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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 06:00
Macaronis ! Macaronis ! Macaronis ! Vita di merda !!! « La Belgique, pays du bonheur ! »

« Avec Macaroni il n’est pas question de pâtes, mais bien de ces immigrés italiens venus en Europe à partir de la fin du XIXème siècle pour trouver du travail dans les bassins miniers du Nord de l’Europe (en Belgique, en l’occurrence).

 

 

« Cette immigration s’est faite dans la douleur. Quand je me souviens de ce que disait ma grand-mère, elle évoquait avec nostalgie le lien qu’elle avait encore avec l’Italie qu’elle n’avait pas quitté de gaîté de cœur. Quand on émigre, le lien avec la terre natale reste fort. » Indique Vincent Zabus le dessinateur de cette bd toute en délicatesse. Il est italien et sa famille a connu l'immigration.

 

« Ottavio est l’un d’eux. Pour bâtir son histoire, Vincent Zabus s’est inspiré de la vie rocambolesque du père d’Inès, une de ses amies, qui l’avait frappé. Un homme aigri qui avait le sentiment d’avoir raté une vie bousculée par les aléas de l’Histoire.

 

Macaroni c’est une histoire, celle d’Ottavio, dans la grande Histoire dont Zabus. Le récit de Vincent Zabus dévoile en effet l’histoire de générations qui se rencontrent enfin, le pépé et son petit-fils qui ne se voyaient qu’une fois l’an, de la découverte d’un passé familial empreint de déracinement et de renoncement, d’identités oubliées. Le travail de scénariste qui a revu plusieurs fois sa copie comme il l’explique dans la postface.

 

« Le tout est brillamment mise en image par Thomas Campi (un dessinateur d’origine italienne : impossible d’y voir un hasard). Au long de ces cent vingt-cinq planches, Campi développe un dessin enlevé et lumineux, bien loin des clichés gris de la cité minière, et qui symbolise toute la force des sentiments de cette communauté italienne. »

 

 

L’histoire se focalise donc sur les rapports entre le grand-père et le petit-fils, de la non-relation initiale, planche après planche le « vieux chiant » et le stupidino apprennent à se connaître, avec peu de mots de VC, beaucoup plus de la part du gamin, ils se comprennent et s’aiment. L’écriture de Zabus est efficace et ne tombe jamais dans le pathos en dépit de la somme des non-dits familiaux, des fantômes du passé qui hante la vie d’Ottavio : la mine, la guerre, la lettre des chemins de fer italiens non transmise, Giulia, sa femme décédée…

 

 

« Je me suis toujours laissé faire. Et j’ai tout laissé filer.

 

- Tout quoi ?

 

- Toute ma vie.

 

[…]

 

« À trois ans mes parents m’ont donné à ma tante.

 

- Donné ? !

 

- Oui. Elle avait pas d’enfants. Et mon père, il en avait beaucoup. Alors, il m’a envoyé vivre chez sa sœur. C’était comme ça….

Au début j’ai pleuré. Puis j’ai compris qu’être fils unique de ma tante c’était mieux qu’un des sept de mes parents. Très heureux, j’ai été avec elle. Puis elle est morte. J’avais douze ans…

Je suis retourné chez mes parents. Là, j’ai vite compris que c’était plus chez moi. Pour eux, j’étais devenu le fils de ma tante…

Puis, à 18 ans, on m’a envoyé à la guerre. Benito Mussolini, il m’a dit de tirer. Je ne savais pas sur qui mais j’ai dit oui…

Puis on m’a dit « Va en Belgique ! » J’ai dit oui ! « Descends à la mine » ? Oui ! « Crève de misère » ? Oui !...

Oui, oui, oui…

J’ai jamais décidé de rien ! Rrr… Comme si cette vie n’était pas la mienne ! …

Jamais je me suis senti chez moi quelque part. Jamais !

 

- Mais en Belgique…

 

- La Belgique ? ! Tu sais comment les gens d’ici nous appelaient quand on est arrivés ? Les Macaronis…

 

Macaronis ! Macaronis ! Vita di merda !!!

 

Une BD à acheter absolument !

 

Macaronis ! Macaronis ! Macaronis ! Vita di merda !!! « La Belgique, pays du bonheur ! »
Macaronis ! Macaronis ! Macaronis ! Vita di merda !!! « La Belgique, pays du bonheur ! »
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 06:00
La belle et triste histoire de Don Papè le pépé de Salvatore Adamo «maître des eaux» de Comiso en Sicile

« À notre arrivée en Belgique, mes parents et moi avons vécu trois ans «à l’écart», au purgatoire si j’ose dire, dans une cité de baraques en bois, au toit en tôles ondulées, à un jet de pierre de la mine où trimaient mon père et ses amis émigrés. Ils ont broyés du noir, au sens propre et sale. Le charbon était partout. Il noircissait le ciel, le vert des arbres, les prairies, les nuages, les mineurs, leur femme, leurs enfants, leur repas, et sans doute leur esprit. »

 

 

Né à Comiso (Sicile) en 1943, Salvatore Adamo est fils unique pendant les sept premières années de sa jeune existence. 


Antonio, son père, est puisatier. Quant à sa mère, prénommée Concetta, elle s’occupe de son petit garçon. Quatre ans après la naissance de leur fils, Antonio trouve un travail de mineur en Belgique et laisse femme et enfant. 

Salvatore apprend bien plus tard que l’Italie, au lendemain de la guerre, reçoit une tonne de charbon belge pour chaque mineur émigré. Quelques mois après le départ d’Antonio, Concetta et le petit Salvatore le rejoignent à Ghlin, en Belgique. 

Puis toute la famille s’installe dans la cité minière de Jemmapes, non loin de Mons, traversée par deux rivières dont les noms sont peu rassurants : La Haine et La Trouille. Les distractions sont rares et la vie est difficile. 


Le père de Salvatore part chaque jour au fond du puits numéro 28 de la mine, afin de gagner suffisamment d’argent pour nourrir sa famille. Pourtant, parfois, il emmène Concetta au dancing de Jemmapes et pendant qu’ils virevoltent enlacés sur la piste, portés par les mélodies de Nat King Cole, leur petit garçon rêveur est perdu dans ses pensées. 

 

Salvatore, le prénom de son grand-père paternel, Adamo, est retourné en Sicile à l’âge de onze ans.

 

Après avoir visité nono Turi, diminutif de Salvatore, à Vittoria, sa mère décide de le conduire chez ses parents à Comiso où il retrouve son autre grand-père, Giuseppe alias Don Papè.

 

 

Il écrit : « Me voici donc élevé au rang de « Petit-fils du maître des eaux », rien de moins ! Don Papè était simplement cantonnier et responsable de l’eau de la ville. Mais vous savez l’importance du titre en Italie. Tous les matins, à sept heures, il montait à son château… d’eau, et ouvrait les vannes.

 

Tout Comiso pouvait recommencer à vivre, à se désaltérer, à se laver… jusqu’à 19 heures, quand il remontait imperturbable pour ramener implacablement, à deux mains, les immenses rosaces en cuivre des robinets à leur point mort ; et c’était fini. Plus une goutte du précieux liquide ne sortait. Tels étaient les ordres. La survie du village passait par cette intransigeance. Ce qui faisait de mon pépé l’homme le plus aimé de Comiso le matin, et le plus haï le soir.

 

J’ai donc vécu au rythme de ses journées pendant deux semaines ; l’après-midi, après la sieste, il m’emmenait au cercle des anciens combattants où il jouait aux cartes en attendant de devoir remonter au château. Bien entendu les parties étaient arrosées de vin du pays.

 

 

 

Quelques années plus tard, dans une lettre que grand-mère Tatedda nous écrivit à Jemmapes, nous apprîmes qu’un jour Don Papè avait un peu plus éclusé que de coutume pendant la briscola (lire ICI ), belote italienne, il s’était assoupi au cercle dans un fauteuil… Personne n’avait pensé à le réveiller, ou n’en avait pas simplement eu l’envie, pour le punir, se moquer de ce qui chez lui pouvait passer pour de la superbe. Grand-père laissa couler l’eau deux heures de plus. Tout le village s’en réjouit et en profita, pensant que le temps de la disette était derrière lui. Hélas, Don Papè reçut le lendemain même un blâme très sévère de la part des responsables des eaux et forêts, parce qu’il avait dilapidé le capital phréatique du bourg en pleine sécheresse, et par conséquent mis son avenir en péril. Il fut donc destitué et se retrouva au chômage, humilié au plus profond de son âme d’homme de devoir. Il se mit à boire, et par conséquent à dépérir.

