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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 06:00

 

Crise des céréales : "Nous sommes entrés dans un processus de désoccidentalisation des marchés agricoles" ICI

 

 

01 JUIN 2022

Alicia Mihami

 

Sécheresse, pénurie d'engrais, inflation... En Afrique de l'Ouest, les stocks de céréales sont au plus bas, faisant craindre à l'ONU un "ouragan de famines" dans les pays de la région. Quelles alternatives ces pays peuvent-ils mettre en place pour compenser la baisse des exportations de céréales russes et ukrainiennes ?

 

Éléments de réponse avec Thierry Pouch, économiste et chef du service études et prospectives de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (APCA).

 

Entretien.

 

  • Thierry Pouch :

 

L’Afrique de l’Ouest est une région qui a des difficultés à produire, donc constituer des stocks est assez compliqué. Autre point important : comme ce sont des pays relativement endettés, ils font face au problème du coût de l’importation. On sait que les cours des matières agricoles, et notamment les céréales, ont commencé à flamber à partir du début de l’année 2021.

 

 

À ce moment-là, c’était dû au fait que la croissance économique était très forte, et que la Chine s’était déjà positionnée pour siphonner une bonne partie des matières premières. Les Chinois ont les moyens, ça ne pose pas de problème. Mais pour l’Afrique de l’Ouest, évidemment le coût que représente l’achat de matières premières agricoles empêche non seulement d'approvisionner correctement la population, mais aussi de faire des stocks.

 

Si je fais référence à la Chine c’est qu’aujourd’hui, environ 50% des stocks mondiaux de blé sont détenus par la Chine, et environ deux tiers du maïs. Ça ne laisse pas grand-chose aux autres.

 

À ces problèmes existants est venue s’ajouter la guerre en Ukraine. On connaît le poids prépondérant de ces deux nations en matière de production agricole : la Russie représente presque 20% des exportations de blé, pour l’Ukraine c’est 10%.

 

Le conflit entraîne des problèmes d’acheminement vers les terminaux portuaires, passer par la voie ferroviaire implique des problèmes logistiques car les rails ne sont pas les mêmes entre l’Ukraine et l’Europe… Quand bien même vous mettez un conteneur sur un wagon, vous pouvez transporter environ 5 000 tonnes, alors qu’en bateau, on transportait 65 000, 70 000 tonnes… L’acheminement par train est envisagé, ça commence à se faire : il faut apporter les céréales vers la Pologne et la Roumanie, avec le port de Constanta notamment, mais les difficultés logistiques sont extrêmement importantes.

 

  • TV5MONDE : l’Afrique doit donc se tourner vers d’autres pays pour s’approvisionner en céréales ? 

 

Thierry Pouch :

 

C’est l’alternative qui avait été retenue très vite au moment du déclenchement du conflit; Certains pays d’Afrique, avaient l’ambition de voir si d’autres grands bassins de production comme l’Australie, le Canada, les États-Unis, l’Argentine et l’Union européenne pouvaient se substituer à la Russie et à l’Ukraine. Il faut aussi ajouter l’Inde, qui est le deuxième plus gros producteur mondial de blé. Mais l’Inde est un exportateur de modeste envergure, qui ne devait exporter cette année que 9 à 10 millions de tonnes. Ce n’est pas grand-chose, mais dans le contexte actuel, ça pouvait représenter une source d’approvisionnement potentielle pour les pays africains. Mais l’Inde a décidé de fermer ses frontières, sur le blé d’abord et maintenant sur le sucre. 

 

La voie de recours des États-Unis est possible, mais la production est soumise à un fort stress hydrique, donc il n’est pas sûr qu’elle soit suffisante. Le Canada est aussi exposé à la sécheresse. Et il y a des problèmes de décalage avec l’hémisphère sud, notamment l'Argentine. Il faudra attendre cet hiver pour attendre leur production… Reste l’Union européenne, qui a en gros trois grands producteurs : la France, la Roumanie et l’Allemagne. La France doit envisager de répondre à ces demandes, en plus des besoins habituels, notamment ceux de l’Algérie. En temps normal, la France produit 45 à 50 millions de tonnes de blé, et exporte la moitié de sa production. La moitié de ces exportations va déjà à l'Algérie !

 

Le problème reste le même : vous avez une petite dizaine de gros pays exportateurs, face à une multitude d’importateurs.

 

Thierry Pouch

 

Et cette année, on craint particulièrement la sécheresse. Donc soit la France puise dans ses propres stocks pour répondre à la demande, soit on augmente la production, mais ça ne sera pas avant l’année prochaine, et ça reste compliqué. Le problème reste le même : vous avez une petite dizaine de gros pays exportateurs, face à une multitude d’importateurs.

 

Une alternative envisagée par les États-Unis peut être de subventionner les importations de blé des pays importateurs, mais pour l’instant cela concerne plutôt le Moyen-Orient, l’Égypte… Et même si ces substituts sont possibles, reste la question du prix, avec une moyenne de 400 euros la tonne. Pour ces pays qui ont été fortement touchés par la crise Covid, les niveaux d’endettement sont tels que la reprise économique n’est pas rétablie. Beaucoup craignent donc des soulèvements populaires, et dans certains pays comme la Tunisie, la Libye, le Liban, il y a déjà des émeutes pour avoir du pain.

 

  • TV5MONDE : si l’importation n’est pas vraiment une solution, est-ce que c’est l’occasion pour l’Afrique de l’Ouest de mettre en place des politiques pour tendre vers l’autosuffisance ?

 

Thierry Pouch :

 

Les pays de la zone pourraient décider de produire eux-mêmes, et autre chose que du blé. Le manioc pourrait momentanément se substituer à ces importations. Mais deux questions se posent : premièrement, dans quelles proportions peuvent-ils produire par rapport à leur population ? Et deuxièmement, dans quelle temporalité ? Les problèmes agricoles nécessitent toujours du temps.

 

Même s’il y a un espoir de réduction de la dépendance, il s’inscrit dans un horizon de 5 à 10 ans

 

Ce genre de mesure se décide assez vite, mais ça ne se concrétise pas aussi rapidement. Il faut des semences, de l’eau, des engrais, or les engrais viennent essentiellement de Russie et de Chine… Même s’il y a un espoir de réduction de la dépendance, il s’inscrit dans un horizon de 5 à 10 ans, or la situation est urgente.

 

 

Il faut aussi que les prix soient  rémunérateurs pour les paysans, mais il ne faut pas que l’inflation se propage aux prix à la consommation dans les centres urbains. On se souvient des émeutes de la faim en 2008 : ce n’était pas vraiment les campagnes qui étaient touchées mais plutôt les villes. 

 

 

  • TV5MONDE : quelles sont les alternatives à court terme pour éviter la famine ?

 

Thierry Pouch :

 

Il reste une solution, avancée par la France : le plan de résilience agricole et alimentaire, qui essaye de réactiver des outils mis en place lors de la crise économique de 2011, lorsque la France présidait le G20. Il y avait notamment AMIS, le système d’information sur les marchés agricoles, pour avoir plus de transparence sur l’état des stocks mondiaux, avec un engagement des États et de la communauté internationale pour livrer ces informations. Aujourd’hui ces stocks sont considérés comme stratégiques, donc on n'a pas toutes les informations mais la France essaie de remettre ce système sur pied. Elle essaie aussi de réactiver le forum d’action rapide pour mieux coordonner les politiques commerciales et éviter qu’il y ait des interruptions dans les échanges de produits agricoles et alimentaires. Dans l’état actuel des choses, la seule vraie piste c’est une meilleure coordination internationale.

 

 

Tous ceux qui auront aidé l’Ukraine d’une façon ou d’une autre seront sanctionnés

 

La dernière alternative, c’est la Russie. C’est le premier exportateur mondial de blé. Cette année, les Russes vont avoir une production record cette année, ils sont en mesure d’exporter 50 millions de tonnes. Mais il y a une condition : on va mesurer le degré d’engagement des pays importateurs auprès de l’Ukraine, s’ils ont voté à l’Assemblée générale de l’ONU, s’ils se sont abstenus… Tous ceux qui auront aidé l’Ukraine d’une façon ou d’une autre seront sanctionnés et privés comme on le voit déjà avec le gaz vis-à-vis de la Finlande, la Pologne, la Bulgarie…

 

 

Dans ce contexte, on voit bien qu’on est entré dans un processus de désoccidentalisation des marchés agricoles. Pour éviter les soulèvements populaires qui amplifieraient l’instabilité ambiante, c’est une voie possible. Et quand on voit le poids de la Chine, qui est une alliée de la Russie, dans certains pays africains… Il y a une fenêtre de tir.

 

Alicia Miha

Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire |  Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation

Plan de résilience : ouverture du premier guichet pour soutenir les éleveurs face aux effets du conflit en Ukraine

 

Depuis le siège de FranceAgriMer, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ouvre un premier dispositif d’aides pour l’alimentation animale doté de 308,5 millions d'euros. Développé dans le cadre du Plan de résilience pour faire face aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine, il vise à compenser une partie des surcoûts d’alimentation animale des éleveurs et pisciculteurs de la France hexagonale (hors Corse). Il sera complété dans les prochaines semaines par deux autres dispositifs : un pour les filières en intégration et un autre pour les départements d'Outre-Mer et la Corse.

 

La suite ICI 

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Dédié à l'ami Jean-François

 

La française Catherine Geslain-Lanéelle est directrice au secrétariat général du Conseil de l’Union européenne. Elle a aussi été chargée par le président de la République de coordonner au niveau international l’initiative française FARM relative à la sécurité alimentaire mondiale. Elle anime à ce titre une task force interministérielle rassemblant, sous l’autorité de l’Elysée, tous les ministères concernés et en particulier les ministères de l’Agriculture, des Affaires étrangères et de l’Economie. Elle fut la candidate de l’Union européenne à la présidence de la FAO en 2019.

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 11:30

On purge BébéThéâtre : On purge bébé/ quand Feydeau fait du bien - Baz'art : Des films,  des livres...

Paris ville à nouveau Insoumise, Paris la rétive, Paris qui, par magie, voit ses petits bourgeois bien assis passer au rouge avec un soupçon de vert, un zeste de rose mais pas de coco. ICI 

 

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) plébiscitée dans la majorité des circonscriptions à Paris. Trois candidates de la coalition de gauche issues des rangs des Insoumis ont été élues dès le premier tour, ce dimanche 12 juin et la Nupes est arrivée en tête dans douze des 18 circonscriptions. En revanche, des ministres en ballotage défavorable voient leur poste menacé en cas d’élimination.

En sera-t-il de même dimanche soir ?

 

Mélenchon Premier Ministre ou leader de l’opposition ?

 

Pour que la première branche de l’alternative devienne réalité il faudra à la Nupes une levée en masse du peuple jeune qui s’est abstenu en masse dans les terres infertiles.

 

Pour la seconde, deux nuances : l’une grise pour la Nupes, le camp présidentiel garde la majorité absolue à l’AN, l’autre rouge vif, la majorité relative d’Ensemble est faible, ou rouge pâlichon si le char présidentiel frôle la majorité absolue.

 

Bref, dans la seconde branche de l’alternative, la porte de sortie pour le gouvernement Borne-bis, sera de se pacser avec Les Républicains, avec des liens plus ou moins serrés selon la hauteur du fossé entre la relative et l’absolue. Ce sera donc à droite toute ! Le discours de Macron sur le tarmac, comme l’a souligné un connaisseur Alain Duhamel, avait des accents disons pompidoliens face à une future chienlit.

 

La chienlit est-elle à nos portes ?

Si l’on écoute les oracles des deux bords : la réponse est OUI.

 

Dans l’hypothèse Borne-bis avec sa béquille de droite, la rue retrouvera son plein emploi car l’obstruction parlementaire de la Nupes n’aura qu’un pouvoir de ralentissement du char présidentiel, n’oublions pas que le Sénat est à droite.

 

D’où je me dis : pourquoi ne pas purger le bébé vite fait bien fait sur le gaz avec une cohabitation de choc entre Macron et Mélenchon !

 

Un remake de 81 avec un effet de souffle plus dévastateur, mondialisation et intégration européenne oblige.

 

Suis-je un irresponsable en posant cette éventualité sur la table ?

 

Je ne le pense pas, rien ne vaut l’épreuve des faits pour vérifier ce que les oracles prédisent. En 81, j’étais un social-traître pour le camp rose, en 83, alors que Mitterrand venait de virer sans ménagement Edith Cresson du 78 rue de Varenne pour calmer la FNSEA, avec Rocard aux manettes nous étions devenus des alliés essentiels.

 

Attention, je ne souhaite pas l’accession de Mélenchon à Matignon, mais si tel était le cas nous pourrions affronter, moi le premier, social-démocrate que je suis et reste, la gouvernance à la sauce d’une coalition hétéroclite, sans priorités, cachant sous le tapis les choix essentiels de l’avenir énergétique du pays, d’un Frexit aux forceps, d’une politique de relance par la demande favorable aux importations et à la domination de la  Grande Distribution.  

 

On peut se faire élire avec des mots mais on ne gouverne qu’avec des choix le plus souvent difficiles, car contraints, nos voisins grecs en savent quelque chose.

Jaquette DVD de Au coeur du théatre - On purge bébé - Cinéma PassionL'art du comédien - On purge bébé 2/2 : Scène 5 (1ère diffusion :  24/06/1958 France III Nationale)On Purge Bébé ! | Rakuten

Un fabricant de pots de chambre rêve de décrocher le marché du siècle : fournir les armées ! Les stratagèmes pour conclure l'affaire lui réservent bien des surprises.

 

Tout cela parce que bébé refuse d'aller sur le pot. On purge bébé ! (1910) est caractéristique de la dernière manière de Georges Feydeau, de ces pièces en un acte où le comique ne repose plus seulement sur les recettes classiques du vaudeville, mais aussi sur la peinture - au vitriol - des caractères : la médiocrité, la mesquinerie et l'hypocrisie petites-bourgeoises sont impitoyablement épinglées. Cette pièce, régulièrement montée au théâtre, est l'une des plus échevelées et des plus brillantes des " farces conjugales " de Feydeau

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 06:00

 

https://www.e-marketing.fr/Assets/Img/DIAPORAMA/2022/1/368515/Gorillas-Cajoo-Getir-epiceries-conquete-France-3-F.jpg

Le cycliste que je suis mesure les nouvelles tendances en croisant sur le pavé des gars qui affichent les nouvelles « raison sociale » du nouveau commerce : le quick commerce.

 

Au Deliveroo, Uber Eats et autres plateformes de livraison de repas, pédaleurs solitaires jour et nuit, qu’ils pleuvent, ventent ou neige, aux conditions de vie exécrable. Nouveau modèle économique, dit-on, des applications, de la malbouffe, viennent s’ajouter les Flink, Gorillas et autres livreurs de courses.

 

« Gorillas, l'application qui livre vos courses en moins de 10 minutes »

 

Nous en sommes arrivés là, à une course de vitesse pour se faire livrer ses carottes et  ses navets…

 

J'ai testé Flink : la livraison express de vos courses à Paris (et bientôt  partout en France) - CamilleG

Le quick commerce : décryptage d’un secteur en plein essor ICI 

 

Chez Flink, nous définissons le quick commerce comme la nouvelle version du commerce : celle qui permet de se faire livrer ses courses à la demande. Nous sommes semblables à une chaîne de supermarchés traditionnelle, à la différence que notre concept repose sur deux vecteurs qui sont propres à la vente en ligne : la rapidité et la flexibilité des livraisons. En cela, nous permettons à des milliers de personnes de gagner du temps dans leur journée, et par conséquent de réduire leur stress lié aux tâches quotidiennes

 

J'ai testé Flink : la livraison express de vos courses à Paris (et bientôt  partout en France) - CamilleG

La société allemande de livraison Flink rachète le français Cajoo ICI 

Cette acquisition est soutenue par Carrefour qui aurait investi entre 60 et 70 millions de dollars dans l'entreprise.

 

Flink va ainsi devenir le premier acteur du quick commerce en France en dépassant l'actuel leader Getir, qui était valorisé à 2,6 milliards de dollars en 2021. L’allemand solidifie aussi sa position à l’échelle européenne face à ses principaux concurrents comme Gorillas qui a racheté le français Frichti, Delivery Hero ou encore l’américain Gopuff qui s’est installé au Royaume-Uni en 2021.

Un cyclomoteur aux couleurs Getir

Getir, la start-up de livraison instantanée de 12 milliards de dollars, prévoit de supprimer 14 % de son personnel dans le monde et de réduire ses plans d'expansion agressifs ICI

Ingrid Lünden@ingridlunden

 

La semaine continue d'être très difficile pour les entreprises de commerce électronique en Europe. Dans le dernier développement, TechCrunch a appris et confirmé que Getir –  la start-up du commerce rapide de 12 milliards de dollars qui fournit des produits d'épicerie essentiels et divers et promet de les livrer en quelques minutes – supprime 14% de son personnel dans le monde. On estime que la société turque emploie quelque 32 000 personnes sur les neuf marchés où elle opère, ce qui représenterait 4 480 personnes touchées par la réduction des effectifs.

 

En plus des effectifs, la société prévoit de réduire une grande partie de son expansion à forte intensité de capital – qui comprendra des embauches, des investissements marketing et des promotions. (Les promotions dans ce contexte ne sont pas des promotions RH, mais les nombreuses remises et bons gratuits que les startups de commerce rapide utilisent pour attirer les utilisateurs vers leurs plateformes, à un coût énorme pour les startups elles-mêmes.)

 

Selon une note que nous avons vue – que nous publions ci-dessous – les réductions varieront selon les pays. (Une source à Berlin a estimé que les réductions dans cette seule ville seront d'environ 400, bien que ce ne soit pas un chiffre que Getir confirmerait.) La société a confirmé qu'elle ne se retirerait d'aucun pays spécifique dans ce cadre. Getir opère actuellement sur son marché domestique, la Turquie, ainsi qu'au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, au Portugal et aux États-Unis.

 

Il s'agit d'un retour brutal du pendule pour une entreprise qui a levé 768 millions de dollars à une valorisation de 11,8 milliards de dollars il y a à peine deux mois.

 

Mais ce n'est pas une surprise dans le contexte de marché plus large dans lequel nous nous trouvons actuellement, les entreprises technologiques, grandes et petites, voyant toutes un ralentissement de leurs finances et de leurs valorisations face à un refroidissement plus large du marché.

 

Pas plus tard qu'hier, l'un des grands rivaux de Getir en Europe, Gorillas, a annoncé des licenciements de 300 personnes et prévoit d'explorer des options stratégiques, y compris des ventes ou des sorties, sur plusieurs marchés européens. Plus tôt dans la semaine, Klarna – la société suédoise achète maintenant, paie plus tard – a confirmé qu'elle supprimerait 10% de ses effectifs alors que des informations indiquaient qu'elle cherchait à lever des fonds à une valorisation réduite.

 

Le monde de la livraison instantanée d'épicerie en est un dont beaucoup diraient qu'il était mûr pour un bon dimensionnement depuis un certain temps maintenant. Fondée il y a sept ans, Getir a été l'un des premiers acteurs du marché de "l'épicerie instantanée", mais les deux dernières années ont vu une explosion de la catégorie.

 

 

Le COVID-19 a entraîné un changement dans les habitudes de consommation : dans de nombreux cas, les magasins ont été carrément fermés pendant un certain temps, et les gens étaient moins enclins à faire leurs achats en personne lorsqu'ils étaient ouverts, ce qui a entraîné une vague de personnes prêtes à essayer le shopping. Pour l'épicerie en ligne pour la première fois. De nombreuses entreprises ont surgi, soutenues par d'énormes investissements en capital-risque, pour servir ces consommateurs, et une proportion importante de ces startups étaient basées sur le principe de la livraison «instantanée», les articles arrivant à votre porte quelques minutes après la commande, imitant (ou même réduire) le temps qu'il faudrait pour se rendre rapidement dans un magasin physique.

 

 

Avant même que les marchés des capitaux ne s'effondrent plus tôt cette année, plusieurs petites startups ont fermé ou ont été acquises - Getir étant l'un des consolideurs, aux côtés d'autres grands acteurs comme Gopuff, Flink et Gorillas. C'est une tendance qui s'est poursuivie en 2022, et il y aura probablement encore plus à venir.

 

Des entreprises comme Klarna et Getir viennent peut-être de différents coins du monde du commerce, mais elles partagent quelque chose en commun : toutes deux sont soutenues par Sequoia. Le VC légendaire (qui a dirigé la série C de Getir en 2021) a organisé cette semaine une présentation de sonnette d'alarme pour les sociétés de portefeuille, passant en revue l'état du marché aujourd'hui et quelques conseils sur la façon d'aider à traverser la tempête. La présentation de 50 diapositives - qu'une source a partagée avec nous - a couvert des sujets tels que l'extension des pistes, la collecte de fonds dans des marchés difficiles, le leadership en période d'incertitude et les prévisions.

 

Incidemment pour une entreprise comme Getir - qui, comme ses rivaux, a levé des centaines de millions de dollars pour injecter dans des stratégies d'expansion agressives impliquant des campagnes publicitaires éclatantes, une infrastructure d'exploitation étendue dans les zones urbaines et de nombreuses promotions pour attirer plus de consommateurs - un la diapositive était intitulée "La croissance à tout prix n'est plus récompensée".

 

Le message de la présentation semble avoir définitivement touché Getir.

 

 

La note suit ci-dessous. Nous mettrons à jour ce message au fur et à mesure que nous en apprendrons davantage, et nous envoyons nos meilleurs vœux à ceux qui sont touchés par cette nouvelle.

 

Aujourd'hui est l'un des jours les plus difficiles depuis que nous avons fondé Getir, car nous devons prendre des décisions difficiles concernant notre organisation du personnel qui affecteront négativement certains membres de notre équipe.

 

La hausse de l'inflation et la détérioration des perspectives macroéconomiques dans le monde poussent toutes les entreprises, en particulier dans l'industrie technologique et y compris Getir, à s'adapter au nouveau climat.

 

Le cœur lourd, nous avons partagé aujourd'hui avec notre équipe la décision triste et difficile de réduire la taille de notre organisation mondiale. Au siège mondial, notre réduction sera d'environ 14 %. Les chiffres varient selon les pays.

 

Nous ne prenons pas ces décisions à la légère. Nous ferons ce qu'il faut pour chaque personne tout au long de ce processus, conformément aux valeurs de Getir d'être une entreprise bonne et équitable. Nous réduirons également les dépenses d'investissements marketing, de promotions et d'expansion.

 

Il n'y a aucun changement dans les projets de Getir de servir dans les neuf pays où il opère. En ces temps difficiles, nous nous engageons à diriger l'industrie de la livraison d'épicerie ultra-rapide que nous avons lancée il y a sept ans.

Une centaine de livreurs Deliveroo étaient parties civiles au procès

Une centaine de livreurs Deliveroo étaient parties civiles au procès © AFP / MARTIN NODA / HANS LUCAS

La société Deliveroo condamnée à 375.000 euros d'amende pour "travail dissimulé"

 

par la rédaction numérique de France InterAFP publié le 19 avril 2022

 

 

La justice a décidé de taper fort. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce mardi Deliveroo à une amende de 375.000 euros - soit le maximum prévu par la loi - pour "travail dissimulé". La plateforme de livraison de repas est ainsi sanctionnée pour avoir employé des livreurs indépendants plutôt que de les avoir salariés, entre 2015 et 2017. Deux dirigeants de Deliveroo sont également condamnés, pour le même motif, à un an de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende. Un troisième cadre, reconnu coupable de "complicité de travail dissimulé", s'est vu infliger une peine de quatre mois de prison avec sursis, et 10 000 euros d'amende.

 

"Habillage juridique fictif"

 

Le tribunal de Paris a prononcé ce mardi une amende record à l'encontre de la plateforme de livraison de repas. Deux dirigeants de Deliveroo sont condamnés à un an de prison avec sursis.

 

La suite ICI

 

Tous complices !

Quotidien des coursiers à vélo : « Tout était présent pour écrire un thriller » ICI 

  • 19 avril 2021
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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 09:35

Peut être une image de texte qui dit ’Résultats au premier tour en % des inscrits 12,13 Nupes 12 Ensemble! ABSTENTION 52,49% 8,68 RN 5,25 LR-UDI 8,4 1,04 Autres Blancs et nuls’

J’suis le premier, j’suis l’premier, Darmanin a tripatouillé les chiffres, crient les partisans de l’ex-futur Premier Ministre, Le Monde approuve, les En même temps pataugent lamentablement face aux futurs duels Nupes/RN, balancent des outrances, mais vraiment cette bataille de chiffonniers pour un tout petit paquet de voix ou pour la pêche aux voix pour être élu, est misérable, lamentable, et est la démonstration que nous n’avons pas encore touché le fond.

 

Le seul parti qui a gagné est celui des abstentionnistes, ces Français qui ne vont plus à la pêche mais trainer leurs godasses dans la rue, avec ou non des Gilets Jaunes, le parti des contre tout et le contraire de tout, le peuple dans la bouche de Mélenchon, mais un peuple qui ne lui donne pas sa voix.

 

La montée non démentie de l’abstention constitue l’autre alerte de ce scrutin. 48,95 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dimanche. Quelque 23 millions se sont déplacés, les autres ont boudé leur bureau de vote, par indifférence ou colère, persuadés que la politique telle qu’elle fonctionne ne peut rien pour eux. Le chiffre atteint par l’abstention52,48 %, selon le comptage du Monde – constitue un record pour des législatives. Depuis 1993, il est en constante augmentation, quelle que soit la couleur des majorités élues. Cela ne dédouane en rien les responsables politiques actuels, car si l’objectif proclamé par tous est de réconcilier les Français avec la politique, on est très loin du compte.

 

Du côté d’Emmanuel Macron, la promesse originelle consistait à jouer sur le renouvellement du personnel politique et à user auprès des Français d’un discours de vérité, ancré dans le réel pour tenter de dépasser les conflits. Or, la plupart des candidats présentés aux législatives souffrent d’apparaître éloignés de leurs électeurs. En outre, la campagne de premier tour a ressemblé à un parcours d’évitement où il s’agissait d’en dire le moins possible sur les réformes pour ne pas réveiller les opposants. Cette posture, éminemment défensive, en dit long sur les mécomptes de la recomposition politique que le président de la République entendait conduire à sa main.

 

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui promettent une rupture avec l’ordre établi, butent quant à eux sur le même problème. C’est dans leur électorat respectif que le niveau de l’abstention est le plus fort : 50 % de ceux qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle se sont abstenus au premier tour des élections législatives, signe qu’ils ne croyaient pas beaucoup à son slogan d’être « élu » premier ministre. Le pourcentage d’abstentionnistes monte à 52 % chez ceux qui avaient choisi Marine Le Pen, selon une enquête Ipsos-Sopra Steria réalisée dimanche soir. La radicalité permet, certes, de se faire entendre, mais elle se révèle inopérante pour vaincre la chape de défiance qui grippe le pays. Le risque est donc grand de voir le nouveau théâtre politique se dérouler à guichets fermés, faute d’une masse critique de citoyens suffisamment impliqués par le spectacle.

 

ICI 

Aucune description de photo disponible.

LES MAL ÉLUS

Par JACQUES FAUVET.

Publié le 11 septembre 1946

 

Des élections partielles au conseil général ont eu lieu dimanche dans plusieurs départements. Le corps électoral s'en est parfaitement désintéressé. Dans les quatre circonscriptions, la moitié des électeurs a préféré s'abstenir. Et, par la grâce ajoutée d'un ballottage majoritaire, le conseil général de Rive-de-Gier ne représentera qu'un peu moins du quart des électeurs inscrits.

 

Voilà qui éclaire d'un jour singulier les discussions qui retiennent l'attention des constituants depuis une semaine. C'est à ces " mal élus " que les uns veulent confier et les autres retirer le pouvoir d'élire les membres du Conseil de la République. Et ces derniers ne le leur refusent que pour le céder à de " grands électeurs ", éphémères sortis de la même chrysalide. C'est aussi, notons-le en passant, à ces " mal élus " que l'on voudrait parfois abandonner la pleine responsabilité administrative du département,

 

H est certes louable de vouloir que la seconde Assemblée représente les collectivités locales, mais encore faudrait-il qu'elles représentassent elles-mêmes quelque chose aux yeux du peuple souverain. Or la géographie humaine enseigne que si la commune demeure une réalité, le canton a cessé depuis longtemps d'en être une. Quel citoyen en connaît les limites et le chef-lieu même, s'il n'a une fois dans sa vie, affaire au juge de paix ou une fois l'an au comice agricole. Le conseiller général peut être l'élu des ruraux de sa circonscription. Il ne peut l'être de la plupart des citadins, pour qui les communautés naturelles, et plus encore administratives, ne comprennent que la ville et le département. La province aurait, à ce titre, plus de réalité humaine et politique. Et plus représentatif serait de l'ensemble des collectivités un conseil provincial de France qu'un conseil rural de la République.

 

On dira que l'électeur prêterait plus d'attention à son assemblée départementale si les membres en avaient plus de pouvoirs. Est-ce certain ? Ils avaient avant-guerre celui d'élire les membres du Sénat. Étaient-ils eux-mêmes mieux élus qu'ils ne le sont aujourd'hui ? Leur donnerait-on celui d'administrer pleinement le département qu'ils deviendraient rapidement tes représentants d'un parti et cesseraient d'être ceux du peuple.

 

C'est bien plutôt d'une réforme fondamentale du cadre administratif que dépend la survie des assemblées locales. Déjà les conseils d'arrondissement ont pratiquement disparu. Ils étaient devenus des assemblées fantômes, des salles d'attente où l'on respectait la succession d'un conseiller général. Le canton lui-même, n'est plus de ce temps. Il en est de " pourris " dont le représentant est élu par quelques centaines de votants alors que le conseiller voisin doit l'être par plusieurs milliers. La désaffection du corps électoral vient aussi de ce sentiment d'injustice et d'archaïsme. Déjà à l'étroit dans le département, la représentation proportionnelle le serait plus encore dans le canton ou l'arrondissement. Et l'on ne saurait voir en elle un remède à ces parodies du suffrage universel auxquelles donnent lieu les élections cantonales.

 

L'Assemblée nationale constituante devra en tout état de cause se contenter d'un pis-aller dont il devrait être entendu qu'il n'est que provisoire. Et l'on s'étonne qu'elle ait dépensé son précieux temps à vouloir ravaler un édifice dont le gros œuvre est vermoulu, à vouloir faire du définitif avec du provisoire. Le prochain Parlement devra bien plutôt et rapidement se consacrer à la remise en ordre, au remembrement des collectivités locales et surtout départementales pour en faire des cellules vivantes de la communauté française.

 

JACQUES FAUVET.

 

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 06:00

 

J’en étais, oui nous avons politiquement échoués mais, pour autant, je ne vais pas me laisser taxer de social-traître, ni de macroniste masqué, par les « petits bourgeois révolutionnaires » de l’alliance de circonstance la NUPES.

 

Oui, la « deuxième gauche » n’aimait ni les programmes concoctés en chambre, ni les tendances durables qui incitent mécaniquement à la haine du plus proche. Oui elle repoussait une rhétorique prétendument révolutionnaire qui se dégonfle dès que l’on gouverne. Oui elle rejetait ceux qui prétendent, selon de mot de Michel Crozier, « changer la société par décret », c’est-à-dire à la fois par le haut et sans consultation de ceux que la décision concerne.

 

Je fier d’en avoir été mais je n’ai pas l’âme d’un ancien combattant accroché à ses souvenirs, à ses espoirs déçus, la page est tournée, définitivement tournée. L’abstention massive est le symptôme d’un pays qui en appelle qu’à la protestation, aux conflits, à l’affrontement. Le peuple n’est pas au rendez-vous de Mélenchon, l’attelage présidentiel est fourbu, sans perspectives claires, nous allons traverser des zones de turbulences intérieures dans un monde lui aussi dangereux et instable.  

 

Que faire ?

 

J’avoue que je n’en sais fichtre rien, suis orphelin, attendre et voir, vivre ma vie en essayant de toujours être en conformité avec ce qu’elle a été, ça ne changera ni le monde, ni notre vieux pays mais ça m’évitera d’être amer, de participer à la foire aux invectives sur les réseaux sociaux, de sombrer dans « la haine ordinaire »

 

Allez, bonne lecture, et bonne semaine.

Qu'est-ce que cette fameuse "Deuxième gauche" que nombre de journalistes, après le décès de Michel Rocard, travestissent en gauche molle, en gauche accommodante, en gauche "réformiste" (c'est quoi, la gauche "révolutionnaire", ceux qui hurlent "Révolution" ou qui entendent s'abstraire de la mondialisation?)?

 

Il y a deux ans, à la demande d'étudiants de l'Ecole Normale Supérieure qui avaient organisé un colloque à ce sujet, j'avais préparé une communication, m'efforçant de résumer le concept, de rappeler ce que signifiait le livre que Patrick Rotman et moi avions appelé ainsi.

 

Pour les courageux, voici ce texte, histoire de mettre les points sur les "i" :

 

Si l’on me demande d’évoquer la « deuxième gauche » trente ans après, je me retrouve dans une situation assez étrange. Patrick Rotman et moi sommes contraints d’assumer la paternité de la formule, puisqu’en 1982, nous avons ainsi intitulé notre livre consacré à l’histoire politique et intellectuelle de la CFDT, et que ce livre, à l’époque, a rencontré un écho auquel nous ne nous attendions pas.

 

Néanmoins, le succès de l’expression, par-delà le succès du livre, en a beaucoup dénaturé le sens. La majorité de l’appareil socialiste, qui n’a jamais compris grand-chose à la CFDT, et la plupart des journalistes politiques, ont par la suite parlé de « deuxième gauche » pour désigner un courant socialiste – en gros le courant Rocard-Delors auquel était adjoint Edmond Maire –, courant censé reconnaître la prééminence du marché, abhorrer le protectionnisme, assumer son hostilité au PC stalinien, se défier du tout-à-l’État, et revendiquer explicitement la voie de la réforme. Un courant classé à « droite », entre guillemets, selon la vulgate, tandis que la « gauche » du PS, toujours entre guillemets, continuait d’annoncer une « rupture avec le capitalisme » qui n’est jamais venue, et des moyens pour y parvenir ont qui démontré leur inanité. Un courant étiqueté « catho », étiquette confuse et passe-partout.

 

Ce n’est donc pas pour défendre le copyright que je vais ici tenter de résumer notre propos initial. C’est, à la fois, pour rappeler ce qu’était la deuxième gauche quand nous l’avons baptisée ainsi, et pour échapper aux acceptions polémiques et caricaturales (ou les deux) qui ont eu cours ensuite, si tant est que ce soit complètement terminé.

 

À l’origine, donc, la deuxième gauche, qu’est-ce que c’est ?

 

Rappelons le contexte. La gauche, fondée sur une alliance inégale PC-PS vient pour la première fois depuis la Guerre, de remporter les élections. Le PC, quoique déclinant, reste influent dans la mesure où la CGT est sa courroie de transmission. La guerre froide se poursuit et même s’intensifie – la pression soviétique vient de se resserrer sur la Pologne où le syndicat Solidarnosc est étouffé, ce que ne récusent ni le PC ni la CGT. La voix des dissidents russes ou tchèques, durement réprimée, n’en est pas moins audible dans la mesure où l’intelligentsia occidentale s’emploie à la relayer.

 

Nous entreprenons, Rotman et moi, de reparcourir l’histoire de la minorité de la CFTC devenue majoritaire au début des années soixante en imposant la déconfessionnalisation du syndicat. Et ce qui nous passionne, là-dedans, c’est la manière dont, très librement, des ouvriers et des intellectuels, chacun se nourrissant de l’autre, chacun reconnaissant à l’autre son champ de compétence et son expérience propre, s’unissent pour élaborer démocratiquement une pensée autonome et originale du socialisme. Ce que Pierre Rosanvallon, dans un article d’Esprit paru en 1977, nomme le « déploiement de la pensée hors des doctrines établies et des orthodoxies closes ». La pierre angulaire de cette démarche est l’obsession de la laïcité. Pas seulement de l’absence de toute référence confessionnelle ou de toute inféodation à l’Église. La laïcité, pour les fondateurs de la CFDT, et d’abord pour Paul Vignaux, longtemps dirigeant du SGEN et théoricien de la notion, est une laïcité de l’esprit, une laïcité de l’élaboration, et de l’action qui en résulte. Il est significatif qu’Edmond Maire et ses devanciers rejettent avec la dernière énergie le « progressisme » chrétien, la mythification de la classe ouvrière comme unique classe messianique, et la soumission des compagnons de route à l’autorité du Parti avec majuscule. Bref, la « laïcité », pour ces militants, est l’émancipation de la pensée, l’autonomie de l’action, l’indépendance envers quelque avant-garde éclairée ou auto-proclamée.

 

Ce qui les pousse, d’ailleurs, à passer des alliances, à chercher l’unité d’action. La CFDT naissante ne craint pas de s’allier à la CGT courroie de transmission. Mais à condition d’être forte. Une des phrases favorites de Vignaux et de ses successeurs est que, pour dîner avec le diable, il faut avoir une longue cuillère. Au fond, ce qu’ils veulent, c’est faire émerger en France, malgré l’héritage du guesdisme et le congrès de Tours, une confédération syndicale qui fasse le poids, qui tienne la route, qui élabore ses propres objectifs.

 

Là où ils restent « chrétiens », c’est sans doute dans l’attention à l’événement, à la manière dont l’histoire rebat les cartes, parfois à l’improviste. Nombre d’entre eux pourraient se réclamer du personnalisme dans la mesure où Emmanuel Mounier soutient que « l’événement est notre maître intérieur ». Cela se vérifie en maintes circonstances, dont je retiendrai trois exemples.

 

D’abord, la guerre d’Algérie. Les devanciers d’Edmond Maire n’hésitent pas à se rendre à Tunis, siège du gouvernement provisoire en exil de la future république algérienne, pour y rencontrer l’UGTA, et cela à une époque où la SFIO soutient l’effort de guerre même si le mot n’est pas prononcé, et où le PC réclame la paix mais dénonce toute collusion avec les représentants de l’insurrection.

 

Mon second exemple, c’est mai 1968. Alors que le Parti et la CGT ne cessent de mettre en garde contre les « provocations » et s’appliquent à déployer un cordon sanitaire entre les étudiants et les salariés, alors que la FGDS voit essentiellement dans ces péripéties un hasardeux contretemps du calendrier, la CFDT joue le mouvement à fond, notamment en étant partie prenante du meeting de CharlétyMichel Rocard et Pierre Mendès France sont les seuls hommes politiques de gauche à saluer la fronde.

 

Mon troisième exemple est décembre 1981, quand le coup de force des militaires écrase et paralyse Varsovie. Tandis que Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères, déclare que « la France ne fera rien, naturellement », et que le PC et la CGT approuvent quoique du bout des lèvres, la CFDT mobilise aussitôt, rejoignant les intellectuels, tels Michel Foucault ou Cornelius Castoriadis.

 

L’autre originalité de cette gauche différente, c’est la conception même des rapports sociaux et du rôle du syndicat. Les cédétistes se réclament d’un syndicalisme de projet, c’est-à-dire d’un syndicalisme qui s’efforce de penser la société en mouvement, et d’y développer des thèmes qui ne soient pas seulement la défense plus ou moins frileuse d’intérêts corporatifs singuliers, mais qui, au travers de ces luttes, promeuvent l’intérêt général. Il n’est pas indifférent que, tandis que les bastions traditionnels de la classe ouvrière s’effondraient – les mines, la sidérurgie, etc. –, la CFDT a fait porter son effort sur les services, sur les femmes, sur les petites entreprises. Lorsqu’elle a commencé à grandement s’inquiéter de la désyndicalisation perceptible dès le milieu des années 70, c’est sur ces secteurs qu’elle a cherché à se développer – avec, d’ailleurs, un succès inégal. En 1995, c’est dans ce droit fil que Nicole Notat, contre vents et marées, a appuyé la démarche d’Alain Juppé en matière de retraites. Elle fut conspuée, et même physiquement agressée par certains collègues, notamment par les sectateurs d’un corporatisme étroit. Depuis, l’histoire a tranché, et les socialistes ont subi l’épreuve des faits en matière de saine répartition.

 

Pas étonnant que le monde que nous décrivions, Rotman et moi, ait offert mille occasions de convergences à toutes sortes d’acteurs. Militants socialistes proches du PSU ou en rupture avec la SFIO, militants SFIO questionnés par l’attitude de leur formation durant la guerre d’Algérie, militants ex-communistes en quête de recyclage, militants gauchistes ayant épuisé les fantasmes de l’après Mai, militants issus de la sphère associative en quête de cohérence plus globale. À l’époque où nous écrivions sur la deuxième gauche, la CFDT constituait une sorte de vivier, de plateforme, de forum, de club intellectuel où le souci de l’anticipation tenait toujours une place éminente – d’où de nombreuses confluences avec, par exemple, les experts du Plan.

 

Mais c’est évidemment la question du partenariat politique qui va devenir envahissante. La CFDT affirme une représentation de la démocratie qui lui est propre. Et franchit, sur ce chemin, plusieurs stades. Ce qu’on rejette est facile à énoncer. On rejette ceux qui prétendent, selon de mot de Michel Crozier, « changer la société par décret », c’est-à-dire à la fois par le haut et sans consultation de ceux que la décision concerne.

 

Cela s’exprimera de diverses manières dont la plus tenace sera l’idée d’autogestion. Et, bien sûr, au moment où nous publions notre livre, cela interpelle directement l’actualité. La gauche au pouvoir, longtemps unie par un « programme commun » dont le contenu économique paraît – et est – non viable aux yeux des responsables cédétistes, reste prisonnière d’une culture programmatique où un catalogue de réformes est débattu entre tendances puis plus ou moins appliqué, plutôt moins que plus, les citoyens demeurant extérieurs au processus.

 

La « deuxième gauche » n’aime ni les programmes concoctés en chambre, ni les tendances durables qui incitent mécaniquement à la haine du plus proche. Elle se veut « réaliste », non point pour signifier qu’il faut en rabattre sur l’audace ou l’espérance, mais pour signifier que les seules transformations importantes sont celles qui se font réellement. Peu lui chaut le débat sur les nationalisations à outrance ou les nationalisations des filiales (on a vu ce qu’il en est advenu), peu lui chaut une rhétorique prétendument révolutionnaire qui se dégonfle dès que l’on gouverne. Sa conviction, réaffirmée en permanence, est qu’une négociation est préférable à une grève, et que le réformisme est l’unique chemin pour transformer profondément et durablement la société. Edmond Maire aime à répéter en toutes circonstances que le temps est la dimension cardinale des changements. C’est évidemment, à l’époque où les socialistes prétendent initier une rupture en cent jours, une position irrecevable et provocatrice.

 

L’idée de la deuxième gauche est de s’émanciper une fois pour toutes de ce que Jacques Julliard a baptisé le réflexe de « culture dominée ». Face aux communistes, face aux gauchistes qui placent rituellement la barre trop haut puis s’effarent que l’on passe en-dessous, ils veulent une gauche, si j’ose dire, décomplexée, une gauche compétente, efficace, qui parle vrai, qui dit ce qu’elle pense quand elle le pense. Le modèle n’est pas loin, il s’appelle Pierre Mendès France.

 

Pourquoi ce dernier est-il si important aux yeux des militants cédétistes ? C’est un laïque, un républicain, un résistant (on ne dira jamais assez combien le refus de la CFTC d’accepter la politique de Vichy fut un refus fondateur, bien avant la question coloniale). Et puis c’est un homme qui, contrairement à François Mitterrand, juge que les fins sont dans les moyens. Position qui ne vaut pas seulement en matière d’éthique mais en matière d’efficacité. Mendès dit et répète que les régimes qui prennent des libertés avec la démocratie ne sont pas seulement des régimes qui se salissent, mais qui se condamnent eux-mêmes à terme. Il suffit de relire le discours de Blum au congrès de Tours, discours largement inspiré par Lucien Herr, pour percevoir combien ce débat est pertinent et actuel.

 

Cela éclaire le langage que tient la deuxième gauche sur la social-démocratie, sur la rigueur, et autres thèmes tabous dont l’orthodoxie socialiste – sans parler du reste – ne veut pas entendre parler. Pour agir sur l’économie de marché, il faut admettre qu’on ne sortira pas de l’économie de marché. Pour agir sur la mondialisation, il faut admettre (admettre comme un fait) la réalité de la mondialisation. Mendès a montré, en 1954, qu’un gouvernement de gauche, s’il prenait ses concitoyens au sérieux, devait leur parler de rigueur, et avec rigueur. Et que cela, loin d’entériner l’austérité, était l’indispensable point de départ pour agir avec justice, pour négocier et légiférer efficacement.

 

Nous étions loin du compte en 1982. Je crois que le succès de notre livre, et de son titre, tient largement à la diffusion de ce discours-là, un an avant le virage à 180° du gouvernement socialiste, virage dont Pierre Mauroy assuma courageusement la responsabilité, mais dont François Mitterrand nia ou esquiva qu’il fût si ample et si nécessaire.

 

Et pourtant, la deuxième gauche a politiquement échoué. Je parle ici de sa seconde acception.

 

Cela tient d’abord aux archaïsmes du Parti socialiste. Quand Pierre Mauroy et Michel Rocard se sont unis, en 1979, au congrès de Metz, pour défendre l’idée qu’il était temps d’appeler un chat un chat et un social-démocrate un social-démocrate, ils ont recueilli 40% des mandats mais ont bel et bien été battus. J’ai encore dans l’oreille l’incantation de Laurent Fabius, à laquelle ce dernier ne croyait pas une seconde : « Entre le plan et le marché, Rocard, il y a le socialisme. » No comment, comme disent les anglo-saxons. Nous sommes en train, trop tard, trop mal, de revenir sur terre. Mais cette terre a changé, et le socialisme s’est caricaturé lui-même. J’en veux pour preuve le débat, lors des dernières primaires, où il était encore question de contourner la mondialisation ou d’instaurer une dose de protectionnisme. J’en veux pour preuve l’idée de « démocratie participative » présentée comme une idée nouvelle. J’en veux pour autre preuve la manière dont les socialistes continuent de se classer en « gauche » ou « moins gauche » suivant des critères d’avant la chute du Mur de Berlin. Et l’on pourrait, à l’infini, dévider cette amère litanie. La stérilité idéologique du PS est évidemment le produit de phénomènes concrets : la chute de l’empire soviétique, la poussée néo-libérale qui en a violemment découlé, la perte du contact avec le monde du travail, avec les zones de relégation que sont devenues les banlieues. Mais je crois aussi que la professionnalisation croissante des carrières est un élément qu’il ne faut pas négliger. Jacques Julliard, haute figure de la deuxième gauche, publia naguère au Seuil un ouvrage intitulé « Contre la politique professionnelle ». C’était terriblement prophétique.

 

Mais, si je me tourne vers la CFDT, je constate que son articulation avec le politique a été bricolée et insatisfaisante. Les Assises du socialisme, où ceux qu’on nomme « les rocardiens » ont rejoint le PS avec la bénédiction très active de la confédération, n’ont pas vraiment donné le change. C’était sans doute nécessaire, mais la greffe n’a jamais pris de manière convaincante. Au fond, tandis que la désyndicalisation s’intensifiait et que le mouvement syndical lui-même apparaissait, pour persévérer dans l’être, de plus en plus dépendant de l’État ou de ses institutions directes, le rôle prophétique et fédérateur des cédétistes s’est amoindri. Edmond Maire avait coutume de dire que le clivage entre syndicat et politique est aussi structurant que le clivage entre les deux gauches. Clairement, aujourd’hui, c’est l’idée de l’autonomie qui prévaut. C’est aussi du côté de la société civile qu’est maintenant l’espérance, et la réalité du changement.

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 06:00

Le tableau “Des Glaneuses” détourné par Banksy

C’est signé André Heitz

 

Ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles.

 

C’est dans Contrepoints

 

Qui est un journal en ligne qui couvre l'actualité sous l'angle libéral.

 

Comme chacun sait, ou pas, notre monstrueuse Education Nationale est un repaire de NUPES, ce qui suit, le billet d’humeur, et les commentaires, est très représentatif des oppositions, trop souvent radicales, qui usent la trame du vivre ensemble de notre vieux pays.

 

Moi qui suis un ravaudeur, j’aime rabibocher, j’ai enseigné un an, à mi-temps, au CEG de Pouzauges, certes pas l’économie, mais le dessin et la musique, bouche-trou que j’étais, et en dépit de mon âge pré-canonique, je me verrais bien rempiler, pour le plaisir, afin d’expliquer aux ados les réalités de l’agriculture française et de mettre celle-ci  en perspective face au grand virage qu’elle va devoir effectuer.

 

« Papy ! Ma prof d’histoire-géo a dit que le glyphosate est cancérigène ». Mon petit-fils a osé contester… Résultat : une menace de punition (dit-il)… Petite plongée dans le formatage des jeunes cerveaux.

 

Mon petit-fils m’a montré son cahier avec, collé dedans comme c’est maintenant d’un usage répandu, une page intitulée « Fiche de révisions sur l’AGRICULTURE FRANÇAISE ».

 

J’imagine cette fiche utilisée à Paris, pour et par des élèves qui ne sont jamais sortis au-delà du périphérique…

 

Des « savoirs » à « mémoriser »

 

Tout d’abord, il faut mémoriser des savoirs :

 

  • le nombre et l’évolution des actifs dans l’agriculture ;

 

  • la place de l’agriculture française dans le monde et en Europe;

 

  • les aspects de la modernisation agricole et ses conséquences (+ ou -) – on imagine que ces signes appellent des aspects positifs et négatifs ;

 

  • les difficultés de l’agriculture aujourd’hui ;

 

  • les différents espaces agricoles en France et leurs caractéristiques.

 

 

Les fondamentaux de l’activité agricole, de la production alimentaire ? Passés à la trappe, semble-t-il.

 

 Du vocabulaire à acquérir

 

Les élèves doivent aussi mémoriser un vocabulaire : exploitation agricole, PAC, agriculture productiviste – intensive, mécanisation, irrigation, monoculture # polyculture, filière agroalimentaire (ex. : activités en amont et en aval), pesticides, engrais chimiques, OGM, élevage hors-sol # extensif, agriculture durable – biologique.

 

Les élèves sont bien sûr plongés dans un environnement qui les imprègne de préjugés et de partis pris. Mais cette « fiche de révisions » – sans nul doute concoctée par quelque officine fournissant du matériel « pédagogique » – amplifie le phénomène.

 

 

Non, ce n’est pas la ferme Play mobil…

 

Que doivent retenir les élèves ? Voici, résumé ou cité le texte qui leur est proposé (les mots en gras sont ceux que les élèves doivent entrer dans le texte).

 

La suite ICI 

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 06:00

On sait pourquoi la table entre Poutine et Macron était si longue

Cette métaphore c’est Sarkozy qui l’a vulgarisée, à propos  de la tentation du vote FN.

 

« La tentation de renverser la table, je peux la comprendre mais il y aura plus de souffrance »

 

« Je ne donnerai pas de leçon de morale à une femme ou un homme qui a peur et qui pense que la seule méthode est de renverser la table. »

 

Elle est revenue en force, au cours des semaines des élections  qui ont porté Macron à sa première présidence de la République française.

 

Et voilà, qu’elle revient au galop dans le nouvel épisode mélenchonien : « Moi Premier Ministre », avec une nuance pour ne pas effrayer ses « vassaux » du PS, Verts et PCF, il la renversera avec doigté sans casser la vaisselle, appuyé en cela par une flopée d’économistes (en période d’élection ils refleurissent comme le chiendent sous la pluie, prenant la place des sociologues dans la séquence Gilets jaunes et les infectiologues lors de la pandémie).

 

 

 

Renverser la table, dans son acception française, ce serait donc proposer un changement brutal et révolutionnaire, rompre avec  les idées politiques tenues aujourd'hui comme allant de soi. »

 

Mais, au fait, que veut dire exactement cette métaphore ?

 

Pour un sachant ICI 

 

elle n’appartient pas au patrimoine littéraire français

 

Il faut dit-il, pour débusquer l’animal, s’aventurer dans les marécages du "franglais" –  vous savez ces mots et expressions qui ont un air et un son français, mais qui, infiltrés clandestinement et sauvagement dans notre langue, désagrègent le parler d’origine avant de se substituer à lui de la pire manière

 

En fait l’expression existe bel et bien et elle est correcte, mais en anglais  et au pluriel. Il s’agit de« to turn the tables »

 

Elle peut signifier, selon les contextes : « Remettre les pendules à l’heure », « réagir », «inverser la vapeur », « prendre l’avantage  », et surtout« renverser la situation à son avantage (ou à l’avantage de quelqu’un ».

 

On la rencontre dans des textes et des contextes qui n’ont rien de sauvage, voire qui sont plus qu’honorables.

 

Pour nous limiter à un seul exemple, on peut lire dans l’article 1105, § 3 des débats du Comité permanent des Affaires étrangères et du Commerce international (17 février 2000) cet extrait de l’intervention d’un parlementaire du nom de Clegg (ELDR) :

 

[…] We accept entirely that the tactical priority must now be to turn the tables on  the Americans in particular, and to see if they will put their money where their mouthis as far as agricultural reform is concerned. (Nous sommes entièrement d'accord sur le fait que la priorité tactique doit être de retourner la situation aux dépens  des États-Unis

Mais, dans un monde normal, l’illustration suivante devrait clore le débat et ridiculiser définitivement les traductions françaises erronées et/ou fantaisistes, auxquelles a donné lieu cette expression, dont le sens métaphorique est parfaitement clair pour un lecteur anglo-saxon moyennement cultivé.

 

Dans un article intitulé « Turning the Tables », publié le 8 mars 2017dans Israel Today, le journaliste Charles Gardner écrivait ces lignes, fort éclairantes pour notre propos :

 

As Iran’s supreme leader calls for a ‘holy intifada’ to eradicate Israel, Jews everywhere can be encouraged that the tables were turned on  a man  from the same part of the world when he made a similar threat.

 

Ma traduction :

 

Alors que le dirigeant suprême de l’Iran appelle à une ‘Sainte Intifada’ pour éradiquer Israël, les Juifs du monde entier peuvent tirer réconfort du retournement de situation [qui se produisit jadis] aux dépens de l’homme qui, dans la même partie du monde, avait proféré une menace similaire. »

 

On aura reconnu l’allusion à Haman (ou Aman), vizir  de l'Empire perse sous le règne d'Assuérus (Xerxès Ier), qui, alors qu’il avait intrigué pour éliminer son rival (juif)Mardochée et vouer à l’extermination tous les Juifs de l’empire, périt lui-même sur la potence qu’il avait fait dresser pour Mardochée, tandis que l’empereur publiait un rescrit inversant radicalement la situation, puisqu’il prescrivait aux Juifs de tuer leurs assaillants

 

Moralité de cette affaire de tables retournées, mal comprise et qui pourtant prospère : comme pour les vins, se méfier des appellations non contrôlées. Il convient d’avoir en mémoire que Nicolas Sarkozy, ses épigones et ses successeurs, ne sont ni linguistes ni rompus à la pratique de la langue anglaise. Mon hypothèse est donc que, s’étant heurtés, à plusieurs reprises, à l’expression qui nous occupe, ils l’auront mal comprise, ou auront été mal informés sur son sens par leur entourage. N’ayant retenu de la métaphore que l’image d’une violence ou d’un coup d’audace qu’elle semble connoter (en français !), il n’est pas étonnant qu’ils commettent ce contresens, qui sera d’autant plus difficile à bannir de la prose journalistique, dans laquelle il s’est infiltré de manière sauvage, avant de se répandre dans le langage courant avec une force qui semble inendiguable, par la vertu des médias, en général, et d’Internet, en particulier.

 

Conscient que réparer du faux l’irréparable outrage (culturel) s’apparente à une tâche sisyphéenne, je m’y efforce cependant avec ténacité –quoique sans trop d’illusions - à chaque fois que l’occasion m’en est fournie, dans l’espoir (fragile) que le temps fera son œuvre et que ce type de fausse monnaie littéraire finira par tomber dans l’oubli qu’il mérite.

 

Voili, voilà, je suis de ceux qui pensent, que notre Mélenchon, homme d’appareil, affiche qu’il va renverser la table au sens des rosbifs, il joue le développement de sa boutique, l’œuvre de sa vie, un machin qui renvoie le PC et le PS dans le cimetière des éléphants. Il veut retourner sa défaite aux présidentielles à son avantage, peut-être va-t-il y réussir en privant la coalition Macron d’une majorité absolue gage d’une Assemblée aux ordres du Président.

 

De Michel Drucker à Jean-Luc Mélenchon, le complexe Gérard Miller

Collections Littérature française Collection jaune Chaoïd La petite jaune  Verdier/poche Littérature étrangère allemande espagnole italienne russe  Autres litt. étrangères Littérature et tauromachie Philosophie Histoire Les  Dix Paroles Islam spirituel Critique ...

 

Bref, pour terminer sur une note humoristique, je trouve que dans la famille Miller, Gérard et Jacques-Alain, c’est la France assemblée : l’un est fou de Mélenchon, l’autre décrypte dans le  Point « torchon » dixit Jean-Luc, Jean-Luc Mélenchon sur le divan

 

« Désir de domination, contradictions permanentes, colères noires… Le leader de la Nupes étudié par le psychanalyste Jacques-Alain Miller »

 

Bon dimanche de votation.

Le Neveu de Lacan de Jacques-Alain Miller

« Donc, je citais l'évangile selon saint Luc. Je citais la fin de la parabole du semeur: "Entende qui a des oreilles pour entendre." Ensuite, ses disciples demandent à Jésus pourquoi il parle en paraboles. Et Jésus répond ceci, qui est repris dans le petit prince: "A vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu. Les autres n'ont que des paraboles afin qu'ils voient sans voir et entendent sans comprendre. »

 

 

 

L'affaire Toulaév - Victor Serge - Éditions La Découverte

Législatives 2022 : quand la gauche lutte pour l’émancipation en France mais cautionne l’oppression ailleurs ICI 

 

Analyse. En 1936, un écrivain signe une lettre magnifique, qui tient une place d’honneur dans les archives de la lucidité. Le militant libertaire Victor Serge (1890-1947) s’adresse à André Gide, compagnon de route du Parti communiste français. Quand il interpelle le célèbre auteur français, Victor Serge sort à peine des geôles soviétiques. Né à Bruxelles dans une famille modeste, il aura été de tous les combats. En 1919, il se bat aux côtés des bolcheviques. Exclu du Parti en 1928, puis arrêté, il a connu les procès truqués, les camps, le climat de délation généralisée, qu’il décrira dans ses romans, à commencer par S’il est minuit dans le siècle (1939), son chef-d’œuvre.

 

Il est libéré en 1936 grâce à une campagne internationale menée par André Malraux, Romain Rolland et André Gide. La lettre qu’il envoie plus tard à ce dernier conjugue gratitude et franchise. Il y exhorte l’auteur des Nourritures terrestres à rompre avec l’aveuglement et à reconnaître les immenses crimes commis au nom de l’idéal communiste : « Si je vous comprends vraiment, cher André Gide, votre courage a toujours été de vivre les yeux ouverts, note-t-il. Vous ne pouvez pas les fermer aujourd’hui sur cette réalité. » Ainsi, demande Victor Serge, peut-on prétendre combattre le fascisme en Europe quand on cautionne l’épuration de masse en Russie ? Il prévient : « Nous faisons front contre le fascisme. Comment lui barrer la route avec tant de camps de concentration derrière nous ? »

 

Un paradoxe douloureux

Avec ce courrier, Victor Serge transmettait le flambeau d’une tradition certes minoritaire mais longtemps prestigieuse parmi les progressistes : celle d’une gauche antitotalitaire et internationaliste qui voulait maintenir vivante l’espérance socialiste malgré le cauchemar soviétique. Cet internationalisme antistalinien, qui héritait lui-même du cosmopolitisme des Lumières, affirmait un principe simple : on ne peut prétendre lutter pour l’émancipation ici quand on cautionne l’oppression ailleurs. Ce principe a largement structuré ce qu’on appelle « la gauche », bien au-delà de ses seules franges révolutionnaires. Au fil du temps et à travers les épreuves (guerre d’Espagne, conflits coloniaux…), il aura été maintes fois malmené. Notre époque nous permet de vérifier qu’il est maintenant mort et enterré.

 

Paradoxe douloureux : en France, l’homme qui aura joué le rôle de fossoyeur est aussi celui dont on aurait pu attendre qu’il sauve cette morale internationaliste. Car enfin, Jean-Luc Mélenchon, désormais chef tout-puissant des gauches françaises, n’a-t-il pas été formé à l’école du trotskisme ? N’a-t-il pas lu les textes des dissidents antistaliniens, et notamment ceux de Victor Serge, qu’aimaient citer ses anciens camarades lambertistes ? N’a-t-il pas été imprégné par le souci du monde qui fait depuis toujours l’identité de cette maigre troupe révolutionnaire ? En théorie, si. Dans un entretien publié par la Revue internationale et stratégique (n° 100, 2015), il déclarait d’ailleurs : « J’ai toujours considéré que la géopolitique commandait la politique. » Mais, justement, si l’on prend M. Mélenchon au mot, et si l’on admet que sa géopolitique « commande » sa politique, alors il apparaît que celle-ci vise autre chose qu’un avenir d’émancipation. L’histoire de ses prises de position, même récentes, l’atteste.

 

De rares réserves à l’égard du Kremlin

 

Les plus notables concernent encore la Russie. Non plus celle de Staline, mais celle de Poutine. Si l’on s’en tient aux tragédies syrienne et ukrainienne, on constatera à quel point M. Mélenchon a épousé le récit du pouvoir russe. Jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, en février, on ne trouve chez le dirigeant « insoumis » que de très rares réserves à l’égard des agissements du Kremlin. Au contraire, ses déclarations sont empreintes d’enthousiasme. En 2014, alors que la Russie vient d’envahir la Crimée, il se félicite sur son blog : « Bien sûr que la Crimée est “perdue” pour l’OTAN ! Bonne nouvelle ! Il faut espérer que du coup, la bande de provocateurs et d’agités qui dirigent la manœuvre va se calmer pour un temps. »

 

La même année, quand le président François Hollande renonce à livrer les navires de guerre Mistral à la Russie, l’ancien sénateur de l’Essonne dénonce « une trahison insupportable ». En 2015, lorsque l’opposant russe Boris Nemtsov est tué à Moscou, il déplore que Vladimir Poutine soit « la première victime de cet assassinat ». En 2016, lui qui s’est opposé à toute intervention française en Syrie déclare que le président russe va « régler le problème » avec ses bombardiers. Deux ans plus tard, en visite à Moscou, il se déclare « en campagne contre la diabolisation de Poutine » et rencontre des propagandistes engagés aux côtés des séparatistes pro-Russes en Ukraine.

 

Retournement tardif

 

On connaît la suite, la guerre d’agression livrée par Poutine. Une offensive dont le leader de La France insoumise aura martelé jusqu’au bout qu’elle n’était qu’un épouvantail agité par les Américains. « Ce sont les Etats-Unis qui sont dans la position agressive, et non la Russie », assure-t-il encore à la fin du mois de janvier 2022, alors que Moscou a déjà massé 150 000 soldats à la frontière ukrainienne. Bien sûr, on objectera que Mélenchon a, depuis, pris ses distances avec Poutine, allant jusqu’à le condamner fermement, une fois la guerre déclenchée. Mais ce retournement tardif ne saurait effacer l’accumulation intraitable des complaisances.

 

Chez Mélenchon, une telle indulgence envers l’autocratie russe n’a eu d’égale que l’hostilité pavlovienne à l’égard de la démocratie américaine. Pour lui, il ne s’agit nullement d’en critiquer les failles sociales, les fractures raciales ou les pulsions impérialistes. A ses yeux, l’Amérique en tant que telle est une entité malfaisante, au point de constituer « le premier problème du monde ». En 2012, il précisait : « Les Yankees représentent tout ce que je déteste. »

 

La conception du monde qui est celle de l’« insoumis » en chef l’a amené à soutenir des chefs écrasant la moindre insoumission

 

On pourrait aussi se pencher sur d’autres aspects de la géopolitique de M. Mélenchon, qu’il qualifie souvent de « non-alignée », parfois d’« écosocialiste ». Rappeler son refus de condamner la chasse aux Ouïgours menée par la Chine. Evoquer la situation du Venezuela et la répression de ces opposants que le leader de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) s’empresse d’assimiler à une horde de fascistes. Citer encore bien d’autres exemples illustrant ceci : la conception du monde qui est celle de l’« insoumis » en chef l’a amené à soutenir des chefs écrasant la moindre insoumission.

 

Quand ces faits sont mentionnés, nombreux sont les partisans de Mélenchon qui crient à la diversion : à les entendre, quiconque en parle « roule pour Macron » et/ou « fait le jeu de Le Pen ». Pourtant, ils ne pourront évacuer éternellement la question-clé, celle qui travaille beaucoup des potentiels électeurs de la Nupes : pourquoi ? Pourquoi diable faut-il que le seul leader capable de rassembler la gauche en France soit celui qui cautionne tant d’infamies ailleurs ? Moi qui tiens aux droits des minorités, n’ai-je d’autre choix que d’épauler celui dont les diatribes contre la cause tibétaine sont reprises par la propagande chinoise ? Moi qui rêve de justice sociale, suis-je condamné à acclamer celui qui a longtemps misé sur le « sang-froid de Vladimir Poutine » pour maintenir la paix en Ukraine ? Moi qui suis partisan d’une vraie révolution écologique, me faut-il soutenir celui qui a trouvé nécessaire, en 2017, de mettre en doute l’usage d’armes chimiques par le dirigeant syrien Bachar Al-Assad ? Comment ne pas y songer quand on a en tête le documentaire de Waad Al-Kateab et Edward Watts, Pour Sama (2019), qui montre la vie quotidienne d’un couple et de son bébé, à Alep, sous les bombes russes ? Ou quand on entend le récit des rescapés de Boutcha, en Ukraine, racontant les exécutions, les viols, les corps suppliciés ? Pour défendre les services publics en France, faut-il vraiment oublier les bébés d’Alep, les femmes de Boutcha, s’en remettre à quelqu’un qui a si longtemps collé aux discours de leurs bourreaux ?

 

Le prix à payer

 

Il y a là une contradiction périlleuse. Parmi les soutiens de M. Mélenchon, certains en ont évidemment conscience. En privé, ils n’hésitent pas à confier que les positions « internationales » de leur héraut sont accablantes. Cela ne les empêche pas de continuer à le soutenir, en vertu d’un calcul qui fonde la « realpolitik » moderne, et qui a fait couler tant de sang au XXe siècle : on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. D’accord, « Jean-Luc » déraille un peu sur la Syrie… mais c’est le prix à payer pour que la gauche ait une chance de revenir au pouvoir. Certes, on se passerait bien des complaisances de « Jean-Luc » envers les pouvoirs russe, chinois, vénézuélien ou cubain… mais il est le seul à pouvoir fonder ici une VIe République. Qu’ils soient d’accord ou non avec leur chef, les militants de La France insoumise font donc bloc derrière lui, comme ceux des partis désormais ralliés, socialistes, communistes ou écologistes.

 

Ce faisant, ils font un pari risqué : non seulement ils renoncent à l’idée que la géopolitique « commande » la politique, selon le mot de Mélenchon lui-même, mais ils misent sur le fait que la géopolitique compte pour rien. C’est ce qu’a suggéré l’une des figures de La France insoumise, Manuel Bompard, peu avant le premier tour de l’élection présidentielle. Balayant les critiques qui visent les options internationales de son patron, il tranchait dans Le Journal du dimanche, le 6 mars : « Ça ne nuira pas à notre dynamique. »

 

Si les prochaines élections législatives lui donnaient raison, deux conclusions s’imposeraient : en termes pragmatiques, c’est-à-dire pour ce qui concerne la conquête du pouvoir et des postes associés, la realpolitik mélenchonienne aura payé ; en termes historiques, néanmoins, la gauche aura prouvé qu’elle peut désormais se moquer du monde, c’est-à-dire renoncer à cette éthique internationaliste sans laquelle Victor Serge disait qu’on ne saurait « maintenir le socialisme au-dessus des boues ».

 

Jean Birnbaum

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9 juin 2022 4 09 /06 /juin /2022 06:00

 

« Stalinien un jour, stalinien toujours… » scandions-nous en mai 68, face aux dirigeants du PCF et de la CGT, que nous trouvions bien conservateurs.

 

Le slogan s’applique de la même manière aux trotskystes lambertistes, avec en prime leur goût immodéré pour l’opacité, le comportement plus encore sectaire que celui des cocos.

 

Les choix de jeunesse sont des marqueurs qui ne s’effacent pas avec l’âge, la France Insoumise c’est pour Mélenchon sa boutique qu’il tient d’une main de fer, sans réelle démocratie interne, il est le chef, il décide et tout le monde suit.

 

Je verse au dossier 2 pièces vous en faites ce que vous voulez :

 

Savez-vous qui fut Pierre Lambert, le maître à penser de Mélenchon ? par  François Heilbronn - Tribune Juive

 

Comment être de gauche en France aujourd’hui ? ICI  

 

Résumé

 

Nupes, affaire Taha Bouhafs : assiste-t-on au retour d'une gauche autoritaire ? Comment expliquer cette tendance de la principale force de gauche aujourd’hui à renouer ainsi avec les pratiques opaques que l’on croyait dépassées ?

 

Avec :

Thomas Guénolé (Politologue), Stéphanie Roza (Chargée de recherches au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française.), Maud Le Rest (Journaliste, spécialiste de l’histoire des féminismes), Fatima Benomar (Co-fondatrice du mouvement #NousToutes).

 

En savoir plus

 

Le 10 mai 1981, la gauche unie arrivait au pouvoir après que sa frange radicale ait accepté le leadership de la gauche modérée. Aujourd’hui, c’est le contraire. Au sein de la Nouvelle Union Populaire Economique et Sociale, ce qu’il reste de la gauche modérée s’est rangé sous la bannière radicale de Jean-Luc Mélenchon pour présenter un programme commun qui sera défendu par ses candidats à la députation le mois prochain.

 

Or, l’Union à peine constituée, le parti même de Jean-Luc Mélenchon La France insoumise s’est retrouvée sur la sellette la semaine dernière, avec le retrait de l’une de ses figures montantes, le jeune militant Taha Bouhafs pressenti pour être candidat dans la 14e circonscription et qui a dû se retirer en raison d’accusations non prouvées d’agressions sexuelles et même de viols. L’affaire déjà grave en soi a pris une ampleur politique aberrante quand les responsables de La France insoumise ont donné le sentiment de soutenir publiquement Bouhaf en attribuant son retrait au racisme ambiant, avant de reconnaitre le motif réel de son éviction une fois celui-ci révélé par les médias.

 

Or, l’histoire de La France insoumise de ces dernières années montre que ses dirigeants ont plusieurs fois invoqué contre des militants des accusations d’agressions sexuelles qui se sont dégonflées par la suite. Au-delà de ces péripéties inexplicables, donc, l’affaire pourrait bien se révéler plus complexe qu’il n’y parait. Les dysfonctionnements et pratiques qu’elle révèle obligent en tous cas à réfléchir. Comment expliquer cette tendance de la principale force de gauche aujourd’hui à renouer ainsi avec les pratiques opaques que l’on croyait dépassées ?

 

Assiste-t-on au retour d'une gauche autoritaire ?

 

Thomas Guénolé évoque les dérives sectaires du parti La France insoumise, il retrace son parcours : "Je suis arrivé à la maison Mélenchon par conviction, par enthousiasme, mettre la question sociale et la question de l'antiracisme au centre, ça me va très bien, mais une fois que vous êtes dedans, en tout cas, moi, c'est ce qui m'est arrivé, ce que j'ai découvert petit à petit, c'est une machine dictatoriale, orwellienne.(...) l'individu doit s'effacer devant la parole du parti (...) Thomas Guénolé esquisse une comparaison avec 1984 de George Orwell, il analyse "on affiche certaines valeurs et on pratique en interne très exactement le contraire". Maud Le Rest revient sur la sociologie des organisations et indique : "il y a une minorité de gens qui sont autour du leader charismatique qui décide de tout en fait, sans que les militants n'aient jamais leur mot à dire, c'est cela la théorie populiste".

 

Fatima Benomar évoque l'affaire Taha Bouhafs : "voilà pourquoi cela a abouti, les victimes se sont tournées vers cette militante qui leur a dit : saisissez la cellule mais écrivez en parallèle à Caroline de Haas, à Sandrine Rousseau et à Clémentine Autain -pour certaines récemment arrivées dans la galaxie NUPES- elles auront beaucoup moins le réflexe d'entraver vos témoignages ; c'est pour cela qu'il y a eu une prise au sérieux de leur parole".

 

Stéphanie Roza énonce "quand la réalité des pratiques n'est pas en adéquation avec les principes, ça produit un effet désastreux. Parce qu'à un moment ou un autre le double standard se voit et ça c'est démobilisateur. (...) cette idée d'affaiblir la cause, il faut se défaire de cette illusion".

Quand les lambertistes étaient trotskistes - AgoraVox le média citoyen

Avec la Nupes, les liens se resserrent entre les trotskistes lambertistes et Jean-Luc Mélenchon ICI 

 

Le Parti ouvrier indépendant, héritier de la formation trotskiste lambertiste OCI, a investi des candidats aux législatives pour la Nupes et héberge des réunions du « Parlement populaire » dans ses locaux historiques parisiens. Un moyen pour Jean-Luc Mélenchon de renouer avec sa jeunesse militante.

 

Par Abel Mestre et Julie Carriat

 

Jean-Luc Mélenchon aime les clins d’œil historiques. Alors, en ce 23 janvier, lors de son intervention pour clôturer la première audition du Parlement de l’Union populaire (PUP, structure réunissant les soutiens à sa candidature à l’Elysée, issus des mouvements politiques partenaires et de la société civile), il ne peut s’empêcher de faire une petite digression qui amuse les militants réunis. « Il y a pour moi une sorte d’humour de situation (…) J’étais, il y a un nombre d’années sur lequel il n’est pas besoin de revenir, assis au fond de cette salle, dans l’organisation à laquelle j’appartenais à l’époque, qui était l’ancêtre du POI [Parti ouvrier indépendant] qui nous accueille aujourd’hui. »

 

 

M. Mélenchon fait allusion à l’Organisation communiste internationaliste, l’OCI, formation historique du trotskisme lambertiste (du pseudonyme de son fondateur et dirigeant Pierre Lambert), aile orthodoxe de cette famille politique, pratiquant l’entrisme et aux multiples obédiences. Le Parti ouvrier indépendant (POI) en est aujourd’hui l’un des héritiers, avec le Parti ouvrier indépendant démocratique (POID), séparation issue d’une scission en 2015. Mais, surtout, le POI est un partenaire historique du mélenchonisme. Ses membres soutiennent La France insoumise (LFI) depuis le début de son histoire en 2017 et sont partie prenante de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) pour les législatives, contrairement aux autres trotskistes du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA).

 

Ce compagnonnage n’a rien d’étonnant : Jean-Luc Mélenchon (qui n’a pas donné suite à nos demandes) et Alexis Corbière, l’un de ses plus proches lieutenants, sont d’anciens lambertistes. Un héritage politique qu’ils n’ont jamais caché. Certains fondamentaux du mélenchonisme sont d’ailleurs partagés avec le lambertisme, comme le combat contre les institutions de la Ve République, un certain euroscepticisme et, plus largement, la mise en avant de l’identité républicaine et laïque du mouvement ouvrier français, ou encore la référence permanente à la « grande Révolution » de 1789.

 

Ce cheminement commun apparaît au grand jour pour les élections législatives des 12 et 19 juin. Toute petite organisation politique mais très implantée à Force ouvrière, le POI voit l’un de ses dirigeants, Jérôme Legavre (contacté, il n’a pas répondu à nos sollicitations), investi dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis, au départ prévue pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Officiellement, c’est le seul membre du POI investi à ce titre. Mais au moins trois autres militants sont aussi candidats, en tant que titulaires ou suppléants, aussi bien dans le Pays de Retz que dans le Var ou les Yvelines.

 

Trésor de guerre

 

Paul Vannier, le « monsieur élections » de LFI botte en touche : « Je ne les connais pas. Beaucoup de militants de LFI ou de l’Union populaire sont aussi membres d’un parti politique… Le POI est engagé dans l’Union populaire depuis sa fondation. Certains de ses membres ont été proposés comme candidats par les “insoumis” lors d’assemblées de circonscription dès décembre 2021. Jérôme Legavre a été investi dans le cadre d’un accord politique passé entre LFI et le POI au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. »

 

Pour La France insoumise, le POI (qui n’a pas non plus donné suite à nos demandes d’entretien), en plus d’être un allié loyal, a un avantage : il a un patrimoine immobilier impressionnant qui s’avère bien utile. En effet, LFI n’a jamais eu de local à la mesure d’un mouvement voulant incarner le premier opposant de gauche à Emmanuel Macron. D’abord installé rue de Dunkerque, dans le 10e arrondissement de Paris, le siège était trop petit. Pour la présidentielle, les mélenchonistes ont emménagé dans le même arrondissement, passage Dubail, dans des locaux biscornus. Clairement insuffisants pour organiser de grandes réunions avec tous les soutiens.

 

Or, après la scission de 2015, le POI a conservé un trésor de guerre : le bâtiment historique des lambertistes. C’est là que se sont déroulées les sessions du Parlement populaire. « Les quatre ou cinq réunions que l’on a eues en physique étaient au POI, ça nous permettait d’avoir un espace suffisant : 300 personnes dans le même lieu, avec des ateliers en haut. Le POI fait partie du Parlement, c’est l’une de ses très nombreuses composantes. Le lieu, c’est simplement parce que c’était le plus pratique, il ne faut y voir aucune intention », minimise Aurélie Trouvé, présidente du Parlement de l’Union populaire. Trois des membres du PUP apparaissent en tant que représentants du POI, d’autres lambertistes, comme l’historien Jean-Marc Schiappa (qui n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien), sont présentés comme issus de la société civile.

 

Ambiance un rien paranoïaque

 

Le lieu n’a rien d’anodin et a une forte charge symbolique que Jean-Luc Mélenchon ne peut ignorer. Un peu comme si le leader de la Nupes bouclait son histoire militante. Situé au 87, rue du Faubourg-Saint-Denis, toujours dans le 10e, c’est presque aussi grand qu’un pâté de maisons. Plusieurs bâtiments sont distribués autour d’une cour intérieure. Le « 87 » abrite également une librairie, la Société d’édition et librairie d’informations ouvrières, où l’on peut trouver les classiques du marxisme, du léninisme et du trotskisme, mais qui propose également les ouvrages de Jean-Luc Mélenchon, d’Alexis Corbière et d’autres « insoumis » de premier plan, comme Eric Coquerel ou Adrien Quatennens.

 

L’entrée du « 87 » est dotée d’une discrète caméra de vidéosurveillance, et on y pénètre après avoir sonné à un interphone. Il arrive aussi que le visiteur soit gentiment éconduit, même lorsque l’on veut aller à la librairie pour acheter un exemplaire du Programme de transition de Léon Trotsky. « Pour entrer au 87, il ne faut pas y aller seul. Mais si l’on est identifié [comme militant ou sympathisant], pas de problème », explique aujourd’hui Philippe Campinchi, ancien lambertiste, ex-président du syndicat étudiant UNEF-ID dans les années 1990, contrôlé alors par ces trotskistes un peu particuliers. Il décrit une ambiance un rien paranoïaque. « L’immeuble était sécurisé sur les toits », se remémore-t-il encore.

 

A l’époque, l’activité du local atteint son acmé entre le mercredi et le samedi. Le premier jour du week-end, les militants passent prendre le journal et les tracts pour les marchés du dimanche, ainsi que les affiches ou les pétitions pour la campagne en cours. Le mercredi, leur efficacité est mesurée : les résultats sont centralisés et dépouillés. Les « phalanges » (cotisations) sont centralisées. Payées en liquide, évidemment, pour ne pas pouvoir tracer l’origine et dans un souci de garder tout clandestin.

 

« La ruche centrale »

 

Dans son livre Les Lambertistes, un courant trotskiste français (Balland, 2000), M. Campinchi décrit une intense activité militante, où les gens se croisent pour assister aux réunions qui se succèdent. Une équipe de militants franciliens, la « garde de nuit », est même quotidiennement mobilisée pour surveiller le local entre 19 heures et 7 heures. « Voici donc la ruche centrale, propriété foncière du mouvement, centre intellectuel, stratégique, tactique et militant. (…) Parler de “87” est devenu un signal de reconnaissance, un code entre militants. Se rendre au “87” signifie se rendre au local, au saint des saints. » C’est dire si la mise à disposition de la grande salle du « 87 » pour les sessions du Parlement populaire est un symbole politique fort.

 

Le « 87 » est connu de tous les militants de gauche. Les lambertistes y ont emménagé en 1969. Dans son livre retraçant ses années lambertistes, La Dernière Génération d’octobre (2003), l’historien Benjamin Stora écrit : « Pendant plusieurs mois, à partir de septembre 1969, je m’y suis rendu régulièrement pour y accomplir des tâches de maçonnerie, de nettoyage et de réfection. Je faisais partie des “brigades de bénévoles de jeunes” que l’organisation appelait de ses vœux. (…) Après toutes ces heures, ces journées, ces week-ends à suer et à verser tant d’argent pour bâtir ce local, je me suis parfois demandé, en plaisantant, si je n’étais pas, avec beaucoup d’autres, un peu “propriétaire” de cet immeuble de la rue du Faubourg-Saint-Denis… » Un sentiment de « copropriété » morale – notamment parce que le local a été acquis grâce aux dons et cotisations des militants – encore largement partagé dans ces milieux.

 

Crime de lèse-trotskisme

 

Le fait que l’Union populaire se réunisse dans la salle historique qui a vu les interventions de Pierre Boussel (le vrai nom de Pierre Lambert), Stéphane Just ou Pierre Broué, en a ainsi ulcéré quelques-uns. Daniel Gluckstein, dirigeant des rivaux du POID, s’est fendu d’un long texte s’offusquant de voir le drapeau français mis en avant par le Parlement populaire. De même, voir les « insoumis » entonner le chant des « gilets jaunes » dans la cour du « 87 » relève quasiment du crime de lèse-trotskisme pour le POID. « Pierre Lambert se retournerait dans sa tombe en voyant comment sont trahis les extraordinaires efforts militants qui avaient permis d’acquérir ce local. (…) Cette grande salle du 87, rue du Faubourg-Saint-Denis, hier pavoisée de drapeaux rouges, de portraits de Marx, Lénine, Trotsky, aujourd’hui pavoisée de tricolore et d’affiches à la gloire du nouveau Front populaire. »

 

Pour M. Gluckstein, le drapeau tricolore est celui « des Versaillais » (lors de la répression de la Commune de Paris en 1871) et le dirigeant rappelle que Léon Trotsky a vertement critiqué la stratégie de Front populaire dans plusieurs textes réunis notamment dans le recueil Où va la France ? (1938).

 

Certains militants trotskistes lambertistes craignent que cet usage du « 87 » ne cache un autre dessein : celui du rachat, partiel ou total, du siège du POI par l’Union populaire, en pleine dynamique politique et qui est devenue le premier parti de la gauche française. Un soupçon démenti, début mai, par des cadres mélenchonistes.

 

Abel Mestre et Julie Carriat

 

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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 09:16

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La vague Nupes annoncée par les sondages va-t-elle submerger le paquebot de croisière de notre souverain ?

 

Les chiffres publiés indiquent que non, elle devra se contenter d’empêcher Ensemble de passer le seuil béni de la majorité absolue.

 

Une première depuis la « géniale » érection du quinquennat, en 2000, suite à une proposition de loi constitutionnelle déposée à l’Assemblée nationale par Valéry Giscard d’Estaing, pour réduire la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans et le rendre renouvelable une seule fois, il en est ainsi.

 

Au moment de la réforme, la France vit sa troisième période de cohabitation avec un président de la République de droite, Jacques Chirac, et un Premier ministre de gauche, Lionel Jospin.

 

La réforme sera accentuée par l’inversion du calendrier électoral, adoptée l’année suivante avec la loi organique du 15 mai 2001. Le texte repousse d’avril à juin la date d’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale. Les élections législatives se tiennent désormais après l’élection présidentielle, ce qui permet de donner au président nouvellement élu une majorité parlementaire pour mettre en place son programme politique.

 

Le 24 septembre 2000, la réforme sur le quinquennat est approuvée par 73,21% des suffrages exprimés, dans un contexte de forte abstention (70% des inscrits).

 

Je fus, pour la première fois de ma vie de citoyen votant abstentionniste, et je ne le regrette pas.

 

Donc, si notre Président dans sa version 2, ne dispose à l’Assemblée Nationale que d’une majorité relative, il devra désigner un Premier Ministre à la tête d’un gouvernement qui devra, comme le fut celui de Michel Rocard sous Mitterrand 2, à la recherche de voix d’appoint, dans les cas où la NUPES coagule une majorité supérieure à la sienne.

 

Et c’est là que le jeu se complique pour l’ex-premier Ministre Mélenchon, qui ne sera pas dans l’hémicycle pour galvaniser les oppositions. En effet, avec qui s’allier ?

 

Le second groupe de l’opposition sera celui du RN, une alliance de circonstance avec ses élus, est certes possible mais ne pourra tenir lieu de stratégie durable et soutenable.

 

Le troisième groupe sera celui des Républicains, je ne vois pas ces derniers se pacser avec les Insoumis.

 

Le quatrième noyau sera celui des socialos qui ont refusé de se soumettre aux rets de Mélenchon. Là aussi ce ne sera pas simple puisqu’il y aura un groupe de socialistes Nupes, un groupe d’EELV Nupes, un groupe communiste Nupes.

 

Tout ça sent la IVe République et non la VIe appelée de ses vœux par l’ami Jean-François. C’est à dessein que dans mon titre j’ai parlé de Chambre des députés.

 

Je ne vais pas retourner ma veste, faire mon Edgar Faure, j’ai appelé la cohabitation de mes vœux afin de réduire l’omnipotence présidentielle, mais, c’était sans compter sur l’arrogance de LREM, des limites du en Même Temps pour mettre en place un gouvernement proposant des perspectives claires, du ralliement des lambeaux du PS, des Verts et du PCF, tels les bourgeois de Calais, à la coalition électorale de l’impérial Mélenchon.

 

Ce machin sans priorités, ramassis de 650 propositions de NUPES, n’est qu’un cartel électoral, tout juste bon à s’opposer mais incapable de gouverner sans sombrer sous le poids des réalités d’une économie mondiale en pleine stagflation.

 

J’en suis là, las aussi, nous allons connaître des jours difficiles, très difficiles, mais qui puis-je ?

 

Pas grand-chose, nous avons en ce pays une propension à vouloir le changement mais pour les autres, à renverser la table mais surtout pas la nôtre, à donner des leçons à la terre entière, à tous ceux qui se mettent les mains dans le cambouis, à détester leur réussite, à tout attendre d’en haut…

 

Allez, bonne journée, le pire n’est jamais sûr… laissons les sondages en plan et, au lieu d’aller à la pêche dimanche, votons, même sans enthousiasme, c’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses. ICI   Le camarade Mélenchon joue l’intox à fond, le second tour dans la complexité des circonscriptions est le seul juge de paix d’une élection.

Législatives 2022 : à quatre jours du vote, un scrutin à l’issue incertaine ICI 

 

Au coude-à-coude dans les intentions de votes, la majorité présidentielle et la Nupes font la course en tête dans un contexte d’abstention très forte, selon la dernière vague de l’enquête Ipsos-Sopra Steria, réalisée pour « Le Monde », en partenariat avec le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès.

 

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8 juin 2022 3 08 /06 /juin /2022 06:00

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Bernard Farges, dont la longévité de porte-parole des professionnels du vin de Bordeaux et d’ailleurs, est aussi importante que le nombre de ses casquettes de président, plaide pour instaurer : un arrachage subventionné piloté par les régions viticoles.

 

Je cite : « Comme le marché bordelais ne cesse de voir diminuer ses volumes et que les ventes n'arrivent pas vraiment à remonter, Bernard Farges entend pouvoir utiliser l'arrachage définitif et subventionné des vignes pour réduire la production au plus juste.

 

« Il ne s'agit pas de savoir s'il faut réduire les surfaces de vignes en production car ceci est en cours, il s'agit maintenant d'agir pour organiser, accélérer, orienter cette réduction utile pour tout le monde. Toutefois il faut rappeler que les textes européens ne permettent pas aujourd'hui de financer l'arrachage définitif avec de l'argent public. Rappeler cela ne veut pas dire que nous sommes contre l'arrachage (...) 

 

Les représentants de la viticulture bordelaise demandent seulement de pouvoir arbitrer au sein des aides de l'Union européenne entre restructuration, investissements de chais et arrachage pendant trois ou quatre ans à l'échelle des régions viticoles », a déroulé en substance le président du CIVB.

 

Cette mesure ferait ainsi l'objet d'une prise de décision de la part des régions viticoles au sein des interprofessions et des conseils de bassins. Une proposition qui va de pair avec celle de convertir les surfaces viticoles à d'autres destinations que la vigne. »

Simple question : les représentants de la viticulture bordelaise, au temps béni où elle plaidait l’obtention à tout va de droits de plantation pour satisfaire, ce qu’il qualifiait alors, de la soif des marchés internationaux de son nectar :

 

  • a-t-elle demandé et obtenu la « bénédiction » des pouvoirs publics pour le faire ?

 

  • A-t-elle tenu compte du fait que cette boulimie privait d’autres régions de nouveaux hectares pour satisfaire une demande en progression régulière ?

 

La réponse est absolument NON !

 

En effet, Bordeaux donnait le la, dictait au travers des soi-disant zinzins professionnels sa loi aux autres à l’INAO, au Ministère de l’Agriculture, « circulez, vous n’avez rien à voir dans nos affaires ! »

 

Mon grand âge me permet de faire ce constat, j’ai vécu cette période tant aux manettes qu’au temps de mon rapport dans lequel je tirais la sonnette d’alarme sur la gestion des grands lacs de vin : Bordeaux et South of France. On me railla, on demanda ma tête, ils l’eurent ! Sûr et dominateur, assis sur le gros bouzin plein de fric qu’est le CIVB, dont le directeur de l’époque, pais à son âme, tirait avec efficacité, les ficelles tant à Paris qu’à Bruxelles.

 

Bref, les choix de l’expansion étaient de la seule responsabilité des dirigeants bordelais, je ne vois pas pourquoi l’argent du contribuable, national et communautaire, devrait maintenant servir à accompagner le repli ?  

 

Bernard Farges, ne manque pas d’air lorsqu’il plaide pour que Bordeaux recherche un outil de régulation :

 

à la recherche du meilleur outil de régulation

 

L'idée de disposer d'un outil de régulation suffisamment puissant pour permettre au vignoble d'encaisser les chocs de tendance n'est pas nouvelle mais toujours d'actualité :

 

« Sur notre pilotage de filière, nous progressons en vue de nous doter au plus vite d'un outil de régulation pour les AOC (vins d'appellation d'origine contrôlée -Ndr) qui le voudront. Un outil capable d'amortir les chocs climatiques ou commerciaux, comme le pratiquent avec succès nos collègues champenois et charentais. Le VCI (volume complémentaire individuel) est un formidable dispositif qu'il faut préserver et qui peut être adapté pour le rendre plus efficace, il n'est pas question de perdre ce qui fait sa force », a recadré Bernard Farges.

 

Je rêve ! Le groupe stratégique Cap 2010 avait proposé une boîte à outils complète pour ce faire, c’est beau plus de 20 ans après de découvrir la régulation. Et, pour enfoncer le clou je n’hésite pas à rappeler qu’au temps où madame Vautrin faisait semblant de réfléchir à un substitut aux fameux droits de plantation, Bordeaux avec sa puissance de feu affirmait que ceux-ci devaient être maintenus pour réguler l’offre.

 

Sans ironiser, vraiment, les dirigeants interprofessionnels de Bordeaux n’en ratent pas une, ce qui ne les empêche pas de nous vendre de vieilles recettes.

 

Attention, je n’affirme pas qu’il faille rester les bras croisés, les chiffres ont là pour le prouver :

 

« Malgré le très net rebond de l'activité enregistré en 2021, qui s'est traduit pour le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) par une hausse de ses propres recettes de +14 % sur un an, à 31,9 millions d'euros, le vignoble bordelais n'est pas au mieux de sa forme. Les sorties à la propriété sont en hausse de 430.000 hectolitres (+9 %) par rapport à 2020, à 4,2 millions d'hectolitres, mais c'est encore faible. En 2018, avec 4,7 millions d'hectos mis sur le marché, le vignoble de Bordeaux s'était retrouvé dans un état de faiblesse historique en matière de volume, pas vu depuis 1991...

 

Ce qui donne une idée de la puissance du recul subi en 2020, où 3,9 millions d'hectos ont été vendus, contre 4,1 millions d'hectos en 2019... Une tendance nettement en recul par rapport à la moyenne historique de la production dans le vignoble bordelais, comprise entre 4,5 millions et 5 millions d'hectos. Mais ce mouvement à la baisse ne permet même pas au vignoble bordelais de retomber sur ses pieds et d'écouler sa production... Avec chaque année des invendus représentant entre 500.000 et un million d'hectolitres. »

 

Le «Bordeau-bashing » est remisé au rang des vieilleries conceptuelles, bonjour les paradoxes qui au bout du compte étouffent Bordeaux

 

« Si le vignoble bordelais n'est pas le seul en difficulté en France, il connaît une crise qui dure depuis des années et semble être devenue chronique. Quel que soit le sens du vent, de la tendance : que la production se mette à chuter ou qu'elle remonte à son étiage moyen historique, la crise répond toujours présente. Un déséquilibre qui épargne les grands crus qui semblent vivre dans un autre monde où les clients, en France comme à l'étranger, ont depuis longtemps pris l'habitude de répondre toujours présent.

 

"De nombreux paradoxes doivent être relevés aujourd'hui... Des marchés d'exportation sont très dynamiques, comme les États-Unis, d'autres sont en souffrance, comme la Chine. Nos ventes dans la filière cafés-hôtels-restaurants (CHR), se sont relancées et celles en grande distribution sont en berne. Nos vins les plus chers se vendent bien, tandis que les moins chers sont à la peine. La dernière récolte est petite et les cours restent scandaleusement bas.

 

Nous sommes le premier département bio de France, et nous sommes tous inquiets de la capacité du marché à absorber les volumes bio à venir", a tout d'abord éclairé Bernard Farges, président du CIVB, qui a rappelé tout le travail de promotion de l'image du vignoble fait depuis deux ans, en mettant en avant les femmes et les hommes et du vignoble. »

 

Je m’en tiens là, continuer équivaudrait à pisser dans un violon, mieux vaut pour moi écouter Itzhak Perlman, même sur des béquilles, interpréter les concertos pour violon de Beethoven avec  Daniel Barenboim à la baguette du Berliner Philharmoniker)

BORDEAUX

 

« Bordeaux est la seule ville de province qui ait l'allure d'une capitale et dont la société présente tous les traits d'une aristocratie se suffisant à elle-même. Moins avare que Lyon grâce à l'apport étranger, plus distinguée que Marseille presque levantine, moins sérieuse que Lille mais plus réservée que Toulouse, Bordeaux l'anglaise jusqu'à la fin du XVe siècle, tout comme Londres elle a sa rue Saint-James, anglomane depuis Louis XV ne s'intéresse que fort peu à ce qui se passe à Paris (...)

 

« La comtesse Edmond de Pourtalès définissait le Bordelais : un monsieur bien habillé qui a eu un grand père intelligent (...)

 

« Le Pavé des Chartrons, avec ses admirables balcons Louis XV, est tout aussi aristocratique que la Herrengasse de Vienne, la rue des Granges à Genève, ou la rue de Varenne. Hélas ! Un maire socialiste l'a débaptisé, et un maire gaulliste la encombré d'une statue de Jeanne d'Arc qui a chassé ces chers anglais (...)

 

« Sans être le moins du monde intellectuelle, la société des Chartrons a un goût inné de la qualité, jamais on n'y sens l'étriqué de la province (...)

 

« Les grandes familles gardent leurs caractéristiques pendant des générations, les Lawton sont gais, les Peyrelongue pieux, les Blanchy aimables, les Guestier fiers, les Luze fastueux. L'on doit savoir les alliances, les surnoms et les prénoms (volontiers pour les femmes accolés au prénom du mari) sur le bout des doigts, et l'on joue constamment à : who was she ? Tant pis pour la candidate aux Chartrons si l'on ne trouve pas.

 

Naturellement il n'est de fortunes élégantes que dans le commerce du vin, cela ne veut pas dire que tous les négociants soient élégants ; un ail, maître de chais, jette une barre sinistre sur les blasons des grandes fortunes (...)

 

« Les réputations autres commerciales n'intéressent personne : quand Camille Jullian, professeur de faculté, fut nommé au Collège de France, les amies de sa femme s'écrièrent : « Pauvre Madeleine, on a envoyé son mari dans un collège ! Cela lui apprendra à épouser un universitaire (...) « 

 

BROWN-CANTENAC

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