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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 00:08

Table ronde BIVB.Image fixe002Maître taulier, qui comme vous le savez adore mettre son nez là où on ne lui demande pas, a de suite perçu que, sous un titre bateau : « Le goût du vin, hier, aujourd’hui, demain » les organisateurs du colloque de Beaune, le pôle Technique et Qualité du BIVB en l’occurrence, cachaient un sujet : « les vins à forte personnalité » qui fâche beaucoup  les tenants du « circulez, y’a rien à voir » et par ailleurs grands défenseurs de la typicité, d’un soi-disant air de famille qui voudrait que les vins d’une même appellation aient tous une certaine ressemblance. Je caricature à peine.

 

Bien avant que les petits loups et louves de la capitale et de l’autre partie de la France s’agitassent pour la défense de vins baptisés, un peu rapidement et commodément, nature le débat était vif entre les tenants de la doctrine officielle et un certains nombres de vignerons qui estimaient que la dérive de nos appellations d’origine condamnaient celles-ci, à court terme, à n’être, dans leur majorité, que  de pâles copies ce qu’elles furent. Je ne vais pas revenir pour la nième fois sur ce sujet qui a été mis sur la table par René Renou et ma pomme au début de ce siècle, débattu, relayé par les fondateurs de « vignerons en nos appellations » devenu Sève et quelques autres, et enterré, sans fleurs ni couronnes, sous ce que l’on a désigné bien rapidement  la réforme de l’INAO qui s’est adjoint pour l’occasion du Q de la qualité. L’heure est à la norme et à la normalisation : sous les cahiers des charges et les organismes de contrôles se profilent une mise au pas du secteur du vin qui n’est, pour certains, qu’un produit agro-alimentaire comme les autres qui doit passer sous le croskill d'une qualité purement alimentaire.

 

Au risque de vous surprendre je dis : chiche ! Pourquoi pas pour les vins qui, d’une manière déclarée ou non, ont choisi ce parcours. Je suis de ceux qui ont toujours affirmé que les deux systèmes étaient compatibles, qu’ils pouvaient vivre leur vie chacun de leur côté. Le problème ne se situe pas à ce niveau mais dans la confusion savamment entretenue pour des vins qui, si vous me permettez l’expression, veulent le beurre et l’argent du beurre (je laisse la crémière de côté). Oui, encore aujourd’hui, sous les grandes ombrelles des Appellations d’Origine maintenant Protégée se prélassent des vins qui n’ont rien à y faire. Pour faire plaisir à Patrick Baudouin et à Jean-Michel Deiss  je le dirais d’une autre façon, avec des pleins et des déliés, « des vins dont le lien avec leur terroir n’est vraiment pas prouvé…». La grosse cavalerie des chevaux lourds continue de vouloir se parer des attributs des pur-sang. Pour quel bénéfice : celui de plomber une partie des vins de haute expression, ceux que le diplomate Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée link , a baptisé : à forte personnalité.

Table ronde BIVB.Image fixe018Alors vous allez me faire remarquer que tout cela est bel et beau mais pourquoi en faire tout un fromage : ces vins à forte personnalité ont trouvé leur clientèle et ils n’ont aucun souci à se faire. Sauf que, tout d’abord les gardiens du temple ont mené la vie dure à certains des vignerons élaborant ces vins en leur faisant subir des rebuffades, de véritables parcours du combattant, sous le prétexte qu’ils n’entraient pas dans les clous. Dans mon petit coin, sans faire des moulinets, j’ai accompagné et défendu bec et ongle leur droit à produire des vins qui empruntaient des parcours différents. La situation reste toujours dans certaines appellations très conflictuelle. J'ai toujours trouvé ces batailles d'arrière-garde stpides et surtout contreproductives car la mise à l’index de ces vins est préjudiciable pour l'appellation, en effet même si ça déplaît aux maîtres du troupeau, ils leur apportent un surcroît de notoriété. Le choix d’abandonner son appellation pour produire en vin de France ne doit pas se faire par défaut parce qu’on ne peut pas faire autrement pour échapper aux oukases.

Table ronde BIVB.Image fixe003La table ronde animée par Antoine Gerbelle a eu un très grand mérite : celui d’exister, d’être organisée dans le cadre d’une Interprofession, ce qui d’une certaine manière vaut reconnaissance. Moi ça me va lorsqu’on quitte le terrain des invectives, des batailles larvées, des procès d’intention (et cela vaut pour chacun des camps) pour occuper celui du débat constructif et intelligent entre personnes qui argument et respectent le point de vue d’en face. Je forme le vœu qu’il y ait contagion et que d’autres interprofessions abordent ce sujet des vins à forte personnalité pour qu’une réelle dynamique secoue le train-train bureaucratique de l’INAO dont je ne résoudrai jamais à inclure le Q. Ce devrait être le grand chantier que la CNAOC qui, rappelons-le, a été fondée non pas pour être un syndicat des droits acquis mais une sorte de vigie de l'AOC des origines.  Table ronde BIVB.Image fixe005En tout cas ce fut pour moi une belle matinée même si la SNCF, jamais en reste de se moquer de ses clients, nous a privé de café dans le TGV sous le prétexte qu’il n’allait qu’à Châlons-sur-Saône. J’espère que le BIVB nous fournira les minutes du colloque car les intervenants furent tous de grande qualité. Ça me permettrait de pondre une nouvelle chronique. Une mention particulière à l’historien C.Lucand qui en respectant son temps de parole, en une langue accessible, un sens aigu de la formule, nous a donné tous les repères de l’évolution du goût du vin du XVe à nos jours. Autre orateur brillant, l’anti-Power Point type, Frédéric Brochet, a lui, dans un exposé ludique et plein d’humour, démontré que le goût de demain serait : le prix !

Table ronde BIVB.Image fixe007-copie-1Il me reste, en une conclusion toute provisoire, à rendre justice à Yves Le Fur (mon voisin sur la photo), chercheur, que j’avais un peu taillé en pièces il y a quelques années à propos d’un exposé commun avec Christelle Mercier de l'INAO sur la définition de la typicité. C’était à l’AG du BIVB. J’écrivais alors que cet exposé «  venait de me plonger dans un état d’attrition profond. Ébranlé donc, partagé entre l’effroi et la colère face à ce gloubiboulga de pseudoscience – j’ai subi lorsque j’étais président du Calvados le dénommé  Jean Salette, père de la typicité  directeur de recherches émérite de l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture de France qui se targue d’être le spécialiste des relations entre les terroirs et les produits et qui joue les consultants dans le domaine des produits de terroirs et des appellations d’origine. Dieu nous garde des consultants de cet acabit – je regrettais le temps où mes fonctions me permettaient de donner le signal de la fin de la récréation. »

 

L’exposé d’Yves Le Fur lors du colloque  « Le jugement de typicité est une affaire de subjectivité » ne m’a pas bien sûr réconcilié avec la notion de typicité mais m’a permis de constater que les travaux qu'il conduisait débouchaient sur un questionnement sur lesquels les hautes instances de l’INAO devraient réfléchir. Pour le connaître je ne vois qu’une solution c’est qu’Yves Le Fur viennent les exposer sur mon espace de liberté. L’invitation est lancée !

 

Enfin ce qu’il y a de mieux dans les colloques c’est l’heure du déjeuner, même si je n’aime pas beaucoup manger debout, car on peut papoter avec plein de gens intéressants. Ce fut le cas à Beaune. Merci de m’avoir invité. J’étais le seul blogueur mais sous l’œil de la caméra de l’ami François et de son acolyte de Bourgogne Live (toutes les photos sont d'eux, merci comme ça le taulier peut s'exhiber). Une mention aussi pour Antoine Gerbelle qui fut un animateur précis, discret et efficace.

Table ronde BIVB.Image fixe009 Table ronde BIVB.Image fixe016

Table ronde BIVB.Image fixe013-copie-1

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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David Lefebvre 17/11/2011 11:22



 


A chacun sa course ! le groupe 1 et les prix de série. On est d'accord !


Une segmentation claire entre vins (industriels dirais JM Deiss), je dirais vins sans terroir , et vins authentiques, et non pas une segmentation fondée sur l'imposture : d'accord !


 


Mais tant qu'on ne définira pas ce qu'est un vin de terroir, la porte sera ouverte pour que des toquards courent en groupe 1 grâce à une casaque bien marketée.


 


Donc, il faut reconnaître que lors de cette matinée, on a continué d'embrouiller l'handicapeur, en évitant tout ce qui pourrait contribuer analytiquement à la définition d'un vin de terroir. Le
Fur en premier ! Quand ce fameux groupe "minéralité" de chercheurs en Bourgogne s'attache surtout à attribuer un précurseur organique à ce qui constitue l'authenticité d'un vin de terroir : sa
minéralité.



David Lefebvre



Jungmann 10/11/2011 18:10



Pas de commentaire ?


Près de 200 parsonnes auraient assisté à cette réunion ce qui en fait une participation record. Au prix auquel sont vendus les Bourgogne par rapport aux autres AOP il y a aussi dans ces vins un
vrai enjeux de demande donc de communication, espéront qu'il s seront un argument (de plus) pour ce vignoble !


 



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