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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 07:00

Dès le premier soir j’avais exigé d’Adeline que nous fassions chambre à part. « Tu as peur que je te viole ! » m’avait-elle rétorquée. Je n’avais pas cédé sauf qu’au petit matin elle se glissait sous mon drap en disant « j’ai froid ». Depuis nous faisions lit commun sans problème. Elle se blottissait tout contre moi, me grattait le dos et nous parlions pendant des heures. Plus exactement je lui racontais jusqu’à plus soif les méandres de l’opération double chevron. La troisième nuit je fatiguais un peu. Adeline me murmura « caresses-moi ! » Je renaudais « je ne suis pas de bois…

-         Je sais, mais j’ai envie que tu me caresses…

-         Tu romps notre contrat !

-         M’en fous de tes histoires de contrat. J’ai envie de jouir sous tes doigts…

-         Ça va me faire bander…

-         Et alors ça ne me gêne pas…

-         Moi si !

-         Que tu dis…

-         Tu sais je suis très maladroit…

-         Alors lèche-moi !

J’obtempérais. Ce fut très bon. Adeline me caressait la nuque. Le temps suspendu à l’arche de ses hanches projetée me paraissait s’écouler avec la douceur de l’eau dans une clepsydre. Nous restâmes un long moment allongés sans rien dire puis, pour lui faire plaisir je repris mon récit. Sa main m’apaisa.


Gustave la balance, l’infiltré je l’avais rencontré la première fois un samedi au buffet de la gare du Nord car il venait de Denain. La perspective de rencontrer cette raclure ne m’enchantait guère mais sans lui je ne pouvais m’introduire, sans éveiller de soupçons, dans les petits papiers des éminences de la GP et je devais en passer par là. Tout ce passa au mieux. Gustave se révéla pire que prévu, immonde et faux-derche En l’écoutant je ne pouvais m’empêcher de penser que vraiment les têtes d’œufs de la rue d’Ulm devaient être encore plus déconnectées de la vie réelle que je ne pouvais l’imaginer pour accorder du crédit à ce type. Retord le Gustave chercha d’abord à m’amadouer puis, l’alcool aidant, il s’était fait un peu menaçant.  « Pour mes putains de frelons, un gars comme toi, disons celui qu’on va dire que tu es, un OS de Citroën, c’est une sacrée recrue. Méfies-toi de ne pas te prendre à leur petit jeu. De faire le beau en servant ce que veulent entendre tes chefs. C’est tentant tu sais de chier dans les bottes de tout le monde. Moi, depuis que j’ai commencé à balancer je peux plus m’arrêter, ça me soulage comme quand je dégueule le lendemain d’une sale biture. Alors je raconte des craques à tout le monde. Fais gaffe je n’ai pas envie que tu tues ma poule aux œufs d’or mec ! Alors ne déconne pas, ne m’enlève pas le pain de la bouche sinon je cafte le morceau à mes potes les révolutionnaires et je suis certain qu’ils te feront passer un sale quart d’heure… »


Le programme du Gustave à Paris était réglé comme du papier à musique. Il se résumait à la séquence : rencontre dans un bar des Champs avec son contact des RG – celui-ci ignorait mon existence – puis, selon ses propres déclarations, dégorgeage de ses burnes dans le fion d’une jeune morue de la rue de Ponthieu, enfin nuit du côté de la Porte d’Orléans avec ses enculeurs de mouches. « Putain, ces branleurs ne carburent qu’au Nescafé, c’est dégueu, et ils fument comme des pompiers, j’en ai ma claque tu sais de leurs parlottes interminables. Y m’arrive même de m’endormir. Ça ne les dérange pas car y’me demandent jamais mon avis. L’autre soir, celui qu’a une gueule de merlan, j’sais plus son nom de guerre, y ce sont tous affublés de prénoms Antoine pour Rolin, Pierre pour le chef Benny, y’a que moi qui suis toujours Gustave, c’est bien la preuve que je compte pour du beurre. Donc le merlan, Serge de son vrai prénom, nous a sorti sérieux comme un pape : « que la nuit pour dormir ça n’existait pas. C’était une invention de bourgeois… » Personne n’a rigolé. Ils se sont ensuite empaillés pour savoir s’ils allaient écrire dans leur torche-cul de trac, à propos des mobiles qui gardaient l’ambassade des fantoches du Vietnam du Sud : les cognes, les bourres, les poulets, ou les flics… Moi j’avais envie d’écluser une bière alors j’ai largué une caisse crasseuse et j’ai dit, qu’après tout, nous dans le Nord, on appelait les flics des flics. Ça les a convaincu et j’en ai envoyé un m’acheter de la Valstar à l’épicerie du bas. Ce brave con m’en a ramené un casier. Je les ai sifflées, en bouffant du saucisson sur un bout de pain sec, pendant qu’y continuaient à dégoiser sur les supplétifs des impérialistes américains. Tu ne vas pas te marrer tous les jours avec eux. D’ailleurs, je ne comprends pas bien pourquoi tes chefs font tout ce tintouin pour ces va-de-la gueule, y savent que causer… des révolutionnaires en peaux de lapin c’te bande d’illuminés. La plupart du temps j’entrave que dalle à ce qui disent…»

 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 07:00

Adeline était insatiable. Le soir, alors que notre maître d’hôtel nous préparait un barbecue avec les poissons et les coquillages que nous avions ramené du marché de la Pescheria au Rialto et que nous sirotions du champagne elle contre-attaqua à nouveau. Les Italiens adorent le champagne et Matteo s’était constitué une cave avec la fine fleur des nouveaux vignerons qui bousculaient l’establishment du négoce de Reims et d’Epernay. Nous venions de descendre une première bouteille du blanc de blancs extra-brut d’Olivier Collin. Adeline la bouche enfarinée se moquait de moi « Tu me dis que c’est un champagne d’Olivier Collin alors que sur l’étiquette je lis Ulysse Collin… » Je la remettais à sa place gentiment ce qui me valait une réplique savoureuse « Tu parles comme un livre mon grand. Tu as une mémoire d’éléphant. Sois gentil parles-moi de ta grosse enflure d’indic !

-         Gustave la balance…

-         Oui

 ulysse-collin-bottle-a1.jpg

 

«  Nous nous retrouvions toujours dans le même bistro du côté de la Porte Champerret. Un matin, le Gustave, l’œil vitreux, teint cireux, barbe de deux jours, s’affalait sur la banquette de skaï en baillant. Son haleine fétide m’environnait, tel le fumet s’exhalant d’une lunette de chiottes à l’ancienne. Avachi, il se grattait les roustons avec un plaisir non dissimulé puis, sortant son canif, il se curait les ongles avec des mimiques satisfaites. Ça devait lui tenir lieu de toilette matinale car, sans se soucier de ma présence, il se grattait ensuite les oreilles avec une allumette pour terminer enfin par un ramonage de ses crottes de nez qu’il enfournait avec délice dans sa bouche après les avoir contemplé d’un air extatique. Face à ce spectacle peu ragoûtant, le garçon, restait de marbre ; il faut dire qu’il se posait en concurrent sérieux du Gustave pour ce qui est de la craderie matinale : ses effluves de pisse rance, sa gueule de vieux rapace déplumé couvert d’une neige de pellicules, ses pognes incrustées d’une crasse néolithique, dénotaient un sujet plein d’avenir en ce domaine. Bien évidemment, Gustave se commandait un bock de bière agrémenté d’une Francfort frites. Minimaliste, je me contentais d’un simple petit noir. Nous restâmes silencieux jusqu’à l’arrivée de sa pitance. D’un trait, le Gustave se sifflait la moitié du bock, claquait de la langue, rotait, puis tout en plongeant ses gros doigts dans la bouffe huileuse, il embrayait.

 

« Les frelons sont d’accord. Faut dire que je pète le feu pour leur vendre ma soupe pas fraîche. Tu ne peux pas t’imaginer ce qu’une petite salope de négresse peut te soulager les glandes. Pompeuse à t’assécher en une passe. Goulue, avec des nibards pires que des obus de 75, elle m’a fait brailler pire qu’un goret. Quand on dit que les nègres sont des feignasses, c’est vrai, ce sont leurs gonzesses qui s’tapent le boulot. Ça m’a changé de la grosse Denise avec sa bidoche molle et ses outres pendouillantes. Bref, quand je suis sorti, essoré, je me sentais gai comme un jeune homme alors les têtes d’œufs avec leurs bites en rideau ils ont eu droit à ce que je sais faire de mieux : raconter des craques… » Satisfait, l’enflure se torchait la bouche du revers de sa main souillée, en quêtant des yeux mon approbation. Mon indifférence ostensible refroidissait son enthousiasme : « si je te fais chier faut me le dire ?

–       Tu pues, t’es con et tu m’emmerdes…

–       Vas-y molo p’tit  con sinon...

–       Sinon quoi la balance, ici c’est boulot-boulot, tes histoires de cul j’en ai rien à traire, compris. Tu me dis comment je dois prendre contact avec les fêlés de la GP et tu me débarrasses de ta sale tronche. Elle me donne envie de gerber.

–       Tu me le paieras…

–       Je ne te paierai rien Gustave. Je suis flic et je peux t’écraser comme la mouche à merde que tu es, alors rengaine tes menaces et accouches…

 

Gustave, en bon faux-derche, virait brutalement à 180°, se faisait tout miel. M’assurait que ce n’était pas ce qu’il voulait dire, qu’il comprenait qu’un beau mec comme moi se foute de ses cochonneries avec des putes, qu’il ferait tout pour me faciliter le sale boulot. Loin d’attraper la perche qu’il me tendait je lui enfonçais plus encore la tête dans sa merde : « Porcheron, je sais que tu palpes des RG pour te payer un bistro alors fais gaffe que tes potes de Denain n’apprennent pas d’où te vient l’oseille. Ça ne serait pas bon pour ta clientèle qu’on sache que t’es une balance. À partir de maintenant tu m’évites le spectacle que je contemple en ce moment et tu te cantonnes à parler de ce que pourquoi tu es payé. Compris ! » Il acquiesçait tout en raclant jusqu’à la dernière frite et en se commandant un nouveau bock. « T’as rendez-vous mardi soir, disons à neuf heures, à « Base-Grand » avec Antoine et Tarzan : c’est leur nom de code tout comme « Base-Grand » qu’est celui du lycée Louis-le-Grand rue St Jacques. Je n’ai pas eu grand mal à vendre ta candidature vu que t’es pour eux ce qu’ils appellent un représentant des larges masses : un ouvrier prêt à troquer sa clé à molettes pour un fusil quoi. Bien sûr, ils ont référé au guide, le leader suprême qui vit dans son camp retranché, Pierre-Victor, qui a dû comme c’est son habitude les traiter en petites larves et leur dire que ça leur ferait du bien de se frotter à la réalité d’un vrai prolétaire. Tu te pointes là-bas, tout sera prévu pour t’accueillir avec les honneurs dus à ton rang. Y sont cons à manger du foin faudra pas que t’es peur de les humilier : ils adorent ça se la faire mettre jusqu’au trognon… »

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 07:00

Le lendemain matin j’appelais Antoine pour lui dire qu’Adeline et moi prolongions un peu notre séjour à Venise pour régler une affaire urgente. Il ne fit aucune objection se contentant de me demander « Je t’envoie le jet pour quel jour ? ». Sans réfléchir je lui répondais que nous avions besoin de huit jours. « Ok, je vous fais porter vos bagages où ? » Je lui donnais l’adresse du palazzo de Matteo Vialle Guiseppe Garibaldi. Adeline qui se baladait en string battait des mains. « Fantastique ! Tout ce temps rien que pour nous, tu es vraiment chou… » Je soupirais en levant les bras au ciel. « Habille-toi, nous partons faire notre marché au Rialto… » Le maître d’hôtel qui débarrassait notre petit-déjeuner m’indiquait que bien évidemment la vedette de Matteo était à notre disposition. « Merci…nous prendrons le vaporetto… et nous déjeunerons sur place… » Adeline voulait s’acheter un short et des sandales. J’ironisais « Tu veux provoquer une émeute ?

-         N’importe quoi, j’en ai marre de me trimballer toujours en jean et basket. Besoin d’air !

-         Vos désirs sont des ordres jeune fille.

-          

Après avoir fait nos emplettes au marché de la Pescheria du Rialto, nous déjeunâmes, loin des gargotes à touristes dans une petite trattoria que j’eus bien du mal à retrouver. Adeline ne passait pas inaperçue avec son mini short blanc qui lui moulait les fesses et donnait à ses longs compas des allures vertigineuses. Bien évidemment, je dus remettre le couvert sur mes années Citroën, la fameuse « opération double chevron » en sirotant une merveilleuse Grappa di Bassano de Capovilla un assemblage à base de merlot et de cabernet, complété d'autres cépages comme le tokaji, de faible degré, 41° tout de même.


m1970.jpg

 

« À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires, la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras. Je la repoussai avec énergie : « ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclatait d’un petit rire grasseyant qui agitait sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule l’intello, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

- Non…

- Fais gaffe, ici je pèse lourd…

- Le poids d’une grosse merde, lâches moi j’ai mieux à faire qu’écouter les conneries d’un mec qui a du sang sur les mains…

- Là tu pousses le bouchon un peu loin sale gauchiste. Ton compte est bon je vais t’en faire baver à mort. Tu vas ravaler tes paroles et tu regretteras même d’être né…

- La gégène, l’entonnoir ou le merlin… T’es bon à tous les étages ordure. T’as de la bouteille, surtout ne te prive pas de repasser les plats ça réveillera en toi de beaux et grands souvenirs…

Nez de bœuf me laissait m’en aller. Ses trous du cul fermaient les grilles. Je les bousculais. Ils voulaient me faire barrage mais dans mon dos l’ordre claquait : « laissez-le passer ! » Je hâtais le pas car il ne me restait que tout juste cinq minutes pour pointer, enfiler mon bleu et aller rejoindre mon poste de travail.

Deux heures plus tard, Dahan, le régulateur de la chaîne, m’apostrophait :  « t’es attendu au bureau du planning… »

-         C’est où ?

-         Au fond de la cour.

-         Qu’est-ce qu’ils me veulent ?

-         Je n’en sais fichtre rien. Grouille-toi !

 

Là-bas, un ingénieur en blouse grise sans même me prêter attention, jetait à ses loufiats un «Mettez-le au 86 ! ». Si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montra le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que je ne parvenais ni à acquérir le coup de main, ni à coordonner mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement et je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de chialer.

 

À la pause je m’apprêtais à me tirer lorsque je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables « larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaient dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain. »

 

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel.       

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 07:00

Matteo avait tout prévu, son maître d’hôtel nous porta des vêtements d’été en lin à notre taille puis une dînette copieuse qu’il déposa sur la terrasse surplombant notre étage. Adeline en se glissant dans la robe chasuble me dit d’un air extatique « mon Dieu que c’est bon de se glisser nue dans une telle merveille… Comment me trouves-tu ?

-         Comme une fille !

-         Ça veut dire quoi comme une fille ?

-         Que je vais te fesser à cul nu si tu continues de minauder…

-         Je ne minaude pas sale macho. Essaie donc d’accéder à mes fesses et tu verras de quel bois je me chauffe…

-         Rassures-toi je n’ai pas l’intention de passer à l’acte !

-         Que tu dis…

-         Mangeons, j’ai une dalle terrible…

-         C’est l’âge…

-         Oui je compense mes insuffisances…

Adeline mangea deux fois plus que moi mais dès le melon au jambon de Parme elle m’avait pris de cours en jouant sur la corde sensible. « Comme je sais qu’au fond sous tes airs de mec revenu de tout tu es un pro, tu vas me raconter comment tu as infiltré la Gauche Prolétarienne…

-         Rien que ça la belle…

-         Oui mon grand !

-         Bon point, tu n’as pas dit mon vieux.

-         Arrête ton char sinon je te viole.

-         Que tu dis…

-         Allez racontes…


Et bien sûr j’ai raconté. « Le 1er septembre 1969, c’était un lundi quand je m’étais au bureau d’embauche de Citroën, quai de Javel, c’était plein de cols blancs et de petits culs frais de dactylos qui arpentaient les couloirs avec des airs inspirés pour les mecs et dédaigneux pour les filles qui froufroutaient salement devant eux. Pour ne pas me faire remarquer je regardais le bout de mes grosses grôles. Une grosse moustachue en blouse grise m’avait fait remplir les formalités d’usage, plein de paperasses sur lesquelles je m’appliquais à écrire de la pire façon des trucs sur moi que j’avais appris par cœur. Ensuite, une poulette m’avait dirigé vers le bureau du responsable du pointage où officiait, derrière un petit bureau métallique, un grand mec au crâne rasé qui avait une gueule de juteux de l’armée, et qui s’avéra par la suite être un ancien sous-off qu’avait fait l’Indochine et l’Algérie, plus caricatural que nature, raide et con à la fois. Manifestement ma gueule lui déplaisait et, pour me faire chier, il m’avait collé dans l’équipe de nuit : j’embauchais à neuf heures du soir et je finissais à cinq heures du mat. À part les affres de mon Golgotha quotidien, ça m’allait comme un gant car ça me laissait du temps pour aller traîner mes grolles du côté des réunions secrètes de mes amis les «tigres en papier de la Gauche Prolétarienne » que j’étais chargé d’infiltrer ». Il m’expédia à l’usine Citroën du quai Michelet à Levallois-Perret, celle où l’on fabriquait la « deuche » la chouchoute des babas cools.


Pour moi c’était, tout, sauf cool, mais la galère. Mon boulot, boucheur de trou sur la chaîne de montage de la « caisse », consistait à charroyer entre l’atelier de soudure et celui d’emboutissage des structures métalliques pour pallier les anomalies constatées sur certaines caisses et éviter un trou dans l’assemblage. Entre les deux ateliers, cent mètres où je devais pousser, courbé, arc-bouté, une sorte de fardier, dont les toutes petites roues collaient au goudron, rempli de carcasses en tôle tout juste sorti des presses. J’en chiais, ça me sciait les reins et, comme ce sadique de contremaître, lorsque je lui avais demandé poliment des gants, m’avait ri au nez en me balançant goguenard « tu te démerdes y’en a pas… » - y’avais jamais rien dans cette boîte de merde c’était comme ça chez Citroën le royaume du bout de ficelle – je me faisais bouffer les mains par le nu tout juste refroidi de la tôle et cisailler les doigts par tous les angles de ces putains de pièces.


 

Les nervis, la couche de brutes épaisses qui évitait à la caste des ingénieurs géniaux – les pères de la DS – de se préoccuper de la lie des OS, m’avait classé dans la catégorie « intellos », tous ces branleurs qui venaient les faire chier et foutre le bordel en s’immergeant dans la classe ouvrière, ici fortement représentée par les « bicots » et les « crouilles » ex-fellaghas coupeurs de couilles des braves défenseurs de l’Algérie Française. La manœuvre des « génies » de la place Beauvau fonctionnait à merveille : j’allais plaire aux illuminés de la Gauche Prolétarienne. Lorsque je sortis de l’usine, encore plein du fracas des presses, cassé par la nouvelle gestuelle que m’imposait le charroi de pièces en tôles coupantes qui me mettait les mains en sang, vidé de toute envie et affamé, j’enfourchais ma mobylette et je fonçais jusqu’à mon gourbi de la Butte aux Cailles pour me jeter sous une douche bouillante. Décapé, propre sur moi, je gagnais Montparnasse où j’allais, dès l’ouverture, poser mon cul sur la paille des fauteuils nickel du Sélect. En dépit de mon décrassage je devais suinter l’ouvrier car les garçons me tiraient des mines dégoûtées en prenant ma commande. Je les ignorais en m’empiffrant de leur petit déjeuner continental. La faune matinale me plaisait ; des femmes entre deux âges me mataient ; des intellos en velours côtelé péroraient ; quelques filles en mini-jupes et bouquins sous le bras faisaient escale et pépiaient ; de vieux messieurs à rosette lisaient la presse du matin ; moi je somnolais doucement jusqu’aux environs de neuf heures.


 Sans rouler sur l’or, comme la grande maison continuait de m’assurer mon traitement de fonctionnaire de police, qu’elle prenait en charge le loyer de mon gourbi de la Butte aux Cailles, et que la maison Citroën m’assurait le maigre salaire d’un OS – toujours assez mince même si les accords de Grenelle avaient rallongé un peu la sauce – je pouvais me permettre de claquer un peu de blé pour me faire plaisir. Ferdinand qui était de service le matin, après m’avoir battu froid les premiers jours, face à ma munificence et ma lecture du Monde, me prit très vite sous sa protection. Archétype du vieux titi parisien il alternait des réparties désopilantes et des propos de la France un peu rance qui râle à tout propos sur tout et rien. J’étais bon public, me gondolais à la plus petite plaisanterie, approuvais ses pires insanités. Le Fernand appréciait. Le seul nuage obscurcissant un peu  notre lune de miel provenait du flou de mes réponses lorsqu’il tentait de me pousser aux confidences sur mes activités. Je le faisais, non que je craignais son indiscrétion, d’ailleurs j’aurais pu m’inventer une troisième vie, mais parce que voulais le tenir un peu à distance avec juste ce qu’il faut de mystère. »

 

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 07:00

Matteo me tendit une clé USB qui avait la forme d’un minuscule rasoir mécanique. « Mets-là dans ta trousse de toilettes. Tu as tout là-dedans. Je t’engage d’abord à lire attentivement le Patriot Act, ce n’est pas très digeste mais ça te permettra de mieux comprendre ce à quoi tu t’exposes en frayant avec ce cher Antoine. Un bon conseil tu évites toute correspondance électronique et sur ton cellulaire tu te contentes de parler de la pluie et du beau temps. Nous revenons aux bonnes vieilles méthodes manuelles mon coco car les grandes oreilles ne savent pas lire. Les cons qui pensaient que la fin de la guerre froide nous avait mis au chômage se fourraient le doigt dans l’œil jusqu’à l’os comme vous le dites, vous, les Français. Les affaires reprennent. Il faut toujours investir à contre-cycle pour profiter au maximum de la reprise. Maintenant je vous laisse découvrir la lagune en amoureux… N’allez pas au  Danieli, profitez de ma garçonnière c’est plus discret» Matteo nous accompagna jusqu’à sa vedette privée qu’il mettait à notre disposition. Adeline était sur son petit nuage. Je remerciai mon ami qui me redonnait une accolade très expansive. Nous nous installâmes à l’arrière de la vedette et le pilote mis les gaz pour se diriger vers la fameuse garçonnière de Matteo car Adeline souhaitait prendre une douche avant le dîner. Celle-ci était niché Vialle Guiseppe Garibaldi dans un quartier calme et verdoyant à l’extrême pointe du Castello. Une Mini-Cooper bâchée nous attendait au débarcadère. Adeline s’extasiait.


La garçonnière de Matteo était un superbe petit palazzo meublé avec goût et raffinement. Nous fûmes accueillis par un maître d’hôtel, un grand noir d’ébène, vêtu de blanc, bermuda et tee-shirt, sandales à lanières. Il nous mena à notre chambre en empruntant l’escalier extérieur qui donnait sur un patio luxuriant. Adeline, comme une enfant ravie, me tenait la main. Aucun luxe, une sobriété chaude fait de meubles d’époque, de tissus anciens et de tableaux contemporains. Alphonse, car tel était le prénom du grand jeune homme originaire de la Casamance, dans un français impeccable nous donnait toutes les indications pour que notre séjour fut agréable. Adeline le suivait dans la visite en poussant des petits oh de stupéfaction. « Viens voir ! » la salle de bains, ocre jaune sur un dallage de granit poli, s’ouvrait sur le patio par une large baie aux vitres coulissantes. Alphonse profitait de ma venue dans la salle de bains pour prendre congé. Des senteurs exotiques montaient du jardin, je fermais les yeux pour m’en imprégner et lorsque je les rouvrais Adeline était nue. « Je te plais?

-         Tu es très raccord avec le décor !

-         Te fous pas de moi !

-         Je suis sincère Adeline c’est moi qui suis de trop ici…

-         Je t’interdis de sortir !

Bras croisés sur ses beaux petits seins fermes elle me toisait d’un air qui se voulait féroce.

-         Tu veux quoi au juste bébé ?

-         Que tu me regardes !

-         Facile…

-         Déshabilles-toi !

-         Pour quoi faire ?

-         Venir sous la douche avec moi.

-         Que tu dis…

-         J’ai envie que tu me frottes le dos avec le gant de crin…

-         Je sais faire.

-         Ne bouge pas !

Adeline se plantait face à moi et s’attaquait à mes boutons de chemise. Je me laissais faire. Pour le jean je dû coopérer. Lorsqu’elle fit glisser mon slip le long de mes cuisses je ne pus masquer mon état.

-         Ça va, je suis rassurée…

Notre douche fut joyeuse. Nous nous essuyâmes mutuellement. Les peignoirs de bain étaient doux. Adeline m’entraîna sur le lit. « Nous n’avons pas de change nous sommes donc condamner à rester ici… Nous allons en profiter pour lire le Patriot Act» me dit-elle d’un air sérieux. Et elle était sérieuse car c’est ce que nous fîmes.

 

“The USA PATRIOT Act broadly expands law enforcement's surveillance and investigative powers and represents one of the most significant threats to civil liberties privacy and democratic traditions in U.S. history.

The USA PATRIOT Act (officially the Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate

Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act) was quickly developed as anti-terrorism legislation in response to the September 11 2001 attacks. The large and complex law received little Congressional oversight and debate and was signed into law by President Bush Oct. 26 2001.

PATRIOT gives sweeping search and surveillance to domestic law enforcement and foreign intelligence agencies and eliminates checks and balances that previously gave courts the opportunity to ensure that those powers were not abused. PATRIOT and follow-up legislation now in development threaten the basic rights of millions of Americans.”

« UNIR ET renforcer l'Amérique en fournissant les outils appropriés nécessaires à l'interception et entraver TERRORISME (USA PATRIOT ACT) Act de                                   2001 »

TITLE III--INTERNATIONAL MONEY LAUNDERING ABATEMENT AND ANTI-TERRORIST FINANCING ACT OF 2001

Sec. 311. Mesures spéciales pour les administrations, les institutions financières, ou            opérations internationales de blanchiment d'argent primaire

Sec. 312. Due diligence spéciale pour les comptes de correspondants et privés            comptes bancaires.

Sec. 313. Interdiction des États-Unis correspondant comptes avec des  banques fictives étrangères.

Sec. 314. Des efforts concertés pour dissuader le blanchiment d'argent.

Sec. 315. L'inclusion des infractions de corruption à l'étranger ainsi que le blanchiment d'argent   des crimes.

Sec. 316. Protection de la confiscation anti-terroriste.

Sec. 317. Juridiction du droit de suite sur les blanchisseurs de capitaux étrangers.

Sec. 318. Le blanchiment d'argent par le biais d'une banque étrangère.

Sec. 319. Confiscation des fonds dans les comptes interbancaires aux  États-Unis.

Sec. 320. Produits de la criminalité étrangère.

Sec. 321. Les institutions financières indiquées dans le sous-chapitre II du chapitre 53 du titre 31, United States Code.

Sec. 322. Société représentée par un fugitif.

Sec. 323. Exécution des jugements étrangers.

Sec. 324. Rapport et recommandation.

Sec. 325. comptes de concentration dans les institutions financières.

Sec. 326. Vérification de l'identité.

Sec. 327. Examen du dossier de la lutte contre le blanchiment d'argent.

Sec. 328. La coopération internationale sur l'identification des auteurs de            virements.

Sec. 329. Sanctions pénales.

Sec. 330. La coopération internationale dans les enquêtes d'argent            blanchiment, les crimes financiers et la situation financière des groupes terroristes.

 http://www.gpo.gov/fdsys/pkg/PLAW-107publ56/html/PLAW-107publ56.htm           

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 07:00

Leopardi m’attendait sur la terrasse du Stucky sous un grand parasol. Toujours aussi élégant dans un costume de lin bleu ciel, il tirait d’un air extatique sur un cigare de belle taille. Face à lui une très jeune fille brune en short blanc et bustier noir allongeait des jambes vertigineuses sur un transat et pianotait sur son Smartphone. Présentations, Leopardi pris l’initiative « ma fille, Lucia… » j’enchainais « Adeline, ma coéquipière… Matteo Leopardi… » Le grand Sarde dépliait sa grande carcasse pour mieux s’incliner face à une Adeline qui n’en croyait pas ses yeux. Ensuite nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre et nous nous embrassâmes comme des parrains. La « poucette » avait à peine levé les yeux de son écran. Nous nous installâmes autour d’une table. Matteo commanda des rafraîchissements. Sans attendre le retour du garçon, sans détour, il allait droit au but. « J’ai besoin de toi ! Comme tu le sais je suis associé dans un grand cabinet d’avocats américains. Mon cabinet est à Milan mais je travaille beaucoup avec Paris  qui est notre siège européen. Jusqu’à ces derniers temps la pratique déclarative à Tracfin, ce que nous appelons dans notre jargon la déclaration de soupçon, était considérée par  le Conseil national des barreaux et le Barreau de Paris comme un dispositif violant le secret professionnel et les principes fondamentaux du droit français. Le lobbying était efficace et les déclarations de soupçon aussi rare que les cheveux de votre Ministre des Affaires Etrangères. Le problème c’est que successivement Le Conseil d’État en juillet 2010, puis la Cour européenne des Droits de l’Homme en décembre 2012, ont rejeté les requêtes déposées. La CEDH a certes souligné l’importance de la confidentialité des échanges entre les avocats et leurs clients ainsi que du secret professionnel des avocats mais elle a estimé cependant que l’obligation de déclaration de soupçon poursuivait le but légitime de la défense de l’ordre et de la prévention des infractions pénales puisqu’elle visait à lutter contre le blanchiment de capitaux et les infractions associées, et qu’elle était nécessaire pour atteindre ce but. Donc plus rien ne s’oppose, malgré les difficultés pratiques, à ce que les avocats entre dans ce jeu… »

 

Adeline semblait fascinée par ce qu’elle entendait. Elle me confiera le soir lors de notre dîner « pour la première fois je jouais dans la cour des grands… » J’interrogeais Matteo « tu as du lait sur le feu ?

-         Pas  encore mais c’est imminent…

-         Qu’attends-tu  de nous ?

Ce nous fit rosir de plaisir Adeline.

-         Que tu me rapportes un maximum d’informations de Kiev.

-         Sur quoi ?

-         Lis cela !

Matteo me tendait une courte note dactylographiée.

 

Tracfin : La montée des risques dans le secteur vitivinicole

 

« L’analyse des déclarations de soupçon réceptionnées par Tracfin montre une vigilance croissante des déclarants concernant l’acquisition de vignobles français par des investisseurs étrangers. Sous l’effet combiné de la baisse de la consommation intérieure de vins et de l’augmentation de la taille moyenne des exploitations, le nombre de propriétés vitivinicoles diminue et de nombreux domaines pourraient ainsi changer de propriétaires dans un contexte haussier du prix de l’hectare. Parallèlement, l’activité de ce secteur est marquée par une hausse des exportations de la production de vins en lien avec le dynamisme de la demande dans certains pays émergents, et notamment la Chine. Les signalements réceptionnés par le Service mentionnent notamment des investisseurs russes, chinois et ukrainiens dans ce secteur jusqu’à présent majoritairement dominé par des groupes familiaux français.

Les investigations menées par Tracfin ont fait apparaître l’utilisation de montages juridiques complexes de sociétés en cascades installées dans des pays à fiscalité privilégiée. Des sociétés de droits français, dont l’objet social est la « prise de participation dans toutes entreprises existantes ou à créer » et qui se portent acquéreuses des domaines vitivinicoles en déficit d’exploitation, peuvent être créées avec un actionnariat composé de sociétés étrangères dont le siège est situé dans des pays à fiscalité privilégiée.

Le Service a ainsi noté la recrudescence de cas de montages juridiques. Au cas présent : une holding chypriote détenue par une société écran basée dans un pays à fiscalité privilégiée, appartenant à une personne physique de nationalité russe qui apparaît comme étant, in  fine, le bénéficiaire effectif de cet investissement. Néanmoins, si la Russie est un investisseur de premier plan dans le secteur vitivinicole, les investigations effectuées par le Service ont fait apparaître l’émergence croissante des investisseurs en lien avec la Chine.

Eu égard à la complexité des montages juridiques élaborés pour procéder au rachat de domaines vitivinicoles, l’identification du bénéficiaire effectif et l’origine des fonds peuvent être difficiles à établir.

Ce faisceau d’indices auquel doit être ajouté l’importance des montants mis en jeu pour le rachat de domaines présentant souvent des déficits d’exploitation importants, doit inciter les déclarants, notamment ceux occupant une position privilégiée en matière d’observation des transactions foncières et immobilières, à une vigilance accrue. »

-         D’accord Matteo mais nous ne faisons qu’accompagner Antoine à Kiev…

-         C’est bien pour cela que tu m’intéresses vieux frère. Ton cher Antoine c’est que qui se fait de mieux comme intermédiaire dans ce genre d’opération.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 07:00

Le Falcon se posait en douceur. Un van nous attendait au pied de la passerelle pour nous conduire à l’embarcadère où une vedette nous mènerait jusqu’à l’hôtel Danieli. Au dernier moment je décidai de prendre le vaporetto de la ligne blu d’Aliguna car je venais de recevoir un sms d’un vieux complice du temps des années de plomb qui séjournait à l’hôtel Hilton Stucky sur l’île de Giudecca dans le Dorsoduro auquel elle fait face. J’adore ce chapelet de huit petits îlots reliés par des canaux. La  « Spina lunga » la longue épine appartient à mon imaginaire. On y trouvait autrefois des maisons de campagne, des champs, des vignes, des couvents puis, au 19e siècle, ce fut un quartier d’usines et d’ateliers où s’installèrent des populations ouvrières. Le symbole, toujours debout et transformé en hôtel,  c’est le moulin à farine que construisit en 1895 le Suisse Giovanni Stucky. C’est un grand bâtiment de briques que la ville accepta sans approuver aucunement son style de construction. Moi je l’aime et lorsque j’avais séjourné sur l’île dans les années 70 le Moulin Stucky, fermé en 1954, était une friche industrielle. Le chantier naval travaillait encore mais déjà la Giudecca était investie par une population, se voulant underground, qui allait chasser petit à petit les ateliers et les ouvriers. L’île est maintenant très bobo avec encore quelques traces d’une population populaire. Pour la petite histoire, Giovanni Stucky connut un destin tragique…. Il fut assassiné par un de ses ouvriers… L’article d’un journal suisse daté du 28 mai 1910 relate le drame :


09.jpg

 

«M. Giovanni Stucky, grand industriel, d’origine suisse, a été assassiné samedi à Venise, sur le palier de la gare.

M. Stucky, né à Venise, en 1843, d’un père suisse allemand et d’une mère vénitienne, avait créé la première minoterie électrique de Venise, il y a 25 ans. Après avoir assisté samedi à une séance du conseil municipal, M. Stucky s’était rendu à la gare pour y prendre le train de Portogruaro, où l’attendait sa famille ; mais, à peine avait-il mis pied à terre, qu’un ouvrier meunier, nommé Bruniera, se précipitait sur lui et avec un rasoir lui tranchait la carotide. Stucky s’affaissa sur le sol, baignant dans son sang, et ne tarda pas à succomber. On parvint peu après à arrêter l’assassin.  Bruniera, ancien ouvrier de la minoterie, avait été condamné récemment à 6 mois de prison pour menaces de mort contre la famille Stucky. Il estimait avoir été lésé dans le règlement de l’indemnité d’une assurance, à la suite d’un accident qu’il avait subi»


Antoine, pris au dépourvu, ce qui chez lui équivalait à une faute lourde inexcusable, ne put réprimer un léger mouvement d’humeur qu’il rattrapait très vite d’un très froid « comme il te plaira ! » qui fit se gondoler Gabrielle. « Monsieur se la joue solitaire sur la lagune. C’est son truc, il se prend pour Dirk Bogarde dans Mort à Venise… » Dans mon dos Adeline volait à mon secours d’un « Je l’accompagne ! » qui ne souffrait d’aucune contestation possible. Gabrielle pourtant difficile à démonter restait bouche bée. Antoine lui prenait la main pour l’aider à s’embarquer. Pour détendre l’atmosphère, façon de parler, je balançais d’un ton rigolard « Nous nous retrouvons au petit déjeuner. Belle soirée… » Gabrielle me tirait la langue.


Sur le vaporetto Adeline, accoudée au bastingage, se serrait tout contre moi. Cette belle tige, sous ses allures bravaches, comme souvent, cachait des blessures intimes. Même si ça vous fait sourire, avec elle je me sentais très paternel. Envie de la protéger. Je passai mon bras sous le sien sans qu’elle ne se cabre, bien au contraire elle esquissait un petit sourire avant de poser sa tête sur mon épaule en murmurant « jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi bien… » Je n’avais nulle envie de pousser un quelconque avantage, qui d’ailleurs ne me semblait nullement évident, car je sentais bien que nous évoluions sur un tout autre terrain que celui de la partie de jambes en l’air dans un palace de Venise. « Ce sont mes premières vraies vacances et c’est à toi que je les dois. Je ne sais nomment te remercier ?

-         En ne me remerciant pas Adeline, profites !

-         Je n’ai jamais su profiter. Je reste toujours en dedans…

-         Avec moi tu ne risques rien !

-         Je le sais…

-         Et comment tu sais ça toi ?

-         Parce que moi qui n’aime que les filles j’ai envie que tu me caresses…

-         Belle et dangereuse perspective Adeline…

-         Oui, j’ai envie d’aller m’allonger nue sur un grand lit avec toi à mes côtés et je te dirai tout ce que je n’ai jamais su dire…

-         C’est faisable…

-         Nous le ferons !

-         …

-         Réponds !

-         Oui mais…

-         Il n’y a pas de mais… Passée la porte de la chambre c’est moi qui prendrai le commandement.

-         Je m’incline…

-         Tu ne risques rien !

-         Que tu dis.

-         Ne fais pas le coq ce n’est pas toi !

-         Merci docteur…

-         Soit très gentil avec moi…

-         Je le suis !

-         Pas assez !

-         Alors comment ?

-         Fais comme si tu étais amoureux fou de moi…

-         Facile !

-         Que tu dis…

-         Ne me provoque pas !

-         Si…

 

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 07:00

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ 524 miles soit 843 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 38 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Marco-Polo. Après le champagne notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Antoine y toucha à peine, il attendait son heure armé d’un petit sourire. J’avais remarqué dès le départ qu’il tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov. J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui racontait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentaient péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. C’est alors que le patron d'un grand quotidien offrit à Victor d'écrire les nécrologies - les « petites croix » - de personnalités bien portantes. Bien évidemment,  Victor  s’empressait d’accepter ce job tranquille et bien payé. Mais comme à Kiev la vie est loin d’être un long fleuve tranquille, un beau jour, les fameuses « petites croix » se mettaient à passer l’arme à gauche, de plus en plus nombreuses et à une vitesse alarmante. Victor et son pingouin neurasthénique se trouvaient alors plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique. Antoine, je le savais, allait me faire le coup de la lecture. Avant qu’il n’ait le temps de me placer, avec son air de ne pas y toucher, « tu connais Andreï  Kourkov ? » je lui avais débité mon petit résumé de l’œuvre maîtresse de ce russe polyglotte vivant à Kiev. Beau joueur Antoine me félicita, avec une pointe d’ironie, pour mon érudition, en ajoutant à l’attention de Gabrielle « c’est pour ça qu’à la grande maison ils ne peuvent pas le piffer, il est riche et cultivé… »


Antoine ouvrit avec soin le livre de Kourkov, il fait tout avec soin Antoine, et entama son petit numéro bien rodé. « Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » Il nous précisait que c’était l’aéroport de Kiev. « Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrés, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre heures du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait » Antoine chaussait d’élégantes d’écailles et citait « Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation ». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ». Antoine ôtait ses lunettes et les posaient avec précaution au centre de la table, Antoine fait tout avec précaution. Il nous précisait que Kovalenko, le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est ainsi que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » À nouveau Antoine chaussa ses besicles chics. Chamil, nous précisait-il, truffe humide, continuait de humer les bagages lorsque soudain « une fragrance tout à fait neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »


Antoine marquait la page avec un marque-page, refermait le livre puis se mettait à jouer avec ses lunettes. Je le sentais en un état proche de la jouissance. En quelques mots il nous décrivait la scène. Chamil au lieu d’aboyer se tournait vers son maître qui lui regardait à l’autre bout de la salle de bagages où se tenaient, Boria et Génia deux bagagistes qui bavardaient tranquillement. La soudaine immobilité de Chamil et de son maître intriguait Génia. Ils rappliquaient. Antoine rouvrait le livre « écoutez bien ce qui va suivre, c’est ça l’Ukraine d’aujourd’hui ». Il reprenait sa citation.

-         Alors quoi ? demanda Boria, le moustachu, au maître-chien. Tu vas encore refiler la prise à tes connards de chefs, pour qu’ils puissent changer leur BMW contre une Lexus ?

Les deux hommes fixaient Dima d’un lourd regard interrogateur. Tous deux étaient solides, bien bâtis, et accusaient la cinquantaine ;

-         Et qu’est-ce que je peux faire d’autre ? répondit Dima avec un haussement d’épaules.

-         Le clebs ne va pas cafter, dit Boria avec bon sens, et nous, nous pouvons l’aider à quitter la zone de sécurité, ajouta-t-il en désignant la valise d’un signe de la tête ;

-         Et avec ça, nous éviterons la taule à son proprio, renchérit son compagnon. C’est aussi une bonne action ! »

Antoine souriait, satisfait de son effet. « Boria marqua la valise à la craie… J’adore l’échange entre le maître et son chien « Chamil sentit que quelque chose clochait et leva la tête vers son maître.

-         Pourquoi tu me regardes comme ça ? Allez, on dégage ! ordonna Dima d’un ton agacé. Ton job, c’est de renifler, pas de me zieuter ! »

Le commandant de bord annonçait que nous entamions notre descente.

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 07:00

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Gabrielle, tout de cuir rouge vêtue, fut bien sûr la première à gravir l’échelle de coupée intégrée à la porte de l’avion, suivie de très près par ce cher Antoine qui n’en finissait pas de la couvrir d’attentions. L’ex-moine, si tant est que cette histoire de monastère reposa sur une quelconque réalité, se comportait comme un godelureau découvrant les feux de l’amour. Avant qu’elle n’entame son ascension, je le chuchotai à l’oreille d’Adeline, ma jeune coéquipière, qui ne put s’empêcher de pouffer discrètement de rire. Première paille dans le bel acier de sa carapace, elle le comprit, je profitai de mon avantage pour lui saisir, un instant, le gras du bras, que du muscle, elle ne broncha pas. Un guépard cette fille, il y avait du défi dans son regard, elle me testait. Je fronçai les sourcils et, à ma grande surprise, elle éclata d’un grand rire chevalin avant de monter les marches quatre à quatre. « Putain, quel cul ! » pensée commune aux trois mâles qui suivirent sa progression du regard. L’hôtesse, sourire commercial scotché à ses lèvres carminées, fit  celle qui n’avait rien vu. Elle aussi était fort bien gaulée. L’aménagement intérieur de l’avion, sobre, fonctionnel, très à l’image d’Antoine, se divisait en deux espaces, l’un de travail à l’avant avec des tablettes en loupe de noyer et l’autre où les profonds fauteuils de cuir permettaient de s’isoler mais aussi de se transformer en couchette. Le Falcon EX est un triréacteur dernier né de la lignée des Falcon 50 construit par Dassault Aviation. Un petit bijou  dont la vitesse de croisière de 840 km/h et le rayon d’action maximum de 6000 km. Nous nous installâmes à l’avant. L’équipage s’installa. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Antoine nous en fit la remarque en souriant.


Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. Gabrielle et moi optâmes pour le Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adeline et Antoine s’en tinrent sagement au jus d’orange. Étrangement Gabrielle restait silencieuse. J’en profitai pour faire l’intéressant en évoquant ma fascination pour les voyages au long court avec une préférence marquée pour les paquebots transatlantique. Je pérorais « j’adore l’ambiance des ports. Sur un petit carnet datant de mon séjour dans l’estuaire j’avais même inscrit une phrase de Giraudoux tiré de Suzanne et le Pacifique « Des voyageurs retour de Damas, qui partaient pour l’Océanie, regardaient avec émoi, symbole de la vie errante, des mouettes qui n’avaient jamais quitté Saint-Nazaire. » Antoine, bon élève, m’écoutait poliment alors que Gabrielle semblait rêvasser. Ma coéquipière s’en tenait à sa position hiérarchique et ne pipait mot. Même si je sentais que je m’enfonçais inexorablement dans un long tunnel sans issue je persistais. J’embrayais même sur la splendeur des sleepings, le Trans-Orient-Express… lorsque la voix flutée de Gabrielle, sortie de nulle part, stoppait net mon envolée « ça tombe super bien mon grand, nous passons la nuit à Venise. Antoine, qui est choux tout plein, nous a réservé deux suites au Danieli. J’adore ! » À mon côté, Adeline, étouffait son pouffement de rire sous une serviette. Un ange passait et Antoine, toujours grand seigneur, pour me sauver la mise, embrayait sur le tacle que « collaborateur » Fillon venait d’administrer à son insupportable « ancien maître ».


L’hôtesse compatissante me resservait du champagne. « Même si ça m’étonne moi aussi, il a été pour une fois à la hauteur ton cocker triste. Tout le monde attendait qu’il se couche, aille ronchonner à la niche. Non, avec panache, il a été au rendez-vous, il ne s'est pas défilé, il a assumé, et sa colère contre l’agité arrogant et son ambition. Il a tapé juste «L’UMP ne peut vivre congelée, au garde à vous, dans l’attente d’un homme providentiel» et a rompu avec Sarkozy. Il a canardé « Chacun a le droit de vouloir servir son pays et chacun aura le droit d'être candidat aux primaires, mais personne ne peut dire : Circulez ! Il n'y a rien à voir, le recours, c'est moi ! » Toi qui adore les gracieusetés et le coup de pied de l’âne, tu es servi. «Nous avons agi dans l’urgence, trop souvent au coup par coup, sans aller toujours au bout des changement nécessaires et attendus » ce n’est pas de langue de bois aseptisée. Comme tous les gus comprimés, l’ombrageux François, s’est lâché en parlant de la multiplication des affaires qui pourrit l’atmosphère. C’est un bon angle car le cas Guéant dans le dossier Tapie va plomber Sarkozy. » J’écoutais Antoine d’un air poli, les guéguerres de l’UMP je m’en tamponnais la coquillette mais il m’était difficile de dire ça comme ça. Pour faire diversion je lui lançais « Te souviens-tu Antoine de Marie-Amélie ? 

-         Celle qui te disait en pleine traversée des Andes « Rassurez-vous, vos cojones ne risquent rien ! Venez, je vous les réchaufferai en sortant ! »

-         Oui c’est bien elle.

-         Pourquoi tu me parles d’elle à cet instant précis ?

-         Tout bêtement parce je crois me souvenir qu’après avoir quitté son cher ambassadeur d’époux elle s’est installée à Venise.

-         Tu tiens à jour le fichier de toutes tes anciennes maîtresses Casanova ?

-         Marie-Amélie n’a jamais été ma maîtresse !

-         Une simple passade…

-         Si tu veux…

-         Gabrielle sache que la comtesse confiait à notre ami, en affichant un air réellement contrit « qu’à son âge ignorer tout des charmes de la fellation, des douceurs du cunnilingus et des rudes transports de la sodomie relevait de la mutilation... »

-         Et alors, j’ai fait œuvre utile.

-         Bien sûr cette sainte femme revendiquait le droit à l’orgasme et tu t’es dévoué.

-         Oui, c’est tout à fait cela.

-         Tu veux que nous l’invitions à dîner ?

-         Excellente idée… Je pourrai ainsi radoter tout mon saoul avec elle…

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 07:00

Impressionnante Adeline, baskets, fluide, des fesses hautes, une poitrine ferme sans arrogance, et surtout des yeux bleu outremer qui, dès la première accroche, vous captaient pour mieux vous tenir à la bonne distance, bien gaulée au dire de Gabrielle, expression que j’avais vivement contestée au nom de la pureté de notre bel argot où la gaule désigne notre attribut exclusif de mâle. De manière un peu grandiloquente je m’étais insurgé de cette dilution de la langue qui nous ôtait  l’un des fleurons de nos discussions entre mecs : avoir la gaule et, bien sûr, être bien gaulé faisaient partie de notre ADN de grand mâle blanc. Que nous resterait-il ? Plus grande chose, marque de la fin d’un monde, l’horreur absolue et définitive, lamento qui m’avait valu les lazzis de ma belle amie. Je lui avais vite rendu les armes car, après tout, dire d’Adeline qu’elle était bien gaulée m’allait bien et, pour retomber sur mes pieds, je m’étais mis à fredonner une chanson de Renaud : Toute seule à une table/Si c'est pas gâché/T'es encore mettable/Pas du tout fanée/T'as quoi? Quarante-cinq? /Allez cinquante balais/Tu fais beaucoup moins qu' Ta montre, ton collier/Ça fait bien une plombe/Que j'te mate en douce/Dans c'resto plein d'monde Que tu éclabousses/De ce charme obscur/Qui parfois nous pousse/Vers les femmes mûres/Et aussi les rousses/Toute seule à une table/Si c'est pas gâché/T'as les yeux du diable/Pi t'as l'air gaulée.


Nous avions croisé le Ministre dans l’antichambre, échange bref, sous contrôle, chez lui tout est toujours sous contrôle, pas la moindre trace dans ses propos de notre ancien compagnonnage, jugulaire, jugulaire, ce qu’avait beaucoup apprécié mon nouveau cicérone bien gaulé. C’est ce qu’elle m’avait déclaré sitôt que nous nous fûmes assis au fond d’un café de la rue des Saussaies où elle m’avait entraîné pour, à ses dires, mieux caler notre mission. J’avais obtempéré non sans avoir ironisé quelle mission ? Ce qui m’avait valu une réplique ornée d’un sourire plein de dents vous empêcher de vous livrer à vos habituelles fantaisies ! Elle me plaisait vraiment cette grande tige bien gaulée. J’avais opiné du chef avant de lui balancer, pince-sans-rire, dorénavant lieutenant tu me dis tu sinon je devrai sévir ! Le garçon, un rase moquette tout boulot, cheveux graisseux et ongles bouffés, déposait sur notre table ce qu’il est convenu d’appeler à Paris des petits noirs, tout en lorgnant sur la plastique d’Adeline. Tu veux toucher ! Ce ne sont pas des prothèses PIP… Sans demander son reste le loufiat battait en retraite la queue entre les jambes. Qui si frotte si pique… mais si tu le veux bien revenons un instant à mes habituelles fantaisies… Tu tiens ça d’où beauté infernale ? Elle grimaçait sous l’effet de sa première gorgée de café. Je la vannais si tu m’avais laissé l’initiative nous aurions tenu notre brief au Bristol… Sa réplique aurait pu me clouer définitivement au sol Tu y as une chambre à l’année ? mais j’inspirai profondément avant de lui claquer gentiment son joli petit bec Je ne fais pas encore la sortie des lycées jeune stupide… Si je l’avais un peu ébranlée elle n’en laissa rien paraître car elle embraya sur mes habituelles fantaisies en m’égrenant avec une précision, qui me laissa sans voix, ce qui devait être mon dossier dans la grande maison. Belle et intelligente, où se trouvait la faille ? Je trouverais et, plus j’observais Adeline, plus je pressentais que c’était ce qu’elle voulait.


Antoine était, je le savais depuis toujours, un garçon précis et organisé, des motos-taxis devaient nous prendre au bas de nos domiciles pour nous conduire jusqu’à l’aéroport du Bourget. Ainsi nous nous jouerions des éventuels embouteillages. Nos bagages étaient déjà dans la soute du Falcon EX. Le mien se réduisait à un sac de voyage, Adeline elle faisait dans le paquetage militaire et Gabrielle dans la profusion de valises. Je ne pratique pas la moto mais j’adore être passager depuis que j’ai traversé la Cordillère des Andes sur le siège arrière d’une BMW R-75 conduite par Marie-Amélie l’explosive épouse de notre ambassadeur à Santiago. Le confort de la mototaxi, une énorme Honda bardée de technologie, ne me procurait pas les mêmes sensations que l’ex-moto de la Waffen-SS  mais me laissait le temps de me remémorer ce temps. « J’avais, vu le confort allemand de notre R75, le cul en compote et une soif d’enfer due à la sécheresse ambiante. Le pompiste tenait une sorte de cafétéria épicerie où je m’enfilai trois bocks d’une bière pisse d’âne. La comtesse, avant de me rejoindre, s’en était allée se refaire une beauté aux toilettes. À son retour je la félicitais pour ses talents de conduite. Elle avait descendu la fermeture-éclair de son blouson et la peau blanc de lait de sa gorge piquetée de grains de son attirait mon regard. Elle se  posait face à moi, les coudes sur la table «est-ce que je vous fais bander ?» Ma réponse positive lui tirait un sourire carnassier. « Alors, profitons de vos bonnes dispositions jeune homme ! J’ai toujours rêvé de me faire prendre dans les chiottes ! » Abattu en plein vol j’osai une réponse indigne « Avec le litre de bière que je viens de m’enfiler ça risque d’être la Bérézina...» Un blanc s’installait avant que la comtesse très bravache me lance « vous ne perdez rien pour attendre... »   

 

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