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29 octobre 2006 7 29 /10 /octobre /2006 00:05

Pendant tout un mois, chaque soir, il en fut ainsi. La première fois, en caressant mes cheveux bouclés épandus sur ses cuisses nues, Chantal m'avait dit " j'aime ta semence, elle a le goût du lait d'amande..." Ce j'aime sonnait à mes oreilles comme une promesse de victoire. Nous allions nous aimer, être heureux. Le 30, l'orage menaçait. Sitôt nos noces de chair Chantal allait à la fontaine et rapportait dans la nasse de ses mains de l'eau qu'elle laissait filer sur ma nuque. Le fil de l'eau fraîche traçait au long de mon échine tiède une trace dure. Je frissonnais. Chantal me souriait. Je prenais peur. " Assieds toi ! " Le ton était faussement léger. Je m'exécutais en pensant que je ne le devrais pas. L'investir. La prendre. L'emplir. Sceller notre union. Qu'elle soit à moi.

D'une voix sourde, elle qui ne disait mot, me parlait. Je n'ai plus le souvenir précis de tout ce qu'elle m'a dit car elle en a tant dit. A aucun moment je ne l'ai interrompu. C'était sobre et juste. Mon coeur s'est mis à battre la chamade lorsque je l'ai entendu me dire " toi tu n'es pas comme les autres. Je ne suis pas sûr que tu sois aussi gentil que tu en as l'air mais je m'en fous. Toi tu ne me prends pas pour un trou à bites. C'est bon tu sais..." Je frôlais la défaillance. Chantal se tordait les mains. " Ce que je vais te dire va te déplaire mais, je t'en supplie, ne dis rien. Laisses moi aller au bout. C'est si dur..." La crainte me tombait dessus. Chantal murmurait " tu es trop bien pour moi..." Je me cabrais. Elle posait une main ferme sur mon bras. " ne te fâche pas ! Ce n'est pas de ta belle gueule dont je parle, c'est de toi. Je ne peux que te décevoir. Je ne veux pas te décevoir..." 

Avant même que je ne me rebiffe Chantal me tirait devant elle. Nous étions nus. Je l'entendais me dire " je te propose un marché. Tu prends ou tu laisses mais, quelle que soit ta réponse, nous ne nous reverrons plus..." J'aurais du gueuler, lui foutre ma main sur la gueule mais je ne sais ni gueuler, ni foutre une main sur la gueule d'une fille. Alors face à ma pleutrerie Chantal a pu aller au bout de son propos " voilà, si tu le veux bien, je t'emmène dans mon lit. Là où tous ces boucs qui me sautent disent me faire l'amour. Allons y faire l'amour... " Elle s'est tu, m'a regardé droit dans les yeux, " tu veux? ". Lâchement j'ai répondu oui.    

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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 00:06

Chantal c'était un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de choeur que j'avais été. Tout, elle possédait tout, pure perfection, la quintescence de la beauté plastique. Mais Chantal c'était aussi un visage laid, une laideur minérale, glacée, osseuse, rien que de la disgrâce à peine atténuée par un regard ardent et un sourire moqueur. Chantal c'était une grande, une femme déjà, qui me fascinait. Je la voulais. Elle me fuyait. Je lui parlais. Elle se taisait. Je la bombardais de lettres enflammées. Les lisait-elle ? Je devenais fou, fou d'elle, et ma tête incandescente échafaudait mille stratégies pour forcer la porte de l'emmurée. Un soir, du fond de mon lit, alors que les rats carapataient sur le tillage en une infernale sarabande, en désespoir de cause, pour me rassurer, j'en vins à décliner un postulat, le postulat de la laideur.

 

Pour moi, j'en avais la certitude, " le capital d'amour d'une femme laide était proportionnel à l'intensité de sa laideur " Avec Chantal j'allais découvrir le grand amour, l'amour pur, celui que l'on porte, tel un diamant fiché au coeur, pour l'éternité, jusqu'à son dernier souffle. Je carburais à l'exaltation. J'allais forcer ma nature. Ouvrir les vannes de mon ébullition intérieure. La prendre d'assaut sans sommation. Dès le dimanche, dans la pénombre de la salle du patronnage, au premier acte d'un drame familial, je lui pris la main et la tirai sans ménagement vers le dehors. Elle me suivit ne m'opposant aucune résistance.

 

Sous les tilleuls de la place de l'église je la déshabillai, pièce par pièce. A nu, son corps, sous la pâle lumière de la pleine lune, loin de me précipiter dans le désordre des sens, me plongeait dans un recueillement profond. Ce fut une forme étrange d'adoration, un plaisir esthétique intense. Je pris un léger recul pour la contempler. L'admirer. Mes mains, telles celles d'un ébloui, se tendaient, l'effleuraient à tâtons. Je l'explorais avec lenteur. Chaque parcelle d'elle m'infusait un puissant flux d'ondes qui me jetait, par secousses violentes, dans état proche de l'apnée. J'étais au bord de la rupture mais, en dépit d'un sexe de silex, je me vivais si minable que je n'osais l'investir. Bandant mes dernières forces j'allais au devant de son désir. Elle acceptait mes mains avec volupté. Ouverte, elle m'offrit une jouissance d'apocalypse qui me propulsa vers des sommets inviolés. Chantal m'engloutis et je crus mourir.   

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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 00:02

 

" Je me suis dépêché de découper l'interview de l'animateur Yves Calvi, en date du 17 avril 2006, dans les colonnes de Sud-Ouest. Ce garçon avait inventé un genre tout à fait nouveau. En duo avec son mentor, qui lui salivait dans l'oreillette, il parvenait à donner l'impression au téléspectateur que celui-ci en savait autant, sinon davantage que le présentateur. Qu'il s'agisse des fourmis au Moyen Age, de la crème solaire ou des émeutes en banlieue, une merveilleuse démagogie de l'ignorance feinte venait enfin de s'imposer à la télévision..."
Pierre-Louis Basse in Ma chambre au Triangle d'or chez Stock. Journaliste sportif à Europe 1, Basse parle en expert, même s'il écrit maintenant des opus entre fiction et reportage (ce livre est le dernier d'une trilogie sociale : Ma ligne 13 et Ca va mal finir.

Si je vous parle ce matin d'Yves Calvi, c'est qu'au temps de Cap 2010, un beau matin sa charmante assistante pour C dans l'air diffusé sur France 5 et enregistré dans un studio d'Europe 1 est venue me jouer du violon au téléphone pour venir gloser en compagnie de JL Vallet et Xavier de Volontat sur l'avenir du vin français ou un truc dans le genre... Pourquoi pas ! Nous arrivons dans le studio, le sieur Calvi avec sa bouille de bon garçon et ses cheveux gominés fait dans la convivialité. Il nous présente son accolyte : Perico Legase. On se salue. J'en profite pour faire remarquer au chroniqueur de Marianne que ses écrits sur mon rapport  de 2001 me surprennent car je n'ai jamais prôné la dérèglementation des AOC. Sa réponse me laisse pantois " je ne l'ai pas lu votre rapport mais on m'a dit que... mais rassurez-vous je rétablirai la vérité... " J'attends toujours.

 

 

Pour ce qui est de l'émission, je ne vous raconte pas. Legasse a fait du Légasse, péremptoire, boursouflé et le Calvi avec sa gueule de premier communiant faussement naïf de nous la faire dans le style " c'est ben vrai tout ça, on est la roi de bistouille..." De l'avenir de la viticulture française, nous n'avons pas parlé bien sûr, ça n'intéresse personne coco, l'important c'est de se battre pour la pureté du produit, du nectar rien que du nectar, " dans vos foires aux vins monsieur Vallet il faut que je puisse acheter du Pétrus discounté pour ma petite cave car autrement à quoi ça sert Carrefour ? " minaudait Calvi et Perico de trancher " les vins de négociants c'est de la merde..." Je ne caricature pas. Ce fut ainsi, désolant. Alors comprenez mon agacement face à ces détenteurs de la vérité, qui se disent journalistes, mais qui ne sont en fait, pour le premier, un adepte du dieu audimat et pour l'autre un adorateur de son auguste personne.

Mais bon, puisque Le Divillec a signé la pétition de la CP et que son petit bistrot populaire donne sur l'esplanade des Invalides nous pourrons, dans le cadre des Assises de la Convivialité, lui demander d'assurer quelques en cas de la mer arrosés de petits vins de sa cave. Ca fera des heureux et, comme c'est mon seul souci en définitive, le vin à la française sera le grand gagnant. Allez, les amis, à vos souris et que la grande chaîne de l'Internet nous aide à les tenir ses Assises de la Convivialité ! 

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26 octobre 2006 4 26 /10 /octobre /2006 16:00

 

Lorsque la sonnette de l'écrémeuse commençait à tinter, ma chambre était au-dessus de la laiterie, je savais que la crème allait commencer de s'épandre dans le tarrasson. La tante Valentine, préposée au beurre, après en avoir fini avec l'écrémeuse, déposait le tarrasson de crème au frais et lorsque celle-ci était raffermie, elle y jetait une poignée de gros sel, puis assise sur une chaise paillée, à la main, elle barattait avec un pilon de bois.

 

 

C'était long. De temps en temps, elle évacuait le petit lait du tarrasson. Quand la motte avait atteint une bonne fermeté, la tante la tassait dans un moule de bois ovale et dentelé. C'était le beurre de chez moi, avec une belle vache et des petites fleurs dessus. Le seul que j'acceptais de manger.

 

 

Dans mon bocage profond j'accompagnais papa lorsqu'il faisait la tournée de ses clients de battages. J'y voyais souvent faire le beurre. Comme on disait chez moi, j'en étais « aziré » (dégoûté). C'était crade et pourtant, ce beurre, emmailloté dans du papier sulfurisé, était vendu tous les vendredis, aux BOF, lors du marché de la Mothe-Achard. Du bon produit traditionnel, artisanal et, comme disait ma grand tante, en parlant de certaines fermières « ces gens là n'ont pas de honte ». Bref, j'ai été élevé exclusivement au beurre salé de vache normande baratté par la tante Valentine.

 

 

Passé à l'âge adulte, devenu un rat des villes, j'ai du subir la morne plaquette Président, ma bourse plate ne me permettant pas d'accéder à la motte de beurre vendue chez le crémier du coin. J'en consommais peu. En fin d'année, je contemplais avec horreur le beurre de Noël, tout droit issu des frigos d'intervention de la CEE, le summum du gâchis. Et puis, petit à petit, dans les froides allées de la grande distribution, le rayon beurre s'est diversifié : on retrouvait du beurre cru, on barattait à nouveau, la coopérative d'Isigny Ste Mère offrait du bon beurre à un prix raisonnable. On avait à nouveau le choix. On pouvait même s'offrir un Échiré ou un beurre de Baignes pour faire un extra. Même la plaquette Président s'est mis de nouveaux habits : beurre de Campagne, Gastronomique, du marketing mais après tout chacun fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut.

 

 

Tout ça pour dire que je ne crois pas à la vision apocalyptique de la CP. L'avenir du vin, disons traditionnel pour faire court, n'est en rien menacé, bien au contraire la clarification que je réclame ne peut que favoriser la prospérité de ceux qui ont choisi cette voie. Je respecte toutes les analyses. Je m'étonne seulement qu'on travestisse la réalité et qu'on réécrive l'histoire. Une part de notre vignoble n'est pas prise en compte dans l'approche de la CP, il est occulté comme s'il dérangeait. On ne va pas transformer nos milliers de coopérateurs ou de producteurs individuels qui vendent en vrac en petits artisans-commerçants. Moi je ne dis rien de plus : notre vignoble issu des vins de table, s'il veut rester dans la compétition mondiale, doit s'adapter, sinon il disparaîtra. Alors, j'aime bien Jean Ferrat (pétitionnaire contre les vins industriels), sa montagne est toujours belle, mais son poulet aux hormones n'existe plus, les gens mangent du poulet de Loué ou d'ailleurs. Ce n'est pas le poulet de mémé Marie, qui grattait dans la cour, c'est un poulet élevé selon un process rationnel moderne. Tout le monde ne peut pas manger du poulet de Bresse ou de la Géline à crête pâle.

 

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25 octobre 2006 3 25 /10 /octobre /2006 00:06

Comme je ne suis pas sectaire, même si moi je suis tricard chez eux, ce matin je vous communique la position de la Confédération Paysanne dans le débat sur la réforme proposée par la Commission Européenne. Je verse cette pièce au débat, sans commentaire, pour que vous puissiez en faire ou vous faire une opinion. Ce document est signé par Jean-Damien Terreaux permanent de cette organisation. Je l'ai trouvé sur un autre blog " Génération Vin " d'où les remerciements initiaux qui, vous le comprendrez facilement vu mon statut, ne me sont pas adressés.

" Merci d'avoir parlé de la campagne contre les naufrageurs du vin. Mais je crois que vous faites erreur. Nous n'avons pas fait le choix d'en rester à la dénonciation de l'usage des copeaux de bois. Les enjeux sont malheureusement beaucoup plus grands que cela...

Depuis la fin des années 80, le secteur subit une forte restructuration, suite à la recherche, par les multinationales des alcools, de nouvelles voies de croissance. Le marché européen, qui représente la majeure partie de la consommation mondiale est évidemment le premier visé.

La Commission européenne en proposant en juin dernier le démantèlement des dispositifs de régulation des marchés et la libéralisation des contraintes oenologiques, a fait le choix d'une conception industrielle du vin. Les promoteurs de cette conception veulent pouvoir mobiliser sans contraintes les progrès techniques et l'usage de produits de synthèse pour "arranger" le vin et en réduire les coûts de production, tout en bénéficiant d'une grande liberté commerciale. Bientôt, on pourra aromatiser le vin, lui enlever de l'alcool, lui rajouter du glycérol, fermenter en Europe des moûts concentrés d'Argentine, importer des jus de raisin pour fabriquer des "vins" suédois, mais aussi planter de la vigne n'importe où en Europe, sans contraintes, après avoir arraché une partie du vignoble! Les villages, les terroirs, les paysages, l'histoire, la culture, les femmes et les hommes des vignobles, les savoirs accumulés, le partage de la surprise des nouveaux millésimes, les subtiles distinctions des tours de mains ou des origines, les milles et un cépages de France, les cinq mille variétés du monde, toute cette richesse doit-elle disparaître pour faire place à l'uniformité et à la reproductibilité ? Il s'agit aussi d'effacer le producteur de la mémoire du vin, pour laisser le champ libre à un produit défini selon les standards agroalimentaires.
Cette "nouvelle" conception de la viticulture se développe grâce à une alliance contre-nature, avec d'un côté le camp hygiéniste, qui au nom de la lutte contre l'alcoolisme, pousse au démantèlement progressif du vignoble européen et à la perte de sens symbolique de cette boisson millénaire, et de l'autre les lobbies des marchands d'alcools de dimension internationale qui poussent à la "fabrication" d'un vin de masse, sans identification géographique. Là où les premiers se trompent, c'est que la lutte contre l'alcoolisme sera beaucoup plus difficile avec une boisson qui aura perdu ses référents culturels et son "encadrement" social.

A travers cet appel, nous défendons une conception agricole du vin, jusqu'à alors traditionnelle dans les pays de l'UE, qui fait référence à un produit issu de la fermentation naturelle du raisin et où les pratiques correctives sont nécessairement limitées."

 
 

Cette page était offerte à la Confédération Paysanne par l'espace de liberté de Jacques Berthomeau, qui consomme du lait cru de vache Jerseyaise, mange du beurre de baratte, du pain Moisan, des Géline à crête pâle et autres produits de qualité censés disparaître sous la mainmise de la normalisation de l'industrie laitière, des intégrateurs de la volaille et les grands prédateurs de la GD (ça c'est pour le pain). Pour le liquide, je bois ce je veux, je demande simplement à nos amis "bio" d'éviter de baptiser leurs vins biologiques puisqu'ils ne sont qu' " issus que de l'agriculture biologique " Hé, oui je fais aussi mes courses à Biocoop. Faut pas tromper le consommateur quand on le défend avec autant d'arguments frappants...

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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 00:05

A 70 ans Bernard Pivot, l'homme de l'émission-culte Apostrophes, de la dictée, du foot, et du beaujolpif, bon pied, bon oeil publie le "Dictionnaire amoureux du vin". Pour cette occasion il a répondu à quelques questions de Jérôme Garcin du Nouvel Obs. Je retiens, dans la lignée de ma chronique d'hier, l'une de ses réponses qui est un bel exocet capable de terrasser les gardiens blêmes du sanitairement correct, ceux qui veulent nous terroriser...

" Le vin stimule le bavardage, inspire les confidences, pousse les feux de l'imagination. C'est probablement cette palabre, durant ma jeunesse à Quincié, tandis que j'étais adossé aux foudres et barriques, qui m'a donné le goût de la conversation..."

Pour sûr que notre homme est un amoureux du vin lui qui, lors de son dernier " Bouillon de culture " le 29 juin 2001, répondant au questionnaire posé à ses invités les plus prestigieux tout au long des dix années d'émissions, quant vint la neuvième question : " La plante, l'arbre ou l'animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ? " répondit : " Dans un cep de la romanée-conti."

Même si l'imagination est la folle du logis, moi j'imagine nos assises de la convialité (1), puisque je suis parisien - nul n'est parfait - comme un grand pique-nique sur les pelouses des Invalides - les jeunes y jouent déjà au foot dessus, donc on peut y poser notre cul - chacun apporte son panier, c'est un joyeux mélange de rats des villes et de rats des champs, des jeunes, des vieux, des filles et des garçons, des amoureux, des solitaires, des locataires et des propriétaires, on bavarde, on cause même politique, on se marre, on se fait des petits mâchons, on boît des petits canons avec modération, on se fait la conversation, on fait sensation dans notre fichu monde de constipation. Bon les amis, y'en a qui ont mis du blé sur les Champs Elysées, pourquoi nous ne mettrions pas de la convivialité dans nos cités ? Chiche !

(1) Je rassure Laetitia - dont je trouve le commentaire sous ma chronique d'hier savoureux - les Assises de la Convivialité sont la propriété exclusive de " Sans Interdit " un club qui a pour caractéristique de n'avoir pas de Président... Alors, si nos présidents veulent venir, ils sont les bienvenus mais ce sera pour faire le service du vin, point !

 

 

 

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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 00:09

Je sens monter la colère. D'un côté les voix autorisées proclament sur les estrades et à les fins des banquets, ou même à l'Assemblée : bravo vous êtes des gagneurs, sur le front de la bataille mondiale vous portez haut les couleurs de la France, chaque bouteille de votre divin nectar est une bataille gagnée contre l'odieux dollar ; de l'autre, le côté obscur de la force, on les étiquette en Dark Vador, d'un seul coup d'un seul leur boutanche est frappée d'opprobe, n'y touchez jamais jeunes adultes, c'est un poison insidieux qui fera de vous des malheureux, nous allons dans un grand mouvement d'éradication terroriser le petit peuple des buveurs, ceux des jours de fêtes, ceux qui se font la conversation, les amoureux et les chanceux, bref pas de rémission, le temps est aux buveurs d'eau... sucrée (mot ajouté par un mauvais esprit dans le texte officiel).

