Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 02:09

Le matin du Nouvel An 72 je suis allé accueillir sur le tarmac de l’aéroport la sainte famille de Tanguy du Coët privée bien évidemment de sa nounou mapuche. Marie-Amélie profitant de l’échange traditionnel des vœux, et de l’attention détournée de son époux en grande conversation avec le Premier Secrétaire de l’ambassade, me sautait au cou et ses baisers dédaignaient mes joues pour mieux effleurer la commissure de mes lèvres et s’y attarder. La comtesse, née de Chabaud-Rohan, revivifiée par l’air du pays, me chuchotait à l’oreille « J’ai promis à Francesca de veiller sur vous. Entre femmes on se comprend. Venez demain pour l’heure du thé... » Elle réajustait son chignon avec élégance en me gratifiant d’un sourire plein de dents sans équivoque. Le côté androgyne des planches à pain m’a toujours ému, chez Marie-Amélie il se doublait d’un air résigné de plante en pot sage prêt, sous une soudaine poussée de sève vive, à se transformer en drosera carnivore. En lui éparpillant les cheveux sur ses épaules, en parcourant le galbe parfait de ses longues jambes, en attisant la braise qui couvait en elle, je me voyais bien jouer les boyards dans son boudoir. Mais l’heure n’était pas aux galipettes car si j’étais venu à la rencontre de l’ambassadeur c’est que la veille j’avais reçu la visite du représentant du « comité ad hoc » une jeune type tout frais émoulu de Harvard. Constitué au début de 1971 à Washington ce «comité ad hoc» où étaient représentés l'Anaconda Company (mines de cuivre), la Kennecott (cuivre), Ralston Purina (alimentation des bestiaux), Pfizer Chemical (médicaments), Grace and C° et Bank of America s’était donné pour objectif de maintenir la pression sur Henry Kissinger.

 

Ce charmant jeune homme, aux ongles manucurés, lisse comme une pomme, morgue en kit, un peu petit tout de même, venait s’enquérir auprès de ma petite personne de la vivacité des « petits vers du MIR» et de leur capacité à « véroler le vieux chancre » et à hâter « l’état de pourrissement du fruit ». Ses employeurs, drivés par Gerrity vice-président d'ITT, avait suggéré à Broe, le chef du service Amérique Latine de la CIA, un plan d’accompagnement afin de hâter la décomposition de l’économie chilienne. Rien de très violent, la méthode douce s’apparentant à l’euthanasie d’un patient en phase terminale. En d’autres circonstances je l’aurais rudoyé mais là, voulant moi-même m’extirper du bourbier, je graissai ma tartine de miel, je lui servis une description qui le ravit. Profitant de son état de faiblesse, sans vergogne, je sollicitai un chèque de 100 000 dollars pour mes bonnes œuvres en ajoutant que madame Harriman ne percevait pas toutes les subtilités de la volaille gauchiste et que sa pingrerie se révélait préjudiciable à la prolifération de la gangrène de l’ultra-gauche. Sous-entendu : ce bonus reste entre nous. Il opinait en signant un chèque de la Bank of America. Alors qu’il me tendait sa petite contribution à ma future désincarcération du merdier chilien je lui proposais, très baroudeur du Middle West, d’enfiler un treillis et de chausser des pataugas pour que nous puissions nous enfoncer dans les métastases occupées par le MIR dans la proximité de Santiago. Il se raidissait, malaxait ses belles mains tout en cherchant une voie de sortie honorable que je lui proposai avec componction « J’ai une meilleure idée. Vous devriez rendre une visite de courtoisie au général Juan Manuel Guillermo Contreras Sepúlveda. C’est un homme clé. Au détour de la conversation dites-lui que sa charmante épouse coule des jours heureux aux côtés d’Arnaldo Ochoa le terrible Cubain qui commande en sous-main la Grade Prétorienne d’Allende. Ça le mettra en condition ». Rasséréné, le jeune mandataire prenait congé en me serrant la main avec effusion.  

e5584220080307145826937.jpg

Charles Enguerrand, en bon diplomate, jugeait mon procédé un peu toxique et il me conseillait de faire attention à mes abattis. Semelles de crêpe et cheveux brosse estimait, lui, qu’une bonne grenade dégoupillée avait toujours l’avantage de foutre le bordel là où il fallait le mettre. Bien entendu dans la conversation je n’avais fait aucune allusion à la petite avance du sémillant représentant du « comité ad hoc ». Avant même que je ne l’informe de sa visite l’ambassadeur m’avait confié avoir été ravi de faire la connaissance du Grand Homme et que Francesca était en de bonnes mains. Ramulaud goguenard nous suivait comme un vieux chien fourbu. Nous papotâmes sur Paris, sur le Monts des Alouettes, la messe de minuit dans le vieux Pouzauges, puis j’entrepris mon embobinage de diplomate. Tâche fort aisée au demeurant. Les salades pas très fraîches que je vendais au digne représentant du Quai d’Orsay ravissaient le capitaine car il savait que j’allais enfin décaniller, débarrasser le plancher. Mon projet s’apparentait au billard français à quatre bandes : petite excursion avec visa touristique pour Buenos-Aires par un vol régional régulier, puis, avec le faux passeport que Ramulaud m’avait bichonné, d’un coup d’aile je gagnerais Brasilia, là location d’une voiture pour me rendre à Belém d’où je m’embarquerais pour Cayenne. Et ainsi je me retrouverais sur le territoire national muni de mes vrais papiers d’où je pourrais m’envoler pour Paris-Orly aux bons soins d’Air France. Là-bas, un petit saut chez le grand homme puis cap sur Milan.

Partager cet article
Repost0
27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 00:09

Jacques Canetti fut un génial inventeur au sens du code civil : « découvreur de trésor » la liste des artistes qu’il a imposé contre vents et marées, à rebrousse poil des modes, précédant et créant la tendance, est la plus belle affiche que puisse rêver la variété française (chanson&humour)

 

« De Polydor à Philips, jusqu'aux Productions et Éditions Jacques Canetti, en passant par Radio Cité et le Théâtre des trois Baudets, beaucoup d'artistes français ont un jour ou l'autre fait affaire avec lui et beaucoup lui doivent leurs premiers pas : d'Édith Piaf à Jacques Brel en passant par Serge Gainsbourg, de Georges Brassens à Jacques Higelin, de Charles Trenet à Félix Leclerc, de Guy Béart à Nougaro, de Jeanne Moreau à Serge Reggiani, de Fernand Raynaud à Raymond Devos, de Pierre Dac et Francis Blanche à Robert Lamoureux... » Wikipédia

 

En prenant mon petit déjeuner vendredi matin, j’écoutais France Inter et Didier Varraud lui a rendu hommage à l’occasion de la sortie d’un coffret 4 CD et d’un DVD link J’ai choisi de vous refaire entendre Serge Reggiani dans une chanson « Les Loups » qui, dans le contexte de 68, avec sa scansion rauque et un univers musical dramatique, m’avait vraiment marqué.

vi_news_ID44_NEWS.jpg 

 

Serge Reggiani

 

Serge Reggiani Ses chansons côté scène, côté cœur

 

Pour la première fois, 7 heures D’IMAGES INEDITES et un  CD  best of : sa vie, son œuvre, en chansons, sur scène, en coulisses, en reportages, en interviews… Découvrez

 

C’est en 1964, précisément après le film L'ENFER, que Serge abandonne pour un long moment le cinéma et démarre sa carrière dans la chanson, grâce au producteur Jacques Canetti.

 

Un clip inédit a été réalisé à partir des rushes du film L’enfer  et réunit  Serge et Romy, sur les plus belles chansons de Serge. Ce coffret ravira tous les amateurs de Serge Reggiani et aussi de Romy Schneider.

 

CD: 28 chanson-Les meilleurs enregistrements en public de 1969 à 1976

 

BONUS: Hommage à Romy

 

DVD 1 INEDIT: Pour la 1ère fois en images 49 CHANSONS : ses plus grandes interprétations à la télévision et sur scène  (Dim Dam dom, Télé Dimanche, Bobino, Numéro 1, Champs Elysées…) de 1967 à 1985 : émotion assurée !

 

DVD 2 INEDIT (2H30) :13 reportages de 1957 à 1969 - Voyage avec Serge au coeur de sa vie et de ses talents

 

1964: Le tournant de sa carrière: Après L'enfer de H.G.Clouzot avec Romy Schneider, il passe à la chanson

 

Avec un superbe hommage à Romy: reportages-interviews-tournages de 1955 à 1981

 

DVD 3 INEDIT (2H30): 13 reportages de 1970 à 1985 - De l'acteur maudit à son apogée dans la chanson - Serge raconte son étonnant parcours avec franchise et tendresse.

 

Prix : 35.00 €

 

Les Loups et des bonus, bon dimanche à vous sur mes lignes avec paroles&musique... 

 

Partager cet article
Repost0
26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 00:09

Comme pour les trains de la SNCF « un Rothschild peut en cacher un autre ». Ici il s’agit du baron Guy banquier de son état comme il se doit mais qui était surtout un grand propriétaire de chevaux de sang (il a présidé le Syndicat des éleveurs de chevaux de sang en France de 1975 à 1982) et les turfistes repéraient à tout coup les jockeys qui couraient sous ses couleurs : casaque bleue toque jaune car la « sainte casaque » alignait les victoires avec une régularité de métronome. L’écurie de Guy de Rothschild a notamment gagné une fois le Prix de l'Arc de Triomphe en 1963 avec Exbury, qui restera son cheval préféré, trois fois le prestigieux Prix de Diane (1957, 1960, 1961), trois fois le Prix Royal Oak (1949, 1964, 1973), deux fois le Prix Morny. .

14rothschild_lg.jpg

Ma « science » de la chose hippique je la tiens de mes travaux pratiques : pendant 5 années j’ai tenu le dossier des Courses au cabinet (le Ministère de l’Agriculture est cotuteur de ce secteur) et je connais bien le milieu. Présider les dîners de l’Arc au Meurice avec l’Aga Khan puis y faire le discours de clôture, les ventes de Deauville et le dîner du Syndicat des Eleveurs de chevaux de sang au Casino (on dîne beaucoup dans les courses), les bisbilles entre trotteurs et galopeurs, mes liens avec Georges Halphen mon délicieux propriétaire et l’ami Jacques Geliot grands amateurs de chevaux, socialistes, ça me changeait les idées. Donc ce Rothschild là, fils du baron Édouard de Rothschild (1868-1949) et de Germaine Halphen (1884-1975) et père d’Édouard propriétaire de Libération et Président de France-Galop, ne faisait pas dans les GCC. C’est chez lui que le futur Président Pompe fera ses armes de banquier.

 

L’anecdote qui suit met en scène le « milliardaire rouge » le truculent Jean Doumeng citoyen du monde et de Noé et, bien sûr, le baron Guy de Rothschild. D’URSS le JBD était capable de tout importer. Ainsi il fit le commerce lucratif de tortues de jardins vendues par les oiseliers des quais de Seine. Elles venaient des rives du fleuve Amour mais la SPA s’insurgea et le big Jean se rabattit sur les animaux de ménagerie : tigres de Sibérie pour Jean Richard, chevaux de l’Oural pour Joseph Bouglione, des chameaux du désert de Gobi pour Cheynau de Leyritz.

 

« Aussi à l’issue du déjeuner où ils venaient d’entrer en affaires, le baron Guy de Rothschild pouvait-il présenter à Jean cette requête : « Il paraît, cher ami, que vous importez, à l’occasion, des animaux sauvages, bêtes de cirque ou de zoo. »

Et, sur confirmation, il exprimait son désir de posséder un couple de mouflons pour le parc de son château de Ferrières. Jean promis de s’en occuper personnellement, si bien que, quelques semaines plus tard, le baron lui téléphonait : « Mille fois merci, cher ami. J’ai bien reçu les mouflons, et plus beaux même que je ne l’espérais. Mais, si j’ai trouvé votre carte de visite d’accompagnement, il n’y avait aucune facture jointe, à moins qu’ils ne l’aient broutée. Soyez donc gentil de me faire savoir combien je vous dois »Et Jean, superbe, de répliquer : « Figurez-vous, cher ami, que toute la fortune des Rothschild ne saurait me payer du plaisir que j’ai eu à vous être agréable. »

Il recevait, peu après, en remerciement, un somptueux envoi de Mouton-Rothschild de haut millésime. Et il l’avait goûté en l’honneur de l’ambassadeur soviétique Vorontsov, venu le voir à Noé. Mais, alors que le diplomate s’extasiait, il affectait de préférer un gros rouge en carafe, vin de la coopérative voisine de Longages. » Je ne déteste certes pas le Mouton-Rothschild, expliqua-t-il, mais ce cru de terroir est, à mes yeux, le meilleur du monde, le seul que j’aime vraiment. »

Intrigué, l’ambassadeur manifesta le désir d’y goûter. Alfred Nègre, présent au reps, l’en empêcha : « N’y touchez pas, Excellence. On vous a mal traduit les propos de Jean. Il n’a pas dit « le seul vin que j’aime », mais, exactement, « le vin que, seul, je peux boire. »

On s’esclaffa, et Jean, évoquant l’origine de ce Mouton-Rothschild, retombait, comme toujours sur des pattes : « Encore une affaire de troc des mouflons contre des « Mouton ».

Partager cet article
Repost0
25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 00:09

Comme l’affirmait d’un air dégagé le capitaine Haddock à propos de sa boisson favorite : « Un soupçon, une larme... » le sujet qui fâche les modérateurs c’est la dose. En effet, depuis le célèbre slogan d’un fils de pub « Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts... » les messages dit sanitaires sont devenus des formes de barrière dont on ne sait trop si les transgresser entraîne des conséquences graves pour sa santé. Nous raffolons en notre beau pays, à l’image des grandes organisations internationales maniant mieux les statistiques que l’efficacité, des normes horizontales toisant tout le monde de la même manière en faisant fi de nos différences et des inégalités face à la vie. Pour les slogans c’est plus simple, simpliste, c’est censé frapper les esprits au travers de campagnes de communication aussi coûteuses qu’inefficaces. Dans le cas présent ce n’est pas le flacon qui fait l’alcoolisme et le combat sanitaire doit s’attaquer aux causes, aux racines profondes, non pas du mal mais de la souffrance sociale qu’exprime l’absorption régulière et excessive. Évidemment ce type de politique ne revêtirait pas le côté spectaculaire des spots télévisés mais elle aurait le mérite de s’inscrire dans la durée.

 

Mon petit couplet étant délivré revenons aux choses sérieuses : la mesure !

 

Aux temps anciens l’unité de départ pour le vin, tout comme l’huile d’olive, était la charge que pouvait transporter un mulet soit la quantité contenue dans deux outres. « Chez les Grecs et les Romains, la charge avait été divisée en 6 parts qui représentaient le contenu de l’amphore standard, soit un pied cube équivalent à 26,364 litres. Chez eux, lorsque le vin et l’huile étaient transportés en charrette, ils étaient conditionnés dans une outre en peau de bœuf, le culleus. La capacité de référence de celui-ci avait été fixée à 20 amphores, soit 527,28 litres. Une charrette transportait donc approximativement l’équivalent du contenu de 6 outres. Lorsque les Romains adoptèrent, pour le vin, le tonneau gaulois, ils en firent fabriquer à la même jauge que le culleus. L’unité de mesure devint ensuite le modius, ‘est-à-dire le fût contenant 527,28 litres. Le latin modius a donné « muid » en français, moggio en italien, moyo en espagnol et mueg en occitan. »

 

Oui mais une fois le vin transporté il devait être bu donc mesuré. Au Moyen Âge on distinguait donc :

- une ligne haute pour les ventes en gros ;

- une ligne basse pour les ventes au détail.

 

Pour la ligne haute l’unité de référence variait en fonction du réseau de voies de communication : « là où les charrettes circulent aisément, et là où on a facilement accès au transport par eau, le muid ou ses équivalents vont être la mesure de base. »

Si vous souhaitez entrer dans le raffinement des différentes mesures consultez le tableau ci-joint. J’en énumère les principaux.

Le demi-muid : tonneau dans l’Uzège et barrique dans le Castrais et l’Albigeois.

La charge : liée aux chemins muletiers prédominants dans certaines communautés des Cévennes, dans la Montagne Noire et le Velay. La charge variait de 126 litres à Langeac (Velay) à 220 litres à Pradelles (Vivarais)

Le semal : la moitié de la charge correspondait à la capacité d’une outre.

Le setier : très variable et manipulé 6, 5,4,3 setiers pour une charge.

L’émine : variait de 11,82 litres à 25,86 litres.

 

Pour la ligne basse il est important de signaler que « le principal débouché du vin était représenté au Moyen Âge par la vente dans les débits de boisson de toutes les catégories : hostelleries, auberges, cabarets... La deuxième ligne de mesures correspondait à cette consommation répétitive. Les échantillons de base se situaient donc dans une fourchette de capacité allant de 0,30 litre à 3,50 litres. »

 

Le pot ou pinte : qui variait entre 1,45 litre à 3,47 litres. « Lorsque l’on s’attablait à sept ou huit dans une taverne, on commandait un pot. De cette coutume, il nous est resté l’expression « aller prendre (ou boire) un pot ».

 

La miège ou piché : en occitan miège signifie moitié donc la miège était la moitié d’un pot. De toutes les sous-dénominations l’une d’elle vaut son pesant d’histoire « le justicial » c’est-à-dire le juste que l’on rencontrait dans le cartulaire d’Aniane où « le cellerier doit approvisionner chaque groupe de six moines, tous les jours ordinaires, de deux justiciales de vino de senioribus, « de vin des seigneurs » (grand cru). »

 

La feuillette : la moitié du miège.

 

La truquette : une demi-feuillette donc l’équivalent du verre soit 25 cl d’où le slogan de l’époque « Une truquette ça va, trois truquettes bonjour les dégâts. »

 

Pour finir quelques fraudes courantes :

- « L’une des fraudes les plus pratiquées consistait à introduire une vessie de porc par la bonde et à la remplir d’eau. Le subterfuge ne pouvait être découvert que lorsqu’on rinçait le tonneau. »

- « Quelques coups de marteau bien ajustés permettaient au tenancier de bosseler intérieurement le pichet ou la feuillette dont la capacité était ainsi diminuée de un ou deux centilitres. À la fin de la journée, le surprofit réalisé était loin d’être négligeable. »

Et une suggestion pour mes amis les marqueteurs du vin : dans le Rouergue le muid était dénommé aussi pipe et celle-ci variait en fonction de la période de l’année : une pour le vin novel ou moilh que l’on débitait entre les vendanges et la Saint-Martin et une pour le vin fact que l’on débitait entre la Saint Martin et les  futures vendanges.

img229.jpg

Partager cet article
Repost0
24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 00:09

Au cul des bouteilles, plus élégamment au dos, sur ce qui fut la contre-étiquette qui fait maintenant souvent fonction d’étiquette nous sommes gratifiés, en plus des mentions obligatoires, de laïus sur ce qu’il faut manger avec. Je n’ironiserai pas sur l’indigence qui caractérise en général les notices car c’est, du fait de l’extrême diversité de nos mets, mission impossible. Entre les minimalistes : viande rouge, poisson, charcuterie, fromage à pâte cuite, gâteaux secs... et les postmodernes : émincé de bœuf de Kobé en portefeuille de pâte feuilletée à la farine bise d’épeautre de Cucuron sur une fine couche de rutabagas bio rôtis de chez Alain Passard enrubannés d’un buisson de pissenlit blanc cueilli au flanc du Fuji-Yama parsemé de fleurs de violettes du pays de Cocagne saupoudrés de piment d’Espelette broyé à la meule chez Antonin Iommi-Amunategui in Euzkadi  du nord... s’étend le vaste champ où sévissent les petits génies du marketing qui, tels des chienchiens à sa mémère, s’échinent à courir derrière le dernier produit tendance : tapas, sushis, mini-légumes...

 

Trop d’uniformité créé l’ennui et ainsi plus personne ne lit. Alors, après avoir lu un drôle de petit bouquin d’un auteur québécois Dany Laferrière « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » aux éditions Le Serpent à plumes – pour les oreilles « politically correct » je signale que ce livre, publié en 1985, au Québec est une satire féroce des stéréotypes et des clichés racistes – je me suis dit un matin au saut du lit me remémorant un passage – que vous pourrez lire ci-dessous – pourquoi ne pas, au dos de nos belles bouteilles, conseiller aux buveurs d’être aussi lecteurs. En clair, un accord vin&bouquin. Très souvent en notre petit Landerneau nous parlons de vin d’auteur alors pourquoi ne pas marier deux inspirations, deux sensibilités, deux approches du monde, deux imaginaires. Le vigneron et l’écrivain y trouveraient leur compte pour le plus grand bénéfice de l’extension du des domaines du vin et des bouquins. Dis-moi ce que tu lis et je te dirais qui tu es : bien plus que les gloses des « longs nez et des becs fins » sur les origines d’un vin la mention d’un petit bouquin au dos d’une étiquette contiendrait beaucoup plus d’indices sur le moi profond du vigneron.  photolaf.jpg

« Faut lire HEMINGWAY debout, Basho en marchant, Proust dans un bain, Cervantès à l’hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot dogs, frites et coke... Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche (...)

La bouteille gît encore au pied du lit. Je bois une bonne rasade avant de sombrer de nouveau dans la plus douce somnolence. Le vin descend, onctueux, chaud, dans ma gorge. Pas mal pour un vin de mauvaise qualité. Je me sens mou et comblé ».

 

Au-delà de votre lieu favori pour lire tel ou tel auteur je vous propose un exercice des plus sérieux :

1 – vous choisissez un vin d’auteur : nom, âge, qualité du vin bien sûr (si vous êtes vigneron choisissez l’un de vos vins bien sûr)

2 – si vous n’êtes pas vigneron vous imaginez en lieu et place du vigneron le bouquin : nom, âge, qualité du bouquin bien sûr qui pourrait être associé à ce vin.

3 – si vous êtes le vigneron du vin  c’est plus simple.

4 – vous écrivez une petite notice à l’attention d’un buveur-lecteur

5 – vous la transcrivez dans la case prévue à cet effet à la rubrique commentaire

6 – si vous êtes timides vous pouvez utiliser la rubrique contact en bas du blog qui permet de me transmettre un texte sans que celui-ci apparaisse aux yeux de tous.

7 – si le jeu en vaut la chandelle je publie un florilège de vos accords vin&bouquin.

8 – pour motiver les ramiers j'offre une tournée à tous les contributeurs à la Contre-étiquette bien sûr !

 

Bonne journée à tous et à bientôt sur mes lignes avec vos lignes...

Chokolo-9190.JPG

Partager cet article
Repost0
23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 07:41

L’idée d’écrire ces quelques lignes m’est venue suite à une  réunion initiée par les vignerons du Pallet qui ont invité les propriétaires viticoles à discuter avec eux.

 

La présentation du dispositif d’aides à la diminution de la surface en Muscadet et l’animation du débat était assurée par Alain Treton représentant la chambre d’agriculture.

 

Le conseiller général du canton René Baron est intervenu, ainsi que Pierre-André Perroin maire du Pallet.

 

Lors des nombreux échanges, les propriétaires (pour la plupart anciens vignerons) ont posé plusieurs questions :

 

-1-Comment l’administration a-t-elle pu pondre de pareilles mesures ?

 

Réponse : ce n’est pas l’administration, mais la profession viticole qui a mis en place ces mesures.

 

-2- Comment accepter d’arracher aujourd’hui une jeune vigne qui m’a coûté cher à planter et à installer sans véritable compensation financière ?

 

Réponse : c’est inacceptable.

 

-3- Qui va toucher le si peu d’argent promis dans ce dispositif ?

 

Réponse ; le fermier.

-

4- Puis-je l’obliger à m’en redonner tout ou partie ?

 

Réponse : non cela doit se faire à l’amiable et en bonne intelligence.

 

-5- A qui appartiennent les droits de plantation générés par l’arrachage ?

 

Réponse ; Si votre bail précise la dévolution des droits de plantation en fin de bail, c’est cette clause qui s’applique. Si votre bail ne comporte pas cette clause ou si vous êtes en bail verbal, vous devez le spécifier aux services de la viticulture (douanes) au moment de l’arrachage sinon les droits appartiennent  à celui qui arrache, en l’occurrence le fermier.

 

Cette réunion a été riche d’enseignements et mon sentiment personnel est que la viticulture n’a pas suffisamment analysé la situation avant de prendre des mesures unilatérales.

 

En effet, s’il est indiscutable que ce sont les producteurs de Muscadet qui sont les plus impactés par la crise économique et qu’il est mathématiquement impossible et professionnellement suicidaire de financer la récolte d’un vin que l’on ne vendra pas.

 

Il est flagrant que les plus impactés par les mesures d’arrachage sont les propriétaires qui pensaient légitimement, (après avoir pour la plupart mis en valeurs leurs vignes) avoir un complément de revenu pour leur petite retraite.

 

Comme l’a très bien dit René Baron, cela remet en cause le bien fondé de la retraite par capitalisation !

 

Ceci démontre au passage qu’il ne suffit pas d’avoir des vignes dans les meilleurs terroirs, mais qu’il est au moins aussi important de bien vendre le vin et ne s’occuper que du volet arrachage ne suffira pas à mieux vendre, contrairement à ce que l’on nous dit de manière simpliste.

 

Quoi qu’il en soit, il faut penser à l’avenir et construire de vraies zones viticoles dans les meilleurs terroirs et de vraies zones agricoles dans les bonnes terres de culture.

 

à suivre…

Partager cet article
Repost0
23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 00:03

Et pourtant bien avant de vous noyer ici même sous la pluie fine de mes mots, le déluge diront certains, Dieu sait que j’ai commis – normal pour un Grand Commis de l’État : j’adore cette appellation car je ne me souviens plus quand je me suis gagé pour le compte de ce gars-là – des brouettés de « gros mots » sur Bordeaux. Pas la ville aux Chartrons délaissés mais ses environs pleins de châteaux où, comme vous le savez, il est de bon ton de ne pas mélanger les torchons avec les serviettes. S’il y avait eu une place de Grève en lieu et place de celle des Quinconces les maîtres du « troupeau » de l’époque m’y auraient bien vu exposé publiquement à la vindicte populaire. Mais, si puis dire, la roue a vite tournée et je fus l’invité de tous les plateaux, colloques, assemblées générales, numéros spéciaux (1), de la ville de Bordeaux en grands travaux. J’eus pu en tirer une légitime satisfaction, peser sur la tête repentante de certains, me payer la tronche d’autres, non je continuais mon petit bonhomme de chemin. L’essentiel était ailleurs et les analyses, même jugées pertinentes, ne font pas forcément une bonne politique si les intéressés eux-mêmes ne s’en emparent pas.

 

Bref, aux premiers temps de cet Espace de Liberté je me penchais souvent sur les écrouelles du Géant Malade comme le montrent ces deux chroniques « Mes biens chers frères » link  et « Victime du système » link Si vous ne souhaitez pas lire ces 2 chroniques je vous signale que la première avait trait à un document de réflexion d'un groupe de travail réuni autour du cardinal Ricard  Archevêque de Bordeaux Evêque de Bazas : «  La crise viticole n'est pas une fatalité ». Il était daté du 5 mai 2006 et la seconde était un extrait du témoignage de Jean-Luc D recueilli par Catherine Mousnier dans le Paysan Vigneron revue régionale viti-vinicole des Charentes et du Bordelais  N° de janvier 2007 consacré à la Crise des vins de Bordeaux : Une prise de conscience collective.  Le temps passant bien sûr je m'en retournai à Vinexpo que je fréquentais en y allant à vélo, je me pointais  même dans les châteaux pour le faire le beau en primeurs, même qu'on m'invitait à l'AG d'une ODG. Le maire de Bordeaux répondait à mes 3 Questions alors que Bordeaux fêtait le vin link 

 

Comme je ne vais pas vous infliger l'énumération de toutes mes chroniques bordelaises j'en reviens à l'objet de celle-ci : pourquoi ne ratiocinai-je plus sur les heurs et les bonheurs de notre vignoble amiral (au sens du vaisseau) ? Il faut que je vous avoue qu'une fois que je me fusse posé la question et que je l'eusse couchée en titre, aucune bonne ou mauvaise raison de cette abstinence ne vint exciter mes neurones fatigués. Tout irait-il dans le meilleur des mondes à Bordeaux ? Ce serait faire injure à ceux des vignerons qui sont dans la difficulté que de répondre oui. Cependant, à propos de monde à Bordeaux, sans vouloir ironiser, y'en a bien au minimum trois qui se côtoient sans toujours vivre ensemble. Pour me dédouaner je pourrais écrire, l'air pincé, que plus personne ne m'invite à gloser, à délivrer mes oracles éclairés. Trop facile, et de plus inexact car si j'en avais le temps je pourrais aller éclairer la lanterne d'un Président. Alors, pourquoi diable cette disette ? Avant de répondre je dois confesser l'inavouable : je voulais un jour placer dans un titre de chronique le verbe ratiociner, couper les cheveux en 4, et ce fut l'occasion lorsque l'idée me vint de m'interroger sur mon abstinence bordelaise. Comme je déteste les ratiocineurs c'était une façon pour moi de pratiquer l'auto flagellation.

 

Certains ironiserons que si je ne coupe pas les cheveux en quatre en revanche je délaie un tantinet la sauce pour masquer le vide sidéral de cette chronique. Détrompez-vous, même si ce ne fut pas une position réfléchie, volontaire, mon abstention est le fait d'un besoin de prendre de recul, de la distance, d'observer. En effet, le 19 juillet 2010, lors de sa dernière AG, a présenté un plan nommé « Bordeaux demain » pour redresser la situation économique de la filière. En effet, je cite « La filière vitivinicole bordelaise a souffert ces dernières années d’une baisse des prix en grande distribution – y compris sur des marchés comme les Pays-Bas ou l’Allemagne – et d’une baisse des ventes en restauration. Ses parts de marché ont reculé en France et à l’exportation. La « marque » Bordeaux elle-même « s’abîme ». De nombreux opérateurs sont en situation précaire. Parmi les raisons évoqués l'«impasse » des modèles « de production et de vinification », des problèmes de transmission d’exploitations, des produits qui ne sont pas en phase avec les attentes des consommateurs et des soutiens bancaires incertains. Pour autant les professionnels croient « aux opportunités du marché actuel et a dressé un plan pour permettre à la filière, d’ici 5 à 8 ans, de « réaliser un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euros et commercialiser 6,3 millions d’hl », en développant ses ventes notamment en Chine, États-Unis et Royaume-Uni. » en resserrant la gamme autour de trois segments et en supprimant les vins dont les « niveaux de qualité » ne sont pas « cohérents avec l’image de la marque ». Et de conclure « qu'à moyen-long terme, le volume des vins basiques bordelais devra reculer. »

 

Ce plan est très complet. Je l'ai lu et analysé. J'ai eu le projet d'écrire sur le sujet et puis je me suis ravisé. Quelle légitimé aurais-je à venir mettre mon grain de sel dans un processus bien calibré, bien formaté par des hauts spécialistes jugés bien plus aptes que moi à déterminer la stratégie et à conduire la manœuvre ? Aucune ! Comme je sais parfois être sage j'ai gentiment rangé mes petits outils dans leur mallette pour me consacrer à d'autres occupations. Voilà, vous avez la réponse à une question que vous ne vous posiez même pas mais que je me devais de me poser car Bordeaux reste Bordeaux et la maison Berthomeau, qui ne rechigne jamais devant le boulot, va se réveiller un de ces quatre et faire un retour en force, sans passer en force, au pays des châteaux... Si d'ici là quelques bordelais ou bordelaises veulent venir s'exprimer sur mon petit espace de liberté ils seront les bienvenus. Bonne journée à vous tous.

 

(1) Extrait du N° Spécial Sud-Ouest Aquitaine Eco : Vins d’Aquitaine des Trésors à défendre d’octobre 2003 où j’occupais une belle surface dans le Gotha du tonneau des châteaux de Bordeaux  et en plus j’avais droit à l’Appellation que j’adore « Haut Fonctionnaire »

img225

img227

img228

Partager cet article
Repost0
22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 07:00

Comme au rugby, le britannique ne renonce jamais. Passé le rush de la meute j'entrainai ma chère anglaise à un truc qui m'a toujours plié de rire : un cocktail sur un stand d'une grande institution (je ne donne pas de nom car je me ferais encore des amis). Moi j'adore ! Tout d'abord il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans l'enclos - bien que moi, comme je suis connu comme le loup blanc, on me laisse entrer les mains dans les poches - enclos où, bien sûr, se pressent les happy few qui gravitent comme des planètes autour des hautes personnalités présentes. Presque toujours les mêmes (là ce n'est pas la peine que je donne des noms vous pouvez le faire tout seul) qui se bourrent de canapés et de petits fours, picolent du champagne ou du whisky (boissons syndicales) et, bien sûr, échangent de hautes pensées sur le devenir de notre planète ou, parfois, du lumbago qu'ils ont récolté après leur partie de tennis ou pire de golf. Je suis très mauvaise langue. Ce qui me plaît par dessus tout c'est que le chaland, celui qui traîne ses guêtres et des kilos de prospectus, qui cherche la dégustation gratuite, qu'en a plein les bottes, qui va mâchonner un mauvais sandwich en buvant de la bière dans un gobelet en plastic, au lieu de regarder le jeune veau, tout juste né, de Flambeuse la belle Normande aux yeux tendres, y zieute tout ce beau monde qui se fait des ronds de jambes. Parfois, je sens dans son regard comme des envies de... 

 

Revenons à Mary. Mon pince-fesses semble lui plaire. Elle écoute aux portes si je puis m'exprimer ainsi. Je sens que je vais en prendre pour mon grade. Tiens cette année, certains qui m'ignoraient l'année dernière me saluent. Bizarre vous avez dit bizarre... Moi je bois un hypocrite : du jus d'orange au champagne. Fendant la galaxie de plusieurs directeurs mon anglaise fond sur ma pauvre petite personne. « Vous les Français vous adorez jeter l'argent du contribuable par les fenêtres... » me susurre-t-elle perfidement. J'ai beau lui dire que des fenêtres y'en a guère Porte de Versailles, elle ne goûte pas mon humour qui n'a rien de britannique. Pourtant, l'air de rien, je lui porte une attaque à laquelle elle ne s'attendait pas. « Voyez-vous, chère amie, c'est moi, si je peux m'exprimer ainsi sans vous paraître un peu outrecuidant, qui ai privatisé le Salon de l'Agriculture... » puis l'estocade « et en plus ce sont des anglais qui ont failli l'acheter... » Là, la pauvre, telle une carpe du bassin du Château de Windsor, arrondit sa bouche, manquant d'air. Je me venge d'Azincourt, lui expliquant que le CENECA (un zinzin public dirigé par un fonctionnaire) perdant de l'argent à pleins tuyaux, nous les spécialistes des poches percées, les adorateurs des déficits,  avions sans coup férir mis fin à la gabegie. Le tonneau des Danaïdes s'était trouvé un fond, pas de pension, mais un fond tout de même.

 

La donzelle sonnée avait trouvé son maître. Elle se vengeait en razziant les éclairs au chocolat. Moi, faux-derche de lui dire  « et si nous allions faire un tour sur le stand de votre beau pays... » Déjà déconfite par ma perfidie de mercanti, elle sombrait dans la mélancolie. Et savez-vous ce qu'elle m'a dit quand on s'est retrouvé là-bas : « en tant qu'anglaise, je suis rouge de confusion devant l'échantillon de nos produits. On les dirait tout droit sortis du placard de ma grand-mère dans le seul but de confirmer le cliché selon lequel la Grande-Bretagne est une contrée barbare située loin au-delà des limites du monde culinaire connu... » Bien sûr, j'ai fondu face à une telle détresse et pour me faire pardonner ma méchanceté je l'ai emmené sur le stand du CIV (Centre Interprofessionnel des Viandes) et nous nous sommes offerts - pour être franc c'est eux qui nous l'ont offert - une entrecôte à la bordelaise avec une bonne Folle Noire de chez Mourat - le ragoûtant -  des coteaux de Mareuil. Après, comme on était un peu flapi, sous les arbres de l'Office des Forêts on s'est endormi pour une petite mariénée...

 

Rude journée pour la reine ! Au salon de l'agriculture la chaussure est l'outil essentiel pour tenir le coup. De ce côté-là mon anglaise est lourdement ferrée, le genre Méphisto en croute de cuir délavé. Sur le flanc de la descente, la Mary est une redoutable : elle écluse et distille en temps réel. Moi je suis plus douillet sur le liquide mais imbattable sur le solide. Après notre petite sieste nous déambulons dans les travées, sans but précis, au gré de nos envies. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans le hall de l'Odyssée Végétale qui se veut le pendant du hall des bestiaux. En ce moment on se dirait au Salon de l'auto car les gars des céréales, du sucre, et bien sûr du colza y ne pensent plus qu'à la carburation. Roulez à l'huile de friture ! De mon temps les plaisantins foutaient du sucre dans le réservoir des gars qui pouvaient pas piffer et maintenant c'est tout ce qu'il y a de plus officiel, ça s'appelle le bioéthanol. Un de ces jours, y se pourrait que nous roulions au Bordeaux. Quand j'ose dire ça à mon anglaise elle me prend vraiment pour un fêlé. Merlot 33 aussi, c'est ainsi.

 

Juste après que j'eus prononcé ces fortes paroles nous sommes tombés sur une très bonne amie. Quand elle m'a vu avec mon anglaise elle l'avait un peu mauvaise car je lui dis toujours que le Salon ce n’est pas dans mes amours. Bon fallait que je trouve une dérivation : le terroir bien sûr ! On était à quelques encablures de l'huile d'olive. Mal m'en prit, voilà t'y pas que ma très chère amie se lance dans une diatribe où elle dit à Mary que tout cela est du freli frela car elle quand elle va à Carrefour : elle négative. Dans les caddies la plupart achètent du prix et que, comme le dit le Professeur je ne sais plus qui, l'ami de Michel H, les enfants obèses se recrutent dans les couches les plus défavorisées. Que c'est bien beau de se gargariser avec la qualité, l'authenticité, le terroir, mais qu'il faudrait quand même se préoccuper de ce que bouffent vraiment les gens. Arrêter de se raconter des histoires. Retrouver le lien avec la nourriture. Cesser d'interdire des trucs en disant qu'ils font mourir. Voir comment vivent les gens. Que, oui, l'ami de Michel H c'est le professeur Arnaud Basdevant. Moi, courageux comme un mec en présence de deux femmes qui discutent, je me suis discrètement esbigné, les laissant en plan, trouvant que ma journée au Salon était terminée. Je suis rentré en métro : la ligne 12.

 

 

Désolé je n'ai pas pu m'en empêcher : repasser les plats c'est un peu la tradition du Salon de l'Agriculture, non vous ne trouvez pas. Ces 4 chroniques dont je n'ai pas touché une ligne sauf à corriger les fautes d'orthographe (1-2-3-4) sur le Salon de l'Agriculture 2007, avaient trouvé leur origine dans la lecture d'un article du Daily Telegraph : Un anglais les pieds dans le terroir, sont à la fois le fruit de mes souvenirs de tout ces jours passés au Salon, inaugurations comprises, Ministre et Président compris, et, bien sûr aussi, un peu de mon imagination. J'espère ne pas vous avoir trop insupporté avec mes digressions mais, comme je suis persuadé que l'on peut traiter des questions importantes avec un peu de légèreté, je l'ai fait pour que les choses avancent, pour qu'on cesse de se payer de mots, surtout en ce temps où l'inflation des mots est de mise. Le bien manger, le bien vivre à la française, est un héritage qu'il ne faut pas se faire confisquer ni par les intégristes du terroir, ni par les faiseurs de nourriture hygiénique à soi disant deux balles... Quel beau challenge que de proposer au plus grand nombre des produits de qualité à un prix accessible pour leur porte-monnaie !

 

(1)  Aux culs des vaches avec une anglaise

(2)  Quelle est la profondeur des terroirs de France ?

(3)   La vengeance est un plat qui se mange froid

(4)   Avec Carrefour je négative

 

Partager cet article
Repost0
22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 00:09

Les gars de chez moi, quand y montaient à Paris pour le Salon c'était pour deux raisons avouables : voir les bêtes et le matériel et deux, qui ne l'étaient pas : se prendre quelques mufflées carabinées dans le couloir de la mort (l'actuel hall des provinces) et aller trainer du côté de Pigalle. Je ne veux pas être mauvaise langue mais, comme leur moyen de transport exclusif dans Paris était le métro, beaucoup d'entre eux, en dehors du quartier de la Porte de Versailles et des lieux de perdition, ne connaissaient rien des splendeurs de notre capitale, exception faite peut-être de l'Eiffel Tower. Ces temps sont révolus, la machine agricole a émigré à Villepinte et notre Salon de l'Agriculture attire, plutôt que les agriculteurs, les urbains, les enfants des écoles et les étrangers. Alors j'ai décidé, ce matin, de vous narrer la visite d'une anglaise au SIA (le sigle est déjà la preuve qu'on est en présence d'une grande vitrine plutôt que d'un salon professionnel).

 

Pourquoi une anglaise ? Parce que celle-ci, par commodité je la prénommerai Mary, m'a écrit « Il est des moments où l'on ne peut s'empêcher d'aimer les Français. Comme samedi dernier, jour d'ouverture à Paris du Salon International de l'Agriculture... » Venant d'une ressortissante de la perfide Albion ça mérite réflexion. Pour elle c'est la France profonde* qui débarque à Paris. Les Français ont les pieds dans le terroir*. Et d'ajouter rien de tel qu'une visite au Salon pour comprendre tout ce qui sépare culturellement les Britanniques et les Français. Bigre ! Et pour enfoncer le clou : même si ses enfants étaient fourbus lors de leur première visite, le lendemain il la suppliait d'y retourner. «  Rendez-vous compte : même les enfants adorent y aller ! » s'extasie-telle... Alors pourquoi bouder ce plaisir, au front, quand faut y aller faut y aller...

 

* en français dans le texte  

 

L'épicentre du Salon c'est bien évidemment le grand Ring de présentation des animaux. Des bêtes bichonnées comme des top-modèles, des taureaux Limousins couillus, des Pies rouges pimpantes, des Parthenaises rosissantes, des Blondes d'Aquitaine aguichantes, des gorets de Bayeux noir et blanc, des biquettes poitevines : de bien belles grisettes, des brebis de Lacaune, celles qui font, sans que José y prête la main, du Roquefort alter, des béliers Southdown altiers, j'en passe bien évidemment : la France est un pays Jacobin assis sur de belles provinces qu'il glorifie lorsqu'elles montent à Paris. C'est ce que je dis à mon anglaise pour faire l'intéressant. Mais elle me dit qu'elle a un petit creux. On va donc se faire un petit mâchon : rillettes, grattons, saucisson à l'ail, andouille de Vire, y manque que de la fressure, sur de bonnes tartines de pain embeurrées d'Echiré (qui ne vaut pas bien sûr le beurre salé de mémé Marie) arrosées d'un p’tit coup blanc (je ne dis pas lequel pour ne vexer personne) Comme je suis un gars qu'a des relations on est allé, ma nénette du Surrey et ma pomme, poser nos fesses sur le stand d'une organisation. Eux, les gars des z’organisations agricoles, y distribuent que du papier mai y z’ont des salons pour VIP. Donc on s'est vautré sur des canapés et, tout casse-croûtant on s'est mis à bavasser...

 

Pour faire couler la miette, mon anglaise et moi, en plus du P’tit Chablis de nos amis de la Chablisienne, nous nous enfilions un grand café puis un pousse-café : une rincette au Calva (pardon dans ce cas-là c'est la bonne orthographe). Bien sûr ça donnait des couleurs à ma pâlotte du Surrey qui, dans cette douce euphorie, trouvait le moyen de penser que l'heure était venue de me balancer quelques vacheries. Y sont comme ça les britishs, peuvent pas s'en empêcher. Je pourrais ironiser sur les vaches anglaises et leur goût pour les farines mal chauffées mais ce serait de mauvais goût. Bref, voilà t'y pas que la Mary, tout en sauçant son sucre dans le jus de pomme du pays d'Auge, me dit «  vous les Français vous êtes drôles. Les citadins et leurs enfants viennent s'extasier devant les animaux au Salon une fois par an. En dehors de ce moment de rêve, à les entendre ceux qui les élèvent polluent leurs belles rivières, ceux qui font du blé en font tellement qu'ils cultivent plus les primes de l'Europe que des céréales, que de toute façon les paysans ne sont jamais contents, trop chaud, trop froid, trop mouillé, trop sec, qu'ils barrent les routes à tout bout de champ, que les viticulteurs jettent à tous propos leur vin au caniveau... Tout ça n'est pas très cartésien monsieur je sais tout... » Comme je suis de bonne humeur je ne lui en tiens pas rigueur. Je pourrais évoquer les primes européennes de sa Très Gracieuse Majesté pour ses petites propriétés mais je suis fair-play. De plus je n'ai pas envie de discuter. Alors je la prends par le bras et d'un bon pas nous partons nous immerger dans la profondeur des terroirs de France.

 

Bon, comme je ne veux vexer personne, je ne peux citer tout ce qu'on s'est enfilé, mais je puis vous assurer que nous les avons tous fait les terroirs de France, DOM-TOM compris. On a commencé par des huîtres de Bouzigues avec un coup de Picpoul de Pinet, puis on s'est tapé de la Poutargue. Puis on s'est dit qu'on allait faire dans le fromage : Boulette d'Avesnes, Fourme d'Ambert, Banon, Gaperon, Langres, Beaufort, Livarot, Niolo, Osso-Iraty, Epoisses, j'en passe... avec de la fougasse et les liquides locaux qui vont avec. Et puis, j'ai du céder au désir de femme et nous sommes allés nous taper un Chabichou avec un blanc du Haut-Poitou, cuvée La Surprenante. Très drôle ! Pour compenser je l'ai emmené boire un Pacherenc-de-Vic-Bilh en lui disant que c'était bon contre le bégaiement. Puis comme j'avais un petit creux on est allé se taper un aligot - qui comme vous le savez est fait avec du Laguiole frais - arrosé d'un Marcillac acidulé. Après ça, elle avait envie de sucré alors on s'en est allé chez les Bretons pour savourer un Kouign-amann - qui comme vous le savez n'est que du beurre salé et du sucre - avec une bolée de Cidre de Cornouailles de Christian Toullec qu'a eu une médaille d'or au Concours Général de 2004. C'est alors que je me suis dit qu'il fallait que j'aille revoir ma Normandie. On n'a pas fait de chiqué : un tarrasson de Teurgoule avec un cidre du Père Jules. A ce moment là Mary m'a dit  « où allons-nous aller déjeuner ? »

 

Je n'ai pas eu le temps de lui répondre, une vague, un raz-de-marée, un tsunami a failli nous emporter. C'était le cortège de l'homme qui depuis longtemps savait parler à l'oreille des animaux. Les paysans avaient le coeur gros, leur grand Jacquot allait tirer le rideau. C'est alors que mon petit doigt m'a dit « mon garçon, fait attention, pas de panique, elle va te brancher sur la politique... » Le coquin ne s'était pas trompé, alors qu'on venait tout juste d'échouer du côté de la Martinique et qu'on sirotait un rhum agricole, mon emmerdeuse patentée du Surrey a attaqué. « Mais qu'est-ce qu'ils viennent chercher là ? » Bêtement j'ai répondu « des voix... » Ça ne la satisfaisait pas elle m'a rétorqué « que nous les Français on adorait se défiler... » Bon, j'ai fait le dos rond, évité d'évoquer Mers-El-Kébir ou d'autres mauvais souvenirs et, pour faire diversion je lui ai dit, d'un air un peu niais, « cette année vous savez on peut à nouveau admirer les poulets... » D'accord, avec une sortie comme ça, je n'ai pas fait progresser d'un pas l'Entente Cordiale mais, comme je suis un besogneux, tout en nous tirant des profondeurs de nos terroirs je me suis dit que j'allais m'en tirer en lui racontant une histoire.

 

à suivre de suite sur une chronique qui va se mettre en ligne...

Partager cet article
Repost0
21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 00:09

L1000422

Pour les 100% vin, le vin c’est tout à la fin et c’est le fin du fin... Patience !

 

Au gré de ses découvertes Fleur vous proposera, ici, un panier empli, si je puis m’exprimer ainsi, d’une trilogie : un pays, un produit, un producteur avec en plus, rien que pour vous, un beau petit flacon qui va avec. Fleur Godart elle a les pieds dans sa campagne, la tête dans les étoiles et elle court dans la ville capitale pour que les saveurs de nos terroirs arrivent jusque sur nos tables. Bienvenue donc à une nouvelle plume sur cet espace de liberté. Fleur et moi nous nous sommes rencontrés à la dégustation Hugel en novembre dernier et nous y avons beaucoup parlé de papa Godart qui fait du beau poulet fermier en Périgord – pour la petite histoire je me suis aperçu bien plus tard que j’avais acheté et apprécié du poulet de la ferme avicole « Des Grands Champs » d’Etienne Godart – et des produits qui ont gardé l’empreinte de la main de ceux qui les font. C’est cela l’authenticité ! Puis le temps a passé. Moi j’avais ma petite idée derrière la tête : confier une rubrique à Fleur pour qu’elle vous fasse profiter de ses découvertes, de ses bonnes adresses, qu’elle vous infuse sa joie de vivre, qu’elle participe avec sa passion des bons produits de terroir à l’extension du bien-vivre qui m’est si cher. C’est aujourd’hui chose faite, deux fois par mois Fleur dénichera pour vous dans les replis de nos beaux pays, des produits chouchoutés, bichonnés, des produits que vous pourrez vous procurer et que vous apprécierez. Et puis, cerise sur le gâteau, Fleur glissera à chaque fois une bouteille dans son panier : et oui il faudra vous y faire les mecs elles savent tout faire les jeunes filles d’aujourd’hui même goûter le vin !  

(Fleur Godart écrit une chronique sur le vin dans Gmag un nouveau magazine bimestriel diffusé en kiosque et par abonnement www.gmag.fr )L1000445

 

Tomtomtomates

 

« Des tomates ? Je n’en mange plus, elles n’ont plus de goût ! » s’exclamait à regret ma voisine Martine, croisée au retour d’un marché.

 

Curieuse du contenu de mon panier, je lui montrais, triomphante, une prise de guerre étonnante : non, pas de ces tomates technicolor, cultivées en hydroponie, sous lampe et sur du coton imbibé d’engrais (il en existe même une version bio, ce qui prouve bien une fois de plus que bio n’est pas toujours synonyme de bon !)…

Mais de curieux petits sachets,  renfermant la plus jolie cure de soleil qu’il nous soit donné de goûter à paris en hiver.

Pour tout label, un nom qui sonne comme un sourire : Marc Peyrey. www.marc-perey.com  

 

Né à Marmande, Marc n’a eu de cesse de vouloir faire redécouvrir le fruit qui à rendu célèbre cette  belle région du sud-ouest. Il cultive ses tomates avec amour, en pleine terre, et une fois gorgées de soleil, il en réserve une partie pour en faire ses fameux «pétales de tomates», séchés ou confits, dans un four traditionnel, utilisé d’ordinaire pour la transformation des prunes d’Ente en pruneaux d’Agen.

 

Et là, Martine de renchérir : « mais c’est toujours trop salé ces choses là ! »

 

Ici encore, c’est une histoire de bon sens.

Une tomate fraîche de médiocre qualité donnera une tomate séchée qu’il faudra «maquiller», donc saler à outrance pour masquer son absence de saveur.

Mais à l’inverse, un fruit mûr, charnu,  naturellement  généreux  ne pourra donner qu’un concentré de gourmandise, que l’on se contentera  de relever  avec subtilité selon les recettes.

Sans colorant, conservateur ni sucre ajouté, oui madame ! »  L1000408.JPG

Et puis, pour vous j’ai aussi glissé dans mon panier d’osier une petite bouteille de Matthieu Barret qui est un vigneron qui porte bien son nom, audacieux, passionné, drôle... rock n'roll (un mot qu'il aime bien).

Matthieu produit de très belles syrah à Cornas, étonnantes de fraîcheur et de minéralité, mais ici c'est sur un petit blanc de son négoce (comme son domaine, certifié bio) qui résonne avec nos tomates: « Blanc Bedos » 2006, assemblage de roussane et marsanne.

Gras, généreux, de jolis fruits blancs tout en fraîcheur, quelques notes d'infusions, et une belle acidité qui claque en fin de bouche amortie d'une douce amertume pour l'assise. Environ 8,50€ en cave. »

 

Fleur Godart

photoMB.jpg

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents