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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 08:00

 

- Hi chouchou !

 

- Minimaliste de bon matin, te sers un expresso jeune homme pour libérer tes neurones assoupis… 

 

- Oui beauté, je n’ai pas encore atteint ma dose optimale de caféine…

 

- Qu’est-ce qui t’amène de si bon matin ?

 

- L’urgence !

 

- …

 

- Tu sais, les emmerdements volent en escadrille, je ferais mieux d’aller me recoucher. 

 

- Qu’est-ce que tu me chantes, tu me sembles bien pessimiste… 

 

- Y’a de ça, mais en mode réaliste, suis dans la ligne Pierre Daninos « Nous étions au bord de l'abîme, mais depuis, nous avons fait un grand pas en avant. »

 

- C’est ton moment théâtre mon Ambrose…

 

- Touché mais pas coulé mon bel amour, besoin de ta bouée pour surnager : vends-moi de ta came : Fidèle de Vouette-Sorbée, UMAMI de Nestarec et un petit jus jurassien à ton goût…

 

- Tu as des invités ? 

 

- Bien sûr que non, tu sais bien que le stupide Beria n’aime que l’on trouble notre tête à tête…

 

- Arrête ton char Ambrose, raconte-moi !

 

- Peux pas ma douce et tendre !

 

- Pourquoi ?

 

- Secret d’État…

 

- Allons bon, rien que ça, vraiment tu sautes du coq à l’âne mon Ambrose, la semaine dernière tu voulais t’exfiltrer en loucedé de Paris, activer la filière blanche pour te calcer en ambulance, faire une halte à Laroche-Migennes, ton amour des trains et des gares de triage, puis cap sur les Riceys pour aller récupérer un des tracteurs de OH, en route avec lui sur les départementales, celles que détestait Jean Yanne, halte à Grey, encore un de tes pèlerinages, ton côté enfant de chœur non révisé, dormir sous ta quechua, casse-graine sur ton réchaud Butagaz, un gorgeon de vin nu. Au petit matin, en route pour la ligne de démarcation, c’est vraiment toi tout ça : un cocktail d’Histoire, de cinéma, de tes souvenirs, tu le secoues et te voilà parti sur tes lignes…

 

 

- Tu perces le fond de mes pensées chouchou d’amour, crois-tu que je devrais consulter un psy à Saint-Anne ? 

 

- Tu noies le poisson Ambrose, je sens que cette fois-ci tu fais ton grand retour dans la réalité, tu as besoin de l’adrénaline du danger… 

 

- Y’a de ça chouchou mais je suis un peu rouillé, faudra que tu me soutiennes. 

 

- Alors crache le morceau ! 

 

- Pas ici, pour ne rien te cacher je ne sais pas encore à quelle sauce je vais te manger, pardon être mangé. 

 

- Qui t’a hameçonné ? 

 

- Un gros poisson…

 

- Bien sûr tu ne fais pas dans le menu fretin… 

 

- Et si nous partions en Islande voir l’éruption du Fagradalsfjall… 

 

 

https://img.phonandroid.com/2021/03/volcan-islande-eruption.jpg

- Pourquoi pas si ça peut t’éviter de te fiche dans un sac de nœuds… 

 

- Avec des têtes de nœuds, c’est l’extase chouchou…

 

Me  M., star du barreau, adepte des réseaux sociaux, entrait, il prenait bien la lumière, du moins ses fans lui laissaient accroire, ce qui le comblait, lança un bonjour les amis un peu surfait. Son arrivée comblait d’aise Ambrose grand maître de l’évitement, il paya ses flacons « Je vous laisse les amis, j’ai piscine… »

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23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 08:00

 

Levé avec le soleil, Ambrose, suivait un rituel immuable, sortir du frigo le beurre salé Beillevaire, presser des oranges, en saison des petites sanguines de Tunisie, rondes, brillantes, affichant la couleur, moudre le café, un arabica d’Éthiopie, mettre en eau frémissante son œuf de poules de Marans, emplir sa Bialetti d’eau de source et du café moulu, la placer sur le plus petit feu, glisser les toasts dans le grille-pain, l’odeur de croûte grillée excitait Beria, il jacassait, se frottait aux jambes nues d’Ambrose, « bouffes tes croquettes, Stupide ! », cette référence hautement littéraire plaisait à Beria qui se vautrait pattes en l’air sur le carrelage, en tomettes de Sienne, de la cuisine – Oui Stupide l’énorme chien à tête d'ours, de John Fante, obsédé et très mal élevé, qui débarqua un soir dans la famille en crise d'Henry J. Molise, auteur quinquagénaire raté et désabusé. Dans leur coquette banlieue californienne de Point Dume, ce monstre attachant s'apprêtait à semer un innommable chaos. La cafetière feulait. Les gestes d’Ambrose, précis, s’enchainait, il dressait son plateau avec soin, le transportait sur la terrasse, ce, été comme hiver.

 

Ce matin-là, après avoir petit-déjeuner au soleil, alors qu’il se rendait dans la salle de bains, suivit par Beria, son smartphone grelota dans la poche intérieure de son kimono. Il hésita. Rien ne l’indisposait plus que de se voir dérangé pendant son rituel. Il pesta mais décrocha lorsqu’il vit le nom s’afficher sur l’écran : Dupont-Nanetti. Surprise ! Très heureuse surprise, ton enjoué : « Bonjour votre seigneurie, que me vaut l’honneur de cet appel matinal ? » Bougon, Dupont-Nanetti, répliquait « Salut. Viens me voir place Vendôme !»

 

- Au bar Hemingway du Ritz, pour siffler un Lagavulin, cher ami ? C’est illégal mon poteau… 

 

-  Toujours le mot pour rire vieille crapule. À mon bureau !

 

Méfies-toi mon Garde je suis, comme Paul Bismuth, sur écoutes…

 

- Je sais Ambrose puisque c’est moi qui t’y ai placé. 11 heures aujourd’hui…

 

- Putain, ça doit être vraiment chaud-bouillant, de la lave de l’Etna, rappelle-toi lorsque je te vannais avec mon agenda de Ministre.

 

- Tu veux que j’envoie mon chauffeur te chercher ?

 

- Emprunte carbone grand veneur, je ne chevauche plus que mon VAE… 

 

Ton quoi ? 

 

Demande à ta collègue, la Barbara qu’a plein de i…

 

- T’es toujours aussi braque mon Ambrose, c’est pour ça que je t’aime.

 

- L’amour, l’amour, Te souviens-tu de nos rencontres - Et de cette soirée d’azur, Des mots fiévreux et tendres, Ô mon aimé, ô mon amour…

 

- Andreï Makine !

 

- T’es vraiment bon, le meilleur, tu devrais compéter à Questions pour un champion.

 

- Embrasse Beria, à plus…

 

Entre, ADN et lui, le lien fort, jamais rompu, d’une vieille et longue histoire tordue ; ADN pour Armand Dupont-Nanetti, Armand étant son deuxième prénom. Ambrose, après avoir laissé un mince fil d’eau couler du robinet du lavabo, afin que Beria puisse licher, rite matinal de l’Ignoble, Ambrose se doucha. Sous le flot dru, cinglant, au lieu de se prendre la tête sur le coup pourri qu’allait sûrement lui vendre ADN, Ambrose, adepte de la sophrologie, qui aide à retrouver la sérénité dans les moments difficiles de la vie : sourit. Laisser ainsi entrer la pensée positive, Retrouver dans sa mémoire des parfums, des sons, des couleurs, des sensations... et surtout des visages heureux. Et toc, l’image de Claire s’imposait. Il sortit si vite de la douche qu’il éclaboussa Beria, furieux celui-ci se carapata indolemment, queue en l’air, en ballotant du cul tel une demi-mondaine vexée. Ambrose, dégoulinant, appela Claire qui, comme d’habitude, ne décrocha pas. Il pianota un message sur WhatsApp : « J’arrive ! »  

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 06:00

 

 

Ambrose Duport-Joinville, confiné, se fait carrément chier dans son loft en duplex de 145 m2, sans la terrasse, surface corrigée loi Carrez, debout, face au frêle soleil matinal, en sirotant son café, il contemple le lac du parc Montsouris, triste mare aux canards fabriquée, en se remémorant ses années de galère sous le déplumé de Chamalières. Marner pour ces centristes caramel mou, le Pierre Méhaignerie, ministre de l'agriculture, que Jean-François Carrez, ancien élève de l'ENA et conseiller référendaire à la Cour des comptes, rejoignit comme directeur du cabinet en avril 1978, puis sil prend l’ascenseur, bombardé directeur des forêts jusqu'en mars 1983 où il rejoint le mol IGREF, qui préside le conseil général d'Ille-et-Vilaine, comme directeur général des services du département. En mars 1986, cohabitation oblige, rebelote, le maire de Vitré est nommé ministre de l'aménagement du territoire et de l'équipement et Carrez le suit pour diriger son cabinet. En octobre 1986, il laisse cette fonction à Jean-Pierre Beysson, administrateur civil, qui en 1981, retournera sa veste en lui léchant les pieds.

 

À ses pieds, Lavrenti Pavlovitch Beria, Lavrenti Pavles dze Beria, en géorgien, ლავრენტი პავლეს ძე ბერია son chat de gouttière, mâchouillait les miettes de son pain au chocolat ; Ambrose, le plus souvent, l’appelait Ignoble. Beria, pas le chat, avait trois passions: le pouvoir, la Géorgie et les femmes, Staline l’appela un jour «notre Himmler» devant Roosevelt, il est intelligent, retors et sait prouver à cet autre Géorgien qu'est Staline que l'on peut compter sur lui, homme ambivalent, à la fois serviteur zélé du système mais aussi réformateur en puissance et précurseur de la perestroïka. Dès la mort de Staline, il lance des initiatives inouïes, parmi lesquelles la libération de plus d'un million de prisonniers du goulag ou l'idée de réunifier l'Allemagne, et tente de desserrer l'étau du Parti sur l'État, ce pourquoi il fut arrêté et fusillé en 1953 par Khrouchtchev et les siens. Avant de partir pour Potsdam, Staline décerna à Beria le 9 juillet 1945 le titre de maréchal. Ses seules activités militaires ont consisté à organiser les déportations d'une douzaine de peuples de l'URSS. C'est sans doute l'unique maréchal de l'histoire dont les seuls faits de guerre soient des opérations de police contre ses propres concitoyens. Telle était l'essence du régime de Staline.»

 

Ambrose mon gars, tout ça c’est fini, le rideau de fer, la guerre froide, les espions  qui venaient du froid, la CIA, le KGB, l’heure est au GAFA, à la DATA, la Chine sans Mao donnant des cours de capitalisme, la sainte Russie du petit Poutine, le en même temps de Macron, la Covid 19, tout ça, ça fait chier ! »

 

Putain que faire de ma sainte journée ?

 

Bouffer, picoler, bouquiner… engraisser… jardiner… se faire des toiles…

 

« Beria, arrêtes de miaulasser, tu fais chier ! »

 

Reprends-toi vite camarade, tu deviens grossier, tu parles tout seul, maintenant que tu es vacciné, bouges-toi – il pensait bouges toi le cul mais s’abstenait de l’oraliser – sors de ton coaltar, écrit tes mémoires !

 

Ne dites pas à ma mère que j’ai vendu du vent, elle me croit devenu Président…

 

Ouais, se casser le cul – désolé d’avoir cette fois-ci oralisé, Ambrose se resservait du café – pour être lu par trois pelés et un tondu, passer direct à la case pilon… Encore lui faudrait-il pouvoir passer sous les fourches caudines du comité de lecture, si tant était que son manuscrit ne reparte pas illico presto chez lui, avec un petit mot de désolation hypocrite, sans même avoir été ouvert.

 

Alors un roman !

 

Être Houellebecq ou rien ! Un truc sur l'islamo-gauchisme...

 

« L’Ignoble, qu’en penses-tu ? Réponds-moi au lieu de te léchouiller le c… »

 

Béria, se roulait par terre, pattes en l’air, exhibant ses griffes, Ambrose le fustigeait « Tu te fous de ma gueule ducon, t’as pas tout à fait tort mais tu pourrais faire un effort pour remercier la main qui te nourrit gros plein de soupe ! »

 

Dépité, Ambroise partait se doucher…

 

 

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 06:00

Au temps de ma Vendée crottée, quand venait l’automne, le matin, à la rosée, je descendais dans le pré qui dévalait vers la rivière pour cueillir des petits rosés, parfois je trouvais de belles coulemelles que mémé Marie faisait frire dans du beurre salé.

 

Les cèpes c’était petit Louis le boulanger, le père de mon pote Dominique, qui en ramenait des paniers entiers lors de ses tournées de pain.

 

Le sourcing, comme disent les as du marketing, pour les champignons est gage de survie.

 

Nous, en cas de doutes, on allait consulter le père de Denis le pharmacien qui ne prenait jamais aucun risque alors c’était à coup sûr : vénéneux !

 

De nous jours, comme la connaissance du terroir profond s’est évaporée faut que l’ANSES appelle à la vigilance les cueilleurs du dimanche :

 

Les autorités sanitaires appellent les amateurs de cueillette à la vigilance.

 

Les intoxications liées à la consommation de champignons sauvages ont «fortement augmenté» ces deux dernières semaines, avertit l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un communiqué, qui appelle les amateurs de cueillette à être vigilants. Sur cette période, 493 cas d’intoxications ont été signalés aux centres antipoison, dont un cas grave confirmé mais aucun décès.

 

De juillet à début octobre, les centres antipoison avaient enregistré entre 4 et 90 cas par semaine. Ces quinze derniers jours, les conditions météorologiques, plus fraîches et humides, ont favorisé la pousse des champignons, et donc les intoxications.

 

Bien évidemment les chefs de cuisine font de la retape : Cèpes en majesté chez Table. Grillés à l’unilatéral, sabayon d’huile de graines de courges, lichen torréfié à TABLE.

 

 

Même moi je m’y mets avec mes pappardelles aux cèpes :

 

 

Mais revenons à ma lubie du jour : les champignons vénéneux dans la littérature 

ACTE 1 :

 

 «  Du jour au lendemain, un plat de champignons me laissa seul au monde.

 

   Seul, car j'avais volé huit sous dans le tiroir-caisse pour m'acheter des billes _ et mon père en courroux s'était écrié: Puisque tu as volé, tu seras privé de champignons !

 

   Ces végétaux mortels, c'était le sourd-muet qui les avaient cueillis _ et ce soir-là, il y avait onze cadavres à la maison.

 

   Qui n'a pas vu onze cadavres à la fois ne peut pas se faire une idée du nombre de cadavres que cela fait.

 

   Il y en avait partout. [...]

 

   Le jour de l'enterrement, derrière ces onze cercueils, que je suivais, la tête basse et les yeux secs, je me demandais si le fait d'avoir été miraculeusement épargné ne me donnait pas l'air un peu d'avoir assassiné tout ce monde _ cependant que, dans mon dos, l'on chuchotait : Savez-vous pourquoi le petit n'est pas mort?... Parce qu'il a volé!

 

   Oui, j'étais vivant parce que j'avais volé. De là à en conclure que les autres étaient morts parce qu'ils étaient honnêtes... »

 

SACHA GUITRY - MEMOIRES D'UN TRICHEUR

Roman publié en 1935

 

 

ACTE 2 :

 

Scène 1 :

 

photoMarie1.jpg

 

Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier. Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporain et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson. De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

20 juillet 2011

(1) « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » : elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix

 

photoMarie2.jpg

 

Scène 2 :

Le matin du 14 juillet, sous un petit soleil, Marie se levait de fort belle humeur. Avant de chausser ses tongs orange elle entreprit de peindre ses ongles de pied en bleu turquoise. La veille au soir sa tentative de reproduire le drapeau tricolore sur l’index, le majeur et l’annulaire de ses deux pieds avait viré au fiasco car le gros orteil gâchait l’effet qu’elle en espérait. Ce soudain esprit patriotique lui venait de la rencontre qu’elle venait de faire, rue du Bac, avec un kanak balaise habillé en militaire du Génie. Marie qui circulait sur son vieux Mercier « Raymond Poulidor » n’avait pu éviter le bougre d’homme qui surgissait de derrière une jeep stationnée dans le couloir de bus. Par bonheur elle circulait à une vitesse d’escargot car elle pensait à la paire de Doc Martens rose fluo qu’elle avait aperçu en vitrine du côté de Montorgueuil. Sa bécane valdinguait et elle se retrouvait dans les bras puissants d’un sosie de Christian Karembeu. Marie pensait « Merde chui pas Adriana ». Et pourtant, le beau légionnaire qui n’en était pas un, avant de la redéposer sur le macadam sollicitait son nom, prénom, pas sa qualité mais son numéro de téléphone portable. Ils iraient donc ensemble au bal du 14 juillet. Toute ragaillardie par cette soudaine irruption dans sa vie Marie filait jusqu’à la rue du Cherche-Midi où, chez Cotélac, elle faisait l’acquisition d’une gentille robe à pois rouge en crêpe georgette. Donc, allongée sur sa couette, en contemplant les poupées de coton qu’elle avait glissées entre ses doigts de pied, elle se disait que ça allait être vraiment une chouette journée. C’est à ce moment-là que son téléphone portable a grelotté et, sans même réfléchir, Marie a appuyé sur répondre ce que d’ordinaire elle ne faisait jamais. Bien sûr elle espérait que ce fut son beau militaire qui, si matinalement, de sa jeep, venait s’inquiéter de son bon éveil. Douche froide, c’était Me de Candolle le notaire de la famille. D’une voix d’outre-tombe, sitôt ses civilités débitées, il lui annonçait « Ils sont tous morts. »

21 juillet 2011

(2) « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » Me de Candolle le notaire de la famille lui annonçait « Ils sont tous morts. »

photoMarie3.jpg

 

Scène 3 :

 

Au fur et à mesure que maître de Candolle lui contait la triste fin de l’ensemble de sa seule parentèle vivante Marie se mordait les lèvres pour réprimer un cataclysmique fou-rire qui montait en elle. Pour faire diversion, s’empêcher de rire, elle cherchait dans sa mémoire le nom de l’auteur du Roman d’un tricheur dans lequel un type assis à la terrasse d'un café racontait comment son destin fut définitivement scellé lorsque, à l'âge de douze ans, parce qu'il avait volé dans le tiroir-caisse de l'épicerie familiale pour s'acheter des billes, il fut privé de dîner. Le soir même, toute sa famille mourrait empoisonnée en mangeant un plat de champignons. Elle s’exclamait « Sacha Guitry !

 

- Plaît-il ?

 

- Rien maître, c’est nerveux...

 

- Je vous comprends mademoiselle c’est un tel drame !

 

Le drame pour Marie se situait ailleurs : pouvait-elle décemment aller danser avec son beau militaire alors que cinq gisants, ses seuls parents, se retrouvaient dans les tiroirs d’une chambre froide de l’hôpital Bellan ? Ses neurones crépitaient, elle s’entendait dire « je suis alitée », ce qui était vrai. « Vous êtes souffrante mademoiselle ?

 

- Oui c’est le cœur.

 

22 juillet 2011

(3) « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » pouvait-elle décemment aller danser alors que cinq gisants se retrouvaient dans une chambre froide de l’hôpital Bellan ?

 

Oui ce fut ainsi :

 

photoMarie.jpg

 

Du vingt juillet au vingt août, du vin au vin quoi, chaque jour à 8 heures pétantes, un paragraphe du format d’une carte-postale vous fera vivre la saga bordelaise de l’été : l’irruption de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC. Tous les secrets, les hypocrisies, les coups montés et fourrés, les complots, les croche-pieds et les chausse-trappes, les vilenies, les bassesses, les appétits féroces, les rumeurs les plus viles, vous seront livrés en direct, sans fard.

 

Roman codé certes mais qui, sous la légèreté des mots, mettra à nu les pratiques d’un monde impitoyable. Triomphe de la vulgarité sur le style, la droiture et l’élégance, cette saga border line ne fera que confirmer que l’élite de l’argent, qui se veut une élite de l’esprit, n’est que vanité. Les vrais aristocrates de la taille d’un Luchino Visconti ne sont plus ; l’origine, ce lien entre l’histoire et la terre, le maître en parlait ainsi « Mon père m’avait enseigné que je ne pouvais revendiquer ni droit ni privilège par ma naissance. Ma noblesse je ne l’ai jamais étalée, jamais. Je n’ai jamais été éduqué dans la perspective de devenir un crétin d’aristocrate engraissé et amolli sur l’héritage de la famille » Aucune morale à cette histoire bien sûr rien qu’une invitation à revenir sur le plancher des vaches où les veaux sont trop bien gardés.

 

photoB5

Si ça vous dit :

22 août 2011

L’Intégrale de la grande saga de l’été « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » et sa chute très prometteuse  ICI 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 06:00
Le 2e épisode du grand feuilleton de l’été «Enrico Magace le Bob Parker gaulois a disparu» partait sur de bonnes bases mais le 3e était classé X.

Le jour où tout péta, Pierre-Alexandre Poireau, dit le Pape, bœuf carotte rondouillard, un déplumé aux doigts boudinés, lunettes en cul de bouteille, costard minable en tergal, chemise en nylon lustré, pompes avachies, proche de la retraite, venait de se taper la cloche à déjeuner chez Pierre Gagnaire, 6 rue Balzac dans le 8e, seul comme d’habitude. Le menu dégustation à  310 patates sans la boisson. En dépit des subtiles manœuvres du sommelier, qui voulait ramener sa fraise sur les accords mets-vins, il avait balancé avec sa délicatesse coutumière « fais pas chier ! » et il s’était payé une boutanche de château Rayas 1988 à 1200 euros les 75cl. Poireau se piquait d’être un grand amateur, adhérent à la LPV il tartinait des commentaires de dégustation aussi chiants que des romans de Pierre-Henri Simon et de Nathalie Sarraute réunis.

 

Ça le faisait bander de se conduire comme un gros porc, ce qu’il était. Entre chaque bouchée du maître, « ha les petits cubes de cochon noir ibérique », il pianotait de son index, aux ongles rongés, sur son smartphone pour suivre le fil Twitter tout en lapant des petites gorgées de Rayas. Ses yeux globuleux, très Gillardeau en laitance, s’animaient, il murmurait « ah… les cons », pour lui tout ce petit monde de journaleux se mettait le doigt dans l’œil jusqu’à l’os. En réalité, Poireau savait bien que les Rouletabille des médias n’enquêtaient pas, tout leur tombait rôti dans le bec, ils n’avaient qu’à lier la sauce. Les informateurs ne manquaient pas, les syndicalistes policiers, commissaires ou gendarmes, leur hiérarchie concernée, à un titre ou à un autre, par l’organisation de la sécurité de Macron. Perdre la main, se faire souffler le taf, ça leur donnait de l’urticaire. Le Pape se souvenait de cette raclure de Mitterrand, qu’il s’évertuait à nommer Mittrand car ça énervait ses derniers admirateurs, virant la flicaille du GPSR, soupçonnée d’être de droite, au profit des seuls gendarmes, réputés plus discrets, plus loyaux. En retour, le Tonton en avait pris plein la gueule avec «l’affaire des écoutes» menées par la cellule des «gendarmes de l’Élysée», entre 1982 et 1986. Sarko était revenu à la case départ, Flamby avait fait du Flamby en faisant une synthèse policiers-gendarmes.

 

Délaissant l’écran de son smartphone, le gros Poireau se fit, à marche forcée, sous le regard stupéfait des serveurs, une ligne de « Girolles, cerises et pêche blanche, beurre doux aux Coteaux-du-Layon. » avant de s’enfiler goulument « la Galette de gambero rosso, chair de crabe au sansho, haricots beurre », puis de laper bruyamment « la bisque en tasse, melon », de roter discrètement dans sa serviette, d’attaquer ensuite le « Foie gras de canard poêlé, algues et plantes du Croisic, andouille de Guéménée, sommités de chou-fleur au plancton ; jus de veau à la bière d’eau de mer. », d’avaler avec des air de vierge effarouchée le « Saint-Pierre herbacé à la nacre, raviole plate Verte, seiche et palourdes. ». À ce stade de sa dégustation notre bœuf carotte se teintait du même rouge grenat que le châteauneuf-du-pape de Raynaud, il atteignait son point de fusion. Sans se soucier de ses voisins, Poireau, se grattait les couilles afin de réactiver sa circulation sanguine. Sa tronche couperosée s’ornait d’un large sourire, le contact avec ses gonades faisait remonter en lui des images qu’il appréciait plus encore que la « Bourse de queue de boeuf, condiment Ferdinand » de Pierre Gagnaire. Tringler sa pétasse !

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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 06:00
Le feuilleton de l’été : « Enrico Magace le Bob Parker gaulois a disparu…» n’a pas passé l’été, désolé !

Le cagnard incandescent de la fin du mois de juillet 2018, mettait à rude épreuve les gaulois de toutes les couleurs, déjà bien échauffés par la victoire de bleus chez les popovs, alerte canicule à tout va, planquez les vieux, baignez-les, marchez à l’ombre, fallait pas que le nouveau régime, déjà accusé de ponctionner la retraite des vieux à coup de CSG, se voit accusé d’avoir laissé la bride sur le cou à la grande faucheuse pour envoyer, ad patres, les plus miséreux d’entre eux afin de faire, en loucedé, des économies, de combler, vite fait bien fait, ce putain de trou de la sécu creusé par la marée haute des baby-boomers.

 

À Moscou, grâce à Dédé, la patate en robe des champs, les bleus de toutes les couleurs, ou en noir et blanc style néo-réalisme italien si vous préférez, avaient empoché la mise en foutant en fureur nos pauvres voisins belges, bien mauvais perdants, qui se voyaient déjà en haut de l’affiche, et placé ce foutu Macron, au cul bordé de nouilles, à l’apogée de la félicité. Tout baignait dans l’huile, même Mélenchon affichait la mine réjouie d’un Panisse sur la Canebière. « On est les champions, on est les champions… », beuglait le petit peuple gaulois de toutes les couleurs, il allait enfin pouvoir partir tranquille en congepés au camping de  Palavas-les-Flots, faire chier Bison futé, se taper des petits jaunes, du rosé bien frais, pour accompagner la bidoche cramée du barbecue. Putain, même les jeunes footeux clamaient « Vive la République ! Vive la France ! » ça en bouchait un gros coin à tous les gros cons qui tètent le lait pourri de la grosse Marine.

  

Et puis patatras, sans préavis, les mouches changèrent d’âne, voilà t’y pas que la mère Chemin du Monde, qui écrit bien, se prenant soudain pour Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post, se muait en érectrice de scandale d’État. Le Mélenchon, jamais en reste, bramait « Watergate ! ». Le foutoir, le bordel, l’opposition fondait sur Macron comme la vérole sur le bas-clergé, ça pédalait dur dans la semoule, le beau linge de la place Beauvau et de la PP, poulagas et feuilles de chêne, était chauffé à blanc, proche de la fusion, le dérèglement climatique n’y était pour rien, la faute en revenait à un putain de tout petit fusible du château d’en face qui venait de cramer ; un petit gars de banlieue qui se prenait pour Rambo, trop perso, hâbleur, prompt à l’altercation, exagérant son importance auprès du président. Adieu, maillots et chaussettes, N’Golo Kanté, le sourire édenté de Dédé, le malheur des belges, place aux surineurs des réseaux sociaux.

 

La suite peut-être un jour si je prend le temps d'aller au bout de ce petit roman policier. 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H la très revêche Frau Doktor Bahr de l’ambassade d’Allemagne de l’Est à Prague surveillait tout le monde. (141)

Le car dans lequel ils embarquèrent, un British-Leyland, avait des allures de bus psychédélique avec sur ses flancs des fleurs peintes cernant des décalcomanies de portraits de Marx, Gandhi, Castro, des Beatles et, bizarrement, de la Reine d’Angleterre et son porte-bagages couvert d’une bâche bleue arborant la colombe de la paix. Jeanne et lui, gagnèrent les places du fond qui leur étaient réservées. Les saluts furent joviaux, ils durent s’habituer à leurs nouveaux prénoms : Mohammed et Sonia. Le voyage se passa sans incident et ils se retrouvèrent à la tombée de la nuit dans un hôtel pour congrès, en lisière de la ville, genre monstruosité de verre et d’acier à la sauce soviétique. Après un dîner, dans une salle à manger sinistre, où ils ne sauraient dire ce qu’ils avaient ingurgité, ils descendirent dans le bar de l’hôtel au sous-sol où les colonnes de pierre et les fresques se voulaient représentatives de la grandeur des Habsbourg. C’était totalement grotesque. Quelques grosses pouffiasses buvaient du Coca-Cola à la paille en jetant des regards autour d’elles pour repérer d’éventuels festivaliers étrangers égarés qu’elles pourraient ferrer et, peut-être, attirer dans leur lit. Depuis leur arrivée ils étaient flanqués de trois accompagnateurs officiels. Sacha les avait prévenu « c’est l’usage, tu fais comme si tu ne le remarques pas. Votre chambre sera fouillée. Ne jouez jamais au plus malin. Souriez sans arrogance ça les rassurera... » Très vite Benoît comprit qu’en fonction de l’ordre hiérarchique le lourdaud Conrad, amateur de Pilsner, s’accrochait à ses basques ; que le grand Horst, avec ses faux airs d’intellectuel, pistait Jeanne ; et que, la très revêche Frau Doktor Bahr de l’ambassade d’Allemagne de l’Est à Prague surveillait tout le monde. Une folle gaieté régnait à leur table où seul Horst tentait d’animer un semblant de conversation avec Jeanne qui jouait à merveille l’effarouchée du sérail. Benoît ne cessait de penser à leurs retrouvailles dans la chambre au lit très étroit.

 

Tout allait trop  bien pour que ce fût honnête. Leur sortie sans accroc de la nasse berlinoise, en dépit du baratin de Sacha, intriguait benoît qui n’en laissait rien paraître à Jeanne. Après une nuit où leurs corps s’accordèrent au-delà des espérances de Benoît celle-ci lui témoignait une confiance sans limite. Pour passer le temps elle jouait au tennis sur un cours en terre battue plein de nids de poule avec la colonie des mâles sud-américains. Ceux-ci, les argentins surtouts, la draguaient sans se soucier de la présence de Benoît. Les surveillants officiels semblaient bien trop bienveillants, trop coulants, obséquieux jusqu’à l’écœurement. Alors, comme Benoît n’avait strictement rien à faire et que cette cavale inopinée bouleversait tous ses plans, il s’employa à lever ses doutes. Que les services soviétiques appuyés par leurs diligents collègues est-allemands aient perdu aussi facilement leur trace dans une ville truffée de mouchards professionnels, de flics, l’amenait à conclure que leur cavale était entre leurs mains. Que souhaitaient-ils faire d’eux lorsqu’ils les coinceraient dans la souricière choisie par eux ? Des exemples pour leur propagande contre les vilenies des affreux impérialistes américains. Pensez-donc, une Mata-Hari ayant entraîné, par la séduction de ses charmes, un haut dignitaire du régime soviétique à tomber dans l’enfer du jeu et à se retrouver dans l’obligation d’être à leur solde, accompagnée d’une vermine gauchiste elle aussi à la solde de l’Ouest. Du pain béni ! Si cette hypothèse, qui tenait la route, se révélait exacte, il lui fallait très vite, sans éveiller les soupçons de leurs accompagnants, prendre mes manipulateurs à leur propre jeu.

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Plus de repères, la grande machine à laver les cerveaux opérait pour que l’Histoire officielle essore le passé de la vieille Allemagne et serve de moule au soi-disant Homme Nouveau Socialiste. (140)

L’adresse de Sacha se révéla être celle d’un temple luthérien où un pasteur acétique flanqué d’une servante sans grâce les accueillit avec une économie de paroles qui cadrait bien avec le climat pesant de la capitale de la RDA. En dire le moins possible ici participait à l’instinct de survie : personne ne comptait sur personne, les liens sociaux se résumaient à une forme très accomplie d’ignorance mutuelle doublée d’un état d’indifférence profond sur le malheur des autres. Ils sortaient, comme leurs frères de l’Ouest, vaincus, cabossés, affamés, asservis, mais eux se retrouvaient parqués, retenus prisonniers par un parti qui se disait frère du grand vainqueur soviétique. Plus de repères, la grande machine à laver les cerveaux opérait pour que l’Histoire officielle essore le passé de la vieille Allemagne et serve de moule au soi-disant Homme Nouveau Socialiste. Benoît supposait que leurs hôtes, sans être des opposants, ni même des résistants, devaient rendre des services à Sacha en échange d’une liberté d’action relative pour l’exercice de leur culte. Ils les installèrent sur des lits de camp dans une soupente au-dessus de la salle paroissiale de réunion. Jeanne semblait totalement absente, elle suivait Benoît sans piper mot.

 

Sacha se pointait comme un chat, selon ses bonnes habitudes, au beau milieu de la nuit alors qu’ils dormaient après avoir ingurgité un dîner composé de pommes de terre à l’eau, de harengs saurs arrosés d’une bière immonde. Jeanne dormait à poings fermés. Assis sur le bord de la couchette de Benoît, Sacha l’informait qu’il allait les exfiltrer d’ici sous le couvert d’une troupe de jeunes comédiens anglais que le British Council qui, après avoir entamé sa tournée par Berlin-Est, partait le surlendemain pour le Festival International du Théâtre de Prague. La chance leur souriait, le régisseur et son assistante venaient de contracter la coqueluche. Ils prendraient leurs places nombre pour nombre. Benoît informa Sacha de leurs nouvelles identités, n’allaient-elles pas poser problème au sein de ce groupe de jeunes rosbifs. Sacha haussa les épaules : « Ils n’auront pas d’autre choix que de gober mon histoire. D’ailleurs, ils sont tellement cons que je suis persuadé qu’ils vont trouver ça terriblement excitant d’accueillir deux bronzés. Surtout que ta compagne me semble pourvue de tout ce qu’il faut pour exciter leur libido de boutonneux. » Benoît s’inquiéta des visas. « Entre pays frères c’est relax, et d’autant plus que vous êtes officiellement des protégés de Boumediene... » lui rétorquait un Sacha plus intéressé par la contemplation du corps de Jeanne endormie que par ses inquiétudes. D’un ton désinvolte il ajoutait « le plus difficile pour vous sera de sortir de la nasse des pays du Pacte de Varsovie. Là il vous faudra jouer serré... »

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11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 08:37
 La résistible ascension de Benoît H L’île aux musées se situait sur la Spree et alors qu’ils longeaient ses berges un cycliste les dépassait en carillonnant. (139)

C’est donc Mohamed Aït El Hadj, cadre du FLN, et son épouse Sonia, d’origine égyptienne, qui le lendemain reprirent le tramway, lui avec un paquet de livres sous le bras, elle, quelques pas en arrière le corps entièrement enveloppé dans un jilbab gris perle taillé dans un rideau et cousu par Emma. Ils rejoignirent l’Alexanderplatz où ils prirent un bus poussif qui remontait Karl-Liebknecht Strasse jusqu’à l’île aux musées. Là ils terminèrent le trajet à pied. Jeanne, pour masquer ses grands yeux verts, avait chaussée des lunettes d’écaille aux verres teintés. Son seul commentaire une fois vêtue, lorsqu’elle s’était contemplée dans le miroir de la chambre où Emma avait déposé ses vêtements, fut « Mon Dieu ! » Elle avait absolument tenu à ce que Benoît l’accompagne alors que la nuit précédente ils avaient fait chambre à part. Quand ils furent en tête à tête Jeanne se contenta de se déshabiller en silence. Pour garder son sang-froid benoît s’était assis sur une bergère près d’une fenêtre tentant vainement de ne pas contempler son effeuillage. Jeanne lui tournait le dos. Ce fut d’abord son corsage puis sa jupe qu’elle laissait glisser, après avoir tiré d’un coup bref la fermeture-éclair, au long de ses cuisses. Déjà Benoît avait le souffle court de la voir ainsi juchée sur ses talons aiguilles avec ses seuls bas, son porte-jarretelles et ses sous-vêtements blanc. Elle dégrafait son soutien-gorge, le jetait sur le couvre-lit puis marquait un temps d’arrêt. « Venez! » Alors que Benoît se relevait elle voltait, lui faisait face et entreprenait de se débarrasser de son minuscule slip en se penchant vers lui. « Vous jouez à quoi ? » Alors que le minuscule morceau de dentelle atteignait ses chevilles elle se redressait, pointait son regard embué vers lui « à exorciser ma peur... »

 

Dans le bus Jeanne lui murmurait « Je ne vous plais pas... » Benoît haussait les épaules « Je ne profite jamais des personnes en état de faiblesse ! » Elle pouffait « Menteur ! Vous êtes un prédateur impitoyable... » Du tac au tac, entre les dents, Benoît la cinglait d’un « Je suis un romantique qui a en horreur les allumeuses ! » Jeanne se cabrait. Benoît ne lui laissait pas le temps de réagir « Nous verrons cela ce soir ma très chère épouse... » Son soupir rageur le comblait d’aise. L’île aux musées se situait sur la Spree et alors qu’ils longeaient ses berges un cycliste les dépassait en carillonnant. Quelques centaines de mètres plus loin il se délestait d’un petit sac de sport qui roulait sur le macadam. Benoît allongeait le pas après s’être assuré que personne n’avait repéré le geste du cycliste. Surprise, Jeanne se figeait. Benoît la hélait « Viens, le cycliste c’était Sacha » Son soudain tutoiement lui tirait un sourire. Le sac ne contenait qu’une clé accrochée à un de tube en laiton fermé à ses deux extrémités par des vis. Sacré Sacha toujours aussi soucieux de la sécurité. Dans le tube un papier sur lequel  l’apprenti espion avait dactylographié, une adresse et une heure : 21h, à l’aide d’une machine à écrire qui ne devait pas être de la première jeunesse. Comme ils avaient toute une journée à tirer avant de rejoindre le lieu de rendez-vous de Sacha et qu’il faisait beau Benoît n’eut aucune peine à convaincre Jeanne qu’il leur fallait jouer aux parfaits touristes dans les musées de la très souriante RDA.

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige (138)

Emma avait fait entrer le petit rouquin qui s’empiffrait de gâteaux en buvant un soda. Benoît fit part de mon marché avec lui. Emma s’expliqua en allemand avec le gamin qui, le nez dans la crème, l’écouta sans broncher. Pour elle il valait mieux que ce soit elle qui s’occupe de l’acquisition du fameux ballon car la détention d’un aussi gros billet vert par un gamin éveillerait les soupçons et le risque était grand que la police politique remonta la filière. Benoît en convint en ajoutant qu’ils désiraient aussi que les risques qu’ils prenaient pour eux aient une contrepartie. Emma se récriait « Si vous voulez que Conrad vous fiche à la porte proposez-lui vos dollars. » Le dit Conrad plongé dans l’observation attentive des genoux de Jeanne restait de marbre. Quand Benoît lui communiqua le numéro de Sacha il fronçait les sourcils et se récriait « Mais c’est le préfixe des numéros du 103 de la Ruschestrasse. Qu’est-ce que vous voulez au juste ? Me compromettre ? Qu’est-ce qu’un vieux débris comme moi peut-il encore gêner ? Vous êtes qui ? » Benoît soupira « Un agent dormant des services français... » Conrad branlait sa belle tête « Mais alors qu’est-ce que vous foutez ici en cavale ? » Jeanne prenait les devants « C’est à cause de moi ! » Cette seule déclaration rassurait le vieil homme qui se levait en enjoignant Benoît de le suivre « Venez ! Votre ami il mange à quel râtelier lui ? » La réponse de Benoît ne parut pas le surprendre « Il n’en sait rien lui-même... »

 

Sacha au téléphone fit l’âne qui veut avoir du foin, il se rua avec complaisance dans l’histoire de réponse à sa demande d’acquisition des œuvres complètes de Lénine. Pour ne pas éveiller les soupçons d’éventuelles et quasi-certaines grandes oreilles l’entretien fut assez bref. Sans que Benoît ait la peine de le lui demander Sacha lui fixait un rendez-vous à l’Alte Nationalgalerie sur l’île aux Musées pour le lendemain à l’heure du déjeuner. Y aller présentait le risque de se voir contrôler mais Conrad auprès de qui il s’en inquiétait le rassura illico « La clandestinité je connais » et il entraînait Benoît à l’étage dans son bureau encombré de livres et de piles de paperasses recouvertes de poussière. « Donnez-moi vos papiers d’identité ! » S’asseyant derrière sa table sous une lampe très puissante, avec un soin d’horloger, Conrad entreprenait l’extraction de la photo du passeport de Benoît. Toujours méticuleux et précis, penché sur son ouvrage, il indiquait qu’il allait lui établir un passeport de la République algérienne démocratique et populaire. « Pour vous ça présentera un double avantage : d’abord celui de la langue, vous pourrez vous exprimer en français ou en anglais sans que les nombreux gardes-chiourmes qui ne manqueront pas de vous contrôler s’en étonnent, ensuite vous bénéficierez du fait que dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige. Deux précautions valent mieux qu’une. En plus avec vos cheveux frisés et votre teint mat ça n’éveillera aucun soupçon... » Benoît était bluffé mais il s’inquiétait « Et Jeanne ? » Conrad sans lever le nez lui rétorquait « Elle sera votre femme, une bonne musulmane dont nous pourrons camoufler la beauté par trop occidentale sous un beau foulard et des vêtements bien amples... »

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