a peut-être rajeuni la politique mais il m'a donné un coup de vieux..." écrit-il dans la préface de Devoir d'insolence journal de la première année du quinquennat de notre ex-président. « Pour une fois, je n'ai plus un président qui a l'âge de mon père comme Giscard, Pompidou, ou de mon grand-père comme de Gaulle, mais un frère cadet. Et quel frère ! Turbulent, piaffant d'impatience, agité, dopé au Gurosan, gonflé à bloc, il me donne la sensation que je me suis levé un peu tard, couché un peu tôt et que je n'ai pas un centième de son énergie. Agaçant non ! Sarkozy m'a aussi irrité. Surtout depuis qu'il est président. J'ai vécu comme tous les français au rythme de ses foucades, de ses projets pharaoniques, de ses lubies autant que de ses réformes. »

 

Pour Ségolène la madone défaite il pointe là où ça fait mal : « les failles de son caractère que dissimulait son indéniable charme. Elles sont apparues à la télévision face à Sarkozy. Pète-sec, méprisante, elle n'a pas fait le poids. En traitant de haut les éléphants du PS, elle s'est enfermée dans l'exercice solitaire de la candidature. En congédiant le premier secrétaire du PS, elle a montré aux Français un visage peu conciliable avec le minimum d'impassibilité, de résistance aux offenses qu'exige la charge présidentielle. Bien sûr elle a souffert. Mais tout le monde souffre. »

 

Mais je ne suis pas là pour faire de la politique mais pour vous faire part de la déclaration d’amour de Jean-Marie Rouart pour la gariguette.

 

 

« Elle a un nom qui fleure le bon vieux temps de la binette de grand papa et de la sarclette de grand-mère : un monde englouti avec la marine à voile, le temps des équipages, la messe en latin et les romans de Pierre Benoît. Cette petite fraise qui ne la ramène pas est un précieux vestige de nos nostalgies. À côté de ses consœurs obèses, aqueuses, cellulitiques, inodores er=t sans saveur, elle apparaît comme un miracle : elle reste parfumée, rouge et ferme un sein de jeune fille. Comment a-t-elle pu résister aux directives de Bruxelles, à la tyrannie des fonds de pension ou aux oukases des grandes surfaces, aux ravages du pesticide Monsanto ? Avec la reine des comices, la beurré-hardy, le puligny-montrachet, le château d’Yquem, elle s’est hissée dans l’aristocratie des saveurs. Pourquoi n’est-elle pas présente à la présidentielle, elle aussi ? Mieux que Nicolas Hulot, elle aurait plaidé pour cette cause mille fois perdue : le goût, la variété des espèces naturelles, la diversité des fruits. Devant l’eau qui sent la Javel, les abricots sans saveur ni parfum, les pommes insipides, ces fruits endeuillés de soleil et qu’on nous sert transis de l’hiver de la congélation, la gariguette est tout simplement une vraie fraise. Quand tout est dévasté, nous dit Giraudoux, quelque chose de merveilleux subsiste encore, « cela s’appelle l’aurore ». À nous, il reste la gariguette. »

 

Dans Nouvelles Mythologies 2007

 

Je ne veux pas faire la honte à l’académicien mais la gariguette est une invention de chercheur, d’une chercheuse plus particulièrement, Georgette Risser – qui a dirigé pendant des années des travaux de recherches au Centre Inra d’Avignon pour créer cette nouvelle variété à la fin des années 70.

 

Georgette Risser, lors de la journée fraise à destination des partenaires de la filière le 17 mai 1979, dans le Gard. (Photo Inra)

 

Elle doit son nom à l’adresse d’un des chercheurs : le chemin des Gariguettes, à Châteauneuf-de-Gadagne.