 

La lettre de ma grand-mère nous avait angoissés à juste titre, puisque quelques mois plus tard, il s’éteignit dans le parc dont il était devenu le gardien, allongé sur un banc, sous le caroubier qui lui faisait de l’ombre. Dès qu’il sombra apaisé dans son dernier sommeil, le ciel, comme pour réhabiliter le souvenir de mon aïeul, ouvrit grand les vannes pour verser une immense larme et rafraîchir le village d’une pluie salvatrice qui fit crier au miracle. Le maître des eaux était béatifié dans la mémoire collective populaire.

 

Bon ! D’accord. J’ai sans doute embelli sa fin, mais je la préfère à la vraie. »

 

Ce texte est tiré de la préface que signe Salvatore Adamo à la superbe BD : MACARONI sur laquelle je chroniquerai demain.

 

Salvatore Adamo: Torno a Comiso, per cantare

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 06:00
Specific Cheeses – Chavignol Impression à encre pigmentaire sur papier Diptyque

Specific Cheeses – Chavignol Impression à encre pigmentaire sur papier Diptyque

Quand tu veux la paix, prépare la guerre…

 

Quand tu veux te vendre cher fais monter les enchères…

 

La bataille du camembert authentique était menée par Thierry Graindorge président de la société éponyme.

 

David contre Goliath, Graindorge c/Lactalis !

 

Tant et si bien qu’au temps de Bruno Le Maire, élu de Normandie, il me fut demandé d’accompagner, dans une mission de conciliation, un sage aveyronnais ayant ferraillé avec Lactalis du côté de la Société des Caves de Roquefort.

 

Croyez-moi si vous voulez mais nous ne sommes jamais allés voir la Normandie car monsieur Graindorge ne jugeait pas utile de nous recevoir.

 

L’intransigeance est toujours payante lorsqu’elle se conclue par un gros chèque.

 

Alors j’ai bien ri lorsque le 29 juillet l’AFP a titré Normandie: vers une paix des braves dans la guerre du camembert.

 

L’article est intéressant ICI 

 

Mais le véritable enjeu de la bataille n’était pas l’authenticité du camembert AOP mais le fameux camembert fabriqué en Normandie : quelque 5.000 tonnes d’AOP sont produites chaque année contre 60.000 tonnes de camemberts industriels non AOP, vendus en grande distribution ou à l'étranger (8.000 autres tonnes sont produites hors de Normandie puisqu’on produire du camembert sur la terre entière).

 

Croyez-moi, les producteurs de lait, normands y compris, n’étaient pas très chauds pour sa disparition.

 

Quant à l’INAO, c’était courage fuyons !

 

Imaginez un Bordeaux fabriqué à Bordeaux avec du raisin venu de la France entière ou même du Nouveau Monde.

 

« Rien ne leur interdit d'utiliser de la poudre de lait néo-zélandaise », s'inquiète dans le quotidien Ouest France Patrick Mercier, président de l'organisme Camembert de Normandie, qui avait saisi la justice en 2012.

 

Alors qu'a fait l’INAO depuis tant d’années ?

 

Rien, ou presque !

 

Sauf que soudain en mai et juillet, l'Inao a réuni les acteurs de la filière à Caen: « Nous leur avons dit que la situation n'était plus tenable », a déclaré M. Dairien à l'AFP.

 

« Cette tolérance pourrait être utilisée contre nous dans les négociations de l'accord international TIPP (Tafta). On pourrait nous accuser d'être plus tolérants en interne sur la rigueur des AOP qu'en externe », dit M. Dairien: « Et comme le camembert est un produit emblématique de l'alimentation française, nous devons y être très attentifs».

 

D'ici la prochaine réunion en septembre, une solution doit être trouvée pour lever l'ambiguïté.

 

Pour la première fois après des années de "tension maximale" entre les deux camps, Gerard Calbrix, directeur des affaires économiques de l'Association de la Transformation laitière (Atla), qui réunit industriels et coopératives, se dit "optimiste".

 

La raison? Le principal fabricant d'AOP, Graindorge, qui a mené une bataille féroce pour défendre le lait cru face au pasteurisé, vient d'être racheté en juin… par le principal industriel, Lactalis.

 

« Ce rachat change complètement la donne, car pour la première fois un des grands acteurs se retrouve des deux côtés de la barrière », dit M. Calbrix.

 

« Plusieurs pistes sont à l'étude », annonce M. Dairien. L'une des portes de sortie serait la création pour le camembert industriel d'une "IGP" (indication géographique protégée), qui garantit l'origine tout en allégeant les contraintes de fabrication.

 

« Le temps a permis de confirmer que les deux camemberts doivent coexister sur les deux marchés dans l'intérêt de toute la Normandie », dit-il.

 

Ne reste plus qu'à régler le problème le plus délicat. Par quoi remplacer le mot « Normandie » sur l'étiquette?

 

Là je me gondole grave car en effet, si les industriels se sont tant battus c’est pour exhiber cette mention valorisante sur leur étiquette car Normandie = camembert dans l’esprit des consommateurs. Jusqu’à quand ? Je fais du Devos sans le faire exprès.

 

Donc en résumé l’INAO est fort avec les faibles et faible avec les forts.

 

Mou du genou sur le camembert, voilà t’y pas que le vieil institut qui a perdu sa boussole vient de se fendre d’un courrier où il s’attaque à l’art, en l’occurrence à celui exercé par un Boulard, Nicolas de son prénom, fils de Francis le champenois qui fait du champagne avec des bulles...

 

« L’artiste champenois, Nicolas Boulard, qui participe à l’opération Vitrines sur l’art des Galeries Lafayette à Bordeaux, vient de recevoir un courrier du service juridique et international de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) qui lui demande de « réviser » son projet artistique : « Specific Cheeses ».

 

L’institut justifie sa réclamation par la « protection » des appellations « Chavignol » et « Chaource ». Si la première a déjà fait l’objet d’une réalisation artistique, l’Union des producteurs de la seconde a refusé la collaboration artistique. Apparemment appelé à la rescousse, l’INAO écrit à l’artiste le 22 juillet 2016 :

 

« Les fromages d’appellation d’origine protégé doivent répondre à des conditions de production définies par un cahier des charges parmi lesquelles figurent la forme du produit. Ainsi, présenter sous le nom de “Chaource” des fromages dont la forme n’est pas conforme à ces règles est de nature à porter atteinte à l’image du produit et à sa perception par le public. »

 

A propos du « Chavignol », le courrier ajoute que « cette appellation fait également l’objet d’une protection ».

 

C’est un peu comme si l’INPI, à la demande de Jacob&Delafon, poursuivait Duchamp pour réinterprétation de son célèbre urinoir baptisé par l’artiste : FONTAINE.

 

« Fontaine est un ready-made, c'est-à-dire un « objet tout fait », autrement dit une idée que Marcel Duchamp a eue de « choisir » un urinoir industriel en vue d'une exposition d'art moderne au lieu de faire une sculpture de ses mains. L'objet original est un simple article de sanitaire acheté dans un magasin de la société J. L. Mott Iron Works, à New York. Marcel Duchamp a ajouté à l'aide de peinture noire l'inscription « R. Mutt 1917 ».

 

« Fountain fut refusée lors de la première exposition de la Société des artistes indépendants de New York en 1917 avant de disparaître. Il n'en existe que des répliques, certifiées par Marcel Duchamp et réalisées dans les années 1950 et 1960.

La réplique exposée au Musée d'art moderne du Centre Georges Pompidou, réalisée en 1964, est un urinoir en faïence blanche recouverte de glaçure céramique et de peinture. Ses dimensions sont 63 x 48 x 35 cm. Il comporte la signature « R. Mutt » et la date « 1917 » à la peinture noire ainsi qu'une plaque de cuivre, fixée sous l'urinoir, portant l'inscription : « Marcel Duchamp 1964 Ex. / Rrose / FONTAINE 1917 / Édition Galerie Schwarz, Milan ».

 

Sans ironiser, le service juridique et international de l’INAO n’a-t-il rien de mieux à faire que de passer tout un après-midi à la 17e Chambre du TGI de Paris pour venir soutenir l’Hubert dans sa terrible épreuve face madame Saporta ou d’user sa plume pour pondre un courrier en défense de la forme d’un fromage AOP ?

 

Prendre le parti d’en rire, car c’est bête à pleurer, permet tout de même de poser la question aux juristes de pacotille de l’Institut : « En quoi, ce projet artistique induirait le consommateur-acheteur de chaource ou de chavignol en erreur ? »

 

Imaginez monsieur et madame Michu poussant leur caddie chez Lidl après avoir déambulé aux Galeries Lafayette à Bordeaux où Nicolas Boulard participe à l’opération Vitrines sur l’art et se chamaillant avec le gérant parce qu’ils ne trouvent pas de Chavignol en forme de pyramide ?

