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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 06:00
Les délices de la gastronomie hospitalière : lettre à Martin Hirsch le boss de l’AP/HP pour une prise en compte de l’importance de la nourriture

La semaine débutait donc à la chambre 4 du service des soins courants en pneumologie. La journée est prise en main à 8 heures par l’infirmière de service – j’ai eu par la suite un infirmier de nuit Quentin, remarquable – lestée de 2 aides-soignantes – qui assurent le service d’intendance. C’est militaire, chacun sa tâche, c’est important pour le patient dépendant. Accéder aux fonctions naturelles, si routinières d’ordinaire, requière leur assistance. Appuyer sur cette foutue sonnette se gère, entre le pressant et ce qui peut attendre.

 

Le plus difficile pour moi fut les 3 nuits du lundi, mardi, mercredi où je ne pus fermer l’œil faute à des quintes de toux permanentes qui faisaient vibrer ma cage douloureuse. Le temps semble alors s’étirer, se moquer de la douleur, ne jamais atteindre le bout de la nuit.

 

Au cours de ses heures interminables je pensais aux gazés, nos grands-pères en 14-18 et aujourd’hui ceux de Syrie, le poumon, le souffle, des douleurs extrêmes auprès de laquelle la mienne n’était qu’un mauvais moment à passer. Moi, je me contentais d’expectorer.

 

Comme toujours le hasard fut mon allié, Anne-Cécile m’avait apporté la Revue dessinée n°19 dans laquelle, sous la rubrique Découvertes, Cécily de Villepoix, racontait la vie de Fritz Haber le chimiste allemand, père de la synthèse de l’ammoniac :

 

« Et, en avril 1915, les allemands déversent sur le front d’Ypres (en Belgique) plus de 150 Tonnes de chlore préparé et conditionné par Fritz Haber, sur les forces ennemies.

 

 

Des centaines de soldats meurent immédiatement, des milliers d’autres mettront des semaines à succomber dans des souffrances épouvantables.

 

Haber est nommé capitaine par le Kaiser…

 

… Et Clara (sa femme, chimiste elle-même) se suicide en se tirant une balle en plein cœur. »

 

La suite vous la connaissez « Les travaux du chimiste allemand mèneront d’autres chercheurs à une succession de découvertes et de mises au point de produits utilisés partout sur la planète.

 

 

Comme le très tristement célèbre ZYKLON B, d’abord un insecticide, il sera utilisé par les nazis dans leurs camps de concentration.

Mais aussi les pesticides dit « organophosphorés ». À partir de 1970 ils remplacent le DDT (dichlororodiphényltrichloroéthane) qui fut interdit à la suite d’un tollé soulevé par la publication du livre du biologiste Rachel Carson : « Printemps silencieux »

 

Le Round Up cet herbicide non sélectif à base de glyphosate est soupçonné d’être écotoxique et perturbateur endocrinien. Le Mialathon 50 %, cet insecticide est interdit dans l’Union Européenne depuis 2008. »

 

À Cochin, une cellule douleur étudie chaque cas, il me fut donc proposé la pose d’un petit cathéter qui injecterait au plus près des origines de mes maux les antidouleurs. Ce fut fait sous péridurale.

 

Chaque matin deux internes du service venaient m’examiner, me questionner, ce sont eux qui m’ont prescrit la pause du cathéter. Attentifs et bienveillants ils me permettaient de mieux assumer mon statut de patient.

 

Autre intervenant, une kinésithérapeute qui se préoccupait de ma capacité à inspirer-expirer. C’est avec elle que je ferai ma première marche dans le couloir en toute fin de séjour.

 

Deux autres intervenants plus tendance : une jeune femme accompagnée d’un guitariste pour me faire l’aubade puis, tout à la fin de mon séjour, une dame d’un certain âge, maquillée comme un sapin de Noël se présenta comme une visiteuse, style prison, pour cautériser la détresse des patients. Je déclinai poliment. Manquait plus que l’aumônier…

 

Je plaisante bien sûr, je suis bien conscient que les actes médicaux indispensables sont une chose mais que le moral est aussi un facteur de guérison.

 

Détail pour ceux qui fument, un petit détour en pneumologie s’impose. Je le dis d’autant plus facilement que j’ai fumé, peu, avec de longues interruptions, et que j’ai cessé.

 

Revenons au moral pour aborder l’abomination de la nourriture en hôpital. C’est pire que la pension de ma jeunesse. Cuisine centralisée, j’étais au menu de droit commun sans interdit alimentaire, et le moment du repas fut un mauvais moment à passer. Je me forçais pour m’assurer un bol alimentaire afin de supporter l’ingestion d’antibiotiques.

 

Les entrées, carottes râpées, betteraves, champignons à la grecque, céleri-rave, poireaux… étaient acceptables même si elles auraient gagnées à être plus simplement préparées.

 

L’immonde c’était la plat principal avec des sauces gluantes, des accompagnements mal cuits : comment peut-on transformer le riz en étouffe-chrétien ? La palme d’or de l’immonde revenant à un couscous dont la seule vue ne pouvait que vous révulser. Bizarrement, les spaghetti à la bolognaise étaient correctement cuits, je ne goûtai pas la viande qui aurait fait fuir mon chat pourtant insatiable.

 

Du côté fromages rien à dire, la banalité industrielle sous plastique. Ma vieille expérience du monde du lait me faisait identifier les fournisseurs de yaourts  ou desserts lactés, la grande hypocrisie des appels d’offre où AP/HP ramasse des produits élaborés bien trop coûteux pour ce qu’ils sont, des produits de la malbouffe : le Nova à la cerise détenant le pompon.

 

Les fruits, pomme et poire, du béton : immangeables !

 

Reste le pain, le petit pain blanc industriel, gorgé d’une mie pâteuse, étouffe-chrétien.

 

Tout ça sous la haute autorité de nutritionnistes !

 

Ne me dites pas que je suis difficile, c’est faux, mon bonheur le jour de mon retour à la maison fut un plat de macaroni au beurre.

 

Les repas dans les collectivités, pour un nombre de couverts importants, ont fait des progrès remarquables, on en n’est plus à la tambouille de cantoche, alors pourquoi AP/HP, cher Martin Hirsch, est-elle à la traine alors qu’elle devrait être en pointe dans ce domaine ?

 

La faute aux économies budgétaires, je n’en suis pas persuadé, le mal provient d’une gestion centralisée, ne laissant aucune autonomie, aucune initiative à ceux qui font la cuisine d’ailleurs peu impliqués dans la politique d’approvisionnement. Dans ce pays, où il est de bon ton de fustiger ceux qu’on désigne comme des fonctionnaires, ne pourrait-on pas se départir d’une approche du travail bureaucratique et autoritaire. J’ai le souvenir du restaurant  du Ministère, géré par une association d’usagers, fonctionnant fort bien sur un modèle de responsabilité.

 

Mon sort alimentaire dans cet affaire n’est pas mis en avant pour pleurer famine, Élisa Berthomeau, me ramenait chaque jour de la maison quelques douceurs, comme un jus de fruits fraîchement pressées ou du cake normand, mais tout simplement pour que les grands décideurs du monde de l’hôpital public : la Ministre, Martin Hirsch, l’IGAS, se préoccupent de ces basses questions d’intendance qui sont pourtant partie intégrante des soins des corps malades ou endoloris.

 

On parle beaucoup de la grande misère de EPHAD, de la détresse des vieux enfermés, plus ou moins bien traités, l’extension du nombre des dépendants dans notre vieux pays, fait de ce sujet une vraie cause nationale.

 

Nous nous targuons d’être encore les champions de la gastronomie alors pourquoi dans nos hôpitaux – pas tous – nos maisons de retraite, traitons-nous la nourriture par-dessus la jambe, avec un j’m’en foutisme indigne ?

 

Nos grands chefs médiatiques ne pourraient-ils pas bénévolement s’atteler à cette tâche ?

 

Martin Hirsch, vous qui êtes un homme de pouvoir, de communication aussi, prenez des initiatives pour sortir la restauration hospitalière de son ornière ?

 

 

Les délices de la gastronomie hospitalière : lettre à Martin Hirsch le boss de l’AP/HP pour une prise en compte de l’importance de la nourriture

Manger à l’hôpital, ça fait mal

 

« Lors de mon dernier séjour, cette fois à l’hôpital Saint Antoine à Paris, je n’avais pas d’appareil photo. Je n’ai donc pas pu immortaliser un moment inoubliable : celui du dîner. J’ai eu droit au plateau-repas d’hôpital dans toute sa splendeur. Une viande plate indéterminée de couleur grise, avec d’étranges légumes de l’espace qui pouvaient éventuellement être des côtes de blettes, mais pas sûr, pas sûr du tout, et une sauce à rien venant généreusement napper le tout. Cette sauce, elle était grise elle aussi. Quand je dis gris, ce n’est pas grisâtre ou terne, non, c’est un vrai gris souris, un gris qui ne rime à rien, ne ressemble à rien qui se mange. C’était ignoble. Alors voilà, après avoir étudié les plateaux-repas des avions, il est temps de se pencher sur ceux des hôpitaux. »

 

Lire ICI   http://www.lemanger.fr/index.php/manger-a-lhopital-ca-fait-mal/

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