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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 07:00

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Me de Candolle dressait pour Marie l’état de sa fortune. Le magot accumulé par les tantes et oncles, faisait d’elle, même une fois déduits les droits de succession, bien allégés par le locataire de l’Elysée, une des plus beau parti de ce pays. Lénine se plaisait dans les vignes alors que Tintin au Congo se familiarisait avec les jurons locaux. Il s’était pris d’amour pour la nouvelle cuisinière marocaine du château. L’heure était pour Marie aux grandes décisions : fixer le prix des primeurs du millésime 2010. Le commandant de gendarmerie lui avait confié, sous enveloppe cacheté, une page déchirée du calepin de son oncle Philémon sur laquelle il avait couché, de son écriture fine et pointue, les chiffres adoptés lors du tragique déjeuner. Pour mettre de l’ordre dans ses idées elle enfourcha son vélo, qu’elle avait fait venir de Paris par DHL, et s’en fut pédaler sur le plateau de Pomerol. 730 hectares, 180 châteaux reliés par des petites routes sinueuses. Marie s’asseyait sur une borne de Pétrus. Elle se souvenait d’une déclaration de Jean-Pierre Moueix qu’elle venait de lire dans un des tous premiers numéros de l’Amateur de Bordeaux « Croyez-moi, en ce temps-là (celui de son père), ça ne se vendait pas comme ça, d’une pichenette... Petrus, le plus cher du monde ? Fallait-il que certains grands crus aient quelques faiblesses pour que Petrus gagne sa place ! Non ! Ce qui fait son succès, je crois, c’est l’expérience et la qualité professionnelle de ceux qui le font, et c’est sans doute la marge que je laisse aux revendeurs. ». Tout près une grue tendait sa flèche au-dessus des murs du nouveau chai. Marie sortait son petit carnet de moleskine, recomptait, repensait à ce que lui disait souvent Eric « Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer ». Indignez-vous clamait ce bon Stéphane Hessel mais était-ce suffisant ? Non Marie se sentait une âme entrepreneuriale : elle allait faire ! Bâtir un modèle économique qui retrouverait du sens. Faire des grands vins pour qu’ils soient bus par le plus grand nombre. Produire de la valeur certes pour la pérennité de sa boutique, mais respecter les grands équilibres. Elle appelait Me de Candolle « Paul ça vous dirait de devenir mon attaché de presse ? »  

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 00:09

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Sur son blog « Du Morgon dans les Veines » Guillaume Nicolas-Brion écrit sous le titre :

Son auberge était ouverte aux gens sans feu ni lieu 

« Pour ceux qui vivraient sur une autre planète, je rappelle que depuis hier soir, Michel Moulherat et Giuseppe ont définitivement baissé le rideau de la Cave de l'Insolite, à Paris. La rue de la Folie-Méricourt n'aura plus le même parfum »

Suivent de nombreux témoignages attristés, plein de regrets, et je le comprends car disait ma mémé Marie « ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier. »

Je n’étais pas comme eux un « habitué » de la Cave de l’Insolite mais à chaque fois que j’y suis passé l’accueil fut toujours plein d’empathie et de sincérité. Pour sûr c’était une bonne maison.

 

Mais, à mon âge on goûte de moins en moins les hommages posthumes, aussi sincères fussent-ils, car on se dit « quand viendra mon tour je ne serai plus là pour les entendre. »

Quand on me portera en terre ce que j’aimerais c’est qu’un Orphéon précède ma petite boîte et que sitôt la chose faites tout le monde aille descendre un canon à ma santé. Les regrets ne servent à rien, ce ne sont que des cendres qui s’envolent au premier coup de vent comme dans Big Lebowski. Vous savez, on peut rire aux larmes alors pourquoi ne pas sécher ses larmes en réfléchissant?

 

Dans cette affaire ce qui m’inquiète c’est pourquoi la Cave de l’Insolite ferme ses portes ?

En effet, dans mon boulot, j’affronte la cohorte des consommateurs urbains, du moins ceux qui se disent intéressés par le devenir des producteurs, qui dégainent facilement leur petit producteur. Alors je m’échine à expliquer qu’un petit producteur est un agent économique comme les autres qui, s’il fait des petits rendements, doit créer une valeur unitaire lui permettant de dégager un revenu pour vivre comme n’importe quel citoyen. C’est basique mais beaucoup de nos amis, qui sont des salariés, ont beaucoup de mal à appréhender un compte d’exploitation.

 

Je ne sais si la Cave de l’Insolite ferme pour des raisons économiques mais depuis que je sillonne à vélo les rues de Paris et que je vois éclore presque chaque jour de nouvelles enseignes de « petit caviste » la question récurrente que je me pose est toujours la même  « comment vit un petit caviste à Paris ? »

 

Sans affirmer que tout le monde s’en fout, j’ose écrire que ça mérite réflexion à la fois bien sûr pour les intéressés mais aussi pour une large catégorie de « petits vignerons ». Comment répondre à ma question ? En mettant cartes sur table et non en posant la question aux intéressés : en effet j’ai rarement vu qui que ce soit répondre à la sempiternelle question : « ça va ? » par « mal ». On biaise, on triche un peu, on espère des jours meilleurs, on s’accroche, on serre un cran à la ceinture.

 

Dans ce qui pourrait être une petite étude, tout à fait finançable, ne serait pris en compte que la vente de vins et non les activités annexes, beaucoup plus juteuses, telles que les cours dit d’œnologie ou mieux de dégustation, l’organisation d’évènements autour du vin... ou par des apports de revenus extérieurs. Sans affirmer qu’on puisse tirer de ce type d’approche un réel modèle économique – qui d’ailleurs ne me semble pas exister aussi pour les chaines de cavistes – viable ce qui serait intéressant c’est de permettre à la foultitude des petits vignerons d’avoir, bien plus que maintenant, un réel et durable accès au marché. Et ça passe par des cavistes costauds. Ce que je constate tous les jours autour de moi m’effare un peu mais qui puis-je ? Entre-nous pas grand chose.

 

Cependant, l’extension du domaine du vin qui passe par des prix consommateurs pas trop alourdis par le poids des marges, une bonne rémunération des vignerons qui dépend du niveau des prix et des conditions de paiement équitables, une distribution diversifiée des vins en fonction des zones de chalandise et du pouvoir d’achat des consommateurs, passent par une base minimale d’organisation. Réfléchir ensemble, bien plus que de mener des petites batailles de chapelles insignifiantes, ne nuirait à personne. Comme vous tous je déteste voir des gens sympathiques tirer définitivement leur rideau de fer mais j’aimerais qu’au-delà de la pure émotion, chacun à notre niveau portions une petite pierre à l’édifice commun. Nous ne sommes pas sur le Net que pour faire joli, exalter nos ego, mais aussi pour que ceux qui bossent dans leurs vignes vendent leurs belles petites boutanches et ça passe par un peu d’altruisme de notre part. Je sais ça fait très prêchi-prêcha mais je n’ai pas mieux en magasin.

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 07:00

photoB12.jpg« Chers vous tous,

 

Je ne sais pas faire grand-chose mais je vous assure que, même si je ne sais pas trop ce que je sais faire ici, ce que je vais faire ici je le ferai avec vous.

Un peu longuette mon petit Paul ta phrase

Le vin j’en bois depuis que je suis toute petite mais depuis que Michel Rocard, qu’est une fine gueule, s’est mis à me faire lichetroner du très bon, même si je n’ai pas le tarin affuté de Jacques Dupont, j’me défends. Ne comptez pas sur moi pour vous bassiner avec les petits fruits rouges. Le vin ce n’est pas de la confiture quoique pour certains on pourrait se tromper.

Oui Paul je brode un peu sur ton texte.

Pour la vigne, nada, vu que je n’ai pas souvent mis les pieds en dehors du macadam. Rassurez-vous j’me soigne : mes potes de Sève, le guide du Pous en tête m’ont offert le Roger Dion Histoire de la vigne et du vin des origines au XIXe et comme je dors peu je bouquine. Vous m’direz que ça ne va guère m’avancer du côté d’la culture. Quoique ! Mais de ce côté-là je compte beaucoup sur vous, moi je me contenterai de vous posez des questions à la con.

À part Cohn-Bendit et un chouïa le Bové, je trouve les Verts un peu cons-cons mais il n’empêche que puisque tout le monde n’a que le mot terroir à la bouche va falloir que nous nous en occupions, que nous le bichonnions. Z’en en avons les moyens, non ! À ce propos, sans verser dans la démago, comme on va s’faire le blot ensemble du côté du partage du gâteau le père Rocard et le frère convers Cantona ont des idées sur la question. Ils discuteront le bout de gras avec vous. L’avantage c’est que vous aurez du mal à en placer une avec Michel alors qu’Éric, en une poignée de mots, il vous donnera la pêche pour le boulot.

Donc, va falloir aller voir du côté des vers de terre, des abeilles et de la confusion sexuelle. Même des moutons ! Bon, j’vais pas faire l’intéressante mais je dois vous dire que je ne suis pas un fan de Monsieur Propre. Vive l’agriculture ! D’ailleurs j’ai vu que nous avions des chefs de culture, alors y’a pas photo nous allons en faire de la culture avec un petit et un grand C.

Comme moi j’ai grandi telle une herbe folle qui pousse dans les fentes des trottoirs, que chui pas le genre poulet aux hormones, moderato cantabile sur les engrais. Du côté maladie là je ne sais pas ce qui faut faire mais je m’en tiens à ce que je fais pour moi : quand je suis malade j’me soigne sans pour autant me bourrer de médocs. C’est basique mais j’ai entendu dire que pour faire du vin fallait récolter du raisin, et si possible qu’il soit mûr et sain.

Comme j’arrive à la vieille de la vendange vous allez m’avoir sur le dos. J’vous plains !

Reste le mystère du vin, ça j’ai hâte de voir et de sentir !

Que les maîtres de chai se rassurent je ne dirai ni ne ferai rien. Je suivrai leur vin à la trace jusqu’à l’assemblage. Moi ce que je souhaite c’est que nos vins épousent la personnalité de nos terroirs. Ce n’est pas de moi mais de mon grand ami Jean-Michel Deiss.

Voilà ce que voulais vous dire une grande sauterelle de la ville que vous appellerez Marie. Le boss ici c’est moi. C’est moi qui décide. Je ne suis pas sensible à la flatterie. Vous m’dites tout ce que vous pensez être bon pour qu’on fasse du bon boulot.

 Je lève mon verre à notre histoire commune...

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 00:09

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Le Toine bricole à son établi, devant la fenêtre du magasin ; il remet des manches à ses pioches. D’un oeil, il regarde son travail, de l’autre, le Mont-Juillet, qui s’empanache de traînées d’un violet sombre. L’inquiétude le ronge : fin juillet, c’est la période la plus redoutable pour les orages, avec les environs du quinze août.

 

- « Pardi ! hier, c’était la Madeleine ; elle a pas fait sa fête ; des fois que nous, on pourrait ben, malgré nous, la faire aujourd’hui ! On a bougrement raison de dire :

 

« La Madeleine

 

Ne passe pas sans son étrenne ! »

 

Hélas ! Elle pourrait donc pas les garder pour elle, ses lugubres cadeaux ? Maudite pécheresse ! Elle sème à tous les vents le malheur de sa honte ; elle fait dégouliner, tout au long du ciel, ses larmes grosses comme des œufs ; un courant d’air, venu on ne sait d’où, les glace, et voici l’étrange couvée de grêlons qui s’abat sur le vignoble, pour le ravager.

 

(...) Il n’a pas le temps d’achever, qu’une espèce de queue rouge, attachée à une boule de feu, fouette tout du long la brume jaune ; ave ça, un craquement, oh ! mais, un de ces craquements ! Comme une charpente qui s’effondre.

 

-« Le tonnerre est tombé à Mercœur ! souffle l’Ugène à mi-voix. Un coup tout seul, comme ça, c’est le signal de ce qu’on sait que trop.

 

- Oui, répond le Toine. Misère de Dieu ! Tout est foutu. Ecoute !... »

 

On entend comme le roulement d’un train lancé à toute vapeur.

 

- « C’est ce que je disais ; c’est plus de la pluie ; v’là la grêle.

 

Les visages se figent ; sur celui de l’Ugène, se creusent les sillons des larmes silencieuses, prélude de la révolte qui gronde intérieurement.

 

Ça a duré au plus dix minutes, une éternité pour les deux hommes. Le bruit s’assourdit, s’estompe, s’éloigne. Le brouillard s’enlève, comme une toile de tente, pour ne rester attaché que d’un côté, là-bas, vers Rosey.

 

A la lumière retrouvée, l’Ugène bondit vers les ceps les plus proches. Le Toine le suit en reniflant et, machinalement, enlève son chapeau, comme on fait devant un mort.

 

-« Regardez-moi ça, hurle l’Ugène, si c’est pas une pitié ! Toutes les grappes par terre, les feuilles aussi ! Hein ! Travaillez donc ! A quoi ça sert ? Vous vous échinez toute une année, et au moment où ça commence à promettre, en cinq minutes, crac ! plus rien ! Ça fait déjà quatre fois que je vois ça, et j’ai guère que trente ans ! Nom de Dieu ! Vous voulez vivre avec ça, vous Toine ?

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 07:00

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Champetier des Rib l’expert-comptable l’attendait dans le salon du château. À la grande surprise de Marie c’était un trentenaire bronzé, fringué en Armani, costar noir sur chemise blanche ouverte, qui arborait des petites lunettes cerclées d’écaille Tom Ford. Des Tod’s gold à picots aux pieds, mais une affreuse pochette bordeaux brisait son look étudié de dandy. Le bellâtre lui tendait une main manucurée ornée d’une chevalière blasonnée à l’annulaire :

- Hubert Champetier des Rib pour vous servir mademoiselle de Saint-Drézéry...

- Paulo, sauf à avoir trop forcé sur le Vray Croix de Gay d’la baronne G j’avais noté que les comptes de la commandite étaient entre les mains de François Champetier...

- Mon père ! Il est souffrant vous voudrez bien l’excuser mais rassurez-vous c’est moi qui tenait votre dossier...

- Fort bien mon beau ! Célibataire, je suppose !

-... oui mademoiselle de Saint-Drézéry...

- Bon plan mon petit Hubert, meilleure santé à votre père mais dites-lui que la godiche ne cherche pas chaussure à son pied...

- Vous vous méprenez... nous... je...

- Epargnez-moi votre petite musique Hubert. Planquez-moi cette pochette de douille et parlons chiffres. Paul nous voyions bien tout le personnel à 17 heures ?

- Oui chère Marie. Ils vous attendent avec impatience.

- Comme il fait beau nous ferons cela dehors. Vous avez pensé au champagne ?

- Est-ce bien convenable Marie vous êtes en deuil.

- Moi oui, pas eux ! À ce propos mon p’tit Hubert filez-moi la masse salariale pour que je pèse toute la peine du petit peuple face à la perte de leurs tauliers...

- Vous exagérez mademoiselle nous appliquions à la lettre la convention collective...

- Ça devait leur faire une belle jambe... Comme toujours j’exagère ! Je suis très taquine. Faudra t’y faire dents blanches haleine fraîche. Maintenant file-moi le montant des honoraires de nos aimables œnologues consultants !

Marie chaussait ses lunettes, épluchait fiche par fiche, soupirait, soulignait avec un stabilo jaune, notait des chiffres sur son petit calepin en moleskine acheté à l’Écume de Pages. « Putain, ils se goinfrent un max les chancres... je vais montrer tout ça à Éric pour qu’il me tire une situation au cordeau... » Tintin au Congo entonna « Canto, Cantona... » ce qui plongea le fringant Hubert dans un état proche de l’attrition face à un Lénine qui marquait joyeusement et consciencieusement son territoire par des petits jets de semence fraîche.

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 00:09

4-photos-conso-gastronomie-Paul-Minchelli-Paul-Minchelli_ar.jpg

De mon temps, comme disaient les vieux dans ma Vendée crottée lorsqu’ils voulaient stigmatiser l’irruption du progrès, les mogettes, mojhette ou mojette, se cantonnaient dans le frichti du populo. Cuites dans un pot en terre posé sur un trépied au milieu de l’âtre, elles accompagnaient chaudes une tranche de lard ou de jambon sec. Pour le petit déjeuner elles se mangeaient tièdes ou froides sur une belle tartine de pain embeurrée. L’important bien sûr pour l’arome des mogettes : l’ail ! La mogette de mon temps était un haricot blanc sec de l’espèce Phaseolus vulgaris, également appelé « lingot ». L’autre variété, le coco, rendue célèbre par l’AOC Coco ce Paimpol, était aussi cultivée. La mogette de Vendée a obtenu le 9 octobre 2010 le label européen IGP link Comme vous le savez je ne suis pas très fan de ce grand fourre-tout de tout mais « on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a ».

 

La mogette n’était pas qu’un aliment dans mon bocage, elle remplissait une fonction sociale à l’occasion des veillées. Dans mon enfance la télévision n’avait pas pointé sa face lisse dans les métairies alors au cours des longues soirées d’hiver, après le souper, les gens se rassemblaient pour la veillée. Pour s’occuper soit ils jouaient aux cartes avec un petit tas de mogettes pour chaque joueur qui, à chaque fois qu’il perdait, haricotait c’est-à-dire concédait un haricot à celui qui le lui avait fait perdre (ne me demandez pas la règle précise du jeu je n’en ai plus souvenir mais ça se jouait avec un jeu de 54 cartes), soit ils triaient les mogettes en se racontant des histoires. On se contentait de peu en ce temps-là. Reste un sujet totalement incorrect la force et la fragrance du vent de mogettes : violente et pestilente, une horreur absolue !

 

Souvenir, souvenir, quand tu nous tiens mais que voulez-vous la mogette de basse extraction est maintenant dans le vent – désolé ! – elle accède au Saint des Saints des tables de la Haute Cuisine. C’est le plus souvent un coco, sans doute pour l’esthétique car les chefs raffolent de présentations très élaborées en assiette mais aussi pour sa texture plus fine, moins farineuse. La mogette donc est utilisée comme support d’entrées plutôt que comme accompagnement de plat de résistance. Normal beaucoup de grands chefs, tout à leurs chichis de présentation, semblent avoir pris en grippe l’accompagnement, le bon lest qui fait que l’on quitte la table sans la sensation de faim. Au poids des sauces s’est substitué le poids de l’addition inversement proportionnel à la légèreté des mets. Bref, telle la madeleine de Marcel Proust, la mogette revisitée me ravit.

 untitled-pout

Pour preuve les superbes mogettes à la Poutargue que j’ai apprécié au 21 de Paul Minchelli le soir de mes 63 balais. « Le meilleur restaurant de poissons de Paris selon mon ami Bruno Verjus » Il fait simple, le créateur du Duc,  mais Dieu que c’est bon !  Un seul et grand reproche : sa carte de vins, courtaude et pas à la hauteur de l’excellence de la nourriture. Alors je risque un conseil à ceux d’entre vous qui faites de beaux, de petits et de grands vins : allez donc voir Didier, le sympathique chef de salle du 21 pour lui proposer d’enrichir un peu sa carte de vins. Pour motiver plus encore Paul Minchelli, qui n’est pas un homme facile : de ma part c’est un compliment, risquez-vous aussi à me dire ce que vous boiriez avec ses merveilleuses « mogettes à la Poutargue ».   

 

21, au 21, rue Mazarine, Paris VIe. Tél. : 01 46 33 76 90

Fermé dimanche et lundi, ouvert du mardi au samedi de 12 heures à 14 heures et de 19 h 30 à 22 h 30.

 

Pour la Poutargue se reporter à la chronique

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 02:00

Avant de retrouver la France j’ai beaucoup lambiné. Sur mon cargo-mixte j’ai pris goût plus encore à me laisser vivre, à lire, à me retrouver à table à l’heure dites à la salle à manger du commandant, à dormir des journées entières, à passer des nuits entières sur le pont à regarder la mer. De Belém nous sommes allés à Lisbonne, superbe ville dans un Portugal crevant de pauvreté sous la férule de Salazar. J’y suis resté attendant le retour du « Ville de Bayonne » qui devait transporter, après le déchargement de sa cargaison à la Palice, du Cognac et des Bordeaux pour le port de Gênes. Le capitaine, un homme peu disert mais cultivé, m’avait à la bonne. Nous jouions au poker avec ses seconds en discutant politique. Vieux radical cassoulet c’était un antigaulliste viscéral, grand lecteur du Canard Enchaîné et donc adepte de contrepèteries plus ou moins fine du style « madame la comtesse est folle de la messe », « quelle piteuse mine vous avez, ce matin » « la femme du capitaine m’a fait mander à bord » « la Chine se soulève à l’appel des Nippons ». Je les plumais à chaque fois mais comme j’étais le plus gros pourvoyeur de devises, ils se rattrapèrent au cours de notre périple Lisbonne-Gênes via Gibraltar en me vendant à prix fort des grands crus classés soutirés à la cargaison. La manip était simple, demandant seulement du doigté pour ôter avec soin le capuchon de plomb et décoller l’étiquette, et ainsi de bonnes simples boutanches de Bordeaux ordinaires prenaient la place pour la plus grande renommée de la place de Bordeaux. Nous les buvions bien sûr. Arrivé à Gênes j’aurais pu filer jusqu’à Milan rejoindre Chloé. Je me contentai de lui envoyer un télégramme « Encore des détails à régler, j’arrive pour la nouvelle année. »

 

De Gênes nous sommes allés au Havre où j’ai définitivement posé mon sac à terre. Le capitaine m’a payé un dernier verre dans un caboulot quai des Amériques qui longe le bassin René Coty. Tout près du bistro un type couvert de cambouis, mégot au bec, tenait un atelier de réparation de motos. Je lui acheté une vieille Terrot. En ce temps-là pas de permis moto, nous vivions encore une période bénie où la route restait un lieu de liberté. Pour ma reprise de contact avec mon foutu pays je voulais prendre mon temps, rousiner, ne pas me précipiter vers Paris. Par les petites routes j’ai rejoint les piles de l’imposant Pont de Tancarville que j’ai ensuite traversé pour me rendre dans le Marais Vernier. Je retrouvai dans cette enclave préservée un peu du parfum de mon pays natal : les marais sont des lieux particuliers, mystérieux, où la population consanguine voit arriver l’étranger avec méfiance. Nous étions en novembre, mon corps qui venait de vivre dans le vase clos douillet du bord sous des climats cléments se rétractait. Par bonheur j’avais fait l’acquisition d’une canadienne en cuir qui retenait mon peu de chaleur intérieure. Comme je commençais à avoir faim je me suis arrêté à l’Hôtel de la Marine tout près de Saint-Samson-de-la-Roque. La cuisine de la patronne était si bonne que j’y suis resté plusieurs semaines. Le patron qui était chasseur m’a emmené dans un gabion sur le Marais pour chasser à l’appeau vivant. Á ma grande surprise le lieu était confortable, chauffé par un petit poêle en fonte, et nous avons passé une grande partie de la nuit à manger de la charcutaille, du fromage arrosés de cidre fermier en bouteille de limonade et de café renforcé au Calva. Comme les gens d’ici sont des taiseux, adepte du « méfie-te », ils ne me posaient aucune question de peur que je ne les soumette au même supplice. Le Marais Vernier fut mon sas de décompression, même les quelques jeunes rouquines que je croisais, tout particulièrement la serveuse de l’hôtel de la Marine, un sosie de la Marlène Jobert avec un peu plus de poitrine, ne me tirèrent pas de ma chasteté.

7515403.jpgPour reprendre pied je lisais la presse. Chaque mercredi j’achetais le Canard Enchaîné pour recoller « aux affaires ». L’immobilier chauffait partout, avec la Côte d’Azur comme lieu de prédilection. Dans un article « Les gars de la Marina » la nouvelle astuce pour coloniser la Côte était le port-prétexte » en l’occurrence ici « Cannes-Marina ». L’auteur ironisait sur ce port-privé niché sur un petit fleuve côtier afin d’échapper au droit maritime « l’Administration ayant la bonté de considérer le port comme une banale piscine » Mais ce petit trou d’eau pour 1700 bateaux  n’était rien à côté du complexe immobilier de 5 immeubles, 3 tours pour la bagatelle de 8 à 9000 résidents. Le nom de Roland Nungesser, l’homme qui siégeait dans le Conseil d’Administration des frères Willot, dont la déconfiture permettra à la fortune de Bernard Arnault de se faire un pied de cuve pour le franc symbolique, en tant que président du club nautique de « Cannes-Marina ». Pour laisser entrer les bateaux relever le pont de chemin de fer et le pont routier ne sera qu’une peccadille de plus pour la SNCF et les Ponts&Chaussées, la France est bonne pour les promoteurs immobiliers mais implacable pour tous ces planqués de cheminots et de fonctionnaires. Bref, le premier adjoint au maire de Cannes M. Ladevèze est bien sûr directeur de la société promotrice avec pour avocat le très célèbre Me Rochenoir conseil de la « Garantie Foncière » et du « Patrimoine foncier » des frères Willot. « Que le monde de l’Immobilier est petit ! » concluait le journaliste. La République Pompidolienne cultivait ses bonnes vieilles traditions, allais-je y replonger plutôt que d’aller jouer au con avec les fous-dingues de la Péninsule ?   

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 00:09

alain-souchon-mes-chansons-c-est-un-peu-du-baratin-copie-1.jpgCe dernier jour d’un mois juillet automnal, sans me laisser glisser dans une molle nostalgie, l’envie me prend de mettre mes pas dans ceux d’Alain Souchon lorsqu’il veut voir « sous les jupes des filles très fières sur leurs escabeaux en l'air /Regard méprisant et laissant le vent /Tout faire. » Alain Souchon c’est ma génération, en lui je me retrouve : un peu dilettante mais toujours présent, une apparence sereine qui cache des colères rentrées, une mélancolie pleine de grâces, de mots de toutes les couleurs, l’amour des femmes, une démarche tranquille un peu solitaire, un style forgé sur la rythmique de Laurent Voulzy qui l'a obligé à modifier son écriture, à briser ses phrases, à bousculer la langue, le français. « C'était comme un jeu. Un jeu qui a duré plusieurs années. Jusqu'à en devenir un tic d'écriture, trop facile. Alors je suis revenu à un style plus classique. »

 

En décembre 2008 il confiait à Hugo Cassavetti et Valérie Lehoux de Télérama « En 68, je me disais que c'était bien de foutre le désordre, que le monde n'était pas très amusant à vivre : se lever, avoir un boulot, être jugé tout le temps. Il y avait quelque chose de très dur que la jeunesse cherchait à adoucir. On voulait se rouler dans l'herbe, fumer des pétards et rire. Je me disais que lorsque des types de la génération de Paul McCartney deviendraient présidents de la République, le monde serait plus doux. Ce n'est pas vraiment ce qui s'est passé. Il y a une immense roue qui s'est mise en route, que personne ne peut arrêter, à laquelle les hommes politiques sont accrochés. Ils sont, comme nous tous, ballottés par ce grand truc libéral, de mondialisation, cette idée qu'il n'y a plus que l'argent qui compte, la réussite financière. C'est ahurissant. Je suis ébahi par le monde tel qu'il va. » link 

 

 

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 07:00

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« Puis-je me permettre mademoiselle de Saint-Drézéry...

- Allons Paul cessez tous ces chichis appelez-moi Marie !

- Comme il vous plaira mad... Marie... mais vous m’interrompez si vous me jugez indiscret. Comment avez-vous connu tous ces gens si importants mais si différents ?

-  Mes extra !

- Vos extras ?

- Oui Paul lorsque je turbinais au Monop de la rue de Rennes je distribuais des petits papiers avec mon téléphone pour que les bourgeoises du quartier puissent me sonner lorsqu’elles organisaient des coquetels. J’adore voir du monde et dans cette faune j’ai fait le petit choix que voici que voilà. La baronne G elle vendait en appart ses boutanches non étoilés alors que le Michel je l’ai chopé à la Sorbonne dans un grand raout très « j’me secoue la tête pour voir s’qui en tombe ». Canto c’est au Flore qu’on s’est causé. Yannick lui c’est dans un truc caritatif qu’on a papoté. Catherine j’l’ai croisé chez une copine. Bref, mon idée de créer un think tank, qui plus est baptisé « Sans Interdit » les a séduit... Simple, non !

- Si vous le dites Marie mais vous faites quoi au juste ensemble ?

- Jusqu’ici, rien de précis, on se contente d’écouter Michel et de noter les saillies d’Eric... Mais la donne a changée nous allons pouvoir passer la surmultipliée : le genre Cap Bonne Espérance !

- Du sponsoring ?

- Non, non mon cher Paulo, de l’intelligence, du sens, ça va décoiffer les indéfrisables et jaser dans les châteaux...

- Je n’en doute pas mademoiselle Marie vous êtes déjà si attendue...

- Ils ont sorti l’artillerie lourde aux meurtrières les poteaux Paulo...

- Vous êtes un peu sévère Marie, les propriétaires vous attendent avec un réel intérêt, les tergiversations de vos malheureux tantes et oncles mettaient le marché sous pression. Vous pesez lourd dans la tendance !

- Fort bien cher maître, croyez-moi je ne vais pas les décevoir ces petits loups !

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 00:09

photoMacaro1.jpgJ’entends déjà monter de nos villes et de nos campagnes les ricanements des chasseurs de fautes d’orthographe. Môssieu Berthomeau « on ne met pas de « s » aux noms de pâtes italiennes puisque les noms italiens sont déjà des pluriel comme spaghetti, rigatoni, fusilli, (pluriel masculin) bucatini, ou penne, tagliatelle, trenette, lasagne (pluriel féminin). Et là je me gondole grave messieurs les railleurs, je vous retourne votre compliment : macaroni est un faux-ami puisqu’il s’agit d’un mot français que nos vendeurs de pâtes, Panzani en tête, pour traduire les mots italiens maccherone et maccheroncini bien trop difficile à prononcer par nos bouches franchouillardes.

 

Est-ce pour cela que dans la langue argotique les Italiens sont désignés sous l’appellation : Macaronis, je ne sais. C’est plus gentil que Ritals. Toujours dans la langue de ce qui fut la zone j’adore l’expression « Allonger le macaroni » pour qualifier la masturbation. Plus sérieusement, maccherone viendrait du grec byzantin makaria : « banquet funèbre » et « soupe d’orge ». Le macaroni courant se présente sous la forme d’un tube de quelques centimètres. Cependant il existe aussi des macaronis longs : même diamètre mais de la longueur d’un spaghetti. Leur consommation allie la difficulté de la prise en fourchette et de l’absorption du spaghetti traditionnel avec celle d’avaler sans s’étouffer. Ils sont très difficiles à trouver sur le marché français. Recommandé pour les faims gargantuesques : ça cale bien l’estomac et ça donne de la combustion lente.

 

À ce propos, et sans recourir à une telle extrémité, la météo de ce mois de juillet prédispose à la consommation de plats qui permettent à nos corps de brûler de la calorie. Le gratin de macaronis en est un. Préparation simple et après passage au four le gratin se bonifie lorsqu’on le réchauffe « Quand au gratin (de macaronis) plus il est réchauffé meilleur il est. » San Antonio Pour la béchamel pensez à râper de la noix de muscade. Cuisson des macaronis al dente bien sûr sinon l’ensemble avec la béchamel équivaudra à de la colle d’affiche. Certains font cuire les macaronis dans du bouillon à l’ancienne, moi je préfère la cuisson classique car le bouillon donne son goût à la pasta et lui ôte son côté pur blé dur. Pour les fromages : Parmesan en lamelles alternées avec les couches de macaronis et Gruyère râpé pour le gratin. Ne mélangez pas les macaronis avec la béchamel, nappez couche par couche. Attention gratiner n’est pas cramer mais bien dorer la croute. Pour le réchauffage l’opération est délicate : soyez doux avec le gratin et patient.

 

Reste la délicate question de l’accompagnement liquide de ce plat fort roboratif. D’ailleurs faut-il toujours boire en mangeant ? Dans le cas présent la réponse est oui. Mais faut-il boire italien ? Que nenni, je pencherais plutôt pour méditerranéen rouge. Alors choisissez sur la photo ci-dessous !

 photoMacaro.jpg

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