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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 06:00
« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone

« Cela fait dix ans que Nina Simone a cessé de chanter. Elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle, toujours révoltée, incroyablement émouvante de vérité, d'excès et de folie. Eunice Waymon, de son vrai nom, s'est tue à 70 ans, le 21 avril 2003, dans sa maison, près d'Aix-en-Provence.

 

Les causes de sa mort n'ont jamais été éclaircies. Son manager a juste lâché: « Elle ne se sentait pas très bien depuis quelque temps. » Ce flou artistique qui entoure les derniers jours de la grande chanteuse et pianiste afro-américaine fascinait depuis longtemps Gilles Leroy. Prix Goncourt 2007 pour Alabama Song -inspiré par Zelda Fitzgerald-, l'écrivain s'identifie encore une fois à une femme complexe et livre Nina Simone, roman, une fiction fondée sur des vérités glaçantes. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je le lis en ce moment.

 

« Quand on entre dans le livre, rien ne se passe comme prévu. On pense y entendre la reine noire en mousseline blanche, droite comme un I, chanter «I Put a Spell on You» de sa voix unique qui était tout à la fois: puissante et blessée, chaude et glacée, mâle et femelle, liquide et rocailleuse - une voix de jeteuse de sorts.

 

Au lieu de ça, on se retrouve dans une «grosse maison de vacances bourgeoise sans style ni inspiration», il y a de l'eau croupie dans la piscine, et Nina Simone, dans la pénombre, n'est plus qu'«un corps grand et massif» qui maugrée, rit comme une damnée, puis demande qu'on lui achète «deux bouteilles de Bailey's, deux bouteilles de gin et un pack de Schweppes».

 

Elle ronfle en écoutant Bach, Chopin et Debussy. Elle a le fisc américain sur le dos. Elle a tiré au revolver sur un môme venu faire l'andouille dans son jardin. Splendeurs et misères d'une chanteuse géniale. C'est «Sunset Boulevard» à Carry-le-Rouet. »

 

La suite ICI 

 

Quelques notes de lecture:

 

Son pseudonyme

 

« Charity a tranché il me fallait un nom de scène et nous y avons passé une soirée entière. Le prénom Nina m’est venu en souvenir d’un flirt latino, Chico, qui me surnommait Niña, fillette. Charity a dit de supprimer le tilde, et j’ai suivi son conseil. Ce nom de Simone est arrivé plus tard. J’ai resongé à cette actrice française, Simone Signoret, que je trouvais sublime et qui m’attirait pour des raisons que je n’aurais su dire, que j’ai comprise ensuite. Simone, Charity a trouvé ça très chic, très sophistiqué. »

 

Son en-cas favori

 

« Ricardo sait maintenant comment la faire manger quand elle voudrait seulement boire : il grille des tranches de pain frottées d’ail, les couvre d’anchois marinés ou de poutargue, puis il arrose d’huile d’olive. Miss Simone adore. Elle mange en s’en foutant partout, mais les taches d’huile sur la robe c’est le problème de Wendy. »

 

Le jazz

 

Pardon d’insister, mais que reprochez-vous au jazz 

 

N.S. – Si je lui reproche une chose, c’est d’être un concept de Blanc. Pour la plupart des Blancs, jazz égal Noir, et Noir égale crade. C’est pour ça que je n’aime pas ce mot, et Duke Ellington ne l’aimait pas non plus. C’est un terme qui sert juste à identifier les Noirs, à les stigmatiser.

 

- Comment expliquez-vous alors que les Blancs eux-mêmes aient versé dans le jazz ? Que de jazzmen blancs soient salués dans le monde entier ?

 

N.S. – Je ne me l’explique pas car c’est juste de la connerie ! Seuls les Noirs peuvent en faire. Certains Blancs parviennent à nous imiter pas trop mal. Mais ça reste ennuyeux et plat comme une copie. L’exception c’est Debussy, le premier musicien blanc qui ait écouté le jazz et l’ai assimilé dans sa musique. Je dis bien assimiler, pas édulcorer, pas chercher à faire cet affreux jazz d’ascenseur qu’on entendra par la suite. Debussy et moi, on a fait la même chose, mais en sens inverse. Ce génie avait compris qu’on est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave. Que c’est sans espoir. Que c’est même assez prétentieux, si on y réfléchit. Regardez ce pauvre Woody Allen, qui se couvre de ridicule avec sa clarinette astiquée par la bonne. »

 

Son premier grand succès

 

« La presse était dithyrambique, les meilleurs papiers que j’aie jamais eux de toute ma carrière. En même temps que la consécration artistique de Town Hall, j’ai connu mon premier tube. Un copain blanc, DJ dans une radio de Manhattan, m’avait signalé que ma version de I Loves You Porgy était en très bonne position dans plusieurs hit-parades du pays ; je ne mesurais pas ce que ça voulait dire, concrètement, jusqu’au jour où j’ai reçu un chèque de dix mille dollars. »

 

Sa définition du génie

 

N.S. – Le génie c’est indicible. J’avais deux ans et demi la première fois que j’ai tiré une mélodie d’un clavier. C’était un spiritual en clé de fa que jouais ma mère, que j’avais appris à force de l’entendre. Mes parents sont tombés à genoux en me voyant jouer ce truc sur l’harmonium de la maison. « C’est un don de Dieu, ils criaient, un don du Ciel », et ils se signaient. J’ai commencé le piano à trois ans et je travaille la théorie musicale depuis que j’en ai six. Tu sais ce que c’est, l’oreille absolue ? Les génies travaillent pour discipliner ce don reçu de Dieu. Arthur Rubinstein et Maria Callas étaient dans mon cas

 

- Vous pourriez développer ?

 

N.S. – Dès l’enfance, on travaillait. Nous sommes si peu à avoir hérité ce don du Ciel. Le devoir, quand tu en hérites, c’est de travailler, de le faire fructifier. Le génie, c’est de travailler dès l’enfance, jusqu’au sacrifice de soi. Il y a eu Callas, il y a eu Rubinstein, il y a moi. Après moi, il y a David Bowie et c’est tout.

 

Le concert de Nîmes

 

« Quand miss Simone fait son entrée en scène, huit mille personnes se dressent dans les gradins pour l’ovationner. « Merci », dit-elle en saluant, mains jointes sous la clameur. »

 

[…]

 

« Le soleil se couchait lorsque miss Simone à entamer Ne me quitte pas. Dans un silence d’église, précisément, les gens ont allumé les bougies qu’ils avaient sur eux et l’artiste leva les yeux vers les gradins illuminés. Sans quitter des doigts le clavier, elle pivota sur son tabouret et embrassa la nuée vacillante des flammèches. Comme transportée par la beauté de tout ça, Miss Simone a levé la tête vers les cintres où le ciel étoilé transparaissait.

 

Alors, on entendit que Miss Simone pleurait, la voix étranglée de sanglots. Huit mille personnes ont pleuré avec elle. »

« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 06:00
L’INAO mange encore son chapeau et se fait renvoyer au Bain, Alexandre bien sûr !

Ce vendredi matin post-ascensionnel, Me Morain, le célèbre avocat naturiste, la diva des chais indemnes des poudres de perlin pinpin, le défenseur inlassable des causes perdues des vignerons rebelles terroiristes, de la lignée des stars du Barreau, tels les Floriot (1), Moro-Giafferi... 

(1)«N'avouez jamais» est un conseil néfaste en justice, mais toujours excellent en amour »

... grand amateur de bonne chère, de jus nus aux fragrances étranges et de barreau de chaise roulés sur les cuisses d'ardentes cubaines,  m’a fait rugir de plaisir en communiquant sur Face de Bouc ceci :

 

« Le Tribunal administratif de Dijon vient d’annuler la décision rendue par l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui avait brutalement retiré à Alexandre Bain, viticulteur bio à Tracy-sur-Loire, son agrément d’appellation Pouilly-Fumé.

 

C’est une immense victoire pour tous les viticulteurs producteurs de vins bio et naturels qui se battent chaque jour contre un système absurde et bureaucratique.

 

Il est grand temps que l’INAO les entende et cesse d’être le « bras armé » de baronnies locales cadenassées par les conflits d’intérêts et les jalousies.

 

Alexandre Bain récupère donc le droit d’apposer la mention Pouilly-Fumé sur ses bouteilles des millésimes 2014 et 2015 et sollicitera son agrément pour les millésimes à venir en espérant ne pas se heurter de nouveau à une opposition très peu confraternelle…

 

Et merci à Viaduc, son fidèle complice! »

 

Et moi de chanter, comme les Dupont&Dupond dans leur Citroën Torpédo 5CV 1924 au début de «Tintin au pays de l'or noir», sur l’air de «Boum!» de Charles Trenet : «Boum, quand vot' moteur fait boum... la dépanneuse Simoun... viendra vers vous en vitesse».

 

Ce n’est pas très charitable de ma part, comme tirer sur une ambulance, mais, que voulez-vous, pour tirer l’INAO de l’ornière dans laquelle il s’est précipité, je ne vois pas mieux qu’une dépanneuse.

 

En effet, ça devient un phénomène récurent : l’INAO se fait régulièrement retoquer par les juges. N’y aurait-il pas une certaine forme de suffisance du côté des juristes de Montreuil ?

 

La vieille alchimie qui avait prévalu pendant des décennies s’est dissoute dans la bureaucratie et le conservatisme syndical. Tout ce beau monde devra redescendre sur terre, se reconnecter au terrain et, surtout, utiliser ses moyens à d’autres fins que celles utilisées ces derniers temps.

 

Sanction disproportionnée, sans être tout à fait mauvaise langue ça sentait la peine pour l’exemple afin de faire rentrer dans le rang une forte tête, le sieur Bain Alexandre.

 

Le vieil Institut en poussant les dissidents vers les Vins de France se tire une balle dans le pied et le couple AOP-IGP vers le bas en les ravalant à des vagues signes de qualité répondant à des minima.

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 06:00
Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête

« J’ai un penchant pour le caché, l’invisible. Une ruelle discrète ? Il faut que je l’explore. Un porche entrouvert ? Je dois m’y faufiler. Un jardin bruissant derrière une vieille muraille me poussera toujours à l’escalade, car rien n’est plus émoustillant, plus gouleyant, plus enivrant qu’un poumon de verdure emprisonné dans un carcan de pierre. D’une manière générale, je goûte ce que l’on ne voit pas (du moins pas forcément), j’aspire à ce qui est secret. J’ai même pour habitude de citer en maxime cette phrase de Dominique de Roux : « Le secret doit exister, ce n’est pas un vide que l’on cache. »

 

Quel rapport avec la viande, me direz-vous ? Avec la viande je ne sais pas ; avec les abats, cela me semble clair comme de l’eau lustrale. Les abats sont le coeur secret de la gastronomie carnivore, son jardin caché, sa parenthèse enchantée. Tapis aux tréfonds des carcasses, discrets comme des conspirateurs, négligés par certains, méprisés par d’autres, ils sont de ces merveilles qui se méritent. Ils illustrent parfaitement ce goût du mystère et du secret. Combien de fois ai-je vu la grimace dégoûtée d’une bouche articulant sans grâce : « Tu aimes les abats ? Beurk. lire ICI » Que répondre à cela ? Rien. Rien du tout. Les abats sont comme un club, un aréopage, qui ne s’offrent pas au premier venu. Une aristocratie. Quelle plus grande noblesse que le ris de veau ? Quoi de plus élégant qu’une fraise, un chaudin ? Et que dire de l’andouillette, mon péché mignon, ma petite reine, dont la rusticité et les fragrances stercoraires ont provoqué maintes polémiques chez mes voisin(e)s de table, soi-disant incommodé(e)s par l’aspect et le fumet.

 

Mais avec les abats, il est bien question de vue, d’odorat. Les cinq sens sont toujours au rendez-vous, et là il n’est plus question de mystère, de secret caché. Tout est « à vue ». Au contraire, on dévore ce qui est parfaitement visible, ce qui est authentiquement extérieur, exotérique. Qu’est-ce qu’une « tentation de Saint- Antoine », sinon un groin, une oreille, un pied, et une queue ? (le tout délicieusement grillé, sans jamais perdre son esprit). Et la mamelle : charmante et suave pellicule encore laiteuse, qu’on déguste poêlée ou en pressé. Et la langue, véritable mise en abyme du goût. Goûter le goût même de la bête, n’est-ce pas là une promesse de joies inattendues ? On se fond dans l’animal, on communie avec lui par un spiritisme gustatif. On l’embrasse à pleine bouche. Ultime palot avant la digestion. Je ne vais pas dresser une liste (passionnante mais fastidieuse) des mille et une merveilles que réserve la triperie. Car il faudrait passer des abats aux abattis ; parler des issues, du cinquième quartier ; employer des termes désuets et intrigants. Je me contenterai seulement de vous inviter à l’exploration. Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête. Glissez-vous sous la panse, égarez-vous dans les viscères, abandonnez-vous aux folles joies de la tripaille. C’est une odyssée sans espoir de retour : l’horizon du nouveau monde. »

 

Bon voyage

 

Sus à la tripe !

 

Nicolas d’Estienne d’Orves

 

4 octobre 2011

 

Tous les jours pendant cinq semaines, la Règle du Jeu vous propose la contribution de 35 écrivains, artistes et personnalités diverses au journal Louchebem sur le thème de la viande.

 

« Ceux qui ont eu la chance de l'approcher savent que ce garçon charmant qui manifeste en matière vestimentaire un goût certain pour les tenues voyantes a du talent à revendre. Après lui avoir décerné le prix Nimier en 2002 pour Othon ou l'Aurore immobile, les puissants du monde littéraire ont fini par ranger ce «dingue absolu», pour reprendre les mots de Yann Moix, dans la catégorie «auteur de littérature de genre», ce qui signifie peu ou prou «infréquentable»

 

« Avec La Dévoration, (en 2014) neuvième roman au titre joliment impropre, NéO assure. Pas rassure. Il est encore question de viande sanguinolente, d'exécutions, d'amour monstre dans cette histoire. Mais chaque pièce du puzzle a sa raison d'être, sa pertinence, chaque élément s'emboîte grâce à une écriture fluide, agréable. »

 

«La souffrance est mon jardin. La douleur porte mes mots. Je ne vois là ni fatalité, ni complaisance. Telle est juste ma nature: je suis chez moi dans le carnage.» Et il ajoute: «Je garde le nez vissé à ma sanglante marmelade. Puisque son fumet enivre, pourquoi changer de recette?»

 

« Page 33, le roman change de cap. Nous voici transportés en 1278 à Rouen, où un boucher nommé Rogis se trouve confronté à un dilemme des plus intéressants: être exécuté, voir son nom sali à jamais et sa famille condamnée à la misère ou devenir bourreau. Ce court chapitre sera suivi d'autres qui composent sur sept siècles la saga des Rogis, bourreaux de père en fils. »

Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête
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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 06:00
Photo le Soir

Photo le Soir

Sept cents agriculteurs français se sont suicidés l’an dernier.

 

SAÔNE-ET-LOIRE

 

Un agriculteur en fuite abattu par des gendarmes

 

Un éleveur bovin de 37 ans de Saône-et-Loire, en fuite depuis plus d’une semaine après un contrôle sanitaire conflictuel, a été abattu samedi par des gendarmes sur qui il fonçait en voiture.

 

Cet agriculteur du village de Trivy était recherché depuis le 11 mai, date du dernier contrôle de son exploitation lors duquel il avait foncé avec son tracteur sur les forces de l’ordre qui accompagnaient les inspecteurs, selon Le Journal de Saône-et-Loire.

 

ICI 

 

Le nouveau ministre de l’Agriculture Jacques Mézard au chevet de la profession titre la Dépêche du Midi

 

Ce titre en dit plus long qu’une longue chronique sur l’absence de compréhension de ce que sont devenus les agriculteurs, les éleveurs, les viticulteurs, les vignerons, les arboriculteurs… Le vieux mythe de l’unité paysanne est depuis longtemps obsolète. La Profession, dénomination ambigüe, recouvre la cogestion chère à la FNSEA.

 

Cette gestion, strictement politique, du secteur de l’Agriculture a conduit, et conduit encore, à une incapacité de l’Administration de ce Ministère, avec ses multiples facettes, à prendre en compte la diversité des situations au plus près des femmes et des hommes de la Terre.

 

L’administration territoriale de l’Agriculture, compactée au temps de Sarkozy, n’est plus qu’une lourde machine à appliquer des normes, les contrôler, à faire du dossier PAC et à le contrôler.

 

Ses satellites, tels l’INAO et les défunts Offices, qui maintenaient un lien avec une forme d’autogestion, sont aussi devenus de lourdes machines administratives accueillantes pour la fine fleur des chefs professionnels.

 

Dans la dernière ligne droite de mon parcours, Bruno Le Maire, alors Ministre de l’Agriculture, m’a nommé Médiateur pour les dossiers laitiers difficiles.

 

J’ai donc passé l’essentiel de mon temps, avec pour seule arme mon téléphone, sur ce fameux terrain, dans le Grand-Sud-Ouest d’abord, sur des dossiers ponctuels ensuite, la Fourme de Montbrison, la collecte de lait dans le Cantal, le devenir de la CLHN en Normandie… etc.

 

Chaque éleveur disposait de mon numéro de téléphone et pouvait m’appeler quand il le souhaitait. Relié directement au cabinet du Ministre je l’alertais en temps réel. Loin de court-circuiter l’administration locale et régionale je l’ai pleinement impliqué dans mon travail et, croyez-moi, elle a mis beaucoup de cœur à l’ouvrage pour m’aider à générer des solutions opérationnelles.

 

Avant de quitter mon travail j'ai tenté, en vain, de convaincre mes collègues du Conseil Général, là où sont parqués les Ingénieurs Généraux, les Vétérinaires et les Inspecteurs Généraux, en fin de carrière, de la nécessité de s'investir dans ce type de mission de médiation. Alors qu'ils coûtent très cher à la République, que le taux d'activité de certains voisine le néant, ils préfèrent pondre des rapports que personne ne lit. Navrant, mais bien représentatif de la bureaucratisation des hauts fonctionnaires de ce Ministère.

 

Le 22 février 2012, j’étais encore en fonction, j’écrivais cette chronique :

 

Et si un instant vous quittiez vos clichés pour vous intéresser un peu à la vie quotidienne des « Fils de la Terre »

 

« J’en ai conscience, mais peu m’importe, qu’un type comme moi, bien installé, sans souci d’argent, occupant des fonctions confortables, viennent, tel un témoin de Jéhovah sonnant à votre porte, vous interpeler sur la vie que vivent les paysans d’aujourd’hui, en l’occurrence ici celle d’un producteur de lait du Lot : Sébastien Itar.

 

Je l’ai rencontré dans mon bureau avec ses collègues le matin de la première du documentaire d’Edouard Bergeon, « Les fils de la terre », au Gaumont-Opéra. C’est l’un des 29 producteurs de lait de Cantaveylot (contraction de Cantal, Aveyron, Lot) petit groupe d'éleveurs laitiers qui se sont pris en main et avec qui je travaille dans le cadre de ma mission de médiateur dans le grand Sud-Ouest. Ces 29 producteurs, lorsque le GIE Sud-Lait qui collectait leur lait a dû mettre la clé sous la porte car son principal client Leche-Pascual (entreprise espagnole) n’était plus preneur n'ont pas baissé les bras. Bref, ce petit collectif, qui se bat, qui fait, je vous invite à découvrir son site pour commencer à comprendre que votre lait quotidien, cette brique, ce pack, n’est pas un produit anonyme, mais le fruit d’un labeur quotidien de femmes et d’hommes accrochés à leur terre »

 

Lire la suite ICI

 

Dans LE MONDE TELEVISION du 27.02.2012 Martine Delahaye écrivait :

 

« Âmes sensibles, ne pas s'abstenir. Les premières phrases du film expliquent pourquoi Edouard Bergeon a « dû » réaliser ce documentaire, son premier en tant qu'auteur : « Christian Bergeon, mon père, était agriculteur, comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père. Mon père était agriculteur et il en est mort. Il s'est suicidé, et il n'est pas le seul. »

 

Chute du prix du lait et de la viande, deux incendies, des crises sanitaires : les dettes se sont accumulées et ont eu raison de cet homme qui dirigeait jusqu'alors une très belle exploitation ; à 45 ans, il avale des pesticides et tombe agonisant sur le lit de son fils. Edouard Bergeon avait alors 16 ans.

 

Treize ans plus tard, devenu journaliste à France 2 puis ayant pris son indépendance en tant que reporter, Edouard Bergeon ne pouvait pas « tricher », explique-t-il, pour ce premier documentaire coécrit avec Luc Golfin, par ailleurs monteur du film : « Le gouvernement évoque 400 suicides chez les agriculteurs en 2009, et l'Association des producteurs de lait indépendants en a décompté 805. Si on fait une moyenne, ce sont deux agriculteurs qui se suicident chaque jour ! Mais ça, ça ne fait pas la « une » des journaux... Alors qu'il s'agit, de loin, de la catégorie socioprofessionnelle la plus en crise. Je veux montrer autre chose que le discours parisien sur l'agriculture, son Salon, ses beaux petits fromages de chèvre vendus très cher chez les crémiers. »

 

Après des recherches, le réalisateur, en 2010, rencontre une famille assez semblable à la sienne : Sébastien (38 ans), éleveur dans le Lot, doit faire face à 500 000 euros de dettes, à des journées de travail sans fin et sans vacances, pour produire à perte, sans compter le regard réprobateur d'un père qui l'épaule chaque jour après lui avoir cédé l'exploitation mais qui ne comprend pas son fils ("il a pris goût à une certaine liberté, alors que nous, nous avons été esclaves toute notre vie", commente-t-il).

 

Fatigue et antidépresseurs ; trou noir malgré un sursis du tribunal face au dépôt de bilan ; sentiment d'échec doublé de honte : au fil de quatorze mois, Edouard Bergeon filme le quotidien et les réactions de Sébastien, de sa femme, de ses parents. Le réalisateur établissant régulièrement des parallèles entre sa famille et celle de Sébastien. Jusqu'au dilemme que pose l'hospitalisation de force d'un paysan en détresse.

 

« A Charroux, l’orgueil blessé des forçats de la terre. »

 

Sept cents agriculteurs français se sont suicidés l’an dernier. Le quotidien belge Le Soir s’est rendu dans la Vienne, où les paysans disent à la fois leur fierté et leur souffrance.

 

“C’est ma tournée !” sourit Dominique Pipet en débouchant son meilleur pineau. L’éleveur n’en revient pas de voir assis dans la cuisine de sa ferme isolée au fin fond de la Vienne quatre journalistes européens. “J’ai l’impression de jouer dans un épisode de Rendez-vous en terre inconnue !” dit celui qui depuis des années se révolte de n’être jamais entendu. Car s’il a gardé l’humour, c’est celui du désespoir. Il se bat pour honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour l’amour de la terre et pour redonner à ceux qui souffrent la fierté de continuer. “Il y a eu cette année 732 suicides de paysans. Deux par jour ! C’est trois fois plus qu’il y a un an !” alerte-t-il.

 

Dominique Pipet est monté récemment au Salon parisien de l’agriculture pour “déposer une plaque en mémoire du génocide”. “On m’a pris pour un plouc. On m’a dit, le génocide, c’est le Rwanda.” Mais lui n’en démord pas. “Les paysans sont des morts-vivants. Moi, j’ouvre ma gueule, mais les taiseux, on les retrouve pendus.” Sur une grande table, la paperasse est étalée. Montagne de formulaires, de passeports vétérinaires et autres courriers administratifs. À 60 ans, Dominique Pipet exploite 235 hectares. “Mais ce n’est pas la Beauce ou le Champenois,” dit-il pour relativiser la valeur de ces terres à petit potentiel qu’il loue pour de la culture sèche et pour un troupeau de 200

 

Le travail sept jours sur sept

 

D’ailleurs, sa plus grande richesse, dit-il, c’est d’avoir reçu au départ la reconnaissance des anciens qui lui ont donné ses premières terres en friche. Et la nature, qu’il ne se lasse pas d’admirer. Devant ses bêtes, il raconte son labeur. Le travail sept jours sur sept sans jamais de vacances. Pour une viande qu’il vend moins cher qu’il y a vingt-cinq ans. “Avant, la PAC [politique agricole commune] c’était le Samu agricole, dit-il. Aujourd’hui le Samu arrive quand vous êtes déjà mort.”

 

Il raconte les injonctions à toujours plus de compétitivité, les contrôles vétérinaires et les aides compensatoires qui n’arrivent pas. “L’État me doit 45 000 euros, fait-il valoir. Un bug informatique, soi-disant ! Ça fait cinq ou six ans que je travaille à perte. Je ne me verse aucun salaire. Avec la reconnaissance de dettes, je vis de prêts de trésorerie.”

 

À quelques kilomètres de là, la pluie tombe à verse sur le hangar de Patrick Guerin. Sa salle de traite est à l’arrêt. Vide. “Je suis né dans cette ferme, raconte-t-il. Dans les années 1960, on vivait bien. C’était la belle vie. Mes parents venaient de Vendée. Il y avait toujours du monde qui venait.” C’était avant qu’il reprenne l’exploitation avec son frère et subisse de plein fouet la chute des prix du lait chez le fameux géant Lactalis. “Au départ, on pouvait discuter. Après, c’était à chialer”, dit-il encore, la gorge nouée.

 

L’agriculture, c’était le fleuron de la France. L’Hexagone est encore la première puissance agricole de l’Europe et l’agroalimentaire reste un maillon essentiel de son industrie. Mais la production souffre, concurrencée par le travail à plus bas coût ailleurs en Europe. Certaines filières, comme la filière viticole, s’en sortent. Mais même les exportations de fromage – fierté de la France ! – sont désormais dépassées par celles des Pays-Bas. Les exploitations ferment. Les surfaces agricoles diminuent.

 

En 1957, l’Europe mettait en place la PAC, pour assurer la sécurité alimentaire du continent. Mais il y a longtemps qu’elle ne garantit plus les prix. Les primes favorisent les grosses exploitations. La France reste la première bénéficiaire des aides mais 80 % d’entre elles vont à 20 % des exploitations. L’UE planche sur une nouvelle réforme, avec des instruments de gestion de crise, comme les aléas climatiques et les chutes des cours. Mais c’est insuffisant, jugent les paysans.

 

Spéculation, volatilité des prix et concurrence à bas coût

 

Guillaume Poinot est éleveur caprin dans la même région. Il est en redressement judiciaire pour quatorze ans. “J’accepte de repartir parce que j’aime mes bêtes. Mais si je dois mettre le pied à terre, je les tuerai toutes plutôt que de les voir monter dans le camion, lance-t-il dans un cri du cœur. Toutes les productions en France restent aujourd’hui impactées par la crise, à part quelques microniches économiques.” Il dénonce la spéculation sur les produits alimentaires, la volatilité des prix et la concurrence à bas coût. Les camions de matières premières qui arrivent d’Europe pour être transformées avant d’être étiquetées “nourriture française”. “À gerber”, dit-il.

 

À Charroux, le Ryden est un resto-bar-tabac qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. Un établissement figé comme sur une photo de Raymond Depardon. Avant, c’est deux fois par jour que l’on servait ici à manger. Il y avait une laiterie toute proche, des artisans, se souviennent les anciens. Ce jour-là, la patronne n’a cuisiné que pour nous. “Ce que les politiques n’ont pas compris, c’est qu’en détruisant l’élevage et l’agriculture en général, c’est le socle de la société qu’ils ébranlent”, explique Vincent Colombel, cultivateur. “Plus de paysans, c’est plus d’enfants dans les écoles, des commerces qui ferment, des villages qui se dépeuplent et des maisons qui tombent en ruines, des paysages qui disparaissent, rasés pour des questions d’efficacité économique, quand ce n’est pas d’avidité énergétique (pour les éoliennes) ou bien pour gagner de précieuses minutes (avec les TGV).” Quand les déserts ruraux avancent…

 

Autour de la table, une demi-douzaine d’hommes résument d’une phrase la coexistence de deux mondes :

 

Pisser à Paris, ça coûte deux litres de notre lait.”

 

La déprime, racontent-ils, ne se traduit pas que par les suicides. Jean-Claude Mercier avait repris en 1997 la suite de ses parents. Trente-six hectares, 270 chèvres. “À l’époque, c’était une petite affaire qui marchait, dit-il. Je gagnais très bien ma vie (de 1 500 à 2 000 euros par mois) en travaillant jusqu’à quatre-vingt-dix heures par semaine. En 2007, avec la crise, c’est parti en cacahuètes.”

 

Le prix des aliments pour ses bêtes a triplé, pas le prix du lait qu’il produisait. Depuis, il a arrêté les chèvres, s’est reconverti dans les céréales. Mais le divorce a frappé. “Quand vous vous levez le matin avec les soucis dans la tête et que la nuit ils vous empêchent de dormir, vous allez dans le mur”, dit-il. Les éleveurs appellent ça pudiquement “les dommages collatéraux”.

 

Autour de la tablée, l’addition est vite faite. Le montant des aides que l’État doit depuis deux ans à ces éleveurs pour leur conversion au bio grimpe à 200 000 euros. “J’ai voulu rembourser mes dettes, j’ai vendu mon tracteur. Le banquier, suspicieux, m’a demandé d’où venait cet argent”, se désespère Jean-Claude. Qui n’a pas apprécié non plus qu’on lui reproche ses premières vacances prises depuis dix ans.

 

“Que peuvent faire les politiques ?”

 

Ceux-là ne veulent pas tourner le dos à l’Europe. Dominique Pipet sort de temps en temps sa fourche, symbole de la jacquerie paysanne, mais il ne veut pas de la prétendue révolution que prône Marine Le Pen avec sa “francisation” de la PAC. “En fermant les frontières, qu’est-ce qu’elle croit, qu’on va tout régler ?” ironise-t-il, alors que les sondages prêtent 35 % au FN chez les agriculteurs. Lui-même ? “En 2012, je n’ai pas voté, finit-il par lâcher comme on insiste. Enfin, j’ai enveloppé un boudin dans du papier toilette plutôt que de mettre un bulletin dans l’urne.” Les politiques n’ont plus aucun pouvoir, dit-il, sinon celui d’avaliser les règles d’un syndicat ultradominant, la FNSEA, avec lequel ils ont la politique agricole en cogestion. Un syndicat que beaucoup décrivent comme “une pieuvre” à qui il faut acheter la protection mais avec laquelle les éleveurs se retrouvent pieds et poings liés. “Les politiques sont devenus impuissants. Ils ne connaissent ni le prix du pain ni celui du steak, juge Guillaume Poinot, l’éleveur caprin. À partir du moment où l’État ne peut pas agir sur les prix, que peuvent faire les politiques ?”

 

Ceux-là espèrent une énième réforme de la politique européenne. Qui tiendrait davantage compte de la qualité de leur production plutôt que de tout miser sur la quantité et la compétitivité. Au lendemain de notre visite, ils multiplient les messages de remerciements. “On peut espérer que quelques décideurs liront vos médias, eux qui orientent notre avenir”, écrit Vincent Colombel, le cultivateur.

 

À l’intérieur même de sa maison, Dominique Pipet s’est construit un chalet en bois. Quand on ouvre le faux volet, on découvre sur la fenêtre en trompe-l’œil un paysage de montagne. Un poster en forme de vie rêvée qu’il admire quand il déprime.

 

Joëlle Meskens

 

Bagnolet, le 21 mai 2017

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Justice pour Jérôme

 

A la suite d'un contrôle de l'administration, Jérôme Laronze, 37 ans, paysan, militant de la Confédération Paysanne de Saône-et-Loire, est décédé ce samedi, suite aux tirs des gendarmes venus l'interpeller. Nous souhaitons avant toute chose exprimer toute notre solidarité avec la famille de Jérôme ainsi qu'aux militants de la Conf' de Saône-et-Loire.

 

Nous sommes choqués, nous sommes en colère. Il faut que toute la lumière soit faite sur ce drame. Nous espérons qu'une enquête sérieuse et indépendante détermine comment en sommes-nous arrivés à cette fin tragique.

 

Au-delà, de cet acte et de ses circonstances propres, Nous ne pouvons que nous insurger devant les méthodes employées face à la détresse économique et humaine. Nous mettons ici en question, l’absence de prise en compte de la détresse des hommes, souvent seuls dans leur ferme, confrontés à l'humiliation d'un contrôle qui peut parfois faire agir les paysans au-delà de la raison.

 

Dans l'immédiat la Confédération paysanne demande un moratoire sur les contrôles, de plus il faut que le travail des paysans trouve une reconnaissance humaine et économique. Ce n’est qu’à ce moment que les normes et les contrôles retrouveront tout leur sens et serviront l’intérêt général.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 06:00
Glanes de nuit, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu’elles raflent en lumière.

Ce samedi le ciel s’apaisait, entre les nuages de traîne le soleil pointait son nez je pédalais gaiement pour aller quérir mon pain de l’autre côté de la Seine. Comme la boulangerie est face à Giovanni Passerini je vais ensuite claquer des bises et boire un verre au bar.

 

Arrive un vieil habitué. Nous sommes présentés par Julie et nous décidons de partager un plat. Nous conversons. Aligre, le Faubourg St Antoine. C’est très agréable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je repars après avoir acquis 3 beaux flacons de Rietsch à Ici Même la cave d’en face.

 

Caramba, de retour à la maison, je m’aperçois que j’ai oublié mon livre : Une très légère oscillation de Sylvain Tesson sur le bord du bar.

 

Frustré je décide d’aller le rechercher en début de soirée…

 

Rien d’extraordinaire me direz-vous ?

 

Certes, mais pour moi les fenêtres du hasard sont de fidèles et discrètes alliées, elles s’ouvrent souvent à des moments où je ne m’y attends pas, me surprennent, offrent à mon regard des perspectives insoupçonnées.

 

Il en fut ainsi samedi, hors le monde, cerné de bruits, j’ai lu… j'ai bu, et…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici quelques-unes de mes glanes de nuit :

 

« Un jour en Corse, près de Figari. Sur la plage, nos hôtes ont organisé un spuntinu, comme on dit ici quand on prend du bon temps en même temps que le maquis. Autour du feu de bois, figatelle et vin de Sartène. Le ciel est une flanelle mitée de trouées solaires. La mer est en peau de taupe. Des blocs de granit rose encadrent la forêt d’arbousiers. Le genre de paysage que n’aiment pas les peintres : le travail est déjà fait. Une tour génoise veille, elle nous survivra. Soudain les invités lèvent la main dans un même mouvement. Ils prennent des photos, brandissent l’appareil à bout de bras. Ce geste, c’est le symbole de notre temps, la liturgie moderne. La société du spectacle a fait de nous des cameramen permanents. Quelle étrange chose, cette avidité de clichés chez des gens qui se pensent originaux. Quelle indigestion, cette boulimie d’images. Plus tard, ils regarderont les photos et regretteront que le moment consacré à les prendre leur a volé le temps où ils auraient pu s’incorporer au spectacle, en jouir de tous leurs sens et, le regard en haleine, célébrer l’union de l’œil avec le réel. »

Janvier 2014

 

« Le Ventoux coiffe le Comtat Venaissin. C’est un autel de 2000 mètre de haut au bout d’une plaine parfaite (…) En ce jour de l’an, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu’elles raflent en lumière.

 

« Encore de longues marches dans les plis du Comtat. Cette chance, en France, de disposer de la couverture cartographique de l’IGN, au 1/25 000. Et si nos malheurs venaient de ce que nous vivons à trop grande échelle ? La Terre se globalise, les frontière se dissolvent, les marchandises circulent. J’ai la subite envie de m’inventer une vie au 1 :25 000. C’était le rêve des anarchistes, des communards et des Grecs qui lisaient Xénophon : réduire l’espace de notre agitation, se replier dans un domaine, ne vouloir atteindre que ce qui est accessible. Accueillir des pensées universelles en cultivant un lopin. Ne côtoyer que les gens qu’on peut aller visiter à pied. Ne manger que les produits de sa proche région, en bref, vivre sur les chemins noirs, ces sentes secrètes qui strient les feuilles de l’IGB, échappant aux contrôles de l’État. Il est urgent de changer d’échelle. »

 

Janvier 2015

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 06:45
La Culture aura 1 éditrice novatrice Françoise Nyssen, l’Agriculture 1 sénateur très sénateur Jacques Mézard …

Les pronostiqueurs et pronostiqueuses agricoles ont eu, comme souvent, tout faux, ils ou elles devront manger leur chapeau. Ayant vécu de près la constitution d’un gouvernement je savais que souvent le Ministère de l’Agriculture sert en dernier ressort d’une variable d’ajustement des équilibres gouvernementaux. Je n’ai donc pas participé à ce petit jeu.

 

Le Foll lors du premier gouvernement Ayrault Stéphane Le Foll fut rattrapé par les cheveux car Hollande voulait y nommer le patron du PRG, le « veau sur sous la mère » JM Baylet. La FNSEA se fâcha et Le Foll arriva et resta au 78 tout au long du quinquennat.

 

Avant d’évoquer le nouveau titulaire du maroquin agricole une plaisanterie de garçon de bain : comme certains pensent que lorsque l’on a occupé un poste au plus près du pouvoir on ne pense qu’à y retourner, mes arguments forts pour rejeter toute idée de retour étaient dans l’ordre : mon âge et mon sexe.

 

Hé ! bien, là j’avais tout faux le nouveau Ministre de l’Agriculture est Jacques Mézard, 69 ans, ancien avocat aujourd’hui en retraite, fils de sénateur, est l’une des personnalités de la gauche au sein d’un Massif central ancré dans le centre droit.

 

« Il est né à Aurillac, dans le Cantal, tout comme la présidente de la FNSEA Christiane Lambert ainsi que l’ancien président de la République Georges Pompidou.

 

Membre du Parti radical de gauche, il est président de la communauté d’agglomération d’Aurillac depuis 15 ans (après en avoir été longtemps conseiller municipal). Il est aussi sénateur du Cantal depuis 2008 et préside au sein de la chambre haute le groupe Rassemblement démocratique et social européen. Elu de terrain, bon connaisseur de l’élevage et de l’agriculture dans les régions difficiles, il est d’ailleurs membre de plusieurs groupes d’étude sur ces thèmes au Sénat.

 

La suite ICI

 

Comme je suis un grand lecteur, la nomination d’une femme de culture, la présidente d'Actes Sud, Françoise Nyssen, comme ministre de la Culture, me comble. Cette femme de 65 ans, d’origine belge naturalisée, est connue pour son engagement citoyen et une détermination sans faille qui a fait d'une "petite" maison un des fleurons de l'édition française.

 

« Françoise Nyssen est l'heureuse éditrice de trois Prix Goncourt (Laurent Gaudé, Jérôme Ferrari et Mathias Enard) et de trois prix Nobel de littérature (Naguib Mahfouz, Imre Kertész et Svetlana Alexievitch).

 

Défricheuse en littérature, elle a publié des auteurs comme l'Algérien Kamel Daoud, le Britannique Salman Rushdie, la Turque Asli Erdogan ou l'Américain Paul Auster.

 

Mais sa maison est également l'éditeur de la série de polars suédois "Millenium", imaginée par Stieg Larsson et poursuivie par David Lagercrantz, ou du best-seller mondial "Le charme discret de l'intestin" de l'Allemande Giulia Enders. »

 

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 06:00
Moi, ménagère de + 65 ans, j’ai du mal à dénicher des fraises nature pour les baigner dans mon vin nu ?

Commençons par le commencement à l’attention des petites louves et les petits loups qui pensent que les fraises poussent dans des barquettes en carton, la fraise est un faux fruit... la partie consommée est en réalité un réceptacle floral fécondé et ainsi transformé ; ce faux-fruit contenant lui-même une multitude de vrais fruits, appelés akènes, qui le recouvrent.

 

Laissons de côté les bubons bodybuildés, rouge brique, remontés sur nos étals par des gros camions diesel en provenance du sud de l’Espagne, ils sont sans goût, dégueulasses.

 

Revenons aux remontantes et à celles qui ne le sont pas : Elvira, Gariguette, Favette, Surprise des Halles, Belburi, Madame Moutot, Gorella, Maraline, Marascor, Bogota, Senga, Talisman, la Mara des Bois, la Gento, La Rabunda, la Selva, la Profusion, la Saint-Claude....

 

Toujours pour les ignorants, plus ou moins insoumis, les fraisiers se multiplient par plantation de stolons (rejets) issus de pieds-mères jeunes et vigoureux.

 

Mais la bonne question est : ses belles fraises poussent-elles en pleine terre ou hors-sol ?

 

« La plupart des grands producteurs de fraises travaillent hors-sol. Cette technique de plus en plus répandue consiste à faire pousser ses fraisiers sur un substrat inerte (fibres de coco, écorce de pin…) alimenté par des minéraux dissous dans l’eau d’irrigation (ou de brumisation). Les fruits poussent à environ 1,20m de hauteur et sont abrités par des serres. Ils sont ainsi protégés des intempéries et des bestioles, ce qui permet de pratiquer une agriculture raisonnée bannissant l’utilisation de produits chimiques et d’allonger la période de récolte. A première vue que des avantages, si ce n’est de ne pouvoir obtenir ce fameux label bio…

 

Et c’est là que le bât blesse. Selon Ecocert, l’organisme qui délivre et valide le label AB, il est inconcevable qu’une culture sans lien avec le sol (en hydroponie notamment) puisse être considérée comme "bio". La conversion est lente (3 ans pour passer du conventionnel au bio), les critères stricts.

 

Du coup, et malgré une indéniable montée en puissance de la filière bio en France – selon l'Agence bio, au 30 juin 2016, la France comptait 1,57 millions d'ha de surfaces agricoles converties au bio, 20% de plus que l’an dernier, soit 5,7% de son territoire agricole - nombreux sont les producteurs de fraises qui se refusent à suivre cette voie. Pour lutter contre la pénibilité du travail, mais aussi parce qu’ils affirment qu’en pleine terre il est quasiment impossible de lutter contre les attaques ciblant les fraisiers sans recourir à la chimie. La fraise est une plante très fragile qui supporte mal la culture intensive :

 

La suite Pourquoi est-ce si difficile de trouver des fraises bio ? ICI 

 

Si vous souhaitez cultiver des fraisiers dans votre jardin ou sur votre balcon sachez :

 

1- La diversité des variétés permet de cultiver la fraise sous la plupart des climats, et ce jusqu'à 1500 m d'altitude.

 

2- Le fraisier est parfaitement adapté aux terres acides ou neutres mais redoute le calcaire (bien que certaines variétés y soient adaptées). En sol lourd ou humide, il sera opportun de cultiver les fraisiers sur buttes.

 

3- Avant la plantation, épandez et incorporez du compost mûr en quantité importante (30 à 50 kg pour 10 m2 soit une brouette à une brouette 1/2).

 

4 - Constituez éventuellement (en particulier en terres lourdes) de petites buttes d'une vingtaine de cm de haut pour permettre à l'eau de s'évacuer facilement (les fraisiers n'apprécient pas une humidité excessive) ;

 

5- Préparez des trous de plantation (remplis d'un mélange de compost, terre de jardin et terreau – 1/3 de chaque) sur 2 lignes écartées de 50 à 70 cm et à 30-50 cm sur la ligne ;

 

6- Juste avant la plantation, pralinez les racines dans une bouillie à base de terre argileuse ;

 

7 - Transplantez les stolons en ayant soin de diriger le système racinaire vers le bas (N'utilisez pas un plantoir à légumes mais creusez plutôt à la main ou avec une petite pelle). Le collet ne doit pas être enterré, ni dépasser du niveau du sol.

 

8- Arrosez au pied après la plantation et jusqu'à la reprise du plant.

 

9 - On peut planter, entre les lignes de fraisiers, des salades ou encore des épinards afin d'y occuper utilement l'espace en attendant le développement des fraisiers ;

 

10 - Intercalez quelques alliacées (ail, oignons échalotes, poireaux) dans la fraiseraie. Ces légumes sont réputés protéger les fraisiers des moisissures.

 

11- Une fraiseraie est en principe renouvelée tous les 3 ou 4 ans. Mais, si l'on respecte les consignes d'entretien figurant ci-dessous, la production peut durer bien au-delà...

 

Entretien d'une fraiseraie

 

Le fraisier apprécie un sol riche en humus. Chaque année, apportez du compost.

 

Plant frigo déjà démarré moins d'une semaine après la plantation...

 

Plant frigo déjà démarré moins d'une semaine après la plantation...

 

Paillez, de préférence avec des matériaux acides (écorces de pins broyées, épines de pin, BRF de résineux...) surtout si le sol est calcaire.

 

Arrosez au pied (goutte à goutte).

 

Coupez régulièrement les stolons inutiles, ils épuisent la fraiseraie. Conservez uniquement ceux qui comblent un vide ou destinés à être transplantés.

 

Protections naturelles contre les principaux ravageurs et maladies du fraisier

 

Surveillez l'apparition de la maladie des tâches pourpres ou de l'oïdium (poudre blanche sur les feuilles). Pour traiter vos plants, attendez une période sans fleurs ni fruits : traitez au souffre naturel contre l'oïdium, et à la bouillie bordelaise contre les tâches pourpres et le mildiou.

 

Prévenez le risque d'apparition du mildiou en évitant toujours de mouiller le feuillage pendant les arrosages.

 

Protégez vos fraisiers avec de l'anti-limaces biologique.

 

JE RÉCOLTE !

 

Les variétés remontantes donnent une première récolte de mai à juin puis une seconde à l’automne. Les autres variétés ne donnent qu’une récolte au printemps ou en été. Dégustez-les autant que possible dès la récolte. Si vous devez les conserver quelques jours, cueillez-les avec un petit bout de queue. La congélation leur convient très bien pour une utilisation en tartes.

 

Toute nouvelle plantation donne quelques fraises gigantesques, qui étonneront tout votre entourage. Mais cette faculté disparait dès la 2ème production.

Moi, ménagère de + 65 ans, j’ai du mal à dénicher des fraises nature pour les baigner dans mon vin nu ?
Moi, ménagère de + 65 ans, j’ai du mal à dénicher des fraises nature pour les baigner dans mon vin nu ?

Ma recette de fraises au vin. Je l’ai commise il y a quelques années et je l’avais baptisée : Soupe de fraises des Bois. Je vous la livre en vous demandant de vous livrer aussi au jeu de remplacer les points de suspension par le nom du flacon. Merci par avance.

 

« Avec le plus beau de ses sourires il demandait à son ex-dulcinée un grand saladier et un tablier. Ce qui fut fait d’un petit air pincé. La nuée des nanas faisait cercle. L’avantage des fraises des bois c’est qu’elles sont équeutées alors il n’eut qu’à les déverser au fond du saladier.

 

Ensuite en un geste ample, au pif, il les saupoudrait de sucre de canne roux non raffiné. Pour les novices, notez : 150 grammes de sucre pour 750 grammes de fraises. Puis, avec des mines de chanoine il pressait un citron vert, râpait un bâton de cannelle et parsemait le tout de clous de girofle.

 

Enfin, instant suprême, après avoir débouché un flacon de ..., il le versait avec doigté sur les fraises des bois émerveillées.

 

Avec une grande cuillère en bois d’olivier il touillait.

 

Les filles s’extasiaient.

 

Mais, il y avait un mais. Il réclamait à la chouette Ginette une passoire pour réserver les fruits puis il versait le vin aromatisé dans une belle casserole de cuivre. Portait le liquide à ébullition puis, à feu doux, pendant 10 mn, le laissait chanter. Toujours avec des gestes de maestro il plongeait le cul de la casserole dans un bac de glace pilée. Attendait.

 

Décidait qu’il fallait maintenant passer aux choses sérieuses : goûter le flacon de... »

Moi, ménagère de + 65 ans, j’ai du mal à dénicher des fraises nature pour les baigner dans mon vin nu ?

Mais pourquoi donc les fraises n'ont-elles pas de queue ?

 

Un dimanche ordinaire en famille, avant le premier tour de la présidentielle. Les esprits sont échauffés par une discussion un peu vive sur les programmes respectifs d'Hamon, Mélenchon ou Macron. Ici, on vote à gauche depuis toujours et l'on mange sans chichi. Arrivent les fraises. Et un peu de sucre. Jean-Claude, professeur à la retraite et 84 printemps, tente d'en attraper une. Le fruit glisse de ses doigts. Il réitère l'expérience, en vain, avant de se résoudre à en agripper les feuilles entre le pouce, l'index et le majeur. C'est à ce moment-là que sa colère, ravalée pendant la discussion précédente, éclate:

 

"Mais bon sang, pourquoi, aujourd'hui, les fraises n'ont plus de queue ?"

 

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 08:00
La foule priant face au miracle de la danse du soleil à Fatima le 13 octobre 1917 ©public domain

La foule priant face au miracle de la danse du soleil à Fatima le 13 octobre 1917 ©public domain

Dans ma jeunesse, la tante Valentine, la sœur de ma mémé Marie, qui vivait à la maison, veuve de la guerre 14-18, grande bigote, gardienne des horaires des messes, vêpres et autres cérémonies inscrites au calendrier liturgique, grâce à sa pension allait au pèlerinage de Lourdes mais elle n’a jamais osé s’expatrier pour aller à Fatima au Portugal.

 

La Vendée était constellée de répliques de ces étranges lieux où la Vierge faisait ses apparitions toujours devant des innocents. La tante Valentine m’y trainait. Ce que j’aimais c’est que nous pique-niquions, les dévotions n’étant pas ma tasse de thé.

 

En tant qu’enfant de chœur je suis allé à Lourdes dans la Dauphine du curé Bailly avec Dominique Remaud et, lors de ma seule expérience de colonie de vacances je suis allé à La Salette.

 

Tous ces pèlerinages n’ont fait qu’amplifier mes doutes sur les enseignements de l’Église romaine, ses saints, ses indulgences, son haut clergé, et ses pratiques souvent bien éloignées des prêches.

 

L’hypocrisie des évêques de France, à quelques exceptions près, lors de la dernière présidentielle en est encore la preuve.

 

Laissons donc le pape François à sa visite à Fatima qui est « un rendez-vous personnel que le souverain pontife a à Fatima, presque un rendez-vous avec l’histoire. Il y a le centenaire des apparitions de Fatima, bien sûr, mais il y a aussi, plus intimement pour lui, un autre anniversaire : ce samedi 13 mai, cela fera 25 ans très exactement que le père Bergoglio, alors simple jésuite exilé en Espagne par ses supérieurs, a reçu un appel lui annonçant qu’il allait devenir évêque auxiliaire de Buenos Aires. »

 

Revenons à nos excitations françaises et tout d’abord rions !

 

Retweeted Professeur Bang (@ProfesseurBang):

La passation de pouvoirs du Cabinet Noir se déroulera dimanche 14 à minuit au sous-sol de l'Elysée. On est prié d'apporter sa cagoule.

 

Et charrions la Boutin qui n’en rate pas une :

 

Pas de #Messe @France2tv pour passation de pouvoir! C'est la 1ere fois qu'elle a lieu un Dimanche! Les choix @EmmanuelMacron sont très clairs

- christine Boutinن (@christineboutin) May 12, 2017

 

Dimanche pas de Messe @France2tv ! Ouvrons les yeux: les messages sont clairs! Volonté de banaliser le Dimanche, malades, handicapés... "Out"

- christine Boutinن (@christineboutin) May 12, 2017

 

Sauf que c’est faux puisque l'horaire de sa diffusion a simplement été avancé.

 

Passons pour finir à l’assaisonnement de notre Mélenchon les gens par Marcel Sel

 

Marcel Sel est un écrivain, blogueur, chroniqueur et compositeur belge né à Bruxelles.

 

Sel est un pseudonyme, mais il utilise d'autres pseudonyme comme Marcel Zout ou Marcel Quaybir

 

En 2008, il écrit "Walen Buiten, Révélations sur la Flandre flamingante", un essai romancé sur la "Crise belge", qui sera publié en 2010.

 

En juin 2009, après avoir été longuement simple commentateur du blog Coulisses de Bruxelles, UE de Jean Quatremer, il ouvre son propre blog, Un Blog de Sel, principalement axé sur la crise belge et le nationalisme flamand. Quelques mois plus tard, il publie un recueil d'articles du blog, "La Flandre, ça n'existe pas", en édition à la demande chez TheBookEdition.com.

 

La suite ICI

 

Mélenchon, l’insoumise trumperie. par Marcel Sel

 

« Depuis mes 14 ans, ils ont essayé de me convaincre. Je les ai toujours trouvés amicaux, généreux, beaux, sympathiques. Ils ont le monopole du cœur, mais plus en chœur encore que les socialistes. Ils vont changer le monde. Je les croise à chaque décennie, ces militants de l’un ou l’autre gauchisme radical. Mais ils n’ont rien changé du tout. Jamais.

 

C’étaient les maos, d’abord, que j’ai beaucoup fréquentés. Ils m’expliquaient que la révolution culturelle était un formidable outil d’émancipation. Je lisais les magazines venus de Chine qu’ils me donnaient. La Chine en Construction, si je me souviens bien. C’était bien écrit, en Chine, parfois remarquablement, et ça ne coûtait rien. Je n’y voyais pourtant qu’une seule opinion, trop enthousiaste pour être vraie. J’appris plus tard que ces magnifiques messages de liberté, de solidarité et de progrès cachaient une hideuse oppression, un million de morts. Tout cela accompagné d’une haine systématique des libertés à l’occidentale et surtout, toujours, toujours, toujours, de l’Amérique.

 

Quand on leur faisait remarquer, une décennie plus tard, qu’ils avaient soutenu sans le savoir un régime totalitaire, oppressif et meurtrier, on se faisait traiter d’imbécile, de traître ou de facho.

 

Avant-guerre déjà. Fascinés par le soviétisme, de grands intellectuels français ont découvert trop tard l’horreur stalinienne. Mais ce n’était pas la faute aux soviets, à les entendre ensuite. C’était la faute à l’Amérique. Puis, il y eut Budapest. Prague. Mais ce n’était pas la faute au communisme. Puis il y eut Pol Pot. Mais ce n’était pas la faute aux… Et ça n’a jamais arrêté.

 

Mélenchon, Canada Dry du communisme

 

Jean-Luc Mélenchon n’est que le énième avatar de cette chanson sempiternelle qui finit toujours de la même façon. Ah, je vous entends : il n’est pas « communiste ». OK. Mais c’est toujours la même rengaine. Elle a muté. Ils ne se disent plus communistes, en effet. Mais crient toujours haro sur l’entreprise, l’Amérique, le patronat, les journalistes, etc. Et ils vont toujours vous sauver grâce à une autre révolution socialiste, plus à gauche que le socialisme passé à droite (Marchais disait ça, déjà, en 1980…), et à peine moins communiste que le communisme. Ça a le goût du communisme, le programme du communisme, mais ce n’est pas du communisme, c’est du mélenchonisme.

 

Je perçois mal la différence.

 

Voyez Cuba. Aujourd’hui, pour les mélenchonistes, tout ce qu’on dit sur le régime est évidemment faux, ou alors, c’est pas la faute à Castro. La presse n’y est pas libre, mais c’est la faute aux Américains. Les syndicalistes continuent à subir des arrestations arbitraires, des menaces, des pressions. Mais ça aussi, c’est la faute aux Américains ! Et au pire, quand on leur met le nez dans le caca vénézuélien, après avoir tenté de défendre l’indéfendable pendant deux heures, après avoir accusé Obama, ils vous lancent « mais pourquoi vous nous emmerdez avec ça, on ne défend pas le Vénézuéla » ! Haha ! Pendant que leur patron, sur BFMTV, ne nie pas qu’il défend Maduro, mais hurle plutôt qu’on devrait l’interroger sur autre chose.

 

Quand un politicien dit à un journaliste quelles sont les bonnes questions à lui poser, c’est qu’il n’a pas de bonnes réponses. Ou qu’il n’admet pas qu’on le critique. Ce qui est pire. Georges Marchais, un leader communiste français répondait de la même façon à ce genre de questions, en haussant la voix, en plaisantant, en criant à la manipulation, en exigeant qu’on change de sujet. Ou alors, en rejetant la faute sur la presse, comme dans cette vidéo (à partir de 1’00) où il nie les révélations de Sakharov et Soljénitsine ! « Ce n’est pas parce que je suis prosoviétique que j’aime Brejnev ! », aurait-il pu dire ensuite. Remplacez soviétique par chaviste et Brejnev par Chavez et vous aurez la version Mélenchon. Et vogue la galère.

 

Pourtant, j’ai toujours été fasciné par l’idéal communiste. Une société où tout le monde est égal, où le travail est universel, où l’argent n’est pas nécessaire pour faire le bonheur, quel bel idéal !

 

Sauf que jamais, nulle part, ça n’a marché. Probablement parce que l’homme a une autre organisation sociale dans les gênes. Pire : ceux qui ont, de tout temps, payé le prix fort de cet idéal, ce n’étaient tant les « millionnaires », les grands banquiers, les vrais riches, que le communisme prétendait éliminer. Eh non ! Parce que ceux-là sont généralement partis à temps, quitte à perdre leur fortune, mais pas la vie ! Pire : ces régimes ont ensuite — tous — créé leurs propres millionnaires en produisant inconsciemment une Nomenklatura fidèle au leader. Les familles Chavez et Castro ne sont que des clones de leurs prédécesseurs. Et Mélenchon, un clone de Marchais.

 

La Nomenklatura profite, les petits payent.

 

Non. De tout temps, ce sont les petits, les paysans, les travailleurs, les ouvriers, les indépendants qui ont payé. Cher. Parfois horriblement cher. De leur faim, de leur sueur, de leur peur de la délation, de leur confort, devenu sommaire, enfermés dans des appartements communautaires, privés de vie privée. Et parfois de leur vie. Holodomor, pour ne citer qu’une des innombrables abominations des régimes soi-disant populaires.

 

Quand l’oppression était plus ou moins supportable, ce sont les petits, et non les gâtés du régime, qui ont cherché à fuir. En Albanie, ils grimpèrent sur les bateaux pour l’Amérique dès que le régime s’assouplit. En RDA, ils rêvaient de voir les boutiques d’Allemagne fédérale et, pour la première fois de leur vie, de manger… une banane ! En Roumanie, la fuite. À Cuba, la fuite, en Hongrie, la fuite, en Pologne, la fuite, au Viêt-nam, la fuite, en Chine, la fuite… Et toujours, absolument toujours, à cause de l’Amérique !

 

Aujourd’hui, Mélenchon part du même principe que ces prédécesseurs : la haine de l’Amérique d’abord, tout le reste ensuite. Et il nous rappelle son soutien à Castro et à Chavez, dont on voit les ruines fumantes et les victimes futures : Maduro, successeur de Chavez, va armer 400 000 civils pour disposer d’une milice capable de tenir tête au peuple. Au peuple, bordel ! La semaine dernière, une gamine de 16 ans a été tuée par balle dans une manifestation. C’est la cinquième ou la sixième victime. Qu’un seul militant mélenchoniste se fasse simplement regarder de travers par un flic dans une manif, et c’est du fascisme ! Mais quand, à l’autre bout de la planète, on bute des gosses au nom d’un régime longtemps soutenu par ce même Mélenchon (s’il ne l’est pas toujours), et c’est une simple bavure, un détail, et celui qui oserait faire remarquer qu’il y a comme une incohérence se voit qualifier… de fasciste !

 

Dans le populisme, il y a toujours un leader charismatique qui a toutes les réponses

 

 

Eh oui, la solidarité merveilleuse du mélenchonisme s’arrête au peuple de gauche radicale, et à l’océan. Solidarité ? Ah, interdire les délocalisations, c’est évidemment indispensable. Tous les travailleurs sont unis, n’est-ce pas. Mais faudrait pas que des chômeurs d’ailleurs viennent prendre le travail des Français, môssieur ! L’internationale sera hexagonale surtout, ou ne sera pas !

 

Fantastique ! Le peuple de Mélenchon approuve, exulte, jouit, et insulte le reste du peuple qui ne succombe pas à la totale nécessité d’adorer Mélenchon. Je suis abasourdi.

 

« Tu n’es pas de gauche ! » me hurle-t-on alors. Et arrivent les attaques ad hominem ou à personam en réponse à des questions pourtant simples : comment Mélenchon peut-il affirmer qu’il va faire modifier les traités européens alors qu’il faut l’accord de 26 autres pays pour le faire et qu’aujourd’hui, aucun n’est demandeur, et la plupart y est même farouchement opposé ? Réponse : tu es un suppôt du grand capital !

 

Question : comment les 32 heures à salaire égal peuvent-elles redresser la France sachant que le coût de l’emploi n’y est déjà pas compétitif ? Réponse : tu as mal lu programme ! Question : Comment espérer taxer les revenus qui dépassent 390 000 € à 95 % sachant que la libre circulation des personnes permet à ces revenus de s’échapper dans l’heure ? Réponse : écoute le Maître. Question : Comment empêcher ça en taxant les Français sur leur nationalité et non leur résidence alors qu’une telle double taxation est contraire, à nouveau, à la libre circulation des citoyens en Europe ? Réponse : on sort de l’Europe, alors. Question : Et la France payera des droits de douane pour exporter chez tous ses voisins, elle qui n’exporte déjà pas assez ? Réponse : ta gueule ! Question : comment fera-t-elle avec, en plus, une main d’œuvre plus chère qu’en Allemagne ? Réponse : en sortant de l’euro, évidemment, réfléchis, décérébré de droite ! Question : la France ferait donc ce que la Grèce (de Tsipras, excusez du peu) a renoncé à faire parce que cela impliquait une véritable catastrophe humaine ? Réponse : facho !

 

Question : qui d’autre qu’un fou furieux serait prêt à faire prendre à 65 millions d’êtres humains un risque pareil ? Réponse : faaaachoooooooo !

 

Le dégoût dans la bouche

 

Non. Je suis de gauche, ne vous déplaise. Et c’est parce que je suis de gauche que Mélenchon me dégoûte. Parce que si sa politique (si tant est qu’elle puisse être appliquée : avec quelle majorité ?) mène à la catastrophe, ce n’est pas lui qui payera, mais ceux qui, justement, voient en lui l’homme qui les sortira de leur misère, de leurs problèmes, des licenciements secs et que sais-je !

 

Il me dégoûte parce qu’il n’en a rien à glander du travailleur : son assiduité au Parlement européen montre qu’il se fiche même de son employeur, à savoir, le contribuable. Autrement dit : vous !

 

Et ça me débecte profondément qu’il y ait à gauche des clones inversés de Donald Trump ou de Marine Le Pen, aussi faussaires, aussi manipulateurs. Et qu’il y ait là aussi des électeurs qui, comme ceux des deux populistes, plongent leur bulletin de vote dans leur rancœur ou leurs peurs, pissent leur colère dessus, le chargent de tous leurs problèmes, puis vont dans l’isoloir, qu’ils prennent pour le réceptacle de tout ce qu’ils haïssent — les immigrés pour Le Pen, les Américains pour Mélenchon, les musulmans pour Le Pen, les patrons pour Mélenchon. La haine des élites, des journalistes, des opposants, ils l’ont en commun. Les solutions faciles, aussi. Le bouc émissaire, aussi. L’agitation et la peur, aussi. Aussi.

 

Aussi.

 

Oui, chez les électeurs de Le Pen, Trump ou Mélenchon, la colère est la même, il n’y a que les cibles qui divergent. Le rejet est identique, brutal, inargumenté, violent, hystérique, pour tous ceux qui pensent différemment. Les mélenchonistes ont, en plus la mauvaise habitude de brandir son programme (qu’ils n’ont pour la plupart pas lu du tout, ils ne réagissent qu’à des slogans) comme preuve de la bêtise d’autrui. On se croirait revenu au temps du Petit Livre rouge !

 

La gauche se cherche et ne trouve plus

 

Cela dit, je peux comprendre. On ne sait plus ce qu’est la gauche, en effet. On ne le sait plus depuis que le mur est tombé. Auparavant, le communisme était un coin sous la porte, qui effrayait les puissants. Une menace psychologique diablement efficace qui en faisait un excellent outil de contrepouvoir face aux excès du capitalisme, au thatchérisme et aux multiples formes du (néo)conservatisme. En même temps, les épouvantables nouvelles de l’Est limitaient le développement des partis communistes. Aujourd’hui, certains prennent de l’ampleur et visent le pouvoir. Il sera absolu ou ne sera pas. L’indispensable aiguillon est alors une menace. Poutou est nécessaire. Arthaud est nécessaire. Mélenchon, lui, est dangereux parce que sa conception de la liberté déteint sur ses militants. Elle est exclusive, déjà !

 

Aujourd’hui, la gauche traditionnelle a gagné ses combats fondamentaux. Les vacances. La retraite. La sécu. La semaine de cinq jours, les 35 heures. Ses valeurs s’affichent même fièrement dans le traité européen. Pas de discrimination. Droits pour les LGBT. Salaire égal à travail égal. Égalité des sexes. Droit au travail. Droits syndicaux.

 

Le vrai combat ne consiste plus à révolutionner la société, mais à prévenir ses dérives et à la guérir de ses excès. On est passé de la refondation à de la mécanique. Ajuster les inégalités, installer un turbo qui assure le travail universel, améliorer la sécu et lui adjoindre un dispositif antigrignotage, bâtir un système parallèle d’abris-SDF. Démonter ce putain de plafond de verre que les femmes doivent encore se farcir 50 ans après la révolution « sexuelle ». Contrer les dérives des trop grandes entreprises et des banques.

 

Tiens, les banques. C’est ce qu’a fait le Parlement européen en 2013-14, sous la houlette du député vert belge Philippe Lamberts, en adoptant des mesures financières indispensables qui « faisaient peur à la City ». Pendant ce temps, Mélenchon, comme Le Pen, ronflait dans le fond de la classe. Assis sur votre pognon. Rien à foutre.

 

Être de gauche, c’est tout, sauf se pavaner et lancer des chocolats gratis aux électeurs en extase.

 

Être de gauche, aujourd’hui, c’est agir pas à pas, bloc par bloc, le plus efficacement possible, et là où c’est nécessaire. Ce n’est pas exterminer le capitalisme, immuable au fond, parce qu’il colle au fonctionnement des sociétés humaines — même les Chinois ont fini par le comprendre ! Mais c’est l’aménager, l’améliorer, le subvertir, l’équilibrer. Être de gauche, c’est bosser. Être de gauche, c’est émanciper tout le monde en protégeant les plus faibles. Ça requiert qu’on comprenne d’abord la société. Ce n’est (plus) jamais une révolution. Aucune n’a bien fini.

 

Être de gauche, c’est tirer petit à petit l’énorme bateau démocrate vers le bien-être pour tous, tout en sachant qu’on ne l’obtiendra probablement jamais. C’est faire mieux, pas pire. C’est surveiller nos représentants et être encore plus sévère avec eux qu’avec ceux « d’en face », plutôt que de les soutenir dans leurs pires errements sous prétexte de solidarité.

 

Être de gauche aujourd’hui, c’est être volontaire, borné, patient, inquisiteur, et surtout, cohérent. C’est rechercher la synthèse plutôt que l’affrontement. Ça n’a rien d’enthousiasmant. Ça n’a rien d’une fête. Ça n’a même rien d’héroïque. Être de gauche, c’est ne pas s’approprier plus que nécessaire à titre personnel. Être de gauche, au fond, c’est franchement chiant.

 

 

Après, je ne me fais plus d’illusion : ce papier ne servira à rien. Les fanatiques du mélenchonisme ne comprendront pas. La valise est bouclée. Car ce n’est pas de la politique qu’ils veulent, c’est de l’engouement, des cris, des chants, des coupables à pourchasser, des opposants à connardiser, la certitude de bâtir un monde nouveau et le Nirvana pour demain.

 

Le seul problème, c’est qu’aucune société n’a jamais rien offert qui ressemble à ça. Et qu’ils cherchent donc la réponse à leurs questions existentielles au plus mauvais endroit : celui où se conçoit le bien commun. Mais comme tous ceux qui un jour se sont entichés d’un tribun qui les gavait de réponses attirantes, ils iront jusqu’au bout et, si Mélenchon est élu, face à la catastrophe ou au néant prévisible, ils s’écrieront, comme Georges Marchais sur Ceaucescu : « nous ne savions pas ! »

 

Marcel Sel

 

 

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 06:00
Il serait «vain et même indigne, d'affecter de gouverner, dès lors que les partis ont recouvré leurs moyens et repris leurs jeux d'antan» de Gaulle

Le 49-3 sous Valls et maintenant les ordonnances, les petites louves et les petits loups, plus ou moins insoumis, fans d’une potentielle VIe République, crient au déni de démocratie.

 

C’est de bonne guerre mais ces 2 procédures résultent de la volonté du père de la Constitution de la Ve République, Michel Debré de traduire l’exécration de Charles de Gaulle pour ce qu’il qualifiait avec mépris de régime des partis, qui trouvait là sa plus haute expression. Devant ses ministres réunis le dimanche 20 janvier 1946, il expliquait qu'il serait « vain et même indigne, d'affecter de gouverner, dès lors que les partis ont recouvré leurs moyens et repris leurs jeux d'antan ».

 

Il s'agit, dans son esprit, de bien choisir entre un gouvernement qui gouverne et une assemblée omnipotente, ne faisant que déléguer à un gouvernement pour accomplir ses volontés.

 

Dans ses Mémoires de guerre (Le Salut), de Gaulle s’expliquait : « J'entrai, serrai les mains et, sans que personne s'assit, prononçai ces quelques paroles : « Le régime des partis a reparu. Je le réprouve. Mais, à moins d'établir par la force une dictature dont je ne veux pas et qui, sans doute, tournerait mal, je n'ai pas les moyens d'empêcher cette expérience. Il me faut donc me retirer. Aujourd'hui même, j'adresserai au Président de l'Assemblée nationale une lettre lui faisant connaître la démission du Gouvernement. Je remercie bien sincèrement chacun de vous du concours qu'il m'a prêté et je vous prie de rester à vos postes pour assurer l'expédition des affaires jusqu'à vos successeurs soient désignés. »

 

L’implosion des 2 grands partis de gouvernement lors de la Présidentielle nous replonge dans un entre-deux qui risque d’un retour de l’instabilité parlementaire.

 

En effet, les joies du scrutin uninominal d'arrondissement à 2 tours risquent de rendre caduque les petits calculs de ceux qui veulent ramasser la mise.

 

Prophétie inquiétante pour la gauche de l'expert électoral Xavier Chinaud: « le PS et Mélenchon vont se cannibaliser aux législatives. Ils s'élimineront du second tour et les mélanchoniste qui s'imaginaient faire élire plus de 50 députés se trompent lourdement ! » Quant aux socialistes, ils pourraient se retrouver moins nombreux qu'en 1993 où ils n'avaient fait élire que 52 députés. ». En privé, les dirigeants socialistes lui donnent raison, et pour certains redoutent même « de ne pas dépasser les 20 ou 30 élus ».

 

À quand le retour des apparentements que le gouvernement de la Troisième Force avait fait voter dans une loi électorale de mai 1951 qui instaure les apparentements. La Troisième force fut une coalition politique française sous la quatrième qui rassemblait les socialistes de la SFIO, le MRP et les radicaux plus quelques petits partis centristes. Cette loi prévoyait que, dans un scrutin proportionnel, deux listes distinctes pouvaient annoncer qu'elles s'apparentaient. Dans ce cas, elles additionnaient le nombre de voix qu'elles ont obtenues. Si à elles deux elles obtenaient la majorité absolue des suffrages, elles recevaient tous les sièges au sein d'une circonscription. Ce système favorisait les partis de la Troisième Force qui pouvaient s'apparenter, alors que les gaullistes ou les communistes ne pouvaient pas le faire. Le triomphe du régime des partis !

 

Les ordonnances : article 38 de la Constitution :

 

« Le Gouvernement peut, pour l’exécution de son programme, demander au Parlement l’autorisation de prendre par ordonnances, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi.

 

Les ordonnances sont prises en Conseil des Ministres après avis du Conseil d’État. Elles entrent en vigueur dès leur publication mais deviennent caduques si le projet de loi de ratification n’est pas déposé́ devant le Parlement avant la date fixée par la loi d’habilitation. Elles ne peuvent être ratifiées que de manière expresse.

 

A l’expiration du délai mentionné au premier alinéa du présent article, les ordonnances ne peuvent plus être modifiées que par la loi dans les matières qui sont du domaine législatif. »

 

Les ordonnances sont des actes pris par le Gouvernement en matière législative en vertu d’une habilitation du Parlement.

 

Les ordonnances prennent la suite des décrets-lois pratiqués sous la IVe République. La confusion qui était née de cette pratique a poussé́ le constituant à poser de nombreux garde-fous en 1958.

 

Les ordonnances résultent toujours de projets de loi et non de propositions de lois -> le Parlement ne peut prendre l’initiative de son propre dessaisissement.

 

Le Gouvernement doit expliciter son « programme » puisque les ordonnances sont prises pour l’exécution de celui-ci. Le Conseil Constitutionnel a jugé que par ce terme, on attend du Gouvernement qu’il expose « quelle est la finalité́ des mesures qu’il se propose de prendre et leurs domaines d’intervention » (Décision 86-207 DC). L’habilitation doit donc être précise et ne peut être inconditionnelle et générale.

 

Cette habilitation est donnée par le Parlement, après une procédure législative classique, pour un « délai limité ». Celui-ci est le plus souvent de quelques mois mais il peut être plus long. Ainsi il est arrivé́ qu’avant la fin du délai, le gouvernement change. De même, il est arrivé́ que le délai puisse dépasser la durée restante de la législature.

 

Les ordonnances sont ensuite prises par le Gouvernement en Conseil des Ministres après avis du Conseil d’État.

 

Enfin les ordonnances doivent être signées par le Président de la République (article 13 de la Constitution). Le Président de la République peut-il refuser cette signature ? On aurait pu penser que sa compétence était liée comme pour la promulgation des lois (article 10 de la Constitution). Mais en 1986, le Président Mitterrand a refusé́ de signer 3 ordonnances présentées par le Gouvernement Chirac, estimant qu’il n’était pas tenu de le faire : pour lui c’était un pouvoir discrétionnaire. Le Gouvernement a reculé́ et a finalement renoncé à ses ordonnances. C’est donc la pratique qui a tranché́ : le Président de la République peut refuser de signer les ordonnances.

 

Les ordonnances sont ensuite publiées et non promulguées. Elles entrent immédiatement en vigueur.

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 06:00
Quand 1 futur prix Goncourt disséquait au scalpel une réunion au Ministère de l’Agriculture.

Le 78 rue de Varenne, l’hôtel de Villeroy, va au début de la semaine prochaine connaître l’effervescence qui marque l’arrivée d’un nouveau Ministre.

 

Stéphane Le Foll, dont le portrait va s’ajouter à ceux de ces prédécesseurs dans la galerie Sully (pour les petits loups et louves plus ou moins insoumis, le dit Sully c’est « labourages et pâturages sont les 2 mamelles de la franc »), quittera le grand bureau du rez-de-chaussée qu’il a occupé sans discontinuité pendant tout le quinquennat. C’est la pièce la plus agréable, ses deux porte-fenêtre donnent sur le petit parc (je le sais puisqu’il fut mien pendant 2 ans).

 

Qui va lui succéder ?

 

Une femme, ce serait la seconde car Tonton osa Édith Cresson qui dut être exfiltrée pour laisser la place à Michel Rocard envoyé en mission de pacification des campagnes.

 

Pourquoi pas, la FNSEA a bien mis à sa tête une femme, Christiane Lambert !

 

Nous verrons bien, j’ai ma petite idée mais je la garde pour moi.

 

Le 78 a été le marchepied du 57 de la rue de Varenne, l’Hôtel Matignon, pour Jacques Chirac, Michel Rocard et Édith Cresson.

 

C’est bonne école de formation à la gestion de crise.

 

Q : Dans votre dernier ouvrage – le livre d’entretiens Si la gauche savait [1], vous décrivez votre présence au 80, rue de Varenne, siège du ministère de l’Agriculture, comme « les deux plus belles années » de votre vie politique. Il ne faut pas oublier que vous preniez une succession délicate. Le ministre sortant, Édith Cresson, était impopulaire…

 

MR : C’est une litote.

 

MR : « Pourquoi ? D’abord, on ne sait plus quoi faire de moi au Plan parce que je suis encombrant. Mais je suis trop populaire pour qu’on se débarrasse de moi comme ça. L’idée de me coller à l’Agriculture a tous les avantages puisqu’il y a de grandes chances de s’y planter ou d’y échouer, ce qui débarrasserait la scène politique française de mon modeste personnage. Et si je réussis, ce qui va être le cas, c’est pour le compte du gouvernement tout entier et du président de la République qui, dans sa sagesse, m’aura mis là. Donc, tout le monde y gagne. »

 

Trêve de souvenirs, j’offre, en cadeau de bienvenue, à celle ou celui qui va s’installer au 78 rue de Varenne, un petit bijou vachard d’un ingénieur agro, extrait d’un de ses tous premiers livres, ce n’est pas tous les jours qu’un ancien de l’Institut national agronomique Paris-Grignon (INA P-G) rafle un Goncourt.

 

« Six personnes sont maintenant réunies autour d'une table ovale assez jolie, probablement en simili-acajou. Les rideaux, d'un vert sombre, sont tirés ; on se croirait plutôt dans un petit salon. Je pressens subitement que la réunion va durer toute la matinée.

 

Le premier représentant du Ministère de l'Agriculture a les yeux bleus. Il est jeune, a de petites lunettes rondes, il devait être étudiant il y a encore peu de temps. Malgré sa jeunesse, il donne une remarquable impression de sérieux. Toute la matinée il prendra des notes, parfois aux moments les plus inattendus. Il s'agit manifestement d'un chef, ou du moins d'un futur chef.

 

Le second représentant du ministère est un homme d'âge moyen, avec un collier de barbe, comme les précepteurs sévères du Club des Cinq. Il semble exercer un grand ascendant sur Catherine Lechardoy, qui est assise à ses côtés. C'est un théoricien. Toutes ses interventions seront autant de rappels à l'ordre concernant l'importance de la méthodologie et, plus généralement, d'une réflexion préalable à l'action. En l'occurrence je ne vois pas pourquoi : le logiciel est déjà acheté, il n'y a plus besoin de réfléchir, mais je m'abstiens de le dire. Je sens immédiatement qu'il ne m'aime pas. Comment gagner son amour? (...)

 

Le troisième représentant du ministère est Catherine Lechardoy. La pauvre a l'air un peu triste ce matin ; toute sa combativité de la dernière fois semble l'avoir abandonnée (...)

 

Le quatrième représentant du ministère est une espèce de caricature du socialiste agricole : il porte des bottes et une parka, comme s'il revenait d'une expédition sur le terrain ; il a une grosse barbe et fume la pipe ; je n'aimerais pas être son fils. Devant lui sur la table il a ostensiblement posé un livre intitulé : « La fromagerie devant les techniques nouvelles. » Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il fait là, il ne connaît manifestement rien au sujet traité ; peut-être est-il un représentant de la base. Quoiqu'il en soit il semble s'être donné pour objectif de tendre l'atmosphère et de provoquer un conflit au moyen de remarques répétitives sur « l'inutilité de ces réunions qui n'aboutissent jamais à rien », ou bien sur « ces logiciels choisis dans un bureau du ministère et qui ne correspondent jamais aux besoins réels des gars, sur le terrain».

 

 

Qui a écrit ce petit bijou de compte-rendu d'une réunion ordinaire au Ministère de l'Agriculture ?

 

Quand 1 futur prix Goncourt disséquait au scalpel une réunion au Ministère de l’Agriculture.
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