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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 06:00
Le « Petit Paysan » d’Hubert Charuel, le bouseux de Haute-Marne à la Fémis couronné par le jury de John Malkovich au 10e Festival du film francophone d'Angoulême

La Haute-Marne ce fut d’abord pour moi, à l’école, le département où la Seine prenait sa source sur le plateau de Langres (Haute-Marne). Une simplification géographique.

 

« En fait, les sources de la Seine jaillissent aux confins de trois pays : à l’ouest, l’Auxois et ses collines de prairies verdoyantes où paissent de paisibles bovins blancs, à l’est le Châtillonnais et ses grandes plaines de céréales, et enfin au sud la Montagne dijonnaise »

 

La Seine naît donc en Bourgogne.

 

Ensuite ce fut Jean-Noël Bongrain, discret, ex-séminariste, l'homme du Caprice des Dieux, du Boursin et autres spécialités fromagères, l'homme des marques, fondateur et patron du groupe laitier éponyme créé dans une petite laiterie de Haute-Marne.

 

Je dirige la négociation pour sauver l’ULN en faillite. La bataille fait rage entre le groupe Besnier et le groupe Bongrain. Jean-Noël Bongrain demande à me voir. La rencontre a lieu dans un discret hôtel particulier du VIIe arrondissement assez mal meublé. Gris sur gris, l'homme m'accueille avec la componction des prélats. À peine suis-je assis que J.N. Bongrain d’une voix doucereuse, chanoinesque, me pose une question : « Monsieur Berthomeau pourriez-vous me citer les vertus cardinales ? »

 

Inversion des rôles, d'ordinaire mes interlocuteurs me cirent les pompes, lui me met en difficulté. Il sait que je suis un pur produit de l'enseignement catholique vendéen. Il me teste. Dans les tréfonds de mes souvenirs de catéchisme je ne retrouve que les 3 vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité mais du côté des cardinales, qui elles sont au nombre de 4, je suis à la ramasse.

 

Pourtant je m'arrache et risque la justice et le courage puis je jette l'éponge. J.N. Bongrain, toujours aussi chanoinesque me félicite, d'ordinaire ses interlocuteurs sèchent totalement. Il complète ma liste : la prudence et la tempérance...

 

Et puis, il y eut Auberive, la forêt d’Auberive où nous expédiions nos chasseurs. Je n’y suis jamais allé.

 

Enfin, il y eut la vie que l’on vit, la mienne fit un détour en ce département sans y trouver ce que je désirais.

 

Le jury de John Malkovich a récompensé le premier long-métrage d'Hubert Charuel par le « Valois de diamant » au 10e Festival du film francophone d'Angoulême, « Petit Paysan » sortira le 30 août. Le réalisateur, originaire du nord-est de la France, la ferme de ses parents est situé aux Granges, hameau du village agricole de Droyes (Haute-Marne). Hubert Charuel, 32 ans, n'en revient pas. Et pourtant, son film, un premier long métrage "cathartique" filmé dans la ferme familiale, entre fable sociale et fiction rurale, avait déjà créé l'événement au 70e festival de Cannes en mai dernier dans le cadre de la Semaine de la critique.

 

C'est dans la ferme de ses parents, aux Granges, que la plupart des scènes du film ont été tournées, là aussi que ce fils unique a grandi, aidant à la traite les « gaudelles », les   le patois haut-marnais. Gérer l'exploitation n'a jamais vraiment été pour une lui une option. « Je n'ai jamais grandi en me disant que j'allais reprendre la ferme.

 

 

La fiction fait écho au quotidien éprouvant des agriculteurs, Hubert Charuel met en scène Pierre - Swann Arlaud -, un éleveur de vaches laitières trentenaire qui organise ses journées autour de ses bêtes, sa soeur vétérinaire - Sara Giraudeau - et ses parents. Alors qu'une épidémie se répand en France, il est prêt à tout pour sauver son troupeau. Ses parents, son grand-père et des amis d'enfance, tous non professionnels, donnent également la réplique, car « la paysannerie c'est aussi le lien, la transmission, une histoire de famille »

 

« L'idée était de sortir du naturalisme (...) de ne pas se servir du monde rural juste comme décor. On savait qu'il y a avait un potentiel fictionnel énorme dans cet univers-là »

 

« Au départ, j'ai plus fait ce film par nécessité que par envie. Il y a un énorme truc cathartique, c'est un peu une manière pour moi de dire au revoir à ce monde-là, à cette ferme que je ne reprendrai pas. »

 

 

Diplômé de la Fémis en production en 2011, il met vite le cap sur la réalisation. En arrivant à la Fémis, « j'avais peur d'être considéré comme le bouseux de la classe, confie Hubert, qui estime être « un gros inculte du cinéma. »

 

Source AFP, publié le 28/08/2017

« Petit paysan » : un thriller mental dans une étable ICI 

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 

 

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 08:00
Des négociants bordelais venus à la grande coopérative vinicole de Rius voulaient convaincre de replanter les terres avec du grenache et du carignan pour améliorer leurs vins en degré et en robe

« Dès le départ, la Vieille s’était mis en tête de restaurer le cellier Roderich afin de continuer à élaborer deux sortes de vin différents : l’un réservé à la vente en vrac et l’autre dans la lignée de qualité qu’avait inaugurée son père avec la mise en bouteilles. Remettre la production en marche était coûteux et demandait du temps, mais la Principal disposait de la plupart des structures nécessaires, un personnel adéquat et expérimenté, un réseau de vente et de représentants encore récents et de l’argent plus qu’il n’en fallait pour recommencer.

 

Mais alors que la replantation avait débuté, certaines rumeurs la firent s’interroger sur le bien-fondé de ses projets. On disait que des négociants français représentant d’importants celliers de la région bordelaise étaient venus à la grande coopérative vinicole de Rius et que, sachant la bonne qualité des moûts de la région de l’Abadia, ils voulaient convaincre les commerçants et les paysans du coin de replanter les terres avec du grenache et du carignan. En échange, ils promettaient d’acheter toute la production pour améliorer leurs vins en degré et en robe, particularité typiques de la région de l’Abadia.

 

L’offre finit par faire son chemin dans la tête de la Vieille. On ne peut pas dire qu’elle n’était pas vaillante ni qu’elle manquât de courage pour prendre des risques, mais lorsqu’elle se rappelait la vie de son père, toujours tributaire de négociations en cours, toujours inquiet à cause de la hausse ou de la baisse des marchés, toujours en déplacement, menant d’âpres discussions à propos des pourcentages et des commissions, elle finissait par se mettre sérieusement à douter. Il y avait également des considérations d’ordre économique : les rythmes d’un cellier étaient précis et inéluctables. Il ne s’agissait pas que de replanter. Encore faudrait-il attendre la croissance des ceps pendant trois à cinq ans avant qu’ils ne commencent à donner un fruit de qualité. Encore faudrait-il investir pour recycler les machines, stocker des millions de litres de bouteilles, acheter les bouchons, les étiquettes, des tonneaux de qualité afin que le vin y repose pendant un à deux ans. Tout cela signifiait la longue immobilisation d’un capital considérable avant de vendre la moindre bouteille.

 

En revanche, sur l’autre plateau de la balance, le compte était vite fait : il suffirait de planter, d’attendre que la vigne produise, de vendre le raisin pour que les Français le pressent eux-mêmes, et de tendre la main pour toucher l’argent. Le prix au kilo qu’ils proposaient était suffisamment généreux et, à la Principal, on pouvait en vendanger énormément. Il suffisait de ne pas trop payer les paysans et ça elle s’en chargerait elle-même.

 

À tous ces problèmes, s’en ajoutait un autre, loin d’être négligeable et qu’elle ne pouvait partager avec personne : elle était une femme, et le vin dans le sang d’un monde d’hommes et la plupart du temps de mâles nerveux. Les tractations commerciales étaient des écueils peuplés de requins et un parfum de femme pouvait éveiller les pires instincts chez les négociants. La plupart de ces commerçants prenaient comme une offense de devoir traiter avec elle. Mais ce n’est pas tout. À sa condition de femme s’ajoutait le fait qu’elle n’avait encore que vingt ans et, un caractère bien trempé, qu’elle savait parfaitement ce qu’elle voulait et ne lâchait jamais rien. Tout cela était insupportablement humiliant pour cette catégorie d’hommes, si tant est qu’il en existât une autre.  Prendre une décision était très compliqué et Maria n’en dormait plus. Fermer le cellier familial était un acte impensable pour elle. Et cependant elle finit par le fermer. »

 

Les femmes de La Principal, Lluis Llach, ACTES SUD pages 133-134

 

Lorsqu’en 1893 le phylloxéra s’abat sur les vignes catalanes, Maria a vingt ans et, pour son malheur, quatre frères. L’avenir de la famille se jouera désormais à Barcelone, où le patriarche a commencé d’établir ses fils. La décision est irrévocable et Maria le sait : nulle place pour elle dans ce plan. Elle restera au village pour porter haut les couleurs de la famille, condamnée à dépérir auprès des ceps infectés. Pour prix du sacrifice, lui reviendront en héritage l’intégralité du domaine avec sa somptueuse bâtisse – la Principal –, ses dépendances et d’innombrables arpents de vignes qu’avec une intelligence et une opiniâtreté sans égales elle parvient, contre toute attente, à faire prospérer. Comme le feront plus tard sa fille puis sa petite-fille.

 

« Depuis la fin du XIXe siècle jusqu’au début XXIe, Lluís Llach raconte les femmes de la Principal, immense propriété viticole qui fait vivre la région et enrichit ses propriétaires. Trois générations de femmes puissantes, toutes prénommées Maria, et un meurtre commis le 18 juillet 1936 alors que se déclenchait la guerre civile. Quatre ans plus tard, l’inspecteur Recader revient sur les lieux pour reprendre l’enquête restée en suspens.

 

Quand le lecteur découvre la famille Roderich en 1896, elle est en mauvaise posture. La fin des vignobles de la Principale s’annonce car le phylloxera a touché la région, après une grande partie de l’Europe. Andreu Roderich et ses cinq enfants ne seront cependant pas dans la misère et même si les pertes seront grandes, la fortune familiale ne sera qu’écornée. À la surprise de tous, il fait de Maria, sa seule fille, l’héritière de la Principal. Il la condamne donc à rester dans cette province perdue alors que lui et ses fils partent s’installer à Barcelone. La jeune femme, très tôt surnommée la Vieille, transforme cette réclusion en indépendance.

 

Maria fait fructifier la propriété, la relève de ses cendres. Elle épouse un original, Narcis Magi, esthète excentrique qui lui donnera une fille, Maria, qui sera le personnage le plus central de la famille. Car c’est quand Maria Magi est la maîtresse de la Principal qu’a lieu le meurtre qui donnera lieu quatre ans plus tard à une enquête. Un contremaitre a été retrouvé éventré et émasculé devant le portail de la propriété alors que Maria est déjà partie en exil pour la France.

 

Des trois Maria, Maria Magi dite la Senyora est la plus développée : on la connaît adolescente, alors qu’elle surprend le jeune et beau Llorenç à l’écurie avec le contremaître. Elle les dénonce et ce dernier se fait renvoyer. Plus tard, le jeune homme devient la source de tous ses fantasmes. La dernière Maria, celle de 2001, on la connaîtra peu si ce n’est à travers ses relations avec son très vieux père qui a vécu l’enquête de près et écrit l’histoire de la famille. Ce faisant, il lui dévoile sa jeunesse et son intimité. »

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 08:00
« Gouverner, c'est tendre jusqu'à casser, tous les ressorts du pouvoir. » Georges Clemenceau un Vendéen vraiment pas comme les autres…

Né en 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Vendée, il y est enterré, Clémenceau a une place à part en Vendée où dans l’imaginaire populaire, celui cultivé par le clergé et les maîtres, les Bleus, les Républicains n’étaient que des hordes sanguinaires venues réprimer le soulèvement Vendéen.

 

C’est le Père la Victoire qui y est honoré.

 

Le 11 novembre 1941, jour anniversaire de l'armistice de 1918 dans l'année du centenaire de Georges Clemenceau, le général de Gaulle se rend à la BBC, et harangue la France de l'ombre en invoquant les mânes du « Tigre » :

 

« De votre temps, nous avions des canons qui hachaient les rangs allemands, des chefs que rien n'abattait et une caponnière à Vincennes pour faire justice de la trahison... » Férocité rare parmi les harangues du futur libérateur, comme si l'hommage au Père la Victoire imposait soudain un surcroît d'agressivité, par mimétisme, pour se mettre dans le ton de la figure implorée. 

 

Incarnant par le verbe et l'action un idéal politique fondé sur la conception intransigeante qu'il avait de l'intérêt général, Georges Clemenceau fut l'une des grandes figures de la IIIe République. «Il y a en moi un mélange d'anarchiste et de conservateur dans des proportions qui restent à déterminer.» La vie de Clemenceau illustre assez bien ce jugement de l'homme d'État sur lui-même. Au terme d'une carrière politique qui a marqué un demi-siècle, c'est lui qui mena la France à la victoire en 1918.

 

Dans une bande dessinée Clémenceau, chez Glénat fayard, dont le scénario est signé par Renaud Dély le rédacteur en chef de Marianne, les premières planches indique clairement quelles furent ses valeurs originelles essentielles :

 

18 Octobre 1856, forêt de Mouilleron-en-Pareds.

 

Georges à 15 ans

 

Son père : « Tu vois Georges, le bois Goulard est là-bas, sur la gauche, et la Châtaigneraie de l’autre côté, sur la droite, par-delà la colline…

 

Lui : « la Châtaigneraie, c’est bien là qu’eut lieu la bataille, père ? »

 

Son père : « Oui Georges, les combats furent terribles mais à la fin de la journée, le général Bonnaire et ses troupes ont réussi à libérer la ville… Ils ont vengé les massacres commis par les Chouans un an plus tôt et conforté la République. C’était en juillet 1794… C’était la Convention, Robespierre dirigeait le pays, mais deux semaines plus tard, il fut trahi et envoyé à l’échafaud. »

 

Lui : « Mais pourquoi Robespierre a-t-il été trahi ? »

 

Son père : « Parce qu’il voulait le bien, la vertu et qu’il les voulait trop et trop vite… c’était un idéaliste. Un homme épris de morale et de pureté… Les silencieux, les muets, les prudents l’ont lâché…

 

Lui : « C’est terrible…

 

Son père : « Toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses. Ne l’oublie pas mon fils ! »

 

Lui : « Je ne l’oublierai pas, je te le promets… »

 

Nantes, rue Crébillon, à table

 

Son père : « Tu comprends, mon fils, la Révolution, ses idéaux, sa quête de la liberté, c’est Robespierre et sûrement pas ce corrompu de Danton qui voulait entraîner le peuple sur une fausse route… C’est cet idéal que nous avons voulu perpétuer en 48 et c’est pour cela que nous combattrons encore demain. La République, toujours, c’est important, tu comprends ? »

 

Lui : Je comprends père, je comprends…

 

 

 

LIRE Danton, première victime des « affaires » ICI 

Machination. Sous le règne de la Terreur, son ami Robespierre le fit tomber, notamment pour corruption. Un piège qui en rappelle d'autres, plus récents...

PAR LORIS CHAVANETTE

 

Je ne vais pas vous conter la carrière de Clémenceau, mais en vrac, montrer le caractère bien trempé du personnage :

 

« Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c'est-à-dire moi».

 

« Une terrasse plantée d'acacias qui domine le lit d'un ruisseau. Des arbres, beaucoup d'arbres. Quelque chose dans tout cela de simple et en même temps d'orgueilleux. Une sorte de paix des premiers âges […] M. Clemenceau me montrant sa tombe : voilà la conclusion de votre livre : un trou et beaucoup de bruit pour rien»

 

Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche Midi, 2011, p. 267.

 

Une légende tenace veut qu'il ait été enterré debout afin d'être tourné vers la « ligne bleue des Vosges » voire pour défier l'Église catholique; en réalité, du fait d'une des grosses racines du cèdre impossible à réduire, le cercueil ne put être posé à plat, mais fut légèrement incliné.

 

Un de ses familiers, le commandant Jean de Lattre de Tassigny, futur maréchal de France — dont la pieuse mère disait chaque jour son chapelet depuis 1918 pour la conversion de Clemenceau — fut avec son épouse parmi ses rares amis vendéens à assister à ses obsèques, et protesta ensuite envers l'évêque qui n'avait cru devoir annuler une réjouissance publique prévue le soir même.

 

Deux monuments dans mon souvenir : le Monument aux Morts de Mouilleron-en-Pareds, son village natal, il inaugure le 9 octobre 1921  et son propre monument, au centre du bourg de Sainte-Hermine qu’il inaugure le 20.

 

Le groupe sculpté sur place en deux ans par son ami le sculpteur François Sicard, qui le représente debout sur un rocher surmontant plusieurs « Poilus » : la statue, décapitée pendant l'Occupation par les troupes d'Occupation, a été restaurée — la tête originale est conservée au musée national « maison de Georges Clemenceau » de Saint-Vincent-sur-Jard.

 

À l'Assemblée nationale, son talent d'orateur éclate ; dans les tranchées, on retient son inflexibilité et ses rencontres avec les poilus ; avec Georges Mandel, son mépris pour Pétain et sa loyauté absolue envers l'esprit républicain... Sans oublier l'évocation du journaliste, qui, engagé pour Dreyfus, permit la publication dans l'Aurore du J'accuse de Zola.

 

Va-t-en-guerre, vendéen et républicain laïc convaincu, généreux, mais troublant dans son autoritarisme. Radical-socialiste, il n'a pas hésité à réprimer férocement des grèves, d'où son surnom de Tigre. 

 

« Clemenceau cachait une forte sensibilité. Il représente l'archétype du républicain intègre, homme fort capable de sauver la patrie en danger ».

Serge Berstein historien

 

Georges Clemenceau étudia la médecine avant d'être journaliste et homme politique. Il fut maire du XVIIIe, à Paris, deux fois président du Conseil et fut surnommé le Tigre et Premier flic de France, au poste de ministre de l'Intérieur. Il créa les fameuses brigades du Tigre.

 

« Clemenceau fut un bloc, comme la Révolution telle qu'il la défendit lors de l'interdiction de la pièce Thermidor, en 1891. Un bloc de républicanisme et d'anticléricalisme, un bloc de détermination et d'ambition, un bloc de courage et de haine pour ses ennemis. Un bloc avec des arêtes « tranchantes comme un rasoir », outil terrible au service d'une « agressivité incongrue », selon les mots de Julien Gracq. Et comme chaque bloc, comme la Révolution, Clemenceau est parcouru de fissures: il y a, derrière l'homme désintéressé, le manœuvrier interlope de l'affaire de Panama, il y a un tacticien retors tapi sous le tribun inébranlable et des rancunes égoïstes enfouies dans la moustache mythique. Quand il le fallait, le Tigre savait se faire renard, voire serpent...

 

« Ainsi, un peu de fébrilité velléitaire explique sa volonté de concilier versaillais et communards en 1871, une rasade d'opportunisme colore ses indulgences boulangistes en 1887 et la tentation du pouvoir personnel meut cet autoritarisme maladif que Thibaudet appela "radicalisme de proconsulat". Clemenceau est aussi un briseur de grèves, qui ne conçoit pas de République sans ordre ni de démocratie sans bornes. Cela ne le fait pas moins grand, cela le rend moins lumineux. Et plus français encore, de cette tradition qui, de Bonaparte à De Gaulle, fait rimer légitimité avec autorité. Clemenceau, c'est une main de gauche dans un gant de droite. 

 

Les bons mots du cruel Vendéen :

 

« En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui » à propos de Félix Faure, qui « se crut César et mourut Pompée », ou encore, à l'encontre d'un vieux ministre des Finances : « Il est voûté, mais cela n'en fait pas un abri sûr... » Ces mots pour rire n'en ont donné que plus de force à ses formules pour l'Histoire.

 

Quand, le 16 novembre 1917, il prend les rênes d'un pays travaillé par le pacifisme derrière un front lézardé par le défaitisme, c'est par le verbe qu'il s'impose : « Je ne vous ferai pas de promesses, je ferai la guerre : voilà tout. Politique intérieure, je fais la guerre; politique extérieure, je fais la guerre »

 

Le verbe à l'Assemblée, mais aussi dans les tranchées, où il passe un tiers de son temps, ravaudant la confiance entre la troupe et les officiers, renouant ce lien armée-nation sans lequel les démocraties se liquéfient dans la lâcheté.

 

Ce bellicisme insensible au doute, inaccessible aux hypothèses de paix négociée, est au coeur du Clemenceau. C'est « l'indomptable petit vieillard » que le Kaiser désigne dans ses Mémoires comme la cause principale de la défaite allemande, c'est le chef persuadé que gagnera celui qui tiendra moralement le plus longtemps.

 

Clémenceau le meneur qui sait choisir des collaborateurs hors norme (Georges Mandel, Jules Jeanneney) et le provocateur qui obtient le soutien de tous en ne cherchant l'allégeance de personne. « Il fallait, pour qu'on s'en remît à ce lutteur effréné, que la crise atteignît le degré où tout ménagement est exclu », résume De Gaulle dans La France et son armée. Oui, il fallait avancer à l'aveugle et frapper comme un sourd, jusqu'à la reddition de l'ennemi.

 

Hélas, Clemenceau rata la paix, n'obtenant pas ce qui aurait pu éviter la Seconde Guerre mondiale (l'annexion à la France de la rive gauche du Rhin) et imposant ce qui allait la favoriser (le démembrement de l'Autriche-Hongrie). S'il avait encore vécu, aurait-il, d'un rugissement, empêché la République de se vautrer dans la poltronnerie munichoise?

 

Marcelin rencontre Clémenceau par Jean Clavel

 

Le 23 Juin 1907,  Marcelin Albert rencontre Clémenceau à Paris, et retrouve les autres prisonniers :

 

« Je viens solliciter de vous, le retrait des troupes du Midi, la mise en liberté des détenus d’Argeliès, de Ferroul, la répression des fraudes, et vous prier de tendre une main amie à la viticulture, pour le grand bien de la République ».

 

Le dimanche 23 juin Marcelin se présente aux grilles de la place Beauveau :  « Je viens voir le Président du Conseil, je suis Marcelin Albert »

 

Il est introduit aussitôt, les policiers de permanence tentent de s’emparer de lui, mais Clémenceau chasse les inspecteurs, après un échange un peu vif, Marcelin est a court d’argument, le « Tigre » dit qu’il a pleuré : Il se fait patelin : « Je suis sûr que vous êtes un honnête homme. Vous dites que vous êtes républicain, prouvez le : essayez de réunir les principales villes du Midi, les maire,s les conseillers municipaux, et proposez leur de rentrer dans la légalité. Je retirerai les troupes quand tout sera rentré dans la légalité ! Quant à la fraudes nous ferons l’impossible pour la réprimer ».

 

- Je ne refuse pas d’aller prêcher  à mes amis de rentrer dans la légalité et dans l’ordre, en leur promettant de votre part ce que vous venez de me dire. Mais je ne garanti pas de réussir… »

 

- Eh bien ! vous aurez fait votre devoir, et vous irez vous constituer prisonnier. On me traite d’assassin, mais je vous donne ma parole que force restera à la loi… »

 

Il rédige un laisser passer qu’il tend à Marcelin :

 

« J’invite les autorités civiles et militaires à laisser circuler, jusqu’à nouvel ordre, dans  toute l’étendue du territoire, M. Marcelin Albert, porteur du présent écrit, qui retourne dans le département de l’Aude pour se mettre à la disposition de la loi » A Paris le 23 Mai, (il commet l’erreur de date….)

 

- Avez-vous de l’argent ?

 

- J’ai 50 francs mais je ne sais pas si j’en aurai assez pour le voyage !!

 

Clémenceau lui tend un billet de 100 francs, fait appeler une voiture, reconduit Marcelin par une porte de la rue des Saussaies,  l’abrite d’un parapluie.

 

L’ensemble de la chronique ICI 

 

À lire : Clemenceau, chef de guerre, par Jean-Jacques Becker. Armand Colin, 224 pages, 20 euros.

 

La bande dessinée Clémenceau, chez Glénat fayard

 

 

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 09:00
L'attaquant portugais Eusebio est stoppé par le gardien et un défenseur de la Corée du Nord Popper Foto/Fifa.com

L'attaquant portugais Eusebio est stoppé par le gardien et un défenseur de la Corée du Nord Popper Foto/Fifa.com

La Corée du Nord est à la Une de toute la presse.

 

Qui se souvient de la guerre de Corée conflit emblématique de la guerre froide qui fera 4 millions de morts en 37 mois. Elle entérine la partition de la Corée en deux États.

 

La Corée du Nord, protégée par la Chine de Mao et l’URSS de Staline (lire Soixante ans de partition  ) se referme sur elle-même, mais déjà, on joue au football même s’il est difficile de trouver des ballons.

 

En 1954, la Corée du Sud se qualifie pour la Coupe du Monde en Suisse.

 

Le régime de Kim-Il Sun va s’intéresser à partir de 1957 « Selon Park Doo-ik, qui a entaché d’une demi-volée parfaite la splendeur italienne lors de la Coupe du monde 1966, c’est à cette date que l’on est venu le sortir de l’imprimerie où il était ouvrier pour devenir professionnel au sein d’une équipe de Pyongyang. »

 

 

En 1958, la Corée du Nord devient membre de la Fifa alors que la plupart des États occidentaux qui ne reconnaissent pas son existence.

 

Lorsqu’elle se qualifie pour le Mondial, qui doit se dérouler en Angleterre, en battant l’Australie deux fois après le forfait de la Corée du Sud qui refusa de jouer ses matchs extérieurs à Phnom Penh, elle met le Foreign Office dans l’embarras.

 

Il est même envisagé de céder l’organisation a un autre pays mais « dans le but de ne pas nuire aux amateurs anglais de sport et de ne pas remettre en cause les travaux d’organisation, le gouvernement britannique transige. »

 

Après d’intenses négociations diplomatiques un compromis est trouvé.

 

Lorsque les joueurs coréens débarquent à Middlesbrough sont très surpris de voir leur drapeau flotter dans le ciel anthracite du nord de l’Angleterre.

 

À Middlesbrough, l’équipe locale vient de descendre en 3e division. Les joueurs coréens sont accueillis chaleureusement par le maire et ils vont profiter des buffets qui vont leur être servis.

 

« Avant de poser les pieds au Royaume-Uni, nous n’étions pas très sûrs de la façon dont les Anglais nous traiteraient. Nous pensions que nous serions dédaignés » Le milieu de terrain Rim Jung-son ne s’attendait certainement pas à voir les fans de la ville ouvrière prendre fait et cause pour leurs petits gabarits qui vont être rudement bousculés par les grands frères soviétiques dès le premier match, 3 à 0. Et dès le deuxième et le troisième match, 1 à 1 contre le Chili, puis victoire 1 à 0 contre l’Italie, les tribunes fleurissent d’écharpes et de drapeaux aux couleurs de la RDPC. Une foule heureuse de gamins demande des autographes aux joueurs qu’ils trouvent « modestes, polis, disponibles et gentils »

 

 

« Les Anglais apprécient leur jeu d’attaque collectif et vont soutenir cette équipe que les Italiens, éliminés et aigres, rebaptiseront « les fourmis rouges ». À Liverpool, en quart de finale, la Corée du Nord doit rencontrer le Portugal. Les ouvriers de Middlesbrough font le déplacement à Goodison Park, le stade d’Everton. Ils ont trouvé une équipe de substitution. Mais la Corée va s’incliner 5 à 3 après avoir mené 3 à 0. Les joueurs coréens diront avoir été perturbés par la soudaine fureur des spectateurs anglais qui les encourageaient. La fête est terminée, mais le parcours des Nord-Coréens est apprécié à sa juste valeur par les lads qui n’aiment rien tant que de voir les underdogs mordre les mollets des puissants. Ils n’oublieront jamais. »

 

 

« De retour au pays du « cher Kim Il-sung » d’affreuses rumeurs courent. Le « grand leader » qui leur avait simplement demandé de gagner un ou deux matchs aurait été contrarié non pas par le résultat mais par l’attitude relâchée de ses joueurs qui avaient fêté leurs exploits avec de l’alcool et des femmes. »

 

Source : Débordements sombres histoires de football 1936-2016 Olivier Villepreux Samy Mouhoubi Frédéric Bernard

 

 

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 06:00
Francis Pélissier participant au Tour de France cycliste - Source Gallica BnF

Francis Pélissier participant au Tour de France cycliste - Source Gallica BnF

Le Tour de France, qui vient de se terminer, reste populaire mais il n’attire plus les grandes plumes comme aux origines. D’ailleurs, existe-t-il encore de grandes plumes ? Du côté des journalistes c’est morne plaine...

 

Albert Londres, c’est une référence, l’un des plus grands journalistes internationaux de la première partie du XXe siècle. En juin 1924, il va couvrir le Tour de France pour le Petit Parisien.

 

Jour après jour il va raconter, dans un style direct et nerveux, les exploits et les souffrances des coureurs. Il rapporte avec sobriété et modestie, avec humanité, les choses vues et entendues.

 

Le 27 juin, 3 coureurs, Henri et Francis Pelissier et Maurice Ville, unanimement reconnus pour leur talent – le premier nommé a gagné le Tour en 1923 – mais aussi pour leurs fréquents coups de gueule notamment à l’égard des organisateurs, s’aperçoivent en ce début de Tour 1924 qu’ils vont être dominés par un jeune prodige, Ottavio Bottechia.

 

Au cours de l’étape Cherbourg-Brest, ils abandonnent prétextant un problème de règlement qu’ils jugent abusif, et s’arrêtent au Café de la Gare à Coutances. Albert Londres, journaliste au Petit Parisien, journal concurrent de l’Auto, organisateur de l’épreuve, qui est pourtant déjà arrivé à Granville, flaire le « bon coup », revient à Coutances et les rejoint attablés au Café de la Gare.

 

La formule « les forçats de la route », passée à la postérité, n’apparaît dans aucun texte d’Albert Londres. Jean—Louis Ézine rapporte dans Un ténébreux ( Le Seuil 2003) que c’est Henri Decoin, journaliste lui aussi sur le Tour 1924, qui l’utilisa : « Avec leurs numéros dans le dos, ils ressemblent aux forçats d’Albert Londres ». Decoin faisait référence aux vrais forçats, ceux de Cayenne, auxquels Albert Londres avait consacré un reportage si retentissant qu’il conduisit à la fermeture du bagne.

 

La rencontre au Café de la Gare de Coutances © Le Petit Parisien

 

L'abandon des Pélissier ou les martyrs de la route

 

Coutances, 27 juin.

 

Ce matin, nous avions précédé le peloton…

 

Nous étions à Granville et six heures sonnaient. Des coureurs, soudain, défilèrent. Aussitôt la foule, sûre de son affaire, cria :

 

– Henri ! Francis !

 

Henri et Francis n'étaient pas dans le lot. On attendit. Les deux catégories passées, les « ténébreux » passés – les « ténébreux » sont les touristes-routiers, des petits gars courageux, qui ne font pas partie des riches maisons de cycles, ceux qui n'ont pas de « boyaux », mais ont du cœur au ventre – ni Henri ni Francis ne paraissaient.

 

La nouvelle parvint : les Pélissier ont abandonné. Nous retournons à la Renault et, sans pitié pour les pneus, remontons sur Cherbourg. Les Pélissier valent bien un train de pneus…

 

Coutances. Une compagnie de gosses discute le coup.

 

– Avez-vous vu les Pélissier ?

 

– Même que je les ai touchés, répond un morveux.

 

– Tu sais où ils sont ?...

 

– Au café de la Gare. Tout le monde y est.

 

Tout le monde y était ! Il faut jouer des coudes pour entrer chez le « bistro ». Cette foule est silencieuse. Elle ne dit rien, mais regarde, bouche béante, vers le fond de la salle. Trois maillots sont installés devant trois bols de chocolat. C'est Henri, Francis, et le troisième n'est autre que le second, je veux dire Ville, arrivé second au Havre et à Cherbourg.

 

- Un coup de tête ?

 

- Non, dit Henri. Seulement, on n'est pas des chiens...

 

- Que s'est-il passé ?

 

- Question de bottes ou plutôt question de maillots ! Ce matin, à Cherbourg, un commissaire s'approche de moi et, sans rien me dire, relève mon maillot. Il s'assurait que je n'avais pas deux maillots. Que diriez-vous, si je soulevais votre veste pour voir si vous avez bien une chemise blanche ? Je n'aime pas ces manières, voilà tout.

 

- Qu'est-ce que cela pouvait lui faire que vous ayez deux maillots ?

 

- Je pourrais en avoir quinze, mais je n'ai pas le droit de partir avec deux et d'arriver avec un.

 

- Pourquoi ?

 

- C'est le règlement. Il ne faut pas seulement courir comme des brutes, mais geler ou étouffer. Ça fait également partie du sport, paraît-il. Alors je suis allé trouver Desgranges : - Je n'ai pas le droit de jeter mon maillot sur la route alors ?... - Non, vous ne pouvez pas jeter le matériel de la maison... - Il n'est pas à la maison, i! est à moi... - Je ne discute pas dans la rue... - Si vous ne discutez pas dans la rue, je vais me recoucher. - On arrangera cela à Brest... - A Brest, ce sera tout arrangé, parce que je passerai la main avant... Et j'ai passé la main !

 

- Et votre frère ?

 

- Mon frère est mon frère, pas, Francis ?

 

Et ils s'embrassent par-dessus leur chocolat.

 

- Francis roulait déjà, j'ai rejoint le peloton et dit : « Viens, Francis ! On plaque. »

 

- Et cela tombait comme du beurre frais sur une tartine, dit Francis, car, justement ce matin, j'avais mal au ventre, et je ne me sentais pas nerveux.

 

- Et vous, Ville ?

 

- Moi, répond Ville, qui rit comme un bon bébé, ils m'ont trouvé en détresse sur la route. J'ai « les rotules en os de mort ».

 

Les Pélissier n'ont pas que des jambes ils ont une tête et, dans cette tête, du jugement.

 

- Vous n'avez pas idée de ce qu'est le Tour de France, dit Henri, c'est un calvaire. Et encore le chemin de croix n'avait que quatorze stations, tandis que le nôtre en compte quinze. Nous souffrons du départ à l'arrivée. Voulez-vous voir comment nous marchons ? Tenez.

 

De son sac, il sort une fiole :

 

- Ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives.

 

- Ça, dit Ville, vidant aussi sa musette, c'est de la pommade pour me chauffer les genoux.

 

- Et des pilules ? Voulez-vous voir des pilules ? Tenez, voilà des pilules.

 

Ils en sortent trois boites chacun.

 

- Bref ! dit Francis, nous marchons à la « dynamite » ?

 

Henri reprend

 

- Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'œil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme saint Guy, au lieu de dormir. Regardez nos lacets, ils sont en cuir. Eh bien ! ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent, et c'est du cuir tanné, du moins on le suppose. Pensez ce que devient notre peau ! Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers notre culotte, plus rien ne nous tient au corps.

 

- Et la viande de notre corps, dit Francis, ne tient plus à notre squelette.

 

- Et les ongles des pieds, dit Henri, j'en perds six sur dix, ils meurent petit à petit à chaque étape.

 

- Mais ils renaissent pour l'année suivante, dit Francis.

 

Et, de nouveau, les deux frères s'embrassent, toujours par-dessus les chocolats.

 

- Eh bien tout ça — et vous n'avez rien vu, attendez les Pyrénées, c'est le hard labour, — tout ça nous l'encaissons. Ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons. On n'est pas des fainéants, mais, au nom de Dieu, qu'on ne nous embête pas. Nous acceptons le tourment, nous ne voulons pas de vexations ! je m'appelle Pélissier et non Azor ! J'ai un journal sur le ventre, je suis parti avec, il faut que j'arrive avec. Si je le jette, pénalisation. Quand nous crevons de soif, avant de tendre notre bidon à l'eau qui coule, on doit s'assurer que ce n'est pas quelqu'un, à cinquante mètres qui la pompe. Autrement : pénalisation. Pour boire, il faut pomper soi-même. Un jour viendra où l'on nous mettra du plomb dans les poches, parce que l'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger. Si l'on continue sur cette pente, il n'y aura bientôt que des « clochards » et plus d'artistes. Le sport devient fou furieux.

 

- Oui, dit Ville, fou furieux

 

Un gosse s'approcha

 

- Qu'est-ce que tu veux, mon petit ? fait Henri.

 

- Alors, monsieur Pélissier, puisque vous n'en voulez plus, qui qui va gagner maintenant ?

 

Albert Londres.

 

À noter que le Café de la Gare à Coutances, lui, n’a pas survécu à sa légende et a été rasé en 1998.

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 06:00
L’agromafia en Italie : le trésor de la came rouge

Le procureur de Rome Giuseppe Pignatone, dans la préface d’un livre, estimait :

 

« Désormais, les organisations mafieuses cherchent à éviter les actes violents et éclatants, conscientes que ceux-ci alarment l’opinion publique et attirent l’attention de la police et de la magistrature. Mieux vaut recourir à la corruption, qui n’est pas en elle-même révélatrice d’une présence mafieuse mais qui, cependant, favorise le mélange entre le monde mafieux et ‘l’autre’ monde” »

 

Démonstration comme l’écrit le POINT :

 

Le marché de la sauce tomate et du concentré de tomates représente-t-il un nouvel eldorado pour les mafias du monde entier ?

 

« Dans son livre L'Empire de l'or rouge : enquête mondiale sur la tomate d'industrie, aux éditions Fayard, le journaliste du Parisien Jean-Baptiste Malet lève un coin du voile sur ce juteux commerce. Au terme d'une enquête de deux ans et demie tout autour du monde, le constat de l'auteur est clair : « La tomate d'industrie est un produit de marchandise de prédilection des mafias. »

 

Jean-Baptiste Malet, après avoir enquêté sur les pratiques d'Amazon, a notamment exploré l'Italie, grand fournisseur de tomates, mais aussi de sauces, concentrés ou tomates pelées. Dans son livre, il révèle qu'une grande partie des tomates qui sont utilisées dans ces sauces « fabriquées en Italie » proviennent d'autres pays. C'est l'assemblage seul qui est réalisé dans la péninsule et suffit à revendiquer une fabrication locale. Les tomates utilisées sont notamment originaires de Chine, 2e producteur mondial de tomates d'industrie. Des « hybrides, [qui] poussent sous la terre et ont la peau plus épaisse » et sont souvent ramassées par des enfants et des adolescents.

 

« Tomato business »

 

Mais même les tomates italiennes ne sont pas toutes blanches puisque Jean-Baptiste Malet relève que la « quasi-totalité des Africains, Bulgares et Roumains qui travaillent dans les récoltes, notamment dans la province de Foggia (Pouilles), ne sont pas déclarés ». Le « tomato business » et ses faux étiquetages bien moins sévèrement punis par la loi que le trafic de drogue permettent aux mafias de prospérer et de blanchir de l'argent, relève l'auteur. Il estime que leur chiffre d'affaires dans ce secteur est de « 15,4 milliards d'euros en 2014 ». « Il n'a jamais été aussi facile pour les entreprises criminelles de faire fructifier des capitaux sales. » Pour lui, « la criminalité dans l'agroalimentaire a pris une telle ampleur en Italie que les institutions la désignent sous le terme d'agromafia ».

 

 

 

Un livre à lire absolument pour comprendre la mondialisation et mesurer l’extrême difficulté pour la détricoter. Il confirme aussi le rôle pervers, des prix plus bas que bas de la Grande distribution, dans la paupérisation des producteurs agricoles.

 

Lire « Enquête mondiale sur la tomate d’industrie », révélations sur un produit phare

 

ICI 

 

Lire Comment la tomate d'industrie est devenue le symbole des dérives de la mondialisation

Par Eugénie Bastié

 

ICI 

 

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propre à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits. Quoi de plus banal, pour recycler de l’argent sale, que de belles bouteilles d’huile d’olive ou de jolies boîtes de conserve de tomates « Made in Italy » ? Ces deux produits emblématiques sont devenus des marchandises de prédilection des mafias. Une fois les investissements réalisés et l’entreprise agro-mafieuse opérationnelle, la firme se connecte à l’économie « légale » : l’entreprise devient alors un acteur (presque) comme un autre du marché. Ses marchandises empruntent les canaux de l’économie mondialisée. L’entreprise agro-mafieuse se développe, elle investit comme toute entreprise, parfois elle rachète des marques prestigieuses. Elle s’allie à d’autres sociétés, ou peut compter sur des acteurs économiques connivents. Par exemple des pizzerias à l’apparence banale pour leurs clients, mais qui sont en réalité d’autres sociétés détenues par la même organisation criminelle ou liées à elle, et qui quel que soit le prix pratiqué, se fournissent en sauce tomate, en huile, en farine ou en mozzarelle auprès de l’industrie agro-mafieuse. In fine, de la pizzeria à la sandwicherie, des rayonnages de la grande distribution aux étals des marchés africains, les produits agro-mafieux parviennent jusqu’aux assiettes des consommateurs du monde entier. Selon un rapport réalisé par le principal syndicat de producteurs italiens, la Coldiretti, en collaboration avec le think tank Eurispes, cinq mille restaurants italiens seraient liés à des groupes mafieux.

 

Il fait bien longtemps que les mafias ne se contentent plus du simple trafic de drogue, du racket ou de l’usure. L’entrepreneuriat criminel italien maîtrise aujourd’hui les circuits de l’agro-alimentaire globalisé, produit des marchandises et approvisionne le marché global. Les risques courus par les criminels sévissant dans le secteur agro-alimentaire sont bien moins élevés que dans d’autres types de trafics, comme celui de la drogue par exemple. Pour la criminalité organisée, un faux étiquetage de conserves de tomates ou de bouteilles d’huile d’olive peut rapporter autant qu’un trafic de cocaïne. Mais, si le réseau tombe, les peines seront beaucoup moins lourdes. 

 

Le résultat ?

 

Lorsque les juges italiens antimafias confisquent des biens aux clans, 23 % sont des terres agricoles. Sur un total de 12 181 biens immobiliers confisqués aux mafias en 2013, la Coldiretti a souligné que 2 919 étaient des terres agricoles.

 

Dans un contexte économique où les produits alimentaire vendus cher dans les supermarchés ne profitent plus aux producteurs qui gagnent toujours moins d’argent sur leurs récoltes et où les intermédiaires gagnent toujours plus, il suffit aux membres des mafias italiennes de contrôler des secteurs clés d’une filière, comme ceux de la transformation et du conditionnement, pour pouvoir blanchir des capitaux considérables, à une cadence industrielle.

 

La grande distribution cherche des prix bas ?

 

Qu’à cela ne tienne ! Les clans, dissimulés derrière les façades d’entreprises parfaitement insérées dans le secteur, ayant les codes des industriels, peuvent lui en faire, et ils seront imbattables ! Il suffit à la criminalité organisée de sous-évaluer légèrement le prix de revient d’un produit pour blanchir (très) avantageusement de l’argent sale ; et tous les moyens lui sont permis pour atteindre ce prix idéal, qui permet de céder des volumes importants à un acheteur : exploiter une main-d’œuvre dans l’illégalité ou contrefaire le produit. Les marchés seront raflés et l’acteur mafieux pourra faire tourner ses usines pour générer de l’activité économique. En contrôlant les maillons clés de la production, en vendant des marchandises à des prix extrêmement bas, en trichant sur le droit du travail, la fiscalité, les étiquetages ou les appellations, les clans parviennent à brasser des millions d’euros… et certaines enseignes de la grande distribution finissent par proposer à leurs clients des prix fracassants. »

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 06:00
« L’existence même de Fauchon est un scandale ! » lançait Sartre au micro de RTL, en mai 1970.

Mais que font les insoumis du Jean-Luc ?

 

Ils se font chier sous les ors du Palais Bourbon pendant que Garrido bosse pour l’oligarque breton, Bolloré.

 

Allons, allons, camarade Ruffin après Merci Patron refais-nous le coup de Fauchon !

 

C’était en mai 70, deux ans après…

 

C’était après que le grand Charles nous eut quitté pour retourner à Colombey.

 

C’était un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître, la nuit des temps !

 

C’était après l’attaque de Fauchon par un commando d’une cinquantaine de gus, armés de barre de fer, dirigé par un responsable de la Gauche Prolétarienne répondant au pseudo suggestif de Tarzan. Du pur Sartre, ce cher Jean-Paul, toujours aussi faux-cul, adorait les bons restaurants bourgeois et déjeunait tous les jours à la Coupole. Pierre Overney, qui sera assassiné par le gros bras du service de sécurité de la Régie Renault Tramoni aux portes de l’île Seguin, y participait.

 

Antoine de Gaudemar, futur complice de Serge July à Libération faisait le guet. Le 8 mai 1970 le commando va rafler champagne, caviar, truffes, saumon, marrons glacés tenant le personnel en respect sous la menace de leurs barres de fer puis tous s’enfuir par le métro, sauf Frédérique Delange, fille de haut-fonctionnaire, qui se fit rattraper par « un cuistot à toque et tablier blanc qui, armé d’une broche à gigot, les avait pris en chasse ».

 

Le 19 mai, la 24e cour correctionnelle de Paris la condamnait à 13 mois de prison ferme. En ce temps-là la justice était rapide et l’on ne badinait pas avec l’atteinte au « symbole de l’arrogance du fric ». Les « vivres » seront distribués dans les quartiers populaires par les militants de la GP.

 

La presse « bourgeoise de gauche », Le Nouvel Observateur et L’Express (celui de JJSS et de Françoise Giroud) prit fait et cause pour ces nouveaux « Robin des Bois ». À Jacques Foccart, l’homme du SAC, qui s’inquiète auprès de lui « l’opinion publique semble considérer avec indulgence l’histoire Fauchon. » le président Pompidou répond : « Pour Fauchon, c’est vrai, mais qui puis-je ? Même mon fils, ma belle-fille et une cousine avec qui j’en ai parlé trouvent ça sympathique et j’ai dû les rabrouer pour leur faire sentir que cette affaire était ridicule ».

 

Dans la Cause du Peuple les normaliens, un peu fâchés avec les tables de multiplication, s’en donnent à cœur joie « Nous ne sommes pas des voleurs, nous sommes des maoïstes. Salaire moyen d’un OS : 3,50 francs de l’heure. Un kilo de foie gras : 200 francs soit soixante heures de travail. Un kilo de cake : 18,50 francs, soit 6 heures de travail. Un kilo de marrons glacés : 49 francs, soit 8 heures de travail. Alors, qui sont les voleurs ? »

 

Par bonheur, notre champagne fut épargné mais notre bel Olivier de la Poste, que presque tout le monde a oublié, pourrait, en ces temps où le libéralisme pur et dur renaît dit-on sous Macron, s’y essayer car c’est tout à fait dans ses cordes.

 

 « Si vous voulez manger en hiver des fraises du Japon(sic), allez chez Fauchon ; si vous voulez douze prunes pour 80 francs, allez chez Fauchon ; si vous habitez l’Elysée et que vous voulez remplir votre Rolls Royce de victuailles, allez encore chez Fauchon ; si vous vous appelez Kossyguine et que vous voulez commander quarante bouteilles millésimées à l’année de votre naissance, allez toujours chez Fauchon… »

 

Bien sûr faudrait traduire tout ça en euros, remplacer Kossyguine par Poutine, tout comme les 40 bouteilles millésimées par le seul GCC béni de Dieu : le dig, ding, dong d’Hubert (avec un H !), mettre la Rolls au garage car elle devenue  trop cheap avec tous les nouveaux riches, pour ce qui est des fraises en hiver c’est d’une telle banalité qu’il vaudrait mieux plus en parler, quant aux prunes je laisse à Lio le soin de les chanter…

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 06:00
Le feuilleton de l’été : l’histoire œnologique de la côte bourguignonne (12) Dans les pas de Roger Dion

L’approche qui convient à l’étude des genres bourguignons, est donc la chronologie qui permet de faire le partage entre les différentes « preuves » de leur qualité. Elle synthétise à chaque époque de l’histoire les éléments complexes d’une œnologie stable dans ses principes et perpétuellement mouvante dans son application. Elle cherche dans toute la mesure du possible à éviter l’anachronisme qui, de l’étude géologique à la notion de progrès, en passant par la collecte, soi-disant exhaustive, des « facteurs de qualité », ramène toute enquête rétrospective à l’œnologie contemporaine d’une région célèbre, considérée comme un aboutissement programmé d’avance, sans tenir compte de ce qu’elle fut autrefois et des procédés utilisés alors pour produire le « bon vin ».

 

Une étude attentive fondée sur les archives et complétée par les observations in situ faites au vignoble permet heureusement de faire le distinguo entre les données stables du milieu naturel et les apports historiques d’une œnologie, qui est avant tout un savoir-faire artisanal, c’est-à-dire lié à des décisions humaines, comme Roger Dion l’a démontré de manière éclatante.

 

La tension vers l’excellence, propre à toutes les viticultures fines, a trouvé en Bourgogne une de ses expressions les plus achevées. Il n’existe pas d’autre vignoble au monde dont le parcours ait été à ce point rectiligne pendant une période aussi longue. La place exceptionnelle du vignoble de la côte bourguignonne dans le monde du vin, n’est pas due à une prédisposition naturelle qu’aucune référence scientifique n’a réussi à mettre en valeur de manière convaincante, mais à l’œnologie qui y fut pratiquée. Elle est la traduction en termes techniques d’un effort collectif immense et constamment renouvelé en dépit de difficultés de tous ordres. Certes, les dispositions du sol, de la pente et du climat sont ici favorables, mais l’œnologie est l’œuvre du vigneron, et c’est lui seul qui fut le créateur de cet espace viticole hors du commun dont il a maintenu intacte, aujourd’hui encore, la capacité à produire de bons vins. Nous le verrons à l’œuvre, au cours de la « longue durée » historique, maîtrisant les techniques complexes mises à sa disposition, inventant les nouveaux genres nécessaires à sa survie commerciale, face à la concurrence d’autres provenances, relevant les ruines du vignoble après les tempêtes, les pestes végétales et les désordres de l’histoire, saisissant aussi toutes les occasions de vanter les mérites des vins de son terroir, tout en cherchant à gagner l’appui des puissants qui en étaient les consommateurs enthousiastes, et donc des protecteurs naturels en même temps que les principaux propriétaires. Cette œnologie, gérée avec succès pendant des siècles, fut, comme on dirait aujourd’hui « réactive ». Elle ne fut jamais immobilisée dans l’inaccessible et coûteuse perfection des méthodes archaïques figées, et trop coûteuses. Elle fut modifiée et l’est encore aujourd’hui par de multiples influences, souvent extérieurs au monde du vin, qui l’ont contrainte à de constantes remises en question. La Côte bourguignonne fut le lieu où certaines des « révolutions œnologiques » majeures ont tissé l’histoire du grand vin et l’ont orienté vers des voies nouvelles par la diversification des genres offerts à la consommation. C’est au XIIe siècle, par exemple, que fut créé le vin vermeil, et au XIXe siècle que fut élaboré définitivement le grand cru issu du chardonnay, aujourd’hui référence absolue des meilleurs vins blancs du monde.

 

La modification de ces genres successifs peut être suivie à travers le temps et l’espace, grâce à une documentation fiable qui atteste la présence des vins de la Côte dans toute l’Europe. Quant à l’étude proprement œnologique des vins du passé, elle est rendue possible, par la constance des grands principes qui la gouvernent, et servent de fondement à un jugement sur la qualité, rétrospectif certes, mais dûment motivé. La Bataille des vins par exemple mentionne en termes élogieux les vins blancs de Beaune, présents à la cour de Philippe Auguste. Presque au même moment, Guillaume Le Breton signale les débuts d’un vin rouge originaire lui aussi de Beaune, et lui aussi très apprécié. Les « cuveries » qui furent édifiées à Chenôve et à Vougeot pour élaborer le vin vermeil, furent donc conçues pour produire un genre qui n’existait pas auparavant. Dans quelles circonstances ? À quelle date exacte ? Et selon quelles méthodes a pu s’édifier cette œnologie nouvelle ? Est-elle conforme à l’idéal de qualité défendu en Bourgogne depuis l’époque romaine ? Etc. Un fil conducteur relie donc entre elles des informations en apparence déconnectées les unes des autres. Elles doivent être jugées à l’aune d’une orthodoxie œnologique dont on sait qu’elle s’est imposée à toutes les époques de l’histoire du vignoble.

 

L’étude des liens de causalité et d’imitation qui les relient, font partie du champ d’investigation de l’œnologie historique car le « trésor des bons usages » est commun à tous les vignobles fins du monde entier. Il remonte à l’Orient ancien et fut adopté ensuite par la Grèce, puis transmis à tous les territoires conquis par Rome. Le tout nouveau vignoble gaulois n’était évidemment pas capable de mettre sur pied, en quelques décennies, l’édifice prodigieusement complexe de la qualité œnologique. Il a bien fallu qu’il emprunte à Rome des principes généraux qui, correctement appliqués, ont conduit au bon vin. Cette démarche signifie l’invention de genres nouveaux, adaptés à un climat plus froid, issu des cépages fins trouvés sur place te vinifiés selon des méthodes originales, mais qui devaient aussi se conformer à un corps de doctrine qui remontait aux premières civilisations du Proche-Orient.

 

L’histoire des vignobles fins démontre que l’impulsion initiale en faveur de la qualité est la condition sine qua non de la réussite. Les paramètres qui sont nécessaires à son apparition doivent être mis en place dès le point de départ par le vigneron. Sa responsabilité première est de les maintenir durablement en bon état de marche s’il veut produire un bon vin et recueillir ainsi les fruits de cette prestigieuse et difficile tentative. La qualité, fondée sur le « trésor des bons usages », puis obstinément défendue et adaptée à des circonstances changeantes, dépend de l’adaptation réussie d’une œnologie réfléchie et volontariste aux conditions locales. Elle fut le meilleur viatique pour résister aux ferments d la décadence qui, au cours d’une longue histoire, ont menacé le vignoble bourguignon. La « continuité œnologique » observée depuis les commencements, est donc une hypothèse solide qui permet de suivre sans trop de risques d’erreur une chronologie qui met en exergue l’exceptionnelle obstination des vignerons de la côte bourguignonne à persévérer sur les chemins de la qualité.

 

Il nous faudra élucider le mieux possible les « faits de nature », tout comme les « faits de culture », qui ont permis cette transposition, réussie et durable, d’un idéal de qualité qui fut d’abord importé d’Italie, car la volonté de créer et de maintenir un vignoble din, est le fil d’Ariane de l’œnologie historique. Quand elle existe, ferme, décidée et efficace, de « bons vins » sont produits, fût-ce en faible quantité, pendant une longue période, estimés par un public de consommateurs avertis et toujours exportés au loin. C’est donc la « continuité œnologique » telle qu’elle apparaît au cours d’une étude historique aussi soigneuse que possible, qui a modelé le paysage viticole de la Côte, à la fois immuable et divers et surtout si étroit, qu’il peut être parcouru en quelques heures.

 

Le succès d’une synthèse convaincante des facteurs de la qualité est d’une extrême difficulté, tant les divers éléments qui la composent sont hétérogènes, parfois contradictoires et en tout cas impossibles à recenser tous, tant ils sont nombreux. Nous nous limiterons donc à l’étude de l’œnologie propre à la seule Côte bourguignonne, dont nous essaierons avec quelque témérité, d’embrasser la « longue durée » historique depuis l’époque romaine. Nous mettrons ainsi nos pas dans ceux de Roger Dion, qui a voulu, par une étude approfondie, écarter l’hypothèse « naturaliste » de la naissance de la qualité, provoquée par les seules dispositions du sol et du sous-sol. Nous essaierons aussi, grâce à la mie au jour de particularités œnologiques trop souvent dédaignées, de formuler un certain nombre d’hypothèses, qui expliquent la pérennité d’une pratique œnologique, située sans défaillance au plus haut niveau depuis vingt siècles.

 

Roger Dion a clairement indiqué en une formule frappante, où devrait se situer le point d’aboutissement des recherches, qui tiennent compte à la fois de l’œnologie, des conditions naturelles et du déroulement de l’histoire. C’est en conclusion d’une étude intitulée Querelle des anciens et des modernes sur les facteurs de la qualité du vin, qu’il remarque que beaucoup de spécialistes du passé, tel Olivier de Serres, ont sur ce sujet capital des vues beaucoup plus nuancées que les modernes, dont l’horizon se limite aux seules conditions préalables, appelées « naturelles ». Il conclut sa démonstration par un paragraphe que nous citons intégralement : « Les œuvres humaines qui tirent leur substance du sol même où elles sont implantées paraissent en être, à la longue, de naturelles excroissances. Il en est ainsi de nos vieux et nobles vignobles, si intimement et harmonieusement associés au terrain qui les porte qu’ils semblent s’y être formés d’eux-mêmes, comme par l’effet d’une génération spontanée. De là vient peut-être que les explications naturalistes, depuis un siècle, aient été si généralement acceptées. Le crédit qu’elles ont trouvé est l’un des signes de la parfaite et très ancienne réussite de la viticulture française. Le spectacle de la création d’un vignoble de qualité en terrain neuf est devenu chez nous, depuis longtemps déjà, chose si rare, que nos contemporains e se représentent plus ce qu’il faut de labeur et d’ingéniosité, en pareille entreprise, pour contraindre la nature à donner ce que jamais, d’elle-même, elle n’eût offert à l’homme. »

 

Un travail d’enquête approfondi pour rechercher les véritables causes de la qualité n’est-il pas nécessaire, soixante ans après l’article de Roger Dion qui date de 1952 ? Car nul ne peut nier aujourd’hui l’essor inouï de la production des vins fins dans le monde entier. Dès lors le « spectacle si rare » de la création d’un vignoble de qualité n’est plus enfermé dans un passé légendaire, mais devient une réalité palpable que des millions de visiteurs, bientôt devenus consommateurs, peuvent découvrir sur place. Les créateurs de cette forme renouvelée d’économie viticole fine, ont d’ores et déjà détruit le monopole des grandes régions viticoles françaises. N’est-il pas urgent, pour ceux qui les défendent, de retracer de manière convaincante les circonstances de leur ancienne suprématie, afin de la justifier par d’autres arguments que l’agencement minéral de quelques tas de cailloux, opportunément disposés au bon endroit ?

 

Comme le démontrent les succès de certains vignobles français et européens et des pays du nouveau monde, le perfectionnisme œnologique est la clé qui ouvre l’accès au bon vin. Il s’appuie sur d’anciennes traditions, aussi bien que sur les procédés inventés à notre époque, qui prolongent de manière scientifique l’ingéniosité des vignerons d’autrefois. Il n’existe heureusement aucune chance que ce foisonnement inouï d’initiatives si souvent remarquables, oblige le vignoble mondial à produire un type unique de « vin technologique » au goût standardisé. Nous plaidons énergiquement pour que ce fantasme, pur produit de l’imagination de commentateurs « passéistes », ne succède pas aujourd’hui aux thèses « naturalistes », si brillamment contestées par Roger Dion au siècle dernier.

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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 06:00
Le feuilleton de l’été : l’histoire œnologique de la côte bourguignonne (11) les illusions de « la cavalcade du grand vin »

Une certaine vision de l’histoire du vignoble a depuis longtemps pris racine en Bourgogne. Elle se singularise par un panégyrique répétitif à la gloire des grands vins de la Côte. Selon cette conception, l’analyse des causes de la qualité conduit automatiquement à l’accumulation de bonnes notes décernées rétrospectivement par l’historien au « terroir du grand vin, décliné en ses divers grands crus. Pour faire court, nous appellerons « cavalcade du grand vin » le récit coloré de sa destinée historique, telle qu’elle est perçue en Bourgogne par les divers protagonistes qui participent à sa promotion et lui manifestent, sans aucune réserve, une admiration indéfectible.

 

Les récits consacrés à la gloire des grands crus n’admettent en conséquence aucun faux pas dans un parcours de près de vingt siècles. Ils n’ont que faire de la recherche des paramètres œnologiques d’une qualité, présumée absolue et définitive. Selon eux, la supériorité de nos grands vins s’impose toujours et en tout lieu. Il est donc sacrilège de la soumettre au moindre questionnement. La Côte apparaît alors comme une sorte de mine d’or, dont a su à toute époque exploiter avec succès l’inépuisable filon. Le bruit de fond qui accompagne cette présentation simpliste est le cuivre des trompettes de la renommée, embouchées par tout ce que la Bourgogne compte de propagandistes convaincus et acharnés. Cette « réclame », comme on disait autrefois, ne s’embarrasse pas de nuances et inspire aujourd’hui encore nombre d’auteurs, dont l’unique ambition est d’entretenir une sorte d’exaltation collective. Cette appréciation sans doute excessive de la qualité des vins de la Côte, prête parfois à sourire, bien qu’elle soit fondée sur des informations historiques parfaitement exactes, soigneusement choisies et mises en valeur.

 

La critique qu’on peut adresser à cette conception exaltée d’une qualité « historique », ne porte pas sur l’insuffisance de preuves qui existent, bien réelles et parfaitement convergentes, mais sur l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. Cette présentation est contraire à toute réalité, car seule l’œnologie, c’est-à-dire la mise en valeur patiente et obstinée du terroir bourguignon par des vignerons compétents et expérimentés, explique la qualité et donc le succès des vins de la Côte. Leur suprématie fut toujours contestée par les prétentions concurrentes d’autres genres, qui lui ont de tout temps disputé le champ étroit de la notoriété suprême. Elle fut aussi menacée par les faiblesses d’une pratique œnologique qui n’a pu constamment se situer au plus haut niveau, car l’œnologie est œuvre humaine et ne peut manquer d’être entachée d’erreur, ce qui veut dire que certains vins ne furent pas à la hauteur de la réputation européenne des vins de Bourgogne.

 

La faveur accordée par de grands personnages aux crus d’un vignoble connu, était autrefois par définition le ressort qui permettait d’étendre leur notoriété et d’augmenter leur prix, comme plus tard pour le « vin de Nuys », remède miracle qui aurait permis la guérison de Louis XIV après l’opération de la fistule. L’usage du bourgogne en cette occasion exceptionnelle, imposait le respect et témoignait de la qualité hors du commun des vins consommés par ces personnages illustres, mais on ne peut résumer à ce seul trait l’activité viticole d’une province entière.

 

Attardons-nous un instant à l’épisode bien connu de la fourniture des vins de Bourgogne, à la cour papale d’Avignon au XIVe siècle. On ne s’est pas fait faute pendant des siècles, de réitérer les circonstances quasi légendaires d’envois successifs aux cardinaux de la Curie et au pape lui-même. Elles figurent en bonne place dans la « cavalcade du grand vin » à travers l’histoire et servent de preuve irréfutable pour établir la qualité des vins de la Côte. On pourrait croire que les preuves de cette exportation prestigieuse ont été exagérées au-delà de toute mesure. Il n’en est rien. L’historien Yves Renouard dans une étude très fouillée, a démonté le mécanisme de ces achats qui ont duré plusieurs décennies et justifient entièrement la prétention des vignerons bourguignons, d’avoir produit à l’époque « les meilleurs vins de la chrétienté ». Il est hors de doute qu’expédiés de Beaune par voie fluviale, ils étaient aptes à une bonne conservation, puisque, entreposés en Avignon, ils passaient de longs mois dans les caves pontificales avant d’être consommés. Cette réserve était gérée avec soin : cellériers attentifs, élimination des mauvais vins, achat des meilleurs crus choisis sur place par des émissaires compétents etc. Au moment où il fallut envisager le déménagement en direction de Rome, Pétrarque, sans doute par boutade, prétendit que les cardinaux de la curie voulaient retarder leur départ afin de préserver cet acquis œnologique. « C’est qu’en Italie il n’y a point de vin de Beaune et qu’ils ne croient pas pouvoir mener une vie heureuse sans cette liqueur ; ils regardent le vin comme un second climat et comme le nectar des dieux. »

 

Mais les conclusions d’Yves Renouard apportent des tempéraments à ce mythe d’une notoriété supérieure à toute autre. Dès leur retour en Italie la curie a cessé d’acheter des vins de Bourgogne et adopté à nouveau les vins liquoreux, qui faisaient à l’époque la gloire du vignoble italien. Le succès commercial des vins de la Côte dans les pays du Sud fut donc sans lendemain et aucun courant régulier d’exportation n’a confirmé plus tard cet exploit isolé du XIVe siècle. Car c’est le Nord, dans toutes ses composantes françaises et européennes qui fut toujours le marché principal des vins de Bourgogne. Fernand Braudel a défini par une observation de portée générale, une constante historique qui trouve ici sa parfaite illustration.

 

Qui plus est, l’orgueil bourguignon ne peut manquer d’être tempéré par la présence en Avignon du vin de Saint-Pourçain, qui eut, lui aussi, son heure de gloire au Moyen Âge avant d’être englouti par une décadence irrésistible, dans des circonstances mal élucidées. À l’égal des vins de Beaune et malgré un parcours par voie de terre immensément coûteux, le vin de Saint-Pourçain a participé, aux côtés de la Bourgogne, à l’approvisionnement des vins des caves pontificales. Son prix d’achat était égal à celui des vins de Beaune, ce qui signifie qu’à cette époque il surclassait lui aussi, les abondantes productions provençales dont le niveau de qualité n’était pas jugé suffisant, au goût des princes de l’Église. Ces remarques seraient évidemment sans porté aucune, si les vins de Beaune envoyés au pape, avaient été des tonneaux de vinaigre.

 

Une critique équilibrée des témoignages nous interdit donc de disqualifier le témoignage de Pétrarque, attesté par les documents comptables. Même si elle néglige certains faits, la rumeur propagée complaisamment par la « cavalcade » à propos de ces achats hors du commun n’est nullement contredite par la documentation. La thèse du « progrès » de l’œnologie qui les disqualifie se coupe donc de toute interprétation raisonnable du passé œnologique de la bonne Côte, en dédaignant ces témoignages qui, selon elle, ne prouvent rien. Cette éclatante notoriété n’est pas due à une mystérieuse prédestination mais aux efforts continus de dizaines de générations de vignerons de ce lointain passé.

 

L’histoire de l’œnologie bourguignonne est riche de tels faits dûment documentés. À l’instar des éphémérides médiévales, qui rendaient compte d’évènements importants, ils servent de « marqueurs » au service des vignobles les plus fameux. On sait que Georges Duby dans son célèbre ouvrage : Le Dimanche de Bouvines a mesuré l’importance « européenne » de la victoire de Philippe Auguste en collectionnant les mentions qui en ont fait état dans les chroniques contemporaines de l’évènement. Au vu des constantes mentions louant le bon vin d’autrefois, on supposera que les affirmations de la « cavalcade » ne sont pas infondées car ainsi une vision de la réalité qui ne peut être négligée. Complétées par d’autres documents, leur contribution à une connaissance de l’œnologie du passé doit être prise en considération.

 

Écrire l’histoire de l’œnologie bourguignonne est donc possible, à condition d’élargir le champ d’investigation au-delà des limites trop étroites de la monographie, puisqu’il faut introduire l’œnologie elle-même incarnée dans les genres successifs, produits au cours du temps par un vignoble célèbre. Quant à la « cavalcade du grand vin », si elle est trop sommaire et déterministe dans sa vision optimiste pour être adoptée telle quelle, elle demeure indispensable au « repérage » historique de son importance.

 

à suivre demain : Dans les pas de Roger Dion

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 06:00
Le feuilleton de l’été : l’histoire œnologique de la côte bourguignonne (10) L’œnologie doit être d’abord l’étude historique d’un genre.

L’œnologue-historien ne peut se contenter de scruter la mosaïque indéchiffrable de crus innombrables et tous différents. Il doit connaître le mieux possible le parcours de la qualité d’un genre particulier, fuyant ainsi le mirage d’une histoire du grand cru « parcellisée » à l’infini. L’histoire des genres bourguignons successifs ne put être comprise par l’accumulation des études consacrées à ses principales dénominations, ni par l’analyse de la géologie du sol qui les porte.

 

On perçoit mieux la place prééminente qu’occupe l’œnologie dans la définition de la qualité, en élevant le débat au-dessus du cadastre viticole. Propre à la Bourgogne, elle repose donc sur une base très large, qui est à la fois celle d’un terroir particulier mais aussi des genres qui y furent élaborés. Des influences diverses, harmonieusement synthétisées, ont modelé une œnologie dont la supériorité est prouvée par d’innombrables documents historiques. Le grand vin est le couronnement de cette vaste entreprise, occasion rare et précieuse qui a trouvé ici, plus qu’ailleurs sans doute, son total accomplissement. La prééminence de ces meilleures réussites n’annule aucune des ressemblances qui existent entre le grand vin et d’autres crus moins hauts situés dans la hiérarchie. C’est grâce à la confrontation constante de leurs mérites respectifs que certains crus se situent à leur juste place dans la constellation des diverses composantes d’un même genre, dont ils occupent le sommet, mais ne détiennent jamais l’exclusivité.

 

Pour qui veut pénétrer le mystère des genres qui coexistent dans le vignoble, il est nécessaire d’utiliser toute la documentation disponible, actuellement dispersée dans divers secteurs de la connaissance. Car les critères de qualité qui permettent d’apprécier les vins d’autrefois existent bel et bien, malgré la disparition physique de ce témoin du passé qu’est le vin lui-même. L’œnologie est une technologie fondée sur des procédés artisanaux rigoureusement répertoriés et assemblés en une séquence d’évènements disposés en un ordre immuable. Cette particularité permet d’avancer certaines hypothèses sur les « révolutions œnologiques » du passé bourguignon.

 

La cohérence du parcours de la qualité étant une hypothèse rétrospective solidement établie, on peut présumer que les soins prodigués lors d’un épisode connu de l’histoire du vignoble l’ont été également en d’autres circonstances. Il n’est pas toujours possible de les connaître exactement par manque de documentation, mais on peut en présumer la vraisemblance. Il est en conséquence inexact d’attribuer à l’époque moderne le mérite de la création de l’œnologie, tant abondent les preuves de son ancienneté et de sa remarquable efficacité.

 

L’hypothèse moderniste, actuellement en vogue, se heurte donc à des faits bien établis, car aucun des procédés utilisés pour faire le bon vin n’était totalement ignoré quand les « princes des vignes » ont colonisé le Médoc, ni même quand les Romains ont introduit la vigne en Gaule. Des compétences très anciennes ont été constamment à l’œuvre, afin de transformer le choix des fondateurs en un succès exemplaire. La plupart des procédés préconisés par les meilleurs agronomes constituaient depuis toujours, le corpus de l’œnologie, bien connu des meilleurs vignerons quand en un lieu soigneusement choisi, ils décidaient de créer un vignoble fin.

 

L’œnologie ne peut donc être traitée comme un aspect « subliminal » de l’histoire du vignoble, savamment contournée par des études qui lui sont consacrées aujourd’hui et jamais abordée de front, faute d’intérêt et de compétence. Nous pensons au contraire que le secret de la qualité réside dans l’inventaire minutieux des procédés utilisés pour adapter les grands principes de l’œnologie au cas particulier d’un vignoble spécifique et donc des genres qu’il abrite dans son aire géographique. Nous sommes parfaitement conscients des insuffisances d’une enquête qui devrait embrasser une trop longue période de temps pour attribuer à chaque épisode de l’évolution œnologique la place qui lui revient. Cette vision trop large sera réduite dans cette étude à l’investigation des seuls genres élaborés dans la Côte bourguignonne au cours des âges. La description précise des « révolutions œnologiques » qui y furent pratiquées dissipera l’illusion trompeuse de la fixité d’un passé réduit à l’insignifiance d’une œnologie médiocre ou fautive. Nous pourrons ainsi resituer à l’œnologie historique bourguignonne, le dynamisme et la mobilité dont elle a fait preuve depuis l’époque lointaine de sa création.

 

à suivre demain : les illusions de « la cavalcade du grand vin »

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