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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 06:00

La traversée de la Manchette | nova

Le charme discret de la correspondance privée à jamais disparue, lettres manuscrites ou dactylographiées, doubles sur papier carbone, archivées, conservées par les correspondants, fantastique réservoir des pensées intimes d’un auteur.

 

Lettres du mauvais temps - Vermillon - Table Ronde - Site Gallimard

Lettres du mauvais temps de Manchette 1977-1995

 

C’est un recueil à effeuiller au gré de son humeur, du beau ou du mauvais temps, de l’envie de retrouver l’esprit d’un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître…

Viande froide - Pierre Siniac - Babelio

Ainsi ce matin, je vous propose des morceaux choisis de sa correspondance avec Pierre Siniac.

 

Issu d’une famille de modestes artisans – sa mère était couturière et son père, d’origine grecque, “travaillait dans la chaussure“-, il quitte l’école communale à quatorze ans pour suivre une formation professionnelle de “technicien spécialisé dans le chauffage central“. Il connaît des années de galères et d’errances au cours desquelles il consacre ses journées au cinéma, à la lecture, à la flânerie et à l’écriture. Il publie son premier roman "Illégitime défense" en 1958.

 

SOIRÉE SINIAC - invitation Alfred Eibel - YouTube

 

Auteur de romans policiers, Siniac se distingue par un goût pour les histoires criminelles au dénouement surprenant et paradoxal, l'humour rabelaisien et la description d'une vie provinciale inquiétante. Ses descriptions du « milieu » montrent des personnages qui ne sont le plus souvent ni des exemples de bravoure, ni d'intelligence, ni d'honnêteté.

 

ICI 

 

Amazon.fr - LE CINEMA FRANCAIS. Tome 2 - Siclier, Jacques - Livres

 

Moi aussi je me souviens de Jacques Siclier le critique ciné du Monde ICI 

 

Le 20 juillet 1977 à Villers-sur-Mer

 

« Pour le cinoche, je me base personnellement sur les critiques du chrétien Siclier dans Le Monde : aussitôt qu’il dit « Quelle honte, ce cinéaste qui nous avait donné de l’espoir, à présent se prostitue, et fait semblant d’être de gauche, mais nous présente en réalité un tissu de brutalités avilissantes », je sais que je vais passer une excellente soirée. Pendant que j’y pense, je ferme la parenthèse) mais poursuis. C’est la société qui n’a plus de foi en soi-même, mon bon monsieur, voilà ce que je dis. Quand les grands Etats capitalistes se bâtissaient dans la fièvre, ça vous donnait Eisenstein et King Vidor. Maintenant, ils pleurnichent à propos de J.-F. Kennedy et de leurs hémorroïdes. Quelle pitié !

 

Charlie Hebdo - # 457 - 16 Août 1979 - Couverture : Wolinski

 

Chronique de cinéma dans Charlie Hebdo août 1979

 

« Hollywood, c’était le cinéma du capitalisme triomphant […]. Les riches étaient contents d’eux-mêmes et leur cinéma était brillant. À présent ils sont mécontents d’eux-mêmes et […] ils engagent des intellectuels de gauche pour vendre aux cadres ce message qui leur plaît : « Nous avons bien mal au cul, interrogeons-nous sur cette douleur » […] Comme grondait Jouvet dans La Charrette fantôme, quelle pitié ! quelle pitié ! Mais nous n’en aurons pas. »

 

« je ne crois pas qu’il reviendra de grands écrivains dans un siècle, ni jamais, à moins d’un effondrement total de la civilisation et d’un nouveau départ pris de zéro. Je crois tout platement qu’on a vraiment fait le tour des formes. Les gugusses modernistes ne font que réchauffer des restes de Céline, de Joyce, de Dada. De sorte que c’est nous qui pouvons nous permettre d’utiliser et de mélanger les formes pour « raconter nos petites histoires. »

 

Paris le 25 août 1977

 

Cher Siniac-zistait pas il faudrait l’inventer (là, je me défonce vraiment, sapristi !)

 

« … sur Siclier tu m’as mal lu. Ce qui en fait pour moi un bon baromètre, c’est qu’il fait toujours le même type de critique négative sur les films qui me plaisent. À tout coup, il les accuse d’être

 

  1. Bestialement brutaux
  2. Vulgairement racoleurs
  3. Faussement de gauche et en vérité de droite
  4. L’œuvre décevante d’un réalisateur qu’on croyait libéral et qui nous avait donné des espérances, mais qui, là, sombre.

 

Chaque fois qu’une de ses critiques a cette structure, je suis assuré de prendre mon pied en allant voir le film. (C’est à peu près exactement ce qu’il a dit de Marathon Man, et par exemple de Plein la gueule d’Aldrich.)

 

[…]

 

Cher Siniac, je te fais mes cordialités. Dur d’oreille ou non, je maintiens que nous devrions trouver une occasion de grignoter de conserve. Je parlerai par gestes obscènes, et tu me répondras des grognements hideux. Ça peut être vraiment bien. »

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 06:00
L’ami Jean-François Collin prend le contrepied du discours du Pt de la république ce 14 juillet : La Ve République, régime d’instabilité.

Le fondateur de la Ve République, grand pourfendeur de la IVe et de son régime des partis, doit se dire qu’il a réussi : y’a plus de partis !

 

J’exagère à peine : le PS out, LR en voie d’implosion, le PCF disparaît, le RN n’existe que par Marine Le PenEELV est un conglomérat hétéroclite où déjà les clivages entre un mol Jadot qui rêve de la future présidentielle et un Piolle bien ambigüe prenant son contre-pied, ne laisse pas augurer d’une nouvelle mouture de la gauche plurielle.

 

LREM lors des élections municipales a fait la démonstration de son inexistence en tant que parti politique. La start-up Macron sonne le creux.

 

Alors, cher Jean-François, peut-on dynamiter la Constitution de la Ve République sans artificiers ?

 

Qui en prendra l’initiative ?

 

Les partis politiques en voie de marginalisation ?

 

Le peuple dans la rue ?

 

Révolution ?

 

Pourquoi pas mais n’oublions pas que les premiers gilets jaunes protestaient contre la pénalisation de la bagnole, ce peuple gueulard est profondément conservateur, le changement c’est pour les autres, ne pas toucher à mes privilèges, la place est aux Macron, Le Pen, Mélenchon, Jadot déjà dans les starting-blocks, accompagnés d’éventuels figurants : la grenouille Xavier Bertrand, le flou François Baroin… ou d’outsiders sortie du diable-vauvert Anne Hidalgo, Valérie Pécresse, Christiane Taubira, Ruffin… ou bien encore de madame Royal… et pourquoi pas Bigard ou Onfray ?

 

Qui de ceux-là portera la VIe République sur les fonds baptismaux ?

 

La votation future en 2022  enterrera-t-elle la Constitution de 1958 ?

 

J’en doute et, même si un élu de ton cœur vert accédait au trône, je le vois bien comme le Mitterrand du Coup d’Etat permanent s’accommoder du pouvoir personnel que confère cette fichue Constitution.

 

Revenons un instant aux victimes de la personnification de la vie politique : les partis.

 

De l'utilité des partis, malgré tout, par ALAIN BERGOUNIOUX | L'OURS

 

Le petit opus « La fin des partis ? » auquel j’ai déjà fait référence permet, autant que faire de peu, d’éclairer notre lanterne sans pour autant répondre à la question.

 

 « À travers les figures d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon, l’élection présidentielle de 2017 a été le théâtre inédit du lancement d’entreprises politiques personnifiées par un candidat n’incarnant pas seulement une « ligne » ou un « destin », mais offrant sa personne en guise de programme : les composantes de sa personnalité devaient constituer en elles-mêmes un bien politique, à l’image des initiales (EM) désignant tant le leader (Emmanuel Macron) que le mouvement (En Marche !).

 

Ces nouvelles entreprises politiques sont apparues en fin de compte mieux ajustées que les partis établis aux logiques dominant de plus en plus fortement l’élection présidentielle. Indissociablement politiques et « communicationnelles », de telles entreprises ne sont pas de prime abord, sans en évoquer d’autres, notamment Forza Italia, parti qui a accédé au pouvoir l’année même de sa création, après une campagne éclair, en proposant une rupture avec le système politique et partisan en place. »

 

[…]

 

« Certaines prises de position de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron – en dépit de leurs oppositions idéologiques évidentes – présentent ainsi des affinités qui tiennent à leurs positions homologues visant à subvertir l’ordre politique institué. Cette logique est d’ailleurs endossée, y compris sur le mode de la provocation (Emmanuel Macron n’a-t-il pas intitulé Révolution le livre manifeste de sa campagne ?), alors que la rhétorique de la modernité et de l’efficacité à l’œuvre – enfin délestée des alliances et des clivages politiques  classiques – oppose le « nouveau monde » à l’ «ancien monde » (celui des partis, du clivage gauche/droite auquel renvoie ses adversaires) dont le candidat était pourtant l’un des représentants quelques mois auparavant, en tant que Ministre de François Hollande (et au  sein duquel il recrute bon nombre de ses plus proches collaborateurs pour la campagne). De ce point de vue, l’invocation du « dégagisme » et l’acceptation du label « populiste » par Jean-Luc Mélenchon en référence aux écrits de Chantal Mouffe constituent un équivalent fonctionnel du « nouveau monde », dans la mesure où il appelle aussi à une redéfinition des clivages politiques, articulée à partir de la « personne » du leader et de la ligne politique qu’il incarne »

 

[…]

 

Des partis en apesanteur sociale ?

 

L’un des facteurs qui a érodé leur légitimité est l’affaiblissement de leur ancrage social.

 

« … les partis sont devenus le lieu d’un entre-soi de professionnels de la politique ou d’aspirants à l’élection, le plus souvent issus des catégories sociales aisées et fortement diplômés. »

 

Appareils dévitalisés, repliés sur leurs jeux et enjeux propres : la conquête des positions de pouvoir, éloignés de la société et peu représentatifs socialement des différentes couches de la population…

 

Ex-hauts fonctionnaires passés par les cabinets ministériels, camarilla d’attachés parlementaires n’ayant jamais touché le monde du travail ordinaire, barons locaux et régionaux agrippés à leurs privilèges, cumulards de mandats et d’indemnités… le financement public des partis… la montée du « tous pourris »… l’abstention massive des quartiers populaires…

 

[…]

 

« La fonction expressive et socialisatrice, longtemps revendiquée par les partis eux-mêmes, s’est à l’évidence affaiblie. Alors qu’ils demeurent des rouages centraux du gouvernement représentatif, les partis parviennent de moins en moins à assumer ce rôle en raison de leur faible réceptivité aux demandes sociales, elle-même liée à leur coupure (partielle) de la société. Cette situation résulte bien sûr aussi des changements qui ont affecté la société contemporaine : qu’y-a-t-il à représenter dans une société, non moins inégalitaire, mais plus fragmentée que par le passé ? Les grands clivages sociaux et idéologiques, qui constituent un des soubassements des partis ont largement perdu de leur pertinence avec le développement de l’Etat-providence, la sécularisation de la société, la disparition de la paysannerie puis des forteresses ouvrières, la tertiarisation de l’économie et la chute du communisme international. Les organisations partisanes sont affectées par cet épuisement des clivages historiques et l’affaiblissement de l’appartenance subjective aux classes sociales, phénomènes auxquels ils ont eux-mêmes largement contribué (particulièrement les partis de gauche). Les « nous » partisans sont ainsi plus difficiles à construire dans un contexte d’individualisation de la société, liée notamment au nouvel esprit du capitalisme. »

 

La parole est maintenant à Jean-François Collin :

 

GOUVERNER AUTREMENT. Tome 4 de Michel Debré - Livre - Decitre

 

La cinquième République, régime d’instabilité.

 

Ce nouveau remaniement qui substitue un inconnu de droite, à un autre homme de droite que l’on commençait à peine à connaître, interroge une nouvelle fois sur l’une des vertus supposées de la cinquième République: la stabilité.

 

Grâce à ces institutions que le monde entier nous envie, la France jouirait d’une stabilité politique lui permettant de traiter les grands problèmes auxquels elle est confrontée. Cette stabilité serait la contrepartie, à défaut d’en être la justification de notre démocratie réduite à la portion congrue, de la mise au pas du Parlement réduit au rôle de chambre d’enregistrement, du contrôle du parquet par l’exécutif, du contrôle de constitutionnalité des lois effectué par une instance peuplée des anciens présidents de la République et de nombreuses autres bizarreries comme l’existence d’un ordre de juridiction propre à l’administration qui est aussi un organe de conseil du gouvernement et dont les magistrats occupent les principaux postes de pouvoir de la République.

 

Pourtant un bref regard en arrière suffit à se convaincre de la profonde instabilité de  notre fonctionnement institutionnel.

 

Entre 2002 et 2020, la France a changé de Premier ministre 8 fois, soit 27 mois d’exercice de cette responsabilité en moyenne.

 

Au cours de la même période, les chefs de gouvernement ont changé 4 fois en Espagne, 6 fois au Royaume-Uni, 2 fois en Allemagne, 8 fois en Italie si l’on compte pour 2 les mandats de Berlusconi interrompus par celui de Romano Prodi de 2006 à 2008.  La Belgique a connu 6 premiers ministres, les Pays-Bas 2 chefs de cabinet et le Portugal 5.

 

C’est donc en France que la durée de vie des premiers ministres est la plus brève et leur changement le plus fréquent. On peut ajouter que c’est aussi le seul pays européen où ils doivent leur existence au seul Président de la République et non à une base parlementaire qui serait la source de leur légitimité et donc de leur autorité, ce qui les rend particulièrement faibles vis à vis des parlementaires auxquels ils ne peuvent s’imposer que par le corset constitutionnel qui leur interdit de jouer leur rôle de législateur et de contrôleur de l’action du gouvernement, mais aussi vulnérables aux sautes d’humeur du Président de la République.

 

Les Premiers ministres ne pèsent pas grand-chose en France, sauf lorsqu’ils décident d’utiliser ce poste pour se lancer dans la seule course qui compte dans notre pays aux institutions atrophiées, l’élection présidentielle.

