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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 00:00

Au cours des derniers 15 jours le bombardement fut intensif de la part des sites de vin en ligne : les soldes avant les soldes, silence on brade. Bien évidemment, en première ligne les appellations phares : Champagne et Bordeaux. Le titre de ma chronique n’en est qu’un exemple : Bordeaux a -50%, qui dit mieux ? 6 bouteilles achetées = 6 bouteilles offertes ! De la part du principal vendeur en ligne ça dénote, je pense, à la fois une certaine impuissance face à la mollesse de la demande et un besoin urgent de la part des offreurs d’écouler leurs vins. Certains me rétorqueront que ce ne sont là que des prix d’appel et que le reste de la tarification se tient bien. Faux ! Le phénomène touche aussi les cavistes généralistes, tel Nicolas, où le -20% est la règle sur la plupart des vins. Quand aux grandes marques de Champagne pour la plupart elles dévissent sec. Où que l’on aille la tendance baissière, assumée ou masquée, est bien présente. Pour autant, y-a-t-il une baisse de la demande ? Je n’en suis pas sûr, même si je ne puis disposer d’éléments chiffrés pour étayer mon doute. Alors, pourquoi diable cette spirale baissière ?

Elle résulte, je crois, si l’on exclut l’essentiel du marché qui se situe à moins de 2 euros, via la GD, et les super Prémium et Icônes, et aussi les vins dit « nature », qui eux ne représentent que de tout petits volumes pour l’essentiel exportés ou s’adressant à des clientèles à fort pouvoir d’achat, à ce que j’ai appelé l’effet de « surpâture » c’est-à-dire que dans le ventre mou du marché, le plus touché par les effets baisse du pouvoir d’achat et les ondes de la crise économique, l’essentiel des offreurs de vin se retrouvent confrontés à une exacerbation de la concurrence. Dans cet espace il y a trop de tout, et aussi trop de n’importe quoi, ce qui provoque les effets baissiers constatés dans les enseignes. Cette analyse s’applique aussi au Champagne, où certaines marques, à force de gonfler leurs prix, au nom d’un positionnement ne reposant que sur l’attraction des cimes atteintes par les icônes, sont sorties du marché et, leur volte-face brutale laissera des traces dans l’esprit des consommateurs. Pour les appellations de vin tranquille la foire d’empoigne entre elles, à l’intérieur d’entre elles, sans véritables repères pour le consommateur, ne peut que susciter, amplifier, les phénomènes de surenchère baissière. Face à la rétraction brutale, le chacun pour sa peau, le sauve qui peut, joue les accélérateurs. Sans me poser en « je vous l’avais bien dit » nous touchons malheureusement les « dividendes négatifs » de notre immobilisme, de l’absence de décisions courageuses dans les « appellations volumiques » où, à force de cultiver l’ambigüité de revendiquer une appellation sans en assumer les contraintes, beaucoup de vins mis sur le marché ne sont que des ersatz plus ou moins bien fait. Et, pour enfoncer le clou, mieux vaut un « vin technologique bien fait » qu’un « vin d’appellation qui ne tire que de son nom la place qu’il occupe sur les rayons ».

Le drame dans cette affaire, comme dans les animaux malades de la peste, tous les vignerons sont frappés par la spirale baissière, ceux qui respectent les contraintes des AOC, voire même les bonifient, comme ceux, et il ne s’agit pas de ma part de les stigmatiser, de les condamner ou les vouer aux gémonies, qui considèrent l’AOC comme un droit acquis non susceptible d’une quelconque remise en cause. Tout l’enjeu du débat engagé lors des discussions qui ont précédé la rédaction de Cap 2010 le défi des Vins français, se situait dans une segmentation de notre vignoble tournée vers la demande réelle du ou plus exactement des marchés. Cette approche heurtait de front à la fois la vision élitiste de certains qui réduisent le vin français à ses Grands Vins, et la vision syndicale des AOC ou de certains grands vins de Pays gérés sur le modèle AOC. La segmentation du marché commence dans la vigne, et à force de perdre de vue que le modèle économique des vins artisanaux et celui des vins technologiques ne reposent pas sur les mêmes fondamentaux, nous en sommes arrivés à faire produire sur le modèle AOC, petit rendement, des vins qui doivent être vendus à des prix qui ne permettent pas aux producteurs d’en tirer un revenu satisfaisant et d’investir dans leur vignoble. Je conçois qu’une telle approche déplaise, aussi bien au Professeur Pitte qui pense que ces « vins minables » ne sont pas dignes de notre prestigieux pays et qu’il faut les laisser faire faire par les va-nu-pieds des pays neufs, qu’aux tenants d’une viticulture qui joue de son atomisation pour laisser accroire qu’elle est encore artisanale alors qu’elle ne tient pas son destin entre ses mains (les producteurs laitiers aussi d’ailleurs) mais qui puis-je ? Rien, comme je l’ai écrit le déni de réalité ne change pas la réalité.

Pour autant je ne dresse pas un tableau idyllique de la viticulture de masse, qui existe, qui se délite, qui arrache faute de générer une ressource en mesure de générer des vins capables de satisfaire le grand nombre – oui je sais s’adresser au populo c’est pas facile – mais je pose une question basique à la coopération vinicole française qui contrôle 80% de la production de ces vins : êtes-vous capable de dépasser vos petites querelles de clochers, de présidents, de directeurs de cave pour retrouver votre vocation d’origine : faire du vin qui se vend? C’est dans cette dernière fonction que tout le problème est posé : votre émiettement est mortifère, vos vins sont ceux de toujours et vos modes de mise en marché relèvent, à quelques exceptions intéressantes près, de la préhistoire. Pour vous aussi tout commence dans la vigne et vous vous devez de la conduire pour fournir la bonne ressource à ceux qui sont en capacité de la vendre. J’ai appelé cela, faute de mieux, le pilotage par l’aval. Encore faut-il qu’il y ait des pilotes à l’aval et que ceux qui sont en capacité de vendre le vin pratiquent des partenariats avec ceux qui le font car le vieux modèle fondé sur les rapports de force est périmé, usé comme les manifs et les exactions (ce sujet est d’ailleurs vital pour l’ensemble de l’agriculture française). Fuir ce débat, faute d’interlocuteurs valables, c’est continuer de subir le déclin de notre viticulture de masse et laisser passer des opportunités.

Mais tout cela nous entraîne fort loin des Bordeaux à -50% ou des champagnes à prix en berne me direz-vous ? La réponse est absolument non. Le sujet récurrent de la segmentation de l’offre française, qui nourrit les rapports, les débats d’experts, les discours des chefs, ne peut trouver d’issue concrète s’il continue d’être abordé en fonction d’une approche juridico-administrative liée à la vieille dichotomie : vins d’AOC et Vin de Table. La nouvelle OCM avec ses AOP-IGP et ses vins en IG, que nous le souhaitions ou non, que ça nous dérange ou non, que ça nous plaise ou non, ouvre la voie à deux approches de la viticulture : l’une fondée sur les fondamentaux des AOC avec un modèle artisan commerçant et PME du vin, l’autre basé sur un vignoble dédié à des grands volumes mis en marché par des structures en capacité de générer des marques à vocation mondiales. Opposer les 2 viticultures, les considérer comme incompatibles, relève de postures purement idéologiques qui confortent l’immobilisme. Les solutions idéales n’existent pas et le, du passé faisons table rase, relève de l’illusion. Comme dit l’autre, il faut faire avec, s’ajuster, rebâtir.
Et, pour prouver que le temps fait son oeuvre je me plais à vous citer l'accord signé entre 2 grands chefs de Sud de France : « Mais pour les deux présidents (Jacques Gravegeal et Michel Servage) cette réunion (l’adhésion des Pays d’Oc à la Confédération Nationale des Vins de Pays) est aussi une occasion de « ne pas rater un virage historique », celui du règlement par la segmentation européenne (AOP, IGP, vins sans IG) du problème de segmentation mis en lumière par René Renou lors du début de la réforme des AOC. Pour eux, même si actuellement les IGP représentent environ 11 millions d’hectolitres (dont 5 millions pour les vins de pays d’Oc) en face des 25 millions d’hl d’AOP, « dans les deux ou trois ans qui viennent, les curseurs vont bouger » : si certains vins de pays de petite zone décideront peut-être de passer en AOP, à l’inverse, les grandes AOP risquent d’éprouver du mal à prouver leur lien au terroir et pourront opter pour le passage en IGP. Et au niveau de l’économie des exploitations, les IGP progressant à la fois en France et à l’export, nombreux risquent d’être les viticulteurs qui préféreront produire des IGP de cépage sur des terres pourtant classées en AOP.» Les paroles sont de Cap 2010 et la musique des 2 signataires.

Si vous n'êtes pas encore saturés de la prose berthomesque vous pouvez vous rendre sur le site <http://mtonvin.net> pour lire les réponses à leurs 3 Questions...
 

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 00:00

Être locataire du 78 rue de Varenne n’a jamais été une sinécure je peux en témoigner mais, dans les temps difficiles que nous vivons, plus que jamais se retrouver à la barre d’une vieille maison qui chapeaute l’alimentation, la pêche et l’agriculture relève d’un goût prononcé pour les causes difficiles. Vu ma position il serait de ma part outrecuidant de vous brosser le portrait de Bruno Le Maire l’actuel titulaire du poste. Cependant, pour l’avoir vu à la manœuvre lors d’une Table Ronde en pleine crise laitière, face à des poids lourds, tel Jean-Michel Lemétayer, je peux témoigner que ce « jeune homme » a de biens belles qualités et une pugnacité qui sait emporter la conviction. Redonner à la régulation des marchés agricoles une nouvelle jeunesse, dans une Union où il a été de bon ton de vider la PAC de ses instruments de gestion, voilà un beau défi qu’il s’est donné. Pour avoir connu, avec Michel Rocard, l’inconfort de grandes réformes : les quotas laitiers et les Accords de Dublin sur la viticulture qui ouvraient la porte à l’Espagne et au Portugal, je sais d’expérience que le temps salue et reconnaît toujours ceux qui affrontent les vents contraires et gardent le cap. Pour la petite histoire, le susdit, reconnaît dans une interview avoir passé au 78 rue de Varenne deux belles années de sa vie (lire chronique du 05/04/2008 « C'était au temps où Michel Rocard s'éclatait au 78 rue de Varenne » http://www.berthomeau.com/article-18131895.html ) et Dieu sait que ce fut agité.
Ce matin, bien évidemment, j’interroge Bruno Le Maire sur notre beau secteur pourvu de tant d’atouts mais qui s’est ingénié, ces 10 dernières années, à déjouer. Le vin, ceux qui le font et ceux qui le vendent, dans le secteur agricole ont toujours cultivé le particularisme, c’est ce qui fait le charme de ce secteur mais c’est aussi ce qui a provoqué son immobilisme face à la nouvelle donne mondiale. Nous sommes en 2010, et Dieu sait que cette date a marqué mon esprit et celui de mes compères de la note stratégique : « Les Défis du Vin Français » et, s’il me le permet, je profite de l’occasion de son passage sur mes lignes pour inviter Bruno Le Maire à venir partager le pain et le sel, et du vin bien sûr, avec le petit groupe d’entrepreneurs du vin du Club «Sans Interdit» (chronique du
12/01/2006  « Les Vingt » http://www.berthomeau.com/article-1582091.html ) qui a repris le flambeau de Cap 2010. Merci Monsieur le Ministre de votre réponse immédiatement positive à la sollicitation de mon petit média « Vin&Cie l’espace de Liberté » et, je l’espère, à bientôt avec ceux qui relèvent les défis du Vin français au quotidien.

 09178_018.jpg© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr

QUESTION N°1 : Nos amis et bons clients Québécois titrent dans la revue Le Cellier de la SAQ « Le Languedoc et aussi le Roussillon c’est le Nouveau Monde mais à la sauce française. Autrement dit, les raisins y mûrissent tout seuls, mais sous un climat politique et administratif assez lourd » et ils s’étonnent d’avoir du solliciter au moins 3 comités interprofessionnels pour réaliser leur reportage. Le magasine Harpers qualifie 2009 comme étant «  l’annus horibilis du vin Français dans ce qui a déjà été une décennie châtiment » et pose la question « First Berthomeau, now it’s plan B » Monsieur le Ministre, en recevant récemment les représentants du monde du vin, vous en avez appelé à un vrai sursaut pour que nos vins, surtout les vins de cépages, regagnent les parts de marchés perdues. Quelle feuille de route leur avez-vous délivré Monsieur le Ministre ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il me semble qu’il faut aujourd’hui construire une politique de marché cohérente, qui passe par un paysage viticole simplifié. La filière viticole est beaucoup trop atomisée. Quand vous avez 26 interprofessions, parfois 4 interprofessions dans le même bassin de production, vous ne  pouvez pas définir une stratégie globale de production, de promotion, de pénétration des marchés, et vous ne pouvez pas rassembler les moyens, notamment financiers, nécessaires à sa mise en oeuvre.

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la profession, le 18 novembre dernier, de me faire, dans les deux mois, des propositions de regroupements d’interprofessions, d’articulation de leur travail. Nous ne devons plus perdre de temps ! C’est indispensable pour avoir une réelle stratégie de marché.

De même, j’ai demandé à la profession qu’elle fasse des propositions pour mettre en commun des moyens de promotion et de recherche-développement au niveau national. ça pourrait être la constitution d’un fonds, par exemple.

 

QUESTION N°2 : Nos collègues et concurrents du Nouveau Monde parlent de leur « industrie du vin », comme je suis un peu provocateur j’aime utiliser cette dénomination pour notre secteur qui est un grand secteur stratégique pour la France. Récemment, dans le cadre du CGAER, j’ai assisté à une présentation par l’ancien Ministre de l’Agriculture Jean Puech du plan de relance de la filière bois et j’ai noté qu’un fonds stratégique était créé. Le développement des vins de cépages, à des coûts compétitifs pour le marché,  mais permettant aux viticulteurs de vivre, passe par la maîtrise de la ressource vin en partenariat avec les metteurs en marché. Ce couple, qui fonctionne si bien en Champagne, exige à la fois un vignoble dédié et des entreprises en capacité de générer des marques. Pourquoi, Monsieur le Ministre, ne pas initier un fonds stratégique vin, en mobilisant des fonds privés et professionnels, pour accompagner la reconquête ?

 

Réponse de Bruno Le Maire :

Le développement d’un partenariat entre producteurs et metteur en marché est absolument essentiel, en effet.  C’est lui qui permettra une segmentation cohérente, adéquate, des produits viticoles. Une segmentation cohérente, qu’est-ce que c’est ? C’est d’abord répondre à la demande du consommateur : analyser cette demande, se mettre en capacité d’y répondre, que ce soit du point de vue de la qualité du produit ou de son coût, c’est enfin se mettre en capacité de promouvoir le produit. C’est aussi savoir si le vin produit pourra être valorisé à la hauteur de son coût de production. A mon sens, il y a un marché pour tous les types de vins. La demande en vins de cépage est forte sur le marché international, et c’est sur ce marché que nous perdons des parts. Il faut donc se poser la question sous tous ses aspects : cette stratégie est-elle valable ? Sera-t-elle payante au regard de nos coûts de production, de nos rendements, de nos conditions pédoclimatiques ? On le voit, une stratégie de marché, quelle qu’elle soit, ne peut se décider qu’en partenariat entre le producteur et le metteur en marché.

 

Un fond stratégique vin est certainement une bonne idée, qui rejoint l’effort de mise en cohérence que j’ai demandé à la filière. Mais ma méthode est toujours la même, et passe avant tout par le dialogue avec tous les acteurs. Je rencontrerai les négociants viticoles au début du mois de janvier, pour analyser avec eux ces questions et voir dans quelle mesure  il est possible de rendre plus claire pour la production les stratégies à développer. Il faudra sans doute accentuer la contractualisation pour donner les assurances nécessaires.

 

QUESTION N°3 : Ma dernière question, Monsieur le Ministre, touche un sujet très sensible auprès de mon lectorat : il s’agit des rapports parfois très tendus entre les responsables de la Santé Publique et le monde du Vin. Les vignerons se sentent stigmatisés, mis en accusation, alors qu’eux-mêmes citoyens et chargés de famille adhèrent sans restriction à la lutte contre l’alcoolisme. Ils ne se ressentent pas comme un lobby mais comme un groupe social attaché à son pays, à ses vignes et ses villages, qui oeuvrent pour créer de la valeur, non seulement marchande, mais aussi de développement durable. Observateur engagé, membre de l’ANPAA, et initiateur de l’Amicale du Bien Vivre, je me fais leur interprète pour vous demander comment, Monsieur le Ministre, pensez-vous œuvrer pour que s’instaure, plus encore qu’aujourd’hui, un dialogue serein et constructif ? 

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il n’y a pas de bonne décision qi soit prise sans dialogue. Et j’entretiens avec Roselyne Bachelot un dialogue constant sur cette question.  Depuis mon arrivée, je me suis assuré qu’aucune décision n’était prise tendant à une stigmatisation. Je connais le prix qu’attache la filière à une consommation responsable et au principe de la modération et je salue cet engagement.  C’est un point de vue que je partage totalement. Par ailleurs, le conseil de la modération se réunira prochainement et je me réjouis de la récente nomination de Michel Thénault à sa présidence. Je pense que nous avons là une personnalité légitime qui contribuera pleinement à mener les débats nécessaires que nous devons avoir sur le sujet.

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 00:00

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Pendant toute cette première décennie, à force de mettre le Cap sur 2010, cette année a eu pour moi comme un goût de port d’attache. Horizon lointain tout d’abord, avec quelques embellies au long du parcours sous un ciel toujours lourd. Nous y sommes et, si mon petit espace de liberté, frêle esquif sur l’immensité de la Toile, porte le nom de Vin&Cie c’est par la grâce des 6 compagnons qui se sont embarqués avec moi dans cette aventure. Merci à eux, chacun à leur manière ils ne m’ont jamais fait défaut, que la mer soit d’huile ou soumise à des vents force 9.

Mais si ce blog s’affiche encore chaque matin chez certains d’entre vous c’est que,  chemin faisant, grâce vous, grâce à votre fidélité, votre constance, votre présence, votre amitié, il est sorti de son adolescence un peu égotique pour tenter de mieux s’insérer dans votre vie, vos centres d’intérêts. Parti le nez au vent, sans réel projet, petit à petit, avec des jours avec et des jours sans, par petites touches je me suis efforcé de lui donner une couleur, une tonalité, en évitant autant que faire ce peu de tomber dans la facilité ou la position du donneur de leçons. Avec vous j’ai retrouvé le plaisir de la correspondance, j’ai plus encore aiguisé l’envie de débattre vivement mais toujours dans le respect mes contradicteurs, j’ai je le crois changé car j’ai ouvert plus largement mes fenêtres.

Les sujets ne manquent pas, parfois même ils se bousculent, alors je me dis qu’à force je vais vous lasser : 395 chroniques en 2009 c’est une petite trentaine d’heures de lecture. Est-ce beaucoup ? Je ne sais mais, à la limite, qu’importe, vous pouvez stocker, jeter sans déchets : c’est très écologique le blog (même si je sais que l’ami Pierre détient depuis l’origine, sur papier, l’intégralité de mes élucubrations). Sans doute suis-je parfois aussi un peu trop long mais je ne puis me résoudre à trop de raccourcis qui édulcoreraient mes chroniques. Et puis, après tout, le temps de lire est-ce vraiment du temps perdu ? Plaidoyer pro domo j’en conviens mais quand je vois défiler un mois de novembre avec plus de 15000 visiteurs uniques (un passage même si vous lisez plusieurs chroniques), 25000 pages lues et que, même pendant le creux de Noël plus de 350 lecteurs ouvraient mes chroniques, je me sens conforté dans mes choix. Pour autant je ne sombre pas dans l’autosatisfaction et je suis en permanence preneur de critiques, de contestations : merci à mes commentateurs réguliers ils sont mon oxygène.

En 2010, mon petit espace de liberté qui détient un stock de plus de 1500 chroniques s’efforcera de vous aider :

- soit à les redécouvrir comme je l’ai fait la semaine passé avec « à bas le terroir » http://www.berthomeau.com/article-manifeste-oenologique-a-bas-le-terroir-defendons-les-vscac--41998761.html et « au resto les conseils du copain qu’a pas fait les cours d’œnologie » http://www.berthomeau.com/article-5710089.html ;

- soit à vous permettre chaque mois, le dernier samedi par exemple d’accéder par des liens à des chroniques que vous n’avez pas eu le temps de lire, qui ont échappé à votre vigilance ou pour toutes autres raisons.

Du côté du dimanche une innovation
 : « un billet de l’air du temps » qui sera suivi pour les plus fidèles lecteurs de mon petit roman en ligne (je signale à ceux qui prennent le train en marche que l’intégralité de cette « saga » est disponible sur demande).


Je suis aussi toujours preneur de chroniques extérieures telles celles que m’ont offertes, en 2009, l’ami Michel Smith et l’ami Vincent Pousson, merci à eux. Ne soyez pas timides, lancez-vous ! Je suis aussi preneur d’idées de chronique ou d’articles ou de toute information susceptible d’alimenter mes chroniques.


À ce jour je dispose d’un fichier de 770 abonnés qui sont pour la plupart des abonnés spontanés. Mon temps n’étant pas extensible je ne puis me consacrer à la recherche de nouveaux abonnés par l’envoi de messages alors j’ai un service à vous demander en ce début d’année : prenez quelques minutes pour envoyer à des amis, des relations, des collègues l’adresse de mon blog
www.berthomeau.com en recopiant l’en-tête de mon blog :

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
Bon appétit !

Diffusez le message autour de vous.

Si vous souhaitez recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter, colonne de droite (c'est gratuit) et surtout ne décochez-pas la case chroniques (sinon vous ne recevrez rien) ou placez www.berthomeau.com dans vos favoris.

Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.

Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.

Je sais les amis je suis un peu chiant mais je me soigne, merci par avance de votre coup de main.

Enfin, ou presque, reste notre belle Amicale du Bien Vivre, dite des Bons Vivants dont je suis le Secrétaire Perpétuel autoproclamé, qui a le mérite d’exister mais qui, du fait de notre éloignement les uns des autres, de nos occupations respectives, de plein d’autres raisons bonnes ou mauvaises, a un peu de mal à vivre. Mais comme je suis un obstiné je ne désespère pas de faire un bon coup lors de VINISUD à la fin de février. L’ami Pousson et tous les lecteurs de Sud de France, j’en suis sûr, se mobiliseront pour exposer à la face des prohibitionnistes l’image vivante de notre bien vivre !

Comme dans un bon repas j’ai gardé le meilleur pour la fin :
demain je démarre fort 2010 avec un invité de marque qui répondra à mes traditionnelles 3 Questions à.

Pour cette occasion je sors de son sommeil
le Club « Sans Interdit » et je demande donc à ses membres de bien vouloir reprendre langue avec moi pour que nous puissions répondre présent à l’invitation que je lance à mon invité. Enfin, si certains d’entre vous désirent y adhérer je suis ouvert à proposer à la prochaine AG de notre association l’élargissement de notre périmètre et le renouvellement de certains de nos membres.

Merci à tous ceux qui m’ont envoyé des vœux pour la nouvelle année
, les miens sont toujours en ligne http://www.berthomeau.com/article-heureuses-annees-2010-a-vous-et-a-ceux-qui-vous-sont-chers--41900303.html

 

À demain chers amis sur mes lignes, en attendant faites chauffer les commentaires ça me fera grand plaisir.

 

Amicalement vôtre :

 

Jacques Berthomeau


La photo ci-dessus date de 2001, elle a été prise dans le bureau du directeur de l'Onivins pour le journal Sud-Ouest juste après la remise du rapport. Au-delà du verre mon regard était déjà tendu vers 2010
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 00:00

Comme vous avez beaucoup aimé la chronique sur les cours d'œnologie de nos amis du Vin en Tête http://www.berthomeau.com/article-faut-il-etre-maintenant-etre-oenologue-pour-apprecier-le-vin--41993276.html toujours dans la même veine, comme il faut bien les rentabiliser ces cours d'œnologie ouvrez vite ce message vous découvrirez de jolies planches de dessins tirées de PENDANT CE TEMPS-LA par PLANCHON toujours dans le n° spécial Série Or de Fluide Glacial T05384 je trouve que ces scènettes reflètent assez bien la réalité du comportement du pékin ordinaire lorsqu'il se retrouve au restaurant avec ses copains et copines face au choix de notre cher produit à siroter sans modération comme y disent à Fluide Glacial... (article déjà publié en début 2007)

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 00:00

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Pourquoi ce matin, pour la nouvelle année, ce pluriel si singulier ?

La tradition veut que chacun s’en tienne à former des vœux pour la seule année à venir alors pourquoi diable faire un paquet cadeau des 10 futures années et souhaiter qu’elles fussent heureuses ?

Je ne saurais pas vraiment vous l’expliquer mais, tout comme le choix d’illustrer mes vœux par ces deux enfants dans la bourrasque, ça tient à mon intuition qu’elles pèseront lourds. Alors je me suis dit, puisque les temps sont incertains, propices aux grandes peurs, autant nous les souhaiter heureuses.

Au temps de mes culottes courtes nous nous sentions étouffés par nos familles, nos villages, nos grandes institutions, mais nous n’avions peur de pas grand-chose, sauf de la guerre, alors qu’aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, nous revendiquons notre « splendide » isolement, notre je dépendant que nous sommes pourtant de notre environnement, nous nous affirmons libre et nous avons peur de presque tout.

Mes vœux, puisqu’il est de coutume d’en former, en tant que Secrétaire-Perpétuel autoproclamé d’une Amicale du Bien-Vivre, pour cette décennie qui s’ouvre, seront que nous retrouvions le chemin des choses essentielles, les plus simples souvent, des gestes qui accompagnent la parole, des actes qui suivent nos engagements ; que nous soyons plus conviviaux, plus attentifs, plus tournés vers le mieux vivre ensemble ; que nous essayions d’être un peu plus citoyen, un peu moins ramenard et donneurs de leçons à la Terre entière ; que nous trouvions en nous, et ensemble, les forces nécessaires pour que notre vieux pays reste une terre d’accueil, un lieu où il fait bon travailler et vivre ; que nous transmettions à nos enfants et petits enfants le seul héritage qui vaille : un Monde un peu moins fou.

D’accord, ce matin je suis sans doute trop prêchi-prêcha mais, que voulez-vous, trop de cartes de vœux sont formatées, envoyées en nombre sans un soupçon d’humanité pour que je ne me laisse pas aller à mon péché mignon : croire qu’il est possible de changer le monde par la force de l’intelligence, pas la mienne rassurez-vous, mais de celle de ceux à qui je m’adresse. Vous bien sûr et ceux qui nous gouvernent qui devraient méditer sur l’inanité des promesses et la force de la recherche de la vérité.

 

Bonne et heureuse année 2010 à vous et à ceux qui vous sont chers.

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 00:03

Pour bien finir l’année rien ne vaut un pamphlet bien gras ressorti de la naphtaline, ça excite les papilles avant d’aller fêter le Gui l’An Neuf ou d’aller dormir comme chaque soir. Bref, dans le tréfonds de mes chroniques je tire un Manifeste extrait d’un n° Spécial du très fin Fluide Glacial (voir http://www.berthomeau.com/article-5418573.html ) C’était la préhistoire de mon blog, janvier 2007, les photos étaient floues et la présentation merdique. Bonne lecture, à l’année prochaine sur mes lignes.

 

  

Manifeste Œnologique : A bas le terroir ! Défendons les VSCAC* !
par Eric Deup


* Vin Sans Caractère d'Appellation Commune 

 

« Marre du politiquement correct œnologique, assez de la dictature du bon goût, plein le fion des vins de territoire à boire la bouche en cul de poule : osons le vin sans caractère, le vin global, le rouge neutre, la piquette qui pique pas :

 

Vous ne pouvez que l'avoir constaté : sous prétexte de défendre je ne sais quels petits producteurs - qui, soit dit en passant, se sont découverts un amour des bonnes choses assez tardivement, quand leurs terres pourries d'engrais ont eu fini de dégueuler les nitrates qu'ils déversaient sans souci à l'époque de perpétuer un savoir-faire ancestral - sous prétexte, donc, de défendre ces fabricants de rouge convertis au « traditionnel » depuis qu'il suffit de marquer bio sur les étiquettes pour doubler les marges, de soutenir ces braves paysans qui mettent un soin authentique et typique à brûler les supermarchés et recouvrir de purin les sous-préfectures à la moindre contrariété, on nous bassine à grands coups de documentaires, articles et autres reportages sur le retour des vins de pays, des petits vins, des vins de caractère !


Vivent les vins apatrides !

 
Mais, comme moi, vous en avez marre de ces vins au léger goût de myrtille, qui rappellent le fumet de la banane, exhalent les terres argileuses et les cigales ou sentent le cul !

 
Vous voulez un vin qui sente l'alcool et le raisin ! Vous assumez de boire du vin pour boire et de boire sans soif !


Comme moi, vous vous demandez ce que sont ces histoires de vins de terroir et craignez d'être bientôt obligés d'enfiler béret et sabots de bois avant de le faire avec votre picrate, vous qui aimez tant boire en survêt'.


Vous aussi vous vous inquiétez de cet étrange retour en force des vins qui fleurent bon le pays ou pire la tradition ! Cette louange forcenée des spécificités territoriales, des traditions millénaires évoque en vous les relents nauséabonds des pires courants réactionnaires. L'éloge de ces pinards ethnocentristes n'est-il pas en effet l'expression d'un repli sur soi, d'un refus de l'autre quand le vin issu de différents pays de l'Union Européenne, pour prendre un exemple, serait lui un véritable appel à l'ouverture, à la tolérance, à l'altérité ?! Un verre de ce nectar et vous partez en voyage : plaisir des nitrates espagnols, délice de l'antigel italien, arôme des colorants portugais... rien de tel pour accompagner une bonne tranche de pain de mie au Saint-Moret !


A mort le goût !


A ces nouveaux convertis du vin goûteux vous saurez expliquer que le plaisir est ailleurs, vous qui ne dégustez pas mais qui ingurgitez, qui savez caler ma bouteille bien au fond du gosier sans vous perdre en fioritures papillaires de sommelier efféminé, vous qui savez que ce n'est pas le goût qui importe mais d'avaler.
Et ne me parlez surtout pas de découvrir une bonne bouteille chez votre caviste du quartier : les cavistes sont des voleurs qui s'engraissent sur cette mode stupide du vin de pays. Les supermarchés aussi, me direz-vous, mais là-bas, au moins, on peut faire des courses de caddies. Et l'on trouve certainement beaucoup moins d'adeptes du couplet poujados-populiste du « trop de charges, trop d'impôts » chez les patrons d'hyper que chez les petits commerçants. Mais je me comprends.
Alors réagissez, aidez à la réhabilitation du vin étoilé, sauvegardez le cubi, protégez le vin en poudre mais surtout refusez le conformisme rétrograde, obsolète et dégradant du terroir à tout prix ! Ce combat doit être celui de tous, y compris le vôtre, amis snobs : soyez convaincus qu'il est tout à fait possible de trouver des vins aussi chers que sans goût. »

 

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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 00:00

Alors que je pédalais nonchalamment dans la rue St Placide qui relie la rue de Sèvres à celle  de Rennes – mon regard fut attiré par une nouvelle enseigne de caviste : « Le Vin en tête » – en ce moment les cavistes poussent sur le pavé de Paris comme les cèpes dans les sous-bois – la première réflexion que je me fis fut : « à 2 pas de la Grande Épicerie du BM, couillu le gars ! ». Et puis, léchant la vitrine, je tombe en arrêt comme un « Porcelaine » flairant des perdreaux face à une offre étrange : « cours d’œnologie ». Pourquoi pas me direz-vous. Mouais, j’veux bien mais à quand chez mon boucher ou mon charcutier ou mon tripier : « cours de zootechnie » ? Ben oui, car il ne fait aucun doute que pour apprécier une hampe gouteuse y faut savoir comment ça rumine la Blonde d’Aquitaine : faut pas se gourer dans le circuit de la panse, du feuillet et de la caillette, sinon je vous assure que ça va peser sur votre estomac. À mon avis je crois même que ça ne suffit pas, faut savoir ce qu’ils mangent ces braves ruminants. Alors, pour ne pas se gourer entre la prairie naturelle et la prairie artificielle, le trèfle et la luzerne, le ray-grass et le sainfoin, moi je suis pour inscrire les « cours de phytotechnie » dans le cursus du vrai consommateur de steak tartare. Bref, ça va générer de l’emploi dans le petit commerce.

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Attention mes amis je n’ai rien contre l’initiation à la dégustation – il existe sur la place de Paris d’excellentes maisons qui la pratique comme par exemple
www.Ecole-Du-Vin.fr ou <http://www.ecolededegustation.fr> de Jacques Vivet – mais baptiser pompeusement, sous l’égide du premier caviste venu, un ensemble mal défini de prestations : «  cours d’œnologie » ça me chiffonne à plus d’un titre. Le premier c’est que, dans l’esprit de ces pédagogues amateurs, qui d’ailleurs devraient se rappeler qu’un caviste c’est d’abord un commerçant de détail, l’œnologie c’est le fourre-tout. Y’a qu’à voir le programme de www.levinentete.com pour s’en persuader. Moi j’en reste aux fondamentaux : d’abord la culture de la vigne c’est de la viticulture, puis faire le vin relève de l’œnologie diplômée ou non, ensuite la dégustation professionnelle ou festive relève elle aussi de l’œnologie, enfin pour clore la culture du vin sous toutes ses formes n’a rien à voir avec tout ce qui précède. Appelons un chat un chat et les vaches seront bien gardées. Que certains veuillent enrichir leurs connaissances, bien sûr je n’ai rien contre mais de grâce laissons l’œnologie aux œnologues. En revanche, une pseudo-approche scientifique me fâche car elle est la porte ouverte à tous les discours orientés, définitifs. Après avoir placé le vin sur un piédestal, l’avoir éloigné de la culture populaire, l’avoir complexifié à l’excès, lui accrocher aux basques des « cours d’œnologie » relève au mieux de la culture d’un fonds de commerce lucratif au pire d’un goût très prononcé dans notre beau pays pour un pédagogisme laborieux.

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Sans généraliser, une telle approche fabrique beaucoup trop souvent des péroreurs qui emmerdent le monde avec leur science œnologique. Y savent tout. Y expliquent tout. Y z’ont du vocabulaire. Y vous disent que vous êtes un barbare parce que vous buvez tel vin avec tel plat. Y vous gonflent la tête avec des conseils. Faut les entendre dans les travées des salons de vins. Je les repère de suite. Y z’ont leurs groupies. J’admire la patience des vignerons. Encore heureux quand y achètent quelques boutanches. Trop de mots tue le plaisir. Tout le monde n’est pas Mozart. La soif de connaissances me plaît. L’étalage de la culture œnologique m’énerve. Ceci étant écrit comme cette approche s’adresse à un public très restreint, et ce n’est pas ça qui va faire avancer la culture du vin auprès du plus grand nombre, je plaide pour que tous ces zélotes, au lieu de faire les beaux auprès de leurs copains, se mettent au service d’un prosélytisme de masse dans le désert des rayons vins de la GD. Ben oui, ce n’est pas en prêchant auprès des convaincus qu’on fabrique des convertis.

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 00:00

Hier j’évoquais, à propos de la taille de la vigne, l’emploi viticole, les travailleurs de la vigne et tout naturellement, pour nos chères têtes blondes ou brunes ou rousses, ou tous ceux d’entre nous qui véhiculent une vision idyllique du travail à l’ancienne, je fais ce matin un grand zoom arrière grâce à une lecture récente d’un ouvrage « Foires et marchés d’Occitanie de l’antiquité à l’an 2000 » de Pierre-Albert Clément » Les Presses du Languedoc.

«Les loues, logues ou loyes en occitan, ont longtemps représenté le maillon essentiel du processus d’engagement des ouvriers. En des siècles où l’on ne connaissait ni les annonces classées, ni l’ANPE, ni Manpower, les possibilités de rencontre entre l’offre et la demande de main-d’œuvre se limitaient à un contact physique. Hommes et femmes à la recherche d’un travail s’alignaient, à des dates bien précises et à un endroit bien précis, pour recevoir les propositions des donneurs d’emploi. Ce système de recrutement d’apparentait aux marchés aux esclaves de l’Antiquité, à la différence que les esclaves n’intervenaient pas dans la transaction.

Les loues pouvaient se dérouler soit à l’occasion d’un marché, soit à l’occasion d’une foire, mais le plus souvent elles possédaient leur propre autonomie. Le dimanche paraît avoir été la journée la plus propice, car les saisonniers pouvaient plus facilement être présents [...]

À Limoux, une loue se tenait sur la place du marché, tous les dimanches d’août au matin ; elle paraît liée à l’embauche de vendangeurs ou de vendangeuses. »

« Les us et pratiques des loues des Aires-en-Cévennes au milieu du XVIIIe siècle nous sont révélés dans le détail par le livre de raison de Joseph Espagnac. Ce riche exploitant vivait à l’Elzière dans la paroisse de Saint-Hilaire-de-Lavit. Son mas était situé à 1500 mètres à vol d’oiseau du lieu où se tenait l’embauche. Le hameau des Aires a toujours été connu comme une des étapes majeures de la grande draille de Jalcreste que suivaient les troupeaux du littoral languedocien estivant en Margeride. Ce chemin millénaire canalisait également les migrations de travailleurs saisonniers et il est possible que les premières loues soient nées spontanément à l’occasion du flux de retour, à l’époque où les gens de la montagne revenaient des vendanges au bas pays [...]

« En extrapolant les informations relevées dans le livre de raison, on peut déduire que le choix des ouvriers ou des ouvrières s’effectuait sur des critères subjectifs, comme la bonne mine ou l’allure robuste de l’individu. Il était hors de question de vérifier les maigres renseignements qu’il communiquait sur sa personne et de s’enquérir sur ses aptitudes chez ses précédents employeurs. De toute façon, si l’on se trompait à l’embauche, le cas était vite réglé. Ainsi, Pierre Chabrol, de Rampon, pris comme berger le 13 octobre 1765, s’en va le mois suivant « n’ayant pas su garder ». [...] Pour donner un ordre d’idée sur les salaires, signalons que Joseph Espagnac paye un faucheur 12 sols par jour (6 euros) et le ramassage des châtaignes 4 sols par jour (2 euros). À titre de comparaison, il débourse 8 sols par tête (4 euros) quand il invite un ami à dîner aux Aires, à la fameuse auberge Deleuze qui est restée ouverte jusqu’en 1950. »

La loue des Aires du 4ième dimanche d’octobre était surnommée « la loue des ivrognes » car on y rencontrait davantage de fêtards que de demandeurs d’emplois.

La 5ième loue dominicale, la « loue des femmes grosses », non qu’elle fut réservée aux servantes en voie de famille, mais parce que, étant donné la faible affluence, les Cévenoles enceintes pouvaient aller et venir sans risquer d’être bousculées dans la cohue. » (Au dire de Denise Bruguière, une centenaire rencontrée au début des années 80 par Patrick Cabanel.)

Certains vont me reprocher d’évoquer des temps lointains et enfouis, il n’empêche que dans mes souvenirs de petit vendéen du bocage se gager à la Saint-Michel (29 septembre) ne relevait pas d’une pratique disparue mais d’une réalité bien concrète qui se traduisait par la disparition de quelques camarades des bancs de l’école «Il sera bien plus utile à la ferme» disait le père, ou «une bouche de moins à nourrir ». J'en ai connu qui couchait dans un réduit attenant à la grange. Idem pour certaines filles qui se gageaient pour devenir bonnes ou domestiques chez les bourgeois ou les commerçants du bourg ou des villes.Peu montaient àParis. Sur un sujet proche, mais dans un temps un peu plus lointain, si ça vous intéresse vous pouvez lire une chronique publiée en mai 2008 : « le travail des enfants » http://www.berthomeau.com/article-19268935.html

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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 00:01

Tout commence à la vigne et, le meilleur moyen de comprendre et de faire comprendre la vie de la vigne, et celle du vigneron aussi, c’est de suivre le cycle des travaux, jour après jour. Rassurez-vous, en dépit de mon apprentissage dans les vignes du frère Bécot à l’école d’agriculture de La Mothe-Achard, je ne vais pas vous abreuver de technique. Ce qui m’intéresse c’est de marquer des gestes millénaires, et celui de la taille l’est, lorsque la vigne a entamé son sommeil d’hiver. Geste important entre tous, il conditionne en effet la future récolte mais aussi la suivante, et à plus long terme le développement du cep. Opération délicate puisque à chacun des coups de sécateur pour éliminer les sarments jugés inutiles est le résultat d’un choix où interviennent de multiples facteurs.

L’instrument de la taille : la serpette puis le sécateur pendant des siècles n’avait guère évolué mais l’introduction du sécateur électrique a réduit la pénibilité du geste. Qui taille ? Le vigneron lui-même, mais aussi des salariés dont on ne sait pas grand-chose, et aussi maintenant des machines dites de taille rase. Chez le fabricant Pellenc : «La TRP™ est constituée d’un châssis et de quatre modules de coupe : deux modules latéraux à angle variable et deux modules de suivi de cordon. Le suivi de cordon s’ajuste automatiquement, grâce au système visionique, selon le réglage initial du chauffeur. Les modules latéraux à angle variable rasent au plus près quelque soit la configuration du cordon. En comparaison des 50 heures/hectare habituellement constatées, la TRP™ permet une réduction jusqu’à 90 % du temps de taille, en fonction de l’âge, de l’état de la vigne, du cépage et du porte-greffe. Le système visionique permet de travailler une journée complète, sans fatigue et jusqu’à 2,5 km/h.    »

 


Viticulture artisanale, viticulture industrielle, mais pour en revenir aux hommes au hasard, ramassé sur la Toile une info venue du Jura : « L’association de formation a sollicité le CFPPA de Montmorot qui s’investit dans une formation « taille de la vigne » se déroulant dans les vignes du lycée agricole. Douze salariés (six femmes, six hommes) inscrits par cinq employeurs ont appris la technique de taille dans le Jura, ses objectifs et son impact sur la production, les cépages, les produits issus de la vigne, leurs caractéristiques et le liage. Les méthodes pédagogiques sont axées principalement sur la pratique, les participants sont ainsi pendant cinq jours dans les vignes de l’exploitation du lycée agricole de Montmorot, afin de pratiquer la taille sous les yeux attentifs de deux formateurs, Jean-Claude Viallard, directeur du CFPPA et Thierry Piton »

18 décembre 2009

Les résultats du 1er concours de taille

 

Podium_121209La 1ère manche du Challenge Inter Châteaux des Tailleurs de Vigne Médocains a vu la victoire de Laurent DUPUY (au centre sur la photo) dont c'était la 1ère participation à un concours de taille.

L'ASAVPA a ouvert samedi 12 décembre au Château Saint Ahon à Blanquefort sa saison de concours de taille de vigne avec la 1ère des trois manches du Challenge Inter Châteaux des Tailleurs de Vigne Médocains.

Laurent DUPUY repart avec le sécateur d'Or offert par la société SNA Europe - Bahco et remporte également la 1ère place par équipe avec ses coépquipiers du Château Beychevelle. Même si le Château Beychevelle est bien parti pour décrocher un second sacre, rien n'est joué et il reste 2 manches pour départager les équipes. Le Trophée Galy, offert par le Conseil des Vins du Médoc, récompensera le Château vainqueur le samedi 13 février 2010, lors de la grande finale qui se déroulera au Château Cos d'Estournel à Saint Estèphe.

Résultats en individuel :

  • Laurent DUPUY, 161 points, Château Beychevelle à St Julien Beychevelle
  • Olivier CHALAUD, 160 points, Château de Pez à St Estèphe
  • Michel GAUDET, 149 points, retraité

Résultats par équipe :

  • Château Beychevelle de St Julien Beychevelle, 428 points
  • Château Lagrange de St Julien Beychevelle, 412 points
  • Château Saint Ahon de Blanquefort, 397 points

Prochaine rencontre des As du sécateur le samedi 16 janvier 2010 au Château Beaumont à Cussac. Il n'est pas trop tard pour s'inscrire : Bulletin_d_inscription_2009_2010

Renseignements auprès de Sophie Galland au 06.30.45.86.75

 

En revanche un geste a disparu du paysage : le sarmentage « Pendant que l'homme taille, la femme sarmente ; elle a revêtu pour cela un costume approprié : sur la jupe de droguet, elle a endossé un caraco, ajusté un devantier, tous deux de toile bise, et enfilé des mitaines de chanvre, ainsi vêtue, se baissant et se relevant sans cesse, elle ramasse les sarments jetés en vrac sur le sol. Quand la main est pleine de sarments, la javelle est finie ; il reste à l’attacher à ses deux extrémités, avec des sarments minces et flexibles. Les javelles sont ensuite liées, avec une longue branche d’osier, en paquets de douze, les fagots, qui seront emportés à la maison pour le chauffage et la cuisine. Je livre à la réflexion de certains « écologistes en chambre » la notion de pénibilité du travail et à tous ceux qui ont oublié notre hyper dépendance, pour notre vie de chaque jour, aux grands systèmes intégrés, la notion d’autonomie. Les sarments de nos jours servent encore pour les barbecues urbains...

Quelques photos et 3 vidéos pour illustrer cette chronique :

1- Taille de la vigne au domaine pédagogique Mas de la Garrigue du lycée Claude SIMON de Rivesaltes dans les Pyrénées orientales.

 

Taille cordon au sécateur

 

Taille gobelet au sécateur électrique

 

Ramassage des sarments.

2- La Taille Guyot Poussard en 3 mn, par Jérôme Bossan. Die, 27 novembre 2008

3- La Taille par Pierre Clavel

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 00:04

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Si vous vous ennuyez en cette fin d'année et si vous voulez pénétrer dans les tréfonds des USA pour mieux tenter de comprendre ce pays, si fascinant et si irritant, alors lisez la trilogie Underwood U.S.A  de James Ellroy. C'est du lourd. Des pages éblouissantes, du pourri, des personnages vérolés : Nixon, Edgar Hoover, Howard Hughes, des stars dont « la gouine exhibitionniste, qui broutait des minous dans les soirées hollywoodiennes» : Nathalie Wood. C'est une vaste fresque de la période Kennedy et des années Vietnam  dont le premier tome American Tabloïd compte 740 pages et 57 personnages que l’on retrouve dans le second tome American Death Trio. et voilà que sort enfin le troisième et dernier tome au début janvier 2010 :  Underwood U.S.A  Rivages thriller 850 pages 24,50 euros. Donc faites le compte si vous vous lancez dans l'aventure : 2400 pages à dévorer sans modération.

 

Bonne lecture, et pour vous mettre en bouche je vous livre  les 3 Questions à James Ellroy qui sont tirées d’un entretien de James Ellroy mené par Bernard Sichère et Jean-Luc d’Asciano. Elles ont trait à John Kennedy dans American Tabloïd.


James Ellroy de son vrai nom Lee Earl Ellroy est né le 4 mars 1948 à Los Angeles d'un père comptable (Armand Ellroy) de 50 ans et d'une mère plus jeune infirmière d'origine allemande. Ses parents divorcent six ans plus tard. Sa mère obtient la garde du petit. Celui-ci a dix ans, lorsqu’ils emménagent dans un quartier populaire de Los Angeles, El Monte. James est déjà un lecteur fervent de littérature policière.

 

Geneva Hilliker Ellroy (1915-1958), sa mère, est assassinée le 22 juin 1958 et retrouvée par une bande de jeunes près du lycée Arroyos. L'assassin ne sera jamais arrêté. James est confié à un père bienveillant, mais il est livré à lui-même. Il sombrera peu à peu dans la délinquance. James Ellroy se fait renvoyer du collège à 17 ans, sans diplôme. Alors que la santé de son père se dégrade, Ellroy s'engage dans l'armée en 1965 et fait ses armes en Louisiane.

 

 

Son père succombera rapidement d'une crise cardiaque et sa mort marquera le début d'une lente descente aux enfers. Ellroy se fait réformer de l'armée, il retrouve un vieil ami, Randy, et sombre avec lui dans la consommation d'alcool et de drogue. En 1975, un abcès au poumon ainsi qu'une double pneumonie le font renoncer aux abus d’alcool. Il prendra des amphétamines jusqu'en 1977, avant d'arrêter définitivement toutes substances toxiques. Il brise le cercle infernal dans lequel il s'est enfermé et devient caddie de golf à Los Angeles commençant une vie plus rangée. En 1978, il s'inspire de son expérience de caddie, de son amour pour la musique classique, pour poser la trame de fond d'un premier roman : Brown's Requiem, publié en 1981 et écrit selon son auteur "debout, dans une chambre d'hôtel miteuse".

 


Le livre qui lui fera connaître la célébrité : Le Dahlia Noir, œuvre de fiction basée sur une histoire vraie légendaire du Los Angeles des années quarante, le meurtre le plus sanglant et le plus sadique qu'ait connu la ville d'une jeune starlette, Elizabeth Short, qui a été surnommée  Le Dahlia par un journaliste, en référence au Dahlia bleu film de série B de l'époque avec Veronica Lake.

 

 

L'affaire du Dahlia Noir n'a jamais été résolue. James Ellroy semble a utilisé ce fait-divers, pour commencer à exorciser le souvenir du meurtre de sa propre mère qui a eu lieu environ 11 ans et 5 mois après celui d’Elizabeth Short assassinée en janvier 1947. En réalité, James Ellroy a découvert cette histoire dans un livre que son père lui avait offert pour ses dix ans, quelques mois avant le meurtre de sa mère, d'où la "providence", le livre s'intitulant "The Badge" de Jack Webb, lequel a été quarante ans plus tard, préfacé par Ellroy lui-même. Dans L.A. Confidential, Jack Vincennes est inspiré de Jack Webb, flic vertueux et de droite du LAPD.

 


Ellroy a déclaré récemment dans un entretien : « L’une des choses que j’ai apprises au cours de mon enquête (sur le Dahlia noir), c’est la profondeur de la dette que j’ai à son égard (sa mère) et à quel point je dérive de ma mère. Je viens d’elle. Directement. Elle avait un côté très sensuel, un peu dissolu, elle aimait les mecs un peu ringards et la gnôle. Elle avait en même temps un côté moraliste et sévère. Je possède ces deux aspects de sa personnalité, si ce n’est que j’ai su dépasser mes côtés luxurieux. »


 

Question 1 : Le traitement – dans American Tabloïd - des liens avec la mafia et la CIA au sujet de Cuba est hallucinant.


« Tout cela est vrai. À cette époque, il n’existait pas d’éthique, de responsabilité politique de l’Etat face à ses électeurs. L’assassinat de Kennedy est le point de départ d’une prise de conscience des électeurs, des politiciens et des institutions. De leurs responsabilités politiques. Mais ce roman, c’est aussi l’histoire – vue de l’intérieur et par le petit bout de la lorgnette – d’Hollywood, de la criminalité et des politiciens.

 

 

Kennedy est un personnage assez pauvre ?

 

Délibérément. C’est une coiffure.

 

 

 

Question 2 : De Gaulle n’aimait pas du tout Kennedy, il le décrivait comme un play-boy et un garçon coiffeur. En France, lors de la parution de vos premiers livres, vous avez été qualifié d’écrivain de droite ou d’extrême droite. Pourtant vous dénoncer la chasse aux sorcières et le racisme. Comment êtes-vous perçu aux USA ?



«  De Gaulle avait beaucoup d’humour. Je suis content que le Chacal ne l’ait pas tué. Il y a eu plusieurs tentatives d’assassinat contre de Gaulle. Pour Kennedy, la première a réussi. Nos tueurs sont plus doués.


Les Américains se contrefoutent de l’opinion politique de leurs écrivains. La droite ne m’a jamais attaqué, ni la gauche. Une fois, une lesbienne radicale-féministe m’a traité de fasciste homophobe antisémite, et un journaliste d’antisémite, d’antimexicain et de néo-nazi. Pour le reste, rien, ni d’un côté, ni de l’autre.

 


Question 3 : Croyez-vous au diable, et pensez-vous qu’il y ait une bonne ou une mauvaise façon de croire au diable ?

 


« Je n’ai jamais cru ni au diable ni à une quelconque entité satanique. Le mal, ce sont les êtres sans conscience. Ceux qui sont incapables d’éprouver de la sympathie ou de l’empathie pour les autres êtres humains. »

Dans vos romans, le tueur à gages ou le flic pourri, et le serial killer sont liés au mal. Pourtant le tueur et le policier ne sont pas totalement mauvais. Ils descendent la pente en cherchant leur salut. Il s’agit de rédemption, comme chez Conrad ou Melville ?


«  Je crois en la rédemption, mais pas en terme religieux. Les personnages qui m’intéressent sont ceux qui brisent les jambes de l’Histoire. Qui mettent en acte au plus bas niveau les décisions politiques : les barbouzes, les poseurs de mouchards… American Tabloïd dépasse toutes les ventes des livres précédents… Je dois avoir touché quelque chose qui tient à l’inconscient collectif… Cette superbe année 1958 où l’on pouvait faire du chantage sexuel, casser la gueule à de futurs informateurs, assassiner Jack la belle coupe… »


 

Extrait de Petite Mécanique de James Ellroy publié à l'oeil d'or www.loeildor.com

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