La colère est mauvaise conseillère dit la sagesse populaire. Alors face aux effets de manches du chef d'une Administration qui s'est illustrée lors de la grande canicule par sa réactivité, son humanité et son efficacité, gardons notre sang-froid. A coup de statistiques, nouvelle arme de dissuasion des masses avachies, il joue, se croyant grand stratège, sur la peur. Fort bien monsieur le professeur mais permettez-moi de poser la question la plus élémentaire : de quoi, au juste, a-t-on peur ? Pour y répondre je donne la parole à un brillant iconoclaste, un adepte de l'économie saugrenue :  " De la mort, sans doute. Mais encore faut-il préciser. Nous savons tous que nous allons mourir un jour, et cela peut parfois nous tourmenter de façon plus ou moins intense. Mais s'entendre dire que l'on a dix risques sur cent de mourir dans l'année a de quoi faire très peur, et peut même nous conduire à adopter un tout autre mode de vie. Et si on apprend que l'on a dix risques sur cent de mourir dans la minute, il est fort probable que l'on se mette à paniquer. C'est donc l'imminence de la mort qui détermine la peur".

Pour continuer sur ce registre citons Peter Sandman " consultant en communication de risque " Pour lui c'est le facteur effroi qui est le plus important. " Lorsque le danger est grand et que l'effroi est faible, les gens ont tendance à sous-estimer le risque. Mais lorsque le danger est faible et que l'effroi est grand, ils le surestiment " Ce qui transposé à notre situation signifie " puisque le danger (le facteur de risque) qu'un petit buveur devienne un grand buveur - donc risque d'être alcoolique - est faible, alors terrorisons les petits et moyens buveurs. En clair, puisque nous sommes incapables de nous attaquer au noyau dur des alcooliques, alors contentons-nous d'épandre l'effroi dans les populations peu sensibles à l'addiction, ç'a plaira à nos chefs, ç'a fera croire au bon peuple que nous sommes des gens efficaces et le tour est joué.

Alors que faire ? Courber l'échine, fermer notre gueule me direz-vous ? Non bien sûr, mais surtout ne donnons pas de prises aux fabricants d'effroi en proclamant qu'ils veulent notre mort, économique s'entend. Pour eux ce serait pain béni : l'affreux lobby du gros rouge qui tache se rebiffe, c'est donc que nous avons touché le point sensible argueraient-ils. Laissons-les s'agiter, s'enfoncer dans leur inefficacité chronique, dénonçons-là chiffres et arguments en mains, montrons sans démonstrativité excessive - qui veut trop prouver ne convainct pas - que notre produit, le vin, est un produit d'initiation sociale, un lien entre les hommes, un facteur de convialité irremplaçable, un produit alcoolisé certes, donc présentant des risques, un produit qui de part le monde est considéré comme l'emblème du bien vivre à la française. C'est tout de même mieux, monsieur le professeur, que de détenir le ruban bleu de la consommation mondiale de tranquilisants ou autres anti-dépresseurs.

Ce matin, j'ouvre ma fenêtre de liberté sur ce sujet qui devrait nous unir gens du vin. Et si nous lancions dans notre beau pays " les assises de la convivialité " ç'a aurait une autre gueule que nos débats circulaires, nos sempiternelles jérémiades, nos anamathèmes et nos jargonages d'experts qui réjouissent tant les éminents professeurs grands défenseurs du sanitairement correct...

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22 octobre 2006 7 22 /10 /octobre /2006 00:04
Le passage du il au je, du témoin à l'acteur, du narrateur omniscient dépositaire de tout le savoir de l'histoire, la garantie " théorique " de la véracité du récit à un personnage comme un autre laisse planer un doute, le je est porteur de soupçon : farde-t-il la réalité ? ment-il par omission ? se met-il en valeur ? comment peut-il entrer dans le secret des autres ? Le récit à la première personne ne raconte pas une histoire, il donne un point de vue sur l'histoire. Certains d'entre vous y ont peut-être vu l'irruption d'une part plus grande de moi-même. Que répondre à ces légitimes interrogations ? Que c'est moi qui écrit mais que je ne suis ni le je, ni le il, mais le tout... Bonne lecture... Pour ceux qui débarquent il vous faut faire un rapide retour en arrière sur les épisodes précédents disponibles dans les archives (les 7-8-14-15 octobre)

Ce prénom de béatitude qui collait si bien à mon image de chair, angelot souriant et câlin, aux boucles de cheveux jais, ondoyantes et souples, encadrant des yeux noirs rieurs rehaussés par de longs cils, tirait des grenouilles de bénitiers des soupirs extatiques " Madeleine vous en avez de la chance, ce petit est un don de Dieu..." Et pourtant, elles qui avaient tant médit, si leurs yeux s'étaient dessillés, elles eussent perçu les soubresauts de mon âme. Mais elles n'étaient que dévotes, incapables de saisir l'ombre légère que dessinait mon sourire lorsque la tempête de mon intérieur s'annonçait. Comme l'eau qui dort je cachais dans mes profondeurs des démons incandescents. Pour les tenir en laisse je raillais mon Benoît de prénom. Je cultivais avec soin mon aversion. Dissimulateur, je grandissais en âge et en sagesse dans le cocon douillet tissé par le clan des femmes.

Mes géniteurs m'avaient pourri de dons. Le pire était à venir. De toute part on s'esbaudissait. On me donnait le bon Dieu sans confession. En silence je souffrais du délit de bonne gueule. Planqué derrière ma félicité benoîte j'affrontais la vie avec un étrange mélange d'optimisme inoxydable et de crainte. L'exubérance de mon imagination, ce trouble intérieur, me projetaient dans des mondes impitoyables, ceux que je découvrirai bien plus tard à l'âge adulte, peuplés de femmes fatales, de condottieres flamboyants, de crapules audacieuses ; des mondes dégoulinant de luxe et de stupre ; des mondes excessifs ; des mondes où tout était si haut, si fort ; des mondes où je me sentais tel un poisson dans l'eau. J'aimais mon aisance, mon absence de scrupules, seigneur de la guerre altier et impitoyable, le monde était à mes pieds. Jamais repu de ces plaisirs charnels, de ces alcools forts, je me délectais de mon inhumanité.

Alors, tout au long de ma paisible et studieuse adolescence, l'aversion de mon prénom extatique remplira la fonction de toile émeri. Elle m'empêchait de tomber dans la facilité et le contentement de soi. Tâche ardue pour une gueule d'amour, tiré à quatre épingles, moissonnant sans effort les plus belles pousses du canton. C'en était lassant. Je n'en pouvais plus d'entendre ces donzelles minauder que Benoît c'était "choux et doux" pendant que je fourrageais, sans rencontrer de résistance, dans les faibles bastions de leur intimité. Cette facilité me désolait. Las, j'affichais froideur, dédain ou pire grossièreté, en pure perte, pour du beurre. Espérant une paire de baffes je récoltais des gloussements de dindes. Consentantes jusqu'à la nausée. J'en avais marre des bouches faciles, des bécots minables, des langues mollasses et des bouches incertaines. Quant aux jeux de mains, ils étaient pires encore, rien que des mols édredons. Mais un jour il y eut Chantal : son corps vibra tel le cristal de Bohème dès mon premier effleurement. 

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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 00:05

En ce petit samedi humide et gris, de retour de mon pays, même si sa discrétion naturelle en eut souffert de son vivant, je vais vous parler de maman. Née le jour de la Ste Catherine, à Ste Flaive des Loups, on la prénomma Berthe. Elle ne l'aimait guère ce prénom mais accolé à mamy ses petits enfants et arrières petits enfants ont réussi à le lui faire trouver joli. C'était une fille Gravouil, l'aînée de six enfants, qui aurait bien aimée, elle qui avait "l'orthographe naturelle", être institutrice. Elle fera son apprentissage de couturière. Et puis, elle rencontrera un beau gars de St Georges de Pointindoux, Arsène Berthomeau. A dix-huit ans un mariage d'amour : ils étaient beaux et avaient fière allure sur leur photo de mariés (un jour lorsque je serai doué je vous la scannerai).

 

Ils ont trois enfants, Alain en 1939, Marie-Thérèse en 1941, et moi en 1948. Maman taillait, montait, faufilait, cousait jusqu'à pas d'heure. Papa rentrait des battages et s'asseyait pour lire la Résistance de l'Ouest. On était au Bourg Pailler, à l'entrée du bourg de la Mothe-Achard. Et puis papa est mort en 1971, un grand vide pour elle, pour nous. Courageusement, à 50 ans maman est partie travailler à l'usine de confection à St Julien des Landes. Ses anciennes collègues se souviennent de cette femme, discrète et disponible, qui aimait la belle ouvrage, le travail bien fait.

  

Et puis vint la retraite, le temps des voyages avec Madeleine Remaud sa fidèle amie de toujours : Jérusalem, le galet du lac de Tibériade entre autres. Maman s'excusait de cette " légèreté " et de lui dire " profite maman, tu l'as bien mérité " Madeleine et maman, mères courages, sont pour moi tout un pan de ma jeunesse en culotte courte avec les trois frères Remaud : Dominique, Jean-François et Jacques : la C4 de Louis, l'île de Noirmoutier par le Gois, Nantes et le magasin Decré... Nous étions heureux, joyeux, nous étions une grande famille. C'était le temps de l'insouciance.

 

Lorsque vint le temps de la maladie, ce Parkinson contre lequel tu luttais, tu pestais maman, il y eut près de toi : Alain et Danielle ma belle-soeur, si courageuse, si attentionnée, si aimante. Tous les deux, ils t'ont permis de vivre chez toi, dans ta maison, dans ton intérieur soigné, jusqu'à ton dernier souffle, toi qui avais la hantise de la dépendance et de l'hôpital. Ce don de soi, simple et chaleureux, c'est la grandeur des gens de bien. Merci à vous deux.

 

Et puis, mardi matin, comme d'habitude tu t'es levée tôt maman. Tu as fait ta toilette. Tu t'es habillée. Tu as allumée ton téléviseur pour voir Télé Matin sur la 2. Tu aimais bien Françoise Laborde et William Leymergie. Tu t'es rassise dans son fauteuil et tu t'es endormie pour toujours, en paix. Tous ceux qui t'ont vu depuis t'ont trouvé belle maman, toi qui allais fêter tes 87 ans. Elégante et encore coquette, nous avons posé ton dé à coudre sous tes mains jointes et nous avons bien été obligé de te laisser partir maman.

 

Merci à tous ceux qui ont eu des mots gentils.  

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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 00:06

" Ce vioque était un vrai trésor vivant, un témoin de ce qu'avait été longtemps cette région, trop pauvre, démunie et reculée pour fournir du travail à ses enfants. Alors, il y avait toujours eu ceux qui partaient et qui revenaient, à la retraite, pour se construire ces hideuses baraques blanchâtres avec la porte d'entrée entourée de granit gris. Et ceux qui étaient restés s'étaient lancés dans la picole pour affronter le malheur, la pauvreté et le froid humide. Maintenant qu'ils avaient la médecine sur le dos, les survivants s'étaient mis difficilement, à la diète. Mais ils passaient quand même, un jour ou l'autre, et dépotaient souvent leur géranium avant l'âge. Gildas était une exception. Quatre-vingt-cinq ans. Une énergie à revendre. Tellurique, le mec. Sans doute à cause de l'ardoise dont le sol était truffé. Les jeunes venus s'installer dans le coin disaient tous la même chose : ici, c'est vraiment " spé"."

 

Extrait d'un beau petit livre des éditions la branche  suite noire Le petit bluff de l'alcootest de Jean-Bernard Pouy.

 

C'est en Bretagne, au-dessus de mon pays à moi, le héros narrateur se nomme Armand Le Fur. A lire en un petit bout de soirée

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