 

Quant aux ministres dont le premier ministre est flanqué, c’est encore pire. Celui de l’écologie, dont on nous dit qu’il s’agit de la priorité des priorités, a changé 15 fois en 18 ans, celui de l’intérieur 14 fois, ceux de l’économie ou du travail 12 fois, celui de la culture 10 fois, etc. Ceux qui viennent d’être désignés doivent rester lucides sur leur importance dans l’histoire s’ils ne veulent pas souffrir trop de désillusion.

 

Cette faible capacité des exécutifs français à conduire une action dans la durée n’est pas corrigée par l’existence d’un Président de la République élu au suffrage universel et disposant de pouvoirs étendus. S’il est à peu près intouchable pendant son mandat, il n’est pas réélu depuis le second mandat de J. Chirac et la partie « utile » de son mandat est très réduite. Les Présidents de la République obtiennent leur élection sur un malentendu, comme dans le cas d’E Macron qui a bénéficié du vote « utile pour faire barrage au FN devenu RN » pour l’emporter et a interprété ce vote comme une approbation par la population de son programme de réforme du code du travail, des retraites ou de l‘assurance retraite, ce qu’il n’était naturellement pas. Ainsi, faute de pouvoir s’exprimer au Parlement ou dans une politique plus équilibrée du chef de l’Etat, l’opposition s’exprime ensuite dans la rue par de très longues grèves qui ne font pas reculer l’exécutif mais paralysent le pays et laissent de profonds sentiments d’amertume, ou par le mouvement des « Gilets Jaunes » qui a effrayé le pouvoir parce qu’il sortait des cadres habituels et mettait en mouvement le pays dans sas couches habituellement les mois revendicatives. L’action réformatrice du Président de la République a été stoppée jusqu’à la prochaine élection et le même scenario se reproduira la prochaine fois si les candidats au second tour sont les mêmes.

 

Les thuriféraires de la Vème République regardent avec mépris les régimes précédents. Pourtant la troisième République n’a compté qu’une bonne quarantaine de Présidents du conseil différents en 70 ans, les mêmes revenant souvent reprendre la responsabilité des affaires, et elle a construit les fondements de la France républicaine, la protection des libertés individuelles, de la liberté de la presse, des associations, l’école publique, qui sont autant de piliers qui résistent tant bien que mal aux nouveaux « manageurs » de la vie publique. Elle n’était en réalité pas beaucoup plus instable que la Vème République et son œuvre se compare favorablement à cette dernière.

 

L’héritage de la quatrième République qui a mis en œuvre le programme du Conseil national de la résistance, celui des « jours heureux » auxquels faisait allusion E Macron dans un discours récent, vaut également beaucoup plus que le souvenir que le Gaullisme triomphant a voulu en laisser.

 

On aimerait que le nouveau gouvernement réalise le dixième de tout cela, mais il annonce sa volonté de reprendre la réforme des retraites, de l’assurance chômage, bref de finir le travail de destruction de ce qui reste des Républiques précédentes.

 

De ce fait, l’instabilité institutionnelle se conjuguera à nouveau au désordre dans la rue car ce qui a été refusé hier n’a guère de chance d’être mieux accepté aujourd’hui, dans une situation économique catastrophique qui va aggraver le chômage, les inégalités et la pauvreté.

 

JF Collin 6 juillet 2020

Zgur_ on Twitter: "#Jadot et le melon. #EELV… "

Maladie chronique des "Verts"

 

La division, maladie chronique des "Verts". Hulot-Joly, Duflot-Rugy, Jadot-Duflot… La courte existence de la formation écologiste a été minée par les guerres d'égos et de personnalités. "C'est un parti qui fonctionne sur la haine et le ressentiment", analyse tristement Daniel Cohn-Bendit. L'ancien député européen ne se lasse pas de raconter comment son projet de direction bicéphale Jadot-Duflot a volé en éclat en 2010 en raison de l'animosité – très forte – que se vouaient les deux personnages. Dans un parti qui érige la démocratie interne en valeur supérieure, et où les militants ont bien souvent le dernier mot, il n'est pas rare de voir des décisions prises en dépit du bon sens. En 2001, Noël Mamère est battu de 91 voix par Alain Lipietz à la primaire des écologistes avant d'être rappelé en catastrophe quelques mois plus tard pour mener la campagne présidentielle ; en 2011, Eva Joly est préférée à Nicolas Hulot malgré le potentiel électoral de ce dernier ; en 2014, les écologistes choisissent de quitter le gouvernement et le parti implose… A chaque fois, la tentation groupusculaire l'emporte.

 

Cette fois, c'est différent veulent croire les écologistes. "Nous n'avons plus le droit d'offrir ce genre de spectacle", alerte l'ancien candidat à la présidentielle Noël Mamère

 

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 06:00

 

Suis allé à Roland Garros au temps où il y avait encore des stylistes, Ilie Nastase fut l’un d’entre eux, maintenant qu’il n’y a plus que des cogneurs à gros biscotos je n’ai plus envie d’aller porte d’Auteuil. (1)

 

J’aurais pu titrer sur Onfray en utilisant une image de boxe mais je n’ai jamais apprécié le noble art.

 

Bref, la captation et le détournement par Onfray de l’appellation FRONT POPULAIRE, qui attire dans ses filets tout un ramassis de souverainistes aigres, m’oblige à donner la parole à des intellectuels plus compétents que moi afin qu’ils démontent son imposture.

 

Il y a 10 ans, deux historiens français, Elisabeth Roudinesco et Guillaume Mazeau, consacraient deux études critiques aussi dures que documentées au travail de Michel Onfray à partir notamment de ses publications sur la révolution française et sur Sigmund Freud

 

 

Michel Onfray s'est longtemps fait passer pour un représentant des classes populaires. Alors que sa nouvelle revue Front populaire le place sans aucun doute possible à l'extrême droite du spectre politique, deux historiens, qui s'étaient déjà exprimés à son sujet en 2010, dialoguent dans les colonnes du Grand Continent pour défaire les mythes avec lesquels s'est construite cette personnalité médiatique. On y découvre un faussaire et un manipulateur de textes, dont la voix ne porte peut-être déjà plus autant qu'avant.

 

En contraste avec l’image véhiculée par les médias d’un philosophe de gauche, travailleur acharné d’une histoire critique de la philosophie permettant une nouvelle émancipation populaire par la défense de la liberté, ils démontraient un usage superficiel et abondant d’auteurs, d’interprétations et d’imaginaires provenant directement de l’extrême droite, avec des penchants réactionnaires et parfois même antisémites. Dans cette séquence marquée par la parution de la revue Front Populaire et la recomposition politique qu’elle semble préparer, le Grand Continent a souhaité les inviter dans une longue conversation à proposer un aggiornamento de leurs lectures du cas Onfray.

 

La suite ICI

 

ELISABETH ROUDINESCO

 

Sur Freud, on voyait tout de suite, dès la première lecture, qu’il se trompait grossièrement. Historien c’est un métier, c’est un travail dur, laborieux. Comme tout travail, cela demande de respecter des savoir-faire.

 

Chez Onfray, on retrouve les éléments d’un discours antisémite inconscient. Il récuse la lutte des classes au profit de la lutte des origines.

 

Nous ne disons jamais qu’Onfray est antisémite. Nous établissons un fait : il reprend telle quelle la vulgate de l’extrême droite antisémite. Nous souhaitons rester à un niveau d’érudition pour le confronter à son inculture, pour démasquer son ignorance qui le porte à traiter les juifs persécutés de véritables bourreaux ou à traiter Freud de nazi.

 

Dans son incapacité à dialoguer avec les chercheurs de l’Université qui pourraient le prendre en flagrant délit d’anachronisme ou d’affabulation, il y a un aveu d’ignorance et d’incompétence.

 

Voilà bien une chose qui manque à Onfray : zéro talent littéraire, pas d’imaginaire, aucune représentation épique de l’histoire. Lorsqu’il lit la Bible ou le Coran, il ne comprend pas à quel texte il a affaire.

 

Je suis pour ma part plutôt optimiste. Il a fait trop d’erreurs : factuelles d’abord, mais aussi stratégiques, médiatiques, politiques. Son projet ne prendra pas.

 

Les journalistes iront enquêter pour voir si la légende qu’il a construite est vraie. C’est le côté redoutable des médias. Ils érigent des idoles mais quand elles déçoivent, ils les font tomber. Onfray a été plus qu’un intellectuel médiatique, il a été drogué de médias.

 

GUILLAUME MAZEAU

 

En tant qu’historien de la Révolution française, je possédais les outils pour comprendre immédiatement que rien de ce qu’Onfray écrivait ne provenait d’aucune source ni d’aucune archive, mais qu’il avait puisé dans toute la tradition de la contre-révolution catholique et royaliste, surtout la tradition utilisée par l’extrême droite du XXème siècle.

 

Derrière l’usurpation intellectuelle d’Onfray se dessinait dès 2009 un problème politique bien plus vaste. Tout en se disant en rupture avec l’establishment, Onfray occupait déjà un pouvoir, auquel personne ne prêtait trop attention.

 

Si les médias, y compris publics, ont une grave responsabilité dans l’institutionnalisation d’Onfray, c’est aussi le cas d’un certain nombre de responsables politiques, artistiques et culturels locaux, qui n’y ont vu que du feu – avant, souvent, de s’en mordre les doigts.

 

Onfray a su prendre une place laissée vacante : celle des pensées de l’émancipation collective, et s’est imposé comme un porte-parole des classes populaires.

 

Les raisons pour lesquelles nous sommes intervenus il y a une dizaine d’années lorsqu’il était en train de monter comme une sorte de phénomène populaire, ne se sont pas vraiment profondément améliorées.

 

Ilie Nastase : "Mais que fout le tennis aux J.O.?" | GQ France

 

  1. Cette fois, c'est sûr!

​​​​​​​

Au lendemain de l'officialisation de l'organisation de l'US Open à partir du 31 août, mais à huis clos, les dirigeants de la Fédération française de tennis (FFT) ont annoncé que les internationaux de France de Roland-Garros se tiendront cette année du 27 septembre au 11 octobre. Soit une semaine plus tard qu'annoncé dans un premier temps. Une décision prise en « conscience et responsabilité », assure Bernard Giudicelli, le président de la Fédération.

 

Initialement prévu du 18 mai au 7 juin, le célèbre tournoi de la Porte d'Auteuil avait été reprogrammé du 20 septembre au 4 octobre en raison de la pandémie du coronavirus. Les organisateurs n'avaient alors pas jugé utile de prévenir l'ATP et la WTA ou les acteurs du circuit de la nouvelle date. Provoquant une grogne des intéressés. Cette fois le nouveau calendrier s'est effectué « en concertation avec les instances internationales » assure Giudicelli. Le président de la FFT a également expliqué avoir des réunions régulièrement « avec les services de l'Etat » pour permettre la bonne tenue du tournoi.

 

   

Télévision

Ma vie au poste, le blog de Samuel Gontier

 

Éric Zemmour et Michel Onfray unis pour dénoncer l’islamo-gaucho-narco-féminisme des Verts

 

Même diagnostic, mêmes arguments : les chouchous de CNews, Éric Zemmour et Michel Onfray, analysent pareillement le dangereux succès des écolos aux élections municipales. L’occasion aussi de contester l’origine humaine du réchauffement climatique, de dénoncer la complicité de Christophe Castaner avec les casseurs… Et la gauchisation du débat public (!).

 

« Les Verts, on les connaît, assure Michel Onfray. Ils sont plutôt sympathisants de l’antisionisme, ils sont plutôt pro-palestiniens, plutôt sympathisants à l’endroit de l’islamo-gauchisme, ils sont plutôt communautaristes. » « Les Verts sont des multiculturalistes assumés, des immigrationnistes assumés, des sans-frontièristes assumés, confirme Éric Zemmour une demi-heure plus tard. Le vert des Verts correspond, comme par hasard, au vert de l’islam. » Bienvenue sur CNews. Lundi dernier, à une demi-heure d’intervalle, Éric Onfray et Michel Zemmour (ou l’inverse, je ne sais plus) tiennent des discours parfaitement identiques, signe de la cohérence éditoriale de la chaîne de Bolloré.

 

Si la couleur verte est la preuve irréfutable du lien entre écologie et grand-remplacement, je regrette toutefois un oubli historique. Aucun des deux penseurs n’a rappelé les racines de l’islamo-gauchisme français, quand le pays entier reprenait l’hymne des fondamentalistes musulmans entonné dès 1976 dans les tribunes de Geoffroy-Guichard, à Saint-Étienne : « Qui c’est les plus forts ? / Évidemment, c’est les Verts ! […] / On va gagner / Ça, c’est juré ! » Quarante-quatre ans plus tard, la prophétie s’est réalisée. « On joue au football / Et on n’a pas de frontières. » Pas de doute, ces paroles programmatiques annonçaient le « sans-frontièrisme » actuel.

 

« On va avoir droit à du tofu dans les cantines, des trottinettes multipliées, alerte Michel Onfray. Et ça va constituer un horizon indépassable de civilisation. » Les électeurs des Verts, approuve Éric Zemmour, « pensent que l’existence c’est manger bio et rouler à vélo ». Ou en trottinette ? Il faudrait savoir. « Vous faites un peu de caricature évidemment sur les Verts », s’amuse Laurence Ferrari face à Onfray. « Vous les caricaturez », s’amuse Christine Kelly face à Zemmour. « Ils répondent aussi à une vraie aspiration des Français, démocratique, des jeunes notamment », argumente Laurence Ferrari. « Si les Français ont voté pour eux, c’est qu’ils ont une soif de ça », argumente Christine Kelly.

 

La suite ICI 

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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 06:00

Rudolf Steiner — Wikipédia

La biodynamie est très tendance même G.B., le géo-attrape-tout de South of France, s'est converti à la « préparation 500 », tout, comme Marilyn Monroe lectrice de Rudolf Steiner

 


Marilyn Monroe avait-elle acquis des concepts anthroposophiques ? La Diva était-elle partisane de Rudolf Steiner, impliquée par les écrits du fondateur de l'anthroposophie ?



