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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 07:00

imagesCA7ZF5V7Marie reprenait le fil « Sans m’en référer à l’histoire des 3 petits cochons, je pense que pour bâtir il faut des fondations, du solide, et du temps, donc une forme de patience. C’est de l’investissement d’image, et comme l’irruption d’une nouvelle génération de vignerons « atypiques », se référant à des pratiques « durables », met en orbite sur le marché une nébuleuse de points, à la fois indépendants les uns des autres tout en gravitant autour d’un corps de doctrine commun, sans pour autant produire un langage commun ni dessiner une nouvelle géographie des vins de terroir. Trop de fragmentation, de personnalités fortes, de singularité identitaire, implique des démarches solitaires. Le potentiel actuel des consommateurs se reconnaissant dans ces « pratiques » étant restreint – le bruit médiatique n’étant pas un indice probant de la capacité de ces vins  à trouver leur public – ce segment de marché reste marginal et la frilosité des distributeurs peut se comprendre. En effet, comme me le faisait remarquer le patron du principal site de vente de vins en ligne : mettre en avant des « valeurs sûres » c’est la garantie d’un taux de visite 10 fois plus important que lorsqu’on se risque à mettre en avant des « découvertes ».


Pour sortir du cercle, se faire reconnaître de façon durable, plus particulièrement en dehors du marché domestique, tout en restant attaché à ses valeurs, à son indépendance, sans sacrifier au maelstrom médiatique, il me semble que nos « indépendants », au sens des peintres du Salon des Indépendants, devraient tenter de susciter l’émergence d’un nouveau métier : éditeur de vin. Je n’aurais pas ici l’outrecuidance de rappeler le rôle de l’éditeur auprès des écrivains mais de souligner que l’une de ses fonctions essentielles est de découvrir de nouveaux talents, de prendre le risque de les éditer, de les promouvoir. Dans le passé des négociants, de grandes ou de petites maisons de commerce, ont joué, et quelques-uns jouent encore, à leur manière, ce rôle d’éditeur auprès de domaines ou de châteaux. Pourquoi ne pas imaginer – ça ne mange pas de pain d’imaginer – que nos « atypiques » puissent confier, pour certains pays, tout ou partie de leurs enfants à des « éditeurs de vin » afin de construire avec eux cette fameuse notoriété. Celle-ci, une fois acquise, même si en ce domaine rien n’est jamais acquis, quelques-uns pourront ou voudront voler de leurs propres ailes, d’autres viendront les remplacer. Je rêve direz-vous – c’est beau aussi de rêver – mais comme je ne recule devant aucune provocation j’avoue que je me verrais assez bien dans ce rôle d’éditeur de vin, appuyé bien sûr, vu mon incompétence, sur un comité de lecture – pardon de dégustation – dans le giron d’une maison de confiance. »

 

Suite et fin lundi...

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 07:00

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Toute la presse la voulait. Les chaînes de télévision la suppliaient. Même les anglo-saxons si prompt à chercher des poux dans la tête des français s’impatientaient. Quelques coups de fils discrets lui firent même savoir qu’en haut lieu elle serait la bienvenue. Et pendant ce temps-là Marie dormait comme une bienheureuse avec Lénine lové sur le second oreiller et Tintin au Congo qui logeait dans une grande volière posé sur un tapis persan. Elle rêvait d’Abraham son grand kanak si doux, si prévenant. Elle se voyait nager à ses côtés dans le lagon de la mer de Corail. Elle lui téléphonait. Il répondait de sa voix chantante. « Quand viens-tu me rejoindre » l’interrogeait-elle ? « Dès que je peux ma belle » lui répondait-il. Le lendemain matin Marie s’éveillait à l’aurore et tout en sirotant son café avec une paille elle appelait César Compadre pour lui accorder une interview exclusive. Il rappliquait dare-dare. Avec gentillesse  elle se pliait au jeu des questions-réponses puis, elle lui déclarait, « et si je vous livrais un vrai scoop, ça vous ferait plaisir ? Le grand César en riait de bon cœur « Je vous écoute mademoiselle de Saint-Drézéry... »


« Beaucoup de beaux vins fait d’excellents vignerons ne sont pas vendus à leur juste valeur car leur appellation manque de notoriété. Alors comment faire pour percer dans un univers qui privilégie les situations acquises, comme celles des GCC qui vendent du luxe, du statut avant de vendre du vin, ou comme celles des vignerons stars qui vendent des mots avant de vendre leur vin, ou ceux qui s’en remettent aux grands épiciers car ils sont en capacité d’aligner des budgets de promotion permettant de mettre en avant les vins auprès des  consommateurs ? Efficacité commerciale avant tout : les distributeurs de vin ne sont pas des mécènes. Pour autant faut-il tout sacrifier pour entrer dans le système médiatique qui permet de capitaliser de la notoriété par le truchement de la presse spécialisée, des faiseurs de roi ou des juges aux élégances ? « Mais alors ce n'est plus la bouteille qu'on juge... C'est l'attachée de presse ? » Je ne sais pas pourquoi la profession est trustée que par des nanas ? (rires) La notoriété se bâtit-elle sur le seul bruit du tambour médiatique ? La réponse est bien évidemment non car dans cet univers de l’instantanéité, du scoop, de la fausse différence, une nouvelle « découverte » chasse très vite « la petite merveille » dénichée la veille chez un small is beautiful du fin fond du terroir. Le nouveau vieilli vite aussi bien pour les produits de pur marketing que pour ceux surfant sur des tendances pas toujours solides... »


« Mon cher César, si je puis me permettre cette familiarité, puisque je vous ai tiré si matinalement de votre lit je vous propose que nous déjeunions à l’ancienne, sans chichis, avec le chef de culture et le maître de chai. Nous reprendrons ce bavardage le ventre plein.

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 07:00

À Beychac-et-Caillau les échos de ses déclarations du jour avaient largement déblayé le terrain pour Marie, qui, sans être en terrain conquis se retrouvait face à une assistance assez bien disposée à son égard. De plus, fine mouche, elle s’était fait accompagnée par David Cobbold qui avait reçu en début d’année, au pavillon Ledoyen, le « Prix de la presse » accordé aux journalistes de la presse du Vin, pour le soutien qu'ils procurent à la filière par leur travail, des mains de Bernard Farges président du Syndicat Bordeaux&Bordeaux Supérieur. David, elle l’avait rencontré au Juvéniles et ils avaient sympathisés autour d’un Beaujolais de Chermette. Sitôt que Bernard Farges l’eut présenté, Marie embraya sur un vibrant hommage à Louis Marinier le précurseur. Face à une salle ébahie par le culot de cette gamine ébouriffée elle indiquait que c’était son pote Michel Rocard qui lui avait fait la confidence un soir qu’il s’épanchait sur les deux merveilleuses années qu’il avait passé au 78 rue de Varenne grâce à cette vieille fripouille de Mitterrand. Le public était sous le charme. C’est le moment que choisit Marie pour aborder de nouveau le sujet de son vin d’assemblage estampillé Vin de France. Il y eut un grand blanc. Sans se démonter Marie cita le Plan « Bordeaux demain » : tous ces vins qui ne trouvaient plus leur place sur le marché sauf à des prix de casse, pourquoi ne pas réfléchir à leur donner une autre destination ? « Mais attention, mesdames messieurs, pour adhérer à mon projet ce sont des vins voulus et non des vins subis qu’il me faut ! » Et de citer René Renou, puis un rapporteur tombé en désuétude et reconverti en pisseur de copie électronique. « Moi je ne ferai plus de second vin. Certes j’en ai les moyens, mais vous pourquoi ne feriez-vous pas un choix similaire pour une partie de votre vignoble ? Je sais ce ne sera plus du Bordeaux mais avec le temps, des volumes conséquents, du sérieux, de l’obstination vous pourriez sucer la roue de ma première cuvée que j’ai baptisé, avec une certaine malice Noah, et bâtir une belle marque de vin d’entrée de gamme, avec cépage et millésime. Je vous invite à venir avec moi après la vendange chez mes amis d’Embres&Castelmaure. Je puis vous assurer que le Président Patrick Hoÿm de Marien vous y accueillera avec sa courtoisie d’aristocrate terrien. Au fond de la salle des courtiers tapotaient nerveusement des sms pour leurs mandataires « le hérisson est en train de gagner la partie. L’état d’urgence doit-être proclamé, le plan déclenché... » Marie, en bonne politique, plaçait son dernier coup gagnant en soulignant que ceux qui avaient jeté au caniveau les droits de plantation serait bien avisé de s’acheter une épuisette pour aller les récupérer. Les pompiers pyromanes ne sont pas ma tasse de thé ajoutait-elle avec perfidie. La salle lui réservait une standing-ovation... Marie réclamait à boire.

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 07:00

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Ces messieurs du négoce s’était fendus d’un vin d’honneur et, pendant que Paul de Candolle, très froufroutant, distribuait le contrat de confiance Saint-Drézéry, suivi d'un Luchini rayonnant qui, petit à petit, se voyait cerné par une grappe d’admirateurs qui le suppliait de leur faire Bardamu. Ce qu’il fit, avec une certaine discrétion, pendant que Marie s’entretenait avec un monsieur Pierre tout ragaillardi qui, avec son petit sourire aux lèvres, lui confiait « même si je ne partage pas toutes vos idées mademoiselle ce que je puis vous assurer c’est que vous possédez, bien plus que la grande majorité de cette assemblée, le sens du commerce. Croyez-moi, puisque vous dites savoir compter, et je vous crois, vous irez loin... » Cet aparté fut l’objet de toutes les suppositions car nul, même en tendant l’oreille, n’avait pu saisir des bribes de leur conversation car Luchini avait légèrement haussé le ton  « Moi je m'étais trouvé pour la pratique un petit appartement au bord de la zone d'où j'apercevais bien les glacis et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien, avec son bras dans un gros coton blanc, blessé du travail, qui sait plus quoi faire et quoi penser et qui n'a pas assez pour aller boire et se remplir la conscience. Molly avait eu bien raison, je commençais à la comprendre. Les études ça vous change, ça fait l'orgueil d'un homme. Il faut bien passer par là pour entrer dans le fond de la vie. Avant on tourne autour seulement. On se prend pour un affranchi mais on bute dans des riens... » Le déjeuner avec le Président du CIVB et son bureau fut d’un chiant et d’un convenu absolus car le Fabrice s’était esbigné pour aller rendre visite à Alain Juppé qui voulait qu’il soit du prochain « Bordeaux fête le vin ». Marie, un peu vénère, entreprit Roland Feredj, l’inamovible directeur du CIVB, sur son allergie à l’égard des ronds-points avant d’abréger les agapes pour, dit-elle, aller s’acheter quelques bouquins chez Mollat qu’est à deux pas. De retour pour quinze heures, remontée comme une pendule, elle disséqua devant une Assemblée générale stupéfaite le plan « Bordeaux demain » avec la précision d’un chirurgien, mettant le doigt là où ça faisait mal, affirmant qu’être en retard d’une guerre n’a jamais amené à la victoire, que seul le passage à l’acte permettrait à l’ensemble du vignoble de mieux vivre. Foin des égoïsmes, des faux-semblants, des larmes de crocodiles, du laxisme, de l’opposition stérile négoce-propriété, il fallait faire des choix clairs, arrêter de vouloir tout faire, d’emmerder les Languedociens, et de conclure que son contrat de confiance Saint-Drézéry pouvait constituer une base intéressante pour un véritable partenariat entre les vignerons, leurs coopératives et un négoce qui ne vendrait pas que du vin. Dans le fond de la salle Paul de Candole était en lévitation, atteignant un quasi-extase alors qu’à grandes enjambées Fabrice Luchini rejoignait l’estrade pour déclarer devant le public médusé « La Fontaine est supérieur à Baudelaire parce que ce n'est pas la forme mais l'éblouissement. Baudelaire, c'est le génie de la forme, une ciselure qu'on peut simplement suivre. Mais je crois qu'il faut se méfier du génie de la forme. La Fontaine, on peut l'aborder sans cette méfiance. Sans aucune méfiance « Il est bon de parler mais meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'ours habitait, si bien que tout ours qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. » Vous rendez-vous compte ? Si bien que tout ours... » D'ailleurs, on ne doit pas dire le s de "ours" : « Si bien que tout our qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'our habitait. » A chaque fois il nous en envoie une ! Il y a tout Raymond Devos, en une phrase. Voilà : d'un côté, on a Baudelaire qui est un génie de la forme, de l'autre, on a La Fontaine qui est un génie tout court. » Le public debout l’ovationnait.

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 07:00

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Leur arrivée, bras-dessus, bras-dessous, elle et Fabrice, lui en polo rouge, toujours dans sa phase Murray, clamait que « l’aristocratie des châteaux de Bordeaux constituait le dernier rempart face au totalitarisme. » et, elle, souriante, tout de blanc vêtue, ne passa pas inaperçue dans la petite salle qu’avait réservé le syndicat des négociants de la place de Bordeaux. Ils étaient tous là, même le patriarche Pierre venu avec son jet de Genève, le challenger Joseph en provenance de Petersbach par Easy Jet, et bien sûr le ban et l’arrière-ban des négociants au sein duquel s’étaient glissés quelques courtiers ulcérés d’être boudés par cette pétroleuse. Luchini pour détendre l’atmosphère se proposa de lire du Paul Valéry. Ce qu’il fit « Ce qui nous force à mentir est fréquemment le sentiment que nous avons de l'impossibilité chez les autres qu'ils comprennent entièrement notre action. Ils n'arriveront jamais à en concevoir la nécessité, qui à nous-mêmes s'impose sans s'éclaircir. Je te dirai ce que tu peux comprendre. Tu ne peux comprendre le vrai, je ne puis même essayer de te l'expliquer. Je te dirai donc le faux. C'est là le mensonge de celui qui désespère de l'esprit d'autrui, et qui lui ment, parce que le faux est plus simple que le vrai. Même le mensonge le plus compliqué est plus simple que le vrai. » Puis il se rassit sagement aux côtés de Marie en déclarant « Ça lève, là, quand même, la langue... ». L’assistance applaudit même si l’aridité de Valéry les avait un peu surpris. Marie se leva, micro-cravate fixé au col de son corsage, et avec aisance, tout d’abord remercia son cher Fabrice pour la pertinence de sa lecture introductive puis bien évidemment les participants, les citant un à un par ordre d’importance sans en oublier aucun, même les courtiers resquilleurs. Elle souligna qu’elle tenait à donner la Primeur au négoce de la place de sa nouvelle approche du marché. Applaudissements polis. Son exposé sur le « Contrat de confiance Saint-Drézéry » fut d’une grande limpidité, il se fondait sur une philosophie d’une grande simplicité : si vous souhaitez achetez mes vins pour les revendre il vous faudra vous conformer à des obligations simples : absence de spéculation, qualité du service rendu aux clients, concurrence loyale, fidélité et capacité à  lier des relations durables avec des importateurs... Tout manquement à ces conditions contractuelles vaudrait, selon la gravité, un carton jaune ou rouge, soit une exclusion temporaire ou définitive. Bien évidemment Marie tiendrait compte de l’antériorité, elle ne souhaitait pas mettre ses partenaires négociants en difficulté mais consolider sur de nouvelles bases les relations commerciales. Afin que la confiance règne, que le suivi soit facile, toutes les bouteilles du prochain millésime seraient munies d’une puce et l’étiquette d’un QR code permettant au client d’accéder à la fiche d’identité du vin. L’assistance était bouche bée. Marie termina son exposé en indiquant aux négociants que son contrat duo avec des châteaux partenaires leur était aussi ouvert. « En ramenant mes prix à des niveaux conformes à une saine économie de marché je dégage ainsi des moyens pour que nos acheteurs puissent s’intéresser à des vins de moindre renommée mais de belle qualité. Ainsi je participe à l’Extension du domaine du Vin » conclut-elle sous des applaudissements nourris.

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 07:00

9782253082972Le matin de l’opération « un peu de vent dans les branches de sassafras » Marie se leva de bonne heure - écrire de bonheur conviendrait aussi - pour marcher dans ses vignes. Elle jetait sur elles un autre regard que celui du premier jour et elle déclamait du Onfray face à elles « Les pierres qui font les vins sont roturières pour la plupart. Mais toutes sont mêmement chargées de magnétisme : brûlées par le soleil, fendues et fondues par la foudre, polies par les sacs et ressacs, lustrée par l’entropie des vents violents et brefs ou doux et longs, elles eurent pour destin moins les palais et les chefs princiers que les ornières des champs, les fondrières des chemins. On ne les vit pas serties sur un chaton à la main d’une belle, ni pendues autour du cou d’une courtisane, scintillantes de tous leurs feux, en représentation et habits d’apparats, mais révélées à la lumière par le soc d’une charrue, mélangées à la terre et offertes à l’œil par l’acier tranchant d’une araire, ou tout simplement irradiant dans la main de l’homme de l’art qui l’aura extraite de la glèbe qu’il travaille quotidiennement. » Onfray, qu’elle avait croisé dans un truc organisé par « les folles de Télérama du VIe arrondissement » au marché St Germain, Marie le trouvait un peu casse-couilles pour un hédoniste avec une forte tendance à beaucoup aimer le son de sa voix, mais pour autant dans son livre Les formes du temps, théorie du Sauternes certains passages la trouaient. Sur son épaule Tintin au Congo s’égosillait « Onfray n’est pas gai » pendant que Lénine se goinfrait de Merlot jusqu’à en avoir les babines rougies tel un vampire des Carpathes. Paul de Candolle la rejoignit après avoir laissé dans la chaintre son nouveau scooter rose fluo.

- Prête ?

- Oui j’adore le sprint long.

Le programme tenait en effet d’un 1500 mètres : à 10 heures rencontre avec le Syndicat des Négociants, à midi déjeuner avec le Président et le Bureau du CIVB, à 15 heures intervention devant l’AG du CIVB, le soir enfin, à Beychac-et-Caillau dîner-débat avec le syndicat des Bordeaux et Bordeaux Sup. Powerpoint or not Powerpoint ? Marie avait très vite tranché : elle ne voulait pas être enserrée dans un carcan pour pouvoir s’adapter aux réactions du public. Sa seule concession fut l’élaboration un dossier papier qui serait distribué en temps et en heure aux participants. Sur la page de garde du dossier une simple étiquette, genre pot de confiture, collée avec, calligraphié à l’encre violette, ce titre : « Le contrat de confiance Saint-Drézéry » et tout en bas une citation de Henri Bergson « J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. » que lui avait soufflé son pote Luchini qui d’ailleurs serait de la partie aujourd’hui

 

 

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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 02:00

Francesca s’affairait autour de nous avec grâce pendant que le grand homme monologuait en brassant beaucoup d’air et, avec son air cabotin, se tournant vers elle, les bras grands ouverts, d’abord il s’extasiait « Quel immense bonheur que le ciel m’est envoyé cette belle et douce enfant qui égaie mes jours... » ; puis il me prenait à témoin « Crois-moi sans elle je suis certain que j’en serais réduit à parler tout seul face au vide de ma vie... » ; enfin il l’appelait « Viens t’asseoir sur les genoux de ta vieille tante ma belle Francesca... » Celle-ci soupirait et s’exécutait. Le vieil homme lui caressait les cheveux en se laissant aller à un soudain accès de sincérité « Vois-tu Francesca, je n’ai été père qu’une seule fois, par accident, par paresse et lâcheté. Ce fut Marie. Trop occupé que j’étais à la contemplation de moi-même je l’ai laissé pousser loin de moi auprès de sa mère. C’était une fille comme toi, sincère et droite. Il a fallu que ce soit cet énergumène qui me fasse découvrir que je tenais à elle comme à la prunelle de mes yeux. Deux jeunes fous amoureux qui débarquent dans le fracas de mai. Quelques beaux jours, lumineux, pleins de l’espoir d’une jeunesse à nouveau ardente et solidaire. Eux deux ils étaient une île sur laquelle une vieille tapette prétentieuse comme moi retrouvait la lumière. Tu sais Francesca pour une peintre capter la lumière est essentiel. J’avoue que je me voyais déjà avec une nuée de petits enfants entre les jambes. Le vieil égoïste allait enfin sortir de son isolement hautain laisser parler son vieux cœur sec. Et puis ce fut ce que ce fut, bien plus qu’une déchirure, le sentiment d’être passé à côté de ma Marie, d’avoir gaspillé le seul trésor de ma vie. Restait lui, brisé en mille morceaux. Perdurer me dit-il, crever à petit feu pour ne plus jamais connaître le bonheur. Oublier, jamais ! Je ne sais Francesca s’il t’a raconté sa vie depuis que Marie nous a joué ce sale tour mais aujourd’hui ce petit con pourrait dire : j’arrête. Je reprends le cours de ma vie. Il est mon légataire universel alors qu’attend-il ? Francesca somme-le de t’épouser ! » Le grand homme éclatait de rire comme s’il s’en voulait soudain d’avoir entrouvert sa cuirasse.

 

Et de revenir sur la connerie de la Gauche Prolétarienne, de l’imbécillité congénitale d’Alain Geismar qui lors de son procès, poing levé, boudiné dans sa chemise écarlate, vilipendait « l’impérialisme américain » avant de faire l’éloge de la Chine de Mao « où les ouvriers depuis plus de vingt-ans on chassé les patrons et dirigent eux-mêmes les usines. » Même ce couard de Sartre n’est pas apparu au procès. Ce monsieur ne veut témoigner que devant les ouvriers de Billancourt. Calembredaines que tout ça, le 27 octobre place Bir-Hakeim, sur son tonneau il s’époumonera devant une poignée d’intellos rameutés par Godard et Maurice Clavel. Pure provocation, la CGT a raison, les gauchistes font le jeu de Marcellin tout heureux de les agiter comme des épouvantails à bourgeois apeurés. Même un type comme Foucault écrit n’importe quoi avec son mélange soi-disant détonant des voyous du lumpenprolétariat et des travailleurs. Oser écrire dans Esprit ce qu’il écrit a de quoi désespérer Billancourt. « Ce dont le capitalisme a peur depuis 1789, 1848, 1871, c’est de la sédition, de l’émeute : les gars qui descendent dans la rue avec leurs couteaux, leurs fusils, qui sont près à l’action directe et violente... » C’est stupide : les émeutiers ça se réprime avec les armes, par le sang. Cette religion de la violence est la plus parfaite expression de l’irresponsabilité de ces petits bourgeois qui écrivent bien au chaud dans leur appartement. La violence armée n’est légitime que face à l’oppression d’un dictateur, d’une armée occupante, Foucault est un pleutre minable lorsqu’il ose déclarer « quand on apprend à ne pas aimer la violence, à ne pas vouloir la vengeance, à préférer à la lutte, on vous apprend quoi ? On vous apprend  à préférer à la lutte sociale, la justice bourgeoise... » Si on lui volait son portefeuille le sieur Foucault irait sûrement sans rougir porter plainte au commissariat !

 

En entendant le grand homme la sommer de m’épouser Francesca était allé se pelotonner à l’extrémité du canapé d’où elle avait suivi sa péroraison d’un air perplexe. Les subtilités de l’extrême-gauche française lui apparaissaient sans doute tout aussi absconses que celle du MIR chilien. Alors que le grand homme reprenait son souffle elle revenait à ce qui en fait la préoccupait vraiment : « Ce que vous me demandez, cher père – elle l’appelait père – est impossible. Je suis mariée..

- À une ordure galonnée...

- Oui mais marié devant Dieu mon père !

- Allons Francesca Dieu s’en fout de votre lien. Vous pouvez le rompre à votre guise ! Et puis, vous êtes ici sous une nouvelle identité donc...

- Non père je ne puis m’engager sans avoir réglé mes comptes avec lui...

- Avec Dieu ?

- Non avec Juan Manuel mon mari...

- Et comment allez-vous régler vos comptes Francesca ?

- Je ne sais pas père mais pour l’instant je n’ai nulle envie d’encombrer la vie de qui que ce soit. Je vais essayer de vivre la mienne au mieux. Vous me comprenez j’en suis sûr...

Désarçonné, le grand homme changeait de pied.

- Et ce grand couillon, lui, part en Italie... Vous voulez ma mort mes enfants...

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 07:00

 

Le désarroi, tel fut le sentiment qui s’abattit sur beaucoup d’intervenants de la place de Bordeaux suite à la réception entre les deux rives. « Mais où voulait-elle en venir cette diablesse sans jupon ? Le savait-elle au moins, grinçaient les plus obtus. Les plus aigus, eux, attendaient stoïquement la prochaine livraison de Marie. Voldemort, lui, plaçait ses pions. Surtout ne rien laisser paraître, tisser tel une araigne sa toile, attendre que l’imprudente s’y englue. Rendons tout de même à la vérité que les idées de Marie firent leur chemin dans les esprits les plus éclairés et, fort discrètement, sur les deux rives, des petits groupes en discutèrent, sans pour autant dévoiler la sympathie que cette Marie de Saint-Drézéry leur inspirait. Les seuls grands absents du débat furent, comme à l’accoutumée, ceux que par facilité nous désigneront sous le vocable « journalistes du vin ». Ils étaient tous en vacances. Seuls quelques bloggeurs par l’odeur du buzz alléchés se fendirent de posts : Lalau toujours prompt à dégainer en pleine nuit, à 3 heures 15 très précisément, lorsque la dépêche Reuters tomba sur son télescripteur de poche posé sur sa table de nuit ; Antonin le basque bondissant fut plus vindicateur que jamais même si cette Marie venait impunément piétiner ses plates-bandes ; dans les 5 du Vin Michel WS quittant pour un temps la môme Carignan donna  un sacré coup de chapeau à celle qu’il surnomma la reine du Petit Verdot ; Hervé Bizeul toujours à l’affut des idées neuves invita Marie à venir chez lui partager le pain et le sel, et la Petite Sibérie aussi. Et pendant ce temps-là Marie arpentait ses vignes. S’imprégnait. Posait des questions. Noircissait son petit calepin de notes. Paul de Candolle, lui, préparait la seconde phase de la blitzkrieg avec le think tank « Sans Interdit » où, un drôle d’escogriffe bien connu des services officiels, tenait lieu dans la plus grande discrétion bien sûr, d’éminence grise. Juillet touchait à sa fin et un matin, en suçotant sa paille, Marie face à Lénine qui s’étirait et à Tintin au Congo qui sifflotait la Paimpolaise, pensa « Ils sont tous à Ferret, je vais me payer le luxe de les tirer de leur farniente » et se saisissant de son Iphone elle balança un SMS à Paul de Candolle : « feu vert pour l’opération « un peu de vent dans les branches de sassafras » Avant qu’elle ne rengaine son téléphone Marie fut hélé par la cuisinière marocaine « Mademoiselle, y’a encore le monsieur Leclerc des magasins qui voudrait vous causer... 

- Encore lui ce casse-couilles...

- Qu’est-ce je lui réponds au monsieur casse-couilles ?

- Rien Aziza je vais le prendre l’appel de ce gros malin dans le salon. « Tel est pris qui croyait prendre » je vais le ferrer...

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 07:00

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Sur la vidéo Marie, micro-cravate, entourée de ses chefs de culture se promenait dans ses vignes. Elle ne s’embarrassa pas de circonvolutions elle alla droit au but.  Si Marie s’était contentée d’annoncer une simple baisse, même forte, de ses prix, la place de Bordeaux ne se serrait pas autant émue. La mécanique qu’elle venait d’enclencher était beaucoup plus subtile car la conjonction de son retrait des primeurs, de son refus des allocations au négoce et de la programmation d’une forte baisse modulée, suivant un savant calcul qu’elle détaillait, et étalée sur trois années, plaçait les propriétaires haussiers en porte-à-faux. Pour les courtiers la messe semblait dite, Marie avait annoncé la couleur « Pourquoi m’encombrerais-je d’un entremetteur pour fixer mes prix ? Moi la tendance je m’en balance tout comme ce que mijotent mes concurrents. Je connais mes prix de revient et l’important pour moi est de pouvoir financer mes investissements, qu’ils soient physiques ou commerciaux. Me goinfrer et faire du surprofit ne m’intéresse pas. » Ce froid langage glaça d’horreur ceux qui espéraient voir en Marie une Cigale dispendieuse. D’ailleurs, avec son ton gouailleur, elle avait signifié qu’elle ne partait pas au combat sans d’importantes réserves de munitions. « Je succède à cinq fourmis, des vrais, des âpres au gain, des qui vivaient chichement sur des matelas bourrés d’or. Moi, jusqu’ici, sans faire grand-chose de mes dix doigts, je vivais de trois fois rien qui était déjà beaucoup. Comme vous l’ai dit je sais et j’adore compter alors, ne comptez donc pas sûr moi ni pour dilapider le capital qui vient de me tomber dessus, ni gonfler un bas de laine comme une grosse reine. Nous allons faire du vin, des vins, et nous allons les vendre au plus prêt de ceux qui peuvent ou qui veulent les consommer. Sans doute allez-vous me trouver prétentieuse mais me contenter de jouer à la châtelaine, très peu pour moi ! Bien sûr, mon expérience commerciale est mince : vendre de la charcuterie au Monoprix de la rue de Rennes doit vous paraître à la portée de n’importe quelle grande idiote de mon acabit. Franchement, sans vouloir vous vexer, croyez-vous vraiment que vendre certains de vos GCC à des prix astronomiques est une tâche qui requiert des compétences particulières ?  Vu l’emballement actuel ce n’est pas du commerce qui se fait ici mais plutôt du nursing pour nouveaux riches. Bien sûr tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et, sans être vraiment à la peine, beaucoup de mes chers confrères ne pètent pas dans la soie. Donc c’est clair ne comptez pas sur moi pour participer à cette version financière de la Grande Bouffe de Ferreri. Ceci dit, qui trop embrasse mal étreint, que les maisons de négoce se rassurent je ne souhaite pas les mettre hors-jeu. Simplement il leur faudra me persuader que le service qu’elles m’apportent justifie le passage de nos vins en bouteilles par eux pour être distribués dans certains pays. Même si vous me prenez pour une nase, je sais cela. Que je sache nous ne sommes à la Bourse des Grains de Chicago ou sur le marché spot du Brent mais rien qu’à Bordeaux. Moi j’aime les contacts directs, la vie quoi. Pas des jeux d’écritures ou des ordres donnés au téléphone. Enfin si j’ai choisi  de m’exprimer par ce moyen un peu déshumanisé c’est pour que vous puissiez m’écouter tranquillement chez vous hors d’une assemblée où, sans vouloir vous offenser, il facile à certains d’emporter l’adhésion. Sachez que j’ai pour principe de dire ce je fais et de faire ce que je dis, alors si ce que je dis vous déplaît ma porte est grande ouverte...

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 07:00

cle-usb-tour-eiffel-1goPour une surprise ce fut en effet une grosse surprise, oui ! En effet, dans l’enveloppe les propriétaires découvrirent une simple clé USB Eiffel Tower posée sur une belle feuille de vigne en papier aluminium accompagnée d’un petit post-in « Belle et douce nuit à tous » Des oh de désappointement fusèrent, un « ah, la petite garce » jaillit d’une bouche d’ordinaire plus amène, des rires nerveux secouèrent des poitrines formatées à la retenue, une dame plus que pompette se mit à valser seule sur les accords du « Beau Danube bleu. Le grand Eric, profitant d’un blanc, plaça d’une voix de stentor un aphorisme qui jeta plus encore le trouble dans l’assistance « Quand on ne sait pas, on a peur.» Les plus inquiets, sans vouloir l’avouer, étaient ceux qui ne savaient pas utiliser une clé USB. Attendre le lendemain matin que leur fidèle et dévouée collaboratrice, celle qui sait si bien tout faire, introduise cette foutue puce dans le ventre de l’ordinateur, équivalait au supplice de Tantale. Réveiller le petit dernier en pleine nuit pour lui demander de faire la manip équivalait à une capitulation sans condition lourde de conséquences pour l’avenir. Bref, la lenteur exaspérante de la barquasse provoquait des prises de bec entre époux. Dans le bateau pour Blaye dont le temps de traversée était plus court Voldemort se contentait de glisser la clé dans la poche de son veston en pensant qu’il venait de trouver un adversaire à sa mesure et qu’il lui fallait vraiment tout mettre en œuvre pour contourner l’obstacle, l’affronter de face, comme allaient le faire tous ces boutefeux, relevait de la charge de la brigade légère. François des Ligneris proposait à la cantonade de venir terminer cette belle soirée à l’Envers du Décor et qu’il se ferait un plaisir de projeter le contenu de la clé USB sur un bel écran plat. Hormis ses habituels affidés, dont je tairais le nom de peur de les compromettre, les autres s’engouffrèrent dans leurs puissantes autos pour foncer jusqu’à leurs châteaux. Ensuite, comme lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, le réseau sans fil fut chauffé à blanc, les appels se croisaient, se buttaient aux boîtes vocales, les sms volaient, rebondissaient. Les plus modernes lancèrent même sous des pseudos des philippiques sur Twitter pour tenter de discréditer Marie de Saint-Drézéry. Au petit matin une dépêche de Reuters tombait  « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » 

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