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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 06:00
Jean-Marc, 52 ans, viticulteur et éleveur de vaches allaitantes dans la région Bourgogne France-Comté

Jean-Marc, 52 ans, viticulteur et éleveur de vaches allaitantes dans la région Bourgogne France-Comté

Avec le natif de Semur-en-Auxois, Pascal Commère, on est à 100 lieues des 100 millions de patates de Bonneau du Martray, de l’ouvrée (4.28 ares) de montrachet de Pinault un petit 1 million d'euros et des 2 ouvrées de grand cru bâtard-montrachet aux environs de 900 000 € chacune, du mercato des vinificateurs entre le domaine de la Vougeraie (Boisset) et le domaine Leflaive, de la vente des Hospices de Beaune…

 

Les vaches allaitantes en Bourgogne

 

L’orientation technico-­économique dominante est l’élevage bovin viande qui concerne essentiellement le sud et l’ouest de la région. Les prairies permanentes occupent encore 43 % de la SAU régionale. En 2012, avec 468 521 vaches allaitantes, la Bourgogne se situe en deuxième place pour les effectifs de vaches nourrices. La race charolaise confirme sa suprématie dans la région avec plus de 90 % du cheptel. Au recensement 2010 de l'agriculture, 6 800 exploitations moyennes et grandes pratiquent l’élevage allaitant avec 66 vaches en moyenne, record national.

 

L’élevage reste généralement extensif du fait de l’orientation massive vers la production de broutards, destinés à être engraissés surtout à l'étranger, majoritairement en Italie ou vers d’autres régions d’embouche.

 

Seulement 73 587 tonnes de viande bovine finie ont été produites en 2012 en Bourgogne. Très spécialisés, les élevages sont régulièrement confrontés à des crises sanitaires ou climatiques ; valorisant principalement l'importante ressource en herbe, ils sont particulièrement fragiles relativement à la ressource en paille, indispensable aux litières.

 

La Bourgogne dispose de plaines à l'est et au nord de l'Yonne mais surtout de plateaux, au potentiel souvent limité. Les grandes cultures (blé, orge et colza notamment) dominent principalement sur ces territoires. En 2012, les céréales et oléo­protéagineux couvrent 907 700 ha soit 48 % de la SAU, ce qui place la région dans les premiers rangs pour les orges et le colza. Les rendements en céréales sont inférieurs à la moyenne française, tel le blé en 2012 qui enregistre 66 q/ha en région contre 73 q/ha en France. Mais la qualité des grains assure des débouchés en meunerie ou en brasserie et permet l’exportation vers l’Italie notamment. Le colza est la tête d’assolement incontournable sur les plateaux à faible potentiel. La Bourgogne est ainsi très sensible aux orientations de la politique agricole commune (PAC) relatives aux grandes cultures et peut s’inscrire dans la production à destination non alimentaire.

 

La suite ICI

 

Pascal Commère, le comptable, côtoie, écoute et conseille des hommes qui se confient peu, des taiseux, méfiants voire ombrageux, cultivateurs, éleveurs, bûcheron, «le noir petit monde obstiné de l’agriculture», attaché à une terre «qui blesse plus qu’elle n’apporte, quand même elle gratifierait chaque jardin d’un pied de lilas en fleur en avril, d’une touffe d’oseille acide. (…) Avec cette peur de l’inconnu, du nouveau, qui rejoint celle d’être grugés. Après quoi ils s’en remettaient à l’homme de l’art : comptable, vétérinaire, représentant en aliments, inséminateur, quand ce n’était pas au démarcheur de la Caisse locale, avec circonspection toutefois, un minimum de méfiance grâce à quoi ils accueillaient la possibilité de ne pas s’être fait avoir.»

 

« Il a circulé de ferme en ferme, pesé avec eux le pour et le contre, s’est adapté à leur façon d’être, a appris à interpréter leurs non-dits et à respecter leurs longs silences. Il a, peu à peu, gagné leur confiance. Leur a permis, en certaines occasions, de démêler des situations qui paraissaient inextricables, certaines l’étant d’ailleurs inexorablement, à force de déni et de fuite en avant, telle celle de ce fils qui finit par admettre, lors d’une réunion tendue autour de la table familiale, qu’il a bel et bien laissé filer l’héritage paternel.

 

« "Je savais pas !" Murmurait-il, et il le répéta. Ajoutant : "Que t’étais dans la déchéance..."

 

Lui de son côté ne mouftait pas. Le visage empourpré, il demeurait le fils. La honte était pour lui. Et de tout le temps que dura l’entrevue il ne leva les yeux, le front bas telle une bête nez au sol. Et pas même quand le père laissa couler une larme. »

 

Jacques Josse - 18 décembre 2016

ICI 

 

La nouvelle LIEUSE qui donne son nom à l’ouvrage, qui avait été publiée en septembre 1993, dans La Nouvelle Revue Française n°448, me touche tout particulièrement : chronique La « lieuse » de « la mémé » de Philippe Torreton ça me parle…

 

« Mémé gardait tout, car tout pouvait resservir un jour,…la ficelle à botteler le foin – on appelait ça de la « lieuse » – une grosse ficelle jaune qui se vendait en rouleaux et se retrouvait pendue à un clou dans l’étable lorsque l’Opinel avait tranché l’affaire. Avec cette ficelle nous construisions nos cabanes dans les têtards, nos échelles de corde, nos arcs, nos épées de chevalier, elle servait aussi de ceinture pour retenir les bleus de travail de notre père que l’on enfilait pour aller à la guerre dans les talus. Parfois lorsque la pluie l’emportait, on la tressait, elle devenait alors bracelet-qui-gratte. Cette lieuse sentait le végétal, imbibée d’huile, elle devenait mèche, elle nous servait à tout, cette ficelle nous rapprochait des Indiens d’Amazonie. »

 

La suite ICI 

 

Extrait

 

« De mon côté, je pensais aussi à une ficelle. Une ficelle que j’avais trouvée, un jour comme aujourd’hui où le monde semblait vide. Non pas une de ces journées de moisson où, sans interruption, les tracteurs passaient et repassaient sur la rue le long de ma permanence, tirant vers les silos de la Coopérative — auparavant ils feraient la queue devant le pont-bascule — de grandes bennes rouges ou bleues d’où tombaient par derrière et sur les côtés, à la jointure des tôles (malgré le calfeutrage au moyen de sacs d’engrais vides dont les paysans auront toujours le secret), de gros grains tout ronds qui rebondissaient sur le goudron avant de se caler entre les graviers. Et le souvenir de cette ficelle déliait mes doigts lentement, parce qu’une ficelle — rien, me semble-t-il, ne porte davantage en soi l’image de la pauvreté du monde, de sa précarité — ne prend vie qu’en bougeant, c’est-à-dire en serrant, et les nœuds de cette ficelle longtemps m’avaient retenu attaché à la terre. D’où nous venions tous deux, ma ficelle et moi, ayant l’un et l’autre traîné sur la poussière (qui laisse des marques grises sur la peau), également noués, comme serrés chacun sur soi-même, prisonniers de ce qui ne passe pas mais s’enferre davantage à chaque tour. Et c’était ça, ma ficelle, celle que j’avais trouvée, une image un peu bleue de moi, que j’enroulais autour de mon poignet. L’image de quelque chose dont on ne peut bientôt plus se déprendre. Et le chanvre — mais c’était en réalité une ficelle en plastique, comme on en voit maintenant dans les fermes, du plastique usé, effiloché aux deux bouts à tel point qu’en y regardant vite on pouvait s’abuser — et le chanvre, qui donc n’en était pas, lentement épousait la chair de mon poignet. Et mon poignet ne se défendait pas. Il y a un instant, après la tension, où le corps s’abandonne — comme l’épi battu contre le tambour, dans le vrombissement imperturbable de la machine, laisse tomber plus loin ses grains dans la trémie. »

En Bourgogne y’a aussi des paysans, le regard de Pascal Commère leur comptable sur eux.
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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 06:00
Dis papy Jacques à quelle température la guerre est-elle froide ?

Cette chronique ne trouve pas sa source dans la vague de froid qui nous touche en ce mois de janvier et je ne vais pas ironiser sur ceux qui se plaignent qu’il fasse froid en hiver alors qu’ils sont comme moi bien au chaud. Ce qui me met en colère c’est que depuis l’abbé Pierre nous n’avons jamais su ou voulu traiter intelligemment et efficacement la question des sans-abris. J’y reviendrai un de ces jours.

 

Simplement le froid ne se prêtant guère aux balades à vélo dans Paris j’ai posé mon postérieur sur le canapé face à l’écran plat de la télé pour me payer des toiles sur les chaînes spécialisées. Ainsi, j’ai visionné Farewell avec Guillaume Canet et Emir Kusturica, Mitterrand et Reagan (assez ressemblant)… Le film est, comme on dit, romancé mais assez bien mené.

 

« L'histoire (la vraie) débuta officiellement en juillet 1981, au sommet d'Ottawa, lorsque François Mitterrand rencontra en privé le président américain Ronald Reagan. Au coeur de l'entretien, la révélation du « secret Farewell ». Épaté, Reagan s'exclama : « C'est le plus gros poisson de ce genre depuis 1945 ! »

 

En tête à tête, le président français dévoila à un Reagan stupéfait que l'URSS connaissait la totalité de la couverture radar des Etats-Unis, et qu'elle pourrait anéantir la défense américaine en cas de conflit. Grâce à cette entrevue, la France de Mitterrand regagna la confiance de Washington.

 

Longtemps tenue à distance par l'administration américaine, à cause de la participation des communistes au gouvernement, Paris venait de réintégrer le club des démocraties à la pointe de la lutte contre l'empire du mal soviétique.

 

Peu après, Marcel Chalet, directeur de la DST, se rendit à Washington pour informer plus en détail le vice-président George Bush, ancien directeur de la CIA. Tout avait en réalité commencé au début de l'année.

 

La suite ICI 

 

Ensuite, dans l’une de mes razzias de livres, je me suis offert L’Atlas des Lieux Improbables de Travis Elbotough & Alan Horsfield chez La Martinière.

