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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 06:00
Oublier Padern saison 2

« Depuis le début de leur liaison, trois ans plus tôt, c’est la première fois que Gaston Deferre, désobéit aussi effrontément au nouvel amour de sa vie. Edmonde et lui partagent beaucoup de passions, la poésie, la peinture, la littérature, l’opéra, le football, la politique, le pouvoir, l’ambition, mais pas la voile, en tout cas pas encore. »

 

Tel un vieil épagneul breton décati depuis que j’ai posé mon sac dans les Hautes Corbières grâce à Jean Héritier, d’abord à Cucugnan puis à Padern, je hume la trace des souvenirs d’un temps, si loin si près, cette étrange mission instiguée par Louis le Pensec : sauver le soldat VDN ! Clin d’œil au naturiste que je suis devenu : les seuls qualifiés de naturels ne le sont pas.

 

Sur la route qui mène de Paziols à Estagel lorsque nous franchissons la frontière entre l’Aude et les PO je sais que nous allons passer près du château de Jau, Bernard Dauré, Cases de Pêne, Perpignan, la Préfecture, le préfet Dartout, la salle Pams, la mairie nouveau fief d’Alliot où les Alduy Paul et Jean-Paul ont régné 50 ans. Nous poussons la porte d’une librairie et tels des Huns nous effectuons une razzia de livres. Parmi eux MAI 69 de Jean-Philippe Leclaire chez Fayard, celui que la Saporta n’a pas daignée me faire parvenir en service de presse.

 

C’est une uchronie qui place Gaston Deferre au centre d’une histoire rocambolesque dont je vous parlerai lorsque je pourrai écrire mes chroniques sur grand écran et non sur mon IPhone 

 

à sui

 

 

 

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 06:00
Oublier Padern

Elles arrivaient en provenance de Marseille St Charles entassées dans un TER version décentralisée d’un métro de la RATP aux heures de la transhumance des banlieusards opprimés.

 

Dans ma superbe Twingo noire ministérielle je longeais l’imposante façade post-soviétique du Palais du peuple lorsqu’une bouffée de souvenirs me submergea : le congrès de la FNSEA de 1984 où Rocard affronta crânement la provocation de François Guillaume : prononcer son discours face à un auditoire exhibant le Midi Libre déployé. Ironie de l’Histoire finalement ce fut Rocard qui gagna la partie.

 

Bref, face à la gare de la capitale du grand Gégé trouve tout du vin languedocien je les attendais pour déposer l’une à Embres et nous à Padern.

 

Les Hautes Corbières, la coopérative de Patrick HM, le café des Sports de Pierre Jancou et de la belle Jojo, et pourtant je pensais à Edmonde Charles Roux : Oublier Palerme…

 

à suivre

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 17:36

 

 

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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 06:00

 

Bien sûr, on peut toujours attendre de voir un film sur son écran plat vautré dans son canapé tout en sifflant des verres de vin nu, mais pour ceux qui font les films la sortie en salle est l’acte fondateur.

 

 

Pourquoi Clara a-t-elle été brûlée vive ?

 

Ce féminicide atroce dévore de l’intérieur son enquêteur, Yohan… Un récit d’une noirceur salutaire.

 

Qui a tué Clara ?

 

Où, quand, comment, on le sait déjà : elle a été brûlée vive, une nuit, dans une rue de la région grenobloise. Alors, qui ?

 

À cette question, Yohan, l’inspecteur de la police judiciaire chargé de l’enquête, n’aura jamais de réponse. On ne divulgâche rien en écrivant que La Nuit du 12 est un thriller sans coupable. Le film lui-même l’annonce dès l’ouverture, avec un carton précisant qu’environ 20 % des enquêtes criminelles menées par la PJ en France restent irrésolues. L’histoire du film, tirée d’un fait divers, est de celles-ci.

 

C’est l’une des plus belles audaces de Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien, Seules les bêtes) et de son coscénariste, Gilles Marchand, que d’assumer d’emblée leur film pour ce qu’il est. Non pas un polar tendu vers la résolution d’une énigme et la révélation de l’identité de l’assassin — au fil des interrogatoires de police, tous les amants de passage de Clara s’avéreront capables de l’avoir tuée — mais la recherche, sombre et tourmentée, du mobile du crime.

 

Pourquoi ?

 

Pourquoi tuer, qui plus est d’une façon aussi atroce, une jeune fille heureuse de vivre, de séduire, d’aimer ?

 

La question tourne en boucle dans le cerveau de Yohan comme lui, chaque soir, tourne en rond sur la piste du vélodrome.

 

L’horreur du féminicide ruine progressivement la santé mentale de ce chef d’équipe taciturne et rigoureux tout en le forçant à changer de prisme. Comme lors de cette scène décisive et poignante, au mitan du film : l’enquêteur interroge la meilleure amie de Clara sur les relations sexuelles de cette dernière. La réaction de la jeune fille l’ébranle profondément, l’obligeant soudain à prendre conscience des ambiguïtés de son point de vue masculin. Plus tard, c’est encore une femme, une jeune collègue cette fois, qui, en une phrase, fera vaciller d’autres certitudes. À commencer par la neutralité de sa position, celle d’un homme chargé d’arrêter d’autres hommes, coupables de violences sur des femmes.

 

Fusion du réalisme et de l’imaginaire

 

Allant bien au-delà de sa dimension de thriller psychologique, attaché à dépeindre avec une grande justesse la mécanique de l’obsession, le film dresse par petites touches le constat désespérant d’une police et d’une justice au fonctionnement constamment entravé. Faire marcher l’imprimante de la PJ ou obtenir le budget d’une mise sur écoute sont autant de micro calvaires quotidiens. Épuisants. Yohan et ses coéquipiers se retrouvent au chevet d’un service public que les coupes budgétaires successives ont rendu inapte à prendre en charge ce genre d’affaires. Dans ce système perverti, les bonnes volontés ne suffisent pas. Le manque de moyens et la surreprésentation masculine semblent se liguer pour que s’impose naturellement la conclusion suivante : si les femmes sont tuées, c’est peut-être, finalement, un peu de leur faute.

 

En s’inspirant du livre 18.3. Une année à la PJ, une enquête très documentée de la romancière Pauline Guéna, le cinéaste et son scénariste ont tablé sur la fusion du réalisme et de l’imaginaire. Et évité le piège du film à sujet. C’est précisément parce que les personnages ne sont jamais instrumentalisés ni dévitalisés que La Nuit du 12 touche aussi fort. Servi par Bastien Bouillon, enfin au premier plan, mais aussi par de magnifiques figures féminines (dont la juge, interprétée par Anouk Grinberg dans l’un de ses plus beaux rôles), le récit coule, noir et pénétrant. Suffocant mais salutaire.

