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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H l’élection surprise de Michel Rocard, secrétaire-général du PSU, dans la 4ième  circonscription des Yvelines, où il bat l’ancien 1ier Ministre Maurice Couve de Murville, donne la première impulsion à la trajectoire de celui qui va devenir le chouchou des sondages. (113)

Tout le monde depuis son accession à l’Elysée se gargarisait de l’omniprésence du nouveau Président mais en cela, d’une manière directe, sans prendre de gant, il ne faisait que pousser à son terme la logique présidentielle de la Ve République voulue par de Gaulle : le Parlement c’était le honni régime des partis de la défunte IVe. Dans son bouquin, Le Mal Français, Alain Peyrefitte, relate un entretien avec Pompidou, où celui-ci lui confie « Société bloquée, nouvelle société... ce sont les dadas du Club Jean Moulin... La société n’existe pas, il n’y a que les individus et la France... Faire du neuf, on ne fait jamais du neuf ! Ce sont des fantasmes d’adolescents ou de romantiques ! Il n’y a jamais de pages blanches ! On doit se contenter de poursuivre une tapisserie entamée par d’autres et dont la trame nous est imposée... Le patron, c’est moi. Ce que le Général aura légué de meilleur en France c’est la prééminence du Président. Laisser le pouvoir suprême repasser la Seine, permettre que les grandes décisions qui commandent l’avenir se prennent à Matignon et non à l’Elysée, cela voudrait dire à brève échéance que l’Assemblée reprendrait le dessus. On reviendrait au régime des partis et à l’instabilité ministérielle. » On ne saurait être plus clair, les parlementaires godillots et les Ministres potiches ne datent pas d’aujourd’hui mais eu égard au poids de certains, Giscard tout particulièrement, un pacte de non-agression est conclu entre l’UDR et les RI. Dans ce paysage d’apparence pacifié l’élection surprise de Michel Rocard, secrétaire-général du PSU, dans la 4ième  circonscription des Yvelines, où il bat l’ancien 1ier Ministre Maurice Couve de Murville, donne la première impulsion à la trajectoire de celui qui va devenir le chouchou des sondages. En ce temps-là les challengers avaient de la moelle bien plus que les apparatchiks actuels, comme la vieille haridelle de Mélenchon ou le cul pincé de Benoît Hamon.

 

Pour bien s’imprégner du climat de cette période, où la Chambre introuvable issue du raz-de-marée de juin 68 ne représentait pas le pays réel mais était, selon Pompidou, un ramassis « d’attitudes mesquines et partisanes, prônant une politique d’ordre moral », il faut insister sur l’omnipotence du couple PC-CGT face au pouvoir. La gauche non-communiste est en miettes et les groupuscules gauchistes ne sont que des frelons que Marcellin attise pour placer ce couple dans une situation ambiguë face à ce que tout le monde appelle encore la classe ouvrière. Pompidou le sait « Notre tâche est de faire tomber le parti communiste dans le trou chaque fois qu’il fait une gaffe. La CGT et le PC avancent lorsqu’ils sentent du mou. Il est inutile d’être aimable avec eux, cela ne sert à rien. Cela conduit à Prague. Le 29 mai 1968, le PC n’est pas allé plus loin parce qu’il savait qu’il y avait les chars devant lui. S’il avait continué, il y aurait eu quarante morts. Je vous garantis que cela se serait passé comme cela » confie-t-il à Raymond Tournoux. Les chars sur la place de la Concorde ce n’était pas, en ces années tristes 69-70, un phantasme mais une idée bien ancrée dans la classe politique non-communiste : en mai 1981 ils seront nombreux à boucler leurs valises pour fuir vers la Suisse face à l’imminence de l’arrivée des chars du Pacte de Varsovie sur cette place-clé. La droite française ne s’est jamais caractérisée par sa finesse et son intelligence stratégique, Mitterrand saura en jouer à merveille pour prendre Marchais à son propre piège.

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Marie-France Garaud, jeune et ambitieuse avocate, qui avait gagné la confiance de Pompidou en démêlant l’imbroglio de l’affaire Markovic (112)

L’UDR se taillait la part du lion dans le gouvernement Chaban : 27 maroquins – Union pour la Défense de la République, rien que ça – première déclinaison depuis la création en octobre 1958 d’un réel parti gaulliste : l’UNR héritière du feu RPF, ce dont se souviendra Jacques Chirac lors de son OPA sur la vieille maison après son coup de poignard dans le dos de Chaban en 1974 en créant le RPR habile fusion du vieux fonds de commerce gaulliste et de l’appareil verrouillant la mainmise du parti dominant sur la République. Trois Ministres d’État : l’amer Michel Debré à la Défense, le mystique Edmond Michelet aux Affaires Culturelles – on était loin des paillettes et des affaires – et l’apparatchik Roger Frey au poste clé des Relations avec le Parlement. Les centristes ralliés à Pompidou, comme toujours, jouaient les paillassons : René Pleven à la Justice, Jacques Duhamel à l’Agriculture et Joseph Fontanet au Travail. Ce ne sont pas eux qui troubleront les nuits du madré de Montboudif alors qu’en revanche le retour du déplumé de Chamalières, encore jeune et fringant, Giscard dit d’Estaing – la saillie pince-sans-rire du Général, à propos de l’annexion en 1922 du noble patronyme de d’Estaing par Edmond Giscard, lorsque le Ministre des Finances voulut que son nom, à l’instar de celui du père Pinay, soit donné à l’emprunt qu’il allait mettre en œuvre : « Vous avez raison, Giscard cela fera un joli nom d’emprunt » - ne l’enchantait guère. Il voulait Pinay au Finances et Giscard à l’Éducation pour remettre de l’ordre dans le « bordel » initié par Edgard Faure – ce dernier étant le sacrifié du nouveau régime – mais le rentier de Saint Chamond refusa car il voulait avoir les mains libres pour purger les effets sociaux des accords de Grenelle post-soixante-huitard. Georges Pompidou avait toujours en travers de la gorge, les « cactus », le « oui mais », et l’attitude de Giscard à son égard en mai 68, mais comme celui-ci l’a appuyé de manière décisive contre Poher, son entrée au gouvernement était évidente. Le maintien de Marcellin le pétainiste à l’Intérieur, étiqueté RI mais hostile au « modernisme » de Giscard, marquait la volonté de Pompidou de garder la haute main sur le Ministère de l’ordre et des élections. Les ambitions du maire de Chamalières, mijotées dans l’ombre par son porte-flingue Michel Poniatowski étaient trop voyantes pour ne pas être surveillées comme du lait sur le feu.

 

Pompidou ne s’en tenait pas qu’au verrouillage du gouvernement Chaban, il bouleversait aussi l’organigramme de l’Elysée en mettant fin à la dualité Secrétariat-Général et Cabinet, le premier absorbait le second. Sous de Gaulle, dans l’ombre, le Secrétaire-Général, jouait un rôle capital. Interlocuteur privilégié du chef de l’Etat il était le seul membre de l’équipe à pouvoir entrer à tout moment dans le bureau présidentiel. Le nouveau Secrétaire-Général était l’énigmatique Michel Jobert flanqué d’un adjoint le byzantin Edouard Balladur. Très vite la césure entre la tendance « rive gauche » décidée à donner ses chances à la « nouvelle société », et la tendance « rive droite » résolue à avoir la tête du folâtre Chaban, se dessinait dans l’entourage de Pompidou. L’ancien mendésiste Jobert, sincèrement européen, qui, selon Viansson-Ponté, « est le personnage le plus important de l’Elysée soutiendra loyalement les thèmes progressistes du chef du gouvernement. Balladur, « solide, subtil, distant, rapide » selon Jobert, dévoué à Georges Pompidou, même s’il jugeait aventureux certains projets de Chaban, fera preuve à son égard d’une grande correction. L’autre tendance est emmenée par un personnage qui cultivait son image de la droite France profonde, ultranationaliste : Pierre Juillet. Il était chargé de mission et flanqué de la redoutable Marie-France Garaud, jeune et ambitieuse avocate, qui avait gagné la confiance de Pompidou en démêlant l’imbroglio de l’affaire Markovic. C’était une passionnée, directe, cynique, qui gardait un chien de sa chienne à Chaban car celui-ci l’avait éconduit sèchement lorsqu’elle postulait à son cabinet de la Présidence de l’Assemblée. Impitoyable, bluffeuse, elle allait de suite tout tenter pour nuire au chef du gouvernement. En marge, à côté de ce beau monde, le très fameux secrétariat général pour les affaires africaines et malgaches tenu par le redouté taulier Jacques Foccart dont les fonctions officieuses couvraient un large champ dans le marigot gaulliste où se mêlaient les services secrets, les barbouzards, les affairistes et tout un petit monde interlope où je nageais comme un poisson dans l’eau.

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Dans l’entourage du maire de Bordeaux les mendésistes François Bloch-Lainé et Simon Nora, le syndicaliste CFDT Jacques Delors témoignaient de ce souci d’ouverture (111)

Chloé accepta d’accompagner Benoît à Berlin, elle trouvait son plan assez minable mais faisait contre mauvaise fortune bon cœur en comprenant qu’il n’était pas possible de faire une omelette sans casser des œufs. Tout se passa comme prévu sauf que les guetteurs pris d’une trouille prémonitoire se tirèrent avant même que les bourres n’interviennent. Marcellin furax passa un savon aux chefs mais empocha les dividendes de l’opération en exhibant auprès de journalistes triés sur le volet les tracts de la GP trouvés sur place. La presse de gauche cria à la manipulation et la Cause du Peuple publia un texte tellement obscur et embrouillé sur l’affaire que cela eut pour effet d’accréditer la version de Marcellin tout en jetant un profond trouble jusque dans son état-major : les soupçons de traîtrise pourrirent plus encore les débats et surtout paralysèrent toutes nouvelles tentatives de financement de l’armement des masses par des coups de mains audacieux. Les délices des débats, fumeux et interminables, et la cascade des autocritiques permirent à Benoît de jouer sa carte allemande sans aucun risque. Restait à traiter son cher Ministre : allait-il le laisser tomber sans un mot d’explication ou bien serait-il de meilleure politique de lui vendre une version enluminée de son périple européen ? De toute façon Benoît ne pouvait échapper à l’explication que Chalandon avait souhaitée sur le tarmac de Villacoublay. Tout ce que Benoît avait réussi à obtenir, en prétextant des problèmes de santé, ce fut un délai. Chloé lui sauva la mise en le voyant préoccupé « Dit lui que nous partons en voyage de noces, je suis certaine qu’il n’y verra rien à redire... » C’est qu’il fit le soir même. Le bel Albin peu convaincu sourit mais sa bonne éducation lui interdit de le soumettre à la question. Ses relations avec Marcellin le préoccupaient manifestement plus que la situation matrimoniale de Benoît qui fit long mais simple en mettant en avant sa relation privilégiée avec le père de Marie, grand ami de madame Pompe, pour lui expliquer qu’il lui servais d’intermédiaire auprès du Ministre de l’Intérieur depuis l’affaire Markovic dans laquelle il s’était beaucoup impliqué pour défendre l’honneur de Claude Pompidou. La stature de l’homme impressionnait manifestement son cher Ministre qui écouta son récit sans l’interrompre. En le raccompagnant à la porte de son bureau, avec un large sourire il lui dit « Je vous fais porter un cadeau de mariage dès demain matin... » L’archange Gabriel, qui pointa son museau dans l’antichambre, se crut obligé de présenter à Benoît ses félicitations ce qui lui valut l’ironie de son cher Ministre « Vous devriez prendre de la graine Gabriel, célibataire à votre âge ça fait jaser... »

 

En remettant son ouvrage sur le métier Benoît prenait conscience que la toile de fond politique des années Pompidou, ce septennat étrange où l’héritage de l’homme du 18 juin, parti en une retraite hautaine et désabusée à Colombey puis en Irlande, venait d’être recueilli par l’homme qui avait tué le père. Légitime certes, mais comme l’avait mis crument en lumière l’affaire Markovic Georges Pompidou n’était pas considéré par beaucoup de grognards du gaullisme, les fameux barons, comme un homme susceptible de perpétuer l’œuvre du Général. La désignation de Chaban-Delmas au poste de 1ier Ministre répondait donc au souci du normalien de Montboudif, à la fois de rassurer ces derniers, tout en affichant une volonté de dialogue avec des personnalités de droite jusqu’ici opposées au régime. Dans l’entourage du maire de Bordeaux les mendésistes François Bloch-Lainé et Simon Nora, le syndicaliste CFDT Jacques Delors témoignaient de ce souci d’ouverture. Mais, il ne faut pas se laisser leurrer par ces affichages dès les premiers jours du septennat, entre un Pompidou très attaché à la primauté absolue du Chef de l’État et un Chaban modelé par les jeux subtils de la IVe la ligne de fracture se dessinait.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 07:00
;) Jean-Paul Sartre, painted on a wall of The Abode of Chaos, a Museum of Contemporary Art located in Saint-Romain-au-Mont-d'Or.

;) Jean-Paul Sartre, painted on a wall of The Abode of Chaos, a Museum of Contemporary Art located in Saint-Romain-au-Mont-d'Or.

Le Gustave ça lui avait coupé la chique, les larmes lui étaient venus aux yeux, il empoigna Benoît par les épaules « Bordel de merde, venant de toi mon grand le compliment me retourne comme une crêpe. Tu m’diras que c’est plutôt mon truc d’me faire retourner mais là tu me troues ! Allez ça s’arrose j’vais faire péter une roteuse de première ! » Le Gustave carburait maintenant au Moët ce qui peut expliquer qu’avec sa bande de traîne-lattes la caisse du théâtre populaire s’apparentait au tonneau des Danaïdes et qu’il a vite sombré. Sans le vouloir Benoît venait de gagner la partie, comme si son estime proclamée, tel un attendrisseur, avait transformé cette vieille carne de Gustave en perdreau de l’année. Il en profita pour vider mon sac sans précaution : le projet des frelons tira de la roulure des commentaires offusqués « Non, y sont encore plus dingues que j’le pensais. Y’s’prennent pour la bande à Bonneau. Faut pas laisser faire ça mon mignon. Ces bavassous vont à l’abattoir, ça va être un carnage... » Benoît opina gravement. « Qu’est-ce je peux faire mon grand ? » Benoît l’encourageait du regard, Gustave se grattait les couilles : « Faut que je vois le Grand Chef... » soupirait « Y va pas t’écouter, il n’écoute personne... » Du tac au tac, sans préméditation, Benoît rétorquait « Si, toi ! » Gustave rotait d’aise. « Ce n’est pas con ce que tu viens de dire mais le problème c’est qu’est-ce que je pourrais bien lui dire à ce petit con ? » Benoît lui tendait une coupe « Ça je m’en occupe... » Gustave fronçait les sourcils « Mouais t’en ai capable mais faut pas que ça bousille ma position auprès de ce petit monde. Tu comprends j’ai un standing à tenir avec le beau linge comme le bigleux de Sartre et tout le fourniment. Si je leur parais tiédasse y vont prendre pour un jaune... » Le pépère Gustave s’inquiétait surtout pour son pèse et ce souci fournissait à Benoît le plan pour se sortir de la mouise. « Tu vas lui dire que c’est toi qui va faire le coup... » Gustave s’étranglait. « T’es louf ! Je ne vais pas faire dans la cambriole pour me retrouver à l’ombre... » Benoît le rassurait « Ce sera du bidon arrangé par la grande maison... » Il se détendait « Pas con comme embrouille... mais le pognon où est-ce qu’on va le trouver ? » Benoît poussa ses pions « Pas de problème j’ai du crédit... » L’œil de Gustave s’animait. « Bien évidemment, au passage tu prélèveras ton pourcentage pour tes faux-frais... » Gustave se rembrunissait « La maison poulagas va jamais vouloir lâcher du pèze pour que ces petits cons achètent de l’artillerie... » L’objection tenait mais Benoît, toujours en verve, rétorquait « Dans cette affaire tout le monde sera cocu... » Gustave se grattaient à nouveau les roubignols en regardant benoît d’un air inquiet « Qu’est-ce t’entends par là ? » Benoît servait deux nouvelles coupes en lâchant « Je vais t’expliquer mon plan... » 

 

Son plan était aussi tordu qu’un cep de Carignan centenaire. Gustave en restait pantois. Tout reposait sur ses épaules.

 

Acte 1 : il vendait au Guide suprême de la GP la reprise à son compte du coup de main. Facile, d’après lui.

 

Acte 2 : avec l’aide de la Grande Maison nous montions un faux traquenard dans une succursale du Lyonnais où seuls nos petits camarades de la GP, chargés de faire le guet, se feraient gentiment alpaguer alors que nous, certes bredouilles, nous en réchapperions.

 

Acte 3 : le soir même avec Gustave, pour rattraper le coup raté,  nous cambriolerions l’appartement du père de Marie.

 

Acte 4 : de retour auprès de nos camarades, magot en lieu sûr, nous leur déclarerions avoir été trahis dans l’affaire du Lyonnais et, qu’en attendant la nécessaire épuration interne, nous mettions sous séquestre le trésor de guerre.

 

Merdier assuré à tous les étages de la GP et, bénéfice net pour Marcellin du côté de la presse et de l’opinion publique apeurée, sa police venait de déjouer, sans casse, un hold-up de la fraction la plus activiste des enragés. Seules victimes collatérales de l’opération : les trois ou quatre branleurs de la GP épinglés par la poulaille. Gustave les choisirait parmi les plus beaux représentants des fils de la haute bourgeoisie universitaire afin que la mobilisation en leur faveur dans la presse bien-pensante de gauche soit maximale. Marcellin avait signé des deux mains. Certains des collègues de Benoît tiraient la gueule : ça sentait l’arnaque mais puisque la hiérarchie couvrait ils ne firent aucune objection.

 

L’Acte 5 restait top secret, seul Marcellin était dans la confidence : le fameux magot, soi-disant dérobé au père de Marie, servirait de couverture à Benoît pour son périple à Berlin Ouest. Gustave, trop heureux d’empocher un beau paquet, s’en laverait les mains auprès de ses admirateurs de la GP en déclarant que l’urgence révolutionnaire exigeait que ce bel argent aille à l’avant-garde de l’Internationale Terroriste. Les petites bites françaises de Benny Levy goberaient l’argument sans regimber et surtout, ils ne manqueraient pas d’en répandre l’info dans le petit monde des gauchistes européens. S’ils tardaient à le faire des fuites organisées par la grande maison ce qui permettrait à Benoît de débarquer à Berlin-Ouest dans les meilleures conditions.

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Gustave la balance se bâfrait, picolait, forniquait dans une ambiance digne de la décadence de l’Empire Romain. (109)

Dès sa sortie de la place Beauvau Benoît sonnais le rappel de sa petite troupe pour qu’elle déniche au plus vite cette vieille roulure de Gustave qui, profitant de son relâchement, n’avait pas donné signe de vie depuis plusieurs semaines. Lui seul pouvait lui permettre d’accéder dans les plus brefs délais au reclus de la rue d’Ulm, le chef « clandestin » de la GP Pierre Victor-Benny Levy. Son plan, pour stopper l’escalade de la branche armée de la GP, était simple comme une alternative : soit il arrivait à le convaincre, soit il l’achetait. Benoît aurait pu laisser faire, mais la prise de risque pour sa petite entreprise se révélait maximale dans tous les cas de figures. En effet, si la tentative de hold-up tournait au fiasco avec mort d’hommes dans l’un ou les deux camps, il savait qu’il ne se sentirait plus le courage de continuer à faire joujou dans une mare de sang. La position de Marcellin sur le sujet restait ambiguë : l’attaque d’une banque par la GP conforterait son discours sur le tout répressif pour éradiquer la subversion liée au terrorisme international mais il ne fallait pas que ça dérape car le PC ne manquerait pas d’accuser le pouvoir de collusion avec les gauchistes. Le scénario idéal pour lui consistait dans une belle souricière juste à l’instant du passage à l’acte qui conforterait l’image d’une police efficace. Dans cette hypothèse l’implication de Benoît se devait d’être maximale pour maîtriser le détail de l’opération voire s’impliquer personnellement dans l’action du commando. L’amateurisme de la branche militaire de la GP, arme au poing, lui faisait bien sûr craindre le pire. Il se devait donc de tuer la tentative dans l’œuf en faisant croire ensuite à ses chefs que ce n’était un bobard. Gustave ne se ferait pas prier pour confirmer ses dires. Convaincre le Guide lui paraissait hors d’atteinte car le mythe de la lutte armée le fascinait et que pour tendre des fusils aux larges masses il fallait au préalable accumuler du fric pour les acheter. Restait à tenter de le corrompre ce qui lui semblait encore plus mal aisé mais il n’avait pas d’autre choix que d’aller se confronter à lui.

 

Gustave, grand intellectuel s’il en faut, délaissait l’action directe pour se consacrer au théâtre d’avant-garde : la subversion des larges masses passait d’abord par les mots chuintait-il à qui voulait bien l’entendre. Ce fut Marie-Églantine, la nièce de Raymond qui nous le débusqua. L’outre à bière pérorait derrière le bar de son théâtre entouré de sa Cour qui, tout en bitant que dalle, à son ch’timi révolutionnaire, le considérait comme l’expression la plus accomplie de l’alliance du prolo avec la fine fleur des intellos. La Marguerite Duras, Maurice Clavel et Claude Mauriac lui servaient de caution. Bref, la balance se bâfrait, picolait, forniquait dans une ambiance digne de la décadence de l’Empire Romain. Quand Benoît pointa sa truffe dans son antre notre homme, entouré de deux nymphettes aux cheveux sales et aux regards envapés, arborait une tenue digne de Jean Gabin dans la Bête Humaine. Gustave l’accueillit avec les honneurs dus à son rang d’une rude accolade accompagnée d’un discours bien troussé. Le Gustave s’imbibait vite des tics de l’intelligentsia en ponctuant ses dires de « C’est divin ! C’est génial ! C’est la revanche du peuple ! » Il fit faire à Benoît la tournée du propriétaire de son pot au miel « Ça attire les guêpes mon grand et c’est bon pour notre blot... » lui disait-il en lui lançant un clin d’œil appuyé. Comme il se doutait bien que sa venue n’avait rien de littéraire, avant de se mettre à table, il tenta tout de même une petite diversion « Si ça te dis de t’faire pomper avant qu’on s’tape la cloche j’ai une fille de Procureur qu’a vraiment de belles dispositions. En plus, toi qu’aime les bourges aux belles manières c’est la seule qui ne soit pas une mochtée... » Pour la première fois depuis que nous nous connaissions Benoît le trouvais drôle, bien dans sa peau d’histrion, de fouteur de merde et il le lui dit.

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Ça le faisait jouir, le maire de Vannes, d’entendre les cris d’orfraies des intellos de gauche, c’était comme si lui, le bon chrétien qui va à la messe le dimanche avec bobonne, les niquait profond sans avoir besoin d’en confesser sa faute. (108)

Benoît, au lieu de profiter de son avantage – ce qui à court terme aurait pu flatter mon ego mais qui, sur le long terme se serait révélé contre-productif : un Marcellin humilié ne lui pardonnerait jamais –il proposa au Ministre de s’investir plus encore sur un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur : l’Internationale gauchiste. Ce nouvel avatar de leur entretien plut d’emblée à Marcellin, ils allaient pouvoir manger dans la même écuelle en toute confraternité. Au grand banquet de la manipulation, des coups fourrés, à qui baise qui, seuls ceux qui n’ont aucun souci de l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes peuvent espérer en l’avenir. Touiller dans la merde, y mettre à l’occasion la main, provoque dans la cohorte des signataires de pétition des hauts le cœur. Pour eux, la basse police s’apparente à une forme de sodomie des libertés fondamentales. Ça le faisait jouir, le maire de Vannes, d’entendre les cris d’orfraies des intellos et des bourgeois de gauche, c’était comme si lui, le bon chrétien qui va à la messe le dimanche avec bobonne, les niquait profond sans avoir besoin d’en confesser sa faute. La proposition de Benoît le comblait d’aise ce qui ne l’empêchait pas de le prévenir que tout ce qui se passait hors de nos frontières n’était pas de son ressort. En clair, tu tires les marrons du feu si tu t’en sors mais ne compte pas sur moi pour te tirer d’un mauvais pas. Benoît en convint en lui demandant d’éviter les fuites en direction de la Piscine. « Vous plaisantez j’espère ! L’idée ne m’aurait jamais effleuré l’esprit. J’ai en profonde horreur ces culottes de peau prétentieuses et inefficaces. Rien que des j’en foutre, des demi-soldes, dans l’affaire que vous évoquiez, avec pertinence, tout à l’heure ce sont certains d’entre eux qui ont monté la machine contre le Président. Par bonheur notre bonne vieille PJ a fait son boulot... » Benoît apprécia toute la saveur de l’évocation de sa pertinence mais, plus prudent qu’un chacal, il rajouta une couche de flagornerie.

 

« Permettez-moi, monsieur le Ministre, d’imaginer que vous ne m’avez pas convoqué ce matin pour que vous puissiez me fournir de faux passeports... Je me tiens à votre entière disposition avant mon départ pour remplir la mission que vous vouliez me confier... car je suppose que telle était votre intention... » Marcellin en resta, un instant, stupéfait de voir ce soi-disant petit branleur magouillant avec les RG lui dicter la conduite à tenir. Il grommela « Vous devriez faire de la politique... » avant de se raviser goguenard « En fait je ne crois pas, vous êtes trop intelligent pour vous fourvoyer avec ce troupeau de minus... » L’avertissement était sans frais, Benoît cessa de la ramener car il risquait de perdre tout le bénéfice de l’avantage qu’il venait de gagner. Le Ministre rejoignit son bureau d’un pas lourd, il se saisit d’une chemise cartonnée, sans même le regarder, à son tour il le prenait de court « Avant d’aller à Rome vous allez d’abord vous rendre à Berlin-Ouest. Les gauchistes teutons me semblent bien plus dangereux pour nous que leurs confrères ritals, le voisinage de l’Est les rends plus perméable aux manipulations des cocos. Vous parlez l’allemand ? » La réponse négative de Benoît ne le démonta pas « Alors vous emmènerez votre dulcinée qui elle, je suppose, est polyglotte et, comme elle est bien introduite dans l’Internationale gauchiste ça ne peut que faciliter l’infiltration... » Marcellin savourait le fait d’avoir repris la main, il lui tendit la chemise défraichie « Vos petits copains envisagent de perpétrer un hold-up dans une succursale du Crédit Lyonnais pour alimenter leur trésor de guerre. Je compte sur vous pour m’en dire plus que ce qu’il y a dans ce fichu dossier, soit presque rien... »   

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Le niveau d’information de Benoît sur l’affaire Markovic le rangeait dans la classe de ceux avec qui il faut conclure un pacte de non-agression (107)

Même si Marcellin n’avait jamais fréquenté l’école des cadres du PC, et aucun doute n’était possible vu son passé Vichyssois, il appliqua à Benoît, pendant le premier quart d’heure, un traitement de choc s’inspirant largement des principes de l’intimidation maximale chère aux héritiers des soviets. Son dossier, était lourd, à charge, fort bien préparé par ces messieurs qui, en rang d’oignons, affichaient des mines faussement contrites en contemplant Benoît avec commisération. Le problème pour eux c’est que ce dossier était aussi plein de trous, de belles brèches dans lesquelles Benoît allait s’enfourner une fois l’orage passé. Marcellin, il le sentait, plus il tapait sur le clou plus il doutait du bien-fondé de sa méthode. Pourquoi ? Benoît ne saurait le dire mais, sans doute, l’instinct, la prescience que ses munitions, certes bruyantes, relevaient plus de l’opéra-bouffe que de la bonne police. Pour Marcellin, au fur et mesure qu’il assénait des reproches cinglants plus ceux-ci prenaient la tournure de vrais compliments : « Un vrai bourrin, obtus, obéissant, ne lui paraissait pas en mesure d’accumuler autant de conneries sensées ». L’ennui amusé de Benoît devait aussi transparaître. Brutalement, alors que Benoît affutait sa contre-attaque, Marcellin s’interrompait. Soupirait. Allumait une cigarette l’air mauvais. Les chefs prenaient peur Benoît le voyait dans leurs regards de cireurs de pompes lécheurs de bottes. « Messieurs, vous pouvez prendre congé... » Le geste accompagnait la parole, un rien méprisant et impatient. Les hauts-fonctionnaires, tels des généraux répudiés, dignement, un à un, se retiraient après avoir exprimé leurs respects à Monsieur le Ministre. « Accompagnez ces messieurs... » L’adresse frappait le Directeur de cabinet alors qu’il s’attendait à être épargné. Il ne mouftait pas. Marcellin bouffait de la fumée avec une délectation malsaine. Toujours debout, j’attendais. « Asseyez-vous et dites-moi tout... »

 

Affirmer que le soudain renversement de situation ne prit pas Benoît de court serait mentir. Face à un Marcellin toujours debout, clope au bec, l’œil narquois il mit un peu de temps à reprendre mes esprits. Son apparent désarroi dut convaincre le Ministre que sa stratégie était la bonne et qu’il allait se déballonner, se mettre à table. Pour reprendre pied Benoît adopta un ton désinvolte : « Avant de tout vous dire, je prendrais bien à café... » Sa requête fit sourire Marcellin, il devait penser, « Ce petit con veut gagner du temps mais je le tiens par les couilles et il ne va pas s’en sortir avec des provocations... » Y’avait chez lui du Pompidou, le côté pesant, madré, retors, mais sans la finesse du normalien de Montboudif. Pour se tirer les roupettes de ses grosses pognes Benoît allait devoir accepter de jouer avec lui dans le caniveau, pas finasser, le Raymond n’appréciait pas les intellos, les faiseurs de théories. Fallait que Benoît marque d’entrée son territoire avec du foutre bien chaud, bien gluant, pour que cette vieille crapule comprenne vraiment à qui il avait à faire. Les plaies mal cicatrisées, celles qui démangent encore, constituent le lieu privilégié des attaques les plus virulentes. Verser un peu de vinaigre, goutte à goutte, en évoquant le souvenir des saloperies fabriquées de toute pièce contre le couple présidentiel par exemple, sans, bien sûr, mettre en doute la bonne foi du Ministre dans cette sale affaire mais seulement en lâchant quelques noms, comme ça, l’air de rien, sur le ton de la confidence. Les politiques, surtout ceux de l’acabit de Marcellin, ne se laissent jamais impressionner par le rappel de leurs vilenies ou de leurs mauvais choix, bien au contraire ils en tirent parti pour rebondir. Le niveau d’information de Benoît sur l’affaire Markovic le rangeait dans la classe de ceux avec qui il faut conclure un pacte de non-agression. La cendre de sa clope poudrait le revers du veston de Marcellin et le tapis, preuve de l’extrême attention de Monsieur le Ministre de l’Intérieur aux propos d’un sale petit branleur. Son « Qu’attendez-vous de moi ? » sonnait l’heure d’un changement de tactique.

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « Soyez sans crainte, je ne suis manipulé par personne, et surtout pas par Marcellin, je travaille pour mon propre compte et je vous protège... » (106)

Le virage brutal qu’ils prirent à leur retour ne leur devait rien, il résulta d’une brutale accélération des évènements qui échappa à leur contrôle et les propulsa dans une suite de sacs de nœuds dont ils eurent beaucoup de peine à se dépêtrer. Souvent, les tuiles vous tombent sur le coin de la tronche alors que tout vous semble sous contrôle, sans risque apparent, par temps calme. Certes la position de Benoît, à géométrie variable, si elle lui permettait souvent de planquer ses abattis, elle le plaçait à son insu dans des zones de fortes turbulences. Jusqu’ici il s’en était toujours sorti grâce à un art consommé du j’m’en foutisme. Par rapport aux craintifs et aux calculateurs, toujours sur leurs gardes, le fait de ne s’inquiéter de rien, de s’en foutre, constituait un atout majeur dans un monde où tous les coups sont permis. Benoît n’attendait rien de la vie et, à sa grande surprise, elle lui procurait un lot de frissons et de jouissances incommensurables. Rien ne pouvait donc le faire changer de cap, et surtout pas Chloé qui se révélait chaque jour, à sa manière, une redoutable manœuvrière. Ils formaient un duo à nul autre pareil. Du côté de la place Beauvau ceux qui avaient propulsé Benoît dans le nid des petits frelons de la GP, pour y accomplir les basses besognes traditionnelles, commençaient à trouver qu’il occupait beaucoup trop d’espace et surtout qu’il n’en faisait qu’à sa tête. Jusqu’ici, ses hautes protections, sa position d’éminence grise près d’un Ministre important, ses accointances dans des groupes barbouzards rivaux, les avaient incité à la plus extrême prudence, mais comme l’occasion qui se présentait à eux de lui brûler les ailes, leur paraissait si belle, inespérée même, qu’ils n’avaient pas hésité une seule seconde à lui tendre leur piège foireux.

 

À peine avaient-ils posé le pied sur le tarmac de Villacoublay qu’un motard porteur d’un pli, à remettre en mains propres, se plantait face à eux, salut militaire, Benoît se retrouvait convoqué en fin de matinée chez le Ministre de l’Intérieur soi-même.  Chloé s’esclaffait « Tes désirs sont des ordres ... » et le bel Albin, intrigué par sa soudaine importance, le prenait par le bras pour l’entraîner à l’écart. « Mon garçon jusqu’ici vous m’intriguiez, maintenant vous m’inquiétez. Quels sont vos rapports avec Marcellin pour qu’il vous traite ainsi ? Il vous a infiltré auprès de moi ? Attention je sais, moi aussi, cogner et cogner très dur... » Avec aplomb Benoît le rassura « Soyez sans crainte, je ne suis manipulé par personne, et surtout pas par Marcellin, je travaille pour mon propre compte et je vous protège... » Chalandon sursautait « Me protéger ! Me protéger de qui, de quoi, expliquez-vous ! » Toujours avec le même aplomb Benoît coupait court « Convenez-en, Monsieur le Ministre, ce n’est pas le lieu. Dès que j’en aurai terminé avec Marcellin je m’expliquerai sur tout auprès de vous... » Son ton conciliant mais sans appel le sidérait « Vous ne manquez pas de souffle mon garçon : en finir avec Marcellin, rien que cela. Soit vous bluffez et vous le faites bien. Soit vous êtes un personnage d’une dangerosité exceptionnelle... » Le large sourire de Benoît le déroutait plus encore « Dans les situations fangeuses, monsieur le Ministre, avoir les pieds dans le marigot, même si ça n’est pas toujours très confortable, vaut mieux que de le regarder d’en haut si l’on veut avoir prise sur les évènements... » Le Ministre soupirait « Ne me dites pas que vous êtes flic. Je veux dire de la Police ». À son tour, avec une familiarité qui l’étonnait Benoît le prenait par le bras « Si je savais ce que je suis je ne vous le dirai pas Monsieur le Ministre car, pour ne rien vous cacher j’ai du mal à savoir ce que je suis vraiment... » Sa pirouette lui tirait un rictus et, sans se dégager de son emprise il se contentait de répondre à Benoît  « Alors à ce soir dans mon bureau... »

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H No future, pour eux, n’était pas un futur slogan pour tee-shirt d’adolescent boutonneux mais une réalité dure et prégnante (105)

Le premier soleil levait une part du mystère de l’île en la parant d’un camaïeu de vert et d’exhalaisons fortes de vases putréfiées et de mousse fraîche. Pas âme qui vive, le chant des oiseaux, le clapotis des eaux, loin d’être saisis par une impression d’échouage sur cette levée de terre, Chloé et lui, sans avoir à se le dire, ressentaient au contraire une grande paix les envahir. À mille lieux de leurs folies ordinaires ils s’arrimaient à une terre de tout temps hostile aux étrangers ; une terre en train de mourir dans l’indifférence générale. Las et revenus de tout, ils n’étaient pas venus à Fédrun pour faire des galipettes, ils ne savaient d’ailleurs pas pourquoi ils étaient là, debout, côte à côte, au petit matin, sur l’île de Fédrun au beau milieu de la Grande Brière. Certes leurs vies, tels les bouchons d’une canne à pêche, se laissaient porter par le courant tout en restant bien arrimées et sensibles à toutes les sollicitations du fil qu’ils avaient encore à la patte.

 

No future, pour eux, n’était pas un futur slogan pour tee-shirt d’adolescent boutonneux mais une réalité dure et prégnante. Le ripolinage actuel des années 70, derniers feux des soi-disant 30 Glorieuses, relève de l’escroquerie intellectuelle, de la réécriture de l’histoire à des fins de partisanes : après avoir été si joyeux ils étaient tristes à en mourir. Pour Chloé ce furent les années de plomb, pesantes, qui enterrèrent leurs illusions, dans un décorum révolutionnaire en carton-pâte, du moins en France car en Italie Chloé tenait des propos alarmistes sur les affrontements et les manipulations des néo-fascistes infiltrés dans les services secrets de l’armée qui avaient, et allaient, faire couler le sang. Depuis son retour à Paris benoît cherchait le moyen de la retenir pour qu’elle ne retournât pas au milieu de ces fous furieux mais elle dressait un mur de désinvolture sur lequel toutes ses tentatives glissaient. Avec sa simplicité habituelle, pleine de nœuds et de détours, il se promettait de profiter de leur isolement briéron pour la convaincre. Comment ? Je n’en savais fichtre rien.

 

Dans le fond de la camionnette ils découvrirent deux grands paniers emplis de victuailles et de bouteilles de vin, des thermos de café, une miche de pain, de quoi soutenir un siège. La maison, au confort minimal, comportait un tout petit lit en fer et une grande cheminée. Chloé le chargea de la corvée de bois pendant qu’elle préparait un copieux petit déjeuner : œufs brouillés, jambon et tartines beurrées. Repus, face à un grand feu que Benoît avait eu bien du mal à faire prendre et qui fumait un peu, ce qui les obligeait à maintenir la fenêtre ouverte, ils trouvèrent refuge, dans un sac à viande militaire rêche, empestant le renfermé humide, sous un empilement de couvertures kaki monstrueux. Ils dormirent, tout habillés, collés l’un à l’autre. Sur le coup de midi ils prirent un chaland pour faire le tour de l’île. Chloé maniait la perche aussi bien qu’un gondolier. Benoît comptait les ragondins. Ils croisèrent un vieux type décharné, au regard à demi caché sous la visière d’une casquette crasseuse, qui suçotait une petite pipe tout en fourrageant avec une canne dans un bouquet de roseaux. Le « Bongiorno » rieur de Chloé le fit sursauter puis se redresser et sourire, un sourire plein de chicots brunis par la nicotine. D’un geste qui, en d’autres circonstances, eut pu paraître obscène, de sa main libre il réajusta son entrejambes en nous fixant de ses petits yeux encavés. « Et si vous veniez prendre la goutte... » La voix était étrangement cristalline, quasi enfantine. Chloé les poussa jusqu’au ponton et le vieux les amarra.

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H, un Directeur de l’Agriculture racontera à Benoît comment, chaque week-end, son Préfet en Dordogne, le mobilisait pour assurer la paix des amours d’un Ministre avec celle qui se baptisera par la suite la « Putain de la République ». (104)

Le lendemain matin, à la première heure, dans une fourgonnette Peugeot, que les services du Préfet avait dégoté je ne sais où, Chloé et Benoît prenaient le chemin de la Grande Brière. Aussi étrange que cela puisse paraître, à la suite de sa péroraison agricole la cote de Benoît auprès de son Ministre était montée de plusieurs crans. Face au Préfet, totalement à l’Ouest, et aux grands élus du département, tellement ravis d’être à la table d’un Ministre de cette envergure, qu’ils gobaient ses paroles sans trop savoir de quel côté ils allaient devoir pencher, le bel Albin le couvrait de fleurs et lui promettait un bel avenir en politique. À l’heure des cigares et du café sa requête pour qu’on mît à leur disposition un véhicule afin que sa douce et lui aillent se ressourcer dans les profondeurs de la Grande Brière avait reçu une immédiate acceptation du Préfet qui devait penser que sa célérité à le satisfaire lui vaudrait sans nul doute les faveurs de Paris.

 

La Grande Brière avec ses canaux, ses plans d’eaux peu profonds, ses roselières, ses prairies inondables et ses buttes où se perchent de minuscules villages est un monde clos, un monde consanguin, autarcique. Les Briérons pendant des siècles bénéficièrent d’un statut unique en France : ils étaient propriétaires du marais par la grâce du duc François II de Bretagne. Chassant, pêchant, pratiquant l’élevage et tirant l’essentiel de leur subsistance du marais, les habitants de ce marais brûlant la tourbe extraite de leur sol manifestèrent toujours une franche hostilité à tout ce qui venait du dehors. Comme Chloé et lui ressentait un réel besoin de s’isoler pour mettre un peu d’ordre dans leurs vies chaotiques, l’hostilité profonde de la Brière était le gage de le satisfaire. Un seul accès menait à l’Ile de Fédrun, butte de terre au milieu du marais, posée sur un lit de roseaux. Le jour se levait, en des haillons cotonneux, la brume s’effilochait au-dessus de la curée, le canal cernant l’île sur le lequel les chalands familiaux étaient amarrés à des pontons donnant sur de minuscules jardinets collés aux maisons basses recouvertes de roseaux. Chloé et lui, allaient occuper l’une d’elle premier jalon du Parc Naturel qui venait tout juste d’être créé. Les Préfets sont magiques dès qu’il s’agit de satisfaire le bon vouloir des nouveaux princes de ce monde, en quelques coups de téléphone le nôtre avait mobilisé ses chefs de service de l’agriculture et de l’équipement pour leur fournir le havre de solitude quels sollicitaient. Bien plus tard, un Directeur de l’Agriculture racontera à Benoît comment, chaque week-end, son Préfet en Dordogne, le mobilisait pour assurer la paix – les agriculteurs sont très joueurs avec les Ministres – des amours d’un Ministre avec celle qui se baptisera par la suite la « Putain de la République ».

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