 

J’y ai repéré 3 lieux improbables fruit de la guerre froide :

 

  • Le tunnel d’espionnage de la guerre froide à Berlin
  • Le centre de communications protégé de Moscou datant de la guerre froide
  • Des bunkers contre la bombe à Pékin.

 

Beaucoup d’entre vous avez lus L’espion qui venait du froid de John Le Carré, mais je ne suis pas persuadé que le débat autour de Poutine activé par la position de Fillon lors de la Primaire à propos de la guerre civile en Syrie soit bien compris par nos chers enfants de la Paix qui « gobent » tout ce qui chalute sur les réseaux sociaux à ce propos.

 

La tribune « À l’OTAN, ne rejouons pas la guerre froide » publiée dans le journal le Monde en juillet 2016 avec des signataires recouvrant un large prisme politique met les choses au point ICI 

 

« Reconnaissons que la Russie n’est pas sans torts, admettons même qu’elle fasse peur : faut-il pour autant aller jusqu’aux gesticulations politiques (réunion à Varsovie) et militaires (déploiements de forces de combat à proximité du territoire russe) dont le prochain Sommet va fournir l’occasion ? »

[…]

« Les mêmes qui nous ramènent à la guerre froide sont les premiers à protester qu’ils n’en veulent à aucun prix le retour. Ils seraient plus crédibles s’ils veillaient à rassurer la Russie en même temps qu’ils rassurent pays baltes et Pologne. Il n’y aurait pour cela que deux choses à dire : la première, que les déploiements de forces sont exceptionnels et n’ont pas vocation à devenir permanents ; la seconde, que l’OTAN a fait le plein de ses membres et ne s’élargira en aucun cas et dans aucune direction à un nouveau membre.

 

La France aurait une belle occasion à saisir et s’honorerait en prenant à son compte cette double affirmation. La règle de l’unanimité en vigueur à l’OTAN lui donne les moyens d’empêcher ce qu’elle refuse. Mais, peut-être, est-ce déjà trop demander à une diplomatie qui, depuis longtemps, a désappris à dire non ? Notre retour dans l’organisation militaire intégrée ne doit pas nous priver de l’indépendance qui était la nôtre auparavant. »

 

Alors, permettez-moi de jouer à «Dis papy Jacques c’est quoi la guerre froide ?»

 

Le concept de «guerre froide» a été inauguré le 5 mars 1946 par un discours de Winston Churchill à Fulton, dans le Missouri. Celui-ci, qui avait quitté le pouvoir quelques mois plus tôt, ne sombrait pas dans l’euphorie d’après-guerre, il mesurait la duplicité de Staline et s'en était inquiété auprès du président américain Harry Truman.

 

la conférence de Potsdam qui se tient juste après la capitulation allemande, la tension devient déjà plus perceptible en raison du refus de Staline d'organiser des élections libres en Pologne. C'est le début d'une incompréhension croissante qui éclate au grand jour en 1947.

 

Harry Truman désireux de réarmer les démocraties contre la nouvelle menace venue de l'Est, invite le vieux lion britannique à prononcer un discours au collège de Westminster, à Fulton.

 

Dans son discours, le fumeur de havane et le buveur de Pol Roger, qui a 72 ans, se fait visionnaire. Il clame : «De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent (...). Quelles que soient les conclusions que l'on tire de ces faits, ce n'est certainement pas là l'Europe libérée pour laquelle nous avons combattu ; et ce n'est pas non plus celle qui porte en elle les ferments d'une paix durable».

 

En 1947, Truman qui veut endiguer l'expansion soviétique en Europe, prône la doctrine du «containment» qui se traduit par le plan Marshall, dont l’objectif est d’aider ceux des pays d’Europe qui « veulent rester libres » à se relever économiquement. Seize pays d'Europe occidentale acceptent le plan Marshall, mais Staline le refuse pour l'Union soviétique et contraint les démocraties populaires à faire de même.

 

Le 22 septembre 1947, les délégués des partis communistes d'Union soviétique, de Pologne, de Yougoslavie, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, d'Italie et de France se réunissent près de Varsovie et créent le Kominform, bureau d'information installé à Belgrade et qui devient rapidement l'organe de coordination idéologique du mouvement communiste.

 

À cette occasion, Jdanov exprime la doctrine soviétique de la guerre froide, réponse à la doctrine Truman : le monde est divisé en deux camps, « un camp anti-impérialiste et démocratique », celui de l'Union soviétique, et un « camp impérialiste et anti-démocratique », celui des États-Unis. Le Kominform, réunit l'ensemble des partis communistes des « démocraties populaires » au pouvoir ou en passe de l'être, mais aussi les puissants PC italien et français.

 

En 1947, le monde est donc devenu bipolaire, divisé en deux blocs inconciliables et en réaction au programme Marshall, l'URSS institue, en janvier 1949, une coopération économique avec les pays du bloc soviétique dans le cadre du Conseil d'assistance économique mutuelle : le Comecon.

 

En février 1948, c’est le coup de Prague, le Parti communiste tchèque prend le pouvoir en éliminant tous ses opposants. Les Occidentaux, en violation des accords de Yalta, unifient leurs zones d'occupation et y mettent en place une nouvelle monnaie. L'Allemagne devient donc le point de fixation de la guerre froide, à l’Ouest le bastion de la lutte contre l'expansion soviétique, à l’Est celui de la lutte anti-impérialiste. Et Berlin est une île en zone soviétique.

 

En juin 1948, Staline réagit en décrétant le blocus des accès routiers et ferroviaires de Berlin pour contraindre les Occidentaux à quitter leurs secteurs d'occupation. Les Américains réagissent en mettant en place un pont aérien pour ravitailler la ville et menacent d'utiliser la force si les Soviétiques s'opposent à la libre circulation dans les couloirs aériens. La menace est efficace car les Soviétiques ne disposent pas encore de la bombe atomique. Et au bout d'un an, en 1949, Staline recule et lève le blocus.

 

La conséquence de la crise de Berlin est l'accélération de la division de l'Europe, division dont l'Allemagne devient le symbole puisqu'en 1949 les Occidentaux fondent la RFA et les Soviétiques la RDA. Berlin conserve son statut de ville occupée.

 

Les Américains créent l'OTAN, pacte militaire qui a pour but, en mettant toutes les armées européennes sous commandement américain, de résister à une éventuelle attaque soviétique. Les Russes, eux, en riposte créent le Pacte de Varsovie.

 

En 1949, c’est l'Asie qui devient le champ d'affrontement des deux Grands. En effet, les communistes chinois de Mao prennent le pouvoir. Les nationalistes de Tchang Kaï-chek se replient sur l’île de Formose qui deviendra Taïwan. Les Chinois de la République Populaire rejoignent le bloc soviétique. Dans le même temps, en Indochine, les communistes vietnamiens sont en guerre contre la présence française. L'Asie est déstabilisée.

 

La stratégie du containment connaît alors un sérieux revers. C'est pourquoi, en 1950, les États-Unis n'hésitent pas à entrer en guerre contre la Corée du Nord lorsque celle-ci, soutenue militairement par la Chine, attaque la Corée du Sud. La guerre, très meurtrière, dure trois ans.

 

En 1953, un armistice est signé, qui sanctionne un retour au statu quo ante. Cette fois, la stratégie de containment a été un succès. La guerre de Corée pousse les États-Unis à signer une série de pactes afin d'encercler la puissance soviétique. En 1951, c'est le pacte de San Francisco entre les États-Unis et le Japon ; en 1954, l'OTASE avec les pays de l'Asie du Sud-Est, puis le Pacte de Bagdad avec les pays du Proche-Orient.

 

La constitution des blocs s'accompagne d'une course aux armements entre les deux Grands. Dès 1949, les Soviétiques possèdent l'arme nucléaire. Et en 1953, quelques mois seulement après les États-Unis, ils possèdent la bombe à hydrogène. Les deux superpuissances sont désormais dans une situation de parité nucléaire. D'autant que toutes deux disposent également des vecteurs nécessaires (bombardiers lourds et, à partir du milieu des années 1950, grâce à la conquête spatiale, fusées).

 

Les premiers signes de détente apparaissent dès la mort de Staline en 1953. Khrouchtchev, propose aux États-Unis la «coexistence pacifique».

 

En 1956, les deux Grands interviennent, sans se concerter, pour mettre fin à la crise de Suez, qui marque le déclin de la Grande-Bretagne et de la France, concrétisant ainsi la réalité du duopole qui gouverne alors le monde.

 

La crise de Cuba, en 1962, le 27 octobre 1962 - point culminant de la crise des missiles de Cuba – on avait échappé de justesse à l'apocalypse nucléaire. Ce fut le jour « le plus dangereux de l'histoire de l'humanité »

 

La CIA a établi qu'à Cuba cinq batteries de missiles nucléaires sont désormais prêtes à l'emploi. Selon l'agence de renseignement, les Soviétiques peuvent, en quelques minutes, tirer de l'île castriste l'équivalent de centaines de bombes d'Hiroshima sur New York et Washington. Le compte à rebours est lancé. L'état-major américain supplie Kennedy de frapper le plus vite possible Cuba et ses sites atomiques, puis d'envahir l'île afin de se saisir des missiles et de renverser le régime castriste une fois pour toutes. Le président résiste. Il ne veut pas donner son feu vert. Pas encore.

 

Khrouchtchev croit - et c'est une erreur colossale ! - que Kennedy a pris la décision de frapper. Castro vient de lui écrire une lettre désespérée, dans laquelle il l'assure que les Américains vont attaquer son île dans « vingt-quatre à soixante-douze heures ». Il le supplie de bombarder le premier - avec les missiles atomiques installés sur son île et qui sont déjà pointés vers les grandes villes de la côte Est. Comme Kennedy, Khrouchtchev tergiverse. Mais à l'évidence, des deux côtés, sous la pression du Pentagone ou des Cubains, la moindre étincelle peut tout déclencher. « Cette fois, nous étions vraiment à deux doigts d'une guerre nucléaire », confiera Khrouchtchev dans une étonnante conversation tenue au Kremlin.

