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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 00:29

Le matin nous allions à vélo, par le sentier côtier, jusqu'à l'anse des Vieilles. Au soleil levant l'eau, d'une extrême transparence, semblait de pur cristal. Marie l'intrépide s'y plongeait sans la moindre hésitation et, de son crawl fluide et silencieux, elle filait vers le large. Moi je m'adossais à la pente sableuse pour lire. De temps à autre je relevais les yeux pour repérer le point blanc du bonnet de bain de ma naïade favorite. La montée du soleil m'emplissait d'une douce chaleur mais je ne pouvais réchauffer la pointe d'angoisse qui ne disparaîtrait que lorsque Marie serait de nouveau à portée de ma brasse minable. L'océan, avec ses airs paisibles, me déplaisait. Je connaissais sa nature profonde, charmeuse et hypocrite comme celle de tous les puissants. A la fin juillet, en un accès de rage soudain, de ses entrailles obscures, il avait enfanté une tempête féroce. Avec Marie, blottis dans la faille d'une falaise, à l'abri du vent et des embruns, pendant des heures, nous nous étions grisés de ses outrances. Dans le grand lit de la Ferme des Trois Moulins, ce soir-là, pour conjurer ma peur, j'avais pris Marie avec une forme de rage désespérée. Après, blottie dans mes bras, elle m'avait dit " tu m'a baisé mon salaud et c'était vachement bon..." 

Ecrire que notre nous aurait survécu aux pires tempêtes comme à la mer d'huile du quotidien me semble dérisoire. J'en ai la certitude mais j'aurais préféré qu'il se disloquât sous nos faiblesses ou, pire, avec l'irruption d'un autre, plutôt que de le voir trancher ainsi sans appel. Même si ça emmerde tout ceux qui pataugent dans le foutre et le cul, l'amour heureux existe. Ne venez pas me faire chier avec des railleries sur l'eau de rose ou le sucre candy et tout autre vacherie. Même maintenant que je suis au régime sec ma faculté de vous faire une tête au carré, de vous bourrer le pif, de vous foutre ma main sur la gueule, reste intacte. Marie et moi, dans la grande loterie des rencontres, étions l'exception qui aurait confirmé la règle de notre génération championne du divorce. A cet instant, alors que je m'échine à ne pas décrire par le menu nos 52 jours passés à vivre simplement ensemble, je sais que nous serions, trente ans après, les mêmes. La vie nous aurait sans doute cabossé mais les autres envieraient notre amour intact. Présomptueux me direz-vous ? Sans doute mais, je me connais, toute l'énergie que j'ai déployé à m'avilir, je l'aurais, avec encore plus de force et de pugnacité, tourné vers Marie. Quant à elle, n'y touchez pas, son coeur n'avait pas de limite et son ventre eut été fécond.

Le Printemps de Prague semblait résister aux grosses pattes de l'Ours soviétique. Notre PC national, toujours à l'extrême pointe de la collusion avec la nomenklatura du Kremlin, soutenait du bout des lèvres, les initiatives du parti frère. Grand progrès par rapport à l'insurrection de Budapest de 1956, où la chape de silence, la même que celle qui avait étouffé les cris de Làszlo Rajk et de ses compagnons d'infortune, exécutés à la suite des procès préfabriqués, en 1949. Le "socialisme à visage humain " d'Alexander Dubcek indisposait nos staliniens officiellement reconvertis. Marie espérait, Jean lui doutait de la capacité d'un parti unique à se réformer de l'intérieur, et moi j'avais la certitude que les gardiens du bloc ne pouvaient le laisser se fissurer. Mes talents culinaires explosaient. Moi, que ma très chère maman n'avait jamais laissé effleurer une queue de casserole, je me révèlais un maître-queue inventif. Marie me charriait gentiment " tu es l'homme parfait mon amour, où est la faille de l'armure ? " Et Jean de répondre " c'est qu'il n'a pas d'armure belle enfant..."       

 

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3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 00:22

Les mots me manquent et pourtant ils se bousculent dans ma tête, me font mal. Ecrire sur un temps heureux, un temps de grand bonheur simple, se replonger dans son passé pour en extraire, non pas des souvenirs éteints, mais des braises vives, est une vraie douleur. Depuis ce fichu jour, chaque moment, tous nos instants, nos débordements, nos rires et nos fous-rires, les riens, tout ce qui était nous dont je ne retiens que ce qui était elle, ma belle, le grain de sa peau, son parfum, la soie de ses cheveux, le lac de ses yeux, mon envie d'elle, ma fièvre aussi, l'amour comme on dit, je les retiens tout au fond comme des biens précieux, enfouis, protégés de l'oubli. Pas un jour, pas une nuit, sans les avoir exhumés pour tenter de conjurer mon malheur, de revivre. Vain combat, jamais entamé, toujours perdu, mais seul moyen de perdurer, de traîner ma vie comme un boulet. Et pourtant ce fardeau n'était rien, aujourd'hui enchaîner des mots en des phrases heureuses me plombe. J'ai envie de gueuler pour qu'on vienne me sauver. Face au silence et a l'indifférence je me contente de pleurer sur ce qui n'est, après tout, rien qu'un tout petit malheur.

Ce vieux salaud d'Achille lui fit une fête d'enfer. Jean et moi arborrions des salopettes Adolphe Laffont bleu marine flambant neuves. Nous les avions acheté à la coop maritime. Avant que le bateau n'accoste, nous nous étions fait chambrer copieusement " ya pas à dire ça rapporte plus de vendre du vermoulu aux parigots que d'aller aux beyouks les gars... Faudra tout de même qu'on se cotise pour lui acheter des souliers au Jean. La sandale en plastique c'est bon pour aller aux berniques mais pas pour faire le gandin..." Imperturbables nous les laissions dire. Lorsque Marie apparut en haut de la passerelle de débarquement, Achille se faufila sitôt entre les jambes du flux descendant. Jean marmonna entre ses dents serrées sur son tuyau de pipe éteinte " la classe... du rare mon petit Benoît..." Il faut dire que tout de blanc vêtue, Marie prenait si bien la lumière de l'Ile d'Yeu, un blanc de bleu, pur, qu'elle semblait tout droit sortie d'une toile de maître peinte a tempera. 

Nous ne nous sommes jamais embrassés comme ce jour-là. Les marins, bouche bée, nous protégeaient de leur silence. Je crois que nous étions beaux tout simplement. Jean décréta que c'était un jour à langouste. En dépit de mon froncement d'yeux, le redressement de notre trésorerie était encore fragile, grand seigneur il nous embarquait dans la C4 jusqu'au port de la Meule. Notre déjeuner fut somptueux de simplicité, palourdes, langouste grillée, bar de ligne en croûte de sel, bien arrosé d'un Muscadet, avec un Jean au sommet de son art. Marie était aux anges. Au dessert, ce grand escogriffe, tout en frottant ses éternelles allumettes qui n'allumaient jamais rien, demanda le silence. C'était cocasse puisque lui seul parlait. Tout d'abord, il commandait du champagne. Le patron confus avouait qu'il n'en avait point. Nous nous rabâtîmes sur un Saumur. Il était tiède. Jean gazouillait " Mes amis, c'est ma décision, mon service en vieux Rouen, c'est mon cadeau pour votre mariage..."     

 

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2 février 2007 5 02 /02 /février /2007 00:03

"

 

Il était une fois, au château de la Dégueulardière, de vaillants soldats. Des petits enfants malades qui ont pris le plâtre pour bâtir des remparts, les seringues pour faire des catapultes, les haricots pour creuser les douves, et les abaisse-langue pour tenir les ponts-levis. ainsi commence l'histoire de l'atelier d'arts plastiques. C'était il y a sept ans. Ils ont pris le matériel médical, celui qui troue, qui pique, qui gratte, qui interdit le mouvement, et en ont fait ce qu'ils voulaient. Ils lui ont rendu les coups. Ils ont bâti un château, fort naturellement. Lui ont donné un nom, terrible évidemment. La bagarre était déclarée. le talent contre la somnolence, la couleur contre le blanc hôpital, le beau contre le moche, la vie contre la mort.


C'est à l'étage, au neuvième. Par la porte bleue. Ils y entrent à leur rythme : le pas lent accroché au déambulatoire. sur un fauteuil poussé par des mains familières et nerveuses. en sautillant. A reculons aussi. Ils ne viennent pas seuls. La perfusion est dans la chair, la nausée au bord des lèvres, la cicatrice gratte au thorax. Le regard de papa et maman fait peur à voir. La porte bleue est grande ouverte. C'est presque un détail. Ils n'ont pas perdu les clefs de la curiosité."


Extrait du texte de Judith Pérignon qui accompagne les autoportraits d'enfants atteints de cancer La porte bleue


Pourquoi ce texte ?

 

Pour pleins de raisons :

 

- Parce qu'il faut acheter ce petit livre à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif www.igr.fr ou 39, rue Camille Desmoulins 94805 Villejuif-Cedex ;

 

- Parce qu'il faut offrir ce petit livre à vos enfants ou petits enfants ;

 

- Parce que la côte était rude pour arriver au siège de l'ARC à Villejuif, lorsqu'en 2005-2006, étouffant dans mon placard doré, j'en suis sorti pour être, au nom du Comité de la Charte, le censeur de cette association devenue exemplaire après les dérives de son fondateur ;

 

- Parce que ce qui frappe ces enfants est la pire des injustices ;

 

- Parce que ce texte est beau, d'une beauté sans concession, loin de cette émotion frelatée qu'on nous sert trop souvent dans les étranges lucarnes devenues des miroirs où chacun se contemple à satiété ;

 

-  Parce que ces enfants,dans leur extrême malheur, n'ont pas perdu les clefs de la curiosité.


Et nous ?  


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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 00:07

 

Ce jour historique, le jeudi 1er février de l'an 2007, par décret interministériel, comme le chantait l'homme à la tête de choux, Gainsbourg, les fumeurs de gitanes qui ne sont pas des fumeurs de Havane, seront dorénavant jetés, tels des péripatéticiennes, sur le trottoir lorsqu'ils voudront assouvir leur vice au risque pour eux, s'ils sont trop nombreux sur le bitume, de tomber sous le coup de l'interdiction de s'assembler sur la voie publique sans autorisation de la Préfecture de Police.

   
Moi je m'en fous car, comme je suis une grosse légume, je fais ça chez moi, avec des barreaux de chaise. Y'a quand même un truc qui me chiffonne, et je vais de ce pas interroger le Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur - entre autres appellations -  le panier à salades est-il un lieu public ? Je dis ça car l'autre jour j'en suivais un sur mon beau vélo et j'ai constaté que ça fumait dur à l'intérieur. Pour autant je n'ai pas constaté de passage à tabac mais j'estime qu'il ne faut pas faire de discrimination entre les différentes catégories de fumeurs passifs.

 
De la même façon j'estime que pour la stricte égalité entre les citoyens, des individus de mon style devraient être mis dans l'obligation de déclarer leurs vices cachés. Bon citoyen, respectueux des lois de la République, je préempte cette future obligation, j'étale donc sur la toile ma  cassette de pure herbe de Nicot.


Encore quelques remarques avant d'aller bosser : devrais-je mettre un cache sur la cigarette du type peint sur le tableau ci-dessus puisqu'il risque d'inciter mes petits enfants à la débaucher ? Pour la cigarette après l'amour, un autre de mes vices cachés, je suis perplexe, une demande d'autorisation préalable à la Sécu s'impose, avec un ticket modérateur,  ça me semble le minimum accepable. Par bonheur, le Garde des Sceaux n'est plus dans le coup puisque la machine du docteur Guillotin a été mis au rencart par Badinter, alors la question cigarette du condamné n'est plus d'actualité. 
 
 

 

 

 

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31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 00:28

Parfois sur la toile, tel un orpailleur penché sur son tamis, je découvre, grace aux moteurs de recherche, non pas des pépites bien sûr, mais des trucs bizarres ou étranges. Le petit artisan que je suis les stocke, comme un sculteur ramassant des bois flottés sur le rivage, pour, lorsque l'occasion se présente, en faire le matériau d'une de mes petites chroniques matinales. C'est le cas aujourd'hui.

Je plante le décor : un site de produits d'épicerie fine : Les pieds sous la table, qui propose des Armagnac aux internautes gourmets, en l'occurence, un Bas-Armagnac, qui comme chacun sait, produit des eaux-de-vie bien supérieures à la zone du Haut-Armagnac. Quand j'étais petit nos voisins de Nantes habitaient la Loire-Inférieure alors, que sans conteste, ils se considéraient comme bien supérieurs à ces crottés de Vendéens que nous étions, et que nous sommes restés après avoir échappé à l'appellation les Deux Lay, comme la Révolution l'avait fait pour nos autres voisins des Deux-Sèvres qui depuis ont accueilli une super-women au patronyme Royal alors que nous on se traîne un petit marquis qu'on dit vicomte. 

 Bref : Bas-Armagnac 1994

 

43.2° - bouteille identique au bas armagnac de 1982. Cette récolte 1994 est issue pour moitié du cépage bacco particulièrement bon sur les sols sabloneux du Bas-Armagnac et du classique ugni-blanc. Ce mariage des cépages les meilleurs nous donne un Armagnac certes encore fougueux par sa jeunesse mais déjà ample et persistant en bouche. Le bois du neuf de chez Berthomeau n'est pas encore fondu et donne ce côté noisette grillé qui n'est pas si éloigné d'un pur malt ou du rhum de qualité.

Amis gascons éclairez-moi, qu'est-ce donc ce Berthomeau qui n'est pas encore fondu ? Jusqu'ici ce gus n'était connu que pour son goût de papier dont on fait les rapports, même si la pâte de celui-ci venait peut-être des forêts landaises. Ya aussi de l'Armagnac dans les Landes, Ognoas je crois ? J'ai souvenir que le souriant président du Conseil Général de ce beau département, Henri Emmanuelli, un jour de bonté m'en avait offert un flacon. Oui cé ça yzont lé moyens ds'offrir un site www.domaine-ognoas.com/ mais ya pas la photo du sourcilleux Henri. A vos souris amis du pays de d'Artagnan, merci de me tirer de ce mauvais pas. Vos commentaires sur le descriptif du produit me seraient aussi d'un grand secours (et si on faisait après la blanche un Armagnac de cépages) étant entendu que le dénommé Aurain, artisan, choisit ses eaux-de-vie chez des petits vignerons bien sûr, ça va de soit, mais ça va mieux en l'écrivant...

 

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30 janvier 2007 2 30 /01 /janvier /2007 00:03

 

Kiravi, une marque de jaja, de gros rouge qui tache, un vin du peuple en litron étoilé, une marque disparue comme le souligne le site de la SVF, qui en assume courageusement l'héritage " si les vins Kiravi ou Margnat, les plus grands de l'époque, appartiennent au passé... ", une marque brocardée, il suffit pour s'en persuader d'aller sur google et l'on y récolte un florilège impressionnant. Même les jeunes bloggeurs s'y réfèrent pour vanner, chambrer lorsqu'ils chatent. Sur un site consacré aux expressions populaires, un internaute, pour illustrer l'une d'elle bien connue " donner de la confiture à un cochon ", écrit : " il est inutile d'offrir une bouteille de Pommard 59 a celui qui n'apprécie pas le vin, un bon litron de Kiravi ou de Préfontaines suffira". Bref, dans l'imaginaire du grand public, ce vin, qui à sa grande époque était un assemblage de vins d'Oranie et de ceux du Languedoc, un produit naturel, non chaptalisé, en clair un vin de table, est synonyme de bidouille, de vacherie à l'état pur.


N'en déplaise aux pourfendeurs du vin de table, et sans nier bien sûr qu'à la fin de leurs vies, Kiravi et d'autres marques, sous l'effet du coupage économique, de la bataille sur les prix, soient devenues des réceptacles de produits inadaptés, mal fait et souvent d'une piètre qualité, ils réécrivent l'histoire. Ce vin là fait parti de notre histoire, il est le marqueur d'une époque, et le réduire à une vile boisson c'est céder à la tendance du temps qui est de tout expliquer à l'aune de nos certitudes du moment. Dans notre inconscient collectif, comme l'écrit Carmen Bertrand (1) " En France, au XIX ème siècle, l'ivrognerie fut surtout le vice des classes populaires et dangeureuses (...) Mais l'alcoolisme des bourgeois, celui que l'on nomme "mondain", et qui ne diffère guère du populaire quant aux effets physiologiques, a du mal a être repéré, tant l'image du prolétaire soûl est prégnante."


Pour les hygiénistes, ceux d'hier à juste raison, ceux d'aujourd'hui par facilité souvent, même si bien sûr le vin en tant que boisson alcoolisée peut être vecteur d'alcoolisme, le vin est encore diabolisé. Nous ne sommes plus au XIX, les Gervaise de Zola et les Ténardier ont disparu, le XX ème siècle a marqué dans les années 60-70 la grande rupture de la consommation massive du vin. Pour autant l'alcoolisme n'a pas disparu, il s'est transformé, adapté aux nouveaux malheurs du temps : solitude, stress, exclusion, peur de l'avenir, misère aussi... Il n'en reste pas moins vrai que " boire ensemble est un acte de réciprocité et de communion. Que ce soient les dieux, ou les hotes, la boisson réunit, l'espace d'une libation ou d'un banquet. On offre à l'autre ce qui est une partie de soi, son vin, sa goutte, ses paroles. Tout un système de régles et de gestes encadrent ce partage collectif." (2)


Tout l'enjeu de notre combat contre le sanitairement correct, les prohibitionnistes masqués, se situe dans ce boire ensemble. Et qui mieux que le vin, qu'il soit simple, populaire ou de haute lignée, est synonyme de convivialité ? A nous, plutôt que de pester contre ceux qui nous veulent du mal, de mettre nos belles intentions, nos belles paroles en pratique. Soyons simples, cessons de croire que des affiches sur les murs, des slogans ou je ne sais quelle campagne de pub va convaincre l'opinion publique de notre " utilité publique". Alors, lorsque de mon petit blog minable, avec mes amis de "Sans Interdit" nous lançons l'idée d'aller dans les villes, autour d'un pique-nique simple et sympathique, sans souci de vendre notre camelote, de chanter les louanges de notre terroir, de nos marques, pour aller vers les gens, leur parler, les écouter, les entendre, leur proposer s'ils le souhaitent de partager un soupçon de notre nectar pour faire passer leur cuisse de poulet ou leur tranche de jambon, nous ne sommes pas des extra-terrestres. Nous voulons labourer profond, prendre notre temps, remonter la pente. 


Bien évidemment ce n'est pas de la Com préemballée, celle qui séduit les présidents et leurs directeurs. Nous voulons que ceux d'en bas se mobilisent, se prennent en main, aillent à la rencontre des gens. Que les rats des champs viennent se frotter aux rats des villes. Utopie, naïveté, peut-être, mais le bien vivre ensemble passe par des actes concrets. Alors, avec les moyens du bord le piknik-demonik2007@hotmail.fr verra le jour. Vous pouvez en être, parlez-en autour de vous, bougez-vous, venez nous rejoindre. A bientôt sur cette antenne pour des nouvelles de notre projet.

(1) et (2) Désirs d'Ivresse revue Autrement n°191 février 2000  

 

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29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 00:03

La revue " Fluide Glacial " fondée le 1er avril 1975 par Gotlib (le père du désopilant Gai Luron) ne fait ni dans la finesse, ni dans la délicatesse, mais plutôt dans le gras, le grunge, le mauvais goût ; âmes sensibles s'abstenir (désolé Miren...). Des signatures connues : Binet avec les fameux Bidochon, Franquin de Gaston Lagaffe, Tronchet avec Jean-Claude Tergal... et surtout un lectorat transgénérationnel paillard et bon vivant. Les extraits du texte qui suit est typique de leur goût immodéré pour la provocation, il est publié dans le n° série Or T05384 ou www.fluideglacial.com/pages/homepage.htm  Au-delà de ses outrances, de sa mauvaise foi, chers lecteurs, j'ai jugé bon de vous proposer, sur mon espace de liberté, ce texte déconnant car il est le reflet d'une couche de nos concitoyens que nos discours énervent (d'ailleurs la partie les producteurs nous font chier rejoint les propos du PrPitte, désolé de le faire remarquer). Pour ceux qui auront le courage de le lire, eu égard à la typographie réduite, ou à la compréhensible révulsion, et de le décrypter au bon degré merci d'éviter de me couvrir d'injures, je laisse à l'auteur la responsabilité de ses propos...


 

Manifeste Oenologique : A bas le terroir ! Défendons les VSCAC* !

par Eric Deup

* Vin Sans Caractère d'Appellation Commune 

 

Marre du politiquement correct oenologique, assez de la dictature du bon goût, plein le fion des vins de territoire à boire la bouche en cul de poule : osons le vin sans caractère, le vin global, le rouge neutre, la piquette qui pique pas :


Vous ne pouvez que l'avoir constaté : sous prétexte de défendre je ne sais quels petits producteurs - qui, soit dit en passant, se sont découverts un amour des bonnes choses assez tardivement, quand leurs terres pourries d'engrais ont eu fini de dégueuler les nitrates qu'ils déversaient sans souci à l'époque de perpétuer un savoir-faire ancestral - sous prétexte, donc, de défendre ces fabricants de rouge convertis au "traditionnel" depuis qu'il suffit de marquer bio sur les étiquettes pour doubler les marges, de soutenir ces braves paysans qui mettent un soin authentique et typique à brûler les supermarchés et recouvrir de purin les sous-préfectures à la moindre contrariété, on nous bassine à grands coups de documentaires, articles et autres reportages sur le retour des vins de pays, des petits vins, des vins de caractère !


Vivent les vins apatrides ! 


Mais, comme moi, vous en avez marre de ces vins au léger goût de myrtille, qui rappellent le fumet de la banane, exhalent les terres argileuses et les cigales ou sentent le cul !


Vous voulez un vin qui sente l'alcool et le raisin ! Vous assumez de boire du vin pour boire et de boire sans soif !


Comme moi, vous vous demandez ce que sont ces histoires de vins de terroir et craignez d'être bientôt obligés d'enfiler béret et sabots de bois avant de le faire avec votre picrate, vous qui aimez tant boire en survêt'.


