Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Marcellin est comme Hoover, c’est un obsédé du complot, une raclure pétainiste (74)

Le père de Marie, le grand homme, la coqueluche des galeristes newyorkais, l’éphémère beau-père, de Benoît claquait des doigts, sans un mot, pour congédier son petit monde froufroutant. La volaille s’éclipsait alors qu’il se rhabillait tout sourire. Surprise par la tournure prise par les évènements, Yvonne le Bellec, plantée face à eux deux, le magnum de champagne niché de ses bras, hésitait sur la conduite à tenir. Prévenant Benoît la libérait de son précieux fardeau tout en lui brossant un rapide tableau de la situation. Sa brève histoire lui plaisait et, lorsque le grand homme ce fut resapé il prenait Benoît par le bras en lui disant : « Je t’emmène au Harry’s Bar… » Au dehors la place des Vosges baignait dans un halo de ouate rouge tendre. Soudain Benoît se récriait « Chloé ! Je ne peux pas la laisser tomber comme une vieille chaussette…

 

-         La fille de cette vieille maquerelle de Rainieri. Tu as vraiment bon goût mon garçon !

 

-         Vous la connaissez ?

 

-         Oui, je l’ai croisée en compagnie de sa mère à un vernissage. Beau brin de fille, pas pétroleuse pour deux sous en dépit de ses liaisons avec les guignols de la Gauche Prolétarienne…

 

-         Comment êtes-vous au courant de tout ça ?

 

-         Mes vieux réseaux de la Résistance, tout se sait mon garçon. La Gauche Prolétarienne est un gruyère de fils de bourgeois infiltré par tous les trous…

 

-         À qui le dites-vous !

 

Au Harry’s bar ils burent beaucoup, de la stout bien épaisse, costaud, à mâcher comme de la soupe de pois cassés. Benoît mit le grand homme au parfum de l’opération double chevron. Chloé dormait sur l’épaule de Benoît. « Mon petit Benoît nous allons leur pourrir la vie un maximum. J’adore la grande Claude Pompe, elle a de la classe mais, de Gaulle parti, son gros Georges, en bon banquier louis-philippard, va ouvrir les vannes et les affairistes vont sortir leurs groins du marigot et, crois-moi, ils vont se goinfrer. Marcellin est comme Hoover, c’est un obsédé du complot, une raclure pétainiste, les « enragés » ne sont que des fils de famille qui jettent leur gourme en jouant aux révolutionnaires. Crois-moi Benoît, sans l’épreuve du feu, les combats verbeux ne sont que des discours romantiques. À l’arrivée, les plus mauvais feront de la politique, les plus astucieux du blé et les plus cons finiront sans doute à Clairvaux. Puisque ton choix c’est de flamber ta vie moi je vais te fournir le carburant : mon fric. Nous avons aimé la même personne mon grand et nous allons lui offrir le feu d’artifice du siècle. Avec cette grande seringue tu vas former un couple d’enfer… »

 

Le président Pompe se méfiait, à juste raison d’ailleurs, l’affaire Markovic le démontrera, des « demi-soldes » du SAC où se mêlaient, autour du noyau dur de la diaspora corse, d’authentiques héros de la Résistance et de vrais truands. Comme l’heure n’était plus aux combats de l’ombre contre les « soldats perdus » de l’OAS ou à la défense de la Vème menacée, alors Pompidou avait demandé à Marcellin de débarrasser le SAC des éléments les plus douteux. Tâche malaisée car ce petit monde de reitres désœuvrés, naviguant en marge de la légalité, vivant d’expédients, cultivait un sentiment de toute puissance, au nom des services rendus au Général, et pensait que leur impunité ne saurait être remise en cause. La cellule « MR », Mouvements Révolutionnaires, créée au sein de la DST par le Fouché du Morbihan, dont dépendaient Armand et Benoît, allait, par le biais d’une de ses recrues les plus prometteuses, en provenance de Lorient, un « pistonné », jouer un rôle actif dans l’infiltration du SAC.

 

L’irruption du père de Marie, familier de Claude, l’épouse du président Pompe, et gros poisson des réseaux gaullistes de la Résistance, le fugace « beau-père » de Benoît, l’inséra avec un savoir-faire remarquable dans les filières où l’on ne vous pose pas de questions lorsqu’on est adoubé par un référent de cette dimension. Pour la première fois, depuis la disparition de Marie, Benoît retrouvait foi en sa destinée. Bien sûr ce n’était plus pour lui le bel avenir de ma jeunesse : la résistible montée vers les sommets, la griserie du pouvoir, le grand amour, qu’il avait en ligne de mire mais, de nouveau, même si ça peut paraître étrange et paradoxal alors qu’il pataugeait plus encore dans les égouts de la République, de nouveaux repères balisaient sa route et il se sentait rasséréné, optimiste même. Lorsqu’ils étaient sortis du Harry’s Bar, en dépit de leurs protestations, il les avait ramené chez lui. En ouvrant la porte de son appartement il avait dit à Benoît « Tu es ici chez toi ». Chloé et le grand homme passèrent le restant de la nuit à converser sous la verrière de son grand atelier. Benoît s’effondrai d’un bloc, tout habillé, sur le grand lit où il avait dormi avec Marie.

Partager cet article
Repost0
13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 07:00
https://louisbourdon.com/bretagne9.php

https://louisbourdon.com/bretagne9.php

À l'office, assise sur une chaise paillée, égrenant un chapelet aux grains usés, une déjà vieille, vêtue de noir, accueillait Benoît avec un large sourire édentée. « Mon petit gars, je suis la nounou de Jean-Edern, qu'est-ce-que je peux faire pour ton service ?

 

- Ne vous dérangez pas je vais me servir un verre d'eau.

 

- T'es bien le premier que je vois boire de l'eau dans cette maison...

 

Benoît lui trouvait un air de famille ce qui l'amenait à lui poser une question que d'ordinaire il se serait bien gardé de poser.

 

- Vous êtes née où madame ?

