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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 00:09

Je sens monter la colère. D'un côté les voix autorisées proclament sur les estrades et à les fins des banquets, ou même à l'Assemblée : bravo vous êtes des gagneurs, sur le front de la bataille mondiale vous portez haut les couleurs de la France, chaque bouteille de votre divin nectar est une bataille gagnée contre l'odieux dollar ; de l'autre, le côté obscur de la force, on les étiquette en Dark Vador, d'un seul coup d'un seul leur boutanche est frappée d'opprobe, n'y touchez jamais jeunes adultes, c'est un poison insidieux qui fera de vous des malheureux, nous allons dans un grand mouvement d'éradication terroriser le petit peuple des buveurs, ceux des jours de fêtes, ceux qui se font la conversation, les amoureux et les chanceux, bref pas de rémission, le temps est aux buveurs d'eau... sucrée (mot ajouté par un mauvais esprit dans le texte officiel).

La colère est mauvaise conseillère dit la sagesse populaire. Alors face aux effets de manches du chef d'une Administration qui s'est illustrée lors de la grande canicule par sa réactivité, son humanité et son efficacité, gardons notre sang-froid. A coup de statistiques, nouvelle arme de dissuasion des masses avachies, il joue, se croyant grand stratège, sur la peur. Fort bien monsieur le professeur mais permettez-moi de poser la question la plus élémentaire : de quoi, au juste, a-t-on peur ? Pour y répondre je donne la parole à un brillant iconoclaste, un adepte de l'économie saugrenue :  " De la mort, sans doute. Mais encore faut-il préciser. Nous savons tous que nous allons mourir un jour, et cela peut parfois nous tourmenter de façon plus ou moins intense. Mais s'entendre dire que l'on a dix risques sur cent de mourir dans l'année a de quoi faire très peur, et peut même nous conduire à adopter un tout autre mode de vie. Et si on apprend que l'on a dix risques sur cent de mourir dans la minute, il est fort probable que l'on se mette à paniquer. C'est donc l'imminence de la mort qui détermine la peur".

Pour continuer sur ce registre citons Peter Sandman " consultant en communication de risque " Pour lui c'est le facteur effroi qui est le plus important. " Lorsque le danger est grand et que l'effroi est faible, les gens ont tendance à sous-estimer le risque. Mais lorsque le danger est faible et que l'effroi est grand, ils le surestiment " Ce qui transposé à notre situation signifie " puisque le danger (le facteur de risque) qu'un petit buveur devienne un grand buveur - donc risque d'être alcoolique - est faible, alors terrorisons les petits et moyens buveurs. En clair, puisque nous sommes incapables de nous attaquer au noyau dur des alcooliques, alors contentons-nous d'épandre l'effroi dans les populations peu sensibles à l'addiction, ç'a plaira à nos chefs, ç'a fera croire au bon peuple que nous sommes des gens efficaces et le tour est joué.

Alors que faire ? Courber l'échine, fermer notre gueule me direz-vous ? Non bien sûr, mais surtout ne donnons pas de prises aux fabricants d'effroi en proclamant qu'ils veulent notre mort, économique s'entend. Pour eux ce serait pain béni : l'affreux lobby du gros rouge qui tache se rebiffe, c'est donc que nous avons touché le point sensible argueraient-ils. Laissons-les s'agiter, s'enfoncer dans leur inefficacité chronique, dénonçons-là chiffres et arguments en mains, montrons sans démonstrativité excessive - qui veut trop prouver ne convainct pas - que notre produit, le vin, est un produit d'initiation sociale, un lien entre les hommes, un facteur de convialité irremplaçable, un produit alcoolisé certes, donc présentant des risques, un produit qui de part le monde est considéré comme l'emblème du bien vivre à la française. C'est tout de même mieux, monsieur le professeur, que de détenir le ruban bleu de la consommation mondiale de tranquilisants ou autres anti-dépresseurs.

Ce matin, j'ouvre ma fenêtre de liberté sur ce sujet qui devrait nous unir gens du vin. Et si nous lancions dans notre beau pays " les assises de la convivialité " ç'a aurait une autre gueule que nos débats circulaires, nos sempiternelles jérémiades, nos anamathèmes et nos jargonages d'experts qui réjouissent tant les éminents professeurs grands défenseurs du sanitairement correct...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

dominique 24/10/2006 21:19

Si le vin comme dit Pivot "donne de l'élan à la conversation" je ne doute pas que notre ami Berthomeau (que je n'ai jamais rencontré, mais lis) ai dégusté un verre d'un superbe vin français (je ne connais pas ses préfèrences que je suppose larges) avant de rédiger ce magnifique pamphlet. Bravo, je fais suivre. Et à défaut de pouvoir agir, moi aussi je me suis exprimé (courrier des lecteurs de La Vie de cette semaine) osant plagier notre ami en rappelant que "vivre tue" et m'insurgeant contre la réduction de nos libertés individuelles. Je soulignais aussi le silence assourdissant des associations de "défense des droits de l'homme", de mème que la réduction des budgets des associations de prévention. Or pour éviter que la consommation d'un produit ne se transforme en addiction il faut la rencontre de ces gens de terrain qui savent écouter la souffrance qui se cache (H.Chabalier a perdu un enfant et n'en avait pas fait le deuil, cf son livre).Alors, à la VIE? santé !

Laetitia Gardent 23/10/2006 10:49

Certes, c’est une bien belle idée que ces Assises de la convivialité.
Nez en moins, mon cher Jacques, imaginez un peu que la filière en arrive à accepter un tel évènement plutôt que, par exemple, de verser 0.07 €/hL à la monumentale vacuité communicante de « Vinplissime »…
Imaginez alors quelle forme elles prendraient, vos assises !
Pensez seulement qu’on ne fait pas d’assise sans tribune (ni sans Comité de Pilotage, mais passons), et qui dit tribune dit Tribune Présidentielle.
A cette Tribune donc, la Fédération des Caves Coop réclamerait une place bien légitime pour son Président. Les VIF obtiendraient donc une place pour le leur, afin d’éviter les dissensions entre familles. Et n’oublions pas le négoce, avec au moins un représentant, si ce n’est deux pour équilibrer. J’ai oublié de préciser que les payeurs (CNIV, Anivit…) seront nécessairement à la tribune. Et encore, chaque interprofession réclamerait un fauteuil, et on pourrait voir émerger l’AGPV ainsi que toutes les organisations qui y sont représentées (Cnaoc…).
En outre, les grandes institutions devront être présentes, hein, on ne peut pas passer outre. Rien qu’avec Viniflhor, qui est sensé avoir le pognon, et l’Inao, qui cherche à sauver sa peau, ça fait deux présidents et deux directeurs de plus à faire passer à la tribune.
Vous n’imaginez pas non plus qu’on se passe de nos relais démocratiques, ce serait pure folie : allez, deux rasades d’Anev, quelques sénateurs, une poignée de députés, une pincée de haut fonctionnaires et, mirâââcle, le haut patronage du Ministre, voire du Premier Ministre… voire de M. le champion du monde de la visite du Salon de l’Agriculture.
J’oubliais : versons 400 000 € à Gégé le Comédien-Businesman-vigneron, pour qu’il fasse un petit discours devant les caméras.
Après, il faudra faire une (petite) place aux parties prenantes et aux gens qui bossent sur le terrain : Vin & Santé, UFC Que Choisir, Prévention Routière, Union des Métiers de l’Industrie Hôtelière, UDSF, Slow Food… et j’en passe.
Enfin, puisqu’il s’agit de l’Avenir de la filière, nous verrons poindre les J.A. en force (2 fauteuils) et on peut espérer que ça s’arrêtera la, que la Fnsea, la Conf et consorts se plaindront dans l’ombre de ne pas avoir de place...

 

D’ailleurs, Sève et la Conf pourraient imaginer toutes affaires cessantes des assises « off », celles-ci étant déjà bouffées aux mites par notre ribambelle nationale de glorieux sénescents et de vénérables cacochymes. Ça aurait lieu dans un petit coin sympa plutôt qu’au Palais du Luxembourg. Et puis elles inviteraient Berthomeau à causer dans le micro, mais ils n’y aurait, sur le fond, que des convaincus à prêcher. Alors, bon…

 

Bref, il y a de l’idée dans ces assises, mais faut encore bosser le concept et surtout pas en confiant cela à Séguéla (je sais, en prenant Séguéla pour exemple, de donne mon âge… c’est pour cela que j’ai pas fais référence à Bleustein Blanchet).
Allez, courage, gens du vin !

pphilippe 23/10/2006 10:42

" les assises de la convivialité " je veux voir ça et y être ;-)

DULAU 23/10/2006 10:24

Deux poids deux mesures.
D'un côté les politiques surfant sur la vague sécuritaire à tendance individualiste qui anime notre société en pleine crise de nombrilisme.
Dénonciation nécessaire que personne ne contestera de toutes les drogues possibles, alcool, cigarette...
De l'autre les mêmes donneurs de leçon qui "gère" la plus grosse entreprise d'addiction Française : la Française des jeux !
Ah la Française des Jeux ! Quel pied ! Un formule juteuse qui en plus présente l'intérêt de lobotomiser les masses. Panem e circencem !
Comment ces tenanciers de casinos peuvent ils penser être crédibles en étant si vulgaires dans leur position sur l'alcoolisme ?
Faut-t-il qu'ils nous prennent pour des cons tout de même !
Et si on leur montrer à force de blog et autres podcast que l'on est pas si cons ?
Et si la révolution numérique servait celle des idées ?
 

Thomas 23/10/2006 10:19

Vous avez mille fois raisons. La persécution dont le monde du vin s'estime victime est fatiguante. Et surtout elle donne une image poujadiste des professions viticoles. Les vignerons devraient prendre des initiatives qui les placent à l'avant-garde de l'action pour une consommation raisonnée. En humaniste on ne peu que partager l'action des pouvoirs publicc contre la conduite en état alcoolique.

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