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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Chantal c'était un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de chœur qu’il était (4)

Dieu, disait-on, l'avait pourri de dons. Le pire était à venir. De toute part on s'esbaudissait. On lui donnait le bon Dieu sans confession. En silence Benoît souffrait du délit de bonne gueule. Planqué derrière sa félicité benoîte il affrontait la vie avec un étrange mélange d'optimisme inoxydable et de crainte. L'exubérance de son imagination, ce trouble intérieur, le projetait dans des mondes impitoyables, ceux qu’il découvrira bien plus tard à l'âge adulte, peuplés de femmes fatales, de condottieres flamboyants, de crapules audacieuses ; des mondes dégoulinant de luxe et de stupre ; des mondes excessifs ; des mondes où tout était si haut, si fort ; des mondes où il se sentirait tel un poisson dans l'eau. Dans ses rêves Benoît se délectait de son aisance, de son absence de scrupules, de sa prestance de seigneur de la guerre altier et impitoyable, le monde serait à ses pieds. Jamais repu de ces plaisirs charnels, de ces alcools forts, Benoît jouissait  de son inhumanité.

 

Alors, tout au long de sa paisible et studieuse adolescence, l'aversion de son prénom remplira la fonction de toile émeri. Elle l'empêchait de tomber dans la facilité et le contentement de soi. Tâche ardue pour une gueule d'amour, tirée à quatre épingles, moissonnant sans effort les plus belles pousses du canton. C'en était lassant. Benoît n'en pouvait plus d'entendre ces donzelles minauder que Benoît c'était « chou et doux » pendant qu’il fourrageait, sans rencontrer de résistance, dans les faibles bastions de leur intimité. Cette facilité le désolait. Las, il affichait froideur, dédain ou pire grossièreté, en pure perte, pour du beurre. Espérant une paire de baffes il ne récoltait que des gloussements de dindes. Consentantes jusqu'à la nausée. Benoît en avait marre des bouches faciles, des bécots minables, des langues mollasses et des bouches incertaines. Quant aux jeux de mains, ils étaient pires encore, rien que de mols édredons. Mais un jour il y eut Chantal : son corps vibra tel le cristal de Bohème dès son premier effleurement.

 

Chantal c'était un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de chœur qu’il était. Tout, elle possédait tout, pure perfection, la quintessence de la beauté plastique ; sauf que, Chantal c'était aussi un visage laid, d’une laideur minérale, glacée, osseuse, rien que de la disgrâce à peine atténuée par un regard ardent et un sourire moqueur. Chantal c'était une grande, une femme déjà, qui le fascinait. Il la voulait. Elle le fuyait. Il lui parlait. Elle se taisait. Il la bombardait de lettres enflammées. Les lisait-elle ? Il devenait fou, fou d'elle, et sa tête incandescente échafaudait mille stratégies pour forcer la porte de l'emmurée. Un soir, du fond de son lit, alors que les rats carapataient sur le tillage en une infernale sarabande, en désespoir de cause, pour se rassurer, Benoît en vint à décliner un postulat, le postulat de la laideur.

 

Pour lui, il en avait la certitude, « le capital d'amour d'une femme laide était proportionnel à l'intensité de sa laideur » Avec Chantal il découvrirait le grand amour, l'amour pur, celui que l'on porte, tel un diamant fiché au cœur, pour l'éternité, jusqu'à son dernier souffle. Benoît carburait à l'exaltation. Il allait forcer ma nature. Ouvrir les vannes de son ébullition intérieure. La prendre d'assaut sans sommation. Dès le dimanche qui suivit, dans la pénombre de la salle du patronage, au premier acte d'un drame familial, il lui prit la main et la tira sans ménagement vers le dehors. Elle le suivit en n’opposant aucune résistance.

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1 février 2018 4 01 /02 /février /2018 16:45
La résistible ascension de Benoît H. « Ce petit salopiaud a du caractère. Il sait ce qu'il veut et, croyez-moi Madeleine, avec un tel sourire ce sera un grand séducteur, un ravageur des cœurs... » (3)

Lorsque Marthe Regnault, la sage-femme aux mains larges comme des battoirs de lavandière, recueillit, après l'ultime poussée de sa mère, les cinquante-deux centimètres visqueux de son corps, il était à la limite de la cyanose. Par bonheur il échappa aux fers. Pendu, à bout de bras, par les pieds, il l’entendit proclamer de sa voix de stentor « C'est un garçon ! ». Imaginez-vous la scène. Comprenez son courroux. D'un coup d'un seul, après un périple dangereux et besogneux, on le faisait passer d'une position de coq en pâte à celle, ridicule et humiliante, de vermisseau gluant exposé à l'air libre tel un vulgaire saucisson. Intolérable ! Révolté il couinait comme un goret pour le plus grand plaisir de cette femme qui n'avait rien de sage. Ce cri primal lui valait de se retrouver dans une position plus conforme à son statut de nouveau-né. On le lavait. Par petites touches il virait au rose bonbon. On l'emmaillotait. Il souriait aux anges bien calé dans la corbeille des bras de sa Madeleine de mère.

 

« Ce petit salopiaud a du caractère. Il sait ce qu'il veut et, croyez-moi Madeleine, avec un tel sourire ce sera un grand séducteur, un ravageur des cœurs... » Non mais, de quoi je me mêle l'accoucheuse, ce n'est pas ton rayon, garde tes lieux communs pour les lectrices de « Nous Deux ». Il était déjà vénère. Sous son sourire ravageur il fit sa première colère rentrée ; une colère fondatrice bien-sûr. «Qu'étais-ce donc ce monde d'apparence ? Son minois de bébé rose ne préjugeait en rien de ses actes futurs. Était-il programmé ? Il repoussait avec force ce déterminisme de pacotille... » Chemin faisant il s'apercevait qu’il se trouvait bien à l'intérieur de lui-même. Ce sentiment l'avait déjà habité lorsque, sitôt les eaux libérées, dans la tourmente de son périple, si long et si court, à chaque contraction il avait hâte de retrouver la volupté des profondeurs. Sa conviction était faite : c'était le seul lieu où il puiserait la force pour affronter ce monde où, au petit matin, on venait de le jeter.

 

Libéré du dernier lien, pomponné, prenant goût à l'air qu’il respirait, il se laissait glisser dans la paix de son petit jardin d'intérieur. Moment voluptueux, moment que choisit sa mère pour confier au clan des femmes qui s'affairait « Ce sera Benoît... » Coup violent et inattendu au plexus solaire. Il réprimait un cri de stupéfaction en engouffrant son pouce dans sa bouche. Déjà quelle maîtrise ! Quel sang-froid ! Sa succion élégante stupéfiait le clan des femmes. Elles s'esbaudissaient. Lui retrouvait le suc de sa bulle. Réfléchissait. Analysait froidement la situation. « Par quelle prescience sa mère avait-elle su anticiper sur son moi profond ? » Ce Benoît était raccord avec le capital de duplicité qu’il découvrait en lui. Formidable intuition de Madeleine que d'accoler ce prénom à son image de chair. Sur la photo Ferlicot, à nouveau nu comme un ver sur un coussin de soie, il arborerait un sourire de bébé Cadum qui allait si bien avec le secret de ses profondeurs.

 

Ce prénom de béatitude qui collait si bien à son image de chair, angelot souriant et câlin, aux boucles de cheveux jais, ondoyantes et souples, encadrant des yeux noirs rieurs rehaussés par de longs cils, tirait des grenouilles de bénitiers des soupirs extatiques « Madeleine vous en avez de la chance, ce petit est un don de Dieu... » Et pourtant, elles qui avaient tant médit, si leurs yeux s'étaient dessillés, elles eussent perçu les soubresauts de son âme. Mais elles n'étaient que dévotes, incapables de saisir l'ombre légère que dessinait son sourire lorsque la tempête de son for intérieur s'annonçait. Comme l'eau qui dort Benoît cachait dans ses profondeurs des démons incandescents. Pour les tenir en laisse il raillait mon Benoît de prénom, cultivait avec soin son aversion. Dissimulateur, il grandissait en âge et en sagesse dans le cocon douillet tissé par le clan des femmes.

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Comment donc la Madeleine, passée la quarantaine, pouvait-elle s'être laissé engrosser ? Tomber enceinte à cet âge, en ces temps obscurs, dans ce lieu comprimé, choquait le sens commun(2)

Le doter du prénom du saint ermite de Subiaco ne constituait pas en soi une agression et sa part de mauvaise foi dans cette affaire fut épaisse. En ces années 60, qui se vautraient encore dans l'ignorance, le sexe du locataire de la matrice restait ignoré jusqu'à son expulsion. Lui proposer un prénom tenait donc de la gageure. Ses parents  eussent-ils essayé qu'ils se seraient heurtés au mur de son insouciance. Il coulait les jours heureux d'un fœtus anonyme, ignare ; des jours qu’il croyait éternels. Tel un coq en pâte il se contentait de prospérer. Certes il devinait à certains signes : ballottements, palpations, auscultations et autres effleurements plus étranges, l'existence d'un monde extérieur plus agité que sa paisible bulle. Inconscient, sûr d'une position définitive, il était injoignable.

 

À l'extérieur, personne ne se doutait que le ventre dodu de Madeleine, sa future mère, abritait un lascar peu enclin à abandonner son statut d'occupant provisoire. Le village jasait. Comment donc la Madeleine, passée la quarantaine, pouvait-elle s'être laissé engrosser ? Tomber enceinte à cet âge, en ces temps obscurs, dans ce lieu comprimé, choquait le sens commun. Remettre sur le métier l'ouvrage, pour des presque vieux, relevait de l'obscénité. Alors, une telle incongruité poussait aux ragots la fine fleur des grenouilles de bénitier, qui n'étaient pas encore une espèce protégée. Dès l'annonce faite à Madeleine, par le docteur Martin, de son nouvel état, elles persiflèrent « Vous n'allez pas me faire croire que c'était voulu. Ces deux-là font la chose, Dieu nous pardonne de le dire, rien que pour leur plaisir. Cette Madeleine, qui se dit si pieuse, cache bien son jeu. C'est du feu qu'elle a aux fesses cette sainte nitouche. Pour exciter son Philippe elle sait y faire... »

 

« Des petites culottes en dentelles la diablesse... des dessous en soie... rouge... Prête à tout j’vous dis... Non…non ! Bien sûr que si... Elle ne s’contente pas d'honorer son devoir conjugal la bougresse... Z'en êtes sûre ? Certaine ! Même qui font ça quand ça leur chante. Eulalie les a vu dans la pâtis de la Touche, à genoux la Madeleine, elle y allait de bon cœur... Non ! Ce n’est pas Dieu possible... Bé si, et pire encore, y s'contentaient pas que de ça... Ne me dites pas tout de même qu'ils... Ben sûr que si... les jupes relevées la Madeleine et l'autre grand satyre, ses pantalons affalés aux chevilles, boutait pire qu'un étalon... Vous croyez que l'avait choisi le bon endroit ? Y'en sais fichtre rien mais ô m'étonnerait pas que l'aille s'y fourrer... Pour sûr qu'à confesse, la Madeleine, doit avoir une belle tartinée à avouer à notre curé. Entre-nous soit dit-elle récolte ce qu'elle a mérité la gourgandine. Et pis, grosse à son âge, l’va nous faire un benêt... »

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H. Nu, pitoyable et démuni il voyait le jour, ébloui, en apnée, sans papiers en transit ça augurait mal de la civilité du monde où l'on le précipitait (1)

Né en siège, les pieds devant, expression d'ordinaire appliquée à ceux qui quittent la vie alors que lui y entrait, le cul en l'air, violacé et suffocant, façon toboggan. Position qui allait marquer durablement sa façon d'aborder la vie que l’on vit ; se laisser glisser sur la pente de ses inclinaisons les plus fortes.

 

Sa génitrice, si elle s'était laissée aller à suivre ce chemin, aurait dû le prénommer Désiré. Ce fut Benoît, et ce fut la première exécration de celui-ci. Il haïssait ce prénom mais, bon fils, il avait  toujours tenu sa mère dans l'ignorance de cette détestation. Avec lui il en était toujours ainsi, Benoît gardait tout à l'intérieur, avec soin. Ça le rendait un peu rigide, crispé même, il ne pouvait réprimer une moue, que certains trouvaient boudeuse, alors qu’elle était l’expression de tous les nœuds de son âme tourmentée.

 

Benoît procrastinait. Tout ce qu’il stockait dans sa tête plutôt bien faite – il était studieux, certains disaient besogneux – servait de trame à ses rêves. Il brodait. Son prénom abhorré, exécration native, était son rêve fondateur, celui par qui tout a commencé. Enfiler, au long de ses jours et de ses nuits, des cotriades de , pour lui, était extatique. Ça l'aidait à vivre. Dans son petit jardin d’intérieur Benoît se laissait aller, se parlait à lui-même : « Choqué par la position originale de ma venue, je ne m'y attendais vraiment pas. Comprenez-moi, tout était allé si vite. Depuis deux cent soixante-cinq jours, à couvert dans la tiédeur de ma bulle amniotique, je baignais dans le ravissement. Alors que je filais des heures heureuses, brutalement, sans préavis ni explication, on me fichait dehors. Ça augurait mal de la civilité du monde où l'on me précipitait. »

 

Pourtant, la détestation de ce prénom, tombé sur sa tronche de fraîchement né, ne trouvait pas son origine dans la brutalité de mon expulsion. En effet, sitôt bouté hors de son paradis, il était prêt à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Après tout, ce monde nouveau qu’il abordait du bout de ses petits doigts de pied, pouvait lui aussi recéler des charmes identiques à ceux qu’il venait de connaître ; toutes ces douces heures passées à croître en paix. Son amertume venait d'ailleurs. Nu, pitoyable et démuni il voyait le jour, ébloui, en apnée, sans papiers en transit, il lui fallait du temps pour asseoir ma nouvelle position. Ses concepteurs n'en tinrent aucun compte. Avec une désinvolture frôlant l'arrogance, par-dessus sa petite tête gluante, ils s'arrogèrent le droit de le prénommer Benoît. Le consulter s'imposait.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (33)

Épilogue

 

Comme les fenêtres du hasard sont les alliées privilégiées de Marie, nous n’eûmes pas besoin de louer un rafiot de luxe. En effet, l’un de ses clients, le genre qui avait fait fortune dans la Silicon Valley, adorateur de l’un de ses GCC, croisait au large de la Corse et venait de l’inviter à venir les rejoindre à Bonifacio.

 

Lorsque Marie lui proposa d’accueillir Quinton Liu il fut ravi de se la jouer border line, de mettre du piment dans ses vacances, de s’encanailler à bon compte, en accueillant un oligarque de la trempe du fils du général Liu, jacassant dans sa langue et planquant son pèze à Saint Kitts and Nevis.

 

Il plut des superlatifs comme des shrapnels à Gravelotte.

 

Quinton Liu accepta le rendez-vous avec un grand plaisir, ajoutant « je suis heureux que mon offre ait trouvé grâce à vos yeux mademoiselle de Saint-Drézéry… »

 

Marie sentit que l’affaire était presque dans le sac.

 

À côté du rafiot de l’étasunien en Nike l’ex rafiot de Tapie aurait eu des airs de barcasse voguant sur la Mer Morte. C’était un monstre des mers doté d’une plate-forme d’atterrissage pour hélicoptère et d’un petit hélicoptère bulle ; une ville flottante dotée d’un personnel plutôt philippin et d’un équipage tendance Vikings, une merveille de technologie, un bijou gardant encore le charme des yachts de la grande époque : bois précieux, cuivres lustrés, ameublement des cabines et des parties communes inspiré du vrai luxe des paquebots transatlantiques, loin du tape-à-l’œil des nouveaux riches. Notre start-uper avait eu la bonne idée d’épouser une Wasp de Boston.

 

Le lieu du rendez-vous fut fixé d’un commun accord hors des eaux territoriales de la France, n’en déplaise à ce cher Simeoni le nouveau boss de la Corse, et de l’Italie.

 

Le Préfet de région Corse tint absolument, les préfets sont ainsi fait : tout ce qui pouvait plaire à Beauvau leur donnait des ailes, à ce qu’une vedette rapide des Douanes nous convoie jusqu’à ce lieu tenu secret. Nous acceptâmes, ces gens-là sont dotés de grandes oreilles et nous ne pouvions priver les hautes instances de l’État du plaisir de s’informer de nos agissements sans passer par notre filtre.

 

Quinton Liu vint dans un hélicoptère bulle qu’il pilotait.

 

La réception fut somptueuse ce qui combla d’aise Quinton Liu.

 

Nous attendîmes les Puros et les vieilles eaux-de-vie pour aborder auprès de lui le sujet qui nous rassemblait.

 

Marie n’y alla pas 4 chemins : « Contrôler la majorité des parts du château d’Ô vous intéresse vraiment cher monsieur Liu ? »

 

Celui-ci, qui réchauffait un Armagnac millésimé, sans hésiter une seule seconde, rétorquait « Absolument pas ! » (Je précise que la discussion se fit en américain mais eu égard à votre allergie pour cette langue impérialiste je traduis)

 

  • Mais alors pourquoi avoir transmis une offre à son propriétaire ?

 

  • Je n’ai transmis aucune offre à ce monsieur que je ne connais pas mais dont j’apprécie le jus très bodybuildé, ça me change du jus de tomate !

 

  • Je ne comprends pas monsieur Liu…

 

  • C’est pourtant simple mademoiselle de Saint-Drézéry, je vous l’ai d’ailleurs précisé au téléphone ce sont vos GCC qui m’intéressent…

 

  • Mais alors pourquoi ne m’avez-vous pas fait une proposition en direct ?

 

  • Tout simplement parce que mes « amis » de Campanie, à qui j’avais fait part de cette envie, m’ont assuré qu’ils avaient des intermédiaires rompus à ce genre de transaction. Je commence à comprendre que ce fut une erreur…

 

  • Oui monsieur Liu, ces gens-là vous ont trompé…

 

  • Que puis-je faire pour ne pas être impliqué dans une sale affaire ?

 

  • Rien monsieur Liu, savourez votre Armagnac en tirant gentiment sur votre Puros, regagner ensuite votre lieu de villégiature sans crainte, vous n’avez rien à vous reprocher. De plus je ne suis pas vendeuse. Pour sceller notre rencontre je vous ferai porter une belle cargaison des meilleurs millésimes de mes GCC.

 

Quinton Liu se répandit en remerciements.

 

C’était la fin du premier acte, Tarpon avait raison tout ce micmac était le fait d’un looser, Granjus, dit le Pourri, toujours à l’affut de miettes, qui pour se faire mousser auprès d’Agrippine avait monté de toute pièce ce coup foireux afin d’y grappiller trois francs six sous. Ce n’était qu’un gagne-petit, un ramenard sans envergure.

 

La connexion entre lui Arkan Jr s’était faite, il y a quelques années lors d’une dégustation organisée par Granjus à Zagreb. Depuis, celui-ci maraudait dans le marigot du Grand Serbe à la recherche de fraîche.

 

Pour ceux qui ont du mal à suivre c’est pourtant simple : Granjus mis au parfum par Arkan Jr, bossant pour le compte des  agro-mafiosos de Campanie, de l’intérêt de Quinton Liu pour les GCC de Marie a eu l’idée de coupler cette demande avec celle de la prise de contrôle du château d’Ô, en inversant les facteurs.

 

Pourquoi ?

 

Parce que Granjus savait qu’Aadvark cherchait à se défaire de ses parts dans le château d’Ô tant que le foncier était au plus haut et que les prix flambaient.

 

Pour blanchir leur thune les agro-mafiosos étaient prêts à mettre le paquet, les commissions auraient été grasses.

 

Mais alors pourquoi les deux alliés n’ont pas pris langue directement avec Aadvark ?

 

Parce qu’Arkan Jr et Granjus voulaient palper un max au passage en faisant accroire à Aadvark  que c’est lui qui bénéficierait des dessous de table. D’où l’idée de faire d’Agrippine le vecteur de la proposition car elle était, selon eux, le maillon faible.

 

Cuisiné par Tarpon, Aadvark, après une résistance héroïque, nous confirma que c’était bien elle qui lui avait transmis la double proposition.

 

Ce qu’ils n’avaient pas prévus c’est qu’Aadvark prenne peur, embauche la ganache de Touron pour, suite à la disparition de celui-ci, venir confier ses craintes à Marie et que celle-ci renvoie l’ascenseur, avec une proposition homothétique, via Tarpon. 

 

Les coups tordus ont la fâcheuse tendance à revenir, par effet boomerang, dans la gueule de ceux qui les montent.

 

Si vous n’avez pas entravé la manip, le cabinet Eugène Tarpon  « Conseil en affaires réservées » reste à votre disposition pour le SAV.

 

Mission accomplie.

 

Nous allâmes tous gueuletonner chez Pierre Gagnaire rue Balzac.

 

Le même jour, à la même heure, nos yakusas élargissaient Arkan Jr et les hommes de main de celui-ci déposaient Agrippine à la gare Montparnasse où l’attendait Aadvark.

 

Qu’advint-il d’eux ensuite, ce ne sont pas nos oignons.

 

Dans nos rangs, Tarpon séduit par la Corse s’installa pour un temps à Pignia afin de réfléchir à son avenir, entrer en politique ou spécialiser sa crèmerie en agence de protection des grosses huiles, ne rien faire, gérer les châteaux de Marie, Lucette Durand, qui le rejoignait chaque week-end, l’incitait à prendre le train d’En Marche, elle prenant en mains l’agence avec l’appui de ses yakusas.

 

Adelphine et Rosa, tout en continuant d’être grassement rémunérés par Tarpon, décidèrent d’ouvrir une cave à manger littéraire dans le VIIe arrondissement, baptisée Rue des boutiques obscures que Patrick Modiano, en voisin, viendrait inaugurer.

 

Lulu intégra une start-up conceptrice de jeux vidéo pour y développer les aventures d’Eugène Tarpon le privé au nom de poisson, et moi je repartis en Bourgogne pour parfaire mon apprentissage chez Claire Naudin.

 

Et Touron me direz-vous ?

 

Tarpon avait raison, sitôt son chèque encaissé, après avoir pris une grosse mufflée, ce grand courageux s’était planqué.

 

Enfin, en ce qui concerne celui par qui le scandale était arrivé, Granjus, rien n’a changé pour lui, en bon stipendié, il continue de pérorer.

Prière d’insérer :

  • Cette grande saga policière de l’été n’a pas été sponsorisée par l’ODG de SaintÉmilion.

 

  • L’auteur remercie Ingrid Astier l’auteure de Haute Voltige et Jean-Baptiste Malet l’auteur de l’Empire Rouge de leur collaboration bien involontaire.

 

  • Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est bien évidemment purement fortuite.

 

  • Le château d'eau illustrant ce polar est un monument historique situé à Colmar (HautRhin), l'édifice est situé avenue Raymond-Poincaré dans le quartier sud de Colmar, dans un parc, nommé Parc du Château d'eau, à côté de la cour d'appel et qui occupe une superficie de 13 990 m22. Sa capacité est de 1 200 m3. Il a été construit entre 1884 et 1886. Ce château d'eau a été construit entre 1884 et 18863 sous la direction de Victor Huen et de l'ingénieur Heinrich Grüner. L'édifice est un exemple de l'architecture allemande du début du xxe siècle, son escalier et sa façade sont tout à fait remarquables. Présence d'arcs brisés, modillons, appareil à bossages, mâchicoulis. Le donjon mesure 12,3 m de diamètre et 53 m de hauteur. Sa capacité en eau est de 1 000 m3. Il est inauguré le 22 juin 1886 et mis hors d'exploitation en 1983. 

 

  • Le fait que ce roman se déroule en 33 chapitres et se termine le 13 ne relève pas d’un quelconque Bordeaux bashing.

   

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (31)

(31) Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer

 

Arkan Jr savait apprécier un rapport de force, il n’avait pas le choix. Le deal que je lui proposais préservait sa susceptibilité en lui offrant une porte de sortie plus qu’honorable. Aux yeux de ses mandataires il n’aurait ni failli, ni trahi, mais aurait, en l’acceptant, préservé l’essentiel : leur anonymat. Il pourrait reprendre pénardement son biseness. Du moins le croyait-il, son sort, une fois libéré, ne dépendrait plus de moi mais plutôt de ceux qui, bien avant moi, cherchaient à le coincer. Ce n’était pas mon problème mais le sien,  Arkan Jr jouait dans une cour où tous les coups étaient permis, les siens ne pèseraient pas bien lourd si la raison d’État décidait de le supprimer.

 

Dans ces combats souterrains, aux contours indécis, souvent peuplés de phantasmes, de mensonges, de bluff, de peurs, de haine recuite, mais aussi de jeux pervers dans lesquels les camps opposés y retrouvent leur compte, la justification de leur existence, la raison d’État est disruptive, elle sert à rompre l’état de Droit, à justifier toutes les exactions, les horreurs, la torture, l’enfermement, la mise à mort, froide, anonyme, sans procès.

 

Arkan Jr conjuguait, dans la diversité de ses activités, son fonds de commerce délictuel, toutes les facettes de la criminalité moderne mondialisée. Il était à sa manière un petit VRP du crime multicarte au service d’une chalandise où se croisaient, se mêlaient, se confortaient, se combattaient, les hauts cadres de l’économie blanche et ceux de la grise. Les frontières physiques entre les deux mondes s’étant dissoutes, la capillarité entre la sphère publique et la sphère privée brouillait tous les repères, le peuple réclame la transparence, les puissants des deux mondes ne leur concédaient que des miettes.

 

J’avais préparé cette entrevue avec sérieux, relisant quelques pages de Haute Voltige d’Ingrid Astier.

 

« Libre d’être libre. Tandis que Ranko roulait vers l’échangeur de Saint-Maurice et ses piliers de béton, ces mots lui rappelaient ce que chaque Serbe avait gravé en lui : « Sloboda ili smrt. » La liberté ou la mort. »

 

« Chacun son chemin de croix. Ranko ne redoutait qu’une chose : qu’une femme lui parle d’avenir. Quant au passé, jamais il ne l’aurait évoqué – certains fantômes méritent de dormir en paix.

 

À force de ne rien ressentir, il avait quitté Jelena. Il préférait encore la nature, et sa liberté. Son grand-père, Mon¢ilo, était mort quelques années après, en 1999. Une année noire, qui n’aurait jamais dû exister. Le hasard, cette fois-ci, avait la gueule d’un sale rendez-vous avec le destin. Mon¢ilo était mort un 26 mai, près du village de Veliko Orašje. Sur un pont. Un pont bombardé par l’OTAN. Plus jamais Ranko ne regarderait de la même façon la rivière Jasenica. Plus jamais elle ne coulerait sereine. La rumeur parlait de tir à dix mille mètres… Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer. Il fallait voir le béton du pont éventré, ses dix-huit mètres de décombres et de métal dressé, échevelé, qui poussait dans le ciel. Et les piles qui avaient résisté, et portaient les ténèbres.

 

Il fallait voir ce grand foutoir de corps. »

 

« Dans le  regard de Ranko, la guerre avait allumé des brasiers… »

 

« Ranko avait marché parmi ses névroses, parmi ses souvenirs, comme  si jamais Mon¢ilo, son grand-père, ne cicatriserait. Comme si l’ex-Yougoslavie continuait d’être ensanglantée. Le corps supplicié de Rade, son frère, était également revenu le hanter. Il avançait parmi les décombres, un pied, puis deux, dans l’immense mâchoire de la violence, semblable aux héros de Bilal qui cheminent vers leur destin… »

 

Les yakusas sont des gens bien organisés, efficaces et discrets. Lorsque je leur demandai de rendre visite à Arkan Jr, avec une extrême courtoisie, ils m’informèrent que je devrais me plier à leurs règles, m’y rendre, sous leur protection, dans un van sans fenêtre. Je ne saurais donc vous dire là où ils avaient entreposé Arkan Jr même si certains indices, distance évaluée, état des routes empruntées, bruits, odeurs, me font penser qu’il s’agissait d’un domaine au nord de Paris.

 

Peu importe !

 

Ma volonté de discuter avec Arkan Jr en tête à tête les étonna, à leurs yeux je prenais des risques inutiles, les tueurs ont de la mémoire « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

 

Ils nous installèrent dans une pièce aux murs nus, sans fenêtre, meublée d’une table et de deux chaises, éclairée par un plafonnier à la lumière jaunasse. Arkan Jr était vêtu d’une salopette bleue Adolphe Laffont sur une chemise de coutil grise, chaussé d’espadrilles, il n’avait rien perdu de sa superbe même si ces traits marquaient une forme de lassitude.

 

« Marre de bouffer du riz ! »

 

Je lui souris.

 

« Ça  constipe…

 

Il me toisa.

 

« Si c’est pour foutre de ma gueule que vous êtes ici, je ne suis pas preneur ! »

 

Même si le mettre rogne ne constituait pas forcément une bonne entame, ça démontrait au moins que notre beau Serbe avait perdu de sa superbe. « T’as envie de bouffer quoi ?

 

  • Un steak tartare monstrueux avec des frites !

 

  • C’est de l’ordre du possible Arkan en passant par la case de mes hors-d’œuvres…

 

  • Et ils consistent en quoi vos hors-d’œuvres ?

 

  • À ce que tu m’expliques ce qu’un mec comme toi viens foutre dans une histoire de jaja de luxe ?

 

  • Mon job ?

 

  • Et c’est quoi ton job ?

 

  • Baiser des minus dans ton genre !

 

  • Va falloir te recycler tueur à la manque, t’as perdu la main, te faire baiser par un minus comme moi ça sent le sapin…

 

Il avait blêmi. Je poussai mon avantage « Je ne suis pas ici pour jouer à celui qui a la plus grosse. Tu es à ma merci, mes amis à moi nous pouvons te rayer de la carte sans qu’Amnesty International ne s’en émeuve. Tu mets un mouchoir sur ta fierté et tu te mets à table.

 

  • J’y gagne quoi ?

 

  • Ta liberté.

 

  • Qu’est-ce qui me garantit que vous tiendrez parole ?

 

  • Rien, tout comme moi rien ne me garantit que tu me dises la vérité.

 

  • Ok, je n’ai pas le choix…

 

Arkan Jr, me parut d’autant plus sincère que sa version collait parfaitement à ce que j’imaginais depuis le retour de Marie de Parme. Il avait fait le job proprement sauf qu’un grain de sable était venu perturber les rouages bien huilés de la manip.

 

« Je solde l’affaire et tu retrouves ta liberté sur l’heure. Parole !

 

  • Tu dis à tes bridés de changer leur menu !

 

  • Pas de soucis…
  •  

Arkan Jr me tendit la main « Parole ! » et me broya la mienne.

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 06:00
Les chapitres 25 à 30 du roman de plage de l’été : Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers

(25) Le Falcon 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques

 

Des motos-taxis nous conduisirent à l’aéroport du Bourget, en dépit de leurs casques je savais que c’étaient des yakusas. Un cross-over Nissan ouvrait la route et un autre nous collait au cul. Le Tarpon ne lésinait pas sur la sécurité, ça le faisait bander !

 

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Les trois filles nous nous installâmes à l’avant. Nos protecteurs à l’arrière. L’équipage se mit en place. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Le jeune VO nous en fit la remarque en souriant.

 

Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. J’optai  pour un Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adelphine et Rosa s’en tinrent sagement au jus d’orange. Les hommes sirotèrent du Lagavulin.

 

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ de 470 miles soit 755 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 15 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Giuseppe Verdi de Parme.

 

Après les rafraîchissements notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Les filles picorèrent, nos hommes se goinfrèrent. Adelphine lisait en mangeant. J’avais remarqué dès le départ qu’elle tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov.

 

J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui contait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentent péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. J’avis adoré Victor et son pingouin neurasthénique se trouvent plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique

 

 Adelphine lisait à voix haute :

 

« Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » c’est l’aéroport de Kiev. «Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrées, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait… »

 

« … Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ».

 

Le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » Chamil, lorsque soudain « une fragrance tout à fit neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »

 

Le Falcon se posait en douceur. Un van m’attendait au pied de la passerelle pour me conduire dans les locaux de l’entreprise Gandolfo, numéro un mondial du trading de concentré de tomates, aussi spacieux que discrets. Les trois frères Gandolfo, les « Marco Polo » de la tomate, la troisième génération à parcourir le monde pour acheter et vendre des barils d’or rouge. Chaque été, ces traders se relaient en Chine dans le cadre de leurs voyages d’affaires rituels. Les 3 frères scrutent attentivement l’évolution de la production chinoise.

 

C’est Armando, l’aîné qui me reçut.

 

(26) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 5 lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Rosa et moi, flanquées du jeune VO  nous nous sommes rendus à la petite coopérative laitière de San Lucio située sur la route entre Felino et Marzorlara, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Parme.

 

C’est Antonio le fromager qui nous a reçues.

 

Après avoir effectuée la collecte dans les fermes avoisinantes, le camion de lait arrive à huit heures dans la petite coopérative laitière San Lucio. Antonio, le responsable de fabrication est fin prêt. Depuis longtemps d’ailleurs. Comme chaque matin, sa journée avait commencé à 6 heures. Il lui avait fallu enlever la crème de la traite du soir et mettre le lait écrémé dans les immenses cuves en cuivre en forme de cloche renversée.

 

Le lait qui venait d’arriver était du lait frais, c’est-à-dire juste trait et acheminé à la température ambiante, voire même tenu au chaud en hiver, car il ne devait pas descendre sous les 18°C afin de ne pas modifier la flore lactique.

 

C’est du lait cru, bien sûr, provenant de vaches élevées et nourries au foin de la région. Comme vous vous en doutez Antonio ne peut utiliser des bactéries lactiques provenant de laboratoires. Il doit obligatoirement utiliser du séro-ferment indigène, provenant de son petit lait de la veille.

 

« Nous le goûtons, ce fameux petit-lait. Il a la consistance de l’eau avec une teinte jaunâtre. En bouche, on a l’impression de boire un jus de citron. Rien à voir avec le petit lait du jour, au goût de lait très sucré. Les bactéries de l’acide lactique ont eu le temps, pendant la nuit, de croître et de se multiplier en mangeant le lactose du petit-lait et en le transformant en acide lactique, qui aura un rôle primordial dans l’affinage.» Nous confie-t-il.

 

Depuis le Moyen-Âge, la méthode reste la même : le lait frais est ajouté au lait écrémé de la veille. Chaque cuve en cuivre contient 1000 litres de lait. Le lait est porté à 36°C, à l’aide de vapeur qui circule entre la paroi intérieure et la paroi extérieure de la cuve, puis le petit lait des fromages de la veille et la présure sont ajoutés.

 

La présure est d’origine animale, et le chauffage à 36°C est la même que celle de l’estomac du veau précise Antonio.

 

C’est ensuite le stade du caillé, opération délicate car il faut éviter qu’il ne devienne dur. Alors, Antonio et ses acolytes le casse à l’aide de la spinatura – le tranche-caillé – « Ainsi le caillé passe d’une masse compacte à un agrégat de grains de la taille de grains de riz. »

 

La main d’Antonio est l’outil technologique dernier cri pour savoir si le caillé est au bon stade de la déshydratation.

 

Ensuite on chauffe pendant une dizaine de minutes le caillé pour que les grains se rétractent et perdent leur eau. Mais il ne faut pas que la déshydratation soit complète sinon les petits grains ne pourront s’unir pour faire une masse compacte de fromage.

 

L’œil et le toucher d’Antonio sont donc des outils essentiels dans cette opération délicate et cruciale.

 

Puis, il faut attendre l’agrégation en fond de cuve. La masse est ensuite soulevée avec une pale en bois pendant que l’on glisse une toile de lin par-dessous. Le tout est suspendu à une barre puis coupé en deux. Ce sont 2 futures meules placées dans des toiles en lin pour s’égoutter. Elles seront ensuite placées dans leur forme couverte du Tagliere, un lourd disque en bois, pour les aplatir et aider le petit-lait à s’évacuer. Lors de la première journée les meules sont retournées toutes les deux heures et à chaque retournement on change le linge.

 

Vers 20 heures, lors de la dernière rotation, Antonio va procéder, à l’aide d’un cerceau en plastique, au marquage de la mention Parmigiano Reggiano et aux mentions de l’autorité sanitaire indiquant le mois et l’année de la production et le code de la fromagerie.

 

Ensuite, les meules dans leur moule iront passer une vingtaine de jours immergées dans de l’eau saturée de sel. Elles vont perdre environ 2 kg et le sel aura pénétré 3 cm dans le fromage.

 

Elles gagneront après ce bain des caves maintenues à une température d’environ 17°C et à un taux d’humidité de 80% afin de se débarrasser doucement de leur eau ; pour ce faire on les retournera et les brossera chaque semaine.

 

Au bout d’un an les meules passeront à l’examen des « experti battitori » qui inspectent chaque meule avec un marteau. En une dizaine de coups, la meule gagne ou perd sa mention Parmigiano Reggiano.

 

« Si le son n’est pas homogène, cela veut dire qu’il y a des défauts à l’intérieur. Ce peut-être des trous ou des ruptures de la pâte dut à une fermentation non désirée. »

 

Ces défauts s’expliquent en règle générale par une mauvaise fermentation, et notamment la fermentation butyrique. Celle-ci est liée à l’alimentation des vaches et plus particulièrement à l’ingestion de végétaux fermentés, notamment l’ensilage.

 

Celui-ci est interdit pour la nourriture des vaches produisant du lait pour le Parmigiano Reggiano et autorisé pour le Grana Padano.

 

Les meules n’en ont pas pour autant fini, elles vont encore séjourner une ou plusieurs années en cave. C’est dans cette dernière ligne droite de leur vie que va se produire, sous l’effet de l’absence d’eau et d’une diffusion parfaite du sel, la protéolyse.

 

Les bactéries de l’acide lactique meurent et libèrent un enzyme qui va désintégrer la caséine. Au cours de ce processus la pâte devient plus friable et plus granuleuse. Un acide aminé se fragmente pour s’amasser sous forme de cristaux.

 

Voilà, lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Nous avons regagné le tarmac de Giuseppe Verdi chargées comme des mules – pas de confusion merci – d’une belle meule de Parmigiano Reggiano de 36 mois. La pasta allait s’éclater rue Charles Floquet !

(27) « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres… »

 

Armando, chic à l’italienne, m’expliqua que lui et ses frères ont été les premiers à travailler en Chine. « Nous avons assuré une continuité dans nos interventions, avec des conseils techniques, en fournissant des techniciens italiens. Et nous sommes aujourd’hui parmi les plus gros importateurs de produits chinois au monde. »

 

Au début des années 90, Armando, qui avait alors une trentaine d’années découvre une Chine radicalement différente de celle d’aujourd’hui. « Les gens étaient encore vêtus de costumes maoïstes. Les rues comptaient peu d’automobiles, énormément de bicyclettes. C’était une Chine ancienne. Le pays s’est transformé à très grande vitesse. Voyager à travers la Chine à cette époque, se rendre dans les zones rurales les plus reculées, celles qui allaient devenir d’importantes zones de production de tomates, a été pour moi une véritable aventure. Je me souviens d’avoir fait un voyage en train couchette, interminable, de vingt-quatre heures, dans des conditions d’hygiène particulièrement difficiles… Au Xinjiang, faute de ponts, il m’est arrivé de traverser des rivières en voiture. Cela vous donnait vraiment la sensation d’être un pionnier. »

 

Il me souriait en ajoutant « vous n’êtes pas venue jusqu’à Parme pour m’entendre radoter sur mes exploits de jeunesse et vous documenter sur la mondialisation de la filière tomate. Cependant votre demande m’a beaucoup surpris. Je n’ai pas très bien compris en quoi je pouvais être en mesure de vous mettre en contact avec un consortium de mystérieux investisseurs s’intéressant à des GCC de Bordeaux. Si je vous reçois c’est que des amis français m’ont dit grand bien de vous, mais vous allez devoir m’expliquer plus précisément cette étrange affaire. Si vous le voulez bien nous allons aller déjeuner.

 

Nous sommes allés prendre l’apéritif Via Farini, une superbe rue piétonne où l’on trouve probablement la plus grande concentration de restaurants avec terrasses, en plus de très appétissantes salumeria, des charcuteries où l’on vend le proscuitto di Parma et sa version très haut de gamme, le culatello di Zibello, qui, contrairement ce dernier, est fait avec seulement le haut de la cuisse du porc, et seulement dans la région humide de Polesine, aux abords de la rivière Po.

 

Puis nous nous rendîmes dans le meilleur restaurant de cuisine italienne à Parme « Al Tramezzino ».

 

Nous commençâmes commence avec les grissini croquants que nous saucions dans une soucoupe pour goûter quelques-unes des huiles fraîchement arrivées.

 

Puis vint  le choix des spécialités parmensi" artisanales : le jambon Sant'Ilario avec 38 mois de maturation, le spalletta de cochon noir et le strolghino de Bocchi. Et encore la zuppetta de châtaignes, les cannellini et écrevisses rouges ; l’oeuf croquant à la vanille avec des noisettes et truffe noire ; le tartara de boeuf avec Parmesan fumé. Les tagliolini durs en assaisonnement crémeux avec des écrevisses roses, le bergamotto et fleurs; le risotto avec du Carnaroli vieilli, travaillé avec citrouille cloche, le cocozza, enrichi avec des cailles désossées et passées en poêle. Les spaghetti avec pulpe de hérisson et cimes de navet, ainsi que les ravioli d'orties à la plaque avec piment doux. Le cerf "en Black" a cuisson rose précise, ail noir, feuilles de chou noir, mûre de ronce. Et encore le mérou de fond, artichauts, Chartreuse ; la dentice avec citrouille ; le filet de cochon au cacao.

 

Je ne savais que choisir. Mon hôte nous fit servir un superbe assortiment d’un peu de tout.

 

La carte des vins était internationale. Armando insista pour que nous déjeunions au champagne, celui de Selosse que le patron suivait depuis toujours.

 

Au fur et à mesure que je développais mon histoire Armando devenait de plus en plus perplexe, il fronçait les sourcils, s’interrogeait en silence. Manifestement cette affaire le dépassait mais il cherchait le pourquoi de son implication par Arkan Jr dont il connaissait bien sûr l’existence. « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres. Arkan Jr est de ceux-là. Je pense qu’il vous envoie vers moi pour que je vous oriente discrètement vers son, ou ses véritables commanditaires. La loi de son milieu lui interdit, sous peine d’y laisser sa peau, de vous révéler qui est véritablement derrière cette étrange proposition.

 

J’ai ma petite idée mais avant de vous orienter vers ceux qui sont, à mon avis, les employeurs d’Arkan Jr, il faut que je fasse faire une discrète enquête dans les milieux de l’agromafia.

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propres à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits.

 

Nous finîmes ce plantureux déjeuner avec un superbe plateau de fromages et une glace à la pomme cuite au chocolat fumé.

 

« À mon avis votre affaire c’est du billard à trois bandes mais l’important pour vous c’est de savoir qui tient la bonne queue, celle qui fait le coup gagnant… »

 

Armando me fit le baisemain en me confiant à l’honorable correspondant qui nous avait discrètement accompagnés au restaurant « Prenez soin de vous mademoiselle et, à l’avenir, évitez de venir piétiner les plates-bandes de gens qui ne reculent devant rien… »

 

(28) «Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite !»

 

C’est un Aadvark échevelé, avachi, liquéfié, que je reçus, sitôt son arrivée de Roissy, dans mon vaste bureau de la rue Charles Floquet, encore sous le coup de la jetlag il eut bien du mal à m’expliquer l’objet de sa visite. En effet, à ses yeux je n’étais qu’un apporteur d’affaires, certes une étrange affaire, donc totalement étranger à ce qui venait d’arriver à Agrippine. Face à sa demande insistante de l’aider à la retrouver j’avais beau lui rétorquer, gentiment d’abord, puis plus sèchement au fur à mesure qu’il persistait, que la police était payée pour ça, il n’en démordait pas.

 

Ma stratégie était celle des sables mouvants : je laissais ce cher homme gigoter, répéter les mêmes propos en boucle, me prendre pour un imbécile, s’époumoner, s’enfoncer… J’attendais qu’il s’épuise, s’aperçoive de son enlisement, de l’ineptie de son comportement, pour le cueillir. Ce que je fis avec une brutalité qui faillit le porter à l’apoplexie, il s’empourpra, sa bouche s’arrondit, son regard s’affola, ses mains battirent l’air.

 

« Agrippine à un amant !

 

  • Un a… un a quoi… un amant…

 

  • Un beau Serbe bien couillu !

 

  • Vous dites n’importe quoi…

 

  • Alors expliquez-moi pourquoi elle le retrouve régulièrement au George V ?

 

  • Comment le saurais-je ?

 

  • Oui les cocus sont toujours les derniers informés…

 

  • Tarpon j’exige des explications !

 

  • Vous n’avez rien à exiger, je vous rappelle que depuis une heure vous me bassiner pour que je prenne en charge la recherche de votre dulcinée. Alors, soit vous affrontez la réalité, soit vous vous adressez à un second couteau de la dimension de Touron.

 

  • Qui est ce Serbe ?

 

  • Un tueur, un homme de mains sanguinaire au service de la Mafia !

 

  • Mon Dieu… mais comment est-ce possible que… comment Agrippine a-t-elle pu se mettre entre les mains d’un voyou ?

 

  • La baise, la folie du corps, la transgression, rappelez-vous Belle de Jour, la belle bourgeoise Deneuve s’amourachant de la petite frappe de Clémenti.

 

Mon homme était à point, à la ramasse, je pouvais lui déballer avec profit ma salade pas fraîche ; un instant j’envisageai de l’interroger sur le Pourri mais à la réflexion je me dis qu’il fallait que je garde des atouts dans mon jeu.

 

À l’évocation de Marie de Saint-Drézéry, Aadvark blêmi : « Vous m’avez piégé !

 

  • Tout juste Auguste !

 

  • Mais dans quel but ?

 

  • Celui auquel nous sommes arrivés cher monsieur… C’est-à-dire à débusquer qui a aidé à vous piéger…

 

  • Qui ?

 

  • Allons ne faites pas l’enfant, votre Agrippine…

 

  • Ça n’est pas possible !

 

  • Je sais que pour vous la couleuvre est difficile à avaler mais c’est la stricte réalité.

 

  • Vous m’embrouillez…

 

  • Un peu, très cher, j’ai mis la barre très haute pour que vous cessiez de me prendre pour un con. J’ignore la nature exacte des relations de votre moitié avec le grand Serbe mais ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le coup.

 

  • Mais pourquoi ?

 

  • Ça c’est une mauvaise question à mon endroit car vous seul pouvez y répondre.

 

  • Je ne comprends pas…

 

  • Vous êtes né dans le pays de Mauriac, de Thérèse Desqueyroux… alors allez chercher les mobiles dans les tréfonds du huis-clos familial, d’une sexualité refoulée, d’une condition féminine étouffée…

 

  • Tarpon vous délirez !

 

  • Sans doute mais, au risque de vous déplaire, je flirte avec la vérité.

 

Pour les ignares, sachez que « Mauriac est, au cours des années 20 fasciné par ces êtres hors norme que sont les meurtrières et plus particulièrement les empoisonneuses.

 

En 1925, il demande à son frère Pierre des documents sur le procès de Blanche Carnaby qui, en mai 1906, avait été acquittée devant les assises de Bordeaux d’une tentative d’empoisonnement de son mari, mais condamné pour falsification d’ordonnance.

 

Cette attirance se manifesta encore en 1933 pour l’affaire Violette Nozières qui défraie la chronique et qu’il suit en tant que journaliste.

 

« Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite ! »

 

Le perdreau étant bien faisandé il ne nous restait plus qu’à le cuisiner mais pour cela il nous fallait le jus qu’allait nous ramener de Parme notre très chère Marie.

(29) Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout.

 

Avec son sens aigu de la synthèse, à la fois désinvolte et précise, Marie rendit compte aux pontes de la place Beauvau de son voyage à Parme. Là aussi les mouches avaient changé d’ânes, ces messieurs avaient mis un peu d’eau dans leur vin, toujours avec la componction qui sied aux hauts fonctionnaires de notre vieux pays qui se croit républicain.  

 

Adelphine et Rosa n’en finissaient plus de nous conter la belle histoire du prince des formaggio qui a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire. Le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »

 

Elles avaient acquis un des Petits Précis de la gastronomie italienne : le Parmigiano aux éditions du Pétrin écrit par Alessandra Pierini qui tenait une épicerie à Paris du côté de ND de Lorette. Nous eûmes droit, rue Charles Floquet, à du parmigiano matin midi et soir ; le veganisme des filles avait succombé au charme des jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos.

 

Elles maniaient avec de plus en plus de dextérité un coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio.

 

La réponse d’Armando ne tarda pas à nous parvenir. De sources sûres, les commanditaires d’Arkan Jr étaient des « industriels » de Campanie qui avait servi d’intermédiaires au général Liu, fondateur et ancien dirigeant de l’entreprise militaro-agricole Chalkis devenu le premier exportateur mondial de concentré de tomates durant les années 2000. « L’entreprise est l’un des fleurons du « Bingtuan », le conglomérat du Xinjiang aux mains de l’armée populaire.

 

« Après avoir fondé Chalkis en 1994 et l’avoir dirigée d’une main de fer pendant plus de vingt ans, le général Liu a quitté l’entreprise en 2011 dans des conditions obscures. On le disait déchu, certains se demandaient même s’il n’était pas « tombé » pour corruption. Lorsque Chalkis acquis le Cabanon, coopérative provençale, le général Liu Yi avait vécu épisodiquement en France, à l’époque le Bingtuan disposait de bureaux sur les Champs Elysées. Le général se rendait alors tous les mois dans l’hexagone, où il rencontrait l’un de ses proches, le plus important trader français spécialisé dans la tomate d’industrie. Des années 2000, le Général Liu a conservé sa carte de séjour délivré par la République Française sur laquelle l’adresse est celle du Cabanon, route de Piolenc, Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse.

 

Liu vit maintenant à Accra au Ghana. « Son quartier général est une grande villa, bordée de hautes clôtures électrifiées, derrière lesquelles un berger allemand monte la garde. La demeure se trouve au cœur d’une zone résidentielle de la haute bourgeoisie d’Accra.

 

De là Liu, « gère dans la plus grande discrétion, une société devenue incontournable dans le business du concentré en Afrique, la Provence Tomato Products. Une entreprise faisant tourner une usine de 300 000 m2 installée en 2014 à Tianjin. »

 

 

C’est son fils Haoan, « Quinton » de son prénom occidental, qui la dirige.

 

« Comme bien d’autres enfants d’oligarques de sa génération, le fils du général Liu, né en 1987, a grandi aux USA, pays pour lequel il a renoncé à sa nationalité chinoise afin d’en obtenir le passeport. Après quoi, quelques années plus tard, il a renoncé à sa nationalité étasunienne, lui préférant celle de Saint-Christophe-et-Niévès. Un paradis fiscal. Le micro-État de 251 km2, composé de deux îles des Caraïbes, est plus connu des professionnels de l’évasion fiscale sous son nom anglais : Saint Kitts and Nevis. L’État s’est spécialisé dans la vente de ses passeports aux élites transnationales de la planète. Le document permet d’entrer sans visa dans plus de 100 pays et territoires, parmi lesquels Hong Kong, le Liechtenstein, l’Irlande, la Suisse et les États membres de Schengen dans l’Union européenne. Pour acquérir cette nationalité, il convient de débourser 250 000 dollars, sans qu’il ne soit nécessaire de se rendre sur place. « En fait, il suffit de payer les services d’un conseiller juridique. Trois mois après, tu reçois ton passeport. Et fiscalement, c’est vraiment intéressant. »

 

Dixit Quinton Liu.

 

Nota : ces informations contenues dans une note blanche la DG de la Sécurité Intérieure, elles sont tirées L’Empire de l’Or Rouge de Jean-Baptiste Malet, ouvrage de référence en la matière.

 

En conclusion Marie indiqua à ses interlocuteurs qu’avant toute prise de contact avec la famille Liu il restait certains points à éclaircir, ce qui, ils le comprendraient aisément, nécessitait que la maison Tarpon puisse encore bénéficier de leur bienveillance. Ils en convinrent et la remercièrent pour la qualité de son travail. « Notre seule exigence c’est que nous continuions d’assurer votre protection… »

 

  • Pas de blème conclue Marie.

 

Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout. Nous ne possédions pas le savoir-faire de nos « amis » les yakusas mais un bon deal vaut mieux qu’une bataille perdue.

 

(30) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin dernier épisode À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô

 

Bloqué à Paris, Aadvark rongeait son frein, il déprimait. La perspective funeste qu’éclata un scandale lui faisait craindre une chute vertigineuse de sa notoriété, l’effondrement de son plantureux chiffre d’affaires, et surtout qu’il soit la risée de ses pairs qui aujourd’hui l’encensaient. Nous le rassurions en lui disant que son dossier était classé sensible, c’était une affaire d’État, et que les éventuelles galipettes d’Agrippine avec un beau Serbe étaient le cadet de nos soucis. Toute l’affaire, une fois réglée, serait classée « Secret Défense »

 

À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô. Ce calme relatif pouvait préfigurer la tempête, il nous fallait amuser la galerie.

 

La lumière  vint de Rosa, qui venait de dévorer le livre de Saporta.

 

« Nous allons publier un communiqué de presse ! »

 

  • Et qu’est-ce qu’il va dire ton communiqué de presse pimprenelle ? ironisa Tarpon.

 

  • Qu’Agrippine a pris du champ, qu’elle fait une retraite spirituelle dans une abbaye cistercienne… pour se ressourcer et aider le château d’Ô à retrouver ses valeurs originelles…

 

  • Pas con ta manip… Marie aimait.

 

  • Je veux bien mais en plein mois d’août ça va faire un flop. Tarpon ronchon.

 

  • Tu te trompes les médias n’ont rien à se mettre sous la dent. Ce sont des petits jeunes qui tiennent les permanences, nous allons accompagner notre petit communiqué de presse d’un superbe voyage de presse au château d’Ô.

 

  • Je reste sceptique. Tarpon narquois.

 

  • Sauf que le thème du voyage de presse sera le réchauffement climatique, le grand virage du château d’Ô.

 

  • Et il consistera en quoi ce grand virage Rosa ?

 

  • Conversion en biodynamie, longue marche vers le vin nature, introduction du cheval, reniement des 10 commandements de Parker…

 

  • Et tu vas faire avaler ça à Aadvark… Tarpon ébranlé.

 

  • Tu crois que je vais lui demander son avis, on va faire ça à l’arrache.

 

  • Banzaï ! Marie aux anges.

 

Branle-bas de combat, Adelphine fut chargée d’enfumer Aadvark en lui vendant les modalités du voyage de presse : avion spécial, visite du vignoble et du chai du château d’Ô, déjeuner au Logis de la Caserne, caisse bois de 12 flacons de la maison. Sans bien sûr lui préciser son contenu. Et tout ça sans qu’il allonge un rond. La maison Tarpon prenant l’opération à sa charge en l’inscrivant dans ses frais généraux.

 

Aadvark s’inquiéta « mais pourquoi tout ça ? »

 

  • Pour faire diversion…

 

  • Auprès de qui ?

 

  • De ceux qui gardent Agrippine en otage.

 

  • En otage, mais elle est en danger…

 

  • Otage c’est vite dit, j’ai dit ça pour pas vous faire de peine, l’autre hypothèse moins glorieuse pour vous c’est qu’Arkan Jr l’ait mis au frais.
  •  

Ébranlé Aadvark accepta de jouer le jeu.

 

L’Airbus A 320 était plein. L’opération de communication fut un grand succès médiatique. Abasourdi Aadvark, à la réflexion s’était dit, que tout compte fait ça allait faire grimper plus encore la valeur du château d’Ô.

 

Fataliste il grommelait dans l’avion du retour à Adelphine « Paris vaut bien une messe… »

 

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer Tarpon et Marie allait confesser Arkan Jr, pas sûr qu’il obtienne l’absolution.

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (30)

(30) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin dernier épisode À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô

 

Bloqué à Paris, Aadvark rongeait son frein, il déprimait. La perspective funeste qu’éclata un scandale lui faisait craindre une chute vertigineuse de sa notoriété, l’effondrement de son plantureux chiffre d’affaires, et surtout qu’il soit la risée de ses pairs qui aujourd’hui l’encensaient. Nous le rassurions en lui disant que son dossier était classé sensible, c’était une affaire d’État, et que les éventuelles galipettes d’Agrippine avec un beau Serbe étaient le cadet de nos soucis. Toute l’affaire, une fois réglée, serait classée « Secret Défense »

 

À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô. Ce calme relatif pouvait préfigurer la tempête, il nous fallait amuser la galerie.

 

La lumière  vint de Rosa, qui venait de dévorer le livre de Saporta.

 

« Nous allons publier un communiqué de presse ! »

 

  • Et qu’est-ce qu’il va dire ton communiqué de presse pimprenelle ? ironisa Tarpon.

 

  • Qu’Agrippine a pris du champ, qu’elle fait une retraite spirituelle dans une abbaye cistercienne… pour se ressourcer et aider le château d’Ô à retrouver ses valeurs originelles…

 

  • Pas con ta manip… Marie aimait.

 

  • Je veux bien mais en plein mois d’août ça va faire un flop. Tarpon ronchon.

 

  • Tu te trompes les médias n’ont rien à se mettre sous la dent. Ce sont des petits jeunes qui tiennent les permanences, nous allons accompagner notre petit communiqué de presse d’un superbe voyage de presse au château d’Ô.

 

  • Je reste sceptique. Tarpon narquois.

 

  • Sauf que le thème du voyage de presse sera le réchauffement climatique, le grand virage du château d’Ô.

 

  • Et il consistera en quoi ce grand virage Rosa ?

 

  • Conversion en biodynamie, longue marche vers le vin nature, introduction du cheval, reniement des 10 commandements de Parker…

 

  • Et tu vas faire avaler ça à Aadvark… Tarpon ébranlé.

 

  • Tu crois que je vais lui demander son avis, on va faire ça à l’arrache.

 

  • Banzaï ! Marie aux anges.

 

Branle-bas de combat, Adelphine fut chargée d’enfumer Aadvark en lui vendant les modalités du voyage de presse : avion spécial, visite du vignoble et du chai du château d’Ô, déjeuner au Logis de la Caserne, caisse bois de 12 flacons de la maison. Sans bien sûr lui préciser son contenu. Et tout ça sans qu’il allonge un rond. La maison Tarpon prenant l’opération à sa charge en l’inscrivant dans ses frais généraux.

 

Aadvark s’inquiéta « mais pourquoi tout ça ? »

 

  • Pour faire diversion…

 

  • Auprès de qui ?

 

  • De ceux qui gardent Agrippine en otage.

 

  • En otage, mais elle est en danger…

 

  • Otage c’est vite dit, j’ai dit ça pour pas vous faire de peine, l’autre hypothèse moins glorieuse pour vous c’est qu’Arkan Jr l’ait mis au frais.

 

Ébranlé Aadvark accepta de jouer le jeu.

 

L’Airbus A 320 était plein. L’opération de communication fut un grand succès médiatique. Abasourdi Aadvark, à la réflexion s’était dit, que tout compte fait ça allait faire grimper plus encore la valeur du château d’Ô.

 

Fataliste il grommelait dans l’avion à Adelphine « Paris vaut bien une messe… »

 

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer Tarpon et Marie allait confesser Arkan Jr, pas sûr qu’il obtienne l’absolution.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (29)

(29) Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout.

Avec son sens aigu de la synthèse, à la fois désinvolte et précise, Marie rendit compte aux pontes de la place Beauvau de son voyage à Parme. Là aussi les mouches avaient changé d’ânes, ces messieurs avaient mis un peu d’eau dans leur vin, toujours avec la componction qui sied aux hauts fonctionnaires de notre vieux pays qui se croit républicain.  

Adelphine et Rosa n’en finissaient plus de nous conter la belle histoire du prince des formaggio qui a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire. Le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »

Elles avaient acquis un des Petits Précis de la gastronomie italienne : le Parmigiano aux éditions du Pétrin écrit par Alessandra Pierini qui tenait une épicerie à Paris du côté de ND de Lorette. Nous eûmes droit, rue Charles Floquet, à du parmigiano matin midi et soir ; le veganisme des filles avait succombé au charme des jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos.

Elles maniaient avec de plus en plus de dextérité un coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio.

La réponse d’Armando ne tarda pas à nous parvenir. De sources sûres, les commanditaires d’Arkan Jr étaient des « industriels » de Campanie qui avait servi d’intermédiaires au général Liu, fondateur et ancien dirigeant de l’entreprise militaro-agricole Chalkis devenu le premier exportateur mondial de concentré de tomates durant les années 2000. « L’entreprise est l’un des fleurons du « Bingtuan », le conglomérat du Xinjiang aux mains de l’armée populaire.

« Après avoir fondé Chalkis en 1994 et l’avoir dirigée d’une main de fer pendant plus de vingt ans, le général Liu a quitté l’entreprise en 2011 dans des conditions obscures. On le disait déchu, certains se demandaient même s’il n’était pas « tombé » pour corruption. Lorsque Chalkis acquis le Cabanon, coopérative provençale, le général Liu Yi avait vécu épisodiquement en France, à l’époque le Bingtuan disposait de bureaux sur les Champs Elysées. Le général se rendait alors tous les mois dans l’hexagone, où il rencontrait l’un de ses proches, le plus important trader français spécialisé dans la tomate d’industrie. Des années 2000, le Général Liu a conservé sa carte de séjour délivré par la République Française sur laquelle l’adresse est celle du Cabanon, route de Piolenc, Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse.

Liu vit maintenant à Accra au Ghana. « Son quartier général est une grande villa, bordée de hautes clôtures électrifiées, derrière lesquelles un berger allemand monte la garde. La demeure se trouve au cœur d’une zone résidentielle de la haute bourgeoisie d’Accra.

De là Liu, « gère dans la plus grande discrétion, une société devenue incontournable dans le business du concentré en Afrique, la Provence Tomato Products. Une entreprise faisant tourner une usine de 300 000 m2 installée en 2014 à Tianjin. »

C’est son fils Haoan, « Quinton » de son prénom occidental, qui la dirige.

« Comme bien d’autres enfants d’oligarques de sa génération, le fils du général Liu, né en 1987, a grandi aux USA, pays pour lequel il a renoncé à sa nationalité chinoise afin d’en obtenir le passeport. Après quoi, quelques années plus tard, il a renoncé à sa nationalité étasunienne, lui préférant celle de Saint-Christophe-et-Niévès. Un paradis fiscal. Le micro-État de 251 km2, composé de deux îles des Caraïbes, est plus connu des professionnels de l’évasion fiscale sous son nom anglais : Saint Kitts and Nevis. L’État s’est spécialisé dans la vente de ses passeports aux élites transnationales de la planète. Le document permet d’entrer sans visa dans plus de 100 pays et territoires, parmi lesquels Hong Kong, le Liechtenstein, l’Irlande, la Suisse et les États membres de Schengen dans l’Union européenne. Pour acquérir cette nationalité, il convient de débourser 250 000 dollars, sans qu’il ne soit nécessaire de se rendre sur place. « En fait, il suffit de payer les services d’un conseiller juridique. Trois mois après, tu reçois ton passeport. Et fiscalement, c’est vraiment intéressant. »

Dixit Quinton Liu.

Nota : ces informations contenues dans une note blanche la DG de la Sécurité Intérieure, elles sont tirées L’Empire de l’Or Rouge de Jean-Baptiste Malet, ouvrage de référence en la matière.

En conclusion Marie indiqua à ses interlocuteurs qu’avant toute prise de contact avec la famille Liu il restait certains points à éclaircir, ce qui, ils le comprendraient aisément, nécessitait que la maison Tarpon puisse encore bénéficier de leur bienveillance. Ils en convinrent et la remercièrent pour la qualité de son travail. « Notre seule exigence c’est que nous continuions d’assurer votre protection… »

  • Pas de blème conclue Marie.

Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout. Nous ne possédions pas le savoir-faire de nos « amis » les yakusas mais un bon deal vaut mieux qu’une bataille perdue.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (28)

(28) «Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite !»

 

C’est un Aadvark échevelé, avachi, liquéfié, que je reçus, sitôt son arrivée de Roissy, dans mon vaste bureau de la rue Charles Floquet, encore sous le coup de la jetlag il eut bien du mal à m’expliquer l’objet de sa visite. En effet, à ses yeux je n’étais qu’un apporteur d’affaires, certes une étrange affaire, donc totalement étranger à ce qui venait d’arriver à Agrippine. Face à sa demande insistante de l’aider à la retrouver j’avais beau lui rétorquer, gentiment d’abord, puis plus sèchement au fur à mesure qu’il persistait, que la police était payée pour ça, il n’en démordait pas.

 

Ma stratégie était celle des sables mouvants : je laissais ce cher homme gigoter, répéter les mêmes propos en boucle, me prendre pour un imbécile, s’époumoner, s’enfoncer… J’attendais qu’il s’épuise, s’aperçoive de son enlisement, de l’ineptie de son comportement, pour le cueillir. Ce que je fis avec une brutalité qui faillit le porter à l’apoplexie, il s’empourpra, sa bouche s’arrondit, son regard s’affola, ses mains battirent l’air.

 

« Agrippine à un amant !

 

  • Un a… un a quoi… un amant…

 

  • Un beau Serbe bien couillu !

 

  • Vous dites n’importe quoi…

 

  • Alors expliquez-moi pourquoi elle le retrouve régulièrement au George V ?

 

  • Comment le saurais-je ?

 

  • Oui les cocus sont toujours les derniers informés…

 

  • Tarpon j’exige des explications !

 

  • Vous n’avez rien à exiger, je vous rappelle que depuis une heure vous me bassiner pour que je prenne en charge la recherche de votre dulcinée. Alors, soit vous affrontez la réalité, soit vous vous adressez à un second couteau de la dimension de Touron.

 

  • Qui est ce Serbe ?

 

  • Un tueur, un homme de mains sanguinaire au service de la Mafia !

 

  • Mon Dieu… mais comment est-ce possible que… comment Agrippine a-t-elle pu se mettre entre les mains d’un voyou ?

 

  • La baise, la folie du corps, la transgression, rappelez-vous Belle de Jour, la belle bourgeoise Deneuve s’amourachant de la petite frappe de Clémenti.

Mon homme était à point, à la ramasse, je pouvais lui déballer avec profit ma salade pas fraîche ; un instant j’envisageai de l’interroger sur le Pourri mais à la réflexion je me dis qu’il fallait que je garde des atouts dans mon jeu.

 

À l’évocation de Marie de Saint-Drézéry, Aadvark blêmi : « Vous m’avez piégé !

 

  • Tout juste Auguste !

 

  • Mais dans quel but ?

 

  • Celui auquel nous sommes arrivés cher monsieur… C’est-à-dire à débusquer qui a aidé à vous piéger…

 

  • Qui ?

 

  • Allons ne faites pas l’enfant, votre Agrippine…

 

  • Ça n’est pas possible !

 

  • Je sais que pour vous la couleuvre est difficile à avaler mais c’est la stricte réalité.

 

  • Vous m’embrouillez…

 

  • Un peu, très cher, j’ai mis la barre très haute pour que vous cessiez de me prendre pour un con. J’ignore la nature exacte des relations de votre moitié avec le grand Serbe mais ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le coup.

 

  • Mais pourquoi ?

 

  • Ça c’est une mauvaise question à mon endroit car vous seul pouvez y répondre.

 

  • Je ne comprends pas…

 

  • Vous êtes né dans le pays de Mauriac, de Thérèse Desqueyroux… alors allez chercher les mobiles dans les tréfonds du huis-clos familial, d’une sexualité refoulée, d’une condition féminine étouffée…

 

  • Tarpon vous délirez !

 

  • Sans doute mais, au risque de vous déplaire, je flirte avec la vérité.

 

Pour les ignares, sachez que « Mauriac est, au cours des années 20 fasciné par ces êtres hors norme que sont les meurtrières et plus particulièrement les empoisonneuses.

 

En 1925, il demande à son frère Pierre des documents sur le procès de Blanche Carnaby qui, en mai 1906, avait été acquittée devant les assises de Bordeaux d’une tentative d’empoisonnement de son mari, mais condamné pour falsification d’ordonnance.

 

Cette attirance se manifesta encore en 1933 pour l’affaire Violette Nozières qui défraie la chronique et qu’il suit en tant que journaliste.

 

« Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite ! »

 

Le perdreau étant bien faisandé il ne nous restait plus qu’à le cuisiner mais pour cela il nous fallait le jus qu’allait nous ramener de Parme notre très chère Marie.

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