Dimanche 13 septembre 2009
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« Verba volent, scripta manent… » la parole de l’archange contre celle du président Pompe ne pesait pas lourd
alors que ses propres écrits l’accablaient : comment pouvait-il nier sa démarche à l’ambassade des USA, sa lettre au Premier Secrétaire du PCUS, le bonnasse Khrouchtchev avec sa
godasse de l'ONU, alors que nous le tenions par la peau des couilles car, bien évidemment, nous avions laissé filtrer auprès de certains journalistes que nous avions les preuves de ce que le
Président avançait. Entre services secrets alliés ou même adversaires, se donner un coup de main en de telles circonstances relevait de la pure solidarité et de l’espérance d’un retour le moment
opportun. Nos collègues du SDEC nous avaient donc fourni le matériel ad hoc. D’ailleurs, dans son livre « L’Etat piégé » notre homme se contente de contester la véracité du lien entre
sa nouvelle démarche à propos de la mort de Kennedy, sur tout le reste il observe un silence total. En effet, le 21 septembre, à sa sortie de chez le juge Galmiche saisi de l’affaire, flanqué de
Me Floriot son défenseur, Alain Fernbach de Radio-Luxembourg lui tend son micro « Le chef de l’Etat, au début de sa conférence de presse vient de dire que vous aviez prévu l’assassinat du
président Kennedy en 1963. Est-ce vrai ? Est-il exact aussi que vous ayez demandé une autorisation de port d’armes ? » Sa mise au point, le lendemain au Georges V, devant une
cinquantaine de journalistes ne convainquit personne, sauf lui.
Nous avions réussi notre coup, l’archange même s’il secoua très fort les haubans de la République Pompidolienne venait
de recevoir la première banderille qui, ajouter à d’autres, le ferait se dégonfler. J’anticipe mais ma participation, plus qu’active, à l’élaboration du contenu de la contre-attaque
présidentielle me valut une aura toute particulière dans le marigot des officines. Sans vouloir rouler des mécaniques j’étais devenu pour eux « l’homme du Président », celui qui avait
su se montrer bien plus machiavélique que ce pauvre dénonciateur qui cachait ses messages sous des arbres, dans la forêt de Fontainebleau pour le premier. Il n’était pas de taille ce boy-scout
qui se prenait pour un génie de la finance, nous allions le bouffer tout cru. Cependant, je dois à la vérité que cette « célébrité » me précipitera, quelques années plus tard, dans une
fuite peu glorieuse. J’anticipe encore mais, en ce mois de septembre 1972, en chaussant des bottes, trop grandes pour ma petite personne, je m’engageais sur une terra incognita : celle des
grands prédateurs du monde économique et financier où j’allais vivre des moments rares tout en me mettant en permanence en danger. Chloé, de retour pour un temps de son escapade transalpine, me
prévint : « tu es trop seul, trop coupé de tout ce monde interlope, ton équipe est sympathique mais sans envergure, alors prend garde à toi, au premier faux-pas au mieux ils te
casseront, au pire ils te tueront… » J’avais ri. Elle m’avait dit « je tiens à toi ». J’avais répondu « moi aussi je tiens à moi… » Elle me rétorqua« je n’en suis
pas si sûr… »
Le premier appeau que je mis entre les blanches mains de l’Archange fut le rapport de l’Ingénieur Général de la
Construction Leguern sur la catastrophe de Tignes-Val d’Isère due à des avalanches ayant détruit des immeubles et fait de nombreuses victimes. Pour que ce cher homme soit persuadé que ce dossier
lui tombait dessus par le plus heureux des hasards nous avions chiadé la mise en scène : une chemise bien jaunie astucieusement glissée dans une pile de dossiers sur le bureau d’une des
secrétaires du service du courrier parlementaire. L’archange fouineur adorait fureter, à l’heure du déjeuner, ce lieu était pour lui une mine recelant une extraordinaire diversité de cas bien
gratinés. Dès qu’il eut les 50 feuillets du rapport Leguern entre les mains, nous sentîmes comme une lueur d’euphorie s’inscrire sur son visage de clerc de notaire bouffeur de salade. Mon choix
était judicieux car les pièces accumulées par le haut-fonctionnaire étaient accablantes : ainsi sous la référence 1 G 70 22 du 10 novembre 1970 était mentionné que « 1044 logements, 704
lits, 514 chambres d’hôtel et 41 constructions à usages divers » avaient été autorisés dans les zones exposées à des risques d’avalanche. Tout ça ne datait pas d’hier : les permis de
construire, avec avis favorable ou pas d’avis du maire, dans des zones dangereuses s’accumulaient, ainsi que quelques victimes par ci par là. Pas de quoi émouvoir les bétonneurs des neiges mais
vraiment tout ce qu’il fallait pour mettre notre archange dans un état de lévitation proche de l’extase. Le « pigeon » était vraiment ferré restait à entretenir son appétit pour les
affaires qui puaient.
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