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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 00:09

Suite au torchon xénophobe publié par l’histrion de notre rédaction « Vont-ils canoniser en anglais le Grenache à Avignon le dimanche 7 juin ? » http://www.berthomeau.com/article-vont-ils-canoniser-en-anglais-le-grenache-a-avignon-le-dimanche-7-juin-51582338.html  , Hervé Bizeul, vigneron nous pris d’insérer :   Genou-3896.JPG

« Bravo, cher Jacques

Tu réussis en seul billet à exprimer tout ce qu'il y a de plus désagréable et d'énervant dans le Français : la haine instinctive de l'autre, la peur de ce que l'on ne connait pas, la critique d'un évênement auquel on a pas participé et l'appologie de l'appriori, le refus du partage de la connaissance, le choix du plaisir et de l'oisiveté au lieu du travail, la moquerie de la religion et des valeurs, la tentative de détruire l'innitiative privée et locale, le refus de l'internationalisation de notre monde, la manipulation de l'information en citant un bout de texte sortie du contexte, la bêtise crasse de celui qui dit "si c'est en anglais, j'y vais pas" (alors qu'il y avait traduction simultané pour tous et que parler la langue de ceux qu'on reçoit me semble la plus basique des courtoisies), vraiment, tu fais fort et tu te montres sous un jour, comment dire, étrange...

Sache que la conclusion, c'est que les producteurs de Grenache sont désormais un peu plus bienveilants les uns envers les autres, tout simplement parce qu'ils se connaissent un peu mieux et se sentent plus confrères que concurrents désormais.

Mais la bienveillance, hein...

P.S. : toi, on a effectivement pas remarqué ton absence. Mais ta "french attitude" d'un autre age, elle nous a pas manqué. »

 

Le comité d’éthique de « Vin&Cie » face à la gravité de la situation : 

 

-   Prie la Reine d’Angleterre, qui ne nous a pas déclaré la guerre depuis des lustres, d’agréer nos plus plates excuses en tant que souveraine constitutionnelle et chef de l’Eglise anglicane ;

-   Prie sa Sainteté le Pape Benoît XVI, qui est déjà bien à la peine, de ne pas excommunier notre rédacteur baptisé et confirmé au sein de l’Eglise apostolique et romaine ;

-    Prie tous ceux et celle qu’il aurait pu offenser par sa haine de l’autre, son apologie de l’à priori, son refus du partage de la connaissance, sa basse tentative de briser et détruire l’initiative privée et locale, son allergie à l’internationalisation du monde et son goût de la manipulation, de bien vouloir lui pardonner car il est atteint d’un mal incurable : la bêtise crasse. 

-    Prie Nadine de Rothschild et tous les rédacteurs de manuels de « savoir-vivre » à la française de passer outre à ses remarques stupides sur l’usage de la langue anglaise. En effet, comme chacun sait, nos amis anglais lorsqu’ils nous invitent dans leur belle île adoptent notre idiome gaulois ;  

-    Prie Michel Bettane d’être indulgent face à la citation intégrale de son texte par notre rédacteur et d’excuser celui-ci d'en avoir ri. Comme disait ce cher Desproges « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Cette remarque s’adressant bien évidemment au plaignant : le sieur Bizeul ;  

-   Prie les producteurs de Grenache du monde entier de comprendre que si le sieur Berthomeau ne s’est pas présenté au symposium c’est primo parce qu’il s’estimait au-dessous du niveau minimal requis, deuxio parce que son goût immodéré pour la compagnie de jeunes écervelées buvant du rosé le mettait dans l'obligation de sécher ; 

-   Prie l’organisatrice du « Chêne Bleu », que l'ami Michel Chapoutier lui avait présenté lors de Vinisud, de faire preuve de beaucoup de philosophie et de mansuétude : ce garçon est plus bête que méchant. De plus lorsqu'il dit s'ennuyer ou plus si on l'accompagne dans sa grossièreté, n'engage que lui et n'a pas pour conséquence de qualifier les exposés du même qualificatif ; 

-   En compensation du préjudice subi par le sieur Bizeul propose de lui décerner le Grand Prix de l’Humour Anglais ;  

-   Comprend parfaitement les participants du Symposium de ne pas s’être aperçu de l’absence de ce représentant de la « France croupie » exécré et exécrable, et bien évidemment comprend plus encore qu’il ne leur ait pas manqué « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ;  

-   Indique que les commentaires publiés sur cette chronique sont de la stricte responsabilité de leurs auteurs ; 

-   Remercie François le Débonnaire de son attitude de « médiateur » dans ce conflit qui ne va pas bouleverser la planète vin ; 

-   Comprends aussi totalement le sieur Bizeul de ne pas s’inscrire comme sponsor du Grand Concours de l’été que notre rédacteur indigne de la France du Bien Vivre et du Savoir-vivre ose encore proposer à ses lecteurs...

Sans vouloir dédouaner ce mécréant, nous signalons qu’il fut qualifié par la « France croupie » d’anti-français pour avoir osé répondre en 2001, en faisant un parallèle osé avec la situation de notre viticulture, à la question « pourquoi avons-nous pris une raclée à Azincourt ? » par « ce sont nos certitudes et notre suffisance qui nous ont vaincu, bien plus que les archers anglais. »

- Signale aussi que ce gougniafié n'a fait aucune contre-publicité incitant à ne pas se rendre au symposium puisqu'il a publié sa chronique le matin de l'ouverture et que, vu le crédit dont il dispose, selon le sieur Bizeul, il eut, s'il avait agi de la sorte, purement et simplement pissé dans un violon ; 

 - S'interroge : devions-nous le censurer au nom de l'Entente Cordiale, du Concordat, de l'amitié entre les peuples, de la défense des cépages ?

- Nous attendons vos suggestions, critiques, noms d'oiseaux, costumes bien coupés... et par avance nous vous en remercions.

 

Notes en bas de page : 

 

·    l’utilisation de Achtung pour Attention dans le titre tient aussi du principe de précaution afin de préserver l’amitié franco-allemande ;  

·        « La France Moisie »® étant une AOP Philippe Sollers elle est pourvue des signes légaux.

·        Le rédacteur cloué au pilori par le sieur Bizeul a exercé son droit de réponse en vis-à-vis du commentaire de celui-ci

 

 

   

 

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 02:09

L’adresse de Sacha se révéla être celle d’un temple luthérien où un pasteur acétique flanqué d’une servante sans grâce nous accueillirent avec une économie de paroles qui cadrait bien avec le climat pesant de la capitale de la RDA. En dire le moins possible ici participait à l’instinct de survie : personne ne comptait sur personne, les liens sociaux se résumaient à une forme très accomplie d’ignorance mutuelle doublée d’un état d’indifférence profond sur le malheur des autres. Ils sortaient, comme leurs frères de l’Ouest, vaincus, cabossés, affamés, asservis, mais eux se retrouvaient parqués, retenus prisonniers par un parti qui se disait frère du grand vainqueur soviétique. Plus de repères, la grande machine à laver les cerveaux opérait pour que l’Histoire officielle essore le passé de la vieille Allemagne et serve de moule au soi-disant Homme Nouveau Socialiste. Je supposais que nos hôtes, sans être des opposants, ni même des résistants, devaient rendre des services à Sacha en échange d’une liberté d’action relative pour l’exercice de leur culte. Ils nos installèrent sur des lits de camp dans une soupente au-dessus de la salle paroissiale de réunion. Jeanne semblait totalement absente, elle me suivait sans piper mot.

 

Sacha se pointait comme un chat, selon ses bonnes habitudes, au beau milieu de la nuit alors que nous dormions après avoir ingurgité un dîner composé de pommes de terre à l’eau et de harengs saurs arrosés d’une bière immonde. Jeanne dormait à poings fermés. Assis sur le bord de ma couchette, Sacha m’informait qu’il allait nous exfiltrer d’ici sous le couvert d’une troupe de jeunes comédiens anglais que le British Council qui, après avoir entamé sa tournée par Berlin-Est, partait le surlendemain pour le Festival International du Théâtre de Prague. La chance nous souriait, le régisseur et son assistante venaient de contracter la coqueluche. Nous prendrions leurs places nombre pour nombre. J’informai Sacha de nos nouvelles identités, n’allaient-elles pas poser problème au sein de ce groupe de jeunes rosbifs. Sacha haussa les épaules : « ils n’auront pas d’autre choix que de gober mon histoire. D’ailleurs, ils sont tellement cons que je suis persuadé qu’ils vont trouver ça terriblement excitant d’accueillir deux bronzés. Surtout que ta compagne me semble pourvue de tout ce qu’il faut pour exciter leur libido de boutonneux. » Je m’inquiétai des visas. « Entre pays frères c’est relax, et d’autant plus que vous êtes officiellement des protégés de Boumediene... » me rétorquait un Sacha plus intéressé par la contemplation du corps de Jeanne endormie que par mes inquiétudes. D’un ton désinvolte il ajoutait « le plus difficile pour vous sera de sortir de la nasse des pays du Pacte de Varsovie. Là il vous faudra jouer serré... »

 

Le car dans lequel nous embarquâmes, un British Leyland, avait des allures de bus psychédélique avec sur ses flancs des fleurs peintes cernant des décalcomanies de portraits de Marx, Gandhi, Castro, des Beatles et bizarrement de la Reine d’Angleterre et son porte-bagages couvert d’une bâche bleue arborant la colombe de la paix. Nous gagnâmes, Jeanne et moi, les places du fond qui nous étaient réservées. Les saluts furent joviaux mais nous dûmes nous habituer à nos nouveaux prénoms : Mohammed et Sonia. Le voyage se passa sans incident et nous nous retrouvâmes à la tombée de la nuit dans un hôtel pour congrès, en lisière de la ville, genre monstruosité de verre et d’acier à la sauce soviétique. Après un dîner, où je ne saurais dire ce que nous avons ingurgité, dans une salle à manger sinistre, nous descendîmes dans le bar de l’hôtel au sous-sol où les colonnes de pierre et les fresques se voulaient représentatives de la grandeur des Habsbourg. C’était totalement grotesque. Quelques grosses pouffiasses buvaient du Coca-Cola à la paille en jetant des regards autour d’elles pour repérer d’éventuels festivaliers étrangers égarés qu’elles pourraient ferrer et, peut-être, attirer dans leur lit. Depuis notre arrivée nous étions flanqués de trois accompagnateurs officiels. Sacha m’avait prévenu « c’est l’usage, tu fais comme si tu ne le remarques pas. Votre chambre sera fouillée. Ne jouez jamais au plus malin. Souriez sans arrogance ça les rassurera... » Très vite j’avais compris qu’en fonction de l’ordre hiérarchique le lourdaud Conrad, amateur de Pilsner, s’accrochait à mes basques ; que le grand Horst, avec ses faux airs d’intellectuel, pistait Jeanne ; et que, la très revêche Frau Doktor Bahr de l’ambassade d’Allemagne de l’Est à Prague surveillait tout le monde. Une folle gaieté régnait à notre table où seul Horst tentait d’animer un semblant de conversation avec Jeanne qui jouait à merveille l’effarouchée du sérail. Moi je ne cessais de penser à nos retrouvailles dans notre chambre au lit très étroit.

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 00:09

« Sous le soleil exactement... » il cognait enfin comme un Vulcain frustré ce diable de fils adultérin de Zeus. Quoi de plus fortifiant que la montée du soleil au zénith, réécriture du mythe égyptien du cycle du jour, le combat Rê chaque nuit contre « les forces du chaos », celle du rampant le serpent Apophis, pour le soleil réapparaisse, tiré de la gangue de la nuit. Triomphe du monde d’en haut, de la lumière sans qui la photosynthèse n’existerait pas. Poussée de vie, de vert, la vigne sur les coteaux d’Issy-les-Moulineaux s’éclatait, et moi après un bon repas à la Guinguette du Chemin des Vignes en compagnie d’Yves Legrand sous ma chemise de coton mercerisé je suais en cherchant les meilleurs angles pour mon petit vigneron bien pâlichon.

Le pauvre, toute une vie passée debout, certes au milieu de plantes vertes, au 9ième étage d’un immeuble sis boulevard St Jacques, il s’ennuie parfois de cette réclusion. Bien sûr, il ne se plains jamais vu que dans sa jeunesse éternelle il trônait au beau milieu de ses petits camarades dans une vitrine des Grands Boulevards. Imaginez sa frustration de voir défiler tout au long des jours que Dieu fait plein de belles filles court vêtue, rieuses, enjôleuses, sans jamais pouvoir sauter le pas pour les inviter au cinéma. Vous me connaissez, je suis bon prince, je m’étais donc promis, dès que la vigne retrouverait ses couleurs vert tendre, de lui offrir une expédition au Chemin des Vignes dans la commune du fumeur de Havane. Mais le soleil niaisait, la chape des nuages nous enserrait dans le gris et mai filait dans l’ennui. Et puis, juin venu, me fiant aux météorologues, je prenais rendez-vous ce mercredi pour le repas de midi avec l’ami Yves.

Le jeunot allait donc se payer une belle séance photo dans les vignes des coteaux d’Issy-les-Moulineaux. Je le vêtais en vigneron du dimanche, le plaçais sur la banquette arrière de ma petite auto, fallait voir le regard ébahi de mes voisins dans le parking de l’immeuble : « barjot ce Berthomeau... », Cap sur la Petite Ceinture. Déjeuner dehors sous les charmilles, de bons plats, de bons vins, une conversation qui roule : que du bonheur ! Le temps était venu de me glisser dans la peau de Robert Doisneau. La lumière était belle. Tout en haut du coteau, à espace régulier, passait ce drôle de métro baptisé RER : express régional qui en général se paye des pannes, des grèves et qui pue. Je grimpe. Je le place. Sous son impavidité de façade le jeune vigneron s’anime. Il existe. Le voilà.

Si vous n’êtes pas au conclave du Grenache, et si vous avez une minute à perdre, guidez mon choix du futur bandeau qui orne le frontispice de mon blog en désignant le cliché qui a votre préférence.(de 1 à 11)

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Genou-7866_1.JPG    3-4Genou-7880.JPGGenou-7885.JPG5-6

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 00:09

Le poulet du dimanche il faut en causer le samedi car il faut aller l'acheter. Bien sûr dans l’imaginaire des Français la poule au pot, du paillard et populaire Henri IV, occupe une place de choix mais c’est plutôt un plat d’hiver. Lorsque les beaux jours reviennent – ils sont à la peine cette année – et que les pommes de terre nouvelles se pointent un vrai bon poulet lourd élevé à l’ancienne, rôti doucement à la broche, se révèle un beau plat du dimanche.


C’est bien beau Berthomeau mais le vrai poulet de ferme, picorant dans l’aire, libre comme l’air, c’est de l’histoire ancienne m’objecterez-vous ? J’en conviens aisément même si ce genre de volatile se dégotte encore dans des basses-cours comme celle des Macaire à Selles (c’était au temps de ma présidence du Calvados, j’y avais une petite maison sous les pommiers).


Donc pour l’urbain moyen il ne reste plus qu’à se replier soit sur les marchés forains, soit chez un bon volailler pour tenter d’acheter un poulet « à l’ancienne » avec le risque de se faire fourguer une bestiole rebaptisée de ferme avec tous ses attributs : cou, tête et pattes (poulet effilé) comme seuls marqueurs de son origine. Le bon et seul critère c’est le POIDS, en effet un poulet lourd d’au moins 2,8 kg a de forte chance d’avoir pris le temps de se faire une belle carcasse et de se couvrir d’une chair bien ferme. Pour ma part, quand je veux dénicher un poulet difficile à trouver ailleurs : une Géline à pattes noires, une Coucou de Rennes par exemple je file vers le rayon volailles de la Grande Epicerie du Bon Marché qui est très bien achalandé. Ce n’est pas donné mais rapporté au plaisir dans l’assiette « Le Poulet du Dimanche » de 2,815 kg que j’ai acheté pour 6 bons mangeurs ça fait du 4 euros la part.


Genou-7838.JPG

 

 

« Le Poulet du Dimanche » est une marque de Vallégrain www.vallegrain.com qui dans le Perche, Coudray au Perche 28330, fait surtout dans le cochon mais aussi dans la volaille. Abattu entre 16 à 19 semaines il est né et élevé dans le Perche, dispose d’un parcours extérieur, mange une alimentation fabriquée à la ferme : 100% d’origine végétale, sans antibiotique ni facteur de croissance. Dès la 4ième semaine d’engraissement son alimentation à 75% minimum est composée de céréales entières. Pour la cuisson : four à 180° et au moins 2 heures.


Genou-7839.JPGGenou-7841.JPG

 

 

Comme accompagnement j’ai choisi la Pomme de Terre Nouvelle de l’Ile de Ré : une AOC avec une production de 3 500 tonnes, 35 producteurs. La délimitation de l’aire d'appellation : seules les pommes de terre récoltées sur les parcelles ou parties de parcelle des cantons d'Ars-en-Ré et Saint-Martin-en-Ré, peuvent prétendre à l'appellation « Pomme de Terre de Primeur de l'Ile de Ré ». Sur les 900 hectares de l’aire délimitée d’appellation, 300 ha sont disponibles, et 150 sont réellement travaillés, pour permettre la rotation des cultures. Un cahier des charges précis et rigoureux pour encadrer la culture et la récolte des pommes de terre : choix des variétés, préparation des plants, densité de semis, conduite culturale raisonnée, rendement à l'hectare (de 19 à 25 tonnes/ha, soit un rendement 50% moins élevé que celui des pommes de terre de conservation), taux de matière sèche et calibre des pommes de terre, conditionnement à l'intérieur de l'aire d'appellation.


Saisie dans sa peau au beurre salé la patate nouvelle de l’Ile de Ré est presqu’aussi bonne que la Bonnotte de Noirmoutier (voir ma chronique « Mesclun de l’Océan aux Bonnottes de Noirmoutier confites et le vin qui va avec… » http://www.berthomeau.com/article-31458784.html mais je suis un peu chauvin. Je viens, pour mon déjeuner, de me régaler de la cuisse et de l’avant-cuisse de mon « Poulet du Dimanche » avec ses petites rhétaises nouvelles : absolument grand, un vrai délice, chair onctueuse, peau craquante, alliance de la ponte iodée des patates sur fond de beurre salé avec le muscle ferme du poulet baladeur. Pour un billet de 5 euros la portion ça reste un plaisir du dimanche abordable. Et si vous avez un chien, lui aussi se régalera des beaux os du volatile du Perche (ça le changera de ses croquettes aseptisées Duquesne-Purina).


Genou-7865.JPG

 

Pour le service du vin bouché je confie mes intérêts au dénommé Michel Smith un es-dégustateur de haut vol, qui s’est aventuré dans ma Vendée natale sans mon bon de sortie. Il a beaucoup à se faire pardonner le bougre : oser me traiter de Chouan, écrire que les vins de Vendée font figures de « bibines à touristes », qu’ils font tristes mines avec pour principal défaut la dureté mise trop facilement sur le compte de la « typicité ». Typicité, il a osé écrire typicité (lire chroniques : « C’est typique »  http://www.berthomeau.com/article-1930747.html « I’m the nightmare: Me  Gilbert Collard en charge du dossier typicité des vins d'AOC ? »  http://www.berthomeau.com/article-27189213.html « Paroles simples d'une vigneronne bourguignonne sur la typicité... »http://www.berthomeau.com/article-20762234.html ). Mais, en bon Vendéen que je suis, comme je sais confesser mes lacunes, je lui cède avec plaisir la souris. Vous pouvez suivre ses choix c’est un gars qu’a de la bouteille et qui goûte les joies de la Nouvelle Star.


 

-Domaine du Lux En Roc, Jean-Pierre Richard (Tél. 02 51 90 56 84), à Brem-sur-Mer. Superbe blanc de chenin et Grolleau 2009 à 5,50 €, harmonieux et long.

 

-Domaine Aloha, Samuel Mégnan (Tél. 06 31 29 55 05), à Vairé. Joli rouge «Belharra»2007 à 80 % cabernet sauvignon, le reste en pinot noir.

 

-Domaine La Rose St-Martin, Denis Roux www.larosestmartin.fr ) à Brem-sur-Mer. Rouge 2009 « L’Estran », très sur le fruit (7 €) et à boire frais.

 

-Domaine La Borderie, Laure Paupion (Tél. 06 08 48 06 93), à Brétignolles-sur-Mer. Chouette rosé 2009 « Pierre Rouge » (6,90 €) poivré et très expressif en bouche.

 

-Domaine Saint-Nicolas, Thierry et Antoine Michon www.domainesaintnicolas.com , à Brem-sur-Mer. Intense, complexe, fin et minéral rouge 2007 « Le Poiré », entièrement basé sur de vieilles vignes de négrette (21 €), mais aussi un « Reflets » rouge 2009 pour les grillades entre copains (9,50 €, pinot noir à 50 %, gamay et cabernet franc

 

Merci Michel, moi qui suis un grand flemmard j'affirme qu'on n'est jamais aussi bien servi que par les autres surtout quand l'autre est un ami... 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 00:09

Ils sont venus, ils sont tous là, des contrées les plus reculées de notre monde globalisé : « Australia, Austria, Brazil, China, Croatia, Egypt, Hong Kong, India, Ireland, Israel, Italy, France, Germany, Japan, Korea, Luxembourg, Norway, South Africa, Spain, Switzerland, United States, United Kingdom. » Dès demain 6 juin 200 Pères de l’Eglise, des moines, des chanoines, des nonnes, de mères supérieures, des frères convers, des évêques, des monsignores, des pasteurs de l’Eglise anglican (beaucoup) des garçons et des filles tendant vers des âges qui, sans être canoniques, n’en restent pas moins assez peu représentatifs des générations d’avenir, assemblés, au domaine de la Verrière, au Crestet,  en un chapitre baptisé : 1ier Symposium du Grenache.

 

Que du beau linge, pensez-donc même François le Débonnaire, avec sa barbe fleurie, quittant ses Rives bordelaises bénies, y posera ses malles de la Compagnie des Indes, pour concélébrer avec le Pape français du Vin, Michel Bettane, et Steven Spurrier, flanqués de la Grande Prêtresse anglaise Jancis Robinson, et une foultitude de noms connus : Michel Chapoutier, le couple Bourguignon, Hervé Bizeul, Philippe Faure-Brac, Vincent Avril, Pierre Perrin, Bernard Burtschy, la cérémonie de la béatification du Grenache. À dessein je ne vous cite que les patronymes des têtes françaises. Je m’en expliquerai un peu plus tard.

 

Afin qu’il n’y ai aucune ambigüité dans mes propos, je vous signale de suite que j’ai été invité nominativement, relancé à 3 reprises, pour aller poser mes « célèbres fesses » au Symposium afin que je puisse, de ma plume vive et insolente, vous narrez les actes de bravoure oratoires et gustatives des Pères de l’Eglise du Grenache. Pourquoi n’y suis-je pas allé me direz-vous ? La réponse est simple : qu’irait faire un mécréant de mon espèce en ce Conclave de hautes huiles ? S’emmerder ! Oui, j’avoue mon incorrection totale : je préfère le samedi et le dimanche, surtout maintenant que le soleil est de retour, la compagnie de gentes damoiselles papillonnant autour de beaux verres emplis du nectar du cépage susdit. Bien évidemment, j’ai le plus grand respect pour les messes chantées avec surplis amidonnés mais que pourrais-je extraire des minutes de ce Symposium qui puisse vous passionner ? À mon avis rien car je n’y comprendrais goutte.

 

Mais ce n’est là que la première raison que j’ai d’ailleurs plus poliment indiquée pour décliner l’invitation. La seconde est plus culturelle, liée à la fois à mes origines papistes et à mes racines paysannes. Je m’explique. Tout d’abord, un seul lieu s’imposait pour une telle béatification : le Palais des Papes à Avignon. Bien sûr, le domaine de la Verrière doit être plus bucolique mais les symboles sont toujours plus frappants que le simple confort. Ensuite, comme vous le savez, je suis anglophile mais dans le cas présent, j’estime que le calice a un goût par trop britannique. L’Eglise anglicane est « hérétique », je plaisante bien sûr, et je trouve assez discourtois que sous le prétexte, justifié, que ce colloque est d’amplitude internationale, seule la langue anglaise y soit pratiquée. Cette révérence me gonfle. Cette absence de fierté m’irrite. Que dans les actes du commerce la langue véhicule fut l’anglais je l’admets mais là, dans une concélébration en terre Avignonnaise, j’aurais apprécié que le programme fusse au moins rédigé dans notre belle langue www.grenachesymposium.com . Je suis profondément européen, ce que ne sont pas la majorité de nos amis anglais – c’est leur droit – le Traité de Rome est un acte majeur que trop de baragouineurs semblent bien facilement passer par pertes et profits. Résultat : alors que la langue française est une langue officielle les grisouilloux de la Commission ne se donnent même plus la peine de publier leurs torchons en français. Ça me fâche. Je suis pour la stricte égalité de traitement.

 

Voilà, pour moi la messe est dite. D’ailleurs, pourquoi le colloque n’a-t-il pas adopté le « latin de cuisine » comme langue officielle, c’eut été plus classieux, non ! Bon Symposium aux chanoines et chanoinesses, et avant de vous laissez à vos travaux de canonisation je ne résiste pas au plaisir de vous offrir le seul morceau de bravoure écrit en français sur le programme de présentation du Symposium. Il est signé de notre Pape Michel Bettane. J’avoue, comme je suis espiègle, qu’il m’a fait beaucoup rire. Vive la libre-circulation des Hommes, des Idées et des Cépages : Libérez nos cépages !

 Bettane_introFR.jpg

« Du temps où les cépages circulaient librement, sans être prisonniers de régions viticoles xénophobes, le grenache a su faire son chemin de Compostelle à l’envers et arriver au cœur de la Provence, où il s’est mis au service, de façon peut être encore plus spectaculaire que dans son Espagne natale, de terroirs parfaitement adaptés à lui.

 

Il est juste qu’en remerciement, la Provence accueille un symposium international  qui s’annonce passionnant sur le plus étonnant des cépages du sud de l’Europe et  d’autres vignobles de soleil de la planète. Je souhaite vivement qu’il contribue à montrer l’étonnante qualité et diversité de ses expressions, du rosé puissant de table aux vins rouges somptueux qu’il produit au cœur de l’Australie, de la Californie, dignes de se mesurer aux grands crus de Catalogne, du Rhône et des îles de Méditerranée, sans oublier les vins fortifiés si étonnants du Roussillon. »

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:09

« Le rosé ne connaît pas la crise ! » proclame « Terre de Vins », c’est tout juste si le troupeau des suiveurs de tendance n’entonne pas en chœur : « La vie en rose » d’Edith Piaf. Décliné en rosé, gris, œil de perdrix, claret, blush, pelure d’oignon… de saignée, de macération, de soif... le vainqueur par KO des grisouilloux de la Commission prend des allures de starlettes sur la Croisette de Cannes. Afficher son rosé est du dernier chic : même que le très « prout, prout, ma chère... venez donc baver devant les clichés de mon intérieur in the Luberon » Côté Sud, se paye le luxe dans son numéro hors-série d’été de proclamer un rosé « pur jus de Grenache » de la DO Terra Alta : MÁS AMOR comme étant un des vins de l’été 2010.  

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer l’acte de naissance de ce MÁS AMOR « C’est un petit paysan des montagnes catalanes, né sur les balcons de l’Èbre, ce fleuve majestueux qui fend comme une orange la péninsule ibérique. MÁS AMOR est la rencontre d’un terroir et d’un désir : concilier, marier la vérité, la fraîcheur virgilienne de cette appellation d’altitude qu’est la DO Terra Alta à l’énergie, à la soif de liberté de Barcelone. » Bravo l’artiste, mais j’avoue que la plume de Ramón Sender avec son « Requiem pour un paysan espagnol » chez Attila  m’a elle vraiment émue.

 

Mais de l’autre côté des Pyrénées pour ne pas être en reste d'une enluminure, sous le titre très post-Libé : « Rosé n’est pas coupé » l’éditorialiste de Terre de Vins a la plume légère : « Les idées reçues reposent souvent sur une simplicité d’observation. Si nous savons tous que les garçons ne naissent pas dans les choux mais qu’ils y restent parfois, il est facile d’imaginer que le vin rosé consisterait en un mélange de vin rouge et de vin blanc. Certes, ce n'est pas absurde, en témoigne le succès des champagnes rosés ! Cependant, le rosé jouit d’une toute autre histoire, plus intime, plus passionnelle parfois, et s’il ne naît pas forcément dans les mains d’une femme, il s’élabore précisément selon une étreinte mesurée ou un contact plus ou moins prolongé. Le rosé serait alors un équilibre, une nuance de teinte et une harmonie de saveur, un trait d’union autour d’une table. Comme les hirondelles pour le printemps, il annonce l'été, le soleil, les terrasses, le bord de mer, les piques niques et les barbecues. Un avant-goût des vacances. »

 

Il faut oser ce pur style à l'eau de rose avec une touche empruntée à MP Lannelongue du Nouvel Obs, un coup de blush   les filles !

 

Et puis, puisque nous sommes à la veille du Mondial de Football sous la houlette des omniprésents B&D un match des rosés de Provence et du Languedoc-Roussillon, les plus grandes régions productrices de ce vin en France, est organisé. N’en jetez plus je suis au bord de l’Over-Rose.

 

Je sais, les ravis de la crèche vont protester « Jamais content ce Berthomeau ! » Inexact, j’estime que mon engagement ancien pour le rosé, longtemps tricard, ringard, me permet d’ajouter ma touche perso au tableau rose bonbon que nous livrent les gros consommateurs d’encarts publicitaires.

 

1ier Tableau : Le camping des Flots Bleus d’Arcachon, Franck Dubosc, alias Patrick Chirac, son Marcel « rose fluo », sa phrase culte « y’a plus de Benco », son maillot « moule-bite » ça fait 5 470 000 entrées en France, ce qui nous vaut un Camping 2. Respect ! Sans vouloir faire de parallèle osé c’est un peu ce qui arrive à notre star du moment le rosé.

 

2ième Tableau le Rosé vu par Peter Mayle le plus méridional des Anglais, bien connu du côté de Bonnieux, fait Chevalier de la Légion d’honneur en 2002, pour coopération et francophonie, dans son dernier roman « Château l’Arnaque » chez NiL.

Sam* servit le vin dont la robe, d’une couleur plus soutenue que celle des vins pâles qu’on aimait à L.A, était assortie au rose du saumon fumé des sandwiches. Il leva son verre au soleil, prit une gorgée et la garda un instant en bouche. Un vrai goût d’été. Après une matinée passée avec l’aristocratie du vin, cette boisson simple, humble, et cependant agréable, lui apporta un changement rafraîchissant. Pas de long pedigree, pas de millésime historique, pas de complications et pas d’étiquette affichant un prix extravagant. Aussi Sam ne s’étonnait plus que ce fut la boisson favorite en Provence. »

·        Sam, enquête pour le compte du Cie d’Assurances yankees sur le vol chez un richissime avocat californien de la plus belle collection de GCC bordelais. Il est à Marseille et il mange un sandwich sur la terrasse ensoleillée de la Samaritaine, de l’autre côté du Port.

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3ième Tableau : Blue Ocean Strategy ou la Stratégie de l’Océan Bleu

« Blue Ocean Strategy » est un livre de stratégie d’affaires publié en 2005 et écrit par Wan Chan Kim et Renée Mauborgne de l’INSEAD. La stratégie de l’Océan Bleu consiste à orienter son business vers un segment peu concurrentiel afin d’utiliser au mieux ses ressources et faire des marges plus importantes. Au lieu de foncer dans le tas, de se précipiter là où sont tous les autres concurrents, de se battre sur les mêmes segments, avec les mêmes armes : prix, qualité, etc…,  stratégie dite d’océan rouge; les auteurs du livre conseillent de se créer son propre espace vierge : l’océan bleu en innovant et en recherchant des critères totalement décalés par rapport à ceux existant.

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Rideau : avec le Vin Rosé la stratégie de l’Océan Bleu était celle qu’il nous fallait adopter il y a quelques années... maintenant nous sommes en plein dans une stratégie d’Océan Rouge. Trop tard aurait tonné Mac Arthur ! Ne voyez dans mes propos aucune malice quand j’évoque le Rouge qui est, comme chacun le sait, la seule couleur du raisin qui aille à l’authenticité de nos chers rosés, sauf en Champagne bien sûr !

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 00:09

Créer des liens, remailler notre vivre ensemble, créer de nouvelles adhérences, susciter des solidarités, redonner un sens à la citoyenneté, en enfonçant de minuscules coins dans les parois lisses de verre et d’acier brossé des nouveaux maîtres du monde mondialisé. Nous sommes tous, y compris nous les utilisateurs du Net, de grands dépendants des grands systèmes intégrés, le blocage du ciel par le nuage de cendres du volcan islandais nous l’a amplement démontré. Les conséquences d’un soudain affaissement, pour une raison accidentelle ou criminelle, de l’un ou de plusieurs d’entre eux, seraient considérables et entraînerait des troubles graves.

Les habitants des villes ont toujours été dépendants de leurs campagnes pour l’approvisionnement en denrées alimentaires. Sans remonter aux grandes famines, la période de l’Occupation en fut un triste et sinistre exemple. L’image des Halles, Ventre de Paris, était très parlante : c’était au cœur de la ville que les flux de victuailles venaient se déverser. Puis ce fut Rungis, les norias de camions venus du Sud mais aussi du Nord (l’effet gaz naturel/serres) accompagnant, en dépit de la loi Royer, d’abord l’irrésistible ascension de la Grande Distribution et, phénomène normal, sa concentration en une poignée de Centrales d’Achat. Les nouveaux maîtres du « Bien Manger » tiennent le haut du pavé et grimpent tout en haut du classement des Nouveaux Riches.

Dans ce système, amplifié par la normalisation, laminé par le libre-service, brouillé par l’absence de toute saisonnalité, le rayon fruits et légumes est devenu une exposition de couleurs, de rondeurs, de trucs bien lisses, bien nets, sans odeur ni saveur. Comme, face à la main de fer des acheteurs, les producteurs français ont cultivé leur inorganisation, nous en sommes arrivés à la situation actuelle où, comme l’écrit Dominique Granier, les producteurs ne cueillent plus faute de quelques centimes de plus et les consommateurs aux ressources limités n’ont même pas accès à ces produits de consommation car, en dépit des proclamations des grands prêtres du moins cher que moins cher, les prix finaux restent élevés.

Alors que faire ?

Faire !

Mon espace de liberté est à la disposition de ceux qui veulent glisser ces petits coins sur les murs lisses, pour les fissurer, les lézarder, non pour les détruire mais pour qu’ils reviennent à leur fonction première : être de bons épiciers. Utopie ! Rêve debout ! Non, hommes en action comme ces sauniers de Guérande venus dans mon bureau de la galerie Sully me présenter en 1983 leur projet de redonner vie à leur métier. Que n’ai-je entendu de quolibets, vu des sourires entendus, sur ces va-nu-pieds qui osaient s’attaquer aux Grands. Presque 30 ans après, permettez-moi de mettre sous le nez des sceptiques les résultats. Et Dieu sait que le sel est un produit basique. Bref, tout cela pour vous dire que mon hôte du jour, Pierre Priolet, fait parti des Hommes en mouvement, de ceux qui ne courbent pas l’échine, de ceux qui font.

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Comme depuis plusieurs mois, la télévision ne fait pas parti de mon quotidien, non par choix mais faute de temps, la toute nouvelle notoriété de Pierre Priolet n’était pas parvenue jusqu’à moi. Et pourtant il avait réussi à remuer le cynique Ardisson. Mes contacts vauclusiens – merci Pierre L – ont remédié à mon absence de vigilance. Maintenant je sais que Pierre Priolet est agriculteur depuis 1990 à Mollégès : 13 - 15 hectares de poiriers et pommiers. C’est tout près de Cavaillon qui, dans l’esprit des Français de mon âge, rime avec melon. Lorsque je me rends dans mon refuge des Claparèdes « Salen » et que je m’arrête au marché paysan de Petit Palais le samedi je ne suis qu’à quelques encablures de chez lui. Pour l’heure notre contact reste téléphonique.

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L’homme est passionné, sincère, engagé, atypique, dérangeant. Tout son parcours professionnel se situe dans le secteur des fruits-légumes. Il sait donc de quoi il parle : de la production, de la logistique, de la distribution. Lui donner la parole, lui donner l’occasion de s’expliquer c’est apporter à sa démarche ce que vous voudrez bien donner : vos critiques, vos suggestions, votre appui, tout ce que vous voudrez. L’important, pour moi, c’est d’inscrire dans la durée ces petits riens citoyens qui nous sortent de notre immobilisme ravageur. Se prendre en main, participer au vivre ensemble, loin des défilés encadrés ou des opérations de com, c’est redonner un sens à notre difficile vivre ensemble. Notre nourriture, déifiée par les magasines chic et choc, doit aussi retrouver son sens premier par la proximité retrouvée entre ceux qui la produisent et ceux l’achètent. Travail de fourmis certes mais le père Leclerc dans son hangar de Landerneau faisait rigoler tout le monde, alors que ses héritiers se gardent bien de considérer les Priolet ou autres « empêcheurs de tourner en rond » comme des farfelus tout juste bons à faire de l’audience chez mon « grand ami » Guillaume Durand. Je laisse donc la parole à Pierre Priolet et vous rappelle qu’il sera ce soir, à 22H15, sur France 2, l’invité du susdit lors de « L’objet du scandale »

 1ière Question : Pierre Priolet sur votre site www.consommer-juste.fr  vous faites le constat que les agriculteurs-producteurs de fruits, sous la pression de la GD, de la recherche les poussant à l’extrême productivité, de la normalisation européenne vendent plus des emballages que des fruits. Vos « produits » doivent être beaux avant d’être bons. L’apparence prime sur le goût, vous cueillez des fruits pas mûrs qui sont vendus chers. Les nouvelles générations boudent les fruits frais. Face à ce triste constat que préconisez-vous concrètement ?

Réponse de Pierre Priolet : Je préconise que nous devons, nous agriculteurs, retrouver les consommateurs autour de valeurs gustatives, de fraicheurs et non de valeurs visuelles.

Ma démarche est basée sur le fait, qu’aujourd’hui l’accès aux fruits et légumes est interdit à une grande partie de la population, par l’ajout de valeur, qui n’ont rien à voir avec le produit. Je pense aux emballages de plus en plus couteux, répondant à des critères de beauté et de marketing, ce qui met des prix et des marges supplémentaires à des produits pauvres. Pour vendre nos produits correspondants à ces critères, nous devons aussi faire une sélection très importante, qui renchérit encore les prix proposés à la vente.

C’est pourquoi, j’ai créé le concept : « Consommer Juste », qui permet à tous de savoir le juste prix d’une production. Ce juste prix prend en compte le prix de revient du produit, plus 30% de ce prix de revient, qui représente la rémunération et l’investissement du producteur. A ce prix on y ajoute le juste prix du transport ainsi que les frais de distribution.

Lorsque le prix du marché est bon, nous ne lui ajoutons, que les frais transports et distribution. Ainsi lorsque le consommateur va acheter, il saura que son achat est juste. Lui consommateur est respecté et il respecte le producteur.

Je préconise que les cantines scolaires mettent dans les repas des aliments frais et non des aliments déjà traités de manière industrielle, souvent insipides. Ce qui dégoûte notre jeunesse des fruits et légumes. Cela pourra permettre aussi de donner une conscience aux jeunes de la saisonnalité, élément qui a complètement disparu de l’imaginaire collectif.

2ième Question : Pierre Priolet vous avez crevé l’écran récemment : sur le site Médiapart je lis « Samedi soir, chez Ardisson à Canal, il a crevé l'écran Pierre. La télé, c'est le domaine de l'émotion et Pierre Priolet - paysan provençal en phase professionnelle terminale - en a donné de l'émotion. Même Ardisson et son cynisme gouailleur en était remué. Car Pierre a démonté avec clarté les mécanismes d'un système économique qui pousse à la mort la paysannerie française. » Vous allez être l’invité du sémillant Guillaume Durand à « l'objet du scandale » sur France 2 le mercredi 2 juin, à 22h20. Qui êtes-vous donc Pierre Priolet ? D’où venez-vous ? D’où tirez-vous cette incroyable énergie ?

 

Réponse de Pierre Priolet : Je ne suis qu’un homme éduqué, à une époque où nous pensions, que nous devions combattre l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Ce combat a toujours été le moteur de mes actions tout au long de ma vie.

J’ai eu la chance énorme d’avoir une vie pleine et engagée aux cotés du monde agricole. Ma belle famille est composée d’agriculteurs, qui ont toujours été actifs, ont fait et font  parties des responsables dans ce monde agricole.

Après avoir vendu des pommes dans le moyen orient, j’ai été commercial d’une importante coopérative, j’ai vécu la mutation des supermarchés et des centrales d’achats. Ce monde de la distribution est devenu un monde de la finance et toutes leurs actions actuellement ne concernent qu’elle. J’ai compris que la finance n’a pas d’âme, elle est froide et sans cœur.

Après une vie de commerce j’ai eu la chance de devenir, malgré moi agriculteur, ce qui me donne le recul pour repenser notre action.

J’ai compris aussi que l’agriculture est décalée dans notre monde, car elle a besoin de temps et d’espace, ce que n’a pas la société, ni l’argent. Et je suis convaincu que le malaise du monde agricole vient de là ! Nous dépendons de notre territoire,  de la nature exclusivement et cette donnée est très importante à intégrer,  si nous voulons réfléchir à notre avenir, la nourriture n’est pas un marché comme les autres.

 

Donc mon énergie vient du fait, que je ne m’attendais absolument pas à ce qui m’arrive, mais cela me donne une responsabilité très forte de réussir, car beaucoup attendent de moi et de ce que je dis tout haut, ce que déjà beaucoup de gens disaient peut-être bien en avance, mais que personne n’entendait.

Cette énergie ne vient pas de moi, elle m’est donnée, c’est un cadeau.

 

 

3ième Question : Les grands médias, vous le savez Pierre Priolet, ont toujours besoin de nouveau pour émouvoir les foules, faire de l’audience, alors, vous aujourd’hui, qui serez remplacé demain par un autre « cri du cœur », comment envisagez-vous la suite de votre combat ? Avec qui ou contre qui ? Pouvez-vous nous dire avec qui vous avez déjà pris langue pour faire avancer vos idées ? Vous semblez être entendu mais croyez-vous vraiment que les consommateurs urbains soient prêts à changer leurs habitudes d’achats, d’être vraiment sensible à une agriculture de proximité à visage humain ? Reste aussi la question du prix avec l’argument « massue » des partisans du moins cher du moins cher : offrir aux gens qui n’ont pas les moyens une nourriture bon marché. Eclairez notre lanterne Pierre Priolet.

 

Réponse de Pierre Priolet : Vous savez je ne suis pas dupe, je ne suis ni important, ni plus intelligent que les autres. Pour vous en convaincre mon professeur de première écrivait à mes parents, alors que j’avais déjà 20 ans : « Trop nul pour espérer un  jour faire des progrès » ! C’est vous dire.

Les médias m’accordent pour l’instant une tribune, car pour certains ils comprennent, qu’il se passe quelque chose en dehors du politique.

Ils sont aussi conscient de la désespérance du monde agricole et ont aussi de la famille des amis, qui comme nous souffrent, mais ne peuvent pas l’exprimer. Pour ma part, je ne suis qu’une voix parmi les autres, mais je n’en veux à personne. Je me dis que dans notre société actuelle, nous ne sommes pas les seuls méprisés,  ignorés.

Combien de salariés ont donné leur vie à leur société où ils travaillaient et en ont été chassés comme des malpropres, de manière honteuse ou inhumaine. Combien d’hommes et de femmes se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain et qui cherche comme des fous du travail, alors qu’ils se font traiter de feignant à longueur d’année.

La liste est longue, mais moi au milieu de tous ces gens, je n’ai pas le droit de me plaindre, car la terre me donne ma dignité, même si parfois elle est bafouée, la terre me permet d’être avec la nature et les plaisirs que j’en ressens me permettent de garder tout de même la conscience, que je reste un homme debout. Elle ne fait pas défaut, contrairement à la société.

Alors pour répondre clairement à vos questions, je dirai que je n’avais rien organisé ni prévu et que je me suis retrouvé malgré moi à la tête de quelque chose qui me dépasse, j’ai reçu tellement d’appels, de messages, de gens très simples et très importants, qui m’ont dit que mes interventions les avaient touchés et qu’ils voulaient faire quelque chose pour moi. Mais j’ai du dire à tous, que ce n’est pas pour moi qu’aujourd’hui je me bats, c’est pour nous.

Je ne savais pas comment répondre de manière individuelle à tous, alors avec l’aide de deux jeunes étudiants en informatique, qui m’ont appelé pour me dire qu’ils mettaient leurs compétences à mon service, j’ai fait les textes et eux la mise en musique et nous avons créer le site : www.consommer-juste.fr, qui  m’a permis de mettre en avant le développement de mon analyse de la situation et mes modeste solutions.

Je ne me bats contre personne, je n’ai pas d’ennemi à titre personnel, car cela ne servirait à rien. Nous sommes dans cette situation par notre faute, par facilité nous avons abandonné notre liberté et nos responsabilités à des gens, qui ont abusé des mandats que nous leur avons donnés volontairement.

Les appels ont été entendus et aujourd’hui j’ai créé une association appelée CONSOMMER JUSTE, pour que nous nous fédérions, afin de reprendre nos vies en main. Donc, avec qui ? Et bien c’est ensemble, tous ceux qui ont cette envie de vivre dignement.

J’ai été contacté par des hommes, avec qui je prépare un été exceptionnel pour nous, aujourd’hui je suis en relation avec toutes les composantes de ce  monde agricole pour réussir ce pari. Le monde politique, contrairement à la société civile, n’a pas vraiment compris ce qui se passe et n’a pas encore réagit, mais je suis sur qu’ensemble, nous pourrons avancer. Je lutte activement contre la vente à perte, contre cette idée stupide qui veut que tout se marchandise.

 

Pour finir j’ai vraiment été surpris qu’autant de consommateurs m’appellent et me confirment mon analyse.

Le prix c’est le vaste faux sujet. Les consommateurs sont aujourd’hui de plus en plus responsables et comprennent que la publicité les abuse, ils comprennent que les producteurs sont mal payés et qu’eux payent des prix complètement ahurissants.

Avec le concept, le label appelez-le comme vous voulez, nous allons recréer un lien entre nous et le consommateur, ce lien c’est la compréhension que le pas cher des supermarchés est en fait humainement très très cher, en chômage, en spoliation et qu’il est fait sur le dos même de leurs propres salariés.

 

Un exemple une pomme qui coute 0.37€ le kilo à produire en brut de cueille, si on lui ajoute 30% cela fait 0.48€ plus les frais en gros 0.50€ le kilo elle sera toujours moins cher qu’en supermarché. D’où mon idée de créer des points de distribution de  producteurs dans les zones à population en difficulté, permettre à des jeunes en désespérance, comme nous, de travailler avec une visibilité de carrière et permettre d’avoir des fruits et légumes ramassés la veille et consommés le lendemain. Ce qui va être une petite révolution. Les consommateurs seront adhérents et les commandes seront passées au jour le jour. On pourra servir les collectivités et pourquoi pas les restaurants du quartier. Il y a tellement de développement que nous avons du pain sur la planche. Le moins cher créateur de chômage et d’exclusion  ne m’intéresse pas, le juste prix identifié  est pour moi un acte politique, en ce sens qu’il permet à chacun d’entre nous de se servir de son POUVOIR d’achat et de refuser l’iniquité.

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 00:13

Mon esprit d’escalier ayant encore frappé j’ai commis mercredi dernier une chronique « Y-a-t-il Rien que des bulles dans le Champagne ? » http://www.berthomeau.com/article-y-a-t-il-rien-que-des-bulles-dans-le-champagne-51131649.html. Je réponds à cette question ce matin. J’y réponds à ma façon car, sitôt que je l’eusse posé, je m’étais empressé de me dérober en vous proposant un double jeu qui, en l’occurrence, vu la nature de la première donne, pouvait s’apparenter à un double mixte.

En effet, sur deux photos, une star posant devant un fond où, une grande maison de Champagne, s’affichait. Dom Pérignon, Moët, voyait-on. J’aurais pu vous demander combien de flacons de Dom Pérignon, cette grande maison, met en vente chaque année ? Si je ne l’ai pas fait c’est parce que c’est un secret d’Etat et je me suis rabattu, si je puis dire, sur la nana. Et c’est là que mon esprit d’escalier s’est emballé. Mes neurones folâtres se sont connectés sur mon tout petit livre de chevet « Eloge de Rien » chez Allia.

Ainsi naquit la 2ième Donne.

Pourquoi ?

Parce que la star de la 1ière Donne était une américaine née Demetria Gene Guynes le 11 novembre 1962 à Roswell au Nouveau Mexique. Famille cabossée elle quitte l'école à l'âge de 16 ans et profite de son physique avantageux pour devenir mannequin dans des magazines locaux comme Pin Up. À l'âge de 18 ans, elle épouse le rocker Freddie Moore, avec lequel elle restera cinq ans. et que la 1ière édition de « Eloge de Rien » était dans une bibliothèque municipale bien française, et bien champenoise bien sûr, mais dotée d’un patronyme à forte consonance américaine. Vous me suivez, j’espère !

 

Restait à vous motiver car, sans vouloir vous vexer, je vous trouve parfois bien timoré. D’où l’appel à la dotation de ce petit concours impromptu.

 

La réponse est venue très vite émanant d’Alain Soutiran.

 

Mais qui est Alain Soutiran ?

La réponse est dans l’une de mes chroniques  « Les 2 Jacques Dupont et B se font mousser au Champagne pour les fêtes » http://www.berthomeau.com/article-les-2-jacques-dupont-et-b-se-font-mousser-au-champagne-41502576.html où dans TOP 10 DES 2 JACQUES vous pouviez le découvrir :

5-  Pour un fidèle*, tendu, pas lui son champagne : Brut Perle Noire Grand Cru 16/20 Alain Soutiran « Nez minéral, pierre humide, cave, sans doute une présence assez forte de vins de réserve dans cet assemblage, structuré, tendu, bien savoureux, long. 31 euros » (fidèle lecteur) www.soutiran.com

 

La dotation d’Alain Soutiran fut donc pour mon double jeu  d’offrir au vainqueur un carton de 6 « Perle noire » Grand Cru Soutiran. Merci et bravo à lui. 

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Y-a-t-il eu un vainqueur ?

La réponse est : OUI.

Qui ?

Attendez d’abord la réponse à la question : « Y-a-t-il Rien que des bulles dans le Champagne ? »

Ça va être long. Je plaisante. Ma concision va vous surprendre : en effet, il y a bien plus que des bulles dans le Champagne.

Mais encore, me direz-vous ?

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Il y a Demi Moore, le glamour, les marques, l’international et... des vignerons comme Alain Soutiran...

Mais comme j’ai fait l’Eloge du Rien dans la chronique vous comprendrez que je m’en tiendrai à ces trois fois Rien ce qui est déjà beaucoup.  carnegie_01.jpg

Et j’en reviens à nos amis américains : « La Première Guerre mondiale marque une profonde rupture dans l’histoire de la bibliothèque municipale de Reims : le 3 mai 1917, un obus incendiaire détruit l’Hôtel de Ville et anéantit une grande partie des collections – sans toutefois endommager les ouvrages les plus précieux (près de 100 000 documents), mis à l’abri et épargnés par les bombardements.

En 1918, Reims est dévastée. La municipalité n’aurait pu financer la reconstruction d’une bibliothèque sans l’aide exceptionnelle de la Dotation Carnegie pour la Paix Internationale, créée en 1910 par le magnat américain Andrew Carnegie (1843-1919) ; respectant l’esprit philanthropique et pacifiste de son fondateur, qui voyait dans la lecture publique un rempart de la civilisation contre la barbarie, la Dotation Carnegie décide au lendemain de la Grande Guerre d’offrir une bibliothèque aux villes alliées particulièrement meurtries par les bombardements : en France, c’est la ville de Reims qui est choisie (au même titre que Louvain en Belgique et Belgrade en Serbie). »C'est pour cela que sur le frontspice de la bibliothèque municipale de Reims on peut lire : Bibliothèque Carnegie. 

 

La boucle était bouclée : La bibliothèque Carnegie de Reims possède la 1ière édition de l’Eloge du Rien de 1730. L’ouvrage est officiellement anonyme mais c’est un certain Louis Coquelet, né à Péronne en 1676 et mort à Paris en 1754, qui en est l’auteur.

 

Avec les indices livrés le lendemain il était aisé de répondre aux 2 Donnes :

-         Demi Moore

-         La Bibliothèque Carnegie de Reims.

 

Comme il n’y a pas que le vin dans la vie, chez Berthomeau on s’y instruit aussi et on y gagne des prix : dans le cas présent l’heureux lauréat est Régis Bourgine.

 

Bravo et Félicitations à lui ! 

Encore merci à Alain Soutiran.

 

Rendez-vous est pris avec vous pour le Grand Concours de l’Eté du blog Berthomeau : ça va pulser !

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 00:09

Cher Michel,

 michel maxi

Ce matin je fête les 5 ans de mon Espace de Liberté : Vin&Cie

5 années déjà !

Je l’ai créé pour reprendre le flambeau des ambitions de la note stratégique Cap 2010 et, avec l’accord des cosignataires, je prenais à mon compte le vœu qu’ils émettaient page 9 : « Le groupe de pilotage se propose, dans ce cadre, de faire part aux intéressés de son approche du sujet, voire même de proposer sur la base de Vin&Co le noyau, souple et modeste, permettant d’animer en réseau ce collectif naissant en mobilisant les acteurs de terrain... »

Beaucoup nous avaient enterrés sans fleurs ni couronnes.

Tu n’étais pas de ceux-là. Dès l’origine tu m’as témoigné publiquement, dans le respect de nos différences et de la nature de nos responsabilités, amitié et soutien.

Ta récente interview à Vitisphère a, bien sûr, retenu toute mon attention.

J’avoue, sans fausse honte, que tes prises de position sur beaucoup de sujets : l’opposition stérile entre vin artisanal et vin industriel, l’AOC perçue comme un droit acquis, la dévalorisation du vin de table, le lien au terroir, la dérive orchestrée par les « petits génies » de l’UE de la définition du vin bio, le « passez en IGP » pour certaines AOP volumiques, me confortent dans le bien fondé du choix du chemin que j’ai pris en solitaire voici 5 années.

Dans ton interview tu abordes un sujet, sur lequel je travaille activement depuis plusieurs mois dans le cadre de la mission confiée par Bruno Le Maire à Catherine Vautrin députée de la Marne, celui de la fin des droits de plantation sur l’ensemble des vignobles de l’UE. Depuis l’adoption de la nouvelle OCM nous vivons sous un régime transitoire se terminant en 2015, avec possibilité de prorogation, par certains Etats, du régime jusqu’en 2018. Bien évidemment, tu comprendras aisément que je m’en tienne à la réserve que mon statut exige. Cependant, si je fais référence à ce dossier d’une importance capitale c’est qu’il me permet de faire le lien avec le leader charismatique que tu appelles de tes vœux dans ton interview.

Rassures-toi, et surtout rassures ceux qui m’ont tellement taillés de costars par le passé, je ne suis pas candidat à ce poste. D’ailleurs, je le souligne, je n’ai jamais été candidat à rien sauf à aider à formuler les choix et à accoucher des décisions.

René Renou, homme charismatique, occupa tant qu’il fut en vie ce rôle, mais comme il n’était pas vraiment issu du sérail, sans réels points d’appuis, il dut composer, s’épuiser, faire avec les forces d’inertie. Je n’en appelle pas à ses mannes, et nul ne peut aujourd’hui totalement se prévaloir de son héritage.

Par culture, je ne suis guère porté sur les hommes providentiels mais plutôt adepte d’un vrai collectif. Cependant, le collectif à toujours besoin d’un capitaine, d’un meneur d’hommes, d’un facilitateur, d’un démineur pour que les questions en suspens soient traitées et débouchent sur des choix clairs. J'ai joué ce rôle, avec passion et abnégation, mais ce temps est passé, à vous de susciter des vocations.

Tu dis, à juste raison, Michel que le monde du vin manque de confiance en lui. Qu’il lui faut retrouver de la crédibilité, de l’écoute, pour que les consommateurs d'ici et d'ailleurs, les pouvoirs publics, nos citoyens puissent entendre et comprendre ce qu’est le produit et ce que sont ceux qui le font.

Lorsque nous avons créé « Sans Interdit » lire la chronique du 12 janvier 2006 « Les Vingt » http://www.berthomeau.com/article-1582091.html , les VIF en étaient, tout comme SEVE de Patrick Beaudouin et de Marc Parcé. Le credo : privilégions ce qui nous uni à ce qui nous divise. Ces 20 membres fondateurs étaient là à titre personnel, et j’écrivais qu’ils s’exposaient, s’impliquaient, hors du champ syndical « par-delà  leurs différences, avec le respect et l'écoute des opinions des autres, ici et dans le monde. »

 

Je reste persuadé, même si « Sans Interdit » hiberne, qu’il faut créer des liens, des adhérences, que les hommes se parlent, se confrontent, apprennent à se connaître, par delà les nécessaires positions professionnelles, pour que les gens du vin avant de vouloir se faire comprendre des autres acceptent d’abord de se comprendre entre eux. Comme tu le dis clairement, à propos des droits de plantation, il est nécessaire que les professionnels du vin prennent leur destin en charge pour que leur rôle essentiel dans la vitalité et l’équilibre de nos territoires, dans la création de valeur, dans la préservation de l’environnement, dans le maintien d’entreprises familiales, soient reconnus et surtout pris en compte par leurs concitoyens.

 

Alors, cher Michel Issaly, chacun à notre place, sans souci hégémonique - ma modeste entreprise peut rassurer tout le monde - de leadership, comment allons-nous traduire en actes concrets le  «J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire» d’Henri BERGSON que nous avions placé en exergue de Cap 2010.

 

Je n’ai pas de réponse clé en mains, mais la certitude bien chevillée au corps et au cœur que notre « modèle » de viticulture peut, sans renier ses valeurs, retrouver un nouvel élan s’il cesse de s’enliser dans le déni de réalité. La globalisation du monde, l’irruption du Village mondial, ne tuent, et ne tueront, ni « ce que sait la main » la culture de l’artisanat*, ni le village : les Embres&Castelmaure et Sainte Cécile d’Avès. La force de l’authenticité, sa modernité, c’est sa capacité à traverser le temps en l’épousant, mais encore faut-il que ceux qui s’en réclament mettent leurs actes en accord avec leurs professions de foi. N’était-ce pas là le credo des pères fondateurs des Appellations ?

 

Voici, cher Michel Issaly, j’en ai terminé pour ce matin. Je te remercie de ta fidélité de lecteur et de ton amitié. Sur cet Espace de Liberté, ouvert, hors les chapelles, les diktats, les interdits, je m’efforcerai de continuer, non un combat car je ne suis pas un guerrier, mais le sillon ouvert voici maintenant 5 années...

 

Bien à toi.

 

Jacques Berthomeau,

dont le seul mandat est celui de Secrétaire-Perpétuel autoproclamé de l’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants (Michel en est membre)

 

* « Ce que sait la main » La Culture de L’Artisanat est le 1ier tome d’une somme de Richard Sennett professeur de sociologie à la New-York University et à la London School of Economics. Sennett s’inscrit dans la vieille tradition du pragmatisme américain qui  se caractérise par son intérêt pour les problèmes philosophiques du quotidien. Ça nous change des Onfray&consorts... 

Date de création : 30/05/2005
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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 02:00

Sacha au téléphone fit l’âne qui veut avoir du foin, il se rua avec complaisance dans mon histoire de réponse à sa demande d’acquisition des œuvres complètes de Lénine. Pour ne pas éveiller les soupçons d’éventuelles et quasi-certaines grandes oreilles notre entretien fut assez bref. Sans que j’aie la peine de le lui demander Sacha me fixait un rendez-vous à l’Alte Nationalgalerie sur l’île aux Musées pour le lendemain à l’heure du déjeuner. Y aller présentait le risque de me voir contrôler mais Conrad auprès de qui je m’en inquiétais me rassura illico « La clandestinité je connais » et il m’entraînait à l’étage dans son bureau encombré de livres et de piles de paperasses recouvertes de poussière. « Donnez-moi vos papiers d’identité ! » S’asseyant derrière sa table sous une lampe très puissante, avec un soin d’horloger, Conrad entreprenait l’extraction de la photo de mon passeport. Toujours méticuleux et précis, penché sur son ouvrage, il m’indiquait qu’il allait m’établir un passeport de la République algérienne démocratique et populaire. « Pour vous ça présentera un double avantage : d’abord celui de la langue, vous pourrez vous exprimer en français ou en anglais sans que les nombreux gardes-chiourmes qui ne manqueront pas de vous contrôler s’en étonnent, ensuite vous bénéficierez du fait que dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige. Deux précautions valent mieux qu’une. En plus avec vos cheveux frisés et votre teint mat ça n’éveillera aucun soupçon... » J’étais bluffé mais je m’inquiétais « Et Jeanne ? » Conrad sans lever le nez me rétorquait « elle sera votre femme, une bonne musulmane dont nous pourrons camoufler la beauté par trop occidentale sous un beau foulard et des vêtements bien amples... »

 

C’est donc Mohamed Aït El Hadj, cadre du FLN, et son épouse Sonia, d’origine égyptienne, qui le lendemain reprirent le tramway, lui avec un paquet de livres sous le bras, elle, quelques pas en arrière le corps entièrement enveloppé dans un jilbab gris perle taillé dans un rideau et cousu par Emma. Nous rejoignîmes l’Alexanderplatz où nous prîmes un bus poussif qui remontait Karl-Liebknecht Strasse jusqu’à l’île aux musées. Là nous terminâmes le trajet à pied. Jeanne, pour masquer ses grands yeux verts, avait chaussée des lunettes d’écaille aux verres teintés. Son seul commentaire une fois vêtue, lorsqu’elle s’était contemplée dans le miroir de la chambre où Emma avait déposé ses vêtements, fut « mon Dieu ! » Elle avait absolument tenu à ce que je l’accompagne alors que la nuit précédente nous avions fait chambre à part. Quand nous fûmes en tête à tête Jeanne se contenta de se déshabiller en silence. Pour garder mon sang-froid je m’étais assis sur une bergère près d’une fenêtre et je tentais vainement de ne pas contempler son effeuillage. Jeanne me tournait le dos. Ce fut d’abord son corsage puis sa jupe qu’elle laissait glisser, après avoir tiré d’un coup bref la fermeture-éclair, au long de ses cuisses. Déjà j’avais le souffle court de la voir ainsi juchée sur ses talons aiguilles avec ses seuls bas, son porte-jarretelles et sous-vêtements blanc. Elle dégrafait son soutien-gorge, le jetait sur le couvre-lit puis marquait un temps d’arrêt. « Venez! » Alors que je me relevais elle voltait, me faisait face et entreprenait de se débarrasser de son minuscule slip en se penchant vers moi. « Vous jouez à quoi ? » Alors que le minuscule morceau de dentelle atteignait ses chevilles elle se redressait, pointait son regard embué vers moi « à exorciser ma peur... »

 

Dans le bus Jeanne me murmurait « je ne vous plais pas... » Je haussais les épaules « je ne profite jamais des personnes en état de faiblesse ! » Elle pouffait « Menteur ! Vous êtes un prédateur impitoyable... » Du tac au tac, entre les dents, je la cinglais d’un « je suis un romantique qui a en horreur les allumeuses ! » Jeanne se cabrait. Je ne lui laissais pas le temps de réagir « nous verrons cela ce soir ma très chère épouse... » Son soupir rageur me comblait d’aise. L’île aux musées se situait sur la Spree et alors que nous longions ses berges un cycliste nous dépassait en carillonnant. Quelques centaines de mètres plus loin il se délestait d’un petit sac de sport qui roulait sur le macadam. J’allongeais le pas après m’être assuré que personne n’avait repéré le geste du cycliste. Surprise, Jeanne se figeait. Je la hélais « Viens, le cycliste c’était Sacha » Mon soudain tutoiement lui tirait un sourire. Le sac ne contenait qu’une clé accrochée à un de tube en laiton fermé à ses deux extrémités par des vis. Sacré Sacha toujours aussi soucieux de la sécurité. Dans le tube un papier sur lequel notre apprenti espion avait dactylographié, une adresse et une heure : 21h, à l’aide d’une machine à écrire qui ne devait pas être de la première jeunesse. Comme nous avions toute une journée à tirer avant de rejoindre le lieu de rendez-vous de Sacha et qu’il faisait beau je n’eus aucune peine à convaincre Jeanne qu’il nous fallait jouer aux parfaits touristes dans les musées de la très souriante RDA.

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