 

Et pourquoi il ne s’appelle plus crottin de Chavignol ce petit fromage au lait cru et entier de chèvre qui bénéficie d`une Appellation d`origine contrôlée depuis 1976, ainsi que d’une appellation d’origine protégée depuis 1996 ?

 

Ce n’est pas chic le crottin ?

 

Cette ablation est une insulte à l’origine et à l’histoire car c’est depuis le XVIe siècle, les que paysans du Sancerrois élèvent des chèvres et fabriquent des fromages qui constituent leur principale richesse. Un ouvrage de 1829 mentionne que les fromages de chèvre du Sancerrois sont connus sous le nom de « Crottins de Chavignol » le mot «crottin» désignant à l’origine, semble-t-il, une petite lampe à huile en terre cuite.

 

Bref, c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui !

 

Le directeur de l’INAO, qui n’aime que les fromages pasteurisés, serait bien inspiré s’il en revenait à l’essentiel de ce que fut sa maison. Tout mettre dans le grand panier des signes de qualité constitue une erreur stratégique pour la défense et la promotion de l’authenticité et du fameux terroir.

 

L’extension continue du domaine du terroir tue le terroir et l’air de famille, la typicité, font que, comme pour les bagnoles, qui en arrivent à toutes se ressembler catégories par catégories, tout à le même goût, le goût de rien du tout.

 

Alors, que le camembert soit fait à Camembert ou à l’autre bout de la terre, peu importe s’ils sont fabriqués avec n’importe quel lait, y compris reconstitué, issu de n’importe quel race de vaches, bouffant tout et n’importe quoi.

 

À l’INAO, maintenant qu’Éric Rosaz a décidé de se rapprocher du Sud, au lieu de dériver lentement mais sûrement vers toujours plus de bureaucratie, de verticalité paperassière, un retour au terrain s’impose sinon les derniers survivants de l’esprit des origines auront depuis longtemps déserté l’auberge espagnole que l’Institut est devenu…

 

Lire : ICI Les fromages de Nicolas Boulard ne sont pas au goût de l’INAO

 

Le projet Specific Cheeses de Nicolas Boulard ICI 

 

Des plongeurs découvrent dans une épave un fromage vieux de 340 ans ICI 

 

Ceci n’est pas 1 chaource ni 1 Chavignol par Nicolas Boulard mais ceci est 1 camembert de Lactalis qui n’est pas de Normandie…

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 06:00
De la séduction : le je ne sais quoi et le dégagement… à l’attention de tous ceux qui veulent enfermer notre goût dans un faux esprit de géométrie

« Un je ne sais quel charme encore vers vous m’emporte… » Polyeucte de Corneille.

 

Le charme, la grâce, le plus souvent l’amour est déclenché par la beauté mais ce charme, cette grâce « plus belle encore que la beauté, comme le dit La Fontaine, voilà le pur je ne sais quoi.

 

« Il y a quelquefois, dans des personnes ou dans les choses, un charme invisible, une grâce naturelle, qu’on n’a pu définir, et qu’on est forcé d’appeler, le JE NE SAIS QUOI.»

Montesquieu dans l’Essai sur le Goût

 

« Qui voudra connaître à plein la vanité de l’homme n’a qu’à considérer les causes et les effets de l’amour. La cause en est un JE NE SAIS QUOI (Corneille), et les effets en sont effroyables. Ce JE NE SAIS QUOI, si peu de choses qu’on ne peut le reconnaître, remue toute la terre, les princes, les armes, le monde entier. Le nez de Cléopâtre : s’il eut été plus court, toute la face de la terre aurait été changée. »

Pascal, fragment 162 des Pensées.

 

« Cependant, le je ne sais quoi n’appartient pas au seul vocabulaire de la psychologie amoureuse : il appartient aussi à celui de l’esthétique. »

 

Cette « beauté quasi toute nue et solitaire. », ces « certaines choses ineffables, ces grâces secrètes, ces charmes imperceptibles. »

 

Baltasar Gracian le rattachait à la perfection « Le je ne sais quoi, dit-il, est l’âme de toutes les qualités, la vie de toutes les perfections, la vigueur des actions, la bonne grâce du langage et le charme de tout ce qu’il y a de bon goût. Il amuse agréablement l’idée et l’imagination, mais il est inexplicable. C’est quelque chose qui rehausse l’éclat de toutes les beautés, c’est une beauté formelle ; les autre perfections ornent la Nature, mais le JE NE SAIS QUOI orne les ornements eux-mêmes. De sorte que c’est la perfection de la perfection même, accompagnée d’une beauté transcendante et d’une grâce universelle. »

 

L’esprit de finesse cher à Pascal, « différent de l’esprit de géométrie par sa forme et son objet, il n’est pas en dehors de la raison ; il n’est pas une intuition pure, car il a ses procédés et son ordre ; il est une certaine façon de juger les choses dont « les principes sont dans l’usage commun et devant les yeux de tout le monde « , principes « si déliés et en si grands nombres qu’il est presqu’impossible qu’il n’en échappe (…). On les voit à peine, on les sent plutôt qu’on ne les voit ; on a des peines infinies à les faire sentir à ceux qui ne les sentent pas. Ce sont des choses tellement délicates et si nombreuses, qu’il faut un sens bien délicat et bien net pour les sentir, et juger droit et juste selon ce sentiment, sans pouvoir les démontrer par ordre, comme en géométrie. »

Dans son livre « Le je ne sais quoi et le Presque-Rien » Wladimir Jankélévitch écrit « Le je ne sais quoi est pour l’intellectualisme un sujet inépuisable d’inquiétude et de perplexité : il entretient en nous cette espèce d’inconfort intellectuel et de mauvaise conscience, ce malaise né de l’incomplétude que Platon appelait aporia, et qui est bien, à sa manière, un mal d’amour, une nostalgie érotique, une amoureuse insuffisance. »

 

Baltasar Graciàn (né en 1601 meurt en 1658 prêtre au sein de la Compagnie de Jésus en délicatesse permanente avec sa hiérarchie il sera destitué de sa charge pour manquement au devoir d'obéissance) in Le Héros éditeur Le Promeneur le cabinet des lettres

 

Le dégagement, c'est l'âme de toute qualité, c'est la vie de toute perfection, c'est l'élégance en action, c'est la grâce en paroles, c'est ce qui enchante le goût, c'est ce qui flatte l'intelligence - c'est ce qui ne s'explique pas.

 

C'est la touche finale apportée à l'ouvrage - c'est une beauté formelle. Les autres qualités embellissent la nature, mais le dégagement les rehausse encore. Il est la perfection des perfections, une beauté qui les transcende toutes avec une grâce universelle.

 

Il tient à je ne sais quoi d'aérien d'indiciblement élégant dans le dire et le faire, et même dans la façon de penser.

 

Il est en grande partie inné ; le reste, il le tient de l'observation. Et jusqu'à présent, personne ne l'a vu obéir à une quelconque autorité. Il est même supérieur à l'art.

 

On l'apparente au charme pour sa séduction ; à l'allure pour son caractère insaisissable ; au brio pour la fierté qui l'accompagne ; au dégagement, donc, pour son caractère affable ; à l'aplomb, pour ce qu'il révèle de facilité. Mais tous ces mots ne traduisent que l'impossible tentation de le définir.

 

Ce serait lui faire injure que de le confondre avec la facilité : il se tient bien au-delà, au-delà même de la hardiesse. Bien qu'il suppose la légèreté, c'est une valeur ajoutée à la perfection... »

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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 06:00
Le bronzage l’émergence du « corps d’été » punition de baigneuses trop coquettes, flagellées à coup d’orties par des femmes d’un village breton, sous le regard hilare des hommes.

« Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrit Paul Valéry dans l’Idée Fixe en 1931.

 

Cela pourrait s’appeler « du marbre au bronze »…

 

Comment en effet est-on passé de la blancheur diaphane, marmoréenne, à la patine du bronze, voire du cuivre, comme canon de beauté de l’épiderme féminin ?

 

Question à laquelle s’est attelé Pascal Ory, dans L’invention du bronzage (Essai d’une histoire culturelle), publié aux éditions Ramsay. C’est au tournant des années 1930 que l’historien situe cette véritable « révolution culturelle » par laquelle le hâle l’a définitivement emporté sur la pâleur.

 

 

Révolution culturelle: l’expression ne serait-elle pas exagérée pour une pratique qui peut apparaître comme futile, accessoire?