 

Aucune étincelle ne vient enflammer la poudrière nucléaire. Mais qu'en sera-t-il les jours suivants ? Kennedy et Khrouchtchev, qui ont tous les deux combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, le savent d'expérience : dans une situation aussi tendue et aussi complexe, ils ne peuvent tout maîtriser. D'autant que, faute d'un canal de communication direct (le célèbre téléphone rouge entre le Kremlin et la Maison-Blanche ne sera installé qu'en août 1963, à la suite de cet épisode), leurs messages n'arrivent qu'au bout de plusieurs heures. Sans se parler, les deux K parviennent pourtant à la même conclusion : pour éviter d'être précipités contre leur gré dans le stade ultime de l'escalade - la guerre -, ils doivent au plus vite mettre un terme à leur bras de fer. Et pour cela faire des concessions.

 

La crise coûta sans doute ses fonctions à Khrouchtchev, démontrant ainsi la pluralité des options au sein des dirigeants soviétiques, mais elle fut l'occasion pour les dirigeants des deux Grands de se convaincre d'organiser la détente, c'est-à-dire le maintien du statu quo qui fait qu'aucun des deux Grands ne cherche à étendre son influence au-delà de sa sphère.

 

Dans ce contexte les deux Grands vont surtout devoir apprendre à vivre avec de nouveaux acteurs sur la scène internationale : les pays du tiers-monde.

 

Le tiers-monde né avec la conférence de Bandung en 1955, où les pays sous-développés ont affirmé leur volonté de ne pas se ranger derrière l'un ou l'autre des deux Grands, adoptant une position neutraliste. En fait, le mouvement des non-alignés ne remet pas en cause la logique bipolaire : tout au plus arrive-t-il à utiliser les rivalités entre les deux superpuissances. Ainsi Nasser, en 1956, nationalise le canal de Suez et fait financer le barrage d'Assouan par les Soviétiques devant le refus des Américains de le faire.

 

C'est de l'intérieur de chaque bloc qu'apparaît véritablement une tentative de remise en cause de la logique bipolaire. Ainsi, dès 1960, les Chinois remettent en cause le leadership soviétique. Alors que l'aide soviétique aux Vietnamiens en guerre contre les Américains est volontairement limitée, dans un souci de détente, les Chinois n'hésitent pas à renchérir en soutenant le Nord Viêt Nam.

 

D'une façon générale, la République populaire de Chine va tenter de s'imposer comme pôle fédérateur des mouvements de guérilla du tiers-monde, au détriment de l'Union soviétique. La situation sino-américaine va rapidement changer sous l'administration Nixon. En effet, les responsables américains vont profiter des tensions sino-soviétiques en engageant une politique de rapprochement avec la Chine populaire.

 

Dans le camp occidental, c'est de Gaulle qui, à partir de 1958, conteste la prééminence américaine. Il fait sortir la France de l'OTAN, dénonçant ce qu'il appelle le « protectorat américain ». Pour de Gaulle, la guerre entre les deux superpuissances n'est plus à l'ordre du jour du fait de la détente.

 

Pour lui, le refus de la bipolarisation et l'affirmation de la France passent par la recherche de nouvelles alliances. En 1964, la France reconnaît ainsi la Chine populaire, s'opposant ainsi à la fois aux États-Unis (qui soutiennent la Chine nationaliste de Taiwan) et à l'Union soviétique (qui avait rompu avec la Chine en 1960). Ce qui n'empêche pourtant pas l'Union soviétique d'amorcer, à partir de 1966, une politique de coopération économique avec la France. Là encore, la superpuissance tente de profiter des tensions internes à l'autre bloc pour avancer ses pions, sans pour autant aller à l'affrontement direct avec l'autre superpuissance.

 

Le processus de détente atteint son apogée au milieu des années 1970 avec la signature des accords d'Helsinki, par lesquels l'ensemble des pays signataires s'engage à respecter les frontières issues de la Seconde Guerre mondiale.

 

Cependant, en dépit des non-alignés et des contestations internes à chaque bloc, la logique bipolaire continue à fonctionner. Le statu quo sur lequel reposait la détente est finalement remis en cause par l'Union soviétique. On revient à des rapports plus conflictuels, les commentateurs parlent de «guerre fraîche »

 

En 1975, l'URSS pousse ses pions en Afrique : elle intervient en Angola et au Mozambique par l'intermédiaire des Cubains. En Éthiopie, un régime procommuniste s'empare du pouvoir. La même année, après le départ des Américains, l'Asie du Sud-Est devient le champ clos des affrontements sino-soviétiques. Les Vietnamiens sont soutenus par les Soviétiques et les Cambodgiens par les Chinois. Ils s'affrontent dans l'un des conflits les plus meurtriers de la seconde moitié du XXe siècle.

 

En Amérique latine, les positions stratégiques américaines sont mises à mal par la révolution sandiniste au Nicaragua.

 

Au Moyen-Orient, en 1979, la révolution islamique en Iran qui renverse le Shah prive les États-Unis d'un allié. À la fin de la même année, les Soviétiques envahissent l'Afghanistan. C'est le coup de Kaboul.

 

L'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir aux USA relance la course aux armements stoppée pendant la détente. Il propose un projet stratégique connu sous le nom de «guerre des étoiles» réseau de satellites destinés à détruire les fusées nucléaires soviétiques, pour contrer l'Union soviétique.

 

Les Soviétiques répliquent. C'est la crise des euromissiles. L'enjeu est de taille : les Soviétiques installent dans les pays satellites d'Europe centrale des missiles nucléaires (les SS-20) pointés vers l'Europe occidentale. Face à cette menace, les Américains et leurs alliés de l'OTAN se proposent de répliquer en installer en Allemagne fédérale des missiles tout aussi puissants (les Pershing) orientés vers l'Europe communiste et l'URSS. Les pacifistes et gauchistes occidentaux se mobilisent contre ce projet au nom de l'aphorisme : « Plutôt rouges que morts ! »

 

Le 20 janvier 1983, François Mitterrand, président de la République française, s'exprime devant les députés du Bundestag, à Bonn (première capitale de l'Allemagne fédérale). Il emploie une formule qui fera date : « Les fusées sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest ! »

 

En 1985, Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS dans un contexte politique très difficile. Après la mort de Brejnev, les luttes internes ont été vives et ses deux successeurs, Andropov et Tchernenko, sont décédés dans un temps très bref, ouvrant une crise de succession majeure à la tête de l'Union soviétique.

 

Gorbatchev est un réformateur. Il a conscience que l'Union soviétique n'a pas les moyens économiques et technologiques de suivre les Américains dans la course aux armements. À l'instar de Khrouchtchev trois décennies plus tôt, il considère que seule une politique de pause dans la rivalité entre les deux Grands peut permettre de sauver le système soviétique. C'est pourquoi il propose une réduction des dépenses militaires et offre aux Américains de discuter du désarmement. Tout va alors très vite.

 

D'une certaine manière, la logique bipolaire continue à fonctionner. Les Soviétiques usent ainsi de leur influence pour mener leurs alliés vietnamiens à évacuer le Cambodge qu'ils occupaient. Les Soviétiques se retirent eux-mêmes d'Afghanistan. Dans le même temps, ils cessent leur soutien aux guérillas et régimes procommunistes africains. En l'espace de quelques mois, l'essentiel des conquêtes de l'ère Brejnev est abandonné.

 

Mais la tentative de Gorbatchev de réformer le système échoue. L'Union soviétique perd le contrôle des démocraties populaires, le mur de Berlin tombe, l'Allemagne se réunifie et, finalement, l'Union soviétique elle-même implose. La Russie, qui succède à l'Union soviétique, est amputée territorialement en raison de l'indépendance autoproclamée de plusieurs anciennes républiques soviétiques.

 

En décembre 1989, lors du sommet de Malte, les leaders des deux superpuissances annoncent la fin de la guerre froide. La guerre du Golfe, en 1991, voit la Russie s'associer à une guerre contre son ancien allié, l'Irak. Les États-Unis sont désormais le seul Grand.

 

Du moins le croit-il…

 

La Chine s’est réveillée, l’ex-petite main du KGB a endossé le costume de chef de guerre, L’Iran pointe son nez, Erdogan rêve de sultanat et voilà Trump l’isolationniste…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 06:00
Pompez l’air de vos belles quilles plutôt que celui des belles filles ! Le Bonneau de Martray ça pompe combien ?

Les Shadocks pompaient !

 

« Je lui raconte comment le fameux docteur avait acheté un domaine dans les bois, près de Marseille, où il vivait à poil en toute saison. Un peu piqué, même beaucoup. Que j’en suis parti, parce que cette façon de comprendre la vie me pompait l’air. » — Giono, Grands Chemins, 1951, page 189.

 

C’est dans le très sérieux journal La Croix que le très sérieux Alain Rémond répond avec humour à une question d’un lecteur :

 

  • « Vous qui savez tant de choses, êtes-vous en état de nous dire si l’on continue, à la cantine du Palais-Bourbon, de pomper l’air dans les bouteilles de vin entamées, afin de pouvoir les resservir le lendemain, dans de bonnes conditions de conservation, à nos élus ? 

 

Je suis au regret, cher monsieur, même si je sais « tant de choses », flatteuse assertion dont je vous laisse l’entière responsabilité, d’avouer mon incapacité à répondre à l’interrogation qui vous taraude.

 

Je pourrais faire état de ma science, fraîchement acquise sur Internet, en matière de pompage d’air dans les bouteilles de vin entamées, à domicile ou au restaurant, grâce à des méthodes et à des outils qui sont à l’honneur de la civilisation occidentale.

 

Mais, malheureusement, je ne dispose pas de suffisamment de relations au sein du saint des saints de l’Assemblée nationale, j’ai nommé sa cantine, pour pouvoir affirmer que l’on continue de pratiquer cette coutume qui, en effet, ainsi que vous me le précisez, est non seulement « sage et louable, dans un souci de bonne gestion », mais « a peut-être aussi permis de créer un emploi ».

 

Sans doute serez-vous néanmoins d’accord avec moi pour souhaiter, en cette période de campagne électorale, que nos élus, qu’ils pompent ou pas l’air dans leurs bouteilles de vin, s’abstiennent »

 

Vous commencez à me connaître, suis bon garçon, je vais vous guider sur la félicité de la conservation de la bouteille ouverte et de la défloraison subreptice du flacon de haute notoriété.

 

Test comparatif : 4 pompes à vin au banc d’essai

 

Les fabricants sont formels : les pompes à vin permettent de conserver une bouteille ouverte pendant plusieurs jours. Sur le papier, ces petits outils composés d’un bouchon et d’une pompe sont ultra faciles à utiliser. Il suffit de reboucher votre bouteille et de pomper pour faire le vide d’air, empêchant ainsi l’oxydation du vin. Et dans les faits ? Toutlevin.com a voulu en avoir le cœur net. Nous avons demandé à Tristan Ringenbach, sommelier et caviste à Lyon, de tester avec nous quatre modèles de pompes à vin différents. Banc d’essai.

 

ICI 

 

Mais ce cher Alain Rémond, qui fut pendant des années chroniqueur à Télérama, aurait dû consulter la Géo trouve tout du vin l’ex Miss Glou-Glou qui, depuis qu’elle est entrée par la grande porte du Monde signe sous son patronyme.

 

Comment conserver une bouteille de vin entamée ?  ICI 

 

Le secret pour préserver du vin : éviter que l'oxygène ne l'altère. De la pompe à air à l'injection de gaz, inventaire de méthodes pas si loufoques.

 

Coravin, la méthode des experts

 

« Coravin, outil apparu il y a deux ans aux Etats-Unis, prend le problème dans l'autre sens : plutôt que chercher à refermer la bouteille, pourquoi ne pas se servir sans l'ouvrir ? Une aiguille creuse perce le liège du bouchon pour prélever le vin à la manière d'une seringue, tout en injectant un gaz neutre. Au retrait de l'aiguille, le trou est résorbé par l'élasticité du bouchon. Cette technique permet de prélever un peu de vin pendant plusieurs mois sans jamais altérer le breuvage.

 

On peut envisager un repas où chaque convive choisit son grand cru qui sera ensuite redescendu à la cave. Au-delà de l'aspect peu convivial du système, il coûte cher (299 euros), d'autant qu'il faut ajouter le prix des cartouches de gaz. Intéressant pour les belles étiquettes – certains cavistes l'ont adopté –, cet outil mérite de faire le calcul pour les vins de moins de 20 euros : le coût de la conservation pourrait alors dépasser celui de la bouteille ! »

 

Pour ma part, je ne vais pas me doter de ce petit engin mais, en revanche, je le trouve intéressant dans les restaurants qui proposent des vins avec plein de zéros derrière. Grâce à lui on peut s’«offrir» un verre de ces nectars de haute extraction. Je n’ai jamais pratiqué mais j’ai pu pratiquer aux Climats la dégustation d’une lichette de Bonneau de Martray 2001 pour me faire une idée de la « valeur » de ce vin comparée à celle du chèque allongé par l’américain.

 

De ce côté-là, comme c’était prévisible, les 100 millions de patates sont dépassées. Du côté de ceux qui savent, je ne parle pas des 2 parties mais de la maison qui aurait pu préempter mais qui n’a pu le faire vu la hauteur du chèque, le secret est bien difficile à garder.

 

Alors c’est 130 millions de patates qui tomberaient dans la poche de la société Bonneau de Martray (1), de quoi mettre du beurre dans leur pinard.

 

  1. DOMAINE BONNEAU DU MARTRAY, société civile d'exploitation agricole société civile d'exploitation agricole est active depuis 33 ans.

Située à PERNAND VERGELESSES (21420), elle est spécialisée dans le secteur d'activité de la culture de la vigne. Son effectif est compris entre 6 et 9 salariés.

Sur l'année 2015 elle réalise un chiffre d'affaires de 2 413 500,00 €.

Le total du bilan a augmenté de 6,36 % entre 2014 et 2015.

Societe.com recense 1 établissement actif et 1 événement notable depuis un an.

Jean-Charles LE BAULT DE LA MORINIERE, est gérant de l'entreprise DOMAINE BONNEAU DU MARTRAY.

 

Pour 2016, nous saurons de combien a augmenté le total du bilan qui devrait faire un sacré bond.

 

Mais du côté de CORTON il se passe toujours quelque chose, comme aux Galeries Farfouillettes, la planche à biftons est en surchauffe.

 

La colline de Corton perd-t-elle la tête ?

 

S’interroge un journaliste dégustateur en Bourgogne…

 

« Un mystérieux acheteur, une coquette somme et un site emblématique en Bourgogne. Les ingrédients pour que l’alarme soit sonnée autour de la colline de Corton sont réunis. Depuis quelques semaines la rumeur d’une vente imminente du bois de la colline de Corton circule dans le vignoble. Sans que les intentions de l’acheteur, anonyme à cette heure, ne soient connues. « Le prix de vente serait 5 fois supérieur à celui du marché. On parle d’un million d’euros. Ce chiffre n’est qu’une hypothèse mais cela pose question », explique Claude Chevalier, vigneron à Ladoix. La situation n’a pas manqué de provoquer une montée au créneau des élus et des producteurs locaux. « Nous sommes inquiets » souligne de son côté Louis-Fabrice, PDG de la maison Louis Latour au cours d’une réunion à la mairie d’Aloxe-Corton.»

 

«Peut-on imaginer qu’un complexe hôtelier, un vignoble sans indication géographique, ou encore qu’une carrière ne voit le jour sur le sommet de la colline ? C’est peu probable. Mais pas complétement exclu. Autour de la colline, on craint que l’acheteur ait le bras long... »

 

J’adore le concept de bras long !

 

Et si l'imagination a pris le pouvoir du côté de CORTON ça peut rapporter des millions...

 

Affaire à suivre dans le nouveau feuilleton de CORTON.

 

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 06:00
Giacomo Ceruti. Le mangeur de spaghetti

Giacomo Ceruti. Le mangeur de spaghetti

À son retour de France, chaque italien répète en boucle « Paris est une belle ville. Évidemment, nous avons très mal mangé, mais on nous avait prévenus. »

 

C’est Jacques de Saint Victor qui l’écrit alors qu’il nous embarqué sur la Via Appia.

 

« Autrefois s’y pressèrent les légions romaines, les éléphants d’Hannibal, les esclaves de Spartacus, les premiers chrétiens et des princes de la débauche.

 

Cette route mythique unit la mer Tyrrhénienne aux mers Ionienne et Adriatique, l’Antiquité à la Modernité, le paganisme au christianisme, l’Orient à l’Occident. Elle est le socle de notre civilisation.

 

À pied ou à bord de sa vieille Fiat, mais dans un constant esprit de flânerie, nous voyageons avec l’auteur à la rencontre des habitants de ces « Sibéries du Sud », d’un Mezzogiorno inédit, marqué par l’ultraviolence des mafias, mais aussi par une sagesse et un savoir-vivre oublié. »

 

« Récit de voyage insolite, drolatique, Via Appia est un livre passionné sur la beauté, l’amour et la liberté de penser. C’est une plongée foudroyante dans une Italie absolument méconnue des Français. »

 

C’est un livre d’érudit, une belle érudition sans pédantisme même si parfois, l’ignare que je suis, aurait souhaité être plus éclairé par des références en bas de page. Autre bémol, pourquoi ne pas avoir pris quelques photos pour illustrer les propos. Ça éclairerait des descriptions, certes bien tournées, qui gardent le côté sec de l’imprimé.

 

J’ai donc beaucoup appris sur le Mezzogiorno, les méandres de la politique en Italie, les viols de masse commis par les troupes françaises, des goumiers marocains et algériens, lors de l’offensive de Monte-Cassino… « Nous avons cru voir arriver nos libérateurs et ce furent nos bourreaux », dit l’une de ces femmes de la Ciociara. Le rappel qu’en 1961 le film de Vittorio de Sica, La Ciociara, reçu la palme de l’interprétation pour Sophia Loren. Mais qui se souvient de la scène où elle et sa fille Loretta se font violer sous un crucifix, dans une église de la Ciociara, par un groupe de goumiers marocains ou algériens ?

 

Via Appia se lit donc avec un grand plaisir, l’auteur y prend, comme je le dis souvent, les chemins de traverse, flâne, délaissant les itinéraires rebattus par les guides. Il donne envie, il me donne envie de mettre mes pas dans ses pas, les roues de ma Twingo dans celle de sa petite Fiat.

 

Mais ce n’est qu’au chapitre 29 (sur 33) Abatto la pastasciutta, que j’ai trouvé matière à chroniquer sur un sujet polémique.

 

Dino Risi, dans Mes monstres, Mémoires (2004) n’y va pas par 4 chemins, même si ceux-ci mènent tous à Rome :

 

« Tous ces jus, ces sauces, les frites, les crêpes, les soufflés, les hors-d’œuvre, les huîtres, les moutardes, les mousses… Où sont nos pâtes ? Nos risottos, nos beaux minestrones ? »

 

Pour lui, il n’existe qu’une seule chose à sauver : le petit-déjeuner « avec ce pain odorant, les croissants, les baguettes. »

 

Ici, l’auteur, se remémore le jour où il était passé prendre un verre en fin de journée dans la villa de Marina di Castellaneta, une station balnéaire sur la mer Ionienne, chez les cousins de la mère de son épouse italienne Michela.

 

La plupart des convives vivaient à Milan. Étaient présents « Outre la maîtresse de maison, une journaliste économique et son mari, cadre de la Banque d’Italie, il y avait ce soir-là deux couples dont les épouses se présentèrent comme « femmes au foyer (casalinghe). L’un des maris était banquier d’affaires et l’autre un professeur de droit d’allure prussienne, mais mâtinée d’un regard curieux, vif, très italien. Tous ces gens paraissaient ouverts et élégants, habillés comme la bonne société de Saint-Jean-de-Luz ou de Biarritz quand elle voulait paraître décontractée. Polo Lacoste, bermuda et mocassins. »

 

L’auteur s’exclame « Qu’était donc devenu mon « Sud profond » ?

 

J’ai picoré quelques échanges :

 

- Vous êtes parisien ? demanda la femme du banquier, la plus bronzée de tous.

