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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 08:00

Dangerous Liaisons | Michelle pfeiffer, Liebschaften, Schöne fotos

Avant l'irruption de Marie dans ma vie j'adorais me glisser dans la peau du libertin. Dans ces temps où le péché de chair pour les filles gardait un goût de fruit défendu, conduire hors du sentier balisé l'innocente victime, la séduire, l'amener dans ses filets, procurait des émotions fortes. Faire œuvre de séduction pour un libertin c'est suivre un plan déterminé, avoir un projet. Tout est dans l'avant, la traque, l'attente, la jouissance suprême de voir la caille innocente s'engager sur le chemin de l'abandon. Le libertinage est cérébral, on y manipule le cœur humain, on y est patient, calculateur. Se contrôler, ne pas céder à la passion, éviter l'écueil de l'amour forment l'armature froide du projet libertin. Dans ce jeu cruel, où la victime devient très vite consentante, l'important pour le libertin est de ne pas être conduit à son insu là où il n'a pas prévu d'être. Toute la jouissance vient de ce contrôle sur ses actes, ses sentiments, ses pensées et d'exercer sur l'autre un empire total. Comme dans un jeu d'échecs il faut toujours prévoir le coup d'après. Mais une fois l'acte accompli l'angoisse du vide vous saisit. On n'est plus qu'un animal à sang froid.

 

Comme dans les Liaisons Dangereuses j'avais levée, en mon pays, ma Mme de Tourvel. Femme mariée, aux yeux de biche effarouchés à peine masqués par sa voilette légère de pieuse se rendant à la messe du matin. Jeune, très jeune prisonnière de la couche d'un barbon ventru et moustachu, au portefeuille épais, pour moi ces messes matinales ne pouvaient être que le change donné à sa sèche et impérieuse belle-mère. Il me fallait donc me placer sur son chemin avec une régularité qui attiserait sa curiosité. Ce que je fis sans jamais lui adresser autre chose que des regards appuyés. Après avoir baissé les yeux puis sourit, je pressentis qu'une révolution s'opérait. Elle devait, avant son départ du domicile conjugal, ruser, se donner des frayeurs extrêmes. Restait pour elle à franchir une nouvelle étape : me donner le premier signe de sa soumission. Le printemps à cette vertu que les matins y sont souvent tendres. Ce matin-là, sa trajectoire ordinaire s'incurva et la belle, d'un pas vif, gagnait la place des tilleuls. Dans ma ligne de mire, elle posait le pied sur un banc de pierre dévoilant une jambe galbée d'un bas de soie. Imperméable à sa volupté j'exigeais d'elle plus encore. Ce qu'elle fit. Sous un imperméable mastic, perché sur des hauts talons, elle me présenta avec des yeux implorants son corps harnaché de dessous blanc. Nos amours dans les prés hauts de Bibrou furent catastrophiques, elle attendait, soumise, ma jouissance, alors que c'était la sienne dont je voulais.

 

Marie m'ôta ce carcan de froideur. Moi, le silencieux, le garçon qui tient tout sous contrôle, je me laissais aller à lui confier mes peurs et mes faiblesses. Cet abandon je le devais à l'absolue certitude, que le temps m'aurait démenti, que jamais Marie ne retournerait ces armes contre moi. Nous étions si différents, nos origines étaient aux antipodes, mais notre nous s'érigeait sans question, avec naturel. Elle me donnait la chance de m'aimer moi-même, de me départir de mes hautes murailles. Jamais nous ne faisions de projets. Nous vivions. À chaque moment, seuls ou ensemble, nous inventions notre vie. Tout ce que je te confie semble idyllique, une reconstruction du passé idéalisée, alors que nous eûmes des orages, des divergences mais ce ne furent que des scories dont nous avions besoin de nous débarrasser. J'abordais notre vie à deux avec dans ma besace de jeune homme rien de ce qui encombre les gens de mon âge : tous ces désirs refoulés qui le jour où la flamme décline resurgissent à la surface.   

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 08:00

 

Le matin nous allions à vélo, par le sentier côtier, jusqu'à l'anse des Soux. Au soleil levant l'eau, d'une extrême transparence, semblait de pur cristal. Marie l'intrépide s'y plongeait sans la moindre hésitation et, de son crawl fluide et silencieux, elle filait vers le large. Moi je m'adossais à la pente sableuse pour lire. De temps à autre je relevais les yeux pour repérer le point blanc du bonnet de bain de ma naïade favorite. La montée du soleil m'emplissait d'une douce chaleur mais je ne pouvais réchauffer la pointe d'angoisse qui ne disparaîtrait que lorsque Marie serait de nouveau à portée de ma brasse minable. L'océan, avec ses airs paisibles, me déplaisait. Je connaissais sa nature profonde, charmeuse et hypocrite comme celle de tous les puissants. À la fin juillet, en un accès de rage soudain, de ses entrailles obscures, il avait enfanté une tempête féroce. Avec Marie, blottis dans la faille d'une falaise, à l'abri du vent et des embruns, pendant des heures, nous nous étions grisés de ses outrances. Dans le grand lit de la Ferme des Trois Moulins, ce soir-là, pour conjurer ma peur, j'avais pris Marie avec une forme de rage désespérée. Après, blottie dans mes bras, elle m'avait dit « Tu m'as baisé mon salaud, c'était vachement bon... »

 

Écrire que notre nous aurait survécu aux pires tempêtes comme à la mer d'huile du quotidien me semble dérisoire. J'en ai la certitude mais j'aurais préféré qu'il se disloquât sous nos faiblesses ou, pire, avec l'irruption d'un autre, plutôt que de le voir trancher ainsi sans appel. Même si ça emmerde tout ceux qui pataugent dans le foutre et le cul, l'amour heureux existe. Ne venez pas me faire chier avec des railleries sur l'eau de rose ou le sucre Candy et toute autre vacherie. Même maintenant que je suis au régime sec ma faculté de vous faire une tête au carré, de vous bourrer le pif, de vous foutre ma main sur la gueule, reste intacte. Marie et moi, dans la grande loterie des rencontres, étions l'exception qui aurions confirmé la règle de notre génération championne du divorce. À cet instant, alors que je m'échine à ne pas décrire par le menu nos 52 jours passés à vivre simplement ensemble, je sais que nous serions, trente ans après, les mêmes. La vie nous aurait sans doute cabossés mais les autres envieraient notre amour intact. Présomptueux me direz-vous ? Sans doute mais, je me connais, toute l'énergie que j'ai déployé à m'avilir, je l'aurais, avec encore plus de force et de pugnacité, tourné vers Marie. Quant à elle, n'y touchez pas, son coeur n'avait pas de limite et son ventre eut été fécond.

 

Le Printemps de Prague semblait résister aux grosses pattes de l'Ours soviétique. Notre PC national, toujours à l'extrême pointe de la collusion avec la nomenklatura du Kremlin, soutenait du bout des lèvres, les initiatives du parti frère. Grand progrès par rapport à l'insurrection de Budapest de 1956, où la chape de silence, la même que celle qui avait étouffé les cris de László Rajk et de ses compagnons d'infortune, exécutés à la suite des procès préfabriqués, en 1949. Le « socialisme à visage humain » d'Alexander Dubcek indisposait nos staliniens officiellement reconvertis. Marie espérait, Jean lui doutait de la capacité d'un parti unique à se réformer de l'intérieur, et moi j'avais la certitude que les gardiens du bloc ne pouvaient le laisser se fissurer. Mes talents culinaires explosaient. Moi, que ma très chère maman n'avait jamais laissé effleurer une queue de casserole, je me révélais un maître-queue inventif. Marie me charriait gentiment « Tu es l'homme parfait mon amour, où est la faille de l'armure ? » Et Jean de répondre « C'est qu'il n'a pas d'armure belle enfant... » Il avait raison, pour elle, je l’avais quittée.   

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 08:00

Le Port de la Meule Tergnier - Restaurant (adresse, avis)

Les mots me manquent et pourtant ils se bousculent dans ma tête, me font mal. Écrire sur un temps heureux, un temps de grand bonheur simple, se replonger dans son passé pour en extraire, non pas des souvenirs éteints, mais des braises vives, est une vraie douleur. Depuis ce fichu jour, chaque moment, tous nos instants, nos débordements, nos rires et nos fous-rires, les riens, tout ce qui était nous dont je ne retiens que ce qui était, elle, ma belle, le grain de sa peau, son parfum, la soie de ses cheveux, le lac de ses yeux, mon envie d'elle, ma fièvre aussi, l'amour comme on dit, je les retiens tout au fond comme des biens précieux, enfouis, protégés de l'oubli. Pas un jour, pas une nuit, sans les avoir exhumés pour tenter de conjurer mon malheur, de revivre. Vain combat, jamais entamé, toujours perdu, mais seul moyen de perdurer, de traîner ma vie comme un boulet. Et pourtant ce fardeau n'était rien, aujourd'hui enchaîner des mots en des phrases heureuses me plombe. J'ai envie de gueuler pour qu'on vienne me sauver. Face au silence, à l'indifférence je me contente de pleurer sur ce qui n'est, après tout, pour les autres, rien qu'un tout petit malheur.

 

Ce vieux salaud d'Achille lui fit une fête d'enfer. Jean et moi arborions des salopettes Adolphe Laffont bleu marine flambant neuves. Nous les avions achetées à la Coop Maritime. Avant que le bateau n'accoste, nous nous étions fait chambrer copieusement « Y’a pas à dire ça rapporte plus de vendre du vermoulu aux parigots que d'aller aux casiers les gars... Faudra tout de même qu'on se cotise pour lui acheter des souliers au Jean. La sandale en plastique c'est bon pour aller aux berniques mais pas pour faire le gandin... » Imperturbables nous les laissions dire. Lorsque Marie apparut en haut de la passerelle de débarquement, Achille se faufila sitôt entre les jambes du flux descendant. Jean marmonna entre ses dents serrées sur son tuyau de pipe éteinte « La classe... du rare mon petit... » Il faut dire que tout de blanc vêtue, Marie prenait si bien la lumière de l'Ile d'Yeu, un blanc de bleu, pur, qu'elle semblait tout droit sortie d'une toile de maître peinte a tempera.

 

Nous ne nous sommes jamais embrassés comme ce jour-là. Les marins, bouche bée, nous protégeaient de leur silence. Je crois que nous étions beaux tout simplement. Jean décréta que c'était un jour à langouste. En dépit de mon froncement d'yeux, le redressement de notre trésorerie était encore fragile, grand seigneur il nous embarquait dans la C4 jusqu'au port de la Meule. Notre déjeuner fut somptueux de simplicité, palourdes, langouste grillée, bar de ligne en croûte de sel, bien arrosé d'un Muscadet, avec un Jean au sommet de son art. Marie était aux anges. Au dessert, ce grand escogriffe, tout en frottant ses éternelles allumettes qui n'allumaient jamais rien, demanda le silence. C'était cocasse puisque lui seul parlait. Tout d'abord, il commandait du champagne. Le patron confus avouait qu'il n'en avait point. Nous nous rabattîmes sur un Saumur à bulles. Il était tiède. Jean gazouillait « Mes amis, c'est ma décision, mon service en vieux Rouen, c'est mon cadeau pour votre mariage... » 

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 08:00

 

Marie avait dû différer son départ pour Yeu afin de régler son dossier universitaire. Elle ignorait que je m'y trouvais déjà. Au téléphone je lui racontais des bobards. Officiellement je faisais la moisson avec mon père ce qui expliquait que je ne pouvais la joindre que tard dans la soirée. Il n'empêche que je piaffais d'impatience. Pour me calmer, sous la lune, j'allais en compagnie d'Achille, me jucher sur l'une des tours du vieux château, face à l'océan et j'échafaudais le scénario de notre première journée ensemble sur l'île. J'avais prévenu Jean : je m'octroyais un jour de congé. Ce vieux gauchiste avait ronchonné, sans doute un peu jaloux de cette future rivale. Nos journées étaient bien remplies, l'affaire tournait bien. Mon plan de rigueur, suite à l'incident des enchères, portait ses fruits. Nous allions pouvoir de nouveau claquer un peu de fraîche. Je me découvrais expert dans le maquillage de comptes, je ne savais pas que ça me servirait dans une autre vie, plus glauque. Ce que je préférais dans notre turbin c'était chiner et livrer. La chine c'est l'art d'enfumer le gogo, de lui faire accroire que certaines de ses petites merdes ont de la valeur, de bien les payer, pour mieux le rouler dans la farine en y incluant la seule pièce de valeur. Jean, à qui on avait toujours envie de donner deux balles pour qu'il se fringue en un peu mieux qu'une cloche, était un maître. Je me délectais, surtout chez les vieilles peaux permanentées.

 

Pour les livraisons ce qui me fascinait c'était les intérieurs de nos clients. Je découvrais, chez ces gens-là, l'extrême élégance du beau niché derrière les modestes façades chaulées des petites maisons îliennes. Loin de l'ostentation des villas de la Baule, cette gentry de gens fortunés, cultivait le simple et le bon goût. Jean excellait là aussi. Nous passions des heures à converser avec eux, autour d'un verre de Muscadet ou de Gros Plant. Jean était des leurs. Moi, à chaque visite, je n'arrivais pas à sonder la profondeur du fossé culturel qui nous séparait. C'était affreux, j'étais un ignare. Déjà, avec le père de Marie, face à ses toiles, en l'écoutant, je me sentais nu, mal équarri, un fils de paysan. En d'autre temps, c'est-à-dire avant l'irruption de Marie dans ma vie, je me serais rué sur des livres. Je me serais goinfré. J'aurais bachoté. Gavé comme un canard gras j'aurais pu étaler ma culture fraîche. Là, à ma grande stupéfaction, j'écoutais. Je m'imprégnais. Après dîner, en sirotant des bières, Jean, avec force de digressions, ajoutais des couches aux strates du jour. Parfois, au téléphone, avec Marie, je devais réfréner mon envie de lui parler de mes découvertes.

 

Juste avant le 14 juillet, enfin, Marie m'annonçait qu'elle partait pour l'Ile d'Yeu. « Viens me rejoindre pour le week-end du 14 me disait-elle... »

 

- S'il fait beau ça va être dur. La moisson n'attend pas...

 

- Moi je t'attends. Tu me manques...

 

- Alors j'y serai.

 

L'ambiguïté de ma réponse me plut. Marie était aux anges. J'ajoutai pour ajouter une touche de mystère « C'est dit nous y serons...

 

- Tu ne viens pas seul ?

 

- Surprise ma belle...

 

- Une vraie ?

 

- Une énorme !

 

- Une bonne ?

 

- Tu verras petite curieuse...

 

- Un petit indice pour te faire pardonner...

 

- Me faire pardonner quoi ?

 

- Ton absence...

 

- Alors pas de prob’,  petit coeur ma surprise est à la hauteur de ton pardon.

 

- Dis-moi ?

 

- Je t'aime ! Pense aux femmes de marins...

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 08:00

 

Jean RIGAUD (Bordeaux, 1912 - Paris, 1999)
"Les thonniers verts, île d'Yeu", 1967.

Les marins l'appelaient le « marchand de vermoulu » et se faisaient un devoir de lui faire prendre, à chacune de ses sorties, une mufflée. Mon baptême du feu se révéla redoutable. Après les bières nous étions passés au pastis et, sans nous avoir mis une quelconque nourriture sous la dent, l'heure du Cognac sonnait. Je pratiquais, autant que je le pouvais, la politique du verre plein sans toutefois pouvoir éviter d'en descendre quelques-uns. Jean semblait imperturbable. Droit, rallumant ostensiblement sa pipe toujours éteinte, dans le brouhaha, il me narrait sa « guerre d'Algérie » comme infirmier. Achille, le chien, me fixait de ses yeux tendres. Tous les deux nous allions aussi former une belle paire d'amis. On m'observait. Soumis au rite initiatique d'admission dans le cercle restreint des gus capables de marcher droit après une poignée d'heures passées à écluser sec je devais triompher. Aux alentours de minuit, avec la raideur hésitante de ceux qui sont pleins comme des huîtres mais qui veulent encore porter beau, Jean et moi, côte à côte, sans nous porter secours mutuel, quittions le bar en saluant les derniers piliers de bistrot. La C4 nous mena sans encombre jusqu'à la Ferme des 3 Moulins

 

Nous étions les seuls brocanteurs de l'île. Je dis, nous, car Jean, dès le premier jour, me présenta comme son associé aux voisins et aux clients. Située en bordure de la route qui mène de Port-Joinville à St Sauveur, au lieu-dit Ker Chalon, la « Ferme des 3 Moulins », bâtisse pourvue d'un étage et de dépendances, n'usurpait pas sa dénomination : ça avait été, au début du siècle, une des rares fermes de l'île, et nous étions entourés par trois Moulins transformés en résidence de vacances. Le magasin occupait tout le rez-de-chaussée, trois pièces, et Jean couchait dans l'une d'elle, dans un lit à colonnes partie intégrante du mobilier proposé à la vente. Ce lit, que nous disions toujours en voie d'être vendu, intriguait nos visiteurs. Un jour, las de ma réponse vaseuse, j'improvisai une histoire qui ravit mes interlocuteurs. Il y était question d'une nuit de tempête, du père de Jean parti accoucher la femme du sacristain de Port-Joinville, de la mère de Jean, elle aussi enceinte, et qui, seule, la cuisinière étant au chevet de son père à St Sauveur, mit au monde ce même Jean, dans ce grand lit en noyer. Jean trouva ça très drôle mais il me dit, sur un ton pour une fois très sérieux, « ne dis pas ça à mon père… » Bourgeois un jour, bourgeois toujours. Moi j'occupais le grenier qui nous servait tout à la fois de cuisine, de salle d'eau et de salle à manger. A la tête de mon lit un petit coffre-fort contenait notre fortune. Foin des exigences comptables et fiscales nous y mélangions les recettes du magasin, nos dépenses domestiques, les achats de meubles chinés, l'argent de poche de mon employeur et bien sûr mon salaire de travailleur au black.

 

Chaque matin, le père de Jean venait à pied nous rendre visite. Achille, le chien, courrait à sa rencontre. Jean, tel un gamin, trouvait toujours le moyen de s'éclipser. Le vieil homme s'asseyait dans un fauteuil et je lui rendais compte de notre activité, au début très honnêtement, puis, après l'incident des enchères à l'américaine, en maquillant la réalité tel un caissier de la mafia. Mon cher Jean avait fait des siennes. Près de la ferme des 3 Moulins, une association restaurait une petite chapelle et, pour financer les travaux, son président, un officier de la Royale à la retraite, mettait aux enchères des tableaux offerts par la colonie des peintres en villégiature sur l'île. Ce soir-là j'avais envie de dormir. Jean, de mauvaise grâce, se rendit seul à la vente. Dix fois, avant de partir, il me répéta « tu comprends, je suis obligé d'y aller pour faire plaisir aux notables, mais, je t'assure, je n'achèterai rien. La peinture ce n'est pas mon truc. D'ailleurs, rien que pour voir leurs têtes, tu devrais m'accompagner, nous rentrerons aussitôt... » Une telle insistance aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais, fatigué par ma journée de ponçage de meubles, je n'y cédais pas.

 

À minuit, alors que je dormais comme un bienheureux, un flot de lumière, des grommellements sourds et un bruit de verre me tiraient du sommeil. Jean, attablé face à une bouteille de Cognac bien entamée, semblait foudroyé. Assis sur mon céans je l'interpellai avec ménagement « allez, ne fait pas l'enfant, montres-moi le tableau que tu as acheté ? » En guise de réponse j'eus droit à des borborygmes renifleurs accompagnés d'une salve ininterrompue d'allumettes craquées et sitôt éteintes. Ce devait être grave alors je me levai. Il fallait que je joue serré. Une petite faim me tenaillait. Je fis des pâtes. Pendant qu'elles cuisaient, sans me soucier de Jean qui alternait apathie et excitation, je disposai nos couverts et j'ouvris une bouteille de vin rouge. Un premier signe de retour à la normale me conforta dans ma stratégie : Jean venait enfin d'allumer sa pipe et elle se mit à grésiller doucement. Après nous avoir servi je m'assis face de lui. Nous mangeâmes en silence. Jean le rompit. « C'est affreux ! Quand je pense que cette superbe petite marine, un bijou, va se retrouver au-dessus du buffet Henri II de Turbé le quincaillier... »

 

- C'est ça qui te met dans cet état ?

 

- Oui !

 

Je respirai d'aise.

 

- Y'a pire que ça, non...

 

- Pourtant j'ai mis le paquet.

 

- Combien ?

 

- Dans les 8 à dix mille...

 

- Tu t'es arrêté à temps. C'est mieux comme ça.

 

- Non j'aurais dû aller au bout !

 

- Ce n'est pas vraiment dans nos moyens.

 

Un silence s'installa. La mèche de Jean flottait au-dessus de son regard vitreux. Il descendit son verre de rouge. Fit claquer sa langue. Renfourna son tuyau de pipe entre ses dents et tout à trac me déclara « le problème c'est que c'était des enchères à l'américaine...

 

- C'est quoi cette engeance ?

 

- Tu couvres en liquide à chaque surenchère...

 

L'étendue du désastre me sautait à la gueule, dans un souffle je murmurai « alors t'as claqué 8 à dix milles balles pour des nèfles... » Jean opinait en affichant la tête d'un gosse pris les doigts dans le pot de confiture. 

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 08:00

 

 

Marie me pressait « Allez, soit pas fier, viens avec moi à l'Ile d'Yeu... » Je haussai les épaules sans répondre. « Alors on ne va pas se voir pendant deux mois ? » Elle tapait là où ça faisait mal. Je me regimbais. « T'en fais pas, je vais me débrouiller. Je t'appelle ce soir... » Aux Sorinières, le pouce levé, je regrettais ce départ précipité. Le stop marchait encore. À la maison on me ne posa pas de questions. Maman trouvait que j'avais maigri. Le clan des femmes s'activa pour me faire festin. Papa, pour la première fois, me parla politique. Notre première proximité. La mémé Marie, qui elle avait tout compris, interrompant son rosaire, me dit «  Elle est doit être jolie cette petite... » En lui montrant une photo de Marie je lui fis remarquer que maintenant j'avais deux Marie dans ma vie. Dans l'après-midi, le docteur Lory vint délivrer l'ordonnance de calmants pour le dos de la tante Valentine. C'était un type froid, avare de mots. Pourtant, ce jour-là, aimable, il me demandait « Tu fais quoi de tes vacances ? » Ma réponse évasive me valut une proposition qui me laissait pantois « Mon cousin, Jean Neveu-Derotrie, brocanteur, cherche, disons un homme à tout faire, pour l'aider. Deux mois à l'Ile d'Yeu ça te dirais ? »

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi qui suis né à quelques kilomètres de la mer je n'avais jamais quitté la terre ferme sur un quelconque bateau. L'avion, n'en parlons pas,  en ces années-là voyager était un luxe. À l'embarcadère de Fromentine, face à l'île de Noirmoutier, je découvrais notre navire propret, tout blanc, « la Vendée ». Les marins y embarquaient victuailles et fournitures entassées sur des palettes. Ils chargeaient aussi quelques voitures. Sur la jetée de bois, tout un petit monde de vacanciers, d'îliens, de passagers d'un jour se pressaient. Tout était allé si vite, je n'en revenais pas. Ma croyance dans les fenêtres ouvertes par le hasard se renforçait. Au téléphone avec Marie j'étais resté évasif, lui faire la surprise, aller la cueillir à son arrivée à Port-Joinville serait un vrai bonheur. Pour l'heure je me laissais aller à imaginer l'accueil de celui que je devais assister. D'une manière très étrange nous n'avions eu aucun contact. Au téléphone c'était son père, médecin de l'île, retraité, qui m'avait sondé. Plus exactement, l'homme, policé et courtois, m'expliquait que Jean, son fils, avait besoin d'une sorte de tuteur. Quelqu'un qui tienne les comptes, fasse les courses, la cuisine, assure en gros l'intendance générale du magasin de brocante de la Ferme des 3 Moulins. De prime abord étonné c'est avec un réel enthousiasme que j'avais accepté les conditions proposées.

 

Mon arrivée à Port-Joinville, sous un ciel si bleu, un air tendre et des bouffées de senteurs fortes, restera pour moi l'un des moments forts de ma vie. Jean Neveu-Derotrie était le sosie de Jacques Tati sans l'imperméable. Sa garde-robe se résumait en trois pantalons de tergal gris, deux chemises nylon blanches et une paire de sandales de plastic blanc. Mèche sur les yeux, pipe éteinte au bec, flanqué de son chien, appuyé aux ridelles d'une camionnette C4 il me tendait une main ferme et chaleureuse. L'homme était merveilleusement loufoque, cultivé. Au bar de la marine il me comptait son histoire de rejeton d'une famille où l'on était médecin ou dentiste. Lui s'était fait visiteur médical. Il sillonnait la France en fourgonnette J7 pour placer des matelas anti-escarts dans les hôpitaux et chiner toutes les vieilleries qui lui tombait sous la main. Militant au PSU, pacifiste, son sens des affaires consistaient à savoir acheter. L'argent ne représentait rien pour lui. Un vieux Rouen, une commode Régence ou un homme debout marqueté, ça lui parlait, ça le faisait bander. Capable des pires manœuvres pour acquérir le meuble ou l'objet sur lequel il avait jeté son dévolu il se fichait ensuite pas mal de vendre. Jean n'aimait rien tant que de voir son magasin empli de belles choses. C'était un esthète, un pur esprit, notre accord fut instinctif, immédiat. Sans paroles.

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7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 08:00

30 mai comme 30 mai 1968 - De Jour en Jour, La Politique au Quotidien

La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden, avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcé sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne sait pas encore, qu'en fait, c'est une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderont pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le maquignon de Montboudif. Avec Marie, en cette fin de journée, nous sommes assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti  pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.  

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce nous serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés. Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. A la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, nous savions que ce temps suspendu que nous venions de vivre marquerait notre vie. Nous ne serions plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. Dans la longue chenille qui se déversait sur le quai, le coeur serré je m'accrochais à la taille de Marie comme à une bouée.

 

L'ordre régnait à nouveau. Le pouvoir n'était plus à prendre. A la Sorbonne le comité d'organisation décidait de chasser les « Katangais » et de fermer les portes pour quarante-huit heures ; y'avait beaucoup de détritus. Daniel Cohn-Bendit, convoyé par Marie-France Pisier, rentrait en Allemagne avant que le pouvoir ne prononce la dissolution de plusieurs organisations gauchistes. Le 16 juin, la Sorbonne capitulait sans heurt. Le 17 juin, les chaînes de Renault redémarraient. Le 30 juin, au second tour des législatives, c'est un raz-de-marée, les gaullistes et leurs alliés obtenaient 358 des 465 sièges de l'Assemblée Nationale. Nous à Nantes, forts du sérieux de notre organisation, face à des caciques revigorés, nous sauvions les meubles. Ici, le vent de mai, laissera des traces durables, aussi bien chez les paysans, que dans les organisations ouvrières et politiques : la deuxième gauche allait prendre d'assaut le Grand d'Ouest et investir la plupart des places fortes d'une démocratie chrétienne à bout de souffle et incapable d'influencer son camp : Nantes, Rennes, La Roche sur Yon, Brest, Lorient viendraient s'ajouter au fief de St Brieuc.

 

Mon parcours d'avant-mai me valut d'être exempté de tout examen. C'est Hévin qui me l'apprit. Mon premier mouvement fut de refuser. « Evitez la bravoure Benoît, en septembre ça va être un véritable carnage. Vous avez été le témoin de leur lâcheté, ils ne vous le pardonneront pas. Examen ou pas, quelle importance pour vous, ça n'est pas du favoritisme mais l'application pure et simple de l'accord conclu. Partez en vacances ! On aura besoin de vous l'année prochaine pour tenir le choc de l'onde en retour... »

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 08:00

 

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. Tout le monde riait, jaune pour certains, le pouvoir connaissait quelque-chose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier. Avec Marie, alors que nous redescendions sur Nantes dans notre 2CV capotée, nous l'avions entendu sur le transistor miniature, made in japon, que nous avait offert son père. Cet épisode, grand guignolesque, devait conforter le général dans son incompréhension de cette chienlit si éloignée de l'ordre militaire. Mais comme nous l'avait expliqué le père de Marie, il le tenait de l'épouse du Premier Ministre qui appréciait sa peinture, ce que de Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement - la saillie est de Bernard Tricot - se « décomposer biologiquement ». Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosevelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

 

A Nantes, le front ouvrier est solide. La Faculté de Lettres est un cloaque. En Droit, tout est figé. Seuls les médecins, partis sur le tard, hors structures syndicales, ruent dans les brancards. Avec Marie je participe à l'intendance du mouvement en tirant des affiches à l'atelier improvisé dans la buanderie du CHU. Les carabins ont une bonne descente, un goût prononcé pour la copulation, alors les fins de soirée s'apparentent à de quasi orgies. Le nouveau statut de Marie, la nana du grand juriste gaucho, la préservait de leurs assauts, car même si le carabin est chaud il reste encore très respectueux des codes de la bienséance. A notre retour de Paris nous fûmes traités tels des émissaires venant de rendre visite au grand Mogol. En dépit de ses protestations, je laissai la parole à Marie. « My chérie c'est la meilleure thérapie que je connaisse pour guérir tes chers collègues de leur machisme policé... » Le résultat dépassa mes espérances, les blouses blanches lui firent une standing ovation. Il faut dire que l'amour de ma vie, fine mouche, avait su brosser un tableau de la situation qui ne pouvait que satisfaire ces grands jeunes gens dont l'immaturité politique était proportionnelle au sectarisme des extrémistes des deux bords.

 

Ce soir-là Marie voulut que nous couchions chez sa mère. A peine rentré le téléphone sonnait. C'était son père. La nouvelle était d'importance : de Gaulle venait de quitter Paris en hélicoptère. Le grand poker menteur venait de commencer. Flore dînait en ville. Plus exactement elle passait sa soirée chez son notaire. Seuls, dans le grand appartement, étendu sur le grand canapé du salon, nous écoutions Procol Harum en boucle en sirotant de grands verres de citronnade glacée. Mai, ce mois de mai fou, échevelé, toujours à la limite sans jamais la franchir, retenait son souffle, en apnée, tel un coureur insoucieux de ses forces qui, dans le dernier virage, alors que la ligne d'arrivée est proche, sait qu'il va perdre ; que ceux qu'il a nargué pendant sa folle chevauchée vont fondre sur lui, le laisser sur place, gagner. La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille. Marie, en se blottissant contre moi, me disait « il est à nous ce mois, ça ils ne pourront pas nous l'enlever... »

 

Au lever du jour, investit par le frère de Marie – celui que nous avions croisé le premier jour – et quelques-uns de ses acolytes, l'appartement se transforma en repaire de conspirateurs. Ignorant notre présence, ces jeunes gens exaltés se préparaient à la grande manif commanditée par une étrange coalition de gaullistes, d'anciens pétainistes, de partisans de l'Algérie française et des fafs habituels de la Fac. La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 08:00

Ce qui fut dit fut fait. Marie était ainsi, un gros grain de folie dans un petit coeur simple. Nous débarquâmes donc, en fin de matinée chez le grand homme. C'est lui qui nous ouvrit, blouse bise ample, saroual bleu et sandales de moine. Chaleur et effusions, l'homme portait beau, un peu cabotin, la même coquetterie dans l'œil que ma Marie – c'est l'inverse bien sûr – et surtout, une voix chaude, charmeuse et envoutante. Sous la verrière de son atelier, sous un soleil au zénith, nous fîmes le tour de ses toiles récentes. Il s'était tu. J'estimai le moment venu d'avouer mon inculture crasse. Sa main se posa sur mon épaule, protectrice « Avec Marie vous faites la paire mon garçon. Chirurgienne ! Un métier de mains habiles fait par des imbéciles prétentieux. Qui puis-je ? C'est de famille. Rien que des clones en blouses blanches ! Pour eux je suis le raté. Un millionnaire par la grâce des galeristes américains, l'horreur pour ces Vichyssois refoulés ! Ha, le Maréchal il allait les protéger tous ces bons juifs, bien français... Des pleutres, de la volaille rallié sur le tard au grand coq à képi. Et ils sont allés le rechercher pour défendre l'Algérie française. Bernés ! Mais on leur sert de l'indépendance nationale alors ils baissent leur froc. Ils se croyaient bien au chaud et vous déboulez, tels des enragés. Panique dans le Triangle d'or, tous des futurs émigrés... » Le tout ponctué d'un grand rire tonitruant et de rasades de Bourbon. L'homme pouvait se permettre de railler le héros du 18 juin, résistant de la première heure, à dix-huit ans, un héros ordinaire, compagnon de route des communistes un temps malgré le pacte germano-soviétique et les vilenies de Staline en Espagne, il rompra avec eux bien avant Budapest. Marie m'avait tout raconté sur le chemin de Paris.

 

Pendant que je pataugeais avec Marie dans le bonheur, le 25 mai, rue de Grenelle Pompidou veut reprendre la main, être de nouveau le maître du jeu. Il joue son va-tout. L'important pour lui c'est de lâcher du lest sur les salaires pour neutraliser la CGT de Séguy. Le falot Huvelin, patron d'un CNPF aux ordres suivra en geignant. Les progressistes de la CFDT, bardés de dossiers, assistent à un marchandage de foirail. Comme un maquignon sur le marché de St Flour, baissant les paupières sous ses broussailleux sourcils, tirant sur sa cigarette, roublard, tendu vers l'immédiat, le Premier Ministre ferraille, main sur le coeur en appelle à la raison, pour lâcher en quelques heures sur tout ce qui avait été vainement demandé depuis des mois, le SMIG et l'ensemble des salaires. Le lundi, chez Renault, à Billancourt, Frachon et Séguy, se feront huer. Chez Citroën, Berliet, à Rodhiaceta, à Sud-Aviation et dans d'autres entreprises, même hostilité, même insatisfaction. Le « cinéma » des responsables de l'appareil cégétistes à Billancourt n'a pas d'autre but que de blanchir les négociateurs, de mettre en scène le désaveu de la base.

 

La semaine qui s'ouvrait devait être décisive. Pompidou sur la pente savonneuse, la célèbre « voix » jusque-là infaillible semble douter après le bide de sa proposition de référendum, Mendès le chouchou de l'intelligentsia, qui le considère comme l'homme providentiel, consulte, mais comme d'habitude attend qu'on vienne le chercher. Le 28 mai sous les ors de l'hôtel Continental Mitterrand, avec sa FGDS, se pose en recours. Tous les camps s'intoxiquent. Le vrai s'entremêle au faux. On parle de mouvement de troupes au large de Paris. La frange barbouzarde des gaullistes mobilise. On affirme que les membres du SAC ont déballé dans leur repaire de la rue de Solférino des armes toutes neuves. Le Ministère de l'Intérieur révèle la découverte de dépôts d'armes dans la région lyonnaise, à Nantes, dans la région parisienne, ce qui ajoute du piment à une situation déjà quasi-insurrectionnelle. Ce qui est vrai, c'est que depuis plusieurs jours certains membres de la majorité ne couchent plus chez eux. Avec Marie nous décidons de nous joindre au cortège qui se rend à Charléty.

 

Dans la foule : Mendès-France. Le PC et la CGT ont refusé leur soutien. Dès la mise en place du cortège, au carrefour des Gobelins, il est évident pour les organisateurs que la manifestation rencontre un vrai succès populaire. Des drapeaux rouges et noirs flottent au-dessus de la foule. Le service d'ordre de l'UNEF nous encadre. A Charléty, nous nous installons dans les gradins. « Séguy démission ». André Barjonet, en rupture de ban avec la centrale lance « La révolution est possible » Geismar annonce qu'il va donner sa démission du SNESUP pour se consacrer à ses tâches politiques. Pierre Mendès-France n'a pas pris la parole. Aux accents de l'Internationale nous quittons calmement le stade. La manif est un succès mais elle nous laisse sur notre faim. Le mouvement est frappé d'impuissance et ce n'est pas la prestation de Mitterrand le lendemain qui va nous ouvrir des perspectives. A sa conférence de presse, l'un des nôtres, lui a demandé s'il trouvait « exaltante la perspective de remplacer une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix jours, par une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix ans... » Le député de la Nièvre, pincé, répliquera « je me réserve de vous montrer que vous avez peut-être parlé bien tôt et avec quelque injustice... » La suite allait prouver que le vieux matou avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Mai 68
Le 26 mai vu par Célia Houdart : on va à Charléty
Mai 68 raconté par des écrivainsdossier

 

 
 

 

 

 

 
«Tu vois le moment où le peuple va chercher Ivan ? Il y a ce plan où Ivan regarde le peuple de loin. Pour moi c’était ça, le peuple en marche, étudiants et ouvriers confondus.» Célia Houdart s’entretient avec son père, Dominique Houdart, marionnettiste et à l’époque jeune adhérent du PSU, qui était au stade Charléty le 27 mai 1968.
 
par Célia Houdart
publié le 25 mai 2018
 

«Je l'ai trouvée hier à la Foire de Paris sur un stand tenu par un vieux Chinois», me dit mon père en me montrant sa veste rouge à col Mao. C'est un jour férié du mois de mai, nous sommes assis, mon père et moi, à une petite table ronde à la terrasse du Café des phares, place de la Bastille. Nous nous y retrouvons régulièrement, comme ça, pour se voir, pour parler. Mon père a souvent évoqué le mois de Mai 68 tel qu'il l'a vécu, comme jeune metteur en scène de théâtre et membre du non moins jeune PSU. J'avais le souvenir qu'il était au stade Charléty le 27 mai. Je l'ai donc interrogé. «Je suis venu avec les copains du PSU. Pas tellement les gens de la profession, qui étaient plutôt à l'Odéon. J'y étais moi aussi au début. Il faut imaginer, Madeleine Renaud nous suppliant : "Mes enfants, ne touchez pas aux costumes !" On a aussi occupé le théâtre Chaptal. A vrai dire, j'avais compris qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer de la profession politiquement. Je préférais être sur le terrain. Je venais de monter une pièce de Luc de Goustine. Il l'avait écrite à chaud. Cela s'appelait 10 mai 1968. On l'a tournée dans les comités d'action un peu partout avec des étudiants, car les professionnels du théâtre étaient en grève, il n'était pas question que des comédiens jouent. Comme je faisais partie d'un comité d'action dans le IIIe arrondissement de Paris, qui se réunissait souvent à l'école des Arts appliqués, j'ai embarqué les étudiants dans l'aventure. Et puis, je venais de faire la rencontre du Bread and Puppet de Peter Schumann, dont toute la troupe habitait rue Saint-Jacques, dans l'appartement de la fille de Brecht. On s'était vus chez Gabriel Garran, au théâtre d'Aubervilliers, où j'étais en stage. J'avais découvert leurs spectacles au festival de Nancy. Comme je baragouinais l'anglais et que, surtout, j'avais une camionnette, je les ai trimballés dans les usines en grève pour qu'ils puissent jouer Fire, un spectacle avec masques et marionnettes géantes, qui dénonçait les atrocités de la guerre du Vietnam. Un théâtre visuel, gestuel, chanté, avec très peu de mots. J'étais leur accompagnateur, chauffeur, assistant. Napo, le technicien de Garran, avait trouvé une combine, par le PC, je crois, pour me fournir de l'essence, parce qu'il fallait qu'on roule ! Le soir en douce, je me souviens, il me filait des bidons, on remplissait le réservoir de ma camionnette. Cette aventure a été très marquante pour moi, décisive même. L'équipe du Bread and Puppet m'a offert à la fin une oriflamme que j'ai gardée pieusement. Je l'ai encore dans mon bureau.»

 
 

Quand avais-tu adhéré au PSU ? «En 1968. Je ne sais plus exactement la date. Les manifs, les réunions. C'était une période d'une densité. Tu sais, parfois, tout se brouille. J'ai l'impression d'avoir vécu tout cela en même temps. Pour revenir au 27 mai, le rendez-vous était en fin de journée après le protocole d'accord dit de Grenelle, que rejetaient les ouvriers des grandes entreprises. On est partis des Gobelins. Il y avait un mot d'ordre : "On va à Charlety", et beaucoup de monde. Tu as vu le film Ivan le terrible d'Eisenstein ?» Oui. «Tu vois le moment où le peuple va chercher Ivan ? Il y a ce plan où Ivan regarde le peuple de loin. Pour moi c'était ça, le peuple en marche, étudiants et ouvriers confondus, qui allait porter quelqu'un au pouvoir pour l'arracher aux mains du gaullisme dont on ne voulait plus. On a traversé ce quartier aux abords de la Porte de Gentilly. La rue de l'Amiral- Mouchez, le boulevard Kellermann. C'était un peu mort, assez bourgeois. Les gens devaient avoir la trouille. Rien à voir évidemment avec le Quartier latin. Je crois en fait que les habitants ne se rendaient pas bien compte de ce qui se passait.»

 

Les images de l'INA montrent les groupes courant en brandissant des banderoles. Comme les parades des équipes avant un meeting sportif. «Oui exactement, j'ai le souvenir d'une sorte de cavalcade. De courses dans le stade. C'était très joyeux. Après on s'est assis sur la pelouse au centre. On crevait de chaud. On avait soif. Mais on avait l'habitude. On avait passé tout le mois de mai dehors à marcher dans Paris. C'était extrêmement joyeux. On blaguait. C'était la fête. Il faisait très beau. Un temps un peu comme aujourd'hui. La réussite de Mai 68 c'était aussi le beau temps. On dormait très peu. Mais c'était tellement exaltant.»

 

Tu étais là pour quoi ? «Pour Mendès. J'avais beaucoup d'admiration pour lui et pour Rocard. Au début, je ne l'ai pas vu, mais on m'a dit qu'il était en tête de cortège. J'étais venu avec l'espoir non seulement qu'il prenne la parole mais qu'il se déclare candidat pour prendre la tête d'un nouveau gouvernement. On a écouté le discours de Sauvageot : "Ce n'est qu'un début, continuons le combat." De Geismar. Puis celui de Rocard. Ensuite on a vu qu'on tendait le micro à Mendès France. Et là rien. Il est resté muet.» Il n'a pas voulu tout mélanger, c'est ça ? C'était un meeting syndical. «Oui, mais étant donné le contexte et la vacance du pouvoir gaulliste, on rêvait d'un putsch de la gauche, avec Mendès France en tête. Il y avait une possibilité de prise de pouvoir qu'il a écartée. On savait bien que tout cela avait un côté coup d'Etat qui n'était pas du tout son style, il était trop démocrate et légaliste pour cela. Mais on espérait quand même. Et cela a été une grande déception. C'est François Mitterrand qui a profité de tout cela, juste après, en proposant la formation d'un gouvernement provisoire de gestion.»

Et le ralliement de l'ORTF qui venait de se mettre en grève, cela a été une étape importante ? «Je me rappelle surtout cette affiche sortie des ateliers se sérigraphie des Beaux-Arts, où l'on voyait le sigle de l'ORTF avec des anneaux comme ceux des Jeux olympiques en fils barbelés. A vrai dire, on écoutait surtout Europe 1. Ta grand-mère suivait en pleurant les émeutes en direct sur Europe 1.»

 

Et la police ? Les CRS ? Vous étiez très surveillés ? «Non pas tellement. Ils étaient sur le côté. C'était la police à l'ancienne, sans équipement particulier. Je ne les revois même plus dans l'enceinte du stade. Et pourtant, c'était un peu le grand soir pour nous. On était exaspérés par Pompidou et de Gaulle. D'ailleurs, inspiré sans doute par l'exemple du Bread and Puppet, j'avais fait fabriquer une grande marionnette par les étudiants des Beaux-Arts. Un personnage hybride, une sorte de monstre fabriqué à partir de cageots, qui s'appelait "le Pompigaullidou". Je l'avais emmené aux manifestations. Il était l'objet de quolibets, d'insultes très violentes. Cela a été une révélation pour moi. J'ai compris à cette occasion la force symbolique de l'objet, de la marionnette. C'était ça aussi Mai 68, une expérience de théâtre de rue. Une ferveur nous gagnait tous. Une créativité. Il y avait beaucoup d'invention formelle, plastique. On était dans la plus grande utopie, mais on y croyait fortement. A la fin de Mai 68 à Paris, quand j'ai senti que c'était la fin, que c'était perdu, je suis parti à Prague.»

Est-ce que tu dialogues souvent encore avec le jeune homme que tu étais à l'époque ? Es-tu encore en contact avec lui ? Est-ce que tu le consultes pour agir aujourd'hui ? «Je ne prends pas conseil auprès de lui, mais j'essaie de rester dans la même ligne. J'ai vraiment découvert ma ligne à ce moment-là. Je me suis forgé politiquement et artistiquement, surtout avec l'utilisation de l'objet-signe. Et j'essaie de ne pas déroger.»

 

Née en 1970, Célia Houdart est philosophe, romancière, metteure en scène et auteure de textes pour des pièces sonores,  e la danseet de l'opéra

Dernier ouvrage paru : Tout un monde lointain, POL, 2017.

 

Lundi, le 28 mai vu par Luc Lang.

26 et 27 mai : De grenelle à Mendès

La France entière est suspendue aux négociations de Grenelle. Elles sont tout sauf faciles. Outre des augmentations de salaire, la CGT demande l’abrogation des ordonnances de 1967 et l’échelle mobile des salaires. Pompidou ne peut pas tout lâcher, sauf à perdre son autorité. Toute la journée, on discute discrètement. Pompidou concède à la CFDT la section syndicale d’entreprise, au grand dam du patronat. Il voit ensuite Séguy et Frachon. Il leur parle avec un réalisme brutal, selon les mémoires de Séguy. De Gaulle et moi, dit-il en substance, menons une politique étrangère indépendante d’ouverture à l’Est. Mitterrand et Mendès sont atlantistes. Si nous tombons, les Américains gagnent. Les syndicalistes se récrient en protestant de leur indépendance vis-à-vis du PCF et de Moscou. Mais Pompidou espère que le message passera…

 

A la reprise, la CGT réitère ses demandes. «Est-ce un préalable ?», demande Pompidou. «Non, discutons…» La CFDT complique les choses en dissertant sur la crise du capitalisme et l'état de la société. «Quels cons !», lâche Séguy. A 20 h 15, la discussion est bloquée. On va dîner. A cette heure, Séguy pense qu'il faut maintenir la pression et conclure dans un ou deux jours. Il le dit à Aimé Halbeher, chef du syndicat chez Renault. «Pas d'accord avant mardi», glisse-t-il à un journaliste. A deux heures, on apprend que l'Unef et la CFDT ont convoqué un meeting pour le lundi soir à Charléty. Mendès y sera. L'opération Mendès France, montée par le PSU, prend corps. Est-ce le déclic ? Peut-être. A 3 h 30, Krasucki fait un large geste et lance : «Bon, il faut en finir.» Chirac et Séguy se parlent encore en tête-à-tête. Il veut bien payer les jours de grève à 50%, rendez-vous dans six mois pour l'échelle mobile, débat au Parlement sur les ordonnances. Séguy acquiesce. On met en place deux commissions. Section syndicale, 7% sur les salaires, puis 3% en octobre, retraite améliorée, baisse du ticket modérateur sur la Sécu, etc. L'accord est fait mais pas signé : il faut consulter la base. A la sortie, vers 6 heures, Pompidou demande à Séguy :

«-Pensez-vous que le travail va reprendre rapidement ?

 

- Les travailleurs risquent de trouver ces résultats insuffisants.

- Cela dépend de la manière dont vous les présenterez.

 

- Je ferai un compte rendu objectif.»

Séguy monte en voiture pour se rendre à Billancourt. Il va vers une sévère déconvenue. Arrivé chez Renault, il trouve des syndicalistes persuadés qu'il faut maintenir la pression. Il trouve surtout des ouvriers qui veulent poursuivre la grève. «On n'a pas fait tout ça pour 10%.» C'est la phrase de l'heure. Séguy énumère les acquis et les refus. A chaque refus, les ouvriers huent et sifflent. On vote. L'accord est refusé. Dans la matinée, Citroën, Sud-Aviation, Rhodiacéta décident de continuer le mouvement.

 

Alors commence le grand vertige. Si la CGT, malgré les concessions obtenues n'a pas faitreprendre le travail, c'est que tout devient possible. Cette fois le spectre de la révolution, ou à tout le moins du changement de régime, se matérialise dans l'esprit des Français. Mitterrand voit les dirigeants communistes, on discute d'une solution pour l'après-gaullisme, sans conclure. Mitterrand annonce qu'il parlera le lendemain. Pendant ce temps, l'opération concurrente, montée par l'Unef, le PSU et la CFDT, autour de Mendès France, prend un tour plus précis. Le soir, une foule fiévreuse se réunit au stade Charléty, les discours enflammés se succèdent. «La situation est révolutionnaire ! Tout est possible !» Arrive Mendès, conduit par Kiejman et Rocard. Va-t-il parler ? Mendès veut bien prendre la tête d'un gouvernement de toute la gauche. Mais il refuse de s'avancer trop et se méfie surtout du maximalisme des étudiants. «C'est une réunion syndicale», dit-il. Il s'abstient de prendre la parole. Mais pour l'opinion, le message reste clair : le régime tombe, la gauche va lui succéder, avec Mendès à sa tête.

Laurent Joffrin

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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 08:00

 

De fringant jeune mâle énamouré je passai à chiffe molle éberluée pointant grossièrement du doigt ce nom célèbre - en ce temps reculé on n'utilisait pas le qualificatif people - en balbutiant « C'est lui... » Ma Marie acidulée se gondolait gentiment « Mais oui, mon Louis, c'est lui... C'est un monument qu'il te faudra affronter par la face nord dimanche. Pour la minute contente-toi de maman. Elle, c'est tout simple. Tu l'écoutes, elle adore ça... » Je bardai ce qui me restait d'énergie pour carillonner. Madame mère nous ouvrit dans un froufroutement vaporeux. Elle tenait du cygne et de l'échassier. Marie lui claquait une bise sur le front avant de me présenter d'un « C'est Louis…» Madame mère m'invitait, sourire narquois accroché à des lèvres discrètement peintes, regard mi-ironique, mi-étonné sous de longs cils, à m'asseoir sur un canapé blanc, long comme un chemin de halage. Je m'y sentais perdu. Marie s'était éclipsée. « Vous n'avez pas les cheveux longs... » me disait le flamand rose en se posant sur l'accoudoir d'un fauteuil en vis à vis. En un ultime effort je me tins droit, plantai mon regard dans ses yeux tilleul afin de ne pas m'attarder sur ses jambes croisées qui saillaient entre les pans du déshabillé.

 

Flore conquise – la mère de Marie se prénommait Flore – il ne me restait plus qu'à affronter le grand homme. La paralysie générale, faute de transports en commun et d'essence pour les autos, me rassurait. Je pensais que le projet de Marie s'enliserait dans les sables de la grève générale. C'était sans compter sur sa tendre pugnacité. Sitôt congé pris de la vaporeuse et envahissante Flore, dans l'ascenseur la mâtine me susurrait, très bonbon anglais, « pour monter à Paris tu pourrais emprunter la 2 CV de ta copine Pervenche ? »

 

- C'est ça petit coeur et pour l'essence je fore illico le Cour des 50 otages...

 

- Pas besoin mon Louis, tu demandes des bons au Comité de grève...

 

- Et je dis quoi aux mecs du Comité ? Que c'est pour aller faire une virée à Paris pour demander la main de ma douce Marie à son père. Pas très porteur en ce moment les bonnes manières bourgeoises très chère...

 

- Tu leur dis que c'est pour une ambulance...

 

- D'où tu la sors ton ambulance fantôme ?

 

- Des Urgences mon amour, avec tous les tampons que tu veux. Je crois qu'ils adorent les tampons tes camarades du Comité...

 

- Tu ferais ça !

 

- Bien sûr mon Louis, ce n'est pas trahir la cause du peuple. Tout juste un petit mensonge de rien du tout...

 

- Ma présentation à ton cher père ne peut pas attendre ?

 

- Non !

 

- Et pourquoi non ?

 

- Parce que c'est drôle...

 

- Pouce Marie ! Fais-moi un dessin, je me paume dans ta logique de fille.

 

- Pourtant c'est simple joli coeur. Imagine-nous sur les routes désertes, filant vers Paris, capote ouverte, cheveux au vent. Non, toi seulement. Moi, je mettrai un foulard noué derrière le cou. Très Jan Seberg. Aux carrefours nous passerons sous les regards étonnés des pandores. Bonjour, bonjour les hirondelles... Nous serons les rois du monde. Nous mangerons des sandwiches en buvant un petit rosé glacé. Nous entrerons dans Paris par la porte d'Orléans. J'y tiens. Puis nous descendrons les Champs-Elysées en seconde. Je prendrai des photos. Oui, pendant que j'y pense, il faudra que j'achète des berlingots pour papa. Il adore ça. Surtout ceux à l'anis. La Concorde, trois petits tours, et on débarque avenue de Breteuil chez le père. Rien que du pur bonheur !

 

- Dis comme ça ma douce je capitule. Reddition sans condition...

 

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