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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 06:00

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Qui se souvient qu’aux temps anciens nos fromages à la croûte fleurie, camembert et Brie, se teintait d’une nuance bleu-gris-vert marqué de taches brun-rouge.

 

 

 

Les textes ci-dessous sont extraits de ce livre publié aux éditions Les Ateliers d'Argol ICI 

 

Pourquoi ?

 

« Pour les fromagers, la cause du phénomène coloré était une fatalité, due à l’affinage naturel du fromage. C’était son destin de devenir coloré. Selon la tradition qu’on ne songeait pas à changer, le lait, à la température du pis de la vache, était maturé vingt-quatre à quarante-huit heures à ciel ouvert, dans un local frais, afin qu’il s’acidifie sous l’effet des bactéries sauvages présentes dans sa Normandie rurale. Des bactéries sauvages et indigènes qui donnaient tout son caractère et sa particularité au fromage : c’est cela, le terroir. Il était ensuite emprésuré puis moulé à la main, de cinq louches à quarante minutes d’intervalle. Après égouttage, ils terminaient leur affinage dans les hâloirs où circulait un air tiède, ce qui favorisait l’apparition des moisissures. Selon les variétés de spores qui dominaient la croûte des fromages prenait une couleur différente. Le maître fromager montrait son habileté et la quintessence de son savoir-faire en obtenant la flore la plus blanche possible. Tout l’art consistait à faire en sorte que la moisissure du rouge Bacterium lines éclose avant celle qu’on baptisa Penicillium camemberti, ou P. album, blanche au départ mais virant au gris-bleu. Les fromagers savaient par expérience que le rouge empêchait le bleu de survenir. Un empirisme insupportable pour les scientifiques et les industriels. »

 

« Au nom de la science et de la guerre contre l’ignorance et les superstitions, il fallait rationaliser tout cela. On allait combattre les bactéries et moisissures sauvages et indigènes, tout comme à la même époque on soumettait les indigènes de nos glorieuses colonies d’outre-mer. Les fromagers, donc, malgré leur savoir-faire immémorial, réapprirent à faire du fromage. »

 

Sus aux indigènes, « pour plaire aux client des villes on éradiqua la moisissure coupable pour la remplacer par une autre moisissure, l’innocente Penicillium candidum, cultivé in vitro par l’Institut Pasteur. Au moins celle-ci était « propre ». Le remède fut drastique : il fallut badigeonner toutes les surfaces des fromageries avec de l’antiseptique afin d’éliminer inexorablement et définitivement toutes traces des mauvaises spores colorantes. Ceci effectué on déposa sur les mêmes surfaces la culture purifiée de la bonne moisissure ? Ite lissa est. »

 

« Le camembert que nous dégustons aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le fromage d’origine. Son ensemencement n’est plus spontané comme autrefois car, non seulement  on imprègne les locaux de Penicillium candidum, mais on pulvérise le caillé avec les cultures de spores adéquates. Il n’y a plus rien de spontané et de naturel, de sauvage. C’est du pourri contrôlé, assagi. Du pourri éduqué. »

 

La résistance à l’hygiénisme ne se situe pas en Normandie mais du côté de la Brie, fromage très ancien, apprécié par Charlemagne, « il y existe une version du brie beaucoup plus rustique et plébéienne : le brie noir, vendu sur les marchés de Seine-et-Marne presque confidentiellement et consommé quasi exclusivement sur place. »

 

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Le Brie noir

Lundi 5 novembre 2012  par Christophe Demay

 

Sans doute ne l’avez-vous jamais vu sur les étals... Difficile à trouver en dehors de la Brie, le brie noir est une petite merveille et une spécificité locale. Moins raffiné et séducteur que son grand frère le brie de Meaux, il a aujourd’hui trouvé sa place grâce à son caractère bien trempé. Qu’importe si sa couleur tire davantage sur le marron foncé, on l’appelle brie noir. Sans doute pour accentuer le contraste avec les bries orthodoxes blancs et striés. Cette variante de brie se distingue par un affinage poussé, généralement à 8 ou 10 mois, parfois au-delà, lorsque le cahier des charges des bries AOC se "contente" d’une durée minimale de 4 semaines. Au sortir de ce long affinage, les artisons ont accompli leur ouvrage, la croûte s’est muée en épaisse carapace, la pâte a viré de l’ivoire au jaune paille, et le fromage a gagné en puissance.

 

Une histoire tout en contrastes

 

L’histoire demeure peu prolixe sur le brie noir. Quand son homologue " blanc" véhicule anecdotes fleuries et accumule titres de noblesse, le brie noir est régulièrement passé sous silence. Sans doute parce que le fromage a longtemps été considéré comme une déclinaison austère du prince des desserts ; une nourriture paysanne quand le brie de Meaux trônait sur les tables des têtes couronnées. La délicatesse et le raffinement pour l’un ; l’aspect rugueux et la puissance pour l’autre.

 

Les deux sont pourtant intimement liés. D’ailleurs, le brie noir ne doit vraisemblablement son existence qu’à une production aléatoire et un vil souci d’économie. L’usage voulait ainsi que l’excédent de production finisse en brie noir. Rien ne se perd, tout se transforme. De même que, plus tard, les bries jugés insatisfaisants ont à leur tour alimenté les caves à bries noirs. Trop petit, trop sec, tout écart condamnait le fromage à un affinage supplémentaire. « Tous les fromages qui ne correspondaient pas aux canons du brie, on les laissait sécher pour ne rien perdre », confie Pierre Bobin, de la Société fromagère de la Brie.

 

Fruit d’un produit à l’origine déclassé, prince des desserts déchu, le fromage à la croûte noire vendu moins cher s’adressait aussi à une autre clientèle. En témoignent ses surnoms de brie des moissons ou même de brie des vendanges, parfois, lorsqu’il était consommé par les vendangeurs de la Champagne voisine. Sa pâte, moins crémeuse, lui assurait un maintien et glissé dans le casse-croûte des ouvriers agricoles, le fromage s’accommodait bien mieux des fortes chaleurs.

 

La suite ICI 

 

« Le brie noir peut briser vingt ans d’amitié » dicton briard

 

« C’est qu’il est moins raffiné, moins glamour, le bougre, et sa puissance déclamatoire est à l’échelle de son originalité et de sa redoutable longueur en bouche. »

 

« Les anciens le consommaient avec un peu de beurre, trempé dans le café du matin pour atténuer la force de son goût. Mais c’est aussi de cette manière que l’on consommait le maroilles dans sa province pas si éloignée. »

 

« Cependant, le dinosaure revient aujourd’hui des oubliettes perfectionnistes. Quelques amateurs éclairés retrouvent le goût de « l’authentique » et des fromages tonitruants. Et de ce fait, une poignée de d’irréductibles affineurs de  la brie ont de nouveau laissé dormir les bries noirs de  Melun ou de Meaux dans leurs caves fleurant l’ammoniac, où l’atmosphère est soigneusement confinée, pauvre en oxygène et riche en gaz carbonique. »

 

« Ultime revanche : ce brie confidentiel, jadis bas de gamme destiné aux besogneux, se vend désormais ostensiblement sur les marchés de Seine-et-Marne, et parfois plus cher que son cousin blanc raffiné de l’AOP. »

 

« le brie noir est aussi, paraît-il, exporté au Japon en quelques exemplaires chaque année.

Brie noir de Melun (Entier) ICI 

 

35,80€

 

Une tranche de pain grillé, une lichette de beurre et une tasse café de noir accompagneront divinement le Brie noir de Melun. C’est un fromage sec et friable, qui se casse en petits morceaux à suçoter.

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 06:00

C’est sa fille, Laura Truffaut qui le déclare ; il écrit à Fanny Ardant et lui propose un rendez-vous aux Films du Carrosse.

 

Le texte qui suit est extrait de François Truffaut d’Antoine de Baecque et Serge Toubiana chez Gallimard biographies.

 

Les seuls critiques qui soient passés à la postérité : les jeunes turcs des Cahiers du cinéma  François Truffaut le chef de bande en tête !

 

Ils se revoient régulièrement, déjeunant à la boulangerie du coin de la rue Marbeuf et de la rue Robert Estienne, un des endroits favoris du cinéaste.

 

Truffaut s’apprête à tourner  Le Dernier Métro, « le film suivant sera pour vous » lui promet-il.

 

Fille de colonel de cavalerie, née à Saumur, Fanny Ardant a d’abord suivi son père dans ses diverses missions à travers l’Europe, notamment en Suède, où le colonel Ardant est attaché militaire, puis, à partir des années soixante, à Monaco, où il est l’un des conseillers de la garde personnelle du prince Rainier. L’éducation de la jeune  fille se fait dans la pure tradition aristocratique, « à la Don Quichotte », dira Fanny Ardant. Même si sa famille n’est pas riche, elle mène un grand train de vie : écoles privées, grands lycées français à l’étranger, bals en robe du soir et courses de chevaux…À Aix-en-Provence, Fanny Ardant, à vingt ans, suit un cursus de trois ans à la faculté de sciences politiques, où elle rédige un mémoire sur Le Surréalisme et l’Anarchie. Elle s’installe ensuite Paris, après un bref séjour à Londres. Mais le théâtre l’enlève à sa carrière universitaire au milieu des années soixante-dix…

 

Plus tard, parlant de Fanny Ardant, Truffaut avouera qu’il a été séduit « par sa grande bouche, sa voix basse aux intonations particulières, ses grands yeux noirs, son visage en triangle »

 

Le prochain film ce sera La femme d’à côté.

 

« Le mal d’amour est une maladie. Le médecin ne peut pas la guérir : sous cet exergue tiré d’une vielle chanson française, le scénario propose l’une des histoires les plus limpides et des plus tragiques de François Truffaut.

 

Truffaut présentait La femme d'à côté comme l'histoire limpide d'une passion amoureuse moderne. Il y déploie pourtant une extraordinaire maîtrise et un style d'une perfection inégalée pour rester à distance de cette œuvre sombre où rien ne semble pouvoir contrôler ou apaiser la force des passions. Mathilde et Bernard, en reprenant leur liaison, basculent dans un passé tragique qu'ils croyaient avoir exorcisé. Madame Jouve qui fuit le retour de son ancien amant pour lequel, vingt ans avant, elle avait voulu mourir en se jetant dans le vide et qui garde dans son corps les stigmates de cette passion, présente la seule alternative civilisée à la force archaïque des passions. Dès la fin du générique, c'est à elle que Truffaut délègue la mise en forme du récit : elle sera narratrice et témoin de l'irruption du désordre passionnel dans l'ordre social.

 

Face à Depardieu, colosse emporté par la colère, Ardant se consume. Ce chef-d’œuvre de Truffaut est le sien.

 

Avant la sortie du film le 30 septembre 1981, les premières réactions sont unanimes, et plusieurs saluent la naissance d’une grande actrice ; « Fanny Ardant brûle tout entière d’une flamme étrange et romantique, elle est une sorte de Parque inquiétante dont le regard sombre et l’obsession rappellent à la fois la Maria Casarès d’Orphée et l’Adjani d’Adèle H. »

 

François Truffaut et Fanny Ardant forment un couple singulier. D’un commun accord, ils ont décidé de ne pas vivre ensemble, de conserver chacun son indépendance, même s’ils sont presque voisins, dans le XVIe arrondissement : « J’adore les grandes familles, confie Fanny dans Elle, mais pour moi l’amour doit rester clandestin, sans bague au doigt. J’aime aussi les grandes maisons, mais pas les couples. La bénédiction du curé signe un contrat d’enlisement ! Il ne faut pas vivre ensemble. C’est tellement merveilleux de se donner rendez-vous ou d’être chez l’autre comme en visite. » À trente ans, Fanny Ardant a construit sa vie en marge. « Les marginaux comme mou viennent souvent de famille très strictes, répressives… parce qu’elles donnent un goût forcené de la liberté. » Elle vit seule avec Lumir, sa fille née en 1975, prénommée ainsi en hommage à l’héroïne du Pain dur de Claudel. Ils partagent ce « goût forcené de la liberté », et un même penchant pour la fantaisie, une certaine légèreté, un plaisir de raconter des histoires, l’envie de travailler ensemble et une admiration réciproque. Ils ont une même passion pour la lecture. Chez Fanny, on voit des livres partout, un piano et quelques gravures sur des murs blancs. Ils aiment Balzac, Proust, Miller, James et Fanny lit aussi Julien Gracq, Jane Austen, Elsa Morante et Scott Fitzgerald. Pour se voir, ils se donnent rendez-vous, plusieurs soirs par semaine, au restaurant, au cinéma, chez l’un ou chez l’autre. Ils tiennent plus que tout à ces amours presque clandestines.

 

Image associée

 

Voilà, c’est écrit.

 

En 1982, j’assisterai à une pièce de théâtre à la Comédie Française aux côtés du couple Truffaut-Ardant, plus précisément à la droite de Fanny Ardant, rien d’extraordinaire à cela, rien qu’un souvenir.

 

Mais, lorsque je découvre dans le journal Le Temps de Genève une interview de Fanny Ardant j’ai envie de vous en faire profiter. ICI 

 

Fanny Ardant: «Toute personne obsédée par l’amour est protégée»

 

Elle dit qu’Homère et Dostoïevski l’ont forgée, que la passion amoureuse est une bombe à retardement, que la vieillesse est une insolence. Fanny Ardant joue «Hiroshima mon amour» de Marguerite Duras, ce week-end à Neuchâtel et à Pully. Paroles d’une immense actrice qui a souvent dit non.

 

«Vous avez rendez-vous avec Fanny?» demande le jeune homme du bar. Il pleut sur Saint-Germain, pluie sépia du dimanche et on attend Fanny Ardant. Dans le miroir des songes passe alors la silhouette de nos légendes, la Mathilde qui guette, depuis la fenêtre, Bernard alias Gérard Depardieu, son amour, sa folie, dans La Femme d’à côté, le film de François Truffaut.

 

Il est midi à Paris et Fanny Ardant entre à vive allure, trench-coat bleu encre, lunettes fumées comme une Penthésilée des villes. Ce week-end, elle jouera Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras, au Théâtre du Passage à Neuchâtel et à l’Octogone de Pully, invitée de leurs directeurs respectifs, Robert Bouvier et Yasmine Char.

 

«La Femme d’à côté? Non seulement c’était mon premier film, mais c’était tout ce que je croyais de l’amour, ce que je croyais de la vie. On y meurt d’amour comme Tristan et Iseult.» C’est ainsi que ça commence avec Fanny. Sur les braises.

 

- Qu’est-ce que le théâtre pour vous?

 

La scène, c’est comme une mise à mort.

 

- Vous exagérez!

 

Il faut dire la chose et risquer de mourir si on ne la délivre pas. C’est pour cela que je ne peux pas jouer six mois un même spectacle. Je ne veux pas m’habituer. Le théâtre, c’est une éruption, un incendie, entre deux portes. Sur scène, vous êtes nue, seule dans l’arène. Alors qu’au cinéma, on est plus protégé, plus chouchouté.

 

- Vous avez joué, au début de votre carrière, Corneille, Racine, Claudel… Quelles sont les partitions que vous recherchez?

 

Je ne suis pas assez professionnelle pour pouvoir tout jouer. Je dois avoir un désir, tellement aimer un personnage que rien au monde ne m’empêcherait de le jouer. Je ne trouve pas qu’il faille banaliser le sentiment. Il faut que l’horreur et le sacré se mélangent, qu’on touche au sublime. Les Américains disent: «A boy meets a girl.» C’est plus compliqué que cela, sinon la littérature s’évanouit. C’est la langue qui permet de donner ses lettres de noblesse à l’être humain.

 

- Ecrivezvous?

 

Des lettres seulement, à la main. Pour remercier ou demander pardon.

 

- Des lettres d’amour?

 

Oui. Je me demande ce qu’elles sont devenues. Mais je n’ai jamais tenu de journal. J’en ai lu, des journaux d’écrivain. C’est une discipline magnifique.

 

- Pourquoi n’avoir jamais tenu de journal?

 

Parce que je vis dans un désordre absolu. Je me dépêche toujours, pour me lever, pour me coucher. Il faut avoir du temps pour écrire. Et moi, j’ai envie de lire. Je ne lis pas les journaux, parce qu’il faut choisir entre les informations et les livres. Je n’aime pas la politique, contrairement à Duras.

 

- Vous n’avez jamais été engagée?

 

Jeune, oui. J’admirais les bolcheviks, les poètes comme Maïakovski qui voulait changer le monde et qui s’est suicidé, parce qu’il n’a pas supporté que son idéal soit avili. Mais je n’ai jamais voulu me limiter. J’avais horreur des partis politiques, des groupes. Parce qu’un parti écrase la plus grande richesse de l’être humain: sa contradiction.

 

«La Femme d'à côté» n'était pas seulement mon premier film, mais c'était tout ce que je croyais de l'amour, de la vie.»

 

- 15 ans est votre âge étalon, dites-vous. Pourquoi?

 

A 15 ans, j’étais structurée par le non. Je savais ce que je ne voulais pas être. Je ne voulais pas être quelqu’un de résigné, quelqu’un qui baisse la tête, quelqu’un qui cède au pouvoir, à l’argent, à la gloire. Je ne voulais pas me marier par convention, je ne voulais pas avoir des enfants pour faire comme tout le monde. J’avais une grande méfiance vis-à-vis du monde bourgeois. Je savais que la grande bourgeoisie est un danger parce qu’elle offre une douceur de vivre. La douceur de vivre par définition amenuise votre capacité de résistance.

 

- Avez-vous été fidèle à la Fanny de 15 ans?

 

Oui. Je crois ne pas m’être trahie.

 

- Quel rôle ont alors joué vos parents?

 

J’étais élevée par un père qui avait une qualité qui m’a marquée: l’indépendance d’esprit. Il estimait qu’on ne devait jamais réduire un être à son statut social. Il y avait des êtres humains, le reste était accessoire.

 

- Adolescente, un livre vous a-t-il modifiée?

 

J’ai lu L’Idiot de Dostoïevski et ça a été décisif.

 

- Pourquoi?

 

La position du héros, le prince Mychkine, a quelque chose de christique. Il ne s’aperçoit pas de la moquerie dont il est l’objet; il tend la main à son ennemi; il refuse d’être identifié à sa classe sociale. Je me sentais en phase avec lui.

 

- La littérature vous a forgée?

 

Oui. Parce que j’ai tout lu dans le chaos, comme un chien sauvage dans la forêt. Je dévorais la bibliothèque de mon grand-père pendant les grandes vacances, des auteurs que personne de ma génération n’a lus, comme Anatole France, Joris-Karl Huysmans. Je me souviens de cet été où j’ai avalé tout Proust, de cet autre été où ce fut Chateaubriand. Une folie totale. Avec mon père qui était balzacien, nous avions des conversations infinies sur Rastignac, Vautrin, comme si c’était des cousins. 

 

- Comment définiriez-vous le pouvoir de la littérature?

 

J’ai compris très jeune qu’elle n’est pas faite pour vous cultiver, mais pour vous ouvrir les portes, pour vous protéger, pour vous consoler, pour magnifier la vie.

 

- Que relisez-vous sans cesse?

 

L’Iliade. Dès qu’il y a une nouvelle traduction, je la relis pour découvrir quelque chose qui m’avait échappé. Je dois beaucoup à cet égard à l’helléniste Jacqueline de Romilly. Je lis pour m’étonner, jamais en pensant à l’usage professionnel que je pourrais faire d’un texte. J’ai toujours dans mon sac à main un livre.

 

- Quel est-il aujourd’hui?

 

Le texte que je joue à Paris, La Passion suspendue, entretiens entre Marguerite Duras et la journaliste Leopoldina Pallotta della Torre.

 

«Michelangelo Antonioni ne pouvait plus parler après son AVC. Pour «Par-delà les nuages», en 1995, nous étions suspendus à ses expressions. Quand il était satisfait, il pleurait. Et c'était bouleversant.»

 

- Les grands auteurs sont-ils inconvenants?

 

Dans La Passion suspendue, Marguerite Duras dit que la littérature doit représenter l’interdit, ce que les gens ne disent pas normalement. Elle doit être scandaleuse. Je comprends tellement ça. La parole durassienne est encore plus jouissive en cette période où, sous l’influence de l’Amérique, le politiquement correct et ses petits professeurs règnent. Tout le monde est sommé de s’excuser, de rentrer dans l’ordre. Je déteste cela.

 

- Le mouvement #MeToo vous irrite-t-il?

 

Oui, quand cela vire à la chasse aux sorcières, aux vindictes, aux accusations à l’emporte-pièce. Quand la justice prononce un non-lieu, personne n’en parle. Or il y a de vrais crimes.

 

- Si je vous dis «La Femme d’à côté», quelle est l’image qui vous revient tout de suite?

 

Ce souvenir: nous étions entassés dans la petite chambre d’hôpital où mon personnage est soigné, dans les limbes de la folie. Gérard Depardieu racontait des histoires de tournage et on riait, on riait. Tout d’un coup, François, qui était très gai, a dit: «On y va.» Et là, en un instant, nous avons plongé dans le vif du sujet. Même quand c’est tragique, le jeu doit être bordé par la joie.

 

- C’est ce que vous appelez l’urgence?

 

Oui. Le film a été tourné très vite, en six semaines, dans la région de Grenoble. François avait écrit le synopsis. On tournait le samedi. Et tous les dimanches, il écrivait les dialogues de la semaine suivante. Nous étions comme des chats sur le rebord du toit. Et c’était magique.

 

- Connaissez-vous la nostalgie?

 

(Silence.) Ce n’est pas la nostalgie du temps qui est passé, c’est la mélancolie de ce qui ne sera plus. Depuis très jeune, je suis frappée par le «nevermore», le «jamais plus.» Ça peut être de grandes vacances qui ne reviendront plus.

 

 

- La mort vous fait-elle peur?

 

Mais non! Au contraire, c’est une alliée. Elle donne la mesure de tout, elle nous dit que ce qu’on croit grave ne l’est pas tant que ça.

 

- Vieillir, pour vous…?

 

La vieillesse est liée à l’insolence. Les jeux sont faits (elle claque des doigts). On est comme le boxeur sur le ring qui sait qu’il subira le dernier KO. Mais on fait son match jusqu’au bout. Quand je vois des acteurs qui se battent pour la place de leurs noms sur l’affiche, je ris. Toute la nouvelle génération a peut-être oublié qui était Anna Magnani. Je suis convaincue de cela: sic transit gloria mundi.

 

- Vous n’avez pas peur qu’on vous oublie?

 

Non!

 

- On ne vous oubliera pas!

 

(Rire allègre.) Qu’est-ce qui a survécu depuis les Grecs? Très peu de choses. C’est pour cela que c’est l’instant présent qui est important. Il ne faut pas avoir de stratégie, il faut jouir de la vie qui passe, tout en n’étant pas dupe. Je ne suis pas un sage, mais je considère la mort comme un état qui donne sa raison d’être aux choses. J’ai plus peur de la mort des autres, de ceux que j’aime.

 

La suite ICI

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 06:00

La cave des Papilles, rue Daguerre, à quelques tours de roue de chez moi, est l’un des hauts lieux des vins nu ; la crème des vignerons naturiste s’y presse pour y faire licher leurs nectars qui puent (appellation contrôlée par les beaux nez amateurs des grands vins). D’ordinaire j’y vais point, trop de monde, trop de blablateurs qui se poussent du col, suis pas un dégustateur patenté, en un mot je suis chiant, un vieux loup solitaire.

 

Comme l’exception confirme la règle lorsque les gars des Papilles m’ont informé qu’ils recevaient Marc Soyard j’ai décidé d’y aller.

 

Pourquoi ?

 

Samedi 13 octobre nous avons le plaisir de recevoir Marc Soyard pour une très belle dégustation de 16h à 20h.

 

Marc Soyard est un grand gaillard à la douceur extrême et à la volonté très affirmée. Jeune vigneron d’une trentaine d’année, formé pendant 6 ans chez Jean-Yves Bizot, il s’est vu confié en 2013 par le Grand Dijon et la Chambre d’Agriculture la gestion d'un domaine de 8 ha de vignes à 10kms à l'ouest de Dijon.

 

Marc est un non interventionniste qui fait des vins fins et sans soufre. Son vœu est d’amener la réputation prestigieuse de la Bourgogne jusqu’à Dijon en produisant des vins hauts de gamme. Et il y réussit parfaitement !

 

Je n’ai pas été déçu du voyage.

 

La cave des Papilles était bourrée, pour accéder jusqu’aux nectars de Marc Soyard fallait jouer des coudes. Comme de bien entendu, un jeune homme propre sur lui, avec la gravité qui sied au dégustateur, pompait l’air du vigneron à propos de la vinification sans soufre. Celui-ci, bon prince, lui expliquait le pourquoi du comment. 

 

 

J’attendais patiemment mon tour, alors que j’ai horreur de faire la queue, ce qui me laissait le temps d’observer ce grand gaillard, costaud, un côté Barberousse le pirate  ICI  version nounours, un regard franc, un mélange de douceur et de volonté.

 

Lorsque j’ai dactylographié, dans le titre de cette chronique, son patronyme Soyard, le correcteur orthographique, qui n’en rate pas une, m’a suggéré Boyard

 

 

Du côté vins, que du bonheur, surtout du côté de ses vins de négoce (et un peu de ses vignes à Villers-la-Faye en Hautes-Côtes-de-Nuits, 15 ares), avec de belles étiquettes dessinées « Le chardonnay, et Ripopée « C’est un copain qui a des raisins dans le Val de Saône. Des vignes qui sont en bio depuis 60 ans ! »

Suis un extrémiste du vin nu !

 

Les Papilles me disent :

 

La Ripopée

 

« Un Bourgogne. C’est un assemblage de 4 cépages et il faut les trouver ! » plaisante-t-il !

 

On donne assez vite notre langue au chat.

 

« C’est gamay, pinot noir, melon de Bourgogne et chardonnay. »

 

« Ah oui ? »

 

« Deux blancs, deux rouges ! 100% grappes entières et élevé 18 mois en fûts de chêne.» Assemblage atypique pour un très joli résultat, avec beaucoup de fruit et une très belle structure.

 

« Tout est en pressurage direct, vinifié en même temps. »

 

« La Ripopée, en fait c’était en fin de soirée tu prenais toutes les bouteilles, tu mélangeais tout et ça faisait une ripopée ! »

 

Mais Marc Soyard c’est surtout le Domaine de la Cras qui lui a été confié en 2014 par le grand Dijon et par la chambre d’agriculture de la Côte d’Or.

 

Vignoble cépage Chardonnay © Grand Dijon

 

En 2013, la ville de Dijon a acheté une propriété agricole de 160 hectares appelée Domaine de la Cras, dans le but de maintenir sa ceinture verte et une agriculture péri-urbaine vivante. Le vaste domaine situé à l'ouest de Dijon, à 10 km du centre-ville

 

L'ancien propriétaire avait déjà construit une cave et planté 8 has de vignes (5 ha en rouge et 3 ha en blanc) sur des terres classées Bourgogne AOC, avec cette possibilité de planter 13 hectares de plus.

 

Un appel à propositions a été organisé pour décider qui prendrait en charge la vinification. Les principaux critères étaient :

 

1. les vignobles cultivés de manière biologique

2. le (la) vigneron(ne) devait être un(e) jeune viticulteur(trice) sans vignoble familial existant

3. Accepter d’ouvrir le domaine au public pour des visites éducatives.

 

En 2014, le « gagnant », Marc Soyard a été choisi. La ville de Dijon lui a donné le loisir de vivre sur le domaine, de s'occuper des vignes, de produire et de vendre ses propres vins. Marc Soyard doit payer une location à la ville de 2000 bouteilles par an. La ville de Dijon a choisi d’autres jeunes agriculteurs pour gérer d’autres projets sur les 140 hectares restants du Domaine de la Cras.

 

Les 8 hectares ont été plantés en 1983 par Jean Dubois, l’ancien propriétaire, un céréalier qui s’était pris de passion pour la vigne au point de suivre l’école de viticulture à Beaune.

 

« Il a l’ambition de produire des vins de Bourgogne vendangés à la main et vinifiés en haut-de-gamme : voilà qui ranimera la réputation des vins de Dijon au sujet desquels le Dr Jules Guyot, écrivait déjà, en 1855 : « il y a un siècle à peine, on eût trouvé sur le territoire de cette commune [de Dijon] des vins d’une grande valeur, appréciés à la fois et dans le pays et dans l’étranger. Aujourd’hui il ne reste plus que quelques hectares cultivés en plants fins (...) et tout annonce que bientôt les derniers bons vins auront disparu de son vignoble ».

 

« À cela une raison : les vins de Dijon présentaient « un feu et une vinosité très grande »: en clair, imbuvables avant « un certain nombre d’années, souvent dix ou huit ans ». Trop long pour le consommateur, déjà pressé à l’époque !

 

Marc, vigneron non-interventionniste et proche nature, veut produire des cuvées haut de gamme, histoire de tirer la couette du prestige Bourguignon vers Dijon.

 

Marc travaille en biodynamie depuis 2016.

 

« Quand j’ai repris en 2014, tout était en chimie. J’ai tout passé en bio. Je laisse de l’air pour que la vie puisse passer dans les sols. Les lombrics commencent à revenir. Il commence à y avoir plein d’insectes partout dans les sols. Ça commence à être sympa comme vignoble. »

 

Je suis reparti avec dans ma petite musette 4 litrons :

 

 

Dedans y a aussi un vin primeur « le Déprimeur ».

Vins de Bourgogne
Domaine de la Cras
21370 Plombières-lès-Dijon – Côte d’Or

Marc Soyard

06 71 68 07 63
domainedelacras@marcsoyard.fr Image associée

 

 

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 06:00

 

Rappelez-vous, « Jeff » L.B Jefferies, photographe de presse, le flegmatique James Steward, s’est cassé une jambe au cours d'un reportage sur un circuit automobile se retrouve dans un fauteuil roulant ce qui l'oblige à rester dans son appartement new-yorkais de Greenwich Village, dont la fenêtre donne sur une petite cour et plusieurs autres appartements. C'est un mercredi d'été et il fait particulièrement chaud. Jeff passe son temps à observer ses voisins qui, pour s'aérer, laissent leurs propres fenêtres ouvertes.

 

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Rear Window c’est de l’Alfred Hitchcock pur en août 1954 aux États-Unis et le 1er avril 1955 en France. Il a été présenté à la Mostra de Venise de 1954. Et puis, il y a Grace Kelly.

 

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Comme vous le savez dans un passé récent à la suite d’abord de l’adjonction d’une hanche en porcelaine puis d’une grosse gamelle à vélo, côtes cassées, poumon perforé, je me suis retrouvé longtemps alité. Ma fenêtre sur cour donne sur la prison de la Santé, pas lerche à observer. Alors, tout en écoutant FIP en boucle, lisant des tonnes de romans, je me suis abonné à une flopée de comptes twitter pour suivre l’actualité.

 

Et là qu’ai-je vu ?

 

Le bal des m’as-tu vu ?

 

Comme la belle-mère dans Blanche-Neige « Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? »

 

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Sur Twitter c’est majoritairement des mâles « Miroir mon beau miroir suis-je bel ou beau ? »

 

Des gens connus, bien sûr, mais aussi des gens que je connais personnellement, et là, au fil des jours et des tweets, tel un profiler, un voyeur à sa fenêtre, untel ou untelle dessinait avec délectation son image, une belle image, cultivé(e), supérieurement intelligent (e), des avis sur tout et le contraire de tout, de beaux enfants, rarement mention du conjoint ou de la conjointe, de beaux voyages, de belles tables, des photos avantageuses, comme dirait Pax des paons, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

 

Précision d’importance : je ne poste aucun Tweet, seul mon blog chaque matin y est automatiquement publié. De temps à autres je balance une vanne sous un tweet pour le plaisir. Attention, si le monsieur ou la madame ne goûte pas mon humour le risque est grand de me voir privé de l’accès à son compte, ainsi Emma Ducros, journaliste à l’Opinion, très branchée pesticides, que j’appelais la boulangère, elle a avait fait des ménages grassement payés, m’a viré. Ternir la belle image publique est mal venu.

 

Et si grâce à Tweeter je me faisais recruteur ?

 

Dans mes jobs dans le secteur privé j’ai eu affaire avec les cabinets de recrutement, les chasseurs de têtes, je regrette que Twitter n’existait pas à cette époque c’eut été facile d’écrémer les candidats en dessinant leur vrai profil loin de leur belle image présentée par eux. Tous les chassés que j’ai connus, recrutés par la holding, se sont révélés inadaptés à leur fonction, de gros flops.

 

Une anecdote : lorsque je me retrouvai sur le marché en 1986 après mon passage au cabinet de Michel Rocard ministre de l’agriculture je n’avais nulle envie de retourner pantoufler à l’Office des fruits et légumes où l’on voulait me bombarder directeur-adjoint. J’ai fait les petites annonces du Monde, j’en ai dégotté une qui fleurait bon ce que dans notre jargon appelions les OPA. J’y répondis. Je passai plusieurs entretiens avec le chasseur qui, au bout du bout me sélectionna et me plaça numéro 1 de son choix. Dans ma petite Ford d’intérieur je bichais, j’imaginais la tête des patrons de la FNCA en découvrant ce choix. Ils furent très sport, Yves Barsalou le Président et Lucien Douroux le secrétaire-général me reçurent et, chacun à leur manière, ils me flattèrent, me tressèrent des couronnes, tout en me disant qu’ils voyaient mal un « socialiste » mener à bien la privatisation du Crédit Agricole. J’en convins en leur précisant que j’avais fait ce tour de piste pour voir jusqu’où j’irais mais, qu’en dépit des émoluments élevés, de la voiture et du logement de fonction, je me voyais mal directeur de la FNCA. Bref, ils recrutèrent un énarque de Bercy, plus apte que moi à faire la tambouille (conflits d’intérêt connaît pas)

 

Autre piste : la DGSI et le fisc

 

Une mine, ils doivent se régaler devant leurs écrans.

 

Et moi, quel profit je tire de ce voyeurisme ?

 

Aucun, sauf de me gondoler grave lorsque je croise un ou une addict de Twitter, bien sûr je n’en laisse rien paraître, je donne le change. Ce n’est pas bien du tout j’en conviens mais pourquoi me priverais-je du petit plaisir de ce théâtre des vanités. Je n'ai pas trouvé de passe-temps plus inutile.

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

 

Voici la mère de tous les avertissements fictionnels. Il en existe de nombreuses variantes, la plupart parodiques.

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 06:00

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Désolé, je n’ai pas pu résister, alors que le grand tonneau de Bordeaux et Bordeaux Sup déborde jusqu’à se déverser dans le caniveau des vins sans IG, la nouvelle est tombée, elle a fait bander les chroniqueurs patentés, dont bien sûr le furet Y. Castaing, le Château Cantenac Brown un Margaux 3e Grand Cru Classé 1855 ICI  vient de tomber entre les mains des propriétaires d’URGO et de Mercurochrome.

 

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Le bruit courrait, même que l’ogre Bernard Magrez, l’Ali Baba aux 40 châteaux, s’y intéressait, mais le Bernard a jeté l’éponge : « Le prix exigé par le vendeur est de la folie. »

 

Normal, Cantenac Brown fut fondé en 1806 par John Lewis Brown, un négociant écossais grand amateur de vin. Il est ensuite passé de mains en mains.

 

Jacques Boyd, écuyer du Roi, acheta en 1754 quelques terres sur la paroisse de Cantenac, créant ainsi un domaine viticole qui donnera naissance à deux propriétés : Boyd-Cantenac et Cantenac Brown. En 1806, John Lewis Brown, un français d'origine écossaise achète des vignes qui prennent le nom de Cantenac-Brown. Il y fait construire une maison bourgeoise de style Tudor. C'est là que John-Lewis Brown, futur peintre animalier et petit-fils du fondateur de la propriété, passa son enfance. Le château est vendu en 1843 à un banquier du nom de Gromard. Ce dernier est à la tête du domaine en 1855, date à laquelle la propriété est classée troisième grand cru classé sous le nom de Boyd.

 

En 1860, le vignoble fut vendu à Louis Armand Lalande qui lui donne le nom définitif de Cantenac Brown et qui le modernise, faisant construire la plus grande partie de ce qui deviendra vraiment un château, conservant l'architecture de la première bâtisse. Madame Edouard Lawton (née Lalande) transmet la propriété en 1935 à son fils Jean, qui la céda en 1968 à la famille du Vivier. En 1987 la propriété fut vendue à la Compagnie du Midi, qui entreprit de rénover les chais. Il est racheté par AXA Millésimes en 1989. En 2006, le château est repris par la famille Simon Halabi qui décide de donner une nouvelle impulsion à Cantenac Brown en s’entourant de José Sanfins et son équipe. 

 

Famille Le Lous

 

Entrée dans le classement 1998

Position dans le secteur

 

#99 sur les 500 PLUS GRANDES FORTUNES DE FRANCE 2019

1 000 M€ le 03/07/2019

 

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Biographie de la Famille Le Lous

 

La famille Le Lous est la famille fondatrice du laboratoire Fournier et du spécialiste de la cicatrisation Urgo. En 1880, Eugène Fournier et Pierre Bon créent une droguerie médicinale à Dijon qui se développe rapidement. Soixante ans plus tard, Jean Le Lous, jeune pharmacien de 29 ans, prend la tête des laboratoires Fournier. La marque Urgo voit le jour en 1958, lorsque Jean Le Lous décide de créer une marque de pansements prêts à l'emploi, accessibles aux particuliers. Après une carrière d'enseignant à l'ESSEC, son fils Hervé Le Lous fonde les laboratoires JuvaSanté en 1987 et lance les compléments alimentaires Juvamine, largement plébiscités à la télévision. En 1996, cet ancien de l'ENS et de Stanford rachète la marque Mercurochrome. L'année suivante, il met la main sur un des spécialistes français de la phytothérapie, SuperDiet et sur l'anti-parasitaire Marie-Rose. En 2000, Urgo Medical voit le jour, spécialisé dans les produits destinés aux plaies plus graves ou invalidantes. Depuis, le groupe a accéléré ses acquisitions : Herbesan, OM3 et Alvityl en 2007, Ricqlès en 2008, Belloc en 2009, le brésilien LM Farma en 2011, le polonais Bioprofil en 2012, l'italien Agave en 2013 et l'indien Eucare en 2016.

 

Après avoir changé de nom pour Vivasanté en 2003, le groupe redevient Urgo en 2015 dont le siège est situé à Chenôve, en Côte d’Or, en Bourgogne.

 

Eulala un bourguignon en terre bordelaise, Tristan Le Lous, 40 ans, est ingénieur agronome.

 

Bourgogne: à la barre d'Urgo, Hervé Le Lous fait la course en tête

 

« En quarante ans, ce passionné de voile a bâti un petit empire dans les compléments alimentaires et les pansements. N°3 européen du secteur, Hervé Le Lous président du groupe Urgo emploie plus de 3000 personnes.

 

La patience et le travail finissent toujours par payer. Et ce n'est pas Hervé Le Lous, qui tire des bords depuis son plus jeune âge et n'avait, jusqu'ici, jamais gagné la moindre régate, qui dira le contraire. En juin dernier, à 67 ans, le président du groupe Urgo » la suite ICI 

 

Dijon : les enfants du président du groupe Urgo vont lui succéder à tour de rôle tous les trois ans

 

Son président Hervé Le Lous va passer la main à ses trois fils, qui se succéderont tous les trois ans. ICI 

 

À l’heure où la RETRAITE est à l’ordre du jour, celle d’Hervé Le Lous va être fort occupé.

 

« La découverte de Chateau Cantenac Brown est avant tout une histoire de cœur. L’apparition de ce château de style Tudor dominant l’estuaire de la Gironde et ses brumes matinales est à chaque fois pour moi un moment d’émotion extraordinaire » déclare Tristan Le Lous.

 

« Ce projet répond à une passion familiale pour les vignes et à un goût que je nourris pour les grands vins, notamment pour la région de Bordeaux que j’ai appris à connaître grâce à mon épouse originaire de la région. Château Cantenac Brown est l’un des joyaux du Médoc. En tant qu’ingénieur agronome, je porte beaucoup d’ambition pour ce grand cru, compte-tenu de la qualité exceptionnelle de son terroir. Notre défi, avec l’expertise reconnue de José Sanfins et de toute l’équipe, sera d’apporter une précision millimétrique à chacune des étapes du parcours technique de fabrication pour élaborer, année après année, l’un des meilleurs vins de Margaux », explique Tristan Le Lous

 

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Voilà ce qui devait être dit et, sans chercher des poux dans la tête (Marie-Rose) à certains pisseurs de copie vinique, tout en leur conseillant de prendre de la Juvamine pour nous informer complètement, je constate en effet qu’ils ne sont pas foulés en se contentant de broder sur la même trame.

 

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 07:00

randy newman

Randy Newman sera en concert à La Cigale le mardi, 23 juin 2020 à 19:30

 

Randall Stuart Newman ouvre les yeux pour la première fois le 28 novembre 1943, à Los Angeles, en Californie. Il grandit dans une famille juive, entouré de l'affection de sa mère, employée de bureau, et d'un père spécialiste des maladies organiques. La suite ICI 

 

Randy Newman a toujours été une anomalie dans le domaine de la musique populaire depuis les années 70. Non seulement son style musical empruntait à Gershwin ou au jazz New-Orleans mais ses textes étaient de véritables vignettes psychologiques dans lesquelles sa verve satirique, voire caustique pouvait s’exercer. Parfois, pourtant, il montrait une certaine tendresse envers ses personnages, et, en parallèle à ses musiques de films, ses évocations d’une certaine Amérique « profonde », bien que le plus souvent imaginées, sont des magnifiques exemples de réalisme. ICI 

 

C'est un pince-sans-rire, un Buster Keaton potelé, un original pratiquant l'autodérision, un chroniqueur social ironique, un piano man quelque part entre Tom Waits et Elton John... et c'est aussi un faux fainéant. En quarante ans de carrière, Randy Newman n'a enregistré que 14 albums mais signé 31 musiques de film, devenant ainsi une figure importante du cinéma américain. ICI 

 

Dr RANDY...

« Derrière son allure austère de professeur d'université, Randy Newman est un incorrigible romantique et un immense parolier: « Le chaînon manquant entre Fats Domino et... Eminem », dit Paul Simon. Sur Songbook Vol. 2, seul au piano, l'homme aligne seize merveilles: ballades cinématographiques, ragtimes enjoués, blues lubriques, chroniques de l'Amérique... L'égal d'un Bob Dylan, la notoriété en moins.

 

Car Randy Newman fait partie de ces artistes dont peu connaissent le nom, mais beaucoup la musique.

 

Si W. C. Fields et Woody Allen avaient écrit des chansons ensemble, elles auraient sans doute ressemblé à celles de Randy Newman: un cocktail de cynisme burlesque, d'ironie ravageuse et de vulnérabilité. »

Randy Newman râle toujours

Auteur d’innombrables musiques de films, Randy Newman a d'abord fait chanter les autres avant de se lancer. A contre-courant des modes, le songwriter un peu bougon crée des chansons incisives où il cible Dieu et les puissants.

Ses véritables cibles, il les trouve du côté du pouvoir. Avec George W. Bush, il s'en est donné à coeur joie. « Nos leaders actuels / les pires qu'on ait jamais eus / ne sont pourtant pas les pires / que ce pauvre monde a connus », grince-t-il dans A few words in defence of our country. Et d'aller repêcher dans l'histoire Caligula ou l'Inquisition espagnole en guise de consolation. Pour demain, son fatalisme s'éclaire un peu : « Franchement, quel que soit le vainqueur, et j'espère que ce sera Baracka, euh, Barack Obama... » dit-il, en un charmant lapsus. Son récent retour à La Nouvelle-Orléans, dévastée par l'ouragan Katrina, lui a laissé un goût amer. « Je n'en veux pas à la municipalité, d'ailleurs là-bas tout le monde s'efforce de positiver, jusqu'à l'excès. Mais le gouvernement fédéral a fait preuve d'une terrible négligence. » New Orleans, c'est la ville de son enfance. Il en a chanté les souvenirs dans Land of dreams (1988), son seul album autobiographique. La musique louisianaise l'a formé, ça s'entend encore. Aujourd'hui, Newman se produit dans des festivals de jazz. Un musicien sérieux. Pour certains, c'est juste un type qui compose des musiques de films (il a fini par avoir l'oscar pour Monstres & Cie). C'est aussi celui qui, dans une chanson, a su faire s'exprimer un Dieu drôle et cruel à la fois.

 

 

La Saga de Randy Newman ICI
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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 06:00

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Dès ma prime jeunesse, moi qui n’est jamais connu la guerre, mon grand-père revenu de la boucherie de Verdun, mon père blessé par éclat d’obus, mon frère sur la ligne Morice en Algérie, ont tenus des armes, ils n’en ont jamais parlé, je me suis enfoui dans les livres d’Histoire pour tenter de comprendre la  folie des hommes, ce siècle meurtrier, l’holocauste, et très vite la guerre civile espagnole m’apparut comme la mère de ces atrocités. 

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Choqué par la guerre, le Catalan Antoni Campañà avait toujours refusé de publier ses témoignages photographiques du conflit d’il y a quatre-vingt ans. Elles ont finalement été retrouvées au fond d’un garage d’une maison de famille.

 

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Selon le quotidien catalan La Vanguardia, il s’agit « du dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole » (1936-1939). Lors de la démolition d’une maison ayant appartenu à Antoni Campañà sont apparues, au fond du garage, deux boîtes rouges contenant plus de 5 000 photos, la plupart des négatifs, mais également plusieurs centaines de tirages.

 

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Des clichés traumatisants

 

Le photographe, mort en 1989, avait publié quelques photos du conflit à Barcelone, notamment pour La Vanguardia, puis avait cessé. « Il était républicain, démocrate et croyant, écrit le site El Diario.es. Mais l’expérience traumatisante du conflit ainsi que l’utilisation [à des fins de propagande] que faisaient les deux camps de ses photos ont fait qu’il a préféré les oublier. »

 

« Il n’a jamais voulu que l’on apprenne qu’il avait fait de photos de la guerre », témoigne son fils Antoni dans La Vanguardia.

 

Aujourd’hui une sélection de ces photos “cachées” vient de faire l’objet d’un livre, en catalan, publié par l’éditeur barcelonais Comanegra : La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”). Les photos ont été sélectionnées, expliquées et contextualisées par le journaliste Plàcid Garcia-Planas, l’historien Arnau Gonzàlez i Vilalta et le photographe David Ramos.

 

« Mais pourquoi, alors qu’Antoni Campañà ne voulait plus entendre parler de ces photos, ne les a-t-il pas détruites ? » s’interroge La Vanguardia. Le quotidien évoque une explication possible :

 

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Même si elles étaient pleines de tristesse et d’amertume, les détruire aurait signifié détruire son regard. Se détruire lui-même.

 

La suite des photos ICI 

 

 

« Ces yeux furent pour nous la première annonce des nombreuses exactions commises pendant la guerre civile. Des injustices, des assassinats, une ribambelle de cruautés qui se déchaînèrent et firent remonter en surface la part la plus abjecte de l’être humain. Les pires choses imaginables se produisirent alors. Des folies collectives et des bassesses individuelles d’une férocité déchirante. On tua au nom de la révolution, de la religion, de l’ordre nouveau fasciste de droite, du surprenant totalitarisme de gauche. On tua au nom de tout, de n’importe quoi et de rien du tout. Je vais vous dire une chose : ce fut une insulte à toutes les valeurs et à tous les droits de l’homme. Oui, il y eut de l’infamie des deux côtés. Aussi bien dans mon camp que dans l’autre. Je vous assure que oui. N’allez pas croire que j’ai perdu la mémoire et que je n’en ai pas honte. Vous vous tromperiez cruellement à votre tour… »

 

« … je vais être sincère avec vous : jamais jusqu’à aujourd’hui, je n’ai entendu la voix des fascistes qui ont gouverné l’Espagne pendant quarante ans par le sang de cette guerre demander pardon pour leur responsabilité dans tous ces massacres, qui se prolongèrent longtemps après la victoire. Jamais. Et je n’ai jamais entendu le moindre regret des catholiques non plus, ni une mise au point critique des communistes, ni des républicains de telle ou telle tendance, qui furent cependant souvent responsables d’incroyables atrocités. Alors ce n’est pas moi qui vais me mettre à présent à rendre responsables les miens, les groupes libertaires de tout ce qui s’est passé. Pendant plus de soixante ans, tous les acteurs de cette époque ont transformé le mouvement anarchiste en grandiose décharge où chacun est venu déverser ses propres immondices, pour mieux les cacher. Et il faudrait que ce soit moi qui vienne maintenant y épandre mes propres remords ? Non ! Il n’en est pas question. »

 

 

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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 06:00

Ancien Jesus petit bébé en cire  Sujet vintage de crèche image 0

Les mots délicieusement surannés

Lorsque ça n’allait pas comme elle le voulait ou qu’elle se fâchait : « Doux Jésus » implorait ma sainte mère qui ne blasphémait jamais contrairement aux hommes qui ne s’en privaient pas lançant des bordées de bondiou de bondiou

 

Là où elle est le titre de ma chronique va lui faire implorer Jésus pour qu’il me pardonne.

 

Bien sûr ici c’est le petit Jésus, le poupon rose et souriant de la crèche flanqué de sa mère Marie,  de Joseph, du bœuf et l’âne.

 

Pas de père Noël chez nous mais cet enfant conçu par l’opération du Saint Esprit. Commode puisque jamais au grand jamais la sexualité, ma sexualité fut un sujet abordé par maman, même lorsque je commençai à orner mon lit de carte de France.

 

Et pourtant je savais tout de celle de nos bêtes, j’aidais le pépé Louis à vêler les vaches, j’accompagnais la mémé Marie lorsqu’elle décida de mener Grisette la chèvre au bouc, les chevaux laissaient traîner leur monstrueux vis chez le maréchal-ferrant, on castrait le cochon, le jard se tapait les cannettes avec sa queue en tire-bouchons…

 

La chape était lourde et imperméable.

 

Alors, j’ai bien conscience en ce temps de l’Avent que chroniquer sur une expression surannée, tombée en désuétude c’est pécher

 

« S’il peut passer pour un blasphème, mettre le petit Jésus dans la crèche est plus joli que tremper son biscuit, moins vulgaire que tremper sa nouille, moins Rabelaisien que tremper son pain au pot, moins miséreux que prendre le café du pauvre. Il était donc utilisé joliment par la langue surannée jusqu’à ce qu’un conflit étrange sur cette crèche qui le compose vint mettre fin à sa présence courante, le remisant au fond du foin de l’étable dont il était sorti. »

 

À priori l’expression étudiée en ces lignes pourrait avoir un petit peu plus de deux mille ans, ce qui lui donnerait un sacré caractère suranné. Il est cependant fort probable qu’elle naquit bien des siècles après l’enfant Jésus qu’elle utilise en sujet, selon toute vraisemblance en des temps où l’irrévérence se la jouait Peppone face à Don Camillo. Étudions.

 

Né en 5 avant lui-même, Jésus de Nazareth ne semblait pas se destiner prioritairement à une carrière dans le domaine de la gaudriole. Guérisseur thaumaturge doué, il rencontrera après plusieurs miracles quelques déboires avec les autorités locales qui le condamneront à la notoriété que l’on sait…

 

La suite ICI 

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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 06:00

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L’écrivain Lafcadio Hearn (1850-1904) a aidé à faire connaître le judo dans le monde après avoir rencontré cet art martial par le biais de son amitié avec son fondateur, Kanô Jigorô. Hearn a été fasciné par le principe du judo : faire usage de la force de l’adversaire.

 

Mon titre tire profit de ce principe, non que Jean-Paul Kauffmann fût pour moi un adversaire, en m’appuyant sur la capacité de JPK à tirer la quintessence d’un ouvrage savant, en l’occurrence ici sa Préface de l’ATLAS Des TERRES SAUVAGES d’Aude de Tocqueville chez Arthaud.

 

Pour feuilleter ICI 

 

Atlas des terres sauvages

 

Cadeau idéal pour les petits souliers de Noël.

 

« Un atlas des terres sauvages. Oui, il y en a encore. Au sens où on l’entend communément, inasservi, isolé. Ces lieux à l’état de nature sont plus nombreux qu’on ne pense. Rassurant ? Pas vraiment. À côté de ces derniers sanctuaires inapprivoisés, l’homme a inventé d’autres lieux sauvages. Ils ne se laissent pas pénétrer. Ce sont des enfers.

 

L’originalité de cet atlas tient à ce mélange que l’auteur a su doser subtilement. Le désert de Danakil et les souterrains de New-York peuvent être qualifiés de sauvages mais cet état n’est pas de même nature. Le premier n’est qu’inhabité et difficilement accessible, le second qui a quelque chose d’inhumain marque un retour à la férocité primitive. Dans un stade ultime de la civilisation, l’homme a conçu une forme de sauvagerie, bien plus cruelle et impitoyable que ces terres secrètes et inviolées. À cet égard, le point Nemo dans le Pacifique Sud est éloquent : ce cimetière spatial où s’abîment  les satellites sur orbite en fin de course résume bien l’irresponsabilité de l’homme. Dans cette décharge maritime, les débris spatiaux s’accumulent. Jusqu’à quand ? Les hommes découvrent aujourd’hui que Gaïa, déesse de la Terre, attend son heure, aux outrages elle sait attendre coup pour coup ! Tchernobyl, le Deep Web, cet espace virtuel qui nous fait pénétrer dans un monde parallèle vertigineux, sont de nouvelles terres sauvages créées au nom de la culture. La question est posée : dans un rapport de domination, l’homme va-t-il réussir finalement à s’exproprier de la planète ?

 

On pourrait penser qu’Aude de Tocqueville ICI procède à une sorte d’inventaire d’avant la catastrophe. Le pire n’étant pas toujours sûr, je pense que cette recension des lieux sauvages, « anciens » et « nouveaux » comporte une note d’espoir. Les hommes aiment mettre en scène leur propre mort, n’est-ce pas la manière la plus sûre de la responsabiliser ? Car il existe encore des paradis, certes fragiles, menacés par le réchauffement climatique comme la cordillère de Darwin ou, tout simplement, par le tourisme mondialisé et l’hégémonie marchande. Ils sont comme une dernière empreinte d’ « avant » à telle enseigne qu’on se demande s’ils ne sont pas imaginaires.

 

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Les rapports de l’espèce humaine avec un monde encore indemne d’ablations déterminent notre avenir. Sans doute l’homme a-t-il commencé à comprendre qu’en arraisonnant ces derniers lieux intacts, il se condamnait lui-même. L’heure n’est plus de sauvegarder ces sanctuaires inviolés à la manière de réserves ou de curiosités naturelles. Il en va désormais non seulement de notre relation au monde mais de notre dépendance à nos semblables. Un lien de solidarité. La même appartenance à l’espace, au sacré, au temps, au vivant. À la pluralité.

 

À une époque où l’on se plaît à souligner que les dommages sont définitifs et qu’un point de non-retour est atteint dans la dégradation de notre environnement, l’atlas d’Aude de Tocqueville tend à prouver que nous vivons peut-être dans un monde où rien ne disparaît vraiment. Tout peut renaître si l’on s’en donne les moyens. Sa description du jardin Saint-Vincent devenu une friche en plein Paris ne fait pas seulement rêver. Elle fait aussi espérer… »

 

Jean-Paul Kauffmann

 

LE JARDIN SAINT-VINCENT Friche secrète FRANCE. 48°53’N – 2° 20’ E (page 120)

 

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Le Jardin Sauvage Saint Vincent constitue l’unique exemple d’un milieu naturel conservé en plein Paris ! 17 rue Saint-Vincent 75018 Paris

 

Longtemps abandonné, cet enclos pentu s’est laissé envahir par les sureaux, les digitales, les ronces, les lierres et une colonie de petites bêtes champêtres. Un jour, enfin, les paysagistes de la Ville décidèrent de réveiller ce joli jardin dormant. Mais devant tant de grâce, bêches et sécateurs reculèrent. On résolut de conserver en l’état ce site fragile et poétique pour y observer l’écosystème et la biodiversité, les bestioles de la mare, les arbres, les arbustes et la romance des herbes folles.

 

Ce petit enclos de 1500 m2 à flanc de coteau, mitoyen des vignes de Montmartre, fut aménagé durant un temps en square public, avant d’être abandonné à lui-même pendant une vingtaine d’années.

 

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En 1985, la Direction des Parcs, Jardins et Espaces verts de Paris, eut l’idée d’en faire un jardin sauvage : la pente fut consolidée, un sentier aménagé et un bassin creusé. Quelques nouvelles espèces végétales et animales y furent introduites. Depuis son aménagement, le jardin évolue naturellement.

 

Le Jardin Sauvage Saint Vincent constitue à Paris un véritable observatoire de plantes sauvages qui servaient autrefois pour la cuisine ou comme remède médicinal. Des enfants des écoles s’y rendent pour s’initier à l’écologie.

 

Pas de visite en hiver.

Infos : 01 71 28 50 56

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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 06:00
La réforme des retraites, méthode et principes avril 1991, Michel Rocard, 1er Ministre, donnait le coup d’envoi d’un grand débat national sur l’avenir du système de retraites en publiant un Livre blanc : « Demain, les retraites. Un contrat entre les générations ».

Je ne cultive aucune nostalgie rocardienne. 

 

Je me contente de verser une pièce au dossier de notre incapacité à anticiper, à réfléchir sereinement. 

 

Le Livre blanc de 1991 demeure, avec les éléments de diagnostic qu’il apportait et les principes qu’il rappelait, d’actualité.

 

Naturellement, les données ont changé depuis trente ans.

 

D’autres réformes ont modifié ces données.

 

Le débat entre retraite par capitalisation et retraite par répartition, qui opposait alors la droite et la gauche, n’est plus le cœur du débat même si certains tentent de le faire accroire en suggérant qu'une retraite par points est de la capitalisation.

 

Pressé par le Président de la République et une partie du PS d’agir plus vite sur le terrain social, il ne veut pourtant pas bousculer les choses et reste fidèle à sa méthode : établir avec les partenaires sociaux et la société dans son ensemble un diagnostic partagé, explorer les différents scénarii possibles et leurs conséquences, créer les conditions d’un choix démocratique en prenant le temps nécessaire à la négociation. Une mission d’appui, pilotée par Robert Cottave, secrétaire général de la fédération des cadres Force Ouvrière, était nommée pour animer ce débat.

 

Quelques semaines plus tard, Michel Rocard était « remercié » par François Mitterrand. De ce moment, on a surtout retenu une « petite phrase », selon laquelle ce dossier était tellement explosif qu’il pouvait faire chuter sept ou huit gouvernements…

 

Il reste qu’entendre la voix de Michel Rocard – qui manque tant au débat public aujourd’hui – exposer sa méthode, tirer de l’histoire et des exemples étrangers quelques enseignements essentiels et fixer les enjeux pour l’avenir (il s’agissait alors de l’horizon 2010…) nous a paru utile dans les temps incertains que vit notre pays. C’est pourquoi nous publions ci-dessous quelques extraits de la préface qu’il avait rédigée pour ce Livre blanc.

 

 

« Demain les retraites. Un contrat entre les générations »

 

 Extraits de la préface de Michel Rocard au Livre blanc sur les retraites

 

«[…] Nos systèmes de retraite ont réussi. Les missions qui leur avaient été assignées en 1944 par le Conseil National de la Résistance ont été pour l’essentiel atteintes. Aujourd’hui, les Français vivent mieux et plus longtemps et ils sont tous concernés à un titre ou à un autre par un régime obligatoire d’assurance vieillesse. Aujourd’hui, heureusement, la plupart des personnes âgées ne souffrent plus de la grande pauvreté. Aujourd’hui, enfin, le niveau de vie des nouveaux retraités tend à rejoindre celui des actifs. Ils peuvent ainsi plus que par le passé prendre dans notre vie sociale la place qui leur revient légitimement.

 

Tout cela n’est que justice à l’égard des générations qui par leur travail ont puissamment contribué à la prospérité du pays.

 

Maintenir ces acquis collectifs, poursuivre le mouvement de réduction des inégalités qui touchent les plus âgés de nos concitoyens, tout particulièrement les veuves, tels sont les premiers buts que je m’assigne.

 

Nous avons également vis-à-vis des générations futures un devoir de lucidité et un impératif de solidarité. Nous leur devons des choix pour garantir leur avenir.

 

C’est ainsi que nous resterons fidèles aux principes fondateurs de notre Sécurité sociale.

 

«[…] Un système de retraites est un ensemble d’obligations réciproques entre générations et professions. C’est un mécanisme d’assurance sociale qui dans tous les pays développés comporte sous des formes et dans des proportions variables un étage de base public et universel, un étage professionnel et un étage facultatif, collectif ou individuel.

 

Le système français s’est historiquement formé sur le principe de la répartition. Il comporte une assurance vieillesse de base généralisée gérée par une pluralité de régimes et des régimes complémentaires obligatoires institués à l’initiative des partenaires sociaux. Dans un tel système, les cotisations des actifs sont immédiatement utilisées pour financer les pensions des retraités. Depuis quelques années, on constate en outre un effort individuel d’épargne.

 

J’observe que reconnaître à tous les Français le droit à une retraite n’a pas suffi pendant longtemps à assurer à chacun une pension décente. Ce n’est somme toute que depuis vingt-cinq années qu’une amélioration réelle de la condition des retraités a été mise en œuvre. Le contexte des « trente glorieuses », avec la croissance, une population rajeunie, a permis cette évolution qui s’est malgré tout poursuivie dans les années de crise : c’est ainsi que l’âge de la retraite a été abaissé à 60 ans en 1982.

 

Des cotisants plus nombreux et mieux rémunérés ont permis durant quatre décennies d’attribuer à des retraités plus nombreux des pensions plus élevées. Les transferts sociaux en faveur des retraités ont atteint, en 1990, 12 % du produit intérieur brut. Au-delà de la diversité des situations et des inégalités qui subsistent, notre société a mis fin à l’insécurité des vieux jours qui planait sur nos anciens.

 

«De cette histoire, je retiens trois enseignements.

 

Si l’œuvre de généralisation entamée à la Libération vient à peine de s’achever, la vigueur des particularismes professionnels a mis en échec la grande ambition d’une Sécurité sociale unique. Il reste que toute la population active bénéficie aujourd’hui d’une couverture à titre obligatoire dans le cadre soit du régime général, soit de régimes spéciaux, soit de régimes propres à telle ou telle catégorie sociale. Par rapport à l’avant-guerre, le progrès est considérable.

 

Les différences qui subsistent entre les pensions des salariés et des non-salariés s’expliquent notamment parce que ces derniers ont fait le choix de solidarités professionnelles moins étendues. Les écarts entre les salariés du secteur public et ceux du secteur privé portent pour leur part moins sur le niveau des pensions que sur les conditions d’âge et les avantages annexes parfois plus favorables dans le secteur public.

 

Si le projet d’un système unique, uniforme, n’est plus le nôtre depuis quelques décennies, nous n’avons pas renoncé à l’idée et à la pratique d’une solidarité entre les différents régimes de retraite. Leur diversité a rendu indispensable la création d’un minimum de ressources accordé de façon égale par tous les régimes, ainsi que la mise en place de mécanismes de solidarités financières au bénéfice des régimes pénalisés par l’évolution sociale et démographique de leurs effectifs.

 

«] Gardons trois leçons essentielles de ces exemples étrangers : d’abord, les adaptations ont été préparées longtemps à lavance, et le consensus recherché a souvent été atteint ; ensuite, les leviers de la réforme ont été trouvés dans une combinaison dinstruments et l’ensemble des régimes de retraite sont concernés ; enfin, les calendriers d’application s’étendent sur plusieurs décennies.

 

Les défis qui nous sont opposés peuvent être résolus. Des solutions existent, des choix s’offrent à la société française.

 

L’un des intérêts majeurs du débat public sera de permettre de prendre le temps de la réflexion, de la mise en cohérence des propositions et de l’acceptation honnête des conséquences des choix proposés. En cette matière, j’espère que nous éviterons toute démagogie.

 

Pour ma part, avant d’envisager les avenirs possibles, je crois sage de fixer trois principes.

 

Nous devons respecter l’équité entre les générations, celle des grands-parents qui sont aujourd’hui en retraite, celle des parents qui le seront au début du siècle prochain, et celle de nos enfants qui, au-delà de 2010, auront alors à payer les retraites de leurs parents.

 

Nous devons satisfaire l’équité au sein de chaque génération, nos régimes actuels n’assurant pas toujours les solidarités espérées.

 

Nous devons évidemment assurer la maîtrise financière des régimes de retraite pour en garantir la pérennité.[…] »

ICI 

Écoutant le Livre de l’Exode « un pays ruisselant de lait et de miel » (Ex. 3,8) et entendant ses camarades parler de prospérité, d’abondance et de bonheur, un adolescent s’exclame « la Parole décrit un pays avec des vaches et des abeilles » ! À l’image de cette anecdote, ceux qui parlent de retraite oublient parfois sa raison d’être. Le raisonnement courant est simple : si notre régime par répartition est en déficit, c’est parce que nous vivons plus vieux. Or la durée moyenne d’activité (38 ans pour un homme) est de facto inférieure à la durée de cotisation requise (41 ans en 2012). Il est donc illusoire d’espérer un retour à l’équilibre financier en demandant aux salariés de travailler plus longtemps. La création de nouvelles ressources, si elle peut à court terme pallier les déséquilibres, n’apporte pas non plus de réponse fondamentale aux évolutions profondes, non seulement démographiques, mais aussi des parcours de vie. Il est urgent de repenser la question des retraites avec un paradigme qui replace la personne humaine au cœur du système.

Réforme des retraites : cinq questions sur la valeur du point et le calcul des futures pensions ICI
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