 

Révolution, parce que comme les « vraies révolutions, celles qui touchent durablement, parfois définitivement (…) aux modes de vie, (…) l’instauration du bronzage comme nouvelle norme pigmentaire est un saisissant retournement des valeurs », écrit Pascal Ory.

 

« Concernant ces années 1920 et 1930, les archives consultées par Christophe Granger, Les corps d’été, XXe siècle. Naissance d’une variation saisonnière, Paris, Autrement, 2009, lui permettent d’insister sur des « batailles estivales » que Pascal Ory avait évoquées brièvement. Le défaut de tenue physique est très vite associé à une absence de retenue morale. Ces jugements entraînent des heurts dans les petites localités, autour de la plage locale : l’image est savoureuse, tirée d’une couverture du Petit Journal, en 1927, de la «punition des baigneuses trop coquettes», flagellées à coup d’orties par des femmes d’un village breton, sous le regard hilare des hommes.

 

 

L’historien décrit les réseaux mobilisés dans cette croisade morale et note un point culminant en 1934, de façon concomitante avec les agissements des ligues à Paris : ceux qui veulent moraliser les tenues de plage appartiennent à la « bourgeoisie traditionnelle éduquée, celle dont les positions s’effritent », et à certaines couches des « classes moyennes ». Ils disposent d’un véritable savoir-faire militant et s’attachent à « produire de l’indignation » en faisant de la question un problème de morale et d’intérêt public, et non de simple goût personnel.

 

Pour Pascal Ory, très sérieux historien, dans « L’invention du bronzage » c’est l’une des grandes révolutions culturelles du XXe siècle que « celle qui a conduit le canon de beauté pigmentaire occidentale de l’ordre du marbre à celui du bronze… » La révolution du bronzage, originellement « action de recouvrir un objet imitant l’aspect du bronze » va toujours consister à se « recouvrir d’une couche et de soigner son apparence. »

 

Pascal Ory souligne que dans les sociétés méditerranéennes antiques, Sénèque, «mâle dominant d’une société dominé par les mâles », dans ses lettres à Lucilius, écrit à propos des thermes, lieu réservé aux hommes, « il faut qu’on se hâle en même temps qu’on se baigne » et qu’il est démontré que « la valorisation du teint pâle vaut pour les femmes des dites élites, considérées ici comme de précieux trésors, signes extérieurs de richesse, de supériorité et, à cet effet, gardées à l’abri des regards des autres mâles en même temps qu’à l’abri du soleil. »

 

L’Ancien Régime épidermique qui semblait établi pour les siècles des siècles, résistant, jamais remis en cause jusqu’aux abords de la Première Guerre mondiale ou encore « les métaphores multiplieront les imageries jouant avec les épiphanies du blanc, en empruntant à tous les ordres – minéral, végétal et animal – Aristocratique ou populaire, lys dans la vallée ou Blanche Neige, la carnation de la femme belle aura à voir avec le lys, l’ivoire, l’albâtre, le marbre ou la neige (...) A contrario, le suspect, le vicieux, le Mal seront associés aux teints « mat », « basané », « cuivré » et autres « olivâtre ».

 

« Les enjeux sont clairement posés par Pascal Ory, qui prend appui, en matière de périodiques féminins, sur l’après-1945 : trois périodiques français entre les deux guerres : Vogue, qui s’adresse aux élites, Marie-Claire qui vise les classes moyennes modernistes, et Le Petit Écho de la mode davantage tourné vers la bourgeoisie traditionnelle et la petite bourgeoisie, pour en conclure que la révolution épidermique s’est produite avant cette date.

 

En effet, les produits blanchissants auparavant dominants ont disparu, au profit des produits bronzants. Il récuse immédiatement deux types d’explications souvent données à ce phénomène : Coco Chanel et les congés payés. Il semble en effet fortement réducteur de rapporter la mode du bronzage à une personnalité, fût-elle exceptionnelle en son temps, et la date de 1936 paraît trop tardive puisque l’Ambre solaire, produit de beauté emblématique, a été testée dès 1935 et lancée en 1936.

 

 

Pascal Ory démontre que le bronzage comme pratique collective est repérable dès les années 1920 (dans les pages de Vogue notamment). Être ou ne pas être hâlé est encore un sujet de débat dans Vogue en 1928. À la fin des années 1930, le bronzage semble s’être généralisé dans de larges couches de la population : le basculement aurait ainsi été rapide.

 

L’auteur décrit de manière brève mais intéressante les stratégies commerciales et industrielles qui accompagnent ce changement, avec l’apparition commerciale des produits solaires. Il s’attaque à une légende en montrant que le vrai produit de lancement n’est pas Ambre solaire mais l’huile de Chaldée, créée en 1927 par le couturier et parfumeur Jean Patou, concurrent célèbre de Coco Chanel. Sur le terrain de la décontraction chic, il est concurrencé dans sa démarche industrielle par l’entrepreneur Eugène Schueller, qui lance L’Oréal et l’Ambre solaire. Ce sont les publicités de L’Oréal, dans des brochures et à la radio, qui lui permettent d’éclipser ses concurrents. La vogue des lunettes de soleil participe du phénomène et de cet accompagnement économique de changements culturels. Les instituts de beauté, quant à eux, jouent pendant plusieurs années sur les deux tableaux, proposant à la fois des produits pour blanchir la peau et d’autres pour mieux bronzer.

 

En définitive, le principal facteur explicatif retenu par Pascal Ory est celui des progrès de l’hédonisme, d’une conquête des loisirs marquée par une progression de l’espace des loisirs légitimes, notamment avec le développement du sport, qui expose au hâle. Il inscrit cette histoire du bronzage dans une histoire du genre et du dénudement du corps féminin. Il associe le bronzage à l’abandon des gants et du corset, qui rigidifiait les corps et transformait les femmes de l’élite en statues, ainsi qu’à la coupe de cheveux courte qui a bousculé la norme capillaire féminine. Le bronzage participe d’une histoire du bonheur, idée neuve popularisée dans un « jouir solaire » par le vecteur des congés payés.

 

 

Ce rapport au corps est aussi, de manière plus indifférenciée, celui de la jeunesse des Trente Glorieuses. Le corps est mis au centre d’un « ordre neuf des sensualités » : flirt, frôlements des corps, « densification des rapports entre les sexes » et « vive renégociation des jeux de la séduction ». Christophe Granger rejoint Pascal Ory dans son analyse d’une morale du plaisir, de l’hédonisme, mais il situe ces valeurs comme celles du monde des cadres, en pleine ascension.

 

Même dans ce contexte des Trente Glorieuses triomphantes, les «batailles estivales» persistent, avec les polémiques nées sur la question des seins nus, avec la même volonté des pouvoirs publics de ne pas trancher outre mesure les mœurs balnéaires.

 

Source : Sylvain Pattieu Université Paris 8 Département d’histoire 2

 

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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 06:00
Pour ne pas bronzer idiot lisez Dialogues politiques entre trois ivrognes de Nakae Chômin.

Mes amis Claire Naudin et Jean-Yves Bizot reviennent d’un séjour au Japon je leur dédie ce texte.

 

Avec Les Gouttes de Dieu vous avez pu constater avec quelle passion les japonais abordent notre civilisation du vin. Curieux, ils cherchent à mieux nous connaître mais nous, que savons-nous de l’histoire du Japon ?

 

Pas grand-chose, des bribes, alors que sous ce texte au titre étrange Dialogues politiques entre trois ivrognes se cache un texte essentiel qui anticipa les débats politiques du Japon moderne.

 

 

Publié au printemps 1887, alors qu’un vent de contestation répond à l’élaboration d’une constitution autoritaire par le gouvernement d’Itô Hirobumi. C’est un succès foudroyant. L’auteur Nakae Chômin (1841-1909), le « Rousseau de l’Orient » après un séjour universitaire à Paris et fondé à son retour une école d’études françaises, qui rassemblera plus de cinq cents étudiants, met en scène l’affrontement entre le mouvement démocratique et le camp nationaliste. Il participe dans les années 1880 au Mouvement pour les libertés et les droits du peuple. Député quelques mois à la suite des premières élections de l’histoire japonaise, il quittera la scène politique pour se consacrer à son oeuvre philosophique et littéraire.

 

Les trois ivrognes incarnent cette polémique toujours actuelle au Japon : le Gentleman occidentalisé, apôtre du pacifisme intégral, le Vaillant guerrier, champion de l’expansionnisme, et le Professeur, arbitre de la dispute.

 

Miroir des ambitions, des doutes et des conflits de l’esprit nippon, cette satire enlevée s’affirme comme un modèle de dialectique.