En fait, les preuves furent apportées que Marilyn était entrée en contact par l'intermédiaire de son professeur préféré par intérim, Michael Tschechow (1890-1955), avec les écrits de Steiner. Michael Tschechow, neveu du dramaturge Anton Chekhov, qui a été profondément inspiré par les approches de Rudolf Steiner et ses représentations théâtrales ( Drames-Mystères et formations eurythmiques ).



Les références sur Internet semblent confirmer que Marilyn était familière avec les écrits de Rudolf Steiner. Dans la biographie de Marilyn Monroe par Fred Lawrence Guiles: " Norman Jean : la vie de Marilyn Monroe ", une rencontre entre Dame Edith Stiwell,une poétesse et Marilyn est décrite. Ce qui était prévu comme un mets de choix journalistiques, entre ces différentes personnalités, s’avéra être une conversation familière presque amicale.

 


Le contenu de la conversation tournait apparemment autour de la biographie de Steiner, en anglais: « The Course of My Life »
Dame Edith écrira plus tard sur la réunion: " à l'occasion de notre rencontre, elle portait une robe verte et avec ses cheveux jaunes ressemblait à une jonquille ! Nous avons parlé principalement, je me souviens, de Rudolf Steiner, dont elle avait fini de lire certaines œuvres. « Son visage était reposé comme étrangement prophétique avant les tragiques moments à venir (…) »



Toutefois, le contenu exact de la conversation entre les deux resta caché auprès des sources dont je disposais. Un document de l'écrivain, Tom Mellett, semble toutefois confirmer les soupçons. Tom Mellett m’indiqua qu'il fut en contact avec Agnès Macbeth. La bibliothécaire et l'épouse de l'écrivain Norman Macbeth auraient envoyés plusieurs livres et écrits de Rudolf Steiner auprès de Marilyn. Tom Mellett écrit: « Et bien que Marilyn avait une réputation de lenteur et d'irresponsabilité sur ses tournages, Agnès m'a assuré que Marilyn était très consciencieuse et ponctuelle à retourner les livres ici. »



Selon Tom Mellett, il émerge des lettres, envoyées par Marilyn à Agnès Macbeth, que Marilyn utilisa la " délicate plante de l'anthroposophie" dans les dix dernières années de sa vie intérieure. Sur la situation réelle, nous ne pouvons que spéculer sur la base de ces sources. En tout cas, c'est seulement une idée sympa que Marylin, dont l'existence qui fut souvent assombrie par des doutes sur elle-même résultant des toxicomanies, ait eue accès aux thèmes spirituels.

  

L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme

 

Quoi de commun entre l’agriculture biodynamique, une école à la pédagogie atypique, une grande entreprise de cosmétiques, un investissement dans une ferme éolienne ? Tous sont liés à l’anthroposophie, un courant spirituel fondé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner. Discret mais influent, ce mouvement international dispose de relais économiques et politiques… jusqu’au sein du gouvernement français.ICI

 

Au Goetheanum, cœur de l'univers anthroposophe - Le Temps Le Goetheanum, à Dornach (SO), dans sa version finale. Rudolf Steiner mourra avant de le voir achevé. — © Wladyslaw Sojka/www.sojka.photo ICI

Pianté au sommet d’une colline, un monolithe domine la commune de Dornach (canton de Soleure, Suisse) : le Goetheanum. Le bâtiment abrite le siège de la Société anthroposophique universelle, fondée en 1923 par l’occultiste Rudolf Steiner (1861-1925). Philosophe, théologien, poète, économiste, botaniste, diététicien, artiste, historien, dramaturge, Steiner ne dédaignait pas non plus l’architecture. Concepteur de cet édifice imposant, il a également dessiné plusieurs bâtisses environnantes ainsi qu’une sculpture de neuf mètres, Le Représentant de l’humanité. L’ensemble compose un campus de l’ésotérisme divisé en douze sections, dont celle d’« anthroposophie générale », spécialisée dans « les recherches sur la réincarnation, le karma, la christologie et l’étude des hiérarchies spirituelles ». À l’intérieur du Goetheanum, le visiteur peut acquérir des portraits de Steiner de tout format ainsi que les 354 volumes numérotés de ses œuvres complètes (1).

 

Un escalier nous conduit à la grande salle : mille fauteuils, une fresque New Age au plafond, des vitraux, de grands piliers sculptés, un orgue de tribune au-dessus du portail, une scène. Lorsque les rideaux s’ouvrent en ce 23 mars 2018, deuxième journée de l’assemblée générale de la Société anthroposophique universelle, les participants découvrent des danseurs faisant onduler leur vêture pour une démonstration d’eurythmie, une pratique ritualisée par Steiner, où les mouvements permettraient à l’adepte de se relier aux « forces cosmiques ». « Vous aussi, vous pouvez participer », lance M. Stefan Hasler, responsable de la section des arts de la scène. Des centaines d’anthroposophes assis dans des fauteuils étirent soudain leurs bras pour reproduire la gestuelle en psalmoldiant en allemand : « Âme de l’homme ! Tu vis dans la pulsation cœur-poumons, qui par le rythme du temps te mène à ressentir l’essence de ton âme. »

Une réaction à la modernité la suite ICI 

Philosophie et anthroposophie - broché - Rudolf Steiner, Livre ...

L'anthroposophie est-elle une secte ? ICI

Si nous faisons aujourd’hui le choix de publier cette brochure, c’est parce que nous constatons et ce depuis de trop nombreuses années, « l’infiltration » d’une pensée ésotérique dans les milieux dits alternatifs, écologistes, libertaires ou anarchistes. Cette « bienveillance »  crée des ravages parce qu’elle induit une incapacité à penser le monde, la lutte et l’exploitation de manière rationnelle. Elle est une porte grande ouverte sur le monde du conspirationnisme et s’inscrit dans un cadre réactionnaire et fasciste.

 

L’anthroposophie est une source majeure et première de cette pensée et les imposteurs, de Rahbi à « Kokopelli », puisent directement leurs idées et rhétoriques dans ce bourbier. À celles et ceux qui font encore trop souvent référence à ces mouvements et qui pensent encore que Steiner était avant tout un humaniste, nous conseillons vivement la lecture de ce qui suit.

 

Anthroposophie et éco-fascisme a été traduit par nos soins depuis l’article original, disponible à cette adresse ICI  

 

Malgré tout le soin apporté à notre travail, il se peut que quelques coquilles se promènent encore entre les lignes. Si vous en apercevez, n’hésitez pas à nous en faire part par courriel !

 

Chimères Éditions, décembre 2018

chimeres-editions@protonmail.com

https://chimereseditions.noblogs.org

L'Étoilée | Éditions Novalis - L'anthroposophie, son être, son essence

L’anthroposophie en pratique : les écoles Waldorf & l’agriculture biodynamique

 

L’école de Stuttgart s’est avérée être le plus gros succès des anthroposophes, avec à ses côtés une usine pharmaceutique, baptisée Weleda du nom d’une oracle de la culture nordique. Les écoles Waldorf sont désormais implantées dans de nombreux pays et affichent généralement une solide image progressiste. S’il y a indubitablement des aspects progressistes dans la pédagogie Waldorf, beaucoup d’entre-eux ont été absorbés à partir des intenses fermants qu’ont été les théories de pédagogies alternatives qui ont prévalu lors de la première moitié du XXème siècle. Mais il y a plus que l’apprentissage holistique, l’expression musicale et l’eurythmie dans la pédagogie Waldorf.

 

L’anthroposophie classique, avec ses notions de race-racine et d’âme nationale, constitue le « programme sous-jacent » des écoles Waldorf. Dans leurs cercles, les anthroposophes eux-mêmes avouent que l’idée du karma et de la réincarnation est « à la base de la vraie éducation ». Ils croient en ce que chaque classe d’élèves choisit son professeur et réciproquement et ce avant la naissance. La tâche du professeur dans l’école Waldorf est d’assister chaque enfant à s’incarner complètement. Steiner lui-même demandait que les écoles Waldorf soit dirigées par « des professeurs ayant acquis une connaissance de l’homme venant du monde spirituel ». Plus tard, d’autres anthroposophes compléteront la vision de l’école Waldorf : L’éducation est essentiellement fondée sur la reconnaissance de l’enfant comme un être spirituel, possédant un certain nombre d’incarnations avant lui, qui retourne à  la naissance dans le monde réel, dans un corps qui sera lentement modelé en instrument par les forces de l’âme spirituelle qu’il a apportées avec lui. Il a choisi ses parents pour lui-même car ils peuvent lui apporter ce dont il a besoin pour accomplir son karma et inversement, ils ont besoin de cette relation afin de compléter le leur.

 

Le projet scolaire des écoles Waldorf est structuré autour de différents niveaux de maturation spirituelle imposés par l’anthroposophie : de un à sept ans l’enfant développe son corps physique, de sept à quatorze son corps éthérique et de quatorze à vingt-et-un son corps astral. Ces niveaux sont supposés être marqués par des changements physiques : ainsi les kindergartners des écoles Waldorf ne peuvent entrer au premier niveau avant d’avoir perdu leur première dent de lait. De plus, chaque enfant est classé en accord avec la théorie médiévale des humeurs : un enfant Waldorf est soit mélancolique, colérique, sanguin ou flegmatique – la catégorisation est en partie basée sur l’apparence physique des enfants – et il sera traité en fonction par les professeurs.

 

En privilégiant davantage et ostensiblement les considérations « spirituelles» plutôt que les considérations cognitives ou psychosociales, l’uniformité statique de ce schéma semble pédagogiquement suspecte. Elle suggère également que la réputation des écoles Waldorf, censées développer une atmosphère éducative spontanée, centrée sur l’enfant et individualisée, est injustifiée. En réalité, le modèle d’instruction de Steiner est carrément autoritaire : il insiste sur la répétition et l’apprentissage par cœur, sur la place centrale du professeur au sein de la classe et sur le rôle des enfants, à savoir de ne pas juger ou même discuter les déclarations de ce dernier. Dans la pratique, les écoles Waldorf appliquent une discipline stricte, comprenant les punitions publiques.

 

Les sujets de prédilections de l’anthroposophie se retrouvent également au sein du projet scolaire des écoles Waldorf. Le jazz et la musique populaire sont souvent méprisés dans les écoles Waldorf européennes ; de même, le fait d’enregistrer de la musique sera mal vu, car considéré comme abritant des forces démoniaques. Au contraire, les élèves lisent des contes de fée, un ingrédient de base de la pédagogie Steiner. Certains sports sont également interdits et l’instruction artistique suit parfois de manière très rigide les préceptes de Steiner sur la couleur et les formes.

 

Pris ensemble avec les partis pris anti-technologiques et anti-scientifiques, la suspicion envers le rationalisme et les sorties occasionnelles de charabia racistes, tous ces facteurs indiquent que l’éducation Waldorf est discutable comme de nombreux aspects de l’entreprise anthroposophique.

 

Proche des écoles Waldorf, la version la plus répandue et apparemment progressiste de l’anthroposophie appliquée est l’agriculture biodynamique. En Allemagne ainsi qu’en Amérique du Nord, la biodynamie est une partie intégrante sur la scène de l’agriculture alternative. Beaucoup de petits paysans utilisent les méthodes biodynamiques dans leurs fermes et jardins ; il existe des vignes biodynamiques, la ligne de produits alimentaires biodynamiques siglée « Demeter », tout comme une profusion de brochures, de périodiques et de conférences sur la théorie et la pratique de l’agriculture biodynamique.

 

N’étant pas agriculteur lui-même, Steiner a introduit les lignes fondamentales de la biodynamie à la fin de sa vie, produisant de nombreux ouvrages sur le sujet, que les cultivateurs biodynamistes ont suivi plus ou moins rigoureusement. En pratique, la biodynamie converge souvent avec les principes de base de l’agriculture biologique. Elle met l’accent sur la fertilité des sols plutôt que sur le rendement des cultures, rejette les fertilisants chimiques et les pesticides et considère la parcelle ou l’exploitation comme un écosystème. Tous ces facteurs font de la biodynamie une approche sensible et biologique de la culture des sols. Mais il y a plus derrière les apparences.

 

L’agriculture biodynamique est basée sur les révélations de Steiner sur l’existence de forces cosmiques invisibles et de leurs effets sur les sols et les cultures. L’anthroposophie enseigne que la terre est un organisme qui respire deux fois par jour, que des êtres « éthériques » agissent sur elle et que des corps célestes en mouvement influencent directement la croissance des plantes. Ainsi les agriculteurs biodynamistes prévoient leurs semis pour qu’ils coïncident avec l’alignement de certaines planètes ou constellations, une partie de ce qu’ils considèrent comme « le processus spirituel naturel de la terre ». Parfois, cette approche « spirituelle » prend des formes inattendues, comme dans le cas de la « préparation 500 ».

 

Pour fabriquer la « préparation 500 », un composant essentiel de l’agriculture anthroposophique, les agriculteurs biodynamistes remplissent une corne de bœuf avec du fumier de vache, avant de l’enfouir dans le sol. Après l’y avoir laissé pendant un hiver entier, ils récupèrent la corne puis mélangent la bouse avec de l’eau pendant une heure selon un rythme spécifique, afin de préparer un engrais qui sera appliqué sur le sol. Toutes ces manipulations servent à canaliser « les radiations qui tendent à éthériser et à astraliser » et à « rassembler et attirer depuis le sol tout ce qui est éthérique et vivifiant ».

 

Les agriculteurs biologiques (qui ne sont pas anthroposophes) sont souvent enclins à considérer ces aspects fantaisistes de la biodynamie comme inutiles, ou comme des accessoires inoffensifs d’une autre technique agricole convenable. Même si de leur côté cette attitude possède un certain mérite, les adeptes de la biodynamie ne leurs rendent pas la pareille : ils soulignent que « l’agriculteur bio » peut bien cultiver « biologiquement », mais sans la connaissance de la manière de travailler avec les forces dynamiques – un savoir qui leur a été donné pour la première fois par Rudolf Steiner. Pour le meilleur ou pour le pire, l’agriculture biodynamique est inséparable de son contexte anthroposophique.

 

L’enthousiasme pour la biodynamie, cependant, s’est étendu bien au-delà des frontières de l’anthroposophie. À une certaine époque, elle a également constitué un vibrant appel pour certaines personnes qui partageaient son arrière-plan anthroposophique, le nationalisme et les intérêts occultistes. C’est en effet à travers l’agriculture biodynamique que l’anthroposophie a le plus directement influencé le cours du fascisme allemand.

L’intégralité de l'article ci-dessous

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 06:00

Modèle du virus SARS-CoV-2 en 3D, proposé par le studio Visual Science, le 11 mai.

Et si le fameux système, perverti par le serpent de mer du « néo-libéralisme », gonflé comme un soufflé par une débauche de mondialisation sauvage, d’externalisation à tout va, de consommation effrénée de produits importés de Chine, Vietnam, Bangladesh…, enserré  par le FMI dans une stricte discipline financière, ligoté par  des plans d’austérité aux effets contre-productifs, cache-sexe pour nous gaulois de nos faiblesses, de nos renoncements et de nos mauvais choix, venait d’être sauvé par la crise sanitaire qui oblige les dirigeants à jeter aux orties les outils forgés par des économistes dont l’art consiste à se planter systématiquement.

 

 Souvenirs :

 

VIVE LA CRISE !  Le sous-titre étonne : La grande mutation des années 80, racontée par Yves Montand. ICI 

 

 

C'était un dimanche ensoleillé d'avril de 2007, à un grand vide-greniers de la rue de Flandres, le numéro spécial de "Libération" Antenne 2 de février 1984, à même le sol, perdu dans une marée d'objets hétéroclites, me sautait aux yeux. Quel bonheur que de se retrouver projeté 23 années en arrière !

 

J'achetais bien sûr.

 

THE BIG SHORT: LE CASSE DU SIÈCLE", BANDE-ANNONCE - Planète Cinéphile

Puis il y eu la fameuse crise des subprimes en 2008

 

Bernard Madoff

 

Arrêté fin 2008 pour escroquerie, il a été condamné à 150 ans de prison pour avoir monté la plus gigantesque chaîne de Ponzi de l'Histoire. L'ex maître-nageur sauveteur à Long Island a fini par couler de nombreux investisseurs avec une escroquerie (estimée à près de 50 milliards de dollars) révélée par la crise financière de 2008. « Bernie » est devenu une star - incarné par Robert de Niro dans le téléfilm The Wizard of Lies sur HBO - en prison. Et il n'aurait pas perdu la main. Un journaliste a en effet révélé qu'il a monopolisé la totalité du chocolat en poudre pour le revendre plus cher dans la cour de la prison. Ce qui ne l'empêcherait pas d'être vu comme un « héros » par ses codétenus. Selon un ancien compagnon de cellule, quand il ne spécule pas sur la poudre (en chocolat), « Bernie » écouterait du rap et passerait son temps à la bibliothèque pour lire des livres de finance, mais aussi l'histoire du Petit Lord Fauntleroy.

 

« Ils savaient que les contribuables les renfloueraient. Ils n'étaient pas stupides, ils s'en foutaient ».

The Big Short : Le casse du siècle (2015)

 

Histoire vraie tirée du bestseller The Big Short: Inside the Doomsday Machine (À l’intérieur de la machine de la fin du monde), le cynisme et l’amoralité d’une certaine finance est encore plus marquée. On suit un trio de jeunes financiers interprétés brillamment par Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling. Ils découvrent la faiblesse du système de financement immobilier aux États-Unis.

 

Anticipant à plus ou moins long terme la crise des subprimes, ils vont parier sur la faillite du système. Les autres banques les regarderont agir sans y croire, tandis que leurs propres clients s’inquiéteront de ce pari. Alors qu’une partie du monde sera ruinée, les trois financiers feront fortune. « C'est un très bon film », estime l'investisseur Steve Eisman, qui a inspiré l’un des personnages, et dont le portefeuille est passé de 700 millions de dollars à 1,5 milliard durant la crise.

 

2020, la crise du Pangolin !

 

Billets de banque de différents pays ou régions. — © JASON LEE/REUTERS

 

La dette explose. Et alors?

 

Les gouvernements n’ont guère eu d’autres choix que d’avancer des dizaines de milliards pour éviter une catastrophe économique. Beaucoup craignent un endettement qui pèsera sur les prochaines générations dans les pays occidentaux. A l’inverse, il pourrait leur offrir une croissance plus durable

Mathilde Farine

 

Publié jeudi 11 juin 2020 ICI 

 

Rarement, en temps de paix, les gouvernements ont à ce point ouvert les vannes budgétaires. Les uns après les autres, à coups de dizaines de milliards de francs, d’euros, de dollars, les Etats ont injecté des liquidités dans des économies qu’ils ont eux-mêmes dû mettre provisoirement à l’arrêt.

 

Vertigineux?

 

Peut-être, mais c’est une bonne chose:

 

«Ils ont vite réagi, cela montre qu’ils ont tiré les leçons de 2008 où, en Europe surtout, ils avaient fait une erreur de diagnostic, en pensant que l’économie allait rebondir d’elle-même rapidement et fortement», une fois la tempête passée, assure Mathilde Lemoine, cheffe économiste à la banque Edmond de Rothschild.

 

Les chiffres sont spectaculaires.

 

En absolu et ramenés aux économies de chaque pays. Juste en dessous de 10% du PIB en Suisse, juste en dessus aux Etats-Unis, plus de 30% en Allemagne. Pourtant, ils le sont moins lorsqu’on les compare aux trous béants créés par la crise sanitaire: «Le Seco avance une perte de PIB de 25%. Les mesures prises, même si elles sont impressionnantes, ne la compensent pas», nuance Mathilde Lemoine, qui s’attend à une deuxième phase de relance.

 

Début de la phase deux

 

Le creusement des déficits n’est donc peut-être pas fini. Parce qu’après avoir paré au plus pressé pour éviter des faillites et un chômage de masse, s’être assuré que la machine reparte dès que possible, il faut maintenant se concentrer sur l’investissement, qui créera les conditions de la croissance, ajoute Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud Asset Management.

 

Si les emprunts n’évoquent a priori rien de positif, c’est en partie le fait de préjugés. Ou d’exemples de pays où la gestion financière a mal tourné, de fiascos historiques qui ont laissé des traces dans la mémoire collective. Or la crise n’est pas inéluctable. D’abord, elle est rarement le fait de la seule dette elle-même. Ensuite, les exemples d’endettements massifs, résorbés avec le retour de la croissance, existent aussi. Enfin, si les montants asphyxient une économie, des solutions existent et ne cessent d’être inventées.

 

Les emprunts, en soi, ne sont donc pas mauvais. S’endetter est même nécessaire pour des pays comme la Suisse, guetté par le vieillissement de la population et dont la croissance potentielle est faible: «L’augmentation de la croissance en Suisse ces dernières années avait résulté de la hausse de la population. Or cette dernière, qui compensait la productivité faible, est stabilisée. Donc pour que le soufflé ne retombe pas, il faudrait investir dans les infrastructures et encourager l’investissement privé», reprend Mathilde Lemoine.

 

Financer la transition énergétique

 

A défaut, la Suisse et nombre de pays européens auront un problème: «Des dépenses publiques qui n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2008, couplées à un sous-investissement privé ont entraîné un vieillissement du stock de capital [le patrimoine non financier d’une économie, ndlr]. Or si cela continue, le potentiel de croissance va encore diminuer et rendra plus difficile le remboursement des dettes qu’elles soient publiques ou privées.»

 

Dans ce sens, ce n’est pas la dette qu’il faut craindre, mais le manque de dette qui trahirait de trop faibles investissements. Et qui empêcherait par exemple de financer la transition énergétique que de nombreuses personnes appellent de leurs vœux.

 

D'ailleurs, «le Fonds de relance européen « Next generation EU » change la donne. En investissant plutôt qu’en voulant gérer les dettes du passé, les chefs d’États et de gouvernement européen évitent un nouveau déclassement de la zone euro et son risque d’éclatement», ajoute Mathilde Lemoine.

 

Peur psychologique

 

Si on craint autant la dette, c’est en partie parce qu’on l’associe à un boulet qui freinera la croissance future, nourrira l’inflation ou l’hyperinflation.

 

Qu’on a ainsi créé une «peur inconsciente» exagérée. Pendant des décennies, le Fonds monétaire international (FMI) a imposé une stricte discipline financière pour fournir des prêts, arguant que trop de dette freinerait la croissance.

 

2 experts de renommée mondiale l’ont même théorisé, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, avant de se rendre compte qu’une erreur avait faussé tous leurs calculs, qui avaient établi à 90% du PIB un endettement qui freine la croissance. «Tout comme la zone euro avait fixé la limite à 60% du PIB, parce que c’était la moyenne au sein des pays membres avant l’introduction de la monnaie unique, pas parce que la théorie économique le recommandait», rappelle Valentin Bissat. On a utilisé ces théories lors de la crise de l’euro, avant de se rendre compte que les plans d’austérité avaient un effet contre-productif.

 

En outre, on raisonne, à tort, comme des ménages, déplorent les tenants de la théorie monétaire moderne toujours plus en vogue et incarnée par la professeure d’économie à New York Stephanie Kelton. Pour elle, on est tombé dans un piège linguistique en assimilant le vocabulaire des ménages qui doivent par exemple «se serrer la ceinture» à un Etat : rapportés à un individu, les «déficits» deviennent quelque chose à éliminer, alors que l’Etat, lui, ne fonctionne justement pas de la même manière. L’économiste se met en porte-à-faux avec l’idée que, pour dépenser, il faut d’abord savoir comment payer. Le marché obligataire et la banque centrale sont là pour veiller à ce que la pompe ne se tarisse pas. La contrainte budgétaire n’existant tout simplement pas, la vraie limite se trouve ailleurs: lorsque les dépenses publiques risquent de provoquer une surchauffe économique et de l’inflation.

 

La réaction à cette crise sanitaire s’apparente d’ailleurs déjà à une application de cette théorie, relèvent des économistes de Pictet dans une étude. Au moins dans une forme adoucie: les gouvernements empruntent, les banques centrales rachètent les créances et maintiennent les taux d’intérêt à des niveaux bas, évitant ainsi que le paiement des intérêts ne devienne ingérable.

 

Il faudra donc peut-être s’habituer à cette présence, finalement pas si menaçante, d’une montagne de dette. Et accepter que sa réduction doive prendre des décennies pour ne pas entraver la croissance. Dans une hypothèse de taux bas pendant une longue période, schématiquement, «les jeunes générations, qui ont tendance à consommer ou emprunter davantage, s’en sortent dans ce contexte mieux que les plus âgés, dont l’épargne stagne», souligne Valentin Bissat. Ils s’en sortiront d’autant mieux si ces emprunts servent à stimuler une croissance plus durable, plus verte.

Une dette publique à 120 % n’est « pas en soi une catastrophe », juge le président de la Cour des comptes ICI 

 

Dans un entretien à « L’Opinion », Pierre Moscovici, qui a pris ses fonctions le 3 juin, argue que « quand la dépense est justifiée par des raisons exceptionnelles, économiques ou sociales, quand elle est bien utilisée, elle est légitime ».

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 06:00

Pont de Pirmil - Wikiwand

La seconde partie de bac en poche direction la Faculté de Droit de Nantes, simple annexe à l’époque de la prestigieuse Faculté de Droit de Rennes, les profs des matières prestigieuses étaient tous Rennais, les bâtiments étaient en préfabriqués nichés dans la verdure de la Jonelière aux bords de l’Erdre.

 

Je logeais rue Noire au rez-de-chaussée d’une maison de ville dont l’étage était occupé par une vieille dame glavioteuse qui bouffait des gâteaux secs devant sa télé en noir et blanc ; le loyer était modeste car je devais assurer le service de la chaudière à charbon située dans ma cuisine qui donnait sur un petit jardin.

 

La ville de Nantes avait, comme beaucoup de ville, mis au rencart ses tramways. Le 29 janvier 1958, le tramway nantais cesse de fonctionner ; à partir de cette époque, les dessertes seront effectuées par des autobus jugés plus rentables. (3)

 

Je me rendais donc à la Fac à vélo.

 

Tous les week-ends je rentrais à la Mothe-Achard. J’aurais pu prendre le train Nantes-La Roche-sur-Yon changement pour Les Sables d’Olonne avec arrêt à la Mothe-Achard, mais j’étais plus fauché que les blés donc je pratiquais l’auto-stop.

 

Nantes, toue de pêche à l'alose, pont de Pirmil

NANTES avant & en 39/45: NANTES pont de Pirmil Dynamitage du pont de Pirmil le 16 août 1944 | Nantes, Nantes ... Pont du bras de Pirmil à Nantes - Marc Mimram

 

Nantes est une ville à ponts.

 

Passer le pont de Pirmil, Rezé, pour aller me poster aux Sorinières pour tendre le pouce : Saint-Philbert de Bouaine, Rocheservière, Les Lucs-sur-Boulogne, Belleville, La Roche-sur-Yon… arrivée au Bourg-Pailler…

 

Lorsque j’eus acquis, avec mes petits sous gagnés, la 2 CV du curé, le parcours n’était pas le même je passais aux abords du Lac de Grandlieu pour rejoindre les Sorinières, mais j’allais buter sur un bras de la Loire qu’il fallait enjamber au pont de Pirmil.

 

Le pont de Pirmil fut pendant longtemps le seul accès possible à la ville de Nantes par le sud. Elément primordial de la première ligne de ponts, il permet de traverser le bras de Pirmil, le plus large et tumultueux des bras de la Loire.

 

La date de construction du premier pont de Pirmil est inconnue néanmoins selon les historiens on peut la situer entre le IXe et le XIe siècle. Les matériaux alors utilisés pour sa construction sont inconnus, mais on sait que le pont était un édifice essentiellement fait de pierre au XIVe siècle.

 

Seule voie d'accès à la cité depuis la rive sud de la Loire, le pont de Pirmil fut un édifice majeur pour Nantes du point de vue économique et militaire. C'est pourquoi l'entrée sud du pont fut fortifiée au milieu du XIVe siècle sur ordre du duc de Bretagne Jean IV. Une forteresse y fut élevée afin d'en commander l'accès, elle prouva son efficacité à plusieurs reprises notamment en 1793 lors de l'avancée des armées vendéennes. Elle fut démolie en 1849. ICI  

 

Sur l' pont de Nantes un bal y est donné.

Sur l' pont de Nantes un bal y est donné.

 

La belle Hélène voudrait bien y aller.

La belle Hélène voudrait bien y aller.

 

Ma chère mère m'y laisserez-vous aller?

Ma chère mère m'y laisserez-vous aller?

 

Non, non ma fille vous n'irez point danser.

Non, non ma fille vous n'irez point danser.

 

Monte à sa chambre et se met à pleurer.

Monte à sa chambre et se met à pleurer.

 

Son frère arrive dans un bateau doré.

 

Alors ce matin, je vous offre ce beau texte d’Aurélien Bellanger : La LOIRE

 

On tombe parfois, dans les faubourgs de Nantes, sur des petites maisons blanches de plain-pied recouvertes de tuiles. Ce sont des maisons vendéennes. Si elles sont majoritaires, dans les quartiers pavillonnaires du sud de la Loire, on en trouve ainsi quelques-unes, égarées, sur l´autre rive, où elles côtoient des maisons plus bretonnantes : les maisons nantaises traditionnelles, avec leurs cuisines à l’étage et leurs balcons ceints d’une mantille de ferronnerie noire, et ces grandes maisons à pignons pointus, à murs blancs et à bossages granitiques qui viennent rappeler que la Bretagne est toute proche et que le catholicisme, cette grande religion triste et digne, n’est pas si éloignée encore.

 

C’est cela, la Loire, à Nantes : une typologie binaire du bâti pavillonnaire. Ardoise et tuile, morgue armoricaine au nord et simplicité marécageuse au sud, une dualité encore accentuée par la présence, au-delà des faubourgs de Nantes, de l’austère Châteaubriant au nord et de l’italianisante Clisson au sud.

 

Nantes de nouveau capitale

 

Nantes, capitale déchue de la Bretagne, se retrouve là en position de capitale — la capitale des deux Frances, celle du Nord de la Loire et celle du Sud.

 

Il n’existe pas en France de frontières plus profondes et Nantes est à peu près le seul endroit où elle est aussi immédiatement visible.

 

La Loire est le reste du temps plus ouverte et plus vague.

 

Elle est l’été presque à sec, comme un long désert de sable, et elle disparait chaque hiver dans les remous qui noient ceux qui tentent de la traverser à la nage pour le changement d’année.

 

C’est le seul fleuve entièrement français, apprenait-on autrefois à l’école, le seul fleuve dont aucun des affluents ne dépasse les frontières sacrées de l’hexagone.

 

Au temps des Valois le fleuve aura même servi de capitale indécise à la France.

 

Comme Paris, en comparaison, a l’air vissé à son sol : crocheté pierre à pierre dans le calcaire lumineux du lutétien, remonté à la main des profondeurs de ses catacombes, réassemblé comme une gigantesque serrure à combinaison — Paris comme un sablier qui remonterait le temps, le sable aggloméré de son sol jaillissant par les trous d’homme des anciennes carrières jusqu’aux boucles de convection de sa visqueuse cathédrale. 

 

La suite ICI 

 

« Remonter la Loire depuis Nantes oblige à réformer son image mentale de la France.

 

Le fleuve, dont on avait fini par accepter les caprices, allant même jusqu’à entrevoir une solution mathématique de son cour en spirale — une suite de Fibonacci (1) quasi parfaite —, le fleuve enfin, près de sa source, hésite une dernière fois et dessine une boucle à l’envers, un crochet vers l’est, vers l’extérieur du Massif Central nourricier, comme s'il cherchait à s’enrouler autour de la cheminée volcanique bizarrement préservée du Mont Gerbier de Jonc — un objet presque plus exotique encore qu’une de ces longères vendéennes (2) qu’on aurait laissé construire, dans un moment de distraction, au nord de Nantes. Ou qu’une Unité d’Habitation corbuséenne qu’on aurait laissé s’échapper par-dessus les toits en terre cuite de la rive sud. »

 

L'Afrique et les fractales : une extraordinaire épopée | Suite de ...

 

(1) La suite de Fibonacci doit son nom au mathématicien italien Leonardo Fibonacci qui a vécu au XIIème et XIIIe siècle. Il est connu pour avoir introduit et popularisé en Europe et en Occident la numérotation indo-arabe qui a remplacé pour les calculs la notation romaine peu pratique aux opérations arithmétiques.

 

Mais il est aussi connu pour avoir mis en évidence une suite mathématique qui porte désormais son nom. Dans la suite de Fibonacci, il n’est pas nécessaire de mémoriser chacun des termes ou nombres de la suite (qui est d’ailleurs infinie). Il suffit de se rappeler sa règle de construction: à l’exception des deux premiers, chaque terme de la suite est égal à la somme des deux termes qui le précèdent immédiatement, dit autrement il s’agit d’une suite de nombres dans laquelle tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents:

 

1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89,…

 

Il suffit de prendre deux nombres de départ. Les ajouter donne le troisième, puis le deuxième + le troisième donne le quatrième et ainsi de suite. Les termes de cette suite sont appelés nombres de Fibonacci. ICI 

 

(2) La longère est, en architecture rurale, une habitation étroite, à développement en longueur selon l’axe de la faîtière, aux accès généralement en gouttereau (mais parfois en pignon). Répandues dans de nombreuses régions françaises, les longères étaient de manière générale l'habitat des petits paysans et artisans.

 

La longère de la Thébine - Les Brouzils - Gites & Chambres d'Hôtes ...

La longère de la Thébine - Les Brouzils

 

(3) L'exploitation commerciale du premier tramway nantais débuta le 13 décembre 18792 avec des motrices à air comprimé qui reliaient Doulon (à l'est) à la Gare Maritime (à l'ouest). Le tramway était alors surnommé le « Péril jaune »

 

 

 

 

 

Le réseau fut ensuite électrifié à partir de 1911 jusqu'en 19172, année qui vit la disparition des tramways Mékarski à air comprimé. Puis, il se densifia progressivement allant jusqu'à compter 20 lignes desservant 14 itinéraires bien distincts dans les années 19303. Les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale provoqueront de sérieux dégâts au réseau et entamera le début du déclin pour le tramway

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 06:00

 

Le vin je me contente de le boire en ignorant les oracles « pinardières » qui font des entrechats, des double-salto, bouche pincée, gargarismes profonds, commentaires éculés, dont tout le monde se branle d’ailleurs, à part les copains de régiment et le dernier carré des rameurs de la vieille permanentée et du bedeau de B&D, mais fils d’un bouilleur ambulant et initiateur de la distillation obligatoire à bas prix sous Rocard, je reste sensible aux joliesses poussoniennes…

 

14 janvier 2009

L’art de la goutte : « Ni la tête ni la queue »  ICI 

 

29 mars 2018

La canadienne du père Arsène bouilleur ambulant lorsqu’il distillait la goutte avec son alambic mobile ICI 

 

Bien implanté dans mon statut de vieil homme indigne, droit d’en mes bottes comme Juppé qu’a eu raison de fuir Bordeaux – souvenir de lui, à la fête de la Fleur, où à la table d’honneur il s’emmerdait stoïquement, me confier mezzo voce « Monsieur Berthomeau, je ne comprends pas ce qu’ils veulent », j’en ras la casquette de radoter, alors va pour Pousson.

 

C’est bien léché, le sieur Pousson, revenu de son exil catalan, a le sens de l’étiquette…

 

La finalité du vin n’est pas l’alambic.

Par Vincent Pousson / 6 juin 2020 /

 

Dans ce blog, comme un peu partout dans le Mondovino, on ne parle finalement que d’élitisme, de bouteilles « imaginaires » pour le commun des mortels. Le vin populaire, celui des « gens », des « anonymes », pour reprendre les terminologies de l’époque, il n’en n’est jamais question chez ceux qui, comme moi, passent leur temps à enculer les mouches liquides. Pourtant, quand on roule sur l’autoroute, dans la plupart des régions qui vénèrent Saint-Vincent, cette boisson de masse est partout, ces immenses vignes plates comme la main dont la géométrie dessine le paysage. Pourtant, ces volumes qu’on tait constituent le gros de la troupe.

 

Bien que contemporain du splendide litron 5 étoiles, du bougnat moustachu, plus rutilant de teint que la robe de son 11°, délivrant le rouquin à la tireuse, éventuellement en casiers bois*, depuis que je suis petit, j’entends parler de la crise pinardière, de la bibine, des viticulteurs en colère. Et une fois de plus nous y sommes. À Bordeaux, en Languedoc, dans La Mancha, les cuves débordent. En fait, partout en Europe, et dans le Monde, où le vin industriel (mais pas que) se retrouve dans une impasse.

 

Impasse conjoncturelle, certes, la filière est une des grandes victimes du virus**. Mais comme le souligne avec pertinence Marion Ivaldi-Sepeau dans l’éditorial de Vitisphère, « le Covid-19 aura ainsi le mérite d’être un parfait écran de fumée sur les failles saillantes de certaines catégories de vin »***. Car voilà que les technocrates, appuyés par les syndicats agricoles, ressortent la baguette magique, so 70’s, de la distillation. Les hectos qui encombrent au point pour certains de ne pas savoir où rentrer le raisin des prochaines vendanges, on va le passer à la chaudière. Remarquez, maintenant que les fonctionnaires acceptent enfin qu’on en fasse du gel, de la solution hydro-alcoolique, ça peut servir****…

 

La suite ICI

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 06:00

Dessin de Chappatte paru dans Le Temps, Lausanne. Dessin de Chappatte paru dans Le Temps, Lausanne.

Ma lecture du livre de Dov Alfon a éveillé en moi le besoin de me plonger dans le guêpier du conflit israélo-palestinien, le mythe des 2 États mis à mal par Le projet du gouvernement israélien d’annexer une grande partie des territoires palestiniens en Cisjordanie.

 

Terrain miné, j’ai choisi de publier deux points de vue de l’intérieur :

 

  • Comment le monde vat-il réagir à l’annexion de la Cisjordanie ? THE TIMES OF ISRAEL

 

  • Regardons la vérité en face ! Ha’Aretz TelAviv

 

Ils n’ont rien de complaisant, ils permettent de mieux comprendre, par-delà les postures officielles et les prises de position partisanes, les enjeux de cette annexion.

 

Israël. Qui pour s’opposer à  l’annexion ?

 

Le projet du gouvernement israélien d’annexer une grande partie des territoires palestiniens en Cisjordanie soulèvera-t-il plus que de simples protestations de la part de la communauté internationale ?

 

Ce journaliste israélien en doute

 

Le 16  novembre 1980, le Premier ministre Menahem Begin était interrogé lors d’une interview à la NBC sur la façon dont il pensait que la communauté internationale réagirait face à une annexion du plateau du Golan par Israël. À l’époque, un projet de loi étendant le droit israélien à la zone contestée avait été présenté à la Knesset, mais le gouvernement de Begin n’avait pas encore annoncé son soutien à cette initiative. « Comme nous n’avons pas encore pris de décision à ce sujet, je pense qu’il est prématuré de parler de réactions », avait-il répondu.

 

Environ un an plus tard, Begin a fait passer la loi sur le plateau du Golan [territoire syrien occupé en 1967] à la Knesset. La réaction de la communauté internationale n’a pas été surprenante, le Conseil de sécurité des Nations unies condamnant l’annexion de facto d’Israël comme une « menace permanente pour la paix et la sécurité internationales ». Et la résolution 497 de ce même Conseil, qui soutenait que la loi israélienne sur le plateau du Golan était « nulle et non avenue et sans effet », a été adoptée à l’unanimité – même l’administration Reagan a voté en sa faveur.

 

LePremier ministre Benjamin Netanyahu (G) et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman (2e G) dans l’implantation d’Ariel, au nord de la Cisjordanie, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

 

Avance rapide de quatre décennies : le Premier ministre Benyamin Netanyahou prévoit d’annexer toutes les implantations, la vallée du Jourdain et d’autres parties importantes de la Cisjordanie (voir carte ci-contre). L’accord de coalition entre son parti, le Likoud, et le parti Kakhol lavan [centre droit] de Benny Gantz doit lui permettre de faire avancer la question dans le prochain gouvernement, et ce dès le 1er juillet.

 

 

Comment la communauté internationale réagirait-elle à ce type d’annexion ?

 

Il y aurait certainement beaucoup d’opprobre, des « réunions d’urgence » du Conseil de sécurité et de la Ligue arabe, et peut-être quelques menaces de « conséquences » non précisées. Mais personne ne sait avec certitude si l’annexion – dont les conséquences réelles sur le terrain sont difficiles à prévoir – aurait des répercussions négatives concrètes pour Israël.

 

L’Union européenne adopterait-elle des sanctions contre Israël, comme elle l’a fait contre la Russie après son annexion de la Crimée en 2014 ?

 

Bruxelles pourrait, par exemple, geler certains accords bilatéraux, suspendre la coopération scientifique, annuler les tarifs préférentiels qu’elle accorde aux produits israéliens ou interdire totalement les marchandises de Cisjordanie. Certains États membres pourraient rappeler leurs ambassadeurs ou reconnaître un État palestinien.

 

L’administration américaine mettra son veto à toute tentative de condamnation d’Israël.

 

« Les réponses varient selon les pays, mais, à ce stade, les conséquences concrètes de l’annexion n’ont pas encore été précisées », a déclaré Nimrod Goren, le chef de Mitvim, l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales. « La réaction des Palestiniens sur le terrain – qu’elle soit violente ou non – sera également un facteur déterminant. »

 

De nombreux pays ont récemment souligné que les annexions unilatérales représentent une violation du droit international, ce qui, selon M. Goren, montre que les contestations de la décision de Netanyahou se feraient non seulement au niveau bilatéral, mais aussi dans l’arène juridique internationale. Mais l’ONU et l’UE sont « limitées dans leur réponse à l’annexion en raison du veto possible des alliés d’Israël », a-t-il déclaré.

 

Avertissements. Les États-Unis ont récemment réitéré leur soutien à une annexion israélienne, pour autant que cela se fasse dans le cadre du prétendu « deal du siècle » du président Donald Trump [plan de paix américain pour le Moyen-Orient de janvier 2020]. L’administration est sûre de mettre son veto à toute tentative de condamnation de l’initiative israélienne, mais à l’Assemblée générale des Nations unies, une résolution (non contraignante) serait adoptée à une écrasante majorité. Certains États membres de l’UE ont estimé que dans le contexte de la pandémie de coronavirus, ce n’était “pas le moment des menaces”.

 

Pourtant, aucun pays hormis les États-Unis n’a apporté son soutien à une annexion israélienne, et même nombre de ses amis proches l’ont clairement déconseillé. L’Allemagne a déclaré que cela aurait « des répercussions négatives graves sur la position d’Israël au sein de la communauté internationale », et la France a averti que cela « ne passerait pas inaperçu et ne serait pas négligé dans nos relations avec Israël ». D’autres pays, dont la Russie, la Chine, la Belgique, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et la Norvège, ont fait des déclarations similaires.

 

Les dirigeants palestiniens ont salué « l’engagement de principe en faveur de l’application permanente et universelle du droit international, qui interdit strictement l’annexion » et ont appelé à « des mesures préventives et concrètes » contre Israël.

 

Bruxelles ne devrait pas prendre de mesures sévères, telles que la suspension de l’accord d’association

 

Il n’y a aucun moyen de savoir si le monde tiendra compte de l’appel de Ramallah [siège de l’Autorité palestinienne], mais Israël ne devrait pas attendre pour le savoir, a déclaré Yigal Palmor, un ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien. « Ignorer les avertissements et les admonitions n’est pas une bonne politique, aussi imprécises que soient les menaces », a-t-il déclaré.

 

Les partisans de l’annexion prédisent souvent que le monde exprimera sa désapprobation pendant quelques semaines et adoptera peut-être quelques résolutions édulcorées, mais qu’en fin de compte la caravane avancera, sans davantage qu’une égratignure sur le statut international d’Israël. Si Begin s’était inquiété de la réaction du monde, il n’aurait jamais annexé le Golan ni Jérusalem-Est [en juillet 1980], affirment-ils.

 

En revanche, le député Yaïr Lapid, nouveau chef de l’opposition israélienne, est convaincu que l’application de la souveraineté sur certaines parties de la Cisjordanie déclencherait des « réactions sévères » de la part des Palestiniens, des Jordaniens, de la prochaine administration américaine (au cas où les démocrates reprendraient la Maison Blanche plus tard dans l’année) et bien sûr des Européens, a-t-il souligné cette semaine.

 

To u t e f o i s , M a y a S i o n Tzidkiyahu, qui dirige le programme de Mitvim sur les relations entre Israël et l’Europe, a noté qu’il a été pratiquement impossible d’obtenir l’accord des 27 États membres de l’UE sur des déclarations critiques à l’égard d’Israël. Bruxelles ne devrait pas prendre de mesures sévères, telles que la suspension de l’accord d’association, le principal accord entre les deux parties, a-t-elle poursuivi.

 

Cependant, elle peut encore envisager d’autres mesures, comme l’exclusion d’Israël du programme de recherche et d’innovation de l’Union. Cela serait douloureux pour la nation autoproclamée “start-up”, mais aussi pour l’UE elle-même, selon Sion Tzidkiyahu. « Une certitude est que dans un tel scénario dramatique, Israël pourrait toujours compter sur l’Allemagne pour adoucir le coup de bâton de l’UE », a- t-elle déclaré.

 

Efraim Halevy, un ancien dirigeant du Mossad qui a également été ambassadeur d’Israël auprès de l’UE, a mis en garde contre toute mesure susceptible de contrarier les Européens.

 

« La relation d’Israël avec l’UE n’est pas seulement politique, elle est aussi économique, scientifique et technologique. Et alors qu’Israël est confronté à probablement la plus grande crise économique de son existence, pourquoi devrions-nous subir la colère des Européens ? », a-t-il déclaré au Times of Israël lors d’un entretien téléphonique cette semaine.

 

 « Les dommages économiques qu’Israël subira même si les Européens n’annulent pas tous ces accords [bilatéraux] mais les mettent simplement en suspens, dépassent de loin tout ce que l’on peut imaginer aujourd’hui », a-t-il ajouté.

 

Avec plus d’un million de personnes sans emploi en raison de la pandémie de coronavirus, «pourquoi les dirigeants israéliens risqueraient-ils d’accroître les tensions avec l’UE, son plus important partenaire commercial ? », s’est interrogé M. Halevy.

 

« Dans la situation actuelle, où le monde entier est confronté à une crise sanitaire et économique sans précédent, il y aura peu de patience avec Israël », a-t-il averti.

 

« Nous sommes en terrain inconnu. Le point numéro un de notre liste de nécessités est de rétablir la santé et l’économie d’Israël. Il devrait supplanter tout autre type de considération, y compris l’annexion politique de zones que nous contrôlons de toute façon. »

 

Quelles seront les conséquences sur l’accord de paix avec la Jordanie ? la suite ICI 

Raphael Ahren

Publié le 3 mai

 

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, le 11 février 2020. (Seth Wenig/AP)

Regardons la vérité en face !

 

Il est temps d’en finir avec les mensonges concernant la paix et la solidité de l’Autorité palestinienne, s’insurge cet éditorialiste israélien. Au moins, l’annexion fera réagir les Européens.

 

—Ha’Aretz Tel-Aviv

 

De quoi le centre gauche en Israël a-t-il peur à propos de l’annexion [de la Cisjordanie par Israël] ?

 

Pourquoi l’Union européenne et d’autres pays feignent-ils une telle colère contre un tel développement politique‑? L’annexion a toujours été présentée comme la mère de toutes les catastrophes, mais nous devons cesser de la craindre et même lui dire oui.

 

Elle s’avère être le seul moyen de sortir de l’impasse actuelle, le seul bouleversement possible qui pourrait mettre fin à ce statu quo de désespoir dans lequel nous sommes coincés et qui ne peut nous conduire nulle part de bien.

 

L’annexion serait effectivement une récompense intolérable pour l’occupant et une punition scandaleuse pour l’occupé. Elle légitimerait les crimes les plus graves et briserait le plus juste des rêves [le projet de deux États : israélien et palestinien]. Mais l’autre solution est encore pire. Une non-annexion éterniserait la situation criminelle qui se perpétue depuis longtemps ici. Au contraire, l’annexion acterait la réalité de l’apartheid qui sévit [dans les territoires palestiniens occupés]. Elle mettrait également un terme aux mensonges et obligerait tout le monde à regarder la vérité en face. Et la vérité est que l’occupation israélienne est là pour rester, qu’elle a déjà créé une situation irréversible : quelque 700‑000 colons juifs (y compris ceux de Jérusalem-Est) qui ne seront jamais expulsés, et sans leur expulsion, les Palestiniens ne se retrouveront avec rien d’autre que des bantoustans, ni un État ni même un pseudo-État.

 

C’est ce que craignent les opposants à l’annexion : sans annexion de fait, il sera toujours possible de continuer à se bercer d’illusions.

 

L’annexion, elle, menacera la fiction de l’Autorité palestinienne, qui continue de se comporter comme si elle était un État libre et souverain. Elle menacera le camp de paix israélien, qui continue de croire qu’il existe toujours une possibilité de solution à deux États. L’annexion mettra au défi l’Union européenne, qui pense qu’il suffit de condamner (fermement‑!) Israël, puis de ne rien faire contre l’apartheid, de le financer et de l’armer, et d’afficher ses “valeurs communes” avec Israël.

 

L’annexion mettra au défi les négateurs de la réalité qui n’ont jamais été mis de leur vie face à leurs contradictions. Il faut donc y être favorable malgré l’injustice et les catastrophes qu’elle est susceptible de créer : à long terme, le prix sera inférieur à celui de la situation actuelle.

 

C’est précisément l’opposant juré à l’annexion Shaul Arieli [un expert du conflit israélo-palestinien] qui a le mieux décrit ses avantages. Dans un article récent, il a énuméré comment l’Autorité palestinienne s’effondrerait, les accords d’Oslo seraient annulés, l’image d’Israël subirait des dommages et un autre cycle d’effusion de sang pourrait éclater.

 

Ce sont de vrais dangers à ne pas prendre à la légère, mais Arieli dit aussi : “Le pas de l’annexion porterait un grand coup aux fragiles équilibres de la situation actuelle.” Et pourquoi pas, Shaul Arieli‑?

 

La stabilité que l’occupation a créée, sa normalité de routine [cohabitation entre Autorité palestinienne, armée israélienne et colonies juives], sont les grands ennemis de tout espoir d’y mettre fin. En fait, l’annexion est après tout davantage réversible que les colonies : la politique d’annexion peut un jour se transformer en démocratie [un seul État binational judéo-arabe englobant Israël et les territoires occupés, une formule qui relève du cauchemar pour l’immense majorité des Israéliens].

 

Nous attendions ce pas. C’est notre dernier espoir. Quiconque connaît Israël sait qu’il n’y a aucune chance qu’il se réveille un matin de son plein gré et dise : “L’occupation n’est pas agréable, mettons-y un terme.” Quiconque connaît les Palestiniens sait qu’ils n’ont jamais été aussi faibles, isolés, fragmentés et dépourvus de tout esprit de combat. Et quiconque connaît la communauté internationale sait à quel point elle est lasse de ce conflit. Alors maintenant, Israël va venir et, avec les encouragements du célèbre pacificateur de Washington [Donald Trump], sortir cette réalité de sa torpeur : l’annexion des collines et des vallées [des colonies juives en Cisjordanie], puis de la zone C [partie de la Cisjordanie] et finalement de toute la Cisjordanie.

 

Comme aucun dirigeant israélien n’a l’intention d’accorder de droits égaux aux Palestiniens, Israël se déclarera de facto État d’apartheid. Deux peuples, l’un avec tous les droits et l’autre sans aucun droit. Est-ce trop naïf ou optimiste de croire que la majeure partie de la communauté internationale ne restera pas silencieuse ni même un grand nombre d’Israéliens‑? Existe-t-il un autre plan réaliste‑? Alors, cessons d’avoir peur et laissons-les annexer.

 

Gidéon Lévy

Publié le 10 mai

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 06:00

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L’Institut National Agronomique de Paris-Grignon dit l’Agro, de nos jours Agro-Paris-Tech, et l’ENGREF : l’école qui formate les anciens ingénieurs du Génie Rural, des Eaux et des Forêts (IGREF) devenus pour cause d’alignement sur le corps des Ponts&Chaussées qui termine la carrière haut plus de l’échelle lettres, les IPEF : Ingénieur des Ponts des Eaux et des Forêts, mène à tout, sauf à  fouler la glaise des champs, l’herbe grasse des prés, le terroir de nos vignes, à la politique tels Michel Cointat, Pierre Méhaignerie, NKM, au nouveau roman comme Alain Robbe-Grillet, à la direction des hôpitaux comme Jean de Kervasdoué.

 

Le Temps de Genève présente Jean de Kervasdoué comme un spécialiste respecté du système de santé français. C’est vrai, je lui ai taillé ICI un vrai costar en tant qu’expert agricole pour reconnaître d’éminents mérites dans celui de la Santé Publique, de la constance et de la pertinence dans ses analyses.

 

« Économiste spécialiste des hôpitaux, il est très critique du système de santé français, dénonçant le peu d'attention accordée au malade et la trop grande intervention de l'État. Il plaide par exemple pour une plus grande autonomie des hôpitaux et dénonce les acteurs des hôpitaux, qui, selon lui, « confondent service du public et service public, voire défense du statut public ». Il dénonce la centralisation excessive du système de santé et prêche pour l'autonomie complète des établissements hospitaliers. »

 

Le Ségur de la santé lancé par le gouvernement, co-piloté par Nicole Notat, ex-patronne de la CFDT, me donne l’occasion de vous faire connaître ses analyses.

 

Lundi 25 mai, Édouard Philippe a donné le coup d’envoi à sept semaines de négociations pour améliorer le secteur de la santé. Les personnels soignants, en “première ligne” dans la lutte contre le Covid-19, ont de fortes attentes, prévient la presse étrangère.

 

« Après avoir fait la sourde oreille pendant des mois, face aux demandes d’amélioration des salaires et des conditions de travail dans les hôpitaux du pays, Emmanuel Macron a fait une promesse au début de la crise du coronavirus : un plan massif d’investissement et de revalorisation  pour le secteur de la santé, se souvient El País. »

 

Car si le système de santé français, « l’un des plus généreusement financés au monde », a résisté à la pandémie, explique The Daily Telegraph, celle-ci en a aussi révélé les faiblesses. « Début mars, lorsque les courbes de l’épidémie s’envolaient vertigineusement, on craignait le pire », ajoute Le Soir. « Mais grâce aux efforts de tous et notamment des cliniques privées, le nombre de lits d’accueil en réanimation a doublé. Et le transfert de patients […] vers des territoires plus épargnés a permis d’éviter la saturation. »

 

Le 25 février 2018 dans Slate, alors que le 13 février 2018, dans un hôpital général, le Premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la Santé Agnès Buzyn annonçaient qu’ils ouvraient le chantier des réformes du système de santé et, pour ce faire, créaient 5 groupes de travail, Mr K nous disait :

 

Pourquoi notre système de santé est en si piteux état ICI 

 

Extrait :

 

Contrôle de la qualité des soins

 

Notre système n’est guère préparé à ces évolutions. Nous avons beaucoup d’hôpitaux, nous hospitalisons beaucoup et nous choisissons toujours le plus cher: l’hôpital plutôt que la ville, les spécialistes plutôt que les généralistes, les médecins plutôt que les infirmières et nous prescrivons beaucoup de médicaments et d’examens complémentaires.

 

Plus grave que ces coûts souvent injustifiés est le fait qu’il existe de fortes inégalités, non pas tant dans l’accès aux soins que dans les soins eux-mêmes. Pauvre, on peut être très bien soigné à un endroit; plus aisé, on peut être mal soigné à un autre. La raison est connue: en France, les prescriptions de médicaments, d’hospitalisations, d’actes ne sont jamais contrôlées a posteriori.

 

Par ailleurs, la nature des produits remboursés comme le calcul des tarifs se font sans transparence et parfois sans logique. Selon l’acte, la rémunération implicite de la minute de chirurgien varie en France de un à … vingt-cinq!

