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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 00:09

 

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En ce début d’année Sophie, si je puis m’exprimer ainsi, est éruptive. En effet, avec sa deuxième chronique sur mon Espace de Liberté, elle nous transporte dans l’intimité des profondeurs de notre Terre pour vous faire part d’une rencontre d’un autre type : « quand la roche rencontre le vin… »

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Après l’eau le feu, après le pays basque les terres arides du Languedoc…

 

Comme dans ma première rubrique sur le vin de la mer, je reste fascinée par l’empreinte de l’environnement sur un vin. Et celle de la roche volcanique sur Stratagème basalte est à chaque dégustation un étonnement renouvelé. L’effluve chaud et cendré de la roche en fusion…

 

Est-ce le pouvoir d’évocation des mots sur la perception sensorielle ?

 

Pourtant je le hume, je le déguste ce basalte issu d’un magma né des profondeurs de la terre. Il transcende le cépage, le savoir-faire de l’homme, la tradition viticole… il est l’essence de la terre, d’un terroir extrême.

 

La démarche de Thierry Rodriguez www.prieuresaintsever.com, chasseur de crus, comme il aime à se définir, est de saisir l’expression particulière d’un sous-sol et de son influence intangible sur les arômes et la structure du vin. Si la notion de terroir implique bien-sûr une complexe interaction du sol avec le climat et les modes de conduite, l’intention dans la gamme Stratagème est de tenter d’isoler l’effet sol sur une base de cépages méditerranéens classiques. Thierry Rodriguez nous fait voyager au centre de la terre à travers Schistes, Calcaire, Poudingues et Granit… pour ne citer que quelques uns des 11 Stratagème de la gamme construite avec le concours d’un géologue œnophile, Philippe Combes, et d’un œnologue audacieux, Jean Natoli.

 

Mais revenons au Basalte d’Autrement vin (prix consommateur indicatif : 10 € à 12 €), le plus atypique des Stratagème. Le mystère reste entier : comment une force aromatique minérale aussi brute peut-elle se conjuguer en bouche à une suavité si douce et fraîche ? La groseille, la réglisse, le poivre de Se chuan atténuent avec subtilité le souffle empyreumatique de ce vin de basalte ; une texture fine et fondue enrobe des tanins concentrés et mûrs… l’émotion est grande quand la vigne est à l’unisson de la géologie.

 

Les palais conventionnels sont priés de s’abstenir !

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 08:00

Pour une fois je vais faire preuve de charité chrétienne en évitant de pratiquer une forme de « vacherie virile » qui me vaudrait les foudres d’Iris. Pour ce faire au lieu de d’attribuer le prix de la citation la plus naze sur une carte de vœux – seul le sieur Charlier, eut égard à ses prédispositions pour la mise en boîte vacharde mais argumentée, a eu l’exclusivité de la carte qui aurait du recevoir ce trophée – je vais décerner à l’unanimité de moi-même – ce qui est fort représentatif – le prix de la citation bouche d’or.

 

Ce qui est remarquable sur le Net c’est la capacité de beaucoup à péter plus haut que leur cul, à faire genre comme dit la fine gâchette d’Arbot, à ne pas avoir les moyens de leur politique. Alors, comme nous sommes du pays de l’exception culturelle, pour eux il est de bon ton d’étaler une culture piochée dans les citations glanées sur la Toile. Par bonheur, dans cet univers de culture en kit, parfois une exception illumine la grisaille, troue le vide sidéral des baby-glougueur, m’enchante, me remplit d’aise et facilite mon choix.

 

Pour l’ensemble de l’œuvre texte, citations et illustration pleine d’humour je décerne mon trophée à Marc Parcé de La Rectorie...

 

 

2011...

 

« Quand on va jusqu'au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. »*

 

«Nous traversons une crise planétaire. Elle est économique, sociale, globale : c'est une crise de civilisation...Une crise offre risque et chance : risque de régression, chance de trouver des solutions nouvelles. L'humanité n'arrive pas à devenir l'humanité: c'est peut-être ça la crise fondamentale que nous vivons...Si l'on considère la course du monde, on voit qu'on va vers une aggravation des phénomènes, la multiplication des armes, les manichéismes ethnico-nationalo-religieux, etc. Les probabilités sont très catastrophiques mais l'improbable peut arriver !

 

...Le poète Hölderlin a écrit:

« Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. »

 

ça veut dire que plus le péril sera lisible, plus nous serons capables de nous mobiliser et de trouver des solutions.

 

«L'idée d'improbabilité rend possible l'espérance. »

Edgar Morin

 

En DEUX MIL ONZE

comme l'espoir ne suffit plus,

découvrons l'espérance !

bonne année à tous

Jocelyne, marc & leurs enfants

ainsi que tous les membres des domaines

 

*Bernanos

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 00:09

« La cuisine taoïste est basée sur deux principes : 1. une nourriture simple et bonne et 2.une vie simple et bonne. Les aliments choisis sont pour la plupart d’origine végétale. On évite la viande, le poisson, les œufs, l’alcool, le glutamate, le fromage et les graisses. Cependant, on ne condamne pas ceux qui en mangent. Si de la viande ou du poisson sont servis à un banquet, le taoïste en prendra un petit peu de façon à ne pas offenser son hôte. De même, si on porte des toasts, il avalera une gorgée de vin ou de bière mais il ne se laissera pas aller à consommer des alcools forts. Si des visiteurs arrivent à un monastère taoïste, il est possible qu’on leur serve de la viande, du poisson ou des alcools variés parce que l’invité doit toujours se sentir chez lui. »

 

Voilà des gens forts accueillants. Pour eux « la table de banquet n’est pas le lieu pour enseigner, modifier le comportement des autres ou faire montre de sainteté. » Moi je trouve ça reposant, civilisé, si éloigné de tous nos preneurs de tête gardiens de notre santé physique, morale, mentale, qui veulent nous « convertir » à leur nouvelle religion de l’hygiénisme moderne grand pourvoyeuse de clients pour la pharmacopée. Bien sûr nos moines taoïstes ne sont pas dépourvus d’un certain esprit pratique lorsqu’il s’agit des membres du Parti en tournée d’inspection, surtout ceux du Bureau des Affaires Religieuses, et créer avec eux un heureux climat d’euphorie permet d’aplanir bien des situations.

 

Le taoïsme est « la religion du ventre » écrit Michael Saso dans son livre « À la table d’un cuisinier taoïste » aux éditions Philippe Piquier. Les chinois souligne-t-il ont 3 pratiques religieuses : « le confucianisme fournit des lignes de conduites pour les relations sociales, le bouddhisme enseigne la libération de l’âme après la mort et le taoïsme, la vie et la nature. Ces trois pratiques religieuses constituent la singularité de la culture chinoise ; l’esprit y est fait pour la pensée et le jugement, le cœur pour la volonté et l’amour, et l’estomac pour la sagesse intuitive et la digestion. »

 

Pour illustrer la cuisine taoïste j’ai choisi les Ouïgours – ne pas faire la confusion kouchnérienne – qui sont l’une des nationalités vivant dans les zones altaïco-turques de la célèbre route de la Soie. Ce choix n’est pas innocent, ils sont avec les Kazakhs, les Ouzbeks, les Tadjiks, les Huis réputés pour leurs nouilles végétariennes. « L’histoire de Marco Polo rapportant les spaghettis de Chine » ne pouvait que séduire un fondu de la pasta comme moi. Tous ces peuples sont musulmans mais « la nourriture demeura la même le long de la route de la Soie, et le vin aussi. Bien que les Ouïgours soient de bons musulmans et s’abstiennent de manger du porc et des coquillages, ils continuent à boire le vin doux issu des vignes des déserts de la route de la Soie »

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Nouilles Ouïgoures

 

Les nouilles ouïgoures sont des lanières de pâte (farine de froment) de 6mm de diamètre sur 90 cm de long, les ouïgours les placent sur leurs épaules avant de les jeter dans l’eau bouillante.

 

« Coupez les poivrons verts (3), les tomates bien mûres (3) et les oignons blancs (1) en petits morceaux. Faites chauffer le wok, mettez-y l’huile et faites sauter l’oignon, les tomates et les poivrons pendant 2minutes. Coupez les haricots verts en morceaux (150g) en morceaux se 2 ?5 cm de long et ajoutez-les avec l’ail haché (4 gousses). Laissez cuire encore deux minutes, jusqu’à ce que les légumes soient tendres, mais pas trop. Versez ce mélange sur des nouilles que vous venez de faire cuire à l’eau bouillante al dente et saupoudrez de graines de cumin. »

 

Pour la boisson : bière chinoise ou vin doux ou thé compressé en briques plus doux et plus faible en théine que le thé noir indien.

 

Méditation V

 

L’être qui est entre le ciel et la terre ressemble à un soufflet de forge qui est vide et ne s’épuise point, que l’on met en mouvement et qui produit de plus en plus de vent.

 

Pour les curieux, en cache une chronique à découvrir absolument d'un petit clic http://www.berthomeau.com/article-en-toutes-choses-il-faut-avoir-les-moyens-de-sa-politique-les-citations-pour-les-voeux-64546749.html

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 00:09

Longtemps je me suis demandé en arpentant les allées des salons divers et variés ce que j’y faisais. Derrière leurs saintes tables emplies de beaux flacons alignés tels les biffins du 152e régiment d'infanterie de ligne (152e RI) – créé sous la Révolution française et surnommé régiment des Diables Rouges – Vigneronnes&Vignerons, hormis ceux qui me connaissaient, dès que je pointais ma tronche de cake, se demandaient avec un soupçon d’angoisse « avons-nous ferré un gros poisson ? »  Normal car, en dépit des étiquettes que l’on me colle « haut-fonctionnaire parisien », « petit rapporteur », « dragueur de câlines », j’ai la tête et la mise d’un acheteur doté d’un beau portefeuille. Espoir cruellement déçu lorsque je déclinais mon absence totale de profession, le vide sidéral de mes occupations. Comme je les comprenais, les salons ne sont pas faits pour drainer des « parasites » de mon espèce plus portés sur le bavardage que sur le colportage de flacons en direction de la consommation. Voilà donc une bonne raison de mon abstention.

 

Pour autant je ne suis pas en train d’écrire que les journalistes de profession n’ont rien à faire dans les salons. Bien au contraire, le rassemblement en un seul lieu des flacons et des vignerons leur permet d’exercer leur profession dans d’excellentes conditions. D’ailleurs, l’an passé j’ai eu le plaisir de croiser une petite poignée d’entre eux avec qui j’ai fait ensuite cause commune pour une aventure électronique dès plus sympathique dites les 5 du Vin. Eux iront sans nul doute et mon abstention aux salons de début de saison : Millésime Bio à Montpellier et le Salon des Vins de Loire à Angers ne troublera guère le petit monde du vin. Bref, ne croyez surtout pas que je joue le cabot qui veut se faire désirer et qui attend que le public vienne le supplier de remonter sur scène. Chez moi le mal est plus profond : comme une envie d’un temps sabbatique, hors le cercle, loin des petits clapots du marigot et de certains agités du clavier qui me gonflent passablement. Mon seul regret sera de ne pouvoir saluer mes amis vendéens et autres, mais je saurais trouver le temps d’aller leur dire un petit bonjour chez eux dès que l’occasion m’en sera donnée.

 

Ce souhait est une bonne transition vers mon incapacité notoire à faire de la dégustation de type « abattage ». Je fatigue, ça m’ennuie, et plus encore si de surcroît le vigneron m’assène un cours de géologie, d’ampélographie et de plein de science en i je coule car je ne sais pas tenir mon verre, prendre des notes, humer, déguster, gazouiller et donner le change. Moi j’aime le silence des bibliothèques et des librairies ou le bruit des cafés mais pas ce chemin de croix, à station multiples, où je souffre en silence sans qu’aucune Marie-Madeleine ne vienne à mon secours en me proposant les délices d’un ciboire annonciateur de plaisir. Vignerons&vigneronnes, vendeurs de vin de toute obédience, ne prenez pas à mal ce que j’écris car je suis un inadapté inguérissable qui ne sait que baguenauder, flirter avec les lignes, bavasser, chroniquer à tort et à travers. N’essayez pas de me convertir, de me tirer les vers du nez pour en savoir plus sur mon moi profond, faites tranquillement votre boulot sans vous soucier de moi. Que voulez-vous, contrairement à certains, je ne suis pas 100% vin, j’ai une autre vie, même une double vie, ce qui ne m’empêche pas pour autant d’en consacrer une belle part à l’extension du domaine du vin en ferraillant contre tous ceux qui veulent l’enfermer dans leur pré-carré ou carrément le transformer en friches pour nous défendre contre nous-mêmes.  

Bons salons à tous et à toutes, à bientôt... je pars de ce pas courir la peurtantaine http://gasdutsarollais.free.fr/textes/la_peurtentaine.htm  

 

Pouffe 4088

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 02:09

 

270px-Statue Mellinet

Je reçus, dans les jours qui suivirent, un carton d’invitation de son Excellence l’Ambassadeur de France qui me conviait à dîner pour le mercredi de la semaine suivante. Charles-Enguerrand de Tanguy du Coët, en fin diplomate, avait fait libeller son invitation à mon nom, comme il se doit dans nos belles représentations diplomatiques : à la plume et en  écriture anglaise, mais en y accolant un «et madame»  fort peu compromettant. Francesca se réjouissait de cet accouplement, elle me susurrait sur l’oreiller « c’est un officier d’Etat civil il pourrait nous marier... » En soupirant, lâche soupir de soulagement, je lui rétorquais qu’il eut fallu pour cela qu’elle ne fût plus la légitime épouse du Général. « Alors fais-moi un enfant ! » Mon grand rire puis ma répartie « si ça n’est pas déjà fait ça ne saurait tarder ma belle » la surprenait avant de la plonger dans un ravissement extrême « ce sera donc ce soir » décrétait-elle en me chevauchant. Son assaut, son corps frais et lisse de jeune fille, sa façon de rejeter ses cheveux en arrière, son sourire accroché à ses lèvres bien dessinées, déclenchait dans ma tête un étrange ballet d’images floues, de noms, de prénoms qui me tirait vers un lieu que je n’arrivais pas à cerner. Je m’évadais. Francesca prenait mon air un peu à l’Ouest pour le début de mon plaisir. « Attends-moi ! haletait-elle je veux que tu m’emplisses quand je vais jouir... » Sa voix semblait venir du fond de ma mémoire, je m’accrochais à une fine raie de lumière que je croyais entrapercevoir. Ce furent mes mains, accrochées à la saillie de ses crêtes iliaques, qui me firent basculer là où je cherchais à aller. Francesca se cabrait. Je la sentais m’engloutir, elle gémissait et moi je criais « Mellinet ! » en laissant ma sève jaillir.

 

En dépit de mon extrême dénuement post petite mort je me redressais sur mon céans ce qui surprenait Francesca. Inquiète, elle me questionnait d’une petite voix angoissée « Qu’as-tu ? » J’éteignais la lampe de chevet avant de lui répondre « Il faut que je te parle... » Elle venait se blottir tout contre moi « tu vas me quitter... » Je la rassurais en lui caressant les cheveux. Dans la pénombre de cette chambre où je venais de faire un enfant, du moins était-ce le désir de ma partenaire, je me sentais bien et je me mis à dévider ma pelote « Je vivais de peu, arrondissant mon petit pécule comme pion à mi-temps dans une boîte de curés, mais je vivais bien de pâtes, d'œufs au plat et de riz au lait. Sapé comme un prince par ma très chère maman j'étais un privilégié car je logeais en ville. Un rez-de-jardin, rue Noire, dans le pavillon d'une vieille baveuse pour qui j'assurais l'approvisionnement et la maintenance de sa chaudière à charbon. Certains soirs, lorsqu'elle s'ennuyait, je devais me taper un petit sherry avec des gâteaux secs en sa compagnie. C'est dans sa salle à manger Henri III, sur la chaîne unique, que j'ai vu Marcel Barbu, candidat à la première présidentielle au suffrage direct, en 1965, pleurer. Beaucoup de mes copains ou copines, fauchés, vivaient à la Cité U de la Jonelière, loin du centre, dans des piaules de neuf mètres carrés, meublées dans le style fonctionnel des prisons. Passé vingt-deux heures ils étaient coupés de tout, crevaient d'ennui et, pour couronner leur solitude, ils subissaient un règlement intérieur digne d'un internat de jésuites : interdiction de bouger les meubles, d'accrocher des photos aux murs, de manger dans sa piaule. La cerise sur ce gâteau déjà lourd était, bien sûr, l'interdiction faite aux jeunes mâles d'accéder au pavillon des filles.

 

La revendication de la mixité horrifiait beaucoup de mères dans les salons où je traînais encore mes guêtres. En les écoutant décrire l'effondrement des valeurs morales qui s'ensuivraient, je balançais de leur rétorquer que leurs filles n'avaient de cesse de m'offrir, sous leurs jupes plissées, les mêmes avantages à domicile. Mais, à quoi bon m'offrir ce plaisir, j'étais déjà ailleurs, loin des appâts vénéneux de ces oies blanches des beaux quartiers. Lors d'un dîner, le recteur d'Académie, un gros au teint apoplectique, enserré dans un costume trois pièces à rayures tennis, qui le faisait ressembler à un parrain de la Cosa Nostra, en tirant sur son havane, et en sirotant son Armagnac d'âge canonique, devant la basse-cour décatie, concluait sa brillante analyse de la situation, d'une remarque de haute portée morale « Hier, ils réclamaient des maîtres ; maintenant, ils leurs faut des maîtresses... » Tout le monde s'était esclaffé, sauf Pervenche, la fille de la maison, et moi. Elle m'avait chuchoté dans l'oreille « on monte dans ma chambre sinon je dis à ce vieux satyre qu'il parle en expert puisqu'il se fait ma très sainte mère... » Notre sortie de table me procurait une satisfaction proche de l'extase. Pervenche me tirait à bout de bras. C'était une grande bringue, plate comme une limande, avec de grands yeux de cocker et un casque de cheveux coupés courts. Je souriais bêtement. Ma serviette de table encore accrochée à ma ceinture flottait entre mes cuisses tel un drapeau blanc. Le silence s'était fait d'un coup. Anne-Françoise, la mère de Pervenche, pressentant le danger d'une remarque assassine de son unique fille, fit front avec panache. Elle se levait, souriante, «  et si nous laissions ces messieurs à leurs cigares et à leur envie de parler politique entre eux, sans subir nos babillages féminins si importuns... » Nous étions déjà proche de la sortie. Pervenche se retournait. Pour l'amour et les beaux yeux verts de sa mère, à mon tour, je la tirais vers le hall. Elle trébuchait. Lâchait un « merde alors » sonore. Je la rattrapais au vol. « Tu la boucles sinon je me casse ». Elle cédait. Nous volions dans l'escalier d'honneur. Ma nuit avec Pervenche fut ardente et studieuse. Je découvris les condoms. Ma partenaire insatiable pendant que je reprenais des forces, calée dans les oreillers, me parlait de Dany le rouge, le révolutionnaire joyeux qui se méfiait des Bolchëvo-staliniens, des marxistes à la triste figure, des prophètes sentencieux portant sur leurs chétives épaules tous les malheurs de l'humanité. C'est donc dans un lit douillet d'un hôtel particulier de la place Mellinet que je fis mes premiers pas de révolutionnaire dans les bras d'une adepte du mouvement du 22 mars. »

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 00:09

Je suis fou de Verdi ! C’est tripal ! Je vous propose donc en ce dimanche où certains vont tirer les rois à la fois le texte d’une vieille chronique : « Pépé aimait l’opéra» et la scène 1 du premier acte d’Ernani avec le célèbre chœur Evviva ! Beviam ! Beviam !

 

« Je m'appelle Léone Gémény. Mon grand-père était fou d'opéra. Il avait entendu la Callas, Tebaldi et tutti quanti. Pendant quarante ans il alla de Salzbourg à Vérone, de Bayreuth à Vienne et - surtout - à la Scala...

En septembre 1954, grand-père fêta ses quatre-vingts ans. Très affaibli : il marche difficilement, cherche querelle à sa gouvernante pour un rien et ne sort de cet état pitoyable que pour écouter des disques de bel canto. Le 6 décembre, coup de téléphone de sa gouvernante : il a disparu. La gendarmerie, prévenue, ne retrouve pas sa trace. Un avis de recherche est diffusé, avec sa photo, dans la Voix du Nord.

Le 10 décembre. Nouvel appel de Marthe. Il est réapparu cet après-midi extrêmement fatigué et s'est couché immédiatement. Il refuse de donner la moindre explication. Nous arrivons en hâte. Calé sur un oreiller brodé à son chiffre, grand-père raconte : « Je voulais m'offrir une escapade à Milan et je suis allé entendre le spectacle d'ouverture de la saison à la Scala. » Puis, il s'endort. Nous rentrons à la maison.

13 décembre. Mme Marthe en pleurs, au téléphone. Elle a trouvé grand-père mort dans son lit. »

 

Extrait de Opéra La diva et le souffleur Autrement juin 1985

 

J'aime bien ce petit texte. J'aime bien les gens capables de prendre le premier train pour... J'aime beaucoup les grains de folie. J'aime beaucoup ceux qui gardent leurs passions intactes. J'aime beaucoup l'opéra, surtout celui de Verdi. Mon tube : Ernani du génial Giuseppe dans la version enregistrée le 7 décembre 1982 à la Scala de Milan avec à la baguette Ricardo Mutti et Romano Gandolfi comme maître du choeur. Pour les interprètes : Placido Domingo, Mirella Freni, Renato Bruson, Nicolai Ghiaurov... Si le spleen vous gagne en ces temps mous et gris, chargez sur votre Ipod le choeur de la scène 1 du premier acte, ça vous redonnera goût à ma vie. En traduction libre ça donne : Hourra ! Buvons ! Buvons !

                          Trouvons du plaisir au moins dans le vin !

                          Que reste-t-il d'autre au bandit,

                          évité par tous

                          S'il n'a pas un verre ?

                          Jouons, car l'or

                          est un trésor inutile,

                          qui vient et qui part.

                          Jouons, si la vie

                          n'est pas rendue plus agréable

                          par une beauté souriante.

                          Dans les bois et sur les collines

                          nous avons nos seuls amis,

                          le mousquet et le poignard.

                          Lorsque descend la nuit

                          dans la triste grotte

                          qui nous sert d'oreiller.

                          Soyons gais et buvons. Buvons !

                          Trouvons du plaisir au moins dans le vin.

 

Bien sûr c'est mieux chanté par le choeur de la Scala en italien. C'est édité chez EMI. Le livret d'Ernani est de Francesco Maria Piave d'après Victor Hugo. La première d'Ernani eut lieu le 1er mars 1844 à la Fenice de Venise.

 

Je vous propose une version classique en audio et une version populaire en vidéo 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 00:09

Dans le petit monde confiné de ce que certains dénomme le Bloglouglou – dénomination qui sent la régression comme le note à juste raison notre consœur vigneronne-journaliste Catherine Bernard – la propension à qualifier de débat de fond une certaine forme d’agitation verbeuse me ravit. Les rôles sont bien distribués, chacun joue sa partition, délivre son message, le plus souvent avec des on tout rond, bien creux pour contenir tout et rien. C’est pratique, c’est même très commode, ça fourre ceux qui se reconnaîtraient dans le sac prévu à cet effet. Est-ce à dire pour autant que nommer c’est dénoncer, être un délateur. La réponse est bien évidemment non, dire ce que je considère – le moi ici s’impose – comme contraire soit à ce que j’estime être la vérité, soit inexact, soit outrancier, n'est en rien une dénonciation et pire une délation...Mettre en vis-à-vis de mon opinion le nom de celui dont je conteste les dires ou les écrits ou celui d’un groupe n’a rien d’une délation. Nommer est bien plus respectable et courageux que l’hypocrisie de la généralité. Pour autant dire ou écrire, même avec vivacité, n’est pas insulter. C’est se confronter, même s'affronter, sans se masquer. Bien plus méprisable sur le Net est l’anonymat de certains commentateurs vindicatifs. Là sont les délateurs, les pleutres, les méchants, ceux qui se complaisent dans l’anonymat couard. Je préfère ceux qui me disent en face que je suis un con ou tout le mal qu’ils pensent de moi à ceux qui se font patelin, gentil en façade pour cacher les aigreurs d’estomac à mon endroit. J’ai toujours pratiqué cette franchise directe, quoiqu’il m’en coûte, comme ce refus de serrer la main, lors d’un pince-fesses « glouglou » à un député – toujours député – car je ne supportais pas ses propos xénophobes dans son bulletin municipal d'une ville qui sonne comme un Grand Chateau de Bordeaux. J’eus droit à des menaces sur mon devenir. En toutes circonstances je préfère le dire à qui de droit à l’amalgame large et pâteux. De même lorsque j’estime que Michel Rolland profère des énormités – qu’il déclare ne pas avoir dites – je l’écris au risque de voir ses adorateurs claquer la porte de mon espace de liberté.

 

Bref, tout ça pour présenter une de mes dernières acquisitions chez un libraire à Apt Traité de la Délation par Romain Motier citoyen de Genève 1947 publié Aux dépens de Romain Motier. L’auteur, mort le 17 novembre 1946 dans sa modeste maison du Plan-des-Ouates, était né à Carouge en 1873, a suivi une carrière paisible à la Bibliothèque publique de l’Université. Pendant les deux grandes guerres il prodigua ses soins à l’Office Central de la Croix Rouge. Grand voyageur, érudit, s’adonnant à des travaux historiques et philosophiques, En France, connu d’une élite littéraire, il amassa lors de ses longs et fréquents séjours une importante documentation car « les vicissitudes de ce malheureux pays l’intéressaient beaucoup » Son opus le plus fameux fut son Traité de l’Intolérance achevé en 1945.

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« De la délation en général »

 

« Il est curieux que le mot délation s’applique tout ensemble, chez les auteurs qui savent les nuances de leur langue, à la dénonciation politique et à une démarche méprisable. Pourquoi ce sens péjoratif ? Parce que la délation est censée, en principe secrète, tortueuse et au surplus intéressée. »

 

ARTICLE 58 du Code Pénal Soviétique, paragraphe 12

 

« L’omission de la dénonciation, s’il s’agit de la préparation dûment connue ou de l’exécution d’un délit contre-révolutionnaire, comporte la peine de privation de la liberté pour une période de temps qui ne sera pas inférieure à six mois. »

 

Le « Vice National des Français »

 

«La délation est devenue le vice national des Français » écrivait récemment M. Lourenço Barretos, l’éminent journaliste d’Amérique du Sud. Cette assertion a paru étonnante à quelques personnes peu au courant de la psychologie des peuples. Comment l’esprit de délation pourrait-il fleurir dans une nation qui a pris pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité ?

Mais justement cette formule mérite d’être expliquée.

En matière de fraternité, il est bien connu que la vertu de ce nom représente un idéal inaccessible et non pas une pratique établie. Toutefois, il y a des peuples où le sens fraternel, communautaire, existe à quelque degré. On se plaît à le reconnaître chez les Russes, chez les Allemands (à l’intérieur de leur race, bien entendu) et chez des peuplades primitives où l’on se sent encore proche des origines, uni par le sang, par les préjugés de la tribu, par l’inceste, par la religion. Les Français ont, depuis longtemps, dépassé ce stade. Ils ne sont plus qu’une poussière d’individus et s’en vantent parfois. Il est naturel que nulle part plus que chez les Français on ne voit servir le férocité personnelle, le struggle-for-life, le système du débrouillage aux dépens de la société, bref l’égoïsme. Passons condamnation et n’en parlons plus. »

 

Et de citer le témoignage d’un magistrat d’une petite ville de province ayant instruit des affaires avant, sous et après Pétain « j’y ai observé tous (vous m’entendez bien : tous) les actes possibles contre l’amitié. Les amis s’y sont poursuivis, dénoncés, trahis, livrés, persécutés et parfois, je puis bien le dire : assassines. Et cela, non par politique ni par patriotisme, non par le commandement d’un idéal qui expliquerait le sycophante s’il ne l’excuserait pas. Non ; mais par la plus basse crainte, par une peur abjecte d’être confondu dans la même réprobation du bras séculier – quand quelque sordide intérêt de pécune ne poussait pas encore plus profond au terreau de la foule les racines de ces horreurs. »

 

En matière de liberté, la France n’a jamais marqué l’appétit sincère du libéralisme, qui est le respect des libertés réciproques ; son histoire offre une longue suite d’intolérances et d’oppressions. Elle s’accommode très bien de la tyrannie, comme tous les peuples dit démocratiques, pour qui il s’agit simplement d’établir un tyran collectif, l’hégémonie d’une classe et d’un parti.

Actuellement, nous voyons très bien les Français tolérer la suppression de toutes les libertés publiques, spécialement de la liberté de pensée et d’expression, et ne s’en porter guère plus mal. Chacun d’eux se moque de la liberté d’autrui, et ne proclame sa liberté propre que pour faire litière de celle-là. Ici, encore : n’insistons pas, il faudrait retracer la chronique de trois siècles pour démontrer une vérité si évidente. Nous n’aurons pas le ridicule de chercher tout un trousseau de clés pour ouvrir une porte déjà béante. »

 

« Mais en matière d’égalité, le peuple français est sans rival. Il nourrit la passion, la manie, l’obsession de l’égalitarisme. Il est chicanier, revendicateur, jaloux, inquisiteur. C’est lui qui, seul dans le monde, avait inventé des numéros d’ordre imprimés pour les gens qui attendent l’autobus : seul moyen, à Paris, par exemple de les empêcher de s’entretuer ! Seul moyen de créer un droit écrit, un titre palpable, un document pour la priorité, sans quoi chaque retardataire hurle contre celui qui a eu la chance d’arriver avant lui... Et encore, quiconque a vu les regards de haine que suscitait un porteur de carte spéciale (femme enceinte, mutilé, médecin) peut mesurer l’affront que cause à l’égalitarisme français la moindre exception, le moindre privilège fût-il réglementé et justifié... Haro sur le plus riche, sur le plus heureux, sur le moins bête ! De quel droit a-t-il ce que je n’ai point ?

La haine de l’ordre naturel découle justement chez les Français, de ce grief : la nature distribuant inégalement ses faveurs, la vengeance consistera à l’accuser d’injustice ; et en effet la nature n’est point du tout républicaine.

 

Or, quand on en vient à accuser ses favoris, nous voici à la dénonciation. Car la dénonciation consiste essentiellement à récriminer contre celui qui vous a fait tort, soit d’intention, soit de fait simplement. Si nous employons cette expression, c’est que dans le Midi de la France, elle est courante : M’en-fa-tort, le ils m’ont fait tort, ne sont autres que ces éternels envieux sans cesse prêts à se plaindre du voisin au maire, au garde-champêtre, au curé, au préfet, au Vénérable de la Loge au député, au bon Dieu ou à ses saints. Ils se sentent offensés, outragés, dépossédés par l’existence même de leurs rivaux. Ils ne peuvent supporter qu’ils soient gratte-culs quand il y a des roses, noisetiers quand il y a des chênes, caporaux d’infanterie quand il y a des lieutenants de hussards, cocus quand il y a des séducteurs, ni que le poison morde à la ligne du camarade, ni que la peinture soit plus chère que la photographie. Avec des dispositions pareilles il est évident que la délation germe naturellement dans un peuple si à cheval sur ses droits, ou plutôt sur ses notions du droit. »

 

Citation ne vaut pas approbation de tous les propos de l’auteur mais, même si ceux-ci peuvent paraître datés, il n’en reste pas moins vrai qu’ils recèlent un part de vérité qui est certes peu agréable à entendre mais que nous aurions tort d’ignorer. Apposer à qui que ce soit l’étiquette de délateur, même par dérision, sous-entend que l’on y fourre tout ce qui précède, c’est infamant. Les mots ont une valeur, un poids, les aligner sans aucun souci ou pire avec l’intention de blesser, participe bien à une volonté de nuire. C’est moche. C’est très petit. C’est très français. Mais que voulez-vous « Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas. » Paul. Rom., XV, 1. Quoiqu’il en soit je ne me sentirais pas à l’aise ni dans la peau d’un dénonciateur ni dans celle d’un délateur, je suis un attaqueur parce que j’aime l’attaque, au sens sportif, et que j’ai une bonne défense. Ayant pratiqué le basket de haut niveau, jeu ou l’on est tour à tour défenseur puis attaquant, j’aime l’homme à homme, le marquage à la culotte, la passe décisive ou le shoot à distance. Voilà c’est dit, après ce petit match en chambre, je m’en retourne à mes occupations domestiques... Comprenne qui pourra !

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 08:00

Ce que j’aime dans le premier mois de l’année c’est de pouvoir embrasser en toute sérénité, je n’ose écrire sécurité, plein de jolies femmes que tout au long de l’année je dois me contenter de saluer. Plus sérieusement, autant les vœux en routage et les discours interminables me gonflent, ce rituel un peu désuet du « bonne année » me plaît. Prendre le temps d’envoyer un petit mot, de téléphoner, d’échanger des sms, de renouer avec une parcelle de chaleur des liens un peu distendus c’est un « peu de douceur dans un monde de brutes ». Pour ne rien vous cacher chers lecteurs j’aurais été sensible à cette chaleur qui fut bien frêle et bien vacillante en ce début d’année... Merci à ceux qui ont pris le temps. Je leur répondrai personnellement. Pour les autres, même si ce n’est pas très commercial de morigéner ses lecteurs, je leur propose de lire cette chronique de mes vœux 2006 qui illustre mon petit propos matinal.

 

« Chers lecteurs, chers abonnés, ou vous qui êtes de passage, connus ou inconnus, ce matin loin de sacrifier à un rituel c'est avec plaisir que je saisis ma plume électronique pour vous souhaiter à vous et à ceux qui vous sont chers :

 

Une Bonne et Heureuse Année 2006

 

Chaque jour ou presque je m'adresse à vous, je tente plus ou moins adroitement de renouer les fils, de faire bouger les lignes, de créer les conditions du dialogue, de la discussion ; s'écouter, s'entendre, s'élever, s'accepter, vivre en société, vaincre nos peurs, être des hommes de paix résolument, refuser le fatalisme, croire en notre capacité de dépasser nos égoïsmes, travailler avec passion dans un monde dangereux et dur, si opulent et si démuni, oui chers amis vivre ensemble tout simplement...

 

Les mots écrits ont un poids et permettez-moi brièvement de vous conter une chose de la vie, de ma vie au temps où j'occupais le bureau ovale de l'Hôtel de Villeroy au 78 rue de Varenne. Chaque soir, la pile des parapheurs, lire, signer tout ce courrier en réponse aux lettres adressées au Ministre. La froideur et l'inhumanité du courrier administratif, lettres argumentées, la sécheresse du style, la chute brutale : en conséquence nous ne pouvons pas faire droit à votre requête... Un soir, en vis à vis d'un de ces courriers, un appel au secours d'une dame pour son fils empêtré dans les absurdités de l'attribution de la dotation jeunes agriculteurs, pour d'obscures raisons l'administration disait non après avoir indiqué que ce serait oui.

 

Je n'avais pas envie de signer ce torchon gris. Alors je pris ma plume et j'écrivis à madame Chadozeau de Cellefrouin 16260. Je n'ai plus souvenir de ce que lui écrivis mais par la suite, à chaque nouvel an, sur une petite carte naïve je reçus les voeux de cette dame avec en final cette phrase « encore merci d'avoir bien voulu perdre votre temps pour nous répondre (et pas une lettre « tapée machine ») Merci...  Vous comprendrez donc que les voeux sur papier glacé n'auront jamais la valeur de ceux de madame Chadozeau. Encore une fois tous mes bons voeux... 

 

images voeux

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 00:09

« T’es pas chiche ! » et nous n’étions point chiche pour aligner les conneries dans l’ennui de nos jeunes années à la campagne ; pas des grosses bien sûr, nos défis se cantonnaient à pisser dans les trous de cri-cri ou à tirer la sonnette du pharmacien. La Vendée pays des fayots, des mojettes, où nous passions nos veillées à trier les lingots ou à jouer aux haricots, ignorait bien sûr le pois chiche plus familier des terroirs méditerranéens. Prière de ne pas affirmer pour autant que nous ayons un pois chiche à la place du cerveau.

 

Je ne renie pas le haricot de mon enfance, il fait parti de l’Histoire de mon pays crotté ; rapportées d’Amérique du Sud au XVIème par des navigateurs, les graines de haricots blancs furent en effet confiées aux moines de Vendée qui, habilement, parvinrent à les acclimater et à les multiplier, pour en faire, durant de longues décennies, le quotidien des paysans. J’adore manger une tartine, légèrement dorée, embeurrée au beurre salée, graissée de mojettes froides, mais le pois chiche, que j’ai découvert avec le couscous, mais le pois chiche occupe une place à part dans ma culture culinaire.

 

Domestiqué, selon Candolle, dans « des pays entre la Grèce et l’Himalaya, appelés vaguement l’Orient », le Cicer arietinum a sans aucun doute une naissance méditerranéenne. Dans l’Hérault «  le site le plus ancien est la grotte de l’Abeurador et les paléosemences trouvées ont été datées de 6800 environ avant JC. » Aux temps homériques il jouait, grillé, un rôle dans les libations parmi les tragemata, pousse-la-soif que l’on offrait aux convives. Cicéron lui devrait son nom car sa famille se serait illustrée dans son commerce (les mauvaises langues affirment que ce patronyme fut forgé ironiquement par ses contemporains en raison de la verrue qu’il avait sur le nez).

 

Cependant dans sa Flore populaire Eugène Rolland recense « plus de 90 dénominations relevant aussi bien des dialectes d’oc que ceux d’oïl » du cigron catalan au txitxirio basque en passant dans le Midi du cèé niçois au ciouron roussillonnais, le tchyi provençal d’Aups, le ticché limousin ou le cézé békin gascon de Lectoure. Il remonte jusqu’en Wallonie avec le codriyò ou se niche dans les vallées alpines pézé golou dans le dialecte franco-provençal. Le cicer apporte partout sa « note ensoleillée ».

 

Mais, comme je suis lu par une tripotée de canaillous, la forme du pois chiche « arrondi, déprimé et aplati sur les côtés, le grain présente une sorte de bec formé par le relief de la radicelle, et son aspect d’ensemble est celui d’une tête de bélier flanquée de ses cornes enroulées. » Je suis sûr que ça va inspirer notre ami Charlier, d’autant plus que le sillon qui sépare ses deux cotylédons lui confère en Languedoc le surnom de petit-cul (Marie Rouanet dans son Petit Traité romanesque de la cuisine). Les espagnols lui donnent du « nez de veuve et derrière de couturière » Vision renforcée par sa réputation, en dehors de ses vertus curatives et toniques, d’aphrodisiaque.

 

« Le botaniste arabe Ibn al-Baytâr (1179-1248) rapporte qu’Oribase (qui, au Ive siècle, sous l’empereur Julien rassembla les écrits des anciens médecins) condensait ainsi la contribution du Cicer arietinum à la perpétuation de notre espèce : « Le coït, pour être complet, a besoin de trois choses. La première est un surcroît de chaleur qui se communique à la chaleur naturelle et qui excite l’appétit vénérien ; la seconde est un aliment nutritif doué en même temps d’une humidité qui humecte le corps et accroisse la somme du sperme ; la troisième est de développer des vents et de la tuméfaction qui se transmette aux veines de la verge. Toutes ces choses se rencontrent dans le pois chiche » (beau texte pour Flo qui doit acheter ses pois chiches chez Carrefour au prix du hard). Pino Correnti dans son livre Cinq Mille ans de cuisine aphrodisiaque recommande de goûter au pilaf de Palmyre ou au cocido castillan où le pois chiche est indispensable.

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Toute ma science du pois chiche est extraite du remarquable Traité du pois chiche de Robert Bistofi et Farouk Mardam-Bey L’Orient gourmand chez Sindbad Actes Sud qui nous offrent aussi cette belle phrase « Et comme la verve populaire refuse le désenchantement du monde qui accompagne les avancées de la science, comme elle se moque également de la bienséance, rappelons que dans certains coins de Provence le cese désigne argotiquement le clitoris... » Nous aussi, sur cet espace de liberté, nous refusons le désenchantement et nous nous moquons aussi de la bienséance.

 

Et nos auteurs de citer, entre autres, « un plat original, les ciceri e tria, ou massaciceri des Pouilles » qui « relient le pois chiche à une ancienne pratique charitable. » J’en salive car « elle mélange pois chiches et larges nouilles faites à la main, celles-ci étant pour partie cuites à l’eau, et pour partie frites. L’assaisonnement des trois ingrédients, mélangés au moment de servir, se fait simplement avec l’huile de friture des pâtes, dans laquelle on a fait blondir de l’ail coupé en fines lamelles. » Ces massaciceri étaient servies aux pauvres à la table familiale la veille de la saint-Joseph le 19 mars.

 

Alors dites-moi : quel Saint Joseph serviriez-vous avec les massaciceri de Lecce ?

Ce brave charpentier si discret a bien droit à un peu d’attention en ces périodes de bombance.

 

Comme vous connaissez aussi mon penchant pour la convivialité alors je ne résiste pas au plaisir de vous citer un texte du VIe siècle avant JC, Parodies, de Xénophane de Colophon, fondateur de l’école d’Elée, qui est montre la contribution du pois chiche au bien vivre ensemble. « Il fait bon en hiver, devant un grand feu sur un lit mollet, le ventre plein, en buvant un vin délicieux et s’amusant à picorer dans un plat de pois chiches, il fait bon dis-je, de demander : De quel pays êtes-vous, mon ami ? Quel âge avez-vous ? Quelle taille aviez-vous quand les Mèdes prirent la fuite ? »

 

Pour finir, une plongée dans l’Histoire, avec en 1282, Les Vêpres Siciliennes, le soulèvement des Palermitains révoltés contre les Angevins qui usèrent d’un subterfuge pour les identifier : « ils demandaient à chacun de dire le mot cicero (pois chiche en sicilien), mot difficile à prononcer correctement par les étrangers, fussent-ils depuis longtemps dans le pays. Un « pois chiche » prononcé de travers, et c’était la mort... »

 

Enfin je signale que « Le pays d’Orb, dans le nord de l’Hérault, présente une palette de roches colorées prisée des géologues : le blanc du calcaire des causses, le rouge de la bauxite et le noir du basalte, sur lequel pousse le pois chiche de Carlencas qui est vendu à la Maison de pays de Bédarieux, à La Rosée, et à la SICA du Caroux, à Villemagne-l’Argentière. »

 

Alors je pose la même question que boire avec un Cappuccino de pois chiches aux cèpes de Jean-Marc Bonnano à « l’Auberge de Combes », 34 240 Combes ? www.aubergedecombes.com 

 

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 08:00

En cette période de l’année certains enfilent les vœux à la chaîne. Pour ma part, sans sacrifier à une quelconque tradition je ne puis m’abstenir de me joindre à ma façon au cortège officiel en m’essayant à l’humour anglais. Pour ce faire je vous propose un excellent conseil de François Mauss cru 2008 qui, comme les bons vins, vieillit bien puis un plus récent de l’ami David Cobbold. À vous de juger et d’en faire votre miel.

 

 

Un blog à consulter régulièrement : celui de Berthomeau

 

Jeudi 11 Septembre 2008, 17:45 GMT+2 Par GJE Cet article a été lu 676 fois

 

Je viens de parcourir les textes de Berthomeau qu'on connaît par le grand rapport qu'il a écrit sur les problèmes de la viticulture française, et les solutions qu'il préconise.

Je ne peux que recommander une lecture régulière de ce blog souvent magistral et surtout de la part de quelqu'un qui a des idées précises et n'a pas sa langue dans sa poche.

 

Bravo !

 

François Mauss

 

 

 

Roulez Bien en 2001

Have great ride this year

carte_de_voeux_2011_2.jpg 

David Cobbold

 

Excellent vœu de l’ami David sauf que rouler à gauche en notre beau pays françois peu s’avérer des plus dangereux pour la santé comme dirait nos amis du Ministère de la Santé. Bien sûr je pourrais croire que cette carte de vœux étant à moi seul destiné David suggèrerait ainsi que je dusse rouler pour la gauche mais ce serait là nuire gravement à ma sécurité...

 

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