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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 00:00

 

Comme c’est étrange, en cette fin d’année, comme toutes les fins d’années, chaque magazine, spécialisé ou non, chaque journal, y va de son spécial Champagne.  Normal me direz-vous, Noël, le Nouvel An, les Réveillons, donc... donc des bulles... donc il faut choisir dans la profusion... donc il faut bien donner des conseils au bon peuple de France... donc dans ma petite tête de chroniqueur je me suis dit « pourquoi pas mon Spécial Champagne pour vous »... Mais, comme souvent chez moi entre l’envie et le passage l’acte la rivière profonde. En effet Vin&Cie n’est pas le Point et moi je ne suis pas Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, alors...        

 

Alors pour me tirer de ce dilemme, il ne me restait plus qu’à sucer la roue d’un « grand nez », tirer les marrons du feu d’un « bec fin », faire faire l’essentiel du boulot par un pro, suivez mon regard, appliquer la stratégie du coucou. Le rêve de tout cossard normalement constitué de mon espèce. Bien sûr pour ne pas tomber sous le coup du plagiat il ne faut pas se contenter de faire du Jacques Attali – encore un Jacques – c’est-à-dire du shadokisme littéraire, mais ruser, faire le bon gars qui sait pas, achetez le Point au kiosque du coin, le feuilleter, tomber comme par hasard sur le bon papier de Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, puis l’air dégagé faire son marché dans sa Sélection de Champagne à partir de 11 euros 30 et, en deux coups de cuillère à pot, le tour est joué.

 

Jouer. Moi ce qui me plaît dans cette méthode à 2 balles, pardon à 3 euros 50, c’est d’imaginer notre Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble marnant – faut la trouver celle-là – dans la Champagne vineuse, pas la pouilleuse bien sûr, se tapant la montagne de Reims puis escaladant la Côte des Blancs, allant de vigneron manipulant en vigneron manipulant, quasi troglodyte, dur labeur du grand humeur, toute la sueur du subtil goûteur, aux nuits peuplées de muselets, de blanc de noirs, de blanc de blancs, de dégorgement, de liqueur de dosage et de rosé – non Jacques ce n’est pas autorisé en Champagne, celle-ci utilise un droit que toutes les AOC ont – bref pas un truc « meunier tu dors » mon cher Pinot, référence subtile à Pineau le collègue de Bérurier me permettant cette sublime chute. J’en aurais presque mauvaise conscience d’exploiter ainsi la sueur de notre illustre goûteur si celui-ci ne nous rassurait sur l’hospitalité champenoise : « La Champagne sait recevoir » écrit-il. Alors, sans aucune mauvaise conscience, les pieds bien au chaud dans mes charentaises je vous livre le fruit de ma « pêche miraculeuse » en terre Duponienne – et non Duponiste ou Duponesque.

 

TOP 10 DES 2 JACQUES

 

Mes choix ne tiennent aucun compte des prix, ils se réfèrent à des instants de ma vie, à des coups de cœur, à des folies, à des amis, à ma raison...

 

1- Mon chouchou : Les Rachais Extra Brut 17/20 Raymond Boulard « Pur Chardonnay, fermentation spontanée avec levures indigènes. Grillé, moisson, blé, déjà des notes de craie, bouche puissante, dense, petite touche boisée qui apporte de la complexité. Vin gras, généreux, intense, qui demande quelque mois d’attente 38 euros » Lire ma chronique de sur les Rachais l'ami Francis Boulard http://www.berthomeau.com/article-18520151.html qui collectionne les bonnes notes du Jacques Merveilleux du Vignoble : un 17,5-18/20 pour son Petrae et 17-17,5/20 pour son Grand cru Mailly Brut nature. Mais comme si ça ne suffisait pas la RVF conduite par Antoine Gerbelle décerne pour l'Extra Brut 2004 un 18,5/20 et un commentaire que je ne résite pas au plaisir de vous livrer «Nez exotique, puis crémeux et doux comme un cake sortant du four. En bouche, c'est une projection de calcaire. Son fumet grillé évoque les grands chardonnays d'Arboid. Encore sur de fins amers, ce grand champagne de table s'appréciera sur au moins quinze ans. Dégorgé en juin 2009 » Et puis pour faire bon poids Gérard Muteaud dans l'Obs sélectionne Les Rachais 2002 « tonique et intense, emballe par sa finesse de ses bulles et la délicatesse de ses arômes.»
Bref, sans me pousser du col, sans dire que j'ai été le premier, je suis très heureux d'avoir déclaré y'a plus de 18 mois ma flamme à cette cuvée Les Rachais. Si vous me faites confiance allez-y les yeux fermés c'est du grand et du bon.


2-
Pour pépé Louis et le sourire de Mélanie : Cuvée Louis Extra Brut 17/20 Tarlant « Provenant d’une vigne de bas de coteau, moitié pinot noir et moitié chardonnay, une base 1998 complétée de vins de 1997 et 1997. Très pur, minéral, bouche vive et dense, large, structurée, ample, gras, long. 40 euros »

 

3- J’aime : Vénus 2004 Brut Nature 17/20 Agrapart&Fils « Provenant d’une vieille vigne d’Avize, «  travaillée par l’homme et le cheval Vénus », vinification en fûts. Nez discret, légèrement citronné et floral, petite touche de noisette, bouche assez fruitée, ronde, ample, des saveurs de raisin mûr, enveloppant, assez long. 60 euros »

 

4- La meilleure note : Nicole Moncuit Vieille Vigne 2002 19 /20 Pierre Moncuit « Nez riche, beurre frais, brioche, fleurs blanches, bouche riche, minérale, pierre de cave, crayeux, très long, très grand vin. Grande classe ! 42 euros »

 

5- Pour un fidèle, tendu, pas lui son champagne : Brut Perle Noire Grand Cru 16/20 Alain Soutiran « Nez minéral, pierre humide, cave, sans doute une présence assez forte de vins de réserve dans cet assemblage, structuré, tendu, bien savoureux, long. 31 euros »

 

­6- Le rosé de mon cœur : Grande Année Rosé 2002 18/20 Bollinger « Un rosé réalisé avec 5% de vins rouges provenant de la célèbre vigne de Bollinger, La Côte-aux-Enfants. Nez fraise, moisson, bouche épicée, éclatante de fruits et de saveurs minérales, vin vineux et élégant, très long. 150 euros »

 

7- Souvenir, souvenir de 1981 à l'Hôtel de Lassay : Grand Siècle 18/20 Laurent-Perrier « Houblon, céréales, blé chaud, joli nez, petites notes de cire, épicé, assez marqué vieux chardonnay, fin, élégant, poire confite, très long 170 euros »

 

8- Je n’y peux rien j'en ai :  Krug millésimé 1998 17,5-18/20 « Doré soutenu, nez fournil du boulanger et magasin de l’antiquaire réunis, cire et pain (et non pas pain de cire), pierre humide, bouche douce, crémeuse, voluptueuse ; vin très mûr, à point aujourd’hui. 250 euros »

 

9- Tendue, il a écrit tendue... : René Lalou 1998 17,5-18/20 Mumm « Miel, confiserie, nougat, fruits blancs confits, bouche vive, épices douces, tendue, crémeuse, une longueur exceptionnelle, finale épicée. Très beau vin de grande classe. 360 euros »

 

10- Une belle histoire à raconter : Les Échansons 1999 17/20 Mailly-Champagne « 75 % de Pinot Noir, 25% de Chardonnay. Nez vineux, marqué par le pinot, groseille, bouche crémeuse et dense, beaucoup de classe, vin de repas. 75 euros »

 

TOP 10 DES MEILLEURS PRIX POUR LES MEILLEURES NOTES de Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble

     

1-    Blanc de Noirs Grand Cru Henriet-Bazin : 17/20 « Joli nez fruits noirs, bouche douce, légèrement boisée mais bien fondue, minéral, long, complexe, droit, très joli vin d’un parfait équilibre. 17,20 euros. »

2-    Blanc de blancs 2005 Franck Bonville : 17,5/20 « Paille, cannelle, un peu évolué, crémeux, minéral, log, note truffée, épicé en finale. Complexe et raffiné 19 euros. »

3-    Prestige blanc de blancs grand cru Franck Bonville : 17 :20 « Paille, moisson, bouche douce, élégante raffinée, crémeuse et fine ; un vrai vin de grand cru. Long et élégant. 18,20 euros. »

4-    Prestige grand cru Rémy Louvet : 16,5-17/20 « Doré soutenu, nez poire, nèfle, bouche vineuse et fraîche à la fois, saveurs automnales, on retrouve la poire, long, élégant et gourmand. Très long. 15 euros. »

5-    Carte or blanc de blancs Grand Cru : 16,5-17/20 « Floral, citron, aubépine, bouche minérale, craie, tendue, note pamplemousse. Vin très pur, fin, un côté crémeux en milieu de bouche, long, belle amertume qui prolonge la bouche. 15,75 euros. »

6-    Brut 2004 Monmarthe : 16,5-17/20 « Nez frais, citronné, floral, bouche tendre, fondue, beaucoup de saveurs, gras, riche, très long pour un 2004. 17,90 euros »

7-    Brut Nature Fabrice Lecourt : 16,5/20 « Citronné, un peu sauvage, tendu, frais, très sèveux, vif, d’une belle pureté, le champagne en liberté. 12,70 euros »

8-    Brut Réserve Morel Père&Fils : 16,5/20 « Doré soutenu, nez épicé, feuilles mortes, senteurs automnales, bien marquées par le pinot noir, bouche gourmande, fruitée, riche en saveurs, équilibrée, un peu de sucrosité. 14,40 euros »

9-   Brut rosé Rémy Louvet : 16,5/20 « Nez parfumé, fraise, grenadine, bouche ample, gourmande, bonbon coquelicot, très joli vin, délicieux et crémeux. 15,30 euros »

10-                      Extrabrut 2002 Denis Marx : 16,5/20 « Nez citronné, bouche vive, élégante, bien fruitée, longue fraîche vive, structuré, long. 16 euros »

 

Les 3 plus petits prix avec les meilleures notes de Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble

 

1-      Sélection Gérard Cligny 15,5/20 : « Nez paille, minéral, présence de chardonnay qui lui confère des notes plus aériennes, bouche ronde, savoureuse, généreuse, long, gourmand, tendu, joli vin. 12,60 euros »

2-     Brut Tradition Philippe Thévenin : 14,5/20 « Nez fruits blancs, sucrosité, bouche ronde, souple, fraîche et ronde à la fois, bien parfumé ; bon vin d’apéritif. 12 euros »

3-     Tradition Gérard Cligny : 14,5/20 « Doré soutenu. Pomme, senteurs automnales, bouche fruitée, ronde, bien mûre, pas mal de vin de réserve, bonne amertume en finale. 11,30 euros » C’est le moins cher de la liste.

 

Pour les adresses consulter www.point.fr  les dégustations de Jacques Dupont.

Pour la tension Jacqueduponienne lire la chronique http://www.berthomeau.com/article-31561023.html

 

 

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 00:00

Le vieux, en nous faisant entrer dans sa bicoque enfumée, semblait à peine remis de son audace, son regard déjà torve fuyait les nôtres et, lorsqu’il nous intima quasiment de nous asseoir sur l’unique banc en pointant sa cane vers lui, son bras ondulait tel un épouvantail agité par le vent. Sous la table un brave Épagneul Breton releva sa vieille carcasse arthritique pour illico se mettre à lécher la main de Chloé. La glace était rompue, le vieux pour la forme morigéna doucement son vieux compagnon :

 

« Pompon laisse la dame tranquille... » avant d’ajouter « Moi, c’est Tanguy... C’est parce que j’ai navigué sur des cargos marchands que j’ai compris le bonjour de la demoiselle... » Cette tirade, toujours de sa voix d’enfant, le requinquait définitivement et il en profitait, en trainant légèrement la jambe gauche, pour aller jusqu’à son buffet de merisier quérir trois petits verres et un carafon en grès. « Je la fais moi-même, avec des fruits, les indirects ne se risquent jamais à venir fouiner dans nos affaires. On les verrait venir de loin et puis, ça pourrait tourner mal pour eux s’ils nous cherchaient vraiment des noises. » Le tout dit sur un ton rieur qui en disait long sur l’isolationnisme des briérons. Notre petit-déjeuner n’étant plus qu’un lointain souvenir je redoutais l’impact de la gnole sur nos estomacs qui commençaient à crier famine. « Avant de m’en jeter un, cher Monsieur Tanguy, je goûterais volontiers une belle tranche de ce jambon qui m’a l’air fumé à point... » Comme toujours Chloé dégainait la première et le petite vieux en frétillait d’aise sous le regard étonné de son Pompon de chien sans doute peu habitué à le contempler dans cet état.

 

L’ingestion, sur une tranche de pain presque rassis, d’une épaisse tranche de jambon salé à nous arracher la gueule nous poussa à une surconsommation d’un vin blanc d’origine incontrôlée d’une acidité frisant la vinaigritude. Chloé, avant de s’attaquer au jambon, nous présentait à Tanguy comme un jeune couple en quête de solitude. Celui-ci, en réponse, dévoilait ses chicots pourris sous un sourire de traviole qui témoignait de l’étendue des pensées grivoises qui lui traversaient l’esprit. D’ailleurs, après quelques verres, tout en récurant ses entre-chicots avec une allumette, il gratifiait Chloé d’un compliment de son cru « Avec une carrosserie pareille vous devez faire péter plus d’un bouton de braguette sacré nom de d’la... » Chloé tenant son godet de blanc incertain avec la même élégance que si elle se trouvait dans un salon du VIIe arrondissement répliquait, en se tortillant élégamment le cul sur le banc de bois « Vous savez Tanguy, nous les Italiennes nous sommes comme nos voitures, sous notre belle carrosserie nous abritons des chevaux qui ne demandent qu’à ce qu’on leur lâche la bride. C’est du feu... »

 

Le pépé, estomaqué par la réplique, marmonnait « ha be vous alors vous m’en bouchez un coin... » puis sans reprendre son souffle il enchaînait « p’tète qu’un petit bout de fromage de chèvre vous ferait plaisir... » Chloé, déjà un peu pompette, répondait un oui qui ravissait le vieux. Le pain était toujours aussi rassis, le beurre d’un rance piquant, le fromage dur comme du bois, d’un joli violet et d’une saveur robuste, le vin d’un gouleyant très déboucheur d’évier avec une fin de bouche jus de serpillère. Nous en étions à notre troisième flacon quand Tanguy décréta qu’un bon café avec de la goutte nous ferait couler la miette. Par bonheur la gnole écrasait l’âcreté du café tout en nous entrainant dans des ricanements de plus en plus fréquents et une hébétude ravie.

 

Vous dire comment, à la tombée de la nuit, nous sommes rentrés dans notre maisonnette, je n’en ai pas le moindre souvenir, sauf celui de mes doigts effleurant la surface de l’eau du canal. Chloé, même si ce fut elle qui nous amena à bon port, ne put éclairer ma lanterne. Assise sur la lunette des chiottes, laconiquement elle se contenta de répondre à mon interrogation d’un « nous sommes rentrés ». Notre transit durement éprouvé par l’ingestion du redoutable blanc de Tanguy nécessita un calfatage puissant. En guise de petit déjeuner nous nous mîmes au riz blanc et à la verveine.

 

Tapis dans notre lit, face à un feu plus vivace, nous abordâmes, caresse après caresse, les rives d’une tendresse propice aux confidences. Nos corps en charpie ne réclamaient rien d’autre que de la chaleur. Délaissant mes approches tortueuses habituelles je prenais Chloé à revers en lui déclarant que je l’accompagnerais lors de son prochain séjour en Italie. Un instant mes mains posées sur le haut de ses fesses la sentaient se raidir. La louve surprise cherchait une parade. Je ne lui laissais pas le temps d’en imaginer une j’enchainais « à mon retour à Paris je vais aller vendre au cabinet de ce cher Marcellin que m’infiltrer dans les Brigades Rouges lui permettrait de trouver du grain à moudre pour étayer sa thèse du complot terroriste international... » Toujours aussi vive Chloé m’objectait que je ne parlais pas un seul mot d’Italien et que mes chefs auraient bien du mal à avaler mon histoire. Sa remarque me secouait d’un fou-rire qui mettait encore plus à l’épreuve mes entrailles endolories. « Je tiens le pari qu’ils ne me poseront même pas la question... » Chloé se tut entamant un court épisode de bouderie qui déboucha sur une prise d’assaut de ma pauvre carcasse lui tirant ses dernières forces avec une rage féroce. Le constat de ma victoire me permettait d’offrir à Chloé l’instrument de sa jouissance qui fut volcanique, dantesque.

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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 00:00

S’expatrier est chose malaisée pour un Parigot même d’adoption, sauter le périphérique équivaut pour lui à s’aventurer au-delà des fortifications en une terra incognita au risque de se perdre. Vous me connaissez, je ne recule devant aucun défi et l’autre samedi, celui d’avant la libération du Bojolo Nuovo, sans me poser de question j’ai pris le métro direction Place d’Italie. D’abord aérien le voilà souterrain et dans ses boyaux je me suis faufilé jusqu’au quai de la ligne 7. Premier danger : la 7 est une ligne fourchue, faut choisir entre Mairie d’Ivry et Villejuif Louis Aragon. Problème : mon invitation dit que je peux m’arrêter soit Porte d’Italie, soit à Kremlin-Bicêtre, mais ces 2 stations sont situées chacune sur une pointe de la fourche. J’opte pour le Kremlin car ça m’évoque des souvenirs. À la sortie de la bouche, accueilli par une grande banderole (voir photo)

 

Je me dis « bonne pioche » mais aucune pancarte ne m’indique où se trouve l’espace Maigné où se tient le Salon des Vins Naturels et de Terroirs. Le bistrotier du coin à qui je demande l’ignore. Alors je me fie au sens de l’orientation du grand explorateur que je suis. Et dire que je me fais remonter les bretelles par un certain Beaujolyonnais – un courageux – pour crime de lèse pureté alors que je suis là à trainer mes guêtres au Kremlin-Bicêtre un samedi matin sous la pluie pour donner un coup de main. Je crapahute donc le long de l’avenue de Fontainebleau là où se trouvait l’usine Géo où l’on zigouillait plein de cochons qui barbotaient les eaux grasses des gargotes de Paris pour faire du saucisson et du salami – pour ceux qui ne le sauraient pas ma thèse de doctorat de droit avait pour thème le cochon et je travaillais avec les joyeux drilles du SECS (Service d’Etudes Charcuterie Salaisons) de l’INRA dont l’emblème était le cochon de Reiser et dans les couloirs du labo de Rungis je croisais un certain Ghislain de Montgolfier, y’a pas à dire nous vivions une époque formidable – Le « Monstre » a disparu, englouti dans les restructurations industrielles pour laisser la place à un paquebot de verre et d’acier baptisé Okabé www.okabe.fr sans doute en souvenir du O de Géo et KB pour les initiales de la ville.

C’est Philippe Babin des Coteaux d’Engraviès qui m’a invité www.berthomeau.com/article-23509447.html et en entrant dans l’espace Maigné, le premier qui vient me saluer est l’ami Franck Siméoni vigneron à Prades Vernazobre http://www.berthomeau.com/article-18466281.html .  Atmosphère bon enfant, je maraude. Tiens même un stand de la Conf’Pé ! J’engrange de la doc. Va falloir que je m’y mette. Je fais des petites photos puis je me lance.

 

Une découverte : les vins de pays de l’Aveyron de Patrick Rols à Conques  

Ce n’est pas lui qui est présent mais son frère, un garçon charmant qui me conte sans grandes phrases l’histoire de Patrick, technicien à la Chambre d’Agriculture de l’Aveyron, plutôt dans l’élevage, l’envie de changer. La vigne du père tout près de la magnifique abbaye de Conques, donc partir de presque rien en 2002, défricher, planter, donc recréer un vignoble de 6 hectares : en blanc 2 cépages Chenin/Chardonnay et en rouge : 4 cépages Merlot, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc et Syrah, le premier vin voit le jour en 2006. Une histoire simple mais un vrai défi dans un département plus connu pour son Roquefort ou son Laguiole que pour ses vins. J’ai goûté le blanc 100% Chenin 2008 et les 2 Rouges La Coquille 2008 Merlot Syrah et Le petit curieux 2007 un assemblage des 4 cépages. C’est ce dernier que j’ai beaucoup aimé, un vin joyeux, bien droit qui vraiment à un joli goût de revenez-y. Donc si vous passez à Conques pour admirer les vitraux de Pierre Soulages allez rendre visite à Patrick Rols Le Colombier 12320 Conques rols_math@yahoo.fr vous ne serez pas déçu. Le vigneron est en conversion bio, il élabore ses vins au plus près du naturel et les vend, y compris au Japon, en Suisse ou en Angleterre, dans des bouteilles aux étiquettes ludiques.

 























Un Retour :
 Chinon du Domaine des Rouets avec Jean-François Rouet

Sur ce blog j’ai beaucoup donné pour Chinon : 2 chroniques Rose bonbon : la nouvelle couleur du Chinon  http://www.berthomeau.com/article-6806087.html et Soupe de Fraises des Bois au vin rosé de saignée de Chinon épicé http://www.berthomeau.com/article-21942382.html  et même pas le plus petit accusé de réception. Mais bon faut prendre les gens comme ils sont et surtout pas mettre tout le monde dans le même sac. Jean-François Rouet, jeune homme avenant, est de la 6ième génération des Rouet et de retour sur l’exploitation familiale de Cravant les Coteaux depuis 1992. 14 ha de vignes 100% cabernet franc où les plus jeunes vignes ont entre 35 et 40 ans. Avec Jean-François Rouet nous échangeons. Sur ses documents commerciaux le logo des VIF souligné d’une belle formule : LE SAVOIR ÊTRE DU VIN nous amène jusqu’à l’ami Michel Issaly. Bien évidemment je goûte les vins. Ma préférence va à la Cuvée des Battereaux « vieilles vignes » 2007 c’est un beau Chinon comme je les aime avec des aromes de fruits rouges et des solides tanins bien fondus, de la structure, de la puissance avec de belles promesses. Pour trouver et goûter l’ensemble de la gamme famille Rouet Cravant les Coteaux 37 500  tél. 0247931941  domainedesrouet@orange.fr

Que les autres vignerons présents m’excusent mais je vais m’en tenir là car sinon mes billets vont s’allonger tels des discours à la Fidel Castro ou la Kroutchev devant le Soviet Suprême – je fais dans le discret vu que je suis au Kremlin – et je vais lasser. Avant de casser une graine, soit une terrine sur le pouce et une douzaine d’huitres de Vendée arrosé d’une Côte Chalonnaise 2007 du domaine Ferrey-Montangerand  je me dois de donner un coup de chapeau Au sergent du Kremlin une vaillante association créée en 2001 « sur une idée simple de partage et de convivialité atour du vin » Elle se réunit tous les mois avec en première partie un atelier du goût et une seconde sur un thème : terroir, appellation, cépage, verticale... » Bravo les gars et les filles du Kremlin et à la revoyure !

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 00:00

Caillou-6581.JPG
Toute ma vie j’ai rêvé, non pas d’être une hôtesse de l’air comme le chantait Dutronc – Jacques, le vieux avec Ray Ban et havane – mais d’être conservateur dans toutes les acceptions du terme et plus particulièrement au sens des tories anglais d’avant madame Thatcher, humour So british à le colonel Bramble, noble art, the servant, chemises Turnbull&Acer, Richelieu gold patiné, 10 Downing Street, Chancelier de l’Echiquier, Foreign Office «incapable de se débarrasser de son image de porteur de chapeau melon et costume rayé, doté d’un goût immodéré pour le champagne» dixit Sir David Gore-Booth ex-ambassadeur de sa Gracieuse Majesté en Inde, avec toutefois une touche d’écossais à la Sean Connery pour garder mes distances avec Elizabeth 1ière la «raccourciseuse» de Marie Stuart. En clair, j’aime beaucoup le côté désuet, défraîchi, coincé du col, hors du temps, un poil désabusé, cuir tanné, Vétiver, Cognac VSOP et cigares roulés sur cuisse ferme cubaine, le déclin de l’Empire Britannique quoi, un chouïa de décadence, le subtil parfum d’un monde englouti aux antipodes de celui de la nomenklatura soviétique...
 
Comme vous venez de le constater je suis un être simple qui, face à l’absolu néant de ses titres, s’est autoproclamé : Secrétaire-Perpétuel de l’Amicale du Bien-Vivre dites des Bons Vivants et comme celle-ci n’a, pour l’heure, faute d’Intendant digne de ce nom, aucune espèce d’activité, après en avoir délibéré avec moi-même, j’ai décidé de créer le Conservatoire International du Bien-Vivre. Bien évidemment, comme nous sommes en France et que nous n’aimons rien tant dans ce beau pays que les concours d’entrée à tout – je signale à ceux qui me collent l’étiquette de haut-fonctionnaire que je ne suis ni haut, ni fonctionnaire puisque de toute ma vie je n’ai jamais concouru pour entrer dans la Fonction dites Publique – je soumets les éventuels postulants à ce Conservatoire à une série d’épreuves afin de sélectionner ceux qui en sont dignes. Ce seront donc de Hauts Dignitaires qui contrairement aux Confréries Vineuses n’auront pas à porter des tenues que leurs femmes, compagnes, copines, trouveraient ridicules, ni à prêter des serments qu’ils ne tiendraient jamais ou encore à s’enfiler une rasade d’un quelconque cru dans une coupe qui sent le Mirror. En être, tout simplement, des Happy Few, la crème de la crème, des « conservateurs du Bien Vivre » pourfendeurs des « réducteurs de Bonheur National Brut » porteurs du virus de la Tristesse de Vivre, vecteur de la pire des pandémies dont nous sommes le seul vaccin qui vaille...

Ces épreuves seront corrigées par un Jury d’éminents Bons Vivants, présidé par Michel Smith, dont je vous communiquerai la liste dès que je l’aurai. S’il y a des candidats à ce Jury qu’ils se fassent connaître ça m’évitera de chercher.

Comme j’ai un sens aigu de l’opportunité – se décerner des qualités présente l’avantage de se donner l’illusion d’en avoir – la première de ces épreuves concerne la good old English cooking, la bonne vieille cuisine anglaise pour les allergiques à la langue de Shakespeare. « Le vent, la pluie, le brouillard, la pratique régulière des sports, valent aux Britanniques un robuste appétit qui se satisfait de nourritures simples et substantielles. » De plus, en Grande-Bretagne, les plats traditionnels portent des noms particulièrement imagés, alors mon questionnement va porter sur les vins, français ou non, qui se marieraient avec ces mets goûteux :

1- Cow-heel soup : « talon de vache » = soupe aux pieds de bœufs

2- Bubble and Squeak : « bulles et couics » = mélange de purée de pommes de terre et de choux cuits, réchauffé et frit dans la poêle.

3- Poor man’s goose : oie du pauvre = hachis de foie de porc et de lard, enveloppé dans une crépinette, et rôti.

4- Sheep’s Tail Pie = pie aux queues de moutons, sauce à la menthe (Kent)

5- Toad-in-The-Hole : Crapaud dans le trou = petits morceaux de beafsteak cuits entre 2 couches de pâte, au four.

6- Star-Gazy Pie (Cornouailles) Pie bayant aux étoiles = pâté dont la croute est percée en son milieu pour laisser dépasser les têtes des pilchards (harengs), cuits par-dessous.

7- Love in Disguise : l’Amour Masqué = cœur de veau enrobé de bacon roulé dans la chapelure.

8- Le Stilton Ch. = fromage blanc veiné de bleu. La crème d’un jour est ajoutée au lait entier du jour suivant. Doit vieillir 6 à 9 mois.

9- Fat Rascals = Gros Voyous : gâteaux du Yorkshire

10- Poor Knights of Windsor = le « pain perdu »

À vos souris, chers amies lectrices et amis lecteurs ! Le jeu en vaut la chandelle : la mention sur votre carte de visite de « Conservateur du Bien Vivre » c’est quand même plus « Vérigoud » que « Conservateur des hypothèques ».

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 00:00

« Combien faut-il de personnes pour faire boire une bouteille de vin danois ? Quatre. Réponse : la victime, deux personnes pour la maintenir et une pour lui verser le vin dans la gorge » Cette plaisanterie qui ouvre l’article de Lars Dahlager, « Tout – ou presque – est dans le cépage » - dans le journal Politiken de Copenhague cité dans le Courrier International. Dans l’imaginaire national le Danemark se résume souvent du côté masculin aux danoises blondes glaciaires et à l’équipe nationale de football. Et pourtant, le royaume du Danemark, qui semble être la houppe de Tintin sur la tête de l’Union Européenne, est géographiquement paradoxal puisqu’il est la fois le plus petit pays Scandinave et le plus grand de l’Union Européenne, et le 13ième au niveau mondial, si on inclut à sa superficie ses 2 régions autonomes : le Groenland et les Iles Féroé.

Danemark pays viticole ? « L’aventure vinicole du Danemark a commencé en 2000, lorsque l’UE a autorisé le pays à cultiver 99 ha de pieds de vigne. Ce feu vert a déclenché une petite révolution, puisqu’on recense aujourd’hui pas moins de 1 389 viticulteurs déclarés et une cinquantaine d’exploitations viticoles, qui produisent ensemble quelque 250 000 bouteilles. Et ce n’est pas fini : dix nouveaux vignobles commerciaux viendraient chaque année s’ajouter à la liste. » Pas de quoi ébranler les vieux pays du Vieux Monde du vin mais une question : buvable or not buvable ? Un début de réponse dans le palmarès de l’International Wine Challenge « On y voit, en page 57, à la rubrique Danemark, que 2 de ses vins ont été récompensés : un vin blanc, le madeleine-angevine 2008 (médaille de bronze) et un mousseux, le dons-orion 2007 de Skaesøgaard (médaille d’argent). » Selon Lars Dahlager « l’amélioration de la qualité au cours des dernières années tient essentiellement au recours de nouveaux cépages qui ont pour nom rondo, regent, orion et madeleine-angevine. Ces variétés sont en effet bien adaptées à des climats frais et des saisons courtes. Le léon-millot, aux grains noirs et bien ronds, est également très apprécié. Il est apparu dans les années 1950 en Alsace, où il est toujours cultivé. D’après Sven Moesgaard – un vigneron danois – il se plaît encore plus au Danemark. Le léon-millot donne une robe puissante et des tonalités un peu sauvages et violentes au vin rouge de Skaesøgaard, qui contient du regent et du rondo.

Le Léon-Millot est une obtention, vers 1911, d’Eugène Kuhlmann qui croisa (Vitis riparia x Vitis rupestris) x Goldriesling à l’Institut Viticole Oberlin de Colmar. Il fut commercialisé à partir de 1921. C’est hybride avec des plantations constatées en Vendée, en Suisse, au Canada et aux USA. Du même croisement sont issu les cépages : Maréchal Foch, Maréchal Joffre, Lucie Kuhlmann, Etoile I et II et le Triomphe d’Alsace. Ça pourrait donner dans les temps changeant que nous vivons des vins de cépages rétro et cocorico. Mais mon amour pour le Léon Millot date, vous vous en doutez, de mes années vendéennes : le frère Bécot fut un grand vulgarisateur du Léon-Millot qui doit son nom à Léon Millot président de la Société Vosgienne de Viticulture. Du côté de chez Dieu, Henri Bécot, doit trouver que ce retour en force au Royaume du Danemark – mon cher frère Bécot était un royaliste ardent – est magnifique pied-de-nez à ses détracteurs.

En guise de conclusion : une réflexion de Sven Moesgaard qui projetait de s’établir en France avant de s’installer au Danemark, à propos de ses assemblages « c’est le moment le plus délicat. La difficulté, dans un pays viticole jeune, est de ne pas avoir de grand-père ou d’oncle à qui l’on puisse demander conseil » Allez, Stéphane Derenoncourt un petit geste pour  Sven Moesgaard et son assemblage de rondo, regent et de léon-millot ! et une expérimentation « Sven Moesgaard a planté du riesling, du cabernet-sauvignon et du pinot noir dans une petite vigne expérimentale, où il va étudier pendant quelques années s’il est possible de faire du vin avec des ces cépages classiques. » Affaire à suivre...
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 00:04

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Rencontrer Pierre Pringuet est toujours pour moi un réel plaisir. Notre compagnonnage amical date du cabinet Rocard à l’Agriculture. Depuis l’X Mines qui nous faisait nous élever au-dessus des crises du porc ou de la tomate lors des séminaires du cabinet, qui se tenaient à la MJC de Conflans Ste-Honorine, a fait son chemin puisque, après avoir conduit toute sa carrière privée dans le groupe, le voilà, depuis que Patrick Ricard a pris du recul en présidant le CA, à la tête du co-leader mondial des Vins&Spiritueux, un des poids lourds du CAC 40. Le journal La Tribune lui a déjà fait le coup du « de Rocard à Ricard » mais l’image souligne l’un des traits de caractère de Pierre c’est d’être fidèle en amitié. Rien bien sûr ne semblait le prédestiner à ce beau parcours chez Pernod-Ricard et, lorsqu’il quitta la Direction des Industries Agro-alimentaires, où il laissa un excellent souvenir à son personnel, les beaux esprits à la française se gaussèrent. Je ne vais pas ici ni retracer sa carrière au sein du groupe ni le couvrir de louanges mais souligner que Pierre est un homme discret, disponible, d’une réelle simplicité, précis, travailleur infatigable, qui a su faire patiemment ses classes au sein du groupe ce qui le rend très sensible aux réalités de terrain, atout décisif en période de fortes turbulences. Avant de passer aux choses sérieuses permettez-moi d’évoquer le seul domaine où Pierre n’excelle pas vraiment : le football. Oui, Pierre et moi avons joué en tant que défenseurs – la seule chose que notre équipe savait faire puisque dans toutes ses prestations elle n’a jamais scoré – au sein d’une équipe « Rocard » qui chaque année disputait le Tournoi de la Pentecôte contre de vaillantes équipes normandes. Bref, Pierre ne goûtait guère la tactique du hors-jeu et notre défense ressemblait plus à un pack de rugby ou à une Légion romaine qu’à un bel alignement à la rémoise. Belle époque que j’ai évoqué dans l’une de mes premières chroniques : « l’eau chaude » http://www.berthomeau.com/article-2896769.html

Hormis le plaisir de le rencontrer, non pour évoquer nos souvenirs, ma visite à Pierre Pringuet se plaçait sous le signe de votre information chers lecteurs et lectrices. En effet, dans la tourmente mondiale le groupe Pernod-Ricard a plutôt bien résisté et la position de Pierre Pringuet, à la tête d’un groupe mondial, opérant sur tous les continents (hormis une présence discrète en Afrique), dont le réseau commercial couvre 70 pays, fait de lui un observateur privilégié de la santé de l’économie mondiale et de celles des grands espaces régionaux. De plus, même si les Vins ne représentent que 15% du chiffre d’affaires du groupe, la présence de Pernod-Ricard, tant dans le Nouveau Monde que dans l’Ancien, en France et en Espagne, permet de prendre le pouls de cette branche d’activité, elle aussi secouée par la crise. De plus, comme le souligne Patrick Ricard le « modèle Pernod-Ricard » est robuste et il est pour beaucoup dans le maintien des positions du groupe sur la plupart de ses marchés en dépit du contexte difficile. Enfin, comme Pierre a gardé de son passage au Ministère de l’Agriculture un goût prononcé pour le secteur des IAA il préside Comité Sully, association destinée à promouvoir l’industrie agroalimentaire française, son champ de vision s’élargit à l’ensemble de ce secteur clé.

Pour Pierre le monde a frisé le bord du gouffre à l'automne 2008, mais grâce à l'action coordonnée des Etats et des Banques Centrales ce scénario catastrophe n'est plus de mise et nous faisons face à une crise économique plus classique. Sommes-nous en train d’en sortir ? La réponse de Pierre est d’un optimisme prudent « c’est gris avec quelques coins de ciel bleu et pas d’avis de tempête... » En termes économiques on voit s’installer des signes de reprises mais celle-ci est très inégale selon les blocs régionaux. L’Asie est repartie sont l’impulsion de l’économie chinoise. La Corée et le Japon tirés par les exportations vers la Chine et l’Inde redémarrent. Le Japon connaît une vraie crise sociale. L’Australie va bien elle aussi tirée par les importations de matières 1ières de la Chine. En Europe, la consommation en France résiste bien. La Grèce, l’Irlande, et dans une mesure moindre l’Espagne, sont les économies malades du Vieux Continent. L’Amérique latine se porte bien et aux USA les signes de reprise s’affichent en dépit d’un niveau de chômage important et de la poursuite de la dégradation de la position de la classe moyenne. Le groupe Pernod Ricard est en ligne pour bénéficier de la reprise. J’y reviendrai.

En 2000 le portefeuille des marques mondiales du groupe PR recensait 12 marques dont une seule de vin Jacob’s Creek. En 2009, ce portefeuille regroupe 15 marques mondiales dont 5 sont des produits issus du raisin : 3 françaises = Martell, Mumm, Perrier-Jouet ; 1 Australienne Jacob’s Creek et 1 Néo-Zélandaise Montana. Pour ces 2 dernières en dépit du repli des consommateurs sur des vins moins chers et la pression d’une offre excédentaire sur l’équilibre offre/demande en Australie puis en Nouvelle-Zélande (surproduction de Sauvignon blanc) elles enregistrent de bons résultats. Pierre me fait malicieusement remarquer que dans ces deux pays « les producteurs de raisins en sont même arrivés à solliciter l’aide de l’Etat. » Dans le vin l’axe de la gamme s’organise le plus possible autour de l’axe des 10 euros (hormis le champagne bien sûr) dans une fourchette de 5 à 15 euros et, à l’exemple de la marque Jacob’s Creek qui a refusé de se laisser entraîner dans la spirale baissière, surtout au Royaume Uni, certes le volume baisse mais le CA est stable et surtout la contribution est en hausse. Pierre souligne tous les méfaits de la perte de valeur sur le marché anglais résultat d’une concurrence entre les enseignes. Jacob’s Creek ambitionne l’objectif de devenir le numéro un mondial des vins Premium. La marque figure déjà dans le Top 10. Avec Montana cette marque s’insère parfaitement dans le positionnement de Premiumisation des marques mondiales du Groupe. En spiritueux les ¾ des marques sont en Premium (Premium et Super Premium) alors que le marché est à 50%. À dessein je ne m’appesantis pas sur les marques françaises : les Champagne Mumm et Perrier-Jouet et le Cognac Martell, car ce sont des marchés spécifiques. Mon intérêt immédiat c’est la Rioja, en effet c’est la seule région du Vieux Monde du vin où Pernod-Ricard s’intéresse aux vins tranquilles et comme la rumeur récurrente est qu’il va s’en dégager, la réponse de Pierre est sans ambigüité « Nous restons. Une nouvelle équipe de direction est en place qui va focaliser ses efforts sur la rationalisation du portefeuille de marques, en se concentrant sur les plus puissantes comme Campo Viejo et en segmentant mieux l’offre produit. » Dans avenir proche, votre serviteur ira in situ faire un petit reportage au-delà des Pyrénées.

Reste mon dernier centre d’intérêt, a portée plus générale, qui concerne le modèle Pernod Ricard construit sur 4 axes stratégiques dont 2 me semblent à méditer par le monde du vin français (les 2 autres sont plus internes, liés à la culture de l’entreprise PR). Le premier repose sur une forte décentralisation (la holding est mince) qui induit la réactivité et la souplesse, les décisions s’adaptent au terrain et sont rapides ce qui, en période de crise, permet de réagir en temps réel aux évolutions des marchés. Le second tient au fait que le groupe détient le réseau le plus complet du marché (70 pays) un réseau commercial détenu en propre. « Nous vendons nos marques avec nos propres hommes » souligne Pierre Pringuet. Le ciment qui soude ce modèle décentralisé est une culture d’entreprise très forte, 85% des collaborateurs du groupe sont des non-français et 45% des non-européens. Pour Pierre Pringuet le groupe est prêt pour bénéficier de la reprise car : « la Premiumisation est une tendance à long terme ; les marques du groupe sont bien placées sur les nouvelles économies relais de croissance du marché et que l’avenir est aux marques fortes génératrice de marges importantes. »
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Aperçu des marques de vins et d’apéritifs à base de vin de Pernod Ricard


 

Apéritifs à base de vin et
vins doux naturels

Ambassadeur
Bartissol
Dubonnet
Sandeman*
Byrrh
La Ina

Vins Australiens
Jacob’s Creek
Wyndham Estate

Vins Néo Zélandais
Montana
Stoneleigh
Lindauer
Church Road

Vins Espagnols
Campo Viejo
Marques de Arienzo
Siglo
Azpilicueta
Ysios
Viña Alcorta
Palacio de la Vega

Vins Argentins
Graffigna
Etchart
Colón
Santa Silvia
Balbi
Mumm Espumante

Autres vins
Almaden (Brazil)
Domecq (Mexico)
Tamada (Georgia)
Old Tbilisi (Georgia)
Long Mountain (South Africa)
Aussie,
Blossa,
California,
Chill Out,
Opal Springs

Champagnes
Mumm
Perrier-Jouët


Vins effervescents
Jacob’s Creek (Sparkling)
Café de Paris
Lindauer
Mumm Napa
Mumm Espumante
Carrington

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 00:00

Le Roman du Vin Noir : « Greffées sur les collines qui drapent la vallée du Lot, les vignes environnant Cahors recèlent bien des secrets. Avec ses âges d'or, ses drames et ses bonheurs, l'histoire de ce vignoble, réputé pour son vin noir, regorge de péripéties. Intrigante, mystérieuse, elle relève du roman. Ainsi, Jean-Charles Chapuzet nous offre beaucoup plus que la simple histoire du vignoble. Avec son regard d'historien et sa plume de romancier, il fait vivre les hommes, les mentalités, les odeurs, les coutumes, les émotions... tout ce qui a façonné, depuis deux millénaires, le paysage quercynois, son vignoble et ses vins. Il signe ici un ouvrage gourmand : gourmand de vies, gourmand d'histoires. Car boire un verre de Cahors, c'est un peu, se remémorer la construction et la légende du Pont Valentré au XIIIe siècle ; guidé par un vigneron de Puy-l'Evêque ou d'Albas, c'est se souvenir des ancêtres qui luttèrent contre le phylloxéra ; c'est aussi s'asseoir, une fin d'après-midi d'été, sur la fontaine de Prayssac et savourer le bonheur de l'instant. Un livre indispensable pour découvrir une région et des vins passionnants. » tel est présenté le livre de Jean-Charles Chapuzet Cahors le Roman du Vin Noir aux éditions Féret préfacé par Michel Dovaz. 

À ceux qui s’étonnent de la prolificité de mon « inspiration quotidienne », si tant est que je fusse un jour inspiré, je réponds : « il suffit de se pencher, les histoires sur le vin se ramassent à la pelle, ou plus joliment dit, il suffit d’avoir la tête dans les étoiles, le nez au vent, le cœur léger et, comme les oiseaux du ciel qui ne sèment, ni ne moissonnent, elles viennent à moi de surcroît. Au Grand Tasting de B&D où je ne sais par quelle engeance, sans doute dans une optique stakhanoviste des grands DD (dégustateurs debout)  y’a pas l’ombre d’un petit siège pour poser son cul, manger un bout en buvant un coup, je fus cueilli par l’ami Mathieu Poirault, hébergé pour un temps à la maison Jeanjean où il me fit découvrir, entre autre trésor, le vin noir de Cahors remédiant ainsi à mon ignorance crasse. En l’écoutant me narrer l’histoire du vin noir au temps où Cahors, place forte enserrée dans une boucle du Lot, amenait par ce fleuve, affluent de la Garonne, via le port de Bordeaux, le « black wine » à la cour d’Angleterre. En effet, 1152. Aliénor d’Aquitaine épousait Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, précurseur le vin de Cahors ouvrait la voie à une grande passion de nos amis anglais pour les vins de Bordeaux. Bordeaux la grande rivale qui mettre à profit sa domination sur l’arrière-pays. Et puis, bien sûr, le foutu phylloxéra rayera de la carte le vignoble de Cahors.

Cahors, tel le phœnix, renaîtra de ses cendres après la 2de Guerre en renouant avec son cépage emblématique : le malbec. Mais revenons à l’élaboration Vin Noir, tradition ancestrale revisitée par la maison Rigal www.rigal.fr  pour vous révéler une partie du mystère. Les baies sont chauffées avant la macération suivant diverses méthodes : passage des baies dans les fours à pruneaux, chauffage des barriques ou, comme le fait Rigal en partenariat avec le Clos de Gamot, par le chauffage de la vendange éraflée avant son introduction dans des fûts de chêne neufs. Bien plus qu’un long discours le petit crobar ci-dessous est plus parlant, avec en vedette le roulage de la barrique 4 fois par jour pour briser le marc. En résumé le raisin est vinifié et élevé dans les mêmes futs de l’arrivée au chai à la mise en bouteille.

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Question des questionneurs patentés « et ça donne quoi dans la bouteille votre black wine sieur Berthomeau ? À vous croire il faudrait se contenter de boire vos mots mais, désolé, il vous faut passer à l’épreuve du ciboire : le malbec c’est déjà mahousse costaud alors avec la tradition revisitée n’est-ce pas bodybuildé ? Non l’extraction ne rime pas ici avec musculation, c’est équilibré, fin, souple et soyeux. Toute l’ampleur de la complexité aromatique est révélée, merveilleusement offerte « au long nez et au bec fin » bien sûr mais aussi aux malheureux comme moi, martyrisés par le traitement Bettanedesseauvien – comme un ancien 1ier Ministre croqué par Plantu je rêvais dans les travées du Carrousel du Louvre d’une chaise à porteur – qui trouvaient dans ses fragrances de violette un réel réconfort. Pour faire chic, un conseil, si vous voulez bluffer votre futur beau-père ou épater votre patron servez-lui Le Vin Noir de Rigal avec des truffes cuites sous la cendre. Vous ferez exploser tous les compteurs. Bien sûr faut avoir une cheminée mais bon vous pouvez toujours tenter le brasero sur votre balcon ou sur la pelouse de votre résidence, ça mettra un peu d’animation dans votre quartier.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 00:00

Au temps de mes études agricoles le Yorkshire évoquait essentiellement une belle race de porc et non une future AOC viticole. En effet, hormis quelques excentriques ou d’exilés, tel le frère Bécot mon professeur d’histoire et mon maître vigneron (lire son histoire anglaise http://www.berthomeau.com/article-34022380.html) l’idée même d’implanter un vignoble en Angleterre ou au Pays de Galles relevait d’une forme de galéjade très So british. Sans exagérer l’importance du mouvement ils sont tout de même à ce jour 416 viticulteurs répertoriés en « Cornouailles, dans les étendues sauvages du Pays de Galles ou dans la périphérie de Londres. » Le Courrier International grand humeur de tendance consacre quelques pages à un dossier vins « Et maintenant les vins nordiques » Royaume Uni, Belgique, Danemark, Pologne. Même s’ils partaient de pas grand-chose l’expansion des surfaces est significative « au cours des cinq dernières années, la surface consacrée à la viticulture a augmenté de plus de 50%)

Les politiques toujours à l’affut s’y intéressent. Lors Du G20 d’avril dernier à Londres, alors que le libéralisme débridé branlait en manche, Gordon Brown servait à ses invités « un nyetimber blanc de blancs de 1998, un vin effervescent à bulles fines produit dans le Sussex, dans le sud de l’Angleterre. Roger Helmer, eurodéputé conservateur, eurosceptique et climatosceptique, déclare « quand quelque chose change, il y a toujours des perdants et des gagnants.. Regardez, la Grande-Bretagne a maintenant une industrie du vin. Il y a même des producteurs français qui achètent des terres chez nous... » Tremblez les bouffeurs de grenouilles la perfide Albion après avoir accueillie à bras ouverts les barbares du Nouveau Monde va débouler plein pot en notre doulce France avec ses « bubbly » En effet, c’est un professeur émérite de géologie à l’Impérial Collège à Londres, Richard Selley, qui a découvert que « les sols crayeux du sud de l’Angleterre étaient identiques à ceux de la Champagne. D’après lui, il suffisait de sélectionner des coteaux exposés au sud pour que les vignes poussent bien. » Les romains avaient bien fait pousser de la vigne en Angleterre jusqu’à ce que « le petit âge glaciaire, à la fin du Moyen Age » mette fin à l’aventure viticole. L’auteur de l’article du Der Spiegel, Marco Evers, note que « les plus grands viticulteurs de Champagne, comme Louis Roederer, ont commencé à étudier la possibilité d’acheter des terres de l’autre côté de la Manche... où elles valent le dixième de ce qu’elles pourraient coûter en France. » Bonne pioche, au lieu d’aller au Chili créer un vignoble comme certains je vais prendre l’Eurostar pour faire pousser mes ceps sur le terroir du Kent. Pourquoi le Kent ? Parce que c’est chic : imaginez la marque « Duc de Kent » by appointement de sa gracieuse majesté, le pied !

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Que le plus grand vigneron british se nommât Mr White ne s’invente pas. « En 1984, Adrian White, un entrepreneur ayant fait fortune dans les usines de traitement des eaux usées » rachète une ferme à 40 km de Londres où l’on cultivait du maïs et où on élevait des porcs et du bétail. Deux ans plus tard, il plante 300 000 plants sur les coteaux exposés plein sud. La première bouteille de vin a été débouchée en 1989. Le « Denbies Wine Estate » couvre maintenant 107 ha de vignes. 2009 sera selon le propriétaire une bonne année – connaît-on un propriétaire déclarant le contraire – et plus de 500 000 bouteilles : blanc, rosé, rouge et, surtout, du mousseux produit selon la méthode champenoise. Vin&Cie essayera de se procurer quelques flacons pour une dégustation à l’anglaise. Comme rien n’arrête nos voisins grands consommateurs de fish, le professeur Selley « prévoit qu’avec le réchauffement climatique les vignes pourront être cultivée jusque dans les Highlands écossais. Il est convaincu que, d’ici à 2080, les coteaux qui entourent le Loch Ness produiront un excellent riesling » Et si Pernod Ricard grand producteur de whiskies écossais s’entichait du riesling !

Au dernier International Wine Challenge « la Grande-Bretagne a décroché 24 médailles cette année, dont quelques médailles d’or. Avec ses 729 médailles, la France demeure toutefois le leader incontesté » Ouf !

 

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 00:00

 

Un seul accès menait à l’Ile de Fédrun, butte de terre au milieu du marais posée sur un lit de roseaux. Le jour se levait et, en des haillons cotonneux, la brume s’effilochait au-dessus de la curée, le canal cernant l’île sur le lequel les chalands familiaux étaient amarrés à des pontons donnant sur de minuscules jardinets collés aux maisons basses recouvertes de roseaux. Nous allions, Chloé et moi, occuper l’une d’elle premier jalon du Parc Naturel qui venait tout juste d’être créé. Les Préfets sont magiques dès qu’il s’agit de satisfaire le bon vouloir des nouveaux princes de ce monde, en quelques coups de téléphone le nôtre avait mobilisé ses chefs de service de l’agriculture et de l’équipement pour nous fournir le havre de solitude que nous sollicitions. Bien plus tard, un Directeur de l’Agriculture me racontera comment, chaque week-end, son Préfet le mobilisait pour assurer la paix – les agriculteurs sont très joueurs avec les Ministres – aux amours d’un Ministre avec celle qui se baptisera par la suite la P... de la République. Le premier soleil levait une part du mystère de l’île en la parant d’un camaïeu de vert et d’exhalaisons fortes de vases putréfiées et de mousse fraîche. Pas âme qui vive, le chant des oiseaux, le clapotis des eaux, loin d’être saisis par une impression d’échouage sur cette levée de terre, Chloé et moi, sans avoir à nous le dire, ressentions au contraire une grande paix nous envahir. À mille lieux de nos folies ordinaires nous nous arrimions à une terre de tout temps hostile aux étrangers ; une terre en train de mourir dans l’indifférence générale.

 

Las et revenus de tout, nous n’étions pas venus à Fédrun pour faire des galipettes. Nous ne savions d’ailleurs pas pourquoi nous étions là, debout, côte à côte, au petit matin, sur lcette île au beau milieu de la Grande Brière. Certes nos vies, tels les bouchons d’une cane à pêche, se laissaient porter par le courant tout en restant bien arrimées et sensibles à toutes les sollicitations du fil que nous avions encore à la patte. No future, pour nous, n’était pas un slogan pour tee-shirt d’adolescent boutonneux mais une réalité dure et prégnante. Le ripolinage actuel des années 70, derniers feux des soi-disant 30 Glorieuses, relève de l’escroquerie intellectuelle, de la réécriture de l’histoire à des fins de partisanes : après avoir été si joyeux nous étions tristes à en mourir. Ce furent des années de plomb, pesantes, nous enterrions nos illusions dans un décorum révolutionnaire en carton pâte, du moins en France car en Italie Chloé tenait des propos alarmistes sur les affrontements et les manipulations des néo-fascistes infiltrés dans les services secrets de l’armée qui avaient, et allaient, faire couler le sang. Depuis son retour à Paris je cherchais le moyen de la retenir pour qu’elle ne retournât pas au milieu de ces fous furieux mais elle dressait un mur de désinvolture sur lequel toutes mes tentatives glissaient. Avec ma simplicité habituelle, pleine de nœuds et de détours, je me promettais de profiter de notre isolement briéron pour la convaincre. Comment ? Je n’en savais fichtre rien.

 

Dans le fond de la camionnette nous découvrîmes deux grands paniers emplis de victuailles et de bouteilles de vin, des thermos de café, une miche de pain, de quoi soutenir un siège. La maison, au confort minimal, comportait un tout petit lit en fer et une grande cheminée. Chloé me chargea de la corvée de bois pendant qu’elle préparait un copieux petit déjeuner : œufs brouillés, jambon et tartines beurrées. Repus, face à un grand feu que j’avais eu bien du mal à faire prendre et qui fumait un peu, ce qui nous obligeait à maintenir la fenêtre ouverte, nous trouvâmes refuge, dans un sac à viande militaire rêche, empestant le renfermé humide, sous un empilement de couvertures kaki monstrueux. Nous dormîmes collés l’un à l’autre tout habillés. Sur le coup de midi nous prîmes un chaland pour faire le tour de l’île. Chloé maniait la perche aussi bien qu’un gondolier. Je comptais les ragondins. Nous croisâmes un vieux type décharné, au regard à demi caché sous la visière d’une casquette crasseuse, qui suçotait une petite pipe tout en fourrageant avec une cane dans un bouquet de roseaux. Le « Bongiorno » rieur de Chloé le fit sursauter puis se redresser et sourire, un sourire plein de chicots brunis par la nicotine. D’un geste qui, en d’autres circonstances, eut pu paraître obscène, de sa main libre il réajusta son entrejambes en nous fixant de ses petits yeux encavés. « Et si vous veniez prendre la goutte... » La voix était étrangement cristalline, quasi enfantine. Chloé nous poussa jusqu’au ponton et le vieux nous amarra.

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 00:01

Les ligues féministes alliées pour l'occasion avec les ligues de tempérance vont, au vu du titre de ma chronique, me clouer au pilori. J'assume tout en me réfugiant derrière l'imparfait marquant qu'une évolution est en marche. Pour le vin c'est une réalité, la gente féminine oenologise, les chais se féminisent même si les stars de la profession sont encore des mâles. Plus encore les femmes vigneronnes plaisent aux médias, c'est tendance. En revanche dans les fournils le mitron règne encore. La Boulangère reste encore la femme du boulanger - Ha ! Pomponnette  - celle qui sert les miches et rend la monnaie aux clients... Alors ce matin attardons-nous sur ce vieux compagnon du vin : le pain en remontant jusqu'aux dieux grecs.
   
« Les dieux grecs recevaient en sacrifice un pain rituel, non cuit, dont la fine farine était pétrie d’huile et de vin. Ce psadista rassemblait ainsi les trois aliments de base : pain, huile et vin. »

Toujours la Trinité fondamentale !

Comme le note Maguelonne Toussaint-Samat « bien qu’avant eux l’humanité ait consommé la farine sous forme de bouillie puis de galette, sans négliger ces préparations – bien au contraire –, les Grecs ont fait de la boulange un art véritable. Athénée a dénombrée, au IIIe siècle de notre ère, au moins soixante-douze pains différents qui avaient cours depuis fort longtemps. Et le boulanger Théanos eut les honneurs de citations de son talent exemplaire par Aristophane, Antiphane et Platon. »

 

« […] il revient aux Grecs d’avoir inventé le véritable four préchauffé à l’intérieur et s’ouvrant de face, qui sera ensuite utilisé en cuisine. »

 

« Si la mouture était une tâche assignée aux femmes esclaves, comme dans toute l’Antiquité et encore en Afrique et aux Amériques, il semble que le pétrissage ait employé – mais dans quelle mesure ? – une main d’œuvre féminine, comme à la cuisine. »

 

« Malgré leurs contacts étroits avec les Grecs, les Romains ne s’intéressèrent à la boulange qu’à partir du VIIe ou au VIIe siècle avant notre ère. Jamais la foule ne réclama panem et circenses à un quelconque Néron. Ces mots sont extraits d’une fulminante et méprisante adresse de Juvénal (Satire X-81) aux Romains de la décadence, « tourbe dégénérée des enfants de Rémus » (il leur reproche de ne se préoccuper que de la « bouffe » et des jeux gratuits)

 

« Les Grecs, fous de boulange, avaient formés des boulangers pour les besoins de leurs comptoirs et les Gaulois, avec le talent que nous nous connaissons, n’avaient pas tardé à devenir des mitrons remarquables. La qualité de la baguette qui fait notre renom au Japon ou en Amérique tout autant que nos parfums ne date pas d’hier ! D’autant que, déjà initiés à la bière par les Grecs, les Gaulois avaient très bien compris l’intérêt de la levure de bière (spuma concreta), mousse formé par la fermentation sur le dessus du liquide et déjà constatée par les Egyptiens. Cette levure faisait un pain très léger et bien gonflé que l’on trouvait à juste titre, délicieux.

 

« Contrairement aux habitudes grecques, les femmes ne font jamais le pain […] Le pain est une affaire masculine. »

 

« Le pain fit rapidement partie du service de table. À partir de l’installation des Francs jusqu’à la Renaissance, une épaisse tranche de pain, le tranchoir, posé ou non sur une sorte de plat en bois ou une planche, qui peut être également désignée comme tranchoir, reçoit les morceaux de viande et leur sauce. On dispose un tranchoir entre deux convives qui partagent ainsi ce pain. Ils ont donc des « com-pain », des compagnons qui deviendront des copains. »

 

Cet ensemble de citations est bien sûr tiré d’« Histoire Naturelle&Morale de la Nourriture » Prix d’Histoire de la Société des Gens de Lettres, de Maguelonne Toussaint-Samat, historienne, journaliste et écrivain, petite-fille et arrière-petite-fille des fondateurs du Petit Marseillais, Jean-Baptiste Samat et Toussaint Samat, est publié chez Bordas novembre 1987 (on le trouve en vente sur le Net).

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