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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 08:03
  • Bonjour monsieur Berthomeau,

     

    Merci de mettre l’AOC Maury sous les feux de la rampe.

    Quel est le rôle d’un syndicat ? avec maintenant un statut d’ODG (organisme de défense et de gestion !!!), et un nouveau cahier des charges : c’est donner au consommateur la garantie, que sous la dénomination MAURY, il trouvera un vin correspondant aux exigences de qualités que ce sont fixées les producteurs.

    Une vinification dans l’aire stricte : non ! puisque des vinifications existantes en dehors de l’aire ont conduit à définir une aire de proximité immédiate (aire délimitée + 2 communes), qui n’a fait que reconnaître des antécédents.

    Alors pour répondre aux interrogations, il faudrait les étendre et jusqu’où ? quelles seraient les nouvelles limites, car je suppose qu’il y aurait des limites quand même !: Le département ?, la région ? le sud de la France ?

    Restons raisonnables, et parlons qualité, car il ne faudrait pas perdre de vue que si l’on dit ce que l’on fait et que l’on fait ce que l’on dit, le but ultime c’est de proposer au consommateur un Maury correspondant aux critères définis, avec une qualité irréprochable (j’ai bien dit but ultime)

    Est-ce que des raisins qui vont se « trimbaler sur 20,30 ou 40 klm sont susceptibles d’être transformés dans les meilleures conditions, et d’offrir toutes les qualités organoleptiques du Maury.

    Les plus grandes libertés ont besoin de règles, sinon il faut s’en remettre aux « bonnes intentions ».

    Les propos de René Renoux « dit ce que tu fais et fait ce que tu dis » il les a prononcés lorsque président de l’INAO, face à une dérive constatée depuis des décennies (grâce aux bonnes intentions), le sigle AOC n’était plus crédible, il entreprit de réformer le système … La réforme de l’agrément est arrivée avec son cortège de nouveautés et enfin le soin laissé à chaque AOC de décider l’aire de vinification.

    Les vignerons de Maury ne peuvent surtout pas être suspectés d’ostracisme, de 15 producteurs en caves particulières et 1 cave coopérative en 2001, il y a aujourd’hui 40 caves particulières et 3 caves coopératives, et qui plus est avec des « étrangers !! » (Belge, Suisse, Américain, Champenoise, Parisienne, Saintémilionais, Bordelais, etc …)

    La cave coopérative de Maury a ouvert ses portes en permettant à des vignerons indépendants de vinifier dans ses murs, avec leur cuve et leur matériel, à l’heure actuelle ils sont 6).

    Il n’y a pas « des historiques et des entrants », il n’y a que des vignerons amoureux du terroir et de ses saveurs comme disait « Colette »

    La question avait été posée en son temps au syndicat par le conseil municipal de Maury, devant l’intérêt que des investisseurs portaient sur le vignoble, la réponse avait été catégorique par un oui franc et massif et depuis, une bonne entente générale règne parmi l’ensemble des vignerons.

    Lorsque un vignoble suscite un intérêt dans une petite commune, et que le foncier existant n’offre pas toutes les perspectives d’installations, que faut-il faire, sinon préserver la qualité.

    Alors on peut toujours dire qu’il y a un mauvais à l’intérieur de l’aire et un excellent à l’extérieur !!

    Mais entre 2 maux il faut choisir le moindre, et le syndicat a choisi, et pour paraphraser Jean Gabin  dans l’excellent film « le président » : “ Il existe  des poissons volants, mais ce n’est pas la majorité du genre”.

    Aujourd’hui à Maury, une personne peut vinifier du Maury VDN et du Maury sec à partir de septembre 2011.

    Chaque année de nouveaux vignerons arrivent sur ce terroir de Maury, ils sont les bienvenus, toutes les possibilités leurs sont offertes, mais ils n’iront pas à Petaoutschnock vinifier.

     

    PS : les 100 ans de la cave étaient une fête réussie, réunissant les coopérateurs, les vignerons indépendants invités et les amis. Ça aurait été presque un anniversaire pour vous car la dernière fois que l’on s’est vu à Maury c’était il y a environ 10 ans (janvier 2001).

    Paul Armingaud vous réitère son invitation et pourquoi pas le 29 mai 2011 pour “les Amorioles”, la balade gourmande sur les schistes de Maury. C’est une double invitation car je m’y associe bien sur.

     

    Bien amicalement,

    Bernard Rouby

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 00:09

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« L’acidité est mon pays gustatif. Avant de faire du vin je ne savais pas la reconnaître tant elle fait partie de moi. De là où je viens, les terres sont acides, les fruits sont toujours un peu acides – même les mûres quand elles sont mûres –, l’air est iodé. Le muscadet et le gros-plant sont les premiers vins que j’ai bus, le muscadet avec le brochet au beurre blanc et les civelles, le gros-plant avec les huîtres du Croisic. Ce sont des vins, et de tous les jours, et du dimanche. Ils rincent la bouche, se mettent juste ce qu’il faut en retrait quand on mange quelque chose qui leur va bien, comme la main gauche accompagne le chant de la main droite au piano. Ils ont le goût de la mer entrant dans l’estuaire, ne craignent ni les échalotes vinaigrées du beurre blanc ni le filet de citron sur les huîtres dans les salles à manger nappées de blanc, ou sur les tables des restaurants des bords de Loire. Ils se boivent au comptoir, le matin de la solitude, le dimanche au coude à coude, dans un brouhaha de voix graves et de souffles qui recouvrent les vitres des bistrots d’une pellicule de buée, car souvent dehors il pleut. Dans mon village, il y a eu, jusqu’à mes dix ans, à peu près, 22 cafés pour 2800 habitants où l’on buvait des petits blancs, du muscadet et du gros-plant. C’est simple, à peu près une maison sur deux faisait café (on dit chez nous café plutôt que bar ou bistrot, comme on dit crayon de bois pour crayon tout court, je ne sais pas pourquoi). Au moment des vendanges, on trouvait dans les rues de Nantes, à côté de dames vendant dans des caisses en polystyrène des sardines de la Turballe ou de Saint-Gilles, du bourru conditionné dans des bouteilles en plastique. Lui aussi était acide. Maintenant, je sais que l’acidité est mon pilote. »

Catherine Bernard vigneronne à Saint-Drézéry link vient de publier aux éditions du Rouergue www.lerouerge.com un livre « Dans les Vignes » Chroniques d’une reconversion.  L’extrait ci-dessus ne doit rien au hasard car Catherine Bernard est née juste au-dessus de ma Vendée crottée. Nous avons un patrimoine gustatif commun, l’acidité est aussi chez moi un marqueur : croquer des feuilles d’oseille dans le jardin du pépé Louis c’était l’extase ! De plus, étant né à la Mothe-Achard célèbre pour sa foire mensuelle aux bestiaux et ses marchés hebdomadaires : cochons, volailles, beurre&œufs mais pas fromages, les « cafés » pour les 1200 habitants avoisinaient la centaine. Au retour de la foire, après une station à la maison du Bourg-Pailler pour régler mon père ou licher un autre verre, c’était souvent le cheval qui ramenait les hommes à la maison. Bref, l’histoire de la nouvelle vie de Catherine Bernard qui, après sa formation au CFPPA pour préparer un BPA viticulture-œnologie, est maintenant dans les vignes et dans son chai, vaut la peine d’être lue.