Vous aussi vous vous inquiétez de cet étrange retour en force des vins qui fleurent bon le pays ou pire la tradition ! Cette louange forcenée des spécificités territoriales, des traditions millénaires évoque en vous les relents nauséabonds des pires courants réactionnaires. L'éloge de ces pinards ethnocentristes n'est-il pas en effet l'expression d'un repli sur soi, d'un refus de l'autre quand le vin issu de différents pays de l'Union Européenne, pour prendre un exemple, serait lui un véritable appel à l'ouverture, à la tolérance, à l'altérité ?! Un verre de ce nectar et vous partez en voyage : plaisir des nitrates espagnols, délice de l'antigel italien, arôme des colorants portugais...rien de tel pour accompagner une bonne tranche de pain de mie au Saint-Moret !


A mort le goût !


A ces nouveaux convertis du vin goûteux vous saurez expliquer que le plaisir est ailleurs, vous qui ne dégustez pas mais qui ingurgitez, qui savez caler ma bouteille bien au fond du gosier sans vous perdre en fioritures papillaires de sommelier efféminé, vous qui savez que ce n'est pas le goût qui importe mais d'avaler.


Et ne me parlez surtout pas de découvrir une bonne bouteille chez votre caviste du quartier : les cavistes sont des voleurs qui s'engraissent sur cette mode stupide du vin de pays. Les supermarchés aussi, me direz-vous, mais là-bas, au moins, on peut faire des courses de caddies. Et l'on trouve certainement beaucoup moins d'adeptes du couplet poujado-populiste du "trop de charges, trop d'impôts" chez les patrons d'hyper que chez les petits commerçants. Mais je me comprends.


Alors réagissez, aidez à la réhabilitation du vin étoilé, sauvegardez le cubi, protégez le vin en poudre mais surtout refusez le conformisme rétrograde, obsolète et dégradant du terroir à tout prix ! Ce combat doit être celui de tous, y compris le vôtre, amis snobs : soyez convaincus qu'il est tout à fait possible de trouver des vins aussi chers que sans goût.


A noter qu'ils connaissent la nouvelle adresse de l'INAO les bougres...

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28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 00:11

Marie avait du différer son départ pour Yeu afin de régler son dossier universitaire. Elle ignorait que je m'y trouvais déjà. Au téléphone je lui racontais des bobards. Officiellement je faisais la moisson avec mon père ce qui expliquait que je ne pouvais la joindre que tard dans la soirée. Il n'empêche que je piaffais d'impatience. Pour me calmer, sous la lune, j'allais en compagnie d'Achille, me jucher sur l'une des tours du vieux château, face à l'océan et j'échaffaudais le scénario de notre première journée ensemble sur l'île. J'avais prévenu Jean : je m'octroyais un jour de congé. Ce vieux gauchiste avait ronchonné, sans doute un peu jaloux de cette future rivale. Nos journées étaient bien remplies, l'affaire tournait bien. Mon plan de rigueur, suite à l'incident des enchères, portait ses fruits. Nous allions pouvoir de nouveau claquer un peu de fraîche. Je me découvrais expert dans le maquillage de comptes, je ne savais pas que ça me servirait dans une autre vie, plus glauque. Ce que je préférais dans notre turbin c'était chiner et livrer. La chine c'est l'art d'enfumer le gogo, de lui faire accroire que certaines de ses petites merdes ont de la valeur, de bien les payer, pour mieux le rouler dans la farine en y incluant la seule pièce de valeur. Jean, à qui on avait toujours envie de donner deux balles pour qu'il se fringue en un peu mieux qu'une cloche, était un maître. Je me délectais, surtout chez les vieilles peaux permanentées.

Pour les livraisons ce qui me fascinait c'était les intérieurs de nos clients. Je découvrais, chez ces gens-là, l'extrême élégance du beau niché derrière les modestes façades chaulées des petites maisons îliennes. Loin de l'ostentation des villas de la Baule, cette gentry de gens fortunés, cultivait le simple et le bon goût. Jean excellait là aussi. Nous passions des heures à converser avec eux, autour d'un verre de Muscadet ou de Gros Plant. Jean était des leurs. Moi, à chaque visite, je n'arrivais pas à sonder la profondeur du fossé culturel qui nous séparait. C'était affreux, j'étais un ignare. Déjà, avec le père de Marie, face à ses toiles, en l'écoutant, je me sentais nu, mal équarri, un fils de paysan. En d'autre temps, c'est-à-dire avant l'irruption de Marie dans ma vie, je me serais rué sur des livres. Je me serais goinfré. J'aurais bachoté. Gavé comme un canard gras j'aurais pu étaler ma culture fraîche. Là, à ma grande stupéfaction, j'écoutais. Je m'imprégnais. Après dîner, en sirotant des bières, Jean, avec force de digressions, ajoutais des couches aux strates du jour. Parfois, au téléphone, avec Marie, je devais réfréner mon envie de lui parler de mes découvertes.

Juste avant le 14 juillet, enfin, Marie m'annonçait qu'elle partait pour l'Ile d'Yeu. " Viens me rejoindre pour le week-end du 14 me dit-elle..."
- S'il fait beau ça va être dur. La moisson n'attend pas...
- Moi je t'attends. Tu me manques...
- Alors j'y serai.
L'ambiguité de ma réponse me plut. Marie était aux anges. J'ajoutai pour ajouter une touche de mystère " c'est dit nous y serons..."
- Tu ne viens pas seul ?
- Surprise ma belle...
- Une vraie ?
- Une énorme !
- Une bonne ?
- Tu verras petite curieuse...
- Un petit indice pour te faire pardonner...
- Me faire pardonner quoi ?
- Ton absence...
- Alors pas de prob petit coeur ma surprise est à la hauteur de ton pardon.
- Dis-moi ?
- Je t'aime ! Pense aux femmes de marins...
   

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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 00:26

Un petit incident technique a fait que cette chronique prévue pour plus tard s'est mise en ligne pour les abonnés sans crier gare. Alors puisqu'elle y est, elle y reste. Désolé pour ceux qui trouvent que je suis boulimique, pour une fois c'est pas moi c'est la bécane...

Dans la vie que l'on vit, dans notre beau pays, sachons de temps à autre prendre le temps de prendre connaissance du regard que portent sur nous les autres, nos voisins par exemple. Dans le cas présent il s'agit d'une journaliste italienne Maria Laura Rodotà et c'est dans le Corriere Della Sera de Milan sous le titre : Ce pays qui donne envie de faire des enfants. Comme dab je vous en livre quelques extraits... Pour plus www.courrierinternational.com n° 847.

" (...) Aux USA, on nous signale un score historique : 51% des Américaines sont célibataires. Quant à la France, elle fête un record de natalité qui fait rêver des pays comme l'Espagne, l'Italie ou l'Allemagne : deux enfants par femme. Ce chiffre inclut les femmes immigrées, mais aussi et surtout (c'est là que réside l'anomalie) les Franco-françaises. Et dire qu'aux USA, depuis des années, la majorité des électeurs vote tranquillement pour des candidats socialement conservateurs, que les "family values" - les valeurs familiales - sont sans arrêt invoquées... Alors qu'en France on vit dans le péché à fond de train : PACS, unions homosexuelles, avortement incontestablement entré dans les moeurs, pillule du lendemain pour les lycéennes (idée de Ségolène Royal lorsqu'elle était Ministre), etc.
Alors, pourquoi ?
(...) Aux USA, family values ou pas, ce sont les lois du marché qui prédominent, et ce sont elles qui influencent les choix personnels de tout un chacun. Le mariage n'est pas considéré comme un emploi à vie. C'est le règne de la flexibilité. L'habitude de licencier un conjoint inactif ou surnuméraire - qui a été remplacé(e) - est ancrée dans les moeurs depuis des dizaines d'années (...) Enfin, avoir des enfants (s'ils décident d'en avoir, non sans quelques inquiétudes) représente pour eux un engagement énorme : à cause de leurs horaires de travail illimités, de leurs vacances trop courtes, de l'absence de lois nationales sur le congé maternité, à cause du niveau exécrable des écoles publiques et du coût énorme du cursus universitaire.
En France c'est tout autre chose et ce, grâce aux lois sociales. Avec des allocations familiales tout à fait correctes, des aides aux familles nombreuses, des crèches, des garderies financées par l'Etat, il est plus facile de faire des enfants. Ces lois sociales ne sont pas dues uniquement à la gauche et aux féministes ; elles ont été voté pour que les Français donnent plus d'enfants à la Patrie. Et, manifestement, ça marche (...)

Sans commentaires, à vous de les faire chers lecteurs !

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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 00:16

 

Nous étions les seuls brocanteurs de l'île. Je dis nous car Jean, dès le premier jour, me présenta comme son associé aux voisins et aux clients. Située en bordure de la route qui mène de Port-Joinville à St Sauveur, au lieu dit Ker Chalon, la " Ferme des 3 Moulins ", bâtisse pourvue d'un étage et de dépendances, n'usurpait pas sa dénomination : ça avait été, au début du siècle, une des rares fermes de l'île, et nous étions entourés par trois Moulins transformés en résidence de vacances. 

 

Le magasin occupait tout le rez-de-chaussée, trois pièces, et Jean couchait dans l'une d'elle, dans un lit à colonnes partie intégrante du mobilier proposé à la vente. Ce lit, que nous disions toujours en voie d'être vendu, intriguait nos visiteurs. Un jour, las de ma réponse vaseuse, j'improvisai une histoire qui ravit mes interlocuteurs. Il y était question d'une nuit de tempête, du père de Jean parti accoucher la femme du sacristain de Port-Joinville, de la mère de Jean, elle aussi enceinte, et qui, seule, la cuisinière étant au chevet de son père à St Sauveur, mit au monde ce même Jean, dans ce grand lit en noyer. Jean trouva ça très drôle mais il me dit, sur un ton sérieux, " dis pas ça à mon père..." Moi j'occupais le grenier qui nous servait tout à la fois de cuisine, de salle d'eau et de salle à manger. A la tête de mon lit un petit coffre-fort contenait notre fortune. Foin des exigences comptables et fiscales nous y mélangions les recettes du magasin, nos dépenses domestiques, les achats de meubles chinés, l'argent de poche de mon employeur et bien sûr mon salaire de travailleur au black (il y a prescription)

 

Chaque matin, le père de Jean venait à pied nous rendre visite. Achille, le chien, courrait à sa rencontre. Jean, tel un gamin, trouvait toujours le moyen de s'éclipser.Le vieil homme s'asseyait dans un fauteuil et je lui rendais compte de notre activité, au début très honnêtement, puis, après l'incident des enchères à l'américaine, en maquillant la réalité tel un caissier de la mafia.

 

Mon cher Jean avait fait des siennes. Près de la ferme des 3 Moulins, une association restaurait une petite chapelle et, pour financer les travaux, son président, un officier de la Royale à la retraite, mettait aux enchères des tableaux offerts par la colonie des peintres en villégiature sur l'île. Ce soir-là j'avais envie de dormir. Jean, de mauvaise grâce, se rendit seul à la vente. Dix fois, avant de partir, il me répéta " tu comprends, je suis obligé d'y aller pour faire plaisir aux notables, mais, je t'assure, je n'achèterai rien. La peinture ce n'est pas mon truc. D'ailleurs, rien que pour voir leurs têtes, tu devrais m'accompagner, nous rentrerons aussitôt..." Une telle insistance aurait du me mettre la puce à l'oreille mais, fatigué par ma journée de ponçage de meubles, je n'y cédai pas. 

 

A minuit, alors que je dormais comme un bienheureux, un flot de lumière, des grommellements sourds et un bruit de verre me tiraient du sommeil. Jean, attablé face à une bouteille de Cognac bien entamée, semblait foudroyé. Assis sur mon céans je l'interpellai avec ménagement " allez, ne fait pas l'enfant, montres-moi le tableau que tu as acheté ?

 

" En guise de réponse j'eus droit à des borborygmes renifleurs accompagnés d'une salve ininterrompue d'allumettes craquées et sitôt éteintes. Ce devait être grave alors je me levai. Il fallait que je joue serré. Une petite faim me tenaillait. Je fis des pâtes. Pendant qu'elles cuisaient, sans me soucier de Jean qui alternait apathie et excitation, je disposai nos couverts et j'ouvris une bouteille de vin rouge. Un premier signe de retour à la normale me conforta dans ma stratégie : Jean venait enfin d'allumer sa pipe et elle se mit à grésiller doucement. Après nous avoir servi je m'assis face de lui. Nous mangeâmes en silence. Jean le rompit. " C'est affreux ! Quand je pense que cette superbe petite marine, un bijou, va se retrouver au-dessus du buffet Henri III de Turbé le quincaillier..."


- C'est ça qui te met dans cet état ?


- Oui !


Je respirai d'aise.


- Y'a pire que ça, non...


- Pourtant j'ai mis le paquet.


- Combien ?


- Dans les 8 à dix mille...


- Tu t'es arrêté à temps. C'est mieux comme ça.


- Non j'aurais du aller au bout !


- Ce n'est pas vraiment dans nos moyens.


Un silence s'installa. La mèche de Jean flottait au-dessus de son regard vitreux. Il descendit son verre de rouge. Fit claquer sa langue. Ré-enfourna son tuyau de pipe entre ses dents et tout à trac me déclara " le problème c'est que c'était des enchères à l'américaine..."


- C'est quoi cette engeance ?


- Tu couvres en liquide à chaque surenchère...


L'étendue du désastre me sautait à la gueule, dans un souffle je murmurai " alors t'as claqué 8 à dix milles balles pour des nèfles..." Jean opinait en affichant la tête d'un gosse pris les doigts dans le pot de confiture.  

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