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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 08:00

f2

Que voulez-vous il est des jours où je me dis « Berthomeau, prends ton sac et laisse tomber... vis ta vie loin de toute cette insignifiance...» Rassurez-vous ma lassitude n’a rien à voir avec vous chers et fidèles lecteurs mais à des que j’éviterais de nommer. Gésir n’est pas dans ma nature alors lorsque le cours de ma vie professionnelle me revient à la gueule sans mobile apparent, par simple fait du prince, pour me recadrer, je donne le change, je fais comme si, je rentre dans ma coquille et je pense que tout cela est bien vain.

Abandonner ?

Non, sourire, relativiser, prendre du champ, se redresser et repartir comme si de rien n’était.

Dans cette forme de retraite involontaire vous m’êtes d’un grand secours car pour conjurer mes démons, face à mon écran, je m’adresse à vous, je commets comme hier une chronique sous le masque de Clint Eastwood  qui me protège, brouille les pistes, me donne de l’air.

Merci.

Tout ça pour dire à celles et ceux qui ont répondus aux 20 questions de mon Grand Concours de l’été que je n’avais pas vraiment le cœur ces temps derniers à monter sur un tonneau pour tirer au sort les 3 heureux qui graviront les plus hautes marches du podium. J’en suis un peu désolé mais qu’ils se rassurent, qu’ils prennent patience, je vais dès que possible sortir de mon grand sac à malices de quoi satisfaire leur légitime impatience.

Si certains d’entre vous ont des propositions pour l’organisation du tirage au sort je suis bien sûr preneur...

Bonne journée à vous tous et encore merci d’être là...  Morvan-2007-012.jpg

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 00:09

 

Pour ceux qui l’ignoreraient « La nuit blanche » chère aux cœurs des bobos parisiens est un concept inventé par un ex-Vert qui a viré au rose très pâle : Christophe Girard adjoint à la Culture à l’Hôtel de Ville. L’homme fait parti de la maison LVMH qui aime les bulles et le Cognac.

Bref, faire défier un rosé provençal s’affichant « Cuvée Nuit Blanche » par un rosé languedocien se déclarant Mythique m’est apparu de bon aloi.

Pourquoi ?

- Appellation tenante du titre rosé de France contre une Appellation challenger !

- Provence contre Languedoc... des voisins du Grand Sud

- La guerre des roses : un pâle contre un foncé.

- Un duel entre vigneron indépendant et une cave coopé !

J’ose l’écrire : ça va saigner !  Caillou-9243.JPG

D’un côté du ring d’abord le challenger : Mythique qui affiche clairement son appartenance au LANGUEDOC dans un flacon frappé par la croix de cette belle province et se dit élevé dans le respect de la tradition. Son maillot, assez traditionnel lui aussi – je préférais celui de la cuvée Mythique plus contemporain – arbore la chouette pour symboliser le travail des Vignerons de la Méditerranée « dans un environnement sauvage » car elle était l’emblème de « Minerve, déesse qui a appris aux hommes à dompter la nature. » Un telle référence devrait séduire Julien Lepers et tous les accros de « Questions pour un champion »

Caillou-9248.JPG

De l’autre,  Cuvée Nuit Blanche dite L’Arnaude exhibe sur un petit banc trois jeunes donzelles dodues en maillot de bain une pièce très années 30, genre barbotteuses, sur fond de plage. Pour savoir que c’est un Côtes de Provence mis en bouteille au Château de l’Arnaude il faut être doté d’une bonne vue vu que le doré sur tranche se dissout dans le sable (bien plus dans le rayon sous la lumière crue que sur ma photo).  Caillou-9249.JPG

Même millésime 2009, 12° pour le Languedocien et 13° pour le provençal. Dans la bouteille le second est d’un rose si pâle qu’on dirait la peau d’un nordique descendant le premier jour à la plage alors que le premier à la mine d’une petite paysanne russe modèle poupée gigogne.

 

Mon Mythique affiche un n° 34251 mais, comme nous ne savons pas sur combien ça fait, ça fait bien mais ça ne dit rien. En revanche, à la différence de son concurrent qui n’a nul besoin d’exhiber ses papiers car, comme chacun le sait, tout le monde sait quels sont les cépages du rosé de Provence, le languedocien, lui, déclare être un Grenache-Cinsault. Le Mythique à la différence du champion est pourvu d’une contre-étiquette vantant ses éminentes qualités et guidant nos choix des mets avec lequel il s’accorde.

 

Du côté mensurations L’Arnaude est plus élancée, plus légère que Mythique et, sans lui manger de la soupe sur la tête, elle le toise un chouïa.

 

Avant que le combat ne commence, les managers m’ont informé du montant de la bourse des 2 champions, le prix quoi, est de :

7,95 € pour L’Arnaude (bouchon diam 3)

3,74€ pour Mythique (bouchon liège)

Du simple au double donc ! (achetés au Franprix de la rue de la Glacière dimanche)

 

Pour ne rien vous cacher, contrairement aux usages et aux règles habituelles du noble art, le combat se déroulera dans ma cuisine sans l’arbitre ni les 3 juges habituels. Je serai donc tout ce petit monde à moi tout seul. Autre innovation pas de KO ni de jet de l’éponge, le combat se terminera aux points : s’il y a égalité le champion restera champion sinon le challenger s’il est vainqueur aux points sera le nouveau champion. Aucune contestation ne sera admise. Vous pourrez me couvrir de votre réprobation ma décision sera irrévocable.

 

Afin de ne pas biaiser le résultat ma dégustation s’est déroulée ainsi :

- deux verres ont été rempli au 1/3 par une tierce personne ;

- j’ai dégusté dans le noir pour ne pas être influencé par la différence de couleur très contrastée des 2 liquides ;

- seul le nez et la bouche ont joué leur rôle ;

- j’ai procédé à deux ingestion-projection ;

- j’ai délibéré ensuite avec moi-même.

 

Décision Mythique bat assez nettement aux points L’Arnaude mais pour autant je n’irai pas jusqu’à affirmer que ce combat ait soulevé mon enthousiasme. Disons que ce fut une confrontation sympathique, un bon combat de lever de rideau entre 2 vins honnêtes mais il n’en reste pas moins vrai que Mythique peut sans contestation aucune se prévaloir, dans sa catégorie de prix, d’un bon rapport qualité/prix alors que L’Arnaude me semble boxer dans une catégorie qui n’est pas tout à fait la bonne. En effet, pour quasiment 8 euros, soit tout même bien plus de 50 de nos anciennes balles, on est en droit d’exiger bien plus qu’un petit rosé sympathique, certes gentiment emballé mais dont la personnalité me semble bien frêle.

D’accord je ne suis ni Parker, ni l’imposante palette du GJE qu’est d’ailleurs  pas prêt de me réinviter, mais un ancien marchand de vin qui, certains matins, allait fourrer son nez dans les échantillons anonymes du jour... Je vous assure ça vaut ce que ça vaut mais, après tout, monsieur et madame tout le monde, face au dédain de la critique pour tous ces vins de milieu de rayon, en est réduit à sa façon à ce genre de confrontation.  

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 18:23

marcel-lapierre

 

Photo empruntée à mon collègue www.glougueule.fr Merci

 

Marcel Lapierre vient de mourir ce jour. Qui mieux qu’un de ses amis, Sébastien Lapaque, peut parler de lui. Dans son livre écrit en 2004 « Chez Marcel Lapierre » il nous menait sur la route des beaujolais « sinueuse, flâneuse, parée des milles couleurs de l’automne » jusque chez Marcel Lapierre, viticulteur à Villié-Morgon. 


Suivons-le sur ses lignes !

 

« Relief apaisé, tons reposants, harmonie des mauves, des verts, des bruns.

 

« J’aime bien ce chemin. En regardant le paysage, on n’a pas besoin de se poser de questions, les idées viennent toutes seules. »


Au domaine des Chênes, Marcel Lapierre vinifie son morgon comme son grand-père et son père avant lui, en laissant le temps au gamay noir à jus blanc de devenir du vin. Le viticulteur qu’un article du magazine Gault et Millau célébra comme « le pape du morgon » dès 1988, avant qu’il ne devienne un mythe de Lyon à Chicago et de Paris à Tokyo, n’est pas un doctrinaire.


Aucun discours dogmatique chez lui, nulle tentation de moquer ses collègues ni d’éreinter ceux qui inondent chaque année le marché mondial d’un pinard obligatoire baptisé beaujolais bouveau, affreux breuvage gonflé à l’acétate d’isoamyle – le fameux goût de banane. Moraliste d’un genre oublié, Marcel Lapierre sait que les gâcheurs de raisin sont à eux-mêmes leur propre punition. Pourquoi les accabler ?


Mieux vaut se promener. Savourer les retrouvailles quotidiennes avec les chemins de l’enfance qui ont épousé les rêves d’un homme. »


 

Marcel Lapierre était de ces hommes libres dont j’appréciais la démarche tranquille et sereine, loin de la nostalgie stérile du bon vieux temps et de l’intégrisme de certaines chapelles. Marcel Lapierre était vigneron, sans ostentation, avec discernement, il gardait comme un bien précieux sa faculté de jugement. Modeste, il ne se vantait pas d’avoir fait école mais, à l’instant où il quitte notre chemin, celui des encore vivants, c’est son emprunte et sa trace que je veux saluer avec amitié et simplicité.

 

Je m’incline devant la peine et la douleur de Marie Lapierre, qu’elle sache que la mort de Marcel donne tout son sens à sa vie, une belle et forte vie. Que Matthieu, leur fils, soit lui aussi assuré de la tendresse de tous ceux, dont je suis, qui ont porté sur le travail de son père le regard ému et reconnaissant d’amoureux du bien vivre. Bonne route à vous et à tous ceux  pour qui Marcel Lapierre était un être cher.

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 00:09

 

Tout est dans le suis-je cher lecteur. En effet, en m’interrogeant ainsi je n’affirme pas me glisser dans la peau du « réactionnaire le plus admiré au monde, y compris par les plus ardents progressistes ». Je n’ai ni son talent, ni sa notoriété, et je ne suis pas comme lui un « libertarien social » partisan de la peine de mort pour les crimes les plus odieux. Mais comme lui « je ne déteste rien que les extrêmes », je refuse de me faire « embarquer de quelque manière que ce soit » et en toute chose je m’efforce de me forger mon opinion par moi-même. Comme le souligne Olivier Bardolle, en bon réac qu’il est, dans son Petit Traité des vertus réactionnaires  chez l’Éditeur « la vérité est complexe, généralement provisoire, et souvent ambivalente » et cette attitude « s’appelle le discernement, ou, en d’autres termes la faculté de jugement. Tout le monde n’en est pas également pourvu, et la plupart des hommes se contentent d’arborer des opinions toutes faites, en général inspirées par l’opinion dominante, sans craindre de vivre parfois en contradiction patente avec ladite opinion. »

Pourquoi faudrait-il en toute chose « choisir son camp », y camper, le défendre par tous les moyens, y compris les plus extrêmes, ne pas fréquenter les gens d’en face, les excommunier, ne pas les entendre, les vouer aux gémonies ? Ne pas choisir son camp ne signifie pas pour autant s’abstenir de prendre position, de toujours rester en retrait, de se laver les mains. Entre les partisans des « grands soirs » et des « lendemains qui chantent » et les « ça était mieux avant » défenseurs du bon vieux temps, il reste un espace à investir, il est central et non centriste, inconfortable, risqué mais seul en capacité de redonner le goût de la conquête, l’envie de se dépasser. Je me suis toujours efforcé d’être un pessimiste actif car comme le dit Bardolle « Les pessimistes ont presque toujours raison mais ne font rien, les optimistes sont presque toujours tort mais ils assurent la marche du monde. » Pour autant, empêtré comme tout le monde dans mes contradictions, je peine, je suis un peu las, conscient parfois de rabâcher, de radoter, de m’installer dans la posture d’un vieux sage.

Reste que, péché d’orgueil ou pas, je préfère à la manière de Fabrice Lucchini me rattacher à ces « vagabonds idéologiques » des passes murailles qui refusent la logique binaire, qui n’en ont rien à péter du « si tu n’es pas avec nous c’est que tu es contre nous... », qui sont intenables, indéfinissables, inclassables, insaisissables... Trop facile me rétorqueront certains de s’exonérer ainsi d’un positionnement clair, en béton, permettant le rattachement non équivoque à une cause, à un camp, à un clan... Mon élevage vendéen m’a vacciné définitivement contre les vertus du croire, du troupeau mené par un bon pasteur. Je fuis l’ « esprit du troupeau » qui transforme le citoyen en craintif, en adepte du principe de précaution appliqué à tout et à rien, en ce n’est pas de ma faute, en demandeur d’interdits multiples soi-disant protecteurs, en replié sur sa sphère privée, sans souci de ses voisins ni de la vie collective, en consommateur qui s’achète de la « bonne conscience en libre service ».

Caillou-9232.JPG

Même si Olivier Bardolle par bien des côtés m’irrite, m’exaspère par ses références permanentes à l’ermite de Meudon qui vilipendait ceux « qui ne mettent pas leur peau sur la table », me gonfle avec sa fascination pour des héros qui ne sont pas les miens, il n’empêche que je le lis, je le comprends, et que tout réac qu’il fut, je souscris à ce qui suit : « De fait, l’égalitarisme du troupeau – et des différents troupeaux communautaires – ne consiste pas à tenter de se libérer de sa condition grégaire mais bien à vouloir se fondre dans le groupe pour dissoudre sa responsabilité individuelle dans le destin collectif. Enfin exonéré du dur devoir de faire son métier d’homme au sens où l’entendait Pavese, l’animal humain se met à l’abri au cœur de la harde. C’est la stratégie du gnou africain. Ce sont le nombre, la masse, qui incitent à ce type de comportement où l’on abdique son libre arbitre pour s’en remettre au gnou dominant, censé donner la bonne direction, et surtout la dynamique de groupe que constitue le troupeau (un troupeau qui charge est irrésistible, on le sait bien). Le risque étant que le gnou dominant peut très bien être un Führer, un Caudillo, ou un Lider Maximo, c’est-à-dire un Tyran. Et le Tyran n’est ni une figure réactionnaire ni un modèle progressiste, le réactionnaire de bon aloi est trop individualiste pour s’en remettre à la loi du despote et le progressiste averti aime trop l’idée de liberté pour accepter de marcher au pas. Ainsi l’égalitarisme de troupeau est-il rejeté par les hommes de bonne volonté à quelque bord qu’ils appartiennent, car dans une démocratie éclairée et suffisamment sûre d’elle-même et de ses valeurs il s’agit avant tout, comme le souhaitait Diogène de Sinope, de faire naître et d’encourager des hommes libres. Autant dire que nous ne sommes pas au bout de nos peines, tant le courage fait défaut et que l’idéal sécuritaire, partout, a pris le pas sur l’aspiration à la plus grande liberté possible et à l’élévation spirituelle. »  

Espace de Liberté, oui j’ai écrit au fronton de ma petite maison Liberté et, même si ici nous ne débattons que du vin, de son petit monde, de ses problèmes, des femmes et des hommes qui le font, l’aiment, le vendent ou de ceux qui tournent autour, rien ne nous interdit de participer, à notre place, rien qu’à notre modeste place, à tout ce qui permettra de « faire naître et d’encourager des hommes libres » car « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. » Albert Camus (Discours de Suède) cité par Bardolle comme étant la formule préférée d’Alain Finkielkraut.

 

Bonne journée à tous !

 

* Dans son film Grand Torino Clint Eastwood campe un infâme vieux misanthrope raciste Walt Kowalski « qui n’hésite pas à sacrifier sa vie pour son exact contraire, un jeune asiatique dont tout semble le séparer, sauf l’affection qu’il lui porte au-delà des barrières de l’âge et de l’origine. » Si vous n’avez pas vu le film achetez-vous le DVD ça vaut le coup.

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 02:00

Le matin où j’écrivais « Je perdis la bataille en gagnant la guerre qu’elle m’avait déclarée » Jasmine, qui prenait soin de moi comme du lait sur le feu, au lieu de m’apporter comme chaque matin un grand bol de café fumant s’approchait sans bruit sur la pointe des pieds. Le soleil se hissait doucement au-dessus de la crête épandant sur la peau de la mer, à peine ridée par une fine houle, un trait d’argent. Mes yeux éveillés tôt se troublaient. Mon estomac criait famine. Je n’entendais pas Jasmine s’approcher. « Tu me trouves comment ? » Je sursautais, elle était nue et fraîche. « Désirable ! » Elle levait ses mains au ciel et esquissait un pas de deux « Alors prends moi et fais-moi un nouveau petit »  Je me récriais « Mais je suis vieux mon amour ! » Jasmine se ruait sur moi pour m’entourer de ses bras « Tu ne t’en tireras pas comme ça mon amour, c’est trop facile. Je te propose un petit jeu. Si tu gagnes c’est toi qui décide et si tu perds c’est moi. D’accord ! » J’opinais en lui caressant la croupe. « Pas touche vieux barbon libidineux ! Concentre-toi ! » Je prenais un air inspiré en ôtant mes lunettes pour me frotter les yeux. Jasmine affichait un sourire mutin qui en disait long sur sa certitude de gagner. « Aujourd’hui mon homme qui allons-nous fêter ? » Le piège se refermait. La mutine connaissait mon allergie profonde pour tout ce qui touchait aux dates de naissance et autres fêtes de saint-patron mais je ne voulais pas me rendre sans avoir bataillé. Bandant mes neurones je plongeais dans le flou de mon calendrier interne pour mieux me retrouver dans un trou noir. Jasmine me mordillait le lobe de l’oreille en me massant le cou. Son odeur d’épices et de vanille orientait mon énergie vers des rives plus chaudes que celles de ma pauvre tête et sous ma grande blouse ample l’objet de ma défaite s’animait. Ce ne pouvait être la sainte Jasmine car je me souvenais que nous l’avions fêtée l’an dernier au moment des vendanges ; du côté de son anniversaire j’avais réglé le problème en installant une alarme, pour le jour-dit, sur mon Iphone. Mathias alors ! Non, il était né le jour de Noël et nous avions fêté son saint patron en mai. Je jetai l’éponge.

 

« Mathias mon amour...

-         Pour quelle raison gourgandine ?

-         Sa fête !

-         Qu’est-ce que tu me chantes nous l’avons célébrée en mai avec faste au resto de Bocognano... rappelle-toi le feu de bois et les marrons...

-         Exact mon beau mais comme nous sommes ici sous la juridiction religieuse de Cargèse où, comme tu le sais, cohabitent le rite romain et le rite byzantin. Le 8 août c’est la saint Mathias du côté de Byzance... alors c’est la fête !

-         D’où tu sors cette science ?

-         Wikipédia mon amour !

-         Donc j’ai perdu !

-         Non tu as gagné une femme heureuse !

-         Tu ne l’étais pas avant ?

-         Si, mais maintenant je le suis deux fois plus !

-         D’accord mais mes petits trucs vibrionnant sont peut-être désactivés ?

-         La meilleure façon de le savoir c’est de leur offrir une nouvelle chance mon amour...

-         Et si Mathias se réveille ?

-         Il verra ses parents faire l’amour...

-         Non je vais te féconder en plein air...

-         Comme tu veux je suis une femme soumise...

-         Qui obtient tout ce qu’elle veut. Dis-moi je suppose que si j’avais gagné à ton petit jeu longuement mûri je n’aurais eu d’autre choix que de te faire un enfant...

-         Oui mon amour, ça va de soi ! 

 

Nous étions dimanche et, suite à notre accouplement, nous descendîmes à Ajaccio. Le petit gazouillait dans sa poussette Bébé Confort modèle rustique tout terrain, petites roues à pneus pleins, siège skaï bleu roi patiné par plein de petites fesses, que j’avais dégoté dans le garage de nos propriétaires. Jasmine arborait une robe blanc ivoire, ample et floue, courte, bras nus, agrémentée de multiples petits volants à l’ouverture des manches et tout autour de l’ourlet du bas, avec des sandales blanches. La vision d’une aussi jeune femme, rayonnante, belle comme un cœur, pimpante, au bras d’un type aux cheveux blancs qui passait son temps à se préoccuper d’un petit mouflon aux cheveux de jais tout bouclés lui ressemblant comme deux gouttes d’ eau, plaisait aux insulaires. Sans doute le respect du aux patriarches. Les marchands des Puces nous connaissaient, ils prenaient de nos nouvelles et ne manquaient jamais de complimenter Jasmine, et sur le petit, et sur elle. Moi j’avais droit à un couplet ambigu sur ma grande chance de posséder un tel bijou. Introduire une poussette dans la masse compacte des chineurs en ce premier dimanche d’août eût été une folie que seules osaient quelques jeunes mères corses soucieuses d’affirmer leur revendication identitaire face aux envahisseurs du Nord. Mathias adorait la position privilégiée de mes bras. Jasmine, libre de tout mouvement, jouait les éclaireuses en fouinant sur les étals. L’observant je ne pouvais m’empêcher de penser, en la voyant si heureuse, auréolée de bonheur, que j’allais devoir me préoccuper de son avenir et de celui de nos enfants. Mon sens des responsabilités étant ce qu’il est, c’est-à-dire nul, j’allais charger Raphaël de cette tâche. Accroupie, Jasmine me hélait.

 

Sa position et sa robe en corolle la faisait ressembler à un bel oiseau protégeant son nid. Déjà, après nos ébats face à la mer, alors que Jasmine venait de passer presqu’une heure dans la salle de bains à se préparer, lorsqu’elle revint dans la salle commune où je terminais d’attifer un Mathias qui prenait un malin plaisir à se tortiller comme un petit ver de terre, je lui avais finement dit, face à sa tenue Prénatal et à son air extatique,  « Tu commences ta couvaison... » pour m’entendre répondre « Oui mon beau, j’aime sentir en moi ta semence à l’œuvre.  Elle est vive et incandescente... » Je m’étais bien gardé de lui répondre que le produit de mes gonades devaient être aussi poussif que moi sur mon vélo. Pour l’heure Jasmine agitait au-dessus de sa tête un petit bouquin dont la jaquette affichait le rouge et le noir. Mathias exprimait à sa façon sa volonté d’atterrir, je le déposai sur la bâche. Jasmine me tendait l’opus « Sois jeune et tais toi » l’un des slogans d’une de ces affiches nées dans les soutes de la révolution soixante-huitarde avec l’ombre rouge du Général bâillonnant un jeune type bien coiffé posé sur un pavé noir « KUNST EN REVOLTE het politieke plakaat en de opstand van de frense studenten.  Le peu d’allemand que j’avais acquis lors de mon bref séjour dans la marmite de Berlin ne s’avérait même pas nécessaire à la compréhension du bouquin publié en 1968 en la sage République Fédérale de Bonn. « Ce sera le cadeau de Mathias pour sa fête » m’annonça Jasmine. Ma réponse « il va adorer ! » me valait une remontrance bien sentie « Ne plaisante pas avec l’éducation de notre fils. Je veux qu’il sache tout sur son père... » Je m’esclaffais « c’est vrai que nous n’avons pas eu droit aux monuments aux morts ni a une médaille commémorative... »  

Caillou-9196.JPG

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 00:09

De François David j’ai le souvenir qu’il me laissa sur place dans la dernière ligne droite d’un cross organisé par les « Scouts Marins » fin 1980 au Champ de Mars. Nous avions distancé depuis belle lurette mon patron de l’époque, PML directeur de l’Office des Vins de Table. Il était lui au cabinet de Jean-François Deniau Ministre du Commerce extérieur du gouvernement Barre.

Comme il l’écrit dans l’Avant-propos de son petit opus So British! L’humour à l’anglaise chez Albin Michel  « dès mon plus jeune âge, j’ai vécu alternativement à Paris et à Londres. À cette occasion, tel un entomologiste, j’ai pu observer la façon dont les Français et les Anglais se comportent vis-à-vis de leurs semblables, notamment lorsqu’ils veulent faire de l’esprit »


Ironie à la française rimant avec supériorité contre esprit à l’anglaise se déclinant avec humour au second degré affirme-t-il. Soit, ne lui en déplaise nos amis anglais ne sont pas totalement dépourvus d’arrogance et parfois les gaulois savent eux aussi se moquer d’eux-mêmes.


Bref notre O’ fonctionnaire anglophile qui n’a pas avalé son pébroc comme la plupart de ses confères de l’ENA nous propose 90 opening joke ou closing joke pour égailler vos discours d’après boire.


J’en ai choisi 3, pas tout à fait au hasard, non quelles fussent les plus savoureuses mais parce qu’elles me rappelaient quelquechose.


 

N°1 « Seul sur la scène d’une salle de concert, un violoniste joue de son instrument avec passion. Deux britanniques installés dans une loge commentent.

Le premier demande :

- Que pensez-vous de son exécution ?

Le second répond :

- Je suis pour. »

 

N°2 « Dans un bar sont accoudés un Allemand, un Anglais et un Français. Jésus Christ entre dans le bar et demande au barman :

- Pourrais-je avoir quelque chose à boire ?

Le barman regarde son long manteau blanc et voit qu’il n’a pas de poche.

- Vous avez de quoi payer, monsieur ?

Non, répond Jésus-Christ.

- Dans ces conditions, je regrette... dit le barman.

Immédiatement l’Allemand tend son verre de bière et dit :

- Jésus, acceptez mon verre de bière.

L’homme le boit, serre la main de l’Allemand et dit :

- Merci monsieur vous êtes un homme de bien.

L’Allemand regarde sa main, bouge ses doigts et s’exclame :

- Miracle ! Mon arthrose a disparu.

À son tour, l’Anglais tend son verre :

- Jésus acceptez ce whisky.

Jésus boit, serre la main de l’Anglais et dit :

- Merci. Vous êtes aussi un homme de bien.

L’anglais se redresse et s’écrie :

- Miracle ! Mon lumbago s’est envolé.

À son tour le Français tend son verre :

- Jésus acceptez ce verre de vin.

Jésus boit le vin, tend la main vers le Français. Celui-ci se rétracte et dit :

- Non, pas moi. Je suis en congé maladie.

Devant un public anglo-saxon, le succès est garanti. »

 

 

N°3 « Un jeune élève corse vient de passer son brevet et rentre le soir à la maison.

Son père lui demande :

- Alors petit, ça s’est bien passé ton examen ?

- Papa tu vas être fier de moi.

- Ah bon, pourquoi petit ?

- Ils m’ont interrogé pendant deux heures. Je n’ai rien dit... »


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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 00:09

mimolette30mois.jpg

 

C'est la semaine du Goût je crois... Alors, loin de la communication officielle  je verse au dossier un produit de notre terroir profond acccompagné de son histoire. La mimolette est un fromage du Nord, si, si, si, je ne décoconne pas, même qu’on la dénomme aussi « Boule de Lille » et comme vous le savez Charles de Gaulle est né à Lille le 22 novembre 1890, alors rien de plus normal que ce fut son fromage préféré.

 

Entre son « ennemi » intime Winston Churchill et lui nos fromages ont tenu une place gravée dans l’Histoire puisque pendant la seconde guerre mondiale Winston Churchill affirmait, à propos de la  France, avec son humour britannique, qu’«Un pays capable de donner au monde trois cents fromages ne peut pas mourir», ce à quoi le Général de Gaulle rétorquait : «On ne peut pas gouverner un pays qui possède 365 variétés de fromages»

 

Mais revenons à la mimolette dont l’histoire devrait arracher à notre « tambour major » national Périco des accents patriotiques. En effet, si nous produisons ce fromage d’origine hollandaise c’est grâce à Colbert contrôleur général des finances de Louis XIV, qui a interdit, entre autres, l'importation des fromages de Hollande, car nous étions en guerre avec elle, et qui a demandé aux fermiers du Nord de fabriquer de L’Edam et de la Mimolette. Il faudra attendre 1935 pour que la guerre des fromages se termine grâce à un traité de paix autorisant la France à produire de la Mimolette. Certes la mimolette n’est pas l’un de ces fromages au lait cru chers au cœur du père Périco mais rien qu’un fromage à pâte pressée exclusivement fabriqué avec du lait de vache.

 

Notre mimolette nationale, que l'on désigne aussi sous le nom de vieux Hollande dans la région lilloise, a la forme d’une sphère de 20 cm de diamètre environ, qui pèse de 2,5 à 4 kg. Mais attention, en dépit de ce nom la nôtre, avec sa croûte, sèche et dure, de couleur gris à brun, et sa pâte de couleur orangée (couleur du au rocou colorant naturel), avec de rares trous, c’est du naturel ce chez naturel alors que la mimolette hollandaise, elle, est dotée d’une croûte, plastifiée ou paraffinée, de couleur orange. Quelle horreur ! Cocorico Périco !

 

Un seul mauvais point, aux yeux de notre irréductible terroiriste, pour notre brave mimolette ch’ti c’est qu’elle n’est quasiment plus fabriquée dans le Nord-Pas de Calais ; mais en revanche, me dit-on, elle y est toujours affinée. L’un des fabricants de Mimolette française est la Coopérative d’Isigny Sainte-Mère en Normandie.

 

Dans le titanesque combat pour les fromages au lait cru il faut noter :

 

1)     que cette coopérative, ainsi que Lactalis (Lanquetot) face au refus de l’INAO d’autoriser le lait thermisé ou micro-filtré pour fabriquer le camembert AOC de Normandie, ont quitté l’AOC. Comme quoi Périco l’INAO fait aussi son boulot. Comme les 2 fabriquaient 80% des volumes vendus ça laisse aux Jort, Moulin de Carel, La Perelle, ou encore Gillot, petites productions vendues dans les crémeries normandes et parisiennes, une place bien identifiée.

 

2)     Qu’avec les AOC brie de Meaux et de Melun, le camembert de Normandie reste aujourd'hui le seul fromage à pâte molle fabriqué exclusivement au lait cru, alors que pour les livarots, pont-l'évêque, neufchâtels, ou encore l'époisses, le munster ou le maroilles, son utilisation est en option.

 

Mais revenons à notre mimolette pour vous préciser que son affinage peut aller jusqu’à 24 mois pour un « vieux cassant ». Les mimolettes sont testées, entre 8 et 12 semaines, par le maître caviste qui va alors frapper chaque boule d'un coup de en bois pour déterminer sa qualité. Maintenant que les âmes sensibles, les « zirous », ferment les yeux. En effet, un acarien de taille microscopique, le ciron, est alors pulvérisé sur la mimolette. La « bestiole » va grignoter la croûte naturelle et ainsi transpercé sur toute sa circonférence le fromage peut alors respirer. Afin d’éviter que les cirons attaquent toujours au même endroit, la croûte est brossée et la boule est retournée régulièrement, pendant deux mois pour une mimolette française  « jeune » et 18 mois pour une « vieille extra ». C’est une tradition centenaire qui est une véritable déclaration de guerre à Baygon Vert. C’est l’affinage qui confère à ces boules un arôme délicat, légèrement fruité et noiseté.

 

Amateurs de fromage gouteux essayez la mimolette « vieux cassant» et vous m’en direz des nouvelles !

 

Reste pour terminer la grande question : que boire ?

 

Moi j’ai ma petite idée mais comme je suis fatigué je ne vais pas vous la dévoiler.

 

J’ouvre donc la boîte aux grands amateurs « que boire sur une mimolette « vieux cassant» ?

 

En bonus une recette de blinis de pommes de terre à la mimolette...


Blinis de pomme de terre à la mimolette vieille
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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 00:09

« Le vin cherche ses marques » beau titre pour un débat récurent et très représentatif de notre goût national pour des interrogations qui cachent une certaine forme d’impuissance à faire des choix. Mon ironie ne s’adresse en rien aux organisateurs du débat, les journalistes de l’Association de la Presse du Vin, qui ne faisaient là que leur métier.

Mon bonheur était grand de me retrouver à une adresse que j’ai fréquentée pendant plus d’une année, celle de la naissance de mon espace de liberté.

Au risque de vous surprendre je vais être très bref ce matin.

Pourquoi ?

Parce je suis las.

Fatigué quoi, et je dis tout de go que si le vin français cherche ses marques il ferait bien de les trouver, vite !

Explication de texte :

- le vin français = les vins anonymes en grands volumes.

- marques = les marques de grande consommation internationalisables.

Alors que faire ?

Faire !

Sinon arrachons nos vignes !

Alors pourquoi ne fait-on pas ?

Soit on ne peut pas (moyens), soit on ne veut pas (volonté) ou les 2.

Là où j’étais placé j’ai mouillé le maillot, en pure perte !

Fin de ma chronique.

 

Ce qui suit n’est que de la veille soupe dans un vieux pot... Vous n’êtes pas obligé de consommer...   Caillou-3616.JPG

« 2° faire piloter nos vignobles génériques – ceux qui dégagent des gros volumes d’AOC ou de vin de pays – par les entreprises d’aval en capacité de développer des marques fortes.

Pour moi, sans un bon substrat, un terreau adapté à ce que l’on souhaite récolter, nos entreprises commerciales ne pourront développer des stratégies durables de positionnement de nos vins. En économie monétaire on dit que la mauvaise monnaie chasse la bonne, pour la ressource vinaire c’est la même chose. Bien évidemment, dans cette optique le partage de la valeur ajoutée ne se fera pas de façon identique selon les segments de marché visés. C’est sur le segment des vins de milieu de gamme que le partenariat doit se concrétiser. On peut comprendre que ce chantier est du seul ressort des opérateurs producteurs et négociants de la filière et qu’il est grand temps d’amplifier le travail de certains précurseurs. Générer une ressource vin adaptée est une condition nécessaire pour fonder un bon positionnement de nos vins mais ce n’est pas une condition suffisante. Nos entreprises commerciales doivent pouvoir dégager des moyens pour développer des politiques de vente qui soutiennent la comparaison avec celles de la concurrence. Là, comme pour le vignoble et ses règles de production, il est illusoire de croire que d’un seul coup d’un seul nous pourrions par des politiques publiques incitatives fortes faire changer la dimension de nos entreprises exportatrices et leur permettre d’adopter des stratégies identiques à celle des Gallo, Southcorp et consorts. »

 

« Tous nos grands vignobles sont concernés. Si nous voulons continuer de progresser, profiter de la croissance de certains marchés, résister sur d’autres, rester la référence du vin dans le monde, c’est toute la structure de notre ressource vin que nous devons fortifier. Pour tenir nos promesses, ne pas décevoir les anciens et les nouveaux consommateurs de vin français, nous devons faire preuve d’une rigueur accrue, cesser nos petits arrangements, faire appliquer nos disciplines de production, être professionnel à chaque stade quelle que soit la catégorie de vin en cause, appréhender les consommateurs dans leur mode de vie essentiellement urbain, abandonner les vieilles antiennes qui font plaisir aux vignerons mais qui donnent une image ringarde du vin, accepter des approches nouvelles du produit par des consommateurs immatures, ne pas raisonner les marchés extérieurs avec les méthodes hexagonales… »

 

« Une telle approche constitue une première réponse aux effets de la mondialisation du vignoble. En effet, la bataille ne se fera pas Etat contre Etat mais grande région contre grande région aux travers d’entreprises fortement impliquées dans le vignoble de ces grandes régions. A l’intégration verticale des entreprises du Nouveau Monde – phénomène qui trouve son équivalent en France dans le secteur de la volaille – il nous faut opposer un partenariat fort et structuré entre les entreprises de production, individuelles ou coopératives, et les entreprises de commerce du vin. Le ramassage aléatoire du vrac pour des assemblages indistincts, substituables, dictés prioritairement par des impératifs de prix subsistera, mais ce n’est pas sur  cette base que nous pourrons rester compétitif dans le coeur du marché. C’est une véritable révolution culturelle qui ne pourra se mettre en oeuvre que si l’on apporte des réponses économiques claires à la mise en oeuvre de ce partenariat.

Parler de pilotage du vignoble peu paraître incongru, mécanicien, comme une sorte d’injure au beau métier de vigneron, homme de l’art, attentif à ses vignes, soucieux de la santé de son raisin, vinificateur talentueux, bichonnant ses vins, les habillant avec amour, les vendant avec talent après les avoir raconté à ses clients au cul des barriques une pipette à la main. Quelle robe ! Et ce nez de fruits rouges ! Un millésime d’exception ! Un nectar qui, même mécréant, vous ferait croire en Dieu ! Je l’emploie à dessein car il s’adresse en priorité à ces grands ensembles vinicoles qui se sont développés au cours du dernier quart de siècle. Ce sont des porte-avions, pas des bateaux de plaisance ou des yachts, alors ils nécessitent une approche plus collective, plus encadrée, des modes de gestion plus tournés vers les méthodes appliquées dans les entreprises de grande dimension. C’est d’autant plus vrai que l’on souhaite tenir tête à une armada concurrente appliquant ces méthodes sans aucun état d’âme. A nous de trouver, d’adapter avec notre génie propre des méthodes de pilotage de nos grands ensembles viticoles pour qu’ils puissent passer d’une navigation à vue, de l’à peu près à une gestion concertée, pragmatique, économiquement efficace et acceptable socialement. »

 

« Pour ma part je pense que la marque est d’abord une porte d’entrée simple, rassurante pour le non initié habitué à ce type de confort dans ses autres actes d’achat alimentaire ; c’est aussi le moyen privilégié de l’amener par un produit basique dans un univers où il sera plus facile, avec le temps de le guider dans notre subtile diversité par le biais de gammes regroupant des familles de produits : Bordeaux, du générique jusqu’au grand cru en passant par les appellations régionales; Vins du Languedoc : cépages, Oc, AOC du Languedoc… en une hiérarchie maîtrisée, une segmentation par les prix simple. Entre-nous cette approche appliquée aux linéaires de nos distributeurs faciliterait la tâche d’une grande masse des consommateurs français tout aussi peu connaisseurs que leurs homologues britanniques.

Cette politique de marques, de gamme, pour la partie la plus volumique de nos vins n’a rien d’antinomique avec notre modèle vigneron. Elle le complète, elle le défend en lui donnant tout son sens. Bien sûr elle doit être mise en oeuvre par des entreprises à l’identité forte, ayant les pieds dans les vignobles qui lui fournissent les vins qu’elles assemblent. Nos concurrents, surtout les américains, ne se privent pas de jouer sur des images familiales fortes, sur leurs arpents de vignobles, pourquoi nos grandes entreprises de négoce (certaines le font déjà avec bonheur) en resserrant leurs liens, via un partenariat fort, avec la viticulture ne s’emploient elles pas à se départir de l’image ancienne de marchands de vins. »

 

« De tout ce qui précède il nous faut tirer un enseignement fort : nous n’avons pas su anticiper, forts de nos succès nous ne nous sommes pas donné la peine d’en analyser les raisons, nous avons vécu sur nos acquis, nous avons raté le coche. Ceci étant dit, rien ne serait pire que de céder au « syndrome nouvelle économie » c’est-à-dire jeter par dessus bord nos fondamentaux, céder aux sirènes du vin banalisé, faire barre toute sur des stratégies de type industriel alors que nous ne sommes pas en capacité de dégager les moyens correspondants. Car si on pousse le modèle industriel jusqu’à sa logique extrême rien n’interdit d’imaginer qu’un jour on puisse embouteiller des cépages internationaux dans une usine implantée à Rotterdam et que des marques françaises vendent du vin d’Argentine ou du Brésil. On retrouverait le modèle alimentation du bétail qui a si bien réussi à la filière viande bovine… »

 

Je suis conscient de la difficulté d’une politique plus recentrée, plus directive mais comme il en va de la survie d’une part de notre viticulture, nous ne pouvons plus nous permettre de rester dans l’approximation sinon nous continuerons de nous affaiblir, nous resterons scotchés sur des marchés de matières premières ou de premiers prix, nous serons dans l’incapacité de faire de vrais arbitrages entre investissements matériels et investissements commerciaux. Il faut avoir le courage de dire que tout franc gagné à ce niveau est un franc qui peut être investi dans le soutien d’une marque que ce soit en partenariat avec le négoce, soit dans une démarche intégrée contrôlant le produit jusqu’à sa vente. De plus, si l’on souhaite, comme je l’ai proposé, piloter plus finement le vignoble, il faut être en capacité d’investir dans de la ressource humaine capable de définir et de maîtriser chaque stade de l’élaboration du produit du cep à la bouteille. Sur ce point les financeurs publics se devront d’accompagner les efforts des structures qui auront fait ce choix. En effet, dans la crise actuelle, l’étroitesse des capacités financières des entreprises de vinification (caves particulières et coopératives) ne leur permet pas de mobiliser les moyens suffisants. Une grande part de notre capacité de rebond se joue d’abord à ce niveau. C’est un goulet d’étranglement. Si l’on veut générer une ressource vin adapté tant sur le plan de sa qualité, que de son coût, il nous faut rompre avec nos mauvaises habitudes.

Nous sommes dans un univers d’entreprise : on ne peut espérer défendre des positions à l’exportation avec un catalogue de bonnes intentions. Il faut se donner des marges de manœuvre pour investir dans ce qui garantira au vigneron de vivre au pays. Alors est-ce que la question de savoir si son raisin sera vinifié dans la cave de son grand-père est plus importante que sa valorisation optimale ? »

Caillou-3859.JPG 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 00:09

Prénom : Clément, nom Maraud, ça sonne bien pour un écrivain de bord de zinc né me dit-on « dans les marais de l’Aunis. « Têtes de Zinc » est l’un de ses livres découvert au hasard d’une conversation avec France Dumas illustratrice dans la presse et l’édition lors du festival des arts rue Raymond Losserand dans le XIVe arrondissement.

Une douzaine de récits ciselés, plein d’humanité, de « voyageurs sans bagages qui jettent l’ancre dans des rades de hasard dont la clientèle constitue, bien souvent, leur seule famille. » font de ce « Têtes de Zinc » publié par Les éditions de Paris Max Chaleil www.leseditionsdeparis.com une plongée dans les « vies en panne sèche » des gens de peu.

Ce matin j’ai choisi de vous proposer, non un récit au coin du zinc, mais la découverte d’un marchand de vins, plus exactement d’un caviste comme on n’en fait plus. Ce récit a pour titre « Le secret du vin ». Je ne vais pas vous le déflorer dans son intégralité, ce serait à la fois un peu long et contraire aux usages qui n’autorisent que les citations.

Mon découpage restera respectueux du texte tout en vous en proposant l’essentiel. Mon but n’étant que de vous donner envie de lire  « Têtes de Zinc ».

maraud02b.jpg 

Mise en situation : Une femme rentre chez elle à l’heure du dîner. Son homme est un homme au foyer. Elle a la « satisfaction d’avoir un homme à la cuisine, à la plonge, et puis dans son lit. Beau menu « Huîtres, palourdes, amandes, filets de barbue à la crème avec un vin d’Arbois de chez Tissot !... » Lorsqu’arrive le plateau de fromages « elle plongea une main dans son sac-foutoir pour en extraire du premier coup une bouteille de château-ausone 1961. » Effet de surprise, dialogue express, elle lui dit « Je viens de rencontrer un homme qui te plairait. » Il s’agit du marchand de vins de la belle bouteille.

Quelque temps après, il se rend à cette fameuse boutique dans une petite rue au centre de la ville « il s’agissait d’un petit bout de voie ancienne à usage résidentiel sans nulle enseigne de marchand... ». Impression de l’extérieur « cette boutique avait de la bouteille ». Alors il « poussa la porte, qui n’était pas close ; des tiges métalliques s’entrechoquèrent en un tintement menu et clair. » Notre homme découvre le décor d’une échoppe où les casiers en plastique de vins capsulés occupent une place centrale. « Ce monument involontaire pouvait toutefois décourager un amateur éclairé de château-ausone ou de haut-batailley qui en serait resté à ce premier coup d’œil. »

 

1ier extrait : « L’arrivée du caviste le rasséréna d’un coup.

« Bonjour, cher monsieur, comment allez-vous ?

-         Et vous-même ?

-         Je finissais d’écosser des petits pois, vous comprenez...

-         Si une chose n’attend pas c’est bien celle-là !

-         C’est une occasion que j’ai eue, confia-t-il.

-         Il ne faut rien laisser passer.

-         Un maraîcher qui m’a pris du vin... Il m’a juré sur la tête de son chien, qui était présent, qu’il me fournirait des petits pois juste cueillis, qui n’auraient pas vingt-quatre heures de cageot. Autrement, ce n’est pas la peine...

-         Vous avez des petits cailloux dans votre assiette !

-         Vous l’avez constaté ?

-         Hélas !

-         Avec un pigeon et un côtes-du-rhône que je vous recommande...

-         Joseph Delteil* conseillait de les cueillir avant le lever du jour, de les écosser dans la pénombre et de les faire cuire pour le déjeuner.

-         L’homme avait raison !... Je ne connais pas ce Delteil ajouta-t-il.

-         Il n’a pas écrit que de bons livres mais, en cuisine, il avait des idées saines et radicales !

-         Il avait saisi l’esprit du petit pois ! »

 

* voir chronique http://www.berthomeau.com/article-la-cuisine-emoustille-l-ame-je-choisis-mon-pain-entre-cent-a-des-lieues-et-je-foule-mon-vin-moi-meme-53330320.html

 

Intermède : Suit ensuite la description du caviste dont la chute est des plus expressive « Il fallait avoir connu, en son enfance, gens de cette sorte pour interpréter cette bonne figure : c’était un visage d’avant la Sécurité Sociale. »

Le vieil homme, « son âge [...] devait se situer entre soixante-quinze et quatre-vingt-cinq ans. », bien sûr s’enquiert auprès de son visiteur de l’objet de sa visite. Le dialogue qui suit est savoureux. Des bribes rien que pour le plaisir :

« Le soleil répéta le vieux, le soleil doit étreindre amoureusement la vigne. Le vin est le résultat priapique d’un acte de nature. »

« Je suis fort loin, continua-t-il d’un ton ferme et amène, de me conformer à l’opinion commun qui ne voit plus loin que bourgogne et bordeaux. »

Et à propos des vins de la vallée du Rhône, ses préférés, « Dire qu’à mon âge je ne les connais pas tous... »

 

2ième Extrait : « Connaissez-vous, s’enquit-il avec émotion, le secret du vin ?

- Hélas, non. Je n’ai que deux pieds sur la terre et, quoi qu’en répandent certains malveillants, ce ne sont que des pieds de vigne !

- Je ne le révèlerai pas à n’importe qui, mais vous me paraissez avoir tout votre temps... signe incontestable de sagesse.

- Elle m’aura rejoint doucement.

- Et puis, que voulez-vous, il faut que je pense à ma succession... oh, pas dans l’immédiat, se reprit-il, mais comme il y a une fin à tout. Le secret, continua-t-il en baissant la voix tient aux années noires.

- 1929 pour les uns, 1936 pour les autres ?

- Rien à voir avec les évènements économiques ou sociaux, mon cher. Les années où le vin devient noir. Il y faut, bien sûr, les meilleurs cépages, et un soleil du diable. Avez-vous déjà bu du vin noir ? Cela ne m’étonnerait pas.

- Je le confesse, ce plaisir ne m’a pas trompé.

- J’en aurais parié la petite pièce de vieille syrah de ma cave ! se réjouit-il en battant le ciment de sa pantoufle. Que le diable m’emporte si je ne mets pas la main pour vous sur une vraie bouteille de vin noir ! »

 

Si vous souhaitez connaître la fin de cette histoire et croiser « Paul, Gus, Benoît, Julot, Chico, Alice... d’autres encore... » il ne vous reste plus qu’à aller sur les lignes de « Têtes de Zinc » Bonne lecture !

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 00:09

«Moi, j'ai dit Zarb, bizarre, comme c'est étrange ! Pourquoi aurais-je dit Zarb, bizarre ? ... » Si vous avez compris où je souhaite en venir ce matin : Champagne pour tout le monde ! En toute logique il n’y aurait rien d’anormal que vous n’ayez rien compris puisque comme je suis un peu zarbi c’est à lui que je veux en venir, au champagne bien sûr...

 

J’aurais pu aussi vous le faire dans la veine Boris Vian « J’suis Zarb, encor plus Zarb que tout à l'heure... j’bois du champagne dans l’escarpin de ma compagne... » mais qui connaît aujourd’hui Boris Vian ?

Plus grand monde alors que le monologue de Louis Jouvet dans « Drôle de drame » grâce à la télé presque tout le monde, ou presque le connaît : «Moi, j'ai dit bizarre, bizarre, comme c'est étrange ! Pourquoi aurais-je dit bizarre, bizarre ? ... »

 

J’ai découvert Zarb dans Lyon’ ne le supplément filles de Lyon Capitale de septembre (voir photo ci-dessous) sous le titre « Bullez » avec ces 3 interrogations :

-         au mariage de son ex ?

-         en attendant le bus ?

-         pendant une confession ?

Je maintiens le suspense, même s’il est soutenable, afin de prendre le temps d’éclairer la lanterne à propos de ce Zarb.

 

1° Zarb donc comme Zarbi « ou zarb. Verlan de bizarre. Zarbi figure parmi les verlans les mieux installés dans le langage courant... » Pierre Merle « Dictionnaire du français qui se cause »

 

Zarb encore « O Dieu, donne aux musiciens des doigts de sucre et pour le Zarb, une main de fer ! ». Citation du poète mystique, Djalâl-ud-Dîn Rumî (XIII ème siècle)


« Le Zarb ou Tombak est un tambour en forme de calice (comme un bouchon de champagne ). Celui-ci est creusé dans la masse d’un mûrier ou d'un noyer et parfois fabriqué en terre cuite (Tombak de Zoukhâneh). Sa forme cylindrique s'achève en un pied légèrement évasé en une seule et même pièce.


Ce tambour membranophone est recouvert généralement d'une peau d'agneau ou de chèvre, collée sur le pourtour de l'orifice. Les finitions de cet instrument sont souvent parfaites et dont pour certaines recouvertes de fines marqueteries Perses.


Principal instrument à percussion digitale utilisé dans la musique classique Iranienne dite musique savante de Perse, le Zarb est actuellement aussi bien une percussion d'accompagnement « tombak-é ghrouhnavâzi », qu'un instrument solo « tombak-é taknavâzi ».

 

3° Zarb enfin c’est un Champagne qui se veut décalé, anticonformiste, selon les dires de ses inventeurs néerlandais (voir leur site www.zarbchampagne.com )

Avec le champagne Zarb les vers de Musset « Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse? Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse. » s’avèrent obsolète puisque le flacon se veut aux dires de ses promoteurs unique :

-         « par son design : il est habillé par des artistes et seront disponibles sous la forme de « collections » La première série a été créée en collaboration avec le photographe Cornelie Tollens.

-         Par sa confection : les bouteilles Zarb sont artisanales. »  img165-A.gif

Des flacons originaux certes mais le « jus », au sens noble des parfumeurs, compte aussi pour l’amateur. Qu’en est-il ?

 

Réponse des créateurs de Zarb : « Ce Champagne est récolté et élaboré dans les caves de la famille Baron à Charly-sur-Marne » Renseignement pris, il y a 2 Baron à Charly-sur-Marne : le premier, les Baron tout court m’a déclaré que Zarb était inconnu au bataillon, j’en déduis donc que ce sont les Baron-Fuenté. Je cite leur site :

 

« Dès, le 17ème siècle, la famille BARON  possède et cultive la vigne à Charly sur Marne, dans l’ouest du vignoble de Champagne.

C’est en 1966 que Gabriel BARON reçoit de son père, 1 ha de vigne, à l’occasion de son mariage avec Dolorès FUENTE. En 1967, en mémoire de leur union, Gabriel  BARON et Dolores FUENTE fondent la Maison BARON-FUENTE.

 

Les premières bouteilles sont alors produites et commercialisées en directe au caveau. Depuis, notre maison familiale ne cesse de se développer.

 

 Aujourd’hui, Champagne Baron-Fuenté est propriétaire de 35 ha de vigne. La marque Baron-Fuenté est la propriété de la famille Baron-Fuenté, à Charly-sur-Marne et notre  vignoble  est  implanté sur les magnifiques coteaux de la Marne. 

 

Le caractère du Meunier, qui se trouve majoritaire dans nos assemblages, confère une typicité remarquable à l’ensemble de nos cuvées, complétées par la puissance du Pinot Noir et la finesse du Chardonnay. »

 

Pour avoir plus de renseignements j’ai contacté l’agence WelcoMm. J’attends toujours ce qui me permet de vous délivrer son message tel qu'il est imprimé sur la fiche que j'ai sous les yeux :

 

« Champagne Zarb bouleverse, inverse les tendances, change les modes de consommation. Il rompt avec nos habitudes pour mieux correspondre aux attentes actuelles. Le Champagne Zarb n’est plus un lien entre le passé et l’avenir mais entre l’avenir et le passé... »

 

Étant sous le choc de cette chute je ne suis pas en mesure de faire un commentaire. Si ça vous chante faites-le à ma place...

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