 

- Oui. Avec Michela, on se partage entre Rome et Paris…

 

- Nous sommes allés cet hiver à paris avec Giancarlo, coupa la dame, en regardant son mari. La ville est belle. Mais qu’est-ce qu’on y mange mal ! ajouta-t-elle avec une pointe de raillerie, mais il en fallait plus pour me déstabiliser.

 

- Allons, allons, nous n’allons pas commencer sur ce terrain, interrompit la maîtresse de maison, qui voyait déjà s’envenimer la polémique.

 

Court intermède sur la médiocrité de la vie politique des 2 pays interrompu par le professeur de droit qui évoque sa lecture sur la plage d’un livre de cuisine « c’est amusant, cette différence entre la cuisine française et italienne »

 

- Mais c’était une histoire de la cuisine italienne ? ironisa sa femme.

 

- Justement. Tu comprends mieux, en le lisant, la différence avec la cuisine française. Nos deux cuisines étaient à la même enseigne après la chute de Rome. Rien ne nous prédisposait en Italie à être le pays des pâtes, le pays des « Macaronis »…

« la chute de Rome amena tous les peuples de l’Empire à vivre en autarcie et à exploiter leurs propres produits. C’est ce repli qui est à l’origine du génie culinaire de certains peuples.

 

- Les invasions arabes du IXe siècle vont révolutionner notre cuisine italique, précisa le professeur.

 

« Les Arabes apportèrent de nouveaux produits (jasmin, sésame, anis, safran, cannelle, etc.) et des recettes inventives (agrumes au jasmin, fruits en pâte d’amande, cannoli) qu’on a longtemps ignorées en France. La pâtisserie sicilienne avait la réputation au Moyen Âge et à la Renaissance d’être la meilleure d’Europe grâce à ces recettes orientales. Bien plus tard, à l’époque de Louis XV, la pâtisserie française s’en inspira, notamment les fruits confits. »

 

Intéressant, mais un peu court comme explication, la pâtisserie n’est pas toute la cuisine ! Tout comme le débat qui s’ensuivi sur le peu de diversité des deux cuisines et les différences régionales. Pour tout dire, de bien meilleures explications se trouvent chez Pellegrino Artusi :

 

« La cuisine est une petite friponne » Pellegrino ARTUSI se moque des « cuisiniers de baldaquin » et prône une table simple et familiale !

ICI 

 

Je laisse de côté les doctes explications du professeur pour rapprocher les positions antagonistes, tout comme le débat sur la légende de Marco Polo ayant rapporté les pâtes en Italie. « … en réalité cette légende a été propagée aux USA en 1929 par The Macaroni Journal pour « anoblir » les pâtes en les enrobant d’une mystérieuse provenance lointaine. Pure invention commerciale… »

 

« Le monde des pâtes est essentiellement populaire » : la Sicile berceau des pâtes sèches…

ICI 

 

Plus intéressante la remarque très pertinente du professeur :

 

- Une chose est indéniable, cher Jacques, et surtout ne m’en veuillez pas de ma franchise, mais la cuisine italienne a beaucoup mieux su affronter la mondialisation que la cuisine française.

 

- Vous trouvez ?

 

- Mais c’est une évidence. La cuisine italienne est simple et a su le demeurer. C’est une cuisine domestique (casalinga) et populaire ; la cuisine sophistiquée ne vaut rien chez nous. En France, les spécialités populaires, ou disons bourgeoises – Au sens où, au XVIIIe siècle, on opposait la cuisine bourgeoise aux soupers de la cour –, comme le foie gras, les escargots ou la salade de truffe, sont devenues des plats hors de prix, alors qu’elles étaient jadis négligées.

 

- Certes, la cuisine française a fait le choix de « l’excellence ». Tradition curiale oblige ! Les grands chefs, comme on dit d’ailleurs en italien, sont d’abord français. Mais le drame, je fus bien obligé de l’admettre, c’est qu’ils ont parfois tendance à se prendre pour des penseurs ou pour des stars. La dérive n’est pas récente. Montaigne dénonçait déjà à la Renaissance cette « futile éloquence » de certains chefs français dissertant avec gravité de leur cuisine « comme s’ils parlaient de quelque argument de théologie. »

 

Paul Bocuse, lors de l’Exposition universelle de Milan, a « reconnu qu’on était allé trop loin en France dans la médiatisation des grands chefs, si bien qu’ils étaient tous sortis de leur cuisine. « Il serait temps maintenant qu’ils y retournent »

La cuisine française « hautaine et suffisante » à l’image de Paris, Dino Risi et la « futile éloquence » des chefs français dissertant avec gravité de leur cuisine, Montaigne
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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 06:00
La joie de lire, Maspero, les Maos, le « vol révolutionnaire », les librairies militantes de Paris…

Alors qu’aujourd’hui Amazon saigne à blanc les librairies en distribuant les livres dans les boîtes aux lettres comme les marchandises vulgaires estampillées Made in China, il fut un temps, dans les années 70, où La Joie de Lire, librairie militante, foyer de toutes les résistances, haut-lieu d’ouvrages et de journaux interdits, habituée aux saisies et aux descentes de police, était la plus importante librairie parisienne.

 

La librairie Maspero, car en 1957 François Maspero, fils d’un sinologue professeur au Collège de France, ouvrait, au 40 de la rue Saint-Séverin au cœur du Quartier Latin parisien, la librairie La Joie de Lire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Quand je me suis fait libraire, j’ai habité ma librairie comme on habite une halte de passage pour migrateurs... Passages parfois hasardeux et pas toujours non plus d’amitié. Il y a des mauvais livres, médiocres et tristes qui tombent là comme des vilains corbeaux. Et l’on ne sait jamais d’avance si l’individu qui entre dans la boutique ne sera pas, lui aussi, un oiseau de mauvais augure. »

 

En 1959, il créé une maison d’éditions est créée qui publiera Frantz Fanon, rééditera Aden Arabie de Paul Nizan… Clairement engagé à gauche mais inféodé à aucune chapelle, la librairie est au Quartier Latin le point de rendez-vous de plusieurs générations de militants. La guerre d’Algérie fera de François Maspero « l’homme le plus plastiqué de France » selon Paris-Presse.

 

« De 1959 à 1961 François Maspero assure seul la vie de la maison d’édition du graphisme à la correction des épreuves. À l’automne 1961 entrent dans la maison d’édition, Jean-Philippe Bernigaud et Fanchita Gonzales Batlle, rejoints par Émile Copfermann en 1965. Avec les directeurs de collection et quelques auteurs, ils ont construit cette formidable boîte à outils que furent les éditions : Robert Paris, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Charles Bettelheim, Yves Lacoste, Albert Memmi, Georges Haupt, Roger Gentis, Yves Benot, Maxime Rodinson, Louis Althusser, Maurice Godelier, Christian Baudelot, Régis Debray, Pierre Jalée, Taos Amrouche, Nazim Hikmet, Tahar Ben Jelloun ; une liste impressionnante d’intellectuels, d’écrivains, de poètes…

 

À travers plus de 30 collections, les éditions ont publié 1350 titres et créé 8 revues, véritables marqueurs d’un travail collectif. »

 

« […] Les Éditions Maspero, précisément parce qu’elles n’obéissaient aux ordres de personne, se sont fait coller des étiquettes par ceux qui trouvaient leur liberté suspecte. Traîtres au communisme pour les uns, trotskistes pour les prochinois et inversement, marchands de la révolution pour les situationnistes, ou platement tiers-mondistes. Toutes ces étiquettes sont aussi fausses que réductrices. La seule qui conviendrait, mais elle n’est pas idéologique, serait dérangeante. » Fanchita Gonzales Batle (entretien dans La Femelle du Requin) »

 

Après 1968 La Joie de Lire doit faire face à un péril redoutable et inattendu : le « vol révolutionnaire », pratiqué en particulier par les situationnistes qui accusent François Maspero d’être « un commerçant de la révolution ». Ces vols seront une des causes de la fermeture de la librairie en 1974.

 

Lorsque la FNAC (Fédération Nationale d'Achats des Cadres, une coopérative, ouvre ses portes en 1974, La Joie de Lire est la plus importante librairie parisienne. Après les vols de certains groupes gauchistes, c’est l’extrême droite, qui attaquera la librairie à sept reprises entre septembre 1969 et mai 1970.

 

Venant de l’extrême gauche, ses deux fondateurs André Essel et Max Théret étaient animés par un véritable souci social…Offrir à leurs clients, des adhérents, l’occasion d’entrer sans se ruiner dans la société des loisirs.

 

Entrée en Bourse en 1980, la vieille coopérative va rentrer dans le rang, s’éloignant progressivement de ses origines. En 1985, le groupe est vendu à un assureur, puis à la Compagnie Générale des Eaux et à François Pinault en 1994. En 2016, elle rachète Darty.

 

Mais revenons au bras d’honneur de l’Histoire.

 

En janvier 1967, l’UJC-ML, les thuriféraires du Président Mao pour qui « La Révolution n’est pas un dîner de gala. » ouvre aussi sa librairie. On l’appelle Gît-le-Cœur comme la minuscule rue du 6e arrondissement où elle est installée au 6. Elle est deux pas de la Joie de Lire et d’un cinéma spécialisé dans les films de Tarkovski, Eisenstein ou du prochinois Joris Ivens.

 

Non loin de là, au 9 rue Gît-le-Cœur, le Beat Hôtel (ma chronique ICI  établissement aussi miteux mythique, est le lieu de la contre-culture et de l’underground. « Dans des volutes psychédéliques, les poètes américains, Allen Ginsberg et William S. Burroughs vivent sans Dieu ni maîtres et sans entraves (lire ma chronique ICI  )

 

Deux mondes qui s’ignoraient : les coincés du bocal de la rue d’Ulm, enfants de Louis Althusser (futur Althusser à rien !) et les jouisseurs, les futurs beatniks…

 

La librairie Gît-le-Cœur financée par la riche grand-mère de Tiennot Grumbach, neveu de PMF, qui n’est pas dans le besoin et qui habite un grand appartement dans les beaux quartiers de la rive droite non loin du Figaro, tiendra jusqu’en 1978.

 

« Une nuit, la librairie est la proie des flammes. Attentat d’extrême-droite ? Représailles des communistes ? Cocktail Molotov mal dosé ? Le stock de petits livres en plastique de Mao fond sous la chaleur et se transforme en un long accordéon rouge. « On l’a coupé aux ciseaux et bradé » raconte le gérant Gérard Courtois (futur repenti et auteur du Livre Noir du communisme. »

 

L’extrême-gauche atomisée en minuscules groupuscules aux initiales incompréhensibles séduisait ceux qu’on ne dénommait pas encore les peoples :

 

« Tout comme la syndicaliste du Crédit lyonnais Arlette Laguiller, la voix du jazz Nicole Croisille se revendiquait de LO, tandis que la LCR d’Alain Krivine accueillait le comédien Michel Piccoli, le futur réalisateur néo-com Romain Goupil, les journalistes Hervé Chabalier, Edwy Plenel, le philosophe libertaire Daniel Bensaïd, Philippe Constantin, futur directeur artistique de la firme discographique Pathé, l’Ariégeois moniteur de tennis Jean-Pierre Bel, qui deviendra président du Sénat… Adeptes de l’entrisme dans les associations socialos, «sociflardes », les ateliers « philosophiques », on remarque le futur sénateur européiste Henri Weber, une brassée de secrétaires fédéraux du futur PS, ainsi que l’inspecteur du travail Gérard Filoche, mais encore Julien Dray, préposé de SOS-Racisme, machin mitterrandien communautariste… »

 

« Autour de l’AMR, tendance trot’s-rock’n’roll cultivée incarnée par l’activiste Maurice Najman, journaliste de Libé, on croise le couturier Jean-Charles de Castelbajac, le réalisateur à succès du Père Noël est une ordure Jean-Marie Poiré, puis l’épatante Bernadette Laffont. Toutes les obédiences trostkystes cajolent leurs poulains des Comités d’action lycéens (CAL), parmi ces têtes blondes Véronique Cantor, future compagne de Coluche, la socialiste malouine Isabelle Thomas, le producteur et porte-micro télévisuel Michel Field. Hors du champ gauchiste organisé, on remarque les vétérans considérables André Hessel et Max Théret, cofondateurs de la FNAC… »

 

Une belle brochette…

 

Mais, comme l’écrit Pascale Nivelle, dans son Histoire du Petit Livre Rouge :

 

« Dans les vitrines des librairies en 1967, le visage amène du Président Mao répété à l’infini sur les couvertures en plastic fait penser aux boîtes de soupe Campbell qu’aligne Andy Warhol de l’autre côté de l’Atlantique. À Paris ou Pékin, personne ne fait le rapprochement. Entre la propagande de l’empire du Milieu et la publicité impérialiste, il y a un océan Pacifique, un rift politique !

 

En 1972, Warhol s’inspirera du portrait du Grand Timonier en couverture du petit livre rouge pour réaliser ses 200 sérigraphies de Mao, peut-être les plus célèbres de son œuvre avec ses Marylin Monroe. Culture pop’ et Chine pop (ulaire), Mao, Marylin ou Jackie Kennedy… quelle différence au fond ? Seule la célébrité compte. »

 

Lors d’une vente aux enchères de sérigraphies de Warhol sur Mao en 2015, Sotheby’s annonçait :

 

« dans les mains du maître de la pop, la représentation officielle du président, employée pour la propagande communiste, est devenue une marchandise de l’économie capitaliste, pas plus conséquente qu’une boîte de soupe Campbell’s »

 

Depuis, la liste s’est allongée : Nike, Apple, Calvin Klein et beaucoup d’autres Made in China et le PC Chinois est toujours là…

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 06:00
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?

Avril 68, dans la France qui s’ennuie (dixit Pierre Viansson-Ponté) Jacques Dutronc chantait dans Il est cinq heures Paris s’éveille :

 

« … à la Villette on tranche le lard…

Tout commence avec le baron Haussmann qui affectionne tout ce qui est grand et moderne : pourquoi conserver 5 abattoirs disséminés (les abattoirs de Montmartre, du Roule, de Ménilmontant, de Grenelle et celui de Villejuif). tout autour de Paris et plusieurs marchés à bestiaux ? En 1858, le baron convainc le conseil municipal de Paris de créer un abattoir général sur la commune de La Villette dont l’annexion est imminente. Le complexe construit par Baltard est inauguré en 1867.

 

Celui-ci scindent en 2 les activités : au nord les abattoirs, au sud le marché aux bestiaux ; entre les 2 le canal de l’Ourcq.

 

Tout ça est rendu possible grâce aux chemins de fer : une bretelle de la Petite Ceinture qui encercle Paris est aménagée, elle dessert deux gares distinctes : « Paris-Bestiaux » et « Paris-Abattoirs ».

 

La difficulté pour les trains était d’emprunter le pont-levant au-dessus du canal de l’OURCQ pour atteindre les abattoirs. Certains demandent la fermeture de Paris-Abattoirs car les animaux débarqués franchissent souvent le canal sur une rampe aménagée à cet effet en 1874.

 

Paris-Bestiaux proche de la saturation est ouverte au service de nuit par rames complètes jusqu’à 24 wagons. Un « saut de loup » (fosse) établi sous les voies de sortie en 1892, prévient toute escapade d’un animal en direction des voies de la Petite Ceinture.

 

Un autre problème préoccupant c’est le grave danger que faisait courir à l’élevage français le mélange au débarquement en gare de Paris-Bestiaux des animaux à destination du marché et de ceux destinés aux abattoirs. En effet, la contamination pouvait se produire car du bétail malade pouvait être abattu et il voisinait sur le marché avec des animaux sains qui étaient réexpédié en province propageant ainsi des épizooties.

 

La décision du gouvernement en 1959 d’implanter à la Villette un MIN de la viande pour suppléer le transfert à Rungis des halles centrales de Paris, promet un nouvel avenir au complexe ferroviaire Paris-Bestiaux : nouveaux abattoirs et équipements frigorifiques, le canal de l’Ourcq par un tunnel.

 

Commencé en 1961, pour les travaux de gros œuvre en 1968, sont brutalement interrompus pour des raisons budgétaires en 1971. L’opération n’a plus de raison d’être en raison de la désaffection des utilisateurs. Laissée sans emploi la gare Paris-Bestiaux est fermée définitivement le 31 décembre 1977. Les terrains, y compris ceux du raccordement sont rétrocédés à la Ville de Paris en novembre 1983.

 

« Au moment de son ouverture les abattoirs généraux de La Villette occupaient 20 hectares et pouvaient recevoir dans ses étables et dans ses cours 1 360 têtes de gros bétail, 1 950 veaux, 3 900 moutons et 3 240 porcs. Les abattoirs comptaient alors 151 échaudoirs et 23 ateliers d’abatage; puis un abattoir spécial à porcs y fut établi en 1874. Sont alors concentrés sur un même lieu un marché aux bestiaux, un abattoir et une partie du commerce de gros des viandes mortes. Composé pour l’essentiel d’une halle centrale pour les boeufs (actuelle Grande Halle) et de deux autres halles aujourd’hui disparues, réservées aux veaux et aux moutons et d’un abattoir pour les porcs cette « cité du sang » vivait alors son âge d’or.

 

À l’aube du XXème siècle dans ce lieu consacré au négoce et à l’abattage du bétail trois mille personnes aux noms évocateurs de « sanguins », « pansiers », « fondeurs » ou encore « boyaudiers » travaillaient chaque jour sur près de 50 hectares. Les métiers pratiqués y étaient particulièrement pénibles et firent très rapidement de la Villette la « cité du sang »: 4.000 boeufs, 22.000 moutons, 4.000 veaux et de 7.000 porcs passaient alors chaque jour par les abattoirs de La Villette.

 

… certaines activités sont spécifiquement réservées aux femmes: en triperie et charcuterie notamment, avec la préparation des carcasses de porc, récupération des soies, sang et abats, dégraissage, etc… »

 

Voici ce qu’on peut lire dans Paris-Atlas (1900) de Fernand Bournon « Les étables où les malheureux animaux attendent le coup de massue ou le coup de couteau final y alternent avec les échaudoirs, nom bizarre donné aux salles où se donne la mort. On y tue pendant la nuit, on y prépare et débite les viandes dans la journée. Les ouvriers employés à ce dernier travail sont, non moins étrangement, nommés chevillards, parce qu’ils disposent les bêtes dépecées sur des crocs en fer nommés chevilles. Il parait que ce rude métier, qui exige beaucoup de force et d’adresse, ne porte pas à la mélancolie: les bouchers de La Villette sont d’humeur joyeuse, de santé robuste comme il convient à des gens qui, par métier, font des cures de sang ordonnées aux personnes débiles. »

 

En 1900 le marché aux bestiaux de La Villette est la grande plaque tournante française du trafic des bestiaux de boucherie: 300 chevillards parisiens sont regroupés à la Villette et 2 000 bouchers détaillants se répartissent dans la ville de Paris. 137 881 tonnes sortent des abattoirs cette année là pour nourrir les Parisiens. »

Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?

De la gare de La Mothe-Achard, les jours de foire de Mothe, j’ai vu embarqués les bestiaux, des bœufs et des vaches, dans les wagons qui avaient servis à de plus sinistres usages. Les maquignons, avec leur blouse noire, ceux que le pépé Louis détestait tant, les embarquaient sans ménagement. On disait : les bêtes partent pour La Villette.

 

Tout là-haut régnaient les chevillards sous la houlette du tout-puissant président Lemaire-Audoire… Mais l’arrivée des wagons-frigorifiques vont rendre le transport des bêtes sur pied jusqu’à Paris obsolète. Place aux abattoirs dans les grandes régions d’élevage. Et pourtant, en 1959, on décide de les reconstruire. Le but ? Installer un marché d’intérêt national de la viande. Mais rien ne se déroulera comme prévu. En 1961, les travaux commencent. Mais le chantier prend du retard et ce n’est que trois ans plus tard, en 1964, qu’est achevé le bâtiment de stabulation et en 1967 que se finit la construction du bâtiment des abattages, prévu pour produire 450.000 tonnes de viande.

 

Entre-temps, les coûts s’envolent et, surtout, avec le développement du transport frigorifique, l’abattage sur les lieux d’élevage est devenu beaucoup plus rationnel… Le chantier est arrêté en 1971. L’ensemble des activités du site sera supprimé trois ans plus tard.

 

L'Affaire de La Villette

 

S'il est une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre c'est bien celle qu'on a appelée l'affaire de La Villette. Une affaire grave s'il en fut, la Commission d'enquête parlementaire, créée en vertu de la résolution adoptée par le Sénat, le 14 décembre 1970, ne concluait-elle pas son rapport par cette phrase terrible: « Le renom et l'autorité de l'État pourraient ne pas résister à une seconde affaire de La Villette. »

 

Hé, oui, même sous notre cher Général il y eut des scandales : 1 milliard de francs jetés par la fenêtre, soit actualisé à notre époque le même chiffre mais en euros.

 

Ce fut la folie des grandeurs avec du béton cher aux Ingénieurs du Génie Rural du Ministère de l’Agriculture, des étages avec des rampes par lesquelles les animaux ne pourront même pas monter il faudra construire des ascenseurs, c’est « Chicago sur Seine » 

 

Le 23 octobre 1973, les services du Premier ministre annoncent que le Gouvernement a décidé de mettre un terme à l'ensemble des activités du marché d'intérêt national à compter du 15 mars 1974.

 

Les 54 hectares de La Villette sont alors presque entièrement détruits pour faire place au Parc de la Villette et de nouveaux bâtiments et de nouvelles activités.

 

On ne conserva que la fontaine aux Lions (1811), où les animaux venaient s'abreuver les jours de marché, l'ancien fondoir à suif (1867) reconverti en Maison de la Villette, un espace d'exposition de 1 130m², l'ancien poste de police et bureau de poste, le Pavillon Janvier aujourd'hui siège de l'Etablissement, l'ancienne bourse aux bestiaux à la criée, le Pavillon de la Bourse, siège du Théâtre Paris-Villette, l'ancienne buvette du marché, le Pavillon du Charolais, l'ancienne salle de vente des abattoirs, qui abrite la Cité des Sciences et de l'Industrie, le Pavillon des Maquettes et la Halle aux boeufs, qui est aujourd'hui une merveille de la technologie : une salle de spectacles et d'expositions, dont les plateaux et les passerelles mobiles permettent de moduler les surfaces et dont un mur acoustique permet la tenue de plusieurs concerts en même temps !

 

Aujourd’hui, cet espace de 55 hectares situé entre deux portes de Paris est occupé par des lieux d’études, loisirs et distractions, comme le Parc de la Villette, la Cité de la musique, la Cité des sciences et de l’industrie, le Zénith et dernièrement la Philharmonie de Paris.

 

DIAPORAMA ICI

 

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 06:00
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.

Sylvia Plath est une artiste anglaise, poète et dessinatrice, née le 27 octobre 1932, qui se suicida en février 1963. Elle avait épousé le poète Ted Hughes dont elle divorça en octobre 1962.

 

Jeune épousée elle écrit le 15 décembre 1956 à son amie Marty (Marcia) Brown Stern à propos de son mari «Il m’a remise sur la voie de l’écriture et du dessin après un mauvais hiver… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa fille Frieda Hughes note « Elle attribuait souvent à mon père le don de lui rendre son inspiration créatrice lorsqu’elle était empêchée ou ne savait pas qu’elle direction prendre. »

 

Sylvia Plath écrit à son mari, un dimanche matin 7 octobre 1956

 

Mon Teddy bien-aimé,

 

[…]

 

« Hier, sitôt le déjeuner, j’ai pris mon carnet à croquis et j’ai marché, marché jusqu’à Grantchester Meadows où je me suis assise dans l’herbe haute et verte au milieu des bouses et j’ai dessiné deux vaches, mes premières vaches. Elles sont restées couchées gentiment pendant que je dessinais la première, au repos, la tête très bovine mais le corps un peu comme un sofa en crin de cheval, tout plat et informe puis, soudain, elle sont eu faim et un troupeau entier s’est levé, je crois que c’étaient des taureaux, elles n’avaient pas l’air d’avoir de pis. J’ai déguerpi et suis allé m’installer au bord de la rivière, j’ai fait une ébauche rapide de l’une d’entre elles en train de paître ou, plus exactement, de plusieurs réunies en une seule car elles bougeaient continuellement, si bien que les muscles des flancs sont tous ratés, mais fort décoratifs. J’ai reçu de ces vaches un sentiment de paix, le don étrange de leurs regards pensifs, la merveille colossale de leurs jets de pisse et de merde. Je vais y retourner bientôt, remplir tout un cahier de dessins de vaches.

 

[…]

 

Hier j’ai dessiné avec bonheur un parapluie et une bouteille de chianti, aussi des châtaignes plus réussies, des chaussures ratées, une bouteille de beaujolais. Je ne vais pas tarder à m’attaquer avec fanatisme à de douloureux paysages d’herbe – je parie que si je couvrais une page entière de brins d’herbe ça se vendrait ; je vois l’Infini dans un grain de sable. »

 

Croyez-moi, l’ancien gardien des vaches du pépé Louis que je suis ça me parle et ça me touche au cœur.

« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 06:00
Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…

Nul besoin de vous faire un dessin pour vous donner le sens de l’expression sucrer les fraises.

 

« Je l'empochai [le trousseau de clés], et tranquillisé de ce côté, m'emparai avec précaution du portefeuille qui faisait coucou. Je sucrais passablement les fraises, mais ce qui doit être fait doit être fait, et je n'allais pas laisser passer l'occasion. »

 

Léo Mallet 1955. Fièvre au Marais

 

Mais comme j’aime ramener ma fraise, alors que je n’avais pas pris le temps de lire un encadré dans le dernier LeRouge&leBlanc, Alice et Olivier de Moor sur leur mur de Face de Bouc m’ont mis la puce à l’oreille.

 

« Je me permets de faire circuler ce texte extrait de LeRouge&leBlanc.

 

Il s'agit simplement d'essayer. Ce fut une des pistes pour lutter contre le Phylloxera. A tous les vignerons, vous pouvez risquer quelques francs de pied. Si ça ne marche pas vous aurez des fraises. Mais si ça marche !!! On peut toujours l'espérer. Précision utile: à cette époque tous les fraisiers originaires d'Amérique étaient prénommés "fraisiers ananas"...

 

J'espère que vous pourrez lire cet extrait, ce qui ne vous empêche pas de vous abonner au R&B.

 

Bon jardinage !!! »

 

Vérification faite c’est Alice et Olivier qui ont confié à Sonia Lopez-Calleja un texte où il est fait état des observations de Mme Amélia de Bompar. (Ci-dessous)

 

Qui est donc cette dame ?

 

C’était la propriétaire du château Laffitte Grand Orme à Bordeaux à la fin du XIXe. Elle constata que certaines de ces vignes au milieu desquelles étaient plantés des fraisiers-ananas, étaient épargnées par le phylloxera.

 

Olivier de Moor fait remarquer à juste raison :

 

« Cette dame n'était pas une scientifique. Elle s'est heurtée au milieu scientifique et politique. De plus, c'était une femme, et en jeu il y avait 1 250 000 francs, puis deux millions de prime à qui trouverait le remède. Elle ne fait qu'observer. Et de plus c'est une femme qui propose des choses "simples" à l'observation du rapport entre plantes. Il aurait fallu mobiliser des entomologistes et étudier la piste, pour la comprendre la valider ou la rejeter. Ce qu'elle demandait. Mais déjà Amélia de Bompar se confrontait aux moyens préconisés plus lourds, donc plus sérieux d'aspect. Immersion des vignes, sulfure de carbone, et greffage. Donc à un commerce naissant. »

 

Mme Veuve Bompard explique qu'au milieu du XIXe siècle, la vigne rapportant plus que le Blé, les agriculteurs se sont convertis à la vigne avec les même moyens. Le labour, selon elle, a fait beaucoup de mal detruisant certains équilibres.

 

Cette dame a publié 3 ouvrages sur le phylloxéra.

 

  • Le Précurseur du phylloxera, par Mme Amélia Bompar [Edition de 1876]
  • La Délivrance de la vigne, ou la Découverte du trombidion dévorateur du phylloxéra, par Mme Amélia de Bompar Reliure inconnue – 1878
  • Vve Amélia de Bompar. La Vigne phylloxérée, sa guérison radicale par le fraisier1887

 

Notes : ICI et ICI

 

Voici donc le texte publié dans LeRouge&leBlanc :

Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…
Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…

La fraise ananas pousse lentement, en novembre et décembre, discrètement, sur les hauts plateaux chiliens. Elle ravit le palais des Sud-Américains, tandis que les Européens commencent seulement à la connaître. Une pépite blanche aux akènes grenat, un fruit rare et précieux, qui ne résulte pas d'une mutation génétique, mais serait au contraire l'ancêtre de notre fraise, la mère de tous les pieds de fraises rouges qui auraient muté génétiquement pour s'adapter.

 

Pourtant, la dame blanche a déjà fréquenté le vieux continent. Elle a débarqué sur nos terres au XVIIIe siècle, dans les bras du bien nommé Amédée-François Frézier. Cet espion au service du roi de France parcourait les côtes de l’Amérique du Sud afin de croquer les fortifications espagnoles. Botaniste dans l’âme, il a rapporté en France cinq plants de Fragaria chiloensis, au terme d’une traversée de six mois. Charnues, grosses, et à l'incomparable goût d'ananas, ces pieds ne donneront pas, sur le sol français, le résultat escompté. Les pieds abondent en feuillage mais ne produisent aucun fruit.

 

La légende se poursuit et dit qu'un jeune soldat originaire de Plougastel aurait subtilisé un plant avant de le transplanter en pleine terre au milieu de ses fraisiers. Enfin le miracle se produit : la fraise-ananas donne ses premiers fruits sur le sol français.

 

En fit, en l’absence de plant mâle, ils se sont hybridés fortuitement avec le fraisier de Virginie. Et leurs descendants ont perdu la pâleur caractéristique de l’espèce.

 

Cette nouvelle variété, le fraisier ananas (Fragaria ananassa), a fructifié en presqu’île de Plougastel-Daoulas (29). Elle est devenue, par sélections successives, la variété à gros fruits que l’on cultive aujourd’hui en Europe. La fortune de la commune finistérienne était faite, et une expression-label était née, les “ Fraises de Plougastel ”.

 

Une des particularités de la fructification du fraisier-ananas est la nécessaire pollinisation par un fraisier semblable. Il faut donc planter et entretenir deux fraisiers côte-à-côte pour espérer obtenir quelques fruits.

 

Ce processus de pollinisation explique aussi en partie la difficulté de faire pousser cette espèce dans nos contrées.

 

À noter : le fruit de la fraise, qu'elle soit rouge ou blanche, n'est pas la partie charnue dans laquelle on croque mais les akènes, ces minuscules grains répartis tout autour de la chair.

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 06:00
1 photo sortie de l’oubli, Robert Linhart, auteur de “L'Etabli” sort de son silence et me voici quai de Javel chez André Citroën…

La photo, vous l’avez sous les yeux, short, chemisette et tennis blanche, c’est ma pomme posant devant la deuche de mon père. Celle avec laquelle j’apprendrai à conduire sur le chemin de la Garandelière (la clé de contact était de jour comme de nuit enclenchée, et la 2CV garée sous le hangar ouvert à tous les vents).

 

Le XVe, l’arrondissement le plus grand, le plus peuplé et le plus triste de Paris… un quartier résidentiel comme on dit.

 

Et pourtant, au début du XXe siècle, en 1915, sur les bords de la Seine, quai de Javel, l’ingénieur André Citroën offre ses services au Ministère de la Guerre pour produire en grande série des obus qui manquent cruellement au front. En 3 mois l’usine est née et des millions de pièces y seront fabriquées jusqu’à l’armistice.

 

L’industrie de guerre ça rapporte et avec les capitaux accumulés Citroën se reconvertit dans l’automobile. André Citroën la connait bien puisqu’il avait été directeur des usines Mors 48 rue du Théâtre. Il créé la marque aux chevrons symboles d’un procédé d’engrenage qu’il a breveté. En 1912 il a visité les usines Ford et il sait que l’avenir est à la production de masse et non à l’artisanat.

 

La première voiture de la marque est la Type A produite à raison de 30 exemplaires/jour en 1919 et 100 l’année suivante. Citroën innove, lance de nouveaux modèles, créé un service de pièces détachées, lance le crédit acheteur, les tests qualités, investit dans la publicité : en 1925 la Tour Eiffel est transformée en panneau publicitaire et une forme moderne de sponsoring avec la traversée du Sahara et la Croisière Jaune…

 

En 1933, André Citroën, transforme son usine du quai de Javel en un outil moderne pouvant produire 1000 véhicules/jour. C’est de là que va sortir la mythique Traction avant qui lui causera avant bien des soucis techniques.

 

Mais les soucis financiers s’accumulent et en 1935 son principal créancier Michelin prend les rênes. Ce sera la 2 CV et la DS 19, elles aussi culte mais l’innovation ne paie pas et Citroën est absorbé par Peugeot en 1973.

 

La dernière DS sort en 1975 des chaînes de Javel qui sont transférées à Aulnay-sous-Bois. L’usine est détruite de 1976 à 1984 pour laisser la place en 1992 au Parc André Citroën.

 

Source : Souvenirs de Paris

 

Mais l’ex 60 huitard que je suis a lu le livre de Robert Linhart, L'établi, aux Editions de Minuit.

 

 

Les établis furent des intellectuels qui s’embauchèrent comme simple OS dans les usines.

 

« Dans cet ouvrage étincelant comme une pièce d’usinage, net et précis, l'intellectuel proche de Louis Althusser raconte son expérience de manœuvre à l’usine Citroën de la Porte de Choisy, en 1968. Tout y est dit de la pénibilité des tâches, de la violence du management, du racisme décomplexé, de l’anéantissement de la volonté individuelle ou encore de la psychologie de la grève. Ce témoignage, le fondateur du mouvement maoïste français a mis dix ans avant de l’écrire. »

 

« Robert Linhart étant toujours en vie, il fallait l’interroger. Or depuis une tentative de suicide, en 1981, le philosophe s'est réfugié dans le silence. Dans l’intimité, comme l’a raconté sa fille Virginie dans le passionnant Le jour où mon père s’est tu (Editions du Seuil, 2008), mais aussi dans la vie publique. Une seule fois, Laure Adler l’a convaincu de se confier à elle pour son émission Hors Champs, sur France Culture; allait-il la recevoir une nouvelle fois, lui que la maladie bipolaire tient à l'écart de la société ? Ce fut encore oui.

 

D’une voix affaiblie, l’homme raconte comment, tant d’années après, il continue de rêver de la cadence de production, qu’il « n’arrive pas à suivre ». Entre deux souvenirs, les silences paraissent longs comme le passé. Quand il s'agit de tirer les enseignements de ses années militantes, les affirmations se font chancelantes. « Est-ce que vous pensez que la révolution était une illusion ? » le bouscule Laure Adler, cruelle malgré elle. « Oui, enfin bon, répond dans un murmure l’ancien militant de la Gauche prolétarienne. La révolution… Y avons-nous cru vraiment ? Je ne sais pas. » Un aveu qu’on dirait sorti d’un songe...même si, il y a près de 50 ans, ce rêve lui semblait bien réel. »

 

Sami Frey lit "L'établi" de Robert Linhart ICI 

 

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 06:00
Hier les bourgeois venaient prendre les eaux en Auvergne, maintenant les bobos y prennent leur vin chez Patrick Bouju…

« Il fut un temps où l’Auvergne était à la mode. On venait prendre les eaux dans des stations thermales toutes neuves, jolies comme des pâtisseries, posées sur la vieille montagne du Massif Central. On s’était aperçu qu’en plus des volcans et du saint-nectaire, la région produisait de l’eau miraculeuse. Il en jaillissait de partout, de chaque recoin de vallon, de chaque sommité volcanique. Mille sources gorgées de soufre, de chlorure de sodium, de bicarbonate, de cuivre, de calcium, de fer et d’arsenic. Mille bouillons chimiques venus des entrailles de la terre, et capable de soigner l’intestin, les bronches et les reins, la peau et les allergies. »

 

Ça avait commencé dès le Second Empire…

 

« … les demoiselles un peu trop pâlottes et les messieurs congestionnés partaient illico à Vichy. À la Belle Époque, on se rendait à Royat-Chamalières, Néris-les-Bains ou Bourbon-l’Archambault. Les dames portaient des corsets, des bottines lacées et des ombrelles. Les messieurs, des vestons et des montres à gousset. On croisait Sacha Guitry et Buster Keaton à La Bouboule, Sarah Bernhardt à Royat-Chamalières, Marcel Proust au Mont-Dore, Maupassant à Châtel-Guyon, pour ne rien dire des têtes couronnées. Bien avant Saint-Tropez, Gstaad ou Ibiza, le gotha mondain se pressait dans le Puy-de-Dôme. »

 

Mais il y eu Giscard, son accordéon et surtout Danièle Gilbert.

 

Je plaisante bien sûr, mais les stations thermales sont quasi-tombées dans l’oubli…

 

Par bonheur, il y eut Patrick Bouju !

 

Mais avant lui, Jean-Louis Murat chanta :

 

Les enfants forment une ronde

Les monos sont jolies

Allez suer belles têtes blondes

Aux thermes de Choussy

Allez soigner à l’arsenic

Vos souffles affaiblis

L’air est si doux dans la bruyère

Au mont Sans-Souci.

 

La Bourboule, au temps de ma jeunesse, fut la plus importante station thermale de France pour enfants, on y soignait l’asthme. Murat y est né et n’habite pas loin. Le mont Sans Souci se dresse à la sortie de la ville.

 

Sa chanson Au mont sans-Souci sur l’album Mustango fait partie de mon petit bagage musical.

 

Source : Tour de France des villes incomprises Vincent Noyoux 

Hier les bourgeois venaient prendre les eaux en Auvergne, maintenant les bobos y prennent leur vin chez Patrick Bouju…

Et puis vint le vin de Patrick Bouju.

 

Est-ce un vin de punk ?

 

Une spécialiste caviste, blogueuse, qui écrit aussi dans la presse répond à cette question.

 

PUNK ET VINS : ANARCHIE DANS LE VIGNOBLE

 

Sandrine Goeyvaerts 1 Juillet 2016 

 

La Bohême, c’est le domaine de Patrick Bouju se répartit entre trois communes, Égliseneuve-près-Billom, Chauriat et Corent car selon ses convictions, il est « à la recherche des meilleurs terroirs connus ou oubliés du Puy-de-Dôme »

 

Que dit Patrick ?

 

« Les vignes sont morcelées car je suis à la recherche des meilleurs terroirs connus ou oubliés du Puy-de-Dôme.

 

Ce sont en majorité de vieilles vignes avec des densités de plantation élevées (10000 pieds/ha) et la doyenne a 116 ans.

 

Ces vignes sont d’une biodiversité étonnante, on trouve de multiples cépages, comme le Limberger, le Mirefleurien, gamay Fréau, gamay de Bouze et de multiples variétés de gamay à petit grain ou gros grain.

 

En ces périodes d’uniformisation, ces cépages sont une richesse inestimable.

 

Ces vignes sont cultivées avec un grand respect de la nature. Les vignes sont enherbées.

 

Pour les traitements, j’utilise des produits à base de cuivre et de soufre ainsi que des extraits fermentés de plantes ou des tisanes comme l’ortie, la prèle, la consoude pour renforcer les défenses naturelles de la vigne.

 

Je n’utilise pas de désherbant ni de produits chimiques de synthèse.

 

La majorité des travaux à la vigne se fait manuellement. Dans mes vins, il y a du raisin et de la sueur... »

Hier les bourgeois venaient prendre les eaux en Auvergne, maintenant les bobos y prennent leur vin chez Patrick Bouju…
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