 

La Nuit du 12 - film 2022 - AlloCiné

Notre critique de La Nuit du 12: l’incarnation du mâle ICI 

Par Etienne Sorin

Publié le 12/07/2022 à

 

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20 août 2022 6 20 /08 /août /2022 06:00

Ribéreau-Gayon J. Et Peynaud. Traité D'Oenologie 2 vol. Ch. Béranger 1960  1961 | eBay

Les plus beaux titres sont les plus courts, alors les cosignataires avec Magalie Dubois, Claude Chapuis et Olivier Jacquet, de L’œnologie, une discipline en constante évolution, pardonneront le mien.

 

Il a du peps, il claque, il plaira à Hubert* maître en matière de Hot Chili Pepper, il embrasera les réseaux sociaux, séduira les bobos…

 

Les Universitaires ne se laissent pas aller à ce genre de frivolités, de légèreté textuelle, ce sont des gens sérieux, peu leur chaut de voir les hordes de bobos qui, si nos 3 têtes du vin, avaient baptisé leur article : « Comment Louis Pasteur a inventé l’œnologie », auraient cru à une fake new. Pour eux Pasteur c’est une histoire de chien qui a la rage, pas un gars qui a inventé les bars à vin à Paris.*

 

*il s’agit, bien sûr d’Hubert de Boüard de Laforest qui n’est pas œnologue mais qui est un concurrent sérieux de Michel Rolland, qui l’est, et de Stéphane Derenoncourt, qui ne l’est pas, en tant que Winemaker volant !

 

*il est de pratique courante dans les peuplades buveuses de se vivre œnologue dans les bars à vin parisien, découvrir le cépage ou les cépages du vin nu qui pue est le test majeur, alors qu’ils sont au mieux œnophiles, au pire buveur d’étiquettes zinzins.  

 

Là, je sens que les coéquipiers de Magalie vont vraiment penser que c’est moi qui suis zinzin, se demander d’où elle me sort.

 

Pour ne rien vous cacher, ils n’ont pas tout à fait tort.

 

Est-ce l’effet du vin nu sur mes neurones usés ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que je leur laisse la plume et, ça, c’est très agréable.

 

Bonne lecture !

Cet article aurait aussi bien pu s’intituler : « Comment Louis Pasteur a inventé l’œnologie ». Mais si dès 1856 Louis Pasteur a révélé que des micro-organismes sont à l’origine de la fermentation alcoolique, il n’a en réalité pas inventé l’œnologie. Avant le début du XIXe siècle, la production du vin était encore empirique et basée sur l’observation et ce n’est qu’avec l’essor des sciences que naîtra l’ambition de « gouverner le vin ».

 

Le terme « œnologie » est utilisé pour la première fois en 1636, mais il ne prend un caractère scientifique qu’en 1807. Dans L’art de faire le vin, Chaptal décrit l’œnologie comme la « science qui s’occupe de la fabrication et la conservation du vin ». L’œnologie quitte le champ de l’agronomie pour celui de la chimie.

 

Le vin médecin

Le vin est l’objet d’étude de nombreux hommes de sciences, comme le montre très bien l’historienne Sénia Fedoul. L’œnologie se construit comme science en devenir grâce à des pharmaciens (qui procèdent à l’analyse des vins et au dosage des produits œnologiques), des chimistes et des médecins. Jusqu’au début du XXe siècle, le corps médical dans sa grande majorité attribue au vin des vertus sanitaires. Chez certains spécialistes, selon sa quantité, son origine ou sa typologie, un vin guérira tel ou tel symptôme. Le Projet de codex oenothérapique du Dr Eylaud publié en 1935 illustre très clairement le mouvement. Au XIXe siècle quoi qu’il en soit, à cause du développement incontrôlé des bactéries, la consommation d’eau reste souvent plus dangereuse que celle du vin. Ce qui explique que Pasteur déclarait encore en 1866 : « le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons ».

 

Les travaux de Pasteur, commandés par Napoléon III, étaient liés à des enjeux économiques nationaux. En trouvant une solution à la conservation des vins, l’Empire serait à même de satisfaire les exigences du négoce en termes de qualité. Assurer la stabilité des vins durant leur voyage constituerait un avantage décisif sur les concurrents à l’export dans le cadre des accords de libre-échange signés dans les années 1860.

 

Le vin peut fermenter deux fois sans se transformer en vinaigre

 

Revenons à la fermentation et à l’importante découverte de Pasteur : en plaçant les vignes sous des serres, il observe que la fermentation alcoolique ne démarre pas. Il en déduit l’importance des levures naturellement présentes sur la peau des baies dans le processus de fermentation alcoolique. La fermentation alcoolique est la transformation des sucres en alcool, elle démarre dès que la pulpe du raisin est en contact avec la partie externe de la peau des grains.

Pasteur découvre également dès le milieu du XIXe siècle l’existence de ferments lactiques auxquels il attribue la responsabilité de maladies dans le vin. Pour lui, les levures font le vin et les bactéries l’endommagent.

Cette idée que les micro-organismes qui transforment l’acide malique naturellement présent dans le vin en acide lactique sont préjudiciables au vin va donc perdurer. Elle perpétuera une perception négative du phénomène jusqu’au milieu de XXe siècle en dépit de nombreux travaux constatant la fermentation malolactique.

 

Selon l’œnologue Michèle Guilloux-Benatier, un changement de perspective s’opère pour la première fois avec Louis Ferré en 1928. Le directeur de la Station œnologique de Beaune estime que la fermentation malolactique « conduit le plus souvent à une amélioration de la qualité des vins rouges ». Mais les idées de Pasteur ont la vie dure et il faudra attendre les travaux des Bordelais Ribereau-Gayon et Peynaud en 1937 et 1944 pour que s’opère un changement de paradigme. L’existence générale et normale d’une diminution de l’acidité des vins par les bactéries est ainsi mise en évidence et prend un caractère définitivement positif. Pour eux « Sans fermentation malolactique, il n’y aurait pas de grand vin rouge de Bordeaux ». Cette désacidification biologique du vin sous l’action de bactéries est aujourd’hui utilisée très largement pour conférer aux vins souplesse, rondeur et stabilité microbiologique.

 

Du décryptage de l’activité fermentaire des levures à l’œnologie contemporaine

 

La suite ICI 

 

L'histoire de l'oenologie à Bordeaux par Pascal Ribéreau-Gayon - de Louis  Pasteur à nos jours - Livre et ebook Agriculture et agro-alimentaire de  Pascal Ribéreau-Gayon - Dunod

Le 7 novembre 2012 sur ce fichu blog j’ai écrit ça :

 

À la différence du plat, cuisiné dans l’instant, par un chef ou toute autre personne, le vin est un produit fini : on se contente d’ouvrir la bouteille et de verser le liquide dans le verre. Faire le vin pour le commun des mortels est un acte mystérieux, méconnu, l’acte fermentaire, le rôle des levures décrit par Pasteur dès 1886, relèvent d’une mystérieuse alchimie. Même si ça choque certains la vinification c’est de la chimie et l’apparition de l’œnologie marque le début du pilotage de la chimie de la vinification. « L’œnologie moderne est née et les premiers œnologues sont formés après 1875 dans la génération  des disciples de Pasteur. Ulysse Gayon, qui fut son assistant à l’École Nationale Supérieure, fonde en 1880 à Bordeaux la Station agronomique et œnologique. Un siècle plus tard, Jean Ribereau-Gayon, la double en 1963, d’un institut d’œnologie. » (Garrier)

 

Le goût du vin livre de la dégustation Émile Peynaud - Livres et chine

 

« Il apparaît cependant que le recours de plus en plus canonisé et professionnalisé à la dégustation ait été une impulsion française. C’est Émile Peynaud – œnologue et ancien étudiant de Jean Ribereau-Gayon – qui commença à réellement approfondir et mettre à profit la dégustation. C’est précisément la transformation de la dégustation en « art rationnel », rigoureux et reproductible qui l’a fait avancer au statut d’ »outil de diagnostic » indispensable à l’œnologie actuelle et perpétrant l’union indissoluble entre œnologie et dégustation si caractéristique des pratiques discursives à partir de la seconde moitié du  XXe siècle. » Rachel Reckinger

 

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19 août 2022 5 19 /08 /août /2022 06:00

Michard Escale : 1ère vache pointée Ex-97 ! | Prim'Holstein France

Aux Pays-Bas, les fermiers manifestent depuis le 10 juin contre une nouvelle loi visant à réduire de 30 à 70% les émissions d’azote dans tout le pays. Une décision qui menace l’agriculture intensive faisant du pays le second exportateur agricole mondial derrière les Etats-Unis.

 

Alors je pense à Sicco Mansholt et son fameux plan :

 

Le plan Mansholt - Label Emmaüs

Sicco Mansholt

 

Le Néerlandais Sicco Lendeert Mansholt fait partie de cette génération d’hommes politiques qui ont participé avec enthousiasme à l’aventure européenne. Il est surtout connu pour avoir été l’un des architectes de la Politique agricole européenne, lorsqu’il inaugura le portefeuille de commissaire chargé des questions agricoles.

 

Voir sa vie ICI

 

Nous devrions porter nos regards de franchouillards, adeptes de la contemplation de notre nombril, vers ce qui se passe dans ce pays, celui qui a porté le productivisme au sommet : la Prim’Holstein pisseuse de lait en étant l’emblème.

 

Nos réformateurs à marche forcée de notre agriculture de la NUPES, s’il leur arrivait de quitter le y’ ka, y verraient ce qui les attend dans notre doulce France des Terroirs s’ils pensent passer en force. Les gros tracteurs sont des bloqueurs de routes et des instruments de blocus très efficaces.

 

La Hollande donc :

 

La colère des agriculteurs néerlandais récolte le soutien des populistes

 

Au détour de la jonction de l’Azelo sur l’autoroute A35 aux Pays-Bas se répand un nuage de fumée. La voie est fermée, forçant les automobilistes à emprunter des annexes pour rentrer du travail ce jeudi 28 juillet.

 

La cause des volutes noires ?

 

Un barbecue. Propriétaires des tracteurs qui bloquent les voitures, les agriculteurs ont sorti grillades et ketchups pour leur pause de midi.

 

La veille, les agriculteurs montraient leur opposition sur les autoroutes néerlandaises, vidant leurs camions remplis de fumier sur les voies et incendiant des ballots de paille pour bloquer la circulation néerlandaise. Jeudi, des restes de pneus carbonisés gisent encore sur certains couloirs. Les centres de distribution de plusieurs chaînes de supermarchés ont été bloqués des jours durant, les fermiers ont tambouriné aux portes de la maison de la ministre de la Nature et de la Politique de l’azote, Christianne van der Wal, et des policiers ont tiré à balles réelles sur un adolescent de 16 ans. Un chaos «inacceptable», selon le premier ministre, Mark Rutte, pour qui «une infime minorité de fermiers» met la population en danger.

 

Ecologie et agriculture

 

Avec son logo bleu aux allures militaires composé de deux fourches jaunes, la Fondation des forces de défense des agriculteurs a été la première à appeler aux émeutes. Sur la page de garde de son site internet, un appel aux dons pour «aider à payer les amendes» reçues et «soutenir la bataille».

 

La cause de la colère depuis le 10 juin ?

 

La volonté du gouvernement néerlandais de réduire les émissions de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2, pour s’aligner sur les normes européennes. Une nouvelle loi a été discutée au parlement, imposant une réduction de 30 à 70% dans 131 zones agricoles afin de baisser les émissions de moitié d’ici à 2030.

 

Il s’agit très concrètement de réduire de 30% le cheptel alors que l’agriculture est un domaine phare aux Pays-Bas – 17,5 millions d’habitants pour environ 4 millions de bovins, 12 millions de porcs et 100 millions de poulets, destinés à l’industrie alimentaire. La surexploitation des terres (environ 53 000 exploitations) a valu à ce pays d’occuper la deuxième place en tant qu’exportateur agricole mondial derrière les Etats-Unis. Ce secteur d’activité constitue 1,6% du PIB (2019) avec 180 000 travailleurs soit 2% de l’emploi du pays. Il est responsable de 46% des émissions de protoxyde d’azote, d’ammoniac et de nitrate, à cause de l’utilisation d’engrais azotés par l’agriculture et des rejets d’eaux usées par l’élevage.

 

 

«Le problème n’est pas la loi en elle-même, mais son application. Imaginez devoir réduire brutalement vos émissions de 70%! Cette loi ne donnera pas d’autre choix à certains fermiers que de vendre leurs terres et se reconvertir», soupire Alex Datema, président du collectif de fermiers BoerenNatuur. Si une aide de 24,3 milliards d’euros a été allouée pour aider les fermiers, aucune proposition n’a été élaborée sur le plus long terme.

 

Incompréhension

 

«On fait face ici à une contradiction: pendant des décennies, les gouvernements européens, et particulièrement celui des Pays-Bas, ont poussé les agriculteurs à aller vers une industrialisation forcenée, avec des systèmes d’élevage très concentrés. Après des années de politiques publiques allant dans ce sens-là, il est maintenant demandé aux agriculteurs de réduire leur cheptel: cela provoque donc chez eux une grande incompréhension», résumait dans Reporterre Morgan Ody, une agricultrice française.

 

Les Pays-Bas ont beau posséder 162 zones naturelles uniques et vulnérables enregistrées auprès de la Commission européenne, le gouvernement néerlandais a choisi de ne pas appliquer les normes pendant plus de vingt ans pour soutenir son agriculture. En 2019, une décision de la Cour de justice de l’Union européenne et du Conseil d’Etat néerlandais ébranlait la confiance nationale: au grand dam des fermiers, le pays doit désormais s’y plier.

 

«La vie des fermiers est dure»

 

«La vie des fermiers est dure et je ne sais pas ce qui nous attend à l’avenir», avoue Alex Datema, qui précise être prêt à «chevaucher» son tracteur «pour militer». Andy Palmen, directeur de Greenpeace aux Pays-Bas, précise: «La plupart des agriculteurs ne sont pas violents. Mais tout le secteur est concerné. Moi aussi je serais en colère si le travail de ma vie se voyait totalement bouleversé

 

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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 06:00

 

Ma sainte et héroïque mère, utilisait souvent à l’adresse de ses amies, pour souligner le soin qu’elle prenait à m’éduquer : ce mot – qui n’est pas un mot valise – « bagage », elle constituait mon bagage, la somme de tout ce qui me permettrait de réussir ma vie.

 

Dans ce lourd bagage, hormis les fondamentaux scolaires : orthographe (le zéro faute aux  dictées), lire, compter, écrire à la plume Sergent Major ; ceux de la civilité : s’exprimer correctement, être poli, avoir de la tenue ; s’ajoutait l’éducation religieuse de stricte obédience.

 

L’Église catholique romaine, en dépit de la séparation de l’Église et de l’État, gardait encore la haute-main sur les deux volets de l’éducation via « l’école libre » et le catéchisme.

 

Mon statut d’enfant de chœur me permettait de jouir d’une immunité dont je profitais largement : « on me donnait le bon Dieu sans confession », pourtant il faut toujours se méfier de « l’eau qui dort ».

 

Au Bourg-Pailler, la tante Valentine, veuve de guerre, sœur de la mémé Marie, lectrice du Pèlerin sans lunettes, tenait lieu de gardienne des pratiques religieuses, de plus sa pension lui permettait  de voyager, elle adorait les pèlerinages, Lourdes tout particulièrement.

 

L’un de ses pèlerinages favoris se tenait à quelques 50 kilomètres de La Mothe-Achard, celui du sanctuaire de la Salette, sis à La Rabatelière, commune située au nord de La Roche sur Yon, il se déroulait chaque premier dimanche de septembre et nous nous y rendions dans un car affrété par les grenouilles de bénitier de la contrée. J’étais le seul gamin du car, ce qui me valait de recevoir des brassées de compliments sur mon goût pour les dévotions.

 

« Les dévotions mon cul ! » comme l’aurait dit Zazie, j’adorais aller au pèlerinage de La Salette pour le pique-nique, tout particulièrement les œufs durs.  

 

Lorsque je partis, pour la seule fois de ma vie, en colonie de vacances avec les enfants de marins de l’Ile d’Yeu (le curé-doyen Bailly avait officié sur l’île), à Saint Jean de Maurienne, nous fîmes une excursion à La Salette en Isère, où, en 1846, la Vierge Marie serait apparue à deux jeunes enfants : Mélanie Calvat et Maximin Giraud. Le temps était caniculaire, les fayots fermentèrent, nous constellâmes le col de la Croix de Fer de nos effluents odoriférants. De retour au bercail familial je me gardai bien d’en faire état, pour la tante Valentine j’avais approché son Graal pèlerinesque, elle n’alla jamais à la vraie Salette.

 

Tout ça pour que vous informer sur le pourquoi de cette étrange institution vendéenne : un sanctuaire de « carton-pâte » à La Rabatelière.

En Vendée, le sanctuaire de la Salette, 135 ans d’histoires et de folies monumentales ICI

 

En 1887, le triptyque monumental rouge et gris sortait de terre grâce aux paroissiens de La Rabatelière, en Vendée. Aujourd’hui, le sanctuaire de la Salette est un lieu de pèlerinage religieux et culturel, unique en son genre.

 

 

Ouest-France Margaux HUCHON.

 

Publié le 03/08/2022 

En contrebas de La Rabatelière (Vendée), à deux pas du ruisseau de l’Anguiller, affluent de la Petite-Maine, les monuments ont des allures de forteresses andalouses, aux lignes nettes. Au sommet d’une pente abrupte : un donjon, des tourelles, de faux mâchicoulis en briques rouges, presque comme un château fort. Les visiteurs les plus prudents diront « baroque » , pour qualifier l’architecture de ce sanctuaire de la Salette, habillé de pins et de quelques yuccas. « Les enfants, en revanche, me disent qu’on dirait Disneyland », rit Michel Cossard, guide bénévole du sanctuaire. Le pape Jean XXIII l’avait surnommé Notre-Dame des briques.

 

Depuis sa création en 1887, la Salette cristallise interrogations et émerveillements. Comment l’abbé Hillairet a-t-il fait construire de tels monuments et pourquoi à La Rabatellière ? Toujours est-il que le traditionnel pèlerinage, chaque premier dimanche de septembre, se maintient. Ils étaient 15 000 fidèles au XIXe siècle, et environ 600 aujourd’hui.

 

 

Dans le sanctuaire, Michel Cossard déambule régulièrement. Il est l’un de ses guides et a été aussi maire de La Rabatelière, de 1995 à 2008. Une commune d’un peu plus de 900 habitants. L’homme de 80 ans aime raconter l’époque des premiers pèlerinages, du temps de l’abbé Hillairet : « il y avait des commerces ambulants sur 3 km, jusqu’au château de La Rabatelière. C’était la fête ! Les gens n’avaient pas de voitures, alors ils laissaient leurs chevaux dans le bourg, près des cafés, et descendaient en procession jusqu’à la Salette. »

 

Avec le temps, la prairie au bord du ruisseau a été appelée le « champ aux œufs durs, glisse Joël Cossais, habitant de la commune. Car les pèlerins venaient pique-niquer avec leurs œufs durs. » Une fois, les fidèles ont même cru au message divin, quand ils ont aperçu un essaim d’abeilles au sommet de la statue de la Vierge Marie.

 

Le sort n’aura pas été aussi glorieux pour le magasin de souvenirs et le café plantés en haut du sanctuaire. Cartes postales, chapelets, petites statuettes… « Ca tournait bien ! » Mais désormais, il ne reste que la façade noircie et le lampadaire du magasin, en souvenir. Le reste est parti en fumée, emportant ses deux propriétaires. La maisonnette, dont il ne reste que quelques briques, existait bien avant la construction de la Salette, selon l’ancien maire. Michel Cossard pense même que « l’abbé Hillairet s’est inspiré de l’architecture de celle-ci pour le sanctuaire. »

 

De l’Isère à La Rabatelière, en Vendée

 

En 1997, deux ans après son élection, Michel Cossard et son équipe municipale ont décidé de racheter les 4 000 m2 du sanctuaire. Des négociations, « pas simples », se sont engagées avec les propriétaires de l’époque : la famille de La Poëze. « Mais finalement, on a réussi ! » se félicite-t-il encore aujourd’hui. La même année, il a fait entrer le complexe architectural aux Monuments historiques. Ce dernier a ensuite été remis aux mains du Département, en 2002.

 

« Les membres de la famille de La Poëze sont les ancêtres du comte, maire de La Rabatelière en 1887 quand le sanctuaire a été érigé sur ses terres par l’abbé Hillairet et ses paroissiens, détaille l’ancien édile. C’était un chemin de terre, avec des ajoncs et des moutons », appelé coteau de Bel-Air. Il est soutenu par de grosses pierres grises, encore visibles aujourd’hui devant le parking.

 

L’abbé Hillairet a posé ses valises dans la commune du comte de La Poëze le 9 mars 1873. Il ne la quittera pas avant sa mort, en 1908. Le religieux aimait déjà participer à des pèlerinages avec ses fidèles, bien avant la construction du sanctuaire. Dont l’un, notamment, à La Salette en Isère. Là-bas, en 1846, la Vierge Marie serait apparue à deux jeunes enfants : Mélanie Calvat et Maximin Giraud. Un phénomène de dévotion qui émeut au plus haut point l’abbé.

 

 

Il décide à son retour de créer son propre sanctuaire de la Salette, mais à La Rabatelière. « Il estimait que pour maintenir la dévotion de ses paroissiens, il lui fallait un monument semblable. En plus, ça évitait de se déplacer chaque année en Isère », explique Michel Cossard. Un moyen de garder ses fidèles près de lui et de lutter contre la politique anticléricale s’installant dans l’Hexagone à l’époque.

 

Il engage alors les habitants du village à la tâche, bénévolement. « Il leur invoquait la dévotion à Dieu… L’abbé les tenait un peu par les idées, il était rigoureux dans la religion. » 1 600 jours de travail et des centaines de charrettes pour rapporter les briques des briqueteries alentour, ainsi que le schiste. L’abbé Hillairet était aux commandes, « mais les plans de construction n’ont jamais été retrouvés… J’ai juste vu passer une sorte de dessin avec des formes géométriques mais c’est impossible d’avoir construit tout cela avec si peu de détails », s’interroge l’ancien maire. Alors comment dirigeait-il ces travaux ? Impossible de le savoir. En 1887, les trois scènes avec des statues représentant l’apparition à la Salette sont inaugurées. Puis, le Rosaire et la tour du Triomphe de la croix. Enfin, la chapelle à la croix de Jérusalem et le chemin de 14-croix. Les folies de l’abbé sont terminées.

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17 août 2022 3 17 /08 /août /2022 06:00

Avec me conflit ukrainien la presse a beaucoup glosé sur la pénurie d’huile de tournesol, moi ça ne me dérange pas je ne suis pas consommateur d’huile raffinée.

 

Mais lorsque je lis dans les Echos de Bernard Arnault que la future récolte d’olives françaises va tourner autour de 630 tonnes, je m’inquiète car notre production est déjà confidentielle, je déteste la notion de niche, nous friserons soit le rationnement, soit le vertige des hauts prix.

 

Peut être une image de 1 personne et position debout

 

Si je lance cette bouteille d’huile d’olive à la mer en direction  d’Olivier Nasles, c’est qu’il est le pape du Bio de l’INAO, l’homme qui tient dans ses mains l’huile et le vin dans son domaine de Camaïsette, devenu pour les bobos l’antre Olivier Bio, et que, dans mes souvenirs d’ancien Président de la SIDO convaincant Louis Le Pensec, ministre de l’agriculture, breton consommateur de ce nectar provençal, de se glisser entre les grands de l’huile d’olive, l’Italie et l’Espagne, pour obtenir un plan de relance de l’oliveraie française, et il y parvint.

 

 

Aucun rêve de gigantisme bien sûr, mais, sans ironie de ma part, je trouve que nous sommes au même niveau qu’au point de départ et que les congrès d’Olive France ont des allures de ceux du parti radical et des défuntes cabines téléphoniques.

 

Lors de son dernier conseil d'administration, le 22 juillet, France Olive a anticipé pour cette année « une très petite récolte » de 630 tonnes d'olive, de moitié inférieure à la moyenne de production.

 (Richard DAMORET/REA)

 Sécheresse : une récolte en péril pour les producteurs d'huile d'olive en Provence ICI 

 

Les oléiculteurs provençaux n'ont pas vu la pluie depuis plusieurs mois. Ils s'attendent à une baisse de production de près de 50 % et cherchent des solutions pour s'adapter au changement climatique.

 

Par Paul Molga

 

Publié le 2 août 2022

 

La récolte des olives n'est prévue qu'à l'automne mais à cause de la sécheresse persistante , les oléiculteurs savent déjà qu'elle sera mauvaise. « Je vais perdre cette année plus de 70 % de ma production », témoigne Jean-Benoît Hugues, propriétaire du Moulin Castelas qui cultive des olives centenaires sur 45 hectares de la Vallée des Baux-de-Provence, le terroir star des appellations d'origine qui fournissent 17 % de la production nationale et le quart des huiles haut de gamme. Ce domaine des Bouches-du-Rhône produit habituellement jusqu'à 90.000 litres d'huiles, souvent médaillées. « En mai, le coup de chaud précoce a grillé les premiers bourgeons printaniers et une bonne partie des olives qui ont survécu sèchent sur l'arbre à cause de la canicule. S'il ne pleut pas cet été, elles tomberont au sol », se désespère l'oléiculteur.

 

C'est une particularité de cette espère végétale : pour résister aux chaleurs intenses, elle privilégie sa survie et rejette ses fruits. « Après le manque d'eau persistant qui a crevassé les sols, la canicule assèche maintenant l'atmosphère. L'arbre se déshydrate et se protège en renfermant ses feuilles. Il fait le dos rond », explique Hélène Lasserre, directrice du pôle de conservation et de recherche chez France Olive.

Peu d'accès à l'eau

 

La vallée des Baux n'est pas une exception. La France compte 40.000 hectares de vergers d'olives, dont le quart est géré par des professionnels, mais moins de 20 % bénéficient d'un accès à l'eau. En Provence, la situation est particulièrement tendue : souvent éloignés des canaux d'irrigation, les oléiculteurs doivent puiser la ressource dans les profondeurs du sol pour entretenir leurs arbres. « Or la recharge hivernale des nappes phréatiques a été insuffisante cette année et les prélèvements très précoces », constate Julien Balajas, responsable du pôle agronomique auprès de l'association professionnelle. Lors de son dernier conseil d'administration qui s'est tenu le 22 juillet, France Olive a anticipé pour cette année « une très petite récolte » de 630 tonnes d'olive, de moitié inférieure à la moyenne de production.

Ce qui inquiète les producteurs, c'est que la situation se répète de plus en plus souvent et que toutes les variétés sont désormais impactées, même les plus résistantes. « Depuis 2014, nous avons subi quatre importantes canicules et deux épisodes de sécheresse », observe Philippe Carra, oléiculteur à La Londe-les-Maures dans le Var, qui estime ses pertes entre 20 % et 30 % sur ses 20 hectares de plantation. Dans ce département qui a vu sa production d'huile chuter de moitié en 2017 et 2019, la Société du Canal de Provence prévoit d'investir massivement pour irriguer 20.000 hectares de terres agricoles les plus éloignées de la ressource. Mais ailleurs ?

 

La solution pourrait venir d'Apt, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Depuis 2017, l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-Corse et l'Irstea y testent un nouveau système d'irrigation à partir des eaux usées de la commune en utilisant l'autoépuration naturelle des plantes et des procédés physico-chimique pour éliminer les bactéries. S'appuyant sur ce programme baptisé « Readap't », les oléiculteurs de la vallée des Baux envisagent à leur tour d'utiliser ce principe. Ils ont fait leurs calculs : les 4.500 mètres cubes traités quotidiennement par la station d'épuration de la communauté de communes seraient suffisants pour les mettre à l'abri de la sécheresse. Reste à trouver les fonds nécessaires : 6 millions d'euros.

Paul Molga (Correspondant à Marseille)

 

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14 août 2022 7 14 /08 /août /2022 06:00

ANCIEN CAHIER DE devoir de vacances écolier EDIP old school french book EUR  34,90 - PicClick FR

Les cahiers de devoir de vacances existent encore pour la marmaille, ils devraient être imposés aux élus de la NUPES pendant le temps où ils ne vont pas siéger sur les bancs de l’AN. Le sujet à l’ordre du jour : L’EMPLOI.

 

Comment, pour certaines tâches difficiles et peu attractives, comment trouver de la main d’œuvre adaptée ?

 

Bien sûr, la réponse risque d’être, dans la bouche de Sandrine Rousseau et comparses : « y’a qu’à les payer mieux et le tour sera joué ! »

 

Si c’était aussi simple que pondre des amendements, de twitter à tour de bras, de déverser jusqu’à plus soif des « éléments de langage » prémâchés, ça se saurait.

 

Je les invite à lire ce reportage du Monde pour éclairer leur lanterne qu’ils estiment être le phare du Monde des travailleurs.

 

 

SOCIÉTÉ  IMMIGRATION ET DIVERSITÉ

A Figari, en Corse, les ouvriers marocains font vivre la vigne

 

Par Julia Pascual (Figari (Corse-du-Sud), envoyée spéciale)

 

REPORTAGE

 

Depuis de nombreuses années, les vignerons corses, confrontés au manque de main-d’œuvre locale, font venir des travailleurs saisonniers du Maroc.

 

Jean-Baptiste de Peretti se lève tôt. Et le jour, peu avant lui. Au volant de son pick-up, l’esprit encore cotonneux, il descend le long de son vignoble, qui s’étend sur 15 hectares vallonnés. En piémont de la splendide chaîne montagneuse de l’Omu di Cagna, en Corse-du-Sud, il détaille les vignes qu’il a commencé à planter en 2013 et qu’agite un timide vent venu de la mer.

 

Entre les rangées des plus jeunes ceps, le vigneron de 52 ans salue ses deux ouvriers agricoles marocains, Abdou et Morad (ils ont requis l’anonymat). Depuis 6 heures, les deux hommes s’affairent à installer un système de goutte à goutte qui viendra rafraîchir la vigne naissante. Il n’a pas plu depuis trois mois à Figari. Chemin faisant, Abdou et Morad se courbent pour fixer les tuteurs des pieds encore frêles, d’un geste répétitif. Enfin, ils arrachent à la main les rares mauvaises herbes qui s’accrochent encore à la terre granitique tout juste labourée. Dans peu de temps, il fera plus de 30 °C sous le soleil.

 

Un « métier difficile », concède Jean-Baptiste de Peretti. Sûrement l’une des raisons pour lesquelles le domaine a du mal à recruter des saisonniers. Ici comme ailleurs, la main-d’œuvre se fait rare alors, comme d’autres avant lui, M. de Peretti s’est tourné vers le Maroc pour embaucher.

 

Tradition familiale

 

En 2022, un nombre croissant d’employeurs ont fait venir des saisonniers de l’étranger. Ainsi, la direction générale des étrangers en France (DGEF) a déjà délivré 22 000 autorisations de travail saisonnier, deux fois plus qu’en 2021. Une croissance qui s’explique par « la levée des contraintes sanitaires et par des tensions accrues sur le marché du travail », avance la DGEF.

 

M. de Peretti s’est rendu dans la région viticole de Meknès en janvier 2019. Il voulait choisir sur place des saisonniers ayant « une vraie connaissance de la vigne » pour son exploitation labellisée AOC et en conversion bio. Là-bas, il a croisé une dizaine d’ouvriers, et parmi eux, Morad. Le patron corse a demandé au Marocain de faire une marche arrière en tracteur et l’affaire était conclue.

 

Après trois saisons, Morad, 38 ans, a signé un CDI à temps plein au domaine de Peretti della Rocca. « C’est quelqu’un de très important pour moi », insiste le vigneron. « Jean-Baptiste, c’est comme la famille », lui retourne l’ouvrier. Maintenant qu’il est à l’année en Corse, Morad aimerait faire venir sa femme et ses quatre enfants. Pour cet homme, la migration s’inscrit dans une tradition familiale. Issu d’une fratrie de quatorze enfants, il compte un frère ouvrier agricole comme lui, en Haute-Corse, deux frères mécanicien et chauffeur de poids lourds sur le continent, un autre frère dans le bâtiment en Espagne et un autre encore qui exerce comme coiffeur aux Pays-Bas. Deux frères qui font les saisons agricoles en Corse complètent cette diaspora.

