Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Benoît posait ses fesses sur le siège passager avec les précautions d’un prélat du Saint Office. (64)

La voiture de la maman, était garée rue de Cluny. Pour faire la conversation Benoît demandait « c’est quoi comme caisse ? »

 

-         Une anglaise…

 

-         Pas une Mini j’espère…

 

-         Non, non, maman trouve que l’Austin ça fait garçon coiffeur.

 

-         Assez bien vu. Elle branle quoi ta mère ?

 

-         Des garçons coiffeurs…

 

-         Très drôle…

 

-         Je t’assure, comme elle ne fout rien, elle passe son temps dans les salons de coiffure. Ils la briquent comme les cuivres d’un yacht. Je suis sûre que tu vas lui plaire mon beau Légionnaire…

 

Au milieu des caisses miteuses de monsieur et madame tout le monde on ne voyait qu’elle : une TR4, vert anglais métallisé, roues à rayon, décapotée, sièges en cuir fauve, volant et tableau de bord en loupe de noyer. Benoît jurait : « Putain de salope de belle bagnole ! » Chloé ôtait ses sandales et se glissait derrière le volant. Benoît posait ses fesses sur le siège passager avec les précautions d’un prélat du Saint Office. Le cuir crissait sous la caresse de son jeans. « Passe-moi les clés qui sont dans la boîte à gants !

 

-         Tu laisses les clés de cette merveille dans la boîte à gants…

 

-         Oui mon beau Légionnaire. Je n’ai pas de sac donc c’est la seule solution.

 

-         Au fait on n’a pas payé nos bières…

 

-         Normal comme je n’ai pas de sac je n’ai jamais d’argent sur moi…

 

-         Mais qui paye ?

 

-         Mon père.

 

-         Comment ?

 

-         Mes créanciers lui envoient les factures…

 

-         Comme ça, sur ta bonne gueule…

 

-         Ouais. Disons, pour être franche, plutôt sur la gueule de la carte de visite de mon père.

 

-         Connu le monsieur je suppose…

 

-         Mouais. Pas de tout le monde mais ce qui les impressionne c’est son titre et son numéro de téléphone.

 

-         Allonge le titre !

 

-         Secrétaire-Général de la Présidence de la République…

 

-         Non !

 

-         Mais si mon Légionnaire… Passe-moi ces putains de clés que je démarre cette putain de bagnole qui te fait bander. Tous les mêmes les mecs…

 

-         Tu conduis pieds nus ?

 

-         Mouais, je suis comme Sandie Shaw…

 

-         Je ne vois pas le rapport...

 

-         Y’en a pas sauf les pieds nus…

Partager cet article
Repost0
3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H« Faudra que tu la consommes avec les doigts, mec, chez ces grandes poulettes y’a que les os à sucer… » (63)

Au bar de la Vieille Forge les derniers soiffards, avachis et l’œil vitreux, auréolés de fumée bleue, descendaient sans grand enthousiasme des Picon bière. L’intrusion de Chloé en réanimait quelques-uns qui émirent des petits sifflements de satisfaction. Derrière son bar, le patron, un gros type aux cheveux plats et gras, avec une moustache balai de chiottes, plus bougnat que bougnat, la saluait avec la forme de déférence lasse qu’on applique aux habituées. Au bout du zinc, un énorme rouquin hirsute qui tétait une pipe éteinte ricanait dans sa barbe de barde en toisant Benoît de son regard torve : « Faudra que tu la consommes avec les doigts, mec, chez ces grandes poulettes y’a que les os à sucer… » Chloé l’ignorait avec superbe en allant se jucher sur un tabouret tout près de lui. Benoît la rejoignait. Elle commandait deux demis. Le gros rotait. Chloé se roulait une cigarette, l’allumait avec un Zippo. Le gros pétait. Ça schlinguait. « Je suis qu’elle n’a pas de culotte c’te grande salope ! » Chloé se déployait. Planté face au gros, d’un geste vif elle lui empoignait les couilles « Les mecs je peux vous dire que cette merde puante lui n’a pas besoin de calbar car il n’a rien à mettre dedans. Chez lui y’a rien à sucer je vous assure… » Le gros bramait, se rebiffait. Benoît s’interposait. Le patron grondait : « On se calme… » Vacillant sur ses pattes courtes le bûcheron gueulait qu’il allait en faire du petit bois de cette pétasse. Les soiffards se marraient. Chloé remontée sur son tabouret s’envoyait son demi comme si de rien n’était. Benoît  jouait au médiateur.

 

-         Patron servez un Picon Bière à ce gentleman, un double, pour qu’il se remette de ses émotions.

 

L’hirsute stoppé net dans son élan le contemplait comme s’il venait de se faire traiter de pédé par un compagnon de beuverie. Chloé pouffait dans son bock. Les soiffards s’esclaffaient, prenaient le parti de Benoît qui poussait son avantage : « Tu ne vas quand même pas nous faire tout un cinoche parce qu’une gonzesse t’as tripoté les burnes mec ! Y’en a qui paye pour ça. Et puis, merde, t’as poussé le bouchon un peu loin avec la demoiselle. Si j’étais corse et si j’étais son frère je te demanderais réparation… » Le gros le regardait, bouche ouverte, débiter ce qu’il devait estimer être des vannes débiles. Chloé tendait son bock à Benoît  « Bois mon beau légionnaire ! » Le patron servait le double Picon Bière du gros qui prenait soudain conscience de son extrême solitude dans un milieu qui, sans lui être hostile, le rejetait. En grommelant il battait en retraite. Benoît pensait qu’avec Gustave, comme saligauds, ils feraient une belle paire.

 

Chloé menait le bal. Ça plaisait à Benoît qui adorait se faire trimbaler. Après trois bocks elle décrétait qu’il était temps d’aller chez elle. Lui avait envie de pisser. Le gros tétait toujours sa pipe éteinte en remâchant sans doute sa vengeance avortée. Chloé décrétait qu’il n’avait qu’à pisser dehors et, suivant une jurisprudence récente, le tirait par le bras au dehors. « On y va comment chez toi ?

 

-         Avec ma tire.

 

-         T’as une bagnole…

 

-         C’est celle de ma mère.

 

-         Elle te prête sa voiture ta mère.

 

-         Non je la prends.

 

-         Faut que je pisse !

 

-         Te gêne pas beau Légionnaire. Soulages toi !

 

-         Je n’aime pas pisser dans la rue.

 

-         Alors pisse dans une bouteille…

 

Elle joignait le geste à la parole et lui tendait une bouteille de champagne vide qu’elle venait de ramasser dans une poubelle pleine de boutanches. Et Benoît pissait dans une bouteille de cordon Rouge en contemplant les hauts murs de la Sorbonne. Chloé se marrait et commentait. Bien évidemment elle ironisait sur sa mousse.

Partager cet article
Repost0
2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Eux ils ne s’embarrassent pas de préliminaires. Ils te tirent. Te liment comme une queue de rat. (62)

« Suis-moi ! » Chloé levait sur Benoît un regard décontenancé. L’enflure, tel une carpe hors de l’eau, ne trouvait pas les mots de merde dont il voulait le consteller. Chloé se marrait. Benoît frappait fort sans aucune pitié il achevait l’infâme d’un méprisant : « Bas les pattes vieux saligaud, tu n’es qu’une grosse merde puante… » et, se tournant vers  les défenseurs des opprimés, il leur passait une avoinée : « Chez moi on respecte les femmes. Vous n’êtes que des couilles molles, des mal-baisés, vous me donnez envie de gerber. Vous déshonorez votre cause en tolérant que cette outre pleine de bière se fasse tailler des pipes par vos sœurs. Je n’aime pas faire la morale mais vous feriez mieux d’aller aux putes vous soulager vos gonades plutôt que de vous branler de mots ronflants… » Chloé debout tirait sur son bout de jupe en stretch. Benoît la prenait par la main pour l’entraîner au dehors. Armand imperturbable, tout en restant assis, lançait à l’assemblée abasourdie « Le temps de l’autocritique est venue, pour cette enflure de Gustave je propose une mise en accusation dans les formes de la justice populaire… genre procès de Moscou… »

 

Chloé était une grande bringue aux cheveux décolorés et taillés à la serpe en une sorte de brosse broussailleuse, pleine de trous et de bosses, qui donnait à son visage bien dessiné, aux traits fins, à la peau nacrée, un air clownesque. Dans ses yeux, d’un bleu délavé piqueté de poussière d’or, flottait un étonnement perpétuel, Chloé semblait jeter sur son environnement un regard d’enfant surpris. Impression renforcée par la moue de sa bouche aux lèvres charnues, gourmandes, fraîches et humides, dévoilant une dentition digne des publicités pour Émail Diamant. Mais, ce qui pouvait paraître étrange, ce qui avait frappé Benoît de prime abord, lorsqu’il l’avait aperçu en arrivant dans la salle de réunion, c’était la forme de ses oreilles, pointues, aux pavillons transparents : des oreilles de louve où pendaient de grands anneaux de gitanes. Ça l’avait fait bander, sec et dur. Elle portait un tee-shirt moulant et court qui accentuait sa platitude de planche à pain plantée sur des hautes tiges assez fines sans être pour autant des cannes de serin. Quand elle s’était portée au secours de Gustave Benoît avait surpris les regards déshabilleurs des défenseurs des larges masses. Ces frustrés, tels une harde de jeunes loups affamés, si la peur de la réprobation collective ne les avait pas retenus, se vivaient en voyeurs et en violeurs au travers des grosses paluches baladeuses de l’immonde Gustave.

 

Les nuits de juin gardaient une pointe de fraîcheur aux côtés de Benoît Chloé frissonnait. Il lui jetait son perfecto sur les épaules. Elle s’immobilisait, le contemplait de ses grands yeux flous, ses longs bras osseux, en une geste hésitante, l’enserraient, ses mains aux longs doigts fins lui caressaient la nuque. Sa voix était rauque, cassée. « T’es un drôle de mec, toi… Tu es le premier qui s’intéresse à moi. Qu’est-ce que tu viens foutre dans ce merdier de sales petits cons ? » Chloé sentait le jasmin. Benoît le lui dit. Elle s’écartait et riait d’un grand rire cascadant. « Vraiment tu n’es pas dans la norme. Tu aimes les femmes toi. Ça me fait tout drôle. Embrasse-moi ! » Ils restèrent un long moment à se bécoter, à se tripoter comme des ados au beau milieu du trottoir. Chloé avait la peau douce et les fesses glacées. Benoît le lui dit. De nouveau Chloé partait dans sa cascade de rire, la stoppait net pour proclamer : «  Beau gosse, j’ai peut-être le cul gelé mais pour le reste c’est l’Etna. Tu n’as pas des mains d’ouvrier mec ! Je connais. Eux ils ne s’embarrassent pas de préliminaires. Ils te tirent. Te liment comme une queue de rat. Défouraillent. Leurs mains, à eux, tu les sens sur ton cul ou sur tes hanches. Bien arrimées. Bien dures. Les tiennent, elles, cherchent mon plaisir… »

 

Deux couples de gens bien comme il faut, des quadragénaires bien nourris, rentrant sans doute du cinéma, ralentissaient leurs pas pour ne rien perdre de la proclamation de Chloé. Arrivés à leur hauteur, tout en serrant leur rang, ils hésitaient. Le spectacle les fascinait. Chloé, alors qu’elle parlait des mains de Benoît cherchant son plaisir caressait du bout de ses doigts la protubérance de la braguette de celui-ci. Lui, avec un air de Lou Ravi, se laissait faire tout en les contemplant. À coup sûr les deux types espéraient plus, un passage à l’acte, alors que du côté des femmes, l’une semblait prête à sauter le pas, alors que l’autre marquait sa réprobation. Chloé, qui leur tournait le dos, mais qui sentait leur présence, hésitait. Allait-elle désincarcérer le sexe de Benoît ? Ses doigts tentaient de faire sauter les boutons métalliques de son jeans puis s’immobilisaient. Cabotine, elle tortillait ses petites fesses, passait ses doigts dans sa toison hirsute et, en voltant, faisait face à nos spectateurs «  Braves gens, mon envie rejoint la vôtre mais, comme j’ai une soif de gueuse, faut que je m’envoie une petite mousse avant de consommer la sienne. Désolée… » Plantant-là les voyeurs interloqués elle tirait Benoît par le bras sur le trottoir comme s’il était un mulet rétif. 

Partager cet article
Repost0
1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 07:00
Alberto Korda / 1960

Alberto Korda / 1960

Tout devenait transparent, la bête ne voulait pas retourner dans sa bauge. Les douceurs bourgeoises lui plaisaient. Ses menaces non voilées, lorsqu’il avait pris l’air de celui qui savait ce que ça voulait dire, prenaient tout leur sens. « Pour eux, un gars comme toi, celui qu’on va dire que tu es, c’est une putain de recrue. Méfies-toi de ne pas te prendre à leur petit jeu et de ce que veulent entendre les chefs. C’est tentant tu sais de chier dans les bottes de tout le monde. Moi, depuis que j’ai commencé à balancer je peux plus m’arrêter, ça me soulage comme quand je dégueule le lendemain d’une sale biture. Alors je raconte des craques à tout le monde. Je n’ai pas envie que tu tues la poule aux œufs d’or mec ! Alors déconne pas, ne m’enlève pas le pain de la bouche sinon je cafte le morceau à mes potes révolutionnaires et je suis certain que tu passeras un sale quart d’heure… » Gustave pouvait tout ce permettre, même de taper dans le dos du père Sartre en lui balançant que « tout grand écrivain que t’es, quand t’as le cul sur la cuvette des chiottes, tu ne chies pas plus haut que nous, non ? ». Le langage vert du peuple enchantait. Gustave en rajoutait. J’allais moi aussi en rajouter, retourner Gustave à mon unique profit.

 

La réunion s’étirait, vide. Les frelons ne bourdonnaient même pas ils se sodomisaient mutuellement à grands coups de langue de béton. Gustave, bercé par leur musique sérielle, s’était assoupi ses grosses pognes croisées sur son imposante bedaine. Bientôt, ses ronflements, bouche ouverte, tronçonnait le débat. Imperceptiblement, comme pour respecter le repos bien mérité du prolo, les intervenants baissaient le ton, chuchotaient presque, ce qui conférait à l’étrange assemblée un statut de matines monacales. À intervalles réguliers, la respiration de Gustave se bloquait. En apnée, son visage rougeaud se violaçait. Ses épaules s’affaissaient. Sa masse corporelle semblait se calcifier. Le silence se faisait. Les petits maos s’inquiétaient, et si leur pur spécimen de prolo virait de l’œil, que feraient-ils ? Ils paniqueraient comme lors de la première bataille de Flins : une volée d’étourneaux, le sauve-qui-peut désordonné, tout sauf un beau repli en bon ordre. Suspendus à l’insondable vision de cette bouche peuplée de chicots ébréchés et jaunis par la nicotine, sûr que certains priaient. Et puis, tel un diesel poussif, secoué de spasmes violents, le Gustave réenclenchait sa pompe à air. Un zéphyr de plaisir léchait les tignasses ébouriffées de ces mômes que Marcellin appelaient des enragés. Imperturbablement ils reprenaient le fil.  Nous nous emmerdions ferme et, nous nous sentions comme l’enflure guettés par une belle plongée dans le sommeil

 

Alors que Benoît se laissait aller à faire quelques incursions dans ce plaisir ouaté un lourd fracas le faisait sursauter. Ses deux voisins, comme tout le reste de l’assemblée, se redressaient vivement. Pétrifiés. Lui restait assis un peu abasourdi. La chaise de Gustave, sous le poids de la bête, s’était désintégrée. Surpris dans son sommeil l’enflure s’était affaissée comme un soufflé trop cuit. Protégé par son large cul  il rebondissait tel un culbuto, déployant ses bras pour ne pas verser sur le côté. Il se stabilisait. Aucune main secourable n’osait se tendre vers lui pour l’aider à se remettre sur son céans. Les intellos, sans être particulièrement psychologues, se doutaient bien que leur « ancien mineur » chéri, leur chti  ne goûtait guère sa nouvelle position. Seule Chloé, la seule fille présente, se précipitait. S’accroupissait offrant ainsi au vieux salingue le panorama de ses belles cuisses. Gustave inspirait puis sa grosse pogne se tendait vers le petit espace libre entre les genoux de Chloé. Dans un même élan tous les faux-culs se rasseyaient, tournant le dos à ce spectacle vulgaire. Ils bavaient mais n’en laissaient rien paraître. À son tour Benoît se levait. Gustave en était à fourrager dans le slip de Chloé qui bien sûr, au nom du respect de la classe ouvrière, le laissait faire.

Partager cet article
Repost0
31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Rendez-vous était donné dans l’église d’Elisabethville prêtée par un curé sympathisant. (60)

L’heure de la contre-attaque avait sonné. La commémoration du premier anniversaire de l’assassinat de Gilles Tautin allait servir de détonateur pour libérer l’autonomie des ouvriers de Flins étouffée par l’alliance des chiens de garde syndicaux et des bureaucrates de la direction de la Régie. En souvenir du premier martyr de la longue marche version française la GP allait montrer concrètement aux forces capitalistes que les grilles, les nervis, les CRS, tout l’arsenal répressif, n’étaient pour elle que l’équivalent de la maison de paille des petits cochons. Le souffle brulant des larges masses allait balayer ces ridicules défenses. La violence insurrectionnelle, braise sous la cendre, exploserait, nécessaire et légitime. Bien sûr le détail de l’opération restait secret. Rendez-vous était donné dans l’église d’Elisabethville prêtée par un curé sympathisant. Cette fois-ci, le chef des opérations militaires déconseillait de se rendre sur le théâtre des opérations via l’autoroute de l’Ouest. July et Prisca Bachelet, la première fois, juste après le Pont de Saint-Cloud s’étaient fait cueillir par les gendarmes et embarqués pour Beaujon. Quant à Edern Hallier, il n’aurait pas à prétexter un départ «en week-end» à Deauville avec sa Jaguar car on avait omis de le mettre au parfum. Trop bavard ! Nous savions tout car l’immonde Gustave avait déjà bavé à son correspondant des RG. Les troupes de choc de la GP allait pénétrer de force dans l’usine de Flins et affronter l’encadrement. Ensuite, repli en bon ordre et évacuation par une tranchée d’égout à ciel ouvert. Ce vieux salaud de Gustave se marrait doucement car lui n’en serait pas alors que nous venions de nous jeter dans les pattes des frelons arythmiques.

 

L’atmosphère de la réunion, à la fois enfumée et chargée d’électricité, nous donna un avant-goût de ce qui nous attendait. Ça ne relevait pas de la folie ordinaire mais d’une forme très élaborée – le marigot étant très majoritairement squatté par des têtes d’œufs – de frustrations rancies. Que des mecs frustrés sexuellement, détestant leurs corps, qui tentaient de masquer sous leurs discours péremptoires leur impuissance. La clandestinité revendiquée, célébrée, abritait, réchauffait même, une forme étrange d’homosexualité de machos sans humour. Ces fils de bonnes familles donnaient l’impression de chercher à s’enlaidir, physiquement et moralement. Pitoyables ! Le statut « de seul prolo du Comité Exécutif de la GP »réservé à cette enflure de Gustave, par ces « petits-bourgeois-intellos », en disait long sur l’épaisseur de leur aveuglement et de leur indécrottable connerie. Ce gros postillonneur, trapu, ventru, hâbleur, tenait le haut du pavé. Ils l’écoutaient débiter ses « hénaurmités » dans un silence religieux, l’approuvait, le révérait, l’adulait telle une star. Gustave, archétype du prolo, péteur, roteur, ratiches pourries, tarin bourgeonnant, mains au cul des gonzesses, les rassurait. L’idée sous-jacente, pour eux, justifiant leur idolâtrie, était d’une simplicité biblique : « si d’authentiques prolos comme Gustave se rallient à notre cause c’est que nous sommes dans le vrai. Syllogisme de bac à sable digne de normaliens égarés dans une Révolution d’opérette.

 

Tassés en bout de table nous nous gardions bien d’intervenir. Benoît, analysait le fait nouveau qu’il venait de découvrir, ce vieux salingue de Gustave avait menti à son « agent traitant » des RG : il faisait bien parti du premier cercle entourant Pierre Victor, le « Raïs » de la GP. Ça confirmait leur analyse qu’il était plus facile d’infiltrer un prolo chez des intellos que l’inverse. Nul besoin pour ce pourri de Gustave de posséder leurs codes, leurs tics de langage, leurs références livresques, leur dialectique impeccable pour être admis, il lui suffisait d’apparaître modèle déposé, idéal, insoupçonnable donc, des « larges masses ». Là où Gustave les bernait c’est lorsqu’il minorait sa capacité d’influer sur le cours des évènements. Il comptait. Il pesait lourd et profitait de la situation sur les deux tableaux. En le regardant plastronner, Benoît comprenait mieux la portée de son avertissement à Armand lors de leur première rencontre Gare du Nord : «  Tu sais mec comme je suis un bon zig, et même si je m’occupe de ce qui ne me regarde pas, faut que je te dise que je ne comprends pas tout ce tintouin qui font pour cette bande d’enculeurs de mouches. Que des va-de-la-gueule ! Toi, je ne sais pas d’où tu sors, mais je t’aurai prévenu, faudra pas dire que t’savais pas, tire tes arpions de ce nid de petits frelons, y sont tellement cons qu’un jour y seront capables d’en faire des conneries. Tu vois ce que je veux dire… ».

Partager cet article
Repost0
30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 07:00
1968_mai_renault_flins_controle_acces_de_l'usine |

1968_mai_renault_flins_controle_acces_de_l'usine |

À la GP, comme l’initiative des actions relevait de la soi-disant volonté des larges masses, la réflexion d’un héros de Kafka « je suis mandaté, mais je ne sais pas par qui ! » s’appliquait sans aucune limite. La hiérarchie, très laconiquement avait prévenu, le plus difficile ne serait pas de s’infiltrer mais d’influer sur les décisions car la bureaucratie du premier cercle veillait sur Pierre Victor, comme des ouvrières obnubilées sur la Reine de la ruche. Dans une configuration normale le rôle d'infiltré aurait du tendre à manipuler les dirigeants, à les pousser à la faute pour que l’opinion publique ait peur, qu’elle se réfugie sous le manteau protecteur du pouvoir en place. Raminagrobis de Montboudif voyait d'un très mauvais œil la montée de l'Union de la Gauche. Il ne voulait pas laisser le monopole de l'ordre au PC saoulé de coups par les gauchistes à qui les socialistes jouaient une danse du ventre effrénée. Ici, la tactique était inverse, nul besoin de manipuler les maos, il suffisait selon les chefs de la Grande Maison de leur laisser la bride sur le cou. Facile à dire : conduire un attelage de cette nature, en lui laissant la bride sur le cou, relevait du grand n’importe quoi. Et c’était du grand n’importe quoi. Benoît et Armand allaient le vérifier dans les heures qui suivirent. À leur grande surprise ils voyaient débarquer d’un bloc l’état-major de la branche armée, avec ce je ne sais quoi de morgue propre à ceux qui dressent des plans en chambre, qui envoient la piétaille se faire massacrer, qui sont prêt à tout sacrifier, sauf eux, à la cause. Dans la clandestinité, la vraie, celle où sa vie en jeu, on cloisonne, on se fait discret, on évite de se réunir en des lieux connus et surveillés par la police, alors que ces petits messieurs au verbe haut plastronnaient. Aux côtés d’Olivier, le Gamelin de la GP, se tenait, hilare face à leur étonnement non feint, l’inénarrable Gustave, plus Gustave que jamais.

 

Les présentations relevèrent du grand guignol. Gustave déjà fortement chargé, se plantait face à eux, rotait tout en grattant, de sa main gauche, ses burnes dans le tréfonds de son calbar, empoignait de son autre main velue et sale le bras du général en chef, qui semblait apprécier au plus haut point cette familiarité, et avec toute la vulgarité dont Armand le savait capable il lançait à la cantonade : « Ce gars-là, y’a pas mieux en magasin les têtes d’œufs ! L’a pas fait vos grandes écoles à la con et jamais pété dans la soie, lui, mais sous sa tronche de grand costaud qui peut se tringler les plus putes de vos putes de sœurs quand y veut ou il veut, y’a du répondant. Ça turbine sec les méninges. Pas votre bouillie pour chiots les phraseurs, du chiadé… » Gustave laissant ses glaouis en paix, en un geste circulaire et théâtral, pointait son index en direction des officiers subalternes et autres porte-serviettes : « Mon petit poteau à moi, qu’en a autant que vous là-haut, lui y sait se servir de ses dix doigts. Pas manchot ou mains blanches, le meilleur artificier que je connaisse. Pas un fabriquant comme vous de petites merdes qui pètent très fort, non, des trucs pour tuer. Des bouts d’os, de la bidoche et du sang sur les murs qui sont le meilleur lieu pour la racaille du patronat et les lopes politiciens. Avec lui on ne va pas se faire chier. Je propose qu’on l’appelle : Maroilles car putain de Dieu y’a pas meilleur qu’un bout de Maroilles trempé dans ton café au lait. Ça vous ne pouvez pas le comprendre vous qu’avez tout juste sucé que les tétons de votre mère… » Ponctuant ses fortes paroles bues par une assistance recueillie Gustave pétait à se déchirer la rondelle. La messe était dite. Armand en était et il ne restait plus qu’à suivre la troupe drivée par l’improbable couple Gustave-Gamelin. Comme Benoît était sous la protection d’Armand nul ne s’inquiéta de sa présence dans le saint des saints de la GP.

Partager cet article
Repost0
29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 07:00
Chaîne de montage, usine Renault de Flins 1975 © Berretty/Rapho/Eyedea

Chaîne de montage, usine Renault de Flins 1975 © Berretty/Rapho/Eyedea

Pour s’imprégner de la ferveur guerrière de la bande de fêlés de GP, bien se pourrir la tête, penser comme eux, réagir dans la ligne, se laisser aucune place au doute et à la suspicion, Benoît avait dépiauté, heure par heure, le déroulé de la bataille de Flins, commencée le 6 juin 1968 lorsqu’en rase campagne, à trois heures du matin, un millier de CRS et de gendarmes mobiles, encerclèrent l’usine Renault. Le pouvoir trépignait, l’encre des « accords de Grenelle » était sèche depuis une semaine et demie, le boulot reprenait dans les PME, même les postiers redistribuaient le courrier, les trains roulaient à nouveau, mais à Flins, comme chez Citroën, Michelin, les métallos ne s’en laissaient pas compter. Les urnes brulaient. Pour les 10 000 « betteraviers » de Flins, pas de quartier : un half-track défonçait les grilles de l’usine, écrabouillait les braséros du piquet de grève pendant que le commandant de la compagnie, à l’aide d’un porte-voix, sommait les 200 hommes de veille de « se tirer, car ça va barder ! ». Ce qu’ils firent face au nombre. La guérilla ne faisait que commencer et l’état-major des insurgés : un front du refus multiforme : les durs des comités d’action, les basistes du 22 mars, même les ML d’Ulm s’y retrouvent, seule la JCR se tient à l’écart, entendait bien s’appuyer sur cet embryon insurrectionnel pour enclencher la bataille décisive.

 

Flins symbole de la modernité, l’usine aux champs, loin du bastion de l’Ile Seguin, cette drôle d’usine, mal foutue, construite sur cinq niveaux ; les tôles embouties au rez-de-chaussée grimpaient par ascenseur jusqu’au 3ième étage pour assembler les carrosseries qui ensuite montaient au 4ième pour la peinture puis redescendaient au second pour la sellerie où l’on fixait les sièges… Pas rationnel tout ça. Et, en plus, une CGT omniprésente qui tenait Dreyfus, homme de gauche, par la barbichette. À Flins, les ingénieurs s’en sont donnés à cœur joie, un seul niveau, des champs de betteraves à perte de vue – d’où le surnom de ces néo-ouvriers tirés des grandes exploitations voisines qui, elles aussi rationnalisent, mécanisent, et qui se trouvent projetés au milieu d’une population d’immigrés : Espagnols, Portugais, Africains, Yougoslaves – Les ateliers s’agrandissent, se modernisent. Les cadences augmentent. Le succès commercial de la Dauphine donne des ailes et le bureau d’embauche ne désemplit pas. L’usine fait aussi pousser des barres d’immeubles pour loger les ouvriers ont aux Mureaux, Bougimont, la Vigne Blanche, Elisabethville. Dans cette dernière bourgade, au nom fleurant bon la colonisation africaine, va se retrouver à l’épicentre de la bataille de Flins. La direction de la Régie, depuis la fin des années 60, veut donc saigner à blanc Billancourt, alors les m2 se multiplient à Cléon, au Mans et à Flins pour passer la surmultipliée : pour la Dauphine l’objectif est de 2000 véhicules/jour.

 

L’héritière de la 4Cv des congepés, la Dauphine, va se révéler une petite nerveuse, sportive, en 1957, elle remporte le tour de Corse et en 1958, c’est la victoire dans le Monte Carlo. À Flins, l’effectif dépasse 8 000 personnes et 250 000 Dauphine sortent des chaînes. Pierre Dreyfus l’ami de Lefaucheux, PDG et père de la Dauphine, décédé accidentellement au volant de sa Frégate, vice-président du conseil d’administration de la Régie Renault depuis sept ans, accepte finalement de prendre la direction de la Régie Renault. Flins qui connaissait la réputation plutôt timide et réservé de l’homme découvre un capitaine décidé et volontaire. Ici la syndicalisation est faible, la CFDT chahute la CGT qui ne tient pas l’usine. D’ailleurs, l’usine de Flins s’est mise en grève seulement le 16 mai alors que les lycées, les universités et beaucoup d’entreprises avaient déjà cessé le travail et que la grève générale avait été votée le 13 mai. Le rapport des RG notait : «  Le lundi 13, on a senti un frémissement dans l’usine. Les débrayages ont été  importants le matin, et l’après-midi beaucoup d’ouvriers sont allés à la manif à Paris. Cependant l’encadrement ne s’imaginait pas que quatre jours plus tard, l’usine serait en grève générale. L’occupation a été immédiate. La CGT se situe plutôt sur la base de revendications salariales, tandis la CFDT met en avant le problème du droit syndical et les conditions de travail (la semaine est de 47 h 10 avec des journées de 9 h 40. De nombreux postes sont très pénibles. Tous les éléments d’une grève dure et incontrôlable par les appareils syndicaux se sont mis en place spontanément. »

Partager cet article
Repost0
28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « Le peuple palestinien n’existe pas. Il n’a pas le droit d’exister… » Benny Levy, alias Pierre Victor (57)

Pour Pierre Victor, le Raïs de la GP, le faux clandestin reclus au fond de Normale Sup, petit brun affublé grosses lunettes d’intello qui donnaient, à son regard « gris et froid comme celui d’un héros de James Hadley Chase » (Claude Mauriac dans son journal Le Temps immobile vol 3 l'attribue à Gilles Deleuze…), la dureté consubstantielle à sa position de chef suprême, la « guerre civile » ne pourra être menée par la classe ouvrière sans que des flots de sang soient versés. Le gourou fascinait son entourage, sa douzaine de zélotes, par son verbe brillant, son goût de la synthèse et l’art qu’il avait de déceler chez ses interlocuteurs la faille dans laquelle il s’engouffre sans pitié – l'autocritique étant à la GP la seule thérapie autorisée. Tout passait par lui, il auditionnait ses lieutenants et parfois même de simples hommes de troupes, dépiautait leurs dires, tranchait, approuvait ou désapprouvait, sans appel possible, lançait des ordres du jour délirants. Ses batailles de référence, Flins et Sochaux, ses Austerlitz à lui, loin des bastions tenus par ceux qu’il nommait avec mépris les chiens de garde du PCGT, dans le terreau vierge des prolétaires, fondait sa stratégie militaire. Ceux qui n’ont pas connu cette période de diarrhée verbale putride et délirante ne peuvent comprendre l’ambiance qui régnait dans les hautes sphères de la GP. Benny Levy, alias Pierre Victor, confiait à Michel Foucault en 1972.

 

 « Soit le patron d’une boîte moyenne, on peut établir la vérité des faits, a savoir qu’il a exploité les ouvriers abominablement, qu’il est responsable de pas mal d’accidents du travail, va-t-on l’exécuter ?

 

Supposons qu’on veuille rallier pour les besoins de la révolution cette bourgeoisie moyenne, qu’on dise qu’il ne faut exécuter que la toute petite poignée d’archi-criminels, en établissant pour cela des critères objectifs.

 

Cela peut constituer une politique tout à fait juste, comme par exemple pendant la révolution chinoise…

 

Je ne sais pas si cela se passera comme cela ici, je vais te donner un exemple fictif : il est vraisemblable qu’on ne liquidera pas tous les patrons, surtout dans un pays comme la France où il ya beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

 

Sympa le petit juif pro-palestinien, enfin un politique qui se préoccupait du sort des PME, qui dans les années 80  jettera sa défroque marxiste par-dessus bord pour renouer avec le judaïsme de son enfance, un judaïsme ultra-orthodoxe, il deviendra rabbin et affirmera toujours aussi implacable  « Le peuple palestinien n’existe pas. Il n’a pas le droit d’exister… »

Partager cet article
Repost0
27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Les têtes d’œufs de la GP, sinistres, fuyaient le sexe considéré comme la faille suprême où la pureté révolutionnaire risquait de s’engloutir, se diluer (56)
La résistible ascension de Benoît H Les têtes d’œufs de la GP, sinistres, fuyaient le sexe considéré comme la faille suprême où la pureté révolutionnaire risquait de s’engloutir, se diluer (56)

Les « nouveaux barbares » étaient en retard ce qui leur laissait tout le loisir de contempler quelques beaux spécimens de petits culs des beaux quartiers qui cherchaient des mains prolétariennes, rudes et calleuses, pour connaître le grand frisson que seules les « larges masses », fleurant bon la sueur et le cambouis, pouvaient leur procurer. Ils ne raillaient pas, elles n’attendaient que ça. Les têtes d’œufs de la GP, sinistres, fuyaient le sexe considéré comme la faille suprême où la pureté révolutionnaire risquait de s’engloutir, se diluer, alors ils combattaient et réprimaient les délices de la chair comme l’opium des fils de bourgeois en quête de rédemption des maîtresses de leurs pères et des amants de leurs mères. Cet ascétisme ne pouvait que profiter à ceux qu’ils vénéraient : les prolos. L’érection des damnés de la terre en phares de la Révolution les plaçaient en position de se servir à volonté au grand festin du cul. Les sources de basse-police brodaient avec délectation sur les parties de jambes en l’air entre les belles héritières et la nouvelle race des élus dans les alcôves des grands appartements du Triangle d’or. On aurait cru qu’ils tenaient la chandelle les balourds des RG.

 

Des amuse-gueules, ces mijaurées en jeans les mèneraient droit au lit de leur mère. Ils allaient se goinfrer. Avant le festin, Benoît et Armand devaient assurer leurs arrières. Benoît, en bon ramier qui bossait comme un perdu lorsqu’il se retrouvait au pied du mur, l’adrénaline était son seul moteur. Dans les derniers instants, avant d’affronter un truc important, il était capable d’absorber des tonnes de renseignements, de les trier, de les analyser, de les hiérarchiser et, après une bonne nuit de sommeil, d’en faire son miel. Avant de venir affronter les frelons Benoît avait bouffé tout ce que ses très chers confrères avaient gratté sur l’opération Flins de juin 68 menée de mains de maître par les révolutionnaires en peau de lapin. Comme le disait Fouché – pas Christian, mais l'autre, le vrai, l’inventeur de la police politique moderne – toute personne à un prix mais pour l’acheter, sans ruiner le Trésor Public, il suffit de la dévaluer. Les fiches sont d'excellents dépresseurs de prix et, tout pur et dur qu’il soit, le gauchiste peut aussi se trimballer des casseroles dont le bruit pourrait importuner ses camarades, surtout les grands guides toujours prompts à condamner et à jeter les déviants dans les ténèbres extérieurs. Benoît disposait donc d’une relation crédible, vu de l’intérieur du mouvement, qui me permettait d’aborder les chefs militaires de la GP, surtout ceux qui avaient joué un rôle  éminent dans l’équipée de Flins, sans me prendre les pieds dans le tapis.

 

Cette pelote, le crédibilisait des deux bords, dans le bordel ambiant et la paranoïa des huiles de la Grande Maison collant aux obsessions de Marcellin, plus ce serait gros mieux ça passerait. Il fallait leur en donner pour leur argent. Entre autre connerie, les frelons de la GP les enfilait comme les saucisses et les petites filles en fleurs, le Grand Timonier variqueux, dans son petit livre rouge, avait déclaré pour stimuler les larges masses : « Mourir, c’est toujours grave ; mais mourir pour le peuple, c’est léger comme une plume… » L'état-major de la GP, au nom du son nécessaire sacrifice pour le peuple, avait besoin de martyrs et ce fut le malheureux Gilles Tautin, noyé accidentellement le 10 juin dans la Seine, alors qu’il tentait d’échapper aux gendarmes mobiles. Il avait eu l'insigne honneur de voir son nom gravé dans le marbre du mausolée de la Révolution prolétarienne, nouveau Panthéon des sacrifiés de la longue marche des partisans de la prise du pouvoir par les damnés de la terre. Même  si la soldatesque de Marcellin, avec son nouvel équipement : visières anti gaz, bouclier en plastique, plus mobile, mieux aguerrie à la guérilla, n’avait pas à proprement parlé poussée Tautin à la baille, on l’accusait de l’avoir sciemment laissé mourir en ne lui portant pas assistance. Ce qui était faux puisque d’autres baigneurs involontaires avaient été tirés de l’eau par les gendarmes. Le cadavre embaumé de Tautin, modeste tireur de portraits pour La Cause du Peuple couvrant la bataille de Flins, allait être instrumentalisé par les « maos » dans un exercice dont les français raffolent : la commémoration de la date anniversaire de son « assassinat ». Un an après, commémorer « l’assassinat » du martyr permettrait, selon l'état-major de la GP, de raviver la violence insurrectionnelle pour qu’elle explosât à la gueule des chiens de garde du capitalisme.

Partager cet article
Repost0
26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Pour la première fois de sa vie Benoît découvrait les délices vénéneux d’une forme étrange de fornication (55)

L’essaim bourdonnait. Benoît et Armand croisaient dans le hall de Louis le Grand l’un des meneurs de la GP des khâgneux, Guy Lardeux, drapé dans son long manteau de cuir noir battant les talons de ses lourdes bottes. Le louangeur de Béria, se la jouait Guépéou avec un zeste de dandysme canaille en se trimballant en permanence avec une canne gourdin : son instrument de travail pour casser du facho, tout particulièrement les fafs d’Occident. Leur allergie viscérale pour les apprentis bolchevicks, ceux qui n’avaient pas mouftés lorsque les chenilles des chars des pays frères écrasaient le printemps de Prague, les poussait à aller lui taper sur l’épaule pour lui montrer les mains d’Armand bousillées par la tôle Citroën et le traiter de petit branleur. Bien sûr, ils s’abstinrent, mais tout en grillant une cigarette, ils étaient en avance, ils ne pouvaient s’empêcher de penser à Pierre Clémenti. Le Pierre Clémenti de Belle de Jour, avec sa gueule cassée, ses ratiches d’acier, ses chaussettes trouées et sa dégaine de petite frappe. Lui, au moins, dans la chambre minable du HBM, où Catherine Deneuve, grande bourgeoise en mal de souillure, venait faire des passes, il collait bien à son personnage. L’habitait.

 

Benoît lui devait ses premiers phantasmes. Au Modern, en mai 1967, sur le remblai des Sables d’Olonne, lorsqu’il sortait de la projection de « Belle de Jour », un trouble profond le taraudait, et le bas-ventre, et la tête. En dépit de la faiblesse de son argent de poche il s’offrait une nouvelle séance. Pour la première fois de sa vie Benoît découvrait les délices vénéneux d’une forme étrange de fornication. Là, sous ses yeux, Deneuve-Séverine, s’humiliait, quémandait, suppliait, atteignait l’extase sous les coups de boutoir d’un petit voyou minable. La couche vulgaire de la maison de passe d’Anaïs en rupture avec le charme discret des lits jumeaux du domicile conjugal, où Deneuve-Séverine se refusait au beau Jean Sorel son mari, l’attirait comme un aimant. Les femmes étaient-elles ainsi faites ? Double : épouse et amante, leur fallait-il, pour atteindre les sommets, l’abandon absolu, un mari intelligent, brillant, promis à un bel avenir et, dans la fange, le stupre, le foutre d’une racaille sans envergure ?  La face cachée de l’amour physique, sa part bestiale faite de slip arraché, de violence partagée, sabbat de chair, volupté suprême : le sourire extatique de Deneuve-Séverine le déchirait.

 

Comme l’écrivait d’une main, avec gourmandise, ce vieux pédéraste de Mao, en fouinant de l’autre dans la petite culotte des petites filles en fleurs : « Feu sur le quartier général » : 打司令部──我的一大字  pào sīlìngbù zhāng. Dans le nid de frelons la tête de Benoît grésillait, une envie cataclysmique de se vautrer dans le lit d’une grande bourgeoise le consumait. Son pote Armand, à ses côtés, se gondolait. Lui qui se fadait tout ce gris sur gris de l’atelier 86 rythmé par le lancinant déroulé de la chaîne s’ajoutant au plomb de ses reins cassés, au gras de la tambouille de la cantine, aux brimades des petits chefs, à l’infinie résignation de ses compagnons de galère, sortait par tous les pores de ma peau. Suintait. Puait. Alors oui, feu sur le quartier général ! Il leur fallait reprendre l’initiative. Sortir de la nasse. En clair, devenir des agents double. Trahir tout le monde. S’installer à leur compte. Tirer parti de la situation. Jouir sans entrave comme les murs de la Sorbonne le proclamaient. Comme l’actionnaire majoritaire de notre petite entreprise était ce paranoïaque de Marcellin, nous allions le gaver de dividendes. Lui servir la soupe qu’il espérait : la main du KGB via Georges Habache et le FPLP, celle vérolée du Mossad pour les attaques de banque et, bien sûr, cerise sur le gâteau, celle tentaculaire et omniprésente de la CIA qui, pour l’attentat de la Piazza Fontana à Milan, charge l’extrême-gauche qui a le dos si large. Restait à convaincre les adorateurs des larges masses de marner pour leur compte au moindre coût. La voie s’avérait étroite.               

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents