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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 00:09

Je ne suis pas Georges Pérec * mais allez donc savoir pourquoi en ce lundi matin de juillet je me souviens :photopere.jpg

 

- je me souviens de Berthe Berthomeau, née Gravouil, ma mère par qui le 25 juillet fut ce qu’il fut pour moi...

 

- je me souviens  de la photo d’Arsène Berthomeau, mon père, sur son cheval de militaire.

 

- je me souviens  de Bernard Lambert, ce fils de métayer, sa Gitanes maïs aux lèvres, son charisme échevelé et envahissant, son slogan « le crédit agricole paiera ! », les poulets de mon frère Alain, son bouquin au Seuil « Les Paysans dans la lutte des classes » 1970 préfacé par un certain Michel Rocard du PSU, c’était le temps de Secours Rouge, des réunions enfumées, de la vérité au fond des verres, la Vendée agricole qui basculait, se défigurait, prenait le seul chemin qu’on lui offrait...

 

- je me souviens  de Frédéric Dard, « l’écrivain forain » signant San Antonio, dont le premier opus « Réglez-lui son compte » avait juste un an de plus que moi. Un bide !  Et pourtant Jean Cocteau écrira « San-Antonio c’est de l’écriture en relief, un aveugle pourrait le lire avec la peau des doigts » Je m’en gavais dans la Micheline qui s’arrêtait à toutes les gares. Facile, non « je m’y tous les matins. Pour quelques lignes, il m’arrive de sortir dix fois mon Robert. J’ai à force, une sorte de « crampe au Robert »

 

- je me souviens  des petits-déjeuners à 6 Francs de la Compagnie des Wagons-Lits sur le Paris-Nantes, veste et gants blancs, table nappée, serviette immaculée, brioche mousseline, toasts grillés, café, thé ou chocolat servis avec de lourdes cafetière, théière ou chocolatière en métal argenté siglées WL. Tout à volonté ! Je montais nourrir ma thèse au laboratoire de Le Bihan, à Rungis, avec de facétieux chercheurs qui avaient adoptés comme sigle : le SECS (Service d’Enquêtes Charcuterie-Salaisons) avec le cochon de Reiser en effigie. J’y croisais Ghislain de Montgolfier qui lui faisait dans les fruits et légumes alors que moi je faisais le cochon...

 

- je me souviens  d’Yves Prats, le frère de Bruno de Cos d’Estournel, doyen de la Fac, mon maître de thèse qui me recevait chez lui le samedi après-midi pour tenter de démêler l’écheveau de mes idées afin que je puisse les coucher en une thèse acceptable pour la communauté universitaire. En vain ! Je n’ai jamais su me plier à un cadre rigide, mon esprit d’escalier ne s’épanouit que dans la liberté. Et pourtant, Yves Prats suivi avec amusement, et une certaine fierté, mon parcours si peu orthodoxe.

 

- je me souviens  du désert des Tartares de Dino Buzzati de son Giovanni Drogo, ce jeune ambitieux pour qui « tous ces jours qui lui avaient parus odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient... »

 

- je me souviens  des yeux topaze d'Yvonne Furneau dans le « Comte de Monte-Cristo et des bas de soie sur la peau blanche de Catherine Deneuve dans « Belle de jour »

 

- je me souviens  de Jean Neveu-Derotrie à la Ferme des 3 Moulins, entre Port-Joinville et Saint-Sauveur à l’Ile d’Yeu, avec qui, à l’été 68, j’ai fait le marchand de « vermoulu » : de la belle brocante.

 

- je me souviens  de Jean-Michel Bellorgey : en 1981 « Jacques veux-tu occuper de hautes fonctions ? » dis comme ça comment dire non. J’embarquai sur un porte-avions dont je n’aimais guère le Pacha mais faut bien se mettre les mains dans le cambouis de temps en temps dans la vie que l’on vit.

 

- je me souviens  d’Indira Gandhi et d’Olof Palme à qui j’ai serré la main.

 

- de mon premier discours, à Poitiers, devant le syndicat des producteurs de tabac dans un palais des Sports, munie d’une sono pourrie, avec le PDG de la SEITA au premier rang.

 

- je me souviens  de Georges Halphen et de Jacques Geliot mes deux pétulants octogénaires qui me couvaient comme un poussin...

 

- je me souviens  de Sarriette l’ânesse qui nous a accompagnés sur le sentier Stevenson dans les Cévennes.

 

- je me souviens  de la naissance de Martin juste après le 11 septembre...

 

- mais je ne me souviens pas de mon premier verre de vin...

 

Bonne journée à vous tous en ce 25 juillet...

 

* « Je me souviens est un livre de Georges Perec publié en 1978 aux éditions Hachette. C'est un recueil de bribes de souvenirs rassemblés entre janvier 1973 et juin 1977, échelonnés pour la plupart « entre ma 10e et ma 25e année, c'est-à-dire entre 1946 et 1961 », précise l'auteur. Quelques-uns ont été publiés dans Les Cahiers du Chemin n° 26 en janvier 1976. »

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 00:09

Mon immersion vénitienne se prolongea. Jasmine fit un saut de puce par avion Venise-Gênes  via Rome puis s’embarqua sur un ferry pour la Corse. Elle récupéra Matthias et revint par le même chemin. Nous avions dégotté, loin des foules de touristes une chouette maison Vialle Giuseppe Garibaldi dans le quartier du Castello. C’est Jasmine qui en avait eu l’idée « Tu vas aborder tes années de plomb en Italie, alors pourquoi ne pas t’installer ici. Tu serais tout près de Milan et tu pourrais te replonger dans les lieux où tu as vécu. Et puis, je ne sais pas pourquoi j’ai envie de couver notre nouveau petit ici...

- Mais qui te dis que tu es enceinte ?

- Moi car si je ne le suis pas encore je vais l’être !

- Et notre petit Mathurin qu’en faisons-nous ?

- Quand arrêteras-tu d’affubler ton fils de prénoms baroques ! Notre Mathias je vais le chercher gros bêta.

- Va falloir que je retrouve mes marques. Mais bon je crois que tu as raison ma belle ça me fera une rupture. D’ailleurs je vais mettre fin à ce chapitre 8 interminable. Mon retour sur la France n’a été rien d’autre qu’une balade de santé où sur le cargo mixte je me suis enfilé « A la recherche du Temps Perdu de Proust » cadeau de Clarisse.

- Une qui n’est pas passée par la case lit !

- Ironise, comme tu le sais je n’ai pas toujours eu le choix...

- En plus il faudrait peut-être qu’en plus que je te plaigne coq de basse-cour ?

- Non petit cœur ce fut pour moi une belle période de chasteté empli d’un plaisir exquis.

- Madame Verdurin !

- Oui Jasmine j’ai un faible pour la Verdurin car avec elle on ne sait jamais si ce qu’elle prévoit est pur égoïsme ou d’attention aux autres. Je crois que Proust se moquait un peu d’elle. J’adore ce que disait d’elle sur France-Culture le beau petit précieux Enthoven, le papa du premier mouflon de Carla, Madame Verdurin, tout au délice de son croissant, se trouve littéralement dans la position humienne de celui qui considère qu’ « il n’est pas contradictoire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de son petit doigts ». Il cause riche ce garçon je ne suis pas sûr que son successeur atteigne de telles hauteurs de vues...

- Arrête ton ironie facile, lis-moi ce passage, j’adore !

- Qui te dit que je l’ai sur moi ?

- Moi !

- J’abdique.

- Oui rends-toi tu as tant à te faire pardonner...

- Tu ne crois pas si bien dire mon cœur car ces années de plomb ont été surtout des années de sang...

 

« Mme Verdurin, souffrant pour ses migraines de ne plus avoir de croissant à tremper dans son café au lait, avait obtenu de Cottard une ordonnance qui lui permettait de s’en faire faire dans certain restaurant dont nous avons parlé. Cela avait été presque aussi difficile à obtenir des pouvoirs publics que la nomination d’un général. Elle reprit son premier croissant le matin où les journaux narraient le naufrage du Lusitania. Tout en trempant le croissant dans le café au lait et donnant des pichenettes à son journal pour qu’il pût se tenir grand ouvert sans qu’elle eût besoin de détourner son autre main des trempettes, elle disait : « Quelle horreur ! Cela dépasse en horreur les plus affreuses tragédies. » Mais la mort de tous ces noyés ne devait lui apparaître que réduit au milliardième, car tout en faisant, la bouche pleine, ces réflexions désolées, l’air qui surnageait de sa figure, amené probablement là par la saveur du croissant, si précieux contre la migraine, était celui d’une douce satisfaction. »

 

- C’est Le Temps Retrouvé ?

- Oui mère de mes enfants...

- Moque-toi !

- Que non ma belle toi tu n’es pas la Verdurin qui lorsqu’elle s’exclame «Ah, quelle horreur » ne sent ressent rien car pour elle c’est juste ce qu’il convient de dire en face d’une telle situation. Madame Verdurin tout ce qui ne la touche pas ne l’intéresse pas.

- Tu me flattes coquin !

- Non je t’aime...

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 00:09

imagesBashung.jpg

 

Suivre Gérard Manset sur ses lignes, qu’elles soient paroles sur sa musique ou mots assemblés en phrases qui font les livres, relève de l’expédition sans guide dans la forêt amazonienne. Ce n’est pas un parcours pour adeptes du Club Méditerranée mais, si comme moi, vous êtes des 100% Manset ce n’est qu’une question de rythme, de souffle, de transversale à la Alain Gheerbrant. « J’étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s’opposant à lui, au lieu d’aller avec lui, de se fondre en lui, d’abord, et d’obéir ensuite à ce que décide le corps. »

 

Alors, jetez vous dans « Visage d’un Dieu Inca » de Gérard Manset et comme Gheerbrant dans le fleuve amazonien laissez-vous « aller dans le sens du danger, le toucher du bout du doigt de telle façon que sa force elle-même nous rejette après nous avoir attirés. » Sinon passez votre chemin, prenez l’autoroute, consommez du pré-emballé, buvez ce que vous voulez, moi que vous voulez-vous, comme le vieux qui voyage en solitaire je ne sais pas cacher mon émotion, même si comme lui, moins bien que lui bien sûr, je l’habille de trop de mots.

 

Je commence donc par la fin pour ensuite revenir au début afin d’en finir avec le dernier Olympia d’Alain Bashung.

imagesInca.jpg

 

« Je ne serai probablement jamais un amateur du Web ni des Facebook ou des Dalymotion, mais je suis allé me rendre compte, surpris par ce besoin de fouiller, de chercher... Je dois dire que j’en suis ressorti très humble, très étonné : c’était indubitablement magique, ces témoignages du vide et de la machine, de la nuit des pixels... effectivement troublant de distinction simple et honnête, l’anonymat de ces remerciements lancés à qui avait montré qu’on pouvait être intègre, solide, droit comme le rock lui-même. J’en étais bouleversé, que toute cette jeunesse saluât son Assomption, le rendit éternel, Alain, lui et sa très auguste manière de lever la main, de pointer l’index on ne sait en direction de quelle partie de la salle, tel Pharaon le fait sur ses effigies colossales. »

 

 

« Évidemment, je n’ai plus de mémoire. Je me dis parfois que j’en suis à ce moment de la vie où l’on « ramène les bêtes. » Prenant le chemin au-dessus de la gorge de la vallée, je songeais à Alain, cet atypique au masque très élégant, très animal, comme une espèce étrange cherchée au file du temps. Palpite en moi le collectionneur qui n’a rien fait que jouer et vérifier sans cesse, tester certaines saveurs, chercher si quelques sucrerie, parfois riche, parfois pauvre, monterait ou caraméliserait. Alain en était une, épicée très doucement.

B comme balèze, A comme Alain, et puis la suite : le chapelet des lettres formant son nom... S comme social, H comme humain, U comme unique, N comme n’importe quoi et G, peut-être pour Gérard ? Ce qui fut fait. Il avait face à lui quelqu’un de fasciné, d’admiratif de sa succulence absconse, de son « abscuonsité » page 11 (la première)

 

Lego « Je me souviens tout à fait : j’étais au beau milieu de la première rangée du haut, appuyé au balcon, vautré, lorgnant à moins de vingt mètres la fauve silhouette noirâtre. Il faut se rappeler Alain, seul, sa guitare acoustique et le balancement de sa pogne qui avançait solide : « Voyez-vous tous ces humains/ Danser ensemble à se donner la main... »

J’étais servi : royal, majestueux. Autour de lui venait le flot des autres : violoncelle impatient, bassiste en colosse noir, et puis ce Yann Pechin donnant une impression de picking omniprésent, que l’on ne distinguait pas, qui tournoyait dans le fond : nappes musicales que générait une corde unique qui noyait tout, vibrait, zinguait... fantôme atrocement maigre, chevelu, à envoyer son flot d’adrénaline dans les colonnes d’amplis... Et refluaient les vagues, et se soulevait une inventivité inouïe. Ce fut bientôt le drame narratif de ma douloureuse Pianiste retrouvée morte dans le coffre de sa voiture, puis le sortilège de la mystérieuse et si mutique Vénus. J’en étais mal à l’aise, agrippant l’accoudoir, me rapprochant du siège à côté de moi où se trouvait, comme un fils, un musicien nouveau et nouvellement élevé au rang de vendeur tous azimuts : Raphaël. »

 

Merci Gérard Manset pour ces lignes où comme vous l’écrivez, « si attentif à ne pas froisser quelque repli de son être » vous faites d’ALAIN BASHUNG, non pas un portrait, mais un voyage dans l’épaisseur de ses plis, dans la profondeur de sa complexité, lui le « Gourou du trois pas en arrière », le sage, placide dans son humilité dont vous avez su déceler en écarquillant les yeux, en scrutant notre idole « rien d’autre que la plastique exquise d’une admirable guirlande de mots ténus et doux, choisis, qu’il évacuait lentement de ses lèvres très subtilement arquées, modelées, bleutées. »

 

Et Bleu Pétrole me fait pleurer...

  

 

 

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 19:29

 

 

Sale coïncidence, dans ma chronique de lundi sur le livre Wine Sound System, l’un des auteurs évoquait Amy Winehouse (1). C’était une reine ! Elle a brûlé sa vie par tous les bouts diront les cons. Et alors, même brève sa vie en vaut bien d’autres et Back to Black est et restera une œuvre magnifique. Il n’empêche que je déteste voir mourir des grandes filles de 27 ans alors je vous l’écris tout simplement.

 

(1) Amy Winehouse

 

« Mais pour une fois, je vais t’épargner le plaisir mélancolique de l’association vin rouge et chanson triste existentielle que j’aime tant, et je vais laisser la reine, Amy Winehouse, accompagner mon chablis. D’ailleurs, avec un nom pareil, elle doit s’y connaître »

 

« Miracle. Il existe encore des disques qui, certes, sont fait pour être vendus, mais qui savent aussi être incroyablement beaux. On avait un peu perdu leur trace, en raison de la stupidité des producteurs qui pensent que les gens sont complètement formatés.

 

(...) La production de l’album Back to Black d’Amy Winehouse est précieuse et soignée, mais en même temps roots et rétro, entre Motown et le hip hop des De la Soul (...) Back to Black est un album magnifique. Il faut espérer qu’il ne se fer pas écraser par le fantasme de l’artiste maudite, dont raffolent les maisons de disques et les journalistes, qui y trouvent le moyen de distraire les gens du caractère tragique du monde et de l’espoir d’un art plus pur. »

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 07:00

photoMarie4.jpg

Abraham, son grand kanak, l’écoutait religieusement. Marie n’en finissait de lui raconter la brutale et triste fin des Saint-Drézéry. Afin de libérer ses grands panards, son beau légionnaire qui n’en était pas un mais qui sentait bon le sable chaud de la Nouvelle Calédonie, avait ôté ses rangers règlementaires. Ils buvaient des bières au goulot sur les pelouses du Trocadéro. « Tout ça est parti de leur pingrerie, chez eux un sou est un sou surtout depuis l’irruption de l’euro qui a ôté tant de zéro à leur compte en banque. Mes oncles et mes tantes se chamaillaient à propos de la fixation du  prix des primeurs 2010 de leur cotriade de châteaux. D’un côté le clan de la hausse maximale regroupant Marie-Adélaïde et Philémon, de l’autre celui de la hausse raisonnable défendue par Adelphine et Pierre-Henri : égalité parfaite qui ne pouvait être rompue que par la voix de Marie-Charlotte, la neuneue, qui changeait d’avis comme de chemise. Trois réunions de la commandite n’avaient pu lever le verrou et, ce 13 juillet, Philémon avait invité à Pomerol, pour un déjeuner, le restant de la famille. La demeure de Philémon, comme souvent à Pomerol, tenait plus du pavillon de banlieue que du château. N’empêche que Bob le pointeur lui attribuait systématiquement une note qui frisait le 100. Une pépite donc qui n’empêchait pas ce cher Philémon de vivre chichement avec une gouvernante allemande, femme à tout faire, qu’il avait récupéré suite à la Chute du Mur de Berlin. Dans les châteaux de la Rive droite, comme dans ceux de la gauche d’ailleurs, il se murmurait que le cher homme vénérait les Prussiens et, qu’au cours de l’Occupation, ses relations cordiales avec les Officiers Supérieurs de la Wehrmarcht, des SS  et de la Gestapo, lui avait permis d’arrondir son magot. Raie au milieu il portait un monocle, le plus souvent vêtu d’un pantalon de cheval enserré dans des bottes lustrées par son Olga. Les mauvaises langues toujours affirmaient que la teutonne au gros cul faisait cheval pendant qu’il l’attisait avec sa cravache. Ces ragots indisposaient deux de ses sœurs forts pieuses mais, comme il gérait les châteaux d’une main de fer, d’ordinaire elles le suivaient aveuglément. Là, elles s’étaient séparées, et bien sûr la neuneue effectuait son va-et-vient traditionnel en se goinfrant de boudoirs.

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 00:09

Caillou 9274

Le sieur Cabanes qui affirme du haut de sa grande carcasse « Je suis un dandy et je vomis la vulgarité. J’appelle à un soulèvement de l’esprit pour la défense du style, de la droiture et de l’élégance. » vient de commettre un petit opus portant le titre provocateur Éloge de la vulgarité aux éditions du Rocher. L’homme a du panache et sa profession de foi me va comme un gant. L’homme se défend contre les beaux esprits peu amicaux « un dandy soit, mais un dandy stalinien. Je les emmerde. Alors ils insistent. Mais d’où vient-il, ce « bolcho », avec ses grands airs, pour toiser le monde de haut ? » L’homme excipe sa « basse extraction » pour clouer le bec à ceux d’en haut. C’est de bonne guerre camarade mais, ne pas être issu de la cuisse de Jupiter, c’est mon cas, ne permet pas d’absoudre d’un trait de plume ses silences passés. Faut assumer coco ! La charge est brillante mais elle eut gagnée en honnêteté intellectuelle si dans le paquet des vulgaires quelques coups de boules fussent consacrées à deux monuments de la vulgarité : Georges Marchais et les époux Ceausescu. Cette réserve remisée, le fils de Denise, est brillant, fringant, sa plume est un scalpel, sa culture raffinée, alors je vous offre quelques morceaux choisis.

 

« Goujateries. Pierre Assouline dans son ouvrage Le Portrait note l’épisode d’un dîner d’autrefois à l’ambassade d’Angleterre : une marquise importunée par son voisin de table très éméché lui lance : « Monsieur, vous êtes ivre ! » Il répond : « Et vous, Madame, vous êtes laide, mais moi, au moins, demain, je serai sobre. » Vulgarités plastronnantes. La grossièreté peut être une affectation, une décontraction affichée, un coup de dent aux raideurs bourgeoises comme pour mieux affirmer l’arrogance de classe héritée de longue main. Un dîner encore : on entend un long et sonore pet ; le coupable, à la dame à sa gauche et à belle voix : « Ne vous inquiétez pas, madame, je dirai qu’c’est moi. » Et parfois les goujateries mornes et les cynismes mondains ne sont que les traces de l’ancienne vulgarité boutiquière dans le salon du bourgeois pas fini, le parvenu.

Nomenclature sémantique en forme de monologue que le « dominant » adresse au « dominé » sous les vivats du public du chapiteau :

 

« Je suis distingué, tu es vulgaire.

Je suis rare, tu es commun.

Je suis unique, tu es quelconque.

Je suis irremplaçable, tu es habituel.

Je suis incomparable, tu es banal.

Je suis brillant, tu es terne.

Je suis fin, tu es grossier.

Je suis raffiné, tu es trivial.

Je suis aisé, tu es pauvre.

Je suis le consommé, tu es la soupe (le public rit)

Je suis un prince, tu es un bouseux.

Je suis profond, tu es futile.

Je suis mince, tu es gras. »

 

Quand la séance dérape légèrement, un spectateur dans les travées se lève, prétend parler au nom des « dominés » et lance à l’orateur : « Excrément d’exégète ! Crevette desséché ! Chèvre dégénérée ! Jument qui pisse ! Ver de terre en gelée ! », etc. Insultes dont il précise qu’elles viennent toutes du fond littéraire français, et il conclue par un bruyant « Je te chie ! » Tout le cirque est debout.

 

Sur le livre d’or consacré au curé d’Ars, à la cathédrale de Bayonne, ce vœu ardent récent : « Faites que nous puissions toujours louer nos appartements » Un certain affaissement vulgaire de la spiritualité. »

 

Pour terminer l’oncle Maurice professeur de latin qui lance à la cantonade « Les demoiselles, ça ne se mange pas, ça se suce ! » Et il brandit ainsi comme des trophées les carcasses d’oies encore rissolées du feu de la braise, et que l’on appelle en Gascogne les « demoiselles », dont les lambeaux de chair grillée déposent une pellicule joliment grasse sur toutes les bouches »

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 08:00

photoMarie3.jpg

Au fur et à mesure que maître de Candole lui contait la triste fin de l’ensemble de sa seule parentèle vivante Marie se mordait les lèvres pour réprimer un cataclysmique fou-rire qui montait en elle. Pour faire diversion, s’empêcher de rire, elle cherchait dans sa mémoire le nom de l’auteur du Roman d’un tricheur dans lequel un type assis à la terrasse d'un café racontait comment son destin fut définitivement scellé lorsque, à l'âge de douze ans, parce qu'il avait volé dans le tiroir-caisse de l'épicerie familiale pour s'acheter des billes, il fut privé de dîner. Le soir même, toute sa famille mourrait empoisonnée en mangeant un plat de champignons. Elle s’exclamait « Sacha Guitry !

- Plaît-il ?

- Rien maître, c’est nerveux...

- Je vous comprends mademoiselle c’est un tel drame !

Le drame pour Marie se situait ailleurs : pouvait-elle décemment aller danser avec son beau militaire alors que cinq gisants, ses seuls parents, se retrouvaient dans les tiroirs d’une chambre froide de l’hôpital Bellan ? Ses neurones crépitaient, elle s’entendait dire « je suis alitée », ce qui était vrai. « Vous êtes souffrante mademoiselle ?

- Oui c’est le cœur.

Le soupir du notaire en disait long sur sa crainte de se voir à la tête d’une succession sans héritier. Marie le rassurait « Ce n’est qu’un petit problème de surchauffe. Demain tout ira mieux. » Maître de Candolle en prenait bonne note avant de s’enquérir du moyen par lequel elle gagnerait Bordeaux. Cette question plongeait Marie dans un abime de perplexité. Même si ça peut paraître étrange elle ne savait pas comment on se rendait à Bordeaux, ni ailleurs, car, chaque fois qu’elle sortait de Paris, c’était en compagnie d’amis qui s’occupaient de tout et elle ne s’était jamais souciée de ce qu’était un billet de train ou d’avion. « Et si j’y allais avec mon vélo ? » À l’autre extrémité Me de Candolle du avaler son dentier car il y eut un blanc assez long. D’une voix qui se voulait assurée il déclarait enfin « Je m’occupe de tout mademoiselle de Saint-Drézéry. J’appelle de ce pas mon collègue Me Burin des pommiers qui vous fera chercher à votre domicile... » Sa réponse claquait, impérative.

- Demain !

- Bien sûr mademoiselle de Saint-Drézéry...

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 00:09

L’Aveyron ça sonne bien avec vigneron mais c’est un pays plus connu pour ses hautes terres, monts d’Aubrac et Grands Causses, pays d’élevage où sont nés des fromages renommés : le Roquefort et le Laguiole. Et pourtant les vignes se sont agrippées aux pentes modelées à la force des bras, murets de pierre sèche et escalier de géants en témoignent. Bien sûr, lorsqu’ils sont restés au pays les aveyronnais sont plus paysans et éleveurs que vignerons, mais comme ceux qui sont montés à la ville ce sont des entreprenants, âpres à la tâche, mais soucieux de leur pays, de leur terre. Ici la vigne se jardine. Comme elle n’est pas dominante elle s’accroche, s’insinue dans le paysage, voisine des sites remarquables : le château d’Estaing et l’Abbaye de Conques dont le cartulaire fait état dès le Ixe siècle des premières terres à vigne s’élevant sur les terrasses du Fel... Vignoble enclavé, tourné sur lui-même, méconnu ou même décrié, paradoxalement il fait parti de ceux dont l’avenir est bien plus assuré que celui de grande mer de vignes plus connues, plus renommées.

 

Pourquoi me direz-vous ? Tout bêtement parce que l’Aveyron est un pays vert, accueillant, où la table est fort bien garnie d’une cuisine simple, nature, de caractère et goûteuse. La recherche de l’authentique sans les fioritures de ceux qui le vendent au mètre, sur affiche ou papier glacé, conduisent ceux qui mettent leurs actes en harmonie avec leurs paroles à y venir d’un coup d’aile ou via le viaduc de Millau. Certes tout n’est pas parfait en Aveyron, mais sous l’impulsion d’hommes comme André Valadier et Christian Valette qui font leurs produits à la fois avec leur cœur mais aussi avec le souci de générer et de garder de la valeur au pays, la tendance productive pourra s’infléchir. Loin des batailles médiatiques qui servent plus le cursus politique de certains, celle-ci est plus modeste, moins spectaculaire, mais bien plus en phase avec une réelle demande sociale. Faire de bons produits, les faire apprécier in situ tout en les mettant à la portée des urbains comme l’a montré la mise en avant au restaurant du Ministère de l’Agriculture, rue Barbet de Jouy, des produits de la filière bleue, blanc, cœur. La bataille du mieux manger se gagnera de cette matière intelligente et pragmatique. J’y reviendrai dans une future chronique.

 

Et les vins dans tout cela ? On pourrait me rétorquer que cette belle mosaïque de plateaux entaillées par de multiples cours d’eau, avec de terribles dénivellations, où les parcelles sont forcément petites, à hauteur d’home, sans jamais écraser le paysage, n’est pas forcément synonyme de bons vins. J’en conviens mais cette poignée d’hectares 20 pour le VDQS d’Entraygues et de Fel, 19 pour le VDQS d’Estaing, 57 pour les Côtes de Millau, 200 pour l’AOC Marcillac et quelques arpents pour les anciens vins de pays de l’Aveyron, a de l’avenir et si, les droits de plantation de la vigne venaient à ouvrir un peu plus la porte, non pas à la libéralisation – sacrilège absolu pour tous les libéraux de la vigne – à une gestion plus intelligente de l’adaptation de l’offre à une réelle demande marchande, ces ont de l’avenir par leur bonne adéquation avec l’image de leur pays. Bien sûr ce ne sont pas des grands vins mais des vins qui seront bus et qui rendront joyeux et heureux ceux qui les auront bus. Le vin n’est pas qu’un produit d’admiration, d’adulation pour grands amateurs c’est, ou ça devrait être avant tout un produit de partage et de convivialité.

 

Alors, comme ce n’est pas profession, je mets au défi les dégustateurs patentés d’aller trainer leur longs nez dans les chais aveyronnais. Pour ce faire je leur joins, les cartes et la liste des vignerons. Paris-Rodez est desservi par Air France la virée peut se faire en deux ou trois jours. Pas un très gros investissement pour nos revues spécialisées, faisable non ! Pour ma part j’ai chroniqué sur un humble vin de pays celui de Patrick Rols link et si certains audacieux veulent se risquer jusqu’en Aveyron je peux leur servir de GO, le service étant compris bien sûr. Au plaisir de vous lire chers confrères.

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 08:00

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Le matin du 14 juillet, sous un petit soleil, Marie se levait de fort belle humeur. Avant de chausser ses tongs orange elle entreprit de peindre ses ongles de pied en bleu turquoise. La veille au soir sa tentative de reproduire le drapeau tricolore sur l’index, le majeur et l’annulaire de ses deux pieds avait viré au fiasco car le gros orteil gâchait l’effet qu’elle en espérait. Ce soudain esprit patriotique lui venait de la rencontre qu’elle venait de faire, rue du Bac, avec un kanak balaise habillé en militaire du Génie. Marie qui circulait sur son vieux Mercier « Raymond Poulidor » n’avait pu éviter le bougre d’homme qui surgissait de derrière une jeep stationnée dans le couloir de bus. Par bonheur elle circulait à une vitesse d’escargot car elle pensait à la paire de Doc Martens rose fluo qu’elle avait aperçu en vitrine du côté de Montorgueil. Sa bécane valdinguait et elle se retrouvait dans les bras puissants d’un sosie de Christian Karembeu. Marie pensait « Merde chui pas Adriana ». Et pourtant, le beau légionnaire qui n’en était pas un, avant de la redéposer sur le macadam sollicitait son nom, prénom, pas sa qualité mais son numéro de téléphone portable. Ils iraient donc ensemble au bal du 14 juillet. Toute ragaillardie par cette soudaine irruption dans sa vie Marie filait jusqu’à la rue du Cherche-Midi où, chez Cotélac, elle faisait l’acquisition d’une gentille robe à pois rouge en crêpe georgette. Donc, allongée sur sa couette, en contemplant les poupées de coton qu’elle avait glissées entre ses doigts de pied, elle se disait que ça allait être vraiment une chouette journée. C’est à ce moment là que son téléphone portable a grelotté et, sans même réfléchir, Marie a appuyé sur répondre ce que d’ordinaire elle ne faisait jamais. Bien sûr elle espérait que ce fut son beau militaire qui, si matinalement, de sa jeep, venait s’inquiéter de son bon éveil. Douche froide, c’était Me de Candolle le notaire de la famille. D’une voix d’outre-tombe, sitôt ses civilités débitées, il lui annonçait « Ils sont tous morts. »

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 00:09

Chez moi tout arrive. Sur cet espace de liberté un jour est tombé le PV d’une réunion du Conseil Municipal de Losse-en-Gelaisse. J’en extrais un bout :

 

Le secrétaire de Mairie de Losse-en-Gelaisse le 8 décembre 2010 jour de la fête des Saints-Innocents.

 « Ulysse Vergnes, jamais en reste de faire l’intéressant, après un long topo sur la notoriété, rien que pour emmerder le maire qui est aussi président de la coopé « L’Etoile », dite familièrement l’Etoile rouge vu les penchants politiques du président, a proposé d’inviter Robert Parker pour que celui-ci vienne noter les vins de sa propre coopé « La Moderne », dites aussi La Citerne, vu qu’ils vendent tout en vrac, qui fait, a-t-il ajouté les seuls rouges dignes de ce nom de toute l’appellation »

 

Question 3 (elle vaut 3 pts) : de quel cépage emblématique Ulysse Vergnes, propose-t-il d’organiser un Mondial à Losse-en-Gelaisse sous le patronage de Robert Parker. ?

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