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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H La France éternelle des champs se voyait ravaler, par des technos comme René Groussard, au rang d’un secteur comme les autres à moderniser à marche forcée. (103)

Au cours du dîner qui suivit le meeting las des mondanités Benoît entreprit son cher Ministre sur la fin des Paysans, un thème auquel il n’était pas insensible mais qui défrisait les caciques du syndicalisme agricole. La 1ière chaîne de la Télévision, dans son émission Hexagone avait mis le feu aux poudres. En effet, la vision duale de l’agriculture exprimée dans le documentaire très réaliste, Adieu coquelicots, signé de François-Henri de Virieu chroniqueur au journal Le Monde cristallisait le malaise identitaire des gaullistes et des dirigeants paysans. Oser mettre en avant que l’avenir était ce GAEC de l’Isère avec son étable de 1000 vaches laitières, ses deux éleveurs, dont l’un d’eux était prof de maths constituait un crime de lèse-agriculture familiale. La France éternelle des champs se voyait ravaler, par des technos comme René Groussard, au rang d’un secteur comme les autres à moderniser à marche forcée. Ironiquement Benoît soulignait, face au bel Albin médusé, et à un Préfet au bord de la défaillance, que le mémorandum Mansholt publié à la fin de 1968 et le Rapport Vedel affirmaient sans détour qu’une partie de la paysannerie était condamnée à terme et qu’elle devait se reconvertir. Pour Sicco Mansholt 80% des exploitations étaient trop petites. La pilule était amère, même pour les modernistes, tel Michel Debatisse car le diagnostic des « technocrates » mettait à nu les ambigüités de leur propre pensée. En effet, martelait Benoît, comment pourraient-ils concilier leur stratégie économique de modernisation qui jetait sur le bord du chemin beaucoup de paysans et le mythe de l’unité paysanne chère à la FNSEA. Faisant étalage de ses lectures il citait une tribune de Maurice Papon au Monde « Mansholt et Malthus », publiée le 8 avril 1969, qui usait de sa rhétorique pour stigmatiser ce plan qui « était une erreur à l’échelle de l’histoire » car il risquait « d’amplifier le risque de massification urbaine sur lequel la société urbaine sera sans doute obligée de revenir pour survivre ». Un visionnaire le Maurice de Vichy !

 

Face à un tel déluge de mots, et surtout au silence quasi-religieux qui s’était installé autour de la table Chloé elle-même le contemplait avec un étonnement sidéré. « Pour une fois tu parlais vraiment avec tes tripes, sans calcul, tu vivais ton sujet comme si pour toi l’enjeu touchait à ce que tu as de plus profond... » lui fit-elle remarquer lorsqu’ils se retrouvèrent dans l’immense chambre que leur avait alloué le Préfet. Avachi sur une bergère Benoît lui répondait qu’elle touchait juste, que lui le fils de paysan vendéen ne pouvait rester indifférent à cette fameuse « Révolution Silencieuse » qui allait broyer beaucoup des siens. Du petit cartable qui l’accompagnait toujours il tira une coupure des débats à l’Assemblée Nationale où, Michel Cointat, se livrait à un grand moment de démagogie qui devrait figurer dans une anthologie de la pensée agrarienne. Se levant et se juchant sur le velours cramoisi de la bergère il le déclamait, Chloé applaudissait.

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H. Le soir suivant l’assaut de la Préfecture, sur la place Graslin, avec quelques-uns de ses petits camarades, Benoît « évangélisait les masses bourgeoises »  (102)

Face à la grille de la Préfecture ce n’était plus la douce odeur du sablé chaud qui revenait flatter la mémoire de Benoît mais celle acidulée des gaz lacrymogènes des grenades des gardes mobiles. Toute une nuit passée à les harceler, à les faire tourner en bourrique ces caparaçonnés, ces lourds, en godillots cloutés, mal commandés, si peu mobiles en dépit de leur appellation officielle. Eux, les étudiants, les ouvriers, les paysans, étaient mobiles, chevaux légers en baskets, sans chef, jouant à merveille de l’entrelacé des rues pour fondre sur leurs arrières, les caillasser, se retirer aussi vite avant qu’ils n’aient le temps de balancer leurs lacrymogènes. Les plus organisés d’entre eux, casqués et embâtonnés, allaient au contact des bestiaux qui, bien sûr, les chargeaient pesamment en retour ce qui ouvrait des brèches dans lesquelles la troupe échevelée s’engouffrait pour tenter d’envahir la résidence du Préfet. Il n’y était jamais parvenu mais Benoît gardait le souvenir de ses yeux brûlants et de sa gorge ravagée lors des replis lorsqu’ils fendaient les épais nuages de lacrymogène. Jeu stupide aux yeux du très sérieux Comité de Grève mais la part du ludique de ce mois de mai 68, si beau, si chaud, a toujours été sous-estimé. Le soir suivant l’assaut de la Préfecture, sur la place Graslin, avec quelques-uns de ses petits camarades, Benoît « évangélisait les masses bourgeoises » Souvenir d'un monsieur bien comme il faut, très digne, promenant le petit chien de sa mémère qui lui tendait  un demi de bière qu’il venait de faire tirer à la Cigale. En dépit de la grève générale, du bordel général, de la vacuité du pouvoir, il régnait sur la ville une légèreté à nulle autre pareille, une liberté jamais plus retrouvée. Comme quelques heures auparavant, dans le Mystère 20, en entrant dans la Préfecture, Benoît appréciait le pied de nez à ses souvenirs. Le préfet couvert de ses lauriers dorés qui l’accueillait, avec la componction et la révérence qui sied si bien à sa fonction, effaçait définitivement son vague à l’âme. De nouveau il se sentait en ligne avec son statut de fouteur de merde.