 

Une oeuvre exceptionnelle devenue un grand classique de la rencontre des civilisations.

 

Texte traduit, présenté et annoté par Christine Lévy et Eddy Dufourmont.

 

 

« Le penchant de maître Nankaï pour les discussions politiques n’a d’égal que celui qu’il montre pour le vin. Dès qu’il se met à boire un peu, une ou deux petites carafes de saké, il s’enivre avec bonheur. Au fur et à mesure que son énergie vitale s’élance vers le Vide Suprême*, tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend l’enchante et le ravit crescendo, à tel point que, de son horizon, s’effacent tous les maux et souffrance de ce monde.

 

S’il continue de boire, en sus, deux ou trois bouteilles, son cœur, son esprit s’envolent hors de toutes limites, sa pensée bondit et fuse. Son corps demeure dans sa chambre exiguë, mais son regard embrasse le monde entier, et en un éclair de temps, il remonte mille ans en avant. Il se met alors à prophétiser sur la marche du monde, et à donner des directives en matière de politique générale. En son for intérieur, il se dit alors :

 

« C’est moi, le vrai timonier de la voie que la société humaine doit suivre ! Hélas ! À cause de ces hommes atteints de myopie politique, et qui ne veulent pas lâcher la barre, la barque tantôt se heurte à des écueils, tantôt échoue sur un gué. Quelle misère de les voir attirer le malheur sur eux et sur les autres ! »

 

[…] La prochaine fois qu’il me sera donné d’exposer mon opinion sur des questions politiques actuelles, je devrais, avant d’être complètement éméché, couché par écrit les points les plus importants. Je pourrais les récupérer quelques jours plus tard, développer ces idées pour les rédiger, en faire un livre. J’en tirerais autant de satisfaction pour moi que pour les autres. Oh oui ! Je vais le faire, je vais le faire ! »

 

Mais de longues journées de pluie se succédèrent, sans que le moindre rayon de soleil n’apparaisse. Le maître tomba dans la mélancolie et se sentit gagné par une forte mauvaise humeur. Il commanda du saké, et commença à le boire, esseulé. Alors qu’il en était à son premier degré d’enivrement, le plus agréable, celui où l’on accède au Vide Suprême, deux visiteurs apparurent avec une bouteille d’alcool de marque occidentale, sur laquelle était collée une étiquette aux caractères chinois Hache d’or*. Le maître n’avait jamais eu l’occasion de les rencontrer et ignorait jusqu’à leur nom, mais la vue de cette eau-de-vie ne fit qu’exciter son désir d’ivresse.»

 

* Notion confucéenne : « seul le vide suprême, étant inébranlable, est le comble du plein. Il permet de développer un esprit exempt de tout préjugé. »

 

* Il s’agit probablement d’une bouteille de cognac Hennessy. L’entreprise a commencé à exporter au Japon dès 1868. Ses bouteilles avaient pour emblème une petite hache.

 

Politique étatique et débats politiques à l'ère Meiji Christine Lévy 

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 06:00
En finir avec le déni : l’abus de pesticides nuit d’abord à la santé des utilisateurs !

Comparaison n’est pas forcément raison mais rappelons-nous le scandale sanitaire de l’amiante.

 

« M. Henri Pézerat a rappelé, lors de son audition, les circonstances de l'apparition de l'affaire de l'amiante sur le campus de Jussieu, en 1974 : « Un jour, un de nos collègues est venu expliquer que la poussière que nous retrouvions sur nos paillasses trouvait son origine dans l'amiante qui se trouvait dans le flocage qui avait été fait au-dessus des faux plafonds. Nous ignorions totalement les conséquences de l'amiante sur la santé. Nous en avons pris conscience lorsque ce collègue nous a affirmé que l'amiante était probablement cancérigène »

 

  • Le drame de l'amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l'avenir (rapport) ICI  

 

  • L'amiante : récit d'un scandale sanitaire  ICI 

  • L'amiante pourrait faire jusqu'à 100 000 morts d'ici à 2050  ICI 

Depuis une mission en duo avec un vieux de la vieille de la Protection des Végétaux j’ai pris une conscience aigüe de la dangerosité des pesticides pour la santé publique avec en première ligne les utilisateurs.

 

Jusqu’à cette date je ne m’inquiétais que de la santé des sols, de la pollution des eaux, mais après cette information très pointue, à la fois sur la mécanique d’agrément de ces produits, avec les conflits d’intérêts, la pression des grands de la chimie, et sur les pratiques d’épandage, mon opinion était faites : les dirigeants professionnels et la puissance publique ne pouvaient laisser cette bombe à retardement monter en puissance.

 

Mettre des mots, nommer un sujet sulfureux, ce n’est pas stigmatiser ceux qui, souvent de bonne foi, utilisent ces produits sans en mesurer l’extrême dangerosité pour leur santé.

 

En revanche, ce qui n’est pas admissible c’est le discours syndical du type de celui de madame Christiane Lambert vice-présidente de la FNSEA, affligeant, porte-voix des lobbies, chapelet d’arguments du type « puisque le gouvernement a interdit le diméthoate, capable de lutter contre un insecte dévastateur des cerises, les consommateurs ont acheté des cerises importées très chères… »

 

Faux, archi-faux, j’ai acheté des cerises des PO à prix guère différent de celui des années précédentes.

 

 

Dans le secteur de la vigne, là aussi les dirigeants ont préféré le déni à une prise en charge du problème. Conséquence ils sont maintenant dans les cordes, admettent, ergotent, réagissent avec plus ou moins d’à-propos et de convictions.

 

Le mal est fait et je n’arrive toujours pas à comprendre que Vin&Santé, qui fait un bon travail d’explication, n’ai pu, faute d’un consensus professionnel, faire cause commune sur ce sujet. Il est difficile de convaincre qu’on se préoccupe de la santé de ses concitoyens lorsqu’on laisse sur le bas-côté celle des primo-utilisateurs de produits dangereux.

 

Du côté des pouvoirs publics c’est courage fuyons, ne mettons pas à mal la sacro-sainte cogestion avec le syndicat majoritaire, discourons, esquivons, affichons des ambitions qui resteront lettres mortes.

 

Ayant pratiqué le cambouis du 78 rue de Varenne je ne nie pas l’extrême difficulté de mettre sur la table ce type de sujet épineux mais j’étais en droit d’espérer mieux de l’actuel Ministre de l’Agriculture qui s’est contenté de discourir sans vraiment agir.

 

Dernier épisode en date Embarras autour d’un rapport explosif sur la nocivité des pesticides

 

LE MONDE | 27.07.2016 par Stéphane Foucart

 

Je reproduis intégralement pour cause d’utilité publique :

 

Ni communiqué ni conférence de presse. C’est pourtant un rapport singulièrement explosif que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié, lundi 25 juillet au soir, sur son site.

 

En sept volumes et près de 1 000 pages, il rassemble les connaissances disponibles sur l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides et montre notamment que les risques encourus par cette population de plus d’un million de personnes sont insuffisamment documentés et pris en compte dans le processus d’autorisation des insecticides, fongicides et autres herbicides. « Il est plausible que les informations colligées dans le texte permettent à des victimes d’attaquer l’Etat pour carence », dit un familier du dossier.

 

Les modalités de la publication ne sont donc pas allées de soi. Elles ont même suscité de vives tensions entre la direction de l’Anses et les experts mandatés pour établir le rapport, au point que l’arbitrage du Comité de déontologie de l’agence a été nécessaire. Courant juin, même si les grandes lignes du rapport avaient fuité (Le Monde du 23 juin), les organisations non gouvernementales (ONG) redoutaient que le texte ne soit jamais publié.

 

« L’ANSES SE LANÇAIT UN DÉFI À ELLE-MÊME »

 

Que s’est-il passé ? En 2011, l’Anses s’autosaisit de la question brûlante de l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides. Ce faisant, décrypte un fin connaisseur de l’agence de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), « l’Anses se lançait un défi à elle-même, car il était clair que se pencher sur ce sujet conduirait inévitablement à interroger la manière dont les propres experts de l’Anses évaluent les risques de ces produits, avant qu’ils soient mis sur le marché ».

 

Quinze chercheurs de plusieurs disciplines (toxicologues, médecins, sociologues…), presque tous extérieurs à l’agence, sont alors sélectionnés. Et ils planchent, quatre années durant, sur le sujet.