 

«Vous allez me parler de la gariguette ? J’en étais sûre… Toute façon, dès qu’un journaliste parle de fraise, c’est la même histoire. Il bloque sur la gariguette comme s’il n’y avait qu’elle.» Sylvie Angier démarre au quart de tour. Avec mari et beau-frère, elle cultive dans le centre de la France des plants de fraisiers vendus ensuite aux jardiniers amateurs comme aux gros producteurs. «Je ne comprends pas ce qu’ils ont tous avec la gariguette. Il existe plein d’autres variétés délicieuses, qui méritent d’être plus connues. Mais on a un mal fou à les vendre…»

 

Aujourd’hui, c’est la gariguette qui rafle la mise, représentant un tiers des fraises produites en France. Son succès interroge. Son prix, autour de 2,50 euros la maigrelette barquette de 250 grammes aussi. Justifié ? Ou résultat d’un plan marketing rondement mené ? Vérification faite, l’histoire de la gariguette est bien plus croustillante, et illustre à merveille la montée en puissance du marketing dans l’agriculture française. » 

 

« Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les variétés françaises traditionnelles sont en piteux état. Affectées par la virose, cultivées pendant des années sur les mêmes sols, elles sont d’une faible productivité. Dès la fin des années cinquante, les chercheurs sont chargés de sélectionner de nouvelles variétés plus résistantes aux maladies, plus productives, mais qui conservent néanmoins une qualité gustative. Pas simple, car rien n’est plus fragile que le goût dans lequel interviennent de nombreux arômes. Et plus le fruit est parfumé, plus la frontière est fragile entre maturité et surmaturité. Sans oublier une foule de facteurs qui jouent sur la saveur, selon l’époque de production, les conditions climatiques, l’évolution du fruit après cueillette, ou l’insuffisance de l’apport d’eau. Autant de points qui furent analysés.

 

Arrivent les années 80. A l’époque, en France, les premières fraises de la saison ne peuvent guère rivaliser avec les variétés précoces d’Italie et d’Espagne. Leur prix s’effondre. Seule la qualité gustative pouvait faire la différence.

 

C’est tout l’enjeu de Gariguette, précoce elle aussi, et savoureuse dès le début de la récolte. Seul problème : de taille plus petite que les autres, elle est difficile à ramasser et à rentabiliser, d’autant que ses rendements sont moyens. Résultat : autour d’Avignon, les premiers cultivateurs auxquels elle sera proposée feront la moue. Peu importe, d’autres vont raisonner différemment : les fraiséristes du Lot-et-Garonne, qui estimèrent que le consommateur était prêts à payer un peu plus cher un produit de qualité. ? Et c’est effectivement ce qui se passera, campagne publicitaire à l’appui, menée par le groupement « Fraise de France ». Dès lors, la Gariguette devient la variété précoce la plus cultivée dans l’hexagone.

 

(Chronique Histoire de... plantes. Mission Agrobiosciences. 13 Octobre 2006)

 

« Tous les fraisiers actuellement cultivés appartiennent à une espèce récente, apparue au 18ème siècle et dont les ancêtres sont américains. Avant, régnait la fraise des bois, toujours répandue à l’état sauvage et dont les premières cultures ont été menées à des fins médicinales. Pour ses fruits, il faudra en fait attendre le 14ème siècle, dans un écrin royal : 2 000 pieds sont alors plantés dans les jardins du Louvre. Deux siècles plus tard, une autre espèce de fraisier sauvage, d’origine inconnue, supplante la fraise des bois en Allemagne et en Belgique, pour leur calibre plus gros et leur parfum. Mais entre-temps, survient la découverte de l’Amérique et de ses fraises d’une grosseur jusque-là inégalée. L’importation ne tarde guère : des fraisiers canadiens, ramenés semble-t-il par Jacques Cartier à la fin du 16ème siècle, sont implantés en France, suivis par d’autres en provenance de Virginie ou du Chili, notamment dans les bagages d’un dénommé... Frézier ! De ces deux espèces naîtra un hybride, le premier fraisier moderne, appelé « fraisier ananas ». Aujourd’hui, les principales variétés cultivées en France restent peu nombreuses, au nombre d’une vingtaine. »

 

V.P Mission Agrobiosciences

 

En quelques chiffres

 

Avec une production annuelle de 54 000 t en 2014, la France se situe au 6e rang des pays producteurs européens derrière l’Espagne, la Pologne, l’Allemagne, l’Italie et la Grande Bretagne (Source Eurostat). L’Aquitaine est au 1er rang national de la production française (20 000 t). (Source : Statistique agricole annuelle). La fraise est le 9e fruit le plus consommé par les Français en volume : 2,8 kg par an et par ménage (Source : Kantar Worldpanel - Moyenne 2012-2014). En 2009, la Gariguette représente le plus gros segment en valeur du marché de la fraise en France (25,7% des ventes). Sur un marché en baisse, elle tire son épingle du jeu en progressant de 3 %. Cette variété progresse également en volume (+5,5 %). (Source : TNS Worldpanel)