 

Son escapade lui valut, de la part de son cher Ministre, sur le ton taquin qu’il affectionnait avec lui, un rapide interrogatoire sur ses racines locales. Benoît lui servit, avec  effronterie, l’histoire très image d’Epinal du petit vendéen crotté, né dans l’eau bénite, élevé par les frères, monté à Paris pour y faire son trou. Son silence sur sa contribution aux hautes œuvres de mai 68 le renforçait dans ses doutes sur la fraîcheur des salades qu’il lui servait mais Benoît restait persuadé que son ambigüité, ses mensonges, le séduisaient. Fin politique il le prît à son propre piège en exigeant qu’il l’accompagne à la tribune du meeting.  Benoît ne put se défiler. Chloé se gondolait en sirotant le mauvais champagne du Préfet. Du côté de ses « amis » de la GP il ne risquait pas grand-chose vu que ces têtes d’œufs ne se compromettaient pas en regardant la télévision de l’Etat oppresseur. C’est plutôt du côté de sa hiérarchie poulardière que son apparition aux côtés d’une des étoiles montantes du régime pouvait lui valoir une petite convocation chez le Ministre. Peu lui importait, ça mettait du piment dans ses activités qu’il commençait à trouver par trop  routinières. Sa ballade avec Chloé l’avait épuisé et, au grand étonnement du cher Préfet, Benoît réclamait une chambre pour y pousser un roupillon. Il s’exécutait en pensant sûrement que les cabinets ministériels accueillaient vraiment de drôles de zèbres ; impression renforcée par le fait que cette chère Chloé l’y accompagna. Ils y dormirent à poings fermés jusqu’à l’heure du meeting. Tout se déroula dans les meilleures conditions, salle bourrée de militants, ovations, discours, applaudissements, sauf que le lendemain, s’étalait à la Une de la Résistance de l’Ouest, une magnifique photo de son cher Ministre et de lui en plein conciliabule à la tribune. Sa maman la vit, elle prit soin que son père ne la vit pas. La messe était dite mais il ne le sut qu’au jour de la mort de son papa. 

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H 1846, fut l’année de la dernière grande famine en Europe – le mildiou de la pomme de terre fut à l’origine du ravage des cultures –  qui extermina un million et demi de personnes. (101)

Sa belle main qui se posait sur son bras, sa belle voix qui lui disait « Vous devez avoir faim...», et qui ajoutait « c'est un sandwich au saucisson sec comme vous les aimez... », son rire, l’étonnement de Benoît, une apparition, elle n'était pas belle, elle était plus que belle, incomparable, une légère coquetterie dans l'œil, des cheveux longs et soyeux qui s'épandaient sur ses épaules nues et, tout autour d'elle, un halo de sérénité. « Mangez ! » Il avait obéi, la bouche pleine il la complimentait. Elle souriait « Je l’ai fait pour vous ». Et là, un garçon du Conti, toujours sanglé dans un grand tablier blanc, me dévisageait sans aucune aménité. Et lui de grommeler « Marie ! Marie ! Marie ! T'es chiante de m'avoir planté dans cette putain de vie où t'es pas... »

 

Chloé savait où le trouver et, comme le disent les supers-gendarmes, elle l’exfiltra rapidement de ce bocal empli de souvenirs. Le centre de Nantes, en ce temps-là, dès que les vents étaient favorables, embaumait des effluves chauds et rassurants du Petit LU  et, pour mieux exorciser ses démons, sitôt sortis du Conti, Benoît saisissait  Chloé par la taille pour la conduire, en marchant très vite, rue Boileau là où, en 1846, un jeune pâtissier lorrain, Jean-René Lefèvre s’installait au 5. Parler, parler, parler, déverser, dégorger, le libérait du joug de mes vieilles douleurs. Cette année-là, 1846, fut celle de la dernière grande famine en Europe – le mildiou de la pomme de terre fut à l’origine du ravage des cultures –  qui extermina un million et demi de personnes. Elle dévasta l’Irlande poussant près du quart de sa population à s’exiler, surtout vers les Etats-Unis. Quatre années plus tard notre pâtissier venu de l’Est épousait Pauline-Isabelle Utile. Le succès aidant La Fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs annexait le 7 de la rue Boileau. imaginez, dans ce centre de la vieille ville aux rues pavées, sous la pluie fine et collante du crachin breton, dans la pestilence des déjections et des ordures, les charrettes à chevaux cahotant, les cris et les jurons fusant, alors que les bourgeoises nantaises, ou le plus souvent leurs bonnes, s’agglutinaient dans ce lieu vaste, bien tenu, où un personnel bien mis servait avec des pincettes les macarons, les langues de chat, les massepains, les boudoirs, les petits fours aux amandes, et bien sûr les biscuits de Reims.

 

Le Petit LU n’était pas encore né, il sera le fruit de l’amour du goût de ce couple alliant sens du commerce et inventivité. Avec Chloé, pour aller au plus près de l’épicentre de la source de cet embeurré qui a égaillé les goûters de ma jeunesse, ils retraversèrent la ville en descendant la rue du Chapeau-Rouge, puis celle de la Contrescarpe pour rejoindre le quartier du Bouffay avant de couper le cours des Cinquante-Otages. Comme promis à Chloé, ils empruntèrent le passage Pommeraye mais Benoît refusa obstinément de faire un détour par le quai de la Fosse. Trop dur ! Ils attrapèrent un bus au vol pour effectuer le restant de leur périple qui les conduisit aux lisières de la gare face à la grande fabrique du quai Baco. Ils gagnèrent ensuite à pied la Préfecture en longeant le château des Ducs de Bretagne et la cathédrale St Pierre.

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 07:00
Le 14 mai 1968, il y a un demi-siècle aujourd’hui, débutait l’occupation de l’usine Sud-Aviation de Bouguenais. | Photos Jean-Lucas, Centre d’histoire du travai

Le 14 mai 1968, il y a un demi-siècle aujourd’hui, débutait l’occupation de l’usine Sud-Aviation de Bouguenais. | Photos Jean-Lucas, Centre d’histoire du travai

Chloé en dépit de l’extrême sollicitude du Ministre, tout en jouant le jeu du badinage, couvait Benoît d’un regard tendre. Nul besoin pour elle de paroles, il était sous sa haute protection car elle le savait en péril. Sa volonté de l’accompagner à Nantes relevait de cette prescience de la louve, rassemblant ses petits face à l'imminence d'une menace, marque la réelle supériorité des femelles sur notre sexe dit fort. Elle ne pouvait le laisser affronter seul le champ de mines de ses souvenirs. Le steward sitôt le décollage leur servait des rafraîchissements. Benoît, loin de broyer du noir comme le craignait ma compagne, ne pouvait s’empêcher de penser que ce bel avion, joyau civil issu des solutions techniques développées dans le domaine militaire, avait été produit en coopération avec Sud-Aviation. Bouguenais, le noyau dur des grévistes de 68, les purs et durs, ceux qui voulaient vraiment gripper la mécanique pour que les politiques ramassent le pouvoir comme un fruit mûr. Et lui, le révolutionnaire d’opérette, qui les avait côtoyés au sein du Comité de grève il se gobergeait, bien assis dans un moelleux fauteuil, un verre de gin tonic à la main, aux côtés d’une des étoiles montantes du pouvoir. C’était une forme d’obscénité absolue, comme s’il leur chiait dessus. Au lieu de se sentir mal à l’aise il savourait la situation. Ce qu’il faisait depuis des mois était dépourvu de sens mais, s’il le souhaitait, à tout moment il pouvait faire éclater une bordée de scandales qui mettraient à mal le pouvoir ; bien plus sûrement que ne le feraient les escarbilles des délirants de la GP. Sa jubilation intérieure, qu’il avait du mal à réprimer, tenait au fait qu’il n’avait aucune envie de mettre à jour les turpitudes des officines ou des barbouzes dans lesquelles il se complaisait. L’important pour lui était de durer sans se soucier de justifications d’une quelconque nature. Son amoralité le comblait.

 

Lorsqu’ils atterrirent à Château-Bougon, et que Benoît se vit dans cette campagne pleine de haies, de vaches et de maisons basses, un soudain découragement lui était soudain tombé sur les épaules. Comme toujours avec lui c’est dans les moments où il se trouvait au fond du trou que lui venaient des idées les plus saugrenues. Dans la voiture qui les menait à la Préfecture, afin d’occulter le défilement d’un paysage trop connu, il se laissait aller à une forme de rêve éveillé, à l’instant où ils s’engageaient sur le Cours des 50 Otages, il  demandait au chauffeur de stopper pour le laisser descendre car il lui fallait, dit-il, comme si sa vie en dépendait, aller manger un sandwich au Conti. Stupéfait par une requête aussi loufoque le chauffeur obtempérait semant la zizanie dans le cortège officiel précédé de deux motards. Sitôt descendu, Benoît enfilait la rue d’Orléans, à grandes enjambées, sans même jeter un regard en direction des voitures officielles qui reprenaient leur progression dans un concert de deux tons. Il se ruait vers la Place Royale comme si elle risquait d’avoir été engloutie, elle aussi, dans le trou sans fond de ses rêves de belle vie avec Marie. Cette place Royale dont ils voulaient rayer le nom le 24 mai 1968, pour la rebaptiser place du Peuple. Oui, pendant que les tracteurs tournaient autour de la fontaine de cette place encore Royale, il était de ceux qui, installés dans la verrière de la terrasse du Continental, prêchaient la bonne parole. Comme il n'avait rien dans le ventre depuis son café du matin, ses yeux se brouillaient, il se sentait à la limite de l'évanouissement.

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 07:00
On y voit les appareils en dotation au sein du GLAM, le Groupement des Liaisons Aériennes Ministérielles, dans le courant de l’année 1972.

On y voit les appareils en dotation au sein du GLAM, le Groupement des Liaisons Aériennes Ministérielles, dans le courant de l’année 1972.

Le surlendemain, ils filaient au fond d’une DS21 vers l’aérodrome militaire de Villacoublay pour embarquer dans un Mystère 20 du GLAM. Ce cher Albin, lorsque Benoît lui présenta Chloé, déploya, avec élégance et détachement, toutes les facettes de son pouvoir de séduction en lui faisant remarquer d’un ton sérieux « Qu’il n’était pas à sa juste place... que son refus de la lumière l’intriguait... » Le silence de Benoît, loin de le désarmer le poussait à plus de causticité « Vous êtes un aventurier, je suis persuadé que vous rêvez de pervertir le système de l’intérieur pour que nous tombions le moment venu comme des fruits mûrs... je me trompe ? » Chloé se portait à son secours à sa manière « Vous vous méprenez monsieur le Ministre, ce grand jeune homme n’a de cesse d’enterrer, sous des tonnes de boue, le grand et seul amour de sa vie. Il jouit de son malheur. C’est un enfant gâté qui veut toujours être au centre de tout sans ne jamais rien assumer... » Présent à leur arrivée dans le bureau du Ministre, l’Archange Gabriel, toujours aussi chafouin les contemplait avec stupéfaction. La liberté de langage de Chloé le mettait mal à l’aise, son naturel de petit pâtissier respectueux monté par les cours du soir dans l’Olympe du pouvoir ne supportait pas l’arrogance tranquille de cette bien-née. Ce trouble n’échappait pas au Ministre. Il prenait un malin plaisir à lui mettre plus encore la tête dans le sac « Mon petit Gabriel ne gaspillez pas votre précieux temps à écouter des propos aussi légers. Allez vaquer à votre ouvrage et laissez-nous explorer des territoires qui vous sont inconnus... » Les petits yeux mobiles et inexpressifs  de l’Archange hésitaient entre la rage froide et la soumission servile. Il battait en retraite en murmurant des salutations confuses. Le temps était venu de partir, la répartition dans les voitures se fit à la grâce du Ministre qui prit à son bord Chloé pendant que Benoît partageait l’arrière de la seconde voiture avec le chef de cabinet grand ordonnateur de tous les déplacements.

 

Si le bel Albin, très préoccupé du confort de Chloé qu’il plaçait face à lui dans l’avion, avait pu lire dans les pensées de Benoît lorsqu’il installa à son tour dans le confortable fauteuil de cuir gris perle du Mystère 20, sa superbe se serait sans doute muée en stupéfaction. Bien évidemment c’était son premier vol dans cette belle aéronef conçue par Marcel Bloch dit Dassault, comme le dénommait ses sympathiques collègues des RG dont l’antisémitisme faisait bon ménage avec leur aversion des bougnoules et leur grande admiration pour l’efficacité israélienne dans son conflit avec les pays arabes. L’intérieur du biréacteur se révélait vraiment très classe, et comme d’emblée on s’y sentait en sécurité une forme de convivialité s’établissait entre les passagers des quatre sièges, placés deux à deux et face à face de chaque côté du couloir. Les six autres sièges, semblaient relégués dans une zone inférieure dans la mesure où ils étaient placés, eux, en rang d’oignons. Le commandant de bord et son second avaient accueilli le Ministre en bas de la coupée de l’avion. Ils étaient installés ainsi : le Ministre faisait face à Chloé, Benoît au chef de cabinet et les autres à l'arrière : une saine et salubre ségrégation. Se rendre à Château-Bougon avec un Mystère 20, qui volait à Mach 0,8, était un vrai luxe. Pour Benoît, ce retour en sa ville de Nantes le recollait à un passé douloureux.

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « La Révolution n’est pas un dîner de gala... » proclamait le grand président Mao (98)

Jean-Edern face à un flacon de champagne accompagné d’une jolie femme, plus encore qu’à son ordinaire déjà tonitruant, se muait en une forme unique d’hydre collante, vibrionnante, postillonnante, soulante, pire qu’une sangsue goulue et indécollable. Pour s’en débarrasser Benoît optait pour une stratégie radicale : le faire boire jusqu’à l’écroulement. La bête était coriace mais Benoît l’achevait à la vodka. Bon prince, avec l’aide du garçon, il le chargea dans un taxi, moyennant un pourboire royal en sus de la course, pour reconduite à la frontière et déchargement compris. Ils arrivèrent très en retard au consistoire de la branche action de la GP où la tabagie n’arrivait pas à masquer les remugles de jus de chaussettes et de calcifs confinés. Pour Pierre Victor-Benny Levy, qui bien sûr, n’était pas présent à la réunion, retranché qu’il était dans sa tanière de Normale Sup, il fallait mener à bien en France « la guerre civile » qu’il venait de décréter. Feu sur les capitalistes et ses chiens de garde le PC et la CGT. « La Révolution n’est pas un dîner de gala... » comme le proclamait le grand président Mao. Seule la violence pouvait renverser la classe dominante et amener le prolétariat au pouvoir. Dans la France pompidolienne résonnait selon eux le bruit des bottes. André Gluksmann dénonçait l’instauration d’un « nouveau fascisme ». Pour lui Marcellin est un émule d’Heydrich ». Entrer en Résistance, en appeler à Jean Moulin, à Guy Moquet déjà, au colonel Fabien s’il avait su, pour faire éclater le courroux des larges masses. Dans la feuille de chou « j’Accuse » Gluksmann tonnait « Chaque fourgon de police mis en déroute par une résistance violente, chaque manifestation qui oblige la police à céder le pavé, chaque séquestration où les forces de l’ordre n’osent pas intervenir de peur de la colère populaire est une victoire antifasciste ! » Pour faire parler la poudre il fallait des artificiers alors les chefs de la GP, en même temps que les Brigades Rouges en Italie, venaient de créer une sous-branche « militaire » : la NRP, la Nouvelle Résistance Populaire, forme « granguignolesque » d’une armée de l’ombre qui plastiquera Minute. Ce cher Gluksmann doit, sous les lambris des palais nationaux, prendre le thé avec Patrick Buisson et ils doivent égrener leurs souvenirs communs du bon vieux temps du « fascisme pompidolien ».

 

La présence de Chloé, seule femme tolérée dans ce tas de mecs frustrés eu égard à sa connexion directe avec les Brigades Rouges, provoquait chez certains des montées de sève violentes qui les poussaient à en rajouter dans leurs délires verbaux. Ces braves fantassins de la Révolution prolétarienne se seraient bien vus, en rêve bien sûr, monter à l’assaut de ce corps qui sentait bon pour se libérer de leur slip en zinc et connaître les délices du repos du guerrier. Mais comme l’écrira Olivier Rolin dans Tigre en papier « après ce vestibule donc il y a une porte ouverte dans laquelle s’inscrit en diagonale la moitié d’un lit sur quoi s’aperçoivent les jambes nues de Chloé, non le reste de son corps. Et ces jambes bougent. C’est peu dire qu’elles bougent : elles se nouent, se dénouent, glissent, se frottent l’une contre l’autre. Si crétin que tu sois, il ne t’échappe pas que ces jambes parlent, plus précisément qu’elles te parlent à toi : et même assez franchement. Or tu es fasciné et terrifié parce qu’elles te disent. Elles ne parlent pas la langue empesée des « réus », ni celle avec laquelle tu fabriques ton tract. Tu trouves qu’elles ne manquent pas d’air, ces jambes. Tu trouves que les jambes n’ont pas à se mêler de politique. Naturellement, tu ne penses pas cela vraiment : dans le tréfonds tremblant et véridique de toi-même tu penses surtout que le corps, et plus particulièrement ceux que tu désires, et plus particulièrement encore ce qui en eux est comme la signature de leur étrangeté, sont de purs volumes d’effroi. » avant de conclure « tu as peur du sexe de Chloé, voilà la vérité » Benoît dans cette fosse aux châtrés faisait l’objet d’une haine à peine dissimulée et, s’il n’avait pas été un protégé de la vieille roulure de Gustave, il n’aurait eu le choix qu’entre faire son autocritique pour déviationnisme petit bourgeois lié sa copulation intense ou de se faire exclure pour son entreprise de démoralisation du chaste fantassin de la GP.

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21 mai 2018 1 21 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H La coalition de Morice qui allait des Indépendants&paysans jusqu’à certains membres de la SFIO violemment anti-communistes et antigaullistes était dans le collimateur d’Olivier Guichard, maire de la Baule, grand baron gaulliste, le patron de la région (97)

Homme de l’ombre, vaguement affairiste, nègre d’un Ministre en vue et de quelques pointures du régime, infiltré dans la GP,  Benoît n’avait que peu d’occasion de montrer sa tronche en des lieux où certains fouilles merdes de la presse ou des bourrins de la grande maison mal intentionnés auraient pu faire des recoupements, il se gardait bien d’apparaître aux premières loges lorsque son Ministre montait à une tribune ou passait dans les médias. Il avait mieux à faire. S’il fit une entorse à cette précaution élémentaire ce fut pour les beaux yeux de Chloé. Son sémillant Ministre devait se rendre à Nantes à un meeting dans le cadre des élections municipales de mars 1971. La ville tenue par André Morice, le père de la ligne électrifiée à la frontière tunisienne d’une Algérie qu’il voulait garder française, représentait un bastion de droite que les gaullistes voulaient voir tomber. La coalition de Morice qui allait des Indépendants&paysans jusqu’à certains membres de la SFIO violemment anti-communistes et antigaullistes était dans le collimateur d’Olivier Guichard, maire de la Baule, grand baron gaulliste, le patron de la région. Ce soir-là, Benoît, en retrouvant Chloé au café de Flore, avant qu’ils aillent se plonger dans la tabagie d’une réunion clandestine de la GP qui se tenait dans l’appartement d’un écrivain sympathisant, tout près, 30 rue Jacob, évoquait le discours qu’il venait d’écrire pour ce meeting. À la réflexion, en écrivant, un détail lui était revenu : il avait glissé dans l’entame du discours une violente attaque contre ceux qui, comme Morice, comme les socialistes de Guy Mollet, avaient envoyés mourir dans les djebels de braves petits gars du contingent. Sa charge avait beaucoup plu au bel Albin, il l’avait fait venir dans son bureau. « Pourquoi ne m’accompagneriez-vous pas dans ce déplacement, ce que vous avez écrit est fort. Faites-moi ce plaisir ! » Il n’avait dit ni oui, ni non. Pour forcer sa décision, en le reconduisant, il avait ajouté « Guichard me retient chez lui, à la Baule, pour le week-end, l’air marin vous fera du bien vous êtes tout pâlichon ».

 

Chloé harnachée en révolutionnaire de base : pataugas, jean crade, col roulé élimé et parka délavée, ne lui laissait pas le temps de finir sa phrase « Je veux que tu me fasses découvrir le passage Pommeraye mon beau... »  Quelques jours avant ils étaient allés voir Lola de Jacques Demy à la Pagode. Bêtement Benoît rétorquait « C’est un coup monté... » Chloé le regardait interloquée « Monté par qui ? » Il balbutiait « Non je débloque. Le bel Albin veut que je l’accompagne, alors... » Elle lui ébouriffait les cheveux d’un geste tendre « Toi tu es fatigué, tu en fais trop en ce moment... » Benoît éclatait de rire « Oui belle intrigante, l’air marin me fera du bien. » Chloé lui tirait le lobe de l’oreille droite « Et pourquoi tu te marres sale petit collabo ? » Le garçon, planté face à eux, attendait qu’on lui passe commande, avec la patience de celui qui, à tout moment de la journée, devait subir les caprices des habitués. « Champagne ! » « Deux coupes donc... » s’enquerrait le serveur qui les savait abonnés au demi de bière. Abandonnant son ton de matamore Benoît le détrompait « Non, une bouteille Laurent-Perrier Grand Siècle... » Décontenancé il battait en retraite en bousculant au passage Philippe Sollers qui faillit en avaler son fume-cigarette.  Chloé le grondait « Tu humilies le petit personnel maintenant. » Benoît protesta de ma bonne foi. Sollers en passant près de leur table adressait un petit signe de la main à Chloé. Elle l’ignorait superbement. Pour la calmer Benoît lui promettait de faire des excuses au garçon. L’arrivée tonitruante d’Edern Hallier faisait diversion. Benoît en profitait pour placer son arme secrète « Le garçon est un de mes indics... » Chloé bondissait « Menteur ! » D’une voix monocorde il déclinait le nom, prénom, âge, adresse de celui qui, totalement tétanisé, se tenait face à nous en pointant la bouteille de champagne tel un obus. Chloé grinçait « Salaud ! »

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 07:00
Jean-Paul Sartre et François Mauriac donnent le 22 juin 1957, à Paris, une conférence de presse dans un café du Palais Royal. • Crédits : AFP

Jean-Paul Sartre et François Mauriac donnent le 22 juin 1957, à Paris, une conférence de presse dans un café du Palais Royal. • Crédits : AFP

Et pendant ce temps-là La Cause du peuple couvrait le terrorisme de mille fleurs, ses rédacteurs frustrés, dans leur prose toujours aussi lourdingue, posaient sur lui des regards énamourés qui déplaisaient fort à Marcellin qui faisait embastiller ses directeurs de publication successifs : Le Dantec et Le Bris, rien que des petites pointures. Pour juguler l’hémorragie, les maos sollicitaient Sartre soi-même en se disant que le pouvoir n’oserait jamais mettre à l’ombre le vieux fumeur de Boyards. Il acceptait. Mauriac, dans l’un de ses derniers blocs-notes du Figaro Littéraire, le 28 mai 1970, juste avant sa mort, ironisait méchamment « Il suffit que Sartre assume la direction d’un journal qui veut tout mettre à feu et à sang pour que ce journal devienne anodin… Sartre est incurablement inoffensif » Du côté de la CGT de la Régie et du PC, les camarades, eux, n’appréciaient guère le caractère anodin des coups de barre de fer des « établis » - intellos travaillant sur les chaînes - de l’Île Seguin. La coupe débordait, Bernardini était dans le coma. Ils décidaient de faire un exemple. À la pause de midi, un commando de soixante-dix militants, conduit par le barbu Certano, fondaient sur la chaîne de la sellerie au 2ième étage et embarquaient Bouboule un mao particulièrement grande gueule, fils d’un grand chirurgien, pas un perdreau de l’année puisqu’il passera 4 ans en usine. Le transport, sur plus d’un kilomètre, par la rue Emile Zola qui traverse l’usine du Sud au Nord, fut du genre cochon mené à l’abattoir. Arrivés à la porte Zola, côté Boulogne, les jeunes cégétistes voulaient le foutre à la baille mais la vieille garde les tempéraient et ils se contentaient de balancer le Bouboule sans ménagement sur le bitume. Dans la foulée celui-ci se retrouvait viré de la Régie ce qui permettait aux maos de hurler à la collusion Direction-CGT et ils n’avaient pas tout à fait tort.

 

Du baston entre les cocos et les frelons ça donnait à Benoît des fourmis dans les jambes et, comme sous les ors de l’hôtel de Roquelaure il gérait au mieux l’archange, avec Chloé et Armand, ils décidèrent de faire un retour en force dans le giron de la Gauche Prolétarienne qui, depuis le 27 mai 1970, était une organisation interdite. Ça pimentait leur retour. Ils y furent accueillis avec l’aura de ceux qui, de retour d’Italie – c’était leur version pour expliquer leur longue absence – apportaient au chef officiel, Benny Levy alias Pierre Victor, des nouvelles fraîches du véritable front où le combat venait de réellement commencer. Celui-ci, tapi au fin fond de Normale Sup se la jouait Grand Marionnettiste clandestin tirant les ficelles de sa bande de peine à jouir. Clandestinité d’opérette bien sûr, la grande maison avait des zoreilles partout. Leur venue annoncée, avec tambours et vents, par leur vieille connaissance Gustave la balance fit de l'effet sur la troupe inquiète. Cette raclure, retournée comme une crêpe se gaussait d'être le chouchou de Maurice Clavel et de la Marguerite Duras. Avec son bagou et son accent ch’timi il paradait de plus en plus ce qui limitait beaucoup son activité militante et son utilité mais, comme il continuait de bénéficier auprès de l’état-major de la GP d’un crédit important lié à son statut de représentant des larges masses, Benoît bénéficiait encore par lui d’infos de première mains qu’il distillait à sa hiérarchie. Celle-ci avait baptisé le nid de frelons pot au miel, le commissaire Bertrand ne manquait pas d’humour et considérait Benoît comme son meilleur infiltré. Le plus drôle dans cette affaire c’est que jamais aucun de ses fins limiers ne détecta sa présence dans l’entourage du Ministre de l’Equipement et du Logement. Ils vivaient une époque formidable.

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H à la fac de Nanterre. Des gauchistes, maos, anars, trotskards, « la bande à Jospin », y avaient agressés de « braves » étudiants communistes e (95)

Benoît avait besoin de changer d’air, de ranger ses belles fringues, de se replonger dans les spasmes de la Gauche Prolétarienne. Pour ce faire il adopta les 3x8 : 5h-13h dodo, 13h-21h cabinet et mondanités, 21h-5h un mix réunions enfumées de la GP et son travail de nègre. Tout ça avec Armand en porte-flingue. Tous deux dormaient peu, Chloé leur fournissait les substances ad hoc pour gérer leur suractivité. Son besoin de revenir me mêler à la mouvance activiste prenait sa source dans les évènements violents qui ponctuèrent l’année 1970. « Du 15 avril 1970 à la fin mai, il y eu 82 attentats avec explosifs assurait le Ministère de l’Intérieur. » Avant que la loi-anticasseurs fut adoptée le 8 juin 1970, et même après, tout l’arsenal terroriste fut développé par les groupuscules gauchistes : incendies au cocktail Molotov, bombes artisanales, cassages de gueule, bastonnades, manifestations violentes, séquestrations de patrons. Bien évidemment tout ne venait pas du même camp, le SAC de Charles Pasqua et du père Foccart jetait de l’huile sur le feu : ainsi, au Palais de Justice de Besançon, les braves pandores eurent la surprise de mettre la main sur des militants du très vertueux Service d’Action Civique qui leur déclarèrent pour se justifier « Qu’ils avaient agi ainsi pour protester contre le terrorisme gauchiste. » Le PCF et la CGT fournissaient des listes de Mao à la police. Cependant notre terrorisme à la française restait « bien tempéré » à côté de ce qui se passait en Italie où, le 12 décembre 1969, la bombe déposée Piazza Fontana, officiellement par les futurs brigadistes, avait fait 16 morts et 87 blessés. En fait, c’était le début de la « Stratégie de la Tension » développée par les mouvances d’extrême-droite de l’Armée et des Services Secrets de la République Italienne. Chloé lui avait dressé un tableau effrayant de la situation.

 

En France, le très sérieux Commissariat au Plan, sous la houlette d’un obscur Ingénieur des Mines : René Montjoie, avait pondu un document prospectif exposant divers scénarios visant « à en finir avec le gauchisme avant la fin de l’année 1970 ». Les experts s’étaient débridés en jetant sur le papier « des sabotages en usine commis par des militants maos ou assimilés, le crash d’un avion qui leur serait attribué – les palestiniens innoveront en ce domaine avec un art consommé du chantage – des batailles rangées dans les facultés à risques faisant une vingtaine de morts , dont deux membres du service d’ordre… » Tout ça pour faire monter la pression dans l’opinion publique, justifier une répression ferme mais « limitée » et faire apparaître le gouvernement comme seul garant de la sécurité et de l’ordre à la vieille des élections municipales des 14 et 21 mars 1971.

 

Le point de focalisation de l’agitation se situait dans le bastion CGT de l’Ile Seguin à Billancourt. À l’intérieur des ateliers, comme aux portes de l’usine l’affrontement des Maos et des Cégétistes était permanent. Bien sûr, la direction, Pierre Dreyfus en l’occurrence, un social-traître qui sera le Ministre de l’Industrie de Pierre Mauroy en 1981, ne bronchait pas. Elle laissait faire. Cependant, en février 70, l’étincelle qui allait mettre vraiment le feu aux poudres viendrait, non  de la Régie, mais de la fac de Nanterre. Des gauchistes, maos, anars, trotskards, « la bande à Jospin », y avaient agressés de « braves » étudiants communistes et les avaient séquestrés dans un amphi.  Sur ordre de la direction du PCF, Pierre Bernardini, un ancien de la CGT Renault, rassemblait une dizaine de militants devant les douches de Nanterre. À leur arrivée la volaille gauchiste s’égaillait. Les étudiants cocos étaient donc libérés et tout ce petit monde repart en ordre dispersé. Erreur funeste car les gauchos n’avaient fait qu’un repli tactique pour mieux revenir à la charge sur le parking de l’Université. Avant qu’ils ne passent à la charge une salve de bombes artisanales : des poches pleines de poudre, de tessons de verre et de grenaille, tombait sur les cocos. Attaque à la barre de fer, l’Austin des amis de Bernardini – un comble pour des communistes défenseurs de l’industrie nationale – fut totalement défoncé. Ils réussissaient quand même à s’échapper. Bernardini se retrouvait seul, mains nues, face à la meute. Les coups pleuvaient. « Crève salope ! ». Bilan médical : double fracture du crâne et dix jours de coma. Commentaire désabusé du dit Bernardini à propos de ses agresseurs, lorsque Jospin sera 1er  Ministre de Chirac « il y en a aujourd’hui qui se pavanent dans les Ministères… »

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « Le chef de l’Etat, au début de sa conférence de presse vient de dire que vous aviez prévu l’assassinat du président Kennedy en 1963. Est-ce vrai ? (94)

« Verba volent, scripta manent… » la parole de l’archange contre celle du président Pompe ne pesait pas lourd alors que ses propres écrits l’accablaient : comment pouvait-il nier sa démarche à l’ambassade des USA, sa lettre au Premier Secrétaire du PCUS, le bonnasse  Khrouchtchev avec sa godasse de l'ONU, alors que nous le tenions par la peau des couilles car, bien évidemment, nous avions laissé filtrer auprès de certains journalistes que nous avions les preuves de ce que le Président avançait. Entre services secrets alliés ou même adversaires, se donner un coup de main en de telles circonstances relevait de la pure solidarité et de l’espérance d’un retour le moment opportun. Nos collègues du SDEC nous avaient donc fourni le matériel ad hoc. D’ailleurs, dans son livre « L’Etat piégé » notre homme se contente de contester la véracité du lien entre sa nouvelle démarche à propos de la mort de Kennedy, sur tout le reste il observe un silence total. En effet, le 21 septembre, à sa sortie de chez le juge Galmiche, saisi de l’affaire, flanqué de Me Floriot son défenseur, Alain Fernbach de Radio-Luxembourg lui tend son micro « Le chef de l’Etat, au début de sa conférence de presse vient de dire que vous aviez prévu l’assassinat du président Kennedy en 1963. Est-ce vrai ? Est-il exact aussi que vous ayez demandé une autorisation de port d’armes ? » Sa mise au point, le lendemain au Georges V, devant une cinquantaine de journalistes ne convainquit personne, sauf lui.

 

Benoît avait réussi son coup, l’archange même s’il secoua très fort les haubans de la République Pompidolienne venait de recevoir la première banderille qui, ajoutée à d’autres, le ferait se dégonfler. La participation, plus qu’active, de benoît à l’élaboration du contenu de la contre-attaque présidentielle lui valut une aura toute particulière dans le marigot des officines. Sans rouler des mécaniques il était devenu pour eux « l’homme du Président », celui qui avait su se montrer bien plus machiavélique que ce pauvre dénonciateur qui cachait ses messages sous des arbres, dans la forêt de Fontainebleau pour le premier. Il n’était pas de taille ce boy-scout qui se prenait pour un génie de la finance, ils allaient le bouffer tout cru. Cependant, cette « célébrité » précipitera Benoît, quelques années plus tard, dans une fuite peu glorieuse. En ce mois de septembre 1972, en chaussant des bottes, trop grandes pour sa petite personne, il s’engageait sur une terra incognita : celle des grands prédateurs du monde économique et financier où il allait vivre des moments rares tout en se mettant en permanence en danger. Chloé, de retour pour un temps de son escapade transalpine, le prévint : «Tu es trop seul, trop coupé de tout ce monde interlope, tu n‘as pas d’équipe, alors prend garde à toi, au premier faux-pas au mieux ils te casseront, au pire ils te tueront… »  Benoît avait ri.

 

Le premier appeau qu’il avait mis entre les blanches mains de l’Archange fut le rapport de l’Ingénieur Général de la Construction Leguern sur la catastrophe de Tignes-Val d’Isère due à des avalanches ayant détruit des immeubles et fait de nombreuses victimes. Pour que ce cher homme soit persuadé que ce dossier lui tombait dessus par le plus heureux des hasards il avait chiadé la mise en scène : une chemise bien jaunie astucieusement glissée dans une pile de dossiers sur le bureau d’une des secrétaires du service du courrier parlementaire. L’archange fouineur adorait fureter, à l’heure du déjeuner, ce lieu était pour lui une mine recelant une extraordinaire diversité de cas bien gratinés. Dès qu’il eut les 50 feuillets du rapport Leguern entre les mains,  Benoît sentit comme une lueur d’euphorie s’inscrire sur son visage de clerc de notaire bouffeur de salade. Son choix était judicieux car les pièces accumulées par le haut-fonctionnaire étaient accablantes : ainsi sous la référence 1 G 70 22 du 10 novembre 1970 était mentionné que « 1044 logements, 704 lits, 514 chambres d’hôtel et 41 constructions à usages divers » avaient été autorisés dans les zones exposées à des risques d’avalanche. Tout ça ne datait pas d’hier : les permis de construire, avec avis favorable ou pas d’avis du maire, dans des zones dangereuses s’accumulaient, ainsi que quelques victimes par ci par là. Pas de quoi émouvoir les bétonneurs des neiges mais vraiment tout ce qu’il fallait pour mettre l’archange dans un état de lévitation proche de l’extase. Le « pigeon » était vraiment ferré restait à entretenir son appétit pour les affaires qui puaient

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