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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 02:43

La vie n’est jamais un long fleuve tranquille surtout lorsque vous confiez vos intérêts à un hébergeur sans visage qui tient votre diffusion entre ses mains sans avoir à vous rendre des comptes. C’est gratuit ! Sauf qu’overblog, mon hébergeur, s’est bâti et développé grâce aux ouvriers de la première heure dont je suis. Avec eux c’est pire que le 22 à Asnières : aucun SAV en ligne, c’est ainsi que l’on bidouille nos serveurs, que l’on se justifie à postériori avec des arguments du même tonneau que ceux qui nous sont délivrés dans les aéroports et les gares pour justifier les retards. Bref, depuis dimanche plus aucun message ne part de mon administration, comme d’ailleurs de celle de tous les hébergés d’overblog qui ont des abonnés. Par bonheur, les chroniques se mettent en ligne en temps et en heure et vous pouvez y avoir accès en direct en allant sur www.berthomeau.com . Cependant pour votre confort je fais une tentative nocturne pour que vous puissiez avoir accès aux chroniques qui ne sont pas arrivées jusqu’à vous à l’heure du petit déjeuner.


Si ça fonctionne, bonne lecture et à bientôt sur mes lignes en espérant qu’overblog se ressaisisse sinon je changerai de crèmerie.


1- Paolo Conte : l’idole d’un de mes Ministres est en concert à Paris ce mois-ci link 

 

2 - CHAP 9 : Brigate Rosse, mes années de plomb en Italie, Berlusconi disposait d’un allié en la personne de Bettino Craxi Président du Conseil et Vice-Président de l’Internationale Socialistelink

 

3- Le vin de Claire !link

 

4 - Le Vinjoli à capsule verte : un vin nature qui pète link

 

5 - 1ières Rencontres des Cépages Modestes à Saint Côme d’Olt Aveyron : le plaidoyer de Robert Plageoles la protection des cépages et le retour aux variétés originelles sans greffage link

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 00:09

Je pensais pouvoir me rendre aux Premières Rencontres des Cépages Modestes qui se sont déroulées les 29 et 30 octobre à Saint Côme d’Olt  en Aveyron mais je n’ai pu le faire pour cause de surrégime. Me reposer un peu fait aussi parti de ce je dois faire. Mon absence était largement compensée par celle de Michel Grisard fidèle lecteur et président du Centre d'Ampélographie Alpine Pierre Galet de Montmélian. Il a beaucoup regretté de ne pas y avoir croisé Sylvie Cadio,  pourtant annoncée, mais il m’a fait un petit compte-rendu et surtout signalé l’intervention de Robert Plageoles www.vins-plageoles.com qui a plaidé, avec son brio habituel, pour que soient menés les « deux combats conjugués de la protection des cépages et le retour aux variétés originelles sans greffage sont essentiels à la survie de la viticulture ancestrale. » Avec l’autorisation de Robert Plageoles je vous la propose chers lecteurs. Merci à lui et bonne lecture. 1233_image3.jpg

                                          photo du site winetourismfrance.com  

« Il y a 25 ans quand dans mes conférences, je prononçais le mot « ampélographie », les yeux des auditeurs s'écarquillaient, signe d'interrogation sur la compréhension du mot ! L'ampélographie : qu'es aco ?

Pierre Galet est né dedans, et je pense à lui lorsque je prononce ce terme on ne peut plus viticole, mais hélas parfaitement ignoré de beaucoup de vignerons, de spécialistes supposés de la vigne et du vin, et surtout des médias !

Ce terme trop difficile pour l'auditeur non averti ne doit pas être utilisé trop souvent, au dire des censeurs de la communication audiovisuelle : c'est trop compliqué ! Alors on se contente de parler du vin - surtout des cépages avec parcimonie, quelquefois du vigneron  et presque jamais de l’ampélographie.

 

Et pourtant…

 

J'ai une pensée pleine de condescendance pour les vedettes des revues et médias, vantant les mérites des vins prestigieux, gloires de notre monde moderne.

 

J'ai une pensée pleine de tristesse pour leur ignorance totale des héros de ces merveilles : les cépages.

 

En effet quel intérêt y a-t-il de savoir que le merlot, cépage Bordelais mondialisé, était considéré avant le 19ème siècle comme un cépage secondaire nommé « crabutet noir » ? Aucun assurément. Il occupe actuellement la 7ème place au classement des cépages dans le monde, couvre 75 régions ou pays différents, soit 200.000 ha !

 

Mais la région Bordelaise a avalé le champion sans états d'âme et seulement magnifié le résultat !

 

La culture du bénéfice financier compte d'avantage que le savoir culturel !

 

Et que dire du pinot « vulgarisé » à l'extrême. Il est cultivé dans près de 150 régions ou pays différents à hauteur de 60 000 ha.

 

Que fait-on des 39 différentes variantes du Pinot dans notre monde viticole ? Sont-elles connues des vignerons ? Que reste-il de leurs valeurs ?

 

L'oubli a bien œuvré, la focalisation sur le vin issu du pinot générique a fait le reste.

 

Il y a quelques années, quand je demandais à certains journalistes parisiens de parler davantage des vins de Gaillac, la réponse était simple : « c'est un vignoble peu connu »

 

Et quand j'insistais sur les cépages millénaires, la réponse était pire : « personne ne les connait ».

 

C'est le chien qui se mord la queue : on ne parle que de ce que l'on connait ! Ce qui ferme définitivement la porte à ce que l'on ne connait pas !

 

La culture à l'envers…

 

Petit à petit les choses changent.

 

Sous la pression de la mondialisation, les réactions de sauvegarde se font plus précises.

 

Quand je suis rentré à Vassal en 1982 grâce à Boursicaut de l'ENSAM de Montpellier, j'ai eu l'impression d'être le premier demandeur de cépages dans le temple de l'ampélographie. Le volume actuel de demandeurs a explosé, les vignerons ne veulent pas mourir écrasés par l'uniformité.

 

Les vignerons, grâce à un juste retour de mémoire, tentent de sauver ce patrimoine fantastique des cépages mis à notre disposition au domaine de Vassal à Marseillan, mais aussi dans tous les conservatoires régionaux qui se sont créés.

 

La réaction est en marche, nos collègues italiens ne sont pas en reste. Lors d'une conférence à Florence, j'ai pu constater qu'ils étaient beaucoup plus actifs que nous, témoin Mastroberardino, vigneron célèbre qui a planté les 11 cépages antiques de Pompei, in situ, dans les mêmes parcelles d'avant la destruction volcanique de la ville !

 

L'Espagne n'est pas en reste.

 

L'Ukraine avec ses domaines autour de la mer Noire, perpétue la protection des cépages locaux, comme son voisin la Géorgie avec les 500 cépages toujours utilisés... et ses techniques de vinification comme les vins Kakheti.

 

N’oublions pas le conservatoire ampélographique de Magaratch en Crimée. Avant l’éclatement de l’URSS, il était le plus important conservatoire du monde.

 

Vassal a relevé le défi. Profitons-en ! D’autant que le conservatoire ayant aiguisé des appétits immobiliers, il a failli disparaitre. Devant les attaques par voie de presse de quelques vignerons défenseurs d’un exceptionnel patrimoine mondial, l’heureux propriétaire des 25 hectares du conservatoire (un champenois) a reculé et revu ses ambitions destructrices.

 

A nous maintenant, avec l’lNRA de Montpellier, de jouer et de perpétuer cette collection unique mise en place depuis plus de cinquante ans, grâce notamment aux travaux de Pierre Galet !

 

Galet, l’homme providentiel déjà reconnu mondialement, ne sera jamais assez remercié pour tout ce qu’il a fait et qu’il fait encore pour cette science presque oubliée des modernes : l’ampélographie.

 

Et cet homme exceptionnel, révélateur des efforts et essais des vignerons de notre « vieux monde », depuis plus de 10.000 ans, mérite non seulement le respect dû à un savant, mais rend absolument indispensable la lutte que nous devons mener contre l’oubli de milliers de cépages.

 

Restons vigilants contre les tentatives de nos élites technocratiques tentées de normaliser ce que l’homme a créé !

 

Soyons respectueux de toutes ces créations, de toutes ces merveilles variétales, et protégeons ces acquis dus à l’intelligence et à la patience des hommes.

 

Je l’ai écrit, dit et proclamé de nombreuses fois : « ll n’y a pas de mauvais cépages, il n’y a que de mauvais vignerons ».

 

Toutes ces identités créées par l’homme enrichissent notre patrimoine viticole et en même

temps notre patrimoine culturel.

 

Nous devons, comme les « compagnons du devoir » dans d’autres disciplines, protéger les acquis de nos ancêtres.

 

Demain sera difficile. La mondialisation se précise. Celle des cépages aussi.

 

Difficile de ne pas penser à la Chine, marché viticole de demain. Quelques chiffres :

- en 2000, Production : 2 millions d’hectolitres

- en 2005, Production : 5 millions d’hectolitres

- pour 2020, Production prévue : 25 millions d’hectolitres.

 

Dans une production mondiale de 280 millions d’hectolitres, la Chine en 2020 atteindra presque 10 % de cette production !

 

L’Inde arrive elle aussi, à toute allure, dans cette compétition mondiale ! De quoi donner le vertige a l’Europe !

 

Dans cette évolution se glissent dangereusement les cépages principaux des régions les plus réputées de France.

 

Cette mondialisation des cépages, dans ces puissances économiques que sont la Chine - et l’Inde bientôt - représente un danger mortel pour notre ampélographie traditionnelle.

 

ll nous reste heureusement de nombreuses variétés solides et de qualité exceptionnelle pour lutter contre cette vulgarisation des gouts et des saveurs.

 

Nos originalités régionales y pourvoiront sans complexes et sans difficultés. La vieille Europe (au sens large du terme) a une multitude de ressources et beaucoup d’imagination.

 

Je ne voudrai pas terminer mon exposé sans dire un mot sur le plus grand drame viticole de la planète : le phylloxera !

 

En trois phrases :

- il a tué la mémoire mondiale des cépages,

- il a, par le greffage sur plants américains pour le combattre, dénaturé l’identité des cépages originels :

- il faut, le plus vite possible, revenir à l’origine de la vigne avant le phylloxéra.

 

C’est l’héritage que nous devons laisser aux jeunes générations de vignerons.

 

Dès l’apparition de la maladie, les hommes ont œuvré pour résister aux attaques du phylloxéra. Dans de nombreuses régions viticoles vers les années 1890-95 des expériences de lutte chimique avaient démontré que l’on pouvait combattre l’insecte.

 

Malheureusement, la formule de greffage a stoppé les recherches.

 

Tous ceux ou celles qui ont eu le bonheur de goûter des vins issus de vignes pré-phylloxériques ont pu constater l’écart de qualité et d’originalité avec les vins issus des vignes greffées.

 

Rien n’est impossible : les deux combats conjugués de la protection des cépages et le retour aux variétés originelles sans greffage sont essentiels à la survie de la viticulture ancestrale.

 

Ceux qui doutent sont condamnés, à plus ou moins long terme, à subir la loi de la technologie galopante de la vinification et l’uniformisation des vins de la planète, et en complément la disparition des vignerons amoureux de leur métier. »

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 00:09

68027559.jpgJe cherchais un titre qui sonne clair comme celui du film de Rohmer et ce fut le commentaire de Jules qui leva le mystère : ce serait le vin de Claire. Ce singulier est le fruit d’une première rencontre avec ce vin de Claire en 2008. J’écrivais alors : « Avec notre salade de mâche, la pintade, les fromages et la tarte, nous buvons – j’ai bien écrit buvons et non dégustons, nous sommes à table, pas en représentation - justement un Hautes-Côtes de Beaune (orchis masculata) Vin élégant, raffiné même, qui vous caresse la bouche, lui donne un goût de fruit discret et léger mais persistant comme lorsque vous allez vous-même cueillir une baie aux premières lueurs de l’aurore et que vous la croquez. Sans doute que je vais mal l’exprimer mais ce fruit on le sent nature, il s’exprime dans sa fraîcheur sans les artifices d’une extraction violente. »  

 

Sans aucune intention militante – d’ailleurs la qualification de nature n’était pas encore dans la tendance – je venais de mettre en avant un mot qui fâchait. Ce vin que j’aimais, que je buvais avec délice, n’était pas très en odeur de sainteté auprès des grands maîtres de la typicité. Orchis masculata c’était le vilain petit canard noir de la couvée. Pas d’orchidée pour Miss Naudin en parodiant un des rois du roman noir. Aujourd’hui je plaisante mais en ce temps-là les choses n’étaient guère plaisantes car ces messieurs du collège des agréeurs, qui n’admettaient aucune déviation par rapport au « vin type », ou du moins à l’idée qu’ils s’en faisaient, tenaient le destin de ce vin au bout de leur bulletin.

 

Mais qu’avait-il donc ce vin ? Quelle était son histoire ? Quel était son terroir ?  Voilà ce qu’écrivait Claire en 2008 :

 

« A la base, il y a une petite vigne plantée en cépage aligoté, en 1902, donc par mon arrière-grand-père. Depuis plusieurs années, je rêvais d’en vinifier le raisin séparément, et d’une façon bien particulière, de le presser en raisin entier, sans apport de sulfites. Je voulais le travailler comme mes ancêtres… J’avais l’impression que cela m’apprendrait beaucoup, une intuition très forte, qui s'imposait à moi…

 

En 2007, année pourtant un peu difficile d’un point de vue météorologique, je me sens prête, je me lance. La vendange est rentrée à 11°2 d’alcool potentiel naturel, et là mon intuition me dit de ne pas y toucher : non seulement il n’y aura pas de sulfites, mais pas non plus de sucre ajouté, ni bien sûr de levures, d’enzymes, de bentonite (argile qui sert à clarifier le vin)…

 

Rien que du raisin !  Et tout se passe bien... J’envisage donc assez vite une mise en bouteille sans filtration, par gravité, avec juste un petit apport de sulfites afin de stabiliser le vin et de lui permettre de voyager un peu, si besoin !

 

Á la dégustation il ne ressemble pas vraiment à l’appellation qui devrait lui correspondre : plus aromatique, plus complexe, avec des nuances inhabituelles... En outre, sa vinification particulière fait qu’il n’est pas tout à fait «dans le schéma type », qui vient d’être redéfini par la réforme de l’agrément.  En effet, après questions aux organismes responsables, il apparaît :

 

Qu’il est de bon ton de filtrer les vins (en tous cas un dépôt, même naturel, même s’il n’est aucunement amer ni désagréable au goût, est considéré comme un défaut)…

 

Qu’il est bien vu de sulfiter les vins à des niveaux élevés (même si la loi fixe des valeurs maximums, non pas des valeurs planchers)… Par exemple, là où je me contente de 50 mg par litre de dioxyde de soufre, certains exigent plus de 100 mg/l…

 

Qu’il n’est pas prévu une expression aromatique aussi exubérante, même si elle est le fait d’un terroir, d’un raisin issu d’une très vieille vigne, d’une vinification peu interventionniste, c'est-à-dire de facteurs inhérents à l’appellation…. »

 

Que des choses qui fâchaient les agréeurs mais est-ce proférer des gros mots que :

 

-          d’affirmer qu’un « grand vin, d’où qu’il vienne, se construit 365 jours par an, des vignes à la mise en bouteille, grâce au travail persévérant de toute une équipe, motivée par un objectif commun : aller au bout des choses, oser croire au potentiel de ce vin, et oser se donner les moyens de l’exprimer. » ;

-         de souligner que « c’est sans doute la grande chance de la Bourgogne : le vigneron ici, commence bien souvent par travailler sa vigne lui-même (avec parfois ses ouvriers). Les heures de labeur manuel sont aussi des heures de réflexion. Le contact avec la terre et la plante est source d’intuition à qui veut bien se laisser faire pour ressentir cela. Utilisée en vinification, relevée de toutes sortes d’observations (inévitables lorsque l’on travaille la vigne), accompagnée de quelques résultats d’analyses, cette intuition permet au vinificateur-vigneron d’adapter encore mieux les opérations de vinification à chaque millésime, à chaque lot de raisin, donc à chaque matière première. »

 

Moi je ne trouve pas. Qu’on ne vienne pas me jouer l’air du passéisme, du retour à…Tous ceux qui nous bassinent avec le terroir et qui le traitent, parfois le maltraitent, avec des recettes toutes faites, importées, imposées, me semblent bien plus éloignés de la modernité que ceux qui, comme Claire, sont  attentifs, précautionneux, pour tenter de « tirer le meilleur parti du potentiel intrinsèque de chaque lot de raisin ». Que ça plaise ou non aux tenants des solutions clés en mains, ces gestes, sont le fondement même du métier de vigneron lorsqu’il se fait artisan. Ils sont ce que fait la main après observation, réflexion, tâtonnements, hésitations pour aller, comme le dit Claire, « au bout de l’expression de nos terroirs, dans leur diversité, leurs richesses. »

 

Septembre 2008, c’était le temps des interrogations, des crispations, du doute parfois face à l’adversité, de l’espoir aussi car ces cuvées, vinifiées d’une façon bien particulière… les clients étaient nombreux à s’en dire satisfaits. Alors Claire s’accrochait car ces cuvées lui faisaient aimer plus encore son métier car elles exigeaient d’elle une immense rigueur technique, tant aux vignes qu’en cave, et elles lui  procuraient un immense plaisir des sens : complexité, saveur, émotion, »  Alors dans cette complétude Claire rêvait « d’AOC où cohabiteraient des vins aux multiples faciès, pour votre plus grande satisfaction. » ; elle bataillait «  J’ai passé des heures et des heures en réunions, pour défendre ce point de vue. « ; elle craignait « de ne pas faire le poids… »

Palace-0470.jpg 

Novembre 2011, trois années se sont écoulées et me voilà inclus dans une petite troupe, un caviste client et ses proches, qui suit Claire armée de sa pipette. Nous goûtons les 2011 :

Hautes Côte de Beaune Orchis

 Haute Côte de Nuits Myosotis arvensis

Côte de Nuits Villages Viola odorata  

 

Pour les notes des cuvées link

93278.jpg

Je me concentre sur ma dégustation tout en écoutant Claire parler de ses « enfants » comme une mère qui a trouvé avec eux qui, sans être turbulents, ne sont pas forcément toujours très sages, une harmonie, un équilibre, une façon de faire qui leur convient. En effet, ne pas être interventionniste est tout le contraire de se désintéresser de ce qui se passe,  ça exige de redoubler d’attention, de présence, de précision. Moi, qui ne suis pas vigneron, mais qui suis père, je sais d’expérience que cette liberté n’est pas un facile laisser-faire mais la capacité d’être à la fois doux et ferme. Certains d’entre vous vont sans doute  sourire, me railler même, en me taxant de littérateur, d’assembleur de mots et que la dégustation c’est bien autre chose que cette approche sensible. Qu’en savez-vous ? En effet, à l’instant où j’écris ces lignes, du temps s’est écoulé depuis  ma dégustation des vins de Claire et je l’ai intériorisée. En clair, si le vin de Claire – je maintiens volontairement le singulier – ne m’avait pas de nouveau séduit, comblé, je ne serais pas en train d’écrire ce que je vous venez de lire. Si je croisais de nouveau l’un des vins à petite fleur de Claire, non pas à l’aveugle mais dans un verre servi sans que je vois l’étiquette du flacon, je le reconnaîtrais. Prétentieux peut-être mais il n’empêche que ce fut le cas l’autre soir avec un verre de Chablis d’Olivier de Moor. Un vin à forte personnalité à une forte identité que ma mémoire sensorielle, comme ma mémoire tout court, reconnaît avec une plus grande facilité.

 

Ainsi va la vie d’un petit chroniqueur, ses vrais petits bonheurs il les trouve ainsi au détour de ses rencontres, de ses retrouvailles, des liens créés sur son espace de liberté. La vraie vie quoi ! « Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes... » c’est ma raison sociale et je n’ai pas l’intention d’en changer…

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 00:09

Bordeaux-Bourgogne, la grande guerre du vin français : Bordeaux ou Bourgogne? Puissance ou élégance? Les deux régions attisent les passions. Mike Steinberger*  link écrivait dans une chronique « un aficionado anonyme (cité dans le livre de Jean-Robert Pitte, «Bordeaux-Bourgogne. Les passions rivales»; Hachette Littératures) résume parfaitement les choses: «Le Bordeaux fait pisser, le Bourgogne fait bander». On ne saurait mieux dire. Mais ma passion pour le Bourgogne n'est pas qu'une affaire de goût (ou de sexe): c'est aussi une question d'idéal. Le Bourgogne et sa culture agricole sans prétention représente tout ce que j'attends du vin; le Bordeaux — plus que jamais le monde de l'entreprise, du marketing et du luxe clinquant - représente tout ce que je refuse qu'il devienne. En Bourgogne, le vin reste le vin; dans le Bordelais, le vin n'est plus qu'un chiffre. »

 

Comme vous vous en doutez je ne vais pas à mon tour sucer la roue de l’immense Pr Pitte en enfourchant une haridelle ou tomber dans la facilité. Ce n’est pas mon genre de beauté. Donc, avec l’esprit d’escalier qui me caractérise  ce matin je prends tout ce beau monde à contrepied en vous mettant au parfum de la guerre qui a opposé les vins de Bourgogne et de Champagne et ainsi amorcer deux chroniques où une plume talentueuse vous contera ses voyages en Champagne et à Bordeaux. Vous n’y comprenez goutte ! Peu importe, lisez et savourez !

 

* chronique berthomesque  link

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 14:10

Corbières 008N’étant ni riche ni célèbre, donc pas justiciable des pinces-fesses exotiques pour gogos pleins d’euros, je suis allé faire le beau dans les Corbières à l’invitation d’une fidèle lectrice Nadine Franjus-Adenis. Voici 13 petites esquisses que m’a inspiré l’Université de la Vigne et du Vin de Ferrals-les- Corbières.

composition-accueil.jpg

1-      La géographie physique : « En aval d’Axat, la rive droite de l’Aude est accidentée par les Corbières, chaînes formées de terrains d’âge très divers, fortement plissés, depuis des schistes siluriens jusqu’à des grès éocènes. C’est « un fragment du Massif ancien de la France centrale, englobé plus tard dans la zone des plissement pyrénéens. »

Malgré ses faibles altitudes, les Corbières sont malaisées à franchir. Leurs pentes dénudées, leurs sommets brulés par le soleil, couverts de pierres blanchâtres, s’interposent entre le Bas-Languedoc et le Roussillon, et les communications sont rares entre ces deux pays ; elles se limitent presque exclusivement au littoral, où passent la route et le chemin de fer. »

Vidal de La Blache 1909

 

2-     La géographie humaine : « L’expression de pays a cela de caractéristique qu’elle s’applique aux habitants presque autant qu’au sol. Quand nous avons cherché à pénétrer dans la signification de des termes, nous avons vu qu’ils expriment, non pas une simple particularité, mais un ensemble de caractères, tirés à la fois du sol, des eaux, des cultures, des modes d’habitation. Voilà donc, saisi sur le vif, cet enchaînement de rapports partant du sol et aboutissant jusqu’à l’homme.

 

3-     Histoire de la vigne : dédié à Jacky Rigaux le Bourguignon découvrant les Corbières « C’est à l’époque classique que débute véritablement l’histoire du vignoble languedocien, à commencer par les Grecs qui s’installent et plantent la vigne à l’embouchure de l’Hérault, autour d’Agde, au Ve siècle avant JC (…) Les Romains prennent le relais des Grecs trois siècles plus tard, en y créant une province en 118 avant J.-C., axée autour du port de Narbonne. Dans cette province narbonnaise, la production viticole rencontre tellement de succès qu’elle fait vite concurrence aux vins de la péninsule italienne, au point qu’une bonne partie des vignes y sont arrachées sur l’ordre de l’empereur Domitien en 92 après J.-C.

Lorsque la viticulture est établie dans toute la Gaule par l’empereur Probus en l’an 276, le Languedoc reprend sa place privilégiée dans le paysage viticole français, qu’il ne cesse de conforter. Après l’introduction du chasselas, du muscat, et du carignan venu d’Espagne, ce sont les croisés qui enrichissent la gamme des cépages languedociens avec des variétés rapportées du Proche-Orient, que les monastères sont prompts à expérimenter et à exploiter.

A  partir du VIIe siècle, bien avant les premières croisades, ce sont les moines qui ont pris le contrôle du vignoble. Leur implantation est principalement l’œuvre de Saint Benoît d’Aniane (750-821) qui développe et réforme l’ordre des bénédictins en Gaule, puis dans l’Europe entière, sous le règne de Charlemagne et de Louis le Pieux.

Spectaculaires sont l’ascension et l’œuvre de ce guerrier devenu moine, qui commence sa carrière comme œnologue en quelque sorte, puisqu’il est échanson à la cour de Charlemagne, chargé de goûter et de servir le vin, avant de se retirer dans les ordres pour servir Dieu. Il rentre à l’abbaye de Saint-Seine en Bourgogne où son ascétisme fait figure d’exemple. Cellérier – c’est-à-dire économe – de son établissement, il irrite plus d’un moine, car aux dires de son biographe Ardo : « comme il ne leur fournissait pas de vin à volonté, plusieurs le regardaient de travers. »

 

à suivre dans « Terre de Vignes » Charles Frankel au Seuil.

 

4-     « Un américain dans les vignes de Corbières » Des Ligneris n’en venait pas moins y acheter des terres sélectionnées : ce qui l’intéressait en particulier, c’était ce qu’il appelait son « terroir d’exception ». Il avait réussi à déniche les meilleurs terrains du plateau des Corbières. Les vignerons du Vieux Monde respectaient cette maxime « Terre pauvre, grand vin ». Si les terres riches de la plaine étaient bonnes à quelque chose, c’était à produire du raisin en quantité ; mais les vignes rares se trouvaient sur les terres hautes, sur ces coteaux et plateaux bien exposés où le cep plongeait profond ses racines pour puiser l’eau et ses minéraux. »

« - Voilà ! s’exclama Des Ligneris d’un ton catégorique. Parlez-moi de culture bio. Ici, les voisins ne déversent pas de produits chimiques sur leurs terres. Pour une bonne raison : des voisins, il n’y en pas. Ici, les voisins, c’est le ciel et la garrigue.

       Robert Camuto au café du théâtre de Fabrezan dans « Un américain dans les vignes » chez Michel Lafond

 

5-     Les « 4 discours » des élus : souvenir du dernier Congrès d’Antoine Verdale de la CNCV à Carcassonne où, l’inénarrable Jacques Blanc, alors président de la région, occupa longuement le temps de paroles, rien que pour m’emmerder, sauf que les impératifs horaires de mon avion m’empêchèrent de prononcer le discours attendu par les congressistes, d’où leur ire contre le dit Président…Corbieres-006.JPG6-     « Le Lion des Corbières » Jean Vialade « L’existence de Jean a souvent ressemblé à la crue de ces masses d’eau écumante capables de tout emporter sur leur passage pour accomplir leur destin ? Destin de rivière (l’Orbieu) ou d’homme : de la source à l’océan, c’est presque la même chose. Et le flot des passions de celui que l’on a surnommé le « Lion des Corbières » n’a-t-il pas menacé maintes fois de déborder, au temps du CAV ? L’hérédité veillait, avec le sens de la mesure des paysans aranais et catalans desquels il est issu.

Le bio (en 1985) nous a pris à une époque où tout le monde était dans l’agriculture à outrance. Ils préparaient la vache folle. Avec d’autres, nous anticipions sur le besoin de retour au naturel. Dans la Corbière (il nomme son pays au singulier), nous n’avions pas d’autre solution. »

 

« Guerriers du vin une saga occitane » JP Juge Loubatières

 

7-     Michel White-Smith : seul anglicisme toléré à l’Université de la Vigne et du Vin par Nadine Franjus-Adenis. Normal, il est si Français !

 

8-    Pascal Frissant : quand on est Coupe-Roses, et qu’on est en plus un château pas étonnant que le Rocard, qu’aimait pas trop le locataire de l’autre Château, coupât les vivres à une feuille révolutionnaire.

 

9-     Accord Mets-Vins : peu très nettement mieux faire. J’aurais aimé qu’on me laissât la liberté d’aller me mêler au peuple des vignerons. Les tables officielles j’ai beaucoup donné.

 

10- « Volem dire al païs » : content de revoir sur la toile Philippe Vergne qui a tant aimé Cap 2010.

 

11-  Face de Bouc : j’y suis mais Dieu que les consultants sont gonflants ! « D'accord!» slide suivant...

 

12- Table ronde : il y avait une très jolie femme au premier rang et j’ai beaucoup regretté de devoir quitter si tôt, et la table ronde, et Ferrals-les-Corbières pour rejoindre la gare de Narbonne… mais je reviendrai pour aller à la rencontre des vignerons chez eux…

 

13- Merci à vous Nadine Franjus-Adenis de m’avoir invité… ce fut une belle journée avec un public nombreux, chaleureux, il ne vous reste plus qu’à recommencer l’année prochaine. Je compte sur vous pour les annales de cette session de l’Université de la vigne et du vin de Ferrals-en-Corbières.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 00:09

Comme prévu voici un extrait de l’excellent ouvrage d’Eugen Weber « La fin des terroirs » chez Pluriel dont je vous parlais hier. Il concerne le vin. Prenez le temps de le lire car il évoque un temps pas si lointain : la fin du XIXe siècle qui permet de mieux comprendre l’ouverture de la séquence que je qualifierais « du gros rouge national », la fameuse « boisson totem »  de Roland Barthes dans Mythologies qui après son apogée entre les deux guerres entamera son déclin au détour des années 70 pour sombrer lentement jusqu’à la fin du XXe siècle. L’irruption des vins de cépages de grand volume ne sera qu’une pure substitution dans un autre univers. Bonne lecture !

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« Il reste à examiner un autre symbole du changement : le vin. Une fête sans lui serait incomplète ; et le vin, tout comme la viande, fut pour les paysans l’un des fruits de la modernisation, un don de la Troisième République. Quand Adolphe Blanqui effectua son enquête en 1850, les trois cinquième de la population n’en consommaient pas. On se plaignait certes beaucoup de l’ivrognerie, mais il s’agissait d’eau-de-vie, non de vin. Très bon marché, l’alcool distillé localement était un produit des mauvaises conditions de transport ; on en but moins dès que les communications s’améliorèrent. Il y avait une autre source d’ivrognerie : le manque de familiarité avec les liquides que l’on ingurgitait. Les Bretons, par exemple, acquirent très tôt dans toute la France la réputation d’alcooliques abrutis. Mais les observateurs impartiaux attribuaient leur penchant pour l’ivresse, moins aux quantités qu’ils pouvaient boire qu’à leur inexpérience. Les paysans bretons, observe Olivier Perrin en 1835, buvaient chez eux presque toujours de l’eau ; même quand ils avaient du cidre, ils le gardaient pour la vente et n’en buvaient eux-mêmes qu’en de très rare occasions. Si bien qu’un pèlerinage ou un voyage en ville constituaient inévitablement une source de troubles. Maxime le Camp a confirmé cette observation : il déplorait que les hommes qui avaient bu fussent incapables de se conduire correctement pendant un pèlerinage auquel il s’était rendu. De fait, tout indique que dans les années 1860, la plupart des paysans buvaient fort peu de vin, ou pas du tout. Dans la Nièvre, ils en prenaient peut-être deux fois par an, au carnaval et à la fin de la moisson. Il en allait de même dans le Sud-Ouest, où, dans les années 1850, le vin était un luxe, un produit rare et « hautement prisé par les paysans comme une boisson de choix ». Selon ce qu’ils pouvaient se procurer, les paysans buvaient de la « piquette », faite avec de l’eau versée sur les peaux des raisins que ceux-ci étaient pressés ; du cidre, généralement mauvais, surtout quand il était préparé avec les mêmes pressoirs que ceux utilisés pour l’huile ; du cidre de poire ; des boissons fermentées à base de cerises ou de baies ; et, plus rarement, de la bière, laquelle restait une boisson bourgeoise. Et naturellement de l’eau.

La consommation abondante et habituelle de l’alcool était limitées aux régions quoi manquaient de commodité de transport, et où les tonneaux, peu nombreux, devaient être vidés avant d’être à nouveau remplis avec le produit d’une nouvelle récolte. Comme nous l’avons vu, le manque de communication pesait également lourdement sur la production de l’alcool de vin ou de pomme, mais même dans ce cas (comme avec le calvados du pays d’Auge), l’ « eau de feu » était réservée aux fêtes – en tout cas jusqu’à la fin du siècle. Pour la même raison, la majeure partie du vin produit dans certaines régions, comme à Argenteuil (Val d’Oise), était consommée localement. Il ne restait cependant accessible qu’à un petit nombre. Comme le rapportait en 1861 le commissaire de police de Bessines (Haute-Vienne) : »Peu d’habitués, parce que les boissons sont chères. »

Leur prix était encore augmenté par les taxes imposées par les autorités, qui voyaient d’un œil très sévère la consommation d’alcool, particulièrement dans les lieux publics. Le débit de boissons du village – une maison comme les autres, qui se distinguait seulement par une botte de houx ou de genévrier, voire même par du foin ( le « bouchon », qui maintenant signifie taverne) – avait mauvaise presse dans les documents officiels. Source de laxisme moral, de cabales politiques, de complots et de mauvais agissements contre les voisins et les personnalités publiques, le débit de boissons, quel que fût son nom (auberge, cabaret, buvette), était soumis à des lois, des règlements et des contrôles de police (quand il y avait une police), mais on ne pouvait pas le supprimer. Unique consolation d’une routine misérable, possibilité de s’évader des impossibles conditions de vie domestiques, principal lieu de rassemblement du village (ou lieu de réunion pour les divers clans), il était irremplaçable. Selon des sources indirectes, cependant, il semble que les rapports officiels concernaient essentiellement les petites viles, et que, pendant la majeure partie du XIXe siècle, dans la plupart des villages, la population rurale n’avait ni le temps, ni les moyens (ni donc l’envie) de s’adonner à la boisson. On buvait les jours fériés. Le fait que la plupart des chansons à boire se chantent en français et s’apprenaient au cours du service militaire indique que la consommation de boisson était peu répandue localement, et que pour une grande part, le vin ne s’est généralisé qu’avec l’instauration du service militaire universel en 1889. Il ne s’agit cependant pas de nier, bien sûr, la libéralisation du commerce du vin après 1880, cadeau de la IIIe République à ses partisans les plus fidèles.

En même temps que la consommation publique du vin fut encouragée, il en alla de même pour sa consommation privée. En 1869, beaucoup de paysans pouvaient se vanter d’avoir un « tonneau en cave » qu’ils ouvraient les jours de fête. Les chemins de fer apportèrent le vin dans des régions où son prix avait été longtemps prohibitif. Dans les années 1890, sur les plateaux de l’Aveyron, les paysans, autrefois sans lien avec l’extérieur, buvaient du vin. Dans d’autres régions pauvres, comme le Limousin et les Landes, on se mit à boire du vin à l’époque de la fenaison et de la moisson ; et s’enivrer en compagnie n’était plus réservé aux grands jours de fête. Et les mêmes chemins de fer qui apportaient le vin dans les régions isolées permettaient d’utiliser les terres au mieux de leur capacité spécifiques : ils permettaient la spécialisation, et par voie de conséquence la disparition d’un vin si mauvais que les paysans affirmaient qu’il fallait trois hommes pour l’avaler : celui qui le buvait, celui qui le faisait boire et celui qui le soutenait. »

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 17:00

Cette chronique se mettra en ligne alors que je serai sur le chemin du retour via Narbonne après une journée entière passée dans les Corbières à l’Université de la Vigne et du Vin 2011. Elle reprend la préface du livre de Jean-Pierre Juge « Guerriers du vin une saga occitane » chez Loubatières.

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L’auteur est né à Nantes, a fait carrière loin du pays d’où je reviens et où il s’est fixé car des racines familiales lointaines mais vivaces l’y rattachait. Ce livre a été publié en 1999 et il a été préfacé par Marcel Raynaud président du Conseil général de l’Aude. Ces guerriers dont il dresse le portrait j’en ai croisé beaucoup : dans l’ordre alphabétique Bataille, André Cases, Joel Castany, Marcellin Courret, Roger Guitard, Georges Hérail, Jean Huillet, Emmanuel Maffre-Baugé, Jacques Mestre, Jacques Serre, Louis Teissier, Philippe Vergne… certains d’entre eux sont morts, d’autres sont de paisibles retraités, les plus jeunes encore aux manettes. Si je vous propose de lire ce texte, sans y apporter mes commentaires habituels, c’est qu’il me semble représentatif, bien sûr d’une époque, mais surtout qu’il donne des clés pour comprendre ce Languedoc du vin qui cherche encore à être reconnu mais qui est toujours enserré dans les rets d’un passé qu’il faudrait revisiter plutôt que de le ressasser.

 

« Dans le Midi viticole, durant le XXe siècle, les luttes paysannes ont été l’affaire d’hommes déterminés, mûs par la colère de n’être pas entendus d’un Etat en mal de créativité politique.

Ces hommes défendaient leur enracinement, tout à la fois culturel, linguistique, spirituel, économique et physique dans la terre occitane. Ils refusaient de se laisser bannir par d’aveugles facteurs macroéconomiques qu’ils savaient temporaires. Ils voulaient vivre au pays.

Mais l’Histoire officielle se complait à restituer le point de vue des vainqueurs. La réalité occitane a donc, depuis la Croisade, trop souvent a été passée sous silence, y compris celle des récentes luttes viticoles.

Un demi-siècle après les évènements tragiques de 1907 qui brûlèrent les ailes à celui que le peuple vigneron nommait affectueusement « lo cigal » - parce qu’il était le chantre de leur espoir retrouvé – les Comités d’action Viticole du Midi sont à l’origine d’un véritable renouveau économique et culturel  de leurs terroirs.

Cette fois, ce sont des Occitans, des vignerons, qui au terme de quarante années de lutte ininterrompue remportent la victoire. La vraie nature de leur combat échappe à toute tentative de définition. Entre jacquerie, terrorisme et subversion, le combat vigneron fut plutôt une guerre, certes émiettée dans le temps et dans l’espace, mais une guerre tout de même avec des ennemis, hélas, des généraux et des soldats, des sacrifiés, des espions, des traîtres, des pourparlers, des négociations interminables et, finalement, une paix fragile qui dure encore.

Des personnages hauts en couleurs et en volonté ont alimenté d’une énergie phénoménale cet extraordinaire mouvement qui devint le bras armé du syndicalisme viticole. Animés d’une solidarité maintes fois démontrée, d’une amitié à toute épreuve, et d’une rare tolérance, ils refusaient de laisser s’exprimer leurs différences sociales et politiques au sein des comités.

La seule cause qui trouvait grâce à leurs yeux était la défense de la terre, au sens le plus large et le plus généreux… Le sang ayant coulé, leur combat se déplaça vers les ministères, les commissariats européens et les organisations internationales.

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 00:09

Ausculter le ciel, se référer à des dictons, rechercher dans le passé des références, suivre le rythme des saisons, dans le fin fond de mon bas-bocage les fluctuations du climat occupaient une place importante. Trop chaud, trop froid, trop mouillé ou pas assez le paysan a toujours été raillé pour son éternelle insatisfaction à propos du temps qu’il fait. Il fallait le comprendre en ces temps où les mauvaises récoltes étaient synonymes de ceinture serrée pour toute une année. Bien sûr, je n’ai pas connu les périodes où les mots, disette, famine, misère étaient le lot des petits, les menuz. Ainsi « À Noël 1420, les enfants pauvres se réfugient sur les fumiers, qui dégagent une chaleur animale, et ils crient. « Je meurs de faim ! » L’importance de la récolte de blé, le froment, liée à la climatologie – pas qu’à elle car les guerres avec leur lot de pillage, de récolte détruites, scandent de longues périodes – se traduisaient soit par de véritables saignées dans la population, soit par un développement de la natalité et de la prospérité.

 

Le livre d’Emmanuel Le Roy Ladurie et de Daniel Rousseau&Anouchka Vasak « Les fluctuations du climat de l’an mile à aujourd’hui » chez fayard est un ouvrage remarquable car accessible à tous. Pour un esprit curieux ça se lit avec un intérêt soutenu car comme le souligne la quatrième de couverture « il n’y a pas plus de sens de l’histoire que de fatalité climatique. Sur une question aussi complexe que les changements climatiques, il faut  se méfier des vérités établies et leur préférer l’étude scrupuleuse année après année, des sources disponibles de la longue durée. »)


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De plus il y a de la poésie dans les dénominations du découpage historique : on part du petit optimum médiéval, puis vient l’installation  en force du petit âge glaciaire, suit le Quattrocento, suit le « beau » XVIe siècle avant le retour en force du petit âge glaciaire. À partir de là s’enchaîne les fluctuations aux noms de baptême en harmonie avec la période concernée : ainsi la première, la fluctuation Galilée (1602-1634) prince de la science de son temps » et l’un des « précurseurs du thermomètre. » ou  la fluctuation Montesquieu (1718-1746)  inventeur pour le XVIIIe de la « théorie des climats » ou la fluctuation Choiseul (1747-1774) qualifié de Mendès-France du règne de Louis XIV pour finir sur la fluctuation Prométhée  (1998-2010) l’inventeur du feu qui « donne légitimement son nom à notre époque marquée par l’excès prométhéen des combustions de toute espèce, généreusement génératrices d’un CO2 dont l’influence réchauffante sur notre climat planétaire paraît bien établie ».

 

Un livre à lire donc moi je l’ai trouvé passionnant !

 

Pour vous en persuader je vous en livre quelques extraits dans l’ordre chronologique :

 

« On signalera  aussi, dans le style possiblement du petit âge glaciaire, la très mauvaise année 1330 : récolte de vin désastreusement amputée en Ile de France… »

 

« Le millésime 1481, c’est d’abord l’année du grand hiver (glacial de décembre à février 1480-81) ; puis ce sera le festival des pourritures terrestres, printemps et été, variables certes, mais maintes fois extraordinairement pluvieux (…) Les vin du pays de Bade sont, cette année-là, exécrables »

 

« L’année  1540, estivalement parlant est splendide ; elle donne un vin à telle charge de sucre qu’il fait fonction d’apéritif vendu très cher pendant plus d’un siècle. »

 

« 1556 est une année de grande sécheresse (…) Vendanges qualitatives, bons vins, ample exportation des vins locaux produits dans les pays de basse Loire, ainsi que du sel marin récolté en abondance grâce à l’intense évaporation due à l’ensoleillement, le tout exporté à partir du port de Nantes.. »

 

« La date des vendanges, elle, est éloquente : leur moyenne s’établissait, durant le « beau XVIe siècle » (1500-1561), au 27 septembre ; elle n’est plus, dans la période1562-1601, que le 30 septembre. Le taux des vendanges tardives (en octobre) est monté de 37% pour la première période à 48% pour la seconde ; le rafraîchissement est net. »

 

« la belle prospérité du règne d’Henry IV, post-1600, règne devenu enfin pacifique, devrait encourager des vendanges plus qualitatives et plus tardives, mais il n’en est rien. Le climat a dicté sa loi, plus rigoureuse avant 1600, un peu plus douce après cette date. »

« les effets négatifs de la décennie « trop » fraîche, 1591-1597, par rapport à des périodes antérieures et ultérieurs, sont très nets en particulier vis-à-vis de la production du vin. De fait, on a affaire à des hivers rudes qui qui peuvent même geler les ceps ou simplement geler les rameaux de vigne et paralyser ainsi la production des  raisins sur une grande partie du vignoble pendant trois ou quatre ans. Citons ensuite les gelées de printemps, avril-mai, qui portent un coup mortel ou semi-mortel aux futures vendanges, et enfin des étés pourris, trop dépressionnaires, hyper-pluviométriques. »

 

« On connaît bien la production des susdit breuvage par les taxes qui s’y appliquent, les redevances fiscales, les comptes des institutions, abbayes et autres propriétaires, par les recettes des hôpitaux, qui sont souvent de grandes étendues de vignobles. La conclusion va de soi. De 1587-1588 à 1594, il y a une diminution dramatique de la production de vin, renchéri du coup en raison de toutes ces intempéries dans les régions ci-dessus mentionnés, spécialement l’aire de Vienne et de Zurich, très bien étudiées ; et puis en contrepartie, un essor remarquable de la production de céréales, et don c de bière en tant que production de remplacement. »

 

« Nouveaux contrastes, s’agissant des quatre années 1672 à 1675 : les vendanges y sont en date moyenne au 2 octobre ; tardivité ! (…) Ce rafraîchissement est sensible dès 1672 ; très net en 1673 ; net encore en 1674, et terriblement évident en 1675 avec une vendange bourguignonne au 14 octobre (…) La marquise de Sévigné a commenté admirablement le phénomène  dans des lettres de juin-juillet 1675 : le rafraîchissement fut très sensible à Paris en juin, avec ensuite un réchauffement en juillet qui a sauvé les moissons ; rafraîchissement durable (par contre) en Provence et en Vaucluse, et jusqu’à Valladolid où les vendanges sont au 26 octobre (…)

 

« En 1692 surtout le pronostic s’aggrave : grosse pluies au  printemps, puis en été et en automne. Par représailles, on profane la statue  de saint Médard, patron de la pluviométrie, car il  a stimulé à l’excès les abats d’eau. Les vendanges de 1692 prennent place tardivement en octobre, et même en novembre selon les régions, en lieu  et place de septembre. Les raisin sont durs comme des billes ; le jus issu du pressoir a goût de vinaigre. Le vin obtenu ressemble à  celui de 1675, autre année ultra-tardive. »

 

« La France en général et le Bassin Parisien en particulier ont donc vécu de 1727 à 1738 une douzaine d’années frumentairement plaisantes, sans accident climatique grave, comme une bénédiction tombée du ciel. Mais ces années exemplaires ont un revers : la surproduction des vins, fille du trop beau temps. Et donc l’effondrement des prix du breuvage, lésant la viticulture méridionale. En moitié nord de la France 5bourgogne et ailleurs), la demande accrue, en provenance notamment de Paris, avait stimulé la plantation des ceps. »

 

« Le gouvernement de Louis XV s’est décidé de toute façon à suivre l’exemple de l’empereur Domitien (92 après JC) : il interdit partiellement les nouvelles plantations de vignes à partir de 1729 ; en 1731, l’interdiction se fait impérative. Mais les volumes des récoltes sont à nouveau regonflés, en 1737, 1738 et 1739, par un triennat de grosses vendanges. Le désastre climatique froid/humide de 1740, tueur de raisins, mettra fin provisoirement à  cette dépression du prix du breuvage. »

 

« La canicule 1811 n’a toutefois pas que des inconvénients (souvent graves). Elle favorise, en termes viniques, l’émergence d’un bon millésime : c’est l’inoubliable vin de la Comète, par coïncidence avec le passage d’un astre errant dans le ciel du grand Empire. L y a ainsi disjonction du double symbole eucharistique : raréfaction et cherté du pain ; hyper-qualité du jus de la treille. »

 

« En France, la qualité vinique 1868 est extraordinaire, même si l’on déplore les débuts du phylloxéra – mais c’est un autre problème. Dans le Médoc, les vins super-qualitatifs de 1868 grimpent à des prix quelque peu délirants du fait de ces conditions climatiques exceptionnelles. Le courtier bordelais Lawton note parmi les vignobles une pousse vigoureuse et rapide. Fortes chaleurs, heureux développement de la fleur, récolte abondante, espérance d’une bonne qualité. Le 14 septembre 1868 Lawton signale encore, rétrospectivement, une température constamment favorable depuis le printemps jusqu’aux vendanges ; maturité parfaite ; belle couleur ; netteté et finesse du goût ; vins  vifs, corsé, élégants, séveux. »

 

« Les vins, au terme de ces beaux étés, ont eu « leur chance ». C’était vrai de 1893, ce l’est également de 1898 et 1899 : similitude climatique agréable ! A Bordeaux notamment, très forte moyenne thermique du trimestre estival, spécialement lors de l’ultra-calorifique printemps-été de 1899. Pluviométrie parfaitement ajustée ; vins indemnes de toute maladie, et d’une grande rectitude de goût, absolument sains u cours des deux années terminales du siècle. En 1899 surtout, fraîcheur de goût ; distinction et bouquet ; quantités viniques pourquoi pas, en effet, diminuées par la sécheresse ; mais les raisins sont propres et sains (sans mildiou, ni conchylis, ni pourriture) ; espérance de très bons vins au terme du parcours – espérance effectivement concrétisée à l’automne. »

 

« Les années 1904-1906, elles, ont d’énormes vendanges (favorisées par l’ensoleillement), en quantité à Béziers, en qualité à Bordeaux, avec en conclusion la révolte des vignerons du Midi en raison de cette surproduction et de l’écroulement des prix de leurs vins. Les trois dates de vendanges successives, lors du triennat « solaire » 1904-1906, sont unanimement précoces, en Bourgogne et à Bordeaux. »


1911 « Les vins sont délicieux, notamment à Bordeaux, grâce à une canicule sèche. Le Guide Hachette distribue des 19 ou  des 20 à la plupart des grands vignobles français, alors qu’en 1910, pour des raisons inverses, on en était plutôt aux notations exécrables, par suite du mauvais temps ; cela allait jusqu’au « zéro pointé »En 1911, Bordeaux triomphe. Du vin à »bonne couleur, très belle, du bouquet, de la netteté, maturité suffisante mais pas  excessive ; du vin onctueux (sic), sans aucune âpreté, ni aucun angle. Un produit très plaisant ». Vendanges précoces, autour du 12 septembre, en France du Nord. »

 

« Restons en 1921 : logique estivalo-automnale ! Les vendanges 1921 sont précoces. Qualité extraordinaire du breuvage de ce millésime : 20 sur 20 un peu partout selon le Guide Hachette des vins. Du nord au sud et de l’est à l’ouest, côtes-du-rhône exceptés. A Bordeaux, et ailleurs, le vin est excellent et de bonne garde. Le plus grand des château-yquem, selon certains Anglais, est daté de ce millésime. »

 

« La séquence 1928-1950 débute par les beaux étés chauds et secs de 1928-1929 (…) Côté vins, 1928 et 1929 sont d’extraordinaire qualité en Bordelais comme en Bourgogne et en Champagne. René Pijassou, l’éminent spécialiste du Médoc, qualifie les grands vins de sa région en 1928 et 1929 de « pleins, corsés, séveux, riches, de longue garde et servant de référence. Une fois de plus, on ne se lassera pas de le répéter dans ce genre de conjoncture, Bordeaux pavoise et Béziers gémit : déluge vinique national et méridional !La surproduction du breuvage écrase les prix dans le méga-secteur sudiste des « gros rouges », gonflé aussi par la technique en progrès. »

 

« 1945 : janvier glacial, anomalie thermique négative de 5,5° (soit une température moyenne de – 0,7°) pour l’ensemble de l’Hexagone (…) Mais l’été est exceptionnellement chaud et sec : vendanges précoces ; vins prodigieux, notamment le mouton-rothschild 1945, d’illustre mémoire, et en Lusitanie le porto Graham’s de la même année chère aux Britanniques. »

 

Après je suis né et tout a été bouleversé (ma mobylette…). Pour connaître la suite reportez-vous au livre d’Emmanuel Le Roy Ladurie et de Daniel Rousseau&Anouchka Vasak « Les fluctuations du climat de l’an mile à aujourd’hui » chez fayard

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 00:08

Table ronde BIVB.Image fixe002Maître taulier, qui comme vous le savez adore mettre son nez là où on ne lui demande pas, a de suite perçu que, sous un titre bateau : « Le goût du vin, hier, aujourd’hui, demain » les organisateurs du colloque de Beaune, le pôle Technique et Qualité du BIVB en l’occurrence, cachaient un sujet : « les vins à forte personnalité » qui fâche beaucoup  les tenants du « circulez, y’a rien à voir » et par ailleurs grands défenseurs de la typicité, d’un soi-disant air de famille qui voudrait que les vins d’une même appellation aient tous une certaine ressemblance. Je caricature à peine.

 

Bien avant que les petits loups et louves de la capitale et de l’autre partie de la France s’agitassent pour la défense de vins baptisés, un peu rapidement et commodément, nature le débat était vif entre les tenants de la doctrine officielle et un certains nombres de vignerons qui estimaient que la dérive de nos appellations d’origine condamnaient celles-ci, à court terme, à n’être, dans leur majorité, que  de pâles copies ce qu’elles furent. Je ne vais pas revenir pour la nième fois sur ce sujet qui a été mis sur la table par René Renou et ma pomme au début de ce siècle, débattu, relayé par les fondateurs de « vignerons en nos appellations » devenu Sève et quelques autres, et enterré, sans fleurs ni couronnes, sous ce que l’on a désigné bien rapidement  la réforme de l’INAO qui s’est adjoint pour l’occasion du Q de la qualité. L’heure est à la norme et à la normalisation : sous les cahiers des charges et les organismes de contrôles se profilent une mise au pas du secteur du vin qui n’est, pour certains, qu’un produit agro-alimentaire comme les autres qui doit passer sous le croskill d'une qualité purement alimentaire.

 

Au risque de vous surprendre je dis : chiche ! Pourquoi pas pour les vins qui, d’une manière déclarée ou non, ont choisi ce parcours. Je suis de ceux qui ont toujours affirmé que les deux systèmes étaient compatibles, qu’ils pouvaient vivre leur vie chacun de leur côté. Le problème ne se situe pas à ce niveau mais dans la confusion savamment entretenue pour des vins qui, si vous me permettez l’expression, veulent le beurre et l’argent du beurre (je laisse la crémière de côté). Oui, encore aujourd’hui, sous les grandes ombrelles des Appellations d’Origine maintenant Protégée se prélassent des vins qui n’ont rien à y faire. Pour faire plaisir à Patrick Baudouin et à Jean-Michel Deiss  je le dirais d’une autre façon, avec des pleins et des déliés, « des vins dont le lien avec leur terroir n’est vraiment pas prouvé…». La grosse cavalerie des chevaux lourds continue de vouloir se parer des attributs des pur-sang. Pour quel bénéfice : celui de plomber une partie des vins de haute expression, ceux que le diplomate Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée link , a baptisé : à forte personnalité.

Table ronde BIVB.Image fixe018Alors vous allez me faire remarquer que tout cela est bel et beau mais pourquoi en faire tout un fromage : ces vins à forte personnalité ont trouvé leur clientèle et ils n’ont aucun souci à se faire. Sauf que, tout d’abord les gardiens du temple ont mené la vie dure à certains des vignerons élaborant ces vins en leur faisant subir des rebuffades, de véritables parcours du combattant, sous le prétexte qu’ils n’entraient pas dans les clous. Dans mon petit coin, sans faire des moulinets, j’ai accompagné et défendu bec et ongle leur droit à produire des vins qui empruntaient des parcours différents. La situation reste toujours dans certaines appellations très conflictuelle. J'ai toujours trouvé ces batailles d'arrière-garde stpides et surtout contreproductives car la mise à l’index de ces vins est préjudiciable pour l'appellation, en effet même si ça déplaît aux maîtres du troupeau, ils leur apportent un surcroît de notoriété. Le choix d’abandonner son appellation pour produire en vin de France ne doit pas se faire par défaut parce qu’on ne peut pas faire autrement pour échapper aux oukases.

Table ronde BIVB.Image fixe003La table ronde animée par Antoine Gerbelle a eu un très grand mérite : celui d’exister, d’être organisée dans le cadre d’une Interprofession, ce qui d’une certaine manière vaut reconnaissance. Moi ça me va lorsqu’on quitte le terrain des invectives, des batailles larvées, des procès d’intention (et cela vaut pour chacun des camps) pour occuper celui du débat constructif et intelligent entre personnes qui argument et respectent le point de vue d’en face. Je forme le vœu qu’il y ait contagion et que d’autres interprofessions abordent ce sujet des vins à forte personnalité pour qu’une réelle dynamique secoue le train-train bureaucratique de l’INAO dont je ne résoudrai jamais à inclure le Q. Ce devrait être le grand chantier que la CNAOC qui, rappelons-le, a été fondée non pas pour être un syndicat des droits acquis mais une sorte de vigie de l'AOC des origines.  Table ronde BIVB.Image fixe005En tout cas ce fut pour moi une belle matinée même si la SNCF, jamais en reste de se moquer de ses clients, nous a privé de café dans le TGV sous le prétexte qu’il n’allait qu’à Châlons-sur-Saône. J’espère que le BIVB nous fournira les minutes du colloque car les intervenants furent tous de grande qualité. Ça me permettrait de pondre une nouvelle chronique. Une mention particulière à l’historien C.Lucand qui en respectant son temps de parole, en une langue accessible, un sens aigu de la formule, nous a donné tous les repères de l’évolution du goût du vin du XVe à nos jours. Autre orateur brillant, l’anti-Power Point type, Frédéric Brochet, a lui, dans un exposé ludique et plein d’humour, démontré que le goût de demain serait : le prix !

Table ronde BIVB.Image fixe007-copie-1Il me reste, en une conclusion toute provisoire, à rendre justice à Yves Le Fur (mon voisin sur la photo), chercheur, que j’avais un peu taillé en pièces il y a quelques années à propos d’un exposé commun avec Christelle Mercier de l'INAO sur la définition de la typicité. C’était à l’AG du BIVB. J’écrivais alors que cet exposé «  venait de me plonger dans un état d’attrition profond. Ébranlé donc, partagé entre l’effroi et la colère face à ce gloubiboulga de pseudoscience – j’ai subi lorsque j’étais président du Calvados le dénommé  Jean Salette, père de la typicité  directeur de recherches émérite de l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture de France qui se targue d’être le spécialiste des relations entre les terroirs et les produits et qui joue les consultants dans le domaine des produits de terroirs et des appellations d’origine. Dieu nous garde des consultants de cet acabit – je regrettais le temps où mes fonctions me permettaient de donner le signal de la fin de la récréation. »

 

L’exposé d’Yves Le Fur lors du colloque  « Le jugement de typicité est une affaire de subjectivité » ne m’a pas bien sûr réconcilié avec la notion de typicité mais m’a permis de constater que les travaux qu'il conduisait débouchaient sur un questionnement sur lesquels les hautes instances de l’INAO devraient réfléchir. Pour le connaître je ne vois qu’une solution c’est qu’Yves Le Fur viennent les exposer sur mon espace de liberté. L’invitation est lancée !

 

Enfin ce qu’il y a de mieux dans les colloques c’est l’heure du déjeuner, même si je n’aime pas beaucoup manger debout, car on peut papoter avec plein de gens intéressants. Ce fut le cas à Beaune. Merci de m’avoir invité. J’étais le seul blogueur mais sous l’œil de la caméra de l’ami François et de son acolyte de Bourgogne Live (toutes les photos sont d'eux, merci comme ça le taulier peut s'exhiber). Une mention aussi pour Antoine Gerbelle qui fut un animateur précis, discret et efficace.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 17:00

« Il y en avait, il n’y en a plus – ou si peu que pas. On peine à imaginer désormais, le silence ailleurs que chez les Trappistes. Et encore : ne pas parler ne signifie pas ne faire aucun bruit (par exemple, en fabriquant de la bière). Et il n’est même pas évident que les monastères les plus stricts soient épargnés par le flux de musique, de paroles, d’ondes sonores en tous genres qui caractérise la modernité contemporaine, ou simplement par le jingle de l’ordinateur que l’on démarre (la Trappe tolère Internet) : rien ou presque rien, ne se fait sans signal sonore. Pendant des siècles, le progrès technique, du tour du potier à la bombe atomique, a impliqué la fabrication de bruits nouveaux ; désormais, toute une industrie s’occupe de fabriquer du silence à prix d’or – ou plutôt de réserver nos espaces domestiques, si nous avons des moyens financiers suffisants, à des bruits choisis par nous… jadis compagnon oppressant du labeur, de l’usine et des chantiers, le bruit a envahi nos maisons et nos loisirs, et tel le diable selon Baudelaire, sa plus grande ruse est de faire comme s’il n’existait pas : il est dans nos vies comme la vie même. On ne peut plus imaginer une sociabilité sans vacarme, ni une société sans un air de musique en fond sonore. Tout ethnologue consciencieux, avant d’aller visiter une des ultimes tribus sauvages de la planète, emplit son sac, à tout hasard, de piles neuves, pour les transistors et les baladeurs des aborigènes (…)

 

De nos jours, le silence est, de fait, un truc de vieux, de lecteurs ou de sourds, ce qui souvent revient au même dans l’idéologie des gens « branchés » Curieux spectacle, dans le métro, dans la rue ou même dans les bibliothèques, tous ces fils qui sortent de toutes ces oreilles, comme si,  sans s’amarrer à une machine à faire du bruit, l’esprit risquait de sombrer dans le vide Amateurs de silence, fates comme tout le monde : bouchez-vous les oreilles, mais sans brancher vos écouteurs. Le monde n’y verra que du feu. »

 

Extrait de « Qu’il était beau mon Meccano ! » de Jacques Gaillard chroniques Mille et Une nuits

 

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