 

Résistance aux maladies

 

De nombreuses maladies dues à des champignons peuvent causer d'importants dégâts dans les cultures de fraisiers. L'anthracnose, en particulier, provoque des nécroses sur stolons, fruits, pétioles et folioles et des flétrissements du plant. La lutte chimique, les techniques culturales et les mesures prophylactiques ne sont pas totalement efficaces contre cette maladie. Aussi l'Inra s'est-il attaché à élaborer une stratégie de lutte génétique pour sélectionner des variétés présentant une résistance efficace et durable. Des tests de sélection pour la résistance à l'anthracnose ont été mis au point à différents stades physiologiques de la plante. Ces résultats des recherches sont aujourd'hui utilisés par les sélectionneurs dans leur programme d'amélioration du fraisier pour la résistance à l'anthracnose.

 

 

Notre académicien vert à épée et bicorne n’est pas très vert tendance Bové, peu au fait de la culture de la fraise il ignore que la Gariguette, la fraise bretonne dans toute sa splendeur, est cultivée en majorité sous serres dans le nord-Finistère. Deux champions, Savéol et Prince de Bretagne (SICAFEL) se partagent le marché de cette première fraise (française) de la saison.

 

Les fraises françaises et espagnoles malades de leurs pesticides

 

Après avoir dénoncé la teneur en pesticides des céréales, Générations futures publie le deuxième volet de son enquête destinée à démontrer la charge considérable de perturbateurs endocriniens contenus dans nos assiettes. Ce mardi, l'association militante a dévoilé les résultats d'une étude* réalisée de février à avrilsur des fraises issues de l'agriculture conventionnelle, choisies au hasard dans les supermarchés français. Les fruits proviennent de France et d'Espagne, respectivement cinquième et premier producteur européen. Et les quantités de pesticides mesurées sont loin d'être négligeables...

 

Seules 8 % des fraises sans résidus

 

Du côté du vin je vous propose une Soupe de fraises au vin

 

 

Pour terminer sur une note so british, puisée dans le panier de JP Géné Mes chemins de table chez hoëbeke voici la Strawberry and cream une tradition qui a court à Wimbledon, pas sur les cours bien sûr, mais là où les élégantes donnent du plaisir aux yeux.

 

« Il* connaît moins une autre tradition étroitement associée à cet évènement sportif : strawberry and cream, la consommation de fraises à la crème dans les gradins et alentour. Selon la légende, ce serait le roi George V (1865-1936) qui aurait introduit cette pratique pour distraire les spectateurs, mais Audrey Sell, bibliothécaire au Wimbledon Lawn Tennis Museum, assure que les fraises sont apparues dès le premier tournoi (1877) qui correspondait à leur pleine saison, fin juin. Cultivées principalement dans le Kent, elles sont cueillies la veille et réceptionnées à Wimbledon dès 5h30 pour être inspectées et réparties en barquettes de 10 unités vendues la saison 2008, 2,25 livres (2,60€). L’elsanta est la fraise officielle de Wimbledon, une variété abondante en Europe, à chair ferme, au goût sucré légèrement acide et d’un rouge brique à maturité. Elle doit être accompagnée de crème double d’un minimum de 48% de matière grasse selon le règlement. En 2008, il s’en est consommé 7000 litres pour 28 tonnes de fraises avalées en quinze jours. Les fermiers du Kent sont ravis. »

* Il = le télespectateur

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 06:00
Dans ses vœux du 31 décembre 68 De Gaulle exhortait les Français : « Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l'année qui s'achève ».

Mai, le printemps de la parole, des discours enflammés, des rêves fous, des slogans libertaires, des affiches provocatrices, se figeait dans le plomb groupusculaire. La masse des insurgés, les joyeux dépaveurs casqués, bien vaccinés contre la dictature des encartés, des porteurs de certitude, fondait sous le soleil des plages aux côtés des Français de la France profonde qui se remettaient de leur grande trouille. Même les évènements de Prague, le cliquetis des chenilles des chars des pays frères, ne les avaient pas tirés de leur léthargie bronzifaire.

 

Tout ce qui suit sont des extraits de mon roman du dimanche inspiré du livre de Robert Linhart L’Établi aux éditions de Minuit.

 

L’établi désignait les quelques centaines de militants intellectuels qui s’embauchaient, « s’établissaient » dans les usines.

 

Linhart passera une année comme OS2 dans l’usine Citroën de la porte de Choisy.

 

Dès son premier jour il écrit « la chaîne ne correspond pas à l’image que je m’en étais faite. » Loin des cadences infernales il ressent une sorte de monotonie résignée, une sorte de somnolence, scandée de sons, de chocs, d’éclairs, cycliquement répétés mais réguliers. La routine, l’anesthésie…

 

Ce qui le frappe c’est que tout est gris « les murs de l’atelier, les carcasses métalliques des 2 CV, les combinaisons et les vêtements de travail des ouvriers. Leur visage même paraît gris, comme s’il était inscrit sur leurs traits le reflet blafard des carrosseries qui défilent devant eux. »

 

Il s’embauche à un « moment favorable : en ce début septembre 1968, Citroën dévore de la main-d’œuvre […] Citroën travaille dans l’instable : vite entré, vite sorti. Drée moyenne d’un ouvrier chez Citroën : 1 an. »

 

Donc ce qui suit n’est, bien sûr, que roman mais la fiction est le plus souvent la réalité revisitée…

 

Ceux qui restaient, le noyau dur des militants professionnels absorbés par leurs psychodrames internes, s'enfouissaient afin de préparer leur longue marche. L'ordre régnait à nouveau, pesant. La Vermeersch démissionnait du Comité Central du PC pour protester contre les réserves émises, par ce brave plouc de Waldeck Rochet, au coup de force de Prague ; une stal de moins mais déjà la trogne noiraude de l'immonde Marchais pointait son groin dans le paysage dévasté de la gauche française. Féroces, les irréductibles jetaient le « caïman » de la rue d'Ulm aux chiens : « Althusser à rien ! » « Althusser pas le peuple ! ». De Gaulle exhortait les Français : « Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l'année qui s'achève ». Les socialos cliniquement morts, les PSU en voie de fractionnement nucléaire, les Troskos pathologiquement sectaires, les révisos marxistes-léninistes hachés menus et en décomposition avancée, laissaient le champ libre aux purs révolutionnaires

 

Cette période, post 68, est étrange, en Italie on baptisera ces années : de plomb. Les attentats aveugles, la gare de Milan, le cadavre d'Aldo Moro, les brigades rouges et la loge P2. Ici, hors les folies d'Action Directe, Rouillan et Ménigon, l'assassinat de Georges Besse, on occulte ce temps comme s'il était impénétrable. C'est du dedans que vous allez y pénétrer.

 

 

Le 4 septembre 1969, c’était un jeudi, et c’était mon quatrième jour chez Citroën à l’usine du quai Michelet à Levallois-Perret, celle où l’on fabriquait la « deuche » la chouchoute des futurs babas cools. Pour moi c’était, tout, sauf cool, mais la galère. Mon boulot, boucheur de trou sur la chaîne de montage de la « caisse », consistait à charroyer entre l’atelier de soudure et celui d’emboutissage des structures métalliques pour pallier les anomalies constatées sur certaines caisses et éviter un trou dans l’assemblage. Entre les deux ateliers, cent mètres où je devais pousser, courbé, arc-bouté, une sorte de fardier, dont les toutes petites roues collaient au goudron, rempli de carcasses en tôle tout juste sorti des presses. J’en chiais, ça me sciait les reins et, comme ce sadique de contremaître, lorsque je lui avais demandé poliment des gants, m’avait ri au nez en me balançant goguenard « tu te démerdes y’en a pas… » - y’avais jamais rien dans cette boîte de merde c’était comme ça chez Citroën le royaume du bout de ficelle – je me faisais bouffer les mains par le nu tout juste refroidi de la tôle et cisailler les doigts par tous les angles de ces putains de pièces. Les nervis, la couche de brutes épaisses qui évitait à la caste des ingénieurs géniaux – les pères de la DS – de se préoccuper de la lie des OS, m’avait classé dans la catégorie « intellos », tous ces branleurs qui venaient les faire chier et foutre le bordel en s’immergeant dans la classe ouvrière, ici fortement représentée par les «bicots» et les «crouilles» ex-fellaghas coupeurs de couilles des braves défenseurs de l’Algérie Française. La manœuvre des « génies » de la place Beauvau fonctionnait à merveille : j’allais plaire aux illuminés de la Gauche Prolétarienne.