 

- En pays bigouden, à Pouldreuzic, je suis gagée depuis l'âge de 14 ans et y'a ben longtemps qu'on ne m'a pas donné de la madame. Ici, c'est Yvonne par ci, Yvonne par là, y'a que ma grande ficelle qui continue de m'appeler Lolo Bellec. Faut vous dire que je suis une Le Bellec, la douzième, et que je sais plus à quel âge il a arrêté de me téter ma grande ficelle. Quand il est fin saoul, comme l'était si souvent mon père et mon bonhomme, y vient pleurer dans mon giron et y me dit que j'suis bien la seule qui l'aime.

 

- Vous avez eu beaucoup d'enfants ?

 

- Non mon petit gars, trois seulement, un par an avant que mon bonhomme se fasse écraser par un wagonnet dans la ligne Maginot. Que des gars, y font des cochons au pays et leurs femmes font leurs commissions en auto. Y n’viennent jamais me voir. Z'ont honte de moi, j'suis qu'une bonniche pour eux, alors le soir je dis des chapelets pour mes petits-enfants.

 

Benoît s'était assis en face d'elle. Le temps passait, hors du temps il l'écoutait dévider ses souvenirs en pensant à sa mémé Marie.

 

Au-dessus de sa tête une sonnerie à mi-chemin entre le grelot et la clochette d'enfant de chœur le tirait de ses rêves éveillés. Yvonne soupirait « C'est son heure. Avec lui c'est réglé comme du papier à musique. Après ses galipettes c'est, comme y'me dit toujours de sa belle voix, Champagne ! » En l'écoutant Benoît se tordais le cou pour observer le panneau d'où provenait la stridulante injonction ; une petite merveille en loupe de noyer sertie de cuivre avec, sur deux rangées, des ampoules rouges et des sonnettes surmontant des plaques de porcelaine où, en écriture romaine, était indiqué le lieu de provenance. L'ampoule clignotait au-dessus de « Bibliothèque ». Yvonne se relevait pesamment pour aller ouvrir la porte supérieure d'un frigo, façon boucher, encastré dans le mur qui faisait face à la lourde cuisinière de fonte encadré par un grand évier de granit et un plan de travail en bois patiné. « Même s'il a drôle de manières que notre religion réprouve cet homme, mon garçon, est bon et généreux. Lui quand il m'appelle Yvonne je n'ai pas le sentiment qu'y me traite comme un vieux torchon. L'a des yeux qui rient. Y prend, comme toi, le temps de me causer. Et puis, y trouve toujours l'occasion de me donner la pièce. Y m'dis, Yvonne « achetez-vous un beau foulard pour aller avec vos prières ». Le rit avec ses belles dents. Jamais moqueur, un peu taquin, y fait toujours attention à moi... » Les bras chargés du magnum, trainant ses savates, Yvonne Le Bellec, sur le pas de la porte, lançait, sans même se retourner, « et si vous veniez avec moi je suis sûr que ça lui ferait plaisir... »

 

Pour se rendre à la bibliothèque, afin d'éviter les pièces où se tenait la réception, Yvonne les fit passer par le jardin. Sous la lumière crue de la pleine lune les gravillons blancs des allées, tels des amas de vers luisants, traçaient d'étranges filaments sur la masse sombre des massifs. Ils contournèrent l'hôtel par la droite et leurs pas désaccordés résonnaient dans l'étrange amphithéâtre formé par les immeubles avoisinants qui découpaient dans le ciel blafard d'inquiétantes figures sans relief. Provenant d'une porte-fenêtre ouverte l'écho d'une voix reconnaissable entre mille faisait sursauter Benoît. Coup au plexus solaire, il marquait un temps d'arrêt. Yvonne s'inquiétait « z'êtes où ? » Se tirer ! Fuir. Benoît hésitait. La voix interpellait Yvonne qui se tenait sur le petit perron donnant accès à la bibliothèque : « Alors sainte femme, j'espère ne pas avoir interrompu votre Rosaire ! Ne restez pas plantée dehors, entrez donc dans ce lieu de perdition... » Yvonne lui répondait qu'elle n'était pas toute seule. Elle hélait Benoît « J'vous ai pas demandé votre petit nom mon garçon alors je ne sais pas comment vous appeler. J'vous aurais pas cru si timide. Allez venez y va pas vous manger... » Un grand éclat de rire accueillait sa déclaration « Mais on dirait que notre Yvonne nous amené une petite nouveauté qui fait des manières... » Benoît ne pouvait plus reculer et, d'un pas mal assuré, il rejoignait Yvonne Le Bellec sur le perron. « Ha, bien merde alors, te voilà enfin Benoît... » Debout, pieds nus, en caleçon, face à lui, le père de Marie n'en croyait pas ses yeux.

Partager cet article
Repost0
12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Il se laissait choir sur le sofa auprès d’Anna qui confiait à Chloé : « vraiment ce July ce n’est pas une lumière… »     (72)

Les premiers échos de la seconde bataille de Flins arrivaient. Il se disait que la femme de l’ex-grand chef de l’UJ, la Nicole, qui avait pour mission de récupérer dans un minibus, une poignée des assaillants, s’était égarée. Qu’elle avait tout de même retrouvé son chemin mais, quand elle était tombé sur ses camarades, Gamelin en tête, blessé, celui-ci n’avait dû son salut qu’à la présence d’une voiture qui l’avait embarqué en dépit de ses protestations, les véhicules des gardes mobiles s’engageaient dans le chemin forestier et alors elle avait détalé. Tout ce beau monde gloussait en se léchant les babines encore humides de caviar. Edern pérorait. Gustave éclusait cul sec des petits verres de Vodka frappés. Chloé sur un sofa, à l’écart du brouhaha, devisait avec Anna. Benoît abandonnait Aline au milieu d’un paquet de ses sœurs de militance qui se payaient la fiole de la pauvre Nicole : « Elle n’aurait jamais dû quitter son officine. Faut rester lucide faire pharmacie c’est comme s’engager dans l’épicerie ce n’est pas l’antichambre idéale du mouvement populaire. Avec son Robert, le visionnaire, ils font vraiment la paire. Des petits bourgeois étriqués… » Ça fusait. Benoît se retenait de leur dire que le Robert en question s’esquintait la santé chez Citroën mais, comme le temps n’était plus pour lui à jouer les redresseurs de torts, il se contentait de lâcher un lourd « bande de connes » qui les conforta dans leur allergie de plus en plus prononcée pour les porteurs de slip kangourou. Il se laissait choir sur le sofa auprès d’Anna qui confiait à Chloé : « vraiment ce July ce n’est pas une lumière… »   

 

Pour Benoît cette soirée au cœur de la gentry intellectuelle parisienne, qui ne pouvait être en ce temps-là que de gauche, une gauche qui se voulait rebelle, engagée, pétitionnaire, révolutionnaire du modèle « tigre de papier », bavarde, intolérante, bien logée, protégée, donneuse de leçons, internationaliste versus Classe Affaires d’Air France ou de la Pan Am, que la droite n’osait pas encore la qualifier de caviar, était une première. Tel un jeune ethnologue débarquant en Papouasie Nouvelle-Guinée, le cul posé sur le sofa, il observait les mœurs de la peuplade en faisant semblant de s’intéresser à la conversation de ses voisines. Les vieux mâles de la peuplade paradaient, prenaient des poses tout en surveillant, d’un œil qui se voulait indifférent, la superficie et la qualité des cercles de leurs concurrents. Deux ou trois spécimens remarquables, très Collège de France, mandarins marxistes, crinière blanche et ongles manucurés, portant beau, drainaient l’essentiel d’une population féminine qui devait avoir passé beaucoup de temps à s’enlaidir et à choisir des fringues informes. On aurait dit des hordes de sorcières dépenaillées, les plus vieilles tétaient des cigarettes américaines alors que celles qui auraient pu être leurs filles se refilaient des joints. Toutes buvaient sec. Que du menu fretin sans intérêt, pour espérer lever des espèces rares il fallait qu’il aille jeter ses filets en des eaux moins poissonneuses mais plus profondes. Il claquait une bise sur le front de Chloé avant de se lancer dans la pêche au gros.

 

Jean-Edern, l’œil de traviole, cerné par une nuée de godelureaux, en futal pattes d’éléphant, vestes à carreaux cintrées sur chemises à jabot, gesticulait et pérorait en postillonnant sur ses adorateurs. Sur une bergère Louis XV Gustave, entouré de deux filles défoncées qui gloussaient en fourrageant dans sa braguette, pionçait la bouche ouverte. Dans le couloir qui menait à l’office un grand type sans âge, aux yeux globuleux et inexpressifs, bien mis, vomissait avec élégance dans un vase de Sèvres. Indifférent à la présence de Benoît, toujours avec des gestes précieux, il se débraguettait pour aller pisser sur la terre sèche d’un grand Yucca en pot. « J’amende, jeune homme… j’ensemence aussi… si ça te dit je peux m’astiquer le membre rien que pour toi… J’ai une faculté d’érection hors du commun… d’ailleurs c’est bien ma seule supériorité… j’adore me faire défoncer par de beaux étalons comme toi… si ça te dis ton prix sera le mien… » Sans prendre la peine de répondre à sa proposition il se contentait d’empoigner ses fesses étiques fermement « avec un tel matériel, ma pauvre fiotte, t’es tout juste bon à faire des passes gratos, pour les toxicos en manque, à la vespasienne du boulevard Arago… »

Partager cet article
Repost0
11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « Viens avec nous le surineur. Ne fais pas cette tête-là. Crois-moi tu es un bon coup Gustave, je n’ai jamais joui comme ce soir … » (71)

Gustave débandait, bras ballants, résigné, il chouinait : « Putain de merde t’as vraiment juré de me casser tous mes coups… », le coup en question rectifiait avec dignité sa position tout en cherchant du regard sa petite culotte alors que Gustave dubitatif  contemplait l’étendue du désastre qui remettait en cause sa virilité. Benoît raillait « Dis donc mon Gustave t’es une bête de sexe. Infatigable l’enflure toujours sur la brèche, si je puis m’exprimer ainsi chère madame, allons Gustave tu manques à tous tes devoirs de gentleman, présente-moi à ta charmante partenaire…

 

- T’es naze mec, c’te pouffiasse j’la connais même pas.

 

- Alors présente-moi ça permettra à madame d’élargir le cercle de ses relations.

 

- Tu fais chier chais même pas qui tu es…

 

Sensible aux lazzis de Benoît la dame retrouvait de sa superbe, elle lui tendait une main aux ongles finement manucurés « Aline de Lescure » qu’il effleurait d’un baiser avant de lui lancer, bravache, « Léon Béria, de la police politique du Président Pompe… »

 

-         C’est quoi cette nouvelle engeance ?

 

-         Mon bon plaisir Gustave, tu devrais remonter tes brailles sinon madame de Lescure va te prendre pour son garde-chasse…

 

-         Ta grande sauterelle t’a bourré le pif de poudre mon gars. Arrête ton char sinon…

 

-         Sinon tu vas me dénoncer Gustave la balance…

 

-         Faut pas l’écouter madame il n’est pas dans son état normal…

 

-         Même s’il me prend pour une pauvre conne ce jeune homme me semble très pertinent. Soyez sans crainte gros tas de merde vos affaires tordues j’en ai rien à foutre…

 

-         Tu faisais moins la fière tout à l’heure pouffiasse…

 

-         Allons Gustave c’est à une dame que tu causes…

 

-         Je préfère les putes…

 

-         Pour toi toutes les femmes mariées sont des putes Gustave. Je compatis chère madame, vous devez vraiment souffrir pour en arriver à vous faire mettre par cette raclure…

 

-         Je ne te permets pas…

 

-         Mais si Gustave, tu permets tout pour toi ce n’est qu’une question de prix…

 

-         Ce n’était qu’une expérience, j’ai toujours eu le phantasme du camionneur…

 

-         Sans vouloir être mufle, chère Aline, si vous me permettez cette familiarité…

 

-         Après ce que vous venez de voir vous êtes sans pitié avec moi jeune homme…

 

-         Dans votre cas c’est une bonne thérapie mais là n’est pas le problème. Comme je m’apprêtais à vous le dire, assimiler Gustave à un camionneur c’est faire insulte à une corporation, certes un peu brut de décoffrage, qu’aime bien les fachos, mais qui a reçu ses lettres de noblesse depuis le Salaire de la peur…

 

Gustave atterré perdait pied. Aline, qui venait de récupérer sa petite culotte que Gustave avait délicatement posée sur l’abondante chevelure d’un Beethoven en buste qui trônait sur le manteau de la cheminée, lâchait elle aussi prise. Mon verbiage fumeux lassait, moi le premier.

 

Pendant qu’Aline de Lescure se repoudrait le nez et se redessinait les lèvres, Gustave, avachi dans un fauteuil crapaud, observait Benoît d’un œil mauvais en ruminant sa contre-attaque. L’intrusion brutale dans le beau nid douillet que lui offraient ses thuriféraires des hautes sphères de la GP risquait de fiche en l’air tout le bénéfice qu’il tirait de son statut de « prolo officiel ». Après l’avoir bousculé, déstabilisé il fallait à Benoît prendre appui sur sa mauvaise humeur pour le cadrer. Le marché était d’une grande simplicité : Benoît offrait à Gustave de conforter, auprès du locataire de la place Beauvau, son statut d’indic n°1 au sein de la GP en échange d’agir selon sa volonté. Gagnant/gagnant : pour lui la pérennisation de sa situation de coqueluche idolâtré lui ouvrant tous les avantages collatéraux : baise, fric, fréquentation de la crème gépéiste : Clavel, Duras, Claude Mauriac, Joris Ivens et même Godard, vie facile ; pour Benoît, se dégager des tâches subalternes, manipuler tout le monde, s’infiltrer dans les cercles du pouvoir pour leur pourrir la vie. Bien évidemment, avec Gustave il n’entrerait pas dans ces subtiles considérations. Comme il le tenait à la fois par les couilles et par la peur, lorsqu’il lui ferait part de ce que seraient à l’avenir leurs relations ce serait comme sur le foirail, entre maquignons, qui baise qui, on ne sait pas vraiment, mais au bout du compte on tope-là.

 

Au lieu de se coltiner le Gustave en tête à tête dans cette chambre, théâtre de ses ébats interrompus, Benoît se tournais vers Aline de Lescure pour l’inviter à regagner la réception à son bras. De très bonne grâce, elle se pliait à cette bonne manière des plus bourgeoise en taquinant au passage le Gustave : « Viens avec nous le surineur. Ne fais pas cette tête-là. Crois-moi tu es un bon coup Gustave, je n’ai jamais joui comme ce soir … » À la tête qu’il fit, étonnée et satisfaite, en se rengorgeant, benoît comprenait que le compliment, même s’il flattait l’enflure, chagrinait son machisme profond : la qualification de « bon coup » ne pouvait s’appliquer qu’aux pétasses. Pour emporter la décision Benoît lui passait une nouvelle couche : « Avec la pub que va te faire Aline tu vas pourvoir te constituer un harem sacré veinard ! » Sourire retrouvé, Gustave relevait sa grosse carcasse en lâchant un vent chuintant et odoriférant. « Ça dégage ! » commentait-il avec son intonation ch’timi qui chuintait elle aussi en « décache ! ». Au bras de benoît, la zélote d’Antoinette Fouque, réprimait un haut le corps. Plein de commisération hypocrite Benoît lui tapotait la main. « Les luttes de libération, Aline, passent souvent par des chemins de traverse un peu fangeux. On ne fait pas la Révolution sans se salir les mains… » Gustave dodelinait sa grosse tronche, l’air de dire, ce mec c’est vraiment qu’un phraseur mais sans pour autant se sentir visé par la réflexion de Benoît puisqu’il leur balançait : « Ce n’est pas mon cas, moi j’ai jamais eu les mains aussi propres que depuis que je me suis embarqué dans la Révolution… » Et de rire grassement en postillonnant sur le dos dénudé d’Aline.

Partager cet article
Repost0
10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Jean Edern vilipendait les petits maquignons du Bureau Politique qui allaient faire bronzer le gros cul de leur bobonne aux frais des cacochymes du Kremlin et qui en profitait pour se faire sucer le membre pendant la sieste par des jeunes beautés slaves.  (70)
  • Aide-moi beau légionnaire, je n’ai jamais su choisir…

 

Habiller une fille pour la sortir, l’exposer en public à son bras, relève d’une forme jouissance de la plus haute perversité. D’ordinaire, les femmes décident de ce qu’elles veulent montrer ou cacher et, en dépit des glapissements féministes sur le thème : nous portons des strings pour nous faire plaisir, ce que les femmes montrent c’est ce qu’elles exposent d’elle-même pour que ce soit vu et, ce qu’elles cachent à peine sous des robes moulantes, courtes ou fendues, c’est ce qu’elles offriront à celui ou à celle qui saura leur plaire ou sur lequel elles auront jeté leur dévolu. L’histoire des gorges pigeonnantes, des culottes fendues, des voiles et des bas est là pour en témoigner. Dans le jeu de la séduction la femme tient toutes les cartes maîtresses et surtout, presque toujours, c’est elle qui choisit.

 

Habiller Chloé comblait Benoît qui se sentait libre de ses choix puisqu’entre eux deux le seul lien existant était le n’importe quoi ou, plus exactement, comme il était allergique à l’utilisation de toutes les formes d’adjectifs de possession, elle, était elle, et lui était lui. Chloé avait optait pour la dérision. Le vêtement étant la seconde peau, celle qu’on choisit, Benoît n’eut aucune peine à assembler dans sa tête celle de Chloé. Pour le haut, une pure merveille de chic provoc : un petit débardeur noir tricoté à collier de chien clouté de billes d’acier, dont Vivienne Westwood ferait plus tard l’un de ses musts. Ainsi les regards se scotcheraient sur le si beau cou de Chloé, oubliant ses épaules étroites et sa poitrine plate. Pour le bas, un short bouffant en satin noir s’imposait : les compas de Chloé et sa taille de guêpe en étaient magnifiées. Restait le choix des chaussures. Complexe eu égard à la pointure de l’asperge : 40, tout lui semblait lourd et emprunté jusqu’à l’instant où, ayant vissé sur les cheveux courts de Chloé un bonnet de feutre noir, l’évidence des ballerines de danse s’imposa.

