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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 00:09

Je pensais pouvoir me rendre aux Premières Rencontres des Cépages Modestes qui se sont déroulées les 29 et 30 octobre à Saint Côme d’Olt  en Aveyron mais je n’ai pu le faire pour cause de surrégime. Me reposer un peu fait aussi parti de ce je dois faire. Mon absence était largement compensée par celle de Michel Grisard fidèle lecteur et président du Centre d'Ampélographie Alpine Pierre Galet de Montmélian. Il a beaucoup regretté de ne pas y avoir croisé Sylvie Cadio,  pourtant annoncée, mais il m’a fait un petit compte-rendu et surtout signalé l’intervention de Robert Plageoles www.vins-plageoles.com qui a plaidé, avec son brio habituel, pour que soient menés les « deux combats conjugués de la protection des cépages et le retour aux variétés originelles sans greffage sont essentiels à la survie de la viticulture ancestrale. » Avec l’autorisation de Robert Plageoles je vous la propose chers lecteurs. Merci à lui et bonne lecture. 1233_image3.jpg

                                          photo du site winetourismfrance.com  

« Il y a 25 ans quand dans mes conférences, je prononçais le mot « ampélographie », les yeux des auditeurs s'écarquillaient, signe d'interrogation sur la compréhension du mot ! L'ampélographie : qu'es aco ?

Pierre Galet est né dedans, et je pense à lui lorsque je prononce ce terme on ne peut plus viticole, mais hélas parfaitement ignoré de beaucoup de vignerons, de spécialistes supposés de la vigne et du vin, et surtout des médias !

Ce terme trop difficile pour l'auditeur non averti ne doit pas être utilisé trop souvent, au dire des censeurs de la communication audiovisuelle : c'est trop compliqué ! Alors on se contente de parler du vin - surtout des cépages avec parcimonie, quelquefois du vigneron  et presque jamais de l’ampélographie.

 

Et pourtant…

 

J'ai une pensée pleine de condescendance pour les vedettes des revues et médias, vantant les mérites des vins prestigieux, gloires de notre monde moderne.

 

J'ai une pensée pleine de tristesse pour leur ignorance totale des héros de ces merveilles : les cépages.

 

En effet quel intérêt y a-t-il de savoir que le merlot, cépage Bordelais mondialisé, était considéré avant le 19ème siècle comme un cépage secondaire nommé « crabutet noir » ? Aucun assurément. Il occupe actuellement la 7ème place au classement des cépages dans le monde, couvre 75 régions ou pays différents, soit 200.000 ha !

 

Mais la région Bordelaise a avalé le champion sans états d'âme et seulement magnifié le résultat !

 

La culture du bénéfice financier compte d'avantage que le savoir culturel !

 

Et que dire du pinot « vulgarisé » à l'extrême. Il est cultivé dans près de 150 régions ou pays différents à hauteur de 60 000 ha.

 

Que fait-on des 39 différentes variantes du Pinot dans notre monde viticole ? Sont-elles connues des vignerons ? Que reste-il de leurs valeurs ?

 

L'oubli a bien œuvré, la focalisation sur le vin issu du pinot générique a fait le reste.

 

Il y a quelques années, quand je demandais à certains journalistes parisiens de parler davantage des vins de Gaillac, la réponse était simple : « c'est un vignoble peu connu »

 

Et quand j'insistais sur les cépages millénaires, la réponse était pire : « personne ne les connait ».

 

C'est le chien qui se mord la queue : on ne parle que de ce que l'on connait ! Ce qui ferme définitivement la porte à ce que l'on ne connait pas !

 

La culture à l'envers…

 

Petit à petit les choses changent.

 

Sous la pression de la mondialisation, les réactions de sauvegarde se font plus précises.

 

Quand je suis rentré à Vassal en 1982 grâce à Boursicaut de l'ENSAM de Montpellier, j'ai eu l'impression d'être le premier demandeur de cépages dans le temple de l'ampélographie. Le volume actuel de demandeurs a explosé, les vignerons ne veulent pas mourir écrasés par l'uniformité.

 

Les vignerons, grâce à un juste retour de mémoire, tentent de sauver ce patrimoine fantastique des cépages mis à notre disposition au domaine de Vassal à Marseillan, mais aussi dans tous les conservatoires régionaux qui se sont créés.

 

La réaction est en marche, nos collègues italiens ne sont pas en reste. Lors d'une conférence à Florence, j'ai pu constater qu'ils étaient beaucoup plus actifs que nous, témoin Mastroberardino, vigneron célèbre qui a planté les 11 cépages antiques de Pompei, in situ, dans les mêmes parcelles d'avant la destruction volcanique de la ville !

 

L'Espagne n'est pas en reste.

 

L'Ukraine avec ses domaines autour de la mer Noire, perpétue la protection des cépages locaux, comme son voisin la Géorgie avec les 500 cépages toujours utilisés... et ses techniques de vinification comme les vins Kakheti.

 

N’oublions pas le conservatoire ampélographique de Magaratch en Crimée. Avant l’éclatement de l’URSS, il était le plus important conservatoire du monde.

 

Vassal a relevé le défi. Profitons-en ! D’autant que le conservatoire ayant aiguisé des appétits immobiliers, il a failli disparaitre. Devant les attaques par voie de presse de quelques vignerons défenseurs d’un exceptionnel patrimoine mondial, l’heureux propriétaire des 25 hectares du conservatoire (un champenois) a reculé et revu ses ambitions destructrices.

 

A nous maintenant, avec l’lNRA de Montpellier, de jouer et de perpétuer cette collection unique mise en place depuis plus de cinquante ans, grâce notamment aux travaux de Pierre Galet !

 

Galet, l’homme providentiel déjà reconnu mondialement, ne sera jamais assez remercié pour tout ce qu’il a fait et qu’il fait encore pour cette science presque oubliée des modernes : l’ampélographie.

 

Et cet homme exceptionnel, révélateur des efforts et essais des vignerons de notre « vieux monde », depuis plus de 10.000 ans, mérite non seulement le respect dû à un savant, mais rend absolument indispensable la lutte que nous devons mener contre l’oubli de milliers de cépages.

 

Restons vigilants contre les tentatives de nos élites technocratiques tentées de normaliser ce que l’homme a créé !

 

Soyons respectueux de toutes ces créations, de toutes ces merveilles variétales, et protégeons ces acquis dus à l’intelligence et à la patience des hommes.

 

Je l’ai écrit, dit et proclamé de nombreuses fois : « ll n’y a pas de mauvais cépages, il n’y a que de mauvais vignerons ».

 

Toutes ces identités créées par l’homme enrichissent notre patrimoine viticole et en même

temps notre patrimoine culturel.

 

Nous devons, comme les « compagnons du devoir » dans d’autres disciplines, protéger les acquis de nos ancêtres.

 

Demain sera difficile. La mondialisation se précise. Celle des cépages aussi.

 

Difficile de ne pas penser à la Chine, marché viticole de demain. Quelques chiffres :

- en 2000, Production : 2 millions d’hectolitres

- en 2005, Production : 5 millions d’hectolitres

- pour 2020, Production prévue : 25 millions d’hectolitres.

 

Dans une production mondiale de 280 millions d’hectolitres, la Chine en 2020 atteindra presque 10 % de cette production !

 

L’Inde arrive elle aussi, à toute allure, dans cette compétition mondiale ! De quoi donner le vertige a l’Europe !

 

Dans cette évolution se glissent dangereusement les cépages principaux des régions les plus réputées de France.

 

Cette mondialisation des cépages, dans ces puissances économiques que sont la Chine - et l’Inde bientôt - représente un danger mortel pour notre ampélographie traditionnelle.

 

ll nous reste heureusement de nombreuses variétés solides et de qualité exceptionnelle pour lutter contre cette vulgarisation des gouts et des saveurs.

 

Nos originalités régionales y pourvoiront sans complexes et sans difficultés. La vieille Europe (au sens large du terme) a une multitude de ressources et beaucoup d’imagination.

 

Je ne voudrai pas terminer mon exposé sans dire un mot sur le plus grand drame viticole de la planète : le phylloxera !

 

En trois phrases :

- il a tué la mémoire mondiale des cépages,

- il a, par le greffage sur plants américains pour le combattre, dénaturé l’identité des cépages originels :

- il faut, le plus vite possible, revenir à l’origine de la vigne avant le phylloxéra.

 

C’est l’héritage que nous devons laisser aux jeunes générations de vignerons.

 

Dès l’apparition de la maladie, les hommes ont œuvré pour résister aux attaques du phylloxéra. Dans de nombreuses régions viticoles vers les années 1890-95 des expériences de lutte chimique avaient démontré que l’on pouvait combattre l’insecte.

 

Malheureusement, la formule de greffage a stoppé les recherches.

 

Tous ceux ou celles qui ont eu le bonheur de goûter des vins issus de vignes pré-phylloxériques ont pu constater l’écart de qualité et d’originalité avec les vins issus des vignes greffées.

 

Rien n’est impossible : les deux combats conjugués de la protection des cépages et le retour aux variétés originelles sans greffage sont essentiels à la survie de la viticulture ancestrale.

 

Ceux qui doutent sont condamnés, à plus ou moins long terme, à subir la loi de la technologie galopante de la vinification et l’uniformisation des vins de la planète, et en complément la disparition des vignerons amoureux de leur métier. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Michel Grisard 16/11/2011 18:23



Jacques,


Est-ce que j'ai mal entendu (car j'ai écouté Robert lire ce texte)?


Est-ce que je ne sais plus lire?


Ou trouve-t-on un mot parlant de lutte chimique, dans le texte de Robert?


Rassures moi Jacques! J'ai peu dormi ces dernier jours, mais j'hallucine.


Robert ne le dit pas: mais dans la nature, il y a une régulation par ce qu'on appelle des prédateurs. Il est impossible que le phylloxera n'ai pas de prédateur. A l'apparition du phylloxera, le
prédateur ne pouvait exister vu l'absence de l'insecte à phagocyter. Donc, la chimie a été employée, et c'est le greffage qui a solutionné le problème. Mais 100 ans après, rien n'a été entrepris
pour trouver une alternative, puisque LA solution était trouvée. Seulement, les maladies du bois, .... c'est dû à une certaine dégénérescence de la plante. Il n'y a plus de reproduction sexué de
la vigne depuis 100 ans et plus. Si la vigne est venue jusqu'à nous, c'est grâce au marcottage, multiplication plus douce que le bouturage, car le cordon ombilical est bien existant avec cette
méthode. Le bouturage de bois aoûté, c'est à dire mûr, avec des cellules "vieilles", même si ce n'est que du bois d'un an, est le facteur aggravant de toutes ces maladies dégénératives.



David Cobbold 16/11/2011 07:16



Pour les amateurs du Vin de Voile de Plageoles, j'ai de quoi organiser une bonne verticale. Faites-moi signe !



bof 15/11/2011 18:20



en 1987 on avait envoyé le père d'un copain qui connaissait Plageoles acheter du vin de voile 1979. il arrive, fait part de sa commande et plageoles lui demande: "Combien de bouteilles?" "six" un
silence puis Plageoles lance "SIX BOUTEILLES?????!!!!!!!!! mais tu en fait le traffic!!!" il m'en reste une



pierre rivet 15/11/2011 18:15



Plaider pour la lutte chimique contre le phylloxéra à l ' heure actuelle pour abandonner une méthode biologique qui a fait ses preuves , par les temps qui courent , c'est tout sauf du
politiquementr correct !!!



marie 15/11/2011 11:53



excusez-moi,Monsieur BERTHOMEAU,mais c'est le dernier article qui a réussi a passer!!! depuis ce matin,c'est une avalanche de plaintes des blogueurs (je ne comprenais pas,pourquoi,je recevais si
peu de recettes ou sujets de mes blogs favoris,et,m'étant inscrit à de nouveaux: "NADA",pas une recette reçue!!!(ils sont partis avec la caisse ou quoi ???),voilà,vous n'étes donc pas le
seul ,et, pourquoi ? on pensait qu'OVERBLOG était un site ou une plaque tournante,sérieuse!!! bonne journée,tout de meme, amitiés: MARIE.



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