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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 00:02

 

Pour la première fois depuis un bail je rédigeai une note blanche très précise et très détaillée sur l’opus de l’archange mais, bien évidemment, je la gardais par devers moi, plus précisément chez Raymond dans son cellier où il rangeait, à l’intérieur d’une fausse petite barrique, nos papiers compromettant. Ce type me donnait le sentiment d’avoir une soif éperdue de reconnaissance, il voulait être reconnu dans la cour des Grands. Il rosissait de plaisir d’avoir reçu une lettre du général de Gaulle qui trouvait, affirmait-il, sa thèse intéressante – le pauvre croyait sans doute que le chef de l’Etat avait pris le temps de lire son pensum, alors que le rédacteur du courrier en réponse s’était contenté des formules habituelles pour ce genre d’accusé de réception –, et il se gargarisait d'un petit mot d’André Malraux. Naïveté et orgueil enfantins d’un type gavé de lectures mal assimilées. Son handicap majeur, insurmontable, c’était le point de départ de son parcours : en France pour accéder à l’Olympe du pouvoir politique et économique mieux vaut sortir de Polytechnique que des cours du soir. Sa référence permanente à Machiavel et son admiration sans borne pour Talleyrand le prédisposait à voir des complots partout. D’ailleurs, lorsque l’affaire éclaterait, le président Pompe se permettrait lors de sa conférence de presse du 21 septembre 1972, en une longue digression, d’exploiter l’épisode des « menaces de mort » que l’archange aurait reçu suite à son livre. L’audition de ce morceau de choix d’un Pompidou au sommet de sa forme reste le meilleur moyen de saisir tout le suc de cet épisode rocambolesque http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/I00017002/pompidou-et-gabriel-aranda.fr.html

Discréditer d’abord son adversaire en évoquant d’un ton faussement patelin, en se tenant aux faits, sa visite à Matignon pour remettre sur le tapis sa thèse du grand complot soviétique en indiquant qu’il en avait informé l’ambassade des USA et que le président serait mis au courant et, cerise sur le gâteau, sa lettre à  Khrouchtchev portée à l’ambassade d’URSS, dans laquelle il demande une audience au 1ier Secrétaire du PCUS ce « convoquez-moi ! » pour « avoir la preuve de ses dires », afin d’éviter le scandale était un bijou de manœuvre de diversion. Comment prendre au sérieux ce Tintin au pays des Soviets ! Mais, plus la ficelle est grosse, plus il faut tirer dessus pour prouver quelle est solide : le madré de Montboudif évoqua le retour à la charge de l’illuminé à la suite de l’assassinat de John Kennedy car celui-ci serait la conséquence de la découverte de son secret… N’en jetez plus, la coupe est pleine. C’est alors que l’ancien pensionnaire de Normale Sup, en faisant référence à ses 11 années de cabinet auprès du Général, qualifie de « déshonorante » la manière de faire de ce paranoïaque : « soutirer des documents… se constituer des dossiers… les distiller dans des feuilles spécialisées… » Lui a observé les règles les plus élémentaires de la moralité. La chute du propos du Président est remarquable, toutes incisives dehors, le voilà qui pointe le doigt vers les feuilles spécialisées (Le Canard Enchaîné puis l’Aurore)  en déclarant avec mépris « j’ai perçu chez 2 ou 3 le vilain frémissement des narines qui sentent venir les boules puantes et qui se régalent à l’idée de renifler les odeurs d’égouts. » Un chef d’œuvre de désinformation.

Si je m’appesantis sur cet épisode c’est que je suis à l’origine de l’angle de contre-attaque du Président. Dès la parution, le 13 septembre 1972, des premières révélations de l’archange dans le Canard Enchaîné, j’avais immédiatement fait parvenir par le canal direct du Secrétaire-Général de la Présidence de la République – pour être plus précis par la blanche main de la mère de Chloé – ma note blanche accompagnée d’une offre de services. La réaction ne se fit pas attendre, je fus convoqué nuitamment au Palais. La garde rapprochée du Président Pompe, suspicieuse, m’interrogea sur l’origine de mon intérêt pour le livre de l’archange. Ma réponse les cloua au sol : la protection de mon Ministre – qui d’ailleurs ne l’était plus depuis le vidage de Chaban – et par contrecoup celle des intérêts de la majorité présidentielle. Seul Foccart restait suspicieux : « pourquoi n’avais-je pas transmis à ma hiérarchie cette note blanche ? » Je le regardai droit dans les yeux : « ce n’est pas à vous que je vais apprendre que nos services de renseignements sont des paniers percés et, tant que ce mythomane en restait là, il ne mettait pas en danger la République… » Le vieux renard ne me lâcha pas pour autant : « vous le soupçonniez d’être un type à cracher dans la soupe ? »  Je souris et d’un ton sarcastique je lui répondis « oui mais j’attendais qu’il se découvre pour le coincer » Ma réponse le fi sursauter. Il me toisa « vous vous êtes fait prendre de vitesse, cher monsieur… » Sans me démonter je rétorquai « Oui mais c’est la faute du remaniement qui a bouleversé mes plans… » Il s’étonna « au nom de qui dressez-vous des plans ? » Ma réponse relevait du quitte ou double « de celui qui m’a convoqué à cette charmante sauterie… » À ma grande surprise je venais d’emporter le morceau.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Olivier NASLES 06/09/2009 10:44

Merci Jacques de nous faire redécouvrir ce morceau d'anthologie du Président Pompidou. Cela montre, s'il en était nécessaire, le talent et la dimension de cet homme trop souvent oublié. AmitiésOlivier 

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