 

Quand je m’étais pointé le premier jour aux bureaux du quai de Javel, pleins de cols blancs et de petits culs frais de dactylos arpentant les couloirs, après les formalités d’usage, paperasses diverses, on m’avait dirigé vers le bureau du responsable du pointage où officiait, derrière un petit bureau métallique, un grand mec au crâne rasé qu’avait une gueule de juteux de l’armée, et qui s’avéra par la suite être un ancien sous-off qu’avait fait l’Indochine et l’Algérie, plus caricatural que nature, raide et con à la fois. Manifestement ma gueule lui déplaisait et, pour me faire chier, il m’avait collé dans l’équipe de nuit : j’embauchais à neuf heures du soir et je finissais à cinq heures du mat.

 

À l’usine de Levallois, mon premier contact avec le noyau dur des syndiqués, je l’avais eu avec les vendeurs du journal « l’Étincelle », des trotskystes marginaux, avec qui j’entamais des discussions animées dans les cafés environnant. C’étaient de braves mecs, englués dans leurs querelles intestines, en butte avec les membres du « parti ouvrier stalinien » qui tenaient, au travers de la cellule du PCF, les adhérents de la CGT de l’usine. Leur feuille de choux avait un certain succès auprès des ouvriers ce qui emmerdait les plus sectaires des communistes. Ils la bricolaient avec les moyens du bord, achetaient les stencils, le papier et l’encre, et avec le pognon récolté lors de l’organisation d’une tombola, qui eut un franc succès, ils purent acquérir la bécane pour tirer leur bulletin. De cette tombola, ils aimaient raconter l’anecdote des lots. Ceux-ci avaient été fournis par des copains du PSU : du vin, des conserves mais aussi des livres. Certains ouvriers, qui ne lisaient guère, leur dirent que c’était une bonne idée de placer des livres dans les lots, alors que les paniers garnis du PCF, eux, ne contenaient que de la bouffe. Lors du tirage de la tombola, autour d’un verre, les oreilles des alignés sur Moscou sifflèrent ce qui, bien sûr, mis un peu plus d’huile dans les rapports cordiaux entre la maigre poignée de militants syndicaux de l’usine.

 

Moi, ce que j’aimais par-dessus tout c’était d’entendre les histoires des anciens. Lucien, un vieux tourneur, racontait qu’à la Libération, le Parti Communiste était si puissant qu’il lui suffisait de convoquer une réunion de section pour que l’usine s’arrête. Mais, comme c’était, avec Marcel Paul Ministre de la Production Industrielle, l’époque du « produire d’abord ! » et que « la grève était l’arme des trusts », l’heure n’était pas aux débrayages, pire lorsque le directeur organisait une réunion à la cantine pour demander : « Mes amis, il serait bon qu’on puisse produire 17 tours le mois prochain ! » le responsable syndical prenait alors la parole pour surenchérir : « Camarades, nous pouvons en sortir 20 ! ». Et Lucien d’ajouter, en se marrant, « et, bien sûr, on les sortait ces putains de tours. Pour la France… ».

 

[…]

 

À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires : la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras je la repoussai avec énergie : « Ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclata d’un petit rire grasseyant qui agita sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule l’intello, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

 

 

Lorsque l’ingénieur en blouse grise jeta sans même me prêter attention : « Mettez-le au 86 ! », si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montrait le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales qui donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que je ne parvenais ni à acquérir le coup de main, ni à coordonner mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement et je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de chialer.

 

À la pause je m’apprêtais à me tirer lorsque je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables «larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaient dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain.

 

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 06:00
C’est dur la culture, l’art et le vin,  le mangeur de fèves d’Annibal Carracci et son vin  Capintancelli Piana dei Castelli  de Matteo Ceracchi…

Les marieuses et les marieurs de vin sont à la peine, pensez-donc, chaque jour que Dieu fait, il leur faut accorder le dernier petit plat tendance, la carotte nouvelle de Créances, avec le pur jus d’un GCC, d’un champagne millésimé, surtout d’un flacon qui draine de la publicité.

 

Ça lasse, usé le procédé, ils ou elles ne savent plus à quel saint se vouer : faut du nouveau coco ! Racole ! Déniche-moi vite fait sur le gaz un mec ou une nana qui fasse le buzz !

 

- Un Chef, chef…

 

- Explicite !