 

Anna, l’épouse d’Edern, les reçut avec beaucoup de gentillesse. Italienne comme Chloé, riche héritière, elle se mouvait dans cette étrange assemblée avec un détachement amusé. Elle complimentait Chloé pour sa tenue et s’attira cette répartie : «  Chère Anna, il me voit belle, il me veut belle, alors il me fait belle, il est exceptionnel mon beau légionnaire… »  Avec son Perfecto, son jeans Benoît  faisait un peu tache à côté d’Edern qui lui arborait ce soir-là une chemise blanche à jabot très Mick Jaeger sous une veste en soie jaune canari, mais ça excitait plutôt la concupiscence d’un cheptel féminin, tendance Simone de Beauvoir non révisée, bandeau et morgue incorporée. Le champagne coulait à flot et ce fut la première fois que Benoît mangea du caviar. Jean Edern proclamait à la cantonade qu’ils pouvaient se goinfrer sans remord puisque les fameux œufs d’esturgeon lui avaient été offert par un hiérarque du PC à son retour de vacances dans une datcha des bords de la Mer Noire. Avec son intonation si caractéristique et son rire nasillard le grand escogriffe vilipendait les petits maquignons du Bureau Politique qui allaient faire bronzer le gros cul de leur bobonne aux frais des cacochymes du Kremlin et qui en profitait pour se faire sucer le membre pendant la sieste par des jeunes beautés slaves. « Des porcs ! » La cour riait. La cour l’entourait. La cour se bâfrait. Benoît s’emmerdait. Tout ce champagne lui donnait envie de pisser, un larbin lui indiquait que c’était au premier, il s’égarait, poussait des portes, découvrait à quatre pattes sur un tapis de la Savonnerie une quadragénaire, cul à l’air, qui se faisait tringler par un gros type futal sur les chaussettes. La représentante du « deuxième sexe » approchait de l’extase et le proclamait d’une voix haletante. Le gros boutait ce qui donnait à ses fesses poilues des ressauts ignobles. « T’inquiète pas ma grosse vache quand ça va gicler t’en auras pour ton taf ! J’chui même capable d’en garder un litre pour t’en mettre aussi plein la rondelle… » La voix de l’ignoble Gustave, et surtout son putain d’accent, ne laissait aucun doute à  Benoît  sur l’identité de l’usineur de celle qui se révéla être par la suite une ardente militante du droit des femmes à disposer de leur corps.

Partager cet article
Repost0
9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 07:00
David Hockney, "Hollywood Hills House", 1980, Collection Walker Art Center, Minneapolis. Gift of Penny and Mike Winton, 1983 © David Hockney

David Hockney, "Hollywood Hills House", 1980, Collection Walker Art Center, Minneapolis. Gift of Penny and Mike Winton, 1983 © David Hockney

L’appartement d’Ossie, au dernier étage d’un superbe immeuble, immense, lumineux, adossé à une terrasse-jardin embrouillamini de plantes et d’arbres exubérants, donnait le sentiment, avec ses canapés en tous sens, d’être une suite de vastes salles d’attente d’un aéroport futuriste. Peu ou pas de meubles, pas de tables ni de chaises, mais des toiles aux murs, des toiles des plus grands : de Kooning, David Hockney, Jackson Pollock, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Jasper Johns… Ossie trimballait sa grande carcasse, très pulpeuse pour une anglaise, dans un sari immaculé. Ses cheveux longs, très noirs, ramenés en une longue tresse qui lui battait le bas du dos, un maquillage très élaboré, lui donnait un air de danseuse d’un temple dédié à la déesse Jivah. Des bougies et des lampes à huile posées à même le plancher ou sur les plateaux des cheminées, ainsi que des brûleurs d’huiles essentielles, et la musique Rabi Shankar en boucle, achevaient de les dépayser.

 

Chloé, après la tension de la conduite de la Norton, se laissait aller en s’avachissant sur un canapé demi-circulaire pour s’offrir quelques lignes. Ossie, elle, affichait une sérénité souriante qui la rendait disponible, elle conduisit Benoît dans la salle de bain, une vaste pièce circulaire dont le centre était occupé par une grande vasque de marbre emplit d’une eau qui exhalait des vapeurs parfumées au bois de santal, et le défit de bas en haut avec beaucoup de délicatesse ce qui lui évita d’afficher une érection. Avec toujours la même grâce elle libérait son corps du sari. La vue de sa nudité charnue précipitait cette fois-ci Benoît dans une vive bandaison. Bêtement il posait ses mains jointes sur son sexe dressé. Ossie les écartait doucement et, d’une main douce et ferme, elle apaisait ses élancements sans pour autant l’amener à la libération. Ils n’avaient échangé aucune parole, étrangement, une fois qu’ils furent plongés dans la vasque émolliente, alors que leurs corps étaient quasi enchâssés, Benoît ne ressentait plus l’envie d’aller plus avant. Son corps relâché se laissait aller aux caresses d’Ossie et, la seule envie qui l’envahissait était celle de dormir.

 

Benoît appelait Armand, il voulait lui apprendre que son contrat avec la maison poulaga avait subi une évolution favorable. Le téléphone sonnait dans le vide, Armand devait avoir regagné sa chaîne chez Citroën. Il ne pouvait s’empêcher de penser aux jeunes crétins qui ce soir allaient faire leur premier séjour  dans les geôles de Marcellin, alors que lui, lové dans un peignoir de bain floqué aux armes du Savoy de Londres, pomponné, huilé, suivait pas à pas Chloé dans sa quête de fringues pour leur sortie du soir ; une réception dans un hôtel particulier du VIIe, soit le comble, la quintessence de la vanité et de la vacuité de cette haute-bourgeoisie friquée et honnie qu’ils étaient censé combattre. Ils avaient une belle excuse, qu’ils ne revendiquaient même pas d’ailleurs, leur hôte, le totalement foutraque, Jean Edern Hallier, était estampillé compagnon de route de la GP. 

La pièce où ils se trouvaient, sans fenêtre, éclairée par des néons pendus à des filins d’acier, tenait de la caverne d’Ali Baba, au centre, des enfilades de vêtements pendus à des cintres, sur tout un pan de mur des boites à chaussures empilées, en vis-à-vis sur des guéridons, en des corbeilles d’osier, des colliers, des boucles d’oreilles, des ceintures, des bas, des porte-jarretelles, des slips et des soutien-gorge, des guêpières, des chapeaux, des foulards, des boas et tout un attirail sado-maso, enfin sur une longue planche posée sur deux tréteaux un déluge de fards, crèmes, parfums et autres ingrédients de maquillage dont raffolent les filles. Chloé voletait, oisillon paumé en mal de protection, ses grands yeux quêtaient ceux de Benoît, ses mains parfois tremblaient, hésitaient, son grand corps, comme s’il était face à un obstacle imprévu, se cabrait. 

Partager cet article
Repost0
8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Telles des fourmis tout ce petit monde des bureaux, en paquets serrés, front bas, regards fermés, se jetait dans les bouches de métro pour gagner les gares de triage. (68)

Assise à même le sol Chloé tirait sur sa petite bouiffe, ses yeux pailletés d’or souriaient l’air de dire : toi aussi mon beau légionnaire tu bouffes à beaucoup de râteliers. Pourquoi la détromper : « La mayonnaise prend ma grande, on va se payer une tranche de bordel intense qui va plaire au père Pompe. Foutre la trouille au bon peuple c’est niquer les cocos et les socialos. Mais pour cela il faut tenir les deux bouts des cordelettes des marionnettes. Bon, on y retourne ou on rentre à Paris ? »

 

-         On peut se mettre des brassards de la Croix Rouge pendant que tu y es mon légionnaire. Laisse-les se démerder ces cons, ils n’ont que ce qu’ils aiment : jouer aux martyrs. Franchement, envahir une usine pour hisser le drapeau rouge, barbouiller le monument de Lefaucheux d’un truc du genre : « vengeons Gilles Tautin », donner des coups de pieds dans les couilles de la maîtrise, casser des dents, manier le manche de pioche sur le dos des permanents CGT, ça ressemble à quoi ? À que dalle ! Ça les fait bander ces cons. Un petit séjour dans les geôles du pouvoir leur fera du bien et, crois-moi, beaucoup d’entre eux commencent déjà à faire sous eux. Viens on va s’offrir du bon temps…

 

-         T’es sûre ?

 

-         Ne fais pas l’enfant chœur mon salaud. T’en as rien à cirer de ces branleurs.

 

Collée à elle sur le biplace de la Norton Benoît se laissait aller à être heureux en se grisant de la morsure de l’air tiède de ce 17 juin 1969.

 

Chloé, après avoir traversé à vive allure la forêt de St Germain, effacé des contrées idylliques telles que Houilles, Bezons, Colombes, sans jamais enfreindre le code de la route, les fit entrer dans Paris par la Porte d’Asnières. Benoît qui l’avait pris, de prime abord, pour une évaporée déjantée, constatait qu’elle se révélait organisée, pleine de sang-froid et surtout très consciente des limites du combat révolutionnaire des zozos de la GP. Armand allait être ravi de sa liberté retrouvée, concédée par Marcellin, qui leur ouvrait de nouvelles perspectives ; l’important était d’être disponible pour saisir les meilleures opportunités qui ne manqueraient pas de s’offrir. Pour l’heure Benoît se  retrouvait dans sa position favorite : pris en main par une fille border line. Paris, en cette fin d’après-midi, commençait à déglutir ses banlieusards. Telles des fourmis tout ce petit monde des bureaux, en paquets serrés, front bas, regards fermés, se jetait dans les bouches de métro pour gagner les gares de triage. Sans vouloir jouer les sociologues de bazar, Benoît ne pouvait s’empêcher de penser que c’était eux qui comptaient, que c’était eux qui pesaient, que c’était sur eux que reposaient les contours flous d’une France qui n’avait plus rien à voir ni avec celle des paysans, ni avec celle des ouvriers. Le combat de Flins était aussi imbécile qu’inutile. Les frelons de la GP étaient inaudibles, à côté de la plaque, les derniers rejetons dévoyés des grandes croyances du XXe siècle. Tous les angles, les aspérités, le dur se floutaient, les frontières s’effaçaient, le plus grand nombre n’aspirait plus qu’à la bagnole, au week-end, au confort d’un pavillon de banlieue.

 

Les beaux quartiers résidentiels semblent toujours hors la vie, lisses, indemnes du grouillement, de la promiscuité, vides de tout. Ils enfilaient les rues paisibles et cossues du Triangle d’or, La Norton, à bas régime, crachotait des sons étouffés. Chloé les conduisaient chez l’une de ses copines anglaises, Ossie, qui l’approvisionnait en denrées diverses : fringues et pompes de Carnaby Street, de King’s Road, fragrances exotiques, vinyles des Stones, substances illicites en provenance d’Amsterdam.  Place du Maréchal Juin, ils virent passer une colonne de camions de la gendarmerie mobile qui devait sans doute filer sur le théâtre des opérations.

Partager cet article
Repost0
7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H« Baratine, dis que t’es un supplétif de l’opération double chevron. T’es bon dans ce genre d’exercice ! » (67)

En dépit de la même dextérité que Chloé mettait, à piloter sa Norton 750 Commando Fastback sur les départementales menant à Elisabethville, qu’à conduire à fond la caisse la TR4 de sa mère sur les Champs, ils arrivèrent trop tard aux abords champ de bataille. Le repli, en dépit des ordres, se faisait dans la lenteur et le désordre. Ils ne purent que s’en tenir à observer et surtout à éviter de se faire coincer dans la poche formée par la Seine au nord et la nationale 13 au sud. Deux hélicos tournaient dans le ciel permettant aux phalanges policières de manœuvrer pour couper la retraite à Gamelin, blessé au bras et au visage au cours de l’échauffourée, et à ses troupes elles aussi bien cabossées. Comme Armand avais eu la bonne idée de transmettre un petit mémo à la hiérarchie de la Grande Maison avant la réunion de « Base Grand » dans lequel il annonçait l’imminence d’une action punitive à la mémoire de Gilles Tautin, sa crédibilité s’en trouverait renforcée à la condition qu’Armand les appelle au plus vite, comme s’il était sur le théâtre des opérations pour justifier qu’il n’avait pu les prévenir en temps réel. Chloé, pleins gaz, les sortait de la nasse, déposait Benoît quelques minutes plus tard devant la poste de Bouafle. Le calme du village contrastait avec le charivari qu’il venait de quitter. Dans son enclos grillagé la dame des postes l’accueillit, même s’il n’était pas un chevelu, sans aucune aménité. Pour hâter une procédure qu’elle se plaisait à faire traîner en longueur Benoît lui propulsa une carte de police sous son long nez pointu. Le sourire mauvais qu’elle lui allongea lui plut. Pour le renforcer Benoît lui balançait un méchant « bouge ton cul vieille chouette… »

 

Armand par bonheur n’était pas au boulot, au téléphone il m’écouta, me fila un numéro, une ligne directe, que je devais appeler immédiatement. « Baratine, dis que t’es un supplétif de l’opération double chevron. T’es bon dans ce genre d’exercice ! » Benoît repassa le plat auprès de la revêche des PTT qui exécuta la manœuvre avec une hauteur méprisante qui se transforma en étonnement lorsqu’elle obtint le correspondant. Elle ne put réprimer un « Oui monsieur le Ministre… » emprunt de déférence. En regagnant la cabine Benoît était lui-même abasourdi. Marcellin soi-même, Benoît flippait un peu. Par bonheur il  put reprendre ses esprits pendant que ce cher homme lui servait les paroles qu’on adresse aux types qui en prennent plein la gueule en première ligne. Benoît se contenta d’onomatopées vaguement approbatrices puis, profitant d’un moment où il reprenait son souffle, il passait en revue toutes les obsessions du bonhomme. Confirmant les liens des enragés de la GP avec l’Internationale terroriste, revêtant Chloé, sans la citer, mais en se doutant bien que cette enflure devait avoir une fiche sur le SG de l’Elysée, du lourd manteau de grande-prêtresse de la branche italienne qu’il dépeignit sous les traits les plus noirs. Le cher homme buvait du petit lait. Le temps était venu pour Benoît de porter l’estocade. Sans aucune précaution il lui indiquait que la couverture prolétarienne d’OS chez Citroën d’Armand l’entravait et que je serais bien plus efficace s’il retrouvait sa liberté de manœuvres. Lourdement il ajoutait que coucher avec une belle italienne servait plus les intérêts de la France que de se coltiner des ailes de 2CV ou de faire le con à un poste de soudure à l’étain. Plus c’est gros, plus c’est lourd, plus ça passe. Marcellin approuvait et donnait les instructions en ce sens. Benoît empochait sans remercier en lui signifiant qu’il devait retourner au front. Les oreilles et la queue, Marcellin se confondait en propos élogieux à son égard et à celui d’Armand.

Partager cet article
Repost0
6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Toi, j’en suis sûr, t’es pur comme de l’eau de roche alors que moi je suis de l’eau vaisselle maquillée en n°5 de Chanel (66)

Benoît pensais « je dois dégager un magnétisme particulier qui pousse les filles aux confidences » car lorsqu’ils s’assirent, côte à côte, en tailleur, face à la flamme du Soldat Inconnu, Chloé, après avoir posé sa tête sur son épaule, entama un long monologue. « Moi ce type, qui repose-là, broyé par les shrapnells allemands au fond de sa tranchée pourrie, bouffé par la vermine, shooté à la gnole, et qui voit maintenant défiler autour de sa tombe les culottes de peau qui l’ont envoyé à l’abattoir, comme de la chair à canon, anonyme, reproductible, simple paysan ou ouvrier, brave mec, plus con que la moyenne, il s’est sacrifié pour que moi fille de putain de luxe je vive le cul dans la soie. Ça me donne envie de gerber mon beau légionnaire. Toi, j’en suis sûr, t’es pur comme de l’eau de roche alors que moi je suis de l’eau vaisselle maquillée en n°5 de Chanel. Madame ma mère, intrigante de haut vol, après s’être vautrée dans le pieu des dignitaires du Grand Conseil fasciste de Benito s’est recyclée avec aisance et sang-froid dans celui d’un général américain de l’état-major allié. Je suis le fruit de cette copulation rédemptrice entre une grande brute blonde du Middle-West et d’une catin pur-sang bleu de l’aristocratie florentine. Comme ça tu comprendras mieux, mon beau légionnaire, que j’ai une envie folle que toute cette pourriture, maquillée sous le vernis aristocratique, leur pète à la gueule… »

 

Chloé, reprenait son souffle, se roulait une minuscule cigarette. La flamme de son briquet vacillait sous le souffle léger d’une brise tiède. Benoît se sentait tout mou, la bière lui avait coupé les pattes il avait envie de dormir. Il luttait pour ne pas se laisser choir sur le flanc et se recroqueviller dans sa position fœtale favorite. La bouiffe de Chloé exhalait une douceur odeur d’herbe qui le poussait plus encore à s’abandonner au sommeil comme lorsqu’il était enfant, étendu sous la peau de la mer, les yeux encore plein des pépites du soleil éteint, prêt à se laisser engloutir dans les abysses. Chloé lui tendait son mini pétard, il en tirait quelques bouffées qui le réanimaient. La voix rauque de Chloé, en contrepoint, le maintenait dans une conscience molle. « En Italie, tout naturellement je me suis retrouvée à la Sinistra Proletaria qui n’a rien à voir avec les enculeurs de mouches d’ici. Là-bas ce sont de vrais durs. Des brutes. Je suis sûre qu’ils iront au bout de leurs idées. Moi je suis une pétocharde, une goutte de sang et je m’évanouis, alors les amours de ma traînée de mère m’ont bien servi : Paris a des douceurs inestimables. Jamais à Milan je n’aurais trouvé un aussi beau légionnaire. Je veux dire jamais je n’en aurais trouvé un qui n’a pas envie de se foutre du sang sur les mains. Toi, je le sens, tu es là par je ne sais quel hasard, et j’ai la certitude que tu ne leur ressembles pas. Comme tout le monde tu caches quelque chose mais je m’en fous mon beau légionnaire. Je vais profiter de ton corps avant que tu ne me jettes dehors… »

 

Après il ne se souvenait plus ce qui s’était passé parce qu’il avait basculé comme une masse dans un sommeil de béton. Tout ce dont il se souvenait c’est qu’il avait rêvé de Marie. Jamais plus depuis son départ de Nantes il n’avait rêvé de Marie. Elle se promenait pieds-nus sur une plage de sable fin, tout au bord de l’ourlet mousseux qu’inlassablement les vagues dessinaient en venant mourir sur la grève. À ses côtés, Achille, le chien de Jean gambadait en pataugeant dans les flaques qui ressemblaient à des continents. Dans son rêve cerné d’un cadre noir il se sentait extérieur à l’image, tel un spectateur dans une salle obscure. Le souffle d’une légère brise de mer, qui léchait ses épaules nues, gonflait le vêtement immaculé de Marie. Tout son corps semblait désassemblé, flasque, tel celui d’une poupée de son aux membres désarticulés, pendouillant, incapables d’assumer leurs fonctions : ni marcher, ni étreindre. Sa rage impuissante consumait toute l’énergie que fabriquait sa volonté. Il n’était plus qu’une chaudière au bord de l’implosion, incandescente, pleine d’une fureur inutile. Il luttait. Dans sa bouche sèche il sentait le goût du sel, ses lèvres articulaient des mots qu’il n’entendait pas. Supplice atroce, lent, inexorable, les pas de Marie ne marquaient pas le sable mais il ne voulait pas admettre sa défaite. Il lui suffisait de garder cette image froide, de la tenir dans les rets de sa volonté. « Cette fois-ci Marie tu ne m’échapperas pas. Je te garderai à tout jamais. » Ses doigts, soudain, s’agrippaient. Il prenait peur. S’éveillait. Chloé, assise sur son céans, le contemplait avec des yeux de mère. « Mon beau légionnaire, qu’est-ce que tu as du l’aimer cette Marie… »

Partager cet article
Repost0
5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H C'est lassant le sexe mène le monde. Vive les alcôves de la République ! (65)

Le moulin de la TR4, les 4 cylindres Vanguard ronronnaient comme de gros chartreux sur un sofa douillet. Benoît, en petit mec encore plein de préjugés machistes, s’attendait au pire mais, heureuse surprise, Chloé conduisait en souplesse, sans à-coups. Elle jouait avec l’étagement des vitesses pour donner à la voiture un élan fluide sur les pavés de Paris. Jusqu’à la Concorde, sur le quai rive gauche ils  tenaient un petit 80 très familial qui permettait à Chloé d’expliquer sa technique. Elle pointait la carte de visite sous le nez des commerçants. « Téléphonez ! » Ils s’exécutaient. Au bout du fil il tombait sur l’une des standardistes de l’Elysée. « Demandez mademoiselle Stricker ! » Ils demandaient mademoiselle Stricker. On leur passait mademoiselle Stricker. « Dites-lui que c’est Chloé ». Il lui disait que c’était Chloé et ils avaient droit au petit speech comme quoi il leur suffirait d’envoyer la facture au Secrétariat général de l’Elysée et qu’ils seraient payés par retour du courrier, par chèque personnel de monsieur le Secrétaire-Général. Tout ce que je trouvais à dire c'est : « Merde la fille du SG du gros Pompe de Montboudif fraye avec les fondus de la GP…

 

-         Presque mon beau légionnaire…

 

-         Ça veut dire quoi ce presque ?

 

-         Je ne suis pas la fille du Secrétaire-Général de Pompe…

 

-         T’es la fille de qui alors ?

 

-         De ma mère…

 

-         Ça c’est un scoop ma grande !

 

-         Ma mère, la comtesse Raineri di Garofallo, présentement et durablement la maîtresse de monsieur le Secrétaire-Général de Pompe.

 

-         Very simple et le vieux crabe marche dans la combine !

 

-         Il n’a pas le choix mon beau légionnaire, ma mère, qui est une mante religieuse, le tien par où il faut tenir les mecs…

 

-         C'est lassant le sexe mène le monde. Vive les alcôves de la République !

-         Moraliste le gaucho, tu me plais de plus en plus beau légionnaire, je te sens ouvert à tous les débordements…

 

Entre les chevaux de Marly Chloé lâchait les 100 CV du petit bolide dans le faux plat qui précède la montée des Champs Elysées. « On va se faire tous les feux verts mon légionnaire ! » Comme les anglaises – les voitures bien sûr – ne brillent pas par la souplesse de leur suspension, l’exercice s’apparentait à une spéciale de Rallye sur une piste tôle ondulée du Sahara, tape cul garanti. La gueuse gagna son pari, en bouffant certes quelques feux oranges mais sans jamais se faire un rouge, en ne déviant pas un seul instant de sa trajectoire. Elle ne décélérerait qu’à la hauteur de la rue de Presbourg, sans freiner, par le seul jeu du frein moteur et d’une rétrogradation des vitesses bien maîtrisée. Du grand art ! Benoît applaudissait. Chloé, tel un winner de Grand Prix, s’offrait  en quasi roue libre deux boucles de la place de l’Étoile avant d’aller ranger la TR4 au bord du terre-plein de l’Arc de Triomphe côté avenue Foch et, alors que Benoît pensait qu’ils venaient d’effacer en quelques minutes le ruban de la revanche de la vieille garde gaulliste en juin 68, la grande Chloé, les lanières de ses sandales autour du cou, lui lançait : « Viens mon beau légionnaire on va faire une petite visite … »

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents