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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, 2 présidents de la République jetés, 3 premiers ministres virés, 2 ralliés, 2 oubliés la malédiction des primaires.
  • Pull !
  •  

Le ball-trap, le « tir aux pigeons d'argile » des kermesses de ma jeunesse, le plateau d’argile fusait, le tireur épaulait, visait, le coup partait et le pigeon d’argile s’éparpillait dans les airs.

 

Les as rataient rarement leur cible, leur vista m’épatait, moi qui n’est jamais touché une arme à feu, leur hécatombe d’argile me donnait bonne conscience.

 

Les primaires m’ont procuré la même sensation, ce fut un festival de casse-pipes, les têtes couronnées roulaient, une à une, dans la poussière sous les hourras du peuple en folie…

 

J’exagère à peine.

 

Bilan du jeu de massacre :

 

  • La première tête à tomber fut celle de Sarkozy le honni,

 

  • Très vite suivi par celle de Juppé le banni,

 

  • La main passa de droite à gauche pour voir Hollande jeter le gant,

 

  • Valls se précipita puis gicla ;

 

  • Et puis ce fut le tour de Fillon se vautrer salement ;

 

  • L’Emmanuel devint roi et Bruno Le Maire et NKM se rallièrent ;

 

  • Au fond du panier : Hamon et Montebourg à gauche et Copé à droite, ça fait pas bézef !

 

Enfin, dernier acte : « La nomination d’Edouard Philippe est l’amère victoire d’Alain Juppé »

 

La nomination à Matignon, lundi 15 mai, du maire (Les Républicains, LR) du Havre (Seine-Maritime) Edouard Philippe, c’est l’amère victoire d’Alain Juppé qui s’était trompé sur la nature de la primaire de la droite et du centre mais qui avait vu juste sur la recomposition politique.

 

C’est l’histoire d’un homme battu par son propre camp et qui avait pourtant eu la vision gagnante. Celle d’un ancien premier ministre qui ne sera jamais chef de l’Etat mais qui a la consolation de voir l’un de ses anciens conseillers – « un homme de grand talent » – devenir chef du gouvernement et être ainsi l’artisan de la recomposition politique menée par Emmanuel Macron.

 

Edouard Philippe a sauvé l’honneur du maire de Bordeaux. Il a réhabilité le camp des juppéistes. Cette revanche ne va cependant pas sans un pincement de cœur ni une certaine gêne car Alain Juppé n’oublie pas qu’il a été, en 2002, le principal artisan de la création de l’UMP qui se voulait, face au Front national de Jean-Marie Le Pen, l’indestructible parti de la droite et du centre.

 

Implacable logique

 

Aujourd’hui, il peut difficilement assumer de voir l’un de ses lieutenants être nommé premier ministre pour dynamiter son camp. « Pendant cette campagne, je soutiendrai les candidats investis par LR et l’UDI [Union des démocrates et indépendants] », a-t-il précisé.

 

Et pourtant, tout ce qui arrive aujourd’hui est d’une implacable logique : pendant des mois, le maire de Bordeaux, au faîte de sa popularité, a préparé l’avènement d’un nouveau rassemblement.

 

Défenseur de l’« identité heureuse » là où une partie de son camp s’employait à exacerber les passions tristes, Alain Juppé avait promis, s’il était élu président de la République de faire ce à quoi s’attelle aujourd’hui M. Macron : « couper les deux morceaux de l’omelette pour que les gens raisonnables gouvernent ensemble et laissent de côté les deux extrêmes, de droite comme de gauche, qui n’ont rien compris au monde ».

 

Son rêve d’une recomposition politique, après deux quinquennats marqués par un échec cuisant sur le front du chômage et de la cohésion sociale, s’opposait à la vision très droitière de Nicolas Sarkozy et de François Fillon qui avaient scellé une alliance efficace entre les deux tours de la primaire de la droite et du centre pour l’éliminer.

 

Aspiration de l’opinion au rassemblement

 

Il reflétait cependant une aspiration si profonde de l’opinion au rassemblement que lorsque le maire du Havre a été nommé premier ministre, lundi, la transgression n’en était – presque – plus une : après avoir investi d’anciens candidats socialistes tout acquis à sa cause, le chef de l’Etat a pu tranquillement choisir un premier ministre de droite au demeurant tellement consensuel que son prédécesseur n’a rien trouvé à redire. Au contraire : la passation des pouvoirs entre Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe a été inédite : deux Normands au caractère bien tempéré, l’un se revendiquant « de gauche », l’autre « de droite » et finissant par s’embrasser en souhaitant le meilleur pour le pays.

 

Alain Juppé était passé par là. Pendant des mois il avait préparé le terrain, labouré la terre du rassemblement, aidé par le centriste François Bayrou qui l’avait d’abord soutenu, sous les quolibets de la droite, avant de rejoindre, à la fin février, le président d’En marche !

 

Sur le fond, le choc n’en est pas moins considérable. Après avoir pulvérisé la gauche, Emmanuel Macron exploite avec une facilité déconcertante les divisions de la droite dans l’espoir de construire une majorité à sa main aux législatives. Les juppéistes ont servi d’avant-garde, le reste de la droite modérée est tout près de suivre.

 

Françoise Fressoz (éditorialiste au Monde)

 

Un peu d’humour pour alléger l’atmosphère :

 

Le dernier chef de gouvernement français à avoir arboré une pilosité faciale comparable était Paul Ramadier, c'est en 1947. Après lui, seuls des mentons imberbes ou impeccablement rasés sont entrés à Matignon.

 

La Voix du Nord écrit :

 

« Révolution pileuse à la tête du gouvernement: Edouard Philippe a fait entrer la barbe à Matignon, une première sous la Cinquième République, très remarquée, qui illustre la popularité de ce look auprès de toute une génération.

 

Si barbes, barbiches et rouflaquettes étaient de mise chez les dirigeants sous les Troisième voire Quatrième Républiques, le glabre l'avait depuis largement emporté.

 

Et le monde politique restait jusqu'ici relativement hermétique à la tendance qui a fleuri depuis une dizaine d'années, sous diverses versions, sur les joues des hipsters, artistes, sportifs et cadres dynamiques.

 

Quand Emmanuel Macron, alors ministre, avait brièvement arboré une barbe naissante en janvier 2016, l'initiative avait créé le buzz sur les réseaux sociaux. En septembre, c'est en se faisant raser par un barbier devant les caméras, au salon de la coiffure, qu'il avait assuré le spectacle.

 

La barbe de trois jours de Nicolas Sarkozy en 2012, elle, avait fait dire à l'ex-ministre Roselyne Bachelot qu'il avait renoncé à revenir en politique, car « ce n'est pas avec un look pareil qu'on reconquiert le coeur d'un électorat hanté par la respectabilité ».

 

Lors de l'arrivée lundi à Matignon d'Edouard Philippe, 46 ans, considéré comme le premier chef de gouvernement à arborer une barbe depuis la barbiche de Paul Ramadier en 1947, le détail pileux n'est pas non plus passé inaperçu. Un autre barbu, Christophe Castaner, a été nommé porte-parole du gouvernement.

 

La barbe, fournie et taillée, que le maire du Havre porte depuis quelques années, est un signe de changement de génération à la tête du pouvoir, commente Samir Hammal, enseignant à Sciences Po spécialiste de l'apparence en politique.

 

Indice de jeunesse

 

« Édouard Philippe correspond bien au sociotype du quadragénaire à barbe convoqué dans de nombreuses campagnes de publicité », relève-t-il. Un détail qui par ailleurs « lui enlève son côté technocrate en l'humanisant ».

 

Ce phénomène de mode « a inversé les codes », souligne également le professeur d'ethnologie Christian Bromberger: « auparavant la barbe, c'était plutôt les personnes âgées, elle était blanche, maintenant c'est plutôt un indice de jeunesse. Une jeunesse non pas adolescente mais plus +start up+ ».

 

Nulle subversion dans ce type de barbe, domestiquée: « ce n'est pas la barbe des prophètes, des ermites, des hippies, des anarchistes ou de Che Guevara. Ce n'est pas celle de la gauche républicaine voire révolutionnaire », souligne Christian Bromberger, auteur de l'ouvrage Les sens du poil. Une anthropologie de la pilosité.

 

La vogue de la barbe, née du mouvement hipster aux Etats-Unis et inspirée par les « bears » homosexuels poilus, a pris le contre-pied de celle du métrosexuel imberbe des années 1990-2000.

 

Elle correspondait alors à une tendance à « l'ensauvagement » et au « lâcher-prise », même si cette barbe est aujourd'hui très travaillée, explique Pierre-Emmanuel Bisseuil, directeur de recherches au cabinet de tendances Peclers.

 

« C'est un signe d'affirmation de la virilité face à une féminité qui revendique certaines marques de pouvoir », juge l'expert, qui « voit donc encore pas mal d'avenir dans cette mode ».

 

Debray et les débrayeurs in Le temps

 

« L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron est peut-être en train de ringardiser une intelligentsia vieillissante, qui tourne en rond dans l’Hexagone morose plutôt que d’affronter le monde avec un peu d’esprit de conquête, écrit notre chroniqueur Alain Campiotti

 

La main sur le cœur? Il est cuit ! Régis Debray l’avait repéré avant même qu’il ne fût élu. Emmanuel Macron chante La Marseillaise en portant la main au cœur, comme n’importe quel Etats-unien devant sa bannière étoilée. C’est la preuve: l’Amérique imprégnante, comme de nous tous, s’est emparée de l’esprit du jeune président. Mais après tout, qu’est-ce que ça change? La France, comme l’Europe dans l’ombre de l’empire, est de toute manière sortie de l’Histoire. Il n’y a plus rien à sauver, sinon danser joyeusement dans notre décadence subjuguée qui a de beaux restes.

 

C’est ce qu’écrit Debray dans Civilisation, l’essai – paradoxalement roboratif et pétillant – qu’il vient de publier. Il n’est pas seul: toute l’intelligentsia française morose ou imprécatrice patauge dans la même eau. Michel Onfray, le bateleur multimédia de la décrépitude, explique que le «moloch totalitaire qui impose la religion du Veau d’or» a placé un de «ses desservants là où ils doivent se trouver pour bien faire fonctionner la machine». Emmanuel Todd, le démographe constamment furibard, avertissait par avance: voter Macron, c’est l’acceptation de la servitude. Le pompon revient à Alain Finkielkraut, l’académicien fébrile: il conseille au nouveau président de «vieillir vite». Il y en a d’autres, et bien pires…

 

Un pays occupé en douce

 

Pauvre France naguère jeune et vraiment rebelle ! Elle voit surgir un homme à l’air encore adolescent, formé dans la philosophie, la banque et l’Etat, qui prétend empoigner le réel pour, par exemple, sortir le pays de son chômage de masse et redonner à l’Europe du rayonnement, et tout ce que trouvent à dire ces penseurs fatigués, c’est de lui postillonner au nez.

 

Qu’arrive-t-il à cette intelligence – celle des intellectuels publics? La dernière fois qu’elle a essaimé au-dehors, on l’avait baptisée «French theory» (Derrida, Foucault, Lacan & Co) et son audience était dans les minuscules enclos des campus. Puis le reflux est venu, et le Paris bavard se retrouve avec GAFA à sa porte et un tiers-monde délibérément négligé dans ses banlieues.

 

Régis Debray s’est réveillé là et il a découvert, flânant dans les rues de la Rive gauche, un pullulement d’enseignes franglaises et américaines. Quand il a commandé un jambon-beurre, on lui a servi un hamburger. Un pays occupé en douce. Pour ce militant qui voulait, en commençant par la Bolivie, allumer «deux, trois, plusieurs Vietnam» afin d’ébranler l’empire, le choc fut rude.

 

Le désastre a eu lieu

 

Que faire? – comme dirait l’autre. «Conserver autant que se peut, répond-il dans un entretien, l’imparfait du subjonctif, la Sécurité sociale, les poulets de ferme…» Et avant de mettre en place cette modeste ligne Maginot, relire les livres oubliés qui annonçaient ce qu’on subit. Paul Valéry, par exemple, constatant il y a près d’un siècle que l’Europe aspirait «à être gouvernée par une commission américaine». Ou Simone Weill, prévoyant en 1943 que l’humanité allait perdre son passé par l’américanisation de l’Europe puis du globe.

 

Si Debray se replonge avec mélancolie dans ces écrits anciens, c’est qu’à ses yeux le désastre a eu lieu. Il y avait une civilisation, dit-il, définie par le temps, l’écrit, le drame de vivre, l’intérieur, l’être et la transmission. Elle s’est affaissée devant une autre, dominée par l’espace, l’image, le bonheur obligatoire, l’extérieur, l’avoir et la communication. Et c’est un grand malheur parce que nous y avons perdu «le sens de la durée et le goût des perspectives». La langue est le signe le plus visible de cette défaite. L’anglais est partout, et Régis Debray recense avec une cruelle jubilation maniaque son envahissement dans tous les domaines, jusqu’à repérer qu’Emmanuel Macron, de passage à Las Vegas dans une foire technologique, avait promis de faire de la France une smart nation. L’horreur.

 

Mais il faut s’y faire, dit l’ancien guérilléro. Les civilisations durent grosso modo cinq siècles, et l’américaine n’en est qu’à son deuxième. Ce fatalisme est d’autant plus étrange qu’il est avoué au moment où le pouvoir qui s’est installé au cœur de l’empire, à Washington, se décompose sous nos yeux dans une sorte de clownerie pathétique. Debray répondrait que ce cirque est sans importance: nos maîtres bienfaisants conservent leurs porte-avions, leurs missiles balistiques, Hollywood et la maîtrise du bœuf haché.

 

Un basculement géopolitique de retard

 

Il y a une autre objection plus sérieuse. Dans Civilisation, il n’est à aucun moment question, pour rendre compte de ce qui nous bouleverse, de la Chine et de l’Inde. Or comment ne pas le voir, la minorité de petits Blancs qui a mis Donald Trump au pouvoir est animée par les mêmes peurs et les mêmes frustrations que les électeurs du Front national et de ses cousins européens, affolés, même s’ils ne le savent pas, par le réveil des multitudes naguère dominées et soumises.

 

Régis Debray a sans doute un basculement géopolitique de retard, et le jeune Macron comprend mieux que lui nos nouveaux défis. C’est pour cela qu’il ne tient pas, lui, l’Europe pour un ectoplasme, mais pour notre chance et notre obligation.

 

Dans le fond, l’intelligentsia française vieillissante ne parvient pas à sortir des ornières dans lesquelles elle s’est enfermée en préférant toujours l’idéologie à la pensée pratique, le commentaire à l’action. La France est en train de changer et ses penseurs publics, comme cela arrive souvent dans le pays, ont débrayé.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, « j'appartiens à la France qui vote Macron, je suis trop riche pour voter pour Le Pen ou Mélenchon, mais je ne suis pas un héritier, donc je ne peux pas voter Fillon » Houellebecq.

Plus Houellebecquien que moi tu meurs, bien avant qu’il soit devenu un auteur médiatique je l’avais découvert, dans ce qui est et reste son meilleur livre, Extension du domaine de la lutte.

 

« Les loupiotes jaunasses de cet autorail qui se traînait, de gare vide en gare vide, donnait à mon reflet dans la vitre piquée des contours mous, fienteux. À chaque démarrage, le diesel exhalait des remugles acides et ses gros hoquets agitaient la carlingue. Nous étions, en tout et pour tout, trois : une grosse femme sans âge qui tricotait avec une obstination mécanique, un jeune type au faciès de cheval somnolant la bouche grande ouverte, et moi bien sûr qui rêvassait. Lorsqu’il se pointa dans le compartiment, le contrôleur, qui devait avoir couché avec son uniforme, dégageait un mélange de tabac froid, de slip ancien et d'huile de friture. Sous une casquette de guingois ses cheveux gras dégoulinaient. En réclamant mon ticket il jeta sur moi un regard las agrémenté d’un rictus dévoilant une denture jaunasse et dépareillée. Son haleine fétide, ses ongles longs, bombés et incurvés, sales – on aurait dit des serres d'aigles. Ça me donnait envie de gerber. Fallait que j'en grille une. Je fourrageais dans mon sac à la recherche de ma boîte à rouler. Mes calbars et mes chaussettes se mêlaient avec tout un fatras de papiers que je trimballais en permanence. Officiellement pour écrire, des notes, ça faisait un sacré temps que je n'avais pas aligné une phrase. Le petit bouquin me tomba dans la main. Je le caressai.

 

Dans un craillement de freins notre équipage stoppait en gare d'Evreux. Les néons du quai lâchaient dans l'habitacle une lumière crue de scialytique. Deux bidasses montaient en parlant fort. La tricoteuse nous quittait. Dans ma main droite le titre du petit bouquin m'étonnait : « Extension du Domaine de la lutte », ça sonnait comme du pur jus d'intello post-soixante-huitard non révisé, prétentiard. Si je l'ai ouvert c'est qu'il était édité par Maurice Nadeau. J'ai toujours eu un faible pour Nadeau. Y’avait un nom écrit au crayon au revers de la couverture : Chantal Dubois-Baudry. Les patronymes à tiret m'ont toujours fasciné, à la manière de la transmutation d'un vil métal en or. Mon doyen de fac s'appelait Durand-Prinborgne et, comme raillait mon pote Bourrassaud, quand je m'extasiais sur un Dupont-Aignan ou une Debrise-Dulac « et mon chauffe-eau c'est un Saunier-Duval... » La Dubois-Baudry était la reine du soulignage alors j'ai survolé les phrases soulignées du petit bouquin fripé. Y'en a une que j'ai relu trois fois « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » disait l'inscription. « Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. »

 

Arrivé à St Lazare j'ai trouvé refuge dans un café crade où un garçon aux cheveux pelliculeux et aux ongles sales, c'était le jour, m'a gavé de demi de bières tiédasses. Quand j'eus fini de lire le petit bouquin au titre étrange j'allai pisser. Les toilettes étaient à la hauteur du standing de l'établissement ce qui ne m'empêcha pas de me poser sur la lunette. J'étais encore dans le petit bouquin. Le petit bouquin était sur mes cuisses. C'est alors que j'ai découvert le nom de l'auteur : Houellebecq. Étrange, ça sonnait comme un nom d'abbaye. Ce Houellebecq m'avait dérangé. Il m'énervait même si son style atone, minimal, s'élevait parfois jusqu'à devenir Bovien. Son Tisserand, l'un de ses personnages, venait de détruire mon postulat de la laideur. Ce type « dont le problème - le fondement de sa personnalité, en fait - c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… » Ce type grotesque, lamentable, j'avais envie de tirer la chasse d'eau sur lui mais je ne pouvais pas. Que pouvait-il faire ce laid, en dehors de se résigner, d'épouser une moche, d'aller aux putes ou de devenir riche ? »

 

Lors de l’Émission politique de France 2, jeudi dernier, David Pujadas et Léa Salamé avaient convié plusieurs commentateurs et acteurs de la vie publique sur leur plateau, pour qu’ils donnent leur interprétation de la fracture entre les « deux France », mise en lumière lors du premier tour de l'élection présidentielle. Dans la dernière partie, c’est Michel Houellebecq qui a offert sa vision – préoccupée, comme souvent – du pays.

 

« Je fais partie de l'élite mondialisée. (...) J'appartiens à la France qui vote Macron ». « Moi je crois au vote de classe. (...) Je suis trop riche pour voter pour Le Pen ou Mélenchon, mais je ne suis pas un héritier, donc je ne peux pas voter Fillon », explique-t-il. Cela ne l'empêchera pas de s'abstenir, comme il a coutume de le faire (« sauf aux référendums »), dimanche prochain.

 

Pour lui la campagne de Macron est « une thérapie de groupe » Michel Houellebecq a avoué ne plus connaître la France « périphérique », des exclus. « La France de Marine Le Pen n'habite pas à Paris, elle habite dans des zones périphériques », constate-t-il « De fait j'ai perdu le contact, je ne pourrais pas écrire là-dessus », se disant fort gêné par cette évidence, qui tient selon lui de la « faute professionnelle ». Il ne s'est pas privé d'analyser les phénomènes politiques révélés – ou provoqués – par l'élection présidentielle. D'après lui, le clivage droite-gauche persiste, mais se superpose au clivage ouverture-fermeture, porté selon certains par le duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. « Je ne sais pas si j'ai vu des présidentiables pendant le débat », observe-t-il, avant de comparer la campagne du candidat d'En Marche! à une « thérapie de groupe, pour convertir les Français à l'optimisme ».

 

 

Si j’ai bien compris Emmanuel Macron a le nom de son Premier Ministres dans sa tête, sans avoir le pouvoir d’y pénétrer je prends le risque de vous annoncer que ce sera Thierry Breton, ancien Ministre de l’Économie sous Jacques Chirac et actuel PDG d’ATOS.

 

La passation de pouvoirs devrait avoir lieu le dimanche 14 mai « C'est l'hypothèse sur laquelle le protocole de l'Élysée travaille prioritairement, selon nos informations. Un dimanche, cela n'est pas arrivé depuis 110 ans. Des passations de pouvoir ont eu lieu le samedi, mais jamais le dimanche. Cela n'est arrivé qu'une fois en 170 ans : c'était le dimanche 18 février 1906, pour Armand Fallières.

 

Comme il l'a promis lors de ses derniers vœux, François Hollande compte présider « jusqu'au dernier jour » Et son dernier jour de mandat, comme l'atteste le calendrier du Conseil constitutionnel sur son site Internet, c'est le dimanche 14 mai. Étrangement, l'Élysée ne fait pas le même calcul et explique que trois jours sont envisagés pour l'investiture le samedi, le dimanche mais aussi le lundi. « Lundi, c'est trop tard », réplique le constitutionnalise Didier Maus, que nous avons consulté. À minuit, précise-t-il, la passation de pouvoir devra « impérativement avoir eu lieu ».

 

Quand Emmanuel Macron était banquier d'affaires : « Un élément prometteur, mais sans plus »

 

Vous est-il arrivé de taper "Macron banquier" sur Google ? Cette requête suffit à mesurer à quel point ces deux mots, accolés, suscitent les pires fantasmes. De quoi donner envie de scruter de plus près les quatre années passées chez Rothschild & Co par le futur candidat à l'Elysée. Le banquier d'affaires a-t-il été un "Mozart de la finance" ? Ou un météore de passage dans les couloirs feutrés de cette banque prestigieuse, dans l'attente d'un autre destin ? A trois jours du second tour du dimanche 7 mai, franceinfo se penche sur la précédente carrière d'Emmanuel Macron.

 

Une carrière débutée sur les conseils d'Alain Minc

 

Rembobinons le parcours du prodige. Sorti en 2004 dans la "botte" (c'est-à-dire parmi les tout premiers) de l'ENA, Emmanuel Macron rejoint à 27 ans la très élitiste Inspection des finances. Il devient rapidement le protégé de Jean-Pierre Jouyet, alors chef des inspecteurs des finances, qui le présente à Jacques Attali. De fil en aiguille, Emmanuel Macron est désigné en 2007 rapporteur général adjoint de la Commission pour la libération de la croissance. Présidée par l'ancien sherpa de François Mitterrand, ce cénacle est un vivier de patrons, d'économistes et d'intellectuels.

 

Le jeune Macron étoffe son carnet d'adresses, et croise quantité de bonnes fées qui se penchent sur sa carrière naissante. Elles l'orientent vers la banque d'affaires. "Au moins trois commissaires, Jean-Michel Darrois [avocat], Serge Weinberg [président du conseil d'administration d'Accor] et Xavier Fontanet [PDG d'Essilor International], le recommandent chez Rothschild", racontent Les Echos.

 

Pourquoi le jeune homme, déjà mû par une ambition présidentielle, selon son biographe François-Xavier Bourmaud, choisit-il le privé ? Parce que l'homme d'affaires Alain Minc lui aurait donné ce conseil, dès sa sortie de l'ENA :

 

« Pour faire de la politique aujourd'hui, il faut être riche ou ascète. Donc, commence par fabriquer de l'épargne, deviens banquier d'affaires. D'abord, tu seras libre (...) de conseiller des hommes politiques pendant cette période. Mais, surtout, tu gagneras bien ta vie pendant plusieurs années, et tu y gagneras ta liberté. »

 

Alain Minc

Cité dans le livre "Macron, l'invité surprise" (éd. de l'Archipel)

 

La suite ICI 

 

 

 

 

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, Fillon coulé je donne la parole à Juppé pour lui c’est NON aux finasseries de son parti il votera Macron !

Mon analyse qui avait motivée l’opération Chartrons est validée par les résultats du premier tour, face à la menace réelle de prise de pouvoir par la droite extrême seul un candidat pacificateur pouvait s’avérer un rempart efficace.

 

Mais Juppé était trop vieux et surtout il déplaisait à la France rance, rentière, celle des cathos-fachos qui a trouvé son héros en la personne de François Fillon le valet se prenant pour un maître.

 

Exit Juppé et sorti du diable vauvert un jeune banquier soutenu par le gars de peau, chantre de la 3e force.

 

Ce type de configuration qui fait exploser le système reposant sur les 2 grands partis d’alternance a deux conséquences majeures : elle déplait à la gauche de la gauche pour le second tour : Mélenchon redevient un calculateur à la sauce Tonton ; elle ne garantit pas au vainqueur du 2e tour une majorité à l’assemblée.

 

« L'objectif que je fixe est clair: obtenir aux législatives une majorité absolue qui soit une majorité présidentielle », a déclaré Emmanuel Macron dans cette interview mise en ligne vendredi soir. « Il n'y aura pas de coalition avec les deux grands partis existants, ni avec LR ni avec le PS. Mais dans les temps qui arrivent, il y aura une refondation de la vie politique qui verra des socialistes et des Républicains me rejoindre individuellement », a estimé le candidat d'En Marche!

 

« C'est la clé pour ne pas avoir de majorité coulissante. On ne peut pas se le permettre dans les temps d'incertitude que nous traversons », a-t-il poursuivi.

 

« J'investirai 577 candidats de la majorité présidentielle, explique Emmanuel Macron. Ceux qui ne me rejoindront pas auront donc des candidats face à eux. Mais je souhaite que l'on me rejoigne par cohérence et pour soutenir notre projet, pas pour sauver son poste. Les Républicains ou les socialistes qui ne croient pas à mon projet ne viendront pas. »

 

Macron se berce d’illusion je crois. Le puzzle ne va pas dessiner une image claire car le système des législatives ne le permettra pas.

 

Cohabitation ou gouvernement de coalition alors ?

 

Nous verrons mais les Ponce-pilatisme des insoumis est le signe de leur immaturité politique, ils ne sont même pas capables de comprendre qu’ils se font manipuler par leur leader qui joue alternativement de la patte douce puis du coup de griffe en se murant entre les deux dans un silence hautain.

 

Je laisse la parole à Juppé

 

La France court au désastre

 

Ce qui paraissait impossible il y a peu de temps encore n’est plus aujourd’hui improbable : Mme Le Pen peut devenir la Présidente de la République française ; à tout le moins le score du Front National au deuxième tour peut dépasser la barre des 40%, voire des 45%, ce qui serait déjà un coup de tonnerre politique.

 

La trahison de N. Dupont-Aignan, l’attitude ambigüe de J.L. Mélenchon, l’effondrement du PS, les finasseries de certains de mes propres « amis » politiques ajoutent à la confusion générale sur laquelle prospère le FN.

 

La victoire de l’extrême-droite en France constituerait un séisme géopolitique. L’Union européenne qui peut résister au Brexit, et même en tirer profit, ne survivrait pas à un « Frexit ». Je ne sous-estime pas le désamour de nos concitoyens pour l’Europe; je mesure l’ampleur des changements qui seront nécessaires pour la remettre sur la bonne voie. Mais liquider la construction européenne que nous avons patiemment édifiée serait une aberration. Car l’Europe a réussi. Elle nous a apporté 70 ans de paix, ce que notre continent n’avait pas connu depuis des siècles. Elle est aujourd’hui un espace de liberté et de prospérité comme il en existe peu au monde. Je comprends que ces affirmations choquent nos concitoyens qui vivent dans le chômage, la précarité, la pauvreté. Mais, au prix de réformes profondes, l’Europe peut nous aider à en sortir. Ce n’est pas sans raison qu’elle attire de si puissants flux migratoires. C’est en soi un problème qu’il faut traiter car nous ne pouvons pas accueillir « toute la misère du monde ». Mais c’est la preuve d’une réussite. Comparons-nous!

 

Certains invoquent les mânes du Général de Gaulle pour conforter leur euro-phobie. Quelle falsification historique! C’est De Gaulle qui a voulu nous faire entrer dans la Communauté européenne en 1958, en activant le traité de Rome qui n’était encore qu’un papier; c’est De Gaulle qui a imposé la Politique Agricole Commune; c’est De Gaulle qui a fait de l’entente franco-allemande la pierre angulaire de la construction européenne et du redressement français. Je suis gaulliste et européen et j’en suis fier!

 

La dislocation de l’Union européenne serait aussi une menace pour notre sécurité collective, pour l’Alliance atlantique déjà fragilisée par les déclarations contradictoires de la nouvelle administration américaine, et méthodiquement sapée par la diplomatie russe qui ne fait pas mystère de sa volonté de revenir au monde d’avant. Le monde sans l’Union européenne perdrait encore un peu de sa stabilité, en un temps où le mot de « guerre » refleurit dans certains discours.

 

Séisme géopolitique, désastre économique aussi. L’abandon de l’euro qui nous a si bien protégés dans les tempêtes récentes et qui nous garantit des taux d’intérêt historiquement bas serait une faute majeure, à laquelle d’ailleurs, quel que soit leur vote, la majorité des Français n’adhère pas. Tout le monde, y compris le parti de Mme Le Pen, s’accorde à prévoir une dévaluation immédiate du franc FN de l’ordre de 20 à 30%. Nos dettes et notamment celle de l’Etat seraient immédiatement augmentées d’autant. On nous dit que nos exportations en profiteraient; peut-être à terme si notre appareil productif répond à la demande internationale; ce qui est sûr, c’est que nos importations seraient mécaniquement renchéries de 20 à 30%, à commencer par le pétrole, d’où la hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat dont souffriraient comme toujours les plus fragiles. Tout cela, tout le monde le sait!

 

Défaite morale par dessus tout. Quelles que soient, ces derniers temps, les tentatives de dé-diabolisation des dirigeants du FN ou leurs danses du ventre à l’intention de l’extrême-gauche (ce qui est là une constante historique), la vérité est criante : l’histoire, l’idéologie, les hommes et les femmes qui ont fondé ou animent ce parti, bref le monde FN est depuis toujours aux antipodes du nôtre; son anti-gaullisme a été constant depuis 1940. De façon récurrente, les déclarations de ses chefs nous rappellent que nos valeurs n’ont rien à voir avec sa vulgate.

 

C’est pourquoi, Françaises, Français, je vous appelle solennellement à résister à la tentation de tout casser, de « renverser la table » comme hélas! vous y ont parfois incités certains responsables de ce qui fut un grand parti de la droite et du centre, le parti qu’avec d’autres j’avais fondé.

 

Quand, dans une élection à deux candidats, on veut éliminer l’un , il n’y a pas d’autre solution que de voter pour l’autre. L’abstention ou le vote blanc, c’est un coup de pouce à Mme Le Pen.

 

Je ne vous demande pas pour autant d’adhérer à la personne ou au programme d’E. Macron. Nous ne le connaissons pas bien . Sa « nouveauté » séduit, son peu d’expérience des hautes responsabilités inquiète. Quant à son programme, il reste flou et ambigu. Mais il faut choisir. Après le scrutin présidentiel viendront d’autres échéances, à commencer par les élections législatives. Nous devrons alors reconstruire une proposition politique, fondée sur la valeurs de la droite et du centre que j’ai toujours portées. Une droite humaniste qui conjugue liberté économique et justice sociale, une droite résolument et lucidement européenne, une droite confiante dans l’avenir, dans l’invention d’une croissance durable, dans la transformation numérique du monde, dans la jeunesse du monde.

 

Je vous adjure donc, mes chers compatriotes, de voter pour E. Macron parce qu’il est le seul le 7 mai à pouvoir éviter à la France le malheur du FN.

 

Je sais que vous n’avez pas de conseil à recevoir, que vous êtes majeurs et vaccinés, que les consignes des partis ou des dirigeants politiques vous insupportent. Mais si ma parole peut encore avoir un peu de crédit auprès de vous, et d’abord auprès des jeunes qui m’ont accompagné avec tant de foi, ne la balayez pas d’un revers de main. Je ne demande rien, je n’attends rien, je ne cherche pas à me placer. Je ne serai pas Président de la République, je ne re-deviendrai pas Premier Ministre, je ne serai plus ministre. C’est aux 30-40 ans de prendre la relève. Ma seule ambition est de les y aider.

 

Je ne me lasserai donc pas de vous dire : Peuple de France, ressaisis-toi, reste fidèle à ton génie, aie confiance.

 

 

 

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 08:00
René Pleven vérifiant la première page du Petit Bleu des Côtes-du-Nord, qu'il avait lancé en 1946 (DR - Coll. Famille Pleven)

René Pleven vérifiant la première page du Petit Bleu des Côtes-du-Nord, qu'il avait lancé en 1946 (DR - Coll. Famille Pleven)

Le temps est suspendu.

 

Hier où que j’aille tout le monde était tendu, inquiet.

 

Muré dans mon silence j’attends, il sera toujours temps de lever le voile sur cette période à fortes turbulences.

 

Sur les réseaux sociaux c’est la débauche, empoignades, invectives, mensonges, fausses nouvelles, tombereaux d’ordures.

 

Peine perdue !

 

Stoppez-tout !

 

« Vous pensiez qu’en publiant sur Facebook des articles engagés, des pétitions argumentées et autres coups de gueule politiques, vous alliez convaincre vos amis de prendre parti avec vous ? C’est malheureusement inefficace. C’est ce que met en évidence un sondage réalisé aux Etats-Unis par l’entreprise d’analyse de réseaux sociaux Rantic, et relayé par Wired.

 

Aucun effet sur les opinions de vos “amis”

 

Pour cette étude, 10 000 utilisateurs de Facebook, répartis de manière équitable sur tout le spectre politique, ont été interrogés. La question qui leur était posée était simple : un post Facebook les a-t-il déjà fait changer d’avis sur un sujet ? La réponse est éloquente : 94 % des républicains, 92 % des démocrates et 85 % des indépendants répondent non. La plupart d’entre eux estiment aussi que les réseaux sociaux ne sont pas des agoras propices à la discussion politique – ce qui ne les empêche pas de le faire parfois.

 

Slacktivisme

 

En revanche, il ressort de ce sondage que ces posts Facebook en forme d’apostrophes politiques ont un effet sur la perception que vos “amis” ont de vous. Les opinions politiques que vous publiez sur vos réseaux sociaux sont donc des critères majoritairement retenus par vos connaissances pour vous juger… 12 % des républicains, 18 % des démocrates et 9 % des indépendants confient même avoir déjà supprimé un “ami” Facebook en raison des commentaires politiques qu’il exprimait.

 

Le militantisme sur internet est parfois taxé de “slacktivisme” (littéralement, “militantisme paresseux”). Il semble donc avec cette étude que par-dessus le marché, cette forme de militantisme soit inefficace. Est-ce à dire que Nicolas Sarkozy se trompait lorsqu’il déclarait, en juin 2014 : “J’ai un million d’amis sur Facebook et je compte bien m’en servir. En plus, ça coûte zéro centime” ? »

 

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, suis pas plus con que la moyenne…

 

Nous venons de vivre une longue et fructueuse période de tribunes libres en tout genre du genre pourquoi il ne faut pas voter pour tartempion.

 

Vous me direz c’est dans l’ordre des choses, chaque camp cherche à discréditer le programme de son ou de ses adversaires. J’en conviens sauf que le signataire ou les signataires se drapent dans leurs titres universitaires, ce sont des …logues ou des …istes, qu’ils soient atterrés ou nobélisés, pour nous faire la leçon.

 

Et ils le font dans la presse parisienne qui est le matériau essentiel des commentateurs, des chroniqueurs, des éditorialistes des médias parisiens.

 

L’important étant la reprise, le tweet, l’écume de la notoriété du ou des signataires, rien de plus rien de moins.

 

En effet, qui lit de A à Z leur prose ?

 

Pas grand monde, et surtout pas ceux qu’ils voudraient persuader de ne pas « mal-voter ».

 

Leur prose veut s’adresser tout aussi bien à la France d’en haut (je ne partage pas cette catégorisation) qu’à celle d’en bas.

 

Pour la première, du moins pour celle qui lit encore, ces conseilleurs patentés, estampillés détenteurs d’un savoir, disent s’adresser à l’intelligence de leurs lecteurs. Pourquoi pas, mais ils le font par le biais d’un langage qui est celui de leur spécialité, ils ne cherchent pas à convaincre mais à faire la preuve de leur supériorité intellectuelle.

 

Font chier à me prendre de haut, à nous prendre de haut, je ne suis pas plus con que la moyenne, nous ne sommes pas plus con que la moyenne de cette engeance qui se dit intellectuelle.

 

Le politique, la chose publique, ne se nourrit pas que de concepts, de théories économiques ou sociales, mais du faire, du choix. Bien sûr, je ne disconviens pas qu’il faille articuler l’action politique autour de grands principes mais le cambouis de la vie, nos égoïsmes catégoriels, notre incapacité à passer des compromis, ne permettent pas d’entrer dans des moules bien huilés.

 

Que de grandes voix s’élèvent pour baliser nos chemins politiques, pourquoi pas, mais ces voix ont disparues laissant la place à des ersatz essentiellement tournés vers leur nombril, leur fonds de commerce.

 

Reste cette France dites d’en-bas, qu’ils auscultent d’en haut, dont la fenêtre sur le monde est majoritairement l’écran de télé qui déverse toute les horreurs du monde, la peur des autres, les promesses des démagogues, des images-choc, des formules toutes faites, tous ces gens qui se raccrochent à l’illusion qu’on va se préoccuper d’eux.

 

C’est là que ça se passe messieurs les conseilleurs, la gent masculine est ultra-majoritaire, du côté de l’Éveil de Pont-Audemer ou du Petit Bleu des Côtes-du-Nord, façon de parler pour désigner le flux continu des chaînes télé qui coule dans la salle à manger.

 

Encore plus « je pisse dans un violon » : sur les réseaux sociaux des clampins qui pensent s’adresser à la terre entière alors qu’ils ne mobilisent que quelques potes inoccupés ou une poignée de détracteurs, toujours les mêmes, nous tancent, nous font la morale, sature l’espace d’empoignades très vite incompréhensibles.

 

L’important c’est l’audience, le buzz, et de se plaindre de l’absence de débats de fond dans une campagne très au-dessous de celles que nous avons vécu depuis l’an 2000.

 

Là, je me gondole grave car ces campagnes furent des prototypes de programmes non tenus, viré par-dessus bord sitôt le vote. L’important était de gagner.

 

Celle-ci, avec de vrais clivages, certes fait un peu peur sans aucun doute, y compris au militants paresseux de la Toile, secoue le cocotier habituel.

 

C’est le risque, mais à ne pas prendre de risque on fait du sur-place.

 

« Le temps n'est plus où le monde nous passait tout. Soyez assurés qu'il ne nous passera plus rien. Le dénuement d'un homme ou d'un pays change ses amis en conseilleurs, en critiques et en juges.

 

Mauriac, Le Bâillon dénoué, 1945, p. 416 CNRTL

 

 

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, nous avions entre les mains tout ce qu’il fallait pour faire couler le soldat Fillon.

Depuis des mois j’ai brodé, fait comme si, lancé des leurres, vous ai enfumé, j’ai omis de vous dire.

 

Ne pas dire, est-ce mentir ? Dans le temps où nous vivons, pour la plupart des gens, le mensonge est inadmissible, déformer la réalité ou inventer une histoire, c'est quelque chose d'inacceptable.

 

Mais qu'en est-il pour le mensonge par omission?

 

Pour certains, ce n'est pas vraiment un mensonge, puisqu'on ne parle pas, on ne ment pas: on « oublie » juste de dire quelque chose. Donc cacher n'est pas vraiment mentir, c’est oublier d’en parler. Puisqu’on ne dit rien, on élude la chose, on fait comme si elle n'existait pas. On ne ment pas vraiment directement, on évite juste d'en parler, c'est une dissimulation de la vérité.

 

« Lorsque les gens disent qu'ils veulent la vérité, la transparence, ils mentent »

 

Le citoyen des sociétés modernes vit dans cette contradiction permanente et les politiques savent en tirer le meilleur parti : « d'un côté les électeurs disent exiger le parler vrai, dénoncent la langue de bois ; de l'autre, ils renvoient à leurs chères études les candidats trop honnêtes pour leur faire miroiter des promesses dont ils savent qu'elles seront sans lendemain. » Contradiction normale puisque c'est dans la sphère privée que le mensonge s'épanouit avec le plus de facilité et de luxuriance. Mais comme la sphère publique est exposée à nos regards, nous sommes intransigeants avec le personnel politique.

 

Vous dire quoi ?

 

Au soir du premier tour de la Primaire de la Droite il était patent que l’opération Chartrons se soldait par un échec patent. Certes nous avions éliminé le Sarko mais du fond de la Droite rance Fillon se voyait promettre un boulevard dans la future élection présidentielle.

 

« Somme toute, quand on se plante dans la vie, il y a toujours deux interprétations, deux responsables possibles : soi ou les autres.

 

Parlons de Juppé :

 

« Enfin il y a l’essentiel, il y a le tempérament d’Alain, qui n’a pas écouté, qui n’a pas su s’entourer comme il le fallait, qui n’a pas su sortir de lui-même, qui n’a pas voulu se travestir pour l’emporter. Au mois de septembre, lorsqu’Isabelle et quelques proches, conscients du risque qu’induisaient les débats télévisés, lui ont conseillé de se faire « coacher », Alain a dit non. Définitivement. Il ne voulait pas manger de ce pain-là, refusant de se transformer en candidat de la communication politique, qu’il méprise depuis toujours.

 

Nous savions tous qu’il n’était pas fait pour jouer à l’escrime des mots et des postures jetées à l’emporte-pièce du grand public. Nous savions tous qu’il ne saurait pas tourner à quatre cents mots de vocabulaire « coups de poing », là où son langage habituel avoisine les trois mille, dans la dentelle de concepts peu audibles en une poignée de minutes télévisuelles. La suite de l’histoire l’a démontré.

 

La conjoncture a décuplé les faiblesses d’Alain. Il entendait dire de toutes parts qu’il serait vainqueur depuis si longtemps, qu’il a fini un peu par y croire, sans remettre en cause ni ce à quoi il croyait, ni son positionnement politique, ni rien d’autre d’ailleurs. Il ne voulait pas voir que l’essentiel de son entourage ne le contrait pas, ne le plaçait pas en situation de doute, d’interrogation,, alors que chacun était témoin de la montée du candidat Fillon depuis le mois d’octobre. Une autre lecture consisterait à affirmer qu’Alain n’a pas recruté suffisamment de profils opposés au sien. Elle est juste.

 

Il n’entrevoyait pas ou ne corrigeait pas les impairs, les imperfections de certains membres de son équipe, chacun s’exprimant dans les médias sans élément de langage, y compris dans l’entre-deux-tours. Résultat, le candidat est monté au créneau pour mordre son adversaire, tandis que seul son cercle aurait dû le faire, afin de lui éviter d’être pris pour cible. Même le b.a.-ba de la politique n’a pas été respecté.

 

Si les mots qu’il n’a prononcés dans l’entre-deux-tours peuvent se discuter, ils n’expliquent pas sa défaite. Tout s’était joué avant. »

 

Gaël Tchakaloff Divine Comédie

 

Juppé pour moi était le meilleur candidat de second tour face à la MLP. Fillon au profil de droite dure ne me séduisait guère. Avec ma petite équipe de fouilles-merde j’aurais pu baisser les bras, laissé tomber, sauf que nous avions entre les mains tout ce qu’il fallait pour faire couler le soldat Fillon.

 

C’est que nous avons fait avec méthode et précautions…

 

L’heure n’est pas encore venue de narrer cette aventure, le sera-t-elle un jour d’ailleurs, je ne sais, qui vivra verra…

 

 

Robert Bourgi a, pour sa part, quelque chose à reprocher à François Fillon. Interrogé par Mediapart ce vendredi 14 avril, l'avocat raconte avoir subi "des pressions d'ordre politique" après les révélations du Journal du Dimanche sur les costumes de l'ancien Premier ministre. Et ces pressions ne venaient pas de nulle part. Elles venaient directement de François Fillon. "Dans le camp de M. Fillon et venant de M. Fillon lui-même, on voulait que je participe à la dissipation de tout doute autour de cette histoire, sur laquelle je crois pouvoir dire que je détiens la vérité", commence Robert Bourgi, avant d'ajouter :  

Je l’ai eu personnellement à plusieurs reprises. Et à plusieurs reprises, il a fait appel à ma solidarité de gaulliste. […] François Fillon et sa très grande papesse de la communication, Anne Méaux, ont souhaité que je ne dise rien concernant l’identité de la personne qui a offert les costumes : moi. L’un et l’autre m’ont appelé dès le samedi après-midi [la veille de la publication du JDD – NDLR] pour que je ne dise pas que c’était moi. Je leur ai demandé pourquoi. Ils m’ont dit : 'Tu sais, c’est la Françafrique, on va penser que… '. Mais qu’est-ce que la Françafrique a à voir avec cela ? Par conséquent, j’ai été contraint pendant une semaine de mentir.


« Les grands acteurs ne recherchent pas l’épanouissement, figurez-vous, ni les plaisirs. Le bonheur n’est pas le but. Ils cherchent le gant de crin plus que la caresse, le silice plutôt que la soie, l’humiliation plus que les vivats. C’est pour ça qu’on les appelle monstres »

 

Gilles Leroy Dans les Westerns

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 08:00
Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

« Le pessimisme est une facilité, un confort pour la pensée»

 

Raphaël Enthoven dans son recueil de chroniques « Little Brother »

 

  • Vous consacrez un texte au « mode avion » des smartphones. Pourquoi cette fonction nous plaît-elle tant ?

 

Parce que c’est une petite Corée du Nord, un espace soustrait au rythme de l’existence. En une pression du pouce, on se donne le sentiment de s’abstraire du monde, d’« échapper au système ». Le mode avion est grisant : on suspend le temps et les ondes. Le téléphone est fermé sans être éteint. Il a l’air vivant mais ne respire plus. En basculant en mode avion, on a l’impression de prendre son indépendance, alors que ce n’est qu’une trêve dans l’avalanche de messages. Au fond, le mode avion est une forme de souverainisme.

 

« Tout m’indique que notre époque n’a rien de bien singulier ou d’exceptionnel. Les passions, les goûts, les dégoûts sont les mêmes. C’est pour ça que je n’aime pas les gens qui disent que c’était mieux avant ; parce que c’est le signe distinctif de toutes les époques. Le pessimisme me semble une facilité, parce qu’on finit toujours par avoir raison en étant pessimiste. C’est un confort pour la pensée. »

 

« Le peuple est le nouveau tyran, c’est totalement totalitaire. »

 

Que faire alors ?

 

« Regarder. Se gaver de ce qui nous entoure, scruter jusqu’à ce que cela devienne intéressant. S’étonner de ce qu’on a l’habitude de voir. On vit très bien comme ça. »

 

« Bon sang mais c’est bien sûr ! » comme le disait Raymond Souplex, alias le commissaire Bourrel, à la fin des épisodes des Cinq Dernières Minutes. Tout dans ma vie va bien comme sur des roulettes, à l’exception notable d’une forte addiction à la politique qui, avec le mode opératoire de la présente campagne électorale, tourne à l’overdose.

 

Addiction « D’un point de vue scientifique et médical, les addictions sont des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou une activité, avec des conséquences délétères. »

 

Overdose : familier. Quantité excessive d'une sensation, d'un sentiment, difficilement supportable.

 

Pas de quartier : « Feu sur le quartier général ! », décision radicale, sevrage, cette semaine je me suis donc mis en mode avion, je me suis placé volontairement en cellule de dégrisement politique… depuis je vis comme un réfugié en Corée du Nord… sauf que, dès que je sors je suis libre car, contrairement au bon vieux temps des démocraties populaires chères au cœur des communistes français, ma prison n’a pas de mur.

 

Tout sevrage brutal provoque le manque, le craving qui est la composante psychologique essentielle de la dépendance car il est un facteur décisif de la rechute et du comportement d’intoxication chronique.

 

Le craving est une pulsion incontrôlable, de très forte intensité, comparable à la soif ou la faim, une envie irrépressible de consommer de façon compulsive.

 

Que faire pour résister ?

 

Lire !

 

Thérapie, certes efficace, mais limitée car déjà en place depuis toujours…

 

Faire la cuisine !

 

Homothétie parfaite avec la lecture…

 

Faire l’amour ?

 

Faut pas rêver !

 

Partir !

 

Je n’en ai nulle envie, il sera toujours d’émigrer en cas de malheur…

 

Le manque c’est une douleur, pourquoi pas la combattre en générant une douleur supérieure : écrire !

 

M’y remettre… cesser de fuir… souffrir !

 

Décrassage : relecture de textes épars, de premier jus, j’en retire un de mon stock pour le travailler.

 

C’était le début d’un petit polar.

 

« Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du Marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans la Série Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’y ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la vioque de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant son écran ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de me tirer. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

  • Je serais ravi si vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

Elle rougit et me dit oui.

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

Je feuillette la presse régionale, le Dauphiné libéré, j’y retrouve une appellation qui a fait florès, sous la plume de la droite, aujourd’hui presque oubliée : la gauche caviar à propos de Gordes beau village du Luberon (prononcer be et non bé). J’ai séjourné dans la plaine de Gordes et j’ai le souvenir d’y avoir croisé quelques spécimens de cette gauche, souvent Georges Wolinski.

 

Rassurez-vous, je ne rechute pas dans le politique c’est parce que le beau François y a abrité, dans un discret mas de pierres blanches, ses amours avec Anne Pingeot.

 

« Selon le petit Larousse, la gauche caviar incarne le “progressisme” et le “goût des mondanités”. Un cocktail idéologique sulfureux. Il se trouve qu’après 1981 et l’élection du président François Mitterrand, cette gauche a trouvé refuge à Gordes. Dans une charmante commune du Vaucluse, ambassadrice zélée du très chic Luberon.

 

C’est Maurice Chabert, actuel président du conseil départemental et maire de Gordes pendant 32 ans, qui évoque cette “gauche caviar” qui avait établi ses quartiers d’été dans le secteur. Il cite Laurent Fabius, Charles Hernu, Jack Lang et bien sûr François Mitterrand. Probablement au titre des bonnes manières, le premier ministre Laurent Fabius avait remis la médaille de Matignon à Maurice Chabert, qui lui-même avait décerné celle de sa commune à Jean-Pierre Chevènement.

 

De cette épopée, il ne reste guère que des souvenirs épars. Gordes est toujours fière d’avoir été l’une des villégiatures de l’ancien président de la République. Au “Cercle Républicain”, l’un des cafés emblématiques du village, l’évocation de ce prestigieux administré suscite des commentaires. Ceux qui l’aimaient sont plutôt fiers, les autres disent s’en moquer comme de leur première carte électorale.

 

La maison qu’avait fait construire François Mitterrand, une belle bâtisse de plain-pied en pierres plates officiellement propriété de la SCI de Lourdanaud, a même abrité ses amours et celles d’Anne Pingeot. Une demeure aujourd’hui anonyme du quartier “Les Rapières”.

 

De leur union est née Mazarine Pingeot, qui a vu le jour en décembre 1974 à Avignon. L’année de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing »

 

Une piqure de rappel tout de même pour rappeler que le socle du Front National se trouve chez les héritiers de ces gens-là. 

 

Dans un article daté du 13 août 1940, « Faut-il fusiller ou couper le nez ? », rédigé pour la France au travail qui ne l’a pas publié, Montandon réitère sa proposition pratique : couper le bout du nez aux jeunes et « jolies juives », supposées dangereusement corruptrices et manipulatrices :

 

« Il y aurait pourtant […] une modalité élégante de faire se terrer les jolies Juives. Vous savez qu’il n’y a rien qui enlaidisse davantage une femme que de rendre béantes ses deux ouvertures nasales […]. Pas besoin d’opération à grand spectacle, avec assistants, narcose, etc. ! Il suffit d’un coup de pince coupante ou d’un coup de dents – comme nous l’avons vu un jour splendidement opérer. Le danger d’hémorragie mortelle est nul. Mais la jolie Juive qui aura subi la circoncision de l’appendice nasal, automatiquement ne remontera plus sur les tréteaux, et ne caracolera plus dans les salles de rédaction. Qui nous donnera le droit de fusiller et de couper le bout du nez. »

 

De l’admiration de la révolution bolchevique à l’adhésion totale à l’antisémitisme nazi: la dérive mortelle du Dr Montandon, Neuchâtelois, médecin à Renens, ami de Céline ICI 

 

 

 

 

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 08:00
CHAP.18 en vrac, face à MLP si c’est Fillon, ce qui est tout à fait possible, il devra rassembler à gauche… ce qui ne sera pas simple, beaucoup moins simple que pour Chirac en 2002.

L’opération Chartrons visait juste : elle misait sur le désir d’alternance des Français tout en mettant en avant un candidat de droite capable de rassembler au deuxième tour une majorité cohérente pour gouverner le pays. Bayrou partageait cette analyse mais c’était sans compter sur la mécanique des primaires qui, à droite en premier lieu, on permis au candidat le plus clivant de l’emporter ; à gauche même effet : Hamon a rassemblé les déçus de Hollande. Le retrait de celui-ci a permis cet effet boomerang et Valls aurait été bien inspiré, mais le sera-t-il un jour, de passer son tour. Ce double clivage a ouvert un boulevard à deux compétiteurs hors primaires : Mélenchon et Macron, ce dernier profitant de l’appel d’air des affaires de Fillon et du ralliement de Bayrou. Les fameux sondages, s’ils captent l’humeur de l’opinion, humeur très volatile, ils ont bien du mal à pronostiquer quels seront les 2 qualifiés ou, pour les plus pessimistes, le qualifié face à MLP : Fillon ou Macron ?

 

Édouard Philippe, député et maire LR du Havre, proche d’Alain Juppé, pose excellemment le problème :

 

« Tout a été écrit dans les bons manuels de science politique sur les raffinements stratégiques qu’implique cette caractéristique rare dans les grandes démocraties. On peut les résumer en deux principes simples et presque symétriques : le candidat doit rassembler son camp au premier tour et l’élargir au second. L’électeur doit choisir au premier tour et éliminer au second.

 

On peut aussi remarquer que le second tour venant après le premier, il est préférable d’envisager l’exercice avec méthode, en commençant par le premier tour. La présidentielle est une course d’obstacles et elle exige que l’on passe une haie après l’autre, sous peine de tomber très tôt et ne pas finir. Raymond Barre en 1988 ne pensait qu’à Mitterrand et ne vit pas revenir Chirac. Lionel Jospin en 2002, obsédé par son futur second tour contre le même, ne sut empêcher la dispersion de la gauche au premier et fut éliminé brutalement.

 

Même cause et mêmes effets avec l’échec de Juppé à la primaire : il a voulu, et nous avec, convaincre bien au-delà de son camp qu’une action réformatrice déterminée était possible. Tout en étant conscients de l’impatience, de l’exaspération et du désir d’alternance de l’électorat de droite, nous avons fait une campagne de second tour. En connaissance de cause. Pari estimable, mais pari raté, pas pour cette seule raison sans doute. Donc il y a des règles, et il faut les respecter. Mais on peut aussi, sans se déconcentrer avant la première haie, penser à la suivante.

 

Et j’observe que, dans l’hypothèse où Le Pen serait présente au second tour, celui (par construction ce serait un homme, sauf à ce que Mme Arthaud nous réserve la plus grande surprise de l’histoire des élections démocratiques) qui se trouverait en face d’elle aurait besoin de rassembler pour gagner. Si c’est Macron, ce qui ne me semble pas certain, il devra rassembler à droite, et il sera probablement en mesure de le faire. Si c’est Fillon, ce qui est tout à fait possible, il devra rassembler à gauche… ce qui sera moins simple. Beaucoup moins simple que pour Chirac en 2002. La ligne, les mots et ce que Fillon choisit d’incarner mobilisent à droite, mais horripilent au-delà.

 

La logique obsidionale qui s’exprime dans la campagne Fillon, qu’elle soit volontaire ou subie, peut lui permettre, bien plus que ne le disent les sondages, de passer le premier tour. Il serait regrettable, et même dramatique, que cette même logique condamne le candidat LR à l’échec au second. »

 

Je suis inquiet, très inquiet, de la tournure prise par cette campagne, je m’accroche à mes fondamentaux pour résister à cette sourde crainte qui m’habite et je me laisse aller à mes amours impossibles…

 

« Si j’analysais les motifs de la séduction (involontaire) que vous exercez sur moi, vous seriez fort surprise. Sans doute suis-je sensible à la forme d’un visage, à l’éclat d’un regard, à la lumière d’un sourire, à la gravité d’un silence, quand ce visage, ce regard, ce sourire, ce silence appartiennent – c’est comme ça même si ça tombe mal ! – à mon impossible – et chère –... » Le 8 décembre 1963.

 

« Quelle chose étonnante ! Depuis que j’ai l’âge d’homme aimer avait un sens lié à la possession, sans laquelle il me semblait que tout était faux. Votre présence en moi me ramène à ce que j’attendais quand le pressentais l’amour sans le connaître. Je n’ai rien de vous. Et tout ce qui est vous, je le désire et l’accepte. Et j’aime sans savoir qui vous êtes. Imprudence ? sottise ? folie ? Peut-être. À moins que le cœur n’ait la divination plus sûre que les sens. » Le 20 janvier 1964

 

Macron, l’héritier de Giscard et de Mendès France

 

Analyse. Ce modernisateur réformiste devra, comme « VGE », recomposer une « majorité présidentielle ». Il semble pour cela s’inspirer du « contrat de législature » porté par « PMF », explique Patrick Roger, journaliste au service Politique.

 

Le rapprochement entre Emmanuel Macron et François Bayrou a suscité de nombreux commentaires sarcastiques. Une alliance contre nature ? Pas si sûr.

 

Certes, M. Bayrou a dû accepter de forcer un peu la sienne pour renoncer à concourir une quatrième fois à l’élection présidentielle. Mais le principe de réalité l’a bien aidé à se faire une douce violence. En outre, cette association avec le fondateur du mouvement En marche ! n’est pas sans lui rappeler la manière dont Valéry Giscard d’Estaing, chantre d’une « société libérale avancée », bouscula en 1974 le jeu politique à droite, jusqu’alors sous domination du mouvement gaulliste.

 

Tout comme M. Giscard d’Estaing, M. Macron apparaît comme un modernisateur réformiste, réceptif aux aspirations d’une société en mutation. Tout comme le furent, d’une certaine manière, les deux premières années du septennat giscardien, marquées par des réformes significatives. Même si le coup de jeune des débuts vira rapidement au coup de barre à droite. Cela se traduisit, sur le plan sociétal, par l’abaissement de la majorité, et donc du droit de vote, à 18 ans, le divorce par consentement mutuel, le remboursement de la contraception par la Sécurité sociale, la légalisation de l’avortement.

 

Sur le plan social, le plan de relance de 1975 s’accompagna de créations massives d’emplois publics, de fortes augmentations des prestations sociales et du smic et de transferts aux entreprises nationalisées.

 

La Sécurité sociale fut étendue aux non-salariés et, en ce qui concerne le traitement du chômage, les licenciés économiques furent indemnisés sur la base de 90 % de leur dernier salaire pendant un an, et les licenciements soumis à une autorisation administrative.

 

Enfin, sur le plan institutionnel, une réforme majeure de la Constitution élargit la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs. Avant cette révision, seuls le chef de l’Etat, le premier ministre et les présidents des assemblées détenaient cette prérogative.

 

Les communistes hier, le FN aujourd’hui

 

Toutes ces réformes visaient en premier lieu à contenir la montée en puissance de la gauche, dans une société encore animée par le souffle de Mai-68. Cependant, si M. Giscard d’Estaing parvint à battre en brèche la citadelle gaulliste, c’est parce qu’il offrait une perspective plus réformatrice.

 

Lors de la présidentielle de 1974, la « nouvelle société » défendue par Jacques Chaban-Delmas, candidat de l’UDR, était pour une partie des gaullistes irrecevable. Bénéficiant du ralliement de Jacques Chirac et de 43 parlementaires et ministres de l’UDR, M. Giscard d’Estaing s’était imposé comme le seul candidat capable de faire barrage à la coalition « socialo-communiste ». Aujourd’hui, c’est le Front national (FN) qui est « aux portes du pouvoir ».

 

M. Macron, s’il était élu, se trouverait rapidement confronté au même problème que M. Giscard d’Estaing quarante ans plus tôt : à savoir trouver une majorité parlementaire pour soutenir son projet réformateur.

 

A la différence près que, lorsqu’il est élu en 1974, « VGE » hérite d’une majorité issue des élections législatives de 1973 dans laquelle l’UDR se taille la part du lion avec 183 députés, dans une assemblée de 490 membres, tandis que les différentes composantes – républicains indépendants, démocrates sociaux ou centristes – n’en regroupent que 119.

 

Une « majorité de coalition »

 

L’inversion du calendrier électoral, mise en œuvre à partir de 2002, qui fait intervenir les élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle, peut laisser espérer à M. Macron de réussir ce que M. Giscard d’Estaing n’était pas parvenu à faire : recomposer une « majorité présidentielle ».

 

Mais il se heurtera à cette règle déterminante de la Constitution de la Ve République qui a imposé le scrutin majoritaire à deux tours aux législatives ; il pousse à la bipolarisation, offre une prime aux partis majoritaires et oblige chacun à « choisir son camp ».

 

La question est de savoir comment pourrait se constituer cette coalition et quels rapports s’instaureraient entre l’exécutif et le législatif

 

C’est un des principaux axes d’attaque de ses adversaires, qui ne cessent de l’interpeller sur son incapacité à réunir une majorité parlementaire. Le candidat d’En marche !, non sans raison, rétorque qu’aucun des candidats à la présidentielle ne disposera d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale avec son seul parti.

 

Quel que soit le président élu, il estime qu’il aura besoin d’une « majorité de coalition » pour gouverner. La question est de savoir comment pourrait se constituer cette coalition et quels rapports s’instaureraient entre l’exécutif et le législatif.

 

« Contrat avec la nation »

 

Une coalition de gouvernement formée autour du parti majoritaire d’un des blocs opposés ? Une coalition centrale devenant le pivot d’une majorité plus large ? M. Macron fait le pari de réussir à imposer cette dernière option, là où M. Giscard d’Estaing avait échoué face à l’opposition de l’UDR.

 

Quant à la pratique du pouvoir, M. Macron s’inscrit davantage dans une lignée mendésiste qui veut que l’exécutif tire sa force d’une majorité assise sur l’acceptation d’un programme qui forme une référence commune au gouvernement et à sa majorité parlementaire. Ce que Pierre Mendès France résumait dans l’idée d’un « contrat de législature » et que M. Macron appelle « contrat avec la nation ».

 

Pour l’ancien président du Conseil de la IVe République, comme il l’expliquait dans La République moderne (1962, Gallimard), ce contrat « associe étroitement l’action, la tâche et la durée de l’Assemblée à l’action, à la tâche et à la durée du gouvernement ». M. Macron semble s’inspirer de cette conception. Il apparaît ainsi comme un lointain héritier de « VGE » et et « PMF ». Dans les deux cas, l’histoire s’est mal terminée.

 

 

« Si toutes les réformes proposées par Macron étaient réalisées, la France serait en bien meilleure forme »

 

Par Olivier Blanchard (Professeur émérite du Massachusetts Institute of Technology et « senior fellow » du Peterson Institute for International Economics (Washington))

 

TRIBUNE. Il y a peu de slogans plus dangereux en politique que « le changement ne peut pas être pire », avec ses variations « tous pourris » ou « tout vaut mieux que les politiciens qu’on a eus jusqu’à aujourd’hui ». Demandez-le aux Allemands de 1933, déçus par la faiblesse de la République de Weimar et qui élurent le candidat du changement. Demandez-le aux millions d’Américains de 2016 qui ont voté pour Trump et qui ont failli perdre leur assurance-maladie. Non, le changement pour le changement peut être désastreux.

 

Pourquoi y a-t-il, aujourd’hui, un tel désir de changement ? Parce que, dans les pays riches, la plupart des problèmes économiques et sociaux n’ont pas de solutions simples. Les gouvernements cherchent les meilleurs ou au moins les moins mauvais compromis, mais ces compromis apparaissent souvent aux électeurs comme des demi-solutions, des abandons. Dans ce contexte, le défi pour les hommes ou les femmes politiques responsables est d’offrir une vision claire du but à atteindre, et de convaincre que le progrès viendra non pas de solutions miracles, mais d’une stratégie de réformes réaliste.

 

« Flexisécurité »

 

Pour moi, et en me limitant au domaine économique et social, le but est clair. Il a deux dimensions. D’abord, donner aux entreprises la capacité d’entreprendre. Les gains de niveau de vie ont une seule source : la capacité des entreprises à innover, à augmenter leur productivité. Ensuite, et tout autant, assurer la sécurité des travailleurs, tout au long de leur vie. Leur donner la formation dont ils ont besoin. Leur permettre l’accès au premier emploi. Leur permettre de se développer professionnellement, de se reconvertir quand c’est nécessaire et enfin d’avoir le droit à une retraite sûre.

 

Si cela rappelle la notion de « flexisécurité », ce n’est pas un hasard. C’est peut-être un cliché, mais ça doit rester le but. Certains pays ont largement réussi à le faire. La France peut s’en rapprocher. Mais il est clair qu’elle est encore assez loin du but.

 

L’entrée sur le marché du travail est difficile pour la plupart, presque impossible pour certains. Cela est à la source du découragement des jeunes et du manque d’intégration des banlieues. CDD et stages se succèdent, sans progression professionnelle. Même une fois en CDI, les reconversions sont difficiles. La formation professionnelle est médiocre, préparant mal les travailleurs aux changements auxquels la plupart seront exposés.

 

Entreprises frileuses à l’embauche

 

Les petites entreprises ont du mal à grandir. L’incertitude judiciaire sur les conditions de séparation amène les entreprises à être frileuses à l’embauche, à ne pas recruter ceux qui sont à la marge du marché du travail, à privilégier les CDD, à ne pas investir suffisamment dans leur formation.

 

Les cercles vicieux sont évidents, leurs effets désastreux : un taux de chômage au-dessus de 8 % pendant trente-trois des trente-cinq dernières années, le mal-être des jeunes, les taux de chômage délirants dans certaines banlieues. Face à ce constat, certains proposent des solutions magiques, comme la sortie de l’euro. Que peut-on en espérer ?

 

IL NE FAUT PAS SE FAIRE D’ILLUSIONS : LA SORTIE DE L’EURO SERAIT TERRIBLEMENT COÛTEUSE, TERRIBLEMENT COMPLIQUÉE

 

Sortir de l’euro redonnerait à la France plus de flexibilité en matière de politique monétaire et de taux de change. Cela résoudrait-il les problèmes que je viens d’identifier, l’éducation, l’emploi des jeunes, les problèmes d’intégration des banlieues ? Pas de manière évidente. Cela permettrait-il de diminuer le taux de chômage ? Marginalement, car l’expérience des trente-cinq dernières années (dont vingt en dehors de l’euro) indique que le chômage en France est largement structurel.

 

Il ne faut pas se faire d’illusions : la sortie de l’euro serait terriblement coûteuse, terriblement compliquée. Et surtout le retour à la flexibilité des changes n’est pas une panacée : la faillite du système de changes flottants qui a précédé l’euro, la crise des monnaies de 1992 faisaient partie des motivations du passage à l’euro. On peut imaginer des circonstances où une sortie de l’euro serait raisonnable. Mais ce ne sont pas les circonstances auxquelles est confrontée la France aujourd’hui.

 

Le poids trop destructeur des impôts

 

Quelles mesures permettraient de s’attaquer aux problèmes ? Pour moi, la liste est claire. Elle n’est pas nouvelle, mais cela ne veut pas dire qu’elle soit fausse : un effort d’éducation beaucoup plus important dans les zones d’éducation prioritaire ; une vraie formation professionnelle ; des incitations plus fortes aux entreprises à investir dans les compétences de leurs salariés ; une simplification des procédures de séparation ; une plus grande part laissée aux négociations au niveau de l’entreprise, avec des minima fixés au niveau sectoriel ou national.

 

Au niveau macroéconomique, une utilisation plus intelligente et plus agressive de la politique budgétaire, en particulier pour faciliter les réformes, mais, en même temps, une réduction progressive des dépenses de l’Etat. Même si on pense que toutes les dépenses de l’Etat sont justifiées, un pays ne peut pas fonctionner quand elles représentent 57 % du PIB : le poids des impôts que cela implique est simplement trop destructeur.

 

Ces réflexions m’amènent à me sentir le plus proche du programme d’Emmanuel Macron. Je ne crois pas à l’homme providentiel, je sais d’expérience que les programmes annoncés sont rarement totalement réalisés, et je n’adhère pas nécessairement à toutes ses mesures. Mais, quand je lis son programme, j’y vois une vision et un diagnostic largement similaires aux miens. J’y vois le désir à la fois d’aider les entreprises et de protéger les travailleurs. Je vois un but, et des mesures réalistes.

 

Certains critiquent ce programme pour son manque d’ambition. Je ne partage pas ces critiques. Je n’ai guère de doute sur le fait que si toutes les réformes proposées par Emmanuel Macron étaient réalisées, la France serait en bien meilleure forme à la fin de son quinquennat.

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 09:10
CHAP.18 en vrac, «L’amour est dans le prêt et la vérité est tailleur» le nouveau père la rigueur se révèle âpre au gain, grippe-sous, minable jusque dans ses regrets…

Bien plus que le fameux cabinet noir de l’Elysée « révélé » par Bienvenue Place Beauvau, le livre coécrit par Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, qui, selon le châtelain de la Sarthe, lui ferait que des misères en le mettant à nu, puisqu’il a dû renvoyer les fameux costars sur mesure, c’est le buisson ardent de François qui fait jaser le Tout Paris.

 

Le 6 avril 2014, durant le Marathon de Paris, François Hollande s’est retrouvé bloqué en voiture porte d’Auteuil à cause d’un terrible embouteillage.

 

Inquiet de savoir le président de la République immobilisé trop longtemps au même endroit, le service de sécurité de ce dernier a contacté la préfecture de police de Paris et lui a demandé de fluidifier au plus vite la circulation.

 

La préfecture de police de Paris a alors demandé à une vingtaine de fonctionnaires qui « veillent en permanence sur les 5000 caméras vidéo de la police parisienne » de zoomer sur le cortège du président. Ces derniers se sont exécutés… et qu’ont-ils découvert?

 

Une scène bien loufoque et surtout, bien mystérieuse : « en grand format (…) sortant d'un buisson, François Hollande et … une jeune femme que le président va ensuite prendre en photo avec son iPhone ».

 

Voici ce qu'ont relaté les auteurs, avant d’ajou­ter que ce fameux dimanche 6 avril, «François Hollande et Julie Gayet se rendent à la Lanterne, l'ancien pavillon de chasse du château de Versailles, devenue résidence secondaire des présidents depuis Sarkozy. »

 

L’identité de la « jeune femme » du buisson étant donc facile à déduire, reste à savoir ce que faisaient les deux tourtereaux derrière ce buisson… » ?

 

En voilà une bonne question mais revenons à des choses sérieuses : la référence au suicide de Pierre Bérégovoy par François Fillon relève, pour moi, de l’ignominie la plus sordide. J’ai bien connu Bérégovoy lorsqu’il fut Premier Ministre, dans son bureau de Matignon, tirant sur son éternel petit cigarillo, il s’inquiétait de la montée de la grogne des paysans face à la première réforme de la PAC. L’homme était simple, intelligent, sensible, un peu complexé par son statut de je me suis fait tout seul dans un univers peuplé de têtes d’œufs, las d’arriver trop tard pour redresser la barre. Je l’aimais bien et je suis allé au Val de Grâce me recueillir, comme une foule d’anonymes, sur sa dépouille mortelle.

 

Béré comme nous l’appelions, c’était l’anti-Fillon, ce qui lui importait c’était d’être reconnu pour sa compétence, ses capacités à gouverner, tout le contraire d’un petit apparatchik âpre au gain, grippe-sous, minable jusque dans ses regrets…

 

« Né en 1925 à Déville-lès-Rouen, Pierre Bérégovoy a connu l’épicerie de ses parents, puis une petite et modeste ferme à La Vaupalière avant de devenir ajusteur en usine. Pendant la guerre, c’est cheminot à la gare d’Elbeuf qu’il entre dans la Resistance et rencontre Roland Leroy.

 

Après la guerre il s’engage dans le la vie politique et syndicale. En 1950 il est à Gaz de France, à Rouen, comme agent technico-commercial. Sur l’intervention de Tony Larue (le maire socialiste de Grand-Quevilly) il est muté en 1957 à Paris où il fera la carrière que l’on sait. »

 

C’est ce qu’on appelle l’école de la vie et non le petit fleuve tranquille d’un petit attaché parlementaire qui courbe l’échine, cherche l’ombre des puissants, trahit les mannes de son mentor Philippe Séguin, gère sa petite entreprise familiale en profitant de toutes las failles du financement public, s’acoquiner avec la France rance de la Manif pour tous et la lie réactionnaire de la France rentière représentée par le petit Bruno Retailleau minable clone de Philippe de Villiers.

 

Mon passé d’enfant de chœur en chef me permet d’exhumer mes référence en matière de contrition :

 

Soumis à votre réflexion à propos des remords, regrets de François Fillon : est-il en état de contrition ou d’attrition ?

 

L’église catholique établit deux degrés dans le remords :

 

L'un, qu'elle appelle la contrition, qui est le regret d'avoir péché, fondé sur la douleur d'avoir offensé Dieu ;

 

L’autre qu'elle appelle attrition, ou contrition imparfaite, qui est le regret d'avoir péché, fondé sur la crainte des peines de l'enfer.

 

Quand les faiblesses de l’homme sabordent le projet du candidat

LE MONDE | 24.03.2017 par Françoise Fressoz

 

CHRONIQUE. N’est pas de Gaulle qui veut. Plus le doute s’insinue autour de la personnalité de François Fillon, plus son projet s’édulcore, comme si le redressement du pays, qui était sa visée et l’objet même de sa candidature était en train de se réduire au rôle de variable d’ajustement d’une aventure qui prend l’eau.

 

Depuis le début de la campagne, les Français ont découvert un personnage très différent de celui qu’ils avaient imaginé lorsque, réduit au rôle de « collaborateur » de Nicolas Sarkozy, François Fillon endurait à Matignon. Ils avaient imaginé un homme sobre, ombrageux, orgueilleux, souffrant, au nom de la raison d’Etat, de n’être que second mais préparant déjà le redressement du pays dont il avait diagnostiqué très tôt l’état de « faillite ».

 

Ils ont découvert un élu âpre au gain, capable de transformer son mandat parlementaire en une entreprise familiale lucrative, un député qui se faisait prêter de l’argent par un ami financier, un candidat qui a accepté de se faire offrir de coûteux costumes par un avocat avant de reconnaître qu’il avait eu « tort » et de les rendre.

 

L’assiégé dénonce « une machination »

 

Ils ont surtout vu un candidat prêt à renier sa parole pour pouvoir aller jusqu’au bout de sa candidature à la présidentielle et pourtant constamment rattrapé par ce reniement qui était le coup de canif porté à l’image qu’il avait projetée : il ne serait pas candidat s’il était mis en examen. Pourtant il l’est. Et c’est devenu sa croix qui s’alourdit chaque jour au gré des révélations avec cette semaine une extension de l’enquête à des faits de « faux et usages de faux » et « escroquerie aggravée ».

 

En retour, François Fillon cogne comme le faisait naguère Nicolas Sarkozy. L’assiégé dénonce « une machination » politique, parle de « scandale d’Etat » accuse nommément François Hollande d’animer un « cabinet noir » à l’Elysée, ce que l’intéressé dément vigoureusement.

 

La campagne vire au pugilat et toute cette hargne déployée à défendre son honneur est inversement proportionnelle à celle que le représentant de la droite met à sauver son projet qui ne pouvait fonctionner que sur deux pieds : la vertu et le courage, puisque tel était le contrat de départ, un remède de choc assené par un père la rigueur. La rigueur pour le pays mais aussi pour lui-même.

 

« Attention casse-cou »

 

D’un coup, le mot « courage » a disparu de la campagne et, sous la pression des élus, de l’huile a été mis dans tous les rouages du projet. La TVA augmentera de deux points mais le taux intermédiaire sera épargné ; les 35 heures seront supprimées mais pas aussi brutalement ni aussi radicalement qu’il avait été dit puisqu’une négociation d’un à dix-huit mois est prévue dans les entreprises, laquelle aboutira à définir une durée moyenne.

 

La dépense publique sera amputée sans que l’on puisse accorder un quelconque crédit au chiffre de 100 milliards d’euros brandi par le candidat puisque l’effort demandé aux collectivités locales qui était au départ de 20 milliards d’euros a brusquement fondu.

 

Quant aux 500 000 postes de fonctionnaires en moins, François Baroin, désormais présenté comme la bouée de sauvetage de François Fillon, ne les cautionne nullement. « Attention casse-cou », a lancé le maire de Troyes, mercredi 22 mars. Et cela ressemblait à l’ultime pelletée jetée sur un projet devenu trop grand pour le candidat.

 

Macron, modèle 1958 ou modèle 1981 ?

 

25 mars, 2017

 

Emmanuel Macron ne doute pas un seul instant de pouvoir de disposer d’une «majorité cohérente» dans la prochaine Assemblée nationale s’il est élu Président de la République. Il l’a redit dimanche dernier dans le JT de TF1. L’étonnant aurait été bien sûr qu’il affirme le contraire mais il y a quand même dans cette conviction inébranlable quelque chose d’un peu paradoxale. Le candidat d’En Marche a beau considérer que toutes les règles classiques de la vie politique sont désormais obsolètes, il n’imagine visiblement pas qu’une des plus vieilles d’entre elles puisse ne pas fonctionner à son service, en mai et juin prochain.

 

Un Président, une majorité présidentielle et, enfin, une majorité parlementaire ! Pourquoi aller chercher midi à quatorze heures ? L’élan qui permet l’élection du premier et fonde la seconde entraine, du même coup, l’installation quasi-naturelle de la troisième : il n’y a pas d’exemple sous le Cinquième République où cet enchainement n’a pas fonctionné dans le cadre d’une alternance franche. Avec le quinquennat et ce qu’on a appelé «l’inversion du calendrier» – d’abord la présidentielle, ensuite les législatives –, tout est d’ailleurs fait pour qu’il en soit ainsi. François Hollande, lui-même, a pu le vérifier en juin 2012 alors que beaucoup, on l’a oublié, lui promettait le contraire.

 

L’ancien ministre chiraquien, Jean-Paul Delevoye, qui préside la commission d’investiture d’En Marche est allé un peu plus loin que son champion lorsqu’il a expliqué, jeudi, dans les colonnes de l’Opinion, que le schéma sur lequel il travaille est celui d’une majorité de 400 députés sur 577. Ce qui, en soit, est énorme ! Même en 1981, François Mitterrand, dans la foulée de son élection, n’avait pas réussi pareille performance. Jean-Paul Delevoye a par ailleurs précisé que la moitié de ces députés sera issue de la société dite « civile ». Ce qui implique donc que l’autre sortira des rangs des partis politiques traditionnels.

 

Mais ces députés-là seront-ils des ralliés ou des alliés ? Seront-ils encartés chez Emmanuel Macron après avoir rompu les amarres de leurs anciennes fidélités ou seront-ils membres de formations ayant choisi de soutenir de manière autonome l’action du nouveau Président ? Et cela dans quelle proportion ? On est là au cœur du problème soulevé par la possible installation à l’Elysée d’un homme au profil atypique et au parcours improbable. Pour pouvoir gouverner, Emmanuel Macron aura besoin d’une majorité parlementaire. Si elle est cohérente, sera-t-elle aussi massive qu’il l’imagine ? Si elle est massive, sera-t-elle aussi cohérente qu’il le prétend ? Est-il enfin imaginable qu’au bout du compte, elle ne soit ni vraiment massive, ni même totalement cohérente, ce qui, dans le contexte de grand dérèglement du système politique français, ouvrirait évidemment une nouvelle page dans l’histoire de nos institutions ?

 

Plusieurs acteurs, et non des moindres, de l’aventure d’En Marche ont tenu récemment des propos qui montrent que ces questions ne relèvent pas de la pure spéculation. Pour Jean-Pierre Mignard, par exemple, la situation de 2017 est potentiellement comparable à celle de 1958. Afin de refonder la République, le Général, lors de son retour au pouvoir, avait rassemblé autour de lui une majorité composite dans laquelle une fraction notable des forces politiques traditionnelles, centristes et socialistes notamment, avait conservé une place de choix au côté des députés dûment estampillés gaullistes. Puis, au fil des ans, à grands coups de ruptures et de clarifications, via le référendum et la dissolution, s’était constituée une majorité plus homogène, dominée par le parti – l’UNR en l’occurrence – d’un Président bientôt élu au suffrage universel direct.

 

Jean-Pierre Mignard fait mine d’oublier le détail et le rythme – pourtant essentiel – de cette histoire chaotique dans le remake de laquelle son ami Hollande tiendrait la place de René Coty et Emmanuel Macron, celle d’un conquérant promis à des Arcoles sans fin. Ce qu’il signale, plus sérieusement, est la capacité qu’aurait ce dernier à réenclencher un mouvement dont le point d’aboutissement serait un retour, selon de nouveaux clivages, à une bipolarisation de la plus belle eau au sein des Assemblée à venir. Ce qui, soit dit en passant, est peu compatible avec l’instauration, fut-elle limitée, de la proportionnelle…

 

À cette Cinquième différée, imaginée par un socialiste d’un genre particulier nourri au biberon du gaullisme et du PSU, répond un autre projet dont François Bayrou est aujourd’hui l’incarnation principale. Le leader centriste, si on l’écoute attentivement, se veut le promoteur d’une Cinquième rénovée dont le cœur serait non pas la domination mais la coalition, non pas la fusion mais l’équilibre, non pas la soumission au plus fort mais l’alliance entre égaux. Vue la manière dont il a choisi de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron, l’ambition de François Bayrou ne parait pas être de faire du Modem, l’UDF d’en Marche. En cela, il semble d’accord avec Manuel Valls dont on ne sache pas que le projet politique soit de récréer, avec ses amis, à l’ombre d’Emmanuel Macron, ce que le MRG fut autrefois au PS de François Mitterrand.

 

Dans ce système institutionnel d’un nouveau genre, c’est la place de l’Assemblée nationale qui se trouve ainsi rehaussée et avec elle, le rôle des députés de la majorité. Ceux-ci cessent alors d’être des godillots – ou des «obligés» du Président – pour redevenir des partenaires, libres de conserver des attaches partisanes particulières pourvues que leur action s’inscrive dans la ligne générale dessinée à l’Élysée. Sans être «une maison d’hôtes» – ou de passe ? –, la majorité redevient pluraliste puisqu’«il y a plusieurs demeures dans la maison du père» (Jean 14.2). Là encore, la proportionnelle est le signe et l’instrument à venir d’une recomposition qui fait du modèle 1958, un point d’arrivée et non pas de départ.

 

La question n’est pas ici de savoir ce qu’Emmanuel Macron a véritablement en tête ou ce qu’il a pu promettre à ses différents partenaires. L’histoire récente a montré qu’en ce domaine, il était un pragmatique absolu doublé d’un joueur à sang froid. François Hollande l’a vérifié à ses dépens et sans doute n’est-il pas le dernier sur la liste. Dans son essence, le macronisme est un bonapartisme centriste – bel oxymore – dont le ressort premier est celui du «on s’engage et puis on voit». Par nature, il est sans tabous ni limites.

 

La logique de son tempérament voudrait donc que le leader d’En marche ne change pas ses manières de faire, une fois élu. Il est rare qu’autour du tapis vert, pareil flambeur se fasse soudain rentier. Il est tout aussi rare qu’un trader de cet acabit devienne tout à coup partageux. On voit mal pourquoi, à quelques semaines de distance, le même homme irait mobiliser des ressorts différents, sinon contradictoires, pour conquérir, sous son nom, le pouvoir présidentiel et pour contrôler, dans la foulée, sous son autorité, le pouvoir parlementaire. Entre la Cinquième différée, façon Mignard et la Cinquième rénovée, façon Bayrou, il serait logique qu’il cherche à aller demain au plus simple. Bref, à la Cinquième confortée, pour ne pas dire, sublimée.

 

Dire une tendance ou une inclinaison personnelle ne sert toutefois pas à grand-chose tant que les dés n’ont pas commencé à rouler. Or, pour le moment, on en est là. En politique comme dans la vie, il y a ce que l’on veut et ce que l’on peut. Avant d’imaginer la manière dont Emmanuel Macron gérera, s’il est élu, l’élan de sa victoire à l’occasion des législatives de juin prochain, mieux vaut donc examiner les ressources qui pourront être alors les siennes dans cet exercice de haut vol où l’objectif compte moins que les marges qu’offrent les circonstances.

 

Procédons, pour cela, dans l’ordre que dicte le calendrier. De quelle ampleur sera tout d’abord l’hypothétique succès d’Emmanuel Macron ? Si le candidat d’En Marche s’impose nettement dès le 1er tour de la présidentielle, en faisant par exemple jeu égal avec Marine Le Pen, il bénéficiera d’une impulsion initiale susceptible d’entraîner des ralliements sans conditions, à commencer par ceux de ses concurrents éliminés d’entrée de jeu. Si en revanche, il se qualifie de justesse, il lui faudra tenir compte davantage des attentes de ses soutiens potentiels. De même, au second tour, il ne bénéficiera pas du même élan s’il gagne largement face la présidente du FN, comme le disent aujourd’hui les sondages (60/40), ou s’il l’emporte de justesse à l’issue d’une campagne jusqu’au bout incertaine.

 

Pour le dire autrement, un Président dont l’élection est un sacre n’a pas la même force, pour la suite, qu’un Président élu au forceps. C’est là un constat d’évidence qu’on oublie parfois un peu vite quand on imagine la suite. L’un peut dicter sa loi dans la distribution de ses investitures, aux législatives. L’autre est nécessairement conduit à des accommodements avec les représentants des partis issus du vieux système. Pour que l’appel au peuple dans la confirmation du message de la présidentielle soit susceptible d’être entendu encore faudrait-il que le dit message soit clairement exprimé. Rien ne permet de dire aujourd’hui qu’il le sera avec la netteté requise. Macron Président, c’est encore un slogan. Avant de savoir comment il présidera et avec quelle majorité, le candidat d’En Marche n’a pas d’autre choix que d’attendre le verdict des urnes, le 23 avril et le 7 mai prochain.

 

Dès à présent, on peut toutefois décréter sans risque que s’il doit être élu, Emmanuel Macron le sera dans le cadre d’un affrontement direct avec Marine Le Pen. Sa majorité présidentielle sera donc l’expression d’un front républicain. Comme candidat, le leader d’En Marche ne se dit «ni de gauche, ni de droite». Comme Président, il le sera davantage encore. Mais ce qui était hier un positionnement politique deviendra alors un cadre pour l’action à venir, aussi large que contraignant. Dans un front républicain, on ne fait pas le tri. Dans une majorité présidentielle, issue d’un front républicain, peut-on le faire après coup ?

 

Jacques Chirac en 2002 a montré que c’était possible. Réélu face à Jean-Marie Le Pen avec 82% des voix après en avoir recueilli 19.9% au 1er tour, il est revenu sans complexe dès le lendemain de son triomphe aux bonnes vieilles méthodes du clivage droite/gauche. Il est vrai qu’à cette époque, le PS et ses alliés s’étaient ralliés à son panache sans ne poser la moindre condition et en ne demandant surtout aucune ouverture pour la bataille des législatives. Tout le monde était donc d’accord pour que le front républicain du second tour de la présidentielle ne soit qu’une brève parenthèse.

 

Rien ne dit qu’il en sera de même en 2017. Tout laisse même à penser que dans un tel front, une fraction du PS se considérera comme partie prenante de la nouvelle majorité présidentielle. Et cela d’autant plus qu’elle aura appelé à voter pour Emmanuel Macron avant même le 1er tour. Dans ce contexte, le nouveau Président pourra toujours considérer que ce soutien ne prête à aucune conséquence, pour la suite des opérations, notamment aux législatives. Mais pour le dire plus concrètement encore, il lui sera quand même difficile d’expliquer que François Hollande, en 2012, a commis une faute majeure en laissant battre François Bayrou à la députation mais qu’il n’est d’aucune importance de réitérer cette erreur au centuple, en 2017, avec des élus socialistes sortants.

 

Ce que signale potentiellement cette situation relève moins de la morale que de la politique, étant entendu que dans un processus électoral, il est plus aisé de s’asseoir sur l’une que sur l’autre. Vu le tempérament d’Emmanuel Macron, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Son élection créera nécessairement un élan à la mesure de celui dont avaient bénéficié ses prédécesseurs dans une situation comparable. Mais les conditions particulières de son éventuelle victoire mettront aussi des freins à cette impulsion quand il faudra la traduire dans la constitution d’une majorité parlementaire. Peut-être seront-ils moins forts qu’on peut l’imaginer aujourd’hui. Mais ils existeront quoi qu’il arrive. Ne pas le voir, c’est ne rien comprendre aux scénarii possibles de l’après 7 mai.

 

D’autant – et on finira par là – que la nature très spéciale du rassemblement dont En Marche est désormais l’expression ne favorise pas forcément son implantation dans les 577 circonscriptions de la bataille des législatives. Le mouvement d’Emmanuel Macron est fort de ses chevau-légers et de ses voltigeurs. Il est adapté en cela à une présidentielle. Sa jeunesse – moins d’un an ! – fait sa fraicheur. Celle-ci lui évite les arbitrages pesants auxquels sont contraint les partis ancrés de longue date dans la réalité électorale française. En même temps, elle l’oblige, si elle ne veut pas être qu’une machine à recycler l’ancien, à mettre en piste des candidats sinon hors sol, du moins lestés d’une faible expérience.

 

Dans le contexte que l’on a dit plus haut – celui d’une majorité présidentielle issue d’un front républicain – est-ce vraiment un avantage ? Est-il vraiment sûr que l’électeur désireux de donner une majorité au Président, selon la formule consacrée, choisira forcément la nouveauté d’un candidat macronien pur sucre dans l’hypothèse d’une compétition, au 1er tour des législatives, avec un député sortant, membre du PS ou de toute autre formation de gauche ou de droite, ayant soutenu d’emblée l’aventure du nouveau quinquennat ?

 

Plus encore, sera-t-il vraiment de bonne tactique, dès lors que l’objectif reste de constituer une majorité parlementaire, de favoriser, à l’occasion des législatives, une tripartition du paysage politique entre représentants d’En Marche, survivants des anciens partis de gouvernement et candidats du Front national ? À ce jeu, le risque n’est-il pas celui qu’on pensait éviter avec, au bout du compte, une nouvelle Assemblée fragmentée, incapable de la moindre majorité, fut-ce même dans le cadre d’une coalition ?

 

Il y a là un danger qu’avec un brin d’ivresse, les stratèges macroniens ne veulent pas considérer à sa juste mesure. C’est ainsi que l’un d’entre eux – François Patriat pour ne pas le nommer – a expliqué récemment dans Le Monde du 8 mars qu’il avait fait l’expérience, en 1981, de la force des vagues qu’entraine, dans son sillage, une victoire à la présidentielle. Pour être élu député de la nouvelle majorité, à cette époque, il suffisait, selon lui, de mettre sur ses affiches «une photo de Mitterrand» et «c’était plié». L’ennui, c’est qu’à y regarder de près, cette histoire s’est déroulée à l’inverse de ce que raconte aujourd’hui François Patriat.

 

En 1981, celui-ci n’avait défait le député de droite sortant, cacique du giscardisme, qu’après avoir devancé, au 1er tour, le candidat investi par le PS, ami personnel de François Mitterrand au demeurant. Socialiste dissident, pilier du courant Rocard en Côte d’Or, François Patriat était alors un jeune conseiller général, solidement ancré sur son territoire. C’est cette implantation qui lui avait permis de résister à la vague nationale qui aurait dû l’emporter si les consignes de votes, données par le parti du nouveau Président, avait été suivies à la lettre par les électeurs bourguignons.

 

Cas d’espèce, dira-t-on. Mais une élection, législative en l’occurrence, n’est-elle pas une somme de cas d’espèces ? Et puis surtout, au-delà du cas Patriat, réécrit à sa façon par l’intéressé, tout cela ne montre-t-il pas que, pour comprendre la nature de l’élan suscité par une présidentielle, il ne suffit pas de répéter, en convoquant les expériences passées, combien il a toujours été irrépressible. Le grand remplacement gaulliste amorcé en 1958, tout comme celui du mitterrandisme, effectué en 1981, n’était pas le fruit d’une génération spontanée. Les racines de ces mouvements étaient profondes. La France libre, les compagnonnages de la Résistance, l’épopée du RPF, dans un cas. Les clubs des années 60, le parti d’Epinay, ses succès municipaux de 1977, dans l’autre. Bref, tout ce qui manque encore à En Marche et qui ne s’installe pas, en moins d’un an, d’un claquement de doigt, sur une scène parlementaire avec des acteurs recrutés sur internet.

 

Ce serait aller trop vite en besogne que de conclure illico que l’ambition affichée par Emmanuel Macron de réunir sous son aile une majorité solide et cohérente n’est qu’une vue de l’esprit. Mais si l’avenir du projet politique, incarné par le leader d’En Marche, reste aussi flou, s’il peut être dessiné à la manière Mignard aussi bien qu’à la manière Bayrou, bref s’il est susceptible de lectures à ce point contradictoires, n’est-ce pas avant tout parce qu’il marrie des logiques différentes entre lesquelles les circonstances du prochain scrutin présidentiel viendront bientôt trancher ? Tout est possible. Il y a dans cette aventure inédite des forces qu’il serait sot de nier et des freins qu’il serait vain d’oublier. Mais entre les enfants barbares du macronisme et les vieilles barbes des partis à l’ancienne, les jeux sont loin d’être faits. C’est ce qui fait le sel de leur rivalité dans une campagne qui en manque singulièrement.

 

Voyage dans la France de Macron (à lire absolument)

 

De Lyon à Metz en passant par Brive-la-Gaillarde, pendant trois mois, « Le Monde » est allé à la rencontre de ceux qui aujourd’hui envisagent de voter pour le candidat d’En marche !

 

LE MONDE | 24.03.2017 par Florence Aubenas

 

A la station-service de Rocamadour (Lot), il arrive que des touristes se photographient devant les pompes à essence, belles comme le décor d’un vieux film. Ils sont tout étonnés quand Tassadit, la patronne, leur annonce qu’ils peuvent même faire le plein. En général, ils répondent : « Alors mettez-moi de quoi aller jusqu’à la grande surface, ce sera moins cher là-bas. » Il est 9 heures et Rocamadour attend la visite d’Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle. Pour l’instant, on l’entend en sourdine débattre sur BFM au sujet des Uber. « La Saint-Hubert ? », s’étonne Tassadit. Bruno, son mari : « Non, c’est un genre de taxis. » Tassadit éventre cordialement un paquet de madeleines, qu’elle offre avec le café. Ça fait longtemps que Rocamadour n’a plus de boulanger.

 

En ce moment, le village s’arc-boute autour d’un distributeur de billets qu’il est question de supprimer. A ce stade, la conversation devrait basculer sur les élections. On s’y adonnait férocement ici, à coups de cannes, dans de délectables fâcheries. Ça s’est perdu. Reste un dégoût. Bruno : « Je me sens comme un amant trompé. »

 

A la mairie, plus bas dans le bourg, une tornade fait claquer la porte. « Je suis Monsieur Eddarraz, mais appelez-moi Ahmed », trompette la Tornade. Il dévide son CV d’un seul souffle : « 31 ans, en échec scolaire de partout, un jeune rabougri sur lequel personne ne misait » et aujourd’hui gérant d’un bar-tabac prospère du côté de Millau (Aveyron). « Et ici, vous vivez de quoi ? », embraye la Tornade. Maryline Delcayre, secrétaire de mairie, énumère les truffes, le fromage, « la forêt des singes », « le rocher des aigles », le sanctuaire de la Vierge noire, 684 habitants l’hiver, 2 millions de visiteurs l’été, « le deuxième site touristique après le Mont-Saint-Michel ».

 

La Tornade l’arrête : « Tatata ! Chaque fois qu’on arrive quelque part, les gens prétendent être deuxièmes derrière le Mont-Saint-Michel. » La Tornade est venue en éclaireur pour la visite d’Emmanuel Macron. « Des questions ? » Maryline Delcayre se risque : « Quel programme pour les agriculteurs ? » La Tornade s’esclaffe. Désolé, ce ne sera dévoilé que dans une semaine. « En général, on me demande plutôt deux choses. Un : Comment est Macron ? Deux : Comment est sa femme ? »

 

L’un et l’autre apparaissent à 16 heures à l’entrée du bourg. « C’est Les Feux de l’amour, ma parole », siffle un vendeur de fringues. Pour lui, les affaires reprennent : les Anglais, partis en Croatie avec la crise financière de 2007, sont revenus depuis le Brexit. Sur le trottoir en face, un représentant en bijouterie explique l’inverse. Il fait 120 000 km par an « dans un pays prêt à exploser, des villes aux magasins fermés où on voit monter la haine. Ça va mal finir ». Et d’un coup, la France ressemble à la Grand-Rue de Rocamadour, un côté ombre, un côté soleil, un qui veut y croire, l’autre qui veut tout renverser.

 

Au pied de la « citadelle de la foi », la Tornade regarde le soleil qui vient se déchirer sur les rochers. Macron est en train de finir son discours sur « la ruralité conquérante », la RGPP, la « bataille numérique ». Un élu enlève ses lunettes : « Puisqu’on parle chiffre, voila le mien : j’ai compris 30 % de ce qu’il a dit. » Son voisin : « Tu as de la chance. » A la présidentielle de 2012, la Tornade était dans l’équipe de campagne de Dominique Strauss-Kahn. Il a encore du mal à en parler. « DSK était le rêve français, il pouvait faire face à tout. » La Tornade a pleuré quand son candidat a été arrêté à New York quelques mois avant le scrutin. « On s’est retrouvés orphelins, sans oser s’appeler entre nous. Pour se dire quoi ? On était dans la honte et le désarroi. » A son avis, ils sont nombreux de ce réseau-là à se retrouver autour d’Emmanuel Macron. Rien qu’à prononcer ce nom, la Tornade ressuscite. Le voilà qui raconte son dernier anniversaire. Ce soir-là, son portable a sonné : « C’est moi, Emmanuel. » Une erreur, a pensé la Tornade. « Mais si, Emmanuel Macron ! Bon anniversaire. » Alors la Tornade a mis le haut-parleur pour que toute la tablée entende. « J’ai retrouvé ma fierté », il dit.

 

Il y a quelques mois encore, « on était quatre au QG de Tour-de-Faure à se demander quoi faire », se souvient Sébastien Maurel, 46 ans, chef d’entreprise et référent En Marche ! pour le Lot. La formation d’Emmanuel Macron compte aujourd’hui près de 600 membres pour le département, des M. et Mme Tout-le-Monde, plutôt classe moyenne, hors radars qui ont surpris leurs amis en s’entichant de politique. « Mon beau-frère aussi est chez Macron », avance une coiffeuse. Elle le votera, d’ailleurs, sans en savoir grand-chose au fond, un presque inconnu aux mesures compliquées, qui n’a ni entourage ni appareil vraiment identifié. C’est sa musique qu’elle aime. Le dernier de ses enfants vient de se caser, « un presque CDI ». Les yeux se baissent, impression de l’avoir échappé belle. « Cette petite réussite m’autorise un petit espoir. »

 

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 08:00
CHAP.18 en vrac, imagine-t-on Fillon à l’Élysée et Pénélope à la Santé ! Macron, une énigme française ?

Et si nous parlions du peuple, par exemple celui qui lit toujours Nous Deux 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«Nous deux», c'est pour toujours

Catherine Mallaval — 26 janvier 2005

 

Petite causette avec Pierrette, Nicole et Simone, le comité de lecture de l'hebdomadaire né en 1947, qui a passé le cap du 3000e numéro.

 

Nous deux, né en 1947, est tout simplement le seul survivant des journaux à l'eau de rose. Confidences et Intimité ont quitté ce monde de brutes. Lui se maintient (au sein du groupe Emap), avec des ventes de 347 000 exemplaires. Certes, les records à plus d'un million atteints dans les années 60, quand les stars posaient dans les romans photos sont loin derrière. Mais l'hebdo gagne de l'argent, malgré une franche aversion des annonceurs pour ses lectrices du genre «CSP -» (en clair, pas du tout friquées), comme ils disent, et dont la moitié a plus de 50 ans. Des lectrices comme Pierrette, Nicole et Simone qui ont commencé à bosser dans la couture, à 14 ans. Pas seulement pourtant. Depuis que Nous deux a viré les couples d'anonymes de sa couverture au profit de stars, comme Michèle Torr ou Dalida (en alternance tout de même avec des plus jeunes, genre Laura Smet), voilà que des gays s'en régalent aussi...

 

«On peut tout dire dans Nous Deux. Et nous avons déjà publié une histoire d'homosexuelles, d'amours entre deux personnes du troisième âge, de Viagra... Nous évoluons avec la société, et le prince charmant n'est plus forcément chirurgien, même si ça marche toujours. Toutefois, il faut que les nouvelles se terminent sur une note d'espoir», tranche la rédactrice en chef, Marion Minuit. Une grosse machine à mouliner du Marshmallow, ce journal ?

 

Happy end. «Nous deux, c'est un journal qui a une vraie personnalité. C'est du rêve. A savourer comme un bon dessert au chocolat», renchérit Marion Minuit. «D'ailleurs, tous les gens de marketing qui ont eu des velléités de changement ont rebroussé chemin», se félicite-t-elle. «Nous, ce qui nous importe, ce sont nos lectrices. Et c'est pour cela que j'ai besoin de savoir ce que Nicole, Simone et Pierrette ressentent quand je leur soumets des nouvelles, ajoute Dominique Faber. Simplement, nous avons aussi des lectrices plus jeunes qui, bizarrement, sont nettement plus conservatrices, et nous devons en tenir compte.»

 

Et pourquoi les magazines féminins seraient-ils destinés uniquement aux femmes ?

 

Les lectures de l'oncle Paul

 

Magazine Nous Deux N°3598 du 14 au 20 juin 2016.

 

Ne serait-ce pas de la ségrégation ?

 

Faisant fi du ricanement de certains, et sachant que le ridicule ne tue pas, la preuve, je me suis acheté puis ai offert à ma femme le dernier Nous Deux en date.

 

Pour des raisons simples qui se nomment littérature et découverte.

 

En effet les magazines, les périodiques qui proposent des nouvelles inédites et variées sont de plus en plus rares. Plus rares que les vulgaires revues consacrées au voyeurisme ciblé stars et politiciens en mal de publicité et qui font tout pour attirer le regard sur eux.

 

Donc revenons à Nous Deux que j'ai feuilleté, comme il m'arrive souvent de parcourir des revues dans mon hypermarché, que ce soit musicales, historiques ou politiques, de moins en moins ces dernières puisqu'elles ne reflètent que le bon vouloir de leur financier de patron, donc en feuilletant le Nous Deux en question, j'ai découvert qu'au sommaire figuraient deux nouvelles signées par des figures littéraires qui ne m'étaient pas inconnues : Frédérique Trigodet qui est publiée chez SKA éditeur, et Jean-Marie Palach chez Pavillon Noir et Daphnis et Chloé.

 

Pour 2,10€, je me suis dit in petto, oui je me parle à moi-même parfois ne craignant pas la contradiction, que pour ce prix-là je pouvais me l'offrir, et qu'éventuellement je l'offrirai à quelqu'un d'autre, femme ça je l'ai déjà dit, filles, belle-sœur, voire pourquoi pas mon médecin afin qu'il renouvelle son stock, en ayant soin au préalable de mettre de côté les textes des deux auteurs cités et hypothétiquement d'autres textes qui me sembleraient intéressants.

 

Pour une fois, je vais essayer de faire court, ça me changera, dans la présentation de ces deux nouvelles, sachant qu'il y en a quatre au sommaire, plus des romans-photos pour ceux qui s'intéressent à ce genre romanesque.

 

La suite ICI

 

Le peuple toujours vu par Hannelore Cayre dans La daronne

 

« Mes fraudeurs de parents aimaient viscéralement l'argent. Pas comme une chose inerte qu'on planque dans un coffre ou que l'on possède inscrit sur un compte. Non. Comme un être vivant et intelligent qui peut créer et tuer, qui est doué de la faculté de se reproduire. Comme quelque chose de formidable qui forge les destins. Qui distingue le beau du laid, le loser de celui qui a réussi. L'argent est le Tout ; le condensé de tout ce qui s'achète dans un monde où tout est à vendre. Il est la réponse à toutes les questions. Il est la langue d'avant Babel qui réunit tous les hommes. »

 

« Il faut dire qu'ils avaient tout perdu, y compris leur pays. Il ne restait plus rien de la Tunisie française de mon père, rien de la Vienne juive de ma mère. Personne avec qui parler le pataouète ou le yiddish. Pas même des morts dans un cimetière. Rien. Gommé de la carte, comme l'Atlantide. Ainsi avaient-ils uni leur solitude pour aller s'enraciner dans un espace interstitiel entre une autoroute et une forêt afin d'y bâtir la maison dans laquelle j'ai grandi, nommée pompeusement La Propriété. Un nom qui conférait à ce bout de terre sinistre le caractère inviolable et sacré du Droit ; une sorte de réassurance constitutionnelle qu'on ne les foutrait plus jamais dehors. Leur Israël.

 

Mes parents étaient des métèques, des rastaquouères, des étrangers. Raus. Une main devant, une main derrière. Comme tous ceux de leur espèce, ils n'avaient pas eu beaucoup le choix. Se précipiter sur n'importe quel argent, accepter n'importe quelles conditions de travail ou alors magouiller à outrance en s'appuyant sur une communauté de gens comme eux ; ils n'avaient pas réfléchi longtemps.

 

Mon père était le PDG d'une entreprise de transport routier, la Mondiale, dont la devise était Partout, pour tout. "PDG", un mot qui ne s'emploie plus aujourd'hui pour désigner un métier comme dans Il fait quoi ton papa ? - II est PDG..., mais dans les années 70 ça se disait. Ça allait avec le canard à l'orange, les cols roulés en nylon jaune sur les jupes-culottes et les protège-téléphones fixes en tissu galonné.

 

Il avait fait fortune en envoyant ses camions vers les pays dits de merde dont le nom se termine par -an comme le Pakistan, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan, l'Iran, etc. Pour postuler à la Mondiale il fallait sortir de prison car, d'après mon père, seul un type qui avait été incarcéré au minimum quinze ans pouvait accepter de rester enfermé dans la cabine de son camion sur des milliers de kilomètres et défendre son chargement comme s'il s'agissait de sa vie.

 

Je me vois encore comme si c'était hier en petite robe de velours bleu marine avec mes chaussures vernies Froment-Leroyer, à l'occasion de l'arbre de Noël, entourée de types balafrés tenant dans leurs grosses mains d'étrangleurs de jolis petits paquets colorés. Le personnel administratif de la Mondiale était à l'avenant. Il se composait exclusivement de compatriotes pieds-noirs de mon père, des hommes aussi malhonnêtes que laids. Seule Jacqueline, sa secrétaire personnelle, venait rehausser le tableau. Avec son gros chignon crêpé dans lequel elle piquait avec coquetterie un diadème, cette fille d'un condamné à mort sous l'Épuration avait un air classieux qui lui venait de sa jeunesse à Vichy. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Macron, une énigme française

—The New York Times

(extraits) New York

 

Les insultes et les rumeurs vont bon train : ses discours sont trop longs et regorgent de banalités rassurantes ; il n’a pas de vrai programme ; son passage au gouvernement a été un échec ; il cache son homosexualité ; il développe un culte de la personnalité ; il est pour le capitalisme ; et, pour couronner le tout, il est jeune.

 

S’il fallait un signe qu’Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’Économie de 39 ans, est le nouveau favori de la course présidentielle française, il n’y a qu’à voir la volée de bois vert qu’il reçoit.

 

Même les Russes l’attaquent, via des sites favorables au Kremlin.

 

Les deux grands partis du pays se sont tiré une balle dans le pied, le premier avec l’aff aire de corruption autour de François Fillon, le second avec le projet utopiste de Benoît Hamon. Le jeune Macron s’est habilement glissé dans la brèche. Candidat apolitique, il est de plus en plus perçu comme celui qui renversera le courant populiste autoritaire et battra la présidente du Front national, Marine Le Pen.

 

Pourtant, son élection pourrait être plus improbable encore pour la France que celle de Marine Le Pen. En dépit des efforts de sa présidente pour redorer le blason de son parti, le Front national reste infréquentable pour une majorité de Français. Marine Le Pen a beau arriver en tête des intentions de vote, personne ou presque ne s’attend à ce qu’elle remporte le second tour.

 

Macron, lui, n’a jamais été élu.

 

Pendant deux années peu fructueuses, il a dirigé l’économie languissante de la France sans laisser beaucoup de réalisations importantes dans son sillage.

 

Membre d’aucun grand parti, voire d’aucun parti, il n’est guère aimé de ses anciens collègues du gouvernement socialiste. Se faisant fort de transcender les partis, il défend un programme qui inclut des éléments de gauche, de droite et du centre : préservation des aides sociales, maintien du pays au sein de l’Union européenne et allégement des charges sur les entreprises. Cependant, en optant pour cette stratégie, il propose des mesures que tout le monde peut détester. Et, peut-être plus grave encore en France, il risque de passer pour un pseudo-candidat qui ne défend rien.

 

Les ricanements suscités par le nom de son mouvement, En marche !, ont couvert le message qu’il tentait d’adresser au peuple.

 

“En marche vers quoi ?” demandaient les sceptiques. À ce jour, cette question est restée sans réponse, même si le candidat a gagné du terrain.

 

M. Macron a épousé son ancienne professeure de lycée, de 24 ans son aînée – une histoire fascinante pour ses compatriotes, mais qui a fait scandale dans sa ville d’Amiens. Et il a travaillé pour la banque d’aff aires Rothschild, une profession qui est loin de faire l’unanimité. Début février, à la surprise des médias, il a ironisé en public sur les rumeurs qui couraient sur son homosexualité :

 

“C’est désagréable pour Brigitte, a-t-il dit. Mais je vous rassure, comme elle partage tout de ma vie, du soir au matin, elle se demande simplement comment physiquement je pourrais. Et je ne l’ai jamais rémunérée pour cela”, faisant allusion aux emplois fictifs dont la femme de M. Fillon est soupçonnée.

 

Les foules qui se pressent à ses meetings ces dernières semaines ne laissent pas de surprendre les commentateurs.

 

[Le 4 février,] 8 000 personnes sont allées l’écouter au palais des Sports de Lyon, pendant que plusieurs milliers d’autres le regardaient sur un écran géant à l’extérieur. Il a parlé près de deux heures, le visage relevé, comme en extase, utilisant à plusieurs reprises l’expression “mes amis” pour s’adresser à l’assistance. Il y avait de vagues promesses d’espoir et d’union, et surtout beaucoup de joie, dans l’énorme foule qui avait fait le déplacement. “Votre présence, ce mur de présences autour de moi, c’est la preuve vivante que nous sommes bien là”, a lancé le candidat, rayonnant. “C’est une démonstration d’envie.” À Lyon, il a fait référence à la gauche, à la droite et au centre, citant Charles de Gaulle et des écrivains comme Émile Zola, Charles Péguy et René Char, et plaçant sa candidature sous le signe du “rassemblement” et de la “réconciliation”. Son discours manquait de précision et de détails. Mais la foule n’était pas venue pour cela.

 

—Adam Nossiter

Publié le 13 février

 

Le caméléon a trouvé la faille

 

Pour réussir sa campagne, Emmanuel Macron a bénéficié des faiblesses de ses concurrents, mais a surtout fait preuve d’un sens du placement politique hors pair, juge ce journal espagnol.

—El País Madrid

 

Emmanuel Macron réunit autant de raisons d’être président que de ne pas l’être. Il est trop jeune, il n’a pas de parti politique et a construit une candidature incertaine en quelques mois. Malgré tous ces obstacles, il bénéficie d’une étrange conjonction astrale. Il est servi par son charisme et son profil “apolitique”, mais aussi par la situation catastrophique dans laquelle se démènent ses adversaires, ce qui lui a ouvert la voie vers l’Élysée, comme s’il était prédestiné depuis le berceau à la succession de François Hollande.

 

Dans le psychodrame de la politique française, il devait immanquablement y avoir un crime lacanien et œdipien. Macron a été ministre des Finances jusqu’à l’été dernier, il a défendu la très polémique loi travail, texte d’inspiration libérale, puis a abandonné son poste pour se concentrer sur ses propres ambitions. Après un démarrage très modeste, dans l’incrédulité et la condescendance générales, il a pris son essor à mesure que ses adversaires se retrouvaient piégés dans leurs propres candidatures.

 

Benoît Hamon est trop à gauche.

 

Marine Le Pen est trop à droite.

 

Et François Fillon paraît carbonisé par les aff aires de népotisme qu’a révélé Le Canard enchaîné.

 

Prêt-à-porter. Pour se glisser dans la brèche, rien de tel qu’un candidat prêt-à-porter, qui ne se soucie pas d’ambiguïté idéologique depuis qu’il a déclaré à ses compatriotes en août dernier ce qu’ils savaient déjà ou avaient déjà supposé : “Je l’avoue, je ne suis pas socialiste.”

 

Il est quoi, alors ? Difficile à dire, car l’homme manœuvre au centre avec une habileté diabolique, spéculant sur le conservatisme anthropologique des Français, dont le nouveau golden-boy espère qu’il l’emmènera vers la victoire.

 

Macron entend faire de la responsabilité républicaine de l’électorat son cheval de bataille. Effectivement, par son messianisme, sa promesse de réformer radicalement le pays, sa télégénie, sa philanthropie, il présente des traits populistes, mais cela n’a rien à voir avec les bas instincts lepénistes (ou trumpistes), pas plus que cela ne contredit son appartenance au cœur de l’establishment.

 

Macron est en effet issu de l’École nationale d’administration (ENA) : trois lettres qui renvoient à la plus grande caste politico-financière de France et qui lui ont ouvert les portes de la banque Rothschild. C’est la raison pour laquelle sa candidature est perçue avec attention et enthousiasme au sein du système.

 

Et c’est aussi pourquoi Macron a jugé bon de rappeler son engagement social : dans ses discours, outre les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, il met toujours en avant la solidarité.

 

Macron incarne le néorépublicanisme, sans donner dans l’exaltation patriotique ni dans le nationalisme, mais en revendiquant la laïcité et l’attachement à l’Europe.

 

Dès son plus jeune âge, sa liaison avec sa professeure de français fait scandale. Aujourd’hui, Brigitte Trogneux est l’épouse du favori de l’Élysée. Et Macron considère comme siens les trois enfants et les sept petits-enfants de sa femme.

 

Cette modern family convient à l’image progressiste de Macron – et constituerait une nouveauté dans l’arrière-boutique sentimentale de l’Élysée.

 

Mitterrand avait une famille parallèle dans la clandestinité.

 

Chirac s’entourait de favorites.

 

Sarkozy et Hollande ont quitté leurs compagnes pour des femmes plus jeunes, liées au monde de la culture et du show-biz.

 

Macron a intérêt à ne pas commettre d’erreurs et à consolider son image de franc-tireur : occuper un grand ministère d’un gouvernement socialiste sans être socialiste, être un pur produit du système sans avoir l’air d’en faire partie, passer pour une “nouveauté” sans tache en ces temps de changement politique, enfin jouer les hommes providentiels en s’appuyant non pas sur un parti traditionnel, mais sur un mouvement dont le nom résume le concept de macronisme cinétique.

 

Il faut remonter à Silvio Berlusconi pour retrouver un phénomène aussi fugace et ambitieux. Il Cavaliere a construit Forza Italia en cinq mois, mais Macron ne disposait pas d’une plateforme télévisuelle à son service.

 

Par ailleurs, la désaffection pour la politique française et le désenchantement iconoclaste de l’électorat rappellent cette scène des Temps modernes où Chaplin ramasse sur le sol un drapeau rouge tombé d’un camion dont la remorque transporte une armoire à glace. Charlot l’agite pour attirer l’attention du chauffeur. Et dès qu’il le fait, il devient le leader involontaire d’une énorme manifestation.

 

Il ne suffit pas de vouloir être président, encore faut-il trouver le moment pour y parvenir.

 

—Rubén Amón

Publié le 13 février

 

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 08:00
CHAP.18 en vrac, la droite de Fillon c'est l'avènement de la droite Finkielkraut, de la droite Zemmour, de la droite Buisson.

Exit Juppé, les manœuvres du nabot ont fait échouer le plan B, nous ne réactiverons pas l’opération Chartrons. Je ne m’en plaindrai pas, remettre le couvert dans l’état présent du paysage politique n’aurait pas eu grand sens. Les cartes ont été rebattues mais il reste évident que seule une option centrale au second tour face à la fille de Montretout peut lui faire efficacement barrage.

 

Pour l’heure je me contente de cultiver mon petit jardin d’intérieur et mes amours…

 

JEAN TARDIEU 

 

« IL FAUT SE MÉFIER DES MOTS… »

 

Les mots de tous les jours

 

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un murmure pour une pensée.

 

Il faut tirer sur le mors sans cesse, de peur que ces trop bouillants coursiers ne s’emballent.

 

J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats. Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.

 

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité — et il ferait peur.

 

Pages d’écriture (« La part de l’ombre »), 1967.

 

Je l'avais appelé Mao parce que je revenais de Chine. Je voulais qu'il règne sur moi comme le grand empereur de la nouvelle dynastie sur son peuple. Certains virent là un signe de mépris pour le vainqueur de la Longue Marche. Pour cela, il aurait fallu donner son nom à un porc ou à un veau. Mon dernier chien s'appelait César comme celui de la ferme de mes grands-parents dans la Mitidja. Ainsi à nous deux portions-nous le nom du général qui conquit la Gaule et la soumit à Rome. Dans l'idée que, ce Mao-là, du moins, je pouvais l'aimer, et qu'il m'obéissait, j'avoue qu'on pourrait discerner quelque secrète démarche ou fourberie : sans penser à ramener, symboliquement, la Chine au servage de l'Occident, j'admets que se nichait là une innocente ironie, mais quoi, j'aurais aussi bien appelé mon chien Charlie pour me gausser espièglement de notre roi, si grand, si fier et si puissant. Après tout, quand on donne aux chiens le nom d'un homme, c'est que cet homme est illustre, et l'hommage ainsi décerné flatteur pour un monarque, qu'il soit roi de France ou empereur de Chine. Et puis Mao peut s'écrire comme un vieux nom français. Un gendarme de Vézelay s'appelle Mahaut, et il eut assez d'humour pour ne pas se vexer quand il a su que mon chien portait le même nom que lui. Chaque fois que nous allions chez le menuisier, c'était des Mao par-ci et des Mao par-là. La gendarmerie est au-dessus, et le fils du gendarme Mahaut un familier de l'artisan, qui tient bistrot.

 

Ne devrais-je pas employer l'imparfait de l'indicatif ? A présent, la gendarmerie a été bâtie hors des murs de la ville, le menuisier s'en est allé, le bistrot a changé de propriétaire. Serais-je en vie quand ces pages paraîtront ?

 

Jules Roy La Mort de Mao écrit en 1969 à Vézelay et publié chez Christian Bourgois.

 

En France, le déclin des villes de province est celui d’un marqueur de son identité

 

Adam Nossiter New York Times

 

Délaissés au profit des périphéries, ils n'ont jamais connu un tel désintérêt de la part des commerçants. Un phénomène qui alarme jusqu'au «New York Times».

Le New York Times en a fait sa une, le 28 février. Dans un article traduit en français sur le site du quotidien intitulé «En France, le déclin des villes de province est celui d’un marqueur de son identité», le célèbre reporter Adam Nossiter, de passage à Albi dans le Tarn, rappelle une réalité peu réjouissante et classique dans l’Hexagone : le centre-ville est désert, les commerces fermés et les rues silencieuses. Plus loin, la zone commerciale des Portes d’Albi regorge de voitures, le parking est plein à craquer. La ville se meurt à petit feu, seuls les touristes slaloment dans les rues de la cité historique.

 

Lire ICI 

 

Le meilleur d'entre nous a enterré le pire d'entre eux. En quelques minutes ce lundi matin, Alain Juppé a prononcé l'oraison funèbre d'une droite défunte, que François Fillon assassine. La droite n'est plus la droite. Le surmoi gaulliste est effacé. Le règne de la Manif pour tous a commencé, et il a tué la droite.

 

Il n'est pas d'autre lecture à faire de la crépusculaire déclaration d'Alain Juppé. Ce n'était pas seulement un adieu à la vie publique nationale, l'ultime acte de renoncement d'un homme à qui l'histoire aura toujours refusé un destin, c'était aussi et surtout l'adieu d'une certaine idée de la droite à la France.

 

D'abord le constat personnel: « Je n'ai pas l'intention de m'engager dans des tractations partisanes ni des marchandages de poste. Je ne suis donc pas en mesure aujourd'hui de réaliser le nécessaire rassemblement autour d'un projet fédérateur ».

 

Ensuite, le constat de l'état de la droite: « Quel gâchis ! Au lendemain de notre primaire, dont le résultat a été incontestable et incontesté, François Fillon, à qui j'avais immédiatement et loyalement apporté mon soutien, avait un boulevard devant lui. Je lui ai renouvelé ce soutien à plusieurs reprises. »

 

Enfin, le constat que le chemin pris par la droite n'est pas le sien: « Comme l'a montré la manifestation d'hier au Trocadéro, le noyau des militants et sympathisants LR s'est radicalisé ».

 

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