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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 06:00
Scène de liesse sur la pelouse du stade France finale de la Coupe de la Ligue gagnée par le FC Gueugnon 2 à 0  contre le PSG

Scène de liesse sur la pelouse du stade France finale de la Coupe de la Ligue gagnée par le FC Gueugnon 2 à 0 contre le PSG

Dans mon dialogue avec mes lecteurs, un vigneron bourguignon, m’écrivait à propos d’un  article "NOS CAMPAGNES SE MEURENT" : À TONNERRE, LES "GILETS JAUNES" FONT ACTE DE PRÉSENCE ET DE DÉSESPOIR ICI 

 

« Moins de taxe, moins d'impôts, mais plus de service public. C'est bien parce que personne n'a voulu  trancher ce dilemme qu'on en est là. Et puis, tu as beau financer du social, ça ne redonne pas vie à une ville, à un canton. En rentrant de Bretagne, j'ai évité l'autoroute et traversé de la France dans la grande diagonale du désert. Ce n'est pas nouveau : déjà sous de Gaulle, on en parlait. Elle aboutit dans l'Yonne. Un département de misère : le plus bas niveau général de France. Un élu m'en parlait une fois : culturellement le désert. Économiquement, le désert. Politiquement le désert. C'est le résultat aussi d'une approche un peu trop préservée : Auxerre en son temps a refusé le train. Il fait venir des ouvriers, des gauchistes. »

 

« La mort des campagnes : elle n'est pas nouvelle non  plus. A quoi est-elle due ? Autant à l'attentisme des autochtones qu'à l'incurie des élus, qui ne savent plus quoi faire comme disait un artiste engagé. Mais les politiques n'ont pas à savoir quoi faire. Nous sommes tous des politiques. Un exemple : les beaux-parents de mon frère habitaient Gueugnon. Petite ville industrielle, en train de mourir. Est proposée l'installation d'une usine. Manif, pétitions : elle n'est pas construite. Revendication : les maisons aujourd'hui ne valent plus rien. Il y a une inculture économique consternante chez les Français : tout ne se résout pas par la tête et la volonté. »

 

De ma Vendée crottée j’ai connu Gueugnon bien avant la Bourgogne des vignobles renommés. Comment : par le football, le FC Gueugnon avec ses  couleurs jaune et bleu.

 

Ce club, fondé en 1940 c’est le tissu industriel local qui est à la base de cette terre de football. Pensionnaire pendant 37 ans de D2 (un éphémère passage en L1 en 1995-1996) et vainqueur de la Coupe de la Ligue en 2000 face au PSG (2-0). Le dernier moment de gloire avant une descente aux enfers inexorable.

 

Pelouse impeccable, 14000 places assises dont une tribune refaite à neuf en 2008. « Qu'on explique aux contribuables que la tribune à 11 M€ ne va servir à rien! » tempête Vairelles, l'ex-manageur-joueur-actionnaire principal.

 

« Je pense qu'on ne s'en remettra jamais. Déjà, quand les forges ont fermé les robinets, ça a fait mal. »

 

C'était il y a cinq, six ans, Arcelor-Mittal, propriétaire des usines, entamait alors un processus de désengagement dans le club. Puis son repreneur Aperam a poursuivi sur cette voie.

 

L’histoire du Football Club de Gueugnon ICI 

 

 

Durant les années 1950, l’usine des Forges se modernisa et atteint le summum de sa renommée, devenant no 1 mondial de l’acier inoxydable et embauchant 3 750 salariés vers 1960. Ce qui permit à la ville de Gueugnon, intimement liée au dynamisme des Forges, de connaître, elle aussi, son âge d’or.

 

C’est à partir de 1950 et ce jusqu’à la fin des années 1960 que furent construits un groupe d’immeubles dans le quartier des Gachères, la cité HLM des Riaux, route de Toulon-sur-Arroux, et celle des Bruyères, route de Digoin, soit des centaines de logements qui vinrent s’ajouter à l’offre immobilière de la ville, ceci afin de répondre aux demandes qui affluaient. En effet, la population ne cessa de croître jusqu'à atteindre son maximum en 1975, avec près de 11 000 habitants.

 

Gueugnon a vécu, à cette époque, une grande période de constructions collectives et individuelles. Les finances de la commune étaient presque entièrement consacrées à ces travaux et aux aménagements nécessaires : eau, gaz, électricité, égouts et voies d’accès aux nouveaux quartiers.

 

En 1977, le gouvernement Giscard-Barre décida une prise de participation majoritaire de l’État sur l’essentiel de la sidérurgie française, afin de redresser cette industrie de base.

 

Cependant, face aux succès des résultats de l’usine de Gueugnon, contrairement à la plupart des autres usines sidérurgiques qui connaissaient un début de déclin, les de Wendel furent autorisés à conserver quelques entreprises regroupées au sein d’une holding appelé CGIP, dont les Forges de Gueugnon faisaient partie.

 

Cette situation porta alors un rude coup aux forges de Gueugnon. L’entreprise se trouvait désormais impliquée dans une politique sidérurgique nationale sans en recevoir les crédits d’aménagement. Rapidement, les Wendel tentèrent de se désengager de la branche sidérurgique. Une grande partie du parc immobilier des Forges, soit près de 1 200 logements, fut vendue. Une énorme part du patrimoine des Forges fut alors abandonnée.

 

En 1976, une page historique des Forges de Gueugnon se tourna. Le laminage à chaud qui avait marqué pendant plus d’un siècle l’histoire des Forges se termina avec la fermeture des deux dernières lignes employant ce type de production.

 

En 1980, la filiale « Equipinox », située près du quartier des Gachères et produisant des enjoliveurs et des plats en inox haut de gamme fut fermée. Le personnel, en majorité féminin, fut intégré aux Forges.

 

Le 1er janvier 1983, les Forges de Gueugnon furent intégrées à « Ugine Aciers », filiale de Sacilor, et prirent le nom d’ « Ugine Gueugnon SA », société au sein de laquelle la CGIP des Wendel ne détenait plus qu’une minorité d’actions.

 

Le 1er janvier 1991, Ugine aciers de Châtillon et de Gueugnon devint Ugine SA qui comprend, outre l’ensemble de la branche aciers inox et produits plats spéciaux du groupe, celle des produits longs inox : Ugine-Savoie et Imphy SA devinrent alors des filiales d’Ugine SA. Le nouvel ensemble, avec ses autres filiales françaises et étrangères, représentait 12 000 personnes employées et son chiffre d’affaires était d’environ 15 milliards de francs.

 

Le 28 janvier 2006, Mittal Steel Company fit une offre publique d'achat hostile sur Arcelor pour 18,6 milliards d'euros alors qu’Arcelor n’avait que 17,6 milliards d'euros de fonds propres. Fin février 2006, après une hausse d'Arcelor, la capitalisation boursière des deux groupes était presque identique.

 

Le nouveau groupe Arcelor-Mittal devenait ainsi le numéro un mondial de la sidérurgie, avec 320 000 employés dans plus de 60 pays. Son chiffre d’affaires passa à 70 milliards de dollars. Le groupe est dirigé par le milliardaire indien Lakshmi Mittal, cinquième homme le plus riche du monde selon le magazine Forbes en mars 2007.

 

Au 31 décembre 2006, les forges de Gueugnon comptaient 1 173 salariés

 

En septembre 2011, l'effectif demeure toujours en baisse à 940 salariés. La capacité de production est de 340 000 tonnes d'acier par an. La production se concentre sur les bobines d'acier (80 % de la production).

 

La société Aperam Stainless France SAS est implantée place des Forges, à Gueugnon. C’est l’un des plus gros employeurs du département de Saône-et-Loire, avec 750 salariés.

 

Aperam produit de l'acier laminé qui est utilisé notamment dans l'aérospatial, l'automobile, le secteur médical, le bâtiment…

 

L’usine Aperam mise en demeure pour des rejets polluants illégaux

 

Que reproche-t-on à la tôlerie industrielle Aperam ? ICI  

 

Les Gilets Jaunes sont les victimes indirectes de la désindustrialisation de la France.

 

La nouvelle taxe sur les carburants menace de faire exploser le pays. De partout s’élève un même  cri : « Trop, c’est trop ! ». Les Français se sentent écrasés par les impôts et les taxes, et 63 % d’entre eux déclarent  « avoir du mal à finir les fins de mois » (baromètre Kantar-Sofres).C’est, en effet, en France que la pression fiscale est, aujourd’hui, en Europe, la plus importante, les prélèvements obligatoires atteignant environ 48% du PIB, alors que la moyenne des pays de l’UE est à environ 39 % .

 

Cette pression fiscale anormale est d’autant plus mal ressentie que le PIB /tête des Français est très loin d’être un des plus élevés d’Europe. Nous en sommes à 38.476 US$/tête actuellement, alors que l’Allemagne en est à 44.469 dollars, le Danemark à 56.307 dollars, l’Irlande à 69.330 dollars, et la  Suisse à  80.189 dollars. La France, dans l’UE, se trouve seulement  en 11e position, selon cet indicateur de richesse, après avoir été dans les 3 premiers de 1960 à 1974.

 

Les gilets jaunes qui ont déclenché cette Jacquerie ne comprennent pas les raisons pour lesquelles ils ont des problèmes de fin de mois, et ils se retournent donc contre le jeune président pour lui demander des comptes. Partout fleurissent des pancartes « Macron démission ». Notre Président a commis deux erreurs majeures : d’une part, il n’a pas pris la précaution d’expliquer aux Français,  en prenant en charge les destinées du pays, l’état réel dans lequel se trouve l’économie du pays, et, d’autre part, pour lancer son train de réformes,  il a pris le problème à l’envers.

 

La France paye chèrement, aujourd’hui, les erreurs des gouvernements qui, depuis la fin de la période des Trente Glorieuses, ont laissé décliner notre secteur industriel : celui-ci ne représente plus, aujourd’hui, qu’à peine plus de 10 % du PIB, alors qu’il devrait se situer à, au moins, 18 %, la norme européenne étant à 20 %. Les effectifs de notre secteur industriel sont passés de 6,8 millions de personnes en 1980  à 2,7 actuellement, et l’on doit considérer qu’il nous manque environ 1,8 million de personnes  dans ce secteur. Si ces effectifs existaient, le secteur des services se trouverait renforcé de 3,6 millions d’emplois supplémentaires, les économistes considérant qu’un emploi dans le secteur secondaire induit, au moins, deux emplois dans le secteur tertiaire. Le PIB de notre secteur industriel se trouverait majoré de 180 milliards €, et celui des services de 232 milliards € (car ces derniers ne seraient pas au même taux horaire), soit au total 412 milliards €. C’est le montant qui manque actuellement au PIB de notre pays, du fait des erreurs passées. Le PIB/tête des Français se situerait ainsi au  niveau de celui des Allemands. Tout ceci, malheureusement,  n’est pas été dit  aux Français, d’où la Jacquerie qui ébranle le pays. Emmanuel Macron n’a pas voulu expliquer la situation très difficile dans laquelle se trouve l’économie du pays, sans doute pour ne pas dégrader encore l’image de la France  dans le monde.

 

La suite ICI 

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 06:00
Qui a osé dire que je faisais du Bordeaux bashing : il a 30 ans un vin d'une grande jeunesse « au baron de Pichon-Longueville 1988 Pauillac-Médoc »

Je ne suis, ni Bob Parker le King de la note sur 100, ni le Jacques Dupont l’arpenteur des terroirs de Bordeaux, mais rien qu’un pauvre licheur de vins nu roturiers, un qui ne fait que critiquer cette pauvre place de Bordeaux pour le plus grand désespoir du président Farge.

 

Et pourtant ma cave regorge, j’exagère, de GCC, des classés 1855 surtout.

 

Ils dorment du sommeil du juste.

 

Et puis un soir me rendant à un dîner en territoire naturiste m’est venu à l’idée d’y apporter une boutanche bien poussiéreuse. J’adore le risque.

 

Mon choix s’est porté sur un Pichon-Baron 94 « un vin magnifique, d’une grande retenue, tendu comme un câble de téléphérique, rigoureux comme Calvin rejetant la messe. Si c’était un tableau, ce serait un paysage de Nicolas de Staël : jamais rien de trop. »

 

Du grand Jacques Dupont, bravo, bravissimo !

 

 

J’étais dans mes petits souliers, je me disais je cours au bide face à ces palais habitués aux turpitudes des vins nu, pour faire dans le style du Jacques je risquais une Saint-Barthélemy naturiste, une excommunication en bonne et due forme...

 

 La bouteille fut ouverte, servie sans carafage.

 

« C’est un honneur et un plaisir pour moi de vous commenter ce Pichon-Longueville 1988, pour deux raisons sur lesquelles je reviendrai.

 

C’est au 17ème Siècle que Jacques Pichon, Baron de Longueville, a décidé d’établir cette belle propriété. C’est sur les conseils avisés de son beau-père, le Marquis de Rauzan, surnommé « le sorcier des vignes » parce qu’il avait un vrai talent et les plus belles propriétés de la rive gauche, que Jacques Pichon a suivi son exemple. Rapidement ses vignes ont été aussi célèbres que celles de Latour. Il vendait ses tonneaux de vin 300 livres or, ce qui à l’époque était un record. La renommée du Château Pichon-Longueville s’est poursuivie jusqu’à nos jours, parce qu’il a eu la chance de tomber entre les mains d’un institutionnel, mais d’un institutionnel avisé, le groupe AXA, avec Claude Bébéar qui est un grand admirateur des vins de Bordeaux et qui a su s’entourer d’un très bon vigneron, Daniel Llose. »

Commentaire de Madame Florence Cathiard le 31/10/2002 à l’Académie des Vins de Bordeaux.

 

Je suis un coquin, j’entretiens le suspens.

 

« Déjà propriétaire d’un vaste vignoble à Margaux, qui donnera naissance à Rauzan Gassies et Rauzan Ségla, Pierre Desmezures de Rauzan, négociant et fermier de Latour, achète en 1689 des vignes au sud de Pauillac à proximité de Latour. Ces vignes entrent dans la dot de sa fille Thérèse lorsqu’elle épouse peu après Jacques Pichon de Longueville. Le domaine reste tel quel dans la famille Pichon pendant plusieurs générations et la réputation de ses vins est alors établie. En 1850, par application des nouvelles règles successorales, la propriété est divisée en 2 parties, 2/5 revenant au Baron Raoul Pichon de Longueville pour donner Pichon Baron et le reste aux 3 filles, devenant Pichon Comtesse. Le Baron Raoul fait construire alors le romantique château que nous connaissons aujourd’hui.

 

C’est aussi à cette époque que le vin se voit officiellement classé 2ème Grand Cru du Médoc. En 1933, les héritiers Pichon sont contraints de vendre la propriété qui est acquise par Jean Bouteiller. Celui-ci maintient la réputation du vin durant des années mais le domaine, en difficulté, décline dans les années 1960 et 70 et est finalement vendu en 1987 à la compagnie d’assurances Axa qui développe alors ses investissements dans le vin. Axa s’appuie sur Jean-Michel Cazes, Directeur des Vignobles, assisté de Daniel Llose sur le plan technique. Des importants investissements sont réalisés avec reconstruction complète du cuvier et des chais. Cet impressionnant ensemble ultramoderne en partie souterrain est situé face au château qui, lui aussi, est magnifiquement rénové. Il vient d’être complété par la construction d’un nouveau chai destiné à faciliter et améliorer la production. »

 

Retour à l’historien Dupont du Point qui nous dit que la gestion technique du château est assurée par Jean-René Matignon « doux et modeste expert qui a considérablement réduit les rendements ces dernières années, renforçant le côté « pur Pauillac » de Pichon, c’est-à-dire un tiers d’austérité, un tiers de densité, un tiers d’élégance. »

 

Tout l’art de la formule ciselée au poinçon ce bas-bourguignon.

 

Cependant mon 1994 n’est pas goûté par lui dans sa somme bordelaise alors je me vois contraint de m’adresser à un LPVien qui le 05 Septembre 2014 écrivait à propos de ce millésime :

 

Bouchon parfait, non imbibé, souple.

 

Robe rubis, non tuilé, légèrement trouble.

 

Nez sur le miel cristallisé, le tabac, le cèdre. Superbe!

 

En bouche, les tanins sont merveilleusement fondus, c'est élégant, précis, pur...

 

Le vin a de la patine, le toucher de bouche est d'un soyeux incroyable!

 

Et surtout quelle longueur! On croit que le vin va connaitre un creux en milieu de bouche mais l'acidité légère redynamise l'ensemble pour envoyer la bouche dans un autre monde.

 

Un vin d'une grande jeunesse.

 

4 ans après c’est raccord.

 

 

Je fais un tabac, je croule sous les applaudissements, on m'adule, elle m'embrasse, le CIVB m’absout de mes fautes sans que fasse acte de contrition, me batte la coulpe, je vais enfin  pouvoir revenir à Bordeaux la tête haute, me pavaner dans les châteaux, recevoir la bénédiction de l'archevêque de Bazas&Bordeaux qui adore tant les cloches sonnant l'Angélus.

 

Dernier renseignement : je consulte la cave des Millésimes le Baron Pichon-Longueville 1988 est coté à 174 euros.

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2 décembre 2018 7 02 /12 /décembre /2018 06:00
Mon beau sapin de Noël dopé aux pesticides !

Mais que fait Isabelle Saporta sur RTL !

 

J’attends quelle ferraille, qu’elle taille en pièces les empoisonneurs, pour défendre la santé de nos enfants.

 

En effet, que lis-je, loin du glyphosate, ce Round Up cher aux cœurs de certains agriculteurs et viticulteurs :

Complainte d’un pauvre arbre de Noël élevé en rang comme un vulgaire poireau, biberonné à l’engrais, fauché en pleine jeunesse pour éblouir les enfants, et qui finira tout sec sur le trottoir…

 

Comme 80 % des six millions de sapins de Noël vendus chaque année en France, je suis un Nordmann. Contrairement à l’épicéa (et ses 20 % de parts de marché, donc), je n’ai pas cette bonne odeur de résine, mais moi, je ne perds pas mes aiguilles ! Ma graine a été récoltée sur les cônes des hautes branches d’un sapin du genre Abies nordmanniana, là-bas en Géorgie. Mais je suis né en France, dans une pépinière du côté de Dijon. D’abord, j’ai passé deux ans de proximité intense avec mes petits frères de semis, puis deux ans encore en godet. Arrosé, traité, engraissé, re-traité, une vraie vie de patachon. A 4 ans, alors que j’avoisinais les 10 centimètres, j’ai été vendu, racines nues, à un agriculteur — et non pas à un forestier, ma production étant assimilée à celle des fleurs coupées — qui m’a repiqué en rang serré à raison de huit mille de mes semblables à l’hectare.

 

Comme un sapin sur quatre élevé en France, je pousse dans le Morvan. Un joli coin vallonné d’un pays de bocage, à quelque 700 mètres d’altitude, près du lac des Settons (Nièvre). Dans notre pré, on élevait auparavant du charolais. Mais le sapin, ça rapporte plus, presque autant que la vigne, dans les 4 000 euros à l’hectare. Tant pis si ça bouleverse le paysage. Notre champ a été préalablement labouré et traité au glyphosate pour que les herbes folles ne gênent ni ma croissance, ni l’épanouissement régulier de mes branches basses.

 

« Le sapin bio, on n’y est pas encore », Sylvain Mathieu, président du parc naturel régional du Morvan.

 

La suite ICI 

 

C'est l'Agence Régionale de Santé qui a découvert ces traces de pesticides en 2010 dans cette commune de 250 habitants près de Saulieu. Le produit incriminé est du "dichlobénil", un puissant herbicide, possible cancérogène, interdit en France depuis 2012. Depuis cette pollution, constatée il y a 6 ans, l'ARS a mis en place un traitement de l'eau aux charbons actifs, un traitement toujours en cours, pour que les habitants puissent continuer à consommer cette eau. Selon Maryse Bollengier, maire de Champeau-en-Morvan, grâce à une collaboration avec la maison du parc, basée à Saint-Brisson à quelques kilomètres de là, dans la Nièvre, les producteurs de sapins de Noël ont tous été sensibilisés à ce problème.

 

Selon la version officielle de l'ARS, le "dichlobénil" étant interdit depuis plusieurs années, cela veut dire que les doses retrouvées à Champeau-en-Morvan, proviennent de restes de ce produit utilisé avant l'interdiction. Une pollution rémanente, dont on essaie de se débarrasser depuis six ans. L'histoire du Morvan et des sapins de Noël est une histoire récente. Puisque les premiers sapins de Noël y ont été plantés en 1939. Nordman, épicéa commun, leur exploitation a ensuite explosé après-guerre. Aujourd'hui 1/5ème des 5,4 millions de sapins vendus en France ont poussé dans cette région sur un territoire d'environ 1.500 hectares.

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 06:00
L’antre du Lapin Blanc mène à tout y compris à l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm, j’y étais hier au soir pour 1 colloque Sauvegarde de la biodiversité et démocratie : les enjeux d’une transformation et, à mon grand regret, je n’y ai pas croisé le fantôme d’ « Althusser à rien »

Parmi la foule immense de mes lecteurs fidèles se détache un certain PAX qui, accompagné de sa légitime épouse, se hissa un beau soir jusque en haut de la côte de Ménilmontant pour se restaurer au Lapin Blanc de la Claire qui maintenant s’initie à la culture des carottes et des navets.

 

En ce haut-lieu incertain, aujourd’hui disparu, autour de verres de vin nu, de solides nourritures, se tissèrent des amitiés, se nouèrent des liens entre des « gens », comme le dit Mélenchon, qui ne se seraient jamais rencontrés si cette tanière d’altitude, ce bouiboui, ce rade, n’avait pas existé.

 

C’est ainsi que votre serviteur y a rencontré un bel esprit, de la bonne graine d’intellectuel, répondant au nom de Jérémie Ferrer­ Bartomeu, pour faire court : comment un vieux rocardien non révisé pouvait-il cohabiter avec un jeune tenant de la nuit debout ?

 

Mystère des atomes crochus, d’une forme de respect mutuel, de jeu de l’esprit, bref le sieur Jérémie Ferrer ­Bartomeu et moi sommes amis sur Face de Bouc où nous échangeons des plaisanteries de garçon de bain à propos du poireau du 78 rue de Varenne.

 

L’autre matin, ce coquin m’a hameçonné sur Face de Bouc pour que j’aille à un colloque :

 

Sauvegarde de la biodiversité et démocratie : les enjeux d’une transformation

 

Le Jeudi 29 novembre à 19h00 Salle Dussane, 45 rue d’Ulm à l’Ecole Normale Supérieure

 

Avec :

Bruno David, paléontologue et président du Museum national d’histoire naturelle

Barbara Pompili, députée LREM de la Somme et présidente de la Commission du développement durable et à l’aménagement du territoire

 

Après moult échanges j’ai cédé en me disant qu’aller respirer l’air de Normale Sup me ferait du bien.

 

D’un côté, les populations de vertébrés ont diminué de 60% depuis 1970 et les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, une baisse d’environ un tiers depuis 1990. Un océan de plastique est né au milieu du Pacifique. Le dernier rapport du GIEC explique, lui, que même si l’accord de Paris était respecté, les conséquences du réchauffement climatique seront catastrophiques.

 

De l’autre, la programmation pluriannuelle de l’Énergie va être révélée, la loi Alimentation a été votée, mais pas l’interdiction du glyphosate, qui le sera cependant d’ici la fin du quinquennat si l’on en croit les engagements de l’exécutif. Quant à la hausse des prix des carburants polluants, elle suscite une levée de bouclier d’une ampleur inattendue.

 

Le politique a-t-il pris la mesure de l’enjeu ? Dispose-t-il seulement des leviers pour mener une action réellement efficace lorsqu’il s’agit de sauvegarder l’avenir de l’humanité en préservant son milieu naturel ?

 

En effet, face à cet enjeu global, que peut le politique à l’échelle nationale ? Peut-on encore changer de modèle agricole ? Faut-il mettre en cause le modèle économique dominant comme l’a déclaré Nicolas Hulot lors de sa fracassante et médiatique démission ?

 

Sommes-nous réellement entrés dans l’ère de l’anthropocène, ce nouvel âge géologique où les activités humaines sont le principal moteur du changement ? Peut-être faut-il même parler de « capitalocène », où le capitalisme serait seul responsable, et appeler à un changement radical des modes de production ?

 

En matière d’environnement, comme sur les autres sujets, il faut que les différents secteurs de la société puissent faire valoir leurs intérêts particuliers auprès des décideurs politiques. C’est le propre du débat démocratique et de l’élaboration des normes communes. Mais quelle est la limite entre la légitime prise en compte des intérêts privés et la soumission à des groupes de pression organisés qui détournent l’action politique à leur profit par un lobbying intense et toujours plus efficace ?

 

Autant de questions qui touchent non seulement aux fondements de nos sociétés démocratiques, mais à la possibilité même de leur pérennité. L’enjeu, au fond, c’est notre disparition en tant qu’espèce. L’effondrement a-t-il déjà eu lieu, peuton encore nourrir quelque espoir de changer le cours des choses ?

 

ICI 

 

 La rue d’Ulm est à 10 mn à vélo de chez moi.

 

Cette rue éveille en moi des souvenirs personnels, l’Institut Curie, j’arrive devant le 45 et je constate que les jeunes pousses au crane bien fait sont des adeptes du vélo, ça me rassure.

 

J’entre dans le Saint des Saints, fais une photo avant de gagner le couloir où s’étend une queue d’attente.

 

 

Sur le mur une belle affiche. Je plaisante avec les deux jeunes, une fille et un garçon, qui me précèdent « Faire la queue ça me rappelle les beaux jours de l’URSS… » J’ajoute pour rassurer le garçon « Bien sûr vous n’avez pas connu l’URSS… » Il sourit avant de me répondre « Vous êtes libéral… » Je lui réponds que non, et lui offre un petit laïus sur le socialisme réel au bilan globalement positif. La jeune fille ne dit rien, c’est le garçon qui me pose des questions et j’y réponds volontiers sans me la jouer vieux sage.

 

Bref, nous pénétrons enfin dans la salle, madame Pompili nous annonce-t-on aura un peu de retard.

 

La salle s’emplit de  jeunes têtes bien faites, je dois être le patriarche de la séance.

 

Le colloque commence par les présentations d’usage, très universitaires, je me dis que je vais prendre des notes. Ce que je fais.

 

 

Le Président du Muséum est précis et concis ; madame Pompili, pour être gentil, nous sert un petit discours d’élue de la majorité après avoir été secrétaire d’Etat à la biodiversité sous le mandat du gros Flamby qui fait maintenant l’intéressant avec les gilets jaunes ; normal pour un pratiquant assidu de scooter.

 

Ce discours, très jérémiades, me chauffe les oreilles, je rumine et lorsque vient le temps du dialogue avec la salle je dégaine une question qui ravit ce diable de Jérémie. Je ne vous en donnerai pas la teneur afin de satisfaire ceux qui me reproche de trop ramener ma fraise et d’étaler mon expérience, de nos jours ce n’est plus de saison.

 

 

Les questions des jeunes gens sont pertinentes, je goûte sans retenue le plaisir de me faire du bien à la tête.

 

Tout à la fin, je salue Nicolas Iommi Amunategui le frère d’Antonin et Olivier Christin, directeur du CEDRE, ancien élève de l’ENS, professeur d’histoire moderne à l’Université de Neuchâtel, Directeur d’études à l’EPHE et ancien président de l’université de Lyon 2.

 

Et puis Jérémie me dis, et si tu venais dîner avec nous ? J’hésite, me retrouver au milieu de si beaux esprits. C’est au Mauzac , alors je dis oui.

 

On se met à table, nous sommes rejoints par Ariane Chemin du Monde et, bien sûr, l’essentiel de la conversation tourne autour des gilets jaunes. J’écoute, oui j’écoute, ça m’arrive, je me dis qu’ils ont la même fraîcheur et naïveté que moi en 68 mais les temps ont bien changé.

 

Les vins un Côtes-du-rhône et un Bordeaux estampillés bio sont très patapoufs, ça m’évite de picoler.

 

Je rentre chez moi requinqué.

 

C’est bien joli tout ça mais à quoi ont servi tes notes camarade ?

 

À rien, à les relire ce ne sont que des scories et je ne sens pas la force d’y mettre du liant, trop gros travail pour un résultat qui sera décevant.

 

Et puis, je me dis pourquoi tu te décarcasses pour te voir ensuite accusé par les éternels contempteurs de la Toile de te complaire dans l’évocation de ta vie, ton oeuvre...

 

Bosser gratos c’est déjà pas mal mais je dois avouer que certains me gonflent avec leurs œillères, je ne plaide pour aucune chapelle, je tente de proposer, à qui veut bien prendre la peine de lire, des pistes de réflexion.

 

Bien sûr c’est plus chiant que de s’envoyer des horions sur les réseaux sociaux.  

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 06:00
J’ai maintenant 1 corps étranger dans mon corps, un implant dit-on, suis-je concerné par « Implant Files » ?

Fin janvier, on m’a implanté une prothèse de hanche, à droite, à la clinique Arago, classée comme la meilleure de France en ce domaine. Après deux mois de convalescence, sans aucune rééducation mais simplement  le respect des préconisations de mon chirurgien.

 

Cette prothèse, titane-céramique, me fait sonner aux portiques mais a bien résisté à ma grosse gamelle à vélo qui m’a valu un petit séjour de 15 jours en pneumologie à l’hôpital Cochin.

 

Ma prothèse de hanche

 

Bref, dimanche dernier, après avoir vu errer, place de la Bastille, une poignée de gilets jaunes en déshérence, les pauvres y’avait pas de télé, toutes sur les Champs Elysées où ça castagnait, je surfais sur le net afin de trouver des références pour l’écriture d’une chronique.

 

Soudain s’affiche à l’écran : « Implant Files » : un scandale sanitaire mondial sur les implants médicaux par Chloé Hecketsweiler et Stéphane Horel

 

Je clique, c’est le Monde, je suis abonné : ICI 

Dans le Journal Le Soir je lis : Implant Files: Heavy metal, le désastre sanitaire des prothèses de hanche

 

MIS EN LIGNE LE 25/11/2018 À 18:00      PAR ANNE-SOPHIE LEURQUIN

 

Commercialisées depuis 2003, les prothèses de hanche métalliques de la firme américaine DePuy ont libéré des ions de cobalt et de chrome dans le sang de certains patients, entraînant une nécrose des tissus.

 

Une prothèse de hanche se compose de trois parties : la tige, qui s’insère dans l’os du fémur, une cupule appelée « cotyle », qui se fixe sur le bassin, et enfin la tête fémorale, une pièce qui fait la jonction entre la tige et le cotyle dans lequel elle vient se loger. Les prothèses DePuy se targuaient d’une meilleure résistance grâce à un couple métal/métal (cotyle et tête fémorale). Mais le frottement des deux pièces a libéré dans certains cas des ions métalliques dans le sang, empoisonnant littéralement les patients.

 

Disposant du 06 de mon chirurgien je l’interroge : quelle est la marque de ma prothèse ?

 

10 mn après je reçois la réponse : ma prothèse est française marque SERF 

 

S’ensuit un dialogue intéressant sur le sujet.

 

Vous remarquerez que je me suis adressé à un chirurgien attentif à ses patients, disponible, confier son 06 est très rare. Je n’en pas abusé mais c’est très confortable pour la relation patient-médecin.

 

« Implant Files » : quand le patient ignore servir de cobaye pour une prothèse de hanche

 

Le laboratoire Ceraver a mené des essais cliniques illégaux en implantant une prothèse de hanche d’un nouveau type, censée annihiler les infections post-opératoires.

par Emeline Cazi 

 

Daniel Blanquaert n’est ni médecin ni chirurgien, mais, chaque jour, depuis son bureau de Roissy d’où il voit décoller les avions, il se rêve en cador des blocs opératoires. Le PDG de Ceraver, dont les prothèses de hanche, de genou et d’épaule made in France ont plutôt bonne réputation, est certain, en ce printemps 2011, que sa nouvelle prothèse de hanche, l’« Actisurf », mise au point par une chercheuse du CNRS avec laquelle il s’est associé, va révolutionner la médecine. Terminées les reprises d’opération pour cause d’infection. Pour la première fois, un moyen a été trouvé pour que les bactéries, ces bêtes noires des chirurgiens, ne collent pas à la tige implantée dans le corps du patient.

 

Les études réalisées sur des lapins sont bonnes, les greffes sur les brebis concluantes, lui a expliqué la professeure Véronique M., du laboratoire de Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis. Voilà plus de vingt ans que cette ingénieure en matériaux travaille à recouvrir une prothèse en titane d’un film antibactérien. Une fois les derniers tests sur animaux effectués, les essais cliniques sur l’homme vont pouvoir débuter. Mais le patron de Ceraver ne l’entend pas de cette oreille. Ses concurrents américains et européens lorgnent sur le brevet, il ne faut pas traîner.

 

Daniel Blanquaert sait déjà à qui il va proposer une première mondiale : au professeur Alain Lortat-Jacob, le pape des infections ostéo-articulaire, longtemps chef de service de l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Son nom, associé à celui de l’entreprise, c’est le succès assuré. Lorsque Daniel Blanquaert l’a appelé pour lui dire qu’« il serait bien qu’[il] pos[e] la première » prothèse, le chirurgien s’est bien douté « que sur le plan administratif, ça frottait un peu sur les bords », a-t-il reconnu au cours de son audition devant les enquêteurs, dont Le Monde a pris connaissance. Mais il a « la certitude » que les patients ne courent aucun risque. Il y a juste un détail : il part bientôt à la retraite, il faut donc faire vite.

 

Des essais cliniques sauvages la suite ICI 

 

"Implant Files" : des chirurgiens orthopédiques corrompus par des fabricants de prothèses ICI  

 

"Implant Files" : comment le géant américain des technologies médicales s'implante dans les hôpitaux français

 

Medtronic, leader mondial de la fabrication de dispositifs médicaux, fournit gratuitement des salles d’opération de haute technologie ou prête du personnel. L'enquête de franceinfo montre que des contreparties existent bien.  ICI

 

 Tout va donc bien dans le meilleur des mondes…

 

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 06:00
« Ce chacun pour soi, je l’observe aujourd’hui, où l’on peut avoir les pires conflits avec des gens dont on était proche dix ans plus tôt. Et cela ne peut qu’être aggravé par les réseaux sociaux qui sont, pour les intellectuels, la communauté de la peur. » Elisabeth Badinter.

Je tiens le coup.

 

Je continue d’observer les réseaux sociaux, twitter, face de bouc, sans me livrer aux outrances des commentaires de certains de mes « amis ».

 

De la violence, de l’invective, du parti pris, des œillères, le cul sur leur chaise, face à leur écran certains déversent le trop-plein de leur aigreur, de leur vie riquiqui, grand bien leur fasse mais ça a pour moi un effet bénéfique : je ne les fréquente plus physiquement, n’ayant nulle envie de mettre un mouchoir hypocrite sur ce que je pense d’eux.

 

L’irruption du mouvement des gilets jaunes, via les réseaux sociaux, est la traduction de cette violence d’abord verbalisée puis déversée dans la rue.  Il suffit d’écouter ce que ceux qui s’expriment disent, c’est très souvent radical (j’exclue bien sûr les professionnels de la violence situés aux deux extrêmes). Des victimes me rétorquera-t-on ! Peut-être, mais ce sont eux qui le disent, qui est en capacité de le vérifier ?

 

Malheureusement pas les journalistes qui leur tendent leur micro, leurs boss leur demandent du sang et des larmes pour doper l’audience.

 

Les politiques ?

 

Eux, ça apporte de l’eau à leur moulin, si le petit peuple souffre, descend dans le rue, ce qu’ils n’arrivent plus à faire faire, ça alimente leur rêve de contraindre le pouvoir en place à leur laisser la place. Pourquoi pas ! Mais, à qui fera-t-on croire que leur arrivée aux responsabilités va, comme par magie, changer la vie des gens.

 

C’est une escroquerie intellectuelle, un cartel des non, hétéroclite, bourré de contradictions, débouche soit comme en 1981 à un reniement ou comme chez nos voisins italiens à une politique d’exclusion, de fanfaronnade, qui débouchera sur rien de bon pour le peuple.

 

Reste les intellectuels, ceux que l’on considérait comme tel, pas les usurpateurs qui s’autoproclament pour faire prospérer leur fonds de commerce.

 

Étant abonné au journal Le Monde je vous livre la salutaire réflexion d’Elisabeth Badinter.

 

Je le fais comme autrefois je passais mon journal papier à des amis pour qu’ils lisent un article qui avait retenu mon attention. Foin du copyright, j’ai payé et je dispose de ce que j’ai acheté.

 

Elisabeth Badinter : « Je ne pense pas qu’on puisse parler librement sur Internet »

 

La philosophe, dont « Les Passions intellectuelles » paraissent en un volume, évoque la violence des réseaux sociaux, qui contraste avec l’idéal de rationalité des Lumières.

Propos recueillis par Jean Birnbaum

 

Les Passions intellectuelles, d’Elisabeth Badinter, Robert Laffont, « Bouquins », 1 216 p., 32 €.

 

Sous le titre Les Passions intellectuelles, les éditions Robert Laffont font paraître un volume de la collection « Bouquins » qui regroupe les trois beaux essais consacrés par Elisabeth Badinter à l’effervescence du XVIIIe siècle et des Lumières. C’est l’occasion d’interroger la philosophe sur la vie des idées et son évolution.

 

  • Voilà plus de quinze ans qu’est paru le premier tome de votre trilogie. Que vous inspire cette réédition dans le contexte actuel ?

 

Cela me fait plaisir car je pense, peut-être naïvement, que nous avons un besoin fou de rationalité. Le combat des philosophes du XVIIIe siècle, c’était quand même celui de la rationalité ­contre les superstitions. A une époque où l’irrationnel prend une place immense dans notre vie sociale et intellectuelle, revenir à ce combat me semble un geste opportun, peut-être beaucoup plus encore qu’au moment où j’ai publié ces textes pour la première fois.

 

  • « Les intellectuels ont changé de maître, mais pas d’esclavage », écriviez-vous à la fin du troisième tome des « Passions », pour expliquer que les clercs obéissaient de moins en moins au roi et de plus en plus à l’opinion. A qui obéissent les intellectuels aujourd’hui ?

 

Aux réseaux sociaux ! Tout le monde en a peur. Moi je n’y suis pas, je tiens à ma tranquillité et je crains de me prendre au jeu, mais j’entends ce qu’on dit et je lis ce qu’en raconte la presse. Il y a des sujets qu’on aborde à peine, sur la pointe des pieds. En ce qui concerne #metoo et #balancetonporc, j’ai été impressionnée par le silence de féministes historiques, parfois fondatrices du MLF, qui n’étaient pas d’accord avec la façon dont la parole se ­libérait, interdisant toute nuance, toute objection… mais qui avaient si peur ­qu’elles se sont tues. Les réseaux sociaux ont doublé le pouvoir d’une opinion publique qui est libre de dire ce qu’elle veut, mais qui est souvent peu nuancée, peu avertie et d’une violence inouïe. Jamais la presse ou les médias en général n’ont eu une telle puissance d’intimidation.

 

On peut critiquer autant qu’on veut la tribune parue dans Le Monde sur #metoo signée, notamment, par Catherine Deneuve. Il reste que ce qui s’est passé est incroyable : elle est devenue une cible mondiale. L’opinion publique du XVIIIe siècle, la doxa, respectait les savants, les philosophes, et elle était limitée. C’était déjà une menace indirecte pour la pensée, la critique, mais ce n’était rien du tout à côté de ce qui se passe au­jour­d’hui : personne n’a envie de se faire écraser sous les insultes de millions de gens. Ce pouvoir des réseaux sociaux, je le ressens paradoxalement comme une censure !

 

  • « On est bien seul : j’ai un tel besoin de “communauté” », écrivait Mauriac dans une lettre à Jacques Maritain. Les intellectuels ne sontils pas d’autant plus intimidés par les réseaux qu’ils sont travaillés, dans leur solitude, par un désir de « communauté » ?

 

Je crois qu’il faut distinguer entre les ­intellectuels reconnus par l’opinion publique et la jeune classe des intellectuels. Au départ, quand on est Diderot, Rousseau, d’Alembert, et qu’on déjeune chaque semaine à l’Hôtel du Panier fleuri, on forme une amicale communauté. Mais quand les mêmes émergent au regard de l’opinion publique, alors le groupe éclate, parce que les rivalités prennent le dessus. Et là on est seul. Chez les intellectuels, le sentiment communautaire ne dure pas. Ce chacun pour soi, je l’observe aujour­d’hui, où l’on peut avoir les pires conflits avec des gens dont on était proche dix ans plus tôt. Et cela ne peut qu’être aggravé par les réseaux sociaux qui sont, pour les intellectuels, la communauté de la peur.

 

Sur Twitter, au fil des années, les ­choses se sont durcies, au point que chacun semble fuir la discussion loyale et désirer des ennemis plutôt que des contradicteurs. Assiste-t-on, en retour, à une « twitterisation » du débat intellectuel ?

 

Je n’ai pas l’impression que les relations entre intellectuels ont fondamentalement changé depuis vingt ans. Oui, il y a une sorte de distance que l’on met entre soi et les autres, mais je n’ai pas le sentiment qu’on les traite en ennemis. Peut-être même les intellectuels vont-ils retrouver un sentiment communautaire grâce à l’hostilité des réseaux sociaux ? Si nous faisons l’objet de la détestation générale, cela peut remettre un peu de vie entre nous ! Les intellectuels pourraient régresser de six ou sept siècles, et retrouver la vie des clercs qui s’expliquaient ­entre eux dans les couvents, sans que personne d’autre intervienne. On ­continuera de réfléchir, on échangera, on fera des colloques, on s’engueulera, mais on sera entre nous. Je reste donc relativement optimiste : la vie intellectuelle, c’est un choix, un plaisir, une douleur, mais c’est aussi un besoin, et même si cela doit redevenir l’expérience d’un microcosme coupé du monde extérieur, rien ne pourra la faire cesser.

 

Au XVIIIe siècle, le champ intellectuel était déjà un champ de bataille. ­Voltaire évoquait la « guerre des rats et des grenouilles », selon une formule qui parlera sans doute à quiconque fréquente les réseaux sociaux…

 

Mais le facteur important, c’est le nombre. Oui, à l’époque des philosophes, il y avait des clans politiques ennemis, on ­représentait Rousseau à quatre pattes en train de manger des salades, c’était violent, et Twitter représente sans doute la radicalisation de tout cela. Mais à l’époque cela concernait un microcosme. La quantité de haine personnifiée, cela change les choses. Si cette tendance ­twitteuse l’emportait aujourd’hui, ce ­serait la fin de la réflexion et de la ­connaissance hors des couvents ! En même temps, là encore, je reste assez optimiste : ce faux savoir, ces provocations, cette haine… on en a déjà assez, on va se lasser de tout ça, j’espère.

 

  • Les correspondances ont toujours été fondamentales pour la vie ­intellectuelle. Que deviennent-elles à l’ère numérique ?
  •  

C’est une source de savoir qui est aujourd’hui coupée, car on ne s’écrit plus de lettres. Les courriels, on les supprime, ou ils s’effacent, et puis ça va vite. Les lettres de philosophes que je cite dans mes livres pouvaient faire huit, quinze, vingt pages, assez pour exprimer un raisonnement. Si la correspondance est fondamentale pour la vie intellectuelle, c’est que, en général, la censure ne s’y exerce pas, on peut y ­exprimer toutes ses pensées. Et j’ai remarqué quelque chose : dans les correspondances du XVIIIe siècle, même les gens très collet monté, un scientifique comme Réaumur par exemple, finissent toujours par se lâcher, et donc par éclairer quelque chose de leur personnalité.

 

Aussi les correspondances régulières sont-elles la source d’une connaissance approfondie des destinataires, et de ­controverses fécondes. On n’est pas inquiet et même si on a tort parfois, on estime qu’on peut parler librement. Or je ne pense pas qu’on puisse parler librement sur Internet. Moi, je n’ai jamais participé à une polémique intellectuelle par courriel ! D’ailleurs, je n’entretiens aucune correspondance digne de ce nom par courriel. Quand j’écris une lettre, je suis plus confiante. Pas vous ?

 

Rien n’est moins intellectuel que le mot « intellectuel », tel qu’on l’applique aux interventions des écrivains et théoriciens dans la vie publique. Ses usagers sortent rarement d’une mise en scène répétitive de l’affrontement des opinions, avec, à défaut de ­pensée critique, la morale pour arbitre. Comment y échapper, comment traiter de la réalité de l’engagement intellectuel sans devenir le singe plus ou moins savant des « débats de société » qu’on restitue ? En reconnectant justement les positions et les textes à la société dont ils émanent, répond ­Gisèle Sapiro dans tous ses essais, depuis La Guerre des écrivains. 1940-1953 (Fayard, 1999).

 

Cette entreprise de réévaluation sociologique de l’histoire littéraire s’amplifie encore dans Les Ecrivains et la politique en France, qui systématise, à partir des concepts forgés par Pierre Bourdieu (1930-2002), la corrélation entre la place des écrivains dans des « champs » politiques et littéraires structurés par les rapports de « domination », et leurs modes d’intervention – de la fin du XIXe siècle aux débats sur la décolonisation. Avec un art virtuose du changement de focale, qui lui permet de mêler aperçus biographiques, histoire intellectuelle et lecture serrée des œuvres, la sociologue met en question les notions de droite et de gauche littéraires, analyse les évolutions historiques, observe la manière dont les textes construisent des visions du monde. Elle n’échappe pas toujours, à son tour, à une forme de schématisation mais livre une nouvelle fois un stimulant exercice de décrassage de nos idées sur la vie des idées. Florent Georgesco

 

Jean Birnbaum

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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 06:00
Alors que le storytelling est décrédibilisé les conseils du vin exhortent les vignerons : nous écrirons votre histoire ainsi vous attirerez des clients, des œnotouristes, et vous vendrez mieux vos vins…

L’œnotourisme, c’est le nouvel eldorado des vignerons, je crois même qu’il y a un Conseil Supérieur de l’œnotourisme présidé par un ancien Ministre en déshérence, récemment les aînés, comme on disait au temps de la JAC, les VIF ont même colloqués sur le sujet et les gamins-gamines ont fait joujou, en Val de Loire, sur le thème, aux frais de la princesse, ça s’appelle Vinocamp.

 

Tous psalmodient, à l’attention de ces pauvres vignerons, « il vous faut écrire votre histoire pour la raconter à ces braves gens qui vont venir vous voir dans le fin fond de votre campagne… », sous-entendu « comme vous n’êtes pas foutu de le faire, nous l’écrirons à votre place… »

 

Ce concept d’œnotourisme apparu sous l’action de Paul Dubrule, l’un des fondateurs du groupe Accor, aujourd’hui propriétaire de vignes en Luberon, relevait de ce cher Monsieur Jourdain pratiquant la prose sans le savoir. Bref, dans une petite chronique 16 mai 2009 je m’amusais :

 

Le maire de «Losse-en-Gelaisse» à l’attention de Mr Paul Dubrule président du Conseil Supérieur de l’Œnotourisme

 

« … et, je sens que le moment est venu d’attirer le tourisme dans notre région en utilisant nos ressources naturelles qui sont : notre absence totale d’organisation, notre réelle inefficacité et notre profonde apathie. » (photo titre)

 

Et le puis le 17 août 2009 je passais à l’attaque :

 

L’excès d’œnotourisme me saoule

 

« Dans le TGV du retour de Vinexpo je feuilletais le magazine papier glacé que nous propose la SNCF dans ses TGV lorsque mon regard est tombé sur le titre alléchant, très Libé de la grande époque, de la rubrique Bouche à Bouche : « L’œnotourisme n’est pas un vin mot ». Je me suis dit bonne pioche : le bon peuple voyageant dans ce fleuron de la technologie française va être alléché par des propositions de visites dans notre beau vignoble, que le monde entier nous envie comme le dit notre grand expert de la JV, avec ses châteaux, ses clos, ses domaines, ses mas … et patati et patata…

 

L’entame de l’article me laissa pantois : « Le vin n’est pas seulement une boisson de la vigne. Il peut être un but de voyage. C’est semble-t-il, ce qu’un nombre croissant d’acteurs de la filière découvre en ce moment. Poussé par la crise du vignoble hexagonal mis à mal par la concurrence des vins étrangers, le concept d’œnotourisme se développe. »

 

La suite ICI

 

Donc l’œnotourisme est tendance, pourquoi pas, mais ce que j’écrivais en 2009 reste toujours d’actualité pour le plus grand nombre de vignerons.

 

Alors, celles et ceux qui vivent du conseil à ces pauvres vigneronnes et vignerons désarmés dégainent leur arme secrète : le storytelling.

 

Qu’est-ce que le storytelling ?

 

Toujours avec quelques longueurs d’avance le 7 novembre 2007 je pondais une chronique

 

Le monsieur Jourdain du storytelling : c'est un peu moi !

 

Depuis 2001, sans le savoir, je fabrique des histoires et on me lit.

 

Rassurez-vous chers lecteurs, même si j'aperçois de mon balcon les hauts murs de l'hôpital Ste Anne, je ne suis pas encore atteint par un délire de prétention aiguë. Pour tout vous dire, je suis le premier étonné et pourtant, le premier symptôme de cet étrange manie, celle d'écrire, je l'ai constaté sitôt la publication de mon fichu rapport. L'ami Jean-Louis Piton, qui sait avoir la dent dure quand il le faut, m’avait dit au téléphone : « Ton rapport il ne ressemble à rien de connu... » et moi de répondre, « normal je l'ai écrit... » s'ensuivit un blanc au bout du fil - même si nous nous servions de portables - et moi d'enchaîner : « l'as-tu lu jusqu'au bout ? » la réponse fusa : « oui! » et de répondre : « c'était mon seul objectif, être lu ».

 

Mais me direz-vous, en quoi cette technique " apparue  aux Etats-Unis au milieu des années 1990, le « storytelling » ou l' « art de raconter des histoires » est-elle nouvelle ?

 

C'est tout simplement parce qu' « elle a été déclinée partout depuis sous des modalités de plus en plus sophistiquées, dans le monde du management comme celui de la communication politique. Elle mobilise des usages du récit très différents, du récit oral tel que le pratiquaient les griots ou les conteurs jusqu'au digital storytelling, qui pratique l'immersion virtuelle dans des univers multi sensoriels et fortement scénarisés » in Storytelling de Christian Salmon éditions La Découverte.

 

 

 

Certains d'entre vous vont sourire, le récit est aussi vieux que le monde, comme Roland Barthes l'écrivait « sous ses formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l'histoire même de l'humanité... »

 

J'en conviens aisément mais c'est qui est nouveau, comme l'écrit Ch. Salmon c'est l'ampleur du phénomène et surtout par son utilisation comme « une technique  de communication, de contrôle et de pouvoir [...] Popularisé par le lobbying très efficace de nouveaux gourous, le storytelling management est désormais considéré comme indispensable aux décideurs, qu'ils exercent dans la politique, l'économie, les nouvelles technologies, l'université ou la diplomatie. »

 

 Et d'ajouter :

 

« Les grands récits qui jalonnent l'histoire humaine, d'Homère à Tolstoï et de Sophocle à Shakespeare, racontaient des mythes universels et transmettaient les leçons des générations passées, leçons de sagesse, fruit de l'expérience accumulée. Le storytelling parcourt le chemin en sens inverse : il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l'espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l'expérience passée, il trace les conduites et oriente les flux d'émotions. Loin de des "parcours de la connaissance" que Paul Ricœur décryptait dans l'activité narrative, le storytelling met en place des engrenages narratifs, suivants lesquels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles ».

 

Ce même Christian Salmon vient d’écrire Sous le storytelling, la spirale du discrédit ICI 

 

Vous pourrez lire l’article gratuitement en vous inscrivant à la revue AOC

 

Extraits

 

Inconnu il y a dix ans cet anglicisme qui signifie l’art du récit, pour lequel on ne trouvait sur le web en français que deux occurrences, est devenu en une décennie la clef des discours politiques, un cliché du décryptage médiatique, le nouveau credo du marketing, une boussole pour naviguer sur les réseaux sociaux, une injonction de la mode… Longtemps considéré́ comme une forme de communication réservée aux enfants dont la pratique était cantonnée aux heures de loisirs et l’analyse aux études littéraires (linguistique, rhétorique, grammaire textuelle, narratologie), le storytelling a connu en Europe comme aux États-Unis un surprenant succès qu’on a pu qualifier de triomphe, de renaissance ou encore de « revival ». Toute chose en ce monde, hommes et marchandises, sujet ou objet, apparaissait soudain porteur d’une histoire, personnage d’une intrigue.

 

La capacité à structurer une vision politique en racontant des histoires devenait la clé de la conquête du pouvoir et de son exercice.

 

Le « storytelling » quittait le domaine enchanté du récit littéraire ou des contes pour enfants pour se répandre dans les entreprises, les agences de publicité les médias, les réseaux sociaux. L’art du récit n’était plus réservé aux romanciers ou aux scénaristes, il inspirait le néo-management, le marketing, la communication politique, les jeux vidéo sérieux (« serious games »), la diplomatie publique et jusqu’à l’entraînement des militaires. Dans des sociétés hypermédiatisées, parcourues par des flux continuels d’informations, la capacité à structurer une vision politique non pas avec des arguments rationnels et des programmes, mais en racontant des histoires devenait la clé de la conquête du pouvoir et de son exercice. Un conseiller en communication en fonction sous Nicolas Sarkozy m’avouait récemment dans les coulisses d’une émission de La Chaîne parlementaire consacré au storytelling combien le livre publié à La Découverte avait inspiré la communication de Nicolas Sarkozy pendant son mandat. Mais il ne fut pas le seul, loin de là. Toute la classe politique s’est peu à peu convertie à la nouvelle religion du storytelling et ceux qui comme François Hollande tentèrent d’y résister en s’essayant à un mandat sans récit furent rapidement rappelés à l’ordre et durement sanctionné par les sondages.

 

Mais le succès du storytelling ne s’est pas limité à la sphère médiatique et politique. Que vous vouliez mener à bien une négociation commerciale ou faire signer un traité de paix à des factions rivales, lancer un nouveau produit ou faire accepter à un collectif de travail un changement important, y compris son propre licenciement, concevoir un jeu vidéo « sérieux » ou soigner les traumas post-guerre des GI’s, le storytelling apparaissait comme une panacée, une réponse à la crise du sens dans les organisations et un outil de propagande, un mécanisme d’immersion et l’instrument du profilage des individus, une technique de visualisation de l’information et une arme redoutable de désinformation. Mêmes les narratologues et les théoriciens du récit se réjouissaient de voir leur sujet d’études coloniser de vastes domaines du discours et de la parole publique, indifférents ou aveugles aux effets corrosifs de cet usage excessif de la narration en lieu et place de l’argumentation.

 

Le mot même de « storytelling » se trouvait connoté par ces usages instrumentaux du récit. Il s’enveloppait d’une aura de mystère. On lui prêtait des pouvoirs magiques. Il finit par muter en une sorte d’assomption médiatique mise à toutes les sauces, comme équivalent général de toutes les pratiques sociales, unité de compte de l’économie discursive, ou source de légitimation, la raison d’une époque, ou sa pensée magique. Nouveau sésame d’un monde désorienté, le « Storytelling » devint la formule magique capable de fluidifier, d’orienter, de canaliser les pratiques.

 

Point crucial

 

L’essor du storytelling ressemble donc à une victoire à la Pyrrhus, obtenue au prix de la banalisation du concept même de récit et de la confusion entretenue entre un véritable récit (narrative) et un simple échange d’anecdotes (stories), un témoignage et un récit de fiction, une narration spontanée (orale ou écrite) et un rapport d’activité. La promiscuité même de l’idée de récit a creusé sa propre tombe. Le « tout storytelling » a produit le discrédit de la parole publique. L’explosion d’Internet et des réseaux sociaux après avoir créé un environnement favorable à la production et à la diffusion des histoires a produit une sorte d’incrédulité généralisée, de soupçon. De même que l’inflation monétaire ruine la confiance dans la monnaie, l’inflation d’histoires a ruiné la confiance dans le récit et dans son narrateur.

 

Conclusion : chères vigneronnes, chers vignerons, ne confiez pas votre plume à des fabricants d’histoire, ils vous vendront du baratin, du copié-collé, du formaté, rien de bien original, si vous souhaitez vous investir dans les réseaux sociaux, soyez vous-même, simplement, soyez nature, la spontanéité, la fraîcheur valent mieux que du préemballé.

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 06:00
Les gilets jaunes sont les symptômes du mauvais état d’une part du tissu social de la France mais il serait vain de croire que le pouvoir dispose à court terme des moyens de le ravauder…

Commençons par une analyse qui me semble mesurée et pertinente : 

La couleur des gilets jaunes

par Aurélien Delpirou , le 23 novembre

 

Jacquerie, révolte des périphéries, revanche des prolos… Les premières analyses du mouvement des gilets jaunes mobilisent de nombreuses prénotions sociologiques. Ce mouvement cependant ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales.

 

La mobilisation des gilets jaunes a fait l’objet ces derniers jours d’une couverture médiatique exceptionnelle. Alors que les journalistes étaient à l’affut du moindre débordement, quelques figures médiatiques récurrentes se sont succédé sur les plateaux de télévision et de radio pour apporter des éléments d’analyse et d’interprétation du mouvement. Naturellement, chacun y a vu une validation de sa propre théorie sur l’état de la société française. Certains termes ont fait florès, comme jacquerie — qui désigne les révoltes paysannes dans la France d’Ancien Régime — lancé par Éric Zemmour dès le vendredi 16, puis repris par une partie de la presse régionale [1]. De son côté, Le Figaro prenait la défense de ces nouveaux ploucs-émissaires, tandis que sur Europe 1, Christophe Guilluy se réjouissait presque de la fronde de « sa » France périphérique — appelée plus abruptement cette France-là par Franz-Olivier Giesbert — et Nicolas Baverez dissertait sur la revanche des citoyens de base.

 

Au-delà de leur violence symbolique et de leur condescendance, ces propos répétés ad nauseam urbi et orbi disent sans aucun doute moins de choses sur les gilets jaunes que sur les représentations sociales et spatiales de leurs auteurs. Aussi, s’il faudra des enquêtes approfondies et le recul de l’analyse pour comprendre ce qui se joue précisément dans ce mouvement, il semble utile de déconstruire dès maintenant un certain nombre de prénotions qui saturent le débat public. Nous souhaitons ici expliciter quatre d’entre elles, formalisées de manière systématique en termes d’opposition : entre villes et campagnes, entre centres-villes et couronnes périurbaines, entre bobos et classes populaires, entre métropoles privilégiées et territoires oubliés par l’action publique. À défaut de fournir des grilles de lecture stabilisées, la mise à distance de ces caricatures peut constituer un premier pas vers une meilleure compréhension des ressorts et des enjeux de la contestation en cours.

 

La suite ICI 

 

Michèle Cotta, analyste pertinente du vieux monde politique, dans une chronique titrée Gilets jaunes : la nouvelle donne politique, met le doigt sur le désarroi du pouvoir :

 

Mobilisation, sociologie... Tout est inédit dans ce mouvement social, qui a échappé à tous les partis, mais aussi aux syndicats. ICI 

 

J’ajouterai nos inutiles sénateurs, soi-disant sont les représentants des territoires ruraux, confits dans leur Palais du Luxembourg, gavés de privilèges et de prébendes, qui n’ont, depuis des décennies, laissé cette France dites périphérique se vider, se déchirer, pire certains maires y ont mis la main en favorisant l’implantation de zones commerciales qui ont vidé les centres des villes moyennes et tué le commerce de proximité des bourgs ruraux.

 

Mais exonérer totalement de toute responsabilité les habitants de ces zones serait réducteur, en effet le « tout bagnole », en dehors de la pure nécessité pour des raisons professionnelles, a accéléré le mouvement, condamné les petites lignes de chemin de fer et de cars, fait fuir boulanger, épicier, boucher…

 

Cependant, comme l’écrit, Xavier Alberti, Avant qu’il ne soit trop tard, se contenter de pointer du doigt, d’analyser, souvent avec des œillères, le parti-pris de son idéologie, les causes du malaise, ne débouche sur rien de concret.

 

C’est à dessein que j’ai utilisé le verbe RAVAUDER.

 

Raccommoder à l'aiguille, rapiécer, repriser de vieux vêtements. Ravauder des chaussettes.

 

« Sa mère tôt veuve, lavant et ravaudant le linge des commères dans sa pauvre chaumine » Bernanos, Imposture, 1927, p. 364.

 

« Trois sœurs, destinées, non seulement à enseigner à lire, à écrire aux jeunes paysannes (...) mais encore à coudre, à tricoter, à ravauder, à rapetasser » Fabre, Courbezon, 1862, p. 47.

 

Raccommoder, rapiécer, ravauder, rapetasser… c’est l’ancien monde, celui de ma mémé Marie, aujourd’hui on jette, on rachète, on gaspille, on veut du tout préparé.

 

Nos politiques, aussi bien ceux, aux extrêmes, qui soufflent sur les braises en espérant tirer les marrons du feu, que ceux qui ont longtemps tenus les manettes du pouvoir et qui sont amnésiques, gourmands qu’ils sont de les reprendre, que ceux qui sont en charge des responsabilités et qui n’ont pas su maîtriser leur victoire.

 

À force de voter, depuis des décennies, pour des promesses non tenues beaucoup ne votent plus et maintenant descendent dans la rue avec pour seul point commun, ou presque, un gilet jaune et des refus.

 

« Pour ce qui est de notre environnement social, les signaux sont plus faibles en apparence mais ils sont bien là. L’accaparement du pouvoir, des ressources et des richesses, par une aristocratie qui ne dit pas son nom, ainsi que l’illisibilité de modèles technocratiques hors sols et l’empilement depuis des décennies de politiques publiques inefficaces, ont poussé les opinions à se retrancher et à revenir sur leurs bases arrières, celles de l’identité et de sa défense. Ce retranchement se traduit dans les urnes du monde occidental depuis plus de 10 ans et commence désormais à porter au pouvoir de grandes démocraties, des gouvernements ouvertement identitaires et nationalistes.

 

En France, la dernière élection présidentielle a offert, en guise de fin de non-recevoir à la classe dirigeante en place jusqu’à présent, une surprise démocratique et progressiste, un Président jeune, inattendu et déterminé. Pourtant, quel que soit son talent, son empressement a vite donné le tournis et a rendu son projet illisible à une bonne partie des Français pendant que son parler cash finissait de creuser le fossé qui séparait déjà le peuple et ses dirigeants. Son intention était sans doute bonne, la perception est néanmoins désastreuse. Pendant ce temps, les nationalistes français continuent  inexorablement de se nourrir du déclassement social ou de la précarité qui fragilise et qui pousse à vouloir se protéger, de tout et de tous.

 

C’est dans ce contexte que surgissent çà et là des initiatives plus ou moins structurées, qui témoignent d’un ras-le-bol qui se nourrit de tout et de rien. Ainsi, les  Gilets Jaunes ne sont-ils que la manifestation visible d’un mouvement social profond par lequel les populations qui subissent les violences économiques depuis des décennies, convergent finalement vers le plus petit dénominateur commun, la recherche de l’ennemi. C’est ainsi, et ça l’a souvent été dans l’Histoire moderne de notre continent, que le ras-le-bol mène à la colère et que la colère mène à la détestation… Aujourd’hui cette détestation n’habite pas chaque protestataire mais elle se lit, sur quelques barrages, dans quelques manifestations, dans quelques scrutins, dans quelques quartiers, dans beaucoup de sondages et évidemment, sur les réseaux sociaux, véritables caisses de résonance de la haine ordinaire.

 

Ainsi, loin de se satisfaire d’une simple revendication sur la taxe carbone, les gilets jaunes ont-ils rapidement emprunté les chemins qui mènent à l’opposition de classes ou de castes avant de se retrouver sur l’essentiel, la détestation, des politiques bien sûr, mais aussi des banquiers, des bourgeois, des bobos, des technos, des journalistes, des urbains, des homos, des Frangins, des juifs, des musulmans et bien sûr des migrants… On pourrait facilement se dire que dans nos sociétés pacifiées, ces mouvements naissent, s’agitent et disparaissent comme nombre de ceux qui leur ont précédé. Mais voilà, un jour, la détestation devient majoritaire, alors vient la violence. »

ICI 

 

Tout comme pour le tissu des banlieues déglinguées, celui de ces zones rurales délaissées, de ces citoyens qui se sentent ou se disent marginalisés, la seule délivrance d’une ordonnance vite fait bien fait sur le gaz, comme chez son médecin généraliste, ne suffira pas, elle ne fera qu’atténuer les symptômes sans s’attaquer au fond.

 

La détestation de Macron n’est qu’un exutoire qui ne fera pas long feu même si celui-ci, enfermé dans sa tour d’ivoire, trop inféodé aux analyses de la haute-fonction publique de Bercy, très éloigné de la méthode Rocard, a généré la mèche lente.

 

70 % des Français disent soutenir le mouvement des gilets jaunes mais reste bien au chaud pendant que la piétaille forme des barrages dans toute la France, envahit les parkings de la GD, défie le pouvoir sur les Champs Elysées.

 

C’est la révolte par procuration, la pétition en ligne un clic et c’est tout…

 

Tout et le contraire de tout, le refuge du virtuel, le miel des chaînes dites d’infos, l’audience, la consommation toujours la consommation… ICI BFM, UN LYNCHAGE PAR LE SIMPLE SILENCE 

 

Allons-nous faire nôtre cette citation attribuée à Félix Houphouët-Boigny :

 

« Nous étions au bord du précipice et nous avons fait un grand pas en avant ! »

 

Allons-nous confier notre sort à un pouvoir qui se dira fort ?

 

À force de dégager la volaille politique qui restera-t-il ?

 

Je n’ai pas de solutions clé en mains dans ma boîte à outils car c’est nous tous qui sommes la solution, car à des degrés divers nous sommes le système vilipendé.

 

Nos gilets jaunes sont nés sur le Net au travers d’outils érigés par les GAFA, ce ne sont pas tout à fait des gueux, des laissés pour compte, on les qualifie de Français moyen et, ne leur en déplaise, leurs revendications sur les taxes, le plus d’Etat, de services publics chez eux, ne seront que des cautères sur des jambes de bois.

 

Que faire ?

 

C’est notre défi.

 

Le défi du vivre ensemble qui, pour être relevé, ne pourra être que refus, exécration, dégagisme brutal, mais acceptation du compromis collectif, d’un nouveau pacte.

 

Belles paroles me direz-vous, mais on a souvent reproché à Michel Rocard ses visions planétaires tout en se moquant de lui lors de son discours d’investiture :

 

« Repeindre les boites aux lettres et les cages d'escaliers ».

 

Rocard surprend par son « parler vrai » qui contraste avec les envolées lyriques de Pierre Mauroy en 1981 et le ton mesuré de Fabius en 1984 : c'est le « style Rocard », le « ton Rocard ». Le Premier ministre va jusqu'à prendre des accents de Martin Luther King : « Je rêve d'un pays où l'on se parle à nouveau, je rêve de villes où les tensions sont moindres (...) ».

 

« Accueilli sur certains bancs par des ricanements ou de la commisération, ce discours est prémonitoire », jugent Pierre Favier et Michel Martin-Roland. « Il prend la mesure d'un mal, celui des banlieues, qui peu à peu s'imposera à tout discours politique de droite ou de gauche ». Le deuxième sujet, plus technique, présente les principales mesures sociales envisagées par le gouvernement Rocard, notamment le RMI et l'impôt de solidarité sur la fortune.

 

Embrasser d’un même mouvement l’infiniment petit du quotidien et les grands défis du monde, ravauder le tissu social tout en assumant les désordres du monde.

 

Ce n’est pas une mince affaire, vaste programme, mais j’ai du mal à croire que nous relèverons ces défis en confiant notre destin à la rue car l’Histoire nous enseigne où l’aventure se termine. Prenons notre destin en mains, l’intelligence n’est pas le monopole de quelques-uns, commençons par balayer devant notre porte avant de demander aux voisins de le faire. Sortir de l’aquoibonisme tout en exigeant de ceux qui nous gouvernent, qui tiennent les rênes de l’économie de donner l’exemple, je suis vieux jeu  je crois dur comme fer à la vertu de l’exemple.

 

Pour finir, un point de vue francophone :

Gilets jaunes et cols blancs ICI 

MIS EN LIGNE LE 25/11/2018 À 06:00      PAR VINCENT ENGEL

 

  

 

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 06:00
Charles Huard Bouvard et Pécuchet

Charles Huard Bouvard et Pécuchet

Que Basile Tesseron du château Lafont-Rochet déclare haut et fort, pour que ça se sache, à la RVF, qu’il abandonne la culture en bio de son vignoble car il estime que l’utilisation du cuivre est nocive, c’est son droit le plus strict, et pour ma part, comme le disait finement le Grand Jacques « cela m’en touche une sans faire bouger l’autre. »

 

Je n’ai donc pas participé à la foire d’empoigne qui s’en est ensuivie, petite tempête dans un petit verre d’eau sans grand intérêt sauf pour les supplétifs, le menu fretin de la critique, qui y a trouvé l’occasion de monter au créneau pour pourfendre les défenseurs du label Bio officiel déjà bien à la peine avec le renouvellement de l’homologation du cuivre par les instances communautaires.

 

La première charge que j’ai lue est celle hallebardier qui mange à tous les râteliers : Lundi 19 novembre 2018 Basile, le bio et la patrouille  ICI 

 

J’ai adoré ce passage :

 

Panique électronique

 

« Le plus ennuyeux, c’est que la charge est menée par trois vignerons que j’aime beaucoup, autant que leurs vins respectifs, c’est dire. Des garçons intelligents avec des vraies convictions et toute ma considération depuis longtemps. Pour ne pas déclencher une nouvelle panique, je ne mentionnerai pas leurs noms. Il suffit de savoir que l’un est le roi du bordeaux sup’ de haut vol, le second est le king du bio très bon à Pomerol et le troisième, la nouvelle étoile qui brille dans le ciel de Saint-Émilion. Ceux qui savent, savent. Évidemment, leur notoriété et la qualité de leurs productions respectives agrègent autour de leur avis, une foule d’indignés en chewing-gum qui y vont tous de leur aigreur et n’ont pas de mots trop forts pour qualifier les propos de Basile. Je comprends bien que ces garçons défendent leurs convictions, mais Tesseron ne les attaquait pas et ce qu’il dit est mesuré, intelligent, lisible. On peut certainement en débattre, sûrement pas lâcher les chiens. Je connais Lafon-Rochet et Basile depuis plus de dix ans et je l’ai toujours vu se passionner pour plus de propreté dans ses pratiques culturales. »

 

La conclusion de ce bel esprit est à la hauteur de qui se dit journaliste dans le monde du vin « il n’y a pas de quoi fouetter un chat et ceux que le sujet intéresse pour de vrai, comme moi, adorerait lire un vrai débat sur le sujet. Dommage, il n’a pas eu lieu. »

 

Engagez-le donc ce débat camarade ! Qu’est-ce qui vous en empêche ?

 

Et puis le 24 novembre 2018, alors que le gris du ciel et les gilets jaunes me maintenaient cloîtré chez moi je suis tombé sur un monument, que dis-je une pépite, un besogneux exercice d’un plumitif qui fait des phrases boursouflées, bardé d’une culture très Wikipédia. Le titre de ce plaidoyer :

 

De la légèreté des débats – le cas Lafon Rochet

 

Je vous laisse le soin de lire ce plaidoyer qui fleure bon le réquisitoire ICI mais je ne résiste pas au plaisir de citer la chute qui vire à la défense et illustration de l’auteur. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. En plus, pour une fois, c’est gratuit.

 

Quelle que soit la cause, l’idée ou la rengaine, n’est-il plus possible dans notre mondovino de dire les choses sans être conspué par la politique de la pensée, la Stasi vinaire, la bien-pensance oenophilie ? D’autant que les commissaires sont souvent les défenseurs d’une cause commerciale que la sainteté dans laquelle les ont drapés leurs thuriféraires aveugle bien des consommateurs plutôt sincères.

 

Que l’on soit pour le bio, ce qui semble être un mouvement de fond et totalement dans l’esprit du temps, ou contre le bio, ce qui en soit est respectable, peu importe. Le seul élément de discussion que nous devrions avoir est la qualité du vin, sa force, son impression, sa beauté. En se conspuant ainsi, les acteurs du monde du vin jouent le jeu des abstèmes de l’ANPAA qui doivent rire à gorge déployée et attendre sagement que les consommateurs, dégoutés par tant d’engeances, se tournent vers d’autres cultures vivantes.

 

J’ose à nouveau en guise de conclusion, mettre en avant les mots du poète romantique Heinrich Heine. À son ami qui lui demandait pourquoi l’on ne bâtissait plus d’édifices comme la cathédrale d’Amiens, il répondit : « dans ces temps-là, les gens avaient des convictions. Nous, les modernes, avons des opinions. Il faut plus que des opinions pour construire une cathédrale ».

 

En s’écharpant sur la toile, en dénaturant le propos d’autrui, en conspuant le camp adverse, en accusant qui de collusions, qui d’infatués publicitaires, nous nous apercevons que le mondovino est mu par des opinions de pensées aussi futiles et éphémères. Guidé par la pensée, par les opinions par nature éphémères, le débat est un encéphalogramme plat. C’est bien dommage. Alors que nous avons besoin de profondeur, nous nous satisfaisons de légèreté.

 

 

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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 06:00
« La 1er fois que j'ai entendu Maupassant interrompu par la sonnerie de Las Ketchup – et ouais, ça a été un jour à la mode, cette daube –, ça m'en a foutu un coup »

Jugez par vous-même 

Le français, notre belle langue, que le monde nous envie, surtout nos amis anglais, au même titre que nos beaux vins, lorsqu’elle s’encanaille, argot, verlan, sabir du neuf trois, langue du populo, s’aère, prend l’air de la rue, et permet de dire crument ce qui est cru, loin de l’aseptisation hypocrite du parler sous cellophane.

 

Des expressions comme « avoir bu l’eau des nouilles » ou « avoir les bonbons qui collent au papier » ou « je m’en beurre les noisettes »,  sont les dignes héritières d’un Boudard, d’un Audiard, d’un Dard, d’un Lebreton, d’un Simonin ou d’un Coluche. Je n’en use qu’avec parcimonie même si mes doigts sur le clavier de ma bécane à puces me démangent souvent. Je me réfrène mais de temps en temps je me laisse aller à être très bord-cadre.

 

L'ancien français "dauber" signifiait au sens propre "frapper", et au sens figuré : "se moquer, railler, dénigrer"

 

« Je les dauberai tant en toutes rencontres, qu'à la fin ils se rendront sages. » Molière, Critique de l'école des femmes

 

Revenons à cette pauvre daube qui depuis plus d’un siècle, ce nom a quitté les fourneaux pour désigner aussi de la camelote et que, depuis quelques années, il traîne aussi dans les cités pour stigmatiser des substances illicites, coupées, donc de très mauvaise qualité.

 

Daube : du chevalier au souper

 

« La cuisine catalane connut un vif succès dans l’Italie du XVIe siècle et influença plus particulièrement l’Italie du Sud. Les premières attestations de daube, en français, proviennent au XVIe siècle des Pays-Bas espagnols. On trouve, dès 1571, à la dobe dans un Menu d’un souper de noces lillois, puis, en 1599, en adobbe, sous la plume du Flamand Marnix de Sainte-Aldegonde, et en 1604, en adobe dans l’Ouverture de cuisine du cuisinier des princes-évêques de Liège, Lancelot de Casteau. En 1640, le dictionnaire italien-français d’Oudin glose dobba « sorte de viande, peut estre ce que nous disons, à la dobe ou daube. » C’est à Paris que le bœuf en daube est devenu l’un des plats les plus populaires.

 

C’est en catalan, dans la Blaquerna de Raymond Lulle, qu’apparaît pour la première fois le verbe adobar avec le sens de « préparer un aliment » ; il s’agit d’une extension au domaine culinaire de la « préparation » du chevalier : cet adoubement consistait en un coup de plat d’épée (francique dubban « frapper »)

 

En Catalogne et en Espagne, adob a désigné la marinade, et le mot s’est répandu en Italie au XVIe siècle : dobba, viande marinée apparaît en italien au milieu au milieu du siècle, et y demeure jusqu’au XVIIIe avant de devenir un régionalisme sicilien. On estime généralement que c’est l’Italie, plutôt que directement depuis l’Espagne, que le mot est passé en français. Sa trajectoire, depuis le domaine germanique du nord de l’Europe, au sens général de « préparation », avec son emploi dans la chevalerie, manifeste la circulation imprévisible des mots culturels. »

Marie-Josée Brochard Dictionnaire culturel en langue française Le Robert

 

Dans une chronique La daube de bœuf dite ‘de la Saint-André’ … et les autres

Blandine Vié pose la question :

 

Pourquoi « C’est de la daube ! » est-elle une expression argotique péjorative et méprisante ?

 

Une bonne daube, c’est pourtant chaleureux et régalant. Eh bien, eh bien, dans son « Dictionnaire des argots », Gaston Esnault explique que « daube » serait un mot d’origine lyonnaise pour dire gâté, appliqué à des fruits et à de la viande. Autrement dit, on faisait mariner la viande qui était un peu limite au niveau fraîcheur, histoire d’atténuer son côté sauvage voire faisandé.

 

Or, si l’on pousse plus loin, on apprend que le mot « daube » s’est d’abord orthographié « dobe » et qu’en italien, « dobba » signifie marinade. Tiens ! Tiens !

Comme quoi la cuisine est une alchimie parfois un peu trouble, ce que confirme le mot « marmite » dont le sens initial (il était alors adjectif) est… « hypocrite » ! C’est au XIVe siècle que l’adjectif est devenu nom et a pris une connotation culinaire, par allusion au fait qu’on peut faire mijoter bien des choses suspectes dans un chaudron muni d’un couvercle.

 

Bas-morceaux, morceaux choisis

 

« On peut braiser une pièce dans son entier (culotte par exemple ou épaule pour un agneau ou un gibier) ou la couper en gros cubes, le fin du fin étant de mélanger plusieurs morceaux — dits bas-morceaux (ce qu’on appelait les morceaux de 3ème catégorie dans les manuels de cuisine de nos grands-mères), c’est-à-dire situés dans la partie arrière de l’animal : culotte, tranche, gîte à la noix, jumeau, macreuse, paleron, basse-côte, galinette (très gélatineux) — pour avoir des textures différentes et une saveur finale plus riche, à la fois de la viande et de la sauce. Des morceaux nécessitant tous une cuisson longue pour être tendres. On peut même leur adjoindre des morceaux du cinquième quartier (on nomme ainsi tout ce qui dépasse de la carcasse et ce qui se trouve dans les entrailles), à savoir, dans le cas présent, joue et queue. »

 

La suite ICI 

 

 

Yves-Marie Le Bourdonnec : "Le black Angus, c'est de la daube !" ICI 

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