 

- Un truc du genre : un chef, un plat, un vin…

 

- Emballé c’est pesé ma poule, mais c’est toi qui choisit le vin à sa place. Faut bien placer notre camelote ma cocotte !  Faire plaisir au petit Michel...

 

Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, mon rédachef m’a convoqué dare-dare pour que je m’engouffre dans la brèche. J’ai cogité et je lui ai proposé c’est dur la culture : l’art et le vin ! Je dois vous avouer que ça ne l’a pas enthousiasmé mais de guerre lasse il a cédé.

 

Me restait plus qu’à concrétiser. C’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon…

 

J’ai enfourché mon vélo pour dénicher une idée et je suis tombé sur des fèves qui sont, selon Jean-Marie Pelt dans sa petite encyclopédie gourmande des légumes, les plus vénérables ancêtres du monde des légumes.

 

 

Emballé c’est pesé, retour à la maisonnée pour dérober mes fèves. En effet, la fève doit être débarrassée de sa robe avant d’être consommée.

 

 

Un pet d’Histoire :

 

« Déjà connues des hommes du néolithique - on a trouvé des graines de fèves sur les emplacements de la ville de Troie – la fève a longtemps traîné une très mauvaise réputation due essentiellement à sa forme mais pas seulement !

 

Les égyptiens n'en supportaient pas la vue parce qu'ils y voyaient le lieu de transmutation des âmes. En Grèce, Pythagore en fait une vraie phobie. Les romains qui ne l'apprécient guère voient dans les fleurs de fèves des taches noires qui leur semblent un mauvais présage. Quant aux gens d'Eglise... ils prêtaient à la fève des vertus aphrodisiaques forcément incompatibles avec la vie monastique.

 

La fève est cependant consommée dans le bassin méditerranéen depuis l'Antiquité mais c'est surtout au Moyen-Age et à la Renaissance que la fève trouve vraiment sa place dans l'alimentation humaine. Elle paraît avoir été un des principaux légumes du paysan français avec les choux, les raves, les aulx, poireaux et oignons (cf. Histoire des légumes de Georges Gibault). N'oublions pas qu'avant la découverte de l'Amérique et des haricots mexicains, le cassoulet était confectionné avec des fèves. »

 

Rassurez-vous je ne vais pas faire tout un plat de mes fèves

 

Le Mangeur de Fèves d’Annibal Carrache ou Carracci 

 

(1580-90). Huile sur toile, 57 × 68 cm, Galleria Colonna, Rome. Annibal Carrache a commencé par des scènes de genre très réalistes. Une telle approche n'est pas commune au 17e siècle, d'autant que ce tableau, sans aucun artifice de composition, acquiert paradoxalement une modernité surprenante.

 

« Signe d’une transformation importante, ce tableau d’Annibal Carracci est une des toutes premières représentations de paysans en train de manger. Son repas, servi sur une nappe blanche, même chez les plus pauvres, est fait de fèves appelées « haricots noirs », originaires d’Afrique – bientôt supplantés par le haricot de la famille Phaeasalus plus facile à cultiver – d’oignons qui remplacent la viande, d’une assiette de salade qu’on souhaiterait un peu plus verte, de vin rouge réservé aux paysans et de pain en petites miches accolées. Aliment essentiel à la nutrition, le pain est l’objet de tous les soins. Sa composition, ses ingrédients, la qualité du blé et de la farine varient énormément d’un lieu à l’autre. Pain blanc pour les riches, pain noir ou complet pour les pauvres, son goût et sa qualité sont commentés par ceux qui ont la chance de pouvoir comparer. L’œil allumé, le sourcil levé, la bouche prête à avaler la cuillerée évoquent la gourmandise, celle du pauvre qui préfère la quantité à la qualité. Mais de même qu’on attribue au pauvre une gloutonnerie qui l’assimile à l’animal et au sauvage, il ne lui est pas interdit de faire preuve de goût dans la différenciation de la qualité de ses plats, aussi simples fussent-ils. »

 

Manuel Vásquez Montalbán

 

 

Je me confectionne une petite Salade de fèves à la ciboulette et je me débouche une bouteille de Capitancelli du domaine Piana dei Castelli achetée au Lieu du Vin chez le grand Philippe.

 

Normal c’est le vin de Matteo Ceracchi, un rouge IGP Lazio

 

Le domaine Piana dei Castelli  est situé près de Velletri, au sud-est de Rome, dans le Latium, il est consacré à la vigne depuis neuf générations. Son positionnement géographique se situe à la convergence entre des masses d’air sèches et humides, froides et tempérées d’origines maritimes et subcontinentales, provoquant une alternance climatique continue favorable à une lente maturation du raisin. L’identité du domaine est garantie par ces vents qui proviennent de l’est des monts Lepini.

 

Les 30 ha de vignes, à proximité de la mer, sont implantées sur un terroir crayeux/siliceux, typiquement volcanique La diversité des cépages : Malvasia Puntinata, Trebbiano, Grechetto, Sauvignon, Pinot Gris, Cesanese, Merlot etc. permet au domaine Piana dei Castelli d’élaborer une large palette de cuvées originales portant la signature de Matteo Ceracchi qui pratique une viticulture respectueuse de l’harmonie entre le sol et la plante et une vinification douce.

 

Capitancelli

 

Cépages : Sangiovese 30% - Shirah 30% - Cabernet Franc 20% - Merlot

 

Age des vignes : 60 ans

 

Rendement : 20/30 hl/ha

 

Date de récolte : Fin Octobre

 

Vinification : Vendange manuelle. Macération en cuve inox sur peaux pendant 6 mois.

 

Non-filtré

 

Robe rouge avec des reflets violacés. Nez très présent et mature. La bouche est concentrée et harmonieuse avec une longue finale sur les épices et la réglisse.

C’est dur la culture, l’art et le vin,  le mangeur de fèves d’Annibal Carracci et son vin  Capintancelli Piana dei Castelli  de Matteo Ceracchi…
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 06:00
Moins la production est vitale pour l'humanité ou la planète, et moins son impact sur l'environnement devrait être important, la méthode Fukuoka appliquée à la vigne.

Hier matin l’ami Olivier dans les frimas chablisiens redoutables m’a expédié ce texte de Masanobu Fukuoka extrait de son livre « La révolution d'un seul brin de paille » Une introduction à l’agriculture sauvage.

 

 

Lecture ICI 

 

 

Le goût

 

Les gens disent: « on ne connait pas le goût des aliments jusqu'à ce qu'on y ait goûté »; mais même si l'on goûte, le goût des aliments peut varier selon le temps, les circonstances et les dispositions de le personne qui goûte.

 

Si vous demandez à un savant ce qu'est la substance du goût, il essaiera de la définir en isolant les divers composants et en déterminant les proportions de sucré, d'acide, d'amer, de salé et de piquant. Mais on ne peut pas définir un goût par l'analyse ni même du bout de la langue. Même si la langue perçoit les cinq goûts, les impressions sont rassemblées et interprétées par l'esprit.

 

Une personne naturelle peut atteindre une alimentation juste parce que son instinct fonctionne bien. Elle se satisfait d'une nourriture simple; elle est nourrissante, a bon goût, elle est une médecine quotidienne. La nourriture et l'esprit humain sont unis.

 

L'homme moderne a perdu la clarté de son instinct, par conséquent il est devenu incapable de cueillir et d'aimer les sept herbes du printemps. Il est parti à la recherche de la diversité des goûts. Son alimentation devient désordonnée, l'écart entre préférences et aversions s'élargit, et son instinct s'égare de plus en plus. A ce point les gens commencent à assaisonner fortement leur nourriture et à utiliser des techniques culinaires compliquées, augmentant encore la confusion. La nourriture et l'esprit humain sont devenus étrangers.

 

Dans ma petite tête de chroniqueur impénitent a resurgi l’une d’elle titrée : « J'ai en horreur la confusion, savamment entretenue par beaucoup, entre méthodes d'agriculture bio ou «naturelle» et vins «nature» ou «naturels »

 

Retour sur images :

 

Le 23/03/2009 je publiais anonymement, avec son accord, le texte d’un vigneron. Ce garçon discret m’avouait qu’il ne goûtait guère le côté place publique de la blogosphère, qu’il n’avait nulle envie de devenir un icône de tous les milieux alternatifs du microcosme de la viticulture française, qu’il ne souhaitait pas rejoindre telle ou telle micro mouvance, qu’il n'avait rien demandé à personne et n’avait aucune aspiration de la sorte.

 

Donc, c’est l’histoire d’un mec * qui un jour me dit, comme ça, qu’il mène un peu moins d'1 ha en « agriculture naturelle » (expression française de la méthode de M. Fukuoka) sur une parcelle expérimentale où il ne revendique aucune AOC car pour lui rien ne lui permet d'affirmer que ce type d'agriculture, qui n'autorise pas de forte densité de plantation à l'ha, permettrait de donner une image fidèle, ou plus exactement traditionnelle du terroir sur lequel elle est implantée. Je lui demande :

 

- pourquoi, faites-vous ça ?

 

- tout simplement parce que 8 années de viticulture de type bio, ne m'ont pas convaincu du bienfondé de cette approche.

 

Comme j’en reste coi, il ajoute :

 

- si le travail du sol permet de se passer de cette saloperie de glyphosate (nom générique du Roundup) et s'il existe bien des moyens de se passer d'insecticides organochlorés (confusion sexuelle, bacillus thuringiensis, abeilles,...) l'abandon de molécule de synthèse de type folpel, dithane et al pour retourner vers le cuivre sous quelque forme que ce soit me dérange énormément. Le cuivre est un polluant d'une rémanence et d'une toxicité exceptionnelle pour l'environnement et ne devrait d'ailleurs pas tarder à être interdit en agriculture conventionnelle comme bio !...

 

Je suis tout ouïe. Je fais bien car, ce qu’il me dit, sans élever le ton, ni se poser en donneur de leçons, exprime fort bien ce que pense au fond de moi.

 

- Dans tous les cas, la plante cultivée reste sous perfusion de l'homme. Et ceci me dérange sur un plan éthique et citoyen. Peut-on justifier qu'une production aussi peu indispensable à l'humanité provoque la mort biologique de sols dont on pourrait avoir un jour besoin pour des besoins vitaux. Rassurez-vous je n'y mets pas la Côte d'Or, mais honnêtement, quel est le pourcentage des terres viticoles qui produisent des vins dignes d'intérêt culturel et gastronomique à l'échelle mondiale?

 

Comme pour s’excuser il se croit obligé d’ajouter :

 

- Voilà mon idée stupide : moins la production est vitale pour l'humanité ou la planète, et moins son impact sur l'environnement devrait être important. Encore une fois, et bien qu'étant un passionné de longue date et tentant d'en tirer un revenu pour faire vivre ma famille, je ne mets pas le vin au rang des absolues nécessité pour la vie, n'en déplaise à Platon.

 

Et moi pour faire rebondir la conversation je le branche sur la méthode Fukuoka. Intarissable.

 

La suite ICI 

 

 

« Depuis des années, essai après essai, erreur après erreur, un agriculteur Japonais, Masanobu Fukuoka, a développé une approche faite de simplicité, une agriculture à contre-courant du modèle occidental. Comme toutes les idées simples mais révolutionnaires, elle surprend par sa banalité et étonne par ses innombrables retombées. Laisser la nature nous nourrir et intervenir le moins possible. Pas de labour, aucun produit chimique, pas de désherbage. Planter lorsque les plantes égrainent naturellement, laisser les plantes sauvages à leur place, enrichir le sol avec des légumineuses, quelques animaux et de la paille. Rien de bien impressionnant à première vue, pourtant vous en entendrez reparler, croyez moi. Quand cela? Attendez la dernière goutte de pétrole! »

 

« La méthode de culture de Masanobu Fukuoka ne pourra donc pas s’étendre tant que l’on vivra dans une société de croissance, car celle-ci est incompatible avec l’idée d’économie de ressources. Le déclin rapide du pétrole qui arrivera pendant ma vie (je suis encore jeune) verra triompher sans gloire des agricultures inspirées de cette méthode énergétiquement économe. Le simple fait que cette technique connue depuis plus de trente ans soit toujours marginale en est à mes yeux une des meilleures preuves. Il y a de quoi se réjouir toutefois, car cet homme simple nous a montré une chose dont les survivalistes ne semblent pas d’accord, la fin du pétrole n’est pas l’apocalypse. En effet, en faisant le pari de la diffusion de cette approche, il est possible à la fois de nourrir la planète sans l’or noir et de vivre en intelligence dans un environnement agréable. Toutefois, si cela se passait mal, je vous conseille de prendre les devants et de vous mettre un lopin de terre de coté…il n’y en aura pas pour tout le monde. »

 

Le texte intégral ICI

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