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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 00:09

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C’est à dessein que je reprends à mon compte le titre du célèbre roman d’Alexandre Soljenitsyne, non pour son contenu, mais parce qu’il évoque la mise à l’écart. Le Cancer, comme le SIDA, fait parti des maladies innommées : « décédé à la suite d’une longue maladie... » écrit-on. Ce silence me trouble, la maladie fait peur, on la cache, on l’occulte, comme si ne pas en parler l’exorcisait. Je ne pousse pas plus avant car comparaison ne serait pas raison.

 

En effet, je reviens à mes moutons si je puis m’exprimer ainsi. Avec l’ESB puis le virus H5N1 les maladies de nos amis les bêtes sont entrées dans le cercle de nos peurs. Du côté du végétal ce ne sont pas les maladies qui effarent se sont les posologies qui qu’on leur administre qui jettent le trouble dans les têtes. « Ils nous empoisonnent avec leurs pesticides, insecticides et autres herbicides... » proclament les uns, et « le Cu c’est du lourd... » rétorquent les autres. Moi, qui ne suis pas très intelligent comme l'a souligné samedi un courageux commentateur anonyme, j’ai toujours du mal à me faire une opinion face au traitement de la maladie ou des maladies graves, celles qui mettent le pronostic vital en jeu. Comme je ne vais pas raconter ma vie, sinon les chasseurs d’ego vont me tirer à vue, mais simplement souligner que j’ai eu que très peu recours à la pharmacopée n’étant passé sur le billard que par 3 fois pour des histoires purement mécaniques (dont une le syndrome de Kent, dit Wolf Parkinson White qui aurait pu m’envoyer en l’air) je manque de recul, de vécu.

 

Éclairez-moi chers vous qui êtes dans vos vignes ! Dites-moi ! Comme l’écrit dans un futur livre une bonne amie il y a de quoi être tétanisé par l’oïdium qui aime la pluie, le mildiou le temps chaud, gris et humide. Quand ce n’est pas l’une c’est l’autre, elles se succèdent, se croisent, comme qui dirait selon l’expression en vogue « elles sont incontournables... » Alors médecines douces, homéopathie, recettes de bonne femme ou produits de la pharmacopée industrielle ? Est-ce tout blanc d’un côté et tout noir de l’autre ? En posant ces questions je ne joue pas au faux naïf je cherche à comprendre tout simplement.

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 08:00

Un anonyme à écrit « qu’un blog est un blog je ne suis pas là pour m’afficher, je n’ai jamais demandé à recevoir votre billet de mauvaise humeur tous les jours dans ma boîte mail moi, mais ça ne m’empêchera pas d’émettre une opinion... »

 

Mensonge : pour recevoir mes chroniques tous les matins il faut s’abonner. Je n’ai nul pouvoir de le faire. La loi Informatique&Libertés est là pour servir de garde-fou. Nul n’est tenu de lire mes conneries. Ceux qui le font, le font librement, sans violation de leur messagerie. Que les mauvais coucheurs assument leurs commentaires au lieu de se planquer comme de vulgaires délateurs. (868 abonnés à ce jour) 

 

Les commentaires sur mon espace de liberté ne font l’objet d’aucun filtrage et je n’ai jamais retiré les propos de ceux qui émettaient des opinions contraires aux miennes mais dorénavant les commentaires des anonymes vindicatifs iront droit à la poubelle. Moi je signe. J’affiche ma tronche de cake. Alors plutôt que de traiter de ducon les mauvais coucheurs qui se défoulent en se planquant derrière des pseudos à la con je balaye devant ma porte et je continue mon chemin... Charbonnier est maître en sa maison...Pour mettre un peu de bonne humeur sur ce lieu mal famé vous pouvez aller lire une chronique tout ce qu'il y a de sérieuse :

 

Les chinois sont formidables « Comment faire l’amour dans votre Bentley ou votre Hummer ? » link

 

Pouffe 6802 

 

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 00:09

Comme je ne passe pas ma vie le nez au-dessus des verres, que je n’essuie d’ailleurs pas au fond du café, je suis de plus en plus frappé par la lente régression, sans doute sous l’impact de la dureté des temps ou plus précisément l’exacerbation de la compétition, de ce qui nous permettait d’essayer de mieux vivre ensemble : l’écoute et la compréhension de ceux qui nous entourent. Les ceux qui ne sont pas comme nous, qui ne vivent pas comme nous, qui ne pensent pas comme nous. En soulignant ce phénomène je ne suis pas en train de badigeonner le passé en des tons pastels ni d’exprimer des regrets mais de tenter d’explorer le constat d’un de mes interlocuteurs dans mes pérégrinations bovines qui, face à mon étonnement du peu de dialogue et d’écoute entre ceux qui « vivent du même produit », m’a répondu en le regrettant « nous sommes une filière froide ».

 

Sans faire de mauvais jeu de mots ça sentait la glaciation des relations humaines jusque dans le fin fond de notre terroir. Nos contemporains urbains, si prompts à s’émouvoir face au bandeau déroulant des images des malheurs du monde, « le lointain », font preuve d’une grande cécité sur la détresse proche, celle des mecs allongés sur le trottoir comme de celle de ceux qui crèvent à petit feu dans le silence des petites fleurs et des oiseaux de nos terroirs. Et, en plus, pour nommer la chaîne qui part de celui qui produit le « minerai » et lie chacun des intervenants jusqu’à votre assiette, un bel esprit carré n’a rien trouvé mieux que filière. Je déteste ce mot qui est aussi froid que son origine métallurgique « instrument destiné à étirer un métal pour le transformer en fil » même si certains pourraient l’aimer pour des raisons plus «nature » : puisque c’est l’orifice par lequel les araignées, les vers à soie produisent leur fil. Bref, filière à pour moi un son d’uranium-graphite-gaz ou de blanche mais pas celui d’une petite musique humaine.

 

Sans aller jusqu’au ridicule des discours politiques qui évoquent sans rire « la nécessaire solidarité entre les différents intervenants de la filière » - en effet j’ai rarement vu un acheteur ne pas profiter d’une aubaine liée à une production surabondante ou un vendeur ne pas graisser sa tartine sur le dos du consommateur même lorsqu’il affirme qu’il fait dans le moins cher du moins cher – permettez-moi d’évoquer les deux extrémités de la chaîne en tentant d’y mettre un soupçon d’humanité. Tout en bas, au plus près du sol – sauf pour les productions hors-sol – y’a plein de gens éparpillés sur le territoire qui produisent, avec plus ou moins de bonheur, de soins, de savoir-faire, des trucs qui se mangent. S’ils font ce qu’ils font c’est que ça se vend, ils ne travaillent pas pour les beaux yeux du monde mais bien plus sous l’emprise de la nécessité pour en vivre. Sans eux, sans leur présence sur le territoire, surtout dans ceux qui sont difficiles, la vie s’effilochera et, sauf à faire des réserves d’Indiens pour touristes versus Houellebecq et sa carte du territoire, les braves gens des villes pleureront des larmes de crocodile face à la désertification de nos campagnes.

 

Entre eux, les gars et les filles d’en bas, et ceux qui mangent et boivent, y’a plein de maillons qui remplissent des fonctions plus ou moins utiles. Tout ce petit monde marge, c’est-à-dire se rémunère pour ce qu’il fait ou ce qu’il est supposé faire. Je ne vais pas entrer dans ce dédale, ceux qui s’y risquent : les observateurs de marges se contentent de constater sans vraiment débusquer la réalité. Au bout du bout de la chaîne, autrefois il y avait des épiciers et des artisans-commerçants qui tentaient d’allécher le chaland, alors que maintenant il y a des distributeurs, des grands et des hards. Leur « réussite économique » est évidente : il suffit de consulter le hit-parade des grandes fortunes françaises pour le constater : les petits prix multipliés par la multitude des pousseurs de caddies ça met beaucoup de beurre dans les épinards. Pour autant je ne vais pas instruire le procès de la GD et du hard mais seulement aborder la question de la dureté et de la froideur dans les relations entre les maillons de ces foutues filières.

 

Bien sûr, lorsque les Centrales d’achat causent avec Coca-Cola, Nestlé ou autres poids-lourds des IAA  elles baissent plus facilement leurs calcifs que lorsqu’il s’agit des armées mexicaines qui se tirent la bourre entre elles. Le « terrorisme » de ces gens-là est odieux et diffuse du dur, du cassant dans l’ensemble de la chaîne. De temps en temps, pour montrer leur empathie certains – je ne les mets pas tous dans le même sac – font ami-ami avec les PME du coin ou le genre circuit-court « néo-équitable ». Pour autant, dire qu’ils ne sont pas en phase avec les pousseurs de caddies serait faire preuve d’injustice à leur égard. Leurs grosses truffes hument assez bien les tendances des « indifférents » qui ne s’émeuvent que sur leur canapé face à l’écran-plat de leur télé. La dure réalité des évolutions de la consommation n’est guère plaisante à observer mais moi qui l’ai sous le nez, au travers de foutus chiffres, je ne peux que constater que beaucoup de consommateurs se contrefichent de ceux qui sont à l’origine de l’entrecôte qui s’étale dans la barquette operculée du rayon de son hypermarché ou la brique de lait UHT en paquet de 6 avec poignée.

 

Le produit est quasiment désincarné, éloigné de sa réalité, caché même, le poisson devient un bâtonnet enrobé de chapelure et le steak haché un truc prémâché facile à mélanger avec que la purée en sachet ou à réchauffer vite fait aux micro-ondes. Pas le temps, m’objectera-t-on ? J’en doute vraiment puisque le phénomène ne connaît pas la césure ville-campagne : les petits commerces et les artisans régressent plus fortement dans la France profonde que dans les grandes villes où le commerce de proximité retrouve des couleurs. Pour moi les grands distributeurs ne sont que la caisse d’amplification de notre indifférence aux autres. Alors, sans conclure, car cette chronique n’a pas valeur d’analyse, je continue de penser que notre société si froide, si propre d’apparence, si hygiénique, ne retrouvera de la chaleur, des couleurs, de la vie que si ceux qui se disent défenseurs des bons produits sortent de leurs petites crèmeries, cessent de se congratuler ou d’envoyer des oukases, prennent la peine de se retrousser les manches pour mener la seule bataille qui vaille la peine d’être livrer : celle de vivre ensemble dans la Cité...

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 00:09

Ce qui était « marginalement acceptable » il y a 25 ans ne l’est-il plus ?  

 

« The little faggot with the earring and the make-up/Yeah, buddy, that's his own hair/That little faggot's got his own jet airplane/That little faggot, he's a millionaire. »

 

« La petite tapette avec la boucle d'oreille et le maquillage/ Ouais mec, ce sont bien ses cheveux/ La petite tapette a son propre jet/La petite tapette, c'est un millionnaire»

 

Saisi de la question par une auditrice de 0ZFM d’une radio canadienne qui diffuse en version originale les classiques du rock, qui s'était plainte, le 1er février 2010, de ce que le terme était insultant, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision s'est prononcé pour une interdiction de la version longue, arguant de ce que le mot faggot, « marginalement acceptable » il y a 25 ans, ne l'était plus. "Le Comité estime qu'il fait maintenant partie de la catégorie des désignations inacceptables eu égard à la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l'âge, le sexe, l'orientation sexuelle, l'état matrimonial ou un handicap physique ou mental » le 12 janvier 2011. Et que la diffusion de la chanson dans sa version non modifiée viole, en conséquence, le code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs.

 

La chanson, qui est le monologue intérieur d'un vendeur d'équipement pour la maison qui rêve de devenir rock star, avait fait polémique dès son origine mais, 25 ans après, cette censure semble démontrer que les temps changent et que Coluche, Desproges n’ont plus droit de cité sur nos ondes.

 

« En guise de protestation, deux radios canadiennes ont décidé de diffuser en boucle la chanson délictueuse, pendant une heure »

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 00:09

 Mon retour en arrière dans le lit de Francesca me redonnait une pêche d’enfer, je me sentais revivre. Ma douce maîtresse, dès le lendemain, sans crier gare, quittait le domicile conjugal pour aller se réfugier officiellement au couvent de San Vicente Ferrer. Dans les faits, même si je tentais de l’en dissuader, avec mon aide, elle s’installait sous un faux nom dans un hôtel de passe des faubourgs de Santiago. Les femmes d’apparence fragile savent manœuvrer les pires individus en se plaçant dans des conditions extrêmes : Francesca, face à mes protestations, m’avait rétorqué avec un sourire désarmant « ainsi tu ne pourras pas m’abandonner à un aussi triste  sort... » Soufflé d’un tel aplomb j’avais balbutié « mais tu ne vas pas... ». Sa réponse me laissait pantois « pas encore mais si tu ne me tire pas de là, je m’y mets... » Pour bien border l’affaire j’avais mis la mère maquerelle face à un marché clair : si elle protégeait mon amie elle palpait un paquet de beaux dollars, si elle caftait aux autorités je la buttais. Sitôt son accord facilement donné, afin de lui ajouter une couche supplémentaire de trouille dissuasive, je lui fis la description de la longue liste des préliminaires que j’utiliserais avant de lui loger un pruneau dans la nuque. Imelda, la tenancière, vira au vert sous le rouge de son fard ce qui lui donna un teint orangé du plus bel effet. Ma vie redevenait un peu tumultueuse et, tout comme Francesca, j’attendais non sans impatience notre dîner chez l’ambassadeur. Le matin de notre réception je fis expédier à madame, par porteur, une superbe composition de fleurs que Francesca avait commandée chez le plus grand fleuriste de Santiago. Nous avions décidé, d’un commun accord, de nous conformer à l’étiquette telle que décrite dans le guide du protocole et des usages de Jacques Gandouin préfacé par le duc de Brissac que Francesca avait dégoté au Centre Culturel français.

 

Charles-Enguerrand de Tanguy du Coët, pur produit d’une grande famille MRP ce mélange étrange de catholicisme social et d’opportunisme mou, par ailleurs fors social dans toutes les facettes du terme, nous accueillit flanqué de la mère de ses six enfants, un grand manche à balai souriant et résigné, chignon banane, solitaire de famille à l'annulaire, robe blanc d’ivoire à manches ballons et chaussures plates. Francesca pendue à mon bras, tout de blanc vêtue, tirait le meilleur partie de sa juvénile beauté et Marie-Amélie comtesse de Tanguy du Coët la prenait de suite sous sa bienveillante protection. L’ambassadeur, pour bien marquer que notre belle et grande diplomatie française alliait avec maîtrise la subtile langue de bois du Quai à une grande connaissance de la vision planétaire de notre grand Président Pompe, en m’offrant une coupe de champagne Mercier – je pensais à ce pauvre Luc le belge qui devait naviguer sur un cargo mixte dans sa boîte en plomb – m’entreprenait sur la dernière conférence de presse (1) du madré de Montboudif remonté comme une pendule. Charles-Enguerrand me tendait malicieusement un exemplaire du Monde, posé comme par hasard sur un guéridon, où Pierre Viansson-Ponté écrivait « Il fonce tête baissée, le sourcil en bataille, l’œil allumé, le ton caustique, féroce et déterminé. L’opposition, la majorité, la presse, l’ancien Premier Ministre, les parlementaires, chacun reçoit son paquet. Adieu les prudences et les platitudes apaisantes d’un président épanoui et sécurisant. Il ronronnait et voici qu’à nouveau il griffe et il fait mal. » En parcourant l’article je souriais à Monsieur l’Ambassadeur car « les odeurs d’égouts » que dénonçait le vieux matou remontaient de l’affaire Aranda et à la grande surprise de Charles-Enguerrand j’embrayais sur l’Archange Gabriel que j’avais bien connu, lui confiais-je, au cabinet d’Albin Chalandon (2)  h-20-1618008-1247467129.jpg

En dépit d’un flegme en béton, fruit du creux sidéral de la pensée propre de tout bon diplomate du Quai, ma confidence prenait l’Ambassadeur de court. Je lui aurais annoncé que sa chère Marie-Amélie se faisait prendre en levrette, par le chauffeur Mapuche de l’ambassade, tous les après-midi dans l’office que ça l’aurait moins surpris. Pour se donner une contenance il hélait le serveur pour nous abreuver de mousseux de la Montagne de Reims. Cultivant mon avantage avec une économie de mots je lui narrais mon passage à l’hôtel de Roquelaure au temps du bel Albin Ministre de l’Equipement de l’inventeur de la Nouvelle Société, le sémillant et bondissant Chaban licencié sans préavis par le président Pompe. D’un seul coup d’un seul j’étais passé du statut de jeune con cocufiant un Général de la nomenklatura militaire chilienne marchant au pas de l’oie à celui de jeune squale aux ratiches aiguisées ayant barboté dans les marigots profonds et poissonneux de la haute politique française. Très bon pour le carnet d’adresses, excellent pour l’avancement, ce cher Charles-Enguerrand devait se demander si les vins qu’il avait prévu pour le dîner se situeraient à la hauteur de mon importance stratégique. Cultiver l’estime d’un proche de Chalandon, en dépit de la disgrâce passagère de celui-ci, pouvait se révéler être un investissement peu couteux à fort retour. Au fur et à mesure que j’étalais ma connaissance des écuries d’Augias je sentais l’Ambassadeur fondre comme du beurre dans une poêle. Je pressentais que nous n’allions plus carburer au Mercier et c’était pour moi comme la seconde mort de ce pauvre Luc le Belge.

 

(1) voir conférence de Presse de Pompidou du 21 septembre link 

(2) pour savoir plus sur Gabriel Aranda lire les épisodes link / link / link / link / link / link / link / et la suite si vous le souhaitez Chap.7 Les ailes de l’archange étaient en peau de lapin du dimanche du 20:09/2009 au dimanche 17/10/2010  

 

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 00:09

En titrant sur fond noir et dessin-choc à la Une dans leur dernier numéro « manger de la viande tue » les roquets débiles des Inrockuptibles font du racolage de la pire espèce. Profitant de la sortie très médiatisée d’un essai Faut-il manger des animaux ? de l’écrivain américain Jonathan Safran Foer qui, après de longs mois d’enquête dans l’univers de la viande américaine est devenu végétarien. À l’intérieur du magasine ils alignent les titres mortifères pour faire frémir dans les chaumières bobos des arrondissements à petits numéros : « la mort par la viande », « les usines de la mort », « un lien entre viande rouge et cancer »...  photo-Inrock.jpg

Ce n’est pas du journalisme c’est du très mauvais Guy Carlier qui dans « une émission fourre-tout et poujadiste au nom de laquelle on met dans le même sac des choses hétéroclites, qui ressortent plus souvent du mensonge circonstanciel que de la manipulation » (citation d’un papier signé VO dans le n° susdit)

 

Première question aux petits caniches sauvés du désastre par le banquier Pigasse (le proprio qui fait aussi de la perfusion au Monde) : VIANDE de qui ?

 

De vache, de bœuf, de cochon, de poulet, de mouton ?

 

Toutes dans le même sac les viandes avec tout de même dans l’imaginaire des classes populaires : viande = bifteck frites national. Je cite Barthes dans Mythologies « Le bifteck participe à la même mythologie sanguine que le vin. C’est le cœur de la viande à l’état pur, et quiconque en prend, s’assimile la force taurine. De toute évidence, le prestige du bifteck tient à sa quasi crudité : le sang y est visible, naturel, dense, compact et sécable à la fois ; on imagine bien l’ambroisie antique sous cette espèce de matière lourde qui diminue sous la dent de façon à bien faire sentir dans le même temps sa force d’origine et sa plasticité à s’épancher dans le sang même de l’homme... »

 

Oui mais, vont-ils me rétorquer en remuant leur petite queue « Tout ceci est du passé le bœuf n’est plus ce qu’il était. C’est fini le bœuf est produit dans des fermes-usines à 93 ou 94% en France... »

 

Bon je comprends parfaitement que des mecs qui se risquent rarement au-delà du périphérique ignorent qu’en notre beau pays : 60% de la viande de bœuf provient du troupeau dit allaitant et le reste de braves vaches laitières en fin de vie. Le fantasme des fermes-usines est commode pour effaroucher les ceux qui ont si peur de mourir mais tout de même, quand les plumitifs rockeux prennent le TGV pour le Sud s’ils risquaient leur regard en traversant la Bourgogne ils pourraient apercevoir des bestioles à 4 pattes, qui ne sont pas en carton-pâte pour faire joli, des Charolaises me dit-on dans mon oreillette.

 

Très franchement il est des jours où je me dis que si la connerie tuait ce serait l’hécatombe dans le petit monde des plumitifs poseurs, ceux qui pour faire genre enfourchent les vraies causes pour mieux les salir, les discréditer.

 

Pour autant, contrairement à eux, je ne suis pas de ceux qui refusent de voir la réalité en face, qui dans leurs écrits se contentent des arguments à charge. L’élevage industriel en France, surtout pour le porc et la volaille, pose de vrais problèmes : concentration, excès de médication, maltraitance des animaux, nuisances etc... qu’il faut porter à la connaissance des consommateurs. Je le fais ici sans aucune concession. Mais bordel de merde que ces petits cons prétentieux aillent donc poser leurs petites grolles chez nos éleveurs de bovins de la France profonde, en évitant la bouse de vache bien sûr, et qu’ils regardent ce qu’est la réalité de leur vie, de leurs relations avec leurs bêtes, des immenses profits qu’ils tirent de leur activité : à peine 10 000 euros annuels avec un paquet d’aides européennes...  Vous n’avez pas de honte ! Vous êtes des petites merdes les mecs ! Retournez dans vos petites niches ça vous évitera les coups de pied au cul que vous méritez.

 

Je suis colère ! Au nom de mon pépé Louis et de ses grands bœufs dans son étable http://www.berthomeau.com/article-6111806.html je relève le gant de l’insulte faite aux bouseux ! Pour en finir avec ce torchon je n’oserais même pas me torcher le cul avec ce numéro des Inrockuptibles de peur de salir mes belles fesses... Précision tout de même : dans le fatras d’insanités des écrits des roquets on trouve du comestible bien sûr mais il est toujours désagréable de fouiller les poubelles pour y trouver sa pitance. Bonjour à Matthieu Pigasse, c’est tout de mieux d’être banquier que fermier dans la Creuse... car là-bas ça eut payé mais ça paye plus...

 

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 00:09

Même si ça ne voit pas, ou si ça ne se décèle pas, sous ma dure carapace de vieux squale ayant survécu au marigot des ors de la République, je suis un grand sentimental. Je n’aime rien tant que les rencontres où se croisent et s’entrecroisent mes souvenirs, le choc du présent et la plongée du regard par une fenêtre ouverte sur l’avenir. Les Français font beaucoup d’enfants (record de fécondité de l'Union européenne, avec un taux de 2,01, juste derrière l'Irlande (2,07), ils déclarent être heureux dans leur sphère privée mais il y a quelque chose d’étrange ou du moins de paradoxal, ils sont, selon un sondage BVA Gallup, les champions du monde du pessimisme. 61 % d’entre eux voient dans 2011 une nouvelle année de difficultés, contre 28 % en moyenne dans le monde.

 

Rassurez-vous je ne vais pas entrer dans de profondes et subtiles analyses, d’autres bien plus qualifié que moi, des experts, vous délivreront le kit d’explication. Au rationnel, si tant est que les sociologues ou les politologues puissent l’être, qui reste ma boussole, je greffe le baguenaudage sur les chemins de traverse. Lundi dernier, en un lieu fort désuet, le Cercle Militaire, j’arpentais le parquet lustré d’une belle dégustation bourguignonne organisée par l’inégalable Annie Ligen et le film de mes souvenirs s’est connecté avec le présent en faisant un petit détour par la magie des mots oubliés. Je suis ainsi fait j’adore, d’un seul regard, trouver l’angle d’une future chronique. Alors tout s’emboîte comme un puzzle et, au travers des mots, l’image se recréée.  

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Là tout est parti des « 8 ouvrées » Domaine des Perdrix de la famille Devillard. J’emploie à dessein le mot famille car c’est en 1996 que Bertrand et Christiane Devillard reprennent l’exploitation du Domaine des Perdrix sur la Côte de Nuits. 12 hectares dans les beaux terroirs de Nuits-Saint-Georges et de Vosne-Romanée. Près de 5 hectares sont des Nuits-Saint-Georges Premiers Crus dont « Aux Perdrix » possédé en quasi-totalité. Face à moi, pour ma dégustation, Aurore et Amaury Devillard leurs enfants.

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Moteur !

 

Ma petite machine à remonter le temps déroulait sa pellicule : «Mai 2001  René Renou, président du Comité Vins de l’INAO et Bertrand Devillard, président de la FEVS dans un face à face organisé par « Réussir Vigne » avec pour titre « Le vin français doit revoir sa copie » tombaient rapidement d’accord sur le constat. Bertrand Devillard déclarait « Historiquement et aujourd’hui encore la France couvre tous les segments. Elle doit continuer à le faire. Mais segment par segment, nous devons analyser les choses. Une partie de la copie est à revoir. La segmentation du marché se fait par les prix. » et René Renou de renchérir La segmentation du marché telle que la propose M. Devillard me convient parfaitement. Mais il y a un constat que nous devons faire : entre AOC, vins de pays et vins de table, il y a des erreurs de casting. » Conclusion « A marché et attitude de consommation différents, conditions de productions différentes. Il nous faut davantage de contraintes d’un côté et moins de l’autre ». Le tout est bien sûr pages 20-21 de mon rapport.

 

Fin de la minute rétrospective ! Passons à la séquence : « de la vivacité des mots du terroir »

 

« Œuvre, œuvrée, ouvrée, ces trois termes sont pratiquement synonymes même si, aujourd’hui, le terme d’ouvrée reste seul vivace... » écrit Marcel Lachiver dans son dictionnaire du monde rural. « L’œuvrée, c’est ce qu’on peut travailler en un jour, et ce travail est surtout celui du vigneron, même si la mesure s’applique parfois aux prés et aux saulaies ; d’où sa faible valeur. De la Bourgogne au Beaujolais, à la Franche-Comté et au Nivernais, c’est le terme d’ouvrée qui l’emporte ; en Beaujolais, on dit aussi hommée. La valeur type est de 4,28 ares pour les vignes de Bourgogne et de Franche-Comté, soit le huitième du journal, ou encore 45 perches carrées de 9,5 pieds de côté. » Chez mois nous comptions en boisselée « ce que peut contenir en boisseau. Une boisselée de froment. La superficie de terre qu’on peut ensemencer avec un boisseau de grains, superficie très variable » mais par exemple « à Nevers, deux hommées (équivalent de l’ouvrée) font un boisseau de 8,51 ares. »

 

Les « 8 ouvrées » sont donc un arpent de 4,28 ares x 8 soit le tiers d’un hectare. Un joli confetti tel qu’on les aime sur la Côte-de-Nuits qui nous propose, chaque année, 1600 à 1800 bouteilles d’un – j’ose – «mini-Echezeaux» dont j’ai dégusté le millésime 2007. Nous y voilà enfin me direz-vous : tout dégustateur patenté sachant déguster aurait, déployant avec ampleur et aisance toutes les facettes de son art, commencé par là. J’en conviens aisément mais que voulez-vous j’aime prendre mon temps, baguenauder, converser ce qui me permet de vous dire que, depuis que je hante les travées des lieux dit de dégustation, Aurore et Amaury Devillard sont toujours présents, avenants, disponibles, sans se mettre en avant. Ils sont derrière leurs vins s’essayant, souvent avec bonheur, à faire partager leur passion, leur enthousiasme avec une simplicité pleine d’élégance. Sans jouer les petits chroniqueurs distribuant des bons et des mauvais points, pour moi dans l’univers parfois un peu stéréotypé des salons ils pratiquent le difficile métier de la vente avec le ton juste, la bonne distance, qui laissent à tout un chacun ce qu’il faut d’espace pour aborder le vin.

 

Reste que lorsque j’étais enfant j’ai dit un jour à mon père, du haut de mes 10 ans, que je voulais être « gentleman-farmer » ce qui signifiait pour moi avoir le même amour que lui de sa terre mais avec la touche d’élégance que ma couturière de mère conférait aux vêtements qu’elle me cousait. « Les 8 ouvrées » 2007  Aux Perdrix collent parfaitement à cet état d’esprit : du beau velours côtelé, avec de la tenue, sans ostentation mais avec une touche d’élégance terrienne. Du beau, de l’indémodable, de la belle matière avec la touche de la famille, ce petit quelque chose fait de distinction qui sort du lot commun. Tout le contraire du bling-bling, mais un de ces petits must qui va aussi bien à mes envies irrépressibles de Tartare épicé qu’à ma délectation pour une belle tranche d’andouille de Vire aux flaveurs inquiétantes ou qu’à mon goût toujours renouvelé pour les petits chèvres secs bien violet.   

 

Si vous souhaitez aller explorer la gamme des vins de la famille Devillard allez sur www.domaines-devillard.com pour ma part, hormis mes « 8 ouvrées » j’ai beaucoup aimé le Bourgogne Chardonnay Le Renard 2009 et le Château de Chamirey 2008 La Mission. Merci de m’avoir accompagné une fois encore dans ma petite promenade matinale sur les « 8 ouvrées » avec Aurore et Amaury et à demain, je l’espère, sur mes lignes pour d’autres aventures.

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 00:09

« Être poète à ses heures » dit-on, la poésie au temps de mes culottes courtes se déclinait en récitation de poésies : « Ô combien de marins, combien de capitaines/Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, /Dans ce morne horizon se sont évanouis! /Combien ont disparu, dure et triste fortune! /Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, / Sous l’aveugle océan à jamais enfouis! » Océano Nox de Victor Hugo débité à la vitesse d’un TGV, ânonné, bafouillé, bafoué, humilié par des moutards surtout soucieux de se débarrasser d’un pensum, perdait son souffle épique, se voyait ravaler à un triste slam.

 

Qui aujourd’hui se souvient de Georges Pompidou, le successeur du Général ? Pas grand monde, et pourtant il fut un Président de la République qui lors d’une conférence de presse, en réponse à un journaliste qui l’interrogeait sur le destin tragique de Gabrielle Russier, convoquait Éluard :

 

Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont des morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

 

Qui se souvient que ce Président de la République, normalien, amateur de bonne chère et de bon vin, fut l’auteur en 1961 d’une Anthologie de la Poésie Française fort classique ? À mon avis pas grand monde mais sans doute est-ce là le signe d’un temps oublieux d’un passé de moins de 50 ans. Dans sa préface à une autre Anthologie de la poésie se limitant au XXe siècle, Claude Roy écrivait « toute anthologie est une provocation. Elle souhaite provoquer chez le lecteur ignorant, et qui voudrait ne pas le rester, le désir d’aller explorer les domaines et les œuvres dont on lui indique les entrées. Elle avive sa curiosité par un échantillonnage judicieux mais limité. Mais pour le lecteur déjà mieux informé elle est fatalement une provocation au refus, à la destruction du florilège qu’on lui propose, et à une reconstruction personnelle. La fonction première d’une anthologie, c’est de donner envie « d’y aller voir soi-même. »

 

Donner envie, voilà bien un formidable défi que ce sont donnés les vignerons des Coteaux de l’Aubance en 2008 en souhaitant associer leurs vins, leur terroir mêlant les reflets de l’ardoise aux tons dorés du grès, aux mots de la poésie. Ils ont donc sous la houlette de Gérard Cogan (oenologue-conférencier) et Laura Naudeix (professeur de lettres) organisé un Concours « Vins&Poésie Ballade entre Loire et Aubance » La prochaine édition se déroulera le samedi 19 mars au Château de Brissac. Si d’ici-là vous vous sentez l’âme rimailleuse vous pouvez concourir : le règlement et le bulletin de participation sont téléchargeables sur www.vinsdeloire.fr et www.ot-brissac-loire-aubance.fr . La date limite d’envoi étant le 28 février.

 Aubance.png

Je vous livre un poème du cru 2010 par Adélaïde Pitré

 

Expression du Chenin

 

Au matin.

Des arbres, des fleurs, un chemin,

Un jardin.

 

Sur cette tendre aquarelle

Chaleur et fraîcheur y mêlent

Autant de Soleils que de gouttes de rosée ;

Transparence d’un lavis jaune serin parsemé

Transpercé d’éclats d’or

Et de reflets du soleil.

 

Livrée est la clef secrète de cet univers,

Libéré notre imaginaire.

 

Un vent doux léger se lève,

Caresse chargés de multiples senteurs.

L’éclosion du bouquet

Picote le nez qui s’émoustille

Et reconnaît :

 

La douceur vanillée des matins endormis,

Le réveil piquant d’un pamplemousse enhardi,

l’accent tonique du chèvrefeuille épique.

 

Plongé dans la toile,

Les sens éveillé par ce tourbillonnant

Délice d’onctuosité né de cette union naturelle ;

Je savoure

 

Je me fais l’ami du temps qui passe

J’attends.

 photo-Chenin.jpg

Belle et jeune initiative que je ne peux que soutenir mais si je puis me permettre un conseil je trouve que les organisateurs devraient ouvrir un peu plus largement les fenêtres de l’imaginaire, ne pas enfermer leur concours dans une relation trop directe et explicite entre un vin et un texte. Emprunter des chemins de traverse, se laisser-aller à une plus grande liberté de ton et de mots me semblerait bien plus porteur de poésie. Pour prendre une image : s’il vous prend l’envie un jour de séduire, de conquérir une belle avec des mots, les vôtres bien sûr, en une forme que vous souhaitiez poétique, prendre des chemins détournés, s’adonner à la légèreté, s’ingénier à la faire sourire ou rire, n’exige pas pour autant que vous la nommiez. Une plume trop bridée, enserrée, ne donne pas sa pleine mesure, elle chemine alors qu’elle devrait s’envoler, nous transporter.

 

En un temps où je vivais au milieu de la forêt j’avais gratté un opuscule « Accrocs de vie » où je m’essayais à une forme de poésie un peu brute. Celles qui y avaient jeté leurs yeux trouvaient ça bien mais je les soupçonnais d’une bienveillance coupable à mon égard. Mon assistante, sans me le dire, envoya le manuscrit chez POL ou aux éditions  de Minuit je ne me souviens plus, où elle avait un ami. Le retour fut favorable mais il me fallait retravailler certains textes. J’en étais bien d’accord mais le temps me manquait. Donc par bonheur pour l’éditeur le manuscrit est resté sagement dans mes archives. Je vous livre une strophe d’un accroc, une seule car le reste n’est pas sortable...  photo-accrocs.jpg

Adelphine Volant

Née Cerf

Etait la toute petite propriétaire

D’un arbre à pain planté par son grand-père

A l’extrême pointe de l’Entre-deux-Mers

Là où les eaux léchaient les premiers arpents

Du lieu-dit Merle Blanc

Sur la terre où les Cerfs

Venaient à chaque saint Vincent

Sous la voute claire du ciel aux portes de l’hiver

Convoler avec le vent...

 

Que les Vins des Coteaux de l’Aubance Anjou Villages Brissac fassent de beaux enfants avec la poésie. Merci à Daniel Macault du Domaine des Deux Moulins www.domaine2moulins.com de m’avoir fait part de cette initiative... Bon vent à tous et à toutes pour ce petit brin de poésie avec je l'espère un peu plus de folie pour glisser u peu plus de douceur dans ce monde de brutes !

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 08:00

Face à des évènements comme ceux qui se déroulent en ce moment en Tunisie, bien plus que le déversement en continu d’un fatras d’images et de commentaires écouter ce que disent les Tunisiens me paraît bien plus important. Je vous propose donc cet entretien avec Mohamed Elloumi dont les propos recueillis par Valérie Péan, de la Mission Agrobiosciences, lundi 17 janvier 2011. link Mohamed_Elloumi.jpg

Mohamed Elloumi(1) est agroéconomiste à l’Institut national de la recherche agronomique de Tunisie (INRAT). La Mission Agrobiosciences l’avait invité cet été à participer aux Controverses de Marciac sur le monde méditerranéen. Aujourd’hui, depuis son bureau à Tunis, il nous parle de la situation de son pays. Modeste, honnête, il décrit ce qu’il n’a pas vu venir, rend hommage aux jeunes qui ont réussi à soulever la « chape de plomb » et explique les raisons pour lesquelles le mouvement est parti de Sidi Bouzid, une ville fortement marquée par l’agriculture et le rural, un secteur dévasté par le désengagement de l’Etat, le détournement des aides, voire l’accaparement des terres, générant chômage et disparition de certaines productions.

 

 

Tunisie : pourquoi c’est à Sidi Bouzid que tout a commencé…

 

Entretien avec Mohamed Elloumi

 

Nous leur devons une fière chandelle

 

« Les jeunes nous ont vraiment surpris et ô combien agréablement. Nous leur devons une fière chandelle. C’est vraiment la jeunesse qui a tout fait, soutenue et encadrée par deux organisations seulement : les avocats, qui se sont fait avoir au moment de l’affaire de Gafsa (2), en 2008, et l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT). Personne n’y croyait ! Personne ne s’attendait à une telle rapidité. Après, avec du recul, on peut déceler des signes annonciateurs, mais je me méfie des reconstructions a posteriori… » Nulle trace de rodomontade ou de triomphalisme chez ce quinquagénaire souriant, et visiblement soulagé. Au contraire, ses propos sont teintés de modestie et de franchise : « Pour ma part, même si j’ai un peu évolué ces deux ou trois dernières années, j’ai été aveuglé, comme d’autres de mes collègues, par la propagande officielle. Il faut le reconnaître. Nous étions sous contrôle. Même lorsque j’étais avec vous à Marciac, en France je regardais s’il n’y avait pas dans la salle un représentant de l’ambassade ou du consulat en train d’écouter ce que nous disions ! Et lorsque nous faisons des enquêtes, par exemple sur l’emploi des jeunes dans le rural, nous n’avions pas toute la liberté d’interroger qui nous voulions : c’étaient les délégués qui choisissaient les jeunes et les faisaient venir. Parfois, quand ils étaient nombreux, ils arrivaient à s’exprimer, à Sidi Bouzid même, où nous leur avions expliqué qu’en tant que chercheurs, nous voulions transmettre leurs doléances. Et là, il y avait une certaine virulence, déjà ».

 

Les ruraux ? Les grands laissés pour compte

 

Sidi Bouzid, justement… Pourquoi cette « grosse bourgade » de 40 000 habitants, entourée de plaines agricoles, a-t-elle été le berceau du soulèvement plutôt que Tunis ? « C’est à cause du chômage qui frappe le milieu rural. Le nombre de sans-emploi est d’ailleurs également très élevé dans d’autres villes de l’Ouest à vocation agricole, comme Kasserine, Jendouba ou Le Kef ». A travers ses enquêtes de terrain, Mohamed Elloumi l’a constaté : la paupérisation de ce secteur ne cesse de s’aggraver depuis 2000. En novembre 2010, il tente d’ailleurs de publier un article sur l’abandon que subit le milieu agricole par les puissances publiques : «  Nous avons fait un rapport au Ministre, le 11 novembre, pour dire qu’il n’y avait plus de gouvernance, plus de subvention, plus de transferts de connaissance. Que nous allions dans le mur. Sur les 860 centres de vulgarisation qui existaient, 600 ont fermé ces dernières années ! Les agriculteurs sont seuls. Même l’accès au marché leur est devenu très difficile… Le monde rural a été l’un des grands laissés pour compte de la politique. Même abandon du côté de l’encadrement de l’usage des ressources naturelles. Alors qu’on disposait d’un bon maillage territorial de la mobilisation de l’eau, cette forme de régulation a laissé place au libre accès, à une utilisation sauvage. Et puis, la famille de Ben Ali commençait à s’accaparer des terres, via des sociétés étrangères. Dernièrement, 160 000 hectares ont ainsi été cédés à une société suisse, dans le sud, pour produire de la biomasse (3). Or, comme on le sait, il n’y avait pas une seule transaction sans que la famille n’en soit partie prenante de manière directe ou indirecte ».

 

Une situation d’injustice qui s’est creusée depuis 2008

 

« Ce n’est donc pas étonnant du tout que tout soit parti de Sidi Bouzid où il n’y a pas eu beaucoup de réalisations durant les vingt dernières années. Dans cette préfecture, jusqu’il y a deux ans, il n’y avait même pas un hôtel où dormir !

Dans les enquêtes participatives que j’y ai menées, le degré d’indigence des populations ressort fortement. Il y avait bien une politique de transferts financiers pour calmer le jeu, mais elle est distribuée via les canaux du parti gouvernemental… Localement, les membres du parti affamaient ainsi ceux qui n’étaient pas de leur clan : aucune subvention, aucune aide sociale, rien. D’ailleurs, même les chiffres officiels l’indiquent : alors que depuis 2005, il semblerait que la paupérisation générale baisse (officiellement), celle des travailleurs et exploitants agricoles augmente  ». Et la crise de 2008 n’a fait que creuser l’écart : «  On a privilégié les revendications des consommateurs urbains au détriments des producteurs agricoles. En maintenant des prix bas à la production, et en subventionnant des aliments comme le pain, on a créé une situation d’injustice. Ainsi, le secteur de l’élevage ovin a été sacrifié : alors que le prix des céréales ne cessait d’augmenter, le prix de la viande restait stable et les éleveurs ne recevaient aucune aide. Beaucoup ont abandonné l’élevage qui était le secteur traditionnel de Sidi Bouzid. »

 

« Aides familiaux »... pour désigner des chômeurs

 

Aujourd’hui, dit-il, « je vais moins m’autocensurer. Et si on m’en donne les moyens, je ferai plus de terrain. Jusque là, je ne parvenais pas toujours à disposer des autorisations et des prises en charge pour cela, notamment pour aller dans le sud. Et il y a moins d’un an, il nous a été difficile de présenter l’enquête que nous avons menée avec d’autres collègues au Kef, car le Gouverneur n’était pas d’accord avec nos résultats. »

Pour ce spécialiste des politiques agricoles et du développement rural, le chantier à ouvrir est clair : si on veut résoudre l’emploi, cela passe notamment par l’agriculture, qui représente encore 16% des emplois et 10 à 12% du PIB. Une part moindre, certes, que dans bien d’autres pays voisins, mais des chiffres auxquels il faut ajouter ce fait : dans le rural, toutes les familles tunisiennes sont propriétaires, même si ce n’est que de 3 ou 4 hectares. Ce qui a généré une explosion des exploitations : 516 000 aujourd’hui, alors qu’on n’en comptait que 360 000 en 1961. Or, tout le monde souhaite garder sa terre. D’autant que les mouvements pendulaires qui avaient lieu vers Tunis et les villes du littoral ne sont plus possibles, faute de travail. Les jeunes diplômés restent donc sur l’exploitation, les garçons surtout, car les filles parviennent à travailler dans le textile ou comme bonne… Ce qui fait que l’indicateur le plus fiable du taux de chômage, c’est le nombre d’ « aides familiaux ». Un poste qui ne veut rien dire, si ce n’est qu’il désigne ces jeunes sans emploi, restés sur l’exploitation, et qui vivent grâce à la solidarité de la famille.

 

Une cocotte-minute

 

Comment changer la donne ? Pour cela, il faut un minimum d’investissements publics et abandonner le modèle (ou l’absence de modèle) actuel. D’abord parce que, malgré le potentiel agricole, l’intensification atteint ses limites dans certaines régions au regard des ressources naturelles. Surtout, le choix opéré dans les 90 s’est avéré catastrophique : « deux écoles en matière de schémas d’aménagement du territoire s’opposaient. L’une prônait un développement équilibré entre les régions pour freiner l’exode rural. C’est celui qui a été adopté en 1973. L’autre privilégie une focalisation sur les régions côtières, jugées plus rentables à court terme. C’est celle là qui, mise en minorité en 1973 et présentée de nouveau en 1993, par le même expert d’ailleurs, a été appliquée. Si vous y ajoutez le désengagement de l’Etat, la facture est lourde. La situation était encore tenable jusqu’en 2000. Depuis 2005, c’est une cocotte minute… »

 

Mais revenons à Tunis. Les citadins qui le peuvent ont stocké des denrées. Dans la plupart des quartiers, les boulangeries fonctionnent, le métro et les bus, commencent à reprendre. Hier, Mohamed Elloumi exprimait une crainte, c’est "’que les jeunes soient spoliés, alors que c’est à eux que l’on doit tout ça.  ». Et aujourd’hui ? "Maintenant que la composition du gouvernement a été annoncée avec une majorité de membres du RCD et de septuagénaires, mes craintes se confirment, malheureusement."

 

Propos recueillis par Valérie Péan, de la Mission Agrobiosciences, lundi 17 janvier 2011.

 

(1) Spécialiste des politiques agricoles et du développement rural. Il a dirigé la rédaction de l’ouvrage Mondialisation et sociétés rurales en Méditerranée. Etats, société civile et stratégies des acteurs (2002, Edition Karthala). Dernièrement, il s’est encore intéressé à cette problématique en participant à la direction de l’ouvrage Développement rural, environnement et enjeux territoriaux. Regards croisés Oriental marocain et Sud-Est tunisien (Cérès. Éditions, Tunis, 2010)

 

(2) En 2008, dans le bassin minier de Gafsa, a lieu une série de manifestations et soulèvements contre la vie chère, le chômage et les conditions sociales. Des « troubles à l’ordre public » durement réprimés. 38 personnes sont alors jugées et ont été condamnées à des peines lourdes. Lors du procès, en décembre 2008, les avocats de la défense ont dénoncé une « parodie de justice ».

 

(3) Un accord a été effectivement conclu, en décembre dernier, entre le gouvernement tunisien et la société genevoise Global Wood Holding, portant sur 160 000 hectares dans la région de Tataouine, afin de planter des eucalyptus destinés à l’exportation de bois combustible ;

 

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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 00:09

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Quelques arpents de terre à Lourmarin en décembre, me voici transporté sur la Côte chalonnaise où Le Toine « Serf d’un grand seigneur impitoyable, le Temps ». Comme l’écrit André Lagrange dans son Avant-propos à son livre Moi je suis un vigneron éditions du Cuvier Jean Guillermet Villefranche-en-Beaujolais « le vigneron lutte contre les vicissitudes et les infortunes, malgré les découragements et les rancœurs justifiées, tout au long d’une année, c’est-à-dire sans répit, d’une récolte à l’autre. » L’auteur qui, dès son retour de captivité, entreprend « du pays de Chablis au beaujolais, tout au travers de la Grande Côte et jusqu’en ces arrières-côtes dont il se plaisait à déceler les aspects archaïques, la longue série de ces campagnes ethnographiques qui, de cette époque à ces toutes dernières années, le conduisirent dans plus de 600 communes viticoles, que les crus en fussent glorieux ou modestes. » André Lagrange né à Chagny (S&L) en 1907, d’une lignée de vignerons de la côte chalonnaise, fils d’instituteur, agrégé de Lettres, est mort le 7 juillet 1959. L’ouvrage qui a été publié en 1959 – une éternité donc – est découpé en 12 chapitres correspondant aux 12 mois de l’année « de novembre à octobre »

 

Ce matin, tout naturellement, j’ai choisi « Février » et il se peut que je publie, au fil de ma lecture, d’autres extraits se calquant sur le mois en court. Il n’est pas interdit de me dire si ce type de texte vous intéresse. Bonne lecture à vous.

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