 

Le rapport est finalisé début 2016 et officiellement présenté le 15 avril aux ministères de tutelles – santé, environnement, agriculture – de l’Anses, la publication officielle étant prévue pour le 1er juin. Jusqu’ici, tout va bien. Mais, quelques jours avant la date dite, les parties prenantes (ONG, industriels, etc.) sont informées que la restitution n’aura pas lieu et qu’elle est remise au 22 du même mois. Mais là encore, la réunion est annulée au dernier moment.

 

En cause, la brusque désolidarisation de deux des quinze experts du groupe. Le 13 juin, un bref texte d’une page, exprimant une opinion divergente, est adressé par Sonia Grimbuhler (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, Irstea) et Guy Milhaud (Ecole vétérinaire d’Alfort) à la direction de l’Anses.

 

VOLTE-FACE

 

Trait particulier des deux sécessionnistes : tous deux sont membres du comité d’experts spécialisé (CES) de l’Anses chargé d’évaluer les risques des pesticides préalablement à leur homologation… dont la pratique est précisément interrogée par le groupe d’experts.

 

La volte-face des deux scientifiques choque leurs pairs. « Tous les membres du groupe ont eu une totale liberté d’expression au cours des discussions et chacun a eu la possibilité d’exprimer d’éventuelles positions divergentes, témoigne Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec et seul membre du groupe à avoir accepté de s’exprimer. J’ai été très surpris, comme d’autres, de voir une opinion divergente surgir après la finalisation du rapport. » L’événement est inédit.

 

La direction de l’Anses envisage alors d’annexer la fameuse opinion minoritaire au document le plus important du processus d’expertise : l’avis de l’agence, texte d’une vingtaine de pages synthétisant le volumineux rapport.

 

Mais la présidente du groupe, Catherine Laurent (Institut national de la recherche agronomique, INRA), et la vice-présidente, Isabelle Baldi (université Bordeaux-II), s’y opposent et saisissent le comité de déontologie de l’agence. L’Anses fait de même, sollicitant à son tour le même comité… dont l’avis est publié au côté de celui de l’agence et du rapport proprement dit.

 

L’EFFICACITÉ DES ÉQUIPEMENTS REMISE EN CAUSE

 

Les déontologues notent en substance que Mme Grimbuhler et M. Milhaud ont pu se sentir ostracisés au sein du collectif, mais ils valident les protestations du reste du groupe. « Nous estimons qu’annexer la position divergente à l’avis de l’agence lui aurait donné trop d’importance, dit le philosophe Pierre Le Coz, président du comité d’éthique de l’Anses. En revanche, sans juger de sa pertinence scientifique, nous estimons important qu’il en soit tenu compte, en l’annexant au rapport lui-même. On a vu dans le passé des scandales sanitaires rendus possibles par le fait que des avis minoritaires ne pouvaient pas s’exprimer au sein de collectifs d’experts : il faut donc trouver le moyen de les faire exister. »

 

Ce n’est pas tout : Mme Grimbuhler n’a pas consigné dans sa déclaration d’intérêts tous ses liens avec l’industrie des pesticides. L’une de ses collaborations avec l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) y est bel et bien mentionnée, mais, contactée par Le Monde, la chercheuse reconnaît avoir « omis d’indiquer le projet pédagogique Educ’risk », un logiciel développé en collaboration avec la société agrochimique BASF Agro, réalisé « dans le cadre de [s]es fonctions à l’Irstea ». Mardi 26 juillet, Mme Grimbuhler disait avoir rectifié sa déclaration d’intérêts, mais que celle-ci « ne sera disponible que dans quelques jours ».

 

Non missionné pour éplucher les déclarations d’intérêts, le comité de déontologie ne s’est pas précisément exprimé sur ce point. « Mais si cette omission est avérée, cela pose la question de la participation de l’experte au groupe de travail », dit M. Le Coz.

 

La question se pose d’autant plus que le fameux rapport et l’avis associé ne sont pas seuls en cause. Car pour compliquer encore l’affaire, l’Anses publiait le 13 juin, soit le jour même de l’envoi de l’opinion divergente, un autre avis sur le port d’équipements de protection lors de la « réentrée » des travailleurs agricoles dans les vignobles ou les vergers. Précisément l’un des aspects les plus embarrassants du rapport, qui remet en cause l’efficacité de ces équipements…

 

ONG EN COLÈRE

 

Or cet avis du 13 juin, commandé en février par le ministère de l’agriculture, a été en partie rédigé par le comité ad hoc de l’Anses, dont sont membres Mme Grimbuhler et M. Milhaud, les deux scientifiques ayant soumis l’opinion divergente qui a retardé la publication du rapport.

 

L’avis précise aussi qu’« aucun lien ou conflit d’intérêts n’a été mis en évidence » parmi les experts : l’affirmation est démentie par la déclaration d’intérêts, même incomplète, de Mme Grimbuhler.

 

L’affaire n’est donc pas finie et certaines ONG parties prenantes sont furieuses. « Nous avons été invités le 1er septembre par l’Anses à une “réunion d’information” sur son avis et non à une restitution du rapport en présence des auteurs, fulmine Nadine Lauverjat, de l’association Générations futures. Or l’avis nous semble refléter assez mal certains points cruciaux du rapport… Tout cela, et ce qui a précédé, semble indiquer une volonté d’enterrer coûte que coûte ce texte. »

 

Publication du rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides : mieux connaître et réduire les expositions

COMMUNIQUÉ de Presse ICI 

 

Le Rapport ICI 

 

Visionnez la vidéo de la séquence de la Mort aux trousses Cary Grant se fait "sulfater" dans un champ de maïs par un avion d'épandage elle a un petit côté parabole :

 

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 06:00
Anti-terrorisme État Islamique : comment l’armée française avait gagné la bataille d’Alger en 1957 grâce à des méthodes peu orthodoxes… certains y pensent…

Un éditorialiste écrit à juste raison :

 

« Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ne peuvent s’exonérer de toute part de responsabilité dans ces dérives extrémistes, dont celle d’un Laurent Wauquiez qui a demandé (une fois de plus) l’instauration d’un Guantanamo à la française, où l’on pourrait enfermer à volonté, selon le bon plaisir d’on ne sait qui, ceux qui pourraient être suspects d’un éventuel passage à l’acte criminel ?

 

L’un comme l’autre, en se lançant dans un procès en responsabilité de François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, ont libéré l’habitus sécuritaire, si ce n’est contre révolutionnaire, d’une partie de la droite que l’on baptise encore «républicaine» par convention sémantique. »

 

Les dernières sorties de Laurent Wauquiez et David Douillet ne sont pas le seul fruit de la vacuité politique de l’époque, elles sont aussi le produit d’une histoire propre à la droite française. Sa tradition. Son héritage. Sa vocation historique qui la pousse, dès que l’histoire lui en offre l’opportunité, à tenter de reprendre, en tout ou partie, ce qui a été concédé depuis 1789. »

 

L’exemple de la bataille d’Alger certains, les éradicateurs, y pensent au nom de l’efficacité.

 

Le 7 janvier 1957, c’est sous le gouvernement de Guy Mollet, dont François Mitterrand était Garde des Sceaux, que le ministre résidant à Alger Robert Lacoste confie les pouvoirs de police à Alger au général Massu, chef de la 10ème division parachutiste, afin de détruire l’organisation terroriste du FLN, qui s’attaquait aux civils français depuis le 20 juin 1956, et surtout depuis le 3O septembre par des attentats à la bombe commis dans des lieux publics.

 

 

« De janvier à Octobre 1957, l'Armée française s'efforce de juguler le terrorisme du Front de Libération Nationale par le démantèlement de ses réseaux à Alger et par une répression massive. Si la bataille d'Alger s'achève par une victoire militaire de l'Armée française, l'usage massif de la torture suscite de vives protestations de la Communauté internationale ainsi qu'en métropole.

 

Au commencement de 1957, les tensions sont particulièrement vives à Alger entre les différentes communautés. Dès lors, le 7 janvier, une ordonnance de Robert Lacoste confie au général Massu les pleins pouvoirs sur le Grand Alger. La 10ème division parachutiste, division élitiste qui compte en son sein de nombreux hommes nés en Algérie, anciens combattants d'Indochine, reçoit alors la mission de "pacifier" la ville.

 

Afin d'exercer une pression sur l'Assemblée générale des Nations Unies qui se réunit alors en session et l'inciter à adopter un texte sur l'autodétermination algérienne, le FLN ordonne de son côté une grève générale de 8 jours, à compter du 28 janvier. Cela permet également au FLN de faire la démonstration de son emprise sur la population algérienne. Cependant, immédiatement, les parachutistes du général Massu cassent la grève. A 7 heures le 8 janvier, ils pénètrent dans la casbah d'Alger et forcent les hommes à reprendre le travail et ouvrir leurs boutiques.

 

Le FLN réplique à l'entrée de l'armée dans la ville par la multiplication d'attentats concentrés à Alger, où l'impact médiatique est plus important. Le 26 janvier 1957 des bombes explosent dans trois cafés fréquentés par des Européens, l'Otomatic, la Cafétéria et le Coq Hardi, et le 10 février, les attentats du stade municipal d'Alger et du stade d'El Biar font 10 morts et 34 blessés. Le 9 juin 1957, l'attentat au casino de la Corniche tue 8 personnes et en blesse une centaine.

 

 

Les parachutistes de général Massu s'efforcent de démanteler le FLN. A cette fin, ils quadrillent la ville avec des troupes imposantes, bouclent les quartiers arabes et multiplient les points de contrôle. Surtout, en utilisant les fichiers de la police, l'Armée procède à des arrestations massives pour débusquer les militants du FLN dont le nombre est évalué à 5 000 à Alger. Des centaines de suspects sont regroupés dans des centres de triage, qui se transforment rapidement en centres de torture. L'annonce du "suicide" de Larbi Ben M'Hidi, un des fondateurs du FLN le 14 mars, puis de celui d'Ali Boumendjel, suscitent de vives protestations, dont celle de René Capitant, professeur d'Ali Boumendjel à la faculté d'Alger. En métropole, la presse, L'Express et Le Monde en tête, lancent alors une campagne de dénonciation des méthodes utilisées par l'Armée à Alger. Le président Guy Mollet, est dès lors contraint d'annoncer le 5 avril 1957, la création d'une Commission de sauvegarde des droits et libertés individuelles. Toutefois, cette mesure n'empêche pas la poursuite des arrestations et de la torture. Les 11 et 12 juin, Maurice Audin et Henri Alleg, militants communistes, sont arrêtés puis torturés. Maurice Audin, déclaré évadé par l'Armée, décède en réalité des suites des tortures subies. Au total, plusieurs milliers de "disparitions" sont recensées au cours de la bataille d'Alger.

 

Les renseignements obtenus sous la torture et l'infiltration des filières du FLN, permettent à l'Armée française de progressivement démanteler le réseau. L'arrestation de Yacef Saadi le 24 septembre, puis la mort d'Ali La Pointe le 8 octobre marquent la fin de la bataille d'Alger.

 

Ainsi, La bataille d'Alger se solde par une victoire militaire de l'Armée française, qui est parvenue à décapiter le FLN. Néanmoins, le prix de cette victoire est lourd. L'usage massif de la torture provoque de vives protestations à l'étranger et en métropole. Parallèlement, l'escalade de la violence entre le terrorisme d'une part et la torture de l'autre, conduit à une radicalisation communautaire, qui rend impossible la recherche d'un compromis.

 

Julie Le Gac

Anti-terrorisme : comment l’armée française avait gagné la bataille d’Alger (mais qui oserait employer les mêmes méthodes aujourd’hui ?) 

 

Guy Pervillé professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse - Le Mirail.

 

Gérald Arboit directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement et chargé de cours dans plusieurs universités français (Colmar, Strasbourg, Metz).

 

En 1957, la bataille d'Alger opposait les forces de l'armée française au FLN. Durant cette bataille, les Français ont fait face à de nombreuses initiatives terroristes, contrecarrées grâce à des méthodes peu orthodoxes. Pour autant, outre les notions de morale ou d'éthique, le combat contre l'Etat Islamique présente trop de différences pour appliquer les mêmes tactiques.

 

 

Guy Pervillé : Le 7 janvier 1957, le ministre résidant à Alger Robert Lacoste confia les pouvoirs de police à Alger au général Massu, chef de la 10ème division parachutiste, afin de détruire l’organisation terroriste du FLN, qui s’attaquait aux civils français depuis le 20 juin 1956, et surtout depuis le 3O septembre par des attentats à la bombe commis dans des lieux publics. Mais aussi pour éviter le développement de groupes contre-terroristes européens et le risque de tentatives de coup d’Etat militaire. Pour venir à bout du FLN dans les plus brefs délais, l’usage de la torture (eau, électricité) fut admis, et même recommandé pourvu qu’il reste limité.

 

Mais une équipe spéciale, confiée au commandant Aussaresses, était secrètement chargée de liquider les individus jugés dangereux ou en trop mauvais état pour pouvoir être confiés à la justice. Des « suicides » mystérieux (ceux du chef FLN Larbi Ben M’hidi, puis d’Ali Boumendjel, et plus tard en juin la prétendue évasion du communiste Maurice Audin) semèrent l’inquiétude à Paris et imposèrent au gouvernement Mollet la création d’une commission de défense des droits et libertés individuelles. L’Etat de droit était de fait suspendu, bien que le secrétaire général de la préfecture d’Alger, Paul Teitgen, ait été chargé de contrôler les arrestations et les assignations à résidence, mais sans pouvoir le faire efficacement. Cependant l’organisation FLN-ALN d’Alger fut rapidement démantelée de janvier à mars 1957, mais une organisation beaucoup plus réduite fut reconstituée par Yacef Saadi, et commit les attentats les plus meurtriers (bombes à l’arrêt des tramways, puis au Casino de la Corniche) au début juin 1957. C’est alors que la prétendue « évasion » du communiste Maurice Audin, qui fit scandale, obligea le général Massu à révoquer Aussaresses et à confier la lutte anti-terroriste au colonel Godard, qui la mena avec des méthodes moins violentes, plus subtiles et plus efficaces. A partir de la mi-octobre 1957, l’organisation du FLN-ALN disparut d’Alger, et elle ne put se reconstituer avant décembre 1960, mêmes si des attentats beaucoup moins meurtriers furent encore commis par des groupes venus des wilayas voisines entre juin 1958 et janvier 1960.

 

 

Gérald Arboit : Après avoir donné les pouvoirs spéciaux à l'armée à la fin de l'année 1956, on a envoyé la 2ème DB (Division Blindée des parachutistes) en raison de l'aspect psychologique. Cela pouvait rassurer les Français comme l'opération Sentinelle que l'on connait actuellement dans le cadre du plan Vigipirate. On a souvent donné à l'autorité militaire les pouvoirs de police. Pour Alger « la blanche » cela ne changeait rien tandis que pour l'Alger algérienne cela changeait tout. Dans les mois précédents, une succession d'attentats avaient eu lieu dans la Casbah. Pour les Algériens l'arrivée de la 2ème DB a eu pour conséquence la création de camps de rétention, le blocage de toutes les sorties de la casbah en direction de la ville blanche et on a interpelé tout mâle de 15 ou 16 ans pour les envoyer dans des camps de rétention. On a fait ce que les américains avaient fait avec les Japonais au lendemain de Pearl Harbour. Une fois qu'on a mis tout le monde dans les camps, on fait le tri entre les "bons" et les "méchants". On a utilisé la torture pour faire le tri. Dès le mois de mars le général Jacques Pâris de Bollardière démissionne puisqu'il est contre parce qu'elle ne sert strictement à rien selon lui. On a "terrorisé les terroristes", en tout cas ceux d'Alger. Mais ailleurs il y a eu de nombreux autres attentats. On a pacifié une situation violente mais en même temps on l'a exportée dans le reste du pays. D'un point de vue purement tactique la victoire est totale, mais à quel prix ? D'un point de vue stratégique la victoire est nulle.

 

La suite ICI et ICI 

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 06:00
Amadeo Modigliani aimait l’osso bucco et le barolo de Rosalie mais aussi son collègue Maurice Utrillo dit Litrio…

Lors de l’une des nombreuses et somptueuses cérémonies qui ont marqué mon anniversaire, au bar Hemingway du Ritz, Judith, je crois, évoqua les riches heures du Montparnasse des artistes et dans ma tête un peu embuée par les vapeurs de nos buvaisons je me souvins d’une chronique pondue sur ce thème.

 

Grâce au petit moteur de recherche je l’ai retrouvée.

 

C’est une histoire vraie comme on n’en vit plus dans notre vie bien propre et bien sage disais-je le 16 juin 2008.

 

Rosalie Tobia, une romaine, qui au temps de la splendeur de ses appâts fut le modèle favori du maître des pompiers, le peintre Bouguereau, l’âge venant, s’épaississant, avait acquis pour 45 francs* une petite crèmerie, au 3 rue Campagne Première, où elle installa 4 tables et ce qu’il faut de tabourets.

 

Tout normalement elle baptisa sa crèmerie-restaurant Chez Rosalie.

 

La Rosalie, dure au labeur, a du cœur, n’aime pas les snobs et leur dit, s’emporte facilement pour redescendre aussitôt, prend parti et a un faible pour Amadeo Modigliani.

 

Entre eux deux c’est toujours la commedia qui vire souvent à la tragedia.

 

Bref, son Osso Bucco, sa lasagne al forno, ses tagliatelles et ses vins : barolo, valpolicella, frascati, lambrusco, chianti, le tout à petits prix, sont connus dans le monde entier. Rosalie est la madone des artistes dans la dèche et, Dieu sait, qu’ils sont légion dans cet état car comme le lui dit Modigliani :

 

« Un artiste ne peut gagner sa vie. Il peint… Le reste ? Pfutt ! Est-ce qu’on sait ? Vois !» en lui présentant une superbe étude de nu : Commediente l’Amadeo

 

Mais revenons à notre histoire.

 

Un jour comme tous les autres jours, un jeune type barbu aux joues creuses, déjà bien éméché, pousse la porte de Rosalie. Il s’enfile trois verres de vin rouge, les paye, puis demande qu’on aille lui acheter des « caramels de couleur » * chez le marchand de couleur voisin.

 

On s’exécute. Il les mets dans sa bouche et quand ils sont à point, bien mous, il se met à peindre directement sur le mur des esquisses de Montmartre. L’artiste c’est Maurice Utrillo surnommé par les poulbots de Montmartre pour son goût immodéré de la boutanche : Litrio.

 

Sur les entrefaites, Modigliani entre chez Rosalie. L’estime des deux peintres est réciproque : ils tombent dans les bras l’un de l’autre et entament des libations vineuses. Les bouteilles descendent sans que les deux larrons daignent mettre la main à la poche.

 

Rosalie s’inquiète, demande son dû et de guerre lasse les prie d’aller cuver leur vin ailleurs. Litrio balbutie pour se dédouaner :

 

« Regardez ce que je viens de vous peindre sur votre mur » et reçoit en retour une volée de bois vert « Je ne vais pas découper le mur pour payer mon vin » éructe-t-elle.

 

Rosalie se déchaine en exploitant toute la palette du vocabulaire d’une matrone du Transtevere. Pendant ce temps les deux maîtres se font assaut de compliments : « Le plus grand peintre c’est toi » « Non, c’est toi » pour en venir aux mains et tout casser dans la crémerie de Rosalie.

 

Les pandores en pèlerine, alertés par le souk des deux compères, ramènent leur gros tarin et les menacent de les embarquer au commissariat de la rue Delambre. Litrio, en dépit de sa vinosité avancée, trouve la force de bredouiller le sésame des artistes en perdition : « Lé-on Za-ma-ron » Les hirondelles se font alors clémentes.

 

Mais, me direz-vous, qui est ce Léon Zamaron ?

 

Si vous voulez le savoir rendez vous ICI 

 

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 06:00
L’art de penser : se distraire à en mourir « aucun média n’est excessivement dangereux si ses utilisateurs en connaissent les dangers. »

Mon ami Philippe a écrit hier en commentaire de ma chronique Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi djihadiste 

 

« Merci Jacques, de penser. »

 

J’essaie Philippe, avec mes moyens, le legs de mon père passionné de la chose publique, préoccupé qu’il était du bien commun, sans avoir la prétention d’être un intellectuel je crois, et j’ai toujours cru dans la force de l’intelligence, pas la mienne, celle des sages, pas les maîtres penseurs du prêt à penser en kit, ceux qui traversant l’Histoire nous donnent des repères nous permettant de surmonter nos malheurs, les horreurs, sans pour autant nous dédouaner de notre part de responsabilité.

 

J’ai toujours aimé lire, enfant dans le grenier du Bourg Pailler je me nourrissais de tout ce qui me tombait sous la main.

 

En octobre 2011 j’écrivais :

 

Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu’il n’y ait même plus besoin d’interdire les livres car plus personne n’aurait envie d’en lire. Orwell craignaient ceux qui nous priveraient de l’information. Huxley redoutait qu’on ne nous en abreuve au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme. Orwell craignait qu’on ne nous cache la vérité. Huxley redoutait que le vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiances. Orwell craignait que notre culture ne soit prisonnière. Huxley redoutait que notre culture ne devienne triviale, seulement préoccupée de fadaises. Car comme le faisait remarquer Huxley dans Brave New World Revisited, les défenseurs des libertés et de la raison, qui sont toujours en alerte pour s’opposer à la tyrannie, « ne tiennent pas compte de cet appétit insatiable de l’homme pour les distractions ». Dans 1984, ajoutait Huxley, le contrôle sur les gens s’exerce en leur infligeant des punitions ; dans le Meilleur des Monde, il s’exerce en leur infligeant du plaisir. En bref, Orwell craignait que ce que nous haïssons ne nous détruise ; Huxley, redoutait que cette destruction ne nous vienne plutôt de ce que nous aimons. »

 

Que des vieilleries tout ça, Orwell et Huxley, des concurrents de Maxwell qualité filtre et de Max Mosley l’ancien président de la Fédération du Sport Automobile ? Du même tonneau que Zadig&Voltaire sur votre table de nuit ! Pire, cette citation est tirée d’un bouquin paru en 1985 aux USA « Se distraire à en mourir ». Pensez-donc, la préhistoire, un temps sans tweet, sans Face de Bouc, sans sms, donc un temps de vieux, de vieux ronchons, de vieux cons quoi ? Lire, pourquoi faire, L’important c’est de capter l’instant, de se marrer, de faire du second degré. Tout commence avec nous, les bouquins ça se couvrent de poussière, nous préférons la neige de nos petits écrans.

 

La prise du pouvoir par les médias de masse avec comme projet exclusif le divertissement, l’entertainment, alors la langue s’est appauvrie, a perdu ses nuances et sa complexité, et l’effort nécessaire ou acquérir une culture ou un savoir tend à disparaître.

 

« J’ai toujours été navré – je l’ai beaucoup dit et écrit – de l’étrange guérilla à laquelle se livrent politiques et journalistes. Il est assez évident, pour tout observateur de bonne foi, que la télévision casse le travail des politiques.

 

Amplification de l’effet d’annonce, absence totale de toute mesure de résultat, présentation de toute intention de changement comme un conflit, annonce de toute décision dans sa sécheresse brutale sans rappel ou à peine des raisons et du contexte, transformation de tout débat en conflit, de tout conflit en crise et de toute crise en sécession ou éclatement, disparition du temps long, abolition de la complexité, tout cela est bien connu, répété tous les jours… »

 

Ces lignes de la préface du livre « Se distraire à en mourir » écrit en 1985 par un universitaire américain est de la plume de Michel Rocard qui s’exclamait : Enfin !

 

Certains me reprocheront sans doute de « profiter » des mannes d’un homme que nous venons d’enterrer en le couvrant de brassées fleurs et de regrets.

 

Qu’importe !

 

Lire, tenter de comprendre, de nourrir son action avec autre chose que de l’émotion, de réactions immédiates, à chaud, sans recul.

 

Que dit Neil Postman ?

 

« Le problème, en tout cas, ne réside pas dans ce que les gens regardent. Le problème réside dans le fait que nous regardions ? »

 

« C’est assez poignant quand on pense que nous utilisons si souvent, et avec un tel enthousiasme, des expressions comme « l’âge de l’information », « l’explosion de l’information » et « la société de l’information ». Il semble que nous ayons compris qu’un changement dans les formes, le volume, la vitesse et le contexte de l’information signifiait quelque chose mais nous en sommes restés là »

 

Oui nous en sommes resté là et, tels des Tesla, nous surfons à grande vitesse sur le Net, fonçons sur les autoroutes de l’information à tombeau ouvert, nous likons sur Face de Bouc sans prendre la peine de lire, nous commentons sans comprendre, ironisons, prenons des positions irréfléchies, condamnons, approuvons le meilleur et trop souvent le pire.

 

Et pourtant comme le note Postman « aucun média n’est excessivement dangereux si ses utilisateurs en connaissent les dangers. »

 

Toujours se poser des questions mais « poser la question c’est rompre le charme ».

 

« L’accumulation massive des données et leur traitement à la vitesse de la lumière aura été très utile pour les grandes organisations mais aura pour la plupart des gens résolu peu de choses vraiment importantes. »

 

La solution que suggère Postman « est la même que celle que suggérait Huxley » Il concède qu’il ne peut faire mieux que celui car « il pensait, comme H.-G. Wells, que se jouait une course entre l’éducation et le désastre. »

 

Dans Le Meilleur des mondes « il essayait de nous dire que la plus grande cause d’affliction des gens n’était pas de rire au lieu de penser mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser. »

 

 

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