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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 00:06

Chantal c'était un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de choeur que j'avais été. Tout, elle possédait tout, pure perfection, la quintescence de la beauté plastique. Mais Chantal c'était aussi un visage laid, une laideur minérale, glacée, osseuse, rien que de la disgrâce à peine atténuée par un regard ardent et un sourire moqueur. Chantal c'était une grande, une femme déjà, qui me fascinait. Je la voulais. Elle me fuyait. Je lui parlais. Elle se taisait. Je la bombardais de lettres enflammées. Les lisait-elle ? Je devenais fou, fou d'elle, et ma tête incandescente échafaudait mille stratégies pour forcer la porte de l'emmurée. Un soir, du fond de mon lit, alors que les rats carapataient sur le tillage en une infernale sarabande, en désespoir de cause, pour me rassurer, j'en vins à décliner un postulat, le postulat de la laideur.

 

Pour moi, j'en avais la certitude, " le capital d'amour d'une femme laide était proportionnel à l'intensité de sa laideur " Avec Chantal j'allais découvrir le grand amour, l'amour pur, celui que l'on porte, tel un diamant fiché au coeur, pour l'éternité, jusqu'à son dernier souffle. Je carburais à l'exaltation. J'allais forcer ma nature. Ouvrir les vannes de mon ébullition intérieure. La prendre d'assaut sans sommation. Dès le dimanche, dans la pénombre de la salle du patronnage, au premier acte d'un drame familial, je lui pris la main et la tirai sans ménagement vers le dehors. Elle me suivit ne m'opposant aucune résistance.

 

Sous les tilleuls de la place de l'église je la déshabillai, pièce par pièce. A nu, son corps, sous la pâle lumière de la pleine lune, loin de me précipiter dans le désordre des sens, me plongeait dans un recueillement profond. Ce fut une forme étrange d'adoration, un plaisir esthétique intense. Je pris un léger recul pour la contempler. L'admirer. Mes mains, telles celles d'un ébloui, se tendaient, l'effleuraient à tâtons. Je l'explorais avec lenteur. Chaque parcelle d'elle m'infusait un puissant flux d'ondes qui me jetait, par secousses violentes, dans état proche de l'apnée. J'étais au bord de la rupture mais, en dépit d'un sexe de silex, je me vivais si minable que je n'osais l'investir. Bandant mes dernières forces j'allais au devant de son désir. Elle acceptait mes mains avec volupté. Ouverte, elle m'offrit une jouissance d'apocalypse qui me propulsa vers des sommets inviolés. Chantal m'engloutis et je crus mourir.   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Lutin 28/10/2006 17:31

profond respect !Bonne soirée

pphilippe 28/10/2006 10:58

respect !

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