 

Réformer la tarification est une nécessité. Le paiement au parcours de soins est une bonne idée, mais elle sera limitée, longue à mettre en œuvre et également inflationniste si l’on ne contrôle pas le bienfondé du dit «parcours». Les mécanismes économiques, aussi élaborés soient-ils, ne peuvent pas se substituer au contrôle de la qualité des soins.

 

Jusqu’à présent, la corporation médicale a été suffisamment puissante pour éviter ce moment de vérité. Son arme la plus ancienne, et la plus efficace, a été la protection du secret médical. Pour contrôler, il faut des informations et aujourd’hui de l’informatique. Comment faire sans dossier informatisé, sans accès facile à des données codifiées?

 

Bien entendu, je suis très sensible à la protection des données personnelles et très partisan de lourdes peines pour celui qui en divulguerait, mais la défense du secret médical a été l’arme première de la défense de la corporation médicale et va continuer à l’être.

 

Il faut certes que les médecins conservent leur liberté de prescription au moment des soins, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne doivent plus rendre de compte ultérieurement.

 

Depuis vingt ans, je suggère de créer dans chaque région un conseil médical composé de médecins-conseils de l’Assurance maladie et de professionnels chevronnés, qui aurait pour rôle d’examiner les pratiques inutiles, dangereuses ou déviantes et d’en parler à leurs confrères. Ils les connaissent!

 

 

«On confond, en France, la santé et la médecine»

 

Publié mardi 26 mai 2020

Interview de Jean de Kervasdoué par Richard Werly dans le Temps

 

«Le Temps» :

  • Peut-on dire, comme l’a répété lundi 25 mai le premier ministre Edouard Philippe, que le système de santé français a «tenu bon» dans la crise du Covid-19, malgré le lourd bilan de 145 279 personnes contaminées et de 28 457 morts?

 

Jean de Kervasdoué: Oui, le système a tenu… en faisant voler en éclats énormément de règles et de normes qui se sont imposées aux hôpitaux français depuis une trentaine d’années! Croire que cette crise conforte l’organisation actuelle du système de santé, et penser que celui-ci, comme on l’entend dire souvent par nos responsables politiques, demeure «le meilleur du monde» est une grave erreur d’appréciation.

 

L’épidémie a au contraire souligné ses insuffisances, et ce qu’il faut changer. Elle a d’abord montré l’inefficacité du fameux principe de précaution, puisque ni les masques ni les tests n’ont été disponibles en quantité suffisante. Elle a également prouvé la mauvaise coopération entre hôpitaux publics et privés, au point que de nombreux lits en service de réanimation dans les cliniques sont restés inoccupés.

 

Autre lacune: le retard gravissime dans l’activation des laboratoires vétérinaires, qui étaient dès le début parfaitement en mesure de traiter un grand volume de tests PCR. Le drame du système français de santé est qu’en pleine crise sanitaire l’Etat a continué de penser en priorité à lui-même, à l’hôpital public, au respect des normes, aux procédures d’appels d’offres pour l’achat de masques en urgence. On le voit encore avec le déconfinement: on publie une carte des deux France, rouge et verte, mais on continue de raisonner sur une base nationale, sans discernement régional et encore moins départemental.

 

  • La bonne nouvelle est que les leçons semblent avoir été tirées. Le «Ségur» de la santé, cette grande négociation avec les personnels médicaux, a été lancé lundi pour remédier aux erreurs passées…

 

J’ai été, dans les années 1980, directeur des hôpitaux au Ministère de la santé. Et j’ai vu se mettre en place ce «système» qui, aujourd’hui, est défaillant. La vérité est que le personnel soignant paie le prix de son statut, qui est celui de la fonction publique. Tout est calculé, figé au niveau national, en fonction de critères qui ne tiennent ni compte de la localisation géographique de votre hôpital, ni de vos compétences. Est-il normal qu’une infirmière perçoive le même niveau de rémunération dans une ville moyenne de province, où son salaire mensuel de 2000 euros est dans la moyenne locale, et à Paris où elle doit, pour se loger, passer trois heures par jour dans les transports en commun?

 

Cet égalitarisme n’a pas de sens. La France a abandonné le système des conventions collectives qui, paradoxalement, reste en vigueur et fonctionne bien dans les 19 centres de lutte contre le cancer dont l’Etat est propriétaire! Les contraintes de la fonction publique pèsent trop lourd sur les hôpitaux, et elles empêchent une bonne et saine coopération avec la médecine de ville et le secteur hospitalier privé.

 

  • Justement, cette négociation peutelle permettre de rebattre les cartes à la lumière des douloureux enseignements et du lourd bilan humain de l’épidémie?

 

Il le faudrait, mais cela suppose une révolution culturelle que la France a le plus grand mal à opérer, et à accepter. L’un des problèmes centraux est que l’on confond, en France, la santé et la médecine. Ce sont deux choses différentes. La santé n’est pas la médecine. Un médecin s’intéresse d’abord à ses malades, auxquels il tente de dispenser les meilleurs soins possible. Un expert de la santé, même s’il est médecin, regarde les statistiques, les chiffres d’alcoolémie, la pyramide des âges, les facteurs socio-économiques… et il impose des normes et des règles au détriment des praticiens. La vérité est que le gros des troupes de l’administration de la santé, en France, ont des compétences juridico-politiques. Elles s’empêtrent dans leurs propres règles.

 

  • L’engagement a pourtant été pris par le gouvernement: remettre les malades au cœur du système de santé. N’estce pas la bonne réponse?

 

Ce qu’il faut, c’est accepter de s’attaquer au problème névralgique du système de santé: à savoir l’organisation des soins. Laquelle n’est pas seulement une question de remboursement et de financement. La France a un système de santé très généreux en termes de prise en charge des patients. C’est un très bon point. Mais il ne suffit pas d’arroser les hôpitaux d’argent public pour qu’ils se réforment et que les personnes se sentent revalorisées et bien dans leur peau! Il faut réhabiliter d’urgence certaines notions de base, comme le coût de l’acte médical. La consultation à 25 euros, ce n’est pas raisonnable. A force de fixer des tarifs qui ne sont pas conformes à la réalité, l’Etat provoque soit la pénurie, soit la rente car il décourage certains médecins et en encourage d’autres qui font revenir les malades plusieurs fois pour augmenter le nombre de prescriptions. En matière de santé, l’Etat s’est donné en France des pouvoirs qu’il n’est pas capable d’exercer. C’est cet engrenage qu’il faut casser.

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 12:00

 

Assemblée générale @ Philippe Vermès

Penser à mai 68, crise politique majeure, le pouvoir a vacillé, de Gaulle est allé se faire adoubé par Massu à Baden-Baden, peut paraître complètement loufoque j’en conviens ; mai 68  fut un mois de bruit et de fureurs, d’illusions, de peur : la grande manifestation des Champs Elysées en fut la preuve, les Français avec le retour de l’essence à la pompe s’empressèrent d’envoyer une Chambre bleue horizon au Palais Bourbon et de se ruer sur les routes des Congés Payés. Sous les pavés la plage, mon cul ; alors que notre mois d’avril 2020 a plongé nos villes pétaradantes, Paris pour moi, dans un profond silence, la peur est sur la ville, le coronavirus rôde, crainte de la pénurie, de la mort, il est de bon ton d’applaudir les invisibles, les indispensables, les travailleurs ne sont pas en grève mais en chômage partiel ou en télétravail. L’économie est quasiment à l’arrêt.  

 

Et c’est là où mon étrange parallèle avec mai 68 prend quelques couleurs, en effet l’économie française fut à l’arrêt pendant presque 3 semaines, entre six et huit millions de travailleurs sont en grève. La France est paralysée.

 

J’ai écrit parallèle et non comparaison, la croissance en France est alors particulièrement forte (+5,2%) et même supérieure à celle de la majorité des autres économies occidentales (+2,4%) et c’est le quasi-plein emploi (moins de 500.000 demandeurs d’emplois en mai 68), l'économie de la France de 1968 ressemble peu à celle d'aujourd'hui. Ce boom économique est alors couplé à un boom démographique. Au début de cette décennie, la population s’accroît en effet de plus de 500.000 personnes par an. À l'époque, le pays profite de la dynamique des 30 glorieuses. La progression du pouvoir d'achat entraîne une hausse de la consommation, ce qui incite les entreprises à investir davantage. Malgré cela, l'économie française comporte tout de même quelques faiblesses structurelles importantes : rigidité dans les entreprises, inflation, hausse des inégalités...

 

Les accords de Grenelle, avec la CGT de Séguy obtient des avancées sociales majeures : hausse de 35% du salaire minimum et des autres salaires de 10%, création de la section syndicale d’entreprise.

 

A court terme, Mai 68 marque le triomphe du salariat dans le cadre de la société fordiste. Nous assistons à ce moment-là à un retour au compromis de 1945 (le patronat accepte de mieux traiter les salariés pour qu’ils consomment plus et que la production s’accroisse), dont les accords de Grenelle sont le symbole : les salaires sont relevés de 10% et le Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti) de 35%.

 

Les années qui suivront verront aussi un renforcement des droits collectifs des salariés. La transformation du Smig en Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance, dont l’évolution suivra désormais celle du pouvoir d’achat) et la généralisation de la mensualisation sont des conséquences directes de 1968 qui vont améliorer les conditions de vie des salariés les plus modestes.

 

Mais, paradoxalement, Mai 68 annonce aussi, à plus long terme, la naissance d’une forme de libéralisme économique qui va questionner le compromis de 1945 et le fonctionnement de la société fordiste. L’antagonisme entre ces deux tendances apparaît bien dans les slogans de l’époque. Tandis que les ouvriers criaient « Pompidou, des sous », les étudiants voulaient « jouir sans entraves » : ils n’avaient clairement pas les mêmes revendications ! Cet hédonisme individuel va déboucher sur une remise en question du modèle de production, des droits collectifs qui y sont associés et des corps intermédiaires.

 

 

J’arrête-là, mais il y a eu dans notre vieux pays, le monde d’avant mai 68 et le monde d’après mai 68, certains l’abhorrent  d’autres l’idéalisent. Je me contente pour ma part de constater que mai 68 a changé ma vie, notre vie  ICI 

 

CHRONIQUE

Redémarrer une économie à l’arrêt : la leçon de Mai 1968 ICI 

14/04/2020 OLIVIER PASSET ALTERNATIVES ECONOMIQUES N°401

 

d’Histoires d’A, film de Charles Belmont et Marielle Issartel, 1973 Courtesy : Monique Frydman

 

À propos du questionnaire proposé par Bruno Latour

 

Il fut beaucoup question d’un article de Bruno Latour, publié par AOC le 30 mars dernier, par lequel il nous invitait, en reprenant les propos du Président de république sur les gestes barrières, à « imaginer les gestes-barrières contre le retour de la production d’avant crise » et à devenir « d’efficaces interrupteurs de globalisation ». Ce programme m’enthousiasmait et je m’étais promis de remplir dès que possible le questionnaire qui concluait l’article, espérant qu’il m’aiderait à préciser ma conception d’un monde dé-globalisé.

 

J’ai rempli le questionnaire mais je ne suis pas parvenu à ce résultat et je vais essayer d’expliquer pourquoi.

 

Bruno Latour nous invite d’abord à dire quelles sont les activités aujourd’hui suspendues dont nous aimerions qu’elles ne recommencent pas. Comme la question porte sur « les activités suspendues » et non sur « nos activités suspendues », elle nous conduit à réfléchir à la fois à la dimension collective du confinement - les arrêts d’activités à l’échelle du pays - et à sa dimension individuelle - ce que nous avons cessé de faire en restant chez nous.

 

La chute de 32% en mars et avril du PIB français s’explique par l’effondrement du secteur de la construction (baisse de 79% de l’activité), de l’industrie (-39%), des services (-38% en particulier l’hôtellerie-restauration, le commerce, les transports et l’entreposage, les activités scientifiques et techniques ; en revanche les secteurs « finance-assurance » et « activités immobilières » n’enregistrent aucune baisse d’activité ); l’agriculture et de la pêche enfin perd -13% d’activité.

 

Un regard plus personnel sur les deux mois qui viennent de s’écouler me conduit à établir la liste suivante des activités que j’ai abandonnées en raison du confinement :

 

  • la fréquentation des bars, des restaurants ou des distributeurs automatiques de sandwichs de mon lieu de travail pour m’alimenter lorsque je me rendais au bureau;

 

  • les déplacements hors du territoire de ma commune ;

 

  • les visites ou l’accueil de mes proches ;

 

  •  le recours à une femme de ménage au profit de l’exercice personnel de ces tâches ;

 

  • la fréquentation des librairies, cinémas, salles de concert et théâtres.

 

J’ai aussi modifié la façon dont je réalisais mes achats (recours aux achats par internet et abandon des marchés au profit du supermarché), mais mon volume de consommation de biens alimentaires et autres produits d’entretien n’a pas fondamentalement changé.

 

En résumé, l’effondrement de l’économie a restreint mon accès à certains biens et services culturels, limité mes relations avec les autres, et orienté défavorablement mes modes de consommation vers internet et les supermarchés au détriment des produits de qualité offerts directement ou par des circuits courts de distribution.

 

J’en tire deux conclusions provisoires.

 

La première c’est qu’entre l’arrêt des activités du pays et les modifications de mon comportement individuel, il n’y a qu’un recoupement très partiel.

 

La seconde, c’est que je ne souhaite pas conserver grand-chose de ce qui a changé dans mon mode de vie après la crise.

 

Quant au pays, l’arrêt de l’activité est une menace terrible et non une chance.

 

L’arrêt prolongé de la construction n’est ni possible ni souhaitable. Nous manquons de logements, la qualité des logements existants doit être améliorée, notamment leur isolation thermique. L’amélioration de la qualité de vie de centaines de milliers de gens en dépend, ainsi que la réduction du gaspillage énergétique. Bien sûr, j’aimerais que nous relancions l’activité du BTP sans construire de nouveaux centres commerciaux inutiles, sans défigurer encore plus nos périphéries urbaines, en réfléchissant à un urbanisme plus humain et capable de nous protéger des fléaux contemporains. Malheureusement, les modes de consommation favorisés par le confinement ne nous engagent pas du tout dans cette direction.

 

L’industrie était déjà mal en point. Elle le sera encore plus après cette crise. Certains secteurs devront être progressivement reconvertis, par exemple les activités pétrolières, à mesure que d’autres moyens de mobilité permettront de remplacer les voitures individuelles à moteurs thermiques pour les personnes et les camions pour les marchandises. Mais cette transition demandera au moins 10 ans. Dans le même temps, la pandémie a révélé l’état de dépendance dramatique dans lequel nous nous trouvons et devrait nous avoir convaincus que nous devrions redévelopper la fabrication en France de médicaments, de tests, de masques, de produits agricoles et agroalimentaires et de beaucoup d’autres choses indispensable à notre sécurité collective et à l’exercice de notre souveraineté. Bien sûr il faudra veiller à ce que le développement de ces activités soit aussi économe de ressources que possible, mais quoi que nous fassions, un surcroît d’activité n’ira pas sans une consommation additionnelle d’énergie et de matières premières résultant de la « renationalisation » de pollutions que nous avons délocalisées massivement depuis des années dans des pays où l’absence de droits sociaux garantit le faible coût du travail.

 

Le tourisme de masse est insoutenable. Le gouvernement français souhaitait attirer 100 millions de touristes étrangers dans notre pays. Cet objectif ne sera sans doute pas atteint de sitôt et c’est une bonne chose. Mais l’arrêt complet de l’activité touristique aurait des conséquences dramatiques pour des dizaines de milliers de nos concitoyens. Elle est dans beaucoup de territoires français la seule activité qui reste et elle reprendra après la crise pour que des gens puissent continuer à en vivre et pour que d’autres puissent profiter des richesses naturelles et patrimoniales offertes pas la France. Il faudra beaucoup de doigté pour favoriser un tourisme plus durable sans enlever la possibilité aux moins riches de prendre des vacances et de se déplacer, alors que la moitié des ménages ne partait déjà pas en vacances.

 

 

La question suivante pose des problèmes encore plus redoutables puisqu’elle nous invite à décrire :

 

a) en quoi les activités suspendues nous apparaissent comme nuisibles / superflues/ dangereuses / incohérentes,

 

b) en quoi leur disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que nous favorisons plus faciles/ plus cohérentes ?

 

La question me fait revenir sur des deux seuls renoncements personnels liés au confinement que je juge positivement :

 

Ne plus fréquenter quotidiennement les transports en commun me fait gagner du temps sans que mon travail en souffre trop à court terme. La multiplication des déplacements professionnels oblige la collectivité à construire des réseaux de transport complexes, chers et polluants. La réduction durable du nombre de ces déplacements permettrait de limiter les travaux d’agrandissement des réseaux (les projets du Grand Paris par exemple), dispenserait de les rendre plus denses qu’ils ne le sont et permettrait d’en réduire l’impact sur un environnement urbain déjà très mal en point.

 

Le fait de ne plus me rendre au bureau me permet d’organiser différemment mon travail. Mais le télétravail ne donnera  plus de liberté aux salariés que si le travail lui-même est repensé, ce qui n’est pas le cas. Si l’on fait le même travail qu’avant à distance, les difficultés de l’éloignement s’ajoutent aux lourdeurs habituelles des organisations. Au bout du compte, le temps gagné en déplacements évités et en réunions moins nombreuses et  plus courtes, est perdu en recherche d’informations, dispersion, et perte d’efficacité.

 

Je n’évoque pas les activités qu’il ne faudrait pas reprendre après le confinement, comme la question m’y invitait, car la plupart d’entre elles doivent reprendre, me semble-t-il, pour répondre à des besoins collectifs indispensables, même si elles doivent être orientées différemment. Je ne désigne pas non plus les victimes de mes choix individuels, comme j’y suis invité ; elles ne sont d’ailleurs pas très nombreuses car j’ai renoncé à peu de choses et je souhaite que mes renoncements ne soient que temporaires.

 

La question suivante me rappelle que je ne suis pas allé dans la bonne direction :

 

Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers / employés / agents / entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

 

On a beaucoup dit que la crise avait redessiné la carte des emplois essentiels et de ceux qui l’étaient moins. L’affaire est entendue : sont essentiels les médecins, les infirmières et infirmiers, les éboueurs, les enseignants, les personnels d’accueil des crèches, les agents des supermarchés (pas seulement les caissières), les paysans, les chauffeurs routiers, les aides-soignants dans les EHPAD . Les autres non.

 

Mais l’effondrement de l’activité de construction témoigne-t-il de l’inutilité des entreprises de ce secteur et de ceux qui y travaillent ? Non, nous en avons besoin et la « transition énergétique » ne pourra pas se faire sans une intense activité de construction et de reconstruction de logements et de bureaux qui sont des passoires énergétiques.

 

Faut-il souhaiter que les hôtels et restaurants que nous ne fréquentons plus disparaissent ?

 

Je ne le pense pas. Pas plus que l’arrêt des activités de recherche scientifique ne démontre leur inutilité.

 

A l’inverse, le fait que les secteurs  « finance-assurance » et « activités immobilières » traversent la crise sans frémir démontre-t-il leur caractère indispensable ?

 

La question posée est-elle la bonne ?

 

Personne ne défendra, je pense, à la sortie du confinement que les centaines de milliers de personnes actuellement en chômage partiel et tous les CDD et intérimaires qui n’en bénéficient pas devront y rester et s’engager dans des programmes de formation et de reconversion vers d’autres activités.

 

Et d’ailleurs lesquelles ?

 

Employés de plates-formes internet, magasiniers chez Amazon ou Cdiscount, livreurs à domicile, traders, pour prendre des activités maintenues pendant le confinement ?

 

En réalité, à court terme des mesures de soutien massif aux entreprises de tous les secteurs à l’arrêt seront prises pour éviter leur faillite et la progression de la misère, ce qui n’interdit pas d’orienter leur activité en conditionnant les soutiens au respect de règles de production préservant l’environnement.

 

A long terme, les politiques publiques doivent favoriser le passage à une autre économie. Mais il faudra du temps. Parler du changement sans en décrire les étapes, les moyens, les contraintes et les leviers permettant de les lever, c’est exprimer un vœu pieux. Nous venons, en France, de passer trois ans à élaborer une Programmation Pluriannuelle de l'Énergie pour 2023 et 2027. Mais il est vite apparu que cette période de temps était trop courte et l’on travaille déjà pour essayer de dire à quoi pourraient ressembler la consommation et la production d’énergie en 2050 et de définir les politiques publiques à mettre en œuvre en conséquences, malgré les incertitudes que comportent des échéances aussi lointaines.

 

L’échelle individuelle est complètement inadaptée pour traiter des questions de cette ampleur.

 

Si mes préférences individuelles devaient prévaloir, nous fermerions les magasins de vêtements ou de produits de luxe de toute nature, les boutiques d’objets de décoration et de bien d’autres produits inutiles à mes yeux. Le retour au tourne-disque et à une télévision publique avec deux ou trois chaînes ne me chagrinerait pas. Mais cette indifférence à une grosse partie de ce qu’offre le marché des biens et services actuel n’exprime que mon âge et sans doute une forme de nostalgie. Elle ne décrit pas le monde de demain et n’aide pas à faire des choix d’avenir.

 

D’où ma difficulté à répondre à la question suivante :

 

Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent / reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

 

Je suis un mauvais candidat à cet exercice car je souhaite retrouver au plus vite la plupart des activités auxquelles j’ai dû renoncer, puisqu’il s’agit de:

 

  • la possibilité d’aller et de venir sans contrainte ; rencontrer les gens que j’ai envie de voir sans contrainte et sans distanciation physique

 

  • fréquenter une librairie ou un marché sans être canalisé par des forces de police et sans contrôle d’identité et d’autorisation de sortie ;

 

  • recevoir mes amis à la maison ;

 

  • aller au cinéma, au concert ou au théâtre ;

 

  • voyager un peu

 

Je manque sans doute d’imagination mais je ne vois pas ce qui pourrait remplacer cela et je ne souhaite pas que ces activités disparaissent.

 

Ma perplexité a augmenté à la question suivante consistant à décrire

 

a) pourquoi les activités dont je souhaite le retour m’apparaissent positives

 

b) comment elles rendent plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que je favorise et permettent de lutter contre celles que je juge défavorables ?

 

Il m’a semblé alors que le questionnaire omettait un point essentiel. Ce qui a été mis en suspension depuis le 17 mars, c’est l’exercice de nos droits fondamentaux, à commencer par la liberté d’aller et de venir, la résistance à l’oppression (au travers des lois d’exception qui donnent un pouvoir anormalement étendu aux autorités administratives), le droit de voir les gens que nous souhaitons rencontrer, le droit de manifester…

 

L’exercice des libertés fondamentales n’a pas à être justifié. Je sais que l’exercice de ma liberté n’est pas inconditionnel, qu’il trouve ses bornes dans la possibilité qu’auront les autres de l’exercer pareillement. De cela, je veux bien discuter. Si l’on me dit que je ne dois pas sortir de chez moi sans masque parce que je mets les autres en péril, je mettrai un masque, mais je revendique aussi que l’on me teste pour savoir si je constitue  une menace pour les autres et que les autres soient également testés et sachent quel comportement ils doivent adopter. Je souhaite que nous passions d’une mesure de police générale, à une politique de santé publique reposant sur la bonne information des citoyens et faisant appel à leur responsabilité. 

 

Pour le reste, je ne suis pas certain que ma façon de travailler pendant le confinement soit plus favorable à l’environnement que lorsque je prenais le RER tous les jours. Mes interminables journées devant un ordinateur génèrent une forte consommation d’énergie pour faire tourner à plein régime d’énormes usines de traitement de données. Les outils électroniques que nous utilisons entraînent une surexploitation de terres rares, d’eau, de transports et d’énergie qui n’a rien de comparable avec les dégâts que nous provoquions lorsque nous faisions la même chose avec un papier, du crayon, une règle à calcul et le service de la poste. Les conséquences du télétravail sur notre santé mentale et les modifications des relations sociales et de travail qu’il induit restent à étudier. Enfin, je n’oublie pas que les GAFA sont pour le moment les entreprises qui profitent le plus de la crise, avec Tesla et quelques groupes pharmaceutiques susceptibles de mettre au point un vaccin contre le covid 19.

 

Le questionnaire prend ensuite un tour choquant puisqu’il me demande d’énoncer les mesures que je préconise pour aider les ouvriers / employés / agents / entrepreneurs à acquérir les capacités / moyens / revenus / instruments permettant la reprise / le développement / la création de cette activité ?

 

Me voici élevé au rang de DRH du pays. La démarche proposée est d’ailleurs conforme à  l’analyse habituelle expliquant le chômage par l’inadaptation de la qualification de la main d’œuvre aux besoins des entreprises. Mais le chômage ne résulte-t-il pas d’abord des crises économiques répétées et de la faiblesse de la croissance économique qui conduit certains économistes à évoquer une dépression séculaire ?

 

Et puis, cette question souffre d’un biais économiste que j’ai du mal à accepter. Ce que je souhaite retrouver au plus vite, c’est la jouissance de mes libertés fondamentales : la possibilité de me promener dans un bois, sur un chemin de campagne, sur une plage, de recevoir mes amis, bref de profiter d’activités qui n’ont rien d’économiques et dont je ne veux surtout pas qu’elles le deviennent.

 

Quelque chose ne fonctionne pas dans l’articulation entre l’échelle individuelle et collective qui nous est proposée.

 

Bruno Latour inscrit la démarche qu’il propose dans une sorte de prolongement des Etats-généraux de 1789. Nous en sommes pourtant loin. Dans un cas, Louis XVI voulant contraindre l’aristocratie à des réformes indispensables (il s’agissait en particulier de lui imposer de payer des impôts) a suscité un grand mouvement dans tout le pays. Le tiers État qui n’était rien et voulait devenir quelque chose, a utilisé cette occasion pour se regrouper, tenir des milliers de réunions locales et exprimer collectivement des aspirations traduites dans des cahiers de doléances. Ici, on nous demande de désigner parmi nos renoncements ceux dont nous souhaitons qu’ils soient définitifs, parce que le salut collectif dépend de nos renoncements individuels. Mais c’est précisément le collectif qui manque dans cette démarche.

 

Les éboueurs, postiers, agriculteurs, infirmier(e) s, paysans seront peu nombreux à lire AOC et à répondre au questionnaire. En pratique, la démarche proposée revient à demander à ceux qui comme moi peuvent travailler à domicile et touchent leur salaire de désigner parmi ceux dont le travail s’est arrêté et qui touchent au mieux le chômage partiel, lesquels doivent disparaître, avec des mesures d’accompagnement bien sûr.

 

Loin d’y voir un renouvellement de la démocratie je crains plutôt que la réflexion proposée n’en manifeste la régression. Il ne s’agit pas de l’organisation d’une délibération collective sur des solutions communes, au contraire, chacun est renvoyé à ses préférences individuelles, laissant à une autorité mystérieuse qui n’est pas désignée, le soin d’arbitrer entre elles.

 

L’autorité qui à toutes les chances de s’imposer comme le véritable arbitre pourrait bien être encore une fois l’économie. La crise économique violente que nous allons vivre risque de conduire à des arbitrages sévères entre les activités qui doivent disparaître parce qu’elles ne sont pas rentables et celles qui seront préservées parce qu’elles sont profitables. Il ne sera pas tenu compte des préférences individuelles et s’il n’y a pas de mouvement collectif pour s’y opposer, ce sont encore une fois les intérêts des plus faibles, qui ne sont pas nécessairement les moins utiles comme nous l’avons brutalement constaté ces dernières semaines, qui seront frappés de plein fouet.

 

Jean-François Collin

8 mai 2020

Petit clin d’œil

 

Même si beaucoup d’acteurs auraient été surpris à l’époque si vous leur aviez dit qu’en dérégulant la société fordiste le résultat aurait été l’érection d’un monde où la reconnaissance des droits individuels et la naissance d’une société plus fluide vont à l’encontre du collectif. Il n’est donc pas étonnant que certains anciens soixante-huitards comme Daniel Cohn-Bendit ou Romain Goupil se reconnaissent dans cette société libérale-libertaire.

SOCIÉTÉ

Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise ICI

PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE

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