 

Deux autres extraits :

 

« Il me semble que ma vie entière n’y suffira pas. Au mieux, au plus, je vendangerai quinze, vingt, trente fois, tandis que j’ai écrit des articles par centaines, peut-être par milliers, que les médecins rédigent des ordonnances par centaines de milliers, que les boulangers pétrissent des baguettes par millions. À y regarder de près, une vie de vigneron se résume à peu de vins. Ni l’avion, ni Internet, ni le téléphone ne peuvent raccourcir la distance qui sépare un millésime d’un autre. Le temps se défie du temps, fait des pieds de nez à l’obsolescence. »

 

« Le raisin ne peut pas se transformer en bon vin s’il est ramassé dans l’indifférence de l’autre. Le vin est ce breuvage particulier qui naît de la solitude de la terre, grandit dans un tête à tête, et s’épanouit partagé, produit de l’imaginaire, du symbolique et de la réalité, formant un tout inextricable. C’est aux vendanges, plus qu’à aucune étape du processus, que l’imaginaire percute la réalité. »

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 00:09

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Cher Bernard Rouby,

 

En des temps difficiles, alors que je venais de débarquer à Perpignan dans la touffeur du mois août pour démêler les nœuds que la confrérie des VDN avaient su embrouiller avec une certaine facilité, médiateur donc, je vous ai reçu avec une petite poignée de vos amis. Vous étiez minoritaires, peu écoutés de la nomenklatura locale. En vous rappelant cela loin de moi de faire de vous mon obligé, comme vous le savez ce n’est pas le style de la maison.

 

Et puis, alors que je faisais un peu partie du paysage de votre beau département, une fin de journée je suis monté à Maury accompagné d’un natif du lieu : Jean-Pierre Borie, alors président de l’Interprofession des vins secs, pour sur l’invitation d’un groupe qui souhaitait se libérer du joug d’un petit potentat local faire le travail. C’était dans la grande salle communale, un vendredi soir je pense, il y avait beaucoup de monde. Je crois avoir ce soir-là mouillé le maillot. Paul Armengaud s’en souvient sans doute. Là encore je ne suis pas en train d’accumuler du crédit à l’endroit des vignerons de Maury.

 

Cependant, chers amis, si vous me permettez cette appellation, le mieux est souvent l’ennemi du bien : avec les meilleures intentions du monde il arrive parfois d’écraser des gens qui n’en peuvent mais. Bien évidemment, loin de moi l’intention de m’immiscer dans les affaires de l’ODG de Maury pour une histoire bien française consistant à se barricader dans son aire. Les erreurs du passé ne justifient pas forcément ce repli sans nuance sur soi-même. Ce n’est là que mon opinion mais j’en appelle au bon sens vigneron pour que l’esprit des origines des AOC retrouve de la vigueur et de la réalité. Vos pères n’auraient jamais édictés des règles aussi peu soucieuses de la vie en commun.

 

Vinifier dans l’aire ça apporte quelle garantie à nous les buveurs ? J’ose l’écrire : aucune ! Les raisins peuvent voyager dans tous les sens avec des allers-simples. Je n’écris pas que c’est le cas à Maury. L’important c’est l’esprit de ces affreux cahiers des charges et non leur lettre gravée dans le béton qui compte. J’en appelle vraiment à un sursaut salvateur pour éviter de vous enferrer dans des règles rigides qui recouvriront aussi des flux de vins qui seront commercialisés par d’autres que vous. Bref, ne me dites pas que vous ne pouvez pas faire autrement c’est ce que vos « opposants » vous rétorquaient en d’autres temps.

 

Bien sûr, Paul Armengaud pourrait m’en vouloir un peu de ne pas être descendu pour la fête de la cave de Maury. Je le lui concède mais ma petite entreprise individuelle consomme beaucoup de mon temps et je me dois de reposer de temps en temps ma carcasse. Mais, comme le disait je ne sais plus qui, je reviendrai, oui je reviendrai à Maury ! Et même que je suis prêt à y revenir pour, autour d’un casse-croute convivial, faire un remake du médiateur (merci de ne pas prononcer Médiator) J’en profiterai pour honorer une vieille promesse faites à Marie et Jean-Roger Calvet d’aller leur rendre visite (Marie était présente je crois le fameux soir de la destitution du « conducator »)

 

J’ai totalement conscience, cher Bernard Rouby, de m’occuper de ce qui ne me regarde pas mais si je le fais c’est qu’à Maury je crois compter quelques amis qui connaissent bien mon franc-parler et ils pourront, sans aucun problème, me renvoyer dans mes 22 mètres afin que je m’occupasse de mes fesses. Je suis ainsi fait et nul ne me changera : je reste persuadé qu’entre gens de bonne composition il est facile de trouver des solutions aux problèmes les plus difficiles.

 

Je m’en tiens-là, cher Bernard Rouby, en ajoutant que les kilomètres de nos pères ne sont plus ceux de nos enfants et que les lignes Maginot ou autres réduits imprenables ne sont plus de saison. À mon humble avis il suffit pour assurer le consommateur de l’authenticité, de l’origine, d’un vin, de s’en tenir à la règle originelle des AOC « écrire ce que l’on fait, et faire ce que l’on a écrit... » Le passé a largement démontré, malheureusement, que sous des écrits vertueux se nichaient des pratiques moins avouables. Cette remarque est d’ordre général à l’attention de notre beau pays qui n’aime rien temps que donner la leçon à la terre entière, et non à Maury spécifiquement.

 

Au plaisir de vous revoir tous à Maury, en attendant ce jour je vous assure, cher Bernard Rouby, de mon meilleur souvenir et de ma réelle amitié.

 

Jacques Berthomeau médiateur un jour médiateur toujours

 

PS. La photo de Bernard Rouby a été prise lors de la visite du Préfet chez mes amis les Piquemal que j'embrasse. Si je vais à Maury je passerai forcément à Espira-de-l'Agly les voir. Je connais le chemin.

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 00:09

1-e2-80-a2Plaque-__.jpg« Vas voir Bizeul !» me conseilla ma « taupe rose » au sein du CIDVN. Ma mission de médiateur patinait dans les délices des vieilles rancœurs catalanes et je cherchais à étayer mes arguments pour que cette belle région sorte de son « tout vin doux ». Rendez-vous pris avec Hervé Bizeul, en fin de journée, au volant de la poubelle Peugeot mise à ma disposition par le Conseil Général, je montais à Vingrau. Dieu que cette région est belle ! Dans la pénombre de sa maison de village nous avons échangé longuement et moi, l’homme du verbe, j’engrangeai son expérience d’homme qui fait. Même si Hervé, face à mon pedigree d’ancien membre de cabinet ministériel en mission, gardait ses distances je crois qu’il apprécia le fait qu’un « commis de l’Etat » prenne la peine de venir traîner ses godasses chez un néo-vigneron. Bref comme je ne suis pas là pour raconter ma vie mais pour, non pas présenter Hervé Bizeul, mais pour vous dire, chers lecteurs, que nos joutes sur mon espace de liberté, vives parfois, sont le reflet de nos deux personnalités : nous sommes des jouteurs. Nous aimons le débat, la contreverse, le parler franc. Nous ne sommes guère complaisants. Nous sommes des bloggeurs de la préhistoire de la blogosphère et j’attendais, en vieux renard que je suis, la bonne occasion pour tendre à Hervé mes 3 Questions. Son dernier billet : « Mon souci : que le vigneron gagne de l’argent » link étant du meilleur tonneau je me suis rué sur mon clavier et, en moins de temps qu’un Ministre met à justifier l’injustifiable, l’affaire était dans le sac. Merci Hervé le roi des smiley. Dernier point : le hasard étant mon meilleur pourvoyeur de sujet demain je mettrai encore mes gros sabots dans les PO.  

Herv%c3%a9+Biz1ière Question :

En commentaire à une de mes chroniques sur les viticulteurs en difficultés tu as écrit « Et si parfois le vigneron à qui l’on demande à lui tout seul, cas unique dans l’économie mondiale, d’extraire le métal, de le raffiner, de dessiner la casserole, d’aller la vendre dans le monde entier, et en plus, d’aller dans l’épicerie convaincre, au bout d’un moment, se disait simplement c’est trop dur, c’est trop compliqué, et en plus, on ne construit rien au moindre relâchement je vais tout perdre ? » Le métier vigneron indépendant, l’artisan commerçant du vin, est-il si mal en point ? Ne souffre-t-il pas de son isolement, de l’absence de liens entre ceux qui font le même métier que toi ? Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées disait-on dans ma Vendée crottée !

 

Hervé Bizeul :

Lorsque je me retourne, le vendredi soir, sur une de mes semaines, je suis souvent stupéfait de tous les métiers que j’ai été amené à faire pendant cinq jours. La liste des compétences demandées est vraiment très longue, le nombre de choix stupéfiant. Disons que depuis quinze ans la liste s’est encore allongée et les compétences exigées pour piloter une petite exploitation viticole orientée vers l’excellence sont de plus en plus nombreuses et complexes, très loin du métier original de simple « vigneron».

Certains métiers nous sont imposés, d’autres sont la conséquence des choix de chacun au niveau « surfaces » et « marchés ». Si maitriser par exemple l’informatique est dicté par le sens de l’histoire, tenter de faire exister un grand vin et d’aller à la rencontre des connaisseurs du monde entier, ça, c’est un choix personnel. Mais pour une TPE dans le vin, n’est ce pas un peu le seul possible, en dehors des régions touristiques ou les clients de passage viennent à vous ? Je me pose souvent la question : aurais-je eu d’autres choix, surtout quand je vois mon planning des prochains mois : Suisse, Paris, quatre voyages aux USA, Vinexpo, Nîmes et au milieu de tout ça des centaines de tâches qui m’éloignent de la vigne, jusqu’au vendanges, où là, il est à mon sens impossible de déléguer.

De toute façon, est-il encore possible de rester « petit » et de tout faire sois même ? Sur un vignoble familial, dans une AOP prestigieuses, peut-être, et encore. Peut-être en déléguant sa commercialisation à d’autres, ce qui veut dire aussi perdre la majeure partie de la valeur ajoutée que l’on crée, dans la situation actuelle et sur des AOP comme la notre, où le cours du vrac est dérisoire.

L’évolution de la société conduit les vignerons à avoir une « taille critique » et donc à déléguer, à passer de travailleur indépendant à artisan voire à chef d’entreprise, s’ils veulent maitriser un peu leur métier et vivre décemment. Vivre décemment, ce n’est pas mener grand train, c’est avoir un peu de sérénité financière, pouvoir travailler proprement, dans les règles de l’art, résister à coup dur. Certains n’en auront pas les compétences, d’autres ne le veulent pas. Ce n’est pas leur choix de vie. Jeune sommelier, je me souviens avoir entendu en Bourgogne un vigneron dire qu’un vigneron serein avait une récolte sur pied, une récolte en cave, une récolte à vendre et une récolte à la banque. Je me rends compte de tout le bon sens de cette maxime. Combien d’années faut il travailler pour y arriver, lorsqu’on part de rien ? Alors, cette absence de sécurité, il faut savoir vivre avec, dormir sans angoisse, vivre au quotidien avec cette tension. Je crois que c’est la principale qualité à avoir si on veut faire ce métier. Une perception terrible de l’impermanence de notre métier, la force de vivre avec et d’être heureux de le faire.

Du coup, je réponds à la dernière partie de ta question : muni de toutes ces qualités, de ces forces, de ces compétences, les vignerons sont formatés pour être des solitaires, ont souvent d’étranges pudeurs à communiquer entre eux, à échanger. Pourtant, c’est très positif. J’essaie de monter des sortes de « groupes de paroles », entre vignerons autour de moi ou d’autres régions. En ce rendant compte qu’on a les mêmes problèmes, que certaines solutions sont applicables chez nous, on s’enrichit beaucoup. Mais les actions en commun sont difficiles, chacun est presque formaté à vivre ses difficultés, seul. Parce que pour travailler à la vigne, il faut non pas surmonter la solitude, mais l’aimer.

 

2ième Question : Dans ton dernier billet où tu t’adresses au Ministre de l’Agriculture à la suite de son déplacement dans le South of France où il affirme souhaiter que le vigneron gagne de l’argent et appelle de ses vœux une Interprofession unique tu écris

« Certains matins, je me demande si certains croient encore à un tel langage creux, à une telle langue de bois, à un discours qui ne prouve qu'une chose : que notre ministre de tutelle ne connait rien décidément rien à notre métier d'aujourd'hui, n'y comprend rien, ne connait ni ne voit aucun de nos problèmes ni aucune de nos solutions. Et que sa seule réponse, c'est une centralisation aveugle, loin, si loin, de nos terroirs minuscules et précieux. Loin, bien loin de notre quotidien. Bref, qu'il est mal conseillé, mal informé. Il veut "moins d'échelons". Mais il ne sait pas que le bureau du directeur du CIVR est ouvert, qu'il suffit d'y taper pour y être écouté. Qu'en sera-t-il demain ? J'ai peur de l'imaginer... »

Entre une armée mexicaine avec des coûts de structures pharaoniques et le kolkhoze n’y-a-t il pas imaginer autre chose qui soit plus en phase avec la taille des entreprises ? Par exemple une plate-forme unique de services communs avec au-dessous une grappe d’entités voulues et gérées en fonction des métiers ?

 

Hervé Bizeul

Je n’ai pas d’avis sur les « coûts ». Je ne m’en préoccupe jamais, en fait. Si cela est cher mais très efficace, je suis bien sûr pour. C’est le fameux « bon sens paysan », tu sais. En fait, c’est celui là qui manque à nos politiques. Une sorte de « vie ma vie » devrait être obligatoire pour les conseillers de ces gens là : une immersion, une semaine, avec un éleveur ou un vigneron, à ses côtés quand il travaille, quand il reçoit, quand il va chez son banquier ou qu’il doit remplir des formulaires ou sa traçabilité. Centraliser, pourquoi pas. Mais dire que cela va être plus performant et plus économique, ca me fait hurler. Ces gens-là ne savent rien de nos métiers. Comme bien des vignerons, j’exporte dans plus de 20 pays avec toute la complexité que cela représente. Imagine-t-on le boucher du coin exporter dans 20 pays ? Pendant ce temps, je lis que notre premier ministre nous dit que le déficit de la balance commerciale n’est pas une fatalité. Certes. Que fait-on pour m’aider ? On met en place quelques mesures, mais les textes d’application sont si restrictifs qu’on ne rentre pratiquement jamais dans le cadre des mesures, qui changent de plus tout le temps. Je suis en fait un grand pragmatique. Toute dépense, chez moi, doit avoir un résultat rapide, car je n’ai pas de capitaux. Alors, au lieu de voir des mesures compliquées, des « grands travaux » sabotés par des ambitions personnelles, j’aimerai une politique du quotidien, du bon sens. Quelques exemples ? Une augmentation des crédits d’impôt pour passer un Bio, au moment où on les diminue. Une véritable politique européenne au niveau des droits d’accises qui me permette d’envoyer du vin à des particuliers dans toute l’Europe, en payant automatiquement, maintenant que Gamma (le système de dématérialisation de la douane) est là. Je ne peux toujours pas. Un paiement de mes droits de circulation annualisé, forfaitaire si je le souhaite, et une liberté ensuite sur les capsules (une gestion démente). Une exonération de l’impôt sur les sociétés sur les premiers 50 000 euros de bénéfices, à condition qu’ils soient absorbés par une augmentation de capital, ce qui boosterait les capitaux propres des PME, chose vitale dans notre filière. Un vrai site internet, joyeux, pédagogique et ludique, qui expliquerait en vingt langues le vin français au monde. Des primes à la plantation mais avec levée des cautions à la quatrième feuille, pour éviter les abus, courant aujourd’hui.  Un crédit d’impôt sur mes dépenses export, plus souple, plafonné mais avec une véritable durée dans le temps, pour construire de vrais partenariats à l’export. Un site internet en .gouv.fr, dédié à mon métier, avec le récapitulatif de toutes mes obligations : rien n’est marqué nulle part, je passe un temps hallucinant à chercher ce que la Loi m’impose de faire et ai en permanence l’impression d’être dans l’illégalité. La mise en avant de nouveaux grands vins dans la vie politique, sans que cela ne coûte rien à l’état : les vignerons pourraient offrir les vins  (on en offre tant…), ces vins pourraient être mis en avant, dans une visite officielle, dans une réception officielle et le menu rendu public : ca n’est rien, mais, même si bien sûr on comprend la Loi Evin, je crois qu’on en a un peu tous marre d’être considéré comme des dealers. On parle plus facilement de sex toys que de vin. Drôle de monde. Je profite de l’occasion pour dire au Ministre que je suis prêt à faire un geste d’une caisse de petite Sibérie pour offrir au président Russe à sa prochaine visite . Emmener quelques vignerons en visite présidentielle, avec leurs quilles, ce ne serait pas idiot non plus, je pense, et très rentable pour la balance commerciale. En plus, dans l’avion, on donnerait des idées aux collaborateurs du ministre  Bon, voilà, des idées pour une « politique du quotidien », j’en ai plein mon tiroir et je ne suis pas le seul… Mais sur les grand bla-bla-bli, là, je suis plutôt critique.

 

3ième Question : Maintenant Hervé parlons peu – c’est à moi que je m’adresse – mais parlons vin. Le Clos des Fées, ses vignes, ses vins, ses projets... Dis-nous tout !

 

Hervé Bizeul

Le Clos des Fées a quinze ans, c’est un adolescent radieux. Il est aimé de ses clients, ses parents s’en occupent bien et le bichonne. Il souffre un peu des conditions climatiques, extrême ici depuis cinq ans, limite désertique, qui donnent des rendements vraiment très bas. Mais bon, à vouloir maintenir en vie des très très vieilles vignes. Mais de ces petits rendements, de ce patrimoine génétique diversifié naissent des vins d’émotions. Alors, on l’accepte et on est fier. Et on changerait d’endroit pour rien au monde.

Comme je l’ai dit plus haut, on a bien une récolte sur pied, deux en caves parce qu’on a choisi d’élever longtemps et une à la vente. Mais à la banque, on a plutôt une récolte de découvert . Et on se prend pour un grand cru au niveau de la culture. Mais bon, on cherche à faire en quinze ans ce que d’autres ont fait en trois générations, alors, c’est normal que ça tire un peu de temps en temps. Il faut l’accepter. Nos banquiers sont des partenaires essentiels, et depuis le début, ils jouent le jeu. Nous avons su créer une qualité, une image, réussis à faire accepter un prix de vente important, corrélé à une vrai valeur du vin. Pour y arriver, beaucoup de travail mais aussi et surtout beaucoup de chance et une bonne étoile, depuis le début. On l’a d’ailleurs mis sur l’étiquette

Le projet Walden bricole modestement, sans doute un peu en avance sur son temps, mais ça fonctionne. Les meilleures idées du monde, les plus nobles, se fracassent parfois sur des récifs improbables, d’une crise de l’immobilier US, en guerres des monnaies en passant sur le manque de capitaux propres. Mais on ne baisse pas les bras.

Sur notre tentative de sauvetage de la plus grande oliveraie de France (et sans doute la plus belle), le Mas de la Chique, là, nos banquiers ont dit stop, sans doute parce qu’ils nous aiment bien. La vigne et l’olive font bon ménage, le vin est bon et se vend bien, mais là encore, sans capitaux, dans cette industrie lourde qu’est la vigne, il est très complexe de se développer. La propriété est remis en état, nous sommes très fiers de l’avoir sauvé de la jardinerie et de l’arrachage et n’avons pas de regrets. Elle est à nouveau à la vente, rentable, l’acheteur choisira de travailler avec nous ou pas. On étudie aussi l’ouverture du capital à des investisseurs, sur un modèle « boursier » que nous a proposé un client, modèle développé en Suède et qui arrive en France (http://www.alternativa.fr/). Nos clients pourraient être intéressé, défiscaliser, garder un forme de liquidité à leur investissement, se balader sous « leurs » oliviers :-) Pourquoi pas. Nous serions alors encore novateurs. Est-ce que j’ai parlé, de la créativité, dans le métier du vigneron d’aujourd’hui ? Parce que c’est essentiel…

Une autre fois ?

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 02:00

À la sortie de l’entrevue avec Deferre, pendant que Francesca et Marie-Charlotte prenaient le thé dans le jardin, l’ambassadeur m’entraînait dans son bureau. Il me fit l’honneur de sa cave à cigares en me conseillant un Gran Corona de chez Cohiba à la cape Colorado Maduro « croyez-moi c’est le meilleur équilibre entre le module et la longueur pour une cape bien maturée... » Je le laissais me le préparer ce qui me permit d’admirer sa science de la mise en température du cigare. Charles-Enguerrand de Tanguy du Coët ne tourna pas autour du pot, tout de go, en pompant avec précaution son module pour lui éviter la surchauffe, il me déclarait « cher ami, j’ai un service à vous demander... » Jouant de mon inexpérience je fis celui qui peinait à trouver la bonne cadence ce qui me permis de ne pas répondre immédiatement. Ce stratagème, qui n’échappait pas à la sagacité du diplomate, ne lui coupait nullement son effet, il embrayait sur Fidel Castro citant Carlos Fuentes, jusqu’ici sympathisant de la Révolution cubaine, qui pour décrire la retombée des ferveurs procubaines parlait d’un « passage sans transition de l’euphorie juvénile à la sclérose sénile ». Lente soviétisation du régime, sortie manquée du « Che », échec des guérillas extérieures, pré-faillite du secteur agricole rendant Cuba plus encore dépendant des aides de l’URSS. L’irruption de la realpolitik : en 1968 l’approbation de l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, l’absence de réaction face à la répression sanglante des mouvements étudiants mexicains du fait que ce pays n’avait pas rompu ses relations avec Cuba, douchait l’ardeur du soutien des intellectuels de gauche. Pire encore, en 1971, le poète Heberto Padilla pour son recueil de poèmes, qui avait pourtant obtenu le prix l’Unión de Escritores y Artistas de Cuba, devait dans un procès faire son autocritique dans le plus pur style stalinien. Même Sartre, Sontag et Garcia Marquez renâclaient.

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Charles-Enguerrand, toujours aussi mesuré dans l’activation de son cigare enchaînait sans se soucier de mes difficultés personnelles face à mon module chaud bouillant « Castro est venu ici prendre un bain de jouvence auprès de la population chilienne en multipliant les visites dans les usines, mines, universités… Et il y réussit très bien puisqu’aux quatre coins du pays il soulève une immense ferveur populaire. Le Quai s’inquiète et me demande une analyse fine de la situation. La crainte ou l’espoir d’un glissement vers une voie cubaine du « socialisme dans la liberté » d’Allende, qui exaspérerait plus encore Nixon et Kissinger, intéressait au plus haut point le Président Pompidou. Les têtes pensantes de la Piscine, toujours alarmistes, mettaient en avant, pour étayer leur thèse de « castrisation », la présence dans la Garde rapprochée du bon Docteur de Cubains, dont les terribles frères La Guardia et Arnaldo Ochoa. » Peu amateur de la tambouille du renseignement, notre ambassadeur ne partageait pas ce point de vue, pour lui Allende comme toujours louvoyait en vieux renard de la politique. Il citait un connaisseur Régis Debray qui, dans ses Entretiens avec Allende, le décrivait comme un « tacticien éprouvé, pragmatique, intuitif, aux louvoiements matois ». Le journaliste Jean Rous, dans Combat du 25 août, décrivait la méthode Allende comme « l’alternance d’un coup de marteau et d’un kilo de vaseline ». Marxiste et franc-maçon, fier de cette double étiquette, « Allende le rouge » assumait avec bonhommie son éclectisme idéologique et son double langage. Ses discours légalistes ne l’empêchaient pas de peupler l’appareil gouvernemental des extrémistes du MIR. L'ex-guérilléro Debray ne s’y trompait pas c’était « le sucré-salé, le dulce de leche après la bourriche d’huîtres et d’oursins. » Charles-Enguerrand me soutenait qu’Allende attisait le « foco », le foyer révolutionnaire comme arme contre le Parti Communiste. « Il n’empêche, ajoutait-il en souriant, qu’Allende affrontait la quadrature du cercle et que ça ne durerait pas : l’Armée, toute légaliste qu’elle fut, ferait le ménage pour faire cesser la gangrène marxiste. »

 

« Ce séjour prolongé n’arrange vraiment pas les choses... » soupirait-il en maintenant avec aisance le cylindre de cendres à l’extrémité de son cigare.  Fidel Castro devait prononcer un discours le 18 novembre 1971 devant les étudiants de Concepción, « pourriez-vous y aller puis me rédiger une note de synthèse que je transmettrai au Quai ? » Bien évidemment, le rendre plus encore débiteur à mon endroit m’allait bien. J’acceptais en y mettant une seule condition : que Francesca ne m’accompagne pas car les sbires de son époux trufferaient l’amphithéâtre et ils pourraient la repérer. Charles-Enguerrand en convint et m’assura que sa chère Marie-Amélie saurait occuper ma belle amie. Le chauffeur de l’ambassadeur, le jour dit, me conduisait sur les lieux du meeting. Cela faisait déjà huit jours que Fidel était présent au Chili. La salle était chaude. Ce qui me frappa surtout fut la question d’un étudiant affilié au syndicat de la jeunesse nationale universitaire lié au Parti National, farouchement opposé à l’Unité Populaire : « Pourquoi n’avez-vous pas fait d’élection comme au Chili ?» Sous-entendu, c’est ce qui nous attend. Fidel, égal à lui-même, et à ses précédentes déclarations, se dédouanait en invoquant la pression populaire « C’est lors d’un meeting monstre que nous nous sommes rendus compte à quel point le peuple s’était radicalisé ». D’où sa célèbre question « des élections ? Pour quoi faire ? » Pour lui les élections était désormais inutiles« une révolution exprimant la volonté du peuple est une élection chaque jour ! Le peuple a-t-il le temps de faire des élections ? Non ! La révolution n’a pas de temps à perdre dans de telles folies » Castro ne partira du Chili que le 2 décembre le lendemain de la « manifestation des casseroles », appuyée par les provocateurs d’un groupuscule d’extrême droite, Patrie et Liberté, qui se heurtèrent aux forces de l’ordre. Même s’il ne l’avait pas provoqué, le long séjour de Castro avait exacerbé les oppositions, creusé plus encore le fossé entre les légalistes et les partisans de la radicalisation du régime. D’ailleurs, quelques jours plus tard, le ministre de l’Intérieur, José Toha tombait victime d’une motion de censure au Parlement qui le 24 décembre votait une réforme constitutionnelle obligeant le gouvernement à faire approuver par une loi chaque nouvelle nationalisation... Ça commençait vraiment à sentir le roussi. Je n’eus aucun mal à convaincre l’Ambassadeur d’exfiltrer Francesca vers la France.

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 00:09

  

J’ai découvert en avril 1997 Louise Attaque en écoutant FIP dans mon auto. Choc ! Achat de leur premier album qui se vendra à 2,5 millions d'exemplaires, « un record pour un groupe français connu ou inconnu. Cet album constitue la cinquième meilleure vente d'albums de tous les temps en France et la meilleure vente dans l'histoire du rock français. »

 

Je suis allé à leur premier concert à la Cigale : chaud bouillant !

 

Gaétan Roussel est l’âme et le chanteur de Louise Attaque.

Le nom, « Louise Attaque », fait référence à Louise Michel, anarchiste du XIXe siècle, et aux Violent Femmes, groupe de rock américain. Le leader de Violent Femmes, Gordon Gano, est leur producteur.

 

En 2001, en panne d’inspiration le groupe éclate : Gaëtan Roussel et Arnaud Samuel, le chanteur et le violoniste des Louise Attaque, fondent Tarmac. En 2007, Louise Attaque se reforme pour un troisième album mais en 2008 Gaëtan Roussel participe à l'écriture des chansons et à la production du dernier album d'Alain Bashung, Bleu pétrole, récompensé en 2009 aux victoires de la musique. Il compose la musique de deux films de Benoit Delépine et Gustave Kervern : Louise-Michel et Mammuth. Gaëtan Roussel a écrit aussi pour Rachid Taha et Vanessa Paradis.

 

En 2009, il entame une carrière solo et sort Ginger, dont le premier single Help myself (Nous ne faisons que passer) tourne en boucle sur la bande FM.

 

Gaétan Roussel pour moi une valeur sûre du rock français.

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 09:00

« Je viens d’adopter un vieux...


Pensionné, je vivais seul, sans enfant ni parent. J’ai des amis, bien sûr, que je vois à l’occasion. Cela me suffit. Taciturne ? Pas du tout. Faut entendre les anciens collègues : »Toujours le premier à organiser les fêtes au bureau, une vraie dynamo. » Ou encore : « Un cœur grand comme ça ! » Bref, le candidat tout désigné pour le parrainage.


Je ne ressens pas le besoin de posséder un bateau ou une maison à la campagne. Quant à faire le tour du monde... Je partage l’opinion de cet auteur de génie qui a écrit : « Le voyage, ce petit vertige pour couillons. »


Un bonheur paisible, ici, chez moi, avec celui que j’aimerai comme mon enfant, sans avoir à l’éduquer. La voilà, ma retraite !


Il s’appelle Léo, il a quatre-vingt-dix-neuf ans. Je l’ai connu au centre d’hébergement où je visitais ma tante, les dimanches gros. Léo attendait. Il avait bon caractère. Je le sais pour l’avoir mis à l’épreuve plus d’une fois : je lui chipais ses Whippet... Il ne disait rien. Je les lui rendais et aussitôt, il m’en offrait un. »

 

L’auteur de ces premières lignes d’un tout petit opus « Mon vieux et moi » publié chez autrement 9 € est un natif d’Athabaska qui vit depuis 1960 au Québec. Un petit bijou de simplicité, d’amour et de tranquille vérité à lire absolument !


 photo-Gagnon.jpg

 

« Les vieux oublient, s’étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n’en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu’on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n’a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s’emmerdent, souhaitent mourir et n’y parviennent pas… »

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 00:09

Le titre de ma chronique de ce matin se veut le pendant de celui du film de Cédric Klapisch « Le péril jeune » sorti sur les écrans en 1995 qui lui-même tire son titre d'une remarque d'une personne du troisième âge entrant dans une boulangerie : « C'est plein de jeunes ici, c'est le péril jeune » par référence au « péril jaune ».

 

« Les personnes âgées ont existé depuis l’aube de l’humanité. Elles étaient rares et faisaient figure d’exceptions. Fait sans précédent, le nombre des personnes âgées est sous nos yeux en train de submerger le nombre des jeunes. Les problèmes politiques, économiques, moraux engendrés par ce nouvel état de la société ne possèdent aucune référence dans l’histoire. Leur acuité est réelle, leur dimension mondiale. La Chine, par exemple, va opérer en 25 ans une mutation des générations qui s’est étalé&e sur 114 ans en France. » constate Jean-Pierre Ollivier dans son livre « Demain, les vieux ! » aux éditions du CNRS.

photoVieux.jpg 

Il pose la question « à quel âge devient-on vieux ou vieille ? »

Il y répond clairement « en 2010 (...) certainement pas à l’âge actuel de la retraite, mais après 75 ans, quand les infirmités, même mineures, commencent à faire sentir leur présence dans le corps et l’esprit, que nous aurions volontiers conçus éternels... »

 

65, 75, 85, 95 ans : des âges dans l’âge ?

 

« Rien de plus « injuste » que la vitesse de survenue et que la gravité du vieillissement. À niveau de risque égal, rien de plus imprévisible chez un individu donné. On ne peut aborder ce sujet qu’en décrivant ce qui survient dans de grands groupes de personnes, ce qu’on appelle en statistique une « population » Il est évident aujourd’hui que beaucoup de personnes restent en forme physiquement et mentalement jusqu’au-delà de 75 ans. La dépendance progresse ensuite soit de façon soudaine, comme par exemple l’AVC, soit par accumulation de handicaps, baisse de la vue, difficulté à marcher... Se souvenir que le vieillissement est bien moindre, à âge égal, que deux générations en arrière »

 

Il y a donc des « niveaux » dans les misères de l’âge :

- «  Ce qui gâche la vie » (sceau de la vieillesse) sans maladie et ne devrait pas faire appel à des médicaments. Il s’agit d’une perte de qualité mais pas de fonctionnement : mémoire, vue/ouïe, sommeil, anxiété « sans objet », sphincters, sexe...

- La dépendance, c’est-à-dire dépendance physique (l’impossibilité d’effectuer certains actes) et dépendance domestique (l’incapacité de vivre sans aide domestique)

- Les enjeux majeurs de santé publique sont représentés par trois maladies chroniques : cardio-vasculaires, cancéreuses et neuro-végétatives. La fréquence et la gravité des maladies cardio-vasculaires et l’hypertension artérielle (à l’origine des risques cérébraux) augmentent avec les années. Les trois principaux cancers chez les sujets âgés sont le cancer du sein chez la femme ; le cancer de la prostate chez l’homme ; le cancer du colon chez les deux. »

 

Arrive bien sûr la grande question : « Chacun peut-il freiner son vieillissement ? ». Peut-on retarder l’échéance ? Encore quelques années monsieur le bourreau ! Aidez-moi à bloquer ma pendule biologique ! Donnez-moi l’élixir d’éternelle jeunesse !

 

« L’espérance, qui gonfle heureusement le cœur de chacun, explique que les recettes de longévité soient écoutées avec intérêt. Mais ces recettes, ce sont aussi souvent d’invraisemblables opinions exploitées par des personnes qui ne possèdent au mieux qu’une connaissance parcellaire de la biologie.

La vérité de l’Être côtoie la mort, ce qui n’empêche en rien de vivre heureux, et d’être habité par la joie. Ce qui est utile, c’est de ne pas se leurrer sur les recettes dénuées de preuve, pour se concentrer sur les bonnes pratiques, à la portée de tout le monde. Souvenons-nous aussi que ce n’est pas à 65 ans qu’il est urgent de changer de mode de vie, mais bien avant, la vieillesse réussie étant un investissement de toute la durée de la vie d’adulte.

Pas de centenaires fumeurs ni obèses : voilà une vérité de base. En revanche, les promesses de régénération appliquées depuis des siècles ne relèvent que de l’intérêt bien compris des promoteurs : fontaines de jouvence, crèmes « anti-âge », docteur Faust et autres, transfusions de sang d’agneau, injections de cellules embryonnaires, d’extraits testiculaires, yaourt bulgare et gelée d’abeille, ginseng, etc... »

 

Et la place du vin dans tout ça ?

 

Bien évidemment je n’ai pas de réponse au singulier comme au pluriel à cette question. De plus, ayant toujours été très réservé sur une approche, dite santé, du vin, qui n’est qu’une défense en réponse aux ayatollahs d’en face, ma chronique d’aujourd’hui n’a pas pour objet d’aborder ce versant. En revanche, cultiver la convivialité et le bien-vivre me semble du plus grand intérêt pour que le vin s’insère dans les bonnes pratiques. Mon propos est plus froidement économique : ayant dans les années 75, lors de mon arrivée à L’office des vins de table, pressenti le grand basculement des Vins de Consommation Courante dans les oubliettes de l’histoire ce qui bien sûr à amené un grand reflux de la consommation par tête : la disparition des gros buveurs n’étant pas compensée par la consommation des occasionnels.  Le « péril vieux » en France étant lié au fait que la classe abondante des baby-boomers, dont je suis, file tranquillement dans la décennie actuelle vers le cap fatidique des 75 ans et, comme c’est elle qui soutient la consommation du vin, il me semble qu’il serait de première importance d’élaborer quelques scénarii sur ce sujet afin de ne pas se retrouver face à une situation du même type.

 

« Allo, je voudrais l’INRA et FranceAgrimer ? »

- le numéro que vous avez demandé n’est plus attribué veuillez consulter l’annuaire... »

 

Affaire à suivre... Une chronique sur le même thème suit « Je viens d’adopter un vieux »

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 00:09

Ne tournons pas autour du pot : autant le saucisson sec occupe une place de choix dans l’image internationale du Français black béret, baguette de pain, kil de rouge et fromage qui pue, le malheureux saucisson à l’ail, lui, est un mal aimé, il pue de la gueule, il sent le gaz, relégué qu’il est en vagues rondelles sur le bord des tas de choucroute de la Taverne de Maître Kanter. Pire encore on le fume, non qu’il fût du belge mais parce qu’on lui inflige le supplice ou le maquillage d’un fumage industriel. Je trouve ce mépris insupportable. J’en appelle à un sursaut national. Je sonne le rappel pour que s’instaure une journée mondiale du saucisson à l’ail. J’invite les défenseurs de la charcuterie artisanale à contribuer au renouveau de cet emblème du bon goût français.

saucissonail.jpgAfin de mieux plaider la cause du saucisson à l’ail en vue de sa réhabilitation je vais puiser aux sources profondes de notre culture française que le monde entier nous envie en rappelant tout d’abord que dans l’un des monuments de notre grande et belle littérature française, « Bravo Docteur Béru » San Antonio, alias Frédéric Dard, l’un de nos auteurs des plus prolifique, nous la coupait sec – la chique bien sûr, pas la rondelle – avec un Bérurier, ex-interne des hôpitaux de Paris qui savait « aussi bien manier le stéthoscope que le saucisson à l'ail » (sic). Je rappelle qu’Alexandre-Benoît dit le Gros lichait essentiellement du Juliénas qu’il considérait comme son médicament quotidien.

 9782265085060

Soyez donc imaginatif chers lecteurs et marriez un bon casse-dalle : baguette-beurre-saucisson à l’ail avec un de ces nectars de chez nous, bien franchouillard. J’attends de votre part une levée en masse, un raz-de-marée pour qu’ainsi dans son prochain roman Michel Houellebecq puisse faire trois pages sur la résurrection du saucisson à l’ail Olida en se souvenant que  Marcel Proust dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs écrivit : « Allez me chercher du jambon chez Olida. Madame m'a bien recommandé que ce soit du Nev'york.» Et pendant que je suis dans un bouillon de haute culture je vous offre l’un des joyaux du Septième Art Français le film culte :

 

Mais où est passée la 7ième Compagnie

 

avec les inoubliables ringards Jean Lefèvre et Aldo Maccione qui magnifient l’emblème de la débrouillardise franchouillarde : notre inégalé et inégalable saucisson à l’ail.

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 00:02

Non je ne suis pas un sniper. Non, je ne tire pas sur tout ce qui bouge. Et pourtant ma position de tireur couché me permet, à couvert, d’observer le théâtre des opérations. Position qui peut sembler confortable et pourtant, n’ayant que des balles à blanc, lorsque l’envie me prend d’appuyer sur la gâchette, ça fait un peu du bruit mais ça n’influe guère sur le cours des choses. Dois-je le regretter ? Suis-je frustré ? Je vais tenter, à ma façon, de bien préciser ma pensée et vous proposer d'agir 

 

« Dans mon boulot, pour l’instant, je suis en train de m’embourber un peu. Des quatre machins attaqués au calme, il n’en reste que deux sur la planche, et encore un peu figés. » Ainsi s’exprimait Jean-Patrick Manchette dans une lettre du 26 août 1977 à son ami Pierre Siniac. Il ajoutait que l’un de ces machins était « une histoire de tueur absolument sans intérêt intrinsèque, uniquement un  exercice technique, de mon point de vue, qui progresse à peu près régulièrement, mais glacialement. » Manchette évoquait en fait son futur roman La Position du tireur couché.

 

Le dessinateur Tardi vient de donner un visage au tireur couché de Manchette.  

 

J’entends certains ricaner : quel rapport avec la choucroute ?

 

JP Manchette d’abord pourquoi Manchette ?

Je pourrais me contenter de répondre parce que Manchette est un marqueur indélébile d’un temps qui est le mien. J’aime Manchette car il fumait des Celtiques, trop, c’était un fou d’écriture qui à réinventé le polar par une rupture radicale avec la Série noire française des années 50/60. Situationniste, Manchette a renoué avec la fonction originelle du roman noir : la critique sociale. Son modèle revendiqué était Dashiel Hammet. J’aime son écriture behaviouriste, « joyau de vérité », pleine de « joyeuse perfidie » et de « provocation allègre ». La dérision aussi comme dans le Petit bleu : « je l’ai tué hier, dit soudain Gerfaut. Je lui ai fracassé son putain de crâne, je lui ai cassé la tête. Et Gerfaut stupéfait fondit en larmes. Il replia ses bras sur la table de formica, posa son front sur ses avant-bras et sanglota nerveusement. Ses larmes s’arrêtèrent tout de suite mais il demeura plusieurs minutes à frémir et à aspirer et expirer de l’air avec un bruit d’instruments de musique brésiliens. »

 

La Position du tireur couché ensuite, parce que Martin Terrier, le tueur à gages, après dix ans d’activités, où il a mis patiemment de côté ses gages, décide de se ranger des voitures et d’aller chercher Alice son amour d’enfance. Terrier a la gueule de monsieur tout le monde, et avant que sa vie parte à vau-l’eau, les bordels, les bars louches, les missions africaines, il a été un adolescent qui essayait de devenir un homme en entreprenant Alice la fille de bourgeois de province.

 

Si j’écris à ce stade de ma chronique que mon métier, si tant est que ce fut un métier, s’est apparenté à celui d’un « mercenaire » vous allez dire que je suis complètement à l’Ouest. Et pourtant, un commanditaire m’a missionné et je me suis exécuté en me portant sur le terrain. Et c’est là que mes ennuis ont commencé car j’avais face à moi des cibles si mouvantes qu’il m’était difficile de les placer dans mon collimateur. J’arrête là ma comparaison non sans préciser que je me dois d’ajouter que mes commanditaires ont souvent changé et que depuis plusieurs années, pour ce qui concerne le vin, mon commanditaire ne me demande plus rien.

 

Face à cette vacance je me suis mis à mon compte en ouvrant, il y a presque 6 ans, un petit espace de liberté sur le bord de l’autoroute du Net. Je mène donc une double vie. Au début ce ne fut pas facile de me débarrasser de mes tics de décideur. J’ai tenté d’ouvrir des brèches, en créant le club Sans Interdit par exemple, mais je me suis très vite aperçu que le champ des décideurs, plein de mines, était le champ clos où s’ébattaient les maîtres du troupeau. En conséquence tout ce que je puis faire maintenant c’est aider, ouvrir plus encore mon espace de liberté à celles et ceux qui, au-delà de la pure réaction émotionnelle du type « sauvetage Olivier B » veulent utiliser à plein l’outil réseau social pour réinitialiser du collectif dans le nuage de points que sont les vignerons et ceux qui tournent autour.

 

S’en tenir à un enthousiasme communicatif : « c’est formidable il est passé à France 3 de je ne sais où ou sur RMC avec je ne sais qui » me semble un résultat, sans doute ponctuellement intéressant, mais qui ne permet pas de tenir la distance. Moutonniers les médias traditionnels se précipitent tous en même temps sur la dernière misère du monde mais comme il y en a beaucoup une misère chasse l’autre et le fusil risque de n’être qu'à un seul coup.

 

Que puis-je faire, que pouvons-nous faire pour jeter les bases d’une plate-forme où nous pourrions mettre en culture des réponses concrètes, aussi modestes soient-elles, aux problèmes posés. Nous mettre les mains dans le cambouis. Avancer à petits pas de concert me semble plus porteur que de s’agiter chacun dans nos petites crèmeries. Objections votre honneur comme on dit dans les prétoires américains : pas le temps, pas de moyens, pas de ceci, pas de cela, et patati et patata... 

 

Ma proposition pour faire avancer les choses est simple : que nous nous retrouvions en Beaujolais dans quelque temps pour une journée de travail et de convivialité, un samedi par exemple, pour concrétiser notre plate-forme qui permettrait à un réseau de fonctionner et d’agir. Chacun y viendrait par ses propres moyens et moi je verrais avec mes amis du Beaujolais comment nous accueillir.

 

Si j’ai choisi le Beaujolais c’est que mon opération Grand Malade lancée par une première chronique datant du 19 mars 2010 link vient de recevoir un premier retour institutionnel datant du 4 février 2011. En effet,  suite à ma chronique sur la bande des 15 : le Délégué Général d’Inter Beaujolais dans un e-mail me fait savoir qu’il lit avec intérêt mon blog et que celui-ci ne laisse pas l’interprofession indifférente. Il m’a invité en Beaujolais et je m’y rendrai avec plaisir.

 

Ceci écrit il n’entre nullement dans mon intention de m’immiscer dans les affaires des vignerons du Beaujolais mais de faire en sorte qu’au travers de mon espace de liberté se fonde avec vous tous une forme nouvelle de solidarité, des liens, des principes d’action, qui bien évidemment ne se limiteraient pas à la région d’accueil. En écrivant ce que je viens d’écrire j’ai totalement conscience de partir sur des terres inexplorées, de prendre le risque du bide total, mais peu m’importe car si je reste dans ma position de tireur couché, indifférent, il viendra le jour où je fermerai la boutique pour cause d’inutilité.

 

Maintenant c'est à vous de jouer.

 

Je prends les noms ! 

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