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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 06:00

 

Clint Eastwood et José Calvo dans "Pour une poignée de dollars" (1964) réalisé par Sergio Leone.© DR

Dans le cadre de mon incessant labeur d’édification des « larges masses », chères aux frelons de la Gauche Prolétarienne post-68, qui consomment des westerns américains comme des spaghetti, en ignorant tout de l’art de la pasta et de celui de Sergio Leone, ce matin je pousse la porte des saloons du Far West pour éclairer leurs faibles lanternes à propos de la buvaison de shot de whisky.

 

Dans ces lieux de perdition peuplés de cow-boys empestant, tels les vins nu, le crottin de cheval collé à leurs à leurs éperons, de chasseurs de primes, de cinglés de la gâchette, de femmes de mauvaise vie, de tricheurs, de chercheurs d’or, de bandits aux portraits affichés sur la façade du sheriff, d’aventuriers sans foi ni loi, de prêcheurs illuminés tentant  de ramener ce petit monde dans le droit chemin, deux seules boissons peuvent être commandées sans nuire à votre respectabilité sont la bière et le whisky.

 

« Et, franchement, la bière est pour le moins douteuse. »

 

« Alors vous demandez deux whiskys, un pour vous et un autre pour votre voisin. C’est la règle. »

 

« Peu importe que vous ne l’ayez jamais rencontré auparavant. Vous devez toujours offrir un verre lors de votre première commande. Vous vous y retrouverez plus tard, lorsque ce sera votre tour du prochain venu. Mais rien n’est plus mal vu que de ne pas payer un verre à son voisin, à part de ne pas l’accepter, ce qui peut vous vous valoir une bonne rossée, voire pire. »

 

Ensuite, et là pour une fois Hollywood ne raconte pas des cracs : « Lorsque le héros taciturne entre dans un saloon, il ne demande jamais le prix du verre de whisky. Il de contente de jeter quelques pièces sur le bar, et on lui rend presque jamais la monnaie. »

 

Pourquoi ?

 

Parce qu’il existe « 2 genres de saloons : le saloon à 1 bit et le saloon à 2 bits. »

 

« Le saloon à 2 bits. Est un établissement de standing avec un spectacle de variétés, un lustre et peut-être un authentique étage. Toutes les boissons s’y règlent avec deux pièces. »

 

1 cent 1851 américaine - Numicanada.com

 

« Dans un saloon à 1 bit, toutes les boissons (bière et whisky) coûtent une pièce idem pour le cigare. »

 

 

« Un bit valait un huitième de dollar, soit 12,5 cents. C’est étrange si l’on considère que le demi-cent n’existait pas. Pendant longtemps, dans les États du Sud, le dollar espagnol fut monnaie courante. Il pouvait être divisé en huit, ce qui explique pourquoi les perroquets de films de pirates n’arrêtent pas de parler de pièces de huit. Pour une raison mystérieuse, ce principe s’est transmis au dollar américain, avec la curieuse conséquence qu’il n’y avait pas moyen d’avoir le compte juste pour boire un unique verre.

 

 

À la place, si vous commandiez seulement un verre dans un saloon à un bit, vous donniez une pièce d’un quart de dollar et l’on vous rendait 10 cents. Cela signifie que vous aviez dépensé 15 cents (un « long bit »). C’est remarquablement idiot, encore plus que les fausses façades, mais c’était ainsi que les choses fonctionnaient. »

 

Dude in the Burdett saloon | Dustedoff

 

Versez-vous un verre… mais ne remplissez pas votre verre à ras bord pour autant. Ce serait interprété comme de l’avidité et de la goinfrerie, et le barman vous demanderait alors si vous compte vous baigner dedans…Portez votre verre… à vos lèvre et buvez-le cul-sec. Cela vous vaudra l’approbation et le respect de l’assistance. »

 

Qui trouve-t-on dans le saloon ?

 

« Habituellement, des hommes blancs. Un Noir, éventuellement. Pas d’Améridiens, auxquels l’entrée est légalement interdite. Mais ceux qui ne sont pas vraiment, mais vraiment pas bienvenus, ce sont les Chinois. C’est un fair aussi bizarre qu’inexplicable. L’Ouest sauvage était plein d’immigrés chinois venus travailler à la construction des chemins de fer, et tout le monde les haïssait. De toute évidence, il n’y avait aucune raison à cela, mais ils étaient que plus détestés. »

 

Définition du mot Bit 

 

Le terme bit est une contraction des mots binary digit (que l'on peut traduire par chiffre binaire en français). Il désigne l'unité la plus simple utilisée dans un système de numération. Cette unité, directement associée au système binaire, ne peut prendre que deux valeurs : 0 et 1.

 

En informatique, le bit définit de façon plus précise une quantité minimale d'information pouvant être transmise par un message. On emploie alors le bit comme unité de mesure de base de l'information. Il est important de ne pas confondre le bit (avec un b minuscule pour abréviation) avec le byte (avec un B majuscule pour abréviation ICI 

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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 06:00

 

À force de tourner autour du pot, et si à Bordeaux on admettait enfin que le vignoble bordelais est surdimensionné par rapport à sa capacité actuelle de vendre ses vins ?

 

« Trop chers, pas assez bio... les vins de Bordeaux boivent la tasse » FRANCOIS MIGUET  04/12/2020 dans Capital

 

Trop cher, pas assez bio, le vignoble bordelais subit de plein fouet les taxes américaines et la baisse de consommation des Français.

 

L'heure d'une remise en question ?

 

Non, ça me semble impossible vu que se remettre en question ne fait guère partie de l’ADN des chefs du CIVB, « y’a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre », du côté de Bordeaux on pratique l’évitement, on se cherche des boucs-émissaires : j’ai déjà beaucoup donné avec mes grands lacs de vin mentionnés  dans mon rapport.

 

Bizarrement, dans cet article de Capital le dernier bouc-émissaire en date, genre on nous veut du mal, s’est évaporé, plus question de Bordeaux-bashing.

 

Les « têtes d’œuf » du CIVB sont parties en chasse pour en dénicher un autre.

 

Cependant, afin d’éviter de radoter je m’abstiens d’aller au-delà de l’ironie, ça me fatigue.

 

Prenez la peine de lire l’article ICI  il ne casse pas trois pattes à un canard mais je n’ai rien de mieux en magasin.

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 08:00

L’image contient peut-être : texte qui dit ’AUDE 3DECE/ERE JUSTICE Ce vin << au goût de vinaigre qui a causé 657 000 € de préjudice Sunym ciant cachés, ommande graves tder hectos. partie donc, utilises oncalieu pour des assemblages destines demandes revendeurs dernier Descontroles chambre commerciale diffusion fortes peut vignerons prejudice probable ssignés’

Régis Cogranne (chronique 3 octobre 2012 ICI publie sur face de Bouc :

 

Viala-et-Mito-011.JPG

 

La coopé prise la main dans la culotte de la GD qui aime ça et qui en redemande...Dans la série « Les magouilles qui tuent le vin »...

 

La cour d’appel de Montpellier a rendu le 17 novembre dernier un arrêt relatif à des ventes en cascade de vin impropre à la consommation : les centaines d’hectolitres concernées avaient transité des Celliers du Nouveau monde aux Vignerons de la Méditerranée en passant par Foncalieu jusque dans la grande distribution. Les deux sociétés qui avaient fourni machine et produits nécessaires à la manœuvre ont été condamnés. Tout en rappelant que les acteurs audois avaient failli à leur contrôle qualité.

 

ICI 

 

 

Silence assourdissant des grands chefs de South of France, quand on pense que les Vignerons de la Méditerranée sont un pilier de l'ex-Val d'Orbieu devenu Vinadeis (la Coopérative du Val d’Orbieu réunit 9 caves coopératives dans l’Aude, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales, ainsi que 32 Domaines et Châteaux. La totalité de ces 9500 hectares est cultivée avec conviction et respect de l’environnement pour produire des vins de haute qualité, représentatifs de leur terroir.)

 

 

C'est InVivo Wine ICI 

« Avec Vinadeis nous partageons les mêmes ambitions économiques et les mêmes valeurs. Notre ambition est de promouvoir le vin français à l’international. Nous y parviendrons notamment avec des marques fortes. Et nous nous engageons en parallèle pour accompagner la transition écologique de la filière viti-vinicole. » affirme Thierry Blandinières, directeur général du groupe InVivo.

 

« Ce rapprochement est le fruit d’un travail mené de longue date et d’une vision partagée avec les hommes de la coopération viticole de Vinadeis et au-delà, qui n’ont eu de cesse de porter haut les intérêts des vignerons et de la filière viticole française. » indique Joël Castany, Président du conseil de surveillance de Vinadeis.

 

« Cette prise de participation majoritaire représente une étape majeure pour confirmer le projet d’InVivo Wine, qui n’a d’autre ambition que de placer la coopération agricole sur la scène internationale. » indique Philippe Mangin, Président de l’Union InVivo.

 

Bravo les artistes !

 

Crédibilité : nulle !

 

Les beaux discours de Joël Castany m'ont toujours laissé perplexes depuis 20 ans, c'est du vent.

 

Quant au sieur Blandinières il brûle le blé de son Union de coopés, il prend ses désirs pour des réalités, viendra un jour le temps des comptes...

 

Tout ça est triste et lamentable...

 

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 06:00

Alessandra et moi, ça fait un bail qu’on se connaît, février 2011 :

 

« Et puis mes pérégrinations me menèrent dernièrement jusqu’à un nouveau restaurant italien qui venait de s’ouvrir : le RAP (comme Ristorante Alessandra Pierini celle par qui le lieu est né) au 24 rue Rodier dans le neuvième arrondissement. Heureux de mon repas avant de reprendre le collier je papotais avec Alessandra et dans la conversation j’évoquai Alberto. Bonne pioche, Alessandra avait lu « Critique amoureuse des Français » dans le TGV Paris-Marseille qu’elle empruntait pour venir prospecter afin de trouver le lieu de son restaurant parisien. La suite est facile à imaginer : je contacte Alberto et nous voici autour d’une table chez RAP. » ICI 

 

Elle a fait son chemin depuis, le restaurant n’est plus mais elle a descendu la rue Rodier pour installer tout d’abord une épicerie près de l’église ND de Lorette  4, rue Fléchier Paris 9° puis une cave 61, rue du Fg. Montmartre Paris 9° (tenue par Cécile ex-Passerini).  ICI  

 

Elle officie aussi chez François-Régis Gaudry le dimanche matin dans On va déguster.

 

Mozzarella in carrozza - Les recettes italiennes de François-Régis Gaudry,  avec Alessandra Pierini - Vidéo Dailymotion

 

Je ne suis point un auditeur de On va déguster car à cette heure-là je suis à la messe – plaisanterie de garçon de bain, désolé Me Morain qu’est lui un bon chrétien.

 

Mais, comme je suis un glaneur matinal et sur la Toile je découvre parfois le duo Alessandra-François-Régis qui officie en cuisine. Ainsi pour ce plat napolitain les «Spaghetti alla puttanesca».

 

Pour les amateurs de cuisine italienne je signale que Le François-Régis vient de publier On va déguster l’Italie – François Régis Gaudry et ses amis – Editions Marabout – 42 euros ICI  

 

On va déguster l'Italie

 

159 contributeurs ont participé à cette encyclopédie gourmande dont Alessandra Pierini bien sûr.

 

Comme je suis un mécréant, il m’arrive de jurer en italien : puttana !

 

Il ne faut pas être sorti de polytechnique, bien que, pour situer comprendre que ceux qui ont porté sur les fonds baptismaux les «spaghetti alla puttanesca», selon la légende, devaient être de grands amateurs de maisons closes.

 

« On raconte qu’un client affamé –toute ressemblance avec un personnage réel serait évidemment fortuite– se serait adressé avec mépris au petit matin à la patronne en lui lançant un gras «Fammi qualsiasi puttanata da mangiare Dio bono!». Je vous laisse traduire. Agacée, elle aurait pris tout ce qui lui restait dans les placards et lui aurait servi le tout avec des spaghetti. Toute sa colère dans son mortier en marbre quand elle écrasait les anchois, et les câpres, et le piment, et les olives, et les tomates, etc. tout en pestant contre ce maudit client. On n’est jamais à l’abri des profiteurs. Mais elle s’est tue, et elle l’a même nourri. » ICI 

 

 

Maintenant place aux artistes !

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 08:00

 

Mon IMC : indice de masse corporelle, seul indice validé par l’Organisation mondiale de la santé pour évaluer la corpulence d’un individu et donc les éventuels risques pour la santé. L’IMC permet de déterminer si l’on est situation de maigreur, de surpoids ou d’obésité.

 

Sur la balance du Dr Lamache ça sentait le léger surpoids, IMC 30.

 

Alors jeûne !

 

J’en suis à 27,8 kilogrammes par mètre carré.

 

« Votre poids est à un niveau qui, à notre avis, pourrait être bon pour votre santé. Notre affirmation va à l’encontre de la classification l’OMS qui vous estime « en surpoids », lisez pourquoi ... (voir plus bas)

 

S’il existe un bon équilibre entre votre masse grasse et votre masse musculaire, il est probable que votre pression artérielle, votre taux de cholestérol et votre glycémie restent à des niveaux modérés. »

 

« C'est en Franche-Comté, dans une nature préservée depuis toujours, que l'eau de Velleminfroy puise sa pureté et sa saveur unique qui en font une eau à nulle autre comparable, une eau «vertueuse».

 

En 1828, le Docteur Jacquez découvre fortuitement au cours d’une promenade, un mince filet d’eau auquel il se désaltère. Ce n’est que 30 ans plus tard qu’un captage fut réalisé. La source fut officiellement exploitée en 1859 après approbation de l’Académie Impériale de Médecine et sur décret impérial de Napoléon III. S’en suivit une période faste pour Velleminfroy où des curistes affluaient de toute l’Europe.

 

En 2016, après 40 ans d'abandon,  elle est à nouveau remise en bouteille. Une renaissance née de la passion d'un homme, Paul Poulaillon, un alsacien plus connu pour son pain. (Poulaillon, le seul boulanger coté)  ICI

 

paulpoulaillon

 

Il aura fallu 12 ans à Paul Poulaillon pour remettre cette eau en bouteille. Ce passionné de pain, qui a aussi une passion pour l’eau, a racheté la source en 2004, lors d’une vente aux enchères. Il a eu un véritable coup de cœur pour ce site et pour la qualité de son eau !

 

L'établissement était devenu une ruine après la fin de l'exploitation en 1962. Paul Poulaillon a mis douze ans pour réhabiliter le site et construire une usine d’embouteillage ultra moderne à quelques kilomètres de là. Douze ans pour obtenir de l’ARS (Agence régionale de santé) les autorisations d’exploitation. Une véritable passion et un véritable défi pour celui qui a permis de relancer la source en 2016, 40 ans après sa fermeture.

 

La suite ICI

 

velleminfroyusine

 

L'eau minérale de Velleminfroy est d'une pureté absolue : zéro nitrate*, sans pesticide, sans trace de résidus médicamenteux et sans micro-particule plastique !

 

Une composition remarquable

 

La richesse en minéraux essentiels de l’eau de Velleminfroy (calcium et magnésium) conjuguée à sa pureté naturelle, lui confère des propriétés remarquables. L’absence de nitrate ou d’autres contaminants atteste de la qualité de l’environnement autour de la Source mais aussi de la qualité exceptionnelle du sous-sol. L’eau de Velleminfroy est garantie sans nitrate, sans pesticide, sans trace de médicament et sans micro-particule plastique !

 

Avec 2420 mg/l (résidu sec à 180°), l’eau de Velleminfroy est riche en sels minéraux : elle détient l’une des plus fortes minéralités de France. Elle possède un ensemble de caractéristiques qu’on ne trouve jamais réunies ailleurs…

 

Calcium (CA2+)

510 mg/l

Sodium (NA+)

10,3 mg/l

Magnésium (Mg2+)

66 mg/l

Sulfates (SO42-)

1400 mg/l

Bicarbonates (HCO3-)

322 mg/l

Chlorure (CL-))

 3,2 mg/l

Potassium (K+)

2,6 mg/l

Nitrates (NO3)

0 mg/l*

 

Source Tom – Résidu sec à 180° : 2420 mg/l – pH = 7,4 (eau plate)  5,2 (eau pétillante)
* Inférieur à la limite de détection (< 0,5 mg/l)

Graphique IMCI

L’Indice de Masse Corporelle Intelligent (IMCI)

 

Cette calculatrice fonctionne en se basant sur l’Indice de Masse Corporelle Intelligent qui a été mis au point récemment. L’IMCI se différencie l’IMC sur trois points importants.

 

Premièrement, il tient compte de l’âge et du sexe en plus du poids et de la taille. Deuxièmement, l’IMCI est un indice purement comparatif (sans unités physiques) sur une échelle de 70 points. Et troisièmement, il est facile d’établir l’importance du poids pour votre santé à partir de l’IMCI, mais ce n’est pas le cas pour l’IMC : Les niveaux de risque pour la santé liés au poids, qui sont montrés en vert, jaune, orange et rouge (voir le graphique de l’IMCI sur la page des résultats), correspondent toujours à 10 points sur 70 de l’échelle IMCI.

La plage idéale de l’IMCI se situe entre 30/70 et 39/70 ou littéralement « entre trente et trente-neuf points sur soixante-dix ».
 

IMCI 

Évaluation   

Niveau de risque 

0/70 – 9/70  

anorexie extrême 

très élevé (rouge) 

10/70 – 19/70  

anorexie à poids insuffisant 

high (orange) 

20/70 – 29/70  

poids insuffisant modéré à léger 

modéré (jaune) 

30/70 – 39/70  

poids normal 

faible (vert) 

40/70 – 49/70  

surpoids léger à modéré 

élevé (jaune) 

50/70 – 59/70  

surpoids à obésité 

élevé (orange) 

60/70 – 70/70  

obésité extrême 

 

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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 06:00

 

Certes Alain Badiou l’héritier d’ « Althusser à rien », fossile des années 60-70, le BHL de l’extrême-gauche, qui cultive le mépris de l'humanité ordinaire, qui séduit les Extension Rébellion, n’a pas la surface médiatique d’un Onfray, mais chez les intellos d’extrême-gauche modèle rue d’Ulm c’est un maître.

 

« Hegel n'est qu'une parenthèse, grandiose, mais une parenthèse, entre Kant et Badiou. »

Mehdi Belhadj Kacem écrivain et philosophe.

 

 

J’ai retrouvé Éric Conan dans le livre de Roger Scruton L’erreur et l’orgueil penseurs de la gauche moderne, une note (1) à propos du texte ci-dessous page 411 :

 

« Badiou était l’élève  d’Althusser, et il était dévoué à la grande révolution prolétarienne qui devait libérer l’humanité de ses chaînes. Mais c’était aussi un maoïste qui avait manqué les évènements de 1968 et s’efforçait de se rattraper, depuis en dirigeant de petites cellules d’activistes révolutionnaires dont le but était de renverser le système. »

 

(1) Éric Conan dresse un portrait amusant, bien que choquant, de l’activisme révolutionnaire de Badiou dans son article « Badiou, la star de la philo, est-il un salaud ? », paru dans Marianne n°671 du 27 février 2010. Conan répond à cette question rhétorique par l’affirmative, et il est difficile de la contredire.

 

Qu’est-ce que la gauche ?

 

Le philosophe anglais Roger Scruton passe en revue les thèmes et ouvrages des principaux penseurs qui ont influencé la gauche occidentale des cinquante dernières années : E. P. Thompson, Michel Foucault, Ronald Dworkin, Jurgen Habermas, Georg Lukacs, Jean-Paul Sartre, Jacques Derrida, Slavoj Zizek, Ralph Milliband, Eric Hobsbawm et Alain Badiou.

 

Qu’est-ce que la gauche pour ces intellectuels ?  Par quels détours le combat historique de la gauche pour l’égalité a-t-il pu délaisser la classe ouvrière pour les minorités ?  Quelles responsabilités pour les intellectuels de gauche dans les désordres, déséquilibres et fragmentations de la société contemporaine ?  Peut-il y avoir une base pour la résistance à l'agenda de gauche sans foi religieuse ?

 

Après les évaluations critiques de chacune des œuvres des penseurs choisis, le livre propose une vision synthétique d’une pensée conservatrice pour le XXIème siècle.

 

Scruton a le terrible défaut de ne pas être de gauche, son plus grand tort est d’avoir dépeint et raillé les intellectuels de gauche, leurs engagements en faveur des pires régimes, ainsi que leurs théories stupides.

 

Parfois, Scruton baisse les armes comme on baisse les bras devant trop de bêtise (« Contre la bêtise, même les dieux sont impuissants » écrivait Schiller). Que dire par exemple de ce passage d’Alain Badiou ?

 

« Si nulle instance ne peut déterminer le tout, il est possible en revanche qu’une pratique, pensée dans sa structure propre, structure pour ainsi dire décalée par rapport à celle qui articule cette pratique comme instance du tout, soit déterminante au regard d’un tout dans lequel elle figure sous des espèces excentrés ». Ce serait un texte pour rire si Badiou ne soutenait pas que « l’hypothèse communiste sera toujours envisageable » et qu’il faudrait une révolution maoïste pour « faire avancer les choses ».

 

Page 439 Scruton pointe la faille de la cuirasse des « emmurés de la rue d’Ulm » : « son but est de provoquer une défiance envers la démocratie parlementaire et la règle de droit – deux avantages importants qui lui permettent de vivre une retraite sereine après des année passées en tant que professeur à l’École Normale Supérieure. »

 

Au risque de passer pour un suppôt des réactionnaires, je note que le confort des emplois publics est la norme de la floppée des logues, grands pourfendeurs des élites au pouvoir, soutien des gilets jaunes, qui lorsqu’il s’est agi de les déménager de l’immeuble de l’EHSS du « 54 » boulevard Raspail pour crécher à Aubervilliers, ce fut le tollé. Les chercheurs de l'EHESS, installés au cœur de Paris, ne souhaitent pas déménager sur le campus qui doit voir le jour entre Saint-Denis et Aubervilliers : ils ont baptisé leurs futurs locaux «le cauchemar de Braudel», du nom du fondateur de l'école « Une réhabilitation lourde de ce bâtiment, désamiantage, a été entreprise en conservant la façade très reconnaissable en caillebotis. Le bâtiment, conçu à l’origine par les architectes Marcel Lods, Paul Depondt et Henri Beauclair, est classé pour son architecture typique des années 1960. »

 

Un petit texte du rédachef de l’espace de liberté :

 

Mai, le printemps de la parole, des discours enflammés, des rêves fous, des slogans libertaires, des affiches provocatrices, se figeait dans le plomb groupusculaire. La masse des insurgés, les joyeux dépaveurs casqués, bien vaccinés contre la dictature des encartés, des porteurs de certitude, fondait sous le soleil des plages aux côtés des Français de la France profonde qui se remettaient de leur grande trouille. Même les évènements de Prague, le cliquetis des chenilles des chars des pays frères, ne les avaient pas tirés de leur léthargie bronzifaire. Ceux qui restaient, le noyau dur des militants professionnels absorbés par leurs psychodrames internes, s'enfouissaient afin de préparer leur longue marche. L'ordre régnait à nouveau, pesant. La Vermeersch démissionnait du Comité Central du PC pour protester contre les réserves émises, par ce brave plouc de Waldeck Rochet, au coup de force de Prague ; une stal de moins mais déjà la trogne noiraude de l'immonde Marchais pointait son groin dans le paysage dévasté de la gauche française. Féroces, les irréductibles jetaient le "caïman" de la rue d'Ulm aux chiens : "Althusser à rien !" "Althusser pas le peuple !". De Gaulle exhortait les Français : "Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l'année qui s'achève". Les socialos cliniquement morts, les PSU en voie de fractionnement nucléaire, les troskos pathologiquement sectaires, les révisos marxistes-léninistes hachés menus et en décomposition avancée, laissaient le champ libre aux purs révolutionnaires.

 

 

Éric Conan c’est le vin qui nous a rapproché, je concluais une chronique ainsi, « Une dernière chose, cher Éric Conan, comme je suis un très ancien et très fidèle amateur, merci pour votre papier sur le Cerdon de Raphaël Bartucci page 121 « Des Bulles gourmandes de plaisir » et permettez-moi une requête puisque vous écrivez « L’un des meilleurs producteurs de vrai Cerdon. Il se fait dévaliser dès que ses bouteilles sont prêtes à la vente » : pourriez-vous m’aider à acquérir quelques précieux flacons de ce vigneron ?

 

Nous nous sommes croisés l’an dernier dans les allées du Grenier Saint-Jean à Angers… « Éric Conan un ex de l’Express au temps de mon rapport. Nous échangeons plaisamment sans nous attendrir sur notre passé d’anciens combattants. » ICI 

 

PORTRAIT - Badiou, la star de la philo est-il un salaud ? - Éric Conan

 

Marianne, no. 671 - Événement, samedi, 27 février 2010, p. 18

 

A 73 ans, ce maoïste non reconverti est devenu un personnage public. Il doit sa notoriété à un pamphlet contre Sarkozy. Encensé par l'extrême gauche, ce philosophe ne cache pourtant pas sa haine de la démocratie. Mais qui a enquêté sur M. Badiou ? Il a accepté de rencontrer " Marianne ", qu'il traite de " poubelle républicaine ".

 

Portrait.

 

On sait bien que l'époque est favorable aux provocateurs et aux célébrités fulgurantes, mais il y a tout de même un mystère Badiou : pourquoi cela marche-t-il ?

 

Qui connaissait ce professeur honoraire de Normale sup de 73 ans il y a seulement trois ans ?

 

La plupart des gazettes le présentent aujourd'hui comme le grand intellectuel engagé, penseur de la radicalité radicale. Ce n'est pourtant pas un jeune premier éblouissant, mais plutôt un vieux perdant dont l'originalité consiste à défendre tout ce qui a échoué, de préférence dans le sang. Stalinisme, maoïsme, génocide cambodgien..., il assume tout. Il exècre la démocratie et les droits de l'homme. Son créneau - le kitch tragique - semble porteur, mais il serait injuste d'y voir de l'opportunisme. Cet exotisme relève chez lui de la fidélité : Alain Badiou est un fossile des années 60-70. Tous les maoïstes de l'époque ont répudié leur jeunesse folle et beaucoup en font commerce. Lui maintient tout. Il reste le dernier. C'est d'ailleurs l'une des constantes de sa biographie : il a toujours été en retard, en décalage. Mais c'est la première fois qu'il en profite.

 

Cela ressemble à une revanche. On l'entend aujourd'hui parce que tous les maîtres penseurs de son époque sont partis, Sartre, Foucault, Lacan, Deleuze, Derrida, Bourdieu. Lorsque ceux-là régnaient, il restait, lui, dans l'ombre. Pas par manque de talent ou d'intelligence. C'était un premier de la classe : major à Normale sup, major à l'agrégation. L'Inspection générale de l'Education nationale choisit d'ailleurs ce jeune surdoué pour présenter les grands philosophes à la télévision scolaire. Beau début de carrière pour un " héritier " : maman est prof de philo, et papa, normalien, prof de maths et ancien résistant, fut maire socialiste (SFIO) de Toulouse de 1944 à 1958. Avec un bras assez long pour pistonner son fils et lui éviter le service militaire dans l'infanterie : Alain Badiou verra la fin de la guerre d'Algérie en jouant du piccolo dans la fanfare d'un régiment de l'armée de l'air près de Bordeaux.

 

A l'époque, il suit papa, qui quitte la SFIO pour le Parti socialiste autonome (PSA) puis unifié (PSU), mais son ambition se porte d'abord vers la littérature, comme Sartre - son " maître absolu " - dans les années 30. Il commence par des romans de facture classique. Des bides, l'heure est déjà au " tout-politique ". Il ne rattrape pas son retard et rate Mai 68 à Paris : il est prof à Reims et secrétaire fédéral de la Marne du PSU. Il refuse pourtant d'être candidat aux législatives de juin 1968. " C'est à partir de ce moment que je suis contre le processus électoral. C'est la dernière fois de ma vie que j'ai voté. " Installé à Paris, en février 1969, il comprend qu'il y a mieux que le PSU. Mais plutôt que de rejoindre ses grands frères de Normale qui se bousculent au sein de la Gauche prolétarienne (GP), il préfère créer sa petite structure à lui : l'Union des communistes de France marxiste-léniniste (UCFML). Tout en poursuivant sa carrière là où il faut être, à Vincennes, cette université toute neuve où Edgar Faure, le ministre de l'Education post-68 de De Gaulle, a habilement parqué hors de Paris l'élite du gauchisme universitaire. Alain Badiou s'y distingue en annonçant qu'il donnera leurs examens à ceux « qui ne sont jamais venus en cours et qui ont ainsi montré par leur absence leur détachement louable des choses de ce monde ». Le même se lamentera trente ans plus tard devant un collègue sur la « baisse tragique du niveau des élèves de Normale ». « Contradiction apparente ! nous explique-t-il aujourd'hui. L'époque avait un caractère d'exception formidable et Vincennes était alors un bastion politique pour la révolution. »

 

Révolution que l'UCFML de Badiou prend au sérieux.

 

« Tout le décorum de la clandestinité était là : les pseudos, les rendez-vous secondaires, se souvient Éric Auzoux, alias " Bob ", aujourd'hui traducteur. On était organisé en régions, et les chefs, le "Centre", nom qu'ils s'étaient attribué, n'apparaissaient pas en public, en particulier pas Badiou, le centre du centre, raisons de sécurité. Pour la région Nanterre, seule implantation étudiante en Ile-de-France, avec une dizaine de militants, "l'action de masses" était dirigée vers le foyer Sonacotra, pour organiser le "prolétariat international" ; ça a rarement dépassé le stade du café ou de l'écoute passive ; la seule fois où on manifesta de l'intérêt pour nous fut quand le gardien du foyer a lâché son berger allemand sur l'un d'entre nous. À la fac, on prônait la surenchère maximaliste et la grève des examens, ce qui nous valait quelques succès de claque en AG. Là non plus nous ne recrutions pas, mais rien que de normal puisque, comme l'assenait le centre, nous en étions à l'étape du noyau. »

 

Ce n'est que bien plus tard qu’Éric Auzoux rencontre Badiou. « Mon cadre de région me refusait des vacances : cela devait être tranché au sommet. Le rendez-vous était fixé dans un café de Montparnasse. "Bonjour, Bob !" m'a dit Badiou, avec sa veste en cuir d'apparatchik géorgien, et ce qui voulait sans doute être un sourire. J'ai le souvenir d'avoir passé une sorte d'oral muet. Lui, très grand chef, et moi, petit militant honoré d'être reconnu. J'ai donc eu droit à mes congés et ai été nommé cadre peu après, chargé des relations avec le groupe Foudre. »

 

C'est par ce « groupe Foudre d'intervention marxiste-léniniste dans l'art et la culture » que l'UCFML a laissé le plus de traces dans les mémoires. « Nous devions pourrir les spectacles qui n'étaient pas dans la ligne juste, se souvient l'un de ses animateurs, Bernard Sichère, aujourd'hui philosophe spécialiste d'Aristote. On allait expliquer dans son théâtre à Ariane Mnouchkine qu'elle n'avait pas le bon point de vue de classe. On perturbait aussi dans les salles les projections de Portier de nuit ou des Chinois à Paris, le film de Jean Yanne. Dans les cinémas du Quartier latin, on ne risquait pas de rencontrer les masses, seulement j'ai fini par comprendre que ce n'était pas l'objectif. Déjà, pour Badiou, l'important n'était pas le nombre, mais le noyau dur suivant la ligne juste, ce qui permettait d'exclure les massistes, les spontanéistes. « Et de préférer aux sorties d'usine le velours rouge d'un salon du Lutétia, le luxueux palace du VIe arrondissement, pour tenir un " meeting du prolétariat international ». « Je m'en suis quand même étonné auprès de Badiou, se souvient Bernard Sichère. Il m'a répondu : "La révolution est partout chez elle !" »

 

Avec ce prosélytisme, l'UCFML n'a guère dépassé les 500 militants à son apogée et n'a récupéré que peu des maos dépités par la dissolution de la GP en 1973. Le seul lien fut Kostas Mavrakis, ex-GP qui dirigeait Théorie et politique, revue ultra-" théoriciste " où il publiait Badiou : « Malgré mon amitié pour lui, je n'ai jamais eu l'idée d'intégrer l'UCFML, trop sectaire. Ils n'avaient aucun lien avec le monde ouvrier. Aucun établi. Ils étaient surtout hostiles aux syndicalistes, les taxant de révisionnisme, vendus à la bourgeoisie, alors qu'à la GP on estimait qu'il fallait encourager la combativité ouvrière, même sur des revendications réformistes, afin de la renforcer pour plus tard. »

 

L'un des rares faits d'armes de l'UCFML, l'attaque nocturne de la succursale Mercedes, avenue de la Grande-Armée, à Paris, en riposte à la mort des suites d'une grève de la faim d'un membre de la bande à Baader, était une initiative de jeunes militants et sympathisants. « Nous avions simplement cassé les vitrines, mais d'autres, passés derrière nous, ont mis le feu ! se souvient l'un des responsables du commando. À suivi un théâtral mouvement de panique de Badiou et notre mise au vert dans un appartement du XVIe arrondissement. » Car le grand théoricien de la violence révolutionnaire la goûte peu lui-même. « Badiou et le "Centre" apparaissaient rarement dans les actions militantes ou les manifs non autorisées, remarque Bernard Sichère. Pour les rares opérations auprès des ouvriers, qui se terminaient souvent par des affrontements avec les syndicats, ils envoyaient des militants faibles ou novices, comme lors de cette tragique virée au Mans où des malabars de la CGT nous ont sérieusement tabassés et coursés jusque sur l'autoroute. »

 

Maître pervers

 

" Pure calomnie d'ex ! répond aujourd'hui Alain Badiou. Il y a eu simplement erreur dans la constitution de l'équipe. On aurait dû envoyer au Mans des camarades plus expérimentés. « Mais il n'y en avait pas tant que cela, des camarades.  Et je crois aussi qu'ils envoyaient au carton ceux qu'ils voulaient brimer, estime Eric Auzoux, qui est arrivé dans le groupe Foudre en pleine affaire François Balmès. Un prof de philo, fragile, épuisé par le rythme que lui imposait le "Centre". Il a craqué, on a su après qu'il avait été interné, mais, à l'époque, quand on a demandé de ses nouvelles, on n'a eu droit qu'à cette réponse de Badiou, typique du jargon UCFML : "Le camarade traverse une période subjective difficile." »

 

« Il y avait une hiérarchie de fer entre le "Centre", les cadres et les militants, hiérarchie qui correspondait aux diplômes universitaires, explique un ancien cadre. Le "Centre", c'était quatre profs, Alain Badiou, Natacha Michel, Sylvain Lazarus et Catherine Quiminal, qui rédigeaient les tracts. Badiou était le maître qui aime donner des notes, des instructions. On passait notre temps à faire des bilans, toujours positifs, alors qu'on changeait en permanence de mots d'ordre. Mais on avait toujours raison, aucun événement ne nous mettait en tort. Notre stratégie facilitait cette certitude de secte : il fallait rester autonome et ne jamais s'allier aux autres sur une action. »

 

Toutefois, le génocide cambodgien et la mort de Mao accélèrent l'érosion des militants. « Leurs comportements humains dans l'épisode Balmès avaient commencé à m'ouvrir les yeux, se souvient Eric Auzoux, mais leur silence après la mort de Mao et la chute de la bande des quatre fut un choc : Badiou nous avait dit que la ligne de nos héros était soutenue par les masses, mais personne ne s'était soulevé pour les défendre et le "Centre" fut soudain muet, impuissant face à un événement qu'il était incapable d'analyser. » Michel Schneider, aujourd'hui psychanalyste et écrivain, était depuis 1972 l'énarque de l'UCFML. Il a rompu en 1976 : « J'ai ouvert les yeux à cause du fonctionnement quotidien de l'organisation et non de ce que l'on pouvait déjà savoir de la mascarade de sang et de mort de la Révolution culturelle. Car rien, même pas Simon Leys, ne passait la barrière de la croyance. J'ai réalisé qu'en fait de servir le peuple je servais un maître pervers. Badiou n'a pas de sang sur les mains parce qu'il n'a jamais eu le pouvoir, mais le désir d'extermination était là. »

 

Le pire justifié au nom du nouveau

 

L'UCFML continuera jusqu'en 1984, se réduisant à un noyau dur de plus en plus restreint autour de Badiou, qui publie alors ses textes les plus tragi-comiques. En 1979, quand les Vietnamiens occupent le Cambodge après le génocide des Khmers rouges, il dénonce un " acte de barbarie militariste " et une " violation des peuples à exister, du droit des nations à voir leurs frontières garanties ". Il n'avait pas hésité à justifier les massacres de la Révolution culturelle et, après ceux de Pol Pot, on ne relit pas sans stupéfaction sa Théorie de la contradiction, publiée en 1975, qui justifie le pire au nom du nouveau : « La résolution d'une contradiction exige que quelque chose disparaisse ", " La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu'il y a des cadavres qu'aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller ». Plus de trente ans après, Badiou - qui n'a toujours pas mis les pieds en Chine - n'en démord pas, et ses propos fantaisistes sur la Révolution culturelle trahissent son rapport autiste avec le réel : il continue d'affirmer que Mao s'est battu contre la bureaucratie du Parti en lançant un " appel aux mouvements spontanés des masses ", quand trois décennies de travaux historiques ont établi qu'il s'agissait d'une lutte au sommet, Mao cherchant à reprendre un pouvoir total qui lui avait échappé.

 

« Je suis parti après le Cambodge, quand j'ai compris que notre petit groupe clos ne discutait jamais de la réalité. Même le débat réclamé sur Staline était toujours différé, raconte Bernard Sichère. Mais, chaque fois que quelqu'un partait de lui-même, Badiou gardait la maîtrise de l'événement en l'excluant ! " Procédé invariable qu'a connu Michel Schneider : " Je suis passé en procès devant le "Centre". Il y avait Badiou, Natacha Michel, Sylvain Lazarus. Badiou m'a dit : « On ne démissionne pas d'une organisation révolutionnaire. On n'en sort que par la mort ou l'exclusion ! » C'est la littérature qui m'a sauvé : j'avais été pris en train de lire Proust en cachette. Ecrivain décadent !?Pourriture bourgeoise ! La Recherche du temps perdu m'a permis de quitter le Petit Livre rouge. "

 

Marie-Claire Boons n'est pas partie, mais elle attend toujours le débat promis par le " Centre " sur le rapport qu'elle lui avait envoyé à l'époque à propos du machisme dans l'UCFML, qui était le groupe maoïste le plus mixte. « Vous n'avez aucune idée de ce que j'ai pu souffrir d'être une des femmes du chef », raconte cette psychanalyste dont la déconcertante franchise témoigne de la servitude volontaire qui régnait dans le groupuscule d'Alain Badiou. Une microsociété au centre de laquelle se trouvait la polygamie assumée de Badiou, hier comme aujourd'hui : « Oui, j'ai toujours fait coexister différents rapports avec différentes femmes. Mais moi, je ne le cache pas ! » Marie-Claire Boons était l'égérie de la grande bourgeoisie. C'est dans son bel appartement des quais de l'île Saint-Louis qu'avaient lieu bien des réunions, et notamment en 1972, celle qui rassembla au sommet Philippe Sollers et Alain Badiou pour discuter de la fusion de leurs deux bandes maoïstes, le groupe Tel Quel et l'UCFML, en une nouvelle structure, " Alliance ". Bernard Sichère était encore aux premières loges : « J'étais l'intermédiaire de ce projet, car j'écrivais dans Tel Quel. Ce fut une confrontation entre deux ego monumentaux. Badiou citait le camarade Staline, Sollers, La Fontaine. C'est Sollers qui a reculé, peut-être jaloux du phallocratisme organisé de Badiou. » Marie-Claire Boons a une autre explication : « Sollers a senti que Badiou était quelqu'un de plus fort que lui. »

 

Une autre divergence importante séparait les deux tribus : la question du désir en politique. L'UCFML s'opposait aux " gauchistes désirants " et à leur maître, Gilles Deleuze, Badiou raillant les " barbus deleuziens avec leur gras désir en bandoulière ". Ligne dont il n'a pas dévié aujourd'hui : « Ils croyaient que le désir était subversif et déboucherait sur la révolution. Mais non ! Nous avions raison : on voit bien que l'individu qui s'épuise dans l'hédonisme est tout à fait homogène au monde capitaliste. » Ce puritanisme n'était qu'idéologique et n'empêchait pas Badiou de régner en gourou sur des militants et militantes fascinés. « Les membres non cadres, dont j'étais, étaient interdits de sexualité dans le parti, raconte Michel Schneider. Il fallait baiser des trotskistes ou des spontanéistes. La sexualité était le monopole du maître pervers. Par crainte de perdre l'amour du chef, les femmes sombraient dans le masochisme et les hommes s'autocastraient pour se soumettre au mâle dominant de notre horde primitive, comme disait Freud. »

 

Ambiance de secte dont témoigne le destin choisi de Marie-Claire Boons, entre fidélité, asservissement et lucidité : « J'ai vécu, en France et dans une organisation de 300 personnes, des phénomènes de terreur comparable à ce qui s'est passé en URSS : la possibilité d'écraser quelqu'un, la mort en moins. Moi, je souffrais doublement, à la fois d'un machisme terrible et de mes origines bourgeoises. » Mais Marie-Claire Boons est restée. « Avec Alain, j'avais découvert en même temps la politique et l'érotisme, tout un monde que j'ignorais. J'ai donc partagé et accepté que le maître ait droit à tout dans une organisation qui se disait pourtant révolutionnaire. »

 

Encore une contradiction qui n'effraie pas Alain Badiou : « Tous les collectifs produisent de la souffrance, et figurez-vous que c'est là un problème essentiel qui me préoccupe depuis longtemps : la question du charisme, ou de ce que certains appellent le culte de la personnalité, qu'il faut mettre au bilan de la séquence d'émancipation antérieure. Mais je ne suis pas sûr que l'on puisse s'en passer : l'idée doit avoir un minimum de visibilité et, depuis le christianisme, cela est toujours passé par un corps. Problème symétrique de celui de la terreur puisque celui qui incarne l'idée a toujours peur qu'un autre se lève pour mettre en cause la représentation. »

 

Communisme intégral, violence acceptée

 

Mais personne ne s'est jamais levé contre Badiou, qui a transformé en 1985 l'UCFML en une mystérieuse et plus confidentielle " Organisation politique " (OP), qui n'a jamais dépassé les 200 membres, mais toujours dirigée par le noyau professoral, Alain Badiou, Natacha Michel, Sylvain Lazarus. Marie-Claire Boons, elle, a suivi, toujours fidèle, tout en doutant de certains mots d'ordre d'une ligne qui reste la même. Communisme intégral. Acceptation de la violence. « Cela reste problématique chez Alain ». Abolition de la propriété privée. « Ça, je ne suis pas complètement sûre que ce soit une idée juste, mais Alain le pense, ajoute-t-elle, perplexe et rêveuse, devant ses grandes fenêtres qui laissent voir la Seine couler. Lui plaisait mieux l'activité militante quasi unique de l'Organisation politique : le soutien des sans-papiers, rebaptisés " classe ouvrière internationale de France »

 

Le " nouvel opérateur politique ", nous explique gentiment Alain Badiou. Car l'ancien, le " prolétariat industriel français ", n'est plus, selon lui, porteur de " subjectivité politique " : " Il est difficile de leur trouver un nouveau souffle, si vous voulez. Ces ouvriers français ne sont plus capables que d'indignation, ils se crispent sur la défense des acquis sociaux. Ils sont conservateurs en défendant le cadre national existant attaché au passé. " Tandis que les sans-papiers " sont tournés vers l'avenir " : « Ils savent qu'ils incarnent l'idée nouvelle du prolétariat mondial parce que eux sont des acteurs homogènes au stade actuel de la mondialisation. " Cela fait peut-être une base un peu étroite pour le Grand Soir ? " Le juste n'est pas une question de dimension, répond Alain Badiou. Il faut travailler avec ce nouveau prolétariat encore insaisissable, cela prendra du temps et l'important ne se produira pas forcément sur le sol d'une Europe sur le déclin. "

 

Concrètement, l'OP organisait des réunions parisiennes les samedis après-midi, avec des collectifs de sans-papiers et des manifestations, souvent contre la CGT, l'éternelle ennemie réformiste. « Nous la dénoncions parce qu'elle réclamait la régularisation des sans-papiers qui avaient du travail, alors que nous demandions la régularisation de tous, explique un ancien membre de l'OP. Cela ne débouchait sur rien de précis, et régnaient toujours les mêmes méthodes : on faisait parler quelques Maliens qui récitaient leur leçon, mais aucun débat n'était possible. Je me souviens d'une fois où un militant a évoqué la possibilité d'étendre nos actions aux jeunes de banlieue. Il s'est fait rembarrer par Sylvain Lazarus, qui lui a dit qu'il ne comprenait rien, que ces jeunes prolétaires étaient corrompus par l'argent et le désir de jouissance. »

 

L'OP est si confidentielle que personne ou presque ne sait que son chef l'a abandonnée il y a trois ans, mettant fin à plus de trente ans de complicité militante avec Sylvain Lazarus, infatigable organisateur de cette mystérieuse organisation qui fuyait et méprisait les médias. « La séquence de l'OP est terminée, nous confirme Alain Badiou. Sa fonction était la critique du PC et de la gauche. » Cela date un peu ? » Oui, mais une vraie conclusion doit parfois traverser une longue période de saturation ", répond Badiou. Sylvain Lazarus, qui vit mal cette trahison et prépare une explication publique, ne s'autorise qu'une courtoise condamnation de son ex-compagnon, qu'il ne voit plus : « Il n'est plus confronté aux situations actuelles, et son discours n'est plus adossé à une expérience militante personnelle. » Alain Badiou, qui admet que son ex-camarade vit une " situation difficile ", reste froidement optimiste : « Il reconnaîtra la nécessité de cette extinction qu'il n'accepte pas, car il est encore dans la doctrine d'un maintien. » Une fois encore, Marie-Claire Boons est plus compréhensive. « Alain m'a dit qu'il fallait passer à un nouveau stade du militantisme, en allant dans les médias, et qu'il avait décidé de n'en refuser aucun. »

 

La preuve ?

 

Il accepte de recevoir Marianne, qu'il qualifie pourtant de " poubelle républicaine ".

 

Ce n'est pas qu'un spectacle...

 

Alain Badiou est passé au stade du militantisme médiatique après le succès de De quoi Sarkozy est-il le nom ? petit pamphlet repris de son cours à Normale sup. Il fait ce qu'il veut dans ce cours théoriquement consacré à Platon, où il traitait dernièrement d'Haïti. « Oui, j'ai souvent des interventions latérales, c'est l'honneur de Normale depuis Lacan ! Alors, quand j'ai vu en 2007 les élèves soucieux et perplexes après l'élection de Sarkozy, j'en ai parlé ! »

 

De la haute philosophie...

 

Attaque sur le physique, mépris social : Sarkozy est décrit en " nabot ", en " comptable bourré de tics ", " avec un look de cadre moyen d'une banque de seconde zone ", et les sarkozystes qualifiés de " rats ". Le gouvernement relève d'un " pétainisme transcendantal " et Badiou, compréhensif pour Pol Pot, dénonce une " barbarie sarkozyenne " : « Les moyens techniques du contrôle des populations sont aujourd'hui tels que Staline, avec ses fichiers manuscrits interminables, ses fusillades de masse, ses espions à chapeau, ses gigantesques camps pouilleux et ses tortures bestiales, apparaît comme un amateur d'un autre âge. »

 

En tout cas, cela marche fort : plus de 60 000 exemplaires, alors qu'en quarante ans les ventes de ses livres ont toujours oscillé entre 2 000 et 6 000 exemplaires. Badiou, c'est du brutal, et les médias, qui adorent ce genre de personnage, l'installent vite entre Loana, Tariq Ramadan et Claude Allègre. Il joue le jeu à merveille, ne se forçant guère quand il ose toutes les horreurs qui le font remarquer dans une époque fade qui a abandonné les idéologies hard pour communier dans les droits de l'homme.

 

Mao ?

 

« Un personnage accessible, souriant. On se moquait même de son goût pour les plaisanteries " ; son Petit Livre rouge " est le meilleur livre de cuisine politique qui existe. » Les 70 millions de morts qu'on lui attribue ? " Cela en fait indubitablement le plus grand serial killer de l'histoire ! " Ah, on se marre avec Badiou ! Mais ce n'est pas qu'un spectacle. Car il y croit, et l'on ne le prend peut-être pas assez au sérieux.

 

Cela devient pourtant rare, un intellectuel affirmant qu'" il faut avoir le courage de ne pas être démocrate " : « La démocratie est un outil propagande du capitalisme. Je pense que la loi du nombre est absurde. »

 

Comme Maurras ?

 

« Oui, mais lui la refusait pour des raisons de droite. Les meilleures règles pour satisfaire les besoins du collectif, tout comme les vérités scientifiques, ne peuvent sortir du jeu démocratique. » Non, ça, c'est, selon lui, le rôle du savant politique, de l'intellectuel : « Le mouvement ouvrier inclut en son sein ceux qui ont des idées communistes, ceux qui savent dégager la vérité du collectif, la vérité de ce dont il est réellement capable. « 

 

Il ne blague pas non plus sur les crimes dudit communisme : « Les tenants de la démocratie et du capitalisme ne peuvent être juges du négatif des séquences de l'émancipation. Nous choisissons nos juges ! Nous commençons par rappeler que le capitalisme est génocidaire. Ceux qui veulent éviter a priori la terreur font de la figuration dans l'ordre établi. » Alors, comme des lapins éblouis par son irradiante lumière radicale, journalistes et animateurs se pâment depuis trois ans devant le phénomène. Sur France 3, Frédéric Taddeï invite plusieurs fois ce " maître à penser ", selon lui " le dernier penseur radical français ". Rue 89 parle d'un " mandarin réputé pour sa capacité à synthétiser l'histoire des idées " qui " a bâti un univers conceptuel cohérent, mélange néoplatonicien et marxiste pur et dur ". Même BFM s'y met, tout comme le Parisien, qui consacre une pleine page à " l'un des dirigeants du mouvement maoïste français ".

 

Adulé... et détesté

 

De quoi rendre inutile la petite troupe des jeunes disciples de Badiou qui célèbrent leur maître comme on savait le faire sous Ceausescu. Slavoj Zizek, qui vante « la force incomparable de la pensée de Badiou qui surpasse de loin tout ce qui s'est publié en France ces dernières années ». Mehdi Belhadj Kacem qui affirme qu’ « Hegel n'est qu'une parenthèse, grandiose, mais une parenthèse, entre Kant et Badiou ». Ou Fabien Tarby, auteur d'entretiens avec le maître (la Philosophie et l'événement, Germina) pour qui « Badiou est le nom, dans l'histoire de la philosophie, d'une synthèse nouvelle entre la lucidité rigoureuse du matérialisme et l'invincible espérance de l'idéalisme », évidemment rehaussée par « le soufre d'un engagement qui aurait commis le crime de ne pas condamner les crimes de Mao ». Mais Badiou sait qu'il n'est jamais aussi bien servi que par lui-même : " Je suis sans aucun doute le philosophe français vivant le plus traduit, lu et commenté dans le monde. "

 

Quand elle ne fait pas rire, cette complaisance médiatique peut agacer. Ce fut le cas de Jean-Marie Brohm, ancien trotskiste et impeccable sociologue de gauche. Stupéfié par cette " justification politique de l'infamie ", il rédige avec un collègue un texte rappelant les écrits de Badiou sur le Cambodge, qu'il envoie au Monde. " Le journal nous a fait lanterner deux mois avant que l'on découvre que Nicolas Truong, le responsable des tribunes du Monde écrivait un livre avec Badiou ! Cela ne nous a pas amusés de la publier finalement dans le Figaro, mais c'est parce qu'à notre grande surprise Libération nous l'a aussi refusé ! "

 

Rien de surprenant, Libération est la plus belle prise médiatique de Badiou. Le quotidien lui a consacré plusieurs pages comme " invité spécial ", son directeur, Laurent Joffrin, justifiant ce statut par le fait que « Nicolas Sarkozy a trois adversaires en France, Martine Aubry, Bernard Thibault et Alain Badiou ». L'" invité spécial " explique aux lecteurs de Libération qu'il ne faut pas " juger les expériences communistes selon les deux critères de l'efficacité économique et des libertés publiques, car ce sont justement les critères de jugement du monde occidental ". Et répète que " l'action militante ne doit pas jouer le jeu électoral ", sa préférence étant que " Sarkozy soit chassé par la rue ". " Avez-vous un programme concret ? " s'inquiète tout de même Laurent Joffrin. " Tout cela sera élaboré en situation, non comme programme abstrait ", répond, dans le journal d'Edouard de Rothschild, Alain Badiou, qui s'en moquait quelques années auparavant, expliquant qu'" un journal qui appartient à un riche manager n'a pas à être lu par quelqu'un qui n'est ni riche ni manager ". C'était à l'époque où il dénonçait la " puissance de déraison et d'ignorance tout à fait spectaculaire " de la " baraque médiatique ". 

A l'égal des grands

 

Mais, depuis, il a compris que le spectacle télévisé, c'est la réalité, et il applique, avec trente ans de retard sur lui, les méthodes de Bernard-Henri Lévy. Développer un réseau avec un correspondant dans tous les médias. Fixer ses règles : Badiou refuse les débats et, à l'antenne, exige un minimum de vingt minutes de parole. Elargir son public, ce qu'il vient de faire habilement avec un petit livre, Eloge de l'amour (Flammarion), manière de dire par un sophisme que le collectif est supérieur à l'individu et que " le communisme commence à deux ".

 

Pour le reste, Alain Badiou, comme Bernard-Henri Lévy, profite surtout de l'absence de contradicteurs véritables. A quelques exceptions près, les universitaires estiment que lui répliquer relèverait du ridicule ou de la perte de temps, et servirait plutôt ses provocations. Le démontage le plus exhaustif et le plus ravageur de son oeuvre a été fait par Séverine Denieul dans un long article - " Les habits neufs d'Alain Badiou " - de l'Autre Côté, une revue d'inspiration postsituationniste qui maintient l'indéfectible vigilance de ce courant contre les " crétins maoïstes ". Guy Debord avait mis en garde dès 1982 contre Badiou, qui lui semblait, parmi tous " les déchets critiques ", le " pire de tous ".

 

Le philosophe Philippe Raynaud fut par ailleurs un des rares à s'être penché sur la littérature de Badiou avant sa célébrité pour rédiger son étude l'Extrême Gauche plurielle (Perrin) : " L'ennui, c'est que son mépris de la démocratie prend sa source dans un mépris de l'humanité ordinaire, un mépris commun à l'extrême gauche et à l'extrême droite pour l'aspiration "animaliste" au confort et au bien-être que permettent les droits de l'homme. Pour lui, l'humanité doit être transcendée par une idée - le communisme dans son cas - proposée par le philosophe. C'est une logique symétrique au projet fasciste. "

 

Myriam Revault d'Allonnes, professeur de philosophie à l'Ecole pratique des hautes études, qui vient de publier Pourquoi nous n'aimons pas la démocratie (Seuil), est aussi l'une des rares à s'inquiéter publiquement du succès d'un " intellectuel qui proclame sa haine de l'homme démocratique " : " On ne pensait pas réentendre ce genre de discours. Il joue sur la crédulité des jeunes générations qui ont de moins de moins de culture historique et politique. " Le psychanalyste Michel Schneider partage cette analyse : " Je suis sidéré qu'une pensée aussi folle, aussi délirante, ait un tel écho. Les jeunes ne savent pas d'où vient ce discours et à quoi il est lié parce que les anciens maos qui ont consenti à ces horreurs ne se sont pas assez expliqués. " En fidèle disciple du psychanalyste Wilhelm Reich, Jean-Marie Brohm diagnostique de son côté un " éternel désir de soumission au maître cruel, une fascination pour le pervers autoritaire. Badiou est très symétrique de Sarkozy. Pour eux deux, le réel ne compte pas, la vérité, c'est ce qu'ils disent au-dessus du réel pour le faire disparaître. C'est pour cela que la démocratie les gêne. "

 

Avec De quoi Badiou est-il le nom ? (L'Harmattan), qui vient de paraître, Kostas Mavrakis, devenu peintre adepte d'un classicisme évoquant le réalisme socialiste, règle aussi ses comptes avec son ancien complice maoïste. Ils étaient pourtant restés proches, Badiou défendant même Mavrakis, accusé il y a peu d'avoir publié un texte contre l'art moderne dans Krisis, la revue d'Alain de Benoist. Ils se sont brouillés en 2006 comme deux enfants pour une affaire de tableau, Badiou se déclarant " propriétaire transcendant " de Leda et le cygne, l'oeuvre préférée de Mavrakis, qu'il revendiquait et qu'il n'a jamais obtenue, son ami se sentant trahi par l'apologie de l'art contemporain de Badiou dans son livre le Siècle. " C'est vrai, j'aurais bien accroché Leda et le cygne sur mon mur, mais le problème, c'est que Kostas a vraiment basculé dans la réaction ", précise Badiou. Les deux amis se sont séparés en 2009 par un échange de lettres en pleine ascension médiatique d'un Badiou triomphant auprès de son ex-ami. " L'heure du retour des vérités universelles est venue, et mon actuel destin public n'est qu'un des symptômes flagrants de ce que la parenthèse réactive s'achève ", lui écrivait-il en octobre dernier. " J'ai pensé au délire d'Althusser, qui se voyait en dirigeant unique de la révolution mondiale, Badiou n'en est plus très loin, commente Kostas Mavrakis. Un marxiste orthodoxe verrait dans sa célébrité médiatique une manoeuvre de récupération de la bourgeoisie : il est devenu le bouffon du capital. On le montre parce qu'il n'est pas dangereux, il peut même rendre des services. "

 

Il vient d'en rendre un beau à Bernard-Henri Lévy en lui proposant par mail de débattre ensemble parce qu'il n'y aurait plus qu'eux deux sur la scène intellectuelle... Bernard-Henri Lévy a accepté ce projet de reconnaissance réciproque à la grande satisfaction du penseur de la radicalité. " Il m'a déjà traité de "sagouin". Je lui ai répondu que cela m'allait très bien parce qu'il ne sait pas que c'est le nom d'un petit singe d'Amérique centrale à longue queue ! Il va regretter d'accepter de m'affronter, parce qu'il va se faire démolir publiquement ", s'enthousiasme déjà Alain Badiou. Enfin parvenu à l'égal des plus grands.

 

Badiou dans le texte

 

Le Siècle, Le Seuil, 2005.

 

De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Lignes, 2007.

 

Mao : de la pratique et de la contradiction, avec Slavoj Zizek, La Fabrique, 2008.

 

Eloge de l'amour, avec Nicolas Truong, Flammarion, 2009.

 

L'Hypothèse communiste, Lignes, 2009.

 

La Philosophie et l'événement. Entretien avec Fabien Tarby, Germina, 2010.

 

 

SES POINTS DE REPÈRE

 

Mao

 

Le Grand Timonier : " Un personnage accessible, souriant. On se moquait même de son goût pour les plaisanteries. "

 

Pol Pot

 

En 1979, quand les Vietnamiens occupent le Cambodge après le génocide des Khmers rouges (près de 2 millions de morts), Badiou dénonce un " acte de barbarie militariste " et une " violation des peuples à exister ".

 

La fac de Vincennes

 

Professeur à Vincennes, il annonce qu'il donnera leur examen à ceux " qui ne sont jamais venus en cours et qui ont ainsi montré par leur absence leur détachement louable des choses de ce monde ".

 

Les ouvriers

 

" Les ouvriers français ne sont plus capables d'indignation, ils se crispent sur la défense des acquis sociaux, ils sont conservateurs en défendant le cadre national existant attaché au passé. "

 

Staline et Sarkozy

 

Dans De quoi Sarkozy est-il le nom ?, son premier best-seller, Badiou dénonce la " barbarie sarkozyenne ". Comparé au " nabot " Sarkozy, " Staline, avec ses fichiers manuscrits interminables, ses fusillades de masse, ses espions à chapeau, ses gigantesques camps pouilleux et ses tortures bestiales, apparaît comme un amateur d'un autre âge ".

 

Lui et les autres

 

Gilles Deleuze

 

Le chef de l'UCFML raillait les " barbus deleuziens avec leur gras désir en bandoulière ". Aujourd'hui, Badiou confirme : " Ils croyaient que le désir était subversif et déboucherait sur la révolution. Mais non ! Nous avions raison : on voit bien que l'individu qui s'épuise dans l'hédonisme est tout à fait homogène au monde capitaliste présent. "

 

Guy Debord

 

Guy Debord, dès 1982, s'inquiétait de Badiou, qui lui semblait, parmi les " déchets critiques ", " le pire de tous ".

 

Bernard-Henri Lévy

 

Considérant qu'il n'y a plus qu'eux deux sur la scène, Badiou propose un débat à Bernard-Henri Lévy : " Il va regretter d'accepter de m'affronter, parce qu'il va se faire démolir publiquement ! " affirme-t-il.

 

Eux apprécient son talent

 

Slavoj Zizek * :

 

" Il suffit à Badiou d'articuler les vraies idées pour que la pensée antitotalitaire apparaisse pour ce qu'elle est réellement, à savoir une pseudothéorisation des peurs et instincts de survie les plus opportunistes. "

 

* Philosophe et psychanalyste.

 

Mehdi Belhaj Kacem* :

 

" Hegel n'est qu'une parenthèse, grandiose, mais une parenthèse, entre Kant et Badiou. "

 

* Ecrivain et philosophe.

 

Lui réfute sa rhétorique

 

Philippe Raynaud * :

 

" Son mépris de la démocratie prend sa source dans un mépris de l'humanité ordinaire, un mépris commun à l'extrême gauche et à l'extrême droite pour l'aspiration animaliste au confort et au bien-être. "

 

* Philosophe, auteur de l'Extrême Gauche plurielle (Perrin).

 

Les médias l'adorent

 

Frédéric Taddéï

 

Frédéric Taddéï, voit dans ce " maître à penser " " le dernier penseur radical français ".

 

Il a été plusieurs fois invité à " Ce soir ou jamais ! ", sur France 3. Ici, le 25 octobre 2007.

 

Laurent Joffrin

 

Laurent Joffrin : " Nicolas Sarkozy a trois adversaires en France : Martine Aubry, Bernard Thibault et Alain Badiou. "

 

Libération est sa plus belle prise médiatique. Plusieurs pages lui ont été consacrées comme " invité spécial ".

 

Rue89 : " Un mandarin réputé pour sa capacité à synthétiser l'histoire des idées ", qui " a bâti un univers conceptuel cohérent, mélange néoplatonicien et marxiste pur et dur ".

 

Rue89 met en ligne une vidéo de son " grand entretien " avec lui.

 

Le Parisien consacre une pleine page à " l'un des dirigeants du mouvement maoïste français ".

 

Le quotidien ouvre ses colonnes à " l'intellectuel engagé " et au " penseur radical de gauche ".

«  Sur la situation épidémique », par Alain Badiou ICI

26/03/2020

 

Confiné comme des milliers d’autres à Paris, le philosophe livre sa vision de la situation engendrée par la pandémie de Covid-19. Il est selon lui illusoire de penser qu’une panique sanitaire puisse en elle-même ouvrir à quoi que ce soit de politiquement novateur. Pour renverser l’ordre social, il faudra mobiliser d’autres forces que celle d’un virus. QG livre aujourd’hui son texte en accès libre, alors que sa traduction mondiale est en cours

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 06:00

 

« Valéry Giscard d’Estaing est mort mercredi, à l’âge de 94 ans, des suites du Covid-19. Après une ascension politique menée à un rythme soutenu, le président de la « société libérale avancée » a laissé place à l’homme marqué par l’échec de 1981, trouvant dans l’Europe un autre rôle à sa mesure. »

 

«La postérité ne retiendra rien de moi, nos sociétés sont sans mémoire. Mais je l’accepte sans difficulté, disait-il dans un documentaire de William Karel intitulé VGE, le théâtre du pouvoir (2002)

 

Avec la disparition de Giscard d’Estaing, le paysage politique français perd une figure singulière :

 

« Trop jeune, trop intelligent, trop chanceux… Le malheur de Valéry Giscard d’Estaing fut peut-être d’arriver trop tôt au sommet. Et d’assister trop longtemps au spectacle de successeurs occupant un poste, dont il se jugeait plus digne – et il ne s’en cachait pas. Moins de vingt ans pour conquérir la plénitude du pouvoir. Sept petites années pour l’exercer. Plus de vingt ans pour le pleurer. »

Laurent de Boissieu et Corinne Laurent, La Croix

 

« Bien sous tous rapports. Pas sérieux et plus de quarante ans s'abstenir. » On croirait le nouveau ministre des Finances recruté dans une rubrique de petites annonces : Grand, mince, les traits fins dans un visage de dolichocéphale, le cheveu noir mais le front élégamment dégarni (à la manière des « têtes d’oeuf » américaines), l'air intelligent, le langage choisi, châtié, « ce qui, fait-il remarquer, n'est pas toujours sans risque »

 

Le jeune ministre des Finances de trente-six ans Valéry Giscard d'Estaing, conduit lui-même sa DS.

 

On a dit aussitôt que c'était un ministre nouvelle vague. Nouvelle vague ?

 

Certainement pas par ses théories qui n'ont rien de révolutionnaire. Car c'est un ministre parfaitement rassurant, dans la tradition bourgeoise si chère à la rue de Rivoli. Il n'a d'ailleurs en apparence, dans l'immédiat, qu'un seul problème à régler : celui des prix qui ont une certaine tendance à suivre le boeuf, cet animal à vocation d'alpiniste. » La suite ICI

 

« On ne gouverne pas avec des mais… » 11 mai 1967 de Gaulle en conseil des Ministres

 

Dans les six premiers mois qui suivent son départ du Ministère des finances, et pendant les mois et l'année qui suivent, Valéry Giscard d'Estaing continue, il a qualifié sur le mode badin ses incommodes alliés de « cactus » en parodiant Jacques Dutronc. 

Après les banderilles, c’est l’estocade, en avril 1969. Au général de Gaulle, qui a lié son sort à celui d’un référendum, il répond « non »« tout compte fait, avec regret mais avec certitude ». Le « non » l’emporte, exit le Général

 

Giscard, qui a apporté son soutien à la candidature victorieuse de Georges Pompidou, retrouve son poste de ministre de l’économie et des finances, où il sera reconduit jusqu’en 1974. La tactique reste la même, avec un partage des rôles adapté : VGE laisse à ses lieutenants – et notamment à Michel Poniatowski – le soin de décocher des flèches contre les « copains et coquins » de l’UDR, maître d’œuvre du pouvoir auquel il participe. Et se contente pour sa part de rares déclarations politiques. Dont celle-ci, le 10 octobre 1972, à Charenton : « Assurée de sa majorité, la France souhaite être gouvernée au centre. »

 

Georges Pompidou décède le 2 avril 1974. Le 8, à Chamalières, Valéry Giscard d’Estaing se porte candidat à sa succession : « Je m’adresse à vous tous de cette mairie de la province d’Auvergne pour vous dire que je suis candidat à la présidence de la République… » Minutieusement préparée et pensée bien avant l’heure, sa campagne est d’une redoutable efficacité. Dans le droit-fil de l’ancien ministre, qui s’était distingué du gaullisme sans rompre avec lui, le candidat incarne « le changement dans la continuité ». Il est à la fois jeune (48 ans) et expérimenté ; moderne mais rassurant.

 

À sa mort, en plein exercice, VGE, 48 ans, 1,89 mètre, se lance dans une campagne blitzkrieg, embauche des publicitaires inspirés par la communication kennedienne, pose aux côtés de sa fille Jacinte, 13 ans, sur son affiche électorale, embauche des vedettes trentenaires, Alain Delon, Brigitte Bardot ou Johnny Hallyday, qui arborent des T-shirt, « Giscard à la barre » . Le 5 mai 1974, il terrasse le candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas et la semaine suivante, à l’issue d’un débat télévisé ponctué d’une réplique cinglante – « Vous n’avez pas le monopole du cœur » –, bat sur le fil le candidat de la gauche, François Mitterrand. La suite est pénible pour les jeunes gens de l’époque, qui regardent d’un air narquois ou consterné le grand bourgeois descendre à pied les Champs-Élysées, remplacer lors des cérémonies officielles la jaquette par le veston pied-de-poule, organiser pour les éboueurs de son quartier un petit déjeuner à l’Élysée, et s’inviter à dîner chez « les Français moyens », tout en jouant de l’accordéon. 

 

DANIEL JANIN/AFP

N’empêche. Le 5 juillet, Giscard abaisse la majorité civique à 18 ans – ouvrant le droit de vote à 2,5 millions de jeunes… majoritairement à gauche. Le 7 août, il démantèle l’ORTF et abolit le monopole public de la radio et de la télévision. Le 14 octobre, faisant face au premier choc pétrolier de 1973, il indemnise les récents licenciés économiques sur la base de 90 % de leur dernier salaire pendant un an. Le 21 octobre, il élargit la saisine du Conseil constitutionnel. Il met aussi fin aux écoutes téléphoniques, à la censure dans le cinéma. La France sort peu à peu du Moyen Âge.

 

La loi qui légalise l’avortement...

 

Mais l’action de VGE la plus forte est assurément en direction des femmes. Ayant choisi Jacques Chirac comme Premier ministre (qui, très vite, s’employera à provoquer sa perte), il nomme Françoise Giroud, 57 ans, alors directrice de la rédaction de L’Express, secrétaire d’État à la Condition féminine, et surtout la magistrate Simone Veil, 47 ans, ministre de la Santé. Le 28 novembre, sous les menaces de l’extrême droite et d’une partie de la droite, Simone Veil fait adopter avec le concours des députés de gauche, la loi qui légalise l’avortement. Le 4 décembre, une nouvelle loi autorise la délivrance de la pilule contraceptive aux mineures sans l’autorisation de leurs parents. Dès lors, Giscard est assuré de perdre sept ans plus tard une bonne partie de l’électorat catholique. D’autant que, libéral en matière économique comme sur le terrain des mœurs, il introduit ensuite le divorce par consentement mutuel, instaure le collège unique afin de favoriser un égal accès de tous les enfants à l’enseignement, généralise la mixité dans les écoles…

STF/AFP

Mort de Valéry Giscard d'Estaing : sa vie en 15 photos ICI

Mort de Valéry Giscard d’Estaing : le destin facétieux du « président moderne »  ICI

Par 

RALPH GATTI/AFP

Valéry Giscard d’Estaing, le président des « seventies » ICI

Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, alors premier ministre et candidat à l’élection présidentielle, à Aulnat (Puy-de-Dôme), le 6 mai 1988.

Mort de Valéry Giscard d’Estaing : « VGE le monarque » vs « Chirac l’agité » ICI

Valéry Giscard d'Estaing, «au revoir» ICI

 

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DÉCÈS

L'ancien président français est décédé des suites du covid, indique son entourage. Il incarnait la modernité lorsqu'il accéda à l'Elysée à l'âge de 48 ans. Son septennat, puis la suite de sa carrière politique, démontra son incapacité à transformer la France

2005, Valéry Giscard d'Estaing vient d'acquérir le château.

Mort de Valéry Giscard d'Estaing : en Aveyron, Estaing a perdu son châtelain ICI

Le musée d'Orsay renommé VGE? L'idée monte chez certaines personnalités ICI

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 08:00

En mai 2019, Claire-Anne Siegrist se voit remettre la Légion d’honneur, la plus haute distinction française, pour sa contribution aux progrès en vaccinologie.

archives personnelles

En France, la vaccination fait débat, 6 Français sur 10 sont partants pour se faire vacciner, d'après un sondage BVA exclusif pour Europe 1. Mais seulement 20% des Français sont d'accord pour se faire vacciner dès maintenant.

 

INTERVIEW

 

  • pourquoi sont-ils si nombreux à vouloir attendre un peu ? La directrice de l'institut de sondage BVA, Adélaïde Zulfikarpasic, invitée de la matinale d'Europe 1, explique les résultats de ce sondage.

 

Pour les Français, le vaccin a été élaboré "trop rapidement" ICI 

 

Je ne fais pas parti des anti-vaccins, mais face au matraquage actuel à propos de la future vaccination contre le Covid 19, mais en tant que vieux  je me situe dans le cœur de cible, et j’estime que je suis en droit de me poser des questions sur l’absence d’informations, vu l’extrême rapidité de leur élaboration, sur les éventuels effets secondaires de ces vaccins d’une nouvelle génération. Je signale à ce propos que Sanofi Pasteur, loin d’être un géant endormi, en retard sur le papier, le leader français mise sur son savoir-faire historique et sa force de frappe pour s'imposer. C'est le seul à mener deux projets de front.

 

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Sanofi Pasteur semble à la peine.

 

Le champion français est pourtant leader mondial, en ventes, sur les vaccins pédiatriques et la grippe, et numéro trois tous vaccins confondus. Or il ne démarrera qu'en décembre sa phase 3 d'essais, pour son projet le plus avancé, bâti avec l'autre géant de l'industrie du vaccin, le britannique GSK. Pour le second, un vaccin innovant à base d'ARN messager (ARNm), il ne promet rien avant fin 2021, quand Moderna et le duo Pfizer-BioNTech, qui utilisent la même technologie, devraient sortir les leurs dans quelques semaines. De quoi donner au pape tricolore l'allure de tortue géante courant en vain derrière le lièvre. « Quelques semaines, quelques mois, on est dans un mouchoir de poche. » Olivier Bogillot, président de Sanofirance.

 

Puisque la vaccination ne sera pas obligatoire je ne vais pas me précipiter pour me faire vacciner. J’examinerai attentivement dans le bouquet des vaccins pour choisir celui qui me convient.

 

En cela je n’estime pas être un mauvais citoyen…

 

Pour confirmer mes propos je vous propose l’interview accordée au journal le Temps par la Cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève, la pédiatre Claire-Anne Siegrist

 

Claire-Anne Siegrist  — © Anoush Abrar

 

«Il est normal que les gens se posent des questions sur les vaccins»

 

 

Plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont annoncé que leur vaccin contre le Covid-19 paraissait efficace. Mais pour combien de temps, et avec quels risques? Pour le savoir, un peu de recul supplémentaire sera précieux, estime la cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève

 

C’est la quête du graal de l’année 2020: la recherche d’un vaccin contre le Covid-19 semble en passe d’aboutir. Au cours de ces dernières semaines, plusieurs laboratoires ont fait état de résultats très encourageants obtenus avec leur candidat vaccin: l’alliance américano-allemande Pfizer/BioNTech, le laboratoire américain Moderna, l’alliance britannique AstraZeneca/Université d’Oxford et les Russes de l’institut d’Etat Gamaleïa. Des annonces qui ont suscité beaucoup d’enthousiasme. Mais de nombreuses questions subsistent, que ce soit sur l’efficacité de ces vaccins, leur innocuité ou la manière dont ils seront administrés.

 

Cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève, la pédiatre Claire-Anne Siegrist a déjà été confrontée à plusieurs situations de crise, que ce soit lors de la pandémie de virus H1N1 en 2009 ou pendant l’épidémie d’Ebola qui s’est déroulée en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. Forte d’une expérience de plus de vingt ans dans la recherche, elle a longtemps collaboré avec l’Organisation mondiale de la santé et présidé le groupe d’experts chargé de conseiller la Confédération sur les questions vaccinales.

 

Le Temps: Moins d’un an après l’apparition du Covid-19, nous aurons bientôt plusieurs vaccins efficaces contre cette maladie. Comment est-ce possible?

 

Claire-Anne Siegrist: C’est vraiment stupéfiant, quand on pense qu’on met en général une dizaine d’années à développer un nouveau vaccin. Plusieurs éléments ont permis cette prouesse. En premier lieu, il y a la mobilisation sans précédent des laboratoires pharmaceutiques et universitaires, qui ont été très nombreux à réorienter leur effort de recherche vers la lutte contre le Covid. Plus important encore sans doute, tous ces laboratoires ont reçu des fonds massifs de la part des Etats, ce qui leur a permis de prendre des risques. C’est grâce à cela que des vaccins innovants à ARN ont pu être développés par Moderna et Pfizer.

 

Cette technique, qui consiste à fabriquer un «pseudo-virus» en encapsulant une partie de son code génétique dans une goutte d’huile, fait l’objet d’études depuis une dizaine d’années, mais n’était jamais passée à un stade clinique avancé en raison du risque financier. Enfin, la manière dont ces nouveaux vaccins ont été évalués explique aussi leur développement rapide: au lieu de procéder par phases successives, comme on le fait habituellement, on a procédé de manière simultanée. Par exemple, on est actuellement encore en train de tester leur stabilité, soit les conditions dans lesquelles on doit les stocker, alors qu’en parallèle leur efficacité est en cours d’étude sur des dizaines de milliers de personnes dans le monde, dans le cadre des essais dits de phase 3.

 

Certains laboratoires avancent une efficacité très élevée pour leur vaccin. Comment la calcule-t-on?

 

La suite ICI

 

Questionnaire de Proust

 

Marcel Proust répond au questionnaire - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

  • Une chose que la crise du Covid-19 vous a apprise?

 

  • à mieux accepter le doute, les questions sans réponses, et faire de son mieux chaque jour…

 

  • Ce qui vous donne espoir pour la suite? 

 

 

  • La possibilité de sortir du tunnel en pouvant protéger du Covid-19 les personnes à risques, puis tous ceux qui le souhaiteront.

 

  • Et ce qui vous inquiète?

 

  • Que le travail d’information nécessaire pour répondre aux doutes ne soit pas fait suffisamment bien pour permettre à chacun de se décider.

 

  • Votre truc pour résister dans les moments de crise?

 

  • L’auto-hypnose à haute dose… et dormir autant que c’est possible!

 

  • La liste des vaccins qui figurent sur votre carnet de vaccination?

 

  • Elle est longue! J’espère pouvoir y ajouter bientôt les vaccins Covid, une fois que je me serai décidée en connaissance de cause.

 

  • Un remède contre les théories du complot?

 

Non. Je suis pour la liberté de pensée et le respect des choix de vie – aussi longtemps qu’ils ne mettent pas les autres en danger.

 

Profil

 

1958 Naissance à Zurich.

 

1999 Nommée professeure de vaccinologie à l’Université de Genève.

 

2004 à 2014 Préside la Commission fédérale pour les vaccinations.

 

2010 Rejoint le Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS sur la vaccination.

 

2014 Participe à l’essai en urgence d’un vaccin contre Ebola.

 

2016 Développe une pathologie neurologique appelée «polynévrite».

 

2019 Reçoit la Légion d’honneur par décret du président français.

 

 

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2 décembre 2020 3 02 /12 /décembre /2020 08:00

 

Eulala, mon petit patelin devenu grand, une communauté de communes dites des Achards, n’est plus ce que j’ai connu au temps où nous courrions les champs, fumions des P4, déféquions tranquillement dans la chaintre (bande de terre au bout des sillons où tournent les attelages ou les tracteurs in Les mots du passé Marcel Lachiver)d’un champ en nous torchant avec une feuille de chou(le chou fourrager est l’un des emblèmes de la Vendée)  

 

C’est la ville à la campagne chère à Alphonse Allais « Les villes devraient être construites à la campagne, l'air y est tellement plus pur. »

 

Pas si sûr que l’air y soit plus pur !

 

C’est plein de camions qui puent (comme les vins nu)

 

Le parking de délestage de la zone industrielle des Achards. (©Journal des Sables)

 

Et puis, y’a la bureaucratie qui a suivi : pensez-donc y’a maintenant un directeur général des services de la communauté de communes du Pays des Achards ICI

 

Image

 

Une pensée émue pour mon père Arsène Berthomeau, conseiller municipal en charge des chemins vicinaux, des travaux… et de son alter-ego, Alfred Troussicot, en charge des picaillons (normal il travaillait à la perception), je ne sais pas où ils sont mais je suis sûr qu’ils doivent se dire : « ils sont devenus marteaux… »

 

Revenons à ce fameux panneau :

 

Le panneau de signalisation routière en gros plan.

 

Dans la zone industrielle des Achards on peut observer ce curieux panneau de signalisation très explicite mais pas très réglementaire.

 

Mais qui a eu l'idée et pourquoi ?

 

Rapporté par nos confrères du Sans Culotte 85, l’information vaut son pesant de cacahuètes. Ou plutôt de papier toilette, pour en convenir avec l’actualité de ces derniers temps…

 

Dans sa rubrique Photo’Caftons, le journal satirique évoque la présence d’un panneau pour le moins surprenant dans une zone industrielle des Achards.

 

Ce panneau interdit effectivement aux humains du secteur, de satisfaire tous besoins naturels. Le panneau fait réagir et il est facilement compréhensible par tous.

 

Yann Thomas, candidat aux élections municipales 2020 à Brem-sur-Mer.

 

Et c’est justement le but, comme le confirme Yann Thomas, directeur général des services de la communauté de communes du Pays des Achards, qui a permis l’installation de ce panneau.

 

Une zone de délestage…

 

En effet, le DGS de l’intercommunalité explique non sans rires, que la finalité est d’informer le plus clairement possible les chauffeurs-routiers de cette zone industrielle, qu’ils sont priés d’effectuer leurs besoins ailleurs.

 

La suite ICI 

 

 

Municipales. Yann Thomas, tête de la liste Agir pour tous à Brem-sur-Mer

ICI

Yann Thomas, habitant de Brem-sur-Mer depuis quinze ans, est candidat aux élections municipales de mars 2020.

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2 décembre 2020 3 02 /12 /décembre /2020 06:00

 

Au sortir de mai 68, je me suis engagé dans le sillage de Michel Rocard au PSU « petit parti, débordant de militants brillants, qui devait réveiller et rénover la gauche. Il sera, selon une expression de Michel Rocard, un « laboratoire terrifiant », s’abîmant des nuits entières en d’obscures querelles. »

 

En 1974, toujours, en théorie, membre du PSU, Michel Rocard apporte son soutien à la deuxième candidature Mitterrand à la présidentielle et prend une part active à la campagne. Avant de rejoindre le PS la même année, avec des militants du PSU et des syndicalistes de la CFDT. Michel Rocard n’est pas vraiment accueilli à bras ouverts par tous les dirigeants. Venu de l’extrême gauche, il passe directement à la « droite » du PS en incarnant désormais la « deuxième gauche » : une gauche souvent d’origine chrétienne, plus décentralisatrice, qui préfère la recherche du consensus à l’affrontement, croit moins en l’Etat et plus en l’autonomie de la « société civile » que les amis de François Mitterrand.

 

Au congrès de Nantes, en 1977, il prononce un discours, resté célèbre, sur les « deux cultures » qui structurent la gauche.

 

J’ai donc fait partie de cette deuxième gauche raillée par la première jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste, revendiquée par une classe ouvrière qui exigeait une intervention maximale de l’État, en vertu d’un marxisme d’« exception française », « puisque Marx prônait au contraire le dépérissement de l’État et l’autodétermination des travailleurs ». Le CERES de Jean-Pierre Chevènement représentait ainsi à ses yeux une illustration contemporaine de cette gauche.

 

Au soir du second tour des législatives de 1978, perdues, Rocard exprime à la télévision la déception et l’amertume de la gauche, mais aussi sa foi en l’avenir. La déclaration respire la spontanéité (elle avait été répétée). Dès l'automne 1978, il condamne « un certain archaïsme politique », formule dont chacun a compris qu'elle désignait le premier secrétaire du PS, et en plaidant pour le « parler vrai, plus près des faits ». Ses adversaires, au sein du PS, n'ont pas tardé à le surnommer Rocard d'Estaing, établissant ainsi un parallèle entre le « libéralisme avancé » du président de la République et le socialisme redéfini que propose le député des Yvelines.

 

En 1979, encore un congrès historique : celui de Metz. Pour la première fois, Michel Rocard, allié à Pierre Mauroy, passe dans l’opposition à François Mitterrand. De nouveau, c’est le rapport au réel qui l’oppose aux mitterrandistes. Le premier secrétaire et ses alliés prônent la « rupture avec le capitalisme » ; Michel Rocard, suspecté – déjà – de tentations centristes, n’y croit pas.

 

Après la victoire de 1981 et le purgatoire de son premier ministère-placard, le Plan, Michel Rocard se retrouve en 1983 à l’Agriculture pour éteindre la fronde des agriculteurs déclenchée par la passionaria Édith Cresson.

 

 

« La F.N.S.E.A. triomphante a rencontré un ministre sans complexes. M. Michel Rocard avait réservé à la F.N.S.E.A., qui tenait son trente-septième congrès, du 12 au 14 avril à Grenoble, la primeur de ses intentions en tant que nouveau ministre de l'agriculture. Il propose un contrat entre le monde agricole et la collectivité publique. L'engagement financier de l'État sera maintenu, mais une meilleure efficacité économique et sociale de cet engagement devra être recherchée. « Je n'aurai pas les moyens de faire en sorte que l'agriculture échappe à l'austérité des temps », a-t-il déclaré. Il s'est quand même fait applaudir. ICI 

 

C’est à ce moment-là que je rejoins son cabinet.

 

Dans la nuit du 3 au 4 avril 1985, Michel Rocard présente sa démission. Il justifie sa décision par son opposition irréductible à ce mode de scrutin, qui va amener pour la première fois le Front National à l’Assemblée. Chacun sait cependant qu’il a l’échéance de 1988 en tête. Très vite, Rocard utilise « la parole retrouvée », selon ses propres termes. Il incite les socialistes à « tenir le discours de leurs actes », rappelle avec cruauté que « ce sont les faits qui ont tranché (…) nos anciennes querelles »

 

Je pars travailler à la SVF, Société des Vins de France.

 

En mars 1988, François Mitterrand sonne la fin de la récréation, en annonçant qu’il est candidat à sa propre succession. Il ménage une place à un Michel Rocard, bombardé porte-parole d’un homme qu’il déteste, et contraint de faire contre mauvaise figure bon cœur. Une fois réélu, François Mitterrand envoie à Matignon, le 10 mai, celui des socialistes qu’il juge le plus « en situation », quoi qu’il en pense sur le fond.

 

Des années plus tard, Michel Rocard nous avait raconté l’histoire de sa nomination et la façon dont Mitterrand, avec toute la perversité dont il était capable, la lui avait apprise (L’Enfer de Matignon, Albin Michel, 2008).

 

La scène avait eu lieu à l’Elysée, lors d’un déjeuner réunissant, outre Rocard, Jean-­Louis Bianco et Pierre Bérégovoy – qui espérait alors que Mitterrand le nomme premier ministre. Mitterrand, juste avant le dessert, avait regardé sa montre : « Il ne faudrait tout de même pas oublier que, dans une heure et quart, je vais nommer un premier ministre… »

 

Puis il avait regardé Bérégovoy, qu’il tenait pour son collaborateur le plus proche : « C’est un exercice purement politique qui est totalement étranger à toute catégorie intellectuelle connue sous le nom d’amitié, de confiance, de fidélité ou de choses de ce genre. En fait, la nomination d’un premier ministre, c’est le résultat de l’analyse d’une situation politique. » Enfin, il avait délivré son jugement royal : « Et l’analyse de la situation politique actuelle est claire. Il y a une petite prime pour Michel Rocard. » Cette « petite prime » lâchée avec mépris résume le jeu subtil qui va commencer entre les deux têtes de l’exécutif. Chacun s’observe, dans cette sorte de cohabitation interne au PS, sans jamais engager de front les hostilités.

 

Je quitte la SVF le matin même pour rejoindre, en tant que directeur-adjoint, le cabinet du nouveau Ministre de l’Agriculture Henri Nallet.

 

En mars 1990, Michel Rocard joue son jeu dans l’affrontement fratricide du PS au congrès de Rennes (j’y étais), ce qui n’arrange rien. La première guerre du Golfe lui donne un sursis. Mais le 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie en quelques minutes, malgré sa popularité encore confortable.

 

Michel Rocard quitte Matignon, persuadé que son destin politique n’est pas encore joué.

 

L’échec de ses successeurs Edith Cresson, puis Pierre Bérégovoy, le laisse espérer. Il décide de se lancer dans la bataille du parti. En février 1993, il réclame un « big bang » du PS, dont il devient premier secrétaire après le désastre des législatives.

 

L’heure de la refondation de la gauche à laquelle il aspire depuis tant d’années serait-elle arrivée ?

 

Le 29 mai 1994, il annonce que « rien », cette fois, ne l’empêchera d’être candidat à la présidentielle de 1995, où on sait que François Mitterrand ne se représentera pas. Mais le président de la République n’a pas dit son dernier mot. Lors des européennes de juin, Mitterrand laisse Bernard Tapie conduire une liste radicale de gauche, qui concurrence directement les candidats socialistes menés par le premier secrétaire. Le PS s’effondre de nouveau, à 14,5 % des suffrages.

 

Michel Rocard est débarqué aussitôt, sans ménagement. C’est la fin de ses espérances. Symbole de sa semi-retraite, il abandonne à l’automne la mairie de Conflans, après presque de vingt ans de mandat.

 

Clap de FIN !

 

C’était ma gauche.

 

Avec la mort de Michel Rocard, survenue le 2 juillet 2016, une question restera à jamais en suspens. Ou plutôt chacun y apportera sa propre réponse : l’homme qui, pendant trente ans, a fait de la rénovation de la gauche la raison d’être de son engagement politique est-il passé à côté de son destin ? Ou bien a-t-il eu la trajectoire qui correspondait à ce qu’il était vraiment ?

 

Il sera couvert de fleurs, j’étais de l’hommage aux Invalides.

 

J’irai lui rendre visite à Monticello son dernier domicile connu.

 

Alors, même si ça fait ricaner certain : « Oui, j’ai mal à ma gauche, lorsque je constate les dérives de celle qui nous qualifiait de social-traître, celle qui comme l’écrit Birnbaum dans sa conclusion «  De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’«islamo-gauchisme» constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste»

 

Je remercie Jean Birnbaum pour sa tribune dans le Monde du 25 novembre, j’en partage tous les points.

Michel Rocard en 2008.

 Source : Michel Rocard, l’homme de la « deuxième gauche » ICI

 

Rénover la gauche, la réconcilier avec le réel, allier le concret et la rigueur, tel fut le moteur de la vie politique de Michel Rocard, mort samedi 2 juillet à l’âge de 85 ans

Par  et  Publié le 01 octobre 2014 

 

 

Marche contre l’islamophobie à Paris, le 10 novembre. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

La gauche et l’islamisme : retour sur un péché d’orgueil ICI 

 

Croyant en une force internationaliste capable de briser la domination de l’Occident, certains militants de gauche étaient persuadés que, tôt ou tard, la religion serait abandonnée au profit de l’émancipation.

 

 

Analyse. Au lendemain de l’attentat contre Samuel Paty, quand a refait surface une vidéo où un prédicateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, appelait à la mobilisation contre le professeur, certains militants d’extrême gauche ont reconnu ce visage. Ils se sont souvenus du temps où ils avaient eu maille à partir avec Sefrioui et ses compagnons.

 

Non sans nostalgie, ils ont repensé aux manifestations propalestiniennes au cours desquelles le service d’ordre de telle ou telle organisation anarchiste ou trotskiste était encore assez vigoureux pour expulser du cortège ces partisans du djihad liés à l’ex-humoriste Dieudonné et à l’extrême droite radicale. Et puis ils ont songé à ce moment pivot, autour de 2010, où il avait fallu admettre que le rapport de forces avait changé : sur le pavé parisien, désormais, la vieille garde révolutionnaire était trop faible pour maîtriser les islamistes.

 

L’espoir algérien

 

Or ce renversement des équilibres dans la rue avait une signification plus vaste. Il scellait la fin d’une époque, celle où les gauches européennes se croyaient si désirables qu’elles pouvaient polariser toutes les colères du monde. Dès 2005, le philosophe Daniel Bensaïd (1946-2010), l’une des références de la gauche révolutionnaire, constatait que les dirigeants anticolonialistes de jadis, ceux qui se réclamaient souvent du marxisme, avaient été remplacés par des profils inquiétants : « L’heure n’est plus aux luttes de libération des années 1950 et 1960, et à leurs grandes promesses. Les leaders n’ont plus pour nom Ho Chi Minh, Guevara, Cabral, Lumumba, Ben Bella, Ben Barka, Malcolm X, mais Ben Laden, Zarkaoui ou Mollah Omar. »

 

Un parmi d’autres, Daniel Bensaïd regrettait les grandes heures de ce qu’on a appelé le « tiers-mondisme ». Dans les années 1960, les révolutionnaires occidentaux avaient constaté que le « grand soir » se faisait attendre aussi bien à l’Est, où le stalinisme étouffait toute révolte, qu’à l’Ouest, où le capitalisme semblait avoir plus d’un tour dans son sac. Ils avaient alors placé leurs espoirs dans les insurrections d’un monde « tiers », dont l’Algérie indépendante constituait le symbole le plus séduisant.

 

Les « pieds-rouges »

 

Au cœur de ce pays, pourtant, des militants européens avaient déjà conscience que les choses n’étaient pas si claires. On les a appelés les « pieds-rouges ». Ces Français avaient soutenu le Front de libération nationale (FLN) dans sa lutte pour l’indépendance. Celle-ci acquise, ils s’étaient installés en Algérie pour contribuer à y bâtir « le socialisme ». Bientôt, ils avaient été confrontés à une tout autre réalité : le nouveau régime islamisait le pays à marche forcée, organisait la chasse aux Kabyles et aux homosexuels, s’en prenant même à ses plus fidèles soutiens européens.

 

 

Certains d’entre eux réaliseront alors leur erreur : si le FLN avait une face laïque, il en possédait aussi une autre, profondément religieuse. Le nom de son journal, El Moudjahid, ne signifiait pas « le combattant », comme ils l’avaient cru, mais « le combattant de la foi ». Bannis d’Algérie, la plupart des pieds-rouges garderont pour eux ce qu’ils ont vécu (il ne fallait pas « faire le jeu » de l’extrême droite), et leur silence pèsera lourd sur la mémoire « algérienne » de la gauche française.

 

Des années plus tard, en 1980, ils liront dans Le Monde un entretien avec l’ancien président algérien, Ben Bella. « C’est l’islamisme qui offre les meilleures chances d’une libération réelle », dira-t-il, établissant même une continuité entre les combats du FLN et la révolution islamique qui venait de triompher en Iran.

 

Doute après le triomphe des mollahs

 

Cette révolution marque une autre étape dans les relations entre l’islam politique et la gauche européenne. Avec le triomphe des mollahs, le doute commence à s’installer : bien que la religion soit toujours considérée comme un « opium du peuple » voué à s’évaporer, on doit concéder que ses effets se révèlent tenaces. A Téhéran, les insurgés qui défendaient le socialisme n’ont-ils pas été balayés par ceux qui promettaient l’avènement du royaume divin ? Cependant, pour beaucoup de gens à gauche, cela ne changea pas grand-chose. « Tout ce qui bouge est rouge », disait un slogan bien connu des soixante-huitards. A coup sûr, Marx finirait donc par l’emporter sur Allah.

 

 

Il faut avoir tout cela en tête au moment d’ouvrir la brochure intitulée Le Prophète et le prolétariat. Parue en 1994, rédigée par Chris Harman, figure du trotskisme britannique, elle analyse le défi que l’islamisme représente pour la gauche. Contrairement à ce qu’on affirme souvent à son propos, Chris Harman ne prône pas une alliance systématique avec les islamistes. Les considérant comme une force tantôt réactionnaire, tantôt subversive, il propose de marcher à leurs côtés partout où leurs actions minent l’impérialisme occidental et les Etats qui le servent. « Avec les islamistes parfois, avec l’Etat jamais », écrit-il.

 

Cette formule résume le credo durable d’une partie de la gauche européenne, credo qui repose sur trois articles de foi : 1) il n’y a qu’une domination réelle, celle qu’exerce l’Occident ; 2) la seule force qui peut en finir avec cette domination sans frontières est une gauche internationaliste, qui connaît le sens de l’histoire ; 3) quand les dominés se soulèvent au nom de Dieu, il ne faut pas juger le « détour » qu’ils empruntent, car tôt ou tard ils délaisseront les chimères de la religion pour la vérité de l’émancipation.

 

Partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie

 

Cette façon de voir pouvait se prévaloir d’un précédent historique. En effet, les militants de gauche qui saluaient le potentiel révolutionnaire de l’islam invoquaient souvent l’expérience latino-américaine des années 1960-1970. A l’époque, les guérilleros marxistes avaient pu compter sur l’appui de ce mouvement chrétien qu’on a appelé la « théologie de la libération » : conjuguant évangiles et lutte de classes, ses animateurs en appelaient à la rébellion, et des prêtres y ont laissé leur peau. Par la suite, ce compagnonnage sera invoqué : si nous avons pu recevoir le soutien de croyants chrétiens, pourquoi ne pourrait-on s’appuyer sur des fidèles musulmans ?

 

Bientôt, cependant, apparut une différence de taille : partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie (1991-2002), quand des intellectuels, des syndicalistes, des féministes étaient égorgés quotidiennement. « L’intégrisme islamique, en règle générale, a crû sur le cadavre en décomposition du mouvement progressiste », constate le marxiste libanais Gilbert Achcar.

 

« Islamo-gauchisme », une étiquette hasardeuse

 

Même à terre, cependant, ce cadavre bouge encore. Mieux, il continue à se croire universellement désirable. Si « islamo-gauchisme » est une étiquette hasardeuse, trop souvent utilisée pour dire n’importe quoi et disqualifier n’importe qui, il n’en désigne donc pas moins quelque chose de solide. Mais, plutôt qu’une complaisance cynique, il nomme un péché d’orgueil, reposant lui-même sur une croyance obsolète : parce que la gauche est seule à pouvoir canaliser les espérances, toute lutte qui se réclame de Dieu finira par être aimantée par l’idéal de l’émancipation sociale.

 

 

Bien plus encore que les calculs clientélistes qui permettent à telle ou telle mairie de se cramponner au pouvoir, c’est cette prétention qui éclaire les épisodes au cours desquels la gauche a cru pouvoir côtoyer l’islamisme sans se brûler : la gauche antiraciste s’est retrouvée en compagnie d’intégristes musulmans au sommet de Durban, en Afrique du Sud, en 2001 ; la gauche altermondialiste a invité Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris, en 2003 ; la gauche propalestinienne a laissé proliférer plus d’un slogan haineux dans les défilés auxquels participait le prédicateur Abdelhakim Sefrioui… Entre autres.

 

Or, autant il est faux d’affirmer que la masse des militants et des intellectuels de gauche ont consciemment « misé » sur l’islamisme comme force politique, autant on peut considérer qu’ils ont longtemps manifesté, à son égard, une forme d’indulgence. Là encore, toutefois, cette indulgence relève d’abord d’un complexe de supériorité.

 

De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’« islamo-gauchisme » constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste.

 

Jean Birnbaum

 

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