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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 08:44

 

À Lourdes c'est plutôt l'eau qui a la cote depuis le scoop de la petite Soubirous à la grotte de Massabiel alors pourquoi sur un site dédié au vin faire une chronique sur un homme qui, avec Jean Prat, dans mes jeunes années, avec son club emblématique du rugby : le FC Lourdes, symbolisait le beau jeu à la Française fait d'inspiration et de panache ? Le Roger Couderc avec sa verve habituelle l'avait surnommé Peter Pan. Quand je suis allé à Lourdes avec le curé-doyen de la Mothe-Achard et les copains enfants de chœur mon imaginaire était plus intéressé par les exploits de Jean Gachassin que par la retraite aux flambeaux et le commerce des gourdes et des cierges. Avec la FC Nantes en football, le FC Lourdes représentait la quintessence du génie français.Tout le problème est là : un choix cornélien entre le beau jeu et l'efficacité ?

Prendre le risque d'ouvrir c'est s'exposer au contre meurtrier. Le 26 mars 1966 la passe de Jean Gachassin à André Boniface que le vent de l’Arms Park rabat dans les bras de l’ailier gallois Stuart Watkins qui file vers l’essai qui va priver le XV de France de son premier Grand Chelem : pensez-donc 9 à 8, un score de marchand de chaussures. ’’Peter Pan’’ Gachassin et les ‘’’Boni’’ seront virés. L’heure des efficaces a sonné avec sa litanie de Fouroux et autre Laporte. Le XV enfile des Grands Chelems, va en finale de la Coupe du Monde mais ne décroche jamais le trophée hésitant dans la dernière ligne droite entre la rigueur mécanique et la libre expression de ses talents individuels. En football, l’Aimé Jacquet avec sa ténacité stéphanoise, trouvera le moyen de décrocher la Coupe du Monde avec un jeu sans génie mais efficace. Et le FC Nantes avec son jeu léché n’a jamais fait des étincelles en Coupe des Champions… Alors me direz-vous, y’a pas photo, ce qui compte c’est de gagner, les moyens d’y parvenir importent peu…
" ... Gachassin fait une passe à Boniface, Stuart Watkins surgit, intercepte l'ovale, crochète Darrouy, feinte à droite, passe à gauche, crochète Lacaze et plonge dans l'embut français : Galles 9 - France 8 !!!" signé BOSC un gars né à Aigues-Vives dans le Gard.

Jeu ou enjeu, le sport n’est plus un spectacle mais le champ clos d’un affrontement entre des équipes nationales ou des équipes cotées en Bourse qui n’ont plus droit à l’erreur. Alors c’est la  « guerre », les jeux du cirque, avec leur lot de chauvinisme, de hooliganisme, de xénophobie… Tout ça pour produire des droits de TV pharaoniques qui irriguent un système de transferts et de salaires « indécents ». Lors de la rétrogradation du RC Lens en ligue 2 j’ai entendu un brave supporter chti Sang et Or vitupérer contre les joueurs du Club qui ne possédaient plus les valeurs traditionnelles de l’ex-pays minier alors que lui se privait de tout sur son déjà pas beaucoup pour aller au Stade. Quand on fait la « guerre » avec des mercenaires se plaindre du peu d’amour qu’ils aient pour les couleurs qu’ils défendent me laisse rêveur. Au tout mercanti sans valeurs j’oppose, non l’autre monde des alters, mais celui des citoyens-consommateurs qui, s’ils relient les deux lobes de leur cerveau ont le pouvoir d’acheter des « produits responsables » au lieu de se gaver de daubes à la Télé et de consommer soit le moins cher du moins cher, soit le plus cher de ce qu’ils croient être le luxe, tout en braillant contre la mondialisation. Bref, j’aime le beau, j’aime le vrai, j’aime ceux qui osent, j’aime aussi ceux qui gagnent, j’aime ceux qui savent perdre avec panache, je suis un petit humain plein de contradictions qui ne se soigne pas…

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:08

Le rose est tendance. Très. Il s'affiche. Il s'en fiche. S'en contrefiche. Arrogant. Intrigant. Ardent. Provoquant. Mais aussi charmant. Rosissant. Rafraîchissant. En flacons, tels mille pétales, ils sont pâles, acidulés, vifs, tendres, bonbons anglais, rose bonbon, vieux rose, pas à l'eau de rose mais en bois de rose, orangé, saumoné, de saigné, trémière, de Noël : ellébore j'adore... Séducteurs en diable ces coquins, ces mutins, ils font briller les yeux des filles sur les terrasses des cafés. Elles se prennent toutes pour la BB qui aimait Charrier - Jacques - du temps des robes Vichy et des ballerines. Aujourd'hui, en Vélib, elles volent vers la place Clichy et puis débarquent chez Tati pour le sac à carreaux assortis. C'est de la folie je vous dis. Bon, pour ne pas rajouter une couche de rose supplémentaire, je ne vais en plus vous en tartiner des kilos sur mon pull rose fluo qu'est pourtant si beau. Pour le bourre et bourre et... de pink et pink c'est, vous vous en doutez, un pied de nez aux culs pincés...

Mon premier est rose diaphane, très élégant avec ses 3 filles chapeautées, AB par-dessus le marché, il vient de chez Guy Rambier qu'habite avec ses enfants au pied du Pic St Loup, c'est un 2007 VdP d'Oc, 11%5 et ça vaut dans les 8 euros à la Grande Epicerie du BM. Pour les autres vins allez sur  www.rambier-aine.com/ -

Mon second a un nom prédestiné, domaine Montrose, c'est un rosé saumoné et par-dessus le marché issu des Côtes de Thongue chères à mon coeur. Imaginez des tongs rose saumoné. C'st un 2007, 12%5 dans la même zône de prix que le premier et toujours à la GE du BM. Pour plus de renseignements www.domaine-montrose.com

Mon troisième est un rigolo : l'arrosoir à rosé n°4, rose cerise, embouteillé par une coopé pour Frantz Vènes à Siran dans l'Hérault. Toujours VdP d'Oc 2007, 12%5 et pour le prix un peu plus petit que les deux autres et toujours au Béhème...

 

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 00:04

La citation est de Vincent De Moro-Giafferi. J’en ai fait le titre de ma chronique de ce matin qui est un trois en un : une photo, un texte et un vin…

 

La photo est celle d’une affiche apposée sur la porte vitrée d’un restaurant de la rue Boulard dans mon 14ième arrondissement. Elle m’a plu. Je l’ai mis en boîte. La voici…

Le texte est extrait d’un Cours de Géographie destiné aux Écoles d’Arts et Métiers et est daté de 1938. C’est le seul passage (avec un autre équivalent en volume sur la végétation) sur la Corse dans un ouvrage de 600 pages. Significatif du peu de cas fait en ce temps de la Corse qui n’exportait que ses enfants…

 

« Les ressources de la Corse sont très peu utilisées. Les cultures ne couvrent que 27% de la superficie et le blé ne rapporte que 8 hl à l’ha (moyenne de la France 16). Elles ne comptent vraiment que dans quelques cantons privilégiés : la presqu’île du Cap Corse, la Châtaigneraie, la Balagne et les vallées du Sud-Ouest (Ajaccio). Quand aux plaines de l’Est elles sont infestées par la malaria »

 

Le vin est le Rosé Clos Pioggiale de mon ami Robert Skalli.

 

Médaille d’Or au Concours Général Agricole 2008.

Élaboré à base de Syrah et de Nielluccio.

C’est le petit dernier de Wine Family Skalli, le top du top en tirage limité chez les cavistes et sur les meilleures tables de restaurant...

http://www.clospoggiale.com/vignobles/vignobles.php?pays=1&LangueSite=fr

Comme je ne suis qu'un échotier
qu'un petit écrivain
du vin
ma plume folle
frivole
se laisse-aller
aux plaisir de l'Île de Beauté
oui
je le dégusterai
bien frais
frappé
sur mon yatch
mouillant aux Lavezzi
ou dans une paillotte
picorant des figatelli
avec des amis
ou à la Villa Corse à Paris...

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 00:04

Le bon vin réjouit le coeur de l'homme. Proverbe tiré d'un passage de la Bible (Ecclésiaste Chap. XL... verset 20). L’histoire qui suit, celle du père Baty, « le dernier des marchands de vin » de Montparnasse selon Apollinaire l’illustre avec les extravagances et les hautes couleurs des riches heures du Montparnasse des artistes, des écrivains assidus de son chapelet de cafés : Le Dôme, La Rotonde, Le Select et la Coupole… L’âge d’or.

 

Le père Baty, lui, est un mastroquet – tenancier d’un débit de boissons, le terme troquet dérive de cette appellation – sorte d’auberge de campagne, au coin des boulevards Raspail et Montparnasse. Né à Nohant, la patrie de George Sand, il y a été apprenti pâtissier et, à ce titre, il a livré une grosse tourte à la « bonne dame » mais il est plus féru de bons crus que de l’œuvre de l’auteur de la Mare au diable. Pour la suite de l’histoire je laisse la plume à Jean-Paul Caracalla auteur d’un Montparnasse L’âge d’or chez Denoël 1997 remarquable.

 

« Avec cet air grognon qui ne le quitte guère, le père Baty reçoit dans son restaurant le Tout-Montparnasse des arts et des lettres. Giraudoux l’amadoue en lui révélant les amours ardentes de George Sand ; Apollinaire y entraîne des renégats de Montmartre, Salmon et Carco ; tandis que Cocteau écoute les propos édifiants de Max Jacob, nouveau membre de l’église militante. Le peintre Charles Guérin, émerveillé par les boutades et saillies du dessinateur-graveur Bernard Naudin, en oublie de boire son Vouvray pétillant, puis assure à la cantonade qu’une bouteille à chaque repas est la juste mesure d’un honnête homme.

    Le peintre Diriks, quant à lui, n’a jamais oublié le Beaune, à quatre francs la bouteille, vidée un soir chez Baty. Communiquant son enthousiasme à ses amis et connaissances de sa lointaine Scandinavie, il est, depuis, le placier le plus actif des vins de Bourgogne en Europe du Nord.

    Chez Baty, le client oublie le fricot médiocre en buvant un Chateauneuf-du-Pape gouleyant, un Beaune admirable, un Montlouis exquis, et ce, à petits prix. Le patron éprouve pour sa cave une sollicitude inquiète. On le voit dans la salle humer le vin des clients en chauffant le verre dans sa main pataude et remplacer la bouteille si, au nez ou au palais, il ne l’estime pas suffisamment accompli.

    Une fille morte prématurément, un fils tué à la guerre, le père Baty n’a personne à qui confier la clef de sa cave. Il se retire dans sa petite villa de la Marne, évoquant, dans la solitude, les chaudes soirées de Montparnasse et l’ardoise que Trotski lui a laissée.

    Si le Tout-Montmartre déserte peu à peu la Butte pour Montparnasse, Achille, l’ancien garçon et disciple de Baty, repreneur du fonds, n’en a cure. À quelques temps de là, il s’installe en haut de la rue Lepic. L’élève ayant, dit-on, surpassé le maître, on voit alors, en dépit de la vogue, certains amateurs de grands vins reprendre le chemin de la Butte : Bonum vinum laetificat cor hominis et pour cela qu’importe le lieu."   

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 16:13



Ce matin je suis triste. Un de nos amis vient de nous quitter. Je n’aime pas les départs. Amateur de vin, de bonne chère et d’art, inconditionnel de la France et de l'Italie, Sidney Pollack vient de prendre le dernier train : bon voyage monsieur Pollack, merci pour tout, mais surtout pour ces 3 Jours du Condor http://www.berthomeau.com/article-3508162.html avec votre acteur fétiche Robert Redford que je revois toujours avec le même plaisir. De tous les hommages rendus c’est celui de Georges Clooney que je préfère : « «Sydney rendait le monde un peu meilleur, les films un peu meilleurs et même le dîner un peu meilleur»


À un de ces jours monsieur Pollack...

Un de vos très nombreux admirateurs.  

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 00:02

Nos amis américains champions du monde du gaspillage, de la malbouffe bovétienne, de l’obésité, des sectes et des églises, jamais en reste de percées conceptuelles, aussi fulgurantes qu’inattendues, viennent de faire émerger après les carnivores et les omnivores une nouvelle espèce : les « locavores ». http://www.locavores.com/ Comme l’écrit Corinne Lesnes dans le Monde : « les membres de cette tribu ont fait vœu de ne manger que des produits locaux. Adieu café, riz, chocolat et huile d’olive : tout ce ni pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 Km est interdit dans les assiettes… »  http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/05/21/le-regime-locavore-delices-et-delires-par-corinne-lesnes_1047775_3232.html

 


On relocalise donc tout achat de nourriture sur la base des fameux miles always : 1 mile = 1,6 km. C’est d’une simplicité désarmante, je n’ose écrire affligeante. Si l’égotisme absolu de nos sociétés dites postmodernes, gavées, globalisées, provoque ou accouche de telles réponses c’est que certains d’entre nous sont vraiment déboussolés, ou plus précisément n’ont plus qu’une seule boussole leur nombril. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Le plus grand chic fut d’être « carbon neutral »  (mot de l’année 2006 pour le New Oxford American Dictionary, « locavore » étant celui de 2007), en gros compenser toute émission indue de CO2 en plantant des arbres, peut apparaître séduisant, déculpabilisant pour l’urbain isolé, stressé par la tyrannie technologique, mais c’est scientifiquement hasardeux car personne n’est capable de prédire quand les dits arbres vont le relâcher ce foutu C02. Voilà aujourd’hui l’irruption du localisme alimentaire forme nouvelle, à front renversé, car les locavores ne produisent rien, ou presque (on signale un apiculteur qui a 15 ruches sur les toits de Manhattan), de l’autarcie des sociétés primitives, forme dévoyée du luxe de nantis, même si la compote de rutabagas ou la glace aux haricots ne sont pas à proprement parlé des produits de luxe.



Que nous nous interrogions sur l’utilité de faire voyager en cargo la crevette pêchée et congelée par les bateaux écossais de Young’s Seafood dans la mer du Nord pour qu’elle aille se faire décortiquer à moindre frais en Thaïlande puis revenir en Écosse pour se faire conditionner en barquettes me semble relever du bon sens. 27000 km parcourus soit 900 tonnes de CO2 pour 600 tonnes de crevettes trimballées, c’est aberrant. Comme par ailleurs, ces braves crevettes décortiquées vont, dans de gros camions isothermes, gagner les plates-formes de distribution de Carrefour, Leclerc&Cie, pour être rééclatées vers les hypers où pleins de petits urbains ou de petits ruraux avec leurs petites autos iront les acheter pour les entasser dans leurs congélos, la plaisanterie coûte encore plus cher. Pour autant je ne demande pas de ressusciter les chasse-marées et leurs boulonnais (les boulonnais flatulent, donc CO2) pour ramener sur nos étals de poissonniers des belles crevettes bien fraîches, sitôt pêchées, sitôt achetées, sitôt consommées, mais convenez-en, tout ce gâchis, pour « économiser » le geste épuisant de décortiquer ces foutues crevettes à deux balles et pour pouvoir en bouffer en toute saison, confine à l’absurde. Le voyage des tomates produites à Almeria et errant dans la vaste Europe participent elles aussi, comme bien d’autres produits frais, à l’absurdité des modes de distribution, dits modernes.


Tout aussi absurde est l’isolationnisme alimentaire des locavores car il ne peut constituer une alternative crédible aux dérives actuelles liées à des modes de distribution qui déconnectent la majorité des consommateurs du rythme des saisons et les amènent à acheter des produits de plus en plus préparés : par exemple des pommes pelées, prédécoupées en barquettes operculées. Ce type de comportement extrémiste de repus décrédibilise des actions de relocalisations des productions, de circuits courts, de réintroduction de gestes simples dans les cuisines, qui responsabilisent les consommateurs. De plus, il faudra m'expliquer comment le modèle est applicable aux habitants des mégapoles urbaines et comment cet "égoïsme" alimentaire prend en compte les produits solidaires et les producteurs de vanille, de bananes, ou autres denrées exotiques ? Exit ? Le simplisme des locavores fait dire à un journaliste « qu’il est plus écologique pour un New-Yorkais de boire du vin français qui arrive par bateau que du vin californien qui a traversé le pays en camion. »  À ce propos je me permets de rappeler que nos voisins britanniques avec le programme d’action déchets et ressources (WRAP) qui finance depuis 2006 un projet encourageant les producteurs internationaux et les metteurs en marchés britannique à importer du vin en vrac pour l'embouteiller au Royaume-Uni, afin de doper la production de verre britannique, en particulier de verre recyclé devrait nous faire réfléchir.

On va m’objecter que les locavores on s’en tamponne la coquillette et que ce ne sont pas eux qui changeront la face d’un monde alimentaire en  pleine crise. J’en conviens sans problème mais je me permets de signaler que notre charmant nectar, produit de luxe ou de pure festivité, donc n’entrant pas dans la ration alimentaire de base, ne peut continuer dans notre beau pays de tradition d’ignorer ce type d’attitudes qui sont le terreau de phénomènes « répulsifs ». Les attaques contre nos « vignes sales », nos vins « bourrés de pesticides », nos vins à quelques euros qui se baladent en bouteilles, forment le terreau de base pour ceux qui appellent au boycott de Vinexpo. La guerre économique que j’évoquais dans ma chronique sur les pesticides http://www.berthomeau.com/article-18312616.html ne relève pas de la paranoïa mais d’un strict constat. L’ignorer, faire comme-ci ça n’arrive qu’aux autres, relève de l’inconscience. Nos débats actuels sur la gouvernance de la filière : interprofession nationale or not interprofession nationale, en se concentrant sur les structures, les « pompes à finances », passent à côté de l’essentiel : les questions d’intérêt général communes à l’ensemble des régions et des métiers.

 

Je n’ai pas planté de tomates sur mon balcon cette année… Bonne journée à tous avec mention particulière à ceux qui ont des potagers…

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 00:00

Avant de me rendre au rendez-vous à « Base Grand » je demandais à mes commanditaires de me faire parvenir un papier sur Robert. Je ressentais le besoin de le décoder, de mieux comprendre sa trajectoire afin d’éviter de me prendre les pieds dans le tapis avec ses petits camarades qui l’avaient « excommunié ». Ce type me glaçait. Je pressentais en lui tout le capital d’intransigeance des hommes d’appareil, sûr d’eux-mêmes, de leurs implacables analyses, imperméables à tout ce qui n’était pas la cause, insensibles aux petitesses de la réalité. Et pourtant, à l’atelier, sur les chaînes, dans le système Citroën, la vie de tous les jours ne collait pas avec les attentes de cet intellectuel en mal de contact avec les prolétaires. Loin d’être comme un poisson dans l’eau, mon Robert se retrouvait sur du sable sec, privé de son élément naturel, incapable d’agir selon ses schémas, soumis comme les autres à la chape du boulot, de la fatigue extrême, de la routine des gestes, de la connerie des petits chefs, de la suffisance des impeccables, de la soumission et parfois même du stakhanovisme de beaucoup de collègues, du temps qui file, des soucis familiaux, de la peur des nervis, de la débrouillardise et de la bonne humeur de ces damnés de la terre. Ici on survit. On s’économise. Parfois, comme une houle soudaine, la masse s’anime pour protester contre un temps de pause écourté. On court tout le temps après le temps. Tout n’est que parcelle, les conversations, les pauses, la cantine, l’embauche, la fin de la journée. On s’égaille. Les « larges masses » ne sont que des escarbilles, aussi grises que les poussières de l’atelier de soudure, qui flottent sans jamais vraiment prendre en masse. Je voyais bien que Robert était désemparé.

 

Le PQ des RG sur Robert au temps de sa gloire de grand timonier de l’UJC (ml) alors que les barricades s’érigeaient au Quartier Latin et que les « émeutiers » s’affrontaient avec les mobiles et les CRS et qu’il campait à Ulm dans son splendide et orgueilleux isolement, comme à l’habitude consistait en un ramassis de ragots de fond de chiottes et d’analyses foireuses. Il en ressortait tout de même que notre homme ne dormait plus, vivait dans une excitation extrême car, déjà, la réalité échappait à ses schémas théoriques. Lui qui rêvait debout de la jonction des étudiants avec le prolétariat assistait au dévoiement d’un puissant mouvement par des « petits bourgeois ». C’était infantile. Il enrageait. Voir des non-organisés confisquer le grand élan de la révolution populaire, la transformer en un happening violent, à coups de pavés, de manches de pioches, dans les quartiers bourgeois, le plongeait dans un abime d’incompréhension. Lui et ses amis prochinois avaient beau distribuer un tract « Et maintenant aux usines ! » pour exhorter les étudiants à migrer vers la banlieue, la où vivent et travaillent les larges masses, ils sont à côté de la plaque. Hors la vie, comme toujours. La garde rapprochée de Robert, même si certains sont ébranlés, comme Roland et Tiennot, par la spontanéité et la force de la rue, ne réfute en rien sa dialectique impeccable. La force des avant-gardes, ce noyau dur, d’acier trempé, est d’avoir raison contre tous. Personne n’ose l’interrompre, il sur l’Olympe, sourd dans sa bulle d’exaltation. Sauf, et c’est le genre de détail qui fait bander le RG de base, qu'une voix discordante s’est élevée pour contester le n°1, l’interrompre, c’est Nicole, sa femme. Crime de lèse-majesté, cette femelle osait lui balancer que les choses ne se passaient plus ici, dans ce huis-clos surréaliste, mais dans la rue. Le maître l’avait viré sans ménagement, avec un argument d’autorité : " elle n’avait pas le droit de parler dans ce Saint des saints des détenteurs de la vérité révolutionnaire." Le reste, insinuations sur qui couche avec qui, ne présentait aucun intérêt, sauf bien sur pour les gros cons de la Grande Maison que ça excitaient.

 

Pour Robert c’était le début de la chute aux enfers. Il souffrait. Ne mangeait plus. Divaguait. Il déraillait. Il décollait. Il fuyait le réel dans un discours de fou. Ses lâches compagnons de route, même s’ils s’inquiètaient de son état, soit se planquaient, soient le laissaient délirer au nom de je ne sais qu’elle soumission à la toute puissance du guide. La dernière clé d’explication d’une situation qui lui échappait c’était bien sûr la théorie de la machination, d’un complot ourdi par une improbable alliance entre le pouvoir et les social-traîtres. Bouclé à double tour dans son hermétisme, il savait. Jamais il n’en démordrait. Mes petits camarades listaient alors un incroyable enchaînement de faits qui montraient que le brillant intellectuel passait la frontière de la raison. Ses actes étaient autant de degrés dévalés qui précèdaient l’effondrement. Robert soraitt de sa tour d'ivoire, de son réduit, pour se rendre rue le Peletier, au siège du PC, pour offrir son soutien à Waldeck Rochet, sauver la classe ouvrière contre elle-même. Refoulé par les sbires il rédigeait alors une lettre d’insulte à Mao qui s’est déclaré en faveur des barricades. Accompagné d’un ami, il  prenait un train, se sentant traqué il sautai en marche. Tout cela me paraît totalement fou, je doute. En définitive Robert est hospitalisé et se retrouvait en cure de sommeil. Tout ça et bel et beau et bien sûr sert mes plans : je vais cyniquement mettre le doigt où ça fait mal et exploiter le Dieu déchu.

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 00:08
Des trains entiers en provenance de Sète....
Des casiers par milliers sur le site de Gennevilliers...
Il fut VCC : de consommation courante...
Il fut VDT : de Table...
Il fut, hélas, VDPCE : de provenance de la CEE et même MVDPCE mélange de...
Il va être sans IG : Indiquation Géographique...
Espérons qu'il ne sera pas sans idée mais du Vin tout bêtement...
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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 13:51

Lorsque j’écris, à propos de la décision de Microsoft : «   Faut-il pour autant s’alarmer de ce coup de semonce ? La réponse est clairement non… » Je suis un tantinet provocateur et je vais vous expliquer pourquoi en quelques phrases.

 

Un vide juridique ça se comble.

 

Encore faut-il avoir la volonté de le combler.

 

Pour moi la peur, la crainte, ne peuvent tenir lieu à tout propos de principe d’action sinon on n‘agit plus que sous leur emprise, dans l’urgence, en prenant de plein fouet les oppositions, en provoquant l’exacerbation des rapports de force, pour déboucher le plus souvent sur des compromis boiteux tendant à ménager les parties en présence.

 

Le secteur du vin, de part ses origines agricoles, rurales, pense que seule une action de type parlementaire, en ordre dispersé d’ailleurs, est efficace. La loi Evin a été promulguée le 10 janvier 1991, soit il y a plus de 17 ans. Au cours de cette période les majorités parlementaires les plus favorables à sa modification, ou déclarées telles, ont été en mesure de refondre la loi Evin puisqu’elles ont disposé de la majorité requise pendant 10 ans et au cours des 6 dernières années.

 

Le secteur du vin néglige absolument un ressort très important dans son face à face avec les « défenseurs de la Santé Publique » : le poids de l’opinion publique (cf. la stratégie du go du Dr Got

http://www.berthomeau.com/article-18021256.html ).

Nous nous agitons entre nous, sûrs de notre bon droit, de la justesse et de la pertinence de nos argumentaires sur vin et santé, le vin culturel, l’environnement, le territoire, etc. mais, et je le regrette, l’opinion publique sur les thèmes de l’alcool ne nous est pas majoritairement favorable. Que faisons-nous pour la travailler ? Pas grand-chose et, mes petites propositions de fête de la convivialité, pour aller au devant des urbains, les rassurer, tombent dans l’indifférence des grandes organisations. Nous ne prêchons qu’auprès des convaincus. C’est facile. Inefficace. Comme lors d’un conflit on ne fait la paix qu’avec son «ennemi» et, pour ce faire, dans une démocratie, si on veut avoir une chance de contrer ses opposants il faut les mettre en minorité.

 

Quand aux ogres : Microsoft, Google, Yahoo et autres, que notre anti-américanisme viscéral et primaire nous font classer dans ceux qui nous veulent du mal… je le répète, pour le premier en l’occurrence, ne font qu’appliquer pour la France, un principe de précaution juridique. En bonnes multinationales, elles ne vont pas se priver de la manne publicitaire d’un secteur aussi important que celui des Vins&Spiritueux dans le monde. Il nous faut ramener l’affaire à sa dimension française sans pour autant négliger le travail de fond au plan de l’UE (Dg santé), de l’OMS pour suivre de très prêt l’ensemble des questions de Santé Publique…

 

Ce dernier point m’amène à ce qui était le fond de ma chronique : quand le secteur du vin français va-t-il se doter des moyens pour suivre en permanence ces questions ? On va me rétorquer qu’ils existent ces moyens et que je veux rajouter une structure supplémentaire à la pièce-montée. Faux ! Je constate simplement que tout le monde agit en ordre dispersé, chacun dans son coin, sa profession, sa région, sans grande lisibilité et surtout avec un impact sur l’opinion publique, via les grands médias, proche de zéro.

 

Ma ligne n’a pas varié d’un centimètre. Mes chroniques sur l’ANPAA en témoignent. Savez-vous que les CVO sur l’ensemble de nos beaux vignobles représentent une manne de plus de 150 millions d’euros, de quoi alimenter un travail de fond auprès de l’opinion publique pour nous permettre de sortir de notre grand et si touchant lamento…

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 00:06


La nouvelle est tombée sur le bureau du rédac chef de Vin&Cie :
«  des annonceurs du commerce du vin ont reçu un email signé “Microsoft adCenter Advertiser Support”. Le texte qui suit se fonde et reprend dans ses 2 premiers paragraphes le texte du site www.findawine.com

www.findawine.com/blog/2008/05/21/la-fin-du-vin-sur-internet-laffaire-microsoft/  

Ces entreprises, sites de vente de vin en ligne, distributeurs ou encore simples producteurs ont tous en commun d’être clients de la régie publicitaire de Microsoft. Si Microsoft est l’éditeur de logiciel le plus connu au monde le géant de Seattle s’est mué ces dernières années en vendeur d’espace publicitaires à travers ses différents sites tels que MSN, Xbox Live, Office Online ou encore Live Search. » Le mail annonçait la modification par Microsoft de sa “règle éditoriale concernant la vente d´alcool“. En effet Microsoft se refuse à partir du 1er juillet 2008 à relayer les “publicités promouvant et/ou facilitant la vente d’alcool” et désactivera donc les “mots-clés et annonces promouvant la vente de vins en ligne“. Concrètement les vignerons et plus généralement les vendeurs de vin ne pourront plus faire de publicité sur les sites contrôlés par Microsoft.

Pour justifier sa décision Microsoft s’appuie sur le vide juridique de la loi française : “la législation souligne qu’Internet ne fait pas partie des supports d’information autorisés à diffuser des messages publicitaires ayant trait à l’alcool (Article L3323-2) “ faisant  sienne l’analyse de la Cour d’Appel de Paris qui, on s’en souvient, avait dans son arrêt du 13 février 2008 fondée ainsi l’interdiction de faire de la publicité relative à l’alcool sur Internet. Attitude très américaine, constante, conforme au principe de précaution juridique préconisé par les conseils de Microsoft afin de se prémunir contre des recours type ANPAA. Faut-il pour autant s’alarmer de ce coup de semonce ? La réponse est clairement non. En effet, manifestement l’arrêt des magistrats de la Cour d’Appel relevait plus d’une volonté de sanctionner les agissements de la société Heineken que de la volonté de faire émerger une nouvelle jurisprudence en s’appuyant sur le silence de la loi, puisque celle-ci ne pouvait, en son temps, faire référence à un support qui n’existait pas. Ainsi  ils invitaient dans leurs conclusions le législateur à mettre la loi Evin en conformité avec l’apparition d’Internet. Si le législateur se refusait à combler ce vide il laisserait perdurer une rupture au principe d’égalité puisqu’il privilégierait les supports papier ou l’affichage par rapport à l’Internet. Sauf à penser que le législateur profiterait de l’occasion pour poser un principe d’interdiction du même type que celui qui prévaut à la télévision, pour des raisons de protection des mineurs très friands du Net, crier trop fort à la « fin du vin sur le Net » me semble la meilleure façon de donner des arguments à ceux qui ne manqueront pas de le demander lors des débats parlementaires.

Un lobby efficace est un lobby qui agit pas un lobby qui gémit.


Mon rédac chef furax face à ce lamento me dit : « Allez coco faut arrêter de crier au loup. Efficacité ! Ponds-moi un papier sur le sujet ! Quand est-ce que ce secteur va se comporter en grand secteur… C’est vraiment l’armée mexicaine… Faut que ça saigne coco ! »

Alors moi, bon petit soldat, j’ai mis l’ouvrage sur le métier. De fil en aiguille, mon goût pour les contes de Perrault et la référence évidente à Walt Disney le loup est devenu l’ogre et le petit poucet s’est cloné en une multitude de nains de jardin. En quatre coup de cuillère à pot ma chronique fut torchée et j’allais d’un pas guilleret la mettre sous le nez de mon rédac chef. Et là, oh surprise ! Sitôt lue, sitôt censurée, avec pour seul commentaire : « T’es louf, ils vont nous étriper… Il en sera fini de l’espace de liberté… » Je n’ai pas discuté. Mon rédac-chef à juste accepté la photo et le l’entame de mon conte : « Il était une fois dans un beau pays plein de vallons et de prairies, de coteaux ensoleillés, de bassins et de bassines, de machins et de zinzins, toute une bande de nains *… » Pour le reste, comme au temps de la censure, ce pamplhet circulera peut-être un jour sous le manteau ou on s’en fera une petite lecture un soir à la veillée entre adhérents à l’ABV… Bonne journée chers lecteurs frustrés de la lecture d'un si beau torchonnet (que ça ne vous empêche pas de réagir...)


* appellation qui ne vise pas, bien évidemment, mes collègues journalistes qui sont les seuls à tenter de faire le boulot...

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