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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 00:02

Le patron du Conti, gagné par la grâce, nous faisait servir à volonté des demis de bière. Comme je n'avais rien dans le ventre depuis mon café du matin, mes yeux se brouillaient, je me sentais à la limite de l'évanouissement. Une belle main se posait sur mon bras. Une belle voix me disait " Vous devez avoir faim... " L'autre main me tendait un sandwich pendant que la voix ajoutait " c'est un sandwich au saucisson sec comme vous aimez..." Je me cabrais. La voix riait, un rire clair. Je la contemplais, ahuri. Elle était étonnante, non, bien plus ! rayonnante. Une légère coquetterie dans l'oeil, des cheveux longs et soyeux qui s'épandaient sur ses épaules nues et, tout autour d'elle, comme un halo de sérénité. Elle n'était pas belle. Elle était plus que belle, incomparable. En la remerciant je me disais que, sa robe boutonnée du haut jusqu'en bas, d'ordinaire, j'aurais eu envie de lui ôter. Je crois qu'elle le sentait. Moi si j'avais su rougir j'aurais rougi. Je pointais mes yeux yeux vers le bout de mes pieds. Je rencontrais le bout des siens. Elle portait des ballerines noires. J'aimais.  "Mangez !" J'obéissais. Le sandwich mariait le craquant d'une baguette fraîche avec l'onctuosité du beurre et le fondant d'un saucisson coupé gros. J'appréciais. La bouche pleine j'osais un compliment. Sa réponse me fit avaler de travers. " Je l'ai fait pour vous " Elle me tendait un demi de bière. " Restez avec nous Benoît, ici, tout le monde vous adore..." Je fondais. Moi, c'était sûr, je l'adorais et par bonheur une chaise recueillait mes abattis.

A loisir je la contemplais. Elle avait l'air du jeune fille sage mêlant romantisme et pieds sur terre. Moi si disert, je restais sans voix. Comme un enfant face à son bol de soupe je faisais durer le plaisir de mon sandwich. Bien sûr, je me couvrais de reproches. Comment avais-je pu ne pas la remarquer ? Peu importait puisqu'elle était là. Qu'elle me donnait du Benoît. Me préparait un sandwich au saucisson sec. Qu'elle savait que j'aimais le sandwich au saucisson sec. C'était une apparition. Mon retrait du cercle n'avait en rien perturbé la discussion. Un autre de mes camarades avait naturellement pris le relais. C'était aussi ça la magie de mai. Elle et moi, comme isolé du monde, nous étions seul au monde, sur une île, genoux contre genoux car elle venait de s'asseoir face à moi. Ce elle me crispait. L'échange était inégal. Insoucieuse de mon infériorité, elle se penchait vers moi pour me murmurer à l'oreille, en pouffant, " vous croyez que nous allons bâtir un monde meilleur..." Tout en m'extasiant sur ce nous, que je réduisais à deux, je réfrénais mon envie d'effleurer de mes lèvres la peau ambrée de son cou. Une trace de sel, d'embruns, je la sentais naïade. Tel un naufragé, abandonnant le souci du bonheur de l'humanité opprimée, je m'agrippai à cette intuitition en lui posant cette question étrange : " aimez-vous la mer ? "   

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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 00:04

