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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 08:00

Ce qui fut dit fut fait. Marie était ainsi, un gros grain de folie dans un petit coeur simple. Nous débarquâmes donc, en fin de matinée chez le grand homme. C'est lui qui nous ouvrit, blouse bise ample, saroual bleu et sandales de moine. Chaleur et effusions, l'homme portait beau, un peu cabotin, la même coquetterie dans l'œil que ma Marie – c'est l'inverse bien sûr – et surtout, une voix chaude, charmeuse et envoutante. Sous la verrière de son atelier, sous un soleil au zénith, nous fîmes le tour de ses toiles récentes. Il s'était tu. J'estimai le moment venu d'avouer mon inculture crasse. Sa main se posa sur mon épaule, protectrice « Avec Marie vous faites la paire mon garçon. Chirurgienne ! Un métier de mains habiles fait par des imbéciles prétentieux. Qui puis-je ? C'est de famille. Rien que des clones en blouses blanches ! Pour eux je suis le raté. Un millionnaire par la grâce des galeristes américains, l'horreur pour ces Vichyssois refoulés ! Ha, le Maréchal il allait les protéger tous ces bons juifs, bien français... Des pleutres, de la volaille rallié sur le tard au grand coq à képi. Et ils sont allés le rechercher pour défendre l'Algérie française. Bernés ! Mais on leur sert de l'indépendance nationale alors ils baissent leur froc. Ils se croyaient bien au chaud et vous déboulez, tels des enragés. Panique dans le Triangle d'or, tous des futurs émigrés... » Le tout ponctué d'un grand rire tonitruant et de rasades de Bourbon. L'homme pouvait se permettre de railler le héros du 18 juin, résistant de la première heure, à dix-huit ans, un héros ordinaire, compagnon de route des communistes un temps malgré le pacte germano-soviétique et les vilenies de Staline en Espagne, il rompra avec eux bien avant Budapest. Marie m'avait tout raconté sur le chemin de Paris.

 

Pendant que je pataugeais avec Marie dans le bonheur, le 25 mai, rue de Grenelle Pompidou veut reprendre la main, être de nouveau le maître du jeu. Il joue son va-tout. L'important pour lui c'est de lâcher du lest sur les salaires pour neutraliser la CGT de Séguy. Le falot Huvelin, patron d'un CNPF aux ordres suivra en geignant. Les progressistes de la CFDT, bardés de dossiers, assistent à un marchandage de foirail. Comme un maquignon sur le marché de St Flour, baissant les paupières sous ses broussailleux sourcils, tirant sur sa cigarette, roublard, tendu vers l'immédiat, le Premier Ministre ferraille, main sur le coeur en appelle à la raison, pour lâcher en quelques heures sur tout ce qui avait été vainement demandé depuis des mois, le SMIG et l'ensemble des salaires. Le lundi, chez Renault, à Billancourt, Frachon et Séguy, se feront huer. Chez Citroën, Berliet, à Rodhiaceta, à Sud-Aviation et dans d'autres entreprises, même hostilité, même insatisfaction. Le « cinéma » des responsables de l'appareil cégétistes à Billancourt n'a pas d'autre but que de blanchir les négociateurs, de mettre en scène le désaveu de la base.

 

La semaine qui s'ouvrait devait être décisive. Pompidou sur la pente savonneuse, la célèbre « voix » jusque-là infaillible semble douter après le bide de sa proposition de référendum, Mendès le chouchou de l'intelligentsia, qui le considère comme l'homme providentiel, consulte, mais comme d'habitude attend qu'on vienne le chercher. Le 28 mai sous les ors de l'hôtel Continental Mitterrand, avec sa FGDS, se pose en recours. Tous les camps s'intoxiquent. Le vrai s'entremêle au faux. On parle de mouvement de troupes au large de Paris. La frange barbouzarde des gaullistes mobilise. On affirme que les membres du SAC ont déballé dans leur repaire de la rue de Solférino des armes toutes neuves. Le Ministère de l'Intérieur révèle la découverte de dépôts d'armes dans la région lyonnaise, à Nantes, dans la région parisienne, ce qui ajoute du piment à une situation déjà quasi-insurrectionnelle. Ce qui est vrai, c'est que depuis plusieurs jours certains membres de la majorité ne couchent plus chez eux. Avec Marie nous décidons de nous joindre au cortège qui se rend à Charléty.

 

Dans la foule : Mendès-France. Le PC et la CGT ont refusé leur soutien. Dès la mise en place du cortège, au carrefour des Gobelins, il est évident pour les organisateurs que la manifestation rencontre un vrai succès populaire. Des drapeaux rouges et noirs flottent au-dessus de la foule. Le service d'ordre de l'UNEF nous encadre. A Charléty, nous nous installons dans les gradins. « Séguy démission ». André Barjonet, en rupture de ban avec la centrale lance « La révolution est possible » Geismar annonce qu'il va donner sa démission du SNESUP pour se consacrer à ses tâches politiques. Pierre Mendès-France n'a pas pris la parole. Aux accents de l'Internationale nous quittons calmement le stade. La manif est un succès mais elle nous laisse sur notre faim. Le mouvement est frappé d'impuissance et ce n'est pas la prestation de Mitterrand le lendemain qui va nous ouvrir des perspectives. A sa conférence de presse, l'un des nôtres, lui a demandé s'il trouvait « exaltante la perspective de remplacer une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix jours, par une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix ans... » Le député de la Nièvre, pincé, répliquera « je me réserve de vous montrer que vous avez peut-être parlé bien tôt et avec quelque injustice... » La suite allait prouver que le vieux matou avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Mai 68
Le 26 mai vu par Célia Houdart : on va à Charléty
Mai 68 raconté par des écrivainsdossier

 

 
 

 

 

 

 
«Tu vois le moment où le peuple va chercher Ivan ? Il y a ce plan où Ivan regarde le peuple de loin. Pour moi c’était ça, le peuple en marche, étudiants et ouvriers confondus.» Célia Houdart s’entretient avec son père, Dominique Houdart, marionnettiste et à l’époque jeune adhérent du PSU, qui était au stade Charléty le 27 mai 1968.
 
par Célia Houdart
publié le 25 mai 2018
 

«Je l'ai trouvée hier à la Foire de Paris sur un stand tenu par un vieux Chinois», me dit mon père en me montrant sa veste rouge à col Mao. C'est un jour férié du mois de mai, nous sommes assis, mon père et moi, à une petite table ronde à la terrasse du Café des phares, place de la Bastille. Nous nous y retrouvons régulièrement, comme ça, pour se voir, pour parler. Mon père a souvent évoqué le mois de Mai 68 tel qu'il l'a vécu, comme jeune metteur en scène de théâtre et membre du non moins jeune PSU. J'avais le souvenir qu'il était au stade Charléty le 27 mai. Je l'ai donc interrogé. «Je suis venu avec les copains du PSU. Pas tellement les gens de la profession, qui étaient plutôt à l'Odéon. J'y étais moi aussi au début. Il faut imaginer, Madeleine Renaud nous suppliant : "Mes enfants, ne touchez pas aux costumes !" On a aussi occupé le théâtre Chaptal. A vrai dire, j'avais compris qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer de la profession politiquement. Je préférais être sur le terrain. Je venais de monter une pièce de Luc de Goustine. Il l'avait écrite à chaud. Cela s'appelait 10 mai 1968. On l'a tournée dans les comités d'action un peu partout avec des étudiants, car les professionnels du théâtre étaient en grève, il n'était pas question que des comédiens jouent. Comme je faisais partie d'un comité d'action dans le IIIe arrondissement de Paris, qui se réunissait souvent à l'école des Arts appliqués, j'ai embarqué les étudiants dans l'aventure. Et puis, je venais de faire la rencontre du Bread and Puppet de Peter Schumann, dont toute la troupe habitait rue Saint-Jacques, dans l'appartement de la fille de Brecht. On s'était vus chez Gabriel Garran, au théâtre d'Aubervilliers, où j'étais en stage. J'avais découvert leurs spectacles au festival de Nancy. Comme je baragouinais l'anglais et que, surtout, j'avais une camionnette, je les ai trimballés dans les usines en grève pour qu'ils puissent jouer Fire, un spectacle avec masques et marionnettes géantes, qui dénonçait les atrocités de la guerre du Vietnam. Un théâtre visuel, gestuel, chanté, avec très peu de mots. J'étais leur accompagnateur, chauffeur, assistant. Napo, le technicien de Garran, avait trouvé une combine, par le PC, je crois, pour me fournir de l'essence, parce qu'il fallait qu'on roule ! Le soir en douce, je me souviens, il me filait des bidons, on remplissait le réservoir de ma camionnette. Cette aventure a été très marquante pour moi, décisive même. L'équipe du Bread and Puppet m'a offert à la fin une oriflamme que j'ai gardée pieusement. Je l'ai encore dans mon bureau.»

 
 

Quand avais-tu adhéré au PSU ? «En 1968. Je ne sais plus exactement la date. Les manifs, les réunions. C'était une période d'une densité. Tu sais, parfois, tout se brouille. J'ai l'impression d'avoir vécu tout cela en même temps. Pour revenir au 27 mai, le rendez-vous était en fin de journée après le protocole d'accord dit de Grenelle, que rejetaient les ouvriers des grandes entreprises. On est partis des Gobelins. Il y avait un mot d'ordre : "On va à Charlety", et beaucoup de monde. Tu as vu le film Ivan le terrible d'Eisenstein ?» Oui. «Tu vois le moment où le peuple va chercher Ivan ? Il y a ce plan où Ivan regarde le peuple de loin. Pour moi c'était ça, le peuple en marche, étudiants et ouvriers confondus, qui allait porter quelqu'un au pouvoir pour l'arracher aux mains du gaullisme dont on ne voulait plus. On a traversé ce quartier aux abords de la Porte de Gentilly. La rue de l'Amiral- Mouchez, le boulevard Kellermann. C'était un peu mort, assez bourgeois. Les gens devaient avoir la trouille. Rien à voir évidemment avec le Quartier latin. Je crois en fait que les habitants ne se rendaient pas bien compte de ce qui se passait.»

 

Les images de l'INA montrent les groupes courant en brandissant des banderoles. Comme les parades des équipes avant un meeting sportif. «Oui exactement, j'ai le souvenir d'une sorte de cavalcade. De courses dans le stade. C'était très joyeux. Après on s'est assis sur la pelouse au centre. On crevait de chaud. On avait soif. Mais on avait l'habitude. On avait passé tout le mois de mai dehors à marcher dans Paris. C'était extrêmement joyeux. On blaguait. C'était la fête. Il faisait très beau. Un temps un peu comme aujourd'hui. La réussite de Mai 68 c'était aussi le beau temps. On dormait très peu. Mais c'était tellement exaltant.»

 

Tu étais là pour quoi ? «Pour Mendès. J'avais beaucoup d'admiration pour lui et pour Rocard. Au début, je ne l'ai pas vu, mais on m'a dit qu'il était en tête de cortège. J'étais venu avec l'espoir non seulement qu'il prenne la parole mais qu'il se déclare candidat pour prendre la tête d'un nouveau gouvernement. On a écouté le discours de Sauvageot : "Ce n'est qu'un début, continuons le combat." De Geismar. Puis celui de Rocard. Ensuite on a vu qu'on tendait le micro à Mendès France. Et là rien. Il est resté muet.» Il n'a pas voulu tout mélanger, c'est ça ? C'était un meeting syndical. «Oui, mais étant donné le contexte et la vacance du pouvoir gaulliste, on rêvait d'un putsch de la gauche, avec Mendès France en tête. Il y avait une possibilité de prise de pouvoir qu'il a écartée. On savait bien que tout cela avait un côté coup d'Etat qui n'était pas du tout son style, il était trop démocrate et légaliste pour cela. Mais on espérait quand même. Et cela a été une grande déception. C'est François Mitterrand qui a profité de tout cela, juste après, en proposant la formation d'un gouvernement provisoire de gestion.»

Et le ralliement de l'ORTF qui venait de se mettre en grève, cela a été une étape importante ? «Je me rappelle surtout cette affiche sortie des ateliers se sérigraphie des Beaux-Arts, où l'on voyait le sigle de l'ORTF avec des anneaux comme ceux des Jeux olympiques en fils barbelés. A vrai dire, on écoutait surtout Europe 1. Ta grand-mère suivait en pleurant les émeutes en direct sur Europe 1.»

 

Et la police ? Les CRS ? Vous étiez très surveillés ? «Non pas tellement. Ils étaient sur le côté. C'était la police à l'ancienne, sans équipement particulier. Je ne les revois même plus dans l'enceinte du stade. Et pourtant, c'était un peu le grand soir pour nous. On était exaspérés par Pompidou et de Gaulle. D'ailleurs, inspiré sans doute par l'exemple du Bread and Puppet, j'avais fait fabriquer une grande marionnette par les étudiants des Beaux-Arts. Un personnage hybride, une sorte de monstre fabriqué à partir de cageots, qui s'appelait "le Pompigaullidou". Je l'avais emmené aux manifestations. Il était l'objet de quolibets, d'insultes très violentes. Cela a été une révélation pour moi. J'ai compris à cette occasion la force symbolique de l'objet, de la marionnette. C'était ça aussi Mai 68, une expérience de théâtre de rue. Une ferveur nous gagnait tous. Une créativité. Il y avait beaucoup d'invention formelle, plastique. On était dans la plus grande utopie, mais on y croyait fortement. A la fin de Mai 68 à Paris, quand j'ai senti que c'était la fin, que c'était perdu, je suis parti à Prague.»

Est-ce que tu dialogues souvent encore avec le jeune homme que tu étais à l'époque ? Es-tu encore en contact avec lui ? Est-ce que tu le consultes pour agir aujourd'hui ? «Je ne prends pas conseil auprès de lui, mais j'essaie de rester dans la même ligne. J'ai vraiment découvert ma ligne à ce moment-là. Je me suis forgé politiquement et artistiquement, surtout avec l'utilisation de l'objet-signe. Et j'essaie de ne pas déroger.»

 

Née en 1970, Célia Houdart est philosophe, romancière, metteure en scène et auteure de textes pour des pièces sonores,  e la danseet de l'opéra

Dernier ouvrage paru : Tout un monde lointain, POL, 2017.

 

Lundi, le 28 mai vu par Luc Lang.

26 et 27 mai : De grenelle à Mendès

La France entière est suspendue aux négociations de Grenelle. Elles sont tout sauf faciles. Outre des augmentations de salaire, la CGT demande l’abrogation des ordonnances de 1967 et l’échelle mobile des salaires. Pompidou ne peut pas tout lâcher, sauf à perdre son autorité. Toute la journée, on discute discrètement. Pompidou concède à la CFDT la section syndicale d’entreprise, au grand dam du patronat. Il voit ensuite Séguy et Frachon. Il leur parle avec un réalisme brutal, selon les mémoires de Séguy. De Gaulle et moi, dit-il en substance, menons une politique étrangère indépendante d’ouverture à l’Est. Mitterrand et Mendès sont atlantistes. Si nous tombons, les Américains gagnent. Les syndicalistes se récrient en protestant de leur indépendance vis-à-vis du PCF et de Moscou. Mais Pompidou espère que le message passera…

 

A la reprise, la CGT réitère ses demandes. «Est-ce un préalable ?», demande Pompidou. «Non, discutons…» La CFDT complique les choses en dissertant sur la crise du capitalisme et l'état de la société. «Quels cons !», lâche Séguy. A 20 h 15, la discussion est bloquée. On va dîner. A cette heure, Séguy pense qu'il faut maintenir la pression et conclure dans un ou deux jours. Il le dit à Aimé Halbeher, chef du syndicat chez Renault. «Pas d'accord avant mardi», glisse-t-il à un journaliste. A deux heures, on apprend que l'Unef et la CFDT ont convoqué un meeting pour le lundi soir à Charléty. Mendès y sera. L'opération Mendès France, montée par le PSU, prend corps. Est-ce le déclic ? Peut-être. A 3 h 30, Krasucki fait un large geste et lance : «Bon, il faut en finir.» Chirac et Séguy se parlent encore en tête-à-tête. Il veut bien payer les jours de grève à 50%, rendez-vous dans six mois pour l'échelle mobile, débat au Parlement sur les ordonnances. Séguy acquiesce. On met en place deux commissions. Section syndicale, 7% sur les salaires, puis 3% en octobre, retraite améliorée, baisse du ticket modérateur sur la Sécu, etc. L'accord est fait mais pas signé : il faut consulter la base. A la sortie, vers 6 heures, Pompidou demande à Séguy :

«-Pensez-vous que le travail va reprendre rapidement ?

 

- Les travailleurs risquent de trouver ces résultats insuffisants.

- Cela dépend de la manière dont vous les présenterez.

 

- Je ferai un compte rendu objectif.»

Séguy monte en voiture pour se rendre à Billancourt. Il va vers une sévère déconvenue. Arrivé chez Renault, il trouve des syndicalistes persuadés qu'il faut maintenir la pression. Il trouve surtout des ouvriers qui veulent poursuivre la grève. «On n'a pas fait tout ça pour 10%.» C'est la phrase de l'heure. Séguy énumère les acquis et les refus. A chaque refus, les ouvriers huent et sifflent. On vote. L'accord est refusé. Dans la matinée, Citroën, Sud-Aviation, Rhodiacéta décident de continuer le mouvement.

 

Alors commence le grand vertige. Si la CGT, malgré les concessions obtenues n'a pas faitreprendre le travail, c'est que tout devient possible. Cette fois le spectre de la révolution, ou à tout le moins du changement de régime, se matérialise dans l'esprit des Français. Mitterrand voit les dirigeants communistes, on discute d'une solution pour l'après-gaullisme, sans conclure. Mitterrand annonce qu'il parlera le lendemain. Pendant ce temps, l'opération concurrente, montée par l'Unef, le PSU et la CFDT, autour de Mendès France, prend un tour plus précis. Le soir, une foule fiévreuse se réunit au stade Charléty, les discours enflammés se succèdent. «La situation est révolutionnaire ! Tout est possible !» Arrive Mendès, conduit par Kiejman et Rocard. Va-t-il parler ? Mendès veut bien prendre la tête d'un gouvernement de toute la gauche. Mais il refuse de s'avancer trop et se méfie surtout du maximalisme des étudiants. «C'est une réunion syndicale», dit-il. Il s'abstient de prendre la parole. Mais pour l'opinion, le message reste clair : le régime tombe, la gauche va lui succéder, avec Mendès à sa tête.

Laurent Joffrin

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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 08:00

 

De fringant jeune mâle énamouré je passai à chiffe molle éberluée pointant grossièrement du doigt ce nom célèbre - en ce temps reculé on n'utilisait pas le qualificatif people - en balbutiant « C'est lui... » Ma Marie acidulée se gondolait gentiment « Mais oui, mon Louis, c'est lui... C'est un monument qu'il te faudra affronter par la face nord dimanche. Pour la minute contente-toi de maman. Elle, c'est tout simple. Tu l'écoutes, elle adore ça... » Je bardai ce qui me restait d'énergie pour carillonner. Madame mère nous ouvrit dans un froufroutement vaporeux. Elle tenait du cygne et de l'échassier. Marie lui claquait une bise sur le front avant de me présenter d'un « C'est Louis…» Madame mère m'invitait, sourire narquois accroché à des lèvres discrètement peintes, regard mi-ironique, mi-étonné sous de longs cils, à m'asseoir sur un canapé blanc, long comme un chemin de halage. Je m'y sentais perdu. Marie s'était éclipsée. « Vous n'avez pas les cheveux longs... » me disait le flamand rose en se posant sur l'accoudoir d'un fauteuil en vis à vis. En un ultime effort je me tins droit, plantai mon regard dans ses yeux tilleul afin de ne pas m'attarder sur ses jambes croisées qui saillaient entre les pans du déshabillé.

 

Flore conquise – la mère de Marie se prénommait Flore – il ne me restait plus qu'à affronter le grand homme. La paralysie générale, faute de transports en commun et d'essence pour les autos, me rassurait. Je pensais que le projet de Marie s'enliserait dans les sables de la grève générale. C'était sans compter sur sa tendre pugnacité. Sitôt congé pris de la vaporeuse et envahissante Flore, dans l'ascenseur la mâtine me susurrait, très bonbon anglais, « pour monter à Paris tu pourrais emprunter la 2 CV de ta copine Pervenche ? »

 

- C'est ça petit coeur et pour l'essence je fore illico le Cour des 50 otages...

 

- Pas besoin mon Louis, tu demandes des bons au Comité de grève...

 

- Et je dis quoi aux mecs du Comité ? Que c'est pour aller faire une virée à Paris pour demander la main de ma douce Marie à son père. Pas très porteur en ce moment les bonnes manières bourgeoises très chère...

 

- Tu leur dis que c'est pour une ambulance...

 

- D'où tu la sors ton ambulance fantôme ?

 

- Des Urgences mon amour, avec tous les tampons que tu veux. Je crois qu'ils adorent les tampons tes camarades du Comité...

 

- Tu ferais ça !

 

- Bien sûr mon Louis, ce n'est pas trahir la cause du peuple. Tout juste un petit mensonge de rien du tout...

 

- Ma présentation à ton cher père ne peut pas attendre ?

 

- Non !

 

- Et pourquoi non ?

 

- Parce que c'est drôle...

 

- Pouce Marie ! Fais-moi un dessin, je me paume dans ta logique de fille.

 

- Pourtant c'est simple joli coeur. Imagine-nous sur les routes désertes, filant vers Paris, capote ouverte, cheveux au vent. Non, toi seulement. Moi, je mettrai un foulard noué derrière le cou. Très Jan Seberg. Aux carrefours nous passerons sous les regards étonnés des pandores. Bonjour, bonjour les hirondelles... Nous serons les rois du monde. Nous mangerons des sandwiches en buvant un petit rosé glacé. Nous entrerons dans Paris par la porte d'Orléans. J'y tiens. Puis nous descendrons les Champs-Elysées en seconde. Je prendrai des photos. Oui, pendant que j'y pense, il faudra que j'achète des berlingots pour papa. Il adore ça. Surtout ceux à l'anis. La Concorde, trois petits tours, et on débarque avenue de Breteuil chez le père. Rien que du pur bonheur !

 

- Dis comme ça ma douce je capitule. Reddition sans condition...

 

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 08:00

roman - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

Marie aimait l'océan. Dans son maillot de bain une pièce blanc nacré c'était une sirène. Elle glissait vers le large pour n'être plus qu'un petit point à l'horizon. Moi le terrien balourd je l'attendais sur le sable pour l'envelopper dans un grand drap de bain. La frictionner. La réchauffer. Lui dire que ne nous ne nous quitterions jamais. Elle répondait oui. La serrer fort pour entendre son cœur cogner contre ma poitrine. Ce premier jour d'elle, pendant tout le temps où elle n'était encore qu'elle, j'en garde bien plus qu'un souvenir, je le vis chaque jour. Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que je savais d'elle et l'affaire était pliée. J'allais passer ma vie avec cette grande fille droite et simple. Nous étions allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle que Françoise Hardy. J'adorais Françoise Hardy. Je le dis à Marie. Elle rit : « Et moi tu m'adores comment ?

 

- Comme le beurre de sardines...

 

- J'ai peur...

 

- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

 

- Suis fichue Louis. Tu vas me croquer...

 

- J'hésite...

 

- Menteur !

 

- Es-tu baptisée ?

 

- Non !

 

- Alors je peux car ce ne sera pas un péché...

 

- Je suis juive !

 

- Moi je suis goy et je t'aime !

 

- Que tu dis.

 

- Je ne l'ai jamais dit.

 

- Menteur !

 

- Et toi ?

 

- Je ne veux que toi !

 

- Puisque je t'aime plus que le beurre de sardines, je vends mon âme au diable des goys pour le prix d'une petite juive qui ne veut que moi. Tope là !

 

Nos mots, nos rires, nos silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, des draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonfle sous la brise, nos caresses, nos premiers émerveillements, le cœur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur mon cou, nos enlacements, nos maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de nos corps, notre désir, le café chaud dans de grands bols...  Le 24 mai 1968 était le jour d'elle, le seul jour, l'unique. Le lendemain de notre premier jour, sous la douche, Marie me savonnait le dos. Je fermais les yeux sous le jet dru, je l'entendais me dire « dimanche nous irons voir mon père... » J'ouvrais les yeux avant de lui répondre un « oui bien sûr » comme si ça allait de soi. J'ajoutais d'ailleurs un « ça va de soi » qui la faisait rire. Là, sans réfléchir, je lui balançai très pince sans rire dégoulinant « et ta mère dans tout ça, elle compte pour du beurre... », ma Marie m'aspergea en se moquant de moi « ne t'inquiète pas de maman mon canard. Elle, tu vas la voir dans une petite heure. C'est pour ça que je te récure. Maman est une obsédée de la propreté... »

 

La situation matrimoniale des parents de Marie était simple et originale. Toujours mari et femme, ils vivaient séparés : elle à Nantes, officiellement seule, en fait occupant la position de maîtresse du plus riche notaire de la ville : Me C… ; lui à Paris, seul avec quelques éphèbes par-ci par-là. Entre Nantes et Paris leurs cinq enfants allaient et venaient. Marie m'exposa tout ça, au bas de l'immeuble de sa mère, en attachant l'antivol de son scooter. D'un air entendu, tout en lui caressant les cheveux, je ponctuais chacune de ses phrases par de légers « hum, hum... » qui traduisaient bien mon état d'absolue lévitation ce qui, en traduction libre signifiait « cause toujours ma belle. Tu pourrais m'annoncer que tu es la fille adultérine de Pompidou ou la bâtarde de Couve de Murville que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Sur mon petit nuage je m'en tamponnerais la coquillette... » Nous prîmes l'ascenseur. Marie était resplendissante. Je le lui dis. Elle fit le groom. M'ouvrit la porte grillagée et d'un geste ample m'indiqua la porte sur le palier. La plaque de cuivre, au-dessus de la sonnette, me sauta aux yeux. Je découvris le patronyme familial. Le choc fut rude.

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 08:00

 

Et puis il y eut Marie.

 

Le 24 mai 68, pendant que les tracteurs tournaient autour de la fontaine de cette place encore Royale, Louis était de ceux qui, installés dans la verrière de la terrasse du café le Continental, prêchaient la bonne parole à un auditoire rétif mais attentif. Le Conti QG des jeunes gens de la bonne bourgeoisie nantaise, majoritairement des étudiants en médecine, le CHU n’était qu’à quelques encablures de la place. En ces temps agités les carabins, du moins ceux qui réfléchissaient, pas encore obnubilés par la hauteur de leur chiffre d'affaires ou le niveau de leur standing social, très « on fait médecine comme on s'engage dans une grande aventure », un vrai combat, presque un apostolat, ne supportaient plus l'omnipotence des mandarins et la sclérose d'une bonne part de leur enseignement. Eux, comme les malades, devaient subir sans moufter les diktats et les caprices de grands patrons absentéistes pas toujours compétents. De plus ils marnaient comme des forçats pour des prunes. La contestation, échevelée et festive, des lettreux, cadrait assez bien avec leur goût très prononcé pour une langue crue et la main aux fesses des infirmières. Ils charriaient gentiment leur sabir de plomb et leur obsession maladive à se référer à des modèles illusoires, mais les chevelus, leur rendaient la monnaie de leur pièce en raillant l'illusion de l'apolitisme et la césure qu'ils maintenaient entre l'hôpital et la cité. Avant les événements ils se croisaient dans les tonus - bals chics et chauds - aux salons Mauduit, concurrents pour les filles, acolytes au bar. Depuis que tout pétait, que mandarins et politiques se planquaient, ça discutait ferme.     

                 

Le patron du Conti, gagné par la grâce, faisait servir à volonté des demis de bière. Louis n'avait rien dans le ventre depuis son café du matin, ses yeux se brouillaient, il se sentait à la limite de l'évanouissement, lorsqu’une belle main se posa sur son bras et qu’une voix douce lui disait «  tu dois avoir faim... » et que l'autre main lui tendait un sandwich « C'est un sandwich au saucisson sec comme tu aimes... ». Comment le savait-elle ? Il le lui demanda. Elle rit, un rire clair. Ahuri, Louis la contempla, elle était étonnante, non, bien plus, rayonnante, une légère coquetterie dans l'œil, des cheveux longs et soyeux qui s'épandaient sur ses épaules nues et, tout autour d'elle, comme un halo de sérénité. Elle n'était pas belle. Elle était plus que belle, incomparable. En la remerciant, Louis se disait que, sa robe boutonnée du haut jusqu'en bas, d'ordinaire, il aurait eu envie de lui ôter. Là,  Louis pointa son regard sur le bout de ses pieds et rencontra le bout des siens. Elle portait des ballerines noires. Louis adorait. À loisir il la contemplait. Elle avait l'air d'une jeune fille sage mêlant romantisme et pieds sur terre. Lui si disert, restait sans voix. Elle se penchait pour lui murmurer à l'oreille, en pouffant, «Tu crois que nous allons bâtir un monde meilleur ? » Louis s'extasiait sur ce nous, il le réduisait déjà à eux deux. Leur proximité, le troublait, il refrénait son envie d'effleurer ses lèvres, la peau ambrée de son cou. Louis imaginait une trace de sel, d'embruns, il la sentait naïade. Tel un naufragé, abandonnant le souci du bonheur de l'humanité opprimée, Louis lui posa une étrange question : « Aimes-tu la mer ? »

 

À la question de Louis elle répondit, en empoignant son cabas de fille, un oui extatique, en ajoutant « C'est mon univers... » Louis racontait la scène à Ambrose : « Nous nous levions. Naturellement elle passait son bras sous le mien. Les cercles s'ouvraient. Nous les fendions tout sourire. Certains, des à elle, des à moi, nous lançaient des petits signes de la main. Aucun ne s'étonnait. C'était cela aussi le charme de mai, ce doux parfum de folle liberté, cœur et corps, hors et haut. J'étais fier. Elle traçait un chemin droit. Nous laissâmes le fracas de la nouvelle place du Peuple derrière nous. Sur le cours des 50 otages nous croisions un groupe de blouses blanches remontées, bravaches comme s'ils allaient au front. Dans le lot, un grand type tweed anglais, nœud papillon et Weston, gesticulait plus que les autres, l'œil mauvais, un rictus accroché aux lèvres. À leur hauteur, il vociférait « Alors Marie on se mélange à la populace... » Elle, son prénom surgissait dans mon univers, c’était Marie. Ses doigts se faisaient fermes sur mon bras. Nous passions outre. Elle, devenue enfin Marie par le fiel de ce grand type hautain, d'une voix douce, me disait comme à regret, « Ne t’inquiètes pas, ce n'est qu'un de mes frères... Il est plus bête que méchant... »

 

Tout en elle me plaisait. Elle m'emballait. Je la suivais. Elle me montrait un vieux Vespa vert d'eau. Je la suivrais tout autour de la terre, au bout du monde, là où elle voudrait. Pour l'heure, sans casque, nous filions vers Pornic. Filer, façon de parler, l'engin ronronnait comme un vieux chat mais ça nous laissait le loisir d'apprécier le paysage et de papoter. Tout un symbole, elle conduisait et moi, avec délicatesse j'enserrais sa taille, je l'écoutais. Quel bonheur de se taire. Marie parlait. De moi surtout, j'avais le sentiment d'être dans sa vie depuis toujours. Spectatrice de nos palabres interminables elle avait su pénétrer dans les brèches de mon petit jardin d'intérieur. Moi, le si soucieux de préserver l'intégrité de celui-ci, je ne prenais pas cet intérêt pour une intrusion. Marie la douce me disait tout ce que je voulais ne pas entendre de moi et je l'entendais.  

En Mai 68, la révolte des tracteurs à Nantes

 

Mai 68 à travers la France (2/3). Une improbable jonction étudiants-ouvriers-paysans s’opère le vendredi 24 mai, à Nantes, lorsque les tracteurs envahissent la place Royale.

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Publié le 30 mai 2018 
L’entrée des tracteurs et des paysans en colère, le 24 mai 1968, dans le centre-ville de Nantes.
Pour ne pas manquer la ferme des Batard, à la sortie de Pont-Saint-Martin, au sud de Nantes, il faut s’arrêter avant la grande boucle que forme la D65, à La Moricière. La révolution des paysans de Loire-Atlantique a commencé là, dans leur cour, en mai 1968. Pas seulement, car des rassemblements identiques avaient lieu au même moment dans la région. Mais ce vendredi 24 mai, tous les tracteurs du canton se sont retrouvés autour de René Batard, avant de rouler vers la ville, à moins de 20 km.

Les fils de René, Jérôme et Olivier, n’ont pas encore 10 ans. Ils ont aidé à remplir de fumier le F-237 D Mc Cormick-International, équipé d’une fourche hydraulique et d’un épandeur. Le coûteux tracteur (il s’en vend encore sur Internet, de 1962) a été acheté à tempérament, au Crédit agricole, cela va sans dire : 40 000 francs, une dette sur sept ans. Dans le fumier, les gamins ont glissé des cailloux. « Quand l’épandeur se mettait à tourner à toute blinde, ils n’aimaient pas trop cela, les CRS », note Jérôme, l’aîné.


 

Une grande pancarte a été confectionnée et arrimée au tracteur comme une oriflamme : « Place au peuple », le mot d’ordre du jour. René a vissé sa casquette sur sa tête, ajusté ses lunettes sombres, deux accessoires qui ne le quittent jamais – au point que, pour passer incognito, il lui suffisait de les enlever. L’agriculteur de Pont-Saint-Martin a été l’un des premiers à souscrire à la modernité à marche forcée de ces années 1960. Quand il a acheté une clôture électrique, on l’a accusé de tous les maux, comme une sorcière de village.

René Batard sur son tracteur, avec la fameuse pancarte « Place au peuple ».

Ce fameux vendredi, René Batard veut accomplir un acte symbolique, auquel il réfléchit sur son tracteur, clope au bec, en passant devant le château des ducs de Bretagne. Il a l’intention de répandre son fumier sur la place Royale de Nantes et d’accrocher sa pancarte sur la fontaine qui y trône. A son sommet, une déesse de marbre représente la ville, personnifiée par Amphitrite, munie du trident de son époux Neptune. Un sceptre aux airs de fourche. Le paysan y rebaptisera le lieu, place du Peuple. Au XIXe siècle, elle s’appelait bien place de l’Egalité.

Il faut grimper par-dessus les statues de bronze allégoriques, escalader les trois bassins de granit et même s’empailler avec des étudiants chevelus qui veulent suspendre de leurs propres mains le message révolutionnaire. Des zazous ! Des hippies ! « Poussez-vous de là, les branlochons », a tonné René, fichu caractère.

Répression disproportionnée

Mais tout le monde ne pense pas comme René Batard, parmi les paysans. Certains rêvent de la jonction étudiants-ouvriers-paysans, qui, d’une certaine façon, s’est produite, à Nantes. En témoigne le livre de Yannick Guin, La Commune de Nantes, publié en 1969, dont l’éditeur, François Maspero, a soufflé le titre. Chez les étudiants nantais, la contestation a pris des allures d’émeute. Dans cette université ouverte en 1962, peuplée d’étudiants aux revenus modestes, le retrait d’une bourse de logement et l’absence de réponse de l’administration ont provoqué une réaction en chaîne. Les contestataires ont envahi le rectorat, fumé les cigarettes du recteur, bu son whisky, uriné sur la moquette, actions certes répréhensibles, mais la violence de la répression paraît disproportionnée, commente le réalisateur Jacques Willemont dans son documentaire, L’Autre Mai, Nantes mai 68.

La solidarité des paysans avec les ouvriers s’impose plus encore qu’avec les étudiants pour des raisons historiques.

La solidarité des paysans avec les ouvriers s’impose plus encore qu’avec les étudiants pour des raisons historiques. L’un de ses artisans s’appelle Bernard Lambert. Le charismatique syndicaliste se trouve au pied de la fontaine, où les discours du jour sont prononcés, en compagnie de son complice de toujours, Médard Lebot. Lambert, membre du Parti socialiste unifié (PSU) depuis deux ans et responsable de sa commission agricole, commencera après les événements de mai la rédaction d’une « bombe », publiée en 1970 au Seuil, Les Paysans dans la lutte des classes. Ce manifeste dénonce le capitalisme industriel et financier dans l’agriculture et la prolétarisation des paysans. Traduit en plusieurs langues, il se vend à 100 000 exemplaires et fait du leader paysan un des intellectuels du mouvement.

Lambert, Lebot, Batard et la quasi-totalité des quelque 4 000 manifestants appartiennent soit à la FDSEA, Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, branche de la puissante FNSEA en Loire-Atlantique, soit au CDJA, la déclinaison « jeunes » du syndicat. C’est le cas des frères Blineau, Pierre à gauche et Joseph à droite, perchés sur la statue, qui tiennent une banderole au slogan radical, « Non au régime capitaliste, oui à la révolution complète de la société ». Joseph est mort l’an dernier et Pierre a pris un mauvais coup en aidant ses petits-enfants à séparer un veau de sa mère. Mais Paul, leur frère, malgré ses 83 ans, est l’une des figures de la résistance dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il y va tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il vente. Au bas de la fontaine, une bannière plus sage proclame : « Avec tous les travailleurs, les agriculteurs exigent le plein-emploi, la parité des revenus et du niveau de vie ».

« L’Ouest veut vivre »

Comment ces slogans ont-ils pu fleurir au sein de la FNSEA, un syndicat réputé de droite, parfois soupçonné de flirter avec l’extrême droite, auquel on a même reproché des relents pétainistes ? Il est dirigé par les céréaliers d’Ile-de-France et les betteraviers du Nord, grands chasseurs de subventions qui mènent la guerre des prix à Bruxelles, la main dans celle des géants de l’industrie agroalimentaire. C’est du moins ainsi que le voient les paysans de Loire-Atlantique, dont les intérêts ne sont guère représentés dans ce système.

« Ils avaient du fric et rien à faire de nous », résume Marie-Paule Lambert, 83 ans, qui a milité aux côtés de son mari, puis sans lui, après sa disparition accidentelle, en 1984. « Les paysans s’endettaient jusqu’au cou, ils prenaient tous les risques et la production ne correspondait pas à leurs frais », rappelle cette femme engagée, toujours très active et rédactrice de nombreuses études sur la place des agricultrices ou sur la question scolaire. Elle apparaît sur quelques photos, rare femme présente au même rang que les hommes, dans cette manifestation.

Les signes du divorce annoncé entre la FNSEA et une partie des agriculteurs de l’Ouest, qui ont commencé à se fédérer en dehors de la maison mère au milieu des années 1960, ne datent donc pas de ce 24 mai. Mais ce fossé grandissant explique la coexistence de slogans inspirés du marxisme avec des revendications plus classiques ou franchement corporatistes. Au demeurant, c’est la FNSEA qui a appelé à cette mobilisation pour faire monter la pression avant des négociations serrées à Bruxelles sur les prix agricoles, à la fin du mois. Les paysans de l’Ouest y ont répondu d’une façon spectaculaire qui ne doit pas faire illusion.

Ce n’est pas l’avis de l’influent syndicat qui leur importe. Dans cette région très catholique, où les familles nombreuses sont encore la règle, il n’est pas rare qu’un enfant ou deux reprennent la ferme, tandis que les autres partent à l’usine, plus rarement à l’université. Non seulement le monde paysan et le monde ouvrier cohabitent pour raisons familiales, mais leurs organisations se parlent depuis longtemps. En 1967, à Guidel, dans le Morbihan, les syndicats d’agriculteurs et d’ouvriers ont signé une plate-forme commune de revendications sous l’appellation « L’Ouest veut vivre ». « Cela nous semblait logique, cette unité paysans-ouvriers, et primordial », note Jean Bréheret, 77 ans, alors membre du CDJA de Loire-Atlantique, un des seuls de sa génération à ne pas venir de la Jeunesse agricole catholique (JAC).

« Ouvriers d’usine et des champs »

Ils ont défilé maintes fois sous des pancartes communes avec les ouvriers, comme à Issé (Loire-Atlantique), en 1963 : « Ouvriers d’usine et des champs, unis pour la défense de leurs intérêts ». En octobre 1967, à Redon (Ille-et-Vilaine), Bernard Lambert fustige, devant 15 000 paysans, ces céréaliers qui parlent au nom de tous à la Commission européenne. « Résultat ? Lait : 0 % de hausse pendant deux ans ; porc : 0 % pendant un an ; bœuf : 1,2 % ; aviculture, rien », souligne l’éleveur, à la tête d’un grand poulailler industriel. En revanche, une augmentation espérée de 7 % pour le blé et la betterave, 10 % pour l’orge et 15 % pour le maïs, rapportent Laurent Jalabert et Christophe Patillon dans Mouvements paysans (Presses universitaires de Rennes [PUR], 2013).

Le CDJA, lui, affiche sur son calicot une pétition de principe : « L’organisation du marché, oui, le libéralisme destructeur, non ! » Ce défilé de Redon, organisé à la suite d’une chute brutale des cours du porc et du poulet, se termine par un affrontement violent avec les forces de l’ordre. Ses organisateurs ont cependant gardé assez d’espoir, ou d’humour potache, pour défier leur ministre de l’agriculture : « Edgar tu es Faure, mais les Bretons vaincront ». Au cours de cette même année, plusieurs rencontres ont lieu entre la FDSEA et le CDJA, d’une part, et les syndicats d’ouvriers, d’autre part. Elles aboutissent à une sorte de programme commun, qui doit être défendu lors de manifestations dans seize villes de l’Ouest, le 8 mai 1968. Quelle prescience…

C’est peut-être cela qui les a le plus exaltés, ces paysans de l’Ouest. Cet échange entre humains, hors du sempiternel carcan des prix imposés.

Il souffle aussi un vent d’utopie à Nantes, en ce mois de mai. « Le plus important est moins visible », souligne à juste titre René Bourrigaud, qui a écrit sa thèse sur les paysans de Loire-Atlantique et a beaucoup publié sur ce sujet. Un « comité central de grève » a été mis en place, dans lequel les agriculteurs jouent un rôle essentiel. Ce « marché solidaire », seize points de ravitaillement dans les quartiers démunis, au prix coûtant et parfois gratuit, les échanges de bons procédés avec les ouvriers en grève qui bloquent l’accès à l’essence vont permettre que « se tissent ou se renforcent des liens entre militants ruraux et militants des quartiers populaires qui se poursuivront au cours de la décennie suivante ».

C’est peut-être cela qui les a le plus exaltés, ces paysans de l’Ouest. Cet échange entre humains, hors du sempiternel carcan des prix imposés, cette utilité sociale si profondément ressentie. « Mon cœur n’est pas une marchandise », prévenait Le Paysan parvenu, un héros de Marivaux. Ce paysan-là, ce pourrait être Joseph Potiron, 35 ans en 1968. Il n’aime pas beaucoup les journalistes, mais il était d’accord pour qu’on vienne le voir à La Chapelle-sur-Erdre, « parce qu’il vaut mieux que l’histoire des lapins soit racontée par les lapins, et non par les chasseurs ». C’est lui que l’on voit, premier tracteur sur la droite, sur cette photo découverte dans le livre de Christian Bougeard Les Années 68 en Bretagne (PUR, 2017). La pancarte avec la caricature de Pompidou, surmontée d’un cochon mort, il jure qu’il n’y est pour rien, surtout pour le cochon. Il ne connaît même pas le porteur de pancarte.

Echanges de bons procédés

A l’école, il n’avait entendu que des insultes, « bouseux », « plouc », alors que dans les familles on était paysan depuis au moins quatre générations. Heureusement, dit-il, il y a eu la JAC, véritable agence matrimoniale et formidable école de formation, et cinq ans de cours par correspondance, tous les soirs le nez dans les livres, dit-il. « 1968 m’a permis de faire un bond énorme. C’est ça que je voulais, que j’attendais, mais je ne le savais pas. » Cette ouverture au monde, ce frottement à d’autres catégories sociales, l’a bouleversé. Joseph Potiron garde un souvenir très vif de cette invitation de l’université à venir lire sa motion, les applaudissements, les bravos, lui qui n’avait « jamais mis les pieds dans une fac ». Il n’y a guère que les ouvriers de l’usine des Batignolles qui les ont traités, ses copains et lui, de « petits patrons », parce qu’ils étaient propriétaires de leur outil de production. Alors qu’ils arrivaient avec des bouteilles de vin…

« 1968 m’a permis de faire un bond énorme. C’est ça que je voulais, que j’attendais, mais je ne le savais pas. » Joseph Potiron, agriculteur du pays nantais

Devant la traction du syndicat (dans les campagnes, c’était une belle voiture et il y en avait encore beaucoup), un homme semble se tenir à son panneau, chargé de reproches : « Ah Mansholt, tu nous dis que le lait est trop cher, mais tu profites des pays tiers qui produisent ta chère margarine ». En 1968, la margarine, voilà l’ennemi ! Il s’en vend de plus en plus, au détriment du beurre, dans des supermarchés de plus en plus grands, à un prix qui défie toute concurrence. Qui permet tout de même à l’industrie agroalimentaire de s’engraisser. Cette invention suscitée par Napoléon III pour nourrir les nécessiteux, « le beurre des pauvres », a pris son essor lorsque les matières végétales ont remplacé des matières animales de mauvaise qualité (de la graisse de bœuf). Cette émulsion d’huile et d’eau gonfle les marchés de l’arachide, principalement dans le « tiers-monde », mais laisse exsangues les producteurs de lait dont on fait le beurre.

Et qui est cet homme oublié que les paysans apostrophent ? Sicco Mansholt, un Néerlandais, commissaire européen chargé de l’agriculture de 1958 à 1972, considéré comme le père de la politique agricole commune (PAC), connaissait bien les paysans de Loire-Atlantique. Ces derniers n’hésitaient pas à aller le voir à Bruxelles et il avait accepté de se rendre à Nantes à leur invitation. Georges Pompidou, Raymond Barre et Georges Marchais ont jugé qu’il tournait mal, un jour de février 1972. L’ancien commissaire avait publié une lettre ouverte dans laquelle il proposait, à la suite du Club de Rome, une politique écologique de décroissance et un revenu minimum pour tous.

Regards narquois des voisins

Le retour à Pont-Saint-Martin n’a pas été très drôle pour René Batard. D’abord, il y a eu la visite de « tonton l’abbé ». Joseph Batard, le curé de la famille, une gueule à la Fernandel et une voix de tonnerre, a délaissé quelques heures ses paroissiens de Frossay pour venir s’asseoir dans le coin de la cheminée. Le neveu a passé un sale quart d’heure : « Alors, qu’est-ce que t’as été foutre du fumier sur la place Royale ? ! C’est la honte de la famille ! » Les six enfants avaient beau aller à la messe tous les dimanches, « avec des gants blancs », rigole Jérôme, cela n’effaçait pas le fumier. Et s’il n’y avait que tonton l’abbé ! Les regards narquois des voisins, les nez tordus, les remarques acides, quinze jours après : « Hé, René, si t’as du fumier à mettre, mon jardin il est moins loin ! ». Haha.

Ensuite, il y a eu l’épisode de l’école. Pendant ces jours de révolution de Mai 68, dans la très catholique Bretagne, des réunions ont eu lieu à Pont-Saint-Martin, comme dans d’autres communes, pour réunir l’école publique et l’école privée. Les directeurs des deux établissements étaient présents, les recteurs assis à la tribune et tout le monde était partant. « Et puis, raconte Cécile, la veuve de René, de sa voix douce, Arsène Figureau s’est levé. C’était une vieille famille de Pont-Saint-Martin. Il a dit : “On s’est assez battus pour avoir nos écoles chrétiennes, c’est pas maintenant qu’on va abandonner” et il a retourné la salle. » Fin de l’histoire.

Sur la place Royale, rebaptisée « place du Peuple » par les manifestants.

C’est dommage, parce que le curé de cette époque-là, le père Bureau, était un homme d’Eglise très progressiste. Ces dimanches de mai, il faisait toujours un sermon qui plaisait bien à la famille Batard : il disait qu’il était content que le peuple se réveille. Alors, se rappelle Cécile avec un petit rire, « la châtelaine faisait du bruit avec sa chaise, elle la raclait sur le sol, et ça toussait, et ça toussait ! ». Il a été muté au Croisic. « C’était vraiment un brave type, très proche des gens. On allait le voir au Croisic », conclut Cécile avec un sourire.

René, cela ne l’a pas découragé de poursuivre le militantisme tous azimuts. Il faut croire que ce parcours-là, la JAC, les cours du soir, le syndicat, comme toute cette petite élite paysanne des années 1950-1960, cela trace profond le sillon : il s’est naturellement dirigé vers les Paysans travailleurs, cofondés par Bernard Lambert puis s’est fixé sur la Confédération paysanne, l’héritière de ces années de lutte. « La première année où on est partis en vacances, à Conques-en-Rouergue, il nous a plantés là et il a filé sur le plateau du Larzac », raconte Jérôme. René Batard est mort en 1993, après avoir souffert pendant huit ans de la maladie d’Alzheimer.

Olivier est devenu un super-spécialiste des vaches. Un as des paillettes (cela a à voir avec la reproduction), un assidu des concours avec les descendantes des bêtes de René et Cécile. Les six premières, c’était la dot de la jeune mariée. Elles étaient arrivées par le train dans un wagon à bestiaux et ils étaient allés les chercher tous les deux à la gare de Nantes. En 1968, ils en avaient quinze. Olivier en a 80, des amours de vaches qui paissent sur les terres familiales. Le fils de René Batard a entendu dire que l’extension de l’ancien aéroport attisait les convoitises. « Ils veulent me prendre 15 hectares. Je me suis battu toute ma vie pour avoir des terres regroupées. Et je resterai en bagarre pour protéger ma ferme. » En digne fils de son père.

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 08:00

 

Commencée sur les bancs de l’école, l’histoire de Louis et d’Ambrose, tout long de la seconde moitié du XXe siècle,  est celle d’un compagnonnage peu commun, une complicité rare de deux bébés Cadum, dans la cohorte des « 12 millions de beaux bébés » que de Gaulle, en 1945, appelait de ses vœux. Génération palimpseste, née dans un monde en train de disparaître, un coup de jeune effaçant les classes creuses, le temps de l’enfant rare dont Jean Giraudoux s’inquiétait en 1939 « Le Français devient rare ». Robert Debré et Alfred Sauvy publient Des Français pour la France et proclament : « L’enfant, cet éternel oublié, doit être l’ami public n°1. » Au cœur des 30 Glorieuses, chères à Jean Fourastié, « la vieille terre des Gaulois se transforme rapidement en une puissante nation industrialisée. », écrivait Newsweek dans son numéro du 10 février 1964, leur prime enfance fut placée sous le signe de temps difficiles, le cri d’alarme en 1954 de l’abbé Pierre, le lait de Mendès distribué dans les écoles, témoignaient du mal-logement et des carences alimentaires dans les milieux populaires. Ils n’ont pas, contrairement à une idée reçue, baignés, tout au long de leur vie dans un doux bain amniotique. Ce sont leurs grands-frères qui connaîtront la guerre sans nom, celle des djebels, des douars brûlés, des camps de regroupement, de la bataille d’Alger, eux seront, avec la jeunesse du monde entier, les enfants engagés contre la guerre du Vietnam, le napalm, ceux de Woodstock. Ils seront un peu yé-yé, Salut les Copains, Beatles ou Stones, pat’d’eph, cols pelle à tarte, Clark,  cheveux longs et idées courtes,  Mai 68, la chienlit, les slogans assassins, la grève générale, sous les pavés la plage, nous sommes tous des juifs allemands, la douche froide du raz-de-marée gaulliste de juin, viendrait le temps du madré Pompidou, où les enragés s’apercevraient que leur « révolution » avait ouvert grandes les portes de la société de consommation, de tout, des biens, du sexe. Tous dans le même sac que les profiteurs virant leur cuti, Serge July en tête, pour certains finiront chez Mitterrand, d’autres chez Rothschild, d’autres chez Macron, Cohn-Bendit et Goupil, beaucoup, tel Sauvageot, dans l’oubli. Tel fut le destin d’une génération, celle des boomers, placée d’emblée sur des échasses.

 

Louis, visage d’ange, boucles brunes, grande asperge, de ceux à qui on donne le bon Dieu sans confession, enfant de chœur, sa devise « sur mon lisse tout lisse », réussissait tout sans y toucher, toujours premier, un capitaine, au sens sportif, un passeur clairvoyant, la vista, sans cesse amoureux, au sommet ce fut Chantal, un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de chœur qu’il était. Tout, elle possédait tout, pure perfection, la quintessence de la beauté plastique. Mais Chantal c'était aussi un visage laid, une laideur minérale, glacée, osseuse, rien que de la disgrâce à peine atténuée par un regard ardent et un sourire moqueur. Chantal c'était une grande, une femme déjà, qui le fascinait. Il la voulait. Elle le fuyait. Il lui parlait. Elle se taisait. Il la bombardait de lettres enflammées. Les lisait-elle ? Il devenait fou, fou d'elle, et sa tête incandescente échafaudait mille stratégies pour forcer la porte de l'emmurée. Un soir, du fond de son lit, alors que les rats carapataient sur le tillage en une infernale sarabande, en désespoir de cause, pour se rassurer, il en vint à décliner un postulat, le postulat de la laideur. Pour lui « le capital d'amour d'une femme laide était proportionnel à l'intensité de sa laideur » Avec Chantal il découvrait le grand amour, l'amour pur, celui que l'on porte, tel un diamant fiché au cœur, pour l'éternité, jusqu'à son dernier souffle. Louis carburait à l'exaltation. Il allait forcer sa nature. Ouvrir les vannes de son ébullition intérieure. La prendre d'assaut sans sommation. Ce qu’il fit un dimanche, dans la pénombre de la salle du patronage, au premier acte d'un drame familial, il lui prit la main et la tira vers le dehors. Elle le suivit n'opposant aucune résistance.

 

Sous les tilleuls de la place de l'église il la déshabilla, pièce par pièce. À nu, son corps, sous la pâle lumière de la pleine lune, loin de le précipiter dans le désordre des sens, le plongea dans un recueillement profond. Ce fut une forme étrange d'adoration, un plaisir esthétique intense. Louis prit un léger recul pour la contempler. L'admirer. Ses mains, telles celles d'un ébloui, se tendaient, l'effleuraient à tâtons, l'explorait avec lenteur. Chaque parcelle d'elle l'infusait d’un puissant flux d'ondes qui le jetaient, par secousses violentes, dans état proche de l'apnée, au bord de la rupture mais, en dépit d'un sexe de silex, il se vivait si minable qu’il n'osait l'investir. Bandant ses dernières forces, Louis allait au-devant de son désir. Chantal acceptait ses mains avec volupté. Ouverte, elle lui offrit une jouissance d'apocalypse qui le propulsa vers des sommets inviolés.

 

Mais, et ce fut le premier petit caillou, la première blessure, l’été touchait à sa fin. Louis retrouva Chantal sur la place des Tilleuls. Ils s’assirent sur l’un des bancs de ciment, Chantal lui prit la main. « Toi tu n'es pas comme les autres. Je ne suis pas sûr que tu sois aussi gentil que tu en aie l'air mais je m'en fous. Toi tu ne me prends pas pour un trou à bites. C'est bon tu sais... »  Chantal se tordait les mains. « Ce que je vais te dire va te déplaire mais, je t'en supplie, ne dis rien. Laisses-moi aller au bout. C'est si dur... » Chantal murmurait « Tu es trop bien pour moi… » « Ne te fâche pas ! Ce n'est pas de ta belle gueule dont je parle, c'est de toi. Je ne peux que te décevoir. Je ne veux pas te décevoir... » « Je te propose un marché. Tu prends ou tu laisses mais, quelle que soit ta réponse, nous ne nous reverrons plus... » Chantal était allée au bout de son propos « Voilà, si tu le veux bien, je t'emmène dans mon lit. Là où tous ces boucs qui me sautent disent me faire l'amour. Allons y faire l'amour... » Elle se tut en le fixant droit dans les yeux, «  Tu veux ? ». Lâchement il répondit oui.  Son marché Louis l'avait accepté sans protester. Chantal partait le lendemain travailler à Paris. Ils ne s’étaient plus jamais revus.

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30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 08:00

Le salaire de la peur -Y Montand - C Vanel  -   affiche plastifiée

Le narrateur, dans une telle histoire de cornecul, se doit d’éclairer la lanterne des biens trop rares et malheureux lecteurs. Je m’y emploie ce matin.

 

- Pourquoi ce rendez-vous à la con ?

 

Le Garde eut pu, tout bêtement, faire porter au domicile d’Ambrose, remise en mains propres, ce pli par un coursier. Le rendez-vous, s’apparentait à un billard à 3 bandes.

 

Explication :

 

  • La première bande, le directeur de cabinet du Garde, imposé par le château, l’œil de Moscou, ADN n’étant pas du sérail politique, avocat pénaliste de surcroît, conscient de la nécessité de renouer le dialogue avec la magistrature dès sa prise de fonctions au ministère de la justice, il avait émis le souhait de s’entourer de certains de ses illustres représentants place Vendôme. R. V. R.  et Ch. B, avec qui il entretenait de bonnes relations comme avocat, ont été les deux premiers noms qu’il avait avancés. Le premier, figure médiatique du juge d’instruction, a décliné. La seconde, ancienne juge d’instruction au pôle financier de Paris, réputée pour son indépendance et son franc-parler, a fini par accepter de devenir la conseillère spéciale du nouveau garde des sceaux chargée des bonnes pratiques. Virée au bout de 3 jours. Le rendez-vous était un leurre, étiqueté par les chiens de garde de l’Elysée, lubie du Ministre. Vite fait bien fait sur le gaz, passons aux choses sérieuses !

 

  • La seconde bande, plus perverse, et apparemment contradictoire avec la précédente, semer le doute chez les grandes oreilles du Boulevard Mortier et  de tous les touilleurs de merde, officiels ou officieux, qui n’étaient pas sans ignorer le lourd passé d’Ambrose. Ça leur donnerait de l’urticaire, que venait foutre ce retraité plein aux as sur leur pré-carré ? ADN devait avoir sa petite idée sur le genre d’opération tordue que ce petit monde, se la jouant espionnage électronique, préparait. Avertissement sans frais qui les inciterait à tenir leur langue et leur plume. Ne pas inquiéter le château, lui éviter de patauger dans leur fosse à lisier. Il serait toujours temps de rattraper le coup si la manipulation foirait, virait au Rainbow-Warrior ou aux Irlandais de Vincennes.

 

  • La troisième bande, le couple Ambrose&Louis, des pays, élevés par leurs mères comme des poulets de grain, unis pour le pire, les années Mitterrand 81, premier carnet d’adresses, la décennie URSS de Gorbatchev, les appels d’offre pour nourrir le peuple de l’empire incapable de faire pousser du blé en Ukraine, se goinfrer de restitutions sur le beurre, la poudre de lait, le blé, pour le compte du milliardaire rouge et de ses voisins les LD. Nouveau carnet d’adresses de la nomenklatura, du KGB, cette kleptocratie rationalisée, s’entendant comme larrons en foire qui empochera, sous le soiffard d’Eltsine, une bonne partie des réserves de liquidités et d’or de l’Empire avant de faire main-basse sur les joyaux de la couronne : le pétrole, le gaz, les nouveaux capitaux s’investissant, les fameux oligarques. Tel fut le génie de Louis qui, pressentant que les lézardes de l’Empire, la fausse habileté de Gorby, la bureaucratie sclérosée, allaient faire couler le navire. Avec son air de sainte nitouche, de bébé Cadum à qui l’on donnait le Bon Dieu sans confession, un beau matin il avait décrété « Ambrose nous allons faire proprement un métier sale ». Il en fut ainsi tout au long de la dernière décennie du XXe siècle. De la même façon, en rentrant de Kiev, il avait, de nouveau décrété, « Ambrose ça sent de plus en plus mauvais, nous plions nos gaules ! » Louis se retira à Zoug, base arrière de sa compagne Marie-Clotilde, la galeriste New-York-London-Basel, dites « la glaciaire », Ambrose acheta son loft de la rue Georges Braque. Ils vivaient depuis de leurs rentes.

 

Le décor est planté, le puzzle est dispersé, en tas, à vous de jouer, je ne vous en dirai pas plus car, vu les droits d’auteur, que je ramasse avec une toute petite cuillère, il ne faut pas trop m’en demander.

 

Ambrose décacheta la seconde enveloppe en papier recyclé, en extirpa quelques feuillets attachés par un trombone, sur les 3 premiers, le Vivier des 10 plus grandes fortunes de Russie, selon le classement de FORBES, fortunes nettes calculées à l’aide des cours des actions et des taux de change au 18 mars 2020.

 

1- Vladimir Potanine

Vladimir Potanine - Biographie

Fortune nette : 19,7 milliards de dollars

Secteur : métaux

De retour au sommet du classement, Vladimir Potanine serait à l’origine du programme controversé de « prêts pour actions », qui a permis aux citoyens russes ayant des contacts hauts placés de prendre le contrôle d’entreprises d’État lors de la vague privatisation des années 1990. Aujourd’hui, la majeure partie de sa fortune est placée dans une participation à hauteur de 35 % dans l’entreprise Nornickel.

 

2- Vladimir Lissine

Toujours plus de milliardaires russes

Fortune nette : 18,1 milliards de dollars

Secteur : acier, transports

Ayant commencé sa carrière en tant qu’électricien dans une mine de charbon sibérienne, Vladimir Lissine est par la suite devenu sidérurgiste, avant de travailler pour un groupe de négociants qui finira par être à la tête des exportations russes d’aluminium et d’acier. Après le démantèlement du groupe en 2000, il a obtenu une participation majoritaire dans la société russe Novolipetsk Steel.

 

3- Leonid Mikhelson

Billionaire Mikhelson Opens New Moscow Arts Center - Russia Business Today

Fortune nette : 17,1 milliards de dollars

Secteur : gaz, produits chimiques

 

Leonid Mikhelson doit sa fortune à ses participations dans la société de production de gaz naturel Novatek et dans l’entreprise pétrochimique Sibur. Pour ces deux activités, il est associé avec Gennady Timchenko, qui serait proche de Vladimir Poutine. Il aurait conclu des accords avec l’ancien gendre présumé de Poutine, Kirill Shamalov, qui est également milliardaire.

 

4- Alexeï Mordashov & sa famille

Alexey Mordashov & family

Fortune nette : 16,8 milliards de dollars

Secteur : acier, investissements

Alexeï Mordashov est né de deux parents ouvriers dans une aciérie en URSS et possède aujourd’hui des actifs dans la société de voyage TUI Group et dans le producteur d’équipements Power Machines.

 

5- Vaguit Alekperov

LE RICHISSIME RUSSE VAGUIT ALEKPEROV VEUT RECONSTRUIRE LA SONARA | CamePlus

Fortune nette : 15,2 milliards de dollars

Secteur : pétrole

Ancien ouvrier des plateformes pétrolières de la mer Caspienne, Vaguit Alekperov est par la suite devenu ministre chargé de superviser l’industrie pétrolière en Union soviétique. En 1991, il fait l’acquisition de trois grands champs pétrolifères contrôlés par l’État et crée Lukoil, qui est aujourd’hui la plus grande compagnie pétrolière indépendante de Russie. Il possède près d’un quart de l’entreprise cotée en bourse.

 

6- Gennady Timchenko

Gennady Timchenko

Fortune nette : 14,4 milliards de dollars

Secteur : pétrole, gaz

La fortune de Gennady Timchenko provient de ses participations dans les sociétés Novatek (production de gaz naturel) et Sibur Holding (pétrochimie). Il aurait des liens étroits avec le président de la Russie Vladimir Poutine.

 

7- Alisher Ousmanov

Alicher Ousmanov, ce milliardaire russe qui a croqué un (petit) bout d'Apple

Fortune nette: 13, 4 milliards de dollars

Secteur : acier, télécommunications, investissements

Alisher Ousmanov tire sa richesse de sa participation dans Metalloinvest, géant du minerai de fer et de l’acier, ainsi que de ses investissements dans Facebook, Xiaomi et d’autres entreprises de télécommunications, d’exploitation minière et de médias.

 

8 - Mikhaïl Fridman

Le puissant magnat russe juif Fridman comparaît devant un juge à Madrid |  The Times of Israël

Fortune nette : 13 milliards de dollars

Secteur : pétrole, gestion bancaire, télécommunications

Mikhaïl Fridman contrôle les sociétés d’investissement Alfa Group et LetterOne. Il a cofondé le groupe Alfa avec ses camarades d’université et ses collègues milliardaires German Khan et Alexeï Kouzmitchev.

 

9- Andreï Melnitchenko

Révélations : Les mariages les plus chers de l'histoire

Fortune nette : 12,5 milliards de dollars

Secteur : charbon, engrais

Andreï Melnitchenko détient des participations majoritaires dans le producteur d’engrais Eurochem et dans la société d’énergie du charbon SUEK. Sa première entreprise était une chaîne de bureaux de change, qu’il avait fondée dans les années 1990.

 

10- Roman Abramovitch

Roman Abramovitch - Paris Match

Fortune nette : 11,3 milliards de dollars

Secteur : acier, investissements

La fortune de Roman Abramovitch provient de ses participations dans le géant de l’acier Evraz et dans le producteur de nickel et de palladium Nornickel. Il possède le deuxième plus grand yacht du monde et l’équipe de football du Chelsea FC. En mars dernier, il a proposé d’héberger le personnel médical de Londres dans son Hôtel Stamford Bridge Millennium, qui se trouve à deux pas de l’hôpital Westminster.

Chelsea : Quand Abramovich prête son joujou à 300M€ à Franck Lampard

Des toujours cousues d’or, même si elles ont perdu 27 milliards de dollars par rapport à l’année dernière après une période difficile pour le pays.

 

La pandémie de coronavirus, la guerre du pétrole avec l’Arabie saoudite et la faiblesse du rouble ne permettent pas à la Russie de démarrer cette nouvelle décennie sous les meilleurs auspices. Les plus grandes fortunes se sont appauvries, même si elles représentent toujours 152 milliards de dollars. Les personnalités sont les mêmes, mais l’ordre du classement a été chamboulé : Vladimir Potanin est désormais l’homme le plus riche du pays, avec 19,7 milliards de dollars grâce à ses parts dans la société russe Nornickel (l’an passé, il était en sixième position).

 

La grande partie du classement reflète les 51 % de milliardaires du monde entier qui ont vu leur fortune chuter cette année, car ils ont tous perdu au moins 1 milliard depuis l’an passé. Leonid Mekhelson dégringole de sa première place l’année dernière pour passer troisième, car les actions de sa société de production de gaz naturel Novatek ont chuté de 50 % en un an. Pour sa part, Vladimir Lisin, magnat de l’acier, a perdu 3,2 milliards de dollars à cause du déclin des actions de sa société Novolipetsk Steel à hauteur de 30 % en février.

 

Lorsque les caïmans s’appauvrissent, le premier réflexe de ses prédateurs c’est d’aller chercher hors du marigot de quoi se goinfrer à nouveau. Ambrose laissa de côté les autres feuillets, il les consulterait à tête reposée à la maison. Tout ça sentait le soufre, pesait son poids de nitroglycérine, il pianota sur son criquet « Je me sens dans la peau d’Yves Montand dans le Salaire de la Peur », envoi, il était bien conscient que ça n’allait pas rassurer l’amour de sa vie, mais il ne se sentait pas la force de s’engager dans ce nœud de vipères sans elle.

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29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 08:00

Photo 1 - Plaque métal déco 40x30cm un train peut en cacher un autre panneau vintage SNCF

Ambrose plaça son cabas « Terroirs d’Avenir, où gisait l’enveloppe immaculée, cachetée du sceau de cire d’ADN, dans le panier avant Brooks de son vélo. Si les  terrasses avaient été ouvertes, il aurait pris plaisir à briser le sceau pour savoir à quelle sauce il allait être mangé. Aux feux du débouché de la rue de Castiglione sur celle de Rivoli, les grilles ouvertes  du jardin des Tuileries lui ouvraient les bras. Il attacha son destrier sous les arcades, au poteau d’une affreuse pancarte, qui faisait face à la librairie Galignani, une bouffée de souvenirs du temps où il flânait dans ce temple aux origines vénitiennes. Au XVIe siècle, une famille d’imprimeurs vénitiens s’installait à Paris. Et un siècle et demi plus tard, Ambrose s’immergeait dans son décor somptueux, alignement de lourdes bibliothèques de bois sombre et ciré, parquet ancien, demeuré intact depuis les années 1930, et dans cette atmosphère d’un calme absolu, l’amoureux des livres qu’il était se sentait un peu comme Holly Golightly, l’héroïne de Capote, dès qu’elle passait la porte de chez Tiffany’s : il lui semblait que rien de grave ne puisse lui arriver...

 

 

Le jardin des Tuileries, enfin débarrassé des horreurs de Marcel Campion, en ce temps de confinement, reprenait des allures de havre de paix, un lieu de promenade, de recueillement loin des fureurs de la ville. Ambrose se rappelait, en s’asseyant sous un bouquet d’arbres, qu’il fut créé, au XVIe siècle, par Catherine de Médicis pour l’usage exclusif de la cour, avant que Louis XIV ne décide d’en faire une promenade publique ou presque. On filtrait aux grilles, et si vous étiez domestique, simple soldat, ou de couleur, vous n’aviez aucune chance d’y entrer. Mais tous ceux qui le pouvaient s’y pressaient. Il faut dire que jusqu’à Napoléon III, il n’y avait à Paris que très peu de jardins ouverts au public. Outre les Tuileries, on pouvait prendre l’air au jardin du Luxembourg ou au jardin des Plantes et se promener dans les allées arborées du Palais-Royal. Le jardin arboré pour le plaisir des promeneurs, qui pouvaient admirer des arbres exotiques comme le marronnier d’Inde, mais également pour les protéger du soleil. Au XVIIe siècle il fallait absolument avoir la peau blanche, comme la reine. Être cuivré, tanné, c’était la marque du peuple, le signe d’une basse extraction. Au XVIIe siècle, on plantait des arbres pour protéger la blancheur de l’aristocratie. Au XXIe, l’arbre servait à rafraîchir tout le monde, les gens, comme aime à le dire Mélenchon. Ils en avaient bien besoin.

 

Comme de bien entendu, à peine assis, le grelot déjanté fut pris de soubresauts, l’impatiente venait aux nouvelles.

 

« Alors, tu repiques à ta vie dans les hautes sphères qui t’enivrent de leurs flaveurs d’écurie ?

 

Allait-il la faire mariner ?

 

Ambrose fit sauter le sceau avec la pointe de son Opinel. L’enveloppe contenait une chemise cartonnée violette : revue de presse sur les chasses de Chambord et une petite enveloppe en papier recyclé violet : Nous allons faire proprement un métier sale. Le salaud, ça sentait le gaz à plein nez ! Pour se détendre Il feuilleta la revue de presse.

 

 

Raphaëlle Bacqué écrivait dans LE MONDE du 18.12.2009 alors que Nicolas Sarkozy venait de nommer son conseiller Pierre Charon président de Chambord. Dans la plus pure tradition de la monarchie républicaine.

 

« Qui n'a pas admiré l'aube froide se levant sur Chambord, un jour de chasse, n'a rien vu. On y arrive le plus souvent la veille, muni de ses fusils, pour une battue aux sangliers ou un tir sélectif à l'affût ou à l'approche, d'un ou deux cerfs. Les invités, qui ont dormi dans une auberge face au château, se retrouvent, au petit matin du vendredi, pour une élégante collation, avant de partir en 4 × 4 pour les 160 hectares clos de murs où se cache le gibier. A midi, on déjeune dans une clairière, et le soir, on se retrouve pour un dîner aux flambeaux dans la grande salle du château. »

 

Malgré le froid cinglant de ce jour de décembre, la cérémonie a été retardée d'une heure. Pour ce "tableau" – l'hommage rendu au gibier après la chasse –, on attend un invité prestigieux. Éclairés au flambeau, les plus gros sangliers sont alignés sur un lit de branchages. Avec plus de 30 bêtes tuées au compteur, la partie a été superbe. C'est, en vérité, toujours le cas à Chambord. Dans cette forêt si giboyeuse – plus de 800 cerfs et biches et 1.500 sangliers y trouvent refuge –, peu de chances de rentrer bredouille. Un scénario encore plus improbable aujourd'hui : la battue réunit les présidents des fédérations de chasse françaises, tous de fines gâchettes. Le soleil s'est couché depuis longtemps sur le château construit par François Ier. Soudain, les phares d'une berline noire balaient les arbres. La portière s'ouvre : Emmanuel Macron, bottes aux pieds, sort de la voiture. Le président de la République, qui fête son anniversaire dans le domaine, est venu assister au rituel. On se recueille quelques minutes pendant que les sonneurs jouent des airs traditionnels. Puis le chef de l'État salue un à un les chasseurs, maîtres-chiens, rabatteurs et gendarmes. Dans un discours improvisé, il fait l'éloge de la chasse, ce "formidable atout pour la biodiversité". "Je serai le président qui développera la chasse, vous pourrez toujours compter sur moi." La rencontre durera presque une heure. Avant qu'Emmanuel Macron ne rejoigne Brigitte et ses petits-enfants pour manger une crêpe au village.

 

"Cela faisait quarante ans qu'un président de la République n'avait pas osé assister à un tableau…" Attablé dans un café proche des Invalides, Thierry Coste, teint halé et sourire un rien carnassier, ­savoure sa victoire. Un chef de l'État posant à côté du gibier encore fumant? Du jamais-vu depuis Giscard. Seul raté de la séquence : l'Élysée avait exigé qu'aucune photo ne fuite. Mais un des participants n'a pu s'empêcher d'immortaliser la scène. Le cliché, très sombre, s'est rapidement propagé sur les réseaux sociaux. Lobbyiste de la chasse, "­Machiavel de la ruralité" comme il aime à se présenter, ­Thierry Coste est un habitué des antichambres du pouvoir. Sous ­Nicolas ­Sarkozy comme sous ­François ­Hollande, cet homme jovial a toujours eu ses entrées à l'Élysée. Mais jamais, avant ­Emmanuel ­Macron, un chef de l'État ne lui avait prêté une oreille aussi attentive. La suite ICI 

 

Sans aucun intérêt !

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28 avril 2021 3 28 /04 /avril /2021 08:00

Emmanuel Macron, un président sachant chasser les électeurs - Le Parisien

Dupont-Nanetti, après avoir allumé un Puros, attaqua l’entretien bille en tête : « Au 78 rue de Varenne, tu as géré les chasses du domaine de Chambord, Rambouillet et Auberive, à la plus grande satisfaction des chasseurs. Guy Ligier, le pote de Tonton, ne tarissait pas d’éloges sur ton compte. Cerise sur le gâteau, tu y conviais aussi le petit peuple.

 

- Oui c’était ma BA, ma façon de me dédouaner moi qui n’ai jamais tenu un fusil de ma vie et, bien sûr, jamais chassé. J’avoue que je ne vois pas d’intérêt personnel à aller battre la campagne pour tirer du gibier et le discours qui affirme que la « chasse aide à dominer sa peur de la nature sauvage, à se la réapproprier, à l’amadouer, à la sentir vibrer, pleine de sève et de fougue… » s’apparente pour moi à de l’autojustification pure et simple. 

 

- Ta maîtresse d’alors chassait… 

 

- Oui, je ne suis pas à une contradiction près et pour alourdir ma croix je devais me taper au château ce grand mégalo de François de Grossouvre… 

 

- Tu as la fibre diplomatique dans ton ADN Ambrose. Mon souci c’est depuis dix ans le domaine national de Chambord, est entre les mains du beau-frère du comte de Paris, prétendant au trône de France, Jean d’Andlau de Cléron d’Haussonville qui se vante d’avoir fait revenir à Chambord le sang bleu et les grandes familles européennes. « Voir un noble à côté́ d’un préfet ou d’un lobbyiste, cela crée des mises en relation que personne n’aurait imaginées. Plus c’est chic, plus c’est attractif.»  

 

- C’est un c… ! 

 

- Je ne te le fais pas dire. Pour faire tourner l’entreprise, le grand chambellan a fait planter des vignes afin de créer trois cuvées Chambord, et le domaine commercialise désormais 13 tonnes de cervidés par an et 33 de sangliers pour 91 000 euros de chiffre d’affaires. 

 

- Ok, tu chalutes dans le bottin mondain et people : Gérard Larcher, le pape des salons de coiffure, Franck Provost, l’écolo Nicolas Vanier, l’ancien avocat de Laëtitia Hallyday, Me Ardavan Amir-Aslani, le financier Henri de Castries, l’archiduc du Luxembourg, le gros David Douillet, le patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, le Guy Drut du 110 mètres haies, le balourd Christian Jacob, le socialo Claude Bartolone, des ministres, des capitaines d’industrie, des généraux et des ambassadeurs...Tu ne souhaites pas que je te trouves quelques gilets jaunes pour faire peuple ou que je fasse les yeux doux à Méchancon ou à Ruffin… 

 

- La présidence des chasses présidentielles ça te tente ? 

 

- Pas le moins du monde mon ami, j’ai mieux à faire que de me fader l’élite de la République… 

 

- Tu réfléchis, je t’ai fait constituer un dossier, tu y jettes un œil et tu me rappelles. 

 

- Si ça te fais plaisir, je veux bien… 

 

- Dès  que  les restaurants rouvrent, on se casse une petite graine dans l’une de tes mangeoires préférées… 

 

- Tope-là !

 

La belle Annabelle tendit à Ambrose une grande enveloppe cachetée à la cire. ADN, salua Ambrose d’un signe de la main, « Sacré renard… » pensa celui-ci en mettant ses pas dans les pas de l’attaché de presse. Celle-ci, alors qu’ils allaient se quitter, lui précisa « J’ai constitué le dossier de presse mais le Garde a tenu à mettre l’ensemble du dossier sous pli de sa main. Vous devez être quelqu’un de très important… »

 

- Un faisan surtout Annabelle, ou pire un pigeon d’argile…  

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 08:00

Trophée BallTrap résine • TROPHEE DISCOUNT

Le dîner fila comme sur des roulettes, lubrifié au vin nu de Catherine Ledétenté, sur une pasta Cacio e Pepe, des fraises à la cassonade, légèreté, le narrateur que je suis ne souhaitant pas être édité par Harlequin en restera à ce degré de détails. Ambrose, sagement regagna son domicile muni de son attestation de couvre-feu pour garde d’enfants, Beria détestait qu’il découche. Il se fit une verveine-menthe poivrée, lui qui détestait la tisane, elle l’avait converti. Le ciel était clair, l’air vif, Beria, repu, en écrasait lourd sur le canapé du salon. Le WhatsApp bipa « Demain, procédure ball-trap, le pigeon d’argile s’impose ! Bonne soirée à toi vieille crapule, à demain… »  Sacré ADN, pénaliste un jour, pénaliste toujours, Ambrose répondit « Tirer à blanc ça donne soif. J’apporte du carburant, je sais qu’il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, alors je jouerai au con. Bises à toi… »

 

L’exactitude est la politesse des rois ! Ambrose toujours à l’heure se pointa 15 minutes avant 11 heures, avec les contrôles il poserait ses fesses dans l’antichambre pile poils pour attendre, ADN, comme tous les hommes de pouvoir, le ferait mariner. Les préposés à la fouille, des planqués de la Pénitentiaire, tirèrent la tronche en le voyant arriver avec un cabas floqué « Terroirs d’Avenir ». Il les rassura, gouailleur, « Pas de souci mes braves – il avait évité de justesse mes matons – ce ne sont pas des cocktails Molotov, seule la roteuse peut péter si vous la secouez ! » Ils sourirent jaune. Ambrose en passant sous le portique, leur balance la vanne qui tue « Mon pote Garde ne doit pas être dépaysé, c’est comme à la Santé ! ». Ils rirent, je l’avoue de bon cœur, même que le plus jeune, grêlé d’acné, osa un « Vous êtes un comique, vous… » Alors qu’une jeune femme, bien gaulée, se pointait juchée sur des talons aiguilles qui piquetaient bruyamment les dalles, je me la jouais ancien combattant « J’ai signé l’appel pour que Coluche se présente à la présidentielle de 81, avec un ancien  Garde, le petit père Nallet, et plein de beau linge… » Le grêlé leva le pouce, « Le Garde vous attend… » m’annonça celle qui se présenta comme la chargée de communication du Ministre, Annabelle me précisa-t-elle. 

 

Dupont-Nanetti, à l’heure, planté devant son bureau empire, le meuble, bras grands ouverts, donna une mâle accolade à Ambrose, le genre Brejnev sans le baiser sur la bouche, « Toujours aussi jeune et beau mon grand ! » Annabelle pouffa. « Tu as déjà fait une nouvelle conquête sacré séducteur… »

 

- Je suis rangé des voitures… 

 

- Je sais… 

 

- Les dossiers de la grande maison sont à jour, mais franchement c’est gaspiller l’argent du contribuable que d’espionner un vieux retraité nickel chrome.

 

Mes vices cachés - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

 

ADN, s’esclaffa.

 

« Tu ne fumes plus, je crois…

 

- Oui, ce n’est pas ton cas. Je t’ai apporté des vins nu pour éduquer ton goût de buveur d’étiquettes. 

 

- Ha, l’amour, l’amour, l’amour Ambrose, voilà où ça te mène. Tu as bon goût, elle est jeune et belle. 

 

- Impayable, vous avez aussi ses mensurations, la taille des bonnets de ses soutiens-gorge, la pointure de ses baskets, pas touche mon ami ! 

 

- Bien sûr mon Ambrose, je ne mange pas de ce pain-là, tu le sais. Si ça ne te dérange pas Annabelle va assister à notre entretien. 

 

- Pas de souci, comme dit mon petit-fils, j’espère que vous ne rédigerez pas un communiqué suite à cet entretien entre grands de ce monde.

 

Annabelle pouffa, à nouveau, ADN commenta « Tu pètes le feu mon Ambrose, ça me rassure pour la bonne fin de notre petite entreprise… »

 

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26 avril 2021 1 26 /04 /avril /2021 08:00

À peine Ambrose avait-il enfourché son lourd destrier noir, shooté à l’électricité, le destrier bien sûr, que sur son cœur le grelot à la pomme entamée fut pris de folie. Des rafales de messages sur WhatsApp, dont la substantifique moelle tenait dans un avertissement et une injonction : « Ne crois surtout pas que tu vas t’en tirer comme ça…Viens dîner à la maison ce soir !  » Il sauta le pont d’Austerlitz, mis pied à terre face à la grande grille du Jardin des Plantes, « Ok, la belle, j’en profiterai pour te demander en mariage… » Un lourd silence radio s’ensuivit. Rue de la Glacière, Ambrose fit quelques emplettes au Biocoop, dont la friandise en boîte pour Beria, sa seigneurie raffolait du bio, encore un bobo !

 

 

À propos de bobo, Ambrose, avec son bel esprit d’escalier, se marrait dans sa petite Ford d’intérieur, ce matin en grignotant ses toasts, un poil charbonneux, embeurrés de beurre doux, il s’était planté en l’achetant, il avait lu que le Parlement espagnol venait d’inclure, dans son code civil, les critères, en cas de divorce, sur lesquels les tribunaux doivent se fonder pour décider à qui confier la garde de l'animal, compte tenu de son bien-être. S'il y a préjudices, seuls les juges pourront décider à quel propriétaire reviendra la garde exclusive de l'animal : il devra déterminer lequel de ses maîtres s'occupe mieux de lui. En complément, le propriétaire légitime, recevra une indemnisation pour préjudice moral. En effet, cette décision « pourra seulement leur être imposé quand il (l'animal) sera compatible avec sa nature et les dispositions destinées à sa protection ». Parmi les animaux de « compagnie » concernés, on retrouve bien évidemment les chats, les chiens, mais aussi les poissons rouges, les tortues et les oiseaux. « Faudra que j’en avise Beria, dont je ne suis pas le propriétaire mais dont j’assure la garde depuis des années… »

 

 

Déjeuner, pilon froid de Pintade des Dombes, necci maison, petit plateau de fromage, arrosé d’un savagnin ouillé, café, sieste sur le balcon, mise en condition pour le dîner à haut risque du soir puis pour le rencart, non moins risqué, chez ADN. La seule arme d’Ambrose face à ces périls : l’inertie ! Avoir recours au bréviaire de ce bon Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord « L’inertie est une vertu, l’activité est un vice. Savoir attendre est une habileté en politique ; la patience a fait souvent les grandes positions. On doit être actif quand l’occasion passe ; on peut être paresseux et nonchalant quand on l’attend ». Pour l’amour de sa vie sa position serait claire, sans détour, il se rendait demain à un rendez-vous à la Chancellerie, chez le Garde des Sceaux, Armand Dupont-Nanetti qui l’avait sollicité et il ignorait pourquoi. Stricte vérité qui l’exposait, bien sûr, dès sa sortie du majestueux bureau du Garde – lieu connu de lui au temps où Tonton régnait sur le pays – à une batterie de questions. Reculer pour mieux sauter l’obstacle, il aviserait au vu de la soupe que lui servirait ADN. Le pire n’est jamais sûr, Ambrose en avait vu d’autres, que serra, serra… »

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