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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 00:09

L'essentiel du soufre exploité est t d'origine sédimentaire. En Sicile, sur le port de Vigàta cher à Andrea Camilleri un de mes auteurs préférés, le commerce du soufre extrait dans l’île est l’une des activités principales. Sa chronique malicieuse menée avec un suspens sans faille conte le complot ourdi par ses concurrents spoliés par lui du plus riche, du plus crapuleux, du plus haï des négociants de Vigàta : Totò Barbabianca. Comme toujours avec Camilleri c’est un bijou écrit dans une langue aux tournures dialectales siciliennes bien rendue par la traduction française. Si vous le souhaitez, vous pourrez  accéder à d’anciennes chroniques avec les liens répertoriés ci-dessous.


À Vigàta, comme partout ailleurs en Sicile, les notables passent beaucoup de temps à discuter, à se chamailler, à dire pique pendre sur les uns et les autres… Le passage que je vous propose est leste, la fable est racontée par le père Imbornone un ecclésiastique paillard et voué aux feux de l’Enfer.  Elle résume de façon crue la situation qu’est en train de vivre Totò Barbabianca le négociant honnis. À la suite de cette fable, un texte de Guy de Maupassant sur le soufre en Sicile.


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« J’ai en tête, dit-il (le père Imbornone), un autre poème de Micio. Et il m’est revenu autant à cause de la grimpette que nous sommes après faire qu’en pensant à la situation où se retrouve Totò Romeres (patronyme initial de Barbabianca).

-          Celle de l’âne et du lion ! rebriqua incontinent le marquis. (Simone Curtò di Baucina)

-          Je vois que vous me comprenez à demi-mot.

-          C’est un poème, expliqua le marquis à  l’intention de Lemonnier (un ingénieur Piémontais qui travaille pour le compte de compagnies soufrières), qui parle d’un marché que passent un âne et un lion qui ont un bout de chemin à faire ensemble et qui, pour s’épargner de la fatigue, décident de procéder ainsi : le lion fait la première partie du trajet monté sur l’âne, et le contraire pour la deuxième partie. Or la première partie est toute en montée et, pour ne pas glisser en arrière, le lion plonge ses griffes dans la chair de l’âne. L’âne se plaint, il saigne et il a mal, mais rien à faire, un marché est un marché et pour rester sur son dos, le lion n’a pas d’autre moyen, ce n’est pas de la mauvaise volonté de sa part. Puis c’est la deuxième partie du chemin, et c’est l’âne qui monte sur lle lion. Mais cette fois-ci, c’est de la descente, et l’âne risque de se casser la figure en glissant en avant. N’ayant pas les griffes du lion mais seulement des sabots qui ne permettent aucune prise, l’âne n’a qu’un ressource… »

Et là, il s’arrêta, passant d’un coup d’œil la balle au père Imbornone.

« … sortir ce qu’on appelle le cinquième pied, le troisième chez l’homme, si je ne m’abuse », continua le père Imbornone, content comme Barabas à la passion, « l’enfiler d’un coup d’un seul au bon endroit sans s’occuper des criss du lion, s’y ancrer fermement et tenir tâti.

-          Voilà : en ce moment, notre Romeres est comme ce pauvre lion dans la descente, après avoir été, pendant tant d’années, le lion dans la montée », conclut le marquis.

-          Ils éclatèrent de rire. Lemonnier inclus, et reprirent leur ascension. »

         

La disparition de Judas link 

 

La vie de 10 nonnes pour celle de l'évêque d'Agrigente : une histoire sicilienne link


Le feuilleton coquin de l’été des Bons Vivants : « Ta femme te fais cocu avec le commissaire divisionnaire. »link 


Le feuilleton coquin de l’été des bons vivants : « Tâche voir de pas me faire mal, je suis une petite nature. »link 


Les bonnes feuilles de l’été de tonton Jacques « Giurlà, déjà benouillé de sueur, sentit qu’il durcissait dans son pantalon »link 

 

Le pays du soufre par Guy de Maupassant


Au bout de la colline aux temples de Girgenti commence une surprenante contrée qui semble le vrai royaume de Satan, car si, comme on le croyait jadis, le diable habite dans un vaste pays souterrain, plein de soufre en fusion, où il fait bouillir les damnés, c'est en Sicile assurément qu'il a établi son mystérieux domicile.


La Sicile fournit presque tout le soufre du monde. C'est par milliers qu'on trouve les mines de soufre dans cette île de feu.


Mais d'abord, à quelques kilomètres de la ville, on rencontre une bizarre colline appelée Maccaluba, composée d'argile et de calcaire, et couverte de petits cônes de deux à trois pieds de haut. On dirait des pustules, une monstrueuse maladie de la nature ; car tous les cônes laissent couler de la boue chaude, pareille à une affreuse suppuration du sol ; et ils lancent parfois des pierres à une grande hauteur, et ils ronflent étrangement en soufflant des gaz. Ils semblent grogner, sales, honteux, petits volcans bâtards et lépreux, abcès crevés.


Puis nous allons visiter les mines de soufre. Nous entrons dans les montagnes. C'est devant nous un vrai pays de désolation, une terre misérable qui semble maudite, condamnée par la nature. Les vallons s'ouvrent, gris, jaunes, pierreux, sinistres, portant la marque de la réprobation divine, avec un superbe caractère de solitude et de pauvreté.


On aperçoit enfin, de place en place, quelques vilains bâtiments, très bas. Ce sont les mines. On en compte, parait-il, plus de mille dans ce bout de pays.

 

En pénétrant dans l'enceinte de l'une d'elles, on remarque d'abord un monticule singulier, grisâtre et fumant. C'est une vraie source de soufre, due au travail humain.


Voici comment on l'obtient. Le soufre, tiré des mines, est noirâtre, mélangé de terre, de calcaire, etc., et forme une sorte de pierre dure et cassante. Aussitôt apporté des galeries, on en construit une haute butte, puis on met le feu dans le milieu. Alors un incendie lent, continu, profond, ronge, pendant des semaines entières, le centre de la montagne factice et dégage le soufre pur, qui entre en fusion et coule ensuite, comme de l'eau, au moyen d'un petit canal.


On traite de nouveau le produit ainsi obtenu en des cuves où il bout et achève de se nettoyer.

La mine où a lieu l'extraction ressemble à toutes les mines. On descend par un escalier étroit, aux marches énormes et inégales, en des puits creusés en plein soufre. Les étages superposés communiquent par de larges trous qui donnent de l'air aux plus profonds. On étouffe, cependant, au bas de la descente ; on étouffe et on suffoque asphyxié par les émanations sulfureuses et par l'horrible chaleur d'étuve qui fait battre le cœur et couvre la peau de sueur.

De temps en temps, on rencontre, gravissant le rude escalier, une troupe d'enfants chargés de corbeilles. Ils halètent et râlent, ces misérables gamins accablés sous la charge. Ils ont dix ans, douze ans, et ils refont, quinze fois en un seul jour, l'abominable voyage, moyennant un sou par descente. Ils sont petits, maigres, jaunes, avec des yeux énormes et luisants, des figures fines aux lèvres minces qui montrent leurs dents, brillantes comme leurs regards.

Cette exploitation révoltante de l'enfance est une des choses les plus pénibles qu'on puisse voir.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Eurielle 06/12/2012 20:27


Décidément !!!

Denis Boireau 04/12/2012 15:47


Decidemment le Taulier s'en tient a ce charmant neologisme "pique pendre" pour "pis que pendre". Amusant.


A propos du soufre on n'a plus trop besoin des mines car il y en a dans le gaz naturel. Le soufre est enleve a la production du gaz, et ca suffit a la consommation mondiale.

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