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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 06:00
Le Jean-Claude Ribaut est passé du Monde à SINÉ mensuel la carotte ensablée de Créances menacée...

Comme je viens de taper à bras raccourci sur les critiques gastronomiques de l’époque post-modernes je me suis dit, « mon petit gars faut que tu ressortes les cadors de la plume gastronomique, alors suis allé fouiller les plis et les replis de la Toile.

 

Bonne pioche : j’ai retrouvé le Ribaut du Monde qui crèche maintenant chez Siné mensuel.

 

LA CAROTTE ENSABLÉE

Par Jean-Claude Ribaut, juin 2019

 

Pour Jules Renard – l’auteur de Poil de Carotte –, « la médecine n’avait de certain que les espoirs trompeurs qu’elle nous donne », tandis que les carabins en salle de garde blâmaient la pauvre Charlotte pour l’usage maladroit qu’elle faisait de ladite carotte. La carotte cultivée dans le sable des grèves (mielles) du Cotentin a aussi assuré la fortune de Créances (Manche).

 

Elle doit son renom à son goût subtilement iodé et à l’absence de corps fibreux résultant du sol sablonneux, du vent du large et des embruns, ainsi que du varech, engrais végétal naturel. Elle bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) depuis 1960. Cette suprématie n’a été obtenue que parce qu’un parasite – le nématode – a été jugulé dans les années 1950, à l’époque de l’agrochimie triomphante, par l’utilisation d’un pesticide miracle, le dichloropropène, qui détruit le petit vers ravageur et permet une production de masse. Auparavant, on retournait le sable chaque année, les rendements étaient faibles. Avec la chimie, ils ont explosé.

 

Mais ce pesticide, notoirement cancérigène est interdit depuis 2009, partout en Europe. Chaque année pourtant, grâce à un lobbying efficace, les producteurs de Créances obtenaient une dérogation. Cette année, alerté par un nouveau rapport alarmant des agences sanitaires, le préfet a dit non, malgré les quelques tonnes de carottes et de fumier déversés devant la préfecture de Saint-Lô le 29 avril. Alors, passer à l’agriculture biologique avec une bactérie naturelle ? Certains l’ont essayé, mais les rendements sont moindres. Évidemment.

 

Mon gâteau de carottes est un souvenir d’enfance rurale. Faire fondre quelques carottes du jardin et un oignon en julienne ; réaliser une béchamel de bonne consistance ; y ajouter les carottes fondues, deux œufs entiers, un peu de muscade, sel, poivre. Bien mélanger et placer dans un moule à manqué. Cuire 45 minutes à four moyen (170 °C). Inratable. Servir avec une sauce tomate maison.

 

LIRE AUSSI

 

TARTARIN, LA CALOTTE ET L’OIGNON

Par Jean-Claude Ribaut, avril 2019 ICI 

 

L’ÉPINE-VINETTE

Par Jean-Claude Ribaut, mars 2019 ICI 

Les carottes de Créances menacées par l'interdiction définitive d'un pesticide

Va-t-on vers la fin de la production des carottes de Créances ? La question est posée après la décision de L'Etat d'interdire un pesticide qui lutte contre le ver qui décime les légumes. Sur le terrain, la filière commence à souffrir : elle connaît ses premiers licenciements. 

 

ICI 

En utilisant des solutions alternatives au dichloropropène, les rendements ont été divisés par trois  - Radio France

Carottes de Créances : 1000 emplois menacés après l'interdiction d'un pesticide
 - 
Par , France Bleu Cotentin
 
 
Après l'interdiction l'été dernier d'un pesticide utilisé contre la prolifération d'un ver, la filière de la carotte des sables est dans l'impasse. Les producteurs de la côte ouest de la Manche rencontrent le président de région Hervé Morin mercredi en mairie de Créances.
 
