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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 06:00
L’antre du Lapin Blanc mène à tout y compris à l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm, j’y étais hier au soir pour 1 colloque Sauvegarde de la biodiversité et démocratie : les enjeux d’une transformation et, à mon grand regret, je n’y ai pas croisé le fantôme d’ « Althusser à rien »

Parmi la foule immense de mes lecteurs fidèles se détache un certain PAX qui, accompagné de sa légitime épouse, se hissa un beau soir jusque en haut de la côte de Ménilmontant pour se restaurer au Lapin Blanc de la Claire qui maintenant s’initie à la culture des carottes et des navets.

 

En ce haut-lieu incertain, aujourd’hui disparu, autour de verres de vin nu, de solides nourritures, se tissèrent des amitiés, se nouèrent des liens entre des « gens », comme le dit Mélenchon, qui ne se seraient jamais rencontrés si cette tanière d’altitude, ce bouiboui, ce rade, n’avait pas existé.

 

C’est ainsi que votre serviteur y a rencontré un bel esprit, de la bonne graine d’intellectuel, répondant au nom de Jérémie Ferrer­ Bartomeu, pour faire court : comment un vieux rocardien non révisé pouvait-il cohabiter avec un jeune tenant de la nuit debout ?

 

Mystère des atomes crochus, d’une forme de respect mutuel, de jeu de l’esprit, bref le sieur Jérémie Ferrer ­Bartomeu et moi sommes amis sur Face de Bouc où nous échangeons des plaisanteries de garçon de bain à propos du poireau du 78 rue de Varenne.

 

L’autre matin, ce coquin m’a hameçonné sur Face de Bouc pour que j’aille à un colloque :

 

Sauvegarde de la biodiversité et démocratie : les enjeux d’une transformation

 

Le Jeudi 29 novembre à 19h00 Salle Dussane, 45 rue d’Ulm à l’Ecole Normale Supérieure

 

Avec :

Bruno David, paléontologue et président du Museum national d’histoire naturelle

Barbara Pompili, députée LREM de la Somme et présidente de la Commission du développement durable et à l’aménagement du territoire

 

Après moult échanges j’ai cédé en me disant qu’aller respirer l’air de Normale Sup me ferait du bien.

 

D’un côté, les populations de vertébrés ont diminué de 60% depuis 1970 et les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, une baisse d’environ un tiers depuis 1990. Un océan de plastique est né au milieu du Pacifique. Le dernier rapport du GIEC explique, lui, que même si l’accord de Paris était respecté, les conséquences du réchauffement climatique seront catastrophiques.

 

De l’autre, la programmation pluriannuelle de l’Énergie va être révélée, la loi Alimentation a été votée, mais pas l’interdiction du glyphosate, qui le sera cependant d’ici la fin du quinquennat si l’on en croit les engagements de l’exécutif. Quant à la hausse des prix des carburants polluants, elle suscite une levée de bouclier d’une ampleur inattendue.

 

Le politique a-t-il pris la mesure de l’enjeu ? Dispose-t-il seulement des leviers pour mener une action réellement efficace lorsqu’il s’agit de sauvegarder l’avenir de l’humanité en préservant son milieu naturel ?

 

En effet, face à cet enjeu global, que peut le politique à l’échelle nationale ? Peut-on encore changer de modèle agricole ? Faut-il mettre en cause le modèle économique dominant comme l’a déclaré Nicolas Hulot lors de sa fracassante et médiatique démission ?

 

Sommes-nous réellement entrés dans l’ère de l’anthropocène, ce nouvel âge géologique où les activités humaines sont le principal moteur du changement ? Peut-être faut-il même parler de « capitalocène », où le capitalisme serait seul responsable, et appeler à un changement radical des modes de production ?

 

En matière d’environnement, comme sur les autres sujets, il faut que les différents secteurs de la société puissent faire valoir leurs intérêts particuliers auprès des décideurs politiques. C’est le propre du débat démocratique et de l’élaboration des normes communes. Mais quelle est la limite entre la légitime prise en compte des intérêts privés et la soumission à des groupes de pression organisés qui détournent l’action politique à leur profit par un lobbying intense et toujours plus efficace ?

 

Autant de questions qui touchent non seulement aux fondements de nos sociétés démocratiques, mais à la possibilité même de leur pérennité. L’enjeu, au fond, c’est notre disparition en tant qu’espèce. L’effondrement a-t-il déjà eu lieu, peuton encore nourrir quelque espoir de changer le cours des choses ?

 

ICI 

 

 La rue d’Ulm est à 10 mn à vélo de chez moi.

 

Cette rue éveille en moi des souvenirs personnels, l’Institut Curie, j’arrive devant le 45 et je constate que les jeunes pousses au crane bien fait sont des adeptes du vélo, ça me rassure.

 

J’entre dans le Saint des Saints, fais une photo avant de gagner le couloir où s’étend une queue d’attente.

 

 

Sur le mur une belle affiche. Je plaisante avec les deux jeunes, une fille et un garçon, qui me précèdent « Faire la queue ça me rappelle les beaux jours de l’URSS… » J’ajoute pour rassurer le garçon « Bien sûr vous n’avez pas connu l’URSS… » Il sourit avant de me répondre « Vous êtes libéral… » Je lui réponds que non, et lui offre un petit laïus sur le socialisme réel au bilan globalement positif. La jeune fille ne dit rien, c’est le garçon qui me pose des questions et j’y réponds volontiers sans me la jouer vieux sage.

 

Bref, nous pénétrons enfin dans la salle, madame Pompili nous annonce-t-on aura un peu de retard.

 

La salle s’emplit de  jeunes têtes bien faites, je dois être le patriarche de la séance.

 

Le colloque commence par les présentations d’usage, très universitaires, je me dis que je vais prendre des notes. Ce que je fais.

 

 

Le Président du Muséum est précis et concis ; madame Pompili, pour être gentil, nous sert un petit discours d’élue de la majorité après avoir été secrétaire d’Etat à la biodiversité sous le mandat du gros Flamby qui fait maintenant l’intéressant avec les gilets jaunes ; normal pour un pratiquant assidu de scooter.

 

Ce discours, très jérémiades, me chauffe les oreilles, je rumine et lorsque vient le temps du dialogue avec la salle je dégaine une question qui ravit ce diable de Jérémie. Je ne vous en donnerai pas la teneur afin de satisfaire ceux qui me reproche de trop ramener ma fraise et d’étaler mon expérience, de nos jours ce n’est plus de saison.

 

 

Les questions des jeunes gens sont pertinentes, je goûte sans retenue le plaisir de me faire du bien à la tête.

 

Tout à la fin, je salue Nicolas Iommi Amunategui le frère d’Antonin et Olivier Christin, directeur du CEDRE, ancien élève de l’ENS, professeur d’histoire moderne à l’Université de Neuchâtel, Directeur d’études à l’EPHE et ancien président de l’université de Lyon 2.

 

Et puis Jérémie me dis, et si tu venais dîner avec nous ? J’hésite, me retrouver au milieu de si beaux esprits. C’est au Mauzac , alors je dis oui.

 

On se met à table, nous sommes rejoints par Ariane Chemin du Monde et, bien sûr, l’essentiel de la conversation tourne autour des gilets jaunes. J’écoute, oui j’écoute, ça m’arrive, je me dis qu’ils ont la même fraîcheur et naïveté que moi en 68 mais les temps ont bien changé.

 

Les vins un Côtes-du-rhône et un Bordeaux estampillés bio sont très patapoufs, ça m’évite de picoler.

 

Je rentre chez moi requinqué.

 

C’est bien joli tout ça mais à quoi ont servi tes notes camarade ?

 

À rien, à les relire ce ne sont que des scories et je ne sens pas la force d’y mettre du liant, trop gros travail pour un résultat qui sera décevant.

 

Et puis, je me dis pourquoi tu te décarcasses pour te voir ensuite accusé par les éternels contempteurs de la Toile de te complaire dans l’évocation de ta vie, ton oeuvre...

 

Bosser gratos c’est déjà pas mal mais je dois avouer que certains me gonflent avec leurs œillères, je ne plaide pour aucune chapelle, je tente de proposer, à qui veut bien prendre la peine de lire, des pistes de réflexion.

 

Bien sûr c’est plus chiant que de s’envoyer des horions sur les réseaux sociaux.  

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 06:00
J’ai maintenant 1 corps étranger dans mon corps, un implant dit-on, suis-je concerné par « Implant Files » ?

Fin janvier, on m’a implanté une prothèse de hanche, à droite, à la clinique Arago, classée comme la meilleure de France en ce domaine. Après deux mois de convalescence, sans aucune rééducation mais simplement  le respect des préconisations de mon chirurgien.

 

Cette prothèse, titane-céramique, me fait sonner aux portiques mais a bien résisté à ma grosse gamelle à vélo qui m’a valu un petit séjour de 15 jours en pneumologie à l’hôpital Cochin.

 

Ma prothèse de hanche

 

Bref, dimanche dernier, après avoir vu errer, place de la Bastille, une poignée de gilets jaunes en déshérence, les pauvres y’avait pas de télé, toutes sur les Champs Elysées où ça castagnait, je surfais sur le net afin de trouver des références pour l’écriture d’une chronique.

 

Soudain s’affiche à l’écran : « Implant Files » : un scandale sanitaire mondial sur les implants médicaux par Chloé Hecketsweiler et Stéphane Horel

 

Je clique, c’est le Monde, je suis abonné : ICI 

Dans le Journal Le Soir je lis : Implant Files: Heavy metal, le désastre sanitaire des prothèses de hanche

 

MIS EN LIGNE LE 25/11/2018 À 18:00      PAR ANNE-SOPHIE LEURQUIN

 

Commercialisées depuis 2003, les prothèses de hanche métalliques de la firme américaine DePuy ont libéré des ions de cobalt et de chrome dans le sang de certains patients, entraînant une nécrose des tissus.

 

Une prothèse de hanche se compose de trois parties : la tige, qui s’insère dans l’os du fémur, une cupule appelée « cotyle », qui se fixe sur le bassin, et enfin la tête fémorale, une pièce qui fait la jonction entre la tige et le cotyle dans lequel elle vient se loger. Les prothèses DePuy se targuaient d’une meilleure résistance grâce à un couple métal/métal (cotyle et tête fémorale). Mais le frottement des deux pièces a libéré dans certains cas des ions métalliques dans le sang, empoisonnant littéralement les patients.

 

Disposant du 06 de mon chirurgien je l’interroge : quelle est la marque de ma prothèse ?

 

10 mn après je reçois la réponse : ma prothèse est française marque SERF 

 

S’ensuit un dialogue intéressant sur le sujet.

 

Vous remarquerez que je me suis adressé à un chirurgien attentif à ses patients, disponible, confier son 06 est très rare. Je n’en pas abusé mais c’est très confortable pour la relation patient-médecin.

 

« Implant Files » : quand le patient ignore servir de cobaye pour une prothèse de hanche

 

Le laboratoire Ceraver a mené des essais cliniques illégaux en implantant une prothèse de hanche d’un nouveau type, censée annihiler les infections post-opératoires.

par Emeline Cazi 

 

Daniel Blanquaert n’est ni médecin ni chirurgien, mais, chaque jour, depuis son bureau de Roissy d’où il voit décoller les avions, il se rêve en cador des blocs opératoires. Le PDG de Ceraver, dont les prothèses de hanche, de genou et d’épaule made in France ont plutôt bonne réputation, est certain, en ce printemps 2011, que sa nouvelle prothèse de hanche, l’« Actisurf », mise au point par une chercheuse du CNRS avec laquelle il s’est associé, va révolutionner la médecine. Terminées les reprises d’opération pour cause d’infection. Pour la première fois, un moyen a été trouvé pour que les bactéries, ces bêtes noires des chirurgiens, ne collent pas à la tige implantée dans le corps du patient.

 

Les études réalisées sur des lapins sont bonnes, les greffes sur les brebis concluantes, lui a expliqué la professeure Véronique M., du laboratoire de Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis. Voilà plus de vingt ans que cette ingénieure en matériaux travaille à recouvrir une prothèse en titane d’un film antibactérien. Une fois les derniers tests sur animaux effectués, les essais cliniques sur l’homme vont pouvoir débuter. Mais le patron de Ceraver ne l’entend pas de cette oreille. Ses concurrents américains et européens lorgnent sur le brevet, il ne faut pas traîner.

 

Daniel Blanquaert sait déjà à qui il va proposer une première mondiale : au professeur Alain Lortat-Jacob, le pape des infections ostéo-articulaire, longtemps chef de service de l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Son nom, associé à celui de l’entreprise, c’est le succès assuré. Lorsque Daniel Blanquaert l’a appelé pour lui dire qu’« il serait bien qu’[il] pos[e] la première » prothèse, le chirurgien s’est bien douté « que sur le plan administratif, ça frottait un peu sur les bords », a-t-il reconnu au cours de son audition devant les enquêteurs, dont Le Monde a pris connaissance. Mais il a « la certitude » que les patients ne courent aucun risque. Il y a juste un détail : il part bientôt à la retraite, il faut donc faire vite.

 

Des essais cliniques sauvages la suite ICI 

 

"Implant Files" : des chirurgiens orthopédiques corrompus par des fabricants de prothèses ICI  

 

"Implant Files" : comment le géant américain des technologies médicales s'implante dans les hôpitaux français

 

Medtronic, leader mondial de la fabrication de dispositifs médicaux, fournit gratuitement des salles d’opération de haute technologie ou prête du personnel. L'enquête de franceinfo montre que des contreparties existent bien.  ICI

 

 Tout va donc bien dans le meilleur des mondes…

 

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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 06:00
« Ce chacun pour soi, je l’observe aujourd’hui, où l’on peut avoir les pires conflits avec des gens dont on était proche dix ans plus tôt. Et cela ne peut qu’être aggravé par les réseaux sociaux qui sont, pour les intellectuels, la communauté de la peur. » Elisabeth Badinter.

Je tiens le coup.

 

Je continue d’observer les réseaux sociaux, twitter, face de bouc, sans me livrer aux outrances des commentaires de certains de mes « amis ».

 

De la violence, de l’invective, du parti pris, des œillères, le cul sur leur chaise, face à leur écran certains déversent le trop-plein de leur aigreur, de leur vie riquiqui, grand bien leur fasse mais ça a pour moi un effet bénéfique : je ne les fréquente plus physiquement, n’ayant nulle envie de mettre un mouchoir hypocrite sur ce que je pense d’eux.

 

L’irruption du mouvement des gilets jaunes, via les réseaux sociaux, est la traduction de cette violence d’abord verbalisée puis déversée dans la rue.  Il suffit d’écouter ce que ceux qui s’expriment disent, c’est très souvent radical (j’exclue bien sûr les professionnels de la violence situés aux deux extrêmes). Des victimes me rétorquera-t-on ! Peut-être, mais ce sont eux qui le disent, qui est en capacité de le vérifier ?

 

Malheureusement pas les journalistes qui leur tendent leur micro, leurs boss leur demandent du sang et des larmes pour doper l’audience.

 

Les politiques ?

 

Eux, ça apporte de l’eau à leur moulin, si le petit peuple souffre, descend dans le rue, ce qu’ils n’arrivent plus à faire faire, ça alimente leur rêve de contraindre le pouvoir en place à leur laisser la place. Pourquoi pas ! Mais, à qui fera-t-on croire que leur arrivée aux responsabilités va, comme par magie, changer la vie des gens.

 

C’est une escroquerie intellectuelle, un cartel des non, hétéroclite, bourré de contradictions, débouche soit comme en 1981 à un reniement ou comme chez nos voisins italiens à une politique d’exclusion, de fanfaronnade, qui débouchera sur rien de bon pour le peuple.

 

Reste les intellectuels, ceux que l’on considérait comme tel, pas les usurpateurs qui s’autoproclament pour faire prospérer leur fonds de commerce.

 

Étant abonné au journal Le Monde je vous livre la salutaire réflexion d’Elisabeth Badinter.

 

Je le fais comme autrefois je passais mon journal papier à des amis pour qu’ils lisent un article qui avait retenu mon attention. Foin du copyright, j’ai payé et je dispose de ce que j’ai acheté.

 

Elisabeth Badinter : « Je ne pense pas qu’on puisse parler librement sur Internet »

 

La philosophe, dont « Les Passions intellectuelles » paraissent en un volume, évoque la violence des réseaux sociaux, qui contraste avec l’idéal de rationalité des Lumières.

Propos recueillis par Jean Birnbaum

 

Les Passions intellectuelles, d’Elisabeth Badinter, Robert Laffont, « Bouquins », 1 216 p., 32 €.

 

Sous le titre Les Passions intellectuelles, les éditions Robert Laffont font paraître un volume de la collection « Bouquins » qui regroupe les trois beaux essais consacrés par Elisabeth Badinter à l’effervescence du XVIIIe siècle et des Lumières. C’est l’occasion d’interroger la philosophe sur la vie des idées et son évolution.

 

  • Voilà plus de quinze ans qu’est paru le premier tome de votre trilogie. Que vous inspire cette réédition dans le contexte actuel ?

 

Cela me fait plaisir car je pense, peut-être naïvement, que nous avons un besoin fou de rationalité. Le combat des philosophes du XVIIIe siècle, c’était quand même celui de la rationalité ­contre les superstitions. A une époque où l’irrationnel prend une place immense dans notre vie sociale et intellectuelle, revenir à ce combat me semble un geste opportun, peut-être beaucoup plus encore qu’au moment où j’ai publié ces textes pour la première fois.

 

  • « Les intellectuels ont changé de maître, mais pas d’esclavage », écriviez-vous à la fin du troisième tome des « Passions », pour expliquer que les clercs obéissaient de moins en moins au roi et de plus en plus à l’opinion. A qui obéissent les intellectuels aujourd’hui ?

 

Aux réseaux sociaux ! Tout le monde en a peur. Moi je n’y suis pas, je tiens à ma tranquillité et je crains de me prendre au jeu, mais j’entends ce qu’on dit et je lis ce qu’en raconte la presse. Il y a des sujets qu’on aborde à peine, sur la pointe des pieds. En ce qui concerne #metoo et #balancetonporc, j’ai été impressionnée par le silence de féministes historiques, parfois fondatrices du MLF, qui n’étaient pas d’accord avec la façon dont la parole se ­libérait, interdisant toute nuance, toute objection… mais qui avaient si peur ­qu’elles se sont tues. Les réseaux sociaux ont doublé le pouvoir d’une opinion publique qui est libre de dire ce qu’elle veut, mais qui est souvent peu nuancée, peu avertie et d’une violence inouïe. Jamais la presse ou les médias en général n’ont eu une telle puissance d’intimidation.

 

On peut critiquer autant qu’on veut la tribune parue dans Le Monde sur #metoo signée, notamment, par Catherine Deneuve. Il reste que ce qui s’est passé est incroyable : elle est devenue une cible mondiale. L’opinion publique du XVIIIe siècle, la doxa, respectait les savants, les philosophes, et elle était limitée. C’était déjà une menace indirecte pour la pensée, la critique, mais ce n’était rien du tout à côté de ce qui se passe au­jour­d’hui : personne n’a envie de se faire écraser sous les insultes de millions de gens. Ce pouvoir des réseaux sociaux, je le ressens paradoxalement comme une censure !

 

  • « On est bien seul : j’ai un tel besoin de “communauté” », écrivait Mauriac dans une lettre à Jacques Maritain. Les intellectuels ne sontils pas d’autant plus intimidés par les réseaux qu’ils sont travaillés, dans leur solitude, par un désir de « communauté » ?

 

Je crois qu’il faut distinguer entre les ­intellectuels reconnus par l’opinion publique et la jeune classe des intellectuels. Au départ, quand on est Diderot, Rousseau, d’Alembert, et qu’on déjeune chaque semaine à l’Hôtel du Panier fleuri, on forme une amicale communauté. Mais quand les mêmes émergent au regard de l’opinion publique, alors le groupe éclate, parce que les rivalités prennent le dessus. Et là on est seul. Chez les intellectuels, le sentiment communautaire ne dure pas. Ce chacun pour soi, je l’observe aujour­d’hui, où l’on peut avoir les pires conflits avec des gens dont on était proche dix ans plus tôt. Et cela ne peut qu’être aggravé par les réseaux sociaux qui sont, pour les intellectuels, la communauté de la peur.

 

Sur Twitter, au fil des années, les ­choses se sont durcies, au point que chacun semble fuir la discussion loyale et désirer des ennemis plutôt que des contradicteurs. Assiste-t-on, en retour, à une « twitterisation » du débat intellectuel ?

 

Je n’ai pas l’impression que les relations entre intellectuels ont fondamentalement changé depuis vingt ans. Oui, il y a une sorte de distance que l’on met entre soi et les autres, mais je n’ai pas le sentiment qu’on les traite en ennemis. Peut-être même les intellectuels vont-ils retrouver un sentiment communautaire grâce à l’hostilité des réseaux sociaux ? Si nous faisons l’objet de la détestation générale, cela peut remettre un peu de vie entre nous ! Les intellectuels pourraient régresser de six ou sept siècles, et retrouver la vie des clercs qui s’expliquaient ­entre eux dans les couvents, sans que personne d’autre intervienne. On ­continuera de réfléchir, on échangera, on fera des colloques, on s’engueulera, mais on sera entre nous. Je reste donc relativement optimiste : la vie intellectuelle, c’est un choix, un plaisir, une douleur, mais c’est aussi un besoin, et même si cela doit redevenir l’expérience d’un microcosme coupé du monde extérieur, rien ne pourra la faire cesser.

 

Au XVIIIe siècle, le champ intellectuel était déjà un champ de bataille. ­Voltaire évoquait la « guerre des rats et des grenouilles », selon une formule qui parlera sans doute à quiconque fréquente les réseaux sociaux…

 

Mais le facteur important, c’est le nombre. Oui, à l’époque des philosophes, il y avait des clans politiques ennemis, on ­représentait Rousseau à quatre pattes en train de manger des salades, c’était violent, et Twitter représente sans doute la radicalisation de tout cela. Mais à l’époque cela concernait un microcosme. La quantité de haine personnifiée, cela change les choses. Si cette tendance ­twitteuse l’emportait aujourd’hui, ce ­serait la fin de la réflexion et de la ­connaissance hors des couvents ! En même temps, là encore, je reste assez optimiste : ce faux savoir, ces provocations, cette haine… on en a déjà assez, on va se lasser de tout ça, j’espère.

 

  • Les correspondances ont toujours été fondamentales pour la vie ­intellectuelle. Que deviennent-elles à l’ère numérique ?
  •  

C’est une source de savoir qui est aujourd’hui coupée, car on ne s’écrit plus de lettres. Les courriels, on les supprime, ou ils s’effacent, et puis ça va vite. Les lettres de philosophes que je cite dans mes livres pouvaient faire huit, quinze, vingt pages, assez pour exprimer un raisonnement. Si la correspondance est fondamentale pour la vie intellectuelle, c’est que, en général, la censure ne s’y exerce pas, on peut y ­exprimer toutes ses pensées. Et j’ai remarqué quelque chose : dans les correspondances du XVIIIe siècle, même les gens très collet monté, un scientifique comme Réaumur par exemple, finissent toujours par se lâcher, et donc par éclairer quelque chose de leur personnalité.

 

Aussi les correspondances régulières sont-elles la source d’une connaissance approfondie des destinataires, et de ­controverses fécondes. On n’est pas inquiet et même si on a tort parfois, on estime qu’on peut parler librement. Or je ne pense pas qu’on puisse parler librement sur Internet. Moi, je n’ai jamais participé à une polémique intellectuelle par courriel ! D’ailleurs, je n’entretiens aucune correspondance digne de ce nom par courriel. Quand j’écris une lettre, je suis plus confiante. Pas vous ?

 

Rien n’est moins intellectuel que le mot « intellectuel », tel qu’on l’applique aux interventions des écrivains et théoriciens dans la vie publique. Ses usagers sortent rarement d’une mise en scène répétitive de l’affrontement des opinions, avec, à défaut de ­pensée critique, la morale pour arbitre. Comment y échapper, comment traiter de la réalité de l’engagement intellectuel sans devenir le singe plus ou moins savant des « débats de société » qu’on restitue ? En reconnectant justement les positions et les textes à la société dont ils émanent, répond ­Gisèle Sapiro dans tous ses essais, depuis La Guerre des écrivains. 1940-1953 (Fayard, 1999).

 

Cette entreprise de réévaluation sociologique de l’histoire littéraire s’amplifie encore dans Les Ecrivains et la politique en France, qui systématise, à partir des concepts forgés par Pierre Bourdieu (1930-2002), la corrélation entre la place des écrivains dans des « champs » politiques et littéraires structurés par les rapports de « domination », et leurs modes d’intervention – de la fin du XIXe siècle aux débats sur la décolonisation. Avec un art virtuose du changement de focale, qui lui permet de mêler aperçus biographiques, histoire intellectuelle et lecture serrée des œuvres, la sociologue met en question les notions de droite et de gauche littéraires, analyse les évolutions historiques, observe la manière dont les textes construisent des visions du monde. Elle n’échappe pas toujours, à son tour, à une forme de schématisation mais livre une nouvelle fois un stimulant exercice de décrassage de nos idées sur la vie des idées. Florent Georgesco

 

Jean Birnbaum

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29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 06:00
Alors que le storytelling est décrédibilisé les conseils du vin exhortent les vignerons : nous écrirons votre histoire ainsi vous attirerez des clients, des œnotouristes, et vous vendrez mieux vos vins…

L’œnotourisme, c’est le nouvel eldorado des vignerons, je crois même qu’il y a un Conseil Supérieur de l’œnotourisme présidé par un ancien Ministre en déshérence, récemment les aînés, comme on disait au temps de la JAC, les VIF ont même colloqués sur le sujet et les gamins-gamines ont fait joujou, en Val de Loire, sur le thème, aux frais de la princesse, ça s’appelle Vinocamp.

 

Tous psalmodient, à l’attention de ces pauvres vignerons, « il vous faut écrire votre histoire pour la raconter à ces braves gens qui vont venir vous voir dans le fin fond de votre campagne… », sous-entendu « comme vous n’êtes pas foutu de le faire, nous l’écrirons à votre place… »

 

Ce concept d’œnotourisme apparu sous l’action de Paul Dubrule, l’un des fondateurs du groupe Accor, aujourd’hui propriétaire de vignes en Luberon, relevait de ce cher Monsieur Jourdain pratiquant la prose sans le savoir. Bref, dans une petite chronique 16 mai 2009 je m’amusais :

 

Le maire de «Losse-en-Gelaisse» à l’attention de Mr Paul Dubrule président du Conseil Supérieur de l’Œnotourisme

 

« … et, je sens que le moment est venu d’attirer le tourisme dans notre région en utilisant nos ressources naturelles qui sont : notre absence totale d’organisation, notre réelle inefficacité et notre profonde apathie. » (photo titre)

 

Et le puis le 17 août 2009 je passais à l’attaque :

 

L’excès d’œnotourisme me saoule

 

« Dans le TGV du retour de Vinexpo je feuilletais le magazine papier glacé que nous propose la SNCF dans ses TGV lorsque mon regard est tombé sur le titre alléchant, très Libé de la grande époque, de la rubrique Bouche à Bouche : « L’œnotourisme n’est pas un vin mot ». Je me suis dit bonne pioche : le bon peuple voyageant dans ce fleuron de la technologie française va être alléché par des propositions de visites dans notre beau vignoble, que le monde entier nous envie comme le dit notre grand expert de la JV, avec ses châteaux, ses clos, ses domaines, ses mas … et patati et patata…

 

L’entame de l’article me laissa pantois : « Le vin n’est pas seulement une boisson de la vigne. Il peut être un but de voyage. C’est semble-t-il, ce qu’un nombre croissant d’acteurs de la filière découvre en ce moment. Poussé par la crise du vignoble hexagonal mis à mal par la concurrence des vins étrangers, le concept d’œnotourisme se développe. »

 

La suite ICI

 

Donc l’œnotourisme est tendance, pourquoi pas, mais ce que j’écrivais en 2009 reste toujours d’actualité pour le plus grand nombre de vignerons.

 

Alors, celles et ceux qui vivent du conseil à ces pauvres vigneronnes et vignerons désarmés dégainent leur arme secrète : le storytelling.

 

Qu’est-ce que le storytelling ?

 

Toujours avec quelques longueurs d’avance le 7 novembre 2007 je pondais une chronique

 

Le monsieur Jourdain du storytelling : c'est un peu moi !

 

Depuis 2001, sans le savoir, je fabrique des histoires et on me lit.

 

Rassurez-vous chers lecteurs, même si j'aperçois de mon balcon les hauts murs de l'hôpital Ste Anne, je ne suis pas encore atteint par un délire de prétention aiguë. Pour tout vous dire, je suis le premier étonné et pourtant, le premier symptôme de cet étrange manie, celle d'écrire, je l'ai constaté sitôt la publication de mon fichu rapport. L'ami Jean-Louis Piton, qui sait avoir la dent dure quand il le faut, m’avait dit au téléphone : « Ton rapport il ne ressemble à rien de connu... » et moi de répondre, « normal je l'ai écrit... » s'ensuivit un blanc au bout du fil - même si nous nous servions de portables - et moi d'enchaîner : « l'as-tu lu jusqu'au bout ? » la réponse fusa : « oui! » et de répondre : « c'était mon seul objectif, être lu ».

 

Mais me direz-vous, en quoi cette technique " apparue  aux Etats-Unis au milieu des années 1990, le « storytelling » ou l' « art de raconter des histoires » est-elle nouvelle ?

 

C'est tout simplement parce qu' « elle a été déclinée partout depuis sous des modalités de plus en plus sophistiquées, dans le monde du management comme celui de la communication politique. Elle mobilise des usages du récit très différents, du récit oral tel que le pratiquaient les griots ou les conteurs jusqu'au digital storytelling, qui pratique l'immersion virtuelle dans des univers multi sensoriels et fortement scénarisés » in Storytelling de Christian Salmon éditions La Découverte.

 

 

 

Certains d'entre vous vont sourire, le récit est aussi vieux que le monde, comme Roland Barthes l'écrivait « sous ses formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l'histoire même de l'humanité... »

 

J'en conviens aisément mais c'est qui est nouveau, comme l'écrit Ch. Salmon c'est l'ampleur du phénomène et surtout par son utilisation comme « une technique  de communication, de contrôle et de pouvoir [...] Popularisé par le lobbying très efficace de nouveaux gourous, le storytelling management est désormais considéré comme indispensable aux décideurs, qu'ils exercent dans la politique, l'économie, les nouvelles technologies, l'université ou la diplomatie. »

 

 Et d'ajouter :

 

« Les grands récits qui jalonnent l'histoire humaine, d'Homère à Tolstoï et de Sophocle à Shakespeare, racontaient des mythes universels et transmettaient les leçons des générations passées, leçons de sagesse, fruit de l'expérience accumulée. Le storytelling parcourt le chemin en sens inverse : il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l'espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l'expérience passée, il trace les conduites et oriente les flux d'émotions. Loin de des "parcours de la connaissance" que Paul Ricœur décryptait dans l'activité narrative, le storytelling met en place des engrenages narratifs, suivants lesquels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles ».

 

Ce même Christian Salmon vient d’écrire Sous le storytelling, la spirale du discrédit ICI 

 

Vous pourrez lire l’article gratuitement en vous inscrivant à la revue AOC

 

Extraits

 

Inconnu il y a dix ans cet anglicisme qui signifie l’art du récit, pour lequel on ne trouvait sur le web en français que deux occurrences, est devenu en une décennie la clef des discours politiques, un cliché du décryptage médiatique, le nouveau credo du marketing, une boussole pour naviguer sur les réseaux sociaux, une injonction de la mode… Longtemps considéré́ comme une forme de communication réservée aux enfants dont la pratique était cantonnée aux heures de loisirs et l’analyse aux études littéraires (linguistique, rhétorique, grammaire textuelle, narratologie), le storytelling a connu en Europe comme aux États-Unis un surprenant succès qu’on a pu qualifier de triomphe, de renaissance ou encore de « revival ». Toute chose en ce monde, hommes et marchandises, sujet ou objet, apparaissait soudain porteur d’une histoire, personnage d’une intrigue.

 

La capacité à structurer une vision politique en racontant des histoires devenait la clé de la conquête du pouvoir et de son exercice.

 

Le « storytelling » quittait le domaine enchanté du récit littéraire ou des contes pour enfants pour se répandre dans les entreprises, les agences de publicité les médias, les réseaux sociaux. L’art du récit n’était plus réservé aux romanciers ou aux scénaristes, il inspirait le néo-management, le marketing, la communication politique, les jeux vidéo sérieux (« serious games »), la diplomatie publique et jusqu’à l’entraînement des militaires. Dans des sociétés hypermédiatisées, parcourues par des flux continuels d’informations, la capacité à structurer une vision politique non pas avec des arguments rationnels et des programmes, mais en racontant des histoires devenait la clé de la conquête du pouvoir et de son exercice. Un conseiller en communication en fonction sous Nicolas Sarkozy m’avouait récemment dans les coulisses d’une émission de La Chaîne parlementaire consacré au storytelling combien le livre publié à La Découverte avait inspiré la communication de Nicolas Sarkozy pendant son mandat. Mais il ne fut pas le seul, loin de là. Toute la classe politique s’est peu à peu convertie à la nouvelle religion du storytelling et ceux qui comme François Hollande tentèrent d’y résister en s’essayant à un mandat sans récit furent rapidement rappelés à l’ordre et durement sanctionné par les sondages.

 

Mais le succès du storytelling ne s’est pas limité à la sphère médiatique et politique. Que vous vouliez mener à bien une négociation commerciale ou faire signer un traité de paix à des factions rivales, lancer un nouveau produit ou faire accepter à un collectif de travail un changement important, y compris son propre licenciement, concevoir un jeu vidéo « sérieux » ou soigner les traumas post-guerre des GI’s, le storytelling apparaissait comme une panacée, une réponse à la crise du sens dans les organisations et un outil de propagande, un mécanisme d’immersion et l’instrument du profilage des individus, une technique de visualisation de l’information et une arme redoutable de désinformation. Mêmes les narratologues et les théoriciens du récit se réjouissaient de voir leur sujet d’études coloniser de vastes domaines du discours et de la parole publique, indifférents ou aveugles aux effets corrosifs de cet usage excessif de la narration en lieu et place de l’argumentation.

 

Le mot même de « storytelling » se trouvait connoté par ces usages instrumentaux du récit. Il s’enveloppait d’une aura de mystère. On lui prêtait des pouvoirs magiques. Il finit par muter en une sorte d’assomption médiatique mise à toutes les sauces, comme équivalent général de toutes les pratiques sociales, unité de compte de l’économie discursive, ou source de légitimation, la raison d’une époque, ou sa pensée magique. Nouveau sésame d’un monde désorienté, le « Storytelling » devint la formule magique capable de fluidifier, d’orienter, de canaliser les pratiques.

 

Point crucial

 

L’essor du storytelling ressemble donc à une victoire à la Pyrrhus, obtenue au prix de la banalisation du concept même de récit et de la confusion entretenue entre un véritable récit (narrative) et un simple échange d’anecdotes (stories), un témoignage et un récit de fiction, une narration spontanée (orale ou écrite) et un rapport d’activité. La promiscuité même de l’idée de récit a creusé sa propre tombe. Le « tout storytelling » a produit le discrédit de la parole publique. L’explosion d’Internet et des réseaux sociaux après avoir créé un environnement favorable à la production et à la diffusion des histoires a produit une sorte d’incrédulité généralisée, de soupçon. De même que l’inflation monétaire ruine la confiance dans la monnaie, l’inflation d’histoires a ruiné la confiance dans le récit et dans son narrateur.

 

Conclusion : chères vigneronnes, chers vignerons, ne confiez pas votre plume à des fabricants d’histoire, ils vous vendront du baratin, du copié-collé, du formaté, rien de bien original, si vous souhaitez vous investir dans les réseaux sociaux, soyez vous-même, simplement, soyez nature, la spontanéité, la fraîcheur valent mieux que du préemballé.

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 06:00
Les gilets jaunes sont les symptômes du mauvais état d’une part du tissu social de la France mais il serait vain de croire que le pouvoir dispose à court terme des moyens de le ravauder…

Commençons par une analyse qui me semble mesurée et pertinente : 

La couleur des gilets jaunes

par Aurélien Delpirou , le 23 novembre

 

Jacquerie, révolte des périphéries, revanche des prolos… Les premières analyses du mouvement des gilets jaunes mobilisent de nombreuses prénotions sociologiques. Ce mouvement cependant ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales.

 

La mobilisation des gilets jaunes a fait l’objet ces derniers jours d’une couverture médiatique exceptionnelle. Alors que les journalistes étaient à l’affut du moindre débordement, quelques figures médiatiques récurrentes se sont succédé sur les plateaux de télévision et de radio pour apporter des éléments d’analyse et d’interprétation du mouvement. Naturellement, chacun y a vu une validation de sa propre théorie sur l’état de la société française. Certains termes ont fait florès, comme jacquerie — qui désigne les révoltes paysannes dans la France d’Ancien Régime — lancé par Éric Zemmour dès le vendredi 16, puis repris par une partie de la presse régionale [1]. De son côté, Le Figaro prenait la défense de ces nouveaux ploucs-émissaires, tandis que sur Europe 1, Christophe Guilluy se réjouissait presque de la fronde de « sa » France périphérique — appelée plus abruptement cette France-là par Franz-Olivier Giesbert — et Nicolas Baverez dissertait sur la revanche des citoyens de base.

 

Au-delà de leur violence symbolique et de leur condescendance, ces propos répétés ad nauseam urbi et orbi disent sans aucun doute moins de choses sur les gilets jaunes que sur les représentations sociales et spatiales de leurs auteurs. Aussi, s’il faudra des enquêtes approfondies et le recul de l’analyse pour comprendre ce qui se joue précisément dans ce mouvement, il semble utile de déconstruire dès maintenant un certain nombre de prénotions qui saturent le débat public. Nous souhaitons ici expliciter quatre d’entre elles, formalisées de manière systématique en termes d’opposition : entre villes et campagnes, entre centres-villes et couronnes périurbaines, entre bobos et classes populaires, entre métropoles privilégiées et territoires oubliés par l’action publique. À défaut de fournir des grilles de lecture stabilisées, la mise à distance de ces caricatures peut constituer un premier pas vers une meilleure compréhension des ressorts et des enjeux de la contestation en cours.

 

La suite ICI 

 

Michèle Cotta, analyste pertinente du vieux monde politique, dans une chronique titrée Gilets jaunes : la nouvelle donne politique, met le doigt sur le désarroi du pouvoir :

 

Mobilisation, sociologie... Tout est inédit dans ce mouvement social, qui a échappé à tous les partis, mais aussi aux syndicats. ICI 

 

J’ajouterai nos inutiles sénateurs, soi-disant sont les représentants des territoires ruraux, confits dans leur Palais du Luxembourg, gavés de privilèges et de prébendes, qui n’ont, depuis des décennies, laissé cette France dites périphérique se vider, se déchirer, pire certains maires y ont mis la main en favorisant l’implantation de zones commerciales qui ont vidé les centres des villes moyennes et tué le commerce de proximité des bourgs ruraux.

 

Mais exonérer totalement de toute responsabilité les habitants de ces zones serait réducteur, en effet le « tout bagnole », en dehors de la pure nécessité pour des raisons professionnelles, a accéléré le mouvement, condamné les petites lignes de chemin de fer et de cars, fait fuir boulanger, épicier, boucher…

 

Cependant, comme l’écrit, Xavier Alberti, Avant qu’il ne soit trop tard, se contenter de pointer du doigt, d’analyser, souvent avec des œillères, le parti-pris de son idéologie, les causes du malaise, ne débouche sur rien de concret.

 

C’est à dessein que j’ai utilisé le verbe RAVAUDER.

 

Raccommoder à l'aiguille, rapiécer, repriser de vieux vêtements. Ravauder des chaussettes.

 

« Sa mère tôt veuve, lavant et ravaudant le linge des commères dans sa pauvre chaumine » Bernanos, Imposture, 1927, p. 364.

 

« Trois sœurs, destinées, non seulement à enseigner à lire, à écrire aux jeunes paysannes (...) mais encore à coudre, à tricoter, à ravauder, à rapetasser » Fabre, Courbezon, 1862, p. 47.

 

Raccommoder, rapiécer, ravauder, rapetasser… c’est l’ancien monde, celui de ma mémé Marie, aujourd’hui on jette, on rachète, on gaspille, on veut du tout préparé.

 

Nos politiques, aussi bien ceux, aux extrêmes, qui soufflent sur les braises en espérant tirer les marrons du feu, que ceux qui ont longtemps tenus les manettes du pouvoir et qui sont amnésiques, gourmands qu’ils sont de les reprendre, que ceux qui sont en charge des responsabilités et qui n’ont pas su maîtriser leur victoire.

 

À force de voter, depuis des décennies, pour des promesses non tenues beaucoup ne votent plus et maintenant descendent dans la rue avec pour seul point commun, ou presque, un gilet jaune et des refus.

 

« Pour ce qui est de notre environnement social, les signaux sont plus faibles en apparence mais ils sont bien là. L’accaparement du pouvoir, des ressources et des richesses, par une aristocratie qui ne dit pas son nom, ainsi que l’illisibilité de modèles technocratiques hors sols et l’empilement depuis des décennies de politiques publiques inefficaces, ont poussé les opinions à se retrancher et à revenir sur leurs bases arrières, celles de l’identité et de sa défense. Ce retranchement se traduit dans les urnes du monde occidental depuis plus de 10 ans et commence désormais à porter au pouvoir de grandes démocraties, des gouvernements ouvertement identitaires et nationalistes.

 

En France, la dernière élection présidentielle a offert, en guise de fin de non-recevoir à la classe dirigeante en place jusqu’à présent, une surprise démocratique et progressiste, un Président jeune, inattendu et déterminé. Pourtant, quel que soit son talent, son empressement a vite donné le tournis et a rendu son projet illisible à une bonne partie des Français pendant que son parler cash finissait de creuser le fossé qui séparait déjà le peuple et ses dirigeants. Son intention était sans doute bonne, la perception est néanmoins désastreuse. Pendant ce temps, les nationalistes français continuent  inexorablement de se nourrir du déclassement social ou de la précarité qui fragilise et qui pousse à vouloir se protéger, de tout et de tous.

 

C’est dans ce contexte que surgissent çà et là des initiatives plus ou moins structurées, qui témoignent d’un ras-le-bol qui se nourrit de tout et de rien. Ainsi, les  Gilets Jaunes ne sont-ils que la manifestation visible d’un mouvement social profond par lequel les populations qui subissent les violences économiques depuis des décennies, convergent finalement vers le plus petit dénominateur commun, la recherche de l’ennemi. C’est ainsi, et ça l’a souvent été dans l’Histoire moderne de notre continent, que le ras-le-bol mène à la colère et que la colère mène à la détestation… Aujourd’hui cette détestation n’habite pas chaque protestataire mais elle se lit, sur quelques barrages, dans quelques manifestations, dans quelques scrutins, dans quelques quartiers, dans beaucoup de sondages et évidemment, sur les réseaux sociaux, véritables caisses de résonance de la haine ordinaire.

 

Ainsi, loin de se satisfaire d’une simple revendication sur la taxe carbone, les gilets jaunes ont-ils rapidement emprunté les chemins qui mènent à l’opposition de classes ou de castes avant de se retrouver sur l’essentiel, la détestation, des politiques bien sûr, mais aussi des banquiers, des bourgeois, des bobos, des technos, des journalistes, des urbains, des homos, des Frangins, des juifs, des musulmans et bien sûr des migrants… On pourrait facilement se dire que dans nos sociétés pacifiées, ces mouvements naissent, s’agitent et disparaissent comme nombre de ceux qui leur ont précédé. Mais voilà, un jour, la détestation devient majoritaire, alors vient la violence. »

ICI 

 

Tout comme pour le tissu des banlieues déglinguées, celui de ces zones rurales délaissées, de ces citoyens qui se sentent ou se disent marginalisés, la seule délivrance d’une ordonnance vite fait bien fait sur le gaz, comme chez son médecin généraliste, ne suffira pas, elle ne fera qu’atténuer les symptômes sans s’attaquer au fond.

 

La détestation de Macron n’est qu’un exutoire qui ne fera pas long feu même si celui-ci, enfermé dans sa tour d’ivoire, trop inféodé aux analyses de la haute-fonction publique de Bercy, très éloigné de la méthode Rocard, a généré la mèche lente.

 

70 % des Français disent soutenir le mouvement des gilets jaunes mais reste bien au chaud pendant que la piétaille forme des barrages dans toute la France, envahit les parkings de la GD, défie le pouvoir sur les Champs Elysées.

 

C’est la révolte par procuration, la pétition en ligne un clic et c’est tout…

 

Tout et le contraire de tout, le refuge du virtuel, le miel des chaînes dites d’infos, l’audience, la consommation toujours la consommation… ICI BFM, UN LYNCHAGE PAR LE SIMPLE SILENCE 

 

Allons-nous faire nôtre cette citation attribuée à Félix Houphouët-Boigny :

 

« Nous étions au bord du précipice et nous avons fait un grand pas en avant ! »

 

Allons-nous confier notre sort à un pouvoir qui se dira fort ?

 

À force de dégager la volaille politique qui restera-t-il ?

 

Je n’ai pas de solutions clé en mains dans ma boîte à outils car c’est nous tous qui sommes la solution, car à des degrés divers nous sommes le système vilipendé.

 

Nos gilets jaunes sont nés sur le Net au travers d’outils érigés par les GAFA, ce ne sont pas tout à fait des gueux, des laissés pour compte, on les qualifie de Français moyen et, ne leur en déplaise, leurs revendications sur les taxes, le plus d’Etat, de services publics chez eux, ne seront que des cautères sur des jambes de bois.

 

Que faire ?

 

C’est notre défi.

 

Le défi du vivre ensemble qui, pour être relevé, ne pourra être que refus, exécration, dégagisme brutal, mais acceptation du compromis collectif, d’un nouveau pacte.

 

Belles paroles me direz-vous, mais on a souvent reproché à Michel Rocard ses visions planétaires tout en se moquant de lui lors de son discours d’investiture :

 

« Repeindre les boites aux lettres et les cages d'escaliers ».

 

Rocard surprend par son « parler vrai » qui contraste avec les envolées lyriques de Pierre Mauroy en 1981 et le ton mesuré de Fabius en 1984 : c'est le « style Rocard », le « ton Rocard ». Le Premier ministre va jusqu'à prendre des accents de Martin Luther King : « Je rêve d'un pays où l'on se parle à nouveau, je rêve de villes où les tensions sont moindres (...) ».

 

« Accueilli sur certains bancs par des ricanements ou de la commisération, ce discours est prémonitoire », jugent Pierre Favier et Michel Martin-Roland. « Il prend la mesure d'un mal, celui des banlieues, qui peu à peu s'imposera à tout discours politique de droite ou de gauche ». Le deuxième sujet, plus technique, présente les principales mesures sociales envisagées par le gouvernement Rocard, notamment le RMI et l'impôt de solidarité sur la fortune.

 

Embrasser d’un même mouvement l’infiniment petit du quotidien et les grands défis du monde, ravauder le tissu social tout en assumant les désordres du monde.

 

Ce n’est pas une mince affaire, vaste programme, mais j’ai du mal à croire que nous relèverons ces défis en confiant notre destin à la rue car l’Histoire nous enseigne où l’aventure se termine. Prenons notre destin en mains, l’intelligence n’est pas le monopole de quelques-uns, commençons par balayer devant notre porte avant de demander aux voisins de le faire. Sortir de l’aquoibonisme tout en exigeant de ceux qui nous gouvernent, qui tiennent les rênes de l’économie de donner l’exemple, je suis vieux jeu  je crois dur comme fer à la vertu de l’exemple.

 

Pour finir, un point de vue francophone :

Gilets jaunes et cols blancs ICI 

MIS EN LIGNE LE 25/11/2018 À 06:00      PAR VINCENT ENGEL

 

  

 

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 06:00
Charles Huard Bouvard et Pécuchet

Charles Huard Bouvard et Pécuchet

Que Basile Tesseron du château Lafont-Rochet déclare haut et fort, pour que ça se sache, à la RVF, qu’il abandonne la culture en bio de son vignoble car il estime que l’utilisation du cuivre est nocive, c’est son droit le plus strict, et pour ma part, comme le disait finement le Grand Jacques « cela m’en touche une sans faire bouger l’autre. »

 

Je n’ai donc pas participé à la foire d’empoigne qui s’en est ensuivie, petite tempête dans un petit verre d’eau sans grand intérêt sauf pour les supplétifs, le menu fretin de la critique, qui y a trouvé l’occasion de monter au créneau pour pourfendre les défenseurs du label Bio officiel déjà bien à la peine avec le renouvellement de l’homologation du cuivre par les instances communautaires.

 

La première charge que j’ai lue est celle hallebardier qui mange à tous les râteliers : Lundi 19 novembre 2018 Basile, le bio et la patrouille  ICI 

 

J’ai adoré ce passage :

 

Panique électronique

 

« Le plus ennuyeux, c’est que la charge est menée par trois vignerons que j’aime beaucoup, autant que leurs vins respectifs, c’est dire. Des garçons intelligents avec des vraies convictions et toute ma considération depuis longtemps. Pour ne pas déclencher une nouvelle panique, je ne mentionnerai pas leurs noms. Il suffit de savoir que l’un est le roi du bordeaux sup’ de haut vol, le second est le king du bio très bon à Pomerol et le troisième, la nouvelle étoile qui brille dans le ciel de Saint-Émilion. Ceux qui savent, savent. Évidemment, leur notoriété et la qualité de leurs productions respectives agrègent autour de leur avis, une foule d’indignés en chewing-gum qui y vont tous de leur aigreur et n’ont pas de mots trop forts pour qualifier les propos de Basile. Je comprends bien que ces garçons défendent leurs convictions, mais Tesseron ne les attaquait pas et ce qu’il dit est mesuré, intelligent, lisible. On peut certainement en débattre, sûrement pas lâcher les chiens. Je connais Lafon-Rochet et Basile depuis plus de dix ans et je l’ai toujours vu se passionner pour plus de propreté dans ses pratiques culturales. »

 

La conclusion de ce bel esprit est à la hauteur de qui se dit journaliste dans le monde du vin « il n’y a pas de quoi fouetter un chat et ceux que le sujet intéresse pour de vrai, comme moi, adorerait lire un vrai débat sur le sujet. Dommage, il n’a pas eu lieu. »

 

Engagez-le donc ce débat camarade ! Qu’est-ce qui vous en empêche ?

 

Et puis le 24 novembre 2018, alors que le gris du ciel et les gilets jaunes me maintenaient cloîtré chez moi je suis tombé sur un monument, que dis-je une pépite, un besogneux exercice d’un plumitif qui fait des phrases boursouflées, bardé d’une culture très Wikipédia. Le titre de ce plaidoyer :

 

De la légèreté des débats – le cas Lafon Rochet

 

Je vous laisse le soin de lire ce plaidoyer qui fleure bon le réquisitoire ICI mais je ne résiste pas au plaisir de citer la chute qui vire à la défense et illustration de l’auteur. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. En plus, pour une fois, c’est gratuit.

 

Quelle que soit la cause, l’idée ou la rengaine, n’est-il plus possible dans notre mondovino de dire les choses sans être conspué par la politique de la pensée, la Stasi vinaire, la bien-pensance oenophilie ? D’autant que les commissaires sont souvent les défenseurs d’une cause commerciale que la sainteté dans laquelle les ont drapés leurs thuriféraires aveugle bien des consommateurs plutôt sincères.

 

Que l’on soit pour le bio, ce qui semble être un mouvement de fond et totalement dans l’esprit du temps, ou contre le bio, ce qui en soit est respectable, peu importe. Le seul élément de discussion que nous devrions avoir est la qualité du vin, sa force, son impression, sa beauté. En se conspuant ainsi, les acteurs du monde du vin jouent le jeu des abstèmes de l’ANPAA qui doivent rire à gorge déployée et attendre sagement que les consommateurs, dégoutés par tant d’engeances, se tournent vers d’autres cultures vivantes.

 

J’ose à nouveau en guise de conclusion, mettre en avant les mots du poète romantique Heinrich Heine. À son ami qui lui demandait pourquoi l’on ne bâtissait plus d’édifices comme la cathédrale d’Amiens, il répondit : « dans ces temps-là, les gens avaient des convictions. Nous, les modernes, avons des opinions. Il faut plus que des opinions pour construire une cathédrale ».

 

En s’écharpant sur la toile, en dénaturant le propos d’autrui, en conspuant le camp adverse, en accusant qui de collusions, qui d’infatués publicitaires, nous nous apercevons que le mondovino est mu par des opinions de pensées aussi futiles et éphémères. Guidé par la pensée, par les opinions par nature éphémères, le débat est un encéphalogramme plat. C’est bien dommage. Alors que nous avons besoin de profondeur, nous nous satisfaisons de légèreté.

 

 

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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 06:00
« La 1er fois que j'ai entendu Maupassant interrompu par la sonnerie de Las Ketchup – et ouais, ça a été un jour à la mode, cette daube –, ça m'en a foutu un coup »

Jugez par vous-même 

Le français, notre belle langue, que le monde nous envie, surtout nos amis anglais, au même titre que nos beaux vins, lorsqu’elle s’encanaille, argot, verlan, sabir du neuf trois, langue du populo, s’aère, prend l’air de la rue, et permet de dire crument ce qui est cru, loin de l’aseptisation hypocrite du parler sous cellophane.

 

Des expressions comme « avoir bu l’eau des nouilles » ou « avoir les bonbons qui collent au papier » ou « je m’en beurre les noisettes »,  sont les dignes héritières d’un Boudard, d’un Audiard, d’un Dard, d’un Lebreton, d’un Simonin ou d’un Coluche. Je n’en use qu’avec parcimonie même si mes doigts sur le clavier de ma bécane à puces me démangent souvent. Je me réfrène mais de temps en temps je me laisse aller à être très bord-cadre.

 

L'ancien français "dauber" signifiait au sens propre "frapper", et au sens figuré : "se moquer, railler, dénigrer"

 

« Je les dauberai tant en toutes rencontres, qu'à la fin ils se rendront sages. » Molière, Critique de l'école des femmes

 

Revenons à cette pauvre daube qui depuis plus d’un siècle, ce nom a quitté les fourneaux pour désigner aussi de la camelote et que, depuis quelques années, il traîne aussi dans les cités pour stigmatiser des substances illicites, coupées, donc de très mauvaise qualité.

 

Daube : du chevalier au souper

 

« La cuisine catalane connut un vif succès dans l’Italie du XVIe siècle et influença plus particulièrement l’Italie du Sud. Les premières attestations de daube, en français, proviennent au XVIe siècle des Pays-Bas espagnols. On trouve, dès 1571, à la dobe dans un Menu d’un souper de noces lillois, puis, en 1599, en adobbe, sous la plume du Flamand Marnix de Sainte-Aldegonde, et en 1604, en adobe dans l’Ouverture de cuisine du cuisinier des princes-évêques de Liège, Lancelot de Casteau. En 1640, le dictionnaire italien-français d’Oudin glose dobba « sorte de viande, peut estre ce que nous disons, à la dobe ou daube. » C’est à Paris que le bœuf en daube est devenu l’un des plats les plus populaires.

 

C’est en catalan, dans la Blaquerna de Raymond Lulle, qu’apparaît pour la première fois le verbe adobar avec le sens de « préparer un aliment » ; il s’agit d’une extension au domaine culinaire de la « préparation » du chevalier : cet adoubement consistait en un coup de plat d’épée (francique dubban « frapper »)

 

En Catalogne et en Espagne, adob a désigné la marinade, et le mot s’est répandu en Italie au XVIe siècle : dobba, viande marinée apparaît en italien au milieu au milieu du siècle, et y demeure jusqu’au XVIIIe avant de devenir un régionalisme sicilien. On estime généralement que c’est l’Italie, plutôt que directement depuis l’Espagne, que le mot est passé en français. Sa trajectoire, depuis le domaine germanique du nord de l’Europe, au sens général de « préparation », avec son emploi dans la chevalerie, manifeste la circulation imprévisible des mots culturels. »

Marie-Josée Brochard Dictionnaire culturel en langue française Le Robert

 

Dans une chronique La daube de bœuf dite ‘de la Saint-André’ … et les autres

Blandine Vié pose la question :

 

Pourquoi « C’est de la daube ! » est-elle une expression argotique péjorative et méprisante ?

 

Une bonne daube, c’est pourtant chaleureux et régalant. Eh bien, eh bien, dans son « Dictionnaire des argots », Gaston Esnault explique que « daube » serait un mot d’origine lyonnaise pour dire gâté, appliqué à des fruits et à de la viande. Autrement dit, on faisait mariner la viande qui était un peu limite au niveau fraîcheur, histoire d’atténuer son côté sauvage voire faisandé.

 

Or, si l’on pousse plus loin, on apprend que le mot « daube » s’est d’abord orthographié « dobe » et qu’en italien, « dobba » signifie marinade. Tiens ! Tiens !

Comme quoi la cuisine est une alchimie parfois un peu trouble, ce que confirme le mot « marmite » dont le sens initial (il était alors adjectif) est… « hypocrite » ! C’est au XIVe siècle que l’adjectif est devenu nom et a pris une connotation culinaire, par allusion au fait qu’on peut faire mijoter bien des choses suspectes dans un chaudron muni d’un couvercle.

 

Bas-morceaux, morceaux choisis

 

« On peut braiser une pièce dans son entier (culotte par exemple ou épaule pour un agneau ou un gibier) ou la couper en gros cubes, le fin du fin étant de mélanger plusieurs morceaux — dits bas-morceaux (ce qu’on appelait les morceaux de 3ème catégorie dans les manuels de cuisine de nos grands-mères), c’est-à-dire situés dans la partie arrière de l’animal : culotte, tranche, gîte à la noix, jumeau, macreuse, paleron, basse-côte, galinette (très gélatineux) — pour avoir des textures différentes et une saveur finale plus riche, à la fois de la viande et de la sauce. Des morceaux nécessitant tous une cuisson longue pour être tendres. On peut même leur adjoindre des morceaux du cinquième quartier (on nomme ainsi tout ce qui dépasse de la carcasse et ce qui se trouve dans les entrailles), à savoir, dans le cas présent, joue et queue. »

 

La suite ICI 

 

 

Yves-Marie Le Bourdonnec : "Le black Angus, c'est de la daube !" ICI 
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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 07:00
Pour moi Bella Ciao c’était le chant emblématique des saisonnières des rizières de la plaine du Pô et des «partigiani» antifascistes de 1944, pas le tube de l’été 2018 de Maître Gims

La petite Sheila, emblème des yéyés en couche-culotte, chantait en 1963, « Papa, papa, papa, t'es plus dans le coup, papa… », cette œuvre  impérissable de Jil et Jan fit un tabac au hit-parade et fit l'objet d'un Scopitone (clip de l'époque).

 

Nos mouflets et nos mouflettes pourraient la reprendre à mon propos en changeant papa par papy s’ils ne trouvaient pas les paroles de cette bluette ringardes. En cela ils n’auraient pas tort.

 

Pourquoi diable sortir de la naphtaline ce monument de niaiserie ?

 

Tout simplement parce que l’autre jour une jolie petite mouflette de 3 ans et demie, Raphaëlle, fille d’une belle amie, s’est mise à chanter dans le ton Bella Ciao avec des bouts de paroles en français.

 

Étonnement du militant amorti que je suis.

 

Pour moi Bella Ciao, au début du XXe siècle, était un chant entonné par les saisonnières des rizières de la plaine du Pô pour se donner du cœur à l’ouvrage. En 1944, les « partigiani » antifascistes conservent la mélodie et changent les paroles pour transformer la complainte en un hymne à la résistance.

 

Yves Montand, Lenny Escudero ou Thomas Fersen, l’ont chanté sans que l’intégrité du texte ne soit écorchée.

Des dinosaures disparus à tout jamais depuis l’enterrement du XXe siècle pour ces addicts de séries sur écrans plats.

 

Eux, c’est sur Netflix qu’ils ont découverts ce chant emblématique grâce à ou à cause de la série espagnole La Casa de Papel, histoire d'un groupe de braqueurs sympathiques qui résistent à la police dans cette série à succès en 2017.

 

Là-dessus, deux reprises : l’une, version électro du DJ Hugel (feat. El profesor), et l’autre, plus variété, du collectif Maître Gims, Vitaa, Dadju, Naestro et Slimane, se mettent en ligne.

 

Succès de l’été 2018 !

 

 Dans la version de Maître Gims, Vitaa se retrouve à chanter des couplets tels que « Tu m’as tant donné, j’attends ton retour » - qui n’ont plus grand-chose à voir avec les paroles en italien…» comme l’écrit un critique :

 

« Qu’importe, il y a de grandes chances (de grands risques) pour que cela devienne un tube du printemps, voir, de l’été. Destin fabuleux d’une chanson qui a traversé les décennies pour faire sautiller des vacanciers en tongs dans les campings du sud de la France. »

 

Et voilà le travail !

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 06:00
À quoi sert le Parti Communiste après que Mitterrand l’ai jeté à terre et que Mélenchon l’ai presque achevé ? « Mitterrand n’est pas socialiste. Il a appris à le parler. » Guy Mollet

Pierre Laurent, premier 1er secrétaire du PCF a être mis en minorité sur sa motion, avec son phrasé lent et doux hérité de son père Paul, déclarait jeudi matin sur France Inter : « Mélenchon n’a pas respecté les Communistes. »

 

Poussé gentiment dehors

 

Le Parti communiste lors de son trente-huitième congrès à Ivry-sur-Seine s’apprête à faire ses adieux à Pierre Laurent. Invités à se prononcer sur les quatre textes en lice pour servir de base commune à l’orée du Congrès national, les militants ont mis en minorité le sénateur de Paris, secrétaire national depuis 2010. Une première pour le PCF depuis les changements des statuts du Congrès de Martigues en 2000. A la place, les 110 000 adhérents revendiqués (dont la moitié est à jour de cotisation) ont préféré le "Manifeste pour un Parti communiste du XXIe siècle", porté par le député du Puy-de-Dôme André Chassaigne.

 

Un congrès de crise comme les communistes n'en ont encore jamais traversé en cent ans d'existence, depuis leur fondation, au congrès de Tours en 1920. De premier parti de France à la Libération, le P.C.F est devenu un parti résiduel.

 

Pour quelles raisons?

 

Je ne vais jouer à l’Historien que je ne suis pas, ni analyser les causes idéologiques de la marginalisation du P.C.F, mais je vais tenter de mettre, à grands traits, les différentes stations du chemin de croix des communistes qui risque de les mener à rejoindre le cimetière des éléphants.

 

En ce cas je me dis en passant à vélo Place du Colonel Fabien « mais que va devenir le monument érigé par Oscar Niemeyer, une coquille vide ?

 

Rassurez-vous, contrairement à la rue de Solférino, le monument est classé monument historique depuis 2007, et malgré la perte de vitesse électorale du PCF ces vingt dernières années, la vente de son bâtiment, n'a jamais été sur la table. Le parti, qui loue en partie ses locaux ou les privatise pour des événements, en tire même une substantielle source de revenus.

 

Dénoncer depuis plus d'un siècle les «errements du grand capital» ne les a pas empêchés de dompter les subtilités de l'économie de marché. Pour preuve, alors que les trésoriers des différentes formations politiques s'arrachent les cheveux pour financer leur quartier général, au Parti communiste, le problème est soldé de longue date. Entretenir les 15.000 m² de leur imposant siège parisien place du Colonel-Fabien - légué par le fameux architecte brésilien Oscar Niemeyer - ne relevait pas de la sinécure. «Nous nous sommes professionnalisés dans la location de tout ou partie des étages, sur du long terme comme plus ponctuellement, pour des événements particuliers», explique Jean-Louis Frostin, membre du comité exécutif du PCF et administrateur du siège.

 

Louer à un bureau d'architectes et à une boîte de production. Le lieu accueille ponctuellement des défilés, des expositions, et des tournages de films et de clips, même si la monétarisation de ce temple du communisme reste une question sensible.

 

Les trésors perdus du Parti communiste français

Exposée au Centre Pompidou de Metz, « Les Constructeurs » de Fernand Léger est l’une des milliers d’œuvres d’art qui passèrent un jour entre les mains du PCF. Des joyaux aujourd’hui disséminés, dont le destin raconte les heures de gloire, puis l’inexorable déclin, du parti.

ICI 

Par Pascale Nivelle Publié le 30 juin 2017

 

Les stations du chemin de croix des communistes :

 

  • 1er station : Le choc de 1958 avec le retour de De Gaulle

 

  • 2e station : mai 68

 

  • 3e station : l’irruption du PS de Mitterrand et sa stratégie de l’Union de la Gauche

 

  • 4e station : le 10 mai 1981 l’élection de Mitterrand et les Ministres communistes dans le gouvernement Mauroy

 

  • 5e station : l’effondrement du bloc communiste

 

  • 6e station : Mélenchon piège le PCF

 

  • 7e station : l’effondrement du PS prive le PCF de sa bouée de sauvetage

 

  • 8e station : Mélenchon largue les communistes pour la présidentielle

 

  • 9e station : le PCF force d’appoint de qui lors des prochains scrutins ?

 

François Mitterrand et le Parti communiste (1945-1981) par Anicet le Pors

 

Quand bien même je puisse nourrir pour l’homme et ses qualités personnelles une admiration certaine, il ne me revient pas devant cette assemblée de me livrer à un discours hagiographique sur la personne au sujet de ses rapports avec le parti communiste français. J’ai beaucoup apprécié le travail sérieux des rapporteurs et notamment l’analyse des documents d’archives du PCF par Philippe Buton.

ICI 

 

Comment le PCF s'est arrangé pour tourner la page Pierre Laurent en douceur

 

"C'est un désaveu pour la direction sortante et pour Pierre Laurent", souligne Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine qui décrit toute l’ambiguïté qui flotte autour du futur ex Secrétaire national. "Sa modération est appréciée dans ce monde politique de plus en plus violent où l’invective a remplacé le débat. Ce n’est pas sa personnalité qui est remise en question, mais l’incohérence ou, pire, l’absence de stratégie du parti ces dix dernières années."

 

Ian Brossat, adjoint au logement à la mairie de Paris abonde à pas feutrés : "Il y a, dans ce vote du 6 octobre, une forte conscience chez nos adhérents de nous dire qu’on ne peut pas se permettre de se planter une fois supplémentaire." Dans son vaste bureau du cœur de Paris, celui qui a été nommé chef de file du PCF pour les européennes explique que "2017 a été vécu, au-delà même de l’échec, comme une humiliation". En novembre 2016, le PCF avait décidé à l’issue d’un vote très discuté (53,6 % des voix pour) de se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2017. "Au moment où nous avons fait ce choix, nous n’avions plus le choix en réalité de porter notre propre candidature", regrette aujourd’hui M. Brossat.

 

ICI 

À quoi sert le Parti Communiste après que Mitterrand l’ai jeté à terre et que Mélenchon l’ai presque achevé ? « Mitterrand n’est pas socialiste. Il a appris à le parler. » Guy Mollet
À quoi sert le Parti Communiste après que Mitterrand l’ai jeté à terre et que Mélenchon l’ai presque achevé ? « Mitterrand n’est pas socialiste. Il a appris à le parler. » Guy Mollet
À quoi sert le Parti Communiste après que Mitterrand l’ai jeté à terre et que Mélenchon l’ai presque achevé ? « Mitterrand n’est pas socialiste. Il a appris à le parler. » Guy Mollet
À quoi sert le Parti Communiste après que Mitterrand l’ai jeté à terre et que Mélenchon l’ai presque achevé ? « Mitterrand n’est pas socialiste. Il a appris à le parler. » Guy Mollet
À quoi sert le Parti Communiste après que Mitterrand l’ai jeté à terre et que Mélenchon l’ai presque achevé ? « Mitterrand n’est pas socialiste. Il a appris à le parler. » Guy Mollet
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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 06:00
Maison de Pasteur à Arbois

Maison de Pasteur à Arbois

Nommé en 1854 doyen de la nouvelle faculté des sciences de Lille Pasteur va cueillir ses premiers lauriers deux plus tard à l’été 1856 grâce à la betterave. Dans son discours inaugural il avait souligné l’importance pratique que les études scientifiques pouvaient avoir pour l’industrie locale qui, dans le Nord, comprenaient de nombreuses brasseries et distilleries.

 

L’un de ses étudiants, un certain Bigo, était le fils d’un important distillateur d’alcool de sucre de betterave. Celui-ci s’adressa à Pasteur car sa production d’alcool était en train de s’arrêter pour des raisons qu’il ne comprenait pas. Pasteur se rendit sur place à plusieurs reprises, il préleva des échantillons dans les cuves encore actives et dans celles désormais inertes.

 

Le jeune Bigo écrira, qu’au microscope « Pasteur avait remarqué […] des globules ronds quand la fermentation était saine, qui s’allongeaient quand l’altération commençaient, et devenaient très longs quand la fermentation devenait lactique »

 

« C’est en étudiant les causes de cet échec que le savant se demanda s’il n’était pas en présence d’un fait général, commun à toutes fermentation. Pasteur se dirigeait vers une découverte dont les conséquences allaient révolutionner la chimie. » René Vallery-Radot.

 

Son Mémoire sur la fermentation appelée lactique (celle qui rend le lait aigre) est la première étape décisive qui mènera la  recherche de Pasteur « des cristaux à la vie ». Il y expose résolument l’hypothèse que la fermentation n’est pas le processus purement chimique, mais qu’elle est aussi le résultat de l’activité de micro-organismes vivants.

 

C’est une victoire face à Justus von Liebig, son rival allemand.

 

Lui et d’autres chimistes vont laisser libre court à leur scepticisme, en raillant dans un article sur le rôle des micro-organismes dans la fermentation ces « animaux dans le vin » de la « forme d’un alambic de Beindorf » qui « mangent du sucre, évacuent de l’alcool de vin par le canal intestinal et de l’acide carbonique par la vessie Quand elle est pleine, la vessie a la forme d’une bouteille de champagne. »

 

Pour Liebig, cette hypothèse était comparable à la « croyance d’un enfant qui voudrait expliquer la vitesse du courant du Rhin en l’attribuant au mouvement violent des nombreuses roues des moulins de Mayence. »

 

Bonjour l’ambiance !    

                                            

En 1858, pendant  ses vacances en Arbois, « Pasteur puise assidûment dans les caves bien garnies de ses amis d’enfance pour mener à bien ses observations sur le vin gâté, en constatant de fortes similitudes avec ses recherches sur l’acide lactique. »

 

« Outre la levure, Pasteur observe régulièrement des traces de micro-organismes dans les échantillons de vin gâté qui sont absents des vins non altérés. »

 

« Il devint si habile dans l’identification de ces différents germes qu’il fût bientôt capable de prédire le goût particulier d’un vin après l’examen de son sédiment. »

 

 

Ayant réuni les producteurs et les commerçants en vin, il se produisit en un spectacle de magie. « Apportez-moi », leur dit-il, « une demi-douzaine de bouteilles de vins passés, mais sans me faire connaître leur mal ; moi, sans les goûter, je saurai vous dire leurs défauts ». Les producteurs de vin ne voulaient pas y croire, mais en souriant malicieusement, ils apportèrent les bouteilles de vins malades. Ils observaient les curieux pareils dans le vieux café et regardaient pasteur comme un pauvre maniaque. Ils décidèrent de se moquer de lui en apportant aussi quelques bouteilles de vin très sain. Pasteur, avec une fine pipette de verre, prit une goutte de vin dans une bouteille, la posa entre deux lamelles de verre qu’il plaça sous le microscope. Les paysans se donnaient des coups de coude dans les côtes et clignaient de l’œil pendant que Pasteur était courbé sur son microscope, et l’hilarité se répandait de minute en minute […] Brusquement, il leva les yeux et dit : « Ce vin est excellent, donnez-le au goûteur, et qu’il dise si j’ai raison. » Le goûteur goûta, fronça son nez rouge et dut admettre que Pasteur avait raison. Et il en fut ainsi pour toute la série de bouteilles : Pasteur regardait avec le microscope et annonçait, tel un oracle : « Ce vin est bon, cet autre est filant, celui-là est acide. » Le goûteur confirmait à chaque fois l’oracle. Es marchands de vin stupéfaits, chapeau bas devant lui, s’en allèrent en balbutiant des mots de remerciement. « Nous ne savons pas comment il fait », murmuraient-ils, « mais il est très intelligent ! Extrêmement intelligent, vraiment ! » Une grande concession pour un paysan français ! »

De Kruif

 

 

« Avec sa démonstration, Pasteur balaie le scepticisme et les moqueries des viticulteurs : la science fait son entrée triomphale dans les caves, en légitimant son rôle dans le domaine de l’œnologie. Mais l’un des aspects les plus remarquables – et le plus lourd de conséquences pour l’avenir, car ses effets se feront sentir sur l’image publique de la science jusqu’à notre époque –, c’est qu’elle ne le fait pas en tant que science. Pasteur n’explique rien aux viticulteurs, ni à propos de la méthode qu’il a suivie ni à propos des théories sur lesquelles elle repose. Les viticulteurs s’en vont, incrédules et admiratifs, sans avoir rien compris à ce qui se passait… »

Massimiano Bucchi Le poulet de Newton La science en cuisine. (cette chronique lui doit tout)

 

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