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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 00:09

 

 

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Dans le vocabulaire culinaire je préfère les abattis aux abats, c’est plus léger, ça sonne mieux. Ceux-ci, les abattis désignent chez les volailles, non seulement les organes comme chez les animaux de boucherie, mais une liste bien plus exotique : le gésier  5 sur le croquis (estomac), le cou, les ailerons, les crêtes de coq, les pattes… qui s’ajoutent au foie 9 sur le croquis, au cœur… Bref, tout ce qu’il faut pour ajouter à vos salades d’été une touche de fantaisie nourrissante qui, de plus, permet d’accorder le vin en général peu friand du caractère vinaigrée de cette verdure fatiguée (« Fatiguer la salade » j’adore cette expression, par ailleurs définie dans la Robert Culturel : comme étant l’action de « la remuer pour y mêler l’assaisonnement » (1845), tout d’abord parce que je la trouve bien plus belle que « mélanger sa salade » ou « touiller sa salade », mais surtout parce qu’elle transpire d’une chaude sensualité. Voir chronique link


Du côté de la salade je vous recommande tout particulièrement la frisée et le pissenlit qui,par leur croquant et leur côté acidulé, se prêtent excellemment au mariage avec les abattis de volailles : gésiers et foies tout particulièrement.


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Deux recettes :


-         Foies sautés au raisin et avec un vin à bulles


Faire revenir vivement les foies de volailles dans l’huile jusqu’à ce qu’ils soient cuits à point. Réservez-les. Ajoutez une noix de beurre salé dans la poêle et faites suer vos échalotes ciselées. Versez votre vin à bulles (celui de votre choix), faites-le réduire de moitié, ajouter du jus de viande et faites réduire quelques minutes à feu vif . Complétez avec des grains de raisin frais, le mascarpone et la crème fraîche (qui n’est pas indispensable). Ajoutez les foies et servez chaud avec la salade assaisonnée si possible avec une belle huile non raffinée et du vinaigre balsamique, du vrai, ou de Banyuls.


-         Salade de gésiers aux œufs durs


Pour les gésiers utilisez ceux de poulet ou de pintade qui sont plus faciles à préparer. Faites les inciser, pour enlever la membrane intérieure, et nettoyer par votre volailler. La cuisson des gésiers au bouillon est assez longue car c’est un muscle coriace.  Lorsqu’ils sont cuits vous les émincez pour les mélanger avec les œufs durs hachés et des oignons ciselés. Au choix, une sauce moutardée ou classique, c’est selon votre humeur et le goût de vos invités. Là aussi vous pouvez ajouter des grains de raisin frais.


Un conseil de cuisinier amateur avant de parler vin, lorsque vous faites cuire une volaille au four ou à la broche, remplissez-là de foies achetez chez votre volailler. Vous les récupérez une fois la bestiole cuite. Ils pourront vous servir pour confectionner des plats simples avec par exemple des pommes de terre cuite en robe des champs : un peu de vinaigre balsamique, des herbes aromatiques, sel, poivre et pourquoi un filet du jus de cuisson de votre volaille : un plaisir simple…

 

Pour le vin tout est possible mais je suis ici délibérément rouge, surtout pas de rosé, et là la palette des vins friands, qui désoiffent sans pour autant être sans caractère, du fruit, du fruit, du fruit mais du vrai en ligne directe avec le raisin, sans artifice améliorateur, exhausteur de saveur… un peu de nature ça me va et vous pouvez aussi vous adresser à Eva elle top sur la quille coquine. Moi je m’en tiens à mes deux derniers choix :


-         Poignée de raisins link

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-         Tandem link

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 00:09

Si ce matin vous voulez bien mettre vos yeux dans mes lignes vous allez découvrir une drôle d’histoire, qui n’est pas forcément une histoire drôle, une histoire qui, en dépit d’une appropriation abusive par les Jhiras : les habitants Saint-Gilles Croix de Vie, autre port de pêche de la côte vendéenne, s’est déroulée à deux pas de chez, moi disons quelques kilomètres à vélo, sur la plage de la Parée à Brétignolles-sur-Mer, plus exactement au lieu-dit le « Trait Neù » selon Joseph Papin historien local brétignollais.


À mon grand désespoir j’ignorais tout de cette histoire. Alors comment l’ai-je découverte ? Par le plus grand des hasards mais aussi grâce à ma manie de draguer les livres dans les bonnes librairies. Le samedi où, rentrant de ma montée à Marx Dormoy  je suis passé rue des Écoles, tout près de la Sorbonne  et du Collège de France, à la librairie Compagnie 58 rue des écoles 75005 www.librairiee-compagnie.fr . Au sous-sol de cette librairie il y a le Saint des saints de la production intellectuelle. Il y règne une atmosphère monacale, seuls les initiés s’y risquent et sur les tables présentoirs sont couchés des lourdes sommes fruit d’années de labeur intense de philosophes, linguistes, historiens, psychanalystes, scientifiques, sociologues, anthropologues… bref que du beau monde qui ne se laisse pas aller à l’affriolant. Les jaquettes sont sobres, le sérieux est de mise, loin des paillettes de la production pour lecteurs de plage.


Sauf que samedi à la vue de ceci (ci-dessous) j’ai failli tomber à la renverse. Et pourtant l’opus de 300 pages publié aux éditions errance  www.editions-errance.fr 27€ était signé par un très sérieux directeur de recherche au CNRS Jean-Loïc Le Quellec.


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Passé ma stupéfaction je me suis bien sûr rué sur l’ouvrage pour en découvrir le contenu. Et là je tombe sur le premier titre VERSIONS VENDÉENNES et je n’en crois pas mes yeux « Les marins de la Chaume, grands amateurs de sobriquet, affublent volontiers les Jhiras ou habitants de Saint-Gilles (officiellement Gillo-Cruciens !) du surnom de « Buveurs d’eau-de-vie de singe ».


Mais c’est chez moi ça ! Je suis tout excité : quelle histoire ! Mais de quoi s’agit-il au juste ? L’auteur y répond de suite : les faits suivants se seraient déroulés durant l'hiver 1904. « Une barrique fut trouvée sur la plage de Saint-Gilles, roulée là par le flot, suite probable de quelque fortune de mer. On s’aperçut alors qu’elle contenait de l’eau-de-vie, gnole jugée excellente par nos inventeurs lesquels, aidés de quelques collègues, eurent rapidement vidé la barrique de son contenu liquide ; il s’avère alors qu’elle renfermait atre chose. Nos compères quelque peu titubants parvinrent à coups de hache à défoncer les douelles et nos Giras virent alors le singe… conservé dans l’eau-de-vie par quelque naturaliste d’alors… » Mornet 1989.


Mais cette histoire se décline sous  de multiples versions où le lieu varie : Saint Gilles ou Brétignolles, ceux qui ont trouvé le tonneau, la façon dont fut découvert le fameux singe, la nature du singe lui-même : jeune chimpanzé ou Orang-Outang…  Notre chercheur cherche et livre tous les récits avec de légitimes interrogations. Mais l’histoire semble véridique car selon Dominique Lambert, dans un écrit datant de 1987 « des personnes de Saint-Gilles ayant eu vent de l’histoire, dont M.Boutain, photographe, viennent chercher le singe et, avec la complicité de marins et d’un autre fût (probablement) font des photos qui illustreront l’histoire, en collection de cartes postales. Le singe a été exposé de nombreuses années chez M.Boutain, et à la devanture d’une pharmacie de la rue principale de Croix-de-Vie, non loin du pont, après le magasin Grasset. Ce singe venait, paraît-il de Sumatra, et était destiné à un musée. »


La version brétignollaise diffère bien sûr mais elle confirme l’exposition du singe « La déclaration de cette trouvaille fut faite à l’administration maritime de Saint-Gilles. Le singe fut transporté à Croix-de-Vie chez les frères Boutain. Ceux-ci  firent naturaliser et il fut exposé de nombreuses années dans leur magasin « Au Bazar de la tentation », près de la gare. » Je vous passe les détails de la guéguerre entre Roger Artaud, conseiller régional et maire de Brétignolles et M. Rousseau maire de Saint Gilles pour récupérer le dit singe qui selon Véronique Poingt responsable des Archives de la mairie de Saint-Gilles avait bien été acquis et exposé dans la salle des Archives où l’auteur l’a photographié en 1990.


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L’histoire pourrait en rester là si l’origine de ce fameux singe, un naufrage sur la côte vendéenne d’un navire en provenance de Sumatra, on n’en trouvait aucune trace dans les archives de l’administration maritime. Alors notre chercheur tenace va continuer de chercher et s’apercevoir que l’histoire du singe dans son tonneau d’eau-de-vie se délocalise à Longeville, à saint Martin de Brem, à Sainte Marie en Ré, en Bretagne en pays pagan, en Normandie, et surprise on le retrouve dans un ouvrage d’Henri Vincenot publié en 1975 sur la base d’un récit collecté dans le milieu des cheminots de Dijon.


C’est beau comme du Vincenot « par le terrible hiver de 186, un chef de train eut à loger dans son fourgon un colis énorme, assez long, fort lourd, et dans lequel, au cours de la manipulation, les wagonniers et les serre-freins crurent entendre des glougloutements caractéristiques : le colis contenait du liquide et, aux dires des connaisseurs qu'ils étaient tous, ce liquide était de l’alcool. Et même un alcool de haut degré. Grelottant dans son fourgon, le chef de train caressait ce curieux paquet du regard. A la fin, il n’y tint plus : écartant délicatement les toiles d’emballage, il s’aperçut que le colis était constitué par un récipient oblong, en boissellerie. Une sorte de tonneau, long et étroit. L’envoi était fait de Java. Oui, Java, dans les îles de la Sonde. Et le destinataire était le Professeur P… du collège de France. Pas de doute : ce tonneau contenait un alcool rare envoyé au Professeur par un de ses riches admirateurs. Le chef de train joua du vilebrequin et, ô merveille, le liquide qui s’échappa était bel et bien de l’alcool, un alcool ambré,  de goût très fin et très particulier. Le brave chef de train pensa immédiatement à la joie de ses coéquipiers, lorsqu’il leur offrirait cette merveille, ce délicieux breuvage exotique qu’il tint à goûter lui-même, plusieurs fois afin d’identifier si possible ce parfum très subtil et très are qui faisait le charme de cet alcool de luxe. Le train fut garé quelque part pour laisser passer un train express, et le chef de trin en profita pour convoquer ses serre-freins à la dégustation. A sept, on se contenta sagement de boire deux litres de breuvage javanais. On remit la cheville, très sagement, et le train express passé, on reprit la route, réchauffés, la bouche embaumée par ce liquide dont aucun n’avait pu identifier le bouquet.


A la gare destinatrice, tout le monde « donna la main » pour aider à décharger le précieux tonneau, et ces braves gens furent heureux de trouver là, sur le quai de déchargement, le Professeur P… lui-même, informé par télégraphe de l’arrivée de son précieux nectar. Le Professeur, un petit barbichu à lunettes, exigea que le colis fût ouvert afin, dit-il, de voir si la « pièce » n’avait pas été détériorée en cours de transport, et formuler éventuellement des réserves. On ouvrit donc précautionneusement ce curieux récipient, et les hommes virent alors, recroquevillé dans de l’alcool, le cadavre d’un grand singe de Bornéo que le Professeur contemplait avec ravissement, alors que les serre-freins et le chef de train devenaient verts et étaient pris de coliques rétrospectives. »


Oui j’avais omis de signaler que dans toutes les versions nos francs buveurs d’où qu’ils soient lorsqu’ils découvraient la réalité de la fonction de leur breuvage se vidaient, dégobillaient et même dans une version « certains seraient même morts sous le choc de l’horrible découverte. »


Fort bien, Vincenot en bon bourguignon avait la plume bien chantournée mais cette histoire de singe dans son tonneau d’alcool échoué sur une plage de Vendée est-elle un mythe ou une réalité ? Notre chercheur, ayant en bon écrivain maintenu le suspens, répond.


Dans un des États des Naufrages et Épaves déclarés dans les ports du sous-arrondissement de Saint Gilles Croix-de-Vie, du 7 juin 1899 au 4 novembre 1917  on y apprend que Monsieur arnaud, « garde-Côte à Brétignollles » récupéra «  à la côte de Brétignolles », le 27 décembre 1911, « une barrique contenant un cadavre de singe en assez bon état de conservation, sans marque extérieure ». l’ensemble fut mis en vente le 17 janvier 1912, permettant un produit brut de 40 francs (et net de 24,58 francs), dont le versement à la caisse des gens de mer porte le numéro de remise 1026.


Le Publicateur de la Vendée du 5 janvier 1911 indique « Saint Gilles-sur-Vie, Singulière trouvaille. La semaine dernière, il a été trouvé sur la côte de Brétignolles, un fût paraissant avoir contenu du vin ; or, les pêcheurs ayant constaté qu’il y avait, à la secousse, un bruit qui ne pouvait être produit par du liquide, défoncèrent le fût et y trouvèrent le corps d’un énorme singe. Cette pièce provenait certainement d’un navire sombré au large. » 

            

L’honneur des Brétignollais est sauf, c’est bien chez eux que le fameux tonneau fut découvert mais il reste que la taille du singe ne correspond pas à celui exposé à Saint Gilles et que le Journal des Sables du 14 janvier 1912 donnait une autre version (des pêcheurs de saint Marin de Brem mais la plage de la Parée est si proche que ça n’ a guère d’importance…) mais concluait « les malicieux disent que les pêcheurs, à qui l’eau-de-vie dans laquelle avait séjourné l’homme des bois (un orang-outang selon le rédacteur) avait paru si savoureuse, furent pris d’un tel dégoût qu’ils la rendirent plus vite qu’ils ne l’avaient absorbée… »


Fermez le ban ! Oui comme le souligne la quatrième de couverture « Le Quellec nous entraîne dans une étonnante enquête… » et que la lecture de son texte « où l’érudition, souvent pimentée d’humour, est au service d’une recherche passionnante, vous captivera. » Si tous les ouvrages érudits étaient de ce tonneau ils se placeraient facilement dans la catégorie des best-sellers de l’été en lieu et place des pavés insipides de Marc Lévy…


Si ça vous dit allez acheter « Alcool  de Singe et Liqueur de Vipère » Légendes urbaines de Jean-Loïc Le Quellec aux éditions errance 27€ vous ne serez pas déçus du voyage…

 

Ci-dessous la plaque émaillée photographiée aux Puces d'Ajaccio dimanche dernier : le Taulier a du nez pour dégoter des trucs qui collent a ses chroniques : même les italiens s'y mettent pour lui faire plaisir...

 

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 00:09

Le campagnard, le gars qui parlait fort dans le métro pendant le salon de l’agriculture, le plouc, le péquenot, le bouseux, est une espèce en voie de disparition tout comme la campagne d’ailleurs. Il a laissé la place au rural grand fourre-tout qui accueille les derniers paysans, quelques natifs du cru et bien sûr, plus on va vers le Sud, le soleil quoi, tout une palanquée de résidents secondaires, retraités ou voisins du gros patelin d’à côté. En parodiant Jean Ferrat je dirais « que la campagne est belle… » depuis qu’il n’y a presque plus de paysans… J’exagère sans doute mais, à la réflexion, je mets le doigt sur la contradiction la plus forte des habitants des villes, les urbains, face à ceux des champs, les ruraux dans lequel se nichent ces rares paysans dont les vaches pètent la couche d’ozone, les cochons puent, les tracteurs pétaradent à pas d’heures et qui passent leur temps sur M6 à chercher des fiancées car « l’amour est dans le pré » dit-on.


Les paysans, les urbains les aiment dans un monde fantasmé, rêvé, joyeux mélange d’images d’Epinal, de regrets, qui trouve sa quintessence dans la grande ferme du salon de l’Agriculture avec ses animaux bien brossés, choyés, bêtes à concours. Idylle contrariée, surtout du côté des écolos, par toutes les saloperies qu’ils foutent dans la nature qu’ils ont déjà bousillée en arrachant les haies pour que leurs gros engins aillent plus vite. Bon, ça n’empêche pas les résidents secondaires de bourrer leur coffre de victuailles ramassées chez Lidl ou Leclerc, normal ça coûte moins cher. Bien sûr j’évite de parler du sujet qui fâche le plus bobonne : ce putain de coq qui chante dès le lever du soleil. Bref, l’amour est certes dans le pré mais vaudrait mieux que les vaches aillent ruminer ailleurs.


Tout ça vient de loin bien sûr car chez nous « la Terre ne ment pas » mais elle a beaucoup servi aux hérauts de notre belle et intelligente droite qui aime tant les paysans, ces campagnards qui savent si bien voter avec leurs sabots. Pour preuve, ce que mettaient en avant, pour promouvoir la « campagne », au début des années 70, un groupe parlementaire rassemblant 180 députés UDR et Républicains Indépendants (le GEPAR) emmené par son fringant président, l’ondoyant Jean-Pierre Soisson bas-bourguignon d’occasion et menteur comme un arracheur de dents. Lors de leur première journée nationale le 11 avril 1972, sans doute avec force de Chablis qui est le lait de Jean-Pierre, le député-maire d’Auxerre explicitait leur programme.


L’objectif était de « faire prendre conscience au pays avant qu’il ne soit trop tard de la chance que constitue son retard en matière d’industrialisation et d’urbanisation pour proposer un type de société original. » En clair, ces aménageurs, nous sommes avec notre palanquée de grands Ingénieurs des Ponts, des Mines, du Génie Rural un peuple d’aménageurs, veulent bâtir une politique ambitieuse de la campagne destinée à défier « une modernité d’aujourd’hui (1972) qui engendre l’abstraction et l’uniformité ». Ils se veulent le contrepoids de la civilisation industrielle afin de contenir « une industrialisation qui s’effectuerait au détriment de la vraie nature de la France. »


Le mot est la lâché : la vraie France c’est la France verte des vaches, cochons, couvée, revivifiée. C’est la France contrepoids salutaire de la France grisâtre des ZUP où s’entassent pêle-mêle des populations émigrées de l’intérieur et de plus en plus de l’extérieur via nos anciennes colonies. Renault manque de bras, mais Renault est à l’Ile Seguin aux portes de Paris et Citroën après avoir quitté le quai de Javel dans le XVe monte ses bagnoles à Aulnay-sous-Bois dont les bois ne sont plus qu’un souvenir. Des usines à la campagne donc… loin des banlieues rouges… des usines dans les prés avec des ouvriers-paysans comme à l’usine Citroën de Rennes. Ces chantres de la campagne bénéficiaient du climat particulier qui régnait autour de Georges Pompidou, homme de Montboudif dans le Cantal, avec Pierre Juillet, Jacques Chirac… Le Cantal, la Creuse, la Corrèze deviennent les références d’une France qui doit y ressourcer ses valeurs.


Pierre Juillet, le campagnard du Limousin, confiait à Alain Peyrefitte : » Alors que tout bouge autour de nous, l’essentiel est de garder notre équilibre, d’éviter les écueils et de ne pas sombrer ! Dans le tourbillon des découvertes, des innovations technologiques, des échanges internationaux, ce qui importe au contraire, c’est de rester soi-même au milieu du changement qui s’accomplit de toute façon, que nous le voulions ou non ! C’est de préserver nos valeurs fondamentales ! »


Les valeurs fondamentales de notre vieux pays se trouvent dans le noyau dur d’une France provinciale qui allie les idées des radicaux et une forme de poujadisme latent : il y a du Juillet dans Guaino ! Henri de Gastines, prototype du hobereau paysan de l’Ouest, décrit bien le ressort profond du crypto-agrarisme de la République pompidolienne. « Il était né (Pierre Juillet) dans ce milieu, son père était gendarme, son frère est devenu préfet. C’étaient des gens qui avaient du tempérament et qui étaient très enracinés. C’était l’époque où les instituteurs jouaient un très grand rôle dans la nation, où ils étaient officiers de réserve, où ils étaient très patriotes et en même temps ils avaient été nourris aux mamelles de la paysannerie, sur le terrain, sachant ce qu’était la vie dure des paysans. Il était imprégné de tout cela, c’était vraiment cela le fondement de son raisonnement. »



Dit par Chirac Ministre de l’Agriculture, le 7 novembre 1973,ça donne ça : « Nous vivons dans un monde qui évolue très rapidement, marqué par une certaine agitation due au développement de processus dont nous contrôlons pas très exactement les conséquences, qu’il s’agisse du progrès technique, de la concentration de la population, de la pollution, de la destruction des milieux naturels, de l’urbanisation. Ces processus ont tendance, si l’on n’y prend pas garde, à remettre en cause non seulement les éléments temporels de notre civilisation mais aussi, on s’en aperçoit depuis quelques années, les fondements mêmes sur lesquels sont assises nos civilisations et l’organisation de nos sociétés. Quel que soit le sens qu’on donne à ces valeurs traditionnelles qui ont toujours marqué les sociétés organisées, par opposition aux sociétés d’anarchie, il faut remarquer que le monde rural est le seul, par a nature, à être capable de puiser dans son travail un certain sens de l’harmonie de la vie. Nous ne devons jamais l’oublier. »


Reste que dans la compétition internationale qui s’ouvrait avec l’amplification du démantèlement des barrières douanières (GAAT) et de la mise en œuvre des fameuses politiques agricoles commune du Marché Commun, c’est l’agriculture productiviste et le paysan-entrepreneur qui vont triompher. Le génie de Chirac fut de montrer de l’empathie pour les oubliés de la PAC tout en défendant mordicus les grandes cultures. La gauche de Mitterrand fut incapable de sortir du piège tendu par la FNSEA, sauf en viticulture où cette maison n’avait aucune prise. Quand à Sarkozy ce monde lui est totalement étranger c’est enfant de la ville et il s’est planté en dépit de son forcing final pour brosser les paysans dans le sens du poil. Reste notre PNR qui renoue avec la tradition corrézienne, revendiquant sa filiation avec le petit père Queuille, aura-t-il ou souhaitera-t-il aller au-delà d’un ruralisme mou ? Je ne sais, mais les intentions affichées du Ministère d’être à la fois celui des agriculteurs et celui de l’agro-alimentaire exige bien plus que des bonnes paroles ou des incantations de redressement industriel, c’est l’acceptation de la réalité et sa prise en compte qui accoucheront d’une campagne vivante.


Mon petit voyage depuis plus d’une année dans les plis et les replis de la France du lait, celle des producteurs du Grand Sud-Ouest, de la Normandie, du Forez et d’ailleurs et des grandes entreprises privées et coopératives qui transforment et vendent des produits laitiers, m’ont appris une chose : si le Ministère de l’Agriculture veut faire la preuve de son utilité il se doit de réinvestir le terrain, là où tout se noue, de cesser de croire que tout se joue dans les négociations communautaires, de se transformer en seul gestionnaire de primes européennes diverses et variées, d’oublier que dans les années qui viennent le sourcing va plus encore qu’aujourd’hui la clé du devenir de ces espaces ruraux dont on ne parle que dans les discours mais qui sont abandonnés à la seule loi du marché. C’est un travail de fourmi, de mise en relations, d’accouchement de groupes régionaux viables, se contenter de jouer les mauvais pompiers, comme dans le dossier Doux où ce cher Charles fait restructurer sa dette au détriment des éleveurs et des salariés, c’est à terme négliger l’essentiel : l’anticipation des grandes évolutions…

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 00:09

Dans les eaux tièdes de la baie de Tiuccia des bans de barracudas indolents guettent le Taulier en se pourléchant leurs petits crocs affutés. Que fait-il là cet intrus avec son masque et ses palmes ? Mais les gros oblades aux écailles argentées, d’apparence si paisible, qui eux aussi en bans serrés vont et viennent autour du taulier entubé qui se prend pour un mérou, le trouvent parfois bien encombrant.

 

Cette parabole des jeunes aux dents longues et des vieux, grisonnant et un peu rond du bidon, vaut pour le Taulier en congepés réponse aux quelques-uns qui, débarquant sur son espace de liberté, avec leurs petites grolles modernes accueillant leurs chevilles enflées ou leurs gros sabots de gens à qui on ne la fait car ils connaissent tout du vin, et qui n’aiment pas que le vieux mérou se rebiffe parce qu'ils viennent lui chercher des poux sur la tête. Charbonnier est maître chez soi, la gratuité, la liberté d’accès ne vaut pas sésame pour le sans gêne.

 

La blogosphère du vin est, sans jeu de mots, un océan rouge où l’on se bouscule pour se faire une place. Normal, ainsi va la vie d’un écosystème. Pour autant, les nouveaux entrants imberbes ou les vieilles barbes qui se pointent aussi, doivent savoir que c’est dur de durer et que si, de temps à autre, le vieux mérou les remet en place ce n’est pas parce qu’ils prennent sa place mais que très franchement leur intrusion le gonfle. Ça me rappelle une vieille histoire que l’on se racontait en Vendée. Elle est toute bête : un couple qui n’en finissait pas de s’incruster chez des gens, un soir à la veillée, a vu soudain l’hôte se lever et dire à sa femme « Viens, y’allons nous en aller je pense que nous dérangeons… »


C’est clair !


Oui j’ai la grosse tête : j’ai des opinions sur tout et rien, plutôt sur rien que sur tout d’ailleurs, mais nul n’est obligé de me lire alors de grâce que l’on m’épargne de prise à témoin du genre : voyez comme ce type est impossible ! Oui je suis impossible, je me la pète grave mais ça me va bien au teint, je me porte bien mais je me soigne : la preuve ci-dessous sur le divan. Le vieux mérou veut tout ce que l’on veut sauf que l’on vienne se draper dans une dignité outragée par son mauvais caractère. La maison est grande ouverte, les commentaires sont libres mais lorsque je ne suis pas content je le dis. Rien à traire des barracudas ou des oblades qui ont la peau fragile ou la couenne sensible.

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Les dessins sont d’UNTER et les scénario de WANDRILLE et sont tirés de PSYCHANALYSE du Héros de Cartoon éditions Vraoum www.vraoum.eu 5€


Avant de vous quitter sachez que les chroniques des 3 semaines à venir sont en boîte, pendant ce temps-là je bullerai, je me contenterai de provoquer les barracudas et les oblades avec mon tuba et mes palmes, je lirai, je me baladerai, je jetterai un coup d’œil à mes vaches, mes pensées seront ailleurs mais je ne vous direz pas où bien sûr, il m’arrivera même de réfléchir, de boire aussi et que ça ne vous empêche pas de commenter (quand les commentaires sont ouverts, ce qui n’est pas le cas pour le Grand Jeu de Piste Normal de l’été…)


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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 00:09

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Tirer le portrait d’Olivier Dauga me turlupinait depuis que nous nous étions croisés à Vinexpo en 2009 link J’avais écrit ce jour-là « Olivier Dauga, né dans les vignes, sa carrure de rugbyman, ses lunettes, ses santiags, un style qui décoiffe l’establishment bordelais, une philosophie fondée sur l’harmonie entre terroir, raisin et la personnalité du propriétaire, une conception de l’environnement du produit résolument moderne pour toucher le consommateur, un vision très haute-couture par le sens du détail, une passion de l’excellence, des aphorismes percutants « la plus grande bouteille est celle qui se boit. » Mais la roue tourne, chacun suit son chemin, on se recroise de temps à autre sans prendre le temps de s’arrêter pour aller au-delà des clichés aussi réducteurs que commodes. En effet, s’en tenir aux chemises à fleurs d’Olivier, à ses grôles, à sa dégaine de 2de ligne et à ses aphorismes un peu provocateurs c’est tout bêtement passer à côté du bonhomme. Bon, pour certains de ses confrères passer à côté de leur personnalité n’est pas un problème car en fait ils sont tellement engoncés dans l’image qu’ils se sont fabriqués que dessous ça sonne le creux. En dehors du vin, point de salut, c’est le toujours plus, une course effrénée à la notoriété dont a bien du mal à saisir la finalité.


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Olivier s’affiche, s’expose, au risque de se surexposer mais ça n’est pas qu’un jeu il y a sous le faiseur de vin affiché un gars qui a du cœur et un réel amour de la terre. Fort de cette intuition, et mes copines attesteront que j’en suis bien doté, il ne me restait plus qu’à soumettre Olivier, non pas à mes questions mais au plaisir d’une vraie conversation à bâtons rompus autour d’une table, fourchettes et couteaux, verres bien emplis qui délient l’esprit. Rendez-vous pris sur les hauteurs de Paris, du côté d’Abbesses un midi pour déjeuner. Je rejoins Olivier et nous marchons sur les pavés disjoints d’une de ces petites rues de la Butte qui mènent à la rue Lepic, tout en haut, au-dessus du Moulin de la Galette où Antoine Westermann vient d’ouvrir Coq’rico. Nous bavardons et tout à coup je me viande lourdement, mon pied droit ayant glissé sur un pavé. Olivier, en bon deuxième ligne, s’en veut de n’avoir pu me rattraper afin d’éviter ma chute, par ailleurs sans gravité. Ça c’est Olivier, l’esprit d’équipe, le bon geste, la solidarité. Arrivé à Coq’rico nous nous installons à la table d’hôte tout au fond, à un bout, à l’autre un couple déjà installé. Commande d’un poulet de Challans, des œufs en entrée et une bouteille de côte roannaise proposée par Olivier. Le décor est planté et nous sommes idéalement en situation de tenir une vraie conversation.


J’ai pris, une fois n’est pas coutume, des notes afin de ne pas me planter mais, comme ça fait quelques mois de ça, elles me paraissent bien maigres sans liens. Peu importe, plus que le détail des paroles c’est la musique qui compte et d'elle je me souviens bien. Ce qui me frappe tout d’abord c’est qu’Olivier est certes né dans un milieu viticole, Vérac le château du Pontet, mais son père est membre de l’UNCAC, l’Union Nationale des Coopératives d’Approvisionnement et de Céréales, la coopération, le mutualisme, il relance le bœuf de Bazas. Avec Olivier il est facile de parler d’autre chose que du vin, sa culture est aussi agricole. Même que nous abordons un instant ma mission laitière, le monde est petit pour ceux qui veulent bien ouvrir portes et fenêtres. Le père d’Olivier créera aussi Sol Dive, une belle marque de melon. Bien sûr Olivier s’intéresse au vin, tout comme Michel Rolland, il passe par le lycée agricole de Saintes l’Oisellerie mais comme il le dit c’est le temps de l’insouciance, Cognac, Martell, il joue au rugby, rejoint le Bataillon de Joinville pour faire son service militaire, y côtoie, Gérard Bertrand, Aubin Hueber, Olivier Roumat. Une autre époque, un temps où l’on forgeait des jeunes hommes dans des principes qu’on a aujourd’hui trop tendance à railler. Olivier rejoint le SBUC à Bordeaux. Sans doute ne suis-je pas exhaustif et ma chronologie est un peu ollé, ollé, mais il y a un temps pour tout et celui-ci pour Olivier lui permet aujourd’hui, permettez-moi l’image, d’émerger de la mêlée avec une belle part d’humanité, d’épaisseur humaine qui allie le goût de la compétition avec une forme de respect de l’environnement humain.


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Ensuite, et là je me perds dans le bazar de mes notes, autrefois les grands reporters étaient équipés des merveilleux Nagra, mais Olivier me confie, et j’aime la formule « Le Médoc était à cette époque-là un truc invisible… » Et puis Alfred Minot (je ne sais plus qui c’est) envoie des gars à Sociando-Mallet et c’est la rencontre avec Jean Gautreau. Olivier découvre un homme hors normes doté d’un sens du détail exceptionnel qui se donne les moyens de sa politique : grâce à lui il sort de sa culture familiale, ouvre grande ses élytres, engrange de l’expérience, une école d’humilité. Ensuite la direction technique de la Tour Carnet. C’est la rude école où sa combativité est mise à l’épreuve et comme il me le confie en 96 il sort la tête hors de l’eau, il lève le nez au-dessus du guidon et, sans aucun doute, dans sa tête un grand désir d’indépendance s’installe. Son passage chez Jean Guyon, à Roland de By et haut Condissat, où Olivier accomplit le dernier pas de son parcours : il apprend au côté d’un homme qui n’est pas du sérail : le faire-savoir, il ne suffit pas de faire du vin il faut vendre des bouteilles.


Enfin, le grand saut, la question s’installer, oui mais le coût du foncier est un facteur limitant. Alors, à l’image des Michel Rolland, Stéphane Derenoncourt, du professeur Dubourdieu et d’autres : devenir consultant. 2 ou 3 clients au départ, le bouche à oreille, tenter d’apporter autre chose, de ne pas se substituer  au propriétaire, garder son caractère entier et indépendant… Alors ne pas s’en tenir à la place de Bordeaux, voir ailleurs dans les vignobles proches : la Navarre en Espagne ou plus lointain : le choc de l’Australie avec ses autres méthodes, son approche du vin entièrement tournée vers la recherche de nouveaux consommateurs. La Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud sont des pays de consultants, alors s’y établir. Le chemin des hommes est rarement rectiligne, il est pavé d’hésitations, d’enthousiasmes ou parfois d’impasses. Qu’importe l’important c’est d’avancer vers le but qu’on s’est fixé. En 2003, avec sa compagne Cathy Olivier se pose les termes de l’alternative de tout jeune entrepreneur qui a atteint une certaine notoriété : se développer ou en rester à une forme de cousu-main ? C’est la deuxième voie qui est choisie avec des relations privilégiées avec les vignerons. Ne pas se mettre en avant, bien identifier son vignoble, son potentiel, le faire s’exprimer. Dit comme ça, tout paraît  simple, banal, mais n’est-ce pas là le lot de toute activité humaine, ce que fait la main qui n’est en rien de la pure mécanique mais l’expression la plus aboutie de la pensée.


D’autres chantiers sont en cours tels le suivi des vins de la Cave en ville de Monoprix, la Cuvée Mythique du Val  d’Orbieu… mais ça sera pour une autre fois car chacun d’eux requiert de ma part une attention particulière car nous sommes dans le domaine des vins du plus grande nombre, ceux que mes chers confrères confinent dans la zone grise, celle qui n’est pas intelligible à leur haute compétence, tous ces vins de monsieur et madame tout le monde qu’au fond ils méprisent absolument. Le temps passe si vite lorsqu’il est empli d’une conversation suivie et j’ai tout juste le temps d’amener Olivier à des confidences qui paraîtront à certains hautement futiles mais qui dans la trame qui compose la personnalité sont tout autant révélatrices que la hauteur du CV. Olivier aime les tissus, leur texture, leur toucher, c’est un tactile et comme en toute chose, la beauté de la matière, sa densité, son origine, son mode de fabrication, est à la base de tout. Cette animalité, cette sensualité que je partage avec Olivier, ôte à l’intellect pur, sa froideur, son inhumanité. Le contact est essentiel, il donne aux gestes comme aux mots leur chaleur, leur densité, leur force. Le faiseur de vin est tout entier dans cette sensibilité, cette simplicité, ce faire qui manque si souvent à celles et ceux qui se contentent de refaire le monde sur leur canapé ou sur les lignes de leur science.


Si j’avais encore du temps, nous aborderions un sujet cher à Olivier : la Ford Mustang dont j’ai  évoqué le mythe récemment à propos d’un film culte Bullitt  avec Steve Mac Queen et une poursuite extraordinaire dans les rues de San Francisco link   Un de mes lecteurs vigneron à écrit en commentaire : « La poursuite de Bullitt est un monument: on attache la ceinture, et pas une goutte de sueur avec le col roulé. La classe jusqu'au bout, il évite le motard et  j'ai l'impression que SM Queen semble vérifier qu'il peut repartir.

Et les rapports de vitesse sont beaux comme des doubles débrayages... »

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 00:09

Comme c’est étrange, alors que je venais de passer devant l’épicerie du 56 rue des Trois Frères, qui a servi de cadre à Amélie Poulain,Djamel Debbouze incarnait avec un naturel désarmant Lucien qui subit stoïquement les vexations continuelles que lui fait subir son patron M. Colignon incarné par Urbain Cancelier. Lieu devenu culte, tout comme le café des 2 Moulins, rue Lepic, où Amélie est engagée comme serveuse, pour les peuplades qui envahissent la butte Montmartre, et que je redescendais vers la rue des Abbesses pour accomplir le devoir de tout chroniqueur : dénicher une nouvelle idée, force était de constater que le quartier continuait de se boboïser : boutiques de fringues de luxe, un café proposant de la bouffe Newyorkaise, des restos chics et tocs…


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Comme les terrasses des café, qui bordent la rue des Abbesses sur son flanc droit lorsqu’on la remonte en direction de la place, étaient empli d’un ramassis de touristes en tenue de touristes et de pseudo-intellos reconnaissables à leur négligé crade étudié, je décidais d’aller explorer l’antre de la cave des Abbesses qui a gardé son enseigne dépenaillée. Mon premier tour de piste me laissait sur ma soif, rien de très original mais je persistais. Bien m’en pris car, tout au fond, en haut d’un rayonnage bien peu affriolant je découvrais Tandem. Nouvelle référence cinématographique de l’errance de deux paumés : Jean Rochefort et Gérard Jugnot dans une parodie grinçante du Jeu des Milles Francs, le pauvre Lucien Jeunesse, paix à son âme, n’avait guère apprécié le film de Patrice Leconte.


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La floraison d’étiquettes, plus ou moins racoleuses, destinées à choper l’attention des bobos toujours en quête de différenciation, me gonfle un peu. Celle de Tandem était gentiment naïve mais ce qui m’intriguait c’était le palmier. Alors j’ai levé le nez pour lire le petit carton accolé en haut du casier où était exposé Tandem. J’y lisais : vin du Maroc, tiens pas fréquent chez nos cavistes peu adeptes du Boulaouane. Mais ce n’était pas tout, en gras, la mention Vin Nature excitait mes neurones assoupis. J’empoignais d’une main ferme la bouteille exposée pour y lire que cette Syrah nature était l’œuvre d’un grand maître de la Syrah, Alain Graillot.  Je me doute que toutes les fines bouches étaient informées mais j’appris que celui-ci s’était associé  avec Jacques Poulain, qui n’est pas le père d’Amélie mais un œnologue bordelais installé au Maroc au domaine Ouled Thaleb dans la région de Meknés. Pour compléter le tableau on me dit que « ce vin marocain, Tandem, qui n'est pas sans rappeler les Crozes Hermitage, est une vraie réussite de par sa fraîcheur et une découverte qui vous transporte sur les contreforts de l'Atlas »


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Bref, c’était bien un tandem, même si Alain Graillot, plus médiatique, était mis en avant sur l’étiquette, et je me délestais de 14,90€ pour acquérir un flacon. Cap ensuite sur la librairie des Abbesses pour une moisson de petits livres intelligents. Elle fut bonne et il ne reste plus qu’à trouver l’occasion de me lichetronner ce Tandem nature. Ça ne saurait tarder : affaire à suivre !


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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 00:09

Après un mois  de juillet mouillé et plutôt frisquet au virage du 15 août nous avons basculé dans une vraie canicule surtout dans le grand Sud-Ouest. Les autorités sanitaires qui, au temps du Phœnix du Poitou, avec leur art consommé d’être toujours en retard d’une guerre, englués dans leurs procédures, avaient par leur inertie largement contribué à éclaircir les rangs des personnes âgées, nous balancent des conseils par la voie des ondes ou de la télé. Restez au frais et BOIRE.


Les gens du Sud le savent mieux que quiconque, tenir leur intérieur au frais, en tirant les volets, en retenant la fraîcheur de la nuit, est la règle de base. En effet, lors des pics de chaleur l’amplitude entre le jour et la nuit étant très faible si l’on trouver le repos il faut que la maison ne se transforme pas en four. Donc, si possible, restons au frais ou cherchons le frais là où il est. C’est plus simple à la campagne que dans les villes. Chez moi, au neuvième plein sud, sans vis-à-vis ça cogne dur. J’ai des stores, des ventilos, mais c’est chaud.


Alors boire !


De l’eau fraîche bien sûr, pas glacée, mais l’eau c’est fade et l’eau du robinet pas terrible, quand à l’eau en bouteilles on a vite fait d’épuiser le stock du magasin du coin. Alors boire oui mais aussi se désaltérer, se désoiffer.

 

Mes conseils :


1-      L’eau coupée de vin rouge avec une variante sympathique : mettre de la glace pilée dans votre vin rouge que vous choisirez fruité. À chacun ses proportions mais le vin doit rester largement minoritaire ;

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2-     Le blanc limé bien connu : un blanc acidulé avec une bonne limonade artisanale ;

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3-     Une bière tchèque Pilsner Urquell ou Budweiser qui ont une belle amertume désaltérante ;

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4-     Un vrai panaché : une larme de limonade dans une bière blonde artisanale (on en trouve de plus en plus comme la Mystic au chanvre)

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5-     Un granité au vin rouge ou avec un vin à bulles… apporte le plaisir d’un sorbet et la fraîcheur d’une boisson ;

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6-     Café ou thé glacé fait maison, là-aussi le mieux est de rajouter de la glace pilée pour frapper le café ou le thé.

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7-     Le citron vert pressé : pour le sucrer ajouter une larme de Cointreau.


8-    L’orange pressée : avec une larme de rhum blanc agricole.


9-     Cocktail orange-citron-pamplemousse : toujours avec un soupçon d’alcool blanc pour donner une petite pointe de peps !

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 00:09

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Votre Taulier n’aime pas courber l’échine et la position du vendangeur, qu’il ne faut pas confondre avec celle du missionnaire qui n’est pas sa préférée, ne lui sied guère. L’an dernier, les braves et accueillants vignerons du Château Cheval Blanc – à ne pas confondre avec le Baron Frère et le petit Bernard – avaient organisé un voyage de presse pour blogueurs parisiens afin qu’ils vendangeassent de leurs blanches menottes pour qu’ensuite ils pondissent des tartinées de louanges sucrées après s’être tapés la cloche et humectés le gosier à grandes lampées de GCC. Vendanges d’opérette, pour du beurre, forme de succédanée des travaux agrestes de Marie-Antoinette, dont le Taulier ne peut se satisfaire. Du vrai, de l’authentique, du lever aux aurores après avoir dormi dans un lit cage ou même sur la paille de la grange, le café noir pain beurre dans la cuisine mal éclairée alors qu’on est à peine éveillé, le départ dans la remorque brinquebalant sur les mauvais chemins qui montent à la vigne, le sécateur, le labeur, la chaleur, l’horreur d’une échine où pointe la douleur, l’orgueil de ne pas céder un demi-mètre à la Loute qui elle va et vient telle une libellule, l’envie soudaine d’envoyer tout balader pour se vautrer au bord d’une piscine, siroter un cocktail glacé, mais non s’accrocher sans pester. En un mot bosser pour Luc Charlier au nom du soutien sans faille à l’internationalisme des petits vignerons qui font bon.


Mais le problème pour le Taulier c’est qu’il ne peut, ni ne veut louer sa force de travail en échange d’une rémunération sonnante et trébuchante. Bénévole qu’il veut être, pas saisonnier avec déclaration incorporée, le donneur de coup de main, l’entraide quoi ! Qu’on le nourrisse et qu’on le couche ça il veut bien mais surtout pas de paperasse ! Ouah, ouah, mais que va dire la MSA ? Et ne parlons pas de l’Inspection du Travail qui serait bien capable de tomber sur le rable du Taulier en lui attribuant le statut de clandestin. Bref le gros merdier assuré, alors que faire pour assurer la sérénité de Luc Charlier ? Écrire au Préfet des Pyrénées Orientales René BIDAL, au DDT Georges ROCH, à BERTOLOTTI Claude le président de la MSA Grand Sud, au Directeur Général de cette même MSA Grand sud Paul SCHURDEVIN (avec un tel patronyme il devrait se montrer compréhensif, à DELSENY Jean-Claude qu’est des Pyrénées Orientales. Bref toute personne susceptible de faciliter la venue du Taulier dans ces Pyrénées dites Orientales où par le passé il a exercé ses indéniables talents de démerdeur de sac de nœuds.


Comme vous vous en doutez la déclaration de bonnes intentions du Taulier a déclenché chez Luc Charlier ce doux mélange d’accueil à bras ouverts teintée de l’ironie d’un adepte du troisième type du Léon de la Quatrième Internationale. En effet, par missive personnelle il me fut dit qu’il y avait déjà « Le Sous-Préfet aux champs », voilà un (ex-) Chef de Cabinet à la vigne à présent » Et là, bien qu’il s’en défendît notre Luc prend le travers des gens du Sud pour qui le Pouvoir se résume tout entier dans le Titre de CHEF alors qu’au nord, les grands propriétaires eux donnent du DIRECTEUR à qui occupe le poste de bras droit du Ministre. En effet, cher Luc du Sud, le Taulier ne fut jamais chef de cabinet, poste consistant à assurer l’intendance du dit cabinet, mais celui hautement prestigieux de Directeur du Cabinet du Ministre.

   

Donc par la présente, afin de t’éviter, cher Luc, des démarches ennuyeuses et des courriers administratifs risquant de se perdre ou de ne rencontrer que des réponses dilatoires, j’annonce à toutes les autorités compétentes de tous poils des Pyrénées Orientales que je demande le statut de Vendangeur Bénévole à une date et pour une période non encore précisée mais qui devraient se situer après le 15 septembre. Si le Préfet veut prendre des renseignements pour s’assurer de ma moralité il peut passer un coup de téléphone à ses collègues de Toulouse et de Bordeaux avec qui je m’occupe de caser des litres de lait de vache en déshérence. Je ne pousse pas le bouchon jusqu’au Ministre de l’Intérieur, qu’à du lait sur le feu en ce moment, car ça prendrait trop tournure de piston et, pour ce qui concerne celui de l’Agriculture je ne suis pas sûr qu’il me donnerait un ordre de mission de vendangeur eut égard à ma faible implication dans ce secteur.


Voilà, moi Taulier sans terre, je vais me glisser dans la peau d’un vendangeur prolétaire, me préparer psychologiquement, moralement, physiquement à assumer, sous les ordres d’un étranger, pas exploiteur pour deux sous, ce rude labeur. Bien évidemment je solliciterai un bon de sortie de mon nouveau chef bien aimé avant de m’aventurer sur les terres catalanes. Reste tout de même un point à régler celui des vignes sises à Maury : est-ce que Bernard Rouby va accepter dans son aire de production un gougnafier de mon espèce qui, lors de son dernier passage dans ce charmant village, avait fomenté avec une poignée d’insurgés un putsch à la coopé ?

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 00:09

Mon titre peut vous paraître enfoncer une porte ouverte, il en est ainsi de tous les fleuves et rivières jusqu’au plus modeste cours d’eau, mais, comme je ne suis pas non plus dénué de malice, cette évocation des deux rives se veut un clin d’œil à la toute-puissance bordelaise qui se les est appropriées de façon quasi-exclusive. Comme j’ai de solides attaches à Châteauneuf-du-Pape après un passage remarqué, à défaut d’être apprécié par certains link, vous ne m’en voudrez pas, hormis de décortiquer le vote au deuxième tour des dernières élections législatives des Castel-Papaux link, de m’intéresser aux liens qui unissent les vignobles de Châteauneuf et de Lirac via des vignerons avec qui j’ai gardé de solides liens.


À tout seigneur tout honneur : le président de l’ODG Lirac, mon ami Alain Jaume (ce n’est pas un secret d’État lire ICI link ) qui, lors d’un récent déplacement à Orange pour les journées des Vignerons Indépendants, m’a permis de découvrir à la tombée du jour le magnifique terroir de Lirac. Je lui ai promis de revenir, et comme chacun le sait ici, le Taulier tient toujours ses promesses. J’apprécie à sa juste valeur la nouvelle devise de Lirac : «  Le cru sobre et discret » car je trouve qu’il va comme un gant au Président du cru, dont la simplicité est bien connue.


Comme on n’est jamais si bien servi que par les autres j’emprunte les écrits du site du cru Lirac.


Remercier la géologie


Des sols prédestinés pour les grands vins 

 

La disposition des terroirs du Cru Lirac est exceptionnelle : les plateaux calcaires du Gard lancent vers Avignon une sorte de promontoire, à l’extrémité duquel le vignoble de Lirac s’est établi. Les sols sont bien drainés et ont tout le calcaire nécessaire à l’élaboration de grands vins charpentés, corsés et de grande garde.

 

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Des terrasses de quartz précieuses


Autre atout : les terrasses de quartz et d’argile rouge mêlée. D’origine alluvionnaire, charriés depuis les Alpes, ces galets composent une terrasse précieuse pour l’excellence des vins. Ce type de sol a la même origine que ceux du Cru voisin Châteauneuf-du-Pape.

 

Des sables porteurs de finesse


Sur les pentes de cette terrasse, on trouve des sols plus sablonneux à petits galets ; c’est ici que Lirac produit des vins au fruité incomparable.

 

L’alchimie de l’assemblage


La grande richesse des vins de Lirac provient de l’assemblage précis et inspiré de vins issus de plusieurs types de sols ; ce savoir-faire est l’affaire des Femmes et Hommes de Lirac. Il se fonde sur une expérience millénaire de la viticulture et de la vinification.


Afin de ne pas tomber sous le coup d’une accusation de favoritisme en rentrant de mon périple je m’étais dit que j’attendrais mon prochain déplacement pour chroniquer sur Lirac. C’était sans compter sur un autre compère et ami Jean Abeille (voir ICI link) du Château Mont-Redon qui s’est rappelé à mon bon souvenir prun de ces clins d’œil du hasard que j’aime.


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Je m’explique : comme vous le savez j’ai poussé une pointe samedi dernier via la ligne 12 du métro jusqu’à Marx Dormoy afin d’y explorer un vendeur de bon jaja www.legourmet.com link et dans mon repérage de belles quilles je suis tombé nez à nez avec le Lirac 2010 blanc du Château Mont-Redon 13€. J’ai acheté.

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Comme je tiens les Châteauneuf-du-Pape blancs du Château Mont-Redon comme de grands blancs, parmi les meilleurs de cette prestigieuse appellation, je fais confiance au savoir-faire maison pour que le petit frère de Lirac soit à la hauteur.


Les chiffres clés de l'appellation Châteauneuf du Pape :


         100 à 105 000 hectolitres de production annuelle en moyenne.

         13 750 000 bouteilles vendues chaque année.

         320 exploitations produisent du Châteauneuf du Pape.

         7% de la production vinifiée par une cave coopérative. Le reste de la production est vinifiée en caves particulière.

 

Pour Lirac au total, seuls 715 hectares de vignes sont en production, environ 150 vignerons et 65 metteurs en marché se partagent la commercialisation Les coopératives vinifient environ 30 % des vins de l’Appellation. La production annuelle est d’environ 23000 hectolitres, soit moins de 2 millions de bouteilles. C’est à peine 0,5% des vins AOC de la Vallée du Rhône Les Vignerons sont environ 150

 

Lirac en couleurs :

Lirac rouge 80 %

Lirac rosé 10 %

Lirac blanc 10 %

 

J’ai donc acquis, dans un vignoble confidentiel, un must pour un prix très doux et j’en suis fort aise. Bien évidemment votre Taulier dès qu’il en aura l’occasion mariera ce Lirac du Château Mont-Redon avec un mets de son choix et il délivrera sa note tel un nouveau Parker du terroir profond.

 

Pour en revenir à ma prochaine visite au cru Lirac je propose au Président du cru Alain Jaume de me faire accompagner par quelques fines gâchettes triées sur le volet des blogueuses ayant une bonne descente, afin que nous puissions, avec sobriété bien sûr, mais pas trop  de discrétion, quadriller ce beau terroir et grâce à notre puissante influence mettre du Lirac sur nos tables parisiennes. Le bouche à oreille, le buzz c’est bon pour le confidentiel…

 

Reste que mon titre à la noix, comme les trains de la SNCF, en cachait un autre, absolument incorrect : Lirac la banlieue de Châteauneuf que, bien sûr, j’ai remisé au rang des titres à la Libé qui attirent le chaland mais qui ne sont pas du meilleur goût. Que Lirac et Châteauneuf, via des vignerons qui ont les pieds sur les 2 rives du Rhône, marchent du même pas moi ça me plaît bien, surtout que ce ne doit pas plaire à tout le monde.


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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 00:09

Au temps où Philippe MARTIN le président du Conseil Général du Gers demanda à son voisin Jean Glavany, alors Ministre de l’Agriculture, de me missionner dans le Gers pour jeter mon regard acéré sur la viticulture de ce département berceau d’un Armagnac en petite forme et d’une reconversion de son vignoble vers des vins modernes. C’est là que j’ai connu, l’homme au black béret, André Dubosc. L’homme chargé de l’agriculture au CG, dont j’ai oublié le nom, qu’il m’en excuse, m’invita au festival de jazz in Marciac. Pour des raisons que j’ai oubliées aussi je n’ai jamais pu m’y  rendre. Et pourtant en marge de ce festival de renommée mondiale se déroulaient un colloque : les Controverses de Marciac où des gens forts sérieux débattaient sur le devenir de l’agriculture et des agriculteurs. Comme je ne suis pas un garçon très sérieux je ne me suis jamais mêlé à ce beau monde.


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Pour  tout vous dire je trouvais les débats trop convenus, entre soi, circulaire, pas suffisamment en phase avec le cambouis du monde. Et pourtant, mon nouveau chef et ami Bertrand Hervieu en était un des piliers mais comme il connait mon goût immodéré à mettre les pieds dans le plat ça lui est toujours paru dans l’ordre des choses. Plus grave aujourd’hui, le nouveau Ministre, Stéphane Le Foll, faisait lui aussi parti des meubles. Enfin, et André DUBOSC peut en témoigner, le vin n’a jamais eu vraiment sa juste place à Marciac, pour des raisons qui sont propres aux organisateurs. Dans leur esprit la viticulture ce n’est pas vraiment de l’agriculture puisque le vin n’entre pas dans la ration alimentaire, elle n’est que le vecteur le plus puissant de notre commerce extérieur. Dans le groupe de réflexion saint-Germain je me heurtais au même scepticisme et pourtant ils auraient dû relire André Braudel pour qui un ha de blé ne vaudrait jamais son équivalent en vigne.  Un peu de douceur dans un monde de brutes, franchement le Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’ABV ferait un peu tache aux Controverses de Marciac.


Pour autant je ne dénie pas à cette manifestation sa fécondité mais cette année, du 1er et 2 août, elle allait se retrouver face à un nouveau paysage politique qui allait confronter les débateurs à la nécessité de traduire leurs réflexions en action. Le thème de cette 18me édition des Controverses était « l’agriculture a-t-elle le droit d’être moderne ? »

 

Pourquoi ce choix ?

 

Valérie Péan de la Mission Agrobiosciences, cheville ouvrière des Controverses répond : « on constate aujourd’hui une mise en tension de l’agriculture entre une critique du progrès technique, du productivisme et un besoin de se ré-ancrer dans les terroirs, une nostalgie qui se traduit par une demande d’authenticité, de lien avec le monde agricole.

Entre ces deux pôles, il se passe beaucoup de choses pour les agriculteurs. Il s’agit de passer d’une modernité technologique, scientifique, à une modernité sociale, une modernité des modes de vie, une modernité professionnelle, dans le respect des équilibres écologiques.


Les progrès techniques des années 60 ont été nécessaires, mais ils interrogent aujourd’hui le domaine social, culturel et environnemental. Les attentes de la société ont évolué, on assiste à un certain malaise des agriculteurs qui se sentent parfois dépossédés du sens de leur métier. Nous avons voulu creuser ces différentes dimensions.


Comment les agriculteurs peuvent-ils être de leur temps aujourd’hui ? C’est une question aux réponses multiples, qui interroge des champs d’étude et d’expérience variés, d’où l’intérêt de ces débats, qui aboutissent à une réflexion originale, dont il ressort des pistes de réflexion et des préconisations pour l’action publique.


Nous y voilà, l’action publique, c’est le boulot de Stéphane Le Foll qui s’est rendu, le 1er août dernier, dans le Gers pour rencontrer un exploitant qui mise sur l'agroforesterie.  Bien évidemment, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt s’est aussi rendu aux 18es Controverses de Marciac, l’université d’été de l’innovation rurale. « L’occasion pour lui de lancer des pistes pour développer de nouveaux modèles de production mais aussi pour valoriser les bourgs et les villages avec, pour toilede fond, l’ambiance estivale du festival Jazz in Marciac. » nous indique son service de presse.


Je vous livre les réponses qu’il a donné à une interview lors de se déplacement car elle aborde, sous un angle très précis, un vrai sujet : le retour à l’agronomie.


Interview de Stéphane Le Foll : « La performance économique et écologique passe par un retour à l’agronomie »


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Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez tenu à vous rendre à Marciac?


« C’est devenu rituel. Depuis six ou sept ans, je viens à Marciac. Ces Controverses me permettent de réfléchir sur la manière d’aborder les grandes questions agricoles et rurales, dans une ambiance conviviale.


Le festival Jazz in Marciac réussit à amener le jazz là où il n’aurait jamais été. Le pire pour les territoires, qu’ils soient ruraux ou urbains, c’est de considérer qu’ils sont déconnectés de la société.


Le cadre rural offre des valeurs et des conditions de vie et de liens qui peuvent être différentes des grands ensembles urbains et qu’il faut valoriser. C’est pour cela que je veux valoriser les bourgs et les villages, parce que je pense qu’il faut aussi les remettre au centre de nos réflexions sur le lien social. »


Vous vous intéressez de près aux nouvelles techniques innovantes de production, comme l’agroforesterie. De tels modèles vous paraissent-ils prometteurs pour ces territoires?


Ces modèles présentent un gros potentiel. Par exemple, l’agroforesterie [2] produit de la biodiversité et de la fertilité pour les sols, ce qui est essentiel. Ce sont donc des principes qui sont extrêmement productifs, car ils permettent de faire cohabiter économie et écologie, en utilisant au maximum les potentiels de la nature.


L’une des idées intéressantes, c’est de couvrir les sols et de les faire travailler de manière continue. Si on s’en occupe bien, tout en les faisant travailler, on augmente leur fertilité et on limite l’érosion. Il en résulte un haut niveau de production et un haut niveau de protection des sols.

Ainsi, la conciliation de la performance économique et écologique passe par un retour à une approche basée sur l’agronomie.


Certains agriculteurs sont convaincus par ces méthodes. Mais comment étendre le mouvement auprès des autres?


Je le dis de manière provocante : dans l’après-guerre, il y a eu une dynamique collective chez les agriculteurs pour la mise en place du modèle conventionnel avec les clubs de 100 quintaux [3]. Il y avait une forme d’émulation sur le niveau du rendement que chacun atteignait, qui était au cœur des conversations. Il faut arriver à renouveler cette volonté de réussir. Pour passer du modèle conventionnel à ces nouvelles méthodes de production, il faut retrouver cette dynamique collective. Sans nier les risques de pertes de rendement pendant les 4 ou 5 années de la phase de « conversion » aux nouveaux modèles, il faut encadrer et appuyer les agriculteurs pour engager les adaptations nécessaires.


Selon moi, la performance économique et écologique de l’agriculture ne peut pas se résumer à une succession de décisions et de normes appliquées exploitation par exploitation. Le moment est arrivé où il va falloir créer des cadres juridiques plus collectifs, en développant ce que j’appelle les groupements d’intérêt économiques et écologiques. Objectif : créer des dynamiques collectives dans lesquels les agriculteurs puissent s’inscrire. Aujourd’hui, nous nous contentons souvent de raisonner sur la correction des effets négatifs des modèles précédents. Nous avons besoin de créer des modèles nouveaux plutôt que de corriger ce que nous avons fait par le passé. Il vaut mieux travailler à construire l’avenir.

 

Notes

 

[2] L’agroforesterie consiste à planter des arbres au milieu des cultures. Elle peut également être l’association des arbres avec un élevage, on parlera alors de sylvopastoralisme. Ce mode d’exploitation tire parti de cette complémentarité pour réconcilier production et protection de l’environnement.

L’agroforesterie se pratique déjà traditionnellement en Normandie avec les prés-vergers, dans le sud de la France où oliviers et vigne cohabitent dans les parcelles agricoles, ou encore en Dordogne avec les noiseraies. L’idée de décloisonner la forêt, de mettre les arbres au milieu des champs n’est donc pas nouvelle, mais elle est remise au goût du jour.

 

[3] Le club des 100 quintaux regroupe les céréaliculteurs qui atteignent ce rendement de blé à l’hectare.

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