Pendant que les tracteurs tournaient autour de la fontaine de cette place encore Royale, j'étais de ceux qui, installés dans la verrière de la terrasse du café le Continental, prèchaient la bonne parole à un auditoire rétif mais attentif. Le Conti c'est le QG des jeunes gens de la bonne bourgeoisie nantaise, majoritairement des étudiants en médecine car le CHU était à quelques encablures de la place. En ces temps agités les carabins, du moins ceux qui réfléchissaient, pas encore obnubilés par la hauteur de leur chiffre d'affaires ou le niveau de leur standing social, très " on fait médecine comme on s'engage dans une grande aventure ", un vrai combat, presque un apostolat, ne supportaient plus l'omnipotence des mandarins et la sclérose d'une bonne part de leur enseignement. Eux, comme les malades, devaient subir sans moufter les diktats et les caprices de grands patrons absenthéistes et pas toujours compétents. De plus ils marnaient comme des forçats pour des prunes. Notre contestation, échevelée et festive, cadrait assez bien avec leur goût très prononcé pour une langue crue et la main aux fesses des infirmières. Ils charriaient gentiment notre sabir de plomb et notre obsession maladive à nous référer à des modèles illusoires, mais nous leur rendions la monnaie de leur pièce en raillant l'illusion de l'apolitisme et la césure qu'ils maintenaient entre l'hôpital et la cité. Avant le évènements nous nous croisions dans les tonus - bals chics et chauds - aux salons Mauduit, concurrents pour les filles, acolytes au bar. Depuis que tout pétait, et que mandarins et politiques se planquaient, nous discutions ferme.

Au début de l'après-midi de ce vendredi 24 mai un franc soleil noyait la place toujours Royale. Nous étions inquiets, le Général privé de ses godillots, pour tenter de reprendre la main sur la chienlit, allait jouer le soir à la télé le énième remake de moi ou le chaos. Coincé entre le couille-mollisme de ses barons et l'intransigeance de la rue, le héros du 18 juin ne comprenait rien au film. Exaspéré par la lâcheté de ceux qui lui devaient tout, et incapable de comprendre nos ressorts profonds, il allait ressortir de son képi le coup du référendum. A cet instant de la journée nous ignorions que son intervention vaseuse allait faire un flop. Dans la touffeur de la verrière nous sentions bien que la situation pouvait basculer à tout moment, le pouvoir étant à la ramasse, les plus conscients d'entre nous, certes pas très nombreux, savions que personne n'était prêt pour le prendre dans des conditions qui nous aillent. La CGT et les alliés du Kremlin freinaient à mort, la vieille gauche agonisante, Mitterrand en tête, étaient à côté des pompes du mouvement, restait Mendès, qui faisait du Mendès, se méfiant des humeurs de la rue. En attendant, notre seule certitude, était qu'à l'Université nous détenions le pouvoir et qu'il nous fallait empocher un maximum d'avancées irréversibles avant que le reflux, que nous pressentions et craignions, nous renvoie dans nos amphi. 

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15 décembre 2006 5 15 /12 /décembre /2006 00:02

" La première réaction des vignerons, en effet, lorsque leurs dirigeants leur déclarèrent que, s'ils voulaient obtenir une répression des fraudes efficace, il fallait qu'ils financent eux-mêmes en payant une taxe spéciale, fut négative. Mais, de Congrès en congrès, l'idée fit son chemin et, en 1931, fut votée à l'unanimité la création du Syndicat National de Défense des AOC avec cotisation obligatoire. Il fallait une loi pour imposer l'obligation de la cotisation. Elle ne fut pas obtenue."

Le Baron Le Roy entame alors une longue digression soulignant la ténacité du Président Capus, s'inquiétant de l'éventualité de la mainmise de l'Etat sur les fonds des viticulteurs si on passait par lui pour les encaisser, pour confier que lors d'un congrès viticole à Cognac, visitant les parcs à huîtres de Marennes il eut sa révélation en contemplant les étiquettes vertes.

" Ce fut pour moi une révélation. Il n'y avait qu'à calquer le système. Les vins à appellation ne pourraient circuler qu'avec un titre de mouvement de couleur verte délivré contre une taxe de 2 francs par hectolitre assurant le financement du Comité des Appellations.
Vous m'excuserez, Messieurs, d'entre dans de pareils détails. Ils sont destinés à vous démontrer que l'institution que vous m'avez chargé de vous expliquer est le fruit d'une longue et pénible gestation. Et encore, je ne vous parlerai pas de l'hostilité rencontrée dans les milieux commerciaux où l'on voyait d'un mauvais oeil la Viticulture disposer d'un organisme centralisé aussi puissant (...) "

C'était, comme promis, pour faire plaisir à Tchho, la suite de la chronique : comment naquit l'INAO... N'en déplaise à S.Courau, sa lecture est instructive au regard du temps présent...

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14 décembre 2006 4 14 /12 /décembre /2006 00:04

Voici revenu le temps de la révérence, de nouveau on fait attention à vous, on s'inquiète de vous, on sent même poindre sous la déférence une forme de crainte. Ainsi va la France de ceux qui en sont et celle de ceux qui veulent en être, elle sait courber l'échine, vibrionner, ondoyer, mettre son mouchoir sur son amour-propre, jamais atteinte par le syndrôme du chant du coq. Comme la foule, celui ou celle qui sert le public près du pouvoir, et qui par un étrange mimétisme s'identifie à lui, est versatile. Il ou elle enscence, flatte, se pousse du col, adapte sa pensée et ses écrits au courant dominant, sans pour autant se priver de volter, le moment venu, pour se placer dans les nouveaux vents portant. Rien de bien nouveau me direz-vous, l'homme est ainsi fait, ses fidélités ses sincérités, comme ses amours, sont successifs.


La passation des pouvoirs entre locataires d'un portefeuille ministériel, lors des mouvements de balancier, est un grand moment de l'expression de la révérence. Quel bonheur de voir le moutonnement, les manoeuvres d'approche du petit monde des happy few, ceux de la maison comme ceux des OPA. Ils sont sur leur trente-un. Les plus hardis, avec une forme innée de l'à propos, se sont placés au premier rang, ce qui leur permettra, dès la fin des speechts, de fondre sur le nouvel arrivant. Les astucieux, l'air dégagé, attendront le moment où, comme par le plus heureux des hasards, le chef se trouvera à leur portée. Restent ceux, forts de leur appartenance au clan, qui attendront que les collaborateurs du premier cercle du Ministre tire celui-ci jusqu'à eux.


Lors d'une dissolution délicieusement ratée, alors que je coulais les jours heureux d'un PDG, j'ai vécu un sommet de la révérence. J'aurais du m'en douter puisque dès l'annonce des résultats mon téléphone s'était transformé en standard à l'heure du Téléthon. Que du beau monde s'inquiétant de mon avenir. Vous en êtes ? Bref, au début de l'après-midi, au 1er étage de l'Hôtel de Villeroy, la cérémonie. Le grand Louis, avec son large sourire, succède à un Philippe sous le choc. Courtoisie de rigueur. Je papote au fond de la salle à manger. Les mouvements classiques de houle révérencielle vont et viennent. Soudain une main se pose sur mon épaule, Louis le Finistérien, homme de la mer, m'invite à le suivre dans son bureau. Je sens le poids des regards. Ils s'imaginent. Le il faut que je te parle est plus qu'un adoubement c'est l'onction absolue d'avoir l'oreille du Patron. Louis m'avait pratiqué au temps de son passage au DOM-TOM, nous aimons bien tous les deux le petit Michel, l'homme à la grosse serviette et au phrasé de mitraillette. Louis cherchait ses marques dans cette grande maison à haut risque que je connaissais bien. J'allais l'aider, lui donner un coup de main. Rien de plus, mais le fait d'avoir été son premier invité fit de moi un homme d'influence. La révérence est une affection chronique sans thérapie connue, comme le ridicule elle ne tue pas...   

 

 

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13 décembre 2006 3 13 /12 /décembre /2006 00:02

Dans mes carnets de chantier, ceux avec une élastique et un crayon très fin, au fil des jours, au plaisir de mes lectures, au hasard des rencontres, en des lieux parfois improbables, j'ai toujours griffonné des bouts d'histoire, noté des phrases soulignées dans des livres, des grafitis, des adresses de bistrots ou de galeries de peinture et plein de petits riens de la vie que je vis. Hier j'ai retrouvé l'un d'eux, c'était en 1999, l'antépénultième année du siècle. Je l'ai feuilleté et ce matin je vous livre quelques scories avant qu'elles ne deviennent poussière...

- Dites, Lev Borissovitch, ne pensez-vous pas qu'il puisse y avoir, au département soviétique de la CIA, des responsables des pommes de terre, c'est-à-dire des agents spéciaux de l'impérialisme chargés de veiller à ce qu'on ne trouve que très irrégulièrement des pommes de terre dans nos magasins ?
Viatchesla PIETSOUKH  la nouvelle philosophie soviétique Actes Sud


" sans doute n'aurions-nous pu apparaître en ce monde s'il n'avait été légèrement bancal. Mais quel comble ce serait de devoir une fière chandelle à l'obscure dissymétrie du fiat lux initial "
Etienne KLEIN le temps


L'amitié est toujours un accord de paix.
L'amour est souvent le début de la guerre.

J'aime le gros cul des avions quand ils se posent.

anonymes


" Il y a des policiers intègres qui veulent faire passer les truands à table, il y en a d'autres qui passent à table avec les truands "

le procureur adjt Alain Lallement TGI de Lille le 11 juin

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12 décembre 2006 2 12 /12 /décembre /2006 00:14
EXTRAITS DE VINS DU PEUPLE(titre de l'article)
" La pensée unique baigne tout ce que la bullocratie bachique a pu reléguer au rang de vins inférieurs. Instaurant une impitoyable lutte des crus, dont seules les étiquettes par elle adoubées peuvent sortir gagnantes, cette oligarchie bien-buvante a décrété que la Muscadet était indigne d'arroser un repas droit dans ses plats "
appréciations : grandiloquent, ampoulé et pédant...
" Qui n'a jamais goûté au muscadet élevé sur lie, frétillant et vivace, avec une spéciale d'Isigny, une claire de Marennes ou une plate de Prat-ar-Coum, n'a pas tout compris des accords géosensoriels qui font la magie de nos terroirs."
question : accords géosensoriels késako ?
remarque : chez nous on se contentait des huîtres de Bouin ou de l'Aiguillon, des locales quoi, pas des ki pétent plus haut leur kul. Pas très peuple tout ça msieur jparle au peuple...

" On peut s'en tenir aux lieux communs et considérer que ce vignoble ne produit que du bas de gamme, tout juste bon à combler les rayonnages de la grande distribution, où, parmi d'infâmes bordeaux et bourgognes, les mauvais muscadets sont légion. "

commentaire :  le lieu commun étant consubstantiel à l'auteur ce paragraphe est tautaulogique puisque GD = bas de gamme et infâmes jajas

" C'est ignorer qu'il existe aussi de sublimes bouteilles, en vente sur place ou chez les bons cavistes, pourvu qu'on se donne la peine de les rechercher."

remarque : bougez-vous le cul bande de féniasses le bon vin ça se mérite, tous à vos petites zotos pour aller, chercher comme les oeufs de Pâques, votre nectar for huîtres... Pourlézotre faitezatention ya même des mauvais cavistes... Des noms, des noms... 

"Attention, seules trois appellations sont dignes d'intérêt, le muscadet de Sèvre-et-Maine, au sud-est de Nantes, le muscadet des Côtes de Grand-lieu, au sud-ouest, et le Muscadet des Côteaux de la Loire, entre Nantes et Ancenis."

interrogation légitime : sur quelles bases se fonde l'auteur pour proférer un jugement aussi définitif ?

Vous êtes suffisamment perspicaces pour mettre un nom au-dessous de ces extraits de haute extraction destinés à éclairer la lanterne du bon peuple de France...

 

 

 

 

 

 

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11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 00:08

Scène ordinaire du 20 heures, assis face à la caméra, un pauvre bougre, le regard apeuré, une bouille de chien perdu. Gros plan sur ses mains, elles tremblent, elles tremblent beaucoup. Retour en plan serré sur l'homme, il parle. Il nous parle de son métier commencé jeune, un métier dur, poissonnier, levé tôt, le froid, les petits verres avant de commencer pour se donner du coeur au ventre, puis d'autres avec ses collègues, aux pauses, après le bouleau, tard le soir. L'enchaînement, la routine des jours, il ne sait dire combien de litres il ingérait. Lucide tout à coup, l'oeil de la caméra l'y pousse sans doute, il concède " beaucoup de petits verres ça finit par faire beaucoup. Etait-il violent ? " Oui, quand j'étais jeune. Mais pas pour..." Il se tortille, tord ses mains. Honte refoulée, il se défend " je voulais qu'on me laisse tranquille..." Violence, douleur intérieure, misère simple, détresse profonde : qui pouvait l'aider ? Lui a-t-on dit qu'il fallait s'arrêter ? Non, personne, seul son petit fils lui a demandé pourquoi ses mains tremblaient autant ? Cancer de l'oesophage, chimio, et pourtant il continue de boire deux litres par jour. Clap, fin de la séquence, Pujadas enchaîne, l'air contrit, peut-être réprobateur. C'était la contribution obligatoire aux Assises de l'Alcoolisme.

Le matin sur France Inter, le Ministre en charge du dossier, présentait comme une victoire herculéenne contre le lobby du vin, l'apposition du logo femmes enceintes sur les bouteilles. Il défendait, avec la conviction ordinaire de la fonction, un bilan globalement positif des campagnes de prévention. On a les victoires qu'on peut. Les chiffres sont implacables. Nous sommes au-dessous du niveau de l'acceptable. La faute à qui ? Au lobby du vin qui martèle, inonde les médias de messages incitatifs précipitant pêle-mêle les pauvres bougres, des Chabaliers, des jeunes urbains ou ruraux sur les bords de bars pour s'enfiler petits verres sur petits verres ! Ce serait risible si l'alcoolisme ne restait pas un lourd fléau social. Les structures de santé publique, faute d'une implication citoyenne, en sont réduites à fabriquer du vent, à laisser accroire que les outils mis en avant sont efficaces. Je comprends la solitude des soignants. On nous dédouane à bon compte. Le téléspectateur s'appitoie sur le pauvre bougre mais sitôt sorti de son canapé il ne se soucie guère du collègue qui piccole ou d'un proche qui s'enfonce dans la détresse.

Dans ma vie professionnelle, patron d'un site de vin, 600 salariés, ouvriers, caristes, chauffeurs... j'ai toujours été attentif à ces situations personnelles difficiles. Tâche ardue, la tentation était permanente pour beaucoup, les risques d'accidents du travail amplifiés, et aussi parce que certains n'hésitaient pas à transformer le local syndical en bar où l'on sifflait des petits jaunes. Comment faire ? Trouver des relais dans le personnel, être présent tous les jours, écouter, parler mais aussi exercer son autorité. Ne jamais démissionner. Certes c'est la sphère privée mais c'est aussi le maintien d'un lien social. Tout attendre d'en haut, renvoyer les problèmes aux spécialistes nous conduit à des sociétés froides et rigides où l'on demande à la sphère publique de prendre en charge des problèmes qu'elle saura jamais résoudre. Alors de grâce que l'on cesse de nous servir de l'émotion en kit : un jour l'alcoolique, le lendemain le môme malnutri du Darfour, et le surlendemain le SDF des Restau du coeur pour que nous nous contentions d'une compassion de salon. Pour rajouter une louche à nos égoïsmes de nantis le même jour on présentait un sujet sur des seniors écossais vivant dans des résidences champêtres interdites aux enfants, pas aux chiens. Alors à ce rythme là où allons-nous ?  

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10 décembre 2006 7 10 /12 /décembre /2006 00:15

Ma sociologue de Pervenche, toujours en recherche d'une connexion avec le peuple, avait tâté du terrain en arpentant les fermes du canton de la Chapelle et elle avait commis un mémoire sur " le métayage ou la survivance du servage au profit des grands latifundiaires de la noblesse ". Cet opus touffu, gentiment orienté, avait bien évidemment comblé d'aise son comte de père qui comptait parmi les plus grands propriétaires foncier de la région et, à ce titre, présidait la section des bailleurs ruraux. Pour Pervenche, Joseph Potiron, qui l'avait guidé et conseillé pour ce travail, représentait l'image vivante de la pertinence de sa thèse. Depuis elle faisait partie de la famille Potiron. Comme le disait Joseph, avec un sourire, c'était une vraie famille, solide, où le patriarche, Donatien, soixante et onze ans, avait appris à ses sept enfants  " à ne pas être des valets ". Un dimanche, avant de nous rendre au manoir familial, nous avions fait un détour chez les Potiron pour trinquer. Ils rentraient de la messe. Connection immédiate, nous n'avions pas vu le temps passer et, ce jour-là, nous étions rentrés pompettes et les Anguerand de Tanguy du Coët avaient déjeuné froid. 


Dans ce pays, où la vigne voisine les vaches et des boisselées de blé, la cave est un lieu entre parenthèses. Au café, les joueurs d'aluette, se contentaient de baiser des fillettes, ce qui, dans le langage local, consiste à descendre petit verre après verre, des petites bouteilles d'un tiers de litre à gros culot, emplient de Gros Plant ou de Muscadet. Ils piccolaient. A la cave, le rituel était différent. Certes c'était aussi un lieu d'hommes mais le vin tiré directement de la barrique s'apparentait à une geste rituelle, c'était un soutien à la discussion. Dans la pénombre, le dimanche après-midi, tels des conspirateurs, les hommes déliaient leur langue. Ces peu diseux disaient; ils se disaient, ce qu'ils n'osaient dire à l'extérieur. Echappant à la chape qui pèse sur eux depuis des millénaires, ils se laissaient aller. Les maîtres et leurs régisseurs en prennaient pour leur grade, surtout ces derniers, supplétifs visqueux et hypocrites. Ces hommes durs et honnêtes se donnaient la main pour soustraire du grain à la part du maître. Le curé, lui aussi, recevait sa dose, en mots choisis, faut pas blasphémer. Pour lui taper sur le râble, ils raillaient leurs bonnes femmes, culs bénites, auxilliaires dévotes de leur servitude. Et quand le vin les y poussait un peu, les plus chauds, versaient dans leurs exploits de braguette.


Chez les Potiron, la JAC aidant, leur prosélytisme un peu naïf, ce tout est politique, avait bien du mal à briser la carapace de servitude affichée par beaucoup de ces hommes méfiants vis à vis de l'action collective. Alors le Joseph il donnait l'exemple, se surexposait, ne se contentant pas de récriminer dans le dos des maîtres. Syndicalement il leur tenait tête. Qui peut imaginer aujourd'hui que le Joseph s'était trimballé dans le patelin avec un drapeau rouge flottant sur son tracteur ? On l'avait traité de communiste, ce qu'il n'était pas. Comme dans l'Espagne de la guerre civile les bonnes âmes lui ont taillé un costard de quasi-violeur de bonnes soeurs. Pour l'heure, avec les deux Bernard, nous dressions des plans de mobilisation pour la grande manif du 24 mai où les paysans, allant au devant du mouvement populaire, investiraient la Centre ville pour poser un acte symbolique, rebaptiser la place Royale : place du Peuple.    

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9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 00:01

Mon attrition fut de courte durée, je sais si bien envelopper mes séismes intérieurs. Même si je ne voulais pas me l'avouer la révélation de Pervenche m'exonérait de rompre un lien qui, tôt ou tard, m'entraverait. Tout intuitif que je fusse je n'en restais pas moins un mec, c'est-à-dire un peu lâche sur les bords. Devant le restau U un maraîcher nous embarquait dans sa camionette, où la verdeur entêtante des bottes de poireaux, me donnait des envies de pot au feu. Pervenche se tortillait. Je lui caressai la nuque en la rassurant " te fais pas de souci, les lignes bougent, ça craque de partout, alors qui te dis que ta chérie, elle aussi, n'est pas prenable ? " Avec fougue elle me donnait un baiser de feu. Notre chauffeur d'occasion souriait en laissant pendre sa gitane maïs au coin de sa bouche mal dentée. Cette nuit-là nous dormîmes comme deux frère et soeur dans le grand lit des parents de Pervenche. Fuyant la populace les Anguerand de Tanguy du Coët s'étaient retirés dans leur manoir de Pontchâteau en confiant le soin aux domestiques de veiller tout à la fois sur leur extravagante fille unique et sur la sécurité de l'hôtel particulier de la place Mellinet.

Vers neuf heures du matin, enveloppé dans la robe de chambre à brandebourgs du comte, abandonnant Pervenche à ses rêves, je me transportai à l'office. On m'y accueilli avec une déférence teintée d'une forme non dissimulée de curiosité, surtout de la part des deux petites bonnes : Clotilde et Suzie. Elles frétillaient. La veille, en bon révolutionnaire de salon, je leur avais demandé de jeter au rebut leur tenue noire avec col blanc. Suzie, dont les charmes profitaient au comte, me gratifiait, en me versant mon café, d'une vue panoramique sur son opulente poitrine qui tendait un chemisier largement entrouvert. Clotilde, plus sage, même si sa jupe s'était nettement raccourcie, se contentait de boire mes paroles en me mangeant des yeux. Le maître d'hôtel, Robert, un grand pleutre, prototype du cireur de pompes, se voyait déjà prendre le relais du comte. Son regard, d'ordinaire fuyant, n'avait de cesse d'aller et venir sur la Suzie lorsqu'elle prenait des poses de star de stand de foire. Face à ce désordre, ce relâchement des moeurs, Ernestine la gouvernante, toujours tirée à quatre épingles, chignon impeccable, lèvres pincées, affichait un silence méprisant. J'étais le seul qui échappait à sa hautaine indifférence. L'intraitable attendait de savoir de quel côté le vent tournerait avant de s'embarquer sur un nouveau navire.

Tout allait si vite, en une poignée de jours je venais de basculer du statut de dandy dilettante, arpenteur de salons, à celui de meneur non encarté, sans base connue, d'un mouvement échevelé, dépourvu de cap et de stratégie. Et pourtant, ici, à Nantes, les spasmes des étudiants trouvaient un écho favorable chez les mecs qui se lèvent tôt le matin. Aux chantiers de Penhoët, à Nord-Aviation de Bouguenais, chez Say à la raffinerie de Chantenay, chez Saunier-Duval, et dans plein d'entreprises les salariés bougeaient. Ils se méfiaient de nous, de notre loghorée, de notre extrémisme gratuit. Dans les appareils syndicaux, des figures s'affrontaient : Hébert l'anarcho-syndicaliste de FO, son collègue Rocton trotskyste de Nord-Aviation, Louis Morice de la CFDT des employés des chantiers de l'Atlantique, un catho de gauche, Andrieu le Cégétiste hors appareil, un PSU... Ce bouillonnement touchait aussi, hors la ville, les paysans. Autour de Bernard Lambert, le tribun aux gitanes maïs, tombeur d'André Morice le maire de Nantes aux législatives de 58, le jeune Bernard Thareau, au regard bleu, visage d'ascète, empli d'une volonté farouche, et des moins connus tel Joseph Potiron de la Chapelle-sur-Erdre. Eux travaillaient sur les deux fronts. Ils étaient unitaires pour deux. On se réunissait beaucoup et j'en étais. J'en étais par hasard. Dans ma vie, le hasard, m'a toujours ouvert des fenêtres sur des mondes inconnus où je me suis jeté rien que pour voir. Celle-ci c'est ma Pervenche qui me l'avait ouverte.

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8 décembre 2006 5 08 /12 /décembre /2006 00:03

Qui se souvient de la " Nouvelle Ecole Socialiste " ? Pas grand monde, et pourtant c'est de ce creuset - qui au temps du fameux congrès de Rennes, se voulait l'aiguillon refondateur de la vraie gauche - que sont issus deux jeunes hommes qui ne s'aiment plus. Lors du grand pugilat de Rennes, où 7 motions s'affrontaient, la leur portait le n°4, et elle avait recueilli un tout petit 1,35% un peu mieux que la Lienemann qui elle avait un zéro avant la virgule : 0,6%. J'y étais et les deux garçons vibrionnaient. Leurs détracteurs les avaient affublés, en jouant de la phonétique de leur nom patronymique, de gentilles appellations : Gueule de Raie et Méchant Con. Plus sérieux, les analystes politiques, soulignaient qu'au-delà de leur réthorique gauchisante, la démarche de ces petites pousses réchauffées par le Château était opportuniste, sans principe et que, comme tout bon petit apparatchik, les deux compères recherchaient une place au sein de l'appareil du parti.

Le premier, ludion, rond, aux yeux rigolards derrière ses petites lunettes cerclées, a reçu l'onction du suffrage universel, il est député. Il porte la parole. Homme des arcanes et des rouages, il a mis son savoir-faire et sa rouerie au service de celle que les éléphants n'attendaient pas sur la première marche. Caramba, encore raté, a maugréé le second, toujours en pétard, jamais oint par le suffrage universel direct, sénateur par la volonté de l'appareil et de la proportionnelle, allié au vieux-jeune éléphant changeant avec le vent le Laurent. Sitôt le triomphe de la gazelle il a claqué la porte de la boutique, mauvais perdant. A peine sorti, le voilà qui offre sa stature au camp des candidats multiples pour une candidature unique. Un de plus avec José, Clémentine, Olivier, Marie-Georges et d'autres encore... Ce garçon estime, sans rire, qu'il se situe à la jonction des grandes plaques tectoniques de la vraie gauche. Rien que ça, et dire que ce type à été Ministre du temps de Yoyo et qu'il s'affublait du chapeau plat du père François, heureusement le ridicule ne tue pas...

Ces deux jeunes gens, issus du même terreau, purs produits des grands appareils verticaux, alliés hier, aux antipodes l'un de l'autre aujourd'hui, qu'avaient-ils donc en commun ? Réussir, tels deux jeunes cadres ambitieux, opportunistes et réalistes... Je ne sais pas et je ne les juge pas. Simplement, dans mon souvenir, étant un spectateur engagé au Congrès de Rennes, je les entends encore nous chanter leurs ritournelles pures et dures au nom de la " Nouvelle Ecole Socialiste " Mais comme chacun sait le nouveau vieillit vite... Plus sérieusement, trois professeurs de Sciences-Politiques de Paris et de Lyon, qui ont mené sur deux ans une enquête de fond auprès de plusieurs groupes d'électeurs, répondent à la question : " Que reprochent les français à leurs élus ? ":

- " L'hypocrisie, l'insincérité des politiques sont interprétées comme des conséquences du mécanisme électif : les élus veulent par définition plaire à leurs électeurs."
- Second ressort de cette prise de distance : le sentiment que les politiques " ne sont pas des gens comme nous. Ils sont perçus comme un groupe social spécifique, distinct de la communauté des citoyens. Ils font partie du monde des puissants, et surtout des nantis."

 

  

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