 

Son collègue Abdou, 45 ans, a décroché son premier contrat saisonnier grâce à l’entremise de son frère, Tareq, installé sur l’île depuis 2008. Leur père avait avant eux travaillé cinquante ans dans la vigne en France. « Il n’y a que des Marocains qui font [ce travail]. C’est dur », explique Abdou, qui effectue sa deuxième saison d’affilée au domaine de Peretti della Rocca. Ici, les ouvriers sont logés et gagnent 1 500 euros net par mois, contre environ 300 euros au Maroc pour le même travail.

 

Tensions diplomatiques

 

Si les Corses, en revanche, ne se bousculent pas, « c’est sûrement une question de salaire », veut croire M. de Peretti, qui évoque tour à tour l’augmentation du prix de l’essence, des taux bancaires et la cherté des loyers dans la région. Mais lui ne peut pas offrir davantage, « ou alors il faut baisser les charges », suggère-t-il.

 

Le vigneron souligne aussi le besoin d’organiser des formations professionnelles de qualité sur l’île, « pas des voies de garage », alors qu’il regarde, fataliste, tous les jeunes bacheliers partir « faire du droit à Corte pour devenir avocats ».

 

L’an prochain, M. de Peretti aurait besoin de trois saisonniers et il s’inquiète déjà de ne pas les trouver. Un frère de Morad devait venir cette année en renfort, mais, en dépit de l’autorisation de travail qu’il avait obtenue, le visa lui a été refusé en avril par le consulat de France au Maroc. « On n’a vraiment pas compris », lâche, dépité, M. de Peretti, qui s’est laissé dire que des tensions diplomatiques entre Paris et Rabat expliqueraient ce tour de vis. En septembre 2021, le gouvernement avait annoncé réduire drastiquement le nombre de visas accordés aux ressortissants du Maghreb, une mesure de rétorsion face au peu de diligence de ces pays à faciliter l’expulsion de leurs nationaux en situation irrégulière.

 

Cette année-là, M. de Peretti s’en souvient. Il avait dû monter au créneau pour débloquer les choses. « Le préfet nous avait refusé la main-d’œuvre étrangère et il y avait eu du gel dans les vignes, rapporte-t-il. J’étais allé voir la directrice de l’agriculture et je lui avais dit : “Vous voulez qu’on se pende ?” Le préfet était finalement revenu sur sa décision. Il s’était déplacé sur l’exploitation et m’avait demandé pourquoi je n’allais pas à Pôle emploi. Mais on n’a jamais personne par le biais de Pôle emploi ! »

 

« Surenchère »

 

Même pour faire tourner la maison d’hôtes qu’il a lancée en 2020, M. de Peretti a dû recruter en dehors de l’île. Une Argentine et un Sénégalais font notamment le ménage des chambres de juin à octobre. Et il peut faire appel à des prestataires portugais en cas de besoin supplémentaire. Le patron peste contre les propriétaires de grosses villas à Porto-Vecchio qui font de la « surenchère en payant des femmes de ménage 25 euros de l’heure au noir ». Ou contre Pôle emploi, encore, qui est devenu à son sens « une pension ». « Les gens ne veulent plus travailler », finit par croire le vigneron.

 

Il se demande s’il ne va pas investir dans une machine à vendanger, même si le résultat sera moins qualitatif. C’est déjà le choix qu’a fait Jean Curallucci, un autre vigneron de Figari, âgé de 64 ans et qui a racheté dans les années 1990 avec son cousin le domaine de 50 hectares de Petra Bianca. Les contrats de saisonniers étrangers, il y a toujours eu recours dès qu’il n’a plus suffi de descendre au petit matin sur la place de Porto-Vecchio pour trouver des ouvriers. Ses travailleurs sont marocains, mais aussi polonais et italiens. Et certains se succèdent de père en fils. M. Curallucci en a un besoin essentiel pour la taille de son vignoble en conduite bio. Mais pour gagner en « indépendance », il essaye de « mécaniser au maximum » sa production. « Ça coûte cher, mais c’est le prix à payer », concède-t-il. Le matin où nous le rencontrons, son fils est justement parti dans une concession de matériel agricole découvrir un tout nouveau robot viticole.

 

Julia Pascual

Figari (Corse-du-Sud), envoyée spéciale

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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 06:00

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Le 6 juillet 2022, les 500 plus grandes fortunes de France ont été révélées par Challenges.

 

À Bordeaux (Gironde), le commerce du vin fait le bonheur de nombre d'entre elles.

 

Au niveau national, l’indétrônable Bernard Arnault (groupe LVMH), avec ses 149 000 millions d’euros, domine le classement. Il est suivi des héritiers de la maison Chanel, Alain et Gérard Wertheimer (80 000 millions d’euros) et de la famille Hermès (78 700 millions d’euros).

 

Le vin, première source de richesse en Gironde

À la première place des Girondins les plus riches (10e au classement national), Pierre Castel, qui contrôle 80 % du troisième négoce de vins au monde. Sa fortune est estimée à 13 500 millions d’euros.

 

S’ensuivent une vingtaine de propriétaires de vignobles et/ou négociants en vins et spiritueux dans le bordelais, parmi lesquels :

 

Patrice Pichet, 75e fortune de France avec 1 500 millions d’euros

 

Bernard Magrez (propriétaire de 42 vignobles) 104e avec 1 100 millions d’euros

 

Philippe Sereys de Rothschild (Mouton Rothschild), 128e avec 900 millions d’euros

 

Jean-François et Jean Moueix (maison de négoce Duclot et 80 % du Pétrus), 193e avec 625 millions d’euros

 

La famille de Boüard de Laforest (château Angélus), 373e avec 320millions deuros

 

Le top 20 des fortunes ayant des propriétés en Gironde

- Pierre Castel (10e national)

- Patrice Pichet (75e)

- Bernard Magrez (104e)

- Michel Ohayon (104e)

- Philippe Sereys de Rothshild (128e)

- Éric et Robert de Rothschild (128e)

- Jean-François et Jean Moueix (193e)

- Jean-Jacques Frey (227e)

- Sébastien Breteau (232e)

- Gérard Perse (283e)

- Famille Ballande (291e)

- Jean-Hubert Delon et Geneviève d'Alton (326e)

- Christian et Edouard Moueix (354e)

- Bruno et Marie Borie (362e)

- Jean-Michel et Sylvie Cazes (362e)

- Famille de Boüard de Laforest (373e)

- Philipe Castéja (389e)

- Famille Manoncourt (420e)

- Famille Labruyère (420e)

- Franck Allard (426e)

 

Il faut

TRIBUNE

Il faut "éviter une déprise viticole anarchique" à Bordeaux

Sa moustache est l’inévitable poil à gratter de toutes les réunions d'instances politiques des vins de Bordeaux. Dans cette tribune, retranscrite en intégralité, Dominique Techer est moins le porte-parole de la Confédération Paysanne que d’un vignoble en souffrance qui demande des solutions d’urgence. Sans oublier de s’attaquer aux Cotisations Volontaires Obligatoire (CVO).

 

Bordeaux traverse une crise historique et la question de l’arrachage s’invite enfin à la table. Il aura fallu pour cela un mouvement spontané des vignerons eux-mêmes, pour bousculer une institution fossilisée. Le spectacle des vignes abandonnées, comme le drame social silencieux qui va avec, n’échappent visiblement qu’aux officiels. Tous les prétextes et les faux -arguments ont été utilisés pour faire espérer le retour des « jours heureux » à des vignerons qui ne savent plus à quoi croire : le Covid, les taxes Trump, la Chine etc. On a usé et abusé des respirateurs bancaires pour retarder les échéances. Mais les faits sont têtus : Bordeaux a un potentiel de production de 5 millions d’hectolitres et en vend 4 au mieux. Ce chiffre est probablement surestimé, vu la récession déjà en cours et les restrictions énergétiques majeures prévues à partir du deuxième semestre. Au bas mot, comme nous le disons depuis des années, il y a autour de 30 000 hectares de vignes qui n’ont déjà plus de marché. Les chais sont pleins et les trésoreries à sec.

 

Il faut être clair sur le diagnostic. Le vin n’occupe plus structurellement l’espace comme au vingtième siècle. La France a terminé sa déchristianisation, le repas familial comme institution assez patriarcale a fait place à la restauration hors domicile et au réfrigérateur en libre-service. La génération du baby-boom, clientèle historique, arrive en fin de course et le vin a perdu sa place prépondérante dans l’imaginaire des jeunes, qui sont les amateurs de demain. Ce monde du vin s’est industrialisé, rationalisé, robotisé et a perdu son âme, sa place symbolique de rapport à la terre et au vivant. Ce sont les petites brasseries de bière artisanales qui ont repris ce flambeau. L’idéal du wine business c’est maintenant l’intelligence artificielle, les outils autonomes, guidés GPS, si possible sans intervention humaine. Certains nous proposaient même de « vinifier avec notre smartphone » ! On recherchait autrefois les vins de vignerons passionnés et originaux. Qui va aujourd’hui rêver aux vins des robots ? Va-t-on ré-enchanter le vin en passant du rapport à la terre au mirage de la technologie 2.0 ? Là encore, on a une représentation professionnelle totalement décalée par rapport aux idées et préoccupations qui travaillent en profondeur toute la société.

 

 

Un tel aveuglement des instances chargées d’orienter stratégiquement les appellations de Bordeaux étonne. Un ancien président de l’interprofession, siégeant à FranceAgriMer, déclarait encore récemment que la crise était conjoncturelle et pas structurelle ! Ce qui explique la politique expansionniste du CIVB de « restructuration du vignoble-modernisation des chais » qui a lourdement endetté les vignerons, au moment même où le marché se contractait.

 

 

Consentement aux taxes

 

L’interprofession se contente donc maintenant d’assurer l’administration du désastre, de faire « comme si » elle orientait quelque chose d’autre que des intérêts particuliers. Ça ne l’empêche pas de demander, comme si de rien n’était, la reconduction de l’accord triennal validant le niveau des Cotisations Volontaires Obligatoire (CVO). Mais avant de demander cette reconduction, en toute honnêteté, il faudrait demander à tous les cotisants un vote de confiance explicite. Il va bien falloir s’assurer du consentement aux taxes et de la confiance dans la gouvernance actuelle. Et si cette confiance n’était pas confirmée, il faudrait alors mettre fin au jeu de chaises musicales entre quelques dizaines de personnes pour se répartir les postes.

 

L’heure est grave à Bordeaux, mais sans doute aussi dans d’autres vignobles. Il faut prendre acte de la diminution du périmètre économique de la viticulture. Il faut prendre acte du chaos climatique qui s’installe et qui interroge lourdement sur l’agriculture qui restera possible demain : les vignerons présents à Tech&Bio le 7 juillet ont été « sonnés » par les prévisions concrètes d’évolution climatique présentées par les Chambres d’agriculture.

 

Il faut prendre acte de la fin de la mondialisation heureuse, synonyme de libre et fluide circulation des marchandises et des capitaux.

 

Que les professionnels de la représentation viticole arrêtent donc de défendre des petits pré-carrés, des assiettes de cotisations assurant des fonctionnements confortables et d’émollientes rémunérations, et se préoccupent enfin des vrais enjeux et des humains qui sont derrière tout ça.

 

Il n’y aura donc pas de solution purement viticole aux problèmes actuels.

 

 

Monoculture intensive

 

On ne peut pas envisager de tamponner les effets du chaos climatique dans une stratégie purement « filière ». Cette crise peut être l’occasion, si tous les acteurs prennent leurs responsabilités, de restructurer une agriculture girondine trop imprégnée par la monoculture intensive de la vigne. C’est un plan d’ensemble, notamment sur le plan foncier, qui est nécessaire pour éviter une déprise viticole anarchique. L’arrêt de la culture de la vigne ne doit pas déboucher sur des paysages défigurés par une série de confettis de friches, de pseudo « fermes solaires » ou de plantations industrielles d’arbres servant d’alibi « vert » à de gros consommateurs d’énergie fossile. Les terres les plus adaptées à des cultures alimentaires doivent être restructurées dans des unités viables. Et un véritable plan d’accompagnement de ces installations doit se mettre en place.

 

Pour cela, il faut que chacun réalise, à l’heure de la crise alimentaire mondiale où chaque état cherche à retenir ses ressources alimentaires, l’importance d’une agriculture locale et surtout autonome. Le financement de cette mutation doit devenir une priorité.  Avons-nous encore les moyens d’investir 14 milliards d’euros (budget prévisionnel...) dans une Ligne à Grande Vitesse (LGV) pour gagner 30 minutes entre Bordeaux et Toulouse, au moment où des pans entiers de notre société partent en ruine ? Faut-il investir dans un nouveau projet agricole garant de notre sécurité alimentaire ? C’est le véritable choix de société.

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