ICI 
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1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 06:00

William_Orpen_Le_Chef_Hotel_Chatham_Paris.jpg William Orpen (1878-1931), Le Chef de l'Hôtel Chatham, Paris [E. ‘Chester’ Grossriether], 1921, h./t., 127 x 102,5 cm, Royal Academy of Arts, Londres

Les chefs de cuisine médiatiques ont des attaché (e)s de presse, même des agents comme les acteurs, ils se préoccupent de leur image, sont sur Twitter, Instagramisent, créés le buzz en jetant leurs étoiles aux orties ou au contraire comme ce pauvre Veyrat crient au scandale parce que le guide du pneu a jeté leur troisième étoile à la poubelle.

 

Certains même philosophent sur France-Culture, c’est chic.

 

Thierry Marx : 2 étoiles Michelin « Le discours sur le bio me casse les oreilles »

 

Bref, ces messieurs, mais y’ aussi une dame, madame Pic, sont le plus souvent en complet veston de PDG qu’en blouse et toque de chef au piano.

 

Mais d’où vient cette fichue toque en voie de disparition ?

 

En 1823, après l’expédition d’Espagne, les bérets et les toques firent fureur parmi les élégantes. Un soir à l’heure du service, Carême vit, à l’ambassade d’Autriche, entrer dans la cuisine une jolie petite fille, familière de la maison, coiffée d’une toque blanche qui lui allait à ravir. 3Si nous changions notre vilain bonnet de coton qui nous fait ressembler à de malades, contre cette mignonette et légère casquette ? » Et le lendemain, Carême coiffa  a toque qui, depuis a fait le tour du monde. »

Pierre Lacam Journal des confiseurs début 1883

 

C’est une légende, trop belle pour être vraie.

 

« Pourtant, à y regarder de plus près et à éplucher les écrits personnels de Carême, la légende de la toque n’est… pas tout à fait fausse ! Mais l’invention de la toque suit une tout autre généalogie : ce n’est pas le spectacle incongru d’une petite fille adorable qui détermine Carême, mais tout simplement la haute idée qu’il se fait de son art. Comment distinguer un chef : en lui offrant un couvre-chef…

 

C’est ainsi, au détour d’un écrit personnel, Le Maître d’hôtel français, que Carême rend compte de ce haussement du statut du chapeau de cuisinier : « Lorsque j’eus l’idée de porter mon bonnet garni d’un rond de carton, que l’on pourrait faire octogone, ce qui donne plus  de hauteur et de grâce au couvre-chef, je me trouvais à Vienne dans mon premier voyage de 1821. Chaque vers onze heures du matin, je présentais à Son excellence lord Stewart [ambassadeur d’Angleterre], le menu du dîner. L’ambassadeur me regarda, me sourit et me dit : « Cette nouvelle coiffure convient mieux à un cuisinier tel que vous. » J’observai à Son Excellence qu’un cuisinier devait annoncer l’homme en bonne santé, tandis que notre bonnet ordinaire nous rapprochait beaucoup trop de l’état de convalescence. » Ce n’est pas par excentricité que Carême invente la toque, mais pour se distinguer du malade. »

 

La France gastronome Antoine de Baecque

 

La France gastronome ; comment le restaurant est entré dans notre histoire

HISTOIRE

 

La toque à travers les âgesUn couvre-chef pour symboliser toute une corporation

 

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30 juillet 2019 2 30 /07 /juillet /2019 06:00

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Dans le débat violent sur le glyphosate et l’utilisation intensive des pesticides dans certaines cultures, dont la vigne, l’exposition de ceux, salariés ou viticulteurs, qui les épandent, et celle des riverains, bien plus que le % de résidus dans les aliments, devraient être au centre des préoccupations sanitaires.

 

J’ose écrire que les autorités politiques comme sanitaires, pour des raisons souvent bassement économiques, temporisent, bottent en touche, s’abritent derrière des arguments du type de celui-ci-dessous.

 

On peut le dire autrement: il reste encore bien du chemin à parcourir pour évaluer l'ampleur réelle et les innombrables conséquences du scandale de l'amiante en France. De ce point de vue, la décision de non-lieu dans l'affaire Eternit est édifiante.

 

Dans leur ordonnance datée du 10 juillet, les juges d'instruction écrivent que «compte tenu de l'impossibilité de dater l'intoxication des plaignants, il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l'entreprise [...] et quelles réglementations s'imposaient à cette date inconnue. [...] En tout état de cause, les investigations menées au cours de l'instruction ont démontré qu'aucune faute de nature pénale ne pouvait être imputée à une ou à plusieurs personnes physiques ou morales en lien avec la société Eternit»

 

Santé

Le scandale de l'amiante est une bombe à retardement

Jean-Yves Nau — 19 juillet 2019

 

Responsable d'un cancer de la plèvre, l'amiante est interdite en France depuis 1997. Deux décennies plus tard, 1.100 nouveaux cas de la maladie surviennent encore chaque année. ICI

 

L’industrie la plus florissante de la Corse dans les années 60 : l’usine d’amiante de Canari au Cap Corse… l’enfer blanc…

 

2 septembre 2016

L’industrie la plus florissante de la Corse dans les années 60 : l’usine d’amiante de Canari au Cap Corse… l’enfer blanc…

ICI

 

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« Le roman d’Alberto Prunetti, Amianto une histoire ouvrière a eu peu d’écho en France. Et pourtant. Il est vrai que la littérature sur les ouvriers ne passionne pas. Elle a mauvaise réputation entre misérabilisme et instrumentalisation politique.

 

Ce livre publié en Italie en 2012 et 2014 conte l’histoire d’un homme, d’un ouvrier qualifié, le père de l’auteur, qui meurt de l’amiante et des produits chimiques respirés et ingérés pendant des décennies d’activité professionnelle. Mais pas seulement, c’est aussi l’histoire des relations entre ce père et ce fils dans une famille aimante des années 1950 à l’aube des années 2000. Un fils qui fera des études, qui sortira de la classe ouvrière pour entrer dans le monde des intellectuels précaires. Un livre qui décrit aussi la fin d’un monde, celui des grandes entreprises métallurgiques et chimiques, la fin aussi du syndicalisme triomphant à l’ombre du Parti communiste italien qui sombrera à son tour ; Sans nostalgie ni critique stérile, une belle écriture mise au service d’un hommage et d’une description d’une époque où se mêlent musique, football, cinéma américain et conditions de travail inhumaines et où l’on passe de l’espoir à un présent sans avenir.

 

Le projet littéraire inspiré de la fascination d’un fils pour les compétences d’un père redouble le propos politique et historique : « le récit devrait tenir comme un raccord de beaucoup de tubes de toutes sortes. Lui le disait toujours : « mets de la filasse, ça tient mieux que le téflon. Fais seulement attention à respecter le sens du filetage et lie le tout au doigt avec du mastic vert. Ensuite, serre avec force, mais sans méchanceté. Il ne doit pas fuir » J’ai fait comme ça, avec le stylo. J’ai essayé de respecter le filetage de l’histoire, sans aller plus vite que les événements, sans étranglements. J’ai utilisé le mastic de l’imagination et j’ai serré sans méchanceté, mais avec décision, l’ordre du discours. Il ne suinte pas : j’ai mis un carton dessous et les larmes ont séché. C’est comme ça qu’il fallait les souder, l’équipement hydraulique des grandes installations et la mémoire des hommes qui ont uni des kilomètres de tubes et d’acier pendant toute une vie. Pour amener la pression du sang dans les canaux de l’existence, pour la pomper dans les réservoirs de la mémoire et la voir couler jour après jour, goutte à goutte, pour fertiliser une page ».

 

Pour qui a participé à des manifestations de victimes de l’amiante, où les veuves et les malades crient leur colère de l’inaction des pouvoirs publics et du jeu trouble des propriétaires des entreprises coupables, ce livre est un miroir. Il doit être aussi un coup de poing pour tous ses lecteurs.

 

Frédérick Genevée ICI 

 

Alberto Prunetti, Amianto, Une histoire ouvrière, traduit par Serge Quadruppani, éditions Agone, 2019, 142 p. 12 euros.

 

Autres critiques :

19 Avril 2019 ICI

 

Tombeau pour un ouvrier  Critiqué par Cyclo, le 21 juin 2019  ICI 

 

 

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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 06:00
Le grand Antonin Carême, cuisinier et gastronome, rive le clou aux critiques gastronomique et de Rugy n’est point Talleyrand…

Où allons-nous dîner ce soir ?

 

À une belle table ou dans un bouclard ?

 

Il fut un temps où, face à cette interrogation, certains sortaient le guide rouge, ou le Gault et Millau, d’autres se référaient à la critique dans la presse ; de nos jours ça reste encore vrai pour le guide du pneu qui garde des adeptes même si ses ventes papier sont en chute libre, du côté de la presse, qui tire le diable par la queue, c’est la Bérézina, la critique gastronomique est en perdition, elle est cornaquée par les attachées de presse des chefs étoilés, et elle débite des chroniques à la chaîne comme les saucisses de chez Fleury-Michon.

 

Reste pour les adorés de Pousson, qui n’écrit plus mais tortore, les entrechats du fooding ou d’omnivore et la nouvelle croisade de François-Régis Gaudry pour la bonne bouffe dans On va déguster

 

Des noms, des noms, me direz-vous, ma réponse est non et non… ce serait dérisoire…

 

Il n'y a qu'une seule morale qui vaille dans cette histoire, une seule donnée essentielle : nous ne sommes que de dérisoires étincelles au regard de l'univers. Puissions-nous avoir la sagesse de ne pas l'oublier.

La plus belle histoire du monde - Hubert Reeves

 

L’écrivain-cuisinier

 

« Carême est unanimement respecté parce qu’il est le seul à être à la fois cuisinier et gastronome, et à l’être absolument. Grimod de La Reynière est un amphitryon sublime qui ne sait pas faire une sauce au beurre ; Beauvilliers est un restaurateur qui sait parler de sa cuisine, a compilé ses principales recettes en un recueil précédé d’un mémoire justificatif, l’Art du cuisinier, mais son texte n’a pas la portée philosophique ni même physiologique d’un écrit gastronome.

 

Carême au contraire, revendique un savoir que seul confère le faire, dont les hommes de lettres, aussi gastronomes soient-ils, ne peuvent se prévaloir. Il est même sévère contre les « théoriciens » - « Les arts et les métiers ont un langage propre et l’homme qui écrit sur une matière qu’il ignore se donne un extrême ridicule aux yeux des praticiens » -, notamment Grimod, qu’il respecte tout en exposant ses limites : « Ill a sans doute opéré quelque bien pour la science culinaire, mais ne fut pour rien dans les rapides progrès de l’art. C’est aux grands dîners donnés par le prince de Talleyrand lors de son ministère aux Affaires étrangères qu’est dû l’accroissement de la cuisine moderne et non à l’auteur de l’Almanach des gourmands. »

La France gastronomique Antoine de Baecque

 

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«Le meilleur auxiliaire d'un diplomate, c'est bien son cuisinier».

 

 

Talleyrand a trois passions : la politique, les femmes et la nourriture. Selon lui, l’essentiel est de donner d’excellents repas et être galant avec les dames.

 

« Durant son ministère, le fidèle collaborateur de Talleyrand, le cuisinier Antonin Carême, fut continuellement présent et sera chargé de l’organisation de banquets somptueux ; certains comprennent des « extraordinaires », voire de « grands extraordinaires ». Ce sont en fait des pièces « montées, salées et sucrées, conçues comme des ensembles architecturaux », où l’œil est aussi sollicité que le goût. Antonin Carême avait comme consigne de flatter à la fois les yeux et les palais des convives et l’histoire a retenu le raffinement des plats, des présentations et des menus. Cela fonctionnait pour les repas intimes et pour les banquets. Communication politique avant l’heure, ces instructions — et le budget associé — venaient de Talleyrand qui gardait à l’esprit deux facteurs.

 

La suite ICI 

30 août 2018

Le soir Talleyrand aimait « savourer des choses lourdes en compagnie de femmes légères » « Sire, j'ai plus besoin de casseroles que d'instructions. Laissez-moi faire et comptez sur Carême. »

 

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Antonin Carême (1784 - 1833)

Roi des cuisiniers, cuisinier des Rois

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le futur roi des cuisiniers et empereur des fourneaux n'est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche.

Il est issu d'une famille extrêmement pauvre. Son père est tâcheron, payé à la journée en fonction des besognes qu'on lui confie, et peut à peine nourrir sa nombreuse progéniture - pas moins de 14 enfants à charge.

Enfant abandonné

Le petit Marie-Antoine vient au monde en 1784 dans un chantier de la rue du Bac à Paris et grandit au milieu des baraquements et des échafaudages.

Lorsqu'il atteint ses huit ans, son père se résout à l'abandonner, jugeant que c'est le seul de la fratrie qui pourra s'en sortir par ses facultés. Antonin est malin, curieux, travailleur : alors que tonne la Révolution française, il est vite embauché dans une gargote contre le gîte et le couvert et apprend les rudiments du métier.

À 13 ans, la chance lui sourit : il entre comme apprenti chez le pâtissier Sylvain Bailly, l'une des meilleures maisons de Paris. On est sous le Directoire et les riches Parisiens aspirent à jouir de la vie après les affres de la Terreur.

Antonin apprend vite, devient premier tourtier et se lance dans ce qui fera sa gloire : des pièces montées tarabiscotées, de splendides et compliquées compositions en pâte d'amande, nougatine, pâtisserie.

Puis il entre au service du ministre Charles-Maurice de Talleyrand qui a table ouvert dans le quartier Saint-Germain, à Paris. Entre le diplomate et le cuisinier se noue une vraie complicité. Talleyrand incite Carême à développer une nourriture raffinée, à base de légumes et de produits de saison.

La suite ICI

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 06:00
Avant le frigidus, Frigidaire® comment les romains conservaient-ils leurs denrées ? bouchons percés en liège pour fermer les amphores de vin…

Avec la canicule qui sévit sur notre doulce France il fait un temps à se foutre la tête dans le Frigidaire.

 

Frigidaire revient un nom devenu commun dans notre pays, Lancée par General Motors, reprise par Electrolux en 1986, la marque revient avec trois réfrigérateurs en vente dans quelques jours ...

 

Frigidaire, cent ans à peu près

 

En France, la marque est toujours très connue malgré une absence dans les rayons de plus de 20 ans. Sa notoriété est due au passage de la marque dans les noms communs, à l'instar de Sopalin ou Mobylette.

 

Alors, pour ses 101 ans, Electrolux a décidé de faire revivre la marque avec 3 références "vintage" inspirées de l'esthétique imaginée par Raymond Loewy, célèbre designer ayant collaboré avec Frigidaire.

ICI 

Nostalgie : Electrolux fait revivre la marque Frigidaire en France

 

Le « garde-manger » des Romains Columelle, au livre XII de son ouvrage, en fixe les contraintes :

 

« Quemadmodum tractare debeat penora sibe cellaria. »

« Comment la métayère doit traiter les provisions ou les celliers… »

 

« Nihil enim magis curandum est quam praeparare, ubi quidque reponatur, ut, quum opus sit, promatur. Ea loca qualia esse debeabt, […] iam dicta sunt. »

« On ne doit en effet veiller à rien d’autre que de préparer les endroits où chaque chose doit se trouver pour être ôtée au besoin. Ce que doivent être ces endroits, […] on l’a déjà dit. »

 

Columelle, plus loin, évoque la nécessité de choisir le lieu, sec, frais, où installer les conserves pour qu’elles ne moisissent pas. Froment, fèves, on a retrouvé trace de ces aliments dans les greniers. Le choix du récipient, vase en terre ou en verre, est important : il leur faut une ouverture large, de même diamètre en haut et en bas, ainsi, lorsqu’on se sert facilement, le reste redescend au fond du récipient, et tout baigne dans la saumure. Dans un tonneau, ce ne serait pas possible, à cause du ventre aux dimensions inégales.

 

Les récipients garde-manger sont des dolia, grandes jarres contenant 1 200 à 2 500 litres d’huile, céréales, vin. On ne les transporte pas, elles sont enfoncées dans la terre à demeure, et gardent frais.

 

Plus petite, plus malléable et transportable, l’amphore nommée ainsi à cause de ses deux anses. […] entre l’amphore à vin et l’amphore à garum, on peut se faire une idée de son volume avec l’amphore « du milieu » : 30 kg à vide, remplie de 70 l d’huile pèse à plein 100 kg.

 

Le musée d’Alba-la-Romaine en Ardèche ICI  

 

... Des amphores trouées qui contiennent des denrées. Elles deviennent boîte à sardines, bocal à farine mola ou farine d’épeautre far.

 

Je dis ajouter qu’une récente visite au musée de Lattes  ICI m’a permis d’observer deux types de bouchons en liège pour fermer les amphores de vin : celles en provenance de Tarroconaise, par exemple, montrent des bouchons percés en leur centre « pour laisser s’évacuer les gaz générés par la fermentation de l’alcool qui continue pendant le transport. On les retrouve également, non percés sur les amphores gauloises, africaines ou lusitaniennes. Sur les amphores italiques, le bouchon de liège est rendu étanche par l’adjonction d’un mortier de pouzzolane ou cendre volcanique ».

 

Saumure, salaison, fumage, séchage, putréfaction contrôlée aussi, il fallait bien sauvegarder les denrées périssables : les exemples abondent pour toutes ces techniques de conservation vielles comme le monde. Columelle fait référence à cette façon de plonger un aliment dans un bain de saumure et de vinaigre. J’ai déniché au musée de Lattes déjà mentionné, au milieu de tant d’objets de la vie quotidienne, un « pot de fermentation », récipient du 1ier siècle avant J.-C. qui a probablement servi à faire fermenter des fruits ou des légumes.

 

Olives vertes en saumure, salaisons de jambons, dont Caton donne le protocole, viandes ou poissons fumés, fromage fumé aussi, on l’a déjà mentionné, fromage que l’on va saler, épicer, en utilisant du sel facitum (de roche) ou du sel navitum (de mer). Le sel encore pour conserver les œufs.

 

Le miel enfin permettra de garder les fruits de l’été pour l’hiver, on l’a dit, outre Apicius, Columelle recommande ce procédé qui, d’après lui, convient à tous les fruits et s’avère indispensable pour la santé dans toutes les maisons, pour peu que l’on prenne la précaution d’aligner les fruits de chaque espèce séparément, de peur que, mélangés, chaque espèce n’altère l’autre.

 

Céréales, garum, huile, miel, salaisons, sel, voici donc la base de tout garde-manger.

 

Martine Quinot Muracciole Rome côté cuisine Les Belles Lettres

 

Rome côté cuisines

 

L’auteur

Martine Quinot Muracciole est professeur de lettres classiques à Nîmes et préside l’association Carpefeuch ( association partie du collège Feuchères à Nîmes qui s’ouvre à TOUS ceux qui s’intéressent à la couleur romaine dans la région nîmoise. L’association organise des rencontres, visites, conférences, ateliers autour de la romanité, et au nom de la convivialité antique et de son fameux « Carpe diem ! » )

 

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 06:00
Paul Claudel rencontra Dieu à N-D de Paris moi, plus modestement, j’ai croisé sur 1 trottoir de Paris Pierre Lamalattie et je lui ai demandé de  m’éclairer sur la restauration de Notre-Dame.

Avec un titre de cet acabit a-t-il encore toute sa tête ?

 

Bonne question !

 

La réponse est oui.

 

  1. La conversion de Paul Claudel au catholicisme s’est produite le 25 décembre 1886 en la cathédrale Notre Dame de Paris. ICI

 

« En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable. »

 

  1. J’ai bien croisé Pierre Lamalattie sur un trottoir de Paris.

 

Je n’attendais pas Godot, je faisais le pied de grue sur un trottoir lorsque je vis apparaître, s’appuyant sur une canne de dandy Pierre Lamalattie. Allait-il me reconnaître ? Mon ego allait être soumis à une minute de vérité. Je plantai mon regard dans le sien mais il parut indifférent à mon insistance, puis après avoir parcouru  quelques mètres il se retourna, hésita, revint vers moi.

 

Nous nous saluâmes, nous engageâmes la conversation, j’étais en forme alors je fis dans l’ironie : « Alors vous chroniquez toujours dans Causeur ? » Et puis de fil en aiguille Pierre Lamalattie en vint à me parler de la restauration de Notre-Dame de Paris. Conservateur, ce cher homme, ça tombait bien moi aussi.

 

Mon sang de chroniqueur n’a fait qu’un tour : et si je lui demandais un papier ? Je me retins, trop de hâte pouvait tuer dans l’œuf mon projet. Homme d’écrit je lui ferais une demande écrite. Ce que je fis et il répondit oui.

 

Mais qui est  Pierre Lamalattie ?

 

Tout commence par une enveloppe, adresse manuscrite, déposée dans mon casier rue de Vaugirard, l’annexe du Ministère de l’Agriculture où séjournent les vieux « hauts serviteurs » de l’Etat – le gagatorium en langue ordinaire.  Le courrier électronique m’a tué devrait être le nouveau slogan de la Poste, je passe donc très rarement dans le local prévu pour cette antiquité.

 

Intrigué par la tronche de cette lettre, qui n’a rien d’administrative, je la décachette avec fébrilité.

 

Nouvel étonnement, le feuillet est manuscrit, à la plume et à l’encre bleue, à la manière d’une ordonnance médicale. Il me faut décrypter.

 

photo401.JPG

 

Mon correspondant m’indique en entame qu’il est tombé par hasard sur internet sur des sites faisant état de mon activité dans le domaine du vin avant d’indiquer que cela lui a rappelé de … (je ne décrypte pas) moments rue de Varenne.

 

Je fronce les sourcils, le patronyme de l’auteur de la lettre, qui n’est pas son patronyme d’auteur, me dit quelque chose mais, en dépit d’une plongée dans ma mémoire, je ne le resitue pas.

 

Est joint à la lettre un carton d’invitation pour le 1ier octobre dès 19 heures à une rencontre-dédicace à la librairie L’Écume des Pages à l’occasion de la parution de son second roman. « Précipitation en milieu acide »

 

La suite de ma chronique du 22 octobre 2013

 

« Les bouteilles de bordeaux ont les fesses tristes je préfère les bouteilles de bourgogne. C’est sensuel. C’est doux, ça s’arrondit, ça s’évase, ça se développe. » Pierre Lamalattie

ICI 

Aucune description de photo disponible.

 

Après les flammes, l’inculture ?

 

L’incompréhension persistante à l’encontre du XIX e  siècle et de Viollet-le-Duc pourrait mettre en danger la restauration de Notre-Dame.

 

Le 15 mars dernