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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 00:01

images-Pain-amour.jpgimages Gina

Avis aux amateurs de vin : votre chroniqueur préféré cause vin tout à la fin, veuillez ne pas quitter et patienter.

 

Mon frère aîné Alain, grand lecteur de Cinémonde, vouait à Gina Lollobrigida une admiration sans bornes qui valait à la belle italienne d’être épinglée, en tenue légère, sur le mur de notre chambre commune ce qui bien sûr mettait notre sainte mère dans tous ses états. Aguichante elle incarnait le péché de chair : j’adorais ! « Pain, amour et fantaisie » de Luigi Comencini, sorti en 1953, mais jamais projeté au Rex de la Mothe-Achard car classé pour adultes avec réserves par l’OCIC (l’Office Catholique International du Cinéma créé en 1928 à Rome et relayé en France par la CCA). L’Eglise tenait ses ouailles dans nos campagnes, mon frère du donc aller le voir au Modern des Sables d’Olonne. Considéré par la critique comme le meilleur film de Gina Lollobrigida, celui où elle est la plus naturelle, connu une grande popularité et deux suites furent tournées, la première avec Lollobrigida et la seconde avec Sophia Loren : Pain, Amour et Jalousie et Pain, Amour, Ainsi-soit-il. Tout ça pour dire que mon amour pour l’Italie date de mon plus jeune âge et qu’il naquit sur le versant des femmes.

alberto-toscano-sarkozy-me-prend-au-pied-de-la-lettre-alber.jpg« Avoir 20 ans en 1968 », n’en déplaise à Paul Nizan dans Aden Arabie « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. », Alberto Toscano et moi-même partageons un avis contraire, ce fut le plus bel âge de notre vie car lui à Milan, moi plus modestement à Nantes où le FC Nantes de José Arribas ne brillaient pas des mêmes feux que l’Inter (j’adorais le grand Fachetti), nous nous sommes engagés dans ce mouvement à la fois contestataire et promoteur de liberté et de légèreté. Alberto est un Italien de France, en 1986, il s’y est installé définitivement après de nombreux séjours, dont la couverture des élections présidentielles de 1981. Il sera l’un des derniers à interviewer Pierre Mendès-France. C’est un grand journaliste, belle plume et bon débateur, européen convaincu, il fait partie du groupe des polémistes de l’émission On refait le monde sur RTL et il participe régulièrement à l’émission Kiosque sur la chaîne de télévision francophone TV5. Il est également collaborateur du quotidien La Croix, président de l’Association de la Presse étrangère (APE) en 1996-1997, président du Club de la Presse européenne (depuis 2000). Nous sommes rencontrés sur la Net, plus précisément sur mon Espace de Liberté. En effet, lorsqu’Alberto Toscano publia son livre  « Critique amoureuse des Français » chez Hachette en 2009 je pondis en juillet une chronique où j’affichais mon amour pour l’Italie link. Alberto la découvrit et m’appela au téléphone. Je crapahutais en Corse. Nous convînmes de nous retrouver à déjeuner à la rentrée. Et puis pour des raisons propres à nos vies ce rendez-vous fut différé. Et puis mes pérégrinations me menèrent dernièrement jusqu’à un nouveau restaurant italien qui venait de s’ouvrir : le RAP (comme Ristorante Alessandra Pierini celle par qui le lieu est né) au 24 rue Rodier dans le neuvième arrondissement. Heureux de mon repas avant de reprendre le collier je papotais avec Alessandra et dans la conversation j’évoquai Alberto. Bonne pioche, Alessandra avait lu « Critique amoureuse des Français » dans le TGV Paris-Marseille qu’elle empruntait pour venir prospecter afin de trouver le lieu de son restaurant parisien. La suite est facile à imaginer : je contacte Alberto et nous voici autour d’une table chez RAP.

 

Comme tout bon parisien qui se respecte lorsqu’il quitte ses territoires connus Alberto s’est un peu égaré dans le quartier avant de rejoindre RAP. Cette jeune maison est élégante, simple, pas de chichis, l’accueil d’Alessandra est chaleureux et souriant et le service de Giovanni attentionné sans être envahissant. Avant d’ouvrir son restaurant à Paris Alessandra Pierini, native de Gênes, a tenu pendant 17 ans une épicerie « Pasta e Dolce » qui faisait restaurant à midi dans le quartier St Giniez à Marseille (8 arrt). Ici, c’est elle tient restaurant au 24 rue Rodier www.rapparis.fr et épicerie en face au 15 de la rue. Une fois qu’Alberto eut repris son souffle et qu’Alessandra ait obtenue sa dédicace sur son exemplaire de « Critique amoureuse des Français » nous trinquons à la nouvelle année avec une flute de Prosecco frizzante Torbia La Caneva. Les sujets de conversation ne manquent pas : le président du Conseil italien et notre président sont des sources inépuisables pour ce genre d’exercice. Dans son livre Alberto consacre un chapitre à la première dame de France, sa compatriote, sous le titre « Carla Bruni est une chanteuse ». Il écrivait, à juste raison, « Malgré les moqueries de certains, Carla n’est pas un « objet » de décoration de l’Élysée, mais une protagoniste à part entière de la vie politique et institutionnelle nationale » Comme je suis en train de lire le livre d’entretiens avec Carla Mosca et Rossana Rossanda de Mario Moretti, l’une des « têtes pensantes » des Brigades Rouges, « Brigate Rosse » Une histoire italienne j’interroge Alberto sur les années de plomb et nous partageons le même point de vue sur Cesare Battesti. La conservation roule allant de l’huile d’olive au football en passant par Michel Rocard qu’Alberto reçoit régulièrement à son club de la Presse européen.

 L1000404-copie-1.JPG

Rassurez-vous nous mangeons et nous buvons tout en causant. Alberto, tout comme moi, apprécie la cuisine et le vins de RAP. La carte est courte : deux antipasti, deux primi, trois secondi et trois dolce mais offre un réel choix. C’est fin, frais, plein de saveurs préservées. De la vraie cuisine toute en finesse qui ravit et nourrit. Entre autres j’ai beaucoup aimé les Tagiolini in sugo di anatra al cedro (tagliolini, sauce de canard au cédrat), les Filetto di branzino, sugo di vogole e carciofi (filet de bar de ligne, jus de palourdes et artichauts) et la Pastieria napoletana con salsa di arancia rossa (pastieria napolitaine à l’orange sanguine).

Du côté des vins nous avons bu :

- en blanc Ansonaco Isola del Giglio Carfagna link

- en rouge Le Amandole Barbera d’Asti 2006

J’avais bu, lors d’un précédent déjeuner un superbe Montebuono Uno Maga 1986 rouge.

Giovanni est un amoureux du vin : ça se sent et ça se voit. Ses vins, dans la tendance dites « nature » sont de petits bijoux qui se marient très bien avec la cuisine raffinée de RAP. Je reviendrai dans une future chronique sur la cave de RAP (on trouve aussi les vins à l’épicerie) car comme le dit la carte « c’est au fil du temps, à fur et à mesure que notre jeune restaurant grandira, que la carte des vins évoluera avec votre aide et votre appréciation ». Cette simplicité et cette ouverture d’esprit sont à saluer tout comme le prix des vins qui est très raisonnable commence à 19€ avec un beau lot autour des 20 à 25€. De plus pour RAP « le vin reste un élément de fête et de connaissance. Boire du vin avec modération, c’est aussi raviver sa mémoire culturelle. »

2010102616380.jpgansonaco carfagna

 

Tout comme j’ai fait découvrir à Alberto Toscano ce petit bijou italien de Paris qu’est RAP 24 rue Rodier www.rapparis.fr je vous invite à suivre mes bonnes manières : allez-y ! Accueil garanti, cuisine de belle expression et pour les vins du cousu main. De plus à l’épicerie en face vous pourrez faire vos commissions.  

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 09:00

Ceci est un long commentaire sur mon opération Grand Corps Malade, d'un fidèle lecteur : Sam, qui m'a semblé un peu à l'étroit dans la petite lucarne prévu à cet effet - le commentaire bien sûr - alors j'ai pensé qu'il valait mieux lui ouvrir mon immense espace de liberté.

 

Le Beaujolais

 

L'éclat de rire de la table.

 

            Louis Orizet

 

 Le beaujolais, c’est la nature avec ses parfums, sa lumière, ses infinis, le repos du soir, l’enthousiasme du matin. »

Jules Chauvet (1905-1989)

 

"La bande des 15" voilà le type de démarche que je suggérai dans mon exposé, écrit il y a plus d’un an, une petite réserve, cette bande s’apparente, on ne peut trop à l’élite de l’A.O.C., sans distinction de notion de prix, par exemple : Château de Jacques et Paul Janin à Romanèche-Thorins, nous allons du simple au double, voilà 2 propriétés qui ne s’adressent pas à la même clientèle. Il eut été important de préciser que cette liste n’est pas exhaustive, car nous avons une autre bande de 15, qui pousse très fort et pas loin d’égaler la première.

 

Il convient donc de faire un diagnostic du patient, de bien déterminer les parties du corps malade et la gravité de leur état. Si les neuf crus (J’ai mis le Régnier à part, mais sans vouloir faire d’ostracisme à son encontre, cette appellation a du mal à décoller, c’est une grave erreur d’avoir créé une A.O.C.supplémentaire, dont des terres trop lourdes, anciennement dévolues à la culture du maïs, qui n’étaient pas vraiment prédestinées à la culture de la vigne ?) peuvent faire le dos rond et attendre des jours meilleurs, il n’en est pas de même des Villages, Beaujolais supérieurs et Beaujolais générique. Ces deux dernières nécessitant la thérapie la plus lourde, et laquelle ?

 

D’où une grande disparité d’appréciation chez les vignerons, chacun se sentant peu concerné ayant déjà entrepris une démarche de qualité, pensent que c’est aux négociants d’agir.

 

Toute l’appellation à beaucoup à reprocher à ces deux affaires successives 2006 pour celle reprochée à Georges Dubœuf , (Beaujolais Supérieurs et génériques, baptisés Grands Crus Morgon, Fleurie etc ,,,,,,,,,,,, et 2008 pour les 600 tonnes de sucres achetés par une centaine de viticulteurs, d’ailleurs après le procès des suspects, qui s’est déroulé dans un quasi anonymat, en janvier 2009 à Lyon, des centaines de tonnes de sucre n’ont toujours pas trouvées de destination avec le nom des clients ?

 

Les peines requises ont été d’une mansuétude indigne d’une vraie justice.

 

Pourquoi étouffer le fait que probablement deux à trois cent vignerons aient triché (on ne peut parler de chaptalisation, le sucrage étant clandestin) et faire endosser la suspicion aux 2200 autres vignerons (honnêtes) de l’appellation ?

 

Depuis les exportations ont chutées de manière spectaculaire, le Japon habituellement notre client n° 1, – 22 %, la Suisse – 40 %, avec la toile on peut trouver tous les chiffres.

 

Les deux appellations, le Beaujolais (générique) et le Beaujolais supérieur où nous avons le plus d’invendus, se situe exactement dans la gamme de prix où nos concurrents étrangers ont fait le forcing pour s’implanter en France.

 

Alors que le premier critère pour se développer, est le prix, pourquoi les vignerons des Crus et quelques Villages, s’entêtent-ils à vouloir faire du "Bourgogne"? En créant des cuvées spéciales, des vins passés en fût, ce qui dope les prix, et seules peuvent y prétendre, des appellations comme les Côtes de Brouilly, Moulin à Vent, Morgon, Fleurie dans les bons millésimes, St Amour et Juliénas, quand on sait les attendre plus 5 à 6 ans, ont un air de Bourgogne.

 

Quand je dis "Bourgogne", je veux dire Mâcon-Village ou Côte Chalonnaise et non-pas Gevrey-Chambertin, (faut pas rêver) comme certains écrits y prétendent.

 

On n’a plus le coté friand du Beaujolais et on n’a pas non plus un Bourgogne, seuls restent convaincus les inconditionnels des crus de l’appellation, j’ai fait des essais jusqu’à 10 ans de garde, j’ai eu quelques bons résultats avec des Côtes de Brouilly, Moulin à Vent et St Amour, mais après il est plus judicieux au regard du prix, de s’orienter vers des Hautes Côtes de Beaune ou de Nuits. Si par exemple Paul Janin à Romanèches-Thorins, produit un vin hors du commun à 12 euro, donc acceptable, ou ceux du regretté Marcel Lapierre, mais déjà là, nous sommes dans les prix d’un Savigny les Beaune 1er Cru, à chacun de choisir.

 

Ensuite le Beaujolais-Sud aussi appelé Pays des Pierres Dorées, aussi dénommé "Toscane Beaujolaise", qui démarre à 3 kilomètres au nord de Ville franche sur Saône jusqu’à L’Arbresle au sud, est le berceau des Beaujolais génériques et Supérieurs, avec le cœur Bois D’oing, c’est dans cette partie de la région que sont produit ces vins qui alourdissent les stocks. C’est une (belle) région très accidentée, avec des vallées profondes et des vignes gélives dans les fonds de vallées, qui à maturité optimum, surtout sur les coteaux, donnent des vins légers et friands, autrement ont besoin d’un peu de sucre, mais dans les normes. Mais en cherchant un peu 3 nom sortent du lot pour cette région : Jean-Paul Brun, Domaine des Terres Dorées à Charnay (69380) et Pierre-Marie Chermette à St Vérand (69620) à 6.20 euro et le Vignoble Charmet à Le Breuil (69620). Pourtant ces viticulteurs ne chaptalisent pas et font de grands vins, quand on voit les tables étoilées clientes de Jean-Paul Brun, on reste confondu. Avec mes excuses pour ceux ce que je ne connais pas, je n’ai visité que 4 fois la région.

 

Le beaujolais peut monter jusqu'à 1000 mètres sur les hauteurs qui dominent la vallée d’Azergues.

Nous sommes ici, à 30 kms de la place Bellecour et, si les Lyonnais, en voisins, en sont très amateurs, ce n’est pas suffisant pour écouler autant de volumes

 

Les coopératives, si elles ne cherchaient pas à faire des cuvées spéciales, de part le nombre de leurs adhérents et des coûts de vinification moins élevés qu’un propriétaire-récoltant, ne pourraient-elles pas tirer les prix vers le bas, en se consacrant uniquement à des vins de plaisir, ce qui a fait la gloire de cette appellation, dans son pot traditionnel dans les "bouchons" de la capitale des Gaules.

 

Pour faire la promotion de leurs vins les viticulteurs de l’appellation devraient pouvoir se grouper et créer des structures pour ce faire.

 

Vous me direz, il reste les mini-salons à droite à gauche en provinces, mais voilà  pour un couple, deux nuitées d’hôtel, 4 repas du soir, si on n’a pas prévu le pâté de la mémé, le jésus et quelques chèvres pour le casse-croûte du midi, la location du stand, et 3 salons dans l’année, tout ça fait monter le prix de la bouteille de 1.50 euro.

 

L’idéal serait même d’offrir un sandwich, avec une terrine de campagne d’artisan (ce n’est pas très cher) avec le bag in box à porté, les Français adorent, (il y aura toujours quelques profiteurs) mais sinon c’est largement rentable.

 

Sinon vous trouverez des vignerons sympathiques, faisant bien leur métier, accueillants, avec des prix honnêtes, j’en ai que je suis depuis 40 ans, j’ai des Villages qui s’égalent à des Crus, quel beaux paysages, quelles bonnes tables, enfin tout pour rendre agréable la vie  à un membre de l’A.B.V.

 

La région des grands Cru (Morgon……..etc) ressemble à la région du Barolo, les Langhes en Italie, et comme en Italie on voit les Alpes (Par grand beau temps ici).

 

Cette appellation est un vin de soif et de fête par excellence, comment faire la fête avec le risque d’un contrôle routier ?

 

A l’occasion relisez les  romans de Gabriel Chevallier : Clochemerle et Clochemerle-Babylone, dont le cadre se situe à Vaux en Beaujolais


Ainsi, il écrit, à propos des Beaujolais du Sud : « Puisé à même le tonneau, bu à la température de la cave, le beaujolais paraît glissant et d’une légèreté sans conséquence…Le vin de Clochemerle est à la fois exquis et traître : on s’y laisse piper une narine, un coin du gosier, et tout l’homme y passe…Il provoque une charmante allégresse, si pétillante intellectuellement que le buveur se sent libéré des conventions et des contraintes qui l’enchaînent dans la vie ordinaire. »

 

Un avis assez répandu, voudrait que le Chiroubles soit le plus charmeur, le 2009 et 2010 ne nous feront pas mentir.

 

Monter jusqu'à la table d'orientation sur le col du Fût d'Avenas sur la commune de Chiroubles, vue sur le mont Brouilly, la vallée de la Saône, le Mont-Blanc. En contemplant ce paysage, l'alchimie entre la nature et le vin vous sera alors nettement perceptible.

 

Si demain en plus du Guide Hachette, Bettane et Desseauve, etc ……….la liste de la bande des 15, puis des trente, où est le plaisir de la prospection, de la découverte, en 40 ans j’en eu 5 en cave, mais peut-être le prix de certains m’avaient-ils orienté différemment ?

 

Cela fait beaucoup de littérature, notre seule aide sera de visiter les bons vignerons plus souvent.

 

 Sam         

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 00:09

Ce matin, si vous voulez bien me suivre je vais vous entraîner sur l’un de mes chemins de traverse, un chemin creux bien sûr, comme ceux de mon enfance sauvageonne, englouti dans de hautes haies, bien secret, tout juste percé d’échaliers qu’il faut savoir sauter pour aller de pâtis en pâtis. Ce faisant je vais me livrer, m’exposer, c’est-à-dire faire preuve d’une certaine forme d’indécence que j’espère vous comprendrez. Fait notable en ma faveur : aujourd’hui je vais faire court  

Pouffe 9087Bonheur premier

 

Il est des jours comme ça où, sans prévenir, du bonheur me tombe dessus, m’inonde, m’envahit, m’emporte en des territoires de haute félicité. Soucieux d’y rester le plus longtemps possible je n’en laisse rien paraître. D’apparence sur mon lisse tout glisse mais tout au fond c’est jour de tempête. Force 4, mon fracas intérieur en vagues successives brise toutes mes chaînes, me délie, donne un goût fort à ma vie. Et pourtant ce soudain bonheur n’est qu’un bonheur simple, celui des petites choses de la vie, des riens, un sourire, une complicité naissante, un accord qui se dessine et je retrouve mon cœur d’enfant. Ce bonheur-là est toujours un bonheur premier, natif, toujours renouvelé, car à ce bonheur-là je ne m’y ferai jamais. Mon petit jardin d’intérieur donne sur une grande maison ouverte, accueillante au bonheur, le mien et celui des autres.

 

Par bonheur le bonheur n’est qu’un état sinon il s’affadirait. Reste qu’en ce moment lorsque je sors du bonheur j’ai honte de mon bonheur. Le siècle où je suis né n’a pas été avare d’horreurs, de monstruosités et de Malheur. Le Nouveau, opulent, flamboyant, sans frontières, voit se côtoyer des « bonheurs indécents » et des « malheurs ordinaires », au plus près de nous comme dans des petits morceaux de notre pays ou en de vastes pans du monde. Je suis donc colère contre mon bonheur. Le seul antidote à ce feu intérieur impuissant : le cri du poète !

 

« Prière Rogue » 

 

« Gardez-nous la révolte, l’éclair, l’accord illusoire, un rire pour le trophée glissé des mains, même l’entier et long fardeau qui succède, dont la difficulté nous mène à une révolte nouvelle. Gardez-nous la primevère et le destin. »

 

René Char 1948 Recherche de la base au sommet

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 00:09

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Mars-Avril 1982, le n°2, une belle couverture surprenante, un édito où il est question de sillonner le timbre-poste de Pomerol à vélo « car c’est ainsi, au gré des mollets, que se livrera le mieux cette petite étendue verte, où il est si aisé de se perdre qu’on dirait un labyrinthe plat. C’est à bicyclette, et la fatigue aidant, que vous sentirez le mieux où commence et où finit exactement, ce fameux plateau argilo-graveleux où naissent les meilleurs crus, et toutes ces nuances épidermiques, géologiques dans lesquelles nous promène Jean-Claude Berrouet, notre guide pomerolais. » Ayant pratiqué ce pédalage à la veille du dernier Vinexpo je puis attester que c’est la meilleure manière de s’imprégner du lieu, sauf que moi, c’était un samedi, je n’ai trouvé que des maisons closes, alors que les cyclotouristes de l’amateur ont eu la chance d’y rencontrer les gens.

 

Avec l’aimable autorisation de Georges Bardawil je pourrais vous offrir le fruit de cette promenade mais, comme j’ai un goût prononcé pour la provocation, mon choix s’est porté sur un autre article : les vins-surprise des années cancres. Reste que, ayant de solides attaches et inimitiés pomerolaises link rien ne m’interdit de revenir sur ce périple à bicyclette comme le chantait le grand Montand.

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 00:09

Depuis que nos amis anglais ont bradé leurs bijoux de famille, pour ceux qui l’ignoreraient encore, Austin Cooper est allemand depuis son rachat par BMW. Sans vouloir taxer nos voisins d’Outre-Rhin d’extrême mauvais goût, le dernier coup d’une radio confirme le maintenant célèbre adage de Rémi Gaillard : « C’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui... » En effet, Andreas Muller a gagné une Mini Cooper, couleur argent, d'une valeur de 23 000 euros en parvenant à être le plus original dans le cadre d’un concours radiophonique: il a fait tatouer le mot «MINI» sur son pénis. La séance de tatouage ayant été diffusée en direct à la radio, alors qu’une animatrice de la chaîne de radio lui servait de témoin, les auditeurs ont pu entendre le râle de douleur de l'homme tandis qu'il se faisait écrire la marque « Mini » sur le pénis. Il a gagné dit-on, d’une légère avance, mais on ne sait où son poursuivant ou sa poursuivante avait choisi de se faire tatouer.

.

Dans les colonnes de l'édition britannique du quotidien Metro, Andreas a expliqué qu'il s'agissait du moment le plus douloureux de sa vie. Cependant, il n'est pas peu fier de son exploit : «Quand je serai assis dans la voiture, ça ne comptera plus. La douleur s'en ira et tout ira pour le mieux ».

 

Certains vont m’accuser de profiter de ce buzz malsain mais si je mets en avant ce fait divers d’un goût douteux c’est pour vous annoncer la toute prochaine chronique d’un vieux livre publié en 1985, réédité par Nova éditions et recommandé par l’infatigable Michel Rocard. Son titre « Se distraire à en mourir » de Neil Postman(1931-2003 »  photo-MR.jpg

« Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d’une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace »

 

AVIS au tombeur de boudins nantais : t'acharne pas pépère bilieux tes épluchures vont direct à la poubelle. Tu peux continuer d'écrire tes oeuvres anonymes ailleurs je ne m'en plaindrai pas. Oui la vieillesse est un naufrage dans ton cas. Embrasse bobonne et le chien !

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 00:09

allende_mitterrand-c638b.jpgLorsqu’en novembre 71 François Mitterrand posait le pied sur le tarmac de l’aéroport Arturo Merino Benitez  de Santiago, flanqué de Gaston Deferre et de Claude Estier, j’étais aux premières loges pour jauger l’accueil des autorités et de la presse de l’Allende Français. Le tout nouveau premier secrétaire du PS, qui n’avait pas encore limé ses canines, un peu empâté, ressemblait à un cheval de retour fourbu, entre deux âges, alors que le vieux Deferre, qui passait son temps à mitrailler tout ce qui bougeait avec un petit Instamatic Kodak, paraissait primesautier et coquin.  Dès ses premières déclarations Mitterrand ne cachera pas l’objectif de son voyage : « Le Chili, dira-t-il, est une synthèse intéressante et originale. En France, pays industriel avancé dans la zone d’influence occidentale, il est peu probable que puisse se développer une action violente sans qu’elle soit réprimée par les forces de la grande bourgeoisie. Le mouvement populaire peut, en revanche, légitimement penser l’emporter par la voir légale : grâce au suffrage universel et aux pressions des travailleurs dans les secteurs en crise. Il s’agit de démontrer aux Français que cette voie est possible. La preuve ? Le Chili est en train de l’apporter ». Danièle la militante, la gardienne de l’orthodoxie, l’épouse délaissée mais non résignée, ne faisait pas partie du voyage et elle ne put ainsi serrer la main d’une ses futures idoles : Fidel Castro.

 

En effet, le 10 novembre l’emblème de la Révolution cubaine débarque lui aussi à Santiago pour témoigner de la gratitude de son peuple qui «  n’oubliera jamais que la première mesure décrétée par le nouveau président a été le total rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, défiant le pouvoir de l’impérialisme qui avait imposé aux gouvernements d’Amérique latine, à l’exception du Mexique, la rupture des relations avec Cuba, et elle n’oubliera pas non plus son courageux geste d’aller chercher et accompagner les trois Cubains et les deux Boliviens survivants de la guérilla du Che, en sa condition de président du Sénat du Chili». En réponse, le bon docteur Allende déclare «La présence de Fidel et les magistraux enseignements de ses discours ont affermi la foi révolutionnaire des peuples latino-américains». Le mythe Allende se construisait et Danièle Mitterrand, grande gardienne des libertés, saura toujours préserver le Cuba du Leader Maximo de son champ d’indignation. La grande caisse de compensation entre les dictateurs permettra de vilipender l’ignoble Pinochet au regard fourbe caché derrière ses lunettes noires  en invoquant les mânes d’Allende « La lutte des peuples ouvrira inexorablement les grandes allées qui conduisent au futur. L’histoire de Salvador Allende brillera alors comme un soleil infini».

 

Par l’entremise de Charles-Enguerrand de Tanguy du Coët, dont le père sénateur MRP avait frayé avec le Gastounet en 1965 lorsqu’ avec l’appui de l’Express de JJSS celui-ci fut le « Monsieur X » d’un éphémère mouvement démocrate à la française, qui aurait rassemblé l’aile social-démocrate de la SFIO et les chrétiens-sociaux du MRP, inspiré du modèle américain et du président Kennedy, je pus rencontrer le maire de Marseille à l’ambassade. Tout comme Mitterrand, l’homme était petit, avec une certaine raideur de l’encolure, et comme tous deux portaient des galures noirs plats et des écharpes rouges qui les faisaient ressembler d’allure à Bruant, l’intelligentsia de Santiago les parait d’une auréole de révolutionnaires qui prêtait à sourire ceux qui, comme moi, connaissait leurs parcours respectifs. En dépit de son phrasé chantant du Sud, Deferre ne galéjait pas, en bon descendant d’une famille protestante cévenole il savait manier à la perfection une forme de rigueur avec une pratique de la politique où le clientélisme tenait une place centrale. Pour l’occasion j’avais mobilisé Francesca et Marie-Charlotte de Tanguy du Coët qui, depuis l’épisode du dîner passaient beaucoup de temps ensemble. Bonne pioche, dès son arrivée dans la bibliothèque de l’ambassade l’œil du Gastounet s’allumait. Il faut dire que mes deux compagnes n’avaient pas lésiné sur le bon chic parisien. Par bonheur Edmonde Charles-Roux, que Gaston Defferre épousera en 1973, n’était pas du voyage et je pus ainsi, dans une atmosphère détendue, faire part au futur Ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, de la réalité du régime chilien.

 

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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 00:09

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« La confiance des Français dans les politiques continue de reculer, y compris pour les maires. Le fossé entre citoyens et élus se creuse. La défiance des Français envers leurs élus et dirigeants politiques s'est encore accrue en 2010, à en croire le dernier Baromètre de la confiance politique publié lundi par le Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences-Po.

83% des Français estiment en effet que les hommes politiques ne se préoccupent pas de ce que pense la population. En 2010, ils étaient 81% à exprimer leur défiance, lors de la première enquête de ce type réalisée par Opinionway pour le Cevipof et l'institut Pierre-Mendès-France. » source Europe 1 (suite après la Lettre)

 

Chers vous tous,

 

« En France, la politique a mauvaise réputation. Quand à la réputation de ceux que de Gaulle aimait à nommer « les politichiens », elle est tout simplement effroyable. Il n’est guère de pays qui aient aussi peu de considération, autant de mépris même, pour ceux qui les gouvernent, ou les représentent.

S’il est à droite, l’homme politique français est considéré comme un raté de la finance, de l’industrie, du commerce ou du moins l’un de leurs employés subalternes. Sa seule idée que rien ne change. À gauche, il passe pour un bureaucrate, un apparatchik guidé moins par la conviction que par l’ambition ou plus prosaïquement l’appétit. Son espoir : que tout change, c’est-à-dire que la queue de la poêle passe dans ses mains. Entre les deux, c’est le marais où s’embourbent ceux qui ne savent pas exactement de quel côté soufflera demain le vent et donc dans quelle direction ils doivent prendre. Et qu’on nous montre sur les bancs des assemblées et les états-majors des partis les grands intellectuels, les vrais savants, les champions de leur spécialité : ils se gardent bien d’aller perdre le temps dans ce monde de l’illusion et de la combine. Non, non : tous les mêmes, tous des médiocres, au mieux incompétents et inutiles, au pire véreux et pourris, qui ne sont là que pour se remplir les poches. Voilà, en gros, l’image que beaucoup trop de vos concitoyens ont de vous, les hommes politiques. Et c’est bien dommage.

C’est dommage d’abord parce que c’est faux. Vous n’êtes pas tous honnêtes, je le sais bien et il existe parmi vous des concussionnaires, des prévaricateurs, des arnaqueurs, les uns prêts à se vendre et les autres à se louer à la journée et même à l’heure. Mais ceux-là, chacun les connaît et on pourrait aisément les nommer. Et dans tout le personnel du régime et de l’opposition, dans toute la classe politique, on pourrait les compter sur les doigts d’une seule main – enfin disons par prudence deux.

Car le parlementaire et le technocrate de base sont dans l’ensemble honnêtes et désintéressés, contrairement à ce qu’un vain peuple pense. Seulement il faut reconnaître qu’une carrière politique pose tant de problèmes personnels, matériels et moraux, de système de vie et de travail, de relations et d’appartenance, d’opportunité, de tactique et de hasard que parfois tout se mêle dans un brouillard où il est aisé de se perdre. Je n’ai jamais rencontré un député, un seul, qui n’ait pas l’ambition d’être un jour ministre, et c’est normal : la finalité de son entreprise, c’est le pouvoir ou son apparence. Je n’ai jamais vu un ministre, un seul, qui ne soit soucieux de le rester ou à défaut, par une démission bien calculée ou un effacement provisoire bien orchestré, de le redevenir aussitôt que possible. Je ne connais guère de hauts fonctionnaires qui, un jour d’exaspération contre les tergiversations, l’ignorance ou l’indifférence de leur ministre ou des élus, n’aient souhaité une fois au moins entrer au Parlement, voire au gouvernement, pour apprendre leur métier à tous ces incapables. Et parmi les militants, j’en sais peu qui aient refus » de se dévouer en posant leur candidature à quelque mandat plus ou moins prestigieux, en acceptant quelque désignation flatteuse.

S’il existe des hommes politiques heureux, combien me sont apparus tenaillés par la peur : peur des « patrons » dispensateurs d’investiture et de responsabilités, crainte cyclique des chers électeurs, souci lancinant de leur personnage public, incertitude dans l’action, angoisse jusqu’au plus haut niveau parce qu’il leur faut, comme l’a dit l’un d’eux et non des moindres, en permanence « gérer l’imprévisible ».

Matériellement, ce n’est pas un métier et il en va du député comme du journaliste, auquel on dit volontiers « Ah ! c’est bien intéressant votre travail, vous avez de la chance. Mais, à part cela, comme métier, qu’est-ce que vous faites ? » Rien de pire que l’élu qui n’a pas d’autres sources de revenus, pas de position de repli en cas d’échec. Alors il est tentant de composer avec la déontologie non écrite et d’ailleurs plutôt laxiste du milieu.

Avocat et parlementaire, on plaidera peu mais on conseillera beaucoup, et de gros clients ; des clients, bien entendu, qui font toute confiance à votre science juridique et auxquels il ne serait jamais venu à l’idée de vous engager avec de si confortables honoraires parce qu’ils ont tout simplement besoin d’un porte-parole au Palais-Bourbon et d’un commissionnaire pour leurs démarches. Industriel, commerçant, on traitera de ce qu’on connaît bien et c’est évidemment un effet du hasard si des thèses qu’on défend au nom de l’intérêt général se trouvent coïncider avec quelques intérêts particuliers. Homme de la ville, on sera tout prêt à couper dans les subventions agricoles, beaucoup trop généreuses ; élu de la campagne, on sera peu enclin à voter des milliards de crédits que réclament les cités, et en particulier Paris, cette capitale du vice c’est-à-dire de la pornographie, de l’administration et du Coca-Cola. Fonctionnaire, on soignera son avancement en faisant jouer utilement les relations nouées dans la profession, ce qui crée un lien autrement puissant que des idées communes, puisque après tout il est logique que des années passées à servir la collectivité ne freinent pas une carrière administrative qui eût à coup sûr été brillante sans l’entracte du mandat.

Tout cela est évidemment plus aisé si on appartient à cette majorité que le soleil du pouvoir réchauffe de ses rayons. Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’opposition, sauf communiste, n’est quand même pas cette banquise où l’on grelotte, comme certains le croient. »

 

C’est du cru janvier 1976 et signé Pierre Viansson-Ponté du Monde et c’est publié chez Albin Michel Lettre ouverte aux hommes politiques. La Ve République a alors 18 ans, elle n’a pas encore connue l’alternance. Elle a aujourd’hui 53 ans et ce texte est quadragénaire, la force de l’âge avec peut-être quelques rondeurs dues à l’embourgeoisement. PVP écrivait nommément à 9 personnalités, trois sont toujours vivantes : Valéry Giscard d’Estaing qui était Président de la République en 1976, Jacques Chirac qui allait le devenir après trois tentatives infructueuses et Michel Rocard qui se présentera deux fois comme outsider mais devra se contenter d’être le 1ier Ministre de son adversaire au sein du PS. Pour les disparus Pierre Mendès-France qui ne gouverna que quelques mois, François Mitterrand deux septennats, Michel Debré le père de la Constitution et des Debré actuels, Georges Marchais qui renaît avec l'aboyeur Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous » et le Prince des Ténèbres Michel Poniatowski l’homme de main de Giscard que tout le monde à oublié. L’extrait que je vous ai proposé s’adressait aux autres...

 

Pour les plus courageux d'entre vous qui voudraient encore lire, en ces temps de remises en question de l'impartialité des experts, par exemple à propos du Médiator, le suite ne manque pas de pertinence ni d’actualité.

 

« Il est impossible de tout savoir et un élu consciencieux trouve très vite ses limites. Comment pourrait-il, la même semaine, avoir à la fois un avis tranché et motivé sur une réforme de l’enseignement supérieur, une position sur la politique pétrolière, une conviction sur le choix de la meilleure filière nucléaire, un jugement sur l’aménagement de la région lyonnaise, une idée sur la fiscalité des cultivateurs de tabac ou des magasins de grande surface, et une opinion ferme sur la conduite monétaire du Japon, Et pourtant, sur tous ces sujets et bien d’autres, il faudra se prononcer, voter et décider. Le bon sens ne fait rien à l’affaire, surtout quand on n’a ni les possibilités intellectuelles, ni le temps, ni le goût d’étudier des dossiers qui, de surplus, ne sont pas à votre disposition.

Ces dossiers précisément, quelques-uns les détiennent. Les uns, ministres, rapporteurs, experts officiels sont censés les connaître. Les autres les possèdent sur le bout du doigt : ce sont eux qui les ont constitués, eux qui le plus souvent les ont fournis, tout préparés, aux ministres et hauts fonctionnaires et sous une forme édulcorée, orientée, aux quelques parlementaires utiles. Comme il est tentant de s’en remettre à ceux qui savent et s’offrent ainsi à vous éclairer. Ainsi les décisions sont-elles souvent arrachées à la faveur d’une savante mise en condition assortie de quelques facilités à la simple flatterie en passant par un bon déjeuner ou un menu service.

Après cela, on trouvera des naïfs pour s’étonner et même admirer que les groupes de pression, les lobbies, si bruyants et indiscrets sous la IVe République où l’on voyait certains jours leurs représentants s’abattre comme les hirondelles en vols serrés dans les couloirs du Palais-Bourbon et les antichambres des ministères, aient presque disparu sous la V é. Parbleu ! C’est qu’ils sont passés de l’antichambre au cabinet, voire au bureau du ministre et des couloirs dans l’hémicycle. Installés au cœur du dispositif exécutif, parlementaire et administratif c’est à peine s’ils ont besoin désormais de respecter les apparences. Au lieu de manipuler les pouvoirs, ils les contrôlent, les partagent et parfois les détiennent, se confondant largement avec eux... »

 

La confiance des Français dans les politiques continue de reculer, y compris pour les maires.

 

Les maires décrochent à leur tour

 

Jusque-là épargnés, les élus locaux voient désormais leur cote de confiance s’éroder sensiblement. Les personnes sondées ne sont plus que 52% à déclarer avoir confiance dans leurs élus locaux, contre 65% il y a un an.

 

Ces élus locaux « se présentent comme un filet de protection en cas de crise, ce qu'ils sont de moins en moins », a analysé le directeur du Cevipof, Pascal Perrineau.

 

Une démocratie qui patine

 

Plus généralement, 57% des personnes interrogées estiment que la démocratie en France fonctionne « pas très bien » ou « pas bien du tout », contre 48% il y a un an. 42% des personnes sondées ont au contraire répondu qu'elle fonctionne « très bien » ou « assez bien ».

 

Cette défiance dépasse les clivages politiques, puisque 56% des sondés déclarent n'avoir confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays. Avec 22% de confiance dans ses capacités à gouverner, un score en hausse de sept points, la gauche passe cependant de justesse devant la droite, qui cède un point à 21%.

 

« On va dans une politisation négative, c'est-à-dire une politisation assez forte qui va de pair avec une défiance à l'égard des politiques, d'où un espace ouvert pour le populisme », a commenté le directeur du Cevipof

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 00:09

Ce matin je mets les pieds dans le plat, le mien : ne serais-je qu’un arroseur arrosé ? Un harangueur de marché forain qui se permet de remonter les bretelles des petits agités de la blogosphère pour leur inconstance alors que lui balance en permanence des opérations à la pelle, telle celle dites Grand Corps Malade, fait trois petits tours et puis remballe sa marchandise en laissant les problèmes en plan. Oui, j’ai pleine conscience que, n’ayant qu’un pouvoir tribunicien, si les personnes en charge des questions que j’aborde sur mon espace de liberté ne reprennent pas mes idées, bonnes ou mauvaises, au bond elles tombent dans le grand puits sans fond des initiatives sans lendemain. C’est ce qui est arrivé, dans une certaine mesure, à mon opération Grand Malade concernant le Beaujolais où je m’auto-missionnais : elle n’a trouvé aucun écho auprès ni de l’Interprofession, ni des structures professionnelles de cette région. Le silence, l’indifférence, à quelques exceptions notables près, m’ont remis à ma juste place : celle d’un petit chroniqueur de la Toile.

 

Que voulez-vous que j’y fasse ? Rien bien sûr, depuis de nombreuses années je ne suis qu’un observateur privilégié des choses du vin à qui certains répètent à l’envi que... je vous fais grâce de la suite car elle me fatigue, me saoule, m’irrite. Dans toutes les missions qui m’ont été confiées par le passé jamais je ne me suis érigé en donneur de solutions me contentant du rôle, plus modeste, d’accoucheur de décisions. Ce qui me frappe en notre vieux pays, et ce n’est pas propre à la viticulture, c’est notre grande capacité d’analyse des situations : que de rapports accumulés, avec pour corollaire notre absolue incapacité de poser les termes de vrais choix, de nous en tenir à l’essentiel, de dégager une ou deux priorités et puis tout bêtement de décider. L’image des carrefours parisiens lorsque les feux tricolores sont en rade, où les automobilistes s’auto-bloquent, est la plus parlante. En clair qu’importe ma propre immobilisation si tout le monde est logé à la même enseigne. La médiation n’est pas dans nos gènes. Le faire est l’ennemi des systèmes bureaucratiques publics et privés où chacun défend son pré-carré, balise, mégote, s’enlise.

 

Bref, tout ça m’emmerde prodigieusement donc j’ai pris le parti de cesser de me faire du mauvais sang pour les uns et pour les autres, l’armée de ceux qui, sans doute à juste titre, estiment qu’il vaut mieux payer fort cher des audits de cabinets spécialisés, ces nouvelles sangsues du monde postmodernes, plutôt que de réfléchir par soi-même afin de prendre à bras le corps les sujets qui fâchent. La prolifération des conseils externes en tout genre symbolise pour moi une forme de démission de la responsabilité, un transfert comme le dirait les psys. Se prendre en mains, assumer sa part dans la décision, assembler des diversités, aller à contre-courant des longs fleuves charrieur de CVO, ouvrir grandes les portes et les fenêtres, c’est ce qu’ont fait les 15 du Beaujolais (1) avec Expressions d’Origine. Moi ça me plaît, ça me réconforte, ça me donne envie. Bien sûr, certains vont m’objecter que j’ai du retard à l’allumage puisque ce groupe est né il y a plus de deux ans. Qu’importe ! Et qu’on ne vienne pas me dire que ce ne sont que des gens d’en haut, un club de nantis, car alors je vais sortir l’artillerie lourde. Pour moi ce qui compte avant tout c’est que la bande des 15 œuvre pour l’extension du domaine du vin au travers d’une tradition revisitée du Beaujolais.

 Groupe17Oct08PhotoMichelGodet

J’en ai rencontré une poignée d’entre eux, non pas derrière un pilier de Notre-Dame comme Claudel a découvert Dieu mais au SHIRA à Lyon. Mes petits élytres se sont mis de suite en mouvement. Marie Lapierre (sur la photo des origines l'ami Marcel était toujours des nôtres), Dominique Piron, Guillaume de Castelnau, Pierre-Marie Chermette sont là, le plaisir d’une conversation à bâtons rompus : Dieu que je suis bavard !. Avec eux je retrouve mes envies de petit soldat, simple fantassin du vin : mon espace de liberté leur est grand ouvert et je suis sûr qu’à l’avenir, avec eux, je travaillerai non pas défendre le Beaujolais de papa mais à faire en sorte que celui du 21ième siècle reprenne sa place dans l’imaginaire des citoyens du monde. Ce matin je vous livre le texte de leurs Origines. Affaire à suivre sur mes lignes...   viewer-O

E x p r e s s i o n s d ’ O r i g i n e

D e s v i g n e r on s e n Mouvement

 

Un nom étymologique

 

Expression n.f.

1. Action d’exprimer quelque chose par le langage.

2. Manière de s’exprimer par le langage.

3. Expressivité d’une oeuvre d’art, musicale, littéraire…

Origine n.f.

1. Première manifestation, commencement, principe.

2. Point de départ.

3. Milieu d’où quelqu’un est issu.

4. Temps, lieu, milieu d’où quelqu’un est issu.

5. À l’origine, dès l’origine.

 

Du vin joyeux au vin triste

 

La photographie d’un vignoble balise bien des domaines : l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie, la culture, pour ne citer que les fondamentaux. Voilà pourquoi chaque vignoble en France ne ressemble à aucun autre.

Avant‐guerre, le vin du Beaujolais était la boisson populaire par excellence. Le "p’tit vin" des toiles cirées et des zincs des troquets lyonnais et parisiens, le "p’tit vin" des cochonnailles, du tablier de sapeur et de l’andouillette, le "p’tit vin" des cafés buvettes des villages. Une période joyeuse devenue prospère dans les décennies qui suivirent. Dans les années 1970, le vignoble a plus que doublé de superficie, les rendements ont suivi la même inflation positive et les exportations ont connu une croissance à deux chiffres. Bref, un boom sans précédent.

Le Beaujolais était à la mode, mais pas seulement. Les gros négociants bourguignons avaient bien vu tout le profit qu’ils pourraient tirer de ces vins à petits prix quand les bourgognes devenaient de plus en plus chers. Quant à la grande distribution, elle a vite compris que le concept de "p’tit vin léger et facile, à consommer dans l’année" était une manne inépuisable. Puis vint le Beaujolais Nouveau, le muguet du 15 novembre, un vin hypertechno et sous contrôle total dans les camions citernes en partance pour la France entière et pour l’Europe ou dans les containers direction  outre-Atlantique. La promotion du Beaujolais Nouveau ? Une propagande sans précédent en matière de vin, une stratégie de communication relayée par tous les mass-médias sans compter les affiches placardées partout. Chaque année, c’est la campagne électorale du Beaujolais Nouveau ! À force de matraquage est arrivé ce qui devait arriver : les consommateurs ne voient plus le Beaujolais qu’au travers du prisme Beaujolais Nouveau. La région ne connaît plus que la règle des trois unités : un lieu, un jour, un vin. Bref, une tragédie !

Aujourd’hui, le vin joyeux ne fait plus rire grand monde et surtout pas les vignerons ‐ les vrais – profondément attachés à leur patrimoine viticole et soucieux de le respecter. Dans cette épopée canaille du Beaujolais Nouveau, les crus sont passés à la trappe, la région s’est figée et la crise s’est installée pour de bon.

 

L’union fait la force

 

Alors quoi ? Suivre les faiseurs d’opinions et de modes ? Rester à quai en regardant passer le train de la modernité et de la mondialisation du vin ? Balayer une demande internationale sans précédent ? Laisser les jeunes engloutir des wagons de premix et d’alcopops ? Conjuguer le Beaujolais à l’imparfait ?

Pour Expressions d’Origine, impossible !

Expressions d’Origine ? 15 vignerons qui refusent cette fatalité et qui n’acceptent pas la disgrâce de leurs vins et de leur région.

15 vignerons qui pensent comme un seul homme :

Non, il n’y a pas les bons vins d’un côté et les beaujolais de l’autre !

On ne lâchera jamais le Beaujolais car il appartient au monde culturel et patrimonial du vin.

La valeur ajoutée de notre région tient dans cette trilogie : terroirs, cépage, hommes.

Dix crus, dix identités fortes, une collection haut de gamme pour le Beaujolais.

Expressions d’Origine ? Une association de bienfaiteurs du Beaujolais. Aucune leçon à donner et surtout pas aux autres

vignerons. Une seule évidence les a réunis : l’urgence de bouger, de parler, d’agir. Le faire en équipe plutôt qu’en solo, c’est l’assurance d’être mieux entendu et mieux compris. C’est la possibilité de parler haut et fort plutôt que de  chuchoter dans son coin.

 

Une certitude aussi : Expressions d’Origine n’est pas un "club de marque". Les esprits chagrins diront que ce groupe est la crème du Beaujolais ne cherchant qu’à se faire mousser davantage. Une analyse de l’épargne trop facile.

Expressions d’Origine, c’est un élan avec des engagements forts, ses mots d’ordre ne sont pas dictés par le goût du  pouvoir.

Expressions d’Origine, c’est l’ébauche d’un mouvement en lutte comme l’immobilisme, la résignation et la médiocrité. Un mouvement, par définition, est une organisation dont l’objectif principal est la sensibilisation à des convictions.

Expressions d’Origine est donc bien un mouvement qui espère ouvrir une voie nouvelle et qu’elle profite au plus grand nombre.

 

 

La Bande des 15

Domaine du Vissoux, Pierre-Marie Chermette à Saint-Vérand

Domaine des Terres Dorées, Jean-Paul Brun à Charnay

Château de la Chaize, Madame de Roussy de Sales à Odenas

Château Thivin, Claude Geoffray à Odenas

Domaine Dominique Piron à Villié-Morgon

Domaine Jean-Marc Burgaud à Villié-Morgon

Domaine Louis Desvignes à Villié-Morgon

Domaine Jean Foillard à Villié-Morgon

Domaine Marcel Lapierre à Villié-Morgon

Château des jacques, Guillaume de Castelnau à Romanèche-Thorins

Domaine Paul Janin et Fils, Eric Janin à Rornanèche-Thorins

Domaine de la Madone, Jean-Marc Després à Fleurie

Clos de la Roilette, Alain Coudert à Fleurie

Domaine Michel Chignard à Fleurie

Clos de Haute Combe, Vincent Audras à Juliénas

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 00:00

Comme promis dans ma précédente chronique « Moi, je suis vigneron » link mois après mois je suis pas à pas sous la plume d’André Lagrange la vie du Toine dans ses gestes de vigneron qui vit au hameau le Pavé près du mont Juillet, le géant protecteur du vaste cirque de Vinzelles. Une seule route goudronnée qui va de Sacy, le chef-lieu de canton, au sud, à Mercœur, au nord, en passant par le Pavé. Il y a encore deux chemins, mais seulement cylindrées, tout le reste c’est des sentiers : peu de chemins, peu de maisons : des vignes, des vignes partout, sauf le long de la Couramble où s’étendent des prairies : il faut bien nourrir les chevaux, et, si l’on peut, des vaches pour le laitage. »   photo Marionnet

Nous sommes en février, comme j’ai commencé la semaine avec Henry Marionnet et sa vigne préphylloxérique j’ai choisi l’épisode où il est question du provignage. C’est Le Toine qui parle au cours d’une partie de tarots animée, au café du village entre le Dodille, le Bénévent, le Baptiste Duveau, et le facteur de Mercœur, le José, célèbre pour ses chutes de bicyclette, dues à d’inexplicables ruptures d’équilibre, inexplicables, à ce qu’il prétend, tout au moins.

 

« C’était en plein phylloxéra. Tu sais ce que c’est ?

- Oui, quand même.

- Le phylloxéra ? Un insecte tout petit, atomique, pour me servir d’un mot d’à présent.

Y suce les racines jusqu’au sang, et leur brûle la gueule : quand tu as plus de dents, plus de mâchoires, plus de lèvres, tu peux plus te nourrir ? Non !

Alors tu as plus qu’à crever !

C’est ce qu’a fait la vigne, de quatre-vingt-huit à quatre-vingt-douze : pire que de la chlorose ; ça sèche tout ; la gelée, ça frille, mais c’est rien à côté.

Ah ! Il fallait être là, pour voir ça !

Vous boiriez plus de vin, si les vieux avaient pas travaillé pour vous.

(...)

- Alors, Qu’est-ce qu’y fallait donc faire ? s’inquiète le Dodille.

- Ce qu’on a fait, réplique le Toine. On s’est modelé sur le Midi, que le phylloxéra avait ravagé bien avant nous.

Alors, on a greffé nos plants sur du sauvage américain, un bois qui résiste à cette saloperie de bestiole.

(...)

Mais c’est tout de même grâce à ça que le vignoble a été sauvé, grâce qux partisans du greffage sur bois américain, aux Américanistes.

(...)

- Les vieux ont jamais pu se consoler de la disparition du plant direct français ; ils ont continuellement soutenu que l’américain, ça flanquait un goût de lavasse ou de bonbon.

Question alcool ? Pas de différence, mais ça tue le bouquet.

Avant, la qualité restait à peu près égale partout.

- Vous n’allez pas nous faire croire que dans les vieilles vignes... insinue le Bénévent.

- Les vieilles vignes ? Y en avait point.

Y avait des pièces de cent ans, mille ans, peut-être plus, mais les ceps dépassaient jamais vingt-cinq ans.

- Ça c’est un coup de Voronoff !

- Aussi vrai que te dis, et plus que te crois.

La vigne se rajeunissait par elle-même ; on creusait un trou ; on couchait dans la terre un cep pas trop mauvais ; on tirait deux, trois, quatre sarments, les saillies, et on les dirigeait sur des places vides, les pieds qu’on avait arrachés, parce qu’ils étaient crevés, ou qu’y ne rendaient plus guère ; on rebouchait les fosses, pis, l’année d’après, ça formait, tout ça, des ceps nouveaux.

- Alors, pas besoin de planter ? demande le Baptiste.

- Si, dans les fonds où la vigne n’avait jamais existé...

Un enclos, on le divisait en vingt-cinq parties.

Tous les ans on en provignait on en preulait, un vingt-cinquième, des fois plus, des fois moins, ça dépendait de la nature du terrain et de l’exposition.

Dans un terrain fort, la vigne résiste mieux dans un terrain faible, y fallait la renouveler plus souvent par des preus, sans ça, elle aurait dégénéré et donné des grumes grosses comme des têtes d’épingles.

Pis, dans les vignes au Nord, qui craignent davantage les gelées, on opérait plus souvent : un cep qui vieillit, c’est comme un homme qui prend de l’âge, plus sujet aux coups de froid.

Pis, avec les pieds du temps, qui poussaient des fois jusqu’à des sept mètres hors de terre, la glace avait bien plus de prise.

Le provignage ça occupait bien, du mois de janvier au mois de mars, à condition que ça soit pas trop gelé, et de préférence, en vieille lune, parce que c’est plus de fruit.

Un vigneron à moitié, une supposition, c’était son plan de preuler le plus possible : y a ben plu de marchandises à récolter, pour le patron, ben sûr, mais par le fait, pour lui aussi.

Les gagés, eux, se cassaient pas la tête.

Les Môssieus, étaient obligés de les payer en supplément, pour les preus... Oui, mais les vrais vignerons se levaient bien avant jour, trempaient un bout de pain sans un demi-verre de goutte ou de riquiqui, et trottaient jusqu’à leur vigne, hotte au dos. »

 

Petit questionnaire pour parisien tête de vin

 

1-     les preus qu’est-ce ? et preuler ? Quel est le terme dont est dérivé ce nom de la langue vulgaire ?

2-    un vigneron à moitié est-il un demi-vigneron ou un vigneron entier ?

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 00:09

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Qui, mieux qu’Aubert de Villaine, pouvait incarner la candidature des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’Unesco ? Dans un monde du paraître, des paillettes, cet homme droit, ce gentilhomme au sens premier du terme, ne cherche jamais à capter la lumière qui émane du domaine mythique de la Romanée-Conti dont il est copropriétaire, il tient son rang sans ostentation, avec l’élégance de ceux qui font, avec l’exigence qui sied à un homme en charge de la naissance six grands crus de vins rouges tous aussi extraordinaires : la romanée-conti, qui a donné son nom au domaine, la tâche, richebourg, romanée-saint-vivant, grands echezeaux et echezeaux, et un seul grand cru blanc du domaine le rarissime et fabuleux montrachet. Pour faire progresser un dossier comme celui de la candidature des Climats de Bourgogne au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’Unesco  dans les sphères, dites élevées, il faut cultiver l’art et la manière dit-on, user de diplomatie et de conviction, Aubert de Villaine y ajoutera son haut degré d’exigence.

 

L’accueillir sur mon petit espace de liberté est pour moi, à la fois, un grand honneur et une marque de considération de sa part qui me vont droit au cœur. Lorsque je l’ai sollicité, à la suite de la Conférence de presse, salle des Pôvres, le matin de la vente des Hospices de Beaune, et qu’il m’a répondu, avec sa courtoisie habituelle, qu’il se soumettrait avec plaisir à mes 3 questions j’en ai éprouvé une réelle fierté. Grand merci donc à Aubert de Villaine d’avoir trouvé dans son emploi du temps fort chargé le temps d’être mon invité.

 

Question 1 :

Bonjour Aubert de Villaine, sans jouer les érudits, dans ma jeunesse vendéenne, loin de la Bourgogne, Climats, avec un s et un C majuscule, évoquait pour moi un très beau roman d’André Maurois. Bien sûr, par la suite j’ai découvert les climats de la Bourgogne pour lesquels, comme le dit joliment Bernard Pivot « on ne lève pas les yeux au ciel mais on les baisse sur la terre ». Cependant, pour nos jeunes pousses qui abordent le monde du vin dites-nous, Aubert de Villaine, de quoi s’agit-il exactement ? 

 

Aubert de Villaine :

Comme vous j’ai lu dans ma jeunesse ce roman d’A. Maurois. Je viens d’essayer de le retrouver parmi mes livres, mais sans succès. J’ai bien sûr oublié son contenu, mais il s’agissait, je crois, plutôt des « climats du cœur », ce qui déjà nous éloigne de la climatologie science de l’atmosphère et nous rapproche des « climats » bourguignons, puisque ceux-ci, comme le cœur humain oserai-je avancer avec le risque de filer exagérément la métaphore, se caractérisent aussi par la diversité dans l’unité : unité globale d’un territoire de 50 kms de long sur à peine 1 km au plus large et sa succession de coteaux avec même orientation et même caractère géologique argilo-calcaire – mais aussi, sur ce mince ruban, une diversité extrême de nuances d’expositions, de sols et de microclimats. N’est-ce pas le propre du cœur humain que d’être un et divers ?  Nous, porteurs de la candidature, parlons souvent de la Côte, site des climats, comme d’un cœur qui bat, un et multiple à la fois. 

 

Les climats en Bourgogne ? « ce sont des parcelles de vigne révélées par leur potentiel viticole au regard de conditions géologiques et atmosphériques spécifiques, nommées en général depuis le Moyen-Age au moins et précisément délimitées (en premier par les murs des clos que l’on connaît parfois depuis au moins le 6ème siècle avec la loi des Burgondes) et qui se sont constituées par la différenciation des vins qu’elles produisent et par leur hiérarchisation ».

 

Un climat c'est donc une parcelle de vigne connue souvent sous le même nom depuis des siècles et qui possède une identité propre : culturelle à travers une histoire qui s'étend sur 2000 ans, naturelle telle qu’elle est définie par ses sol, sous-sol, exposition et microclimat particuliers. Le Clos de Vougeot, la Romanée Conti, le Clos de Tart,  le Corton Renardes, le Pommard Rugiens, le Montrachet sont des climats. On en décompte 1247 en Côte d’Or. 

 

« On peut s'interroger sur les processus humains qui, sur cet étroit ruban, ont conduit à différencier des lieux aux caractères aussi affirmés et à construire un parcellaire aussi minutieux. La réponse est en partie dans les contraintes et le risque qu'impose un vignoble situé aux limites septentrionales de la culture de la vigne, établi sur terrain calcaire, pentu, au sol peu profond, pierreux et qui s'oblige en plus à la culture d'un seul cépage, le pinot pour les vins rouges, le chardonnay pour les vins blancs ».

 

Ces contraintes à l'œuvre humaine constituent l'essence même des climats de la Côte d'Or. C'est elles qui ont permis la pérennisation de l'expression de la personnalité des lieux en tant que Projet de l’homme et de la nature. Les fameux « usages locaux, loyaux et constants » sont la réponse du génie humain aux contraintes naturelles, édifiée sur des siècles d’expérience, en vue de faire des vins d’excellence. 

 

Cette viticulture bourguignonne des climats a donné naissance à une économie et à une culture aujourd'hui plus vivantes que jamais qui ont produit et continuent de produire non seulement des vins internationalement reconnus, mais aussi des paysages remarquables - c'est la mosaïque des climats, si spectaculaire à l’Automne, qui s’étire de Dijon aux Maranges - et tout un patrimoine bâti, celui du vignoble et des villages, des villes de Beaune et de Dijon - avec un lien fort qui relie cet ensemble, la pierre calcaire. Roche-mère qui définit et hiérarchise les climats dont elle est le socle, pierre  de construction de tout le patrimoine bâti autour des climats : les murets, les cabotes, les églises, les cuveries… les labyrinthes de caves souterraines de Beaune et les Hospices ou le Palais des Etats de Bourgogne à Dijon…

 

Le « climat » en Bourgogne, c’est donc une oeuvre conjuguée de l'Homme et de la nature où génie du lieu et génie humain s'accomplissent ensemble – et ne peuvent que s’accomplir ensemble - dans le cadre d'une très longue durée historique.

 

Il en résulte que les climats de la Côte viticole de Côte d’Or et la constante référence au lieu pour caractériser les vins dont elle est le site emblématique sont aujourd’hui regardés dans le monde entier comme le modèle de la viticulture de terroir, son berceau et son archétype.

 

Quant au mot même de « climat », on le trouve utilisé officiellement dans les actes notariés depuis au moins le 16ème siècle, puis dans les premiers guides et traités à partir du 17ème, mais il est évident qu’il était usité oralement depuis bien plus longtemps. L’inclure dans le titre du dossier malgré les difficultés apparentes que peut présenter l’utilisation d’un mot du langage courant dans un sens particulier local nous a semblé une évidence. Comme le dit joliment Bernard Pivot, le président de notre comité de soutien, « la Bourgogne st la seule région au monde à avoir un climat dans le ciel et  des centaines de climats sur la terre… ».   

 

C'est donc l’idée de climat et la culture qu’elle a matérialisée autour d’elle qui sont au coeur de la Valeur Universelle Exceptionnelle qui justifie la candidature de la côte viticole au patrimoine mondial.

 

 

Question 2 :

Fort bien mais certains esprits chagrins vont objecter : pourquoi diable vouloir faire inscrire les climats de la Bourgogne sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco ? Sont-ils uniques ? Sont-ils en danger ? Je ne sais, dites-nous Aubert de Villaine qu’elle a été la genèse et les motivations de cette démarche de demande d’inscription ?

 

Aubert de Villaine :

Modèle de la viticulture de terroir, « le site culturel des « climats » est un conservatoire unique et vivant de savoir-faire et de traditions transmis et constamment enrichis que l’urbanisation et la banalisation actuelle des pratiques et des goûts pourraient rendre vulnérable ». De même, face aux tendances à l’uniformisation du monde, la protection de la diversité est un enjeu pour l’humanité,

 

Cette place unique dans le patrimoine de l’humanité de la culture des climats et du territoire qu’elle a construit, il nous semble important de l’affirmer aujourd’hui, certes pour démontrer au monde extérieur la vocation exceptionnelle de la Bourgogne, mais aussi et peut-être surtout pour faire prendre conscience à l’intérieur même du territoire de son caractère précieux, unique, patrimonial et qu’il est absolument impératif de veiller à ce que les moyens existent pour qu’elle perdure.

                                                                                                         

Et cela, nous le faisons en un moment de l’Histoire :

 

- où les règlements mondiaux et européens tentent de faire passer toutes les viticultures du monde dans un crible commun,

 

- où les AOC ont perdu un peu de leur aura et où on a le sentiment que l’I.N.A.O. sert plus à relayer les décisions européennes qu’à défendre nos spécificités françaises,

 

- où, dans un monde en mutation accélérée, il est capital de marquer les valeurs qui vous distinguent,

 

- où l’urbanisme dans le vignoble a besoin d’être maîtrisé (il est parfois presque top tard !) et où il est capital que la Bourgogne montre qu’elle est à l’avant-garde dans la protection de son patrimoine,

 

- où le développement durable a pris un poids essentiel et devient un critère déterminant de stratégie de développement et de conquête des marchés,

 

Question 3 : Le projet est sur les rails depuis avril 2009, le gouvernement français l’a en effet confirmé sur la liste des biens qu’il entend présenter à l’Unesco. Où en est le dossier ? Quelles sont les prochaines étapes que vous avez à franchir pour le constituer et le remettre aux autorités compétentes de notre pays fin 2011 afin d’être retenu parmi les 2 dossiers présentés annuellement à l’Unesco ?  Que peuvent faire mes lecteurs pour vous soutenir ?

 

Aubert de Villaine :

En Avril 2009 le Comité National des Biens Français a en effet confirmé le dossier des climats sur la liste dite indicative des dossiers qui pourraient être présentés au Comité International de l’Unesco. Depuis cette date beaucoup de travail a été réalisé tant au niveau de la démonstration de la Valeur Universelle Exceptionnelle du site – c’est le dossier dit scientifique qui est la base de la candidature – que de la mise en place d’un plan de gestion, élément lui aussi capital pour l’inscription puisqu’il consiste à prouver aux commissions de l’Unesco qui viendront inspecter le site que celui-ci possède les outils propres à le protéger et à assurer sa pérennité. On sait que l‘Unesco n’hésite guère à rayer un site de la liste du patrimoine mondial si celui-ci ne respecte pas les engagements pris lors de l’inscription.

 

Le 11 Janvier dernier, nous avons fait un point d’étape auprès du Comité national réuni par les Ministères de la Culture et de l’Environnement. Nous espérons maintenant être invités par le même Comité National à présenter notre dossier finalisé à la fin de cette année 2011.

 

Pour la suite il est préférable de ne pas en préjuger pour l’instant, sachant qu’on doit être choisi par l’Etat français parmi d’autres dossiers pour être l’un des deux que peut présenter la France chaque année, ce qui  ne peut pas être envisagé pour nous avant 2012 au plus tôt, vraisemblablement plutôt en 2013. L’Unesco a ensuite une année et demi pour examiner le dossier avant qu’il ne soit présenté officiellement pour être admis sur la liste du patrimoine mondial…ou refusé, ce qui est loin d’être rare : la France s’est vue à plusieurs reprises refuser des dossiers qui, dans ce cas, après révision, peuvent être présentés à nouveau à des sessions ultérieures. Comme vous le voyez le parcours des Climats de Bourgogne vers le patrimoine mondial est loin d’être arrivé à son terme !

 

Entre-temps ont été engagées de nombreuses actions de communication dont le but est de mieux faire connaître la candidature et d’encourager son appropriation par la population du territoire. Par exemple une exposition exceptionnelle de photographies évoquant la culture des climats est actuellement accrochée dans la cuverie du Château du Clos de Vougeot, siège social de l’association, après l’avoir été sur les murs du Palais des Etats à Dijon puis des Hospices de Beaune et avant de l’être au printemps prochain à Nuits-St-Georges.

 

On peut soutenir la candidature portée par l’Association pour l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l’UNESCO en rejoignant notre comité de soutien.

On peut s’inscrire sur le site : WWW.CLIMATS-BOURGOGNE.COM

 

 

N.B. Les phrases mises entre guillemets sont tirées de textes du Professeur Garcia de l’Université de Dijon qui supervise présentement la publication en un volume des contributions des nombreux chercheurs (historiens, géographes, géologues, sociologues, économistes, biologistes…) qui se sont mobilisés pour fournir le matériau scientifique du dossier de candidature.

 

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