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7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 08:00

Colonna : les méandres de l'enquête – POLICEtcetera

La promenade sur les berges du lac, d’Ambrose et Louis fut, certes digestive, la marche permet de distiller l’alcool, évacuer ses effluves, les filles n’en furent pas pour autant dupes, ces messieurs souhaitaient les tenir à l’écart de leurs petites affaires, les déballer loin de leurs oreilles, les hommes sont de grands enfants, trop souvent dorlotés par leurs mères, qui s’imaginent qu’ils seront capables de résister longtemps à la rouerie de leurs compagnes. Tel fut le cas pour Ambrose, il déballa sur l’oreiller ce que Louis venait de lui révéler. Du côté de Louis, nul besoin de confidences, Clotilde était déjà au parfum, ne lui restait plus qu’à connaître la réaction d’Ambrose, même si elle ne doutait pas de son adhésion aux dérapages de Louis.

 

Louis au temps des ors de la République fut le missi dominici au gouvernement pour piloter l’épineux dossier agricole corse. Mission dangereuse, en ce temps-là les cagoulés du maquis s’en prenaient aux représentants du pouvoir colonial, le GIGN le prenait sous les ailes de leurs gilets pare-balles, dès sa descente d’avion, sur le tarmac d’Ajaccio Campo del Oro. Un vrai sac de nœuds, inextricables, des palabres sans fin sur la dette, les subventions européennes aux vaches égarées dans le maquis, les aides de l’Etat honni détournée par les « mafieux officiels » peuplant les postes des multiples organisations agricoles, syndicales et de gestion. Louis connaissait à la fois Jean-Hughes Colonna, le père d’Yvan, député des Alpes-Maritimes en 1981, ami  de Pierre Joxe et Claude Erignac qui fut préfet du Gers et directeur du cabinet du ministre de la Coopération et du Développement Jacques Pelletier. Le meurtre de sang-froid du préfet Erignac, désarmé, sans escorte, dans les rues d’Ajaccio, ne l’étonna pas, les dérives des plus fanatiques ne pouvaient que déboucher sur un acte aussi lâche.  Il suivi donc avec une grande attention les différents procès d’Yvan Colonna.

 

En mai 2011 Yvan Colonna, qui comparaissait pour la troisième fois, devant la cour d'assises de Paris spécialement composée pour l'assassinat du préfet Érignac, remaniait sa défense. Le berger corse, déjà condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité pour le crime du 6 février 1998, désignait A.D.N. L'avocat lillois avait obtenu en 2006, dans le même dossier, l'acquittement de Jean Castela, présenté auparavant comme l'un des deux commanditaires de l'assassinat. L'entrée de Me A.D.N dans le dossier, va entraîner de profondes modifications dans la stratégie de défense. En effet, les moyens soulevés à deux reprises par l'intéressé, mis en cause de manière circonstanciée par les militants nationalistes déjà condamnés et leurs épouses, n'ont pas convaincu les jurés professionnels. Condamné à la perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans lors du deuxième procès, qui s'est tenu dans une atmosphère délétère, Yvan Colonna avait formé un pourvoi et la cour de cassation a, pour des raisons strictement juridiques, ordonné la tenue d'une nouvelle audience. Yvan Colonna conservait sa batterie de défenseurs : Me Pascal Garbarini, Antoine Sollacaro, Gilles Simeoni et Philippe Dehapiot.

 

Louis se rendit au procès le lundi où Roger Marion vint à la barre témoigner lors de ce troisième procès. Costume bleu, cheveux teints, l’ancien responsable de la division nationale antiterroriste a été soumis à la question par A.D.N, un des avocats de Colonna qui l’alpague d'emblée en ironisant sur le fait que l'affaire corse ne lui a pas valu une réelle promotion, au contraire, puisqu'il est au placard, devenu désormais un «préfet sans évêché». Puis il lui rappellera toutes ces «certitudes» qu'il avait, transformées en fiascos. Ainsi, Marion s'est «complètement planté», lorsqu'il a conclu que le rédacteur du communiqué officiel de revendication de l'assassinat était Mathieu Filidori. Même topo lorsqu'il a cru savoir que Jean Castella était «le nouveau rédacteur des communiqués», un agrégé d'histoire qui écrit avec des fautes d'orthographe à toutes les lignes! Pas sérieux, pour A.D.N. Plus loin, l'avocat lui reprochera «la cuisine» à laquelle il s'est livré, «les magouilles, les écoutes, la balise sous la voiture de Colonna. Il y a un dossier parallèle et un vrai, voilà le problème, monsieur Marion!» A chaque fois, Marion s'en tire en disant «il faudrait relire les PV, je ne me souviens plus», ou «je n'ai pas pratiqué d'écoute dans cette enquête, ce n'est pas mon service». Il balance des: «c'est tout ce que j'ai à dire», s'en tire à coup de: «je témoigne par rapport à ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu». Et puis, il a ce tic de répéter des «bien évidemment», ou «à partir de ce moment-là» à l'envi.

 

Dans la salle des pas perdus du Palais Justice il croisa A.D.N qui conversait avec le père d’Yvan et Me Gilles Simeoni que Louis connaissait bien depuis sa mission corse. Louis leur serra la main, puis celle d’A.D.N. qui engagea la conversation avec lui. Ils descendirent se jeter une mousse derrière la cravate à la terrasse à L’annexe. Louis et A.D.N. échangèrent leur 06 et, depuis cette date, à chaque passage de Louis à Paris ils déjeunaient ensemble. Le parcours de la petite entreprise, qui ne connut pas la crise, d’Ambrose&Louis passionna A.D.N. friand de nouveaux clients bien pourvus en blé. L’arrivée d’A.D.N. dans le marigot politique, où il pataugeait lourdement, fit que celui-ci sollicita Louis pour le guider dans cet univers de prédateurs, il devint son visiteur du soir.

 

 

- Pourquoi ne m’as-tu rien dit, grommela Ambrose.

 

 

- Pour ne pas troubler ta vie de coq en pâte.

 

 

- Et là, soudain, tu y fais irruption…

 

 

- Ben oui, mon grand,  sans toi je ne peux rien faire…

 

 

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 08:00

 

Le dîner se déroula joyeusement, de plus en plus joyeusement au fur à mesure de la descente des flacons de vins nu suisse. Louis menait le bal. Ambrose souriait comme le ravi de la crèche. À 10 heures pile, une grande tige blonde, cheveux courts, vêtue d’un ensemble pantalon noir, hauts talons, sans un soupçon de maquillage, s’avança vers leur table cornaquée, bien sûr, par le tavernier rondouillard qui lui présenta la chaise réservée. « Clotilde ! Heureuse de faire enfin votre connaissance, Ambrose ne parle plus que de vous : chouchou par ci, chouchou par là… Vous êtes ravissante… » Clotilde Aebischer-Brändli, archétype de la beauté froide germanique, en imposait, pourtant entre les deux femmes, si différentes, le courant passa de suite, la glace se rompit au contact de leurs yeux bleus, lavande pour chouchou, turquoise pour Clotilde.

 

 

-  Si nous allions siroter un petit kirsch zougois sur la terrasse, ça permettrait aux comploteurs de comploter à leur aise pendant que nous papoterons. Rassurez-vous Chloé je déteste le kirsch nous prendrons une infusion de plantes. Je sais que c’est votre point faible…

 

 

Louis et Ambrose, avant de prendre place sur la terrasse, s’offrirent une promenade digestive sur les berges du lac. Les filles s’attablèrent, Clotilde en les regardant s’éloigner, avec une grande douceur, dit à Chloé, dont elle saisit la main, « De grands gamins, des chenapans septuagénaires, qui vont encore se lancer dans l’impossible, c’est leur drogue et, vous comme moi, c’est pour ça que nous les aimons. » Chloé la timide opina. « Louis et moi sommes de grands handicapés du cœur, lui, je pense qu’Ambroise vous a mis au parfum, sa calcification se nomme Marie, l’amour de sa vie ; pour moi, c’est d’une banalité familiale bien enterrée : l’inceste, mon père, son père, mon oncle, ils m’ont souillé avec une bonne conscience immonde. La chape du silence, se taire, ma revanche fut de m’extraire de ce cloaque si propre sur lui, si suisse, grâce à leur putain de fric.

 

 

Et puis, j’ai rencontré Louis à Paris, dans une petite sauterie Place des Vosges, chez les Lang, il s’y ennuyait avec une distinction rare. Jack lui témoignait des attentions un peu lourdes « Le meilleur connaisseur du monde agricole, français et mondial, il m’a accompagné en Loir-et-Cher lors de ma première campagne électorale… » qui semblait glisser sur son indifférence comme la rosée matinale sur l’herbe des prairies. Tout autre que lui en aurait profité pour se placer au centre des conversations, il sirotait sa flute d’un mauvais champagne en contemplant les lumières de la Place des Vosges. Moi j’étais là pour rencontrer ce connard de Buren qui, bien évidemment, m’avait posé un lapin. Comme je m’apprêtais à filer discrètement, nos regards se sont croisés, ils ont dû se transmettre notre ennui, Louis est venu vers moi « Et si nous allions dîner dans un petit bouiboui parisien, nickel chrome, évidemment, vous m’avez l’air très suisse alémanique. Je me trompe ? » Stupéfaite, j’ai opiné. « Je vais glisser un petit mot dans l’oreille de Jack pour lui dire que je vais conter fleurette à… » Il laissa sa phrase en suspens. Je m’entendis répondre : « à une galeriste suisse… ». Il volta, fendit le cercle des groupies du Ministre de la Culture de Mitterrand, Jack étala un sourire ravi lorsqu’il lui chuchota son message. Je ne sais plus dans quel bouiboui nous sommes allés dans le quartier ravagé des Halles. Fait exceptionnel, il ne m’a pas dragué, il m’a parlé de sa Marie. Il m’a fait manger des oreilles et des pieds de cochon, de l’andouillette et d’autres horreurs en ingurgitant un pinard infâme nommé Gros Plant. Au dessert il m’a dit « À vous, maintenant ! » et moi qui suis fermé comme une huître, je lui ai déballé le désastre de ma vie. À deux heures du matin nous sommes allés à l’Hemingway du Ritz nous tasser des cocktails. Je te le jure, je peux te tutoyer ?

 

 

- Oui, bien sûr.

 

 

- Aussi bizarre que ça puisse paraître à l’heure très matinale où il m’a reconduit à pied au Meurice tout proche nous ne nous étions pas encore présentés. Sous les arcades, raide comme un radis pour masquer son ivresse, il m’a dit sur un ton solennel rigolard : « moi c’est Louis, si ça te dit, venez prendre le petit déjeuner au 78 rue de Varenne, c’est ma crèmerie l’hôtel de Villeroy. »  Et moi, totalement à l’Ouest, de lui répondre « Moi, c’est Clotilde. À quelle heure votre petit-déjeuner ? » « Quand vous voulez, je rentre de ce pas au bureau, j’ai un discours à pondre. » Je suis monté dans ma chambre, j’ai bu une bouteille d’eau minérale, me suis douchée, j’ai commandé au service d’étage une bouilloire de café, me suis habillée, j’ai ingurgité mes cafés, suis descendue, j’ai traversé le Jardin des Tuileries qui venait d’ouvrir, la passerelle au-dessus de la Seine, côtoyé le Musée d’Orsay, Solférino, Bellechasse, le 78 rue de Varenne où je suis entrée comme dans un moulin, gravi les marches de l’hôtel de Villeroy où un huissier à l’uniforme noir luisant m’a accueilli avec un large sourire « Monsieur Louis vous attend ». Il m’a introduit dans un vaste bureau en rez-de-jardin. Mon Louis assis derrière un vaste bureau empire grattait du papier.

 

 

C’est un vrai conte de fée moderne…

 

 

- Attends la suite vaut son pesant de francs suisses ! Une soubrette, tout de noir courtement vêtue nous a apporté du café. Elle m’a lancé un regard aussi noir que sa jupe plissée, amoureuse du Louis sans doute. Alors tout est allé très vite. Louis a sifflé son café, m’a planté ses yeux rieurs dans les miens pour me déclarer « Clotilde nous devrions nous marier. Le mariage n’est après tout qu’un contrat civil inventé par Napoléon. Unissons nos malheurs pour nous donner un avenir… » Et, moi la comprimé qui contrôle tout, j’ai répondu oui. Nous nous sommes mariés, en toute intimité, au consulat général de France à Zurich. Mariage blanc, Louis c’est l’homme des fulgurances, ça dérape parfois mais son garde-fou Ambrose le remet de suite d’aplomb. Ce duo n’a pas d’équivalent Chloé, ils adorent marcher sur un fil, se mettre en danger, prends soin d’Ambrose qui, sous ses airs de gros nounours, est un tendre.

 

 

Ambrose et Louis revenait de leur promenade digestive, Chloé eut tout juste le temps de dire à Clotilde « demain matin on se fait un tour de lac, moi aussi j’ai un paquet en stock à te confier…

 

 

 

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 08:00

Aucune description de photo disponible.

« Mes amis nous dînons à l’Anacapri, non pas pour la cuisine italienne, honnête mais ça n’a rien à voir avec celle de Passerini, simplement notre table au bord des grandes baies nous offrira une vue inoubliable sur le lac et la Zytturm Clocktower. Service discret, impeccable, je suis un habitué du soir, le patron m’offre le privilège d’une cave personnelle car, entre nous ses vins italiens sont à chier, ce soir nous licherons des Chérouche.

 

 

- Chouette, j’adore !

 

 

- Je sais, l’Ambrose m’a mis au parfum…

 

 

- Une vraie commère celui-là !

 

 

- Détrompes-toi j’ai dû lui tirer les vers du nez…

 

 

- Vous avez fini tous les deux, j’ai une faim de loup…

 

 

- Ambrose est un ogre !

 

 

- Un ogre fin cordon bleu Louis…

 

 

- Je sais, ce garçon sait tout faire, sans lui je ne sais ce que je serais devenu…

 

 

- Simple gregario ma belle…

 

 

- C’est qui un gregario Ambrose ?

 

 

- C’est en italien, un équipier au service du leader, le bon gregario, c’est celui qui fait les efforts sans se plaindre.

 

 

- Si tu permets Ambrose, le bon et fidèle gregario, en cyclisme, accompagne son chef jusqu’au plus près de l’arrivée, l’aide dans les sommets en le ramenant au contact des autres favoris. Si les rôles sont totalement différents, il fournit beaucoup plus d’efforts que son leader. Sur le plan physique, c’est comme s’il faisait deux heures de vélo de plus que les autres, alors qu’ils courent les mêmes étapes. Ne te dévalorise pas, nous avons choisi nos rôles, sans toi je n’aurais été qu’un looser.

 

 

- Cette répartition des rôles elle s’est faites comment Ambrose ?

 

 

- Naturellement, depuis notre enfance, nos culottes courtes, Louis, sans le revendiquer, à toujours eu une âme de chef, de capitaine à la manœuvre, patron des enfants de chœur, leader du mai de Nantes, moi je préfère l’ombre à la lumière, suis plus sournois, calculateur, la logistique qui fait la force des armées, le cambouis…

 

 

- Halte au feu, cesse de tirer sur le quartier général Ambrose, tu devrais plutôt dire que je suis un ramier, une fégniasse, tout ce qui est parvenu après Marie, même si tout ne fut pas très reluisant, sans toi n’aurait pas connu le début d’un commencement. « Les âmes incertaines n'ont que des demi-volontés et des commencements, de pâles lueurs de vertu. »

 

 

- Ce qui est sûr, ma belle, c’est que Louis et moi sommes destinés à la Géhenne, au feu de l’enfer, nos saintes et pauvres mères qui, elles, sont au ciel, en seront réduites aux larmes éternelles.

 

 

- Les gars, j’ai une faim de gueuse !

 

 

Le patron les accueillit à l’italienne avec force de compliments, surtout pour la belle donna, les plaça à la meilleure table au  bord des immenses baies, claqua des doigts pour qu’un serveur s’affaire, accoure avec des flûtes, puis un prosecco nature, « de la cave personnelle du Cavaliere Louis » et d’ajouter « je vous ai fait préparer un risotto de poissons du lac, des spaghetti cacio e pepe, nos meilleurs fromages italiens, une douceur glacée et bien sûr nous vous servirons les vins de la réserve du Cavaliere Louis »

 

 

- Merci pour tout cher maître, comme toujours se sera parfait…

 

 

Le patron s’esbigna en accompagnant son retrait de courbettes.

 

 

- Louis quels Chérouche as-tu choisi ?

 

 

- « Païen ultime » 2016 un vin de pays suisse, un « Grand raye Ultime » Fully - Rouge – 2016, un « Tête et Queue » Fully - Blanc – 2016, et un « Disette 2012 » vin de pays suisse…

 

 

- Byzance, nous allons être pompette !

 

 

- C’est le but ma chère, nous pourrons alors aborder les choses sérieuses avec légèreté…

 

 

Louis leva sa flûte de prosecco en lançant mezzo vocce, même si la clientèle germanophone ne captait pas la langue gauloise, « à nos femmes à nos chevaux et à ceux qui les montent ! Désolé ma chère, rien qu’un soupçon de grivoiserie à la Chirac pour nous préparer au pire à venir.

 

 

- Dans mon job la grivoiserie est plutôt de mise, je suis vaccinée…

 

 

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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 08:00

 

« Les amis en attendant que la navette autonome MyShuttle entre enfin en service nous allons aller à pied prendre un verre sur les bords du lac. Je ne sais si notre cher Ambrose t’a dit que nulle part en Suisse on ne peut trouver un coucher de soleil plus impressionnant que sur le lac de Zoug, même les habitants de Zoug ne s’en lassent pas : lorsque le soleil se couche sur le lac, l’horizon devient rouge sang et tous les regards se tournent vers le jeu des couleurs sur l’eau. »

 

- Tu t’es reconverti en Tripadvisor mon Louis…

 

 

- Suis romantique mon grand, comment se porte cet emmerdeur de Beria ?

 

 

- Comme un tyran !

 

 

- Tu aurais dû emmener ta choupette avec sa trottinette, ici dans la vieille ville c’est le paradis des enfants…

 

 

- Elle a école mais comme elle adore le lac du Bourget je suis sûre qu’elle aimera cet écrin…

 

 

- À propos de prendre un verre Louis, notre belle amie est une naturiste radicale…

 

 

- C’est la poêle qui se moque du chaudron, Ambrose ingurgite des vins totalement barrés…

 

 

- Comme j’ai le bras long à Zoug, là où nous allons prendre l’apéro, je leur ai fait acheter un Villette, Blanc sans filtre, Mermetus – Chollet. C’est un chasselas primeur, non filtré, mis en bouteille au début de l'année qui suit la vendange. J’aime bien l’étiquette inspiré du paquet de Gauloises, sans filtre bien sûr. C’est le blanc de soif idéal issu d’une fermentation spontanéee et humour suisse : « tout excès de modération peut nuire gravement à votre santé... ». Nous le licherons sur quelques filets de perches et un jeune Etivaz au goût de noisette.

 

 

- Le grand jeu comme toujours Louis…

 

 

- Amuse-bouche mon Ambrose, nous avons du pain sur la planche…

 

 

- Du pain noir…

 

 

- Toujours optimiste.

 

 

- Méfie té, méfie té, comme disent les paysans cauchois…

 

 

- Nous entrerons dans le vif du sujet au dessert, nous dînons en terrasse sur les bords du lac.

 

 

- Clotilde rentre à quelle heure ?

 

 

- Pour le dessert même si elle n’y touche pas.

 

 

- Comment vont ses affaires ?

 

 

- Ça flambe, la Covid n’a pas stoppé la progression des milliardaires, bien au contraire, et l’art contemporain est une valeur sûre, plus que le bitcoin à mon avis.

 

 

Depuis février 2021, les impôts du canton de Zoug peuvent être payés directement avec des cryptomonnaies comme le Bitcoin et l’Ether. Cette façon de payer ses impôts a été rendue possible grâce à une collaboration avec Bitcoin Suisse, un pionnier de la Crypto Valley suisse. Grâce à cette initiative, Zoug devient ainsi le premier canton suisse dans lequel les impôts peuvent être payés avec des cryptos.Le canton de Zoug compte un grand nombre d'entreprises dans le domaine des cryptos. « En tant que berceau de la Crypto Valley, il est important pour nous de promouvoir et de simplifier davantage l'utilisation des cryptomonnaies dans la vie de tous les jours » a déclaré le directeur financier Heinz Tännler, ajoutant : « En permettant le paiement des impôts avec Bitcoin ou Ether, nous faisons un grand pas dans cette direction » « Nous ne prenons aucun risque avec ce nouveau mode de paiement, puisque nous recevrons l’argent en francs suisses, même si le paiement est effectué en Bitcoin ou en Ether. Ainsi, la volatilité des taux de change cryptés n'a aucune influence sur le paiement final en francs suisses ».

 

 

Le petit chasselas primeur, non filtré, filait, la conversation roulait.

 

 

- Dis-moi Louis, comment Clotilde est-elle devenue une galeriste de premier rang.

 

 

- Les années 1990 très chère, elles coiffent une période cruciale au cours de laquelle les processus de libéralisation, déréglementation et globalisation de l’économie et de la finance devinrent prépondérants dans le monde entier, un régime de croissance économique basée sur la finance de marché, au lieu de la production de biens et services, en tant que source de profits pour les entreprises.

 

 

- C’est l’époque où François Pinault a constitué le cœur de sa collection…

 

 

- Exact, rien ne se vendait, même au plus haut niveau, ainsi des grands noms ont changé de mains à des prix qui feraient rêver les acheteurs d’aujourd’hui. Les périodes difficiles peuvent être plus intéressantes que les périodes d’euphorie.

 

 

- Raconte…

 

 

La vente d’art, c’est comme la banque, un métier de discrétion. La Suisse n’est pas seulement un coffre-fort financier, elle est aussi le coffre-fort de l’art, même si depuis le mai 2009 elle a perdu son statut d’extraterritorialité.

 

 

- Le port franc de Genève…

 

 

- Oui, dans le quartier de la Praille, 140 000 m2 s’alignent dans d’énormes entrepôts gris, protégés par des grillages, protégés par des patrouilles de maîtres-chiens et d’agents armés. Aucune indication précise ne permet de se repérer dans le port franc, à l’exception des chiffres tracés sur les bâtiments.

 

 

- L’extraterritorialité ?

 

 

- C’était bien plus que le simple « dépôt franc sous douane » qui t’exonère de droits de douane et de TVA, ainsi un tableau exporté illégalement pouvait y dormir pendant des années et ressortir « blanchi ». La nouvelle loi exige des inventaires précis mis à disposition des douanes, le but éviter le trafic d’art et d’antiquités.

 

 

- Dans lequel vous avez trempés les mecs…

 

 

- Un chouïa, lorsque nous ne pouvions faire autrement, mais nous évitions autant que faire ce peu, d’autant plus que pour nous les tableaux étaient notre monnaie d’échanges.

 

 

- Des petit aigrefins en quelque sorte…

 

 

- Si tu veux, nous n’étions que des exploiteurs de trous juridiques, ceux qui permettent d’agir en la contournant sans être accusés de la violer. La période s’y prêtait, le blé dégoulinait, les futurs oligarques voraces pillaient la Russie. Avec Clotilde nous avons tout de suite compris qu’en alliant nos savoir-faire nous pouvions profiter de l’aubaine. Comme en Europe, tout grand marchand possède sa chambre forte dans un port franc, Genève, le plus international, celui de Zurich, le plus proche de l’Allemagne, ou encore celui de Chiasso, dans le Tessin, à la frontière de l’Italie. La Suisse lieu idéal pour notre portefeuille de clients constitué lorsque nous bossions pour le compte de LD&Interagra avec les Soviets de Gorbatchev…

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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 08:00

Gare de Zoug | Suisse Tourisme

Pour une petite ville de 30 000 habitants, le canton 120 000, la gare de Zoug vaut le détour, un côté mégalo, on y sent déjà pognon même si ceux qui en ont prennent rarement le train pour s’y rendre, ces gens-là préfèrent l’hélicoptère depuis l’aéroport de Kloten à Zurich, le plus grand de Suisse. Au temps de la splendeur de leur petite entreprise, qui ne connut pas la crise, les oligarques garaient leur jet privé à Kloten, louaient les services d’une compagnie d’hélicoptères pour gagner Zoug où ils ne séjournaient jamais.

 

Concession Ferrari et Maserati, Zoug.

 

Ils préféraient le «Dolder Grand Hotel » l'un des palaces les plus prestigieux de Zurich, dont le promoteur du projet, en 1899, le Zurichois Heinrich Hürlimann, tonnelier de profession, fut dessiné par l'architecte Jacques Gros dans le «style suisse» qu'affectionnait à l'époque la bourgeoisie helvétique, l'imposant édifice tient à la fois du château de conte de fées et du chalet.

 

Adossé à la forêt, en marge des beaux quartiers du Zürichberg qui se tiennent à distance respectueuse, le Dolder trône depuis plus d'un siècle au sommet d'un des panoramas les plus époustouflants de Zurich, offrant une vue imprenable sur la ville, le lac et les Alpes. Il est la propriété du financier et «trader» Urs Schwarzenbach, milliardaire, qui vit entre la Grande-Bretagne et Saint-Moritz. D’abord prisé des familles royales et des pontes du pouvoir, Winston Churchill, le Shah d’Iran, Henry Kissinger, le palace draine une clientèle de peoples charmés par le cadre old-fashioned et rock’n’roll assumé par l’établissement. Luciano Pavarotti, Michael Jackson, Keith Richards, Rihanna ou Leonardo di Caprio ont paraphé le livre d’or pour la postérité.

 

 

La discrétion étant la philosophie de la maison Ambrose&Louis, les rencontres avec ces maîtres du paraître se déroulaient dans des salles anonymes nichées dans les locaux des innombrables avocats d’affaires ayant pignon sur rue.

 

En avril 2020, le Luzerner Zeitung a publié une recherche de données sur les sociétés-écrans du canton de Zoug, indiquant qu’en 2018, 33 000 entreprises étaient enregistrées pour 127 000 habitants, soit une pour quatre personnes. Dans la ville de Zoug, la proportion s’élevait à une société pour deux habitants. Selon l’Office fédéral de la statistique, environ la moitié des 33 000 entreprises du canton emploient du personnel, et quelque 15 000 d’entre elles ne sont pas considérées comme des entreprises. Selon les journalistes, le canton compte 49 adresses qui abritent plus de 99 entreprises, deux d’entre elles comptant respectivement 328 et 277 sociétés. Ces adresses suspectes sont souvent celles de « fiduciaires et d'avocats – des professions qui assument la responsabilité principale dans l’établissement de sociétés-écrans ». Il en résulte une longue liste de scandales : or et œuvres d’art volés, exportation illégale d’armes, affaires avec le régime de l’apartheid, innombrables cas de blanchiment d’argent, avoirs de potentats, évasion fiscale, corruption dans le négoce de matières premières et dans les fédérations sportives internationales. La Suisse est en fait un « repère de pirates avec ses boîtes aux lettres pour argent sale.

 

 

Entre cabinets d'avocats, sociétés de conseils en gestion d'actifs, on trouve aussi les sièges de mastodontes de la finance tels Rothschild Continuation Holdings AG, qui contrôle la plupart des banques d'investissement du groupe Rothschild, ou encore Partners Group, une multinationale de gestion d'actifs, des sociétés pharmaceutiques comme Biogen Idec ou Amgen, et surtout un grand nombre d'entreprises liées au négoce, au courtage et à l'extraction de matières premières comme Precious Woods, bois exotiques, Nord Stream qui gère le futur gazoduc du même nom ou encore Transocean,la plus grande société de gestion de plate-forme pétrolière offshore au monde propriété de Deepwater Horizon, et bien sur le géant Xstrata et sa maison mère Glencore.

 

Siège de Glencore, Zoug.

 

Ambrose&Louis, avant toute prise de contact, exigeaient des oligarques qu’ils choisissent un mandataire domicilié à Zoug qui serait leur seul contact officiel. Ils travaillaient à l’ancienne, que les week-ends, pas de mails, pas de téléphones cellulaires, rien que du bon vieux papier, sans en tête, dactylographié sur d’antiques machines à écrire électriques. Leurs séjours à Zoug relevaient pour Louis de sa légitime présence au domicile conjugal, pour Ambrose afin de passer le week-end avec ses filles pensionnaires à la Hull's School de Zurich. Les règlements de leurs prestations se liquidaient sous la forme d’œuvres d’art contemporains achetées par leurs clients à la galerie de Clotilde, à Londres, le blé filant ensuite le plus légalement du monde sur un compte à Jersey. Sur cette petite île, selon les statistiques officielles, plus de 350 milliards d’euros en dépôt et en cash, plus de 1500 fonds d’investissement et une quarantaine de banques y ont trouvé refuge, elles ne paient que 10 % d’impôt sur leurs bénéfices. Quant aux clients et aux entreprises qui s’y installent, ils ne paient rien du tout.

 

Louis attendait au bout du quai. Pandémie oblige, pas de bises, « Clotilde est à Londres, elle rendre ce soir… »

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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 08:00

 

Louis rendait le micro à Dieulangard, leader de la tendance dure des Mao Spontex, qui le toisait.

 

« T'es qui toi ?

 

- Un mec qui va te marquer à la culotte...

 

- Faudra d'abord ôter tes couches branleur !

 

- Et toi compter sur les doigts d'une main tes clampins décervelés...

 

- Tu nous cherches ?

 

- Non camarade je t'explique que le rapport de force est en ma faveur et faudra que tu en tiennes compte...

 

- Que tu dis...

 

- Ce n’est pas ce que je dis bouffeur du petit Livre Rouge. C'est ! Regarde bien cet amphi. Ta Révolution, versus longue marche, ils s'en branlent. Ce qu'ils veulent c'est que ça change même s'ils ne savent pas ce qu'ils veulent changer...

 

- T'es qu'un petit bourgeois vérolé ! Tu n'as aucune perspective historique...

 

- Coupe ton magnéto petit Mao je connais par cœur tes sourates...

 

- On t'écrasera comme une punaise !

 

- Avec tes potes staliniens versus Budapest...

 

« Libérez nos camarades...Libérez nos camarades... »

 

L'amphi tonnait.

 

Le Comité de grève se réunit le lendemain matin, il exigea la venue du Doyen, C.D.P, flanqué de quelques professeurs, ceux qui ne s'étaient pas tirés, d'un paquet de maîtres-assistants et d'assistants penchant vers nous. Nous avions convoqué le Doyen – avec la dose de grossièreté qui sied à une assemblée dont c'était le seul ciment – pour vingt heures, afin qu'il prenne acte de nos exigences. Pas question de négocier avec lui, même si nous n'étions d'accord sur rien, sauf de maintenir la mobilisation, il devait bouffer sa cravate. Sans protester, le Doyen et son dernier carré avait tout avalé. Tous arboraient le col ouvert, le tableau était pathétique. Tous à plat ventre, même Salin, l'un des futurs thuriféraires des papes de l'Ecole de Chicago nous donnait du cher collègue. Mais si eux étaient pathétiques nous, nous étions lamentables. Nous pratiquions une forme très primaire de langue de béton brut mal décoffré, grisâtre, granuleuse, du genre de celle qu'on utilise pour se lester avant de se jeter à la baille un jour de désespoir sans fond. « Sous les pavés, la plage... » Nous étions à cent lieues de la poésie de nos graffitis.

 

Vers onze heures, face à l'enlisement, Louis et moi priment deux initiatives majeures : primo ouvrir en grand les fenêtres – le nuage de notre tabagie atteignant la cote d'alerte – deuxio proposer une pause casse-croûte. Pervenche, la grande amie de Marie, avec un sens inné de l'organisation, à moins que ce ne fusse son atavisme de grande bourgeoise, nous avait fait porter par le chauffeur de son père – sans doute était-ce là une application directe de l'indispensable liaison entre la bourgeoisie éclairée et le prolétariat qu'elle appelait de ses vœux – deux grands cabas emplis de charcuteries, de fromages, de pain et de beurre, de moutarde et de cornichons, de bouteilles poussiéreuses de Bordeaux prélevées dans la cave de l'hôtel particulier de la place Mellinet.

 

- Tu n’aurais pas fricoté avec cette Pervenche ?

 

- Non, elle aimait les filles… Donc, Pervenche nous avait dotés de bons produits du terroir issus de la sueur des fermiers des Enguerrand de Tanguy du Coët, nom patronymique de notre indispensable Pervenche. Quant au Bordeaux, le prélèvement révolutionnaire s'était porté sur un échantillon représentatif de flacons issus de la classification de 1855. Face à cette abondance, la tranche la plus radicale du Comité hésitait sur la conduite à tenir : allions-nous nous bâfrer en laissant nos interlocuteurs au régime sec ou partager avec eux notre pitance ? Ces rétrécis du bocal exigeaient un vote à bulletins secrets. à dessein je les laissais s'enferrer dans leur sectarisme. Sans attendre la fin de leur délire je sortais un couteau suisse de ma poche, choisissais la plus belle lame et tranchais le pain. Louis fit de même avec son Opinel. Face à ce geste symbolique le silence se fit.

 

- La classe les mecs !

 

- De nouveau nous venions de prendre l'avantage sur les verbeux, leur clouant le bec par la simple possession de cet instrument que tout prolo a dans sa poche. Eux, l'avant-garde de la classe ouvrière, à une ou deux exceptions près, en étaient dépourvus. C.D.P étalait sur sa face suffisante un sourire réjoui : il exhibait un Laguiole. Je lui lançais « au boulot Doyen, le populo a faim ! »Spectacle ubuesque que de voir notre altier agrégé de Droit Public embeurrer des tartines, couper des rondelles de saucisson, fendre des cornichons, façonner des jambons beurre avant de les tendre à des coincés du PCMLR ou des chtarbés situationnistes. Nous mâchions. Restait le liquide et là, faute de la verroterie ad hoc, nous séchions. Se torchonner un Haut-Brion au goulot relevait de la pire hérésie transgressive dans laquelle, même les plus enragés d'entre nous, ne voulait pas tomber. Que faire ? Face à cette question éminemment léniniste, nous dûmes recourir à l'économie de guerre, c'est-à-dire réquisitionner les seuls récipients à notre disposition soit : trois tasses à café ébréchées, oubliées là depuis des lustres ; deux timbales en fer blanc propriété de deux communistes de stricte obédience qui les trimballaient dans leur cartable, un petit vase en verre soufflé et quelques gobelets en carton gisant dans une poubelle.

 

- Super !

 

 

- Muni de cette vaisselle vinaire hétéroclite, après avoir donné un peu d'air aux grands crus, je procédai d'autorité à une distribution équitable. Le doyen, toujours aussi ramenard, délivrait de doctes appréciations, faisant étalage de sa science de la dégustation. à ma grande stupéfaction, un panel représentatif de l'orthodoxie prolétarienne, fit cercle autour de lui pour gober ses lieux communs. Magie du vin, la perfusion des nectars de haute extraction dans de jeunes veines révolutionnaires et, dans celles plus obstruées, des mandarins, déliait les langues, attisait l'esprit, donnait de la légèreté aux mots. Ils fusaient. L'euphorie montait. Le professeur Salin abandonnait Milton Friedmann en rase campagne pour raconter des histoires salaces. Marie et Pervenche, venues nous rejoindre dans ce marigot de mâles enivrés, subissaient les assauts conjugués de Dieulangard, le Spontex, et du Prof de droit pénal que j'avais surpris, quelques minutes auparavant, en train de siffler les fonds de bouteille. Nous étions tous pétés. À la reprise de la séance, sur proposition de Jean-Claude Hévin, un assistant famélique, spécialiste du droit de la Sécurité Sociale, le principe du passage automatique en année supérieure fut voté à l'unanimité. À la suite de ce vote historique, le doyen se levait pesamment pour porter un toast, en dépit de son verre vide : « au succès du plus grand mouvement populaire du siècle... »

 

Ils arrivèrent à Zoug à 16:59 pile, précision horlogère suisse. 

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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 08:00

 

Ambrose céda. Ils confièrent leurs enfants, elle sa choupinette à son père, pas content du tout, lui Beria, pas content du tout, à l’une de ses filles, celle qui vivait à Los-Angeles, de passage à Paris pour la vente des droits d’un best-seller à Gallimard. Ambrose, prévoyant, les firent partir en fin de matinée, « Nous déjeunerons à la place, la pitance suisse, en classe  Buiseness sur le Lyria Paris-Zurich, est acceptable, sauf le vin chouchou, tu nous feras une gourde de vin qui pue…

 

- En journée je ne bois que des tisanes…

 

- Je sais, ton rêve : herboriste !

 

- Moque-toi, ça draine le corps…

 

- Tu m’as converti mon bel amour, nous tisanerons ensemble…

 

- Ça me fait souci de laisser mon bébé.

 

- Maman poule, une petite séparation vous fera, te fera le plus grand bien et, qui plus est, tu as besoin d’un grand bol d’air pur…

 

- Je me suis imposée. J’ai peur que Clotilde et Louis me trouvent sans gêne. Je vais être intimidée…

 

- Arrête ton petit couplet chouchou, depuis que nous nous connaissons je les ai tellement bassinés sur toi, chouchou par ci, chouchou par là, que ta venue à Zoug était plus que souhaitée, surtout par Clotilde.

 

- C’est une grande galeriste…

 

- Et toi, un ex-galeriste tombée dans le vin nu. Mon seul souci avec toi chouchou c’est l’heure…

 

  • Pourquoi ?

 

  • Sans t’offenser, tu n’es jamais à l’heure.

 

  • Je sais mais je n’ai jamais raté un train dans ma vie.

 

On a testé la nouvelle « Business 1ère » de TGV Lyria

 

PARIS GARE DE LYON

Départ

12:22

 

Durée

4h04

 

LYRIA n°9213

 

16:26 ZUERICH HB

 

Correspondance 7 minutes

 

Départ 16:33

Durée 26 minutes

 

TRAIN ETRANGER n°2679

 

Arrivée ZUG

16:59

 

Comme prévu, elle arriva à l’arrache.

 

La classe Buiseness du Lyria Paris-Zurich, le nickel chrome suisse, feutrée, verre de bienvenue, serviette oshibori, restauration chaude avec un service à la place et à l’assiette, des menus assez  inventifs, Wi-Fi,  des boissons à discrétion, un petit côté Pan-Am, au temps où Louis et Ambrose empruntaient la ligne, toutes les semaines, n’existait pas. La première classe d’alors surclassait les bouis-bouis des TGV de notre nationale compagnie du rail, elle était leur bureau. Des habitués, discrets, sans bagage, Louis franco-suisse depuis son mariage avec la galeriste Zurichoise Clotilde, Ambrose quasi-résident puisque réalisant plus de 90%  de son revenu total en Suisse. À Paris, Louis continuait de vivre dans la maison de la rue Jules Siegfried alors qu’Ambrose, doté d’une imposante marmaille, résidait au Vésinet. Ce temps, les années 90, celui du sale boulot fait proprement, semblait bien loin à Ambrose. Ce voyage à Zug, où résidaient Clotilde et Louis, décidé sous l’emprise d’une impérieuse nécessité, lui permettrait, du moins il l’espérait, d’échapper au piège que lui tendait ADN. Louis possédait les clés du verrou, de ça il en était sûr et certain, mais allait-il pour autant remettre l’ouvrage  sur le métier, Ambrose en doutait.  

 

- Dis-moi, mon beau légionnaire qui sent le sable chaud, raconte-moi ton mai 68 à la Fac !

 

- Après les manifs nocturnes devant la Préfecture, pavés, lacrymogène, foulards, casques, charge des mobiles, la minorité sage roupillait, les vrais révolutionnaires copulaient…

 

- Tu étais dans quel camp ?

 

- Le premier !

 

- Menteur !

 

- Détrompe-toi chouchou, si je n’en étais pas c’est que, pour dire simple, nos nanas ne me plaisaient pas.

 

- Tu préférais les filles de droite de la bonne bourgeoisie nantaise…

 

- Oui !

 

- Révolutionnaire joli cœur…

 

- Et alors petit cœur, le Louis et moi sommes des romantiques, nous tombons amoureux… Lui, l’était de sa Marie, moi je contais fleurette à une douce infirmière du CHU, modèle Botticelli. Pour répondre à ta question : que faisions-nous en mai, hormis la castagne ? Nous passions nos journées dans des AG enfumées à pondre des résolutions, à débattre de  la suite du mouvement, à voter à mains levées notre exigence de ne pas subir l’examen de fin d’année. Sur l'estrade la foire d'empoigne, entre la nébuleuse, pileuse et hirsute, des multiples groupuscules politico-syndicaux, pour prendre la direction du mouvement faisait rage. Contraste étonnant entre le joyeux bordel de la base et la teigne des apparatchiks, image saisissante de ce que ce mouvement véhiculera d'images contradictoires. Les émeutes du Quartier Latin, relayées par les radios périphériques, l'ORTF étant muette, nous avaient électrisés, la bonde était ouverte et plus rien ne semblait pouvoir arrêter le flot de nos délires.

 

- J’ai bien aimé vos slogans sur les affiches.

 

- Nous les fabriquions avec les gus des Beaux-Arts avec du linoléum que nous piquions dans les couloirs.

 

- J’adore !

 

- La suite va te plaire toi qui aime les mauvais garçons. Profitant d’une brève accalmie, Louis se levait, montait sur l’estrade, arrachait le micro à un Mao Spontex qui n’en revenait pas. Face à l'amphi bruissant, au lieu de brailler comme ses prédécesseurs, de servir des tonnes de camarades, de proclamer sa foi en la révolution prolétarienne, de faire allégeance à une bannière, sur le ton de la confidence il se présenta comme le porte-parole de ceux qui n'avaient jamais eu la parole. Très vite le silence se fit, étonnés, pris de court, les chefs de meutes ne purent que me laisser faire. Alors, sans trémolo ni grosse caisse, il leur a parlé des  gens de peu de notre pays crotté, de notre servitude séculaire, de toutes ces années de génuflexion et de tête baissée.

 

- Un peu démago, non…

 

- À côté de celle qui régnait dans nos amphis, c’était un gentil filet de sincérité. Louis enchaîna, sans élever la voix, « le temps du silence, de la frustration et de l'obéissance venait de prendre de fin. L’amphi applaudissait. Il levait la main, l'amphi refaisait silence. » Il osait : « Oui cette parole arrachée à ceux qui nous en privaient nous n'allons pas nous la faire confisquer par d'autres ici présent ». Les nouveaux chefs conscients du danger voulurent le jeter. L'amphi gronda. Ils reculèrent. Louis, avec un aplomb que je ne lui soupçonnais pas, proposa l'élection d'un Comité de grève. L'amphi l'ovationna. Immédiatement il posa nos candidatures, celles des « sans voix » qui s’ajouteraient à celles naturelles des différents groupuscules. A mains levées l’amphi nous élisait.

 

- Ça devait être jouissif

 

- La suite aussi chouchou…

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 08:00

LE VOLEUR - JEAN PAUL BELMONDO 1967 - BOX OFFICE STORY

Même si Ambrose pratiquait encore l’escrime, le fleuret, à la salle d’armes Coudurier, la plus ancienne salle d’armes en activité à Paris, avec Maître Pinel de la Taule, 6, rue Gît-le-Cœur, maîtrisait l’art de l’esquive, de toutes les parades, de l’estoc, allait-il devoir, ôter son masque, ses protections, se livrer à un exercice à haut risque, sans se battre la coulpe, ni  se justifier, lever le voile sur le fameux biseness « Faire proprement un sale boulot… ». Sans aucun  doute ça allait écorner auprès d’elle sa belle image. Ambrose, se donna encore du temps « Mon bel amour, je vais à Zoug tout simplement voir mon Louis, ça un bail que…

 

- Pipeau, le tout simplement c’est l’autre facette d’honnêtement, tu me racontes des craques mon Ambrose, il y a anguille sous roche…

 

- Ce n’est pas une anguille ma belle mais un alligator, une vieille affaire qui  remonte à la surface du marigot, il nous faut l’étouffer dans l’œuf.

 

- En prononçant ces propos vaseux Ambrose captait illico, dans son logiciel en défense, l’une des maximes de Talleyrand « Il faut se garder des premiers mouvements, parce qu’ils sont toujours honnêtes »  Plus question de se confesser, de dire la vérité, qui n’est jamais bonne à dire, mais de l’habiller, de la ripoliner, faire de leur histoire une forme d’épopée post-moderne de deux cinquantenaires joueurs qui, dans le nouveau monde impitoyable des oligarques ex-rouges, se vautrant dans le fric, le stupre, les clubs de foot et l’art contemporain, s’étaient offert, à leurs risques et périls, des parties de poker menteur. Leur petite entreprise, grâce aux liens noués, au temps de l’URSS, avec la nomenklatura du Parti, avait surfé sur le tsunami des années Eltsine, l’incroyable dilapidation des joyaux de l’empire, le casse du siècle, non pour mettre du beurre dans leurs épinards, leurs épinards baignaient déjà dans le beurre, mais pour mordre la ligne jaune, sans jamais franchir les frontières de la légalité, en se glissant dans les failles des lois, en appliquant à leur profit la stratégie des multinationales, être au bon moment, au bon endroit, rien que des facilitateurs, des porteurs de burettes d’huile pour lubrifier des transferts de gros paquets de capitaux vers l’eldorado londonien.

 

Pas de quoi pavoiser bien sûr, mais ce ne fut rien qu’un choix, celui de se mouler dans l’esprit des cambrioleurs à l’ancienne, tel Georges Randal, dans le film de Louis Malle, dandy vengeur qui se tourne vers la rapine, qu'il pratique sans état d'âme, avec une haine considérable pour les valeurs morales d'une société qu'il méprise. Rien d'un Arsène Lupin donc : un brise-fer, un fracasseur de meubles précieux, un saccageur qui rêve « de désosser la carcasse bourgeoise ». Rien non plus d'une bonne âme progressiste : la destruction lui tient lieu de cause, avec la conscience paradoxale de tirer subsistance de ce qu'il veut détruire. Randal est l'effroi fait homme, le pur symptôme d'une société gangrenée par l'hypocrisie, le mercantilisme, la corruption, la démagogie.

 

Louis et lui, des corsaires, des flibustiers, tirant des bords dans les eaux troubles de l’ex-Empire, essorer des profiteurs, leur piquer un max pognon, pure œuvre de salubrité publique face à des biens mal acquis. Plaidoyer pro-domo ? No ! Nous avons trempé nos pognes dans de l’argent sale, le fric a-t-il été un jour propre ? « Nous avons fait une rechute de soixante-huitard chouchou, nous nous sommes offerts une folle parenthèse, un pied-de-nez à l’esprit de sérieux, sans goût de lucre, pour le fun, l’adrénaline… » Et, de rebasculer dans le ciné : Georges Randal-Belmondo, sec comme l'effraction, froid comme un pied-de-biche, rapide et laconique comme une mise à sac, flanqué dans ses œuvres d’une clique édifiante d'un curé nihiliste : Julien Guiomar, d'un monte-en-l'air cynique : Paul Le Person, d'un truand anarchiste Charles Denner, grandiose et d'une cohorte de femmes plus charmantes, manipulatrices et ensorceleuses les unes que les autres Marie Dubois, Geneviève Bujold, Bernadette Laffont, Françoise Fabian...

 

- Tu es un virtuose Ambrose, le Paganini des joueurs de pipeau, j’adore !

 

Tu es dure avec moi chouchou…

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 08:00

La cigale et la fourmi : de la conception de l’autoroute en France et en Suisse… gardez la gauche ! Je roulais vers un paradis…

Elle ignorait tout de la période Zoug, en dépit de ses question, elle adorait les questions, il noyait le poisson, Ambrose lui servait la version officielle : 68-78 il faut que jeunesse se passe, 81-86 les années Tonton, 86-90 les années Doumeng-Louis Dreyfus, 90-2000 les années biseness, puis rideau. Ambrose, esquivait, très disert sur leurs jeunes années de petits sauvageons campagnards, les années 68, de Marie bien sûr, du temps des frelons de la GP, de leur virée au Chili d’Allende puis des années de plomb en Italie, l’écurie du présidentiable de Conflans, les joyeusetés du déclin de l’Empire Soviétiques puis, rideau… L’Omerta. Elle, fine mouche, au lieu de lui  tirer les vers du nez, s’amusait à le piéger gentiment lorsque, le vin nu aidant, il se laissait aller à lui conter comment Louis négociait avec les oligarques, un maître du jeu de go, la patience, piéger leur ego, les mettre en confiance, les laisser venir sur son terrain, ne jamais se mettre en avant, ni briller, faire apparemment des concessions, déjouer les pièges fiscaux, savoir conclure sur la base d’un protocole gagnant-gagnant… « Et toi mon Ambrose tu étais quoi dans tout ça ?

 

- Le scribe, le porte-plume, nous travaillions à l’ancienne, pas d’ordinateur, d’e-mail, le bon vieux papier…

 

 

- Tu dois avoir plein d’archives dans ton coffre...

 

 

- La Suisse mon bel amour, la Suisse…

 

 

- À Zoug ?

 

 

- Bien sûr, mais dans le duo, j’étais la taupe, invisible mais pas sourd, les discussions se déroulaient en anglais, un très mauvais anglais type Delors, ce qui me permettait, puisque je suis polyglotte, d’entendre et de comprendre ces gros cons lorsqu’ils échangeaient en russe sans se douter que je le comprenais. Avantage déterminant.

 

 

- Tu as appris le russe comment ?

 

 

- Olga !

 

 

- La belle Ukrainienne…

 

 

- Oui !

 

 

L’amour de ta vie…

 

 

- N’exagères pas, amour de jeunesse…

 

 

- La mère de tes enfants…

 

 

- Oui, des enfants que j’ai élevés seul…

 

 

- Pourquoi t’a-t-elle quitté ?

 

 

- Le mal du pays allié à un jeune oligarque…

 

 

- Mon pauvre Ambrose tu es né pour être une mère poule…

 

 

- Moque-toi petite patate, mes 4 filles, pas celles du docteur March, elles sont belles, intelligentes, indépendantes, ma fierté…

 

 

- Tu devrais écrire un traité Ambrose, le pendant de l’éducation des femmes de Choderlos de Laclos qui, loin du conservatisme de Rousseau sur la question de l'éducation des jeunes  filles, dressa un portrait flatteur de la femme naturelle des sociétés  primitives.

 

 

- Tu sais je n’ai fait que reprendre les préceptes de nos mères pour notre élevage, l’école pour les connaissances, à la maison les bases du vivre ensemble, ma liberté s’arrête à celle des autres, portes et fenêtres grandes ouvertes à la créativité, de l’amour, du  respect, bien se nourrir, rire, chanter, danser, lire, même regarder la télé, fuir les psys, se supporter, vivre, aimer, garder un parfum d’enfance, tracer sa route, préférer les chemins de traverse. Mes oiseaux ont quitté le nid presque toutes en même temps, faut dire qu’avec Olga nous avions fait un tir groupé, ça m’a fait tout drôle, mais elles sont toujours là, elles savent que papa réponds toujours présent pour elles. Bref, chouchou, avec la tripotée de mes petits-enfants, c’est le prix Cognacq-Jay qu’il aurait fallu me donner. 

 

 

- Belle tirade mon grand, mais que vas-tu faire à Zoug ?

 

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24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 08:00

Le dossier d’ADN n’éclairait guère ma lanterne, outre la liste des oligarques russes qui ne m’apprenait rien, il se résumait en un simple feuillet dactylographié sur lequel le Garde, à la suite d’un petit topo, auquel je ne compris goutte, de son humour féroce, il me conseillait, sic, de dépiauter l’affaire Lawyer X, avant d’aller respirer le bon air de Zug ! Le jeu de piste de ce bougre d’homme prenait l’allure d’un rébus.

 

L’affaire Lawyer X était partie du Conteneur 1250218 bloqué, le 22 juillet 2007, sur le port de Melbourne par les douanes. Celui-ci contenait une cargaison de métham-phétamines, plus connu sous le nom d’ecstasy, d’une valeur de 300 millions d’euros. Les commanditaires, des calabrais de ‘NDRANGHETA, après avoir cru à un simple retard, se rendent à l‘évidence le conteneur n’a pas été découvert par hasard lors d’un contrôle de routine mais ils ont été balancé.

 

Par qui ?

 

Là est toute la question…

 

Les calabrais sont mis à l’ombre le 8 août 2008, dans les procès qui suivirent la version de la police selon laquelle avertis par Europol de La Haye qu’une énorme cargaison, 4 tonnes 4, de drogue devait arriver à Melbourne mais qu’aucune saisie n’avait été prévue le 22 juillet 2007 fatidique.

 

Le hasard !

 

C’est le préposé des douanes, chargé des formalités de routine, qui selon la police avait eu des soupçons à la suite d’une contradiction sur les documents d’expédition, ce qui l’avait conduit à signaler le conteneur aux agents. Donc, pas d’espions ou d’infiltrés parmi les gangsters, pas de coups de téléphone anonymes, pas de fuites : seulement de vulgaires documents mal remplis. Emballé c’est pesé les commanditaires en prirent un maximum.

 

Mais c’était trop bien ficelé pour être vrai, en 2014, une enquête publiée en mars, par le Herald Sun, révèle qu’un pool secret de policiers aurait recruté, payé et accompagné un informateur au sein du groupe d’avocats chargés de défendre les différents parrains criminels de la ville.

 

Lawyer X a violé le secret professionnel pendant des années, affirme le journal, en fournissant à la police des informations confidentielles sur ses clients.

 

Scandale !

 

Les journalistes ne peuvent révéler le nom de l’avocat X en raison du veto imposé par la police, alors que l’État créé une commission d’enquête.

 

C’est la paranoïa : qui est Lawyer X ?

 

Qu’a-t-il fait exactement ?

 

Combien de personnes connaissent son identité ?

 

L’informateur était-il uniquement piloté par la police ou les juges étaient-ils au courant de cette opération illégale ?

 

À ce jour l’affaire Lawyer X n’est pas encore close et pourrait compromettre la carrière de hauts-fonctionnaires de police, d’hommes politiques et de juges.

 

Mais pourquoi diable ADN, avocat pénaliste de profession, me branchait-il sur une affaire n’ayant aucune ramification dans notre doulce France ?

 

Loin de me tranquilliser, cette absence de lien prenait des odeurs d’exemple pour décalque sur un sujet plus gaulois. La connexion avec Zoug me mettait plus encore la puce à l’oreille.

 

Pourquoi Zug ou Zoug ? À l'exception d'une première tour de 18 étages, dont la silhouette en biseau domine la ville, Zoug - 25 000 habitants -, catholique et de langue allemande, garde un charme d'avant-hier. Avec ses demeures du XIVe siècle, sa Zytturm (tour de l'Horloge), et ses rues étroites et tortueuses donnant sur un lac paisible. Mais en se glissant dans le hall des maisons bourgeoises, sous la plaque des avocats et des notaires s'alignent quelque 200 000 noms d'entreprises du monde entier.

 

« La spécialité de Zoug, c'est moins son lac, son marché aux taureaux et son alcool de cerises que ses privilèges fiscaux aux sociétés holdings. Leur capital n'y est taxé qu'à 0,02 pour mille. « Quant à l'impôt sur les bénéfices, les sociétés ne le payent que sur le chiffre d'affaires réalisé en Suisse. Comme elles gagnent essentiellement leur argent à l'étranger, elles ne payent rien, ou presque, à Zoug », constate Josef Lang. Historien de renom, il n'a curieusement pas trouvé de travail à Zoug, et doit enseigner à Zurich.

 

Glencore, le numéro un mondial des matières premières, qui emploie plus de 50 000 salariés dans le monde, est ainsi domicilié à Baar, une bourgade à côté de Zoug. Apparemment, les managers ne se réunissent pas très souvent au siège social : Baar ne compte qu'un modeste hôtel deux étoiles, donnant sur la gare... Même la Fraternité Saint-Pie X, fondée par monseigneur Marcel Lefebvre, n'est pas restée insensible à ce paradis fiscal. Elle a établi sa « maison généralice » à Menzingen, un autre village du canton de Zoug. Les offrandes peuvent être déposées à la Zuger Kantonalbank (la banque cantonale de Zoug). »

 

Au XIXe siècle, Zoug, canton presque exclusivement agricole, était l’une des régions les plus pauvres de Suisse. En 1860 encore, le canton présentait la dette par tête la plus élevée du pays et un rendement bien en dessous de la moyenne nationale.  C’est grâce à l’initiative d’entrepreneurs que Zoug a progressivement relevé la tête. En 1834, Wolfgang Henggeler construit la première fabrique du canton, une filature de coton à Unteraegeri, et en 1866, l’Américain George Ham Page implante à Cham la première usine de lait condensé en Europe. A la même époque Zoug est relié au réseau de chemins de fer, permettant au canton de se développer.

 

C’est cependant à partir des années 1950 que la région commence véritablement à prendre son envol. En 1956, dix ans après l’adoption d’une nouvelle loi fiscale, l’opérateur financier Philipp Brothers s’installe à Zoug. Un établissement qui est le premier d’une longue série; un taux d’imposition favorable ainsi que la proximité de l’aéroport de Zurich transforment alors Zoug en un centre financier et de courtage.

 

De nos jours, Zoug est le canton le plus riche de Suisse avec un taux de chômage d’à peine 1,9% et un produit intérieur brut que l’institut de recherches conjoncturelles BAK estimait à 117'000 francs par tête à la fin 2010.

 

Situé à 30 minutes du centre des affaires de Zurich et du pôle touristique que représente Lucerne, Zoug est depuis de nombreuses années stable, tant au niveau économique que politique, social et financier. Ses habitants ont en moyenne moins de 40 ans et plus de 10% sont au bénéfice d’un titre universitaire, un record suisse selon l’Office fédéral de la statistique.

 

Ce n’est pas par hasard si, Louis et Ambrose, lorsqu’ils décidèrent, dans les années fric, de se mettre à leur compte, firent de Zoug,  le « siège social » de leur petite entreprise qui ne connut pas la crise mais en profita. Des guillemets à siège social, l’affaire ne reposait sur aucun statut mais sur une enseigne : la galerie d’Art Contemporain de Clotilde Aebischer-Brändli domiciliée à Zoug, dont le chiffre d’affaires se générait essentiellement à Londres, Hong-Kong, Los Angeles. Le jour où, Clotilde Aebischer-Brändli et Louis convolèrent en 1986, un discret mariage civil, blanc comme la neige du Schnebelhorn, ils se firent mitonner par un cabinet de notaires franco-suisse un contrat de mariage aux petits oignons, qui se révéla fort utile en 1990 pour bâtir les fondations de la petite entreprise de Louis&Ambrose, sans objet social affiché, normal puisqu’il s’agissait de faire pour le duo « le sale boulot fait proprement ».Depuis qu’ils s’étaient rangés des voitures, Clotilde-Louis, résidaient 6 mois par an, les beaux jours, à Zoug.

 

Les dés roulaient sur le tapis vert du Craps, Ambrose savait pertinemment qu’il se fourrait dans un fichu guêpier, rien ne l’y obligeait, il pouvait laisser tomber, il ne devait rien à ADN,  du côté de Louis il en était moins sûr, l’injonction du Garde de se rendre à Zug confirmait cette crainte. Reconstitution de ligue dissoute, besoin d’adrénaline, folle envie de se remettre en tandem avec Louis, le poussaient inexorablement vers les emmerdements. Ambrose, prenait à son compte le « Peu me chaut !» que lançait Louis à ceux qui lui criaient casse-cou. Il pianota sur son smartphone « Chouchou, je pars à Zoug ! »

 

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