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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 08:00

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Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier. Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporain et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson. De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 00:09

Hé oui je vous bassine à longueur de lignes sur l’ardente obligation de créer des liens, de faire en sorte que la Toile anonyme se transforme en filet à mailles fines pour draguer dans un océan bleu très poissonneux. Se faire des amis, enjamber le virtuel pour se cogner au réel. Bref, puisque comme aux Galeries Lafayette de Perpignan il se passe toujours quelque chose chez Berthomeau, Denis Boireau, adhérent historique de l’Amicale du Bien-Vivre, dites des Bons Vivants, s’est jeté le premier à l’eau et a lancé une invitation au sieur Charlier et à moi-même pour que nous allions séjourner en juillet en sa maison de l’Ile d’Yeu chère à mon cœur. Mon agenda de futur Ministre des Commodités ne me permettant de distraire la plus petite parcelle de mon précieux temps pour prendre la mer seul notre vigneron cul(te) s’est lancé dans l’aventure.  Voici son récit d’une sortie en mer, sans digressions – même pas une sur le père Philippe qu’a séjourné dans le coin – où l’on sent poindre un style tout en retenue d’un auteur en devenir. Léon pourrait-être l’Ernest Pérochon du XXIe siècle. Les travailleurs de la mer  « O combien de marins, combien de capitaines - Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, - Dans ce morne horizon se sont évanouis! - Combien ont disparu, dure et triste fortune! - Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune... » Bon laissons le père Victor et passons la plume à notre chroniqueur maritime.   Yeu-009.jpg

 

Où l’on transcende l’espace temps

 

 

« Quelques entrefilets – lisez « posts » - ont suffi à me rapprocher d’un illustre inconnu ; enfin, inconnu de moi en tout cas. Le bonhomme avait confirmé en quelques lignes ce que je pressentais : on ne voit pas comment la marée peut influencer physiquement du vin contenu dans une cuve en béton armé (donc rigide et pratiquement incompressible), remplie à ras bord (sans creux) et non percutée par les flots, même si celle-ci se trouve à proximité de l’océan. Il doit le savoir : l’est ingénieur, le type. Et même un ingénieur particulier, spécialiste des détecteurs de faisceaux laser : ces gens-là ne parlent qu’en nanomètres.

 

Mais de rubis en autres gemmes, invitation fut lancée à le rejoindre sur un îlot perdu en bordure de l’Atlantique, mi-vendéen, mi-breton, avec pour tout point de ralliement une adresse insulaire et la promesse d’échanger du vin des bords de l’Agly contre de la marée du Golfe de Gascogne. Vogue donc le catamaran – 34 nœuds quand même !- au départ de Fromentine, sur une mer étale, sans le moindre roulis. La « délicieuse » Christine – c’est lui qui le dit – deux bicyclettes et mézigue accostent sans encombre à Port Joinville et foulent ce sol proto-vendéen pour la première fois.

 

On enfourche les bécanes et zou, 5 km plus loin, voilà le hameau de La Croix, en bordure de la Baie des Vieilles. Commencent alors 48 heures de dépaysement : tentative avortée de ma part d’amadouer des amis du maître des lieux ; escapades cyclistes sous un ciel mitigé mais qui nous gardera au sec ; rencontre avec Catherine Breton et sa fille, devenues cavistes sur l’île le temps d’un été ; dégustation de nombreuses bouteilles hexagonales mais néanmoins exotiques ; déglutition d’hectolitres de muscadet – le sans façon, celui qui accompagne si bien les produits de la mer et fait se rengorger les snobs et les fats et,  clou indiscutable du séjour : la « pêche en mer ».

 

Pour faire court, on me chausse de sandales résistantes à l’eau de mer (« Car mon bateau prend l’eau et il faut écoper », sic), on me fait monter dans un frêle esquif d’environ 2,50 m de long (peut-être 3 m, je ne veux vexer personne), on me fait asseoir dos à la marche, les fesses en équilibre sur une tablette avec un bitogneau en métal vert-de-grisé qui me défonce l’anus et hop, le patron rame, direction la haute mer. Il rame bien, le bougre, en plus, malgré un vent d’Ouest tenace et un peu de houle (creux de 1,50 m à mon estimation). Il faut dire que Léon ignore totalement le mal de mer, il a eu l’occasion de s’en rendre compte dans de nombreux ferry-boats traversant la Manche et la Mer du Nord par gros temps. Il est neuf heures et la marée haute a un peu apaisé les creux. Le soleil encore rasant rend le repérage des bouées difficiles. Qu’importe : la première nasse livre quelques tourteaux et l’une ou l’autre petite étrille ; pas de ce homard bleu tant désiré. La deuxième se montre avare également.

Quant au filet, récupéré à bonne distance, ce sont des vieilles et des tacots qu’il nous offrira.

Vous avez déjà ramené une vieille en tacot ? Moi, quand j’étais petit, c’étaient les jeunes que je menais en bateau !

 

Ensuite, les rames plongèrent sans effort – pour moi, qui ne faisais que regarder – dans le roulis, faisant à peine crisser leur dames. En une heure de calme, de sérénité, de bonheur en fait, nous étions à nouveau sur le plancher des vaches. On avait parlé, un peu. On avait observé, beaucoup. On avait échangé, en silence ...

 

 Mille fois merci, Denis !

 

Luc Charlier

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 08:00

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Du vingt juillet au vingt août, du vin au vin quoi, chaque jour à 8 heures pétantes, un paragraphe du format d’une carte-postale vous fera vivre la saga bordelaise de l’été : l’irruption de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC. Tous les secrets, les hypocrisies, les coups montés et fourrés, les complots, les croche-pieds et les chausse-trappes, les vilenies, les bassesses, les appétits féroces, les rumeurs les plus viles, vous seront livrés en direct, sans fard.

 

Roman codé certes mais qui, sous la légèreté des mots, mettra à nu les pratiques d’un monde impitoyable. Triomphe de la vulgarité sur le style, la droiture et l’élégance, cette saga border line ne fera que confirmer que l’élite de l’argent, qui se veut une élite de l’esprit, n’est que vanité. Les vrais aristocrates de la taille d’un Luchino Visconti ne sont plus ; l’origine, ce lien entre l’histoire et la terre, le maître en parlait ainsi « Mon père m’avait enseigné que je ne pouvais revendiquer ni droit ni privilège par ma naissance. Ma noblesse je ne l’ai jamais étalée, jamais. Je n’ai jamais été éduqué dans la perspective de devenir un crétin d’aristocrate engraissé et amolli sur l’héritage de la famille » Aucune morale à cette histoire bien sûr rien qu’une invitation à revenir sur le plancher des vaches où les veaux sont trop bien gardés.

 

Bonne lecture pour tous ceux qui voudront bien prendre le fil de cette histoire, pour les autres bonnes vacances ou bon travail...

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 00:09

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Ce matin je brode avec du matériau de qualité, du pur Sorin. Raphaël Sorin, l’érecteur d’Houellebecq, plus de quarante ans d’édition au compteur, gros nounours bougon et cultivé, j’aime car il a du coffre. Il vient de publier chez finitude Les Terribles, un de ces opus dont je raffole car je les glisse dans mon sac Pan Am bien connu et je m’en nourris à chaque fois que mon appétit s’aiguise. Alors quand j’y retrouve Léo Mallet c’est la rue Watt qui m’envahit, du moins les images qui m’en restent car aujourd’hui elle n’est plus ce qu’elle était à mon arrivée à Paris. Longue de 500 mètres et large de 12 mètres, elle relie le quai Panhard-et-Levassor au carrefour des rues du Chevaleret et du Loiret dans le13e arrondissement. Créée en 1863, elle se situait sur la commune d'Ivry jusqu'à l'extension de Paris au-delà du mur des Fermiers généraux, décidée par Haussmann. Je l’ai hantée quand je cherchais l’inspiration. Par bonheur Jacques Tardi l'a représentée dans certaines de ses bandes dessinées, adaptant en particulier Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet.

 

« Il pleut sur Reims quand je débarque. L’ambiance est morose à la Maison de la Culture. Des zombies tournent comme des poules dans une cage. Les fameux spécialistes déboulent.» c’est Sorin qui narre. « Que faire, en attendant vendredi soir l’hommage à Malet ? (...) Que glander ? Les heures coulent comme la Seine dans un film de Bresson. Le lecteur qui n’aime ni les polars, ni le champagne, ni les mondanités s’impatiente. »

« On nous invite à visiter les caves de la célèbre Veuve Clicquot-Ponsardin dont la devise mérite un coup de chapeau en passant « Une seule qualité : la toute première ». Léo Mallet est arrivé entre temps, en pleine forme, malgré ses 70 piges, sa pipe à tête de taureau au bec, bien couvert à cause du froid, un sac de toile sur l’épaule. Je me présente « Sébastien Moreno »*. Il m’en serre cinq : « Malet ». Admirable simplicité de l’immense écrivain que l’admiration de Dug n’entame pas. J’ai relu Brouillard au Pont de Tolbiac la veille, dans l’édition magnifique de son copain le libraire du XIIe. Ah, la rue Watt ! »

 

« Un petit groupe de curieux opte pour la visite des caves. On saute dans des automobiles et c’est parti. La Veuve, qu’elle légende ! Pouchkine a écrit pour elle. Napoléon a dormi sous son toit. L’empereur Alexandre a bu son vin. Comme ils disent : « Elle continue sa pétillante carrière dans le monde d’aujourd’hui »  (...) On nous offre à boire avant d’entrer dans les caves de la Veuve, qui, comme l’Enfer de Dante, enferment les damnés occupés à tourner des bouteilles, chacun trente mille dans la journée, et il y en a cinquante quatre millions. Bloch et Malet en tête, nous pénétrons dans les galeries où l’on nous explique tout : « Préoccupée par le désir d’obtenir les vins les plus clairs, nets et limpides, Madame Clicquot inventa et mit au point, avec beaucoup d’obstination, la méthode du remuage sur pupitre, procédé délicat de clarification qui fut ensuite adopté par l’ensemble des Maisons de Champagne ;

J’observe Bloch ; impavide, il passe entre les rangées de bouteilles sombres, dans les salles qui portent les noms d’ouvriers modèles qui, pendant quarante, cinquante ans, ont remué le champ ou enfoncé des bouchons. Malet sardoniquement offense la mémoire de ces braves prolétaires : « Quels cons ! ». Il se souvient d’avoir fait deux jours chez Citroën, pas plus, et insulte les malheureux qui se crèvent çà la chaîne. Nous avançons toujours dans les veines sombres de la Veuve, à vingt mètres sous terre, en plein calcaire, comme des taupes avides de savoir. Nous allons tout connaître, jusqu’à la sortie où enfin on nous libère. Malet lance, vengeur : « Et maintenant, chez Ricard ! »

 

Extraits signés Sébastien Moreno (alias Raphaël Sorin) Libération 22 mai 1979

 

Le pied-de-nez n’a pas eu lieu, Patrick Ricard, le fils de Paul, n’a pas acheté la Veuve mais s’est contenté d’acquérir Mumm et Perrier-Jouet lorsque JM Messier soi-même s’est débandé...

 

Vous pouvez lire aussi une ancienne chronique « On procède au dosage, c’est-à-dire qu’on croise le vin, qu’on le détend avec toutes sortes de trucs » Barbe Nicole Ponsardin Veuve Clicquot link

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 00:09

« Associer le vin et la musique est un geste sans fondement, un parcours guidé par aucune étoile polaire... » voilà une fraîche honnêteté qui laisse bien augurer du projet de ces « dégustateurs de vinyles » et « écouteurs de bulles», ces iconoclastes, ces provocateurs : un DJ gastrophile musical et « un buveur qui écrit pour se payer le vice et se bat pour un développement buvable » deux italiens Donpasta né dans le talon de la botte le Salento dans les Pouilles, adepte du farniente « les montagnes il les contemple de loin, et ça le fatigue déjà... » Candide, « napolitain dans l’âme et gitan par choix, raconte être né sur la terrasse d’un café, où se trouvent ses seules racines et où il veut mourir. » Des phrases appelées à devenir culte telle que « Et surtout, le verre doit être troué, il se vide tout seul ! » Je partage avec eux la même philosophie sur le vin « il faut le boire. Rien ne sert d’en parler, et encore moins d’écrire dessus. » et la « même envie d’extraire le vin de la mise en scène théâtrale dans laquelle il est souvent enfermé. »


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Wine Sound System publié par autrement 17 euros est un opus joyeux et jubilatoire qui invite à jouer avec le vin en se laissant guider par ses sensations, à l’écouter en le partageant. Parler du vin en musique en débouchant une bouteille, en ne s’adressant qu’au cœur et à l’âme, en magnifiant le dolce farniente, c’est un vrai projet de vie où la légèreté, ce doux zéphyr qui élève, donne de la hauteur, prend la valeur d’une philosophie. Ce livre est tout sauf un guide, « nous ‘avons choisi que trente bouteilles », des coups foudre, choix fondé « sur l’amour et, parfois, l’émotion qu’a suscitée en nous la rencontre avec quelques producteurs et leurs vins. » Ces vins sont majoritairement compris dans la fourchette de 10 à 20 euros, parfois même moins de 10. Détail d’importance pour les chauvins que nous sommes « la présence d’un nombre important de bouteilles françaises. » Vous l’avez compris ce bouquin sans règles du jeu me botte – j’suis 100% italien en ce moment – « on peut s’y adonner avec n’importe qui et n’importe quel genre de musique ; à chacun de trouver le son qui s’accorde bien le vin. Alors... à vous de jouer ! »

 

Cet accord, et musical, et amical : les trois vignerons choisis sont des amis, me plonge dans une volupté abyssale. Francis, Olivier, Patrick qu’il est bon de nous connaître, « un peu de douceur dans ce monde de brutes... », nos liens par le vin, par cette amitié confiante et sereine, c’est une parcelle d’humanité, le bien le plus précieux : «  à la vôtre, à la nôtre et à tous les autres qui voudront bien partager avec nous notre goût immodéré de la convivialité... » Santé !

 

Champagne millésimé 1988 (Raymond Boulard)


« Qu’y  a-t-il de plus poignant qu’un vieux champagne ? Francis Boulard, compagnon de quelques aventures, nous a fait cadeau d’une bouteille de sa réserve familiale. Les bulles sont encore vives, mais l’effervescence a perdu a perdu de son ampleur. Nous reconnaissons le pain d’épices caractéristique. Le moelleux est équilibré par le coing et l’abricot. Les notes tertiaires sont les plus difficiles à décrire, comme il est difficile de dire la mélancolie qui accompagne nos journées les plus heureuses. Comme si la joie ne voulait pas oublier ses humbles origines, la fatigue dans les vignes et la douleur qui l’a fait naître. Une note de truffe blanche retrouvée devient, une fois que le verre est vide, le fil de mille pensées. »

Nina Simone


« J’ai vu Nina Simone en concert lorsque j’avais 14 ans, par une chaude journée d’août, sur la place de Lecce. La chaleur qui unit le corps et le monde. Adolescent encore imprégné des cris perçants du punk, j’ai vu la douleur se transformer en fierté et en sourire, pieds déchaussés et dos redressé, danse du bassin et regard de femme. 

Nina Simone m’a appris la limite entre la rage et le refus. Entre la violence et l’art. À travers le son des mots. Ceux qui font le plus mal. En cette nuit d’été, elle m’a offert le cœur que j’avais enfoui pour laisser la place à mes coups de poing colériques et à mes cris aphones. Pour elle, la révolte consistait à moduler sa voix pour parler le langage des bébés qui viennent de naître, lorsqu’ils sont tous égaux. Ne rien coupe. Je conseille tout de Nina Simone. Sinnerman et Srange Fruit sont mes préférés.

 

Amy Winehouse


« Mais pour une fois, je vais t’épargner le plaisir mélancolique de l’association vin rouge et chanson triste existentielle que j’aime tant, et je vais laisser la reine, Amy Winehouse, accompagner mon chablis. D’ailleurs, avec un nom pareil, elle doit s’y connaître »

« Miracle. Il existe encore des disques qui, certes, sont fait pour être vendus, mais qui savent aussi être incroyablement beaux. On avait un peu perdu leur trace, en raison de la stupidité des producteurs qui pensent que les gens sont complètement formatés.


(...) La production de l’album Back to Black d’Amy Winehouse est précieuse et soignée, mais en même temps roots et rétro, entre Motown et le hip hop des De la Soul (...) Back to Black est un album magnifique. Il faut espérer qu’il ne se fer pas écraser par le fantasme de l’artiste maudite, dont raffolent les maisons de disques et les journalistes, qui y trouvent le moyen de distraire les gens du caractère tragique du monde et de l’espoir d’un art plus pur. »

Chablis Bel Air et Chardy 2006 (De Moor)


(...) nous sommes entrés dans un bistrot pour acheter cette bouteille, comme c’est le cas le plus fréquent. La paresse se paie : il est un peu trop jeune, c’est la cuvée la moins minérale. Ce 2006 est très bon mais jeune, donc de caractère changeant. Il se présente en sourdine, timide, replié sur lui-même et protégé par sa réduction, mais en bouche, la trame est déjà magnifique, soyeuse. Il entre ensuite dans un état d’excitation et explose en un fruit de la passion charnu. Par excès de générosité, il perd son équilibre et fait de l’ombre à une belle veine minérale qui commence à se prononcer. Le peu qui a survécu à notre soif nous a séduits, quelques heures plus tard par sa finesse. De délicates notes de gingembre et de santal, la veine minérale et acide met de l’ordre et de la perspective. La timide et ténébreuse petite fille s’est transformée en une adolescente ébouriffée et extravertie, pour devenir, enfin, une magnifique bouteille de chablis. »  

Donpasta – Tu as déjà lu La danse immobile de Manuel Scorza ?

Candide ne l’a pas lu car il est allergique à la littérature sud-américaine. Moi non plus mais j’aime la littérature sud-américaine et l’anecdote contée par Donpasta est brûlante. Je ne la déflore pas mais ce corps à corps, cette valse d’union chantée par Léonard Cohen « je me déguiserai en fleuve, ma bouche sur la rosée de tes cuisses.. ». Ensuite il lui prépare un dîner d’amoureux où il dépense ce qu’il n’a pas dans ses poches. Nuit de bohème « un coteaux-du-layon accompagnait les crevettes à la papaye (...) Il ne repartit jamais. Elle, par contre, s’en alla. Légère. (...) Puis il écrivit La Danse immobile. » 

 

Coteaux-du-Layon SGN 1999 (Patrick Baudouin)


« C’est un vin imposant, qui a le caractère et la carrure de son producteur, Patrick Baudouin, dont il partage aussi le destin. Aimé ou détesté, profondément dans les deux cas. Il a l’air d’un vin monolithique avec ses cent dix grammes de sucres résiduels, mais il possède aussi des notes aromatiques intenses : des fruits secs (abricot) à la poire, en passant par la classique écorce d’orange. La première gorgée a le caractère direct et agressif d’un rouge, mais, après une entrée grandiose, la trame se déstructure et le monologue devient conversation. Des notes épicées, salines, citriques. L’acidité équilibre les sucres et la matière et réussit à imprimer au vin un second mouvement qui nous intrigue et finit par nous séduire, maintenant l’énergie du début, tout en devenant confidentiel, tendre. Ce geste initial presque agressif devient une caresse, une embrassade timide. »

 

Léonard Cohen


« Il a toujours dit qu’il faisait de la musique parce qu’on ne peut pas vivre de la poésie. Take This Walz est le résultat d’une plume heureuse, comme si dans la musique il avait continué à faire de la poésie. Sa première période est caractérisée par un folk raffiné aux influences dylaniennes incontestables. C’est de cette période que datent la plupart de ses chansons les plus connues : Suzanne, So Long, Marianne, entre autres. L’estime est partagée puisque Bob Dylan, à son tour, chante encore aujourd’hui Hallelujah de Léonard Cohen à chacun de ses concerts.

Dans les années 1980, Léonard Cohen a complètement changé de style et s’est laissé séduire par des sons électroniques. Je pense qu’il est, avec Gainsbourg, le seul artiste à avoir utilisé sans dommage les synthétiseurs de cette époque. Dans I’m Your Man par exemple, les rythmes lents et raides du son digital mettant vraiment en valeur sa voix de papier de verre et de bourbon. »

Vraiment un livre à boire sans aucune modération...

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 02:00

Nous logions dans un petit appartement du sestiere de Dorsoduro, tout près du Palais Venier Dai Leoni qui abrite la fondation Peggy Guggenheim. J’aime beaucoup cette langue dure et pointue, plein sud, avec le long et large quai des Zattere qui relie la pointe de la Salute à la gare maritime où, au premier crépuscule comme à l’aurore j’aime marcher. En face, à l’extrémité ouest de la Giudecca, la vue du grand moulin Stucky maintenant transformé en Hilton, avec son architecture de style néo-gothique, construit au tournant du siècle dernier par un minotier mégalomane, Giovanni Stucky, qui fut assassiné en 1910 par l’un de ses ouvriers, par sa masse, sa hauteur, ses tourelles pointues, me fait toujours frissonner. Ici, où que l’on se place, tout est beau, même cet ancien bâtiment industriel, altier, pur, et je me rêve marchand, affréteur de navires pour faire le commerce des épices et des bois exotiques. Nous flânions, nous nous égarions sans jamais nous perdre. Loin des lieux infestés de touristes nous explorions la Venise secrète. Ainsi, derrière le Rialto, j’évoquais, alors que nous passions sur le pont delle Tette pour nous rendre au restaurant Antiche Carampane, dont la traduction littérale signifie « vieilles putes » les courtisanes qui s’y exhibaient les seins nus, pour attirer le client, au temps de la splendeur de la Sérénissime qui préférait encourager ses citoyens à commettre des péchés mineurs et lutter ainsi contre un péché majeur : l’homosexualité considérée comme « un péché contre nature ». Face à sa recrudescence, en 1511, les prostituées firent parvenir au patriarche Contarini une requête pour qu’il prenne des mesures.

 

Dès le premier jour j’étais allé m’immerger dans la salle des Pollock à la fondation Peggy Guggenheim. Jasmine m’accompagnait. Alchemy, qui fut l’un de ses premiers tableaux réalisé avec la technique révolutionnaire du dripping, l’impressionna. Dans le jardin, pour mieux répondre à ses questions, je sortis de ma poche un texte, tiré de la biographie du peintre écrite par Steven Naifeh et Gregory White Smith, que j’avais photocopié.

« C’était un geste simple. Il avait dans une main un pot de peinture diluée jusqu’à prendre la consistance du miel. Dans l’autre, un bâton – sans doute celui dont il venait de se servir pour la mélanger à la térébenthine. Se mettant à genoux, il le plongeait dans le pot, puis l’agitait au-dessus d’une toile posée sur le sol, en faisant tomber une mince ligne qui s’abattait sur le tissu puis, à mesure qu’elle s’épuisait, se réduisait à quelques gouttes. Ensuite, il recommençait. A chaque fois, il apprenait quelque chose : s’il allait plus lentement, elle formait une flaque ; plus vite, elle s’effilait ; plus près de la toile, elle s’écoulait plus régulièrement ; plus loin, de manière plus saccadée. Geste après geste, les torons commençaient à se chevaucher et à s’enchevêtrer ; un mouvement du bras permettait d’obtenir un cercle, une torsion du poignet une ellipse extravagante. Avec plus de diluant, il pouvait projeter la peinture plus loin encore. Les outils eux-mêmes avaient leurs secrets : une brosse raidie la gardait mieux qu’un bâton, mais menaçait d’empâter la ligne ; qu’il la secoue et le flot devenait pluie. Ce qu’il pouvait, là encore, contrôler en ajoutant de la térébenthine ou en tenait la brosse plus haut au-dessus de la toile. Le bâton exigeait davantage de « recharges » mais donnait une ligne plus fine, plus cohérente voire, avec beaucoup de diluant, une aspersion semblable à une rosée. Chaque découverte se voyait aussitôt intégrée à une toile d’araignée toujours plus dense. »

 

Jasmine me demandait « Mais alors comment Jackson Pollock en vint-il aux drippings ? »

- Un jour qu’il était encore plus bourré que d’ordinaire. Pollock était un grand pisseur debout dehors. Il était toujours en train d’ouvrir sa braguette pour pisser, même lorsqu’il était dans un bar, au lieu d’aller aux toilettes, il sortait et pissait devant la porte. « Je suis de l’Ouest, et là-bas on va toujours pisser dans la cour » Avec ses frères Pollock avait fait des concours à qui pisserait le plus loin mais je crois que c’était un grand enfant qui a affirmé sa tardive virilité au travers de sa toile comme il avait vu faire son père. Celui-ci, lorsqu’il pissait sur un rocher plat, dessinait des motifs sur la pierre. Pollock se disait je ferai la même chose quand je serai grand. Bien sûr ça semble très primate mais je crois que sa position verticale, les pieds sur sa toile, était celle du paysan foulant sa terre. Pollock le lourdaud, le pataud, en dépit de ses problèmes d’impuissance et d’énurésie, dans son atelier « contrôlait le jet ». Ses courbes lentes ou ses boucles tendues, l’opulence de la couleur, la profondeur de sa matière, ont fait de son geste le plus gracieux de l’histoire de l’art. Tu vois Jasmine, peindre ainsi n’est pas facile, gratuit, à la portée de n’importe qui. Dans ses toiles Pollock imprimait tout ce qui dans sa vie réelle le fuyait. Un jour à une femme qui lui demanda « Quand savez-vous qu’une toile est terminée ? » il répondit « Quand savez-vous que vous avez fini de faire l’amour ? »

 

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 00:09

Notre vie est de plus en plus bordée de chiffres, encerclée même, saturée : des codes, des statistiques, des QI, des notes Parker&autres, des nombres de morts en Afghanistan ou sur les routes du week-end ou de calories dans notre assiette, de taux de croissance, d’inflation, de chômage, de cholestérol, d’alcoolémie, de profits, le Nasdaq, le Dax, le CAC40, le Dow Jones, des cours du pétrole, du blé, du dollar, de l’euro, du yen, l’emprunte carbone de ceci de cela, des quotas de pêche, de pollution, des chiffres d’affaires, des salaires astronomiques... Le chiffre calme l’angoisse des mots, il rassure ou au contraire inquiète mais il semble beaucoup mieux représenter la réalité par sa froideur, sa rondeur, sa précision. Le chiffre ou les chiffres apparaissent comme plus objectifs, moins entre les mains des vendeurs d’illusions.

 

« Du moment où les chiffres parlent, non seulement l’homme raisonnable n’est plus censé raisonner, mais il ne doit rien ressentir. La soumission au calcul  ne procède pas seulement de la compréhension, mais de surcroît, et c’est là la dimension nouvelle, d’une obéissance immédiate et sans affect inutile. Nous nous soumettons à l’ordre numérique comme l’ordinateur qui exécute un algorithme, sans juger du résultat : il se contente de fonctionner. » c’est ce qu’écrit Isabelle Sorente dans son livre Addiction générale chez JC Lattès. Cette polytechnicienne romancière estime en effet que « Cette rationalisation de la réalité nous apaise et nous endort comme une piqure de morphine... » Nouvel opium du peuple les chiffres, « dormez tranquilles braves gens les statistiques de la délinquance sont en baisse... même si les très sérieux magistrats compteurs de la Cour des Comptes écrivent qu’ils sont tripatouillés... » Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé chiffre avec l’eau du bain, lire, écrire, compter ça aide aussi à vivre mais à condition de ne pas se reposer que sur des calculateurs froids, programmés, qui broient les données qu’on leur a confié. Sans en revenir au boulier ou à compter sur ses doigts ou mentalement, reprendre la main, juger de la valeur d’un chiffre, le contester, c’est lutter contre la dictature de l’instantanéité. imagessalledemarche.jpg

La crise, la fameuse crise dont on nous rebat les oreilles, fut certes à l’origine une crise financière mais son substrat, le terreau sur lequel elle s’est nourrie, et qui perdure, c’est le monde des traders, le gain maximal en un espace temps où la seconde prend des allures d’éternité. Pierre, le fils de plombier de Clermont-Ferrand, le héros de Flore Vasseur dans « Comment j’ai liquidé le siècle » le dit crument :

 

« J’ai trente-sept ans, 40 millions d’euros placés aux îles Caïmans. Je suis un camé des mathématiques browniennes. Un type payé pour titiller les fractales et planquer le risque.

J’ai misé sur la déroute asiatique, surfé sur la bulle Internet, regardé ces abrutis de Merrill Lynch devenir fonctionnaires en 2008. Je suis le patron du département quantitative trading chez Crédit Général. J’écris des programmes de calcul systémique, des modèles à cinquante variables. Trente types alignent des kilomètres de code pour moi, à la recherche d’Alpha, l’équation parfaite. J’appuie sur un bouton, lance un logiciel sur les marchés financiers. Unes sorte de lampe d’Aladin qui crache du ratio à deux chiffres sans que je passe un coup de fil. Les algorithmes calculent en temps réel la position idéale, l’ordinateur passe les ordres à la nanoseconde près.

(...) Les mathématiques et les codes nous ont donné le pouvoir. La complexité est l’arme absolue, le signe »+ », l’unique règle. La planète est un Monopoly, les entreprises des sigles à la pelle, les cadres les fantassins du grand capital. Le monde bosse pur nous. Nous n’apparaissons jamais. Nous, les banquiers, vivons leveragés, hyper-endettés. Nous misons un, empruntons cent, gagnons mille. PIB, cash-flow, monnaies, nous parions sur tout mais ne savons pas lire un bilan. Nous n’avons jamais mis les pieds dans une entreprise, ce repaire de besogneux. Nous nous foutons de ce qu’elles produisent, du nombre de personnes qu’elles emploient. La finance  a été inventée pour rendre possibles les grands projets, l’émancipation économique des peuples. En ce moment nous parions contre l’humanité, valeur extrêmement volatile. La finance engendre des catastrophes. Elle prospère en les résorbant. Nos profits sont vos pertes. »

 

Roman m’objecterez-vous ! Faux en notre monde la fiction peine à suivre la réalité. Et pendant ce temps-là, en France, nous nous étripons sur le défilé du 14 juillet ou sur le nombre des émigrés sans-papiers. « Largués, les politiciens publient de longues diatribes contre les excès du capitalisme. Elles sont écrites par des conseillers nés juste avant la chute du mur de Berlin. Ils nous traitent de terroristes. Ils nous ont fourni armes, cibles et plan d’attaque. Comme à Ben Laden. La colère des politiques n’existe que pour les caméras. Vingt ans de goinfrage et de collusion ont accouché d’un système mafieux. Avec la crise des subprimes, nous venons de ruiner les populations.

(...) Les milliards sortent de nulle part, les banques sont renflouées, les populations prises en otage. C’est le casse du siècle, le plus gros délit d’initiés de l’Histoire. Les médias s’acharneront sur les bonus. Il faut éviter la révélation du mensonge : depuis soixante ans, la vie à crédit est une tuerie. La finance a révélé sa mesquinerie. Elle dévaste la société. C’est qu’elle tient, bien ferme, le monde par les Bourses. »

 

Dictature des marchés, des agences de notations, les dettes souveraines dans le collimateur des spéculateurs : l’Irlande, la Grèce, le Portugal, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France, le Royaume-Uni et même les Etats-Unis en effet sont tenus bien ferme par leurs Bourses... par « les pires truands de la planète »

Que faire ?

À notre modeste niveau en revenir dans nos faits et gestes à l’économie réelle et ne pas voter avec nos pieds pour ceux qui maquillent ou se masquent la réalité. Elle me fait chier souvent la réalité mais comme je vis avec il me faut bien l’affronter. Que les Princes qui nous gouvernent cessent de nous « amuser » avec des leurres, puisqu’ils veulent tant être nos élus qu’ils aient le courage d’être devant nous au lieu de tenter de nous séduire avec des promesses qu’ils ne pourront tenir.

Nous sommes à l’image de ce roi qui regarde brûler son royaume et qui a confiance dans les estimations que son ministre lui a transmises : sous l’influence de vents favorables, le feu s’éloigne de son palais. Malgré les cris qui laissent présager le scénario inverse, le roi s’abîme dans des calculs, des ratios, des évaluations de dommages ou de travaux de reconstruction. Le nez dans les chiffres, « c’est à peine s’il éprouve un frisson discret, en apercevant les flammes danser à ses fenêtres ». page 10

 

* Remarque de Jean Dion journaliste Québecois

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 00:09

 

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Vin&Cie est de plus en plus un Espace de liberté qui s’enrichit chaque jour de vos contributions postées en commentaires. J’en suis bien aise. Contribuez, contribuez et, même si mon territoire équivaut à celui d'un timbre-poste, à celui d'un confetti de l’empire, qu’importe, c’est ainsi que nous donnons de l’oxygène à notre démocratie qui étouffe de bien-pensance et de l’affaissement de l’information déversée à flux continu par des médias sans boussole ni colonne vertébrale.

Ce matin donc, j’ouvre – je suis un demi d’ouverture qui s’ignore – une nouvelle rubrique : courrier des lecteurs. Profitez d’elle, au-delà de vos simples commentaires à chaud venez y déposer des textes plus réfléchis, plus écrits, ce qui ne signifie pas bien sûr des textes plus consensuels. Pour preuve quand un vigneron m’interpelle « excuse, mon frère, mais t'es à côté de la plaque... » à propos de mes écrits récents sur le chai de Cheval Blanc je ne monte pas sur mes grands chevaux, je poste. Et je poste sans plaidoyer en défense. À vous de juger, pas au sens de dire forcément qui a raison ou tort mais d’apporter votre propre contribution à un débat qui me semble en valoir la peine. Bonne lecture. Les commentaires sont toujours ouverts.

 

Mon cher Jacques,

 

 

Nous avons été invités, toi comme moi, à l'inauguration du nouveau chai de Cheval Blanc et ton sentiment est positif, enthousiaste, même, car tu me dis, devant mes réticences à peine expliquées, qu'il faut dissocier le « projet » qui est positif, de mon sentiment personnel que j'exprime sur la réalisation. Certes, je veux bien t’accorder que le « projet » qui consiste a booster les vignobles bordelais et les faire rentrer dans le XXIe siècle ne peut être taxé de mauvaise chose sous peine d'être soi-même taxé de rétrograde, de frileux. Et en cela, je suis d'accord avec toi : un chai moderne, quelle bonne, bonne « idée » ! Mais si au nom de « l'avancée moderne » je dois accepter ce paquebot lourd, froid, presque rétrograde et totalement inadapté a son usage, qu'est le « projet «  Arnault/Frère/Portzamparc, excuse, mon frère, mais t'es à côté de la plaque et comme, te connaissant, je sais que tu ne flagornes pas, je me demande alors ce qui te prend !

 

Le « projet » de la Grande Motte était louable : donner a la masse populaire le droit égal à celui de la bourgeoisie de pouvoir se prélasser au bord de l'eau. Dans la « réalisation », pourtant, quel massacre !Le « projet » des tours (de la Défense, du 15e, des périphériques...) était intéressant pour ce qu'il apportait comme image copiée sur les États-Unis, symbole jusqu'à peu, de vitalité et de domination conquérante sans vague a l'âme. Dans la réalité, que d'horreurs conçues, que de personnes étouffants dans des espaces équivalents à ces fameuse cages a lapins-lapins bourrés de myxomatose dont on sait aujourd'hui, qu'élevés en plein air sous cloches grillagées posées juste sur de l'herbe, ils ne sont et ne tombent jamais malades, sans parler de perspective massacrée qui peine l'oeil ad vitam. Vais-je continuer ainsi ma simpliste démonstration ?

 

Il y avait 12 millions sur la table, 13 avec les dépassements. 13 millions, Jacques : une bagatelle suffisante pour faire du « projet » Cheval Blanc une réalisation mêlant toutes les avancées extraordinaires de développement durable d'aujourd'hui ( matériaux recyclables, éclairages solaires, jardins sauvages de graminées utiles au sol, écochauffage, etc), toutes les audaces techniques du métier de vigneron, toutes les envies de faire découvrir ce métier formidable complexe au moyen de salles de dégustations privées et publiques représentant le meilleur de la tradition et du moderne. Las, ce paquebot est le reflet exact – et c'en est même incroyable – de ses maîtres et de ce qu'ils ont installé partout dans le monde : l'image Cheval blanc n'est qu'une image censée en jeter... Mais qui ne récolte rien... Ah, si, j'oubliais, du raisin –il en faut encore pour faire du vin – vite oublié par le prix du flacon. Non, vraiment, mon cher Jacques, mon « gout » personnel a peu à voir avec ta rhétorique. Le « projet » Cheval Blanc est un ratage magistral car, comment peut on avoir l'oeil amoureux devant cette réalisation sans audace aucune du XXIe siècle, et qui ne dégage rien ?

 

Je réserve donc mon « œil » amoureux pour d'autres réalisations architecturales viticoles ayant su mêler l'émotion de la terre, du bois, de la matière, du « jus » divin à la technique, au grandiose assumé magnifiant peut-être la puissance financière de celui qui l'a commandé, mais ayant compris ce qu'est réellement le vin : du plaisir, de la sensualité, du nectar des dieux, et cela éprouvé, ensemble : pardon de faire dans le style Gavalda, mais ensemble à Cheval Blanc pour y boire ce « jus » pourtant si délicieusement fait ? Non merci, cher Jacques. La prochaine fois que t’y vas, écris-tu, pour voir les tuyaux : parle seul au personnel technique, au maitre de chai, installe toi dans la salle de dégustation vite faite au dernier moment en alibi, cale toi prés d'une barrique : vis, sens le lieu avec ceux qui vont l'animer. Et dis-moi alors, si ceux qui font le vin à Cheval Blanc, auront pu animer avec leur flamme ce « projet » virtuel ?

 

Un vigneron désolé

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 00:09

Je poursuis les gestes de mon vigneron de Vinzelles, avec un peu de retard car juin a été fort chargé tout en étant bien en avance sur le plan climatique. C’est une belle réflexion sur la mécanisation des gestes du vigneron, la mise en perspective de ce qu’était son travail dans les vignes. Je le dédie à la fois à mes amis du château Tire-Pé pour les pétulances de Coquette, et à la néo-vigneronne Catherine Bernard.

 

C’était l’époque où l’on souffrait à la main.

Mais cette technique comportait de graves inconvénients : malgré toutes les précautions prises, la main saupoudreuse ne témoignait pas d’une équité parfaite : ici, des catons de soufre s’amoncelaient inutilement ; là des feuilles et des grappes échappaient à la bénéfique distribution.

Et quelle lenteur dans l’exécution de la tâche, cependant que le fléau progressait à pas de géant, d’année en année.

Comment intervenir avec plus de promptitude et d’efficacité ? Les vignerons, pour une fois, ne se mirent pas en frais d’imagination ; les quincaillers vinrent à leur secours, leur proposant des appareils nouveaux ; certains utilisèrent une espèce de pomme d’arrosoir, munie, à sa base, d’un tamis aux mailles serrées. Il n’était que de secouer l’ustensile au-dessus des ceps. Les résultats déçurent : la vaporisation demeurait inégale, et le poignet subissait une véritable torture, trop vite lassé de cette redoutable gymnastique.

D’un meilleur usage fut le soufflet, une sorte de soufflet à feu, nanti d’un réservoir de tôle, en forme de cône tronqué au sommet. Le soufre cheminait au travers un long tuyau, terminé par une spatule. L’engin crachait la poudre en un brouillard vaporeux, qui imprégnait grappes et feuilles, sous toutes leurs faces.

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Pourtant, c’était exténuant de tenir, toute une journée, à bout de bras cet outil, dans le va-et-vient continuel qu’il fallait imprimer aux deux poignets.

Aussi, en quatre-vingt-dix, accueillit-on avec faveur la soufreuse à hotte.

C’est avec un instrument de ce genre que le lendemain, à la première heure, le Toine se rend aux Fromenteaux.

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Sur le char, lui, le pulvérisateur, un sac de soufre. Tout ça, ça n’est pas trop lourd à traîner. Est-ce là la raison qui fait pétuler la Coquette ? Ou, songerait-elle que son maître va l’attacher après un saule à l’ombre savoureuse, avec une bride pas trop courte ? Ainsi, pourra-t-elle, en tirant sur la corde, et en allongeant le col, chaparder quelques bouchées d’herbe bien fraîche dans le pré du père Largipe.

Parvenu à destination, le Toine dételle sa jument, pour l’attacher au lieu de ses rêves.

Puis, il remplit de poudre sa soufreuse, récipient cylindrique, qui ressemble étrangement au petit poêle rond installé par le coiffeur de Sacy dans sa boutique : même forme, même grosseur ; dans l’ouverture circulaire ménagée à la partie supérieure de la paroi on pourrait emmancher son soufre, à l’aide d’un ustensile de sa fabrication, un demi cylindre de tôle, coupé dans un vieux tuyau de poêle, du côté épargné par les morsures de la rouille.

Le récipient plein jusqu’à la gueule, le Toine le saisit par les bretelles, le soulève jusqu’à la hauteur de son dos, et, avec une adresse consommée, enfile, l’une après l’autre, les cordelières : un sursaut des épaules, une traction des mains au bas des bretelles, et voici la hotte qui fait corps avec l’homme.

Le Toine va et vient au long des rangs, d’abord en montant, puis en descendant...

De la main droite, il actionne le levier de pression, de la gauche, il promène son tube lance-poudre, sur les sarments, l’agite de bas en haut, de haut en bas,et, parfois, d’une torsion du poignet, lui imprime un mouvement de semi-rotation : la vigne dissimule ses frondaisons, sous le halo jaune d’une impalpable poussière.

- « Quand même, murmure le Toine, c’est plus pratique que le soufflet. On transporte davantage de marchandise, et ça pèse moins lourd sur le dos qu’à bout de bras. Pis, avec le système de pression, la poudre se répartit encore mieux...

Maintenant, peut-être qu’on aura plus besoin de soufrer ? Y ‘en a qui flanquent le soufre dans la bouillie de sulfate... Moi j’attendrai de voir ce que ça donne avant de me lancer là-dedans. Les expériences, y’a des fois que ça coûte cher ! Quand on peut, y vaut mieux les laisser faire aux autres... »

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 00:09

Si les loups sont entrés dans Paris en 68 par la voix de Reggiani link les ouvriers, eux, s’apprêtaient à en partir : le quai de Javel ne rimerait plus avec Citroën. Première délocalisation vers ce qui était la zone au-delà des barrières de l’octroi. Et le vin dans tout ça ? Il n’est plus lui aussi dans Paris – Bercy c’est fini – où « le Parisien ne croise plus d’ouvriers que son  garagiste, un plombier et, derrière la palissade qu’il longe en voiture, la Babel sans cesse renouvelée des immigrés du bâtiment. » Les premiers métros sont noirs. Marx ne pourrait plus écrire, comme en 1850 dans les Luttes des classes en France * « Si, par suite de la centralisation politique, Paris domine la France, dans les moments de séismes révolutionnaire les ouvriers dominent Paris. » et Baudelaire respirer l’air parisien forcément prolétarien. « L’ouvrier ne fait pas seulement la révolution à Paris, il a fait Paris » : creusé, monté pierre à pierre, érigé... Paris populaire «  atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »  la gouaille d’Arletty dans Hôtel du Nord, de Gavroche à Montand, de Maurice Chevallier au Gabin jeune avec le renfort de Prévert, Renoir et Carné. » et que faisait « le sam’di soir après le turbin, l’ouvrier parisien... » L’ouvrier habitait à l’est des rues Saint-Denis et Saint Martin au nord de la Seine, Saint Jacques au sud : le Paris des classes dangereuses et le Paris convenable. Cette part de la ville réchauffait 2 bastions révolutionnaires : les faubourgs Saint Antoine et Saint Denis. Même les Grands Boulevards avaient un boulevard populaire d’un côté, un boulevard dandy de l’autre. C’est Haussmann qui fait véritablement de Paris deux villes, pas symétriques, concentriques : « Une riche et une pauvre. Celle-ci entourant l’autre. La classe malaisée est comme un immense cordon enserrant la classe aisée » selon le mot de Corbon » Et puis c’est la banlieue Nord qui va se teinter de rouge. Alors « qu’à Paris, la classe ouvrière était composite : pour partie conservatrice, pour partie anarchiste, pour partie réformiste et pour partie organisée autour de partis ouvriers » celle de la « banlieue rouge » va se calcifier sous la férule des staliniens du PC, puis se désagréger jusqu’à verser dans le marigot fangeux du borgne.  

     © Keystone

La popotte : ou comment faire entrer un cheval dans une gamelle en métal émaillé.

 

« Poulot raconte l’alimentation de l’ouvrier marié : « s’il demeure près de l’atelier, sa femme lui donne pour sa goutte du matin et son tabac ; s’il est éloigné, elle met dans un bidon ad hoc soupe et pitance, il achète le pain et le vin [...] La vie est très chère à Paris : les aliments, le vin, etc. sont souvent, par leurs prix élevés, une cause de gêne, mais le travailleur trouve encore les moyens de s’arranger : il prend les bas morceaux de la viande de cheval ».

 

L’Assommoir : le quand-est-ce-que ?

 

« Le marchand de vin, c’est le mastroquet, le minzingo, le marchand de coco. On s’y retrouve, entre autres occasions, pour le quand-est-ce-que ? abréviation de « quand est-ce payes-tu ta bienvenue, ton embauchage ? » Y avoir du crédit, c’est avoir de l’œil, et quand on n’en a plus, c’est que l’œil est crevé ; ne pas y payer, c’est faire un pouf. »

 

Les grands bars « au luxe tapageur, maisons aux enseignes éblouissantes de dorures, la façade crépie de couleurs criardes, fascinant les buveurs par les multiples bouteilles factices étagées en rangs serrés. Entreprises commerciales installées aux carrefours les plus passagers, elles appartiennent à des syndicats de gros négociants en vins et alcools, qui écoulent là des produits spécialement fabriqués en vue de la spéculation la plus productive. »

C’est-à-dire des produits qui doivent tout à la chimie et à peu près rien à la nature, le vin n’étant parfois que de l’eau colorée de campêche, de fuschine »

Une pancarte verte prévient que le marchand de vin ne garantit ni le contenant ni le contenu. À compter du 26 août 1894, la loi Griffe interdira aux débitants de vendre des vins mouillés, sous peine d’amende, de prison, de la perte des droits civiques et politiques. Pour 15 centimes, on boit là « un café avec un petit verre » ; pour la même somme un verre d’absinthe. »

 

« Sur le « boulevard du crime » les spectacles commencent dès six heures du soir et comptent 1é à 15 actes [...] Les cordonniers et les bronziers futurs fondateurs de l’Internationale, joue aux dominos au café de la Bastille, tenu par Cornu. Puis la partie de belote ou de zanzi remplacera, sous la III e République, les dominos ; le cinéma aura raison des théâtres du boulevard du crime. La passion des courses de chevaux « abrutissoir populaire » selon l’Almanach du père Peinard, ne semble pas, elle, prête de s’éteindre. »

 

Le dimanche c’est la « partie de campagne sur les bords de Marne, avec friture et canotage » On y part de la gare de la Bastille. Le prix du billet de chemin de fer était plus élevé le dimanche ce qui faisait s’insurger Nadaud « Élever le prix de nos moyens de circulation les jours de fête, c’est blesser la conscience de tous les travailleurs » ; c’est les pousser aux cabarets. »

 

 

Barrières : Vin et lapin (sauté) sont les deux mamelles de la barrière

 

« Vin et lapin (sauté) sont les deux mamelles de la barrière : le vin parce qu’ici, outre l’octroi, il est détaxé ; le lapin parce qu’on est déjà comme à la campagne. Le signe de croix du pochard se ponctue d’un triple « lapin sauté » ! [...] Aux barrières ont lieu des bagarres entre bandes rivales, les bals et les rassemblements revendicatifs ou politiques. Le vin y échappe à l’impôt, le corps à l’organisation du travail, l’expression à la répression policière. Mais la ville grignote sans cesse la frontière et le bourgeois (au sens de citoyen-citadin) rattrape l’ouvrier »

 

La zone et les apaches

 

La zone non oedficandi qui ceinture Paris, zone de servitude militaire de plus d’un millions de m2, comptait au début du XXe siècle 30 000 habitants, ouvriers pour majorité « plus d’un tiers étaient nés à Paris, dont ils avaient été chassés par l’haussmannisation. Plus de 40 000 personnes occupaient encore le tour des fortifs en 1926.

Les « apaches » habitent plutôt Belleville, Ménilmontant ou Charonne, et ne viennent à la zone que dans les guinguettes ; seuls les plus pauvres d’entre eux traînent sur les fortifs. »

 

Les apaches c’est le prolétariat encanaillé, l’illégalisme et l’immoralité sont ses synonymes. Pépé Marx le qualifiera de lumpenprolétariat, pépinière de voleurs, de criminels, d’individus sans métier précis vivant au crochet de la société, des « gens sans feu et sans aveu. » Des « brochets » équivalent des maquereaux, de la chair à guillotine.

 

Source de cette chronique Paris Ouvrier des sublimes aux camarades d’Alain Rustebholz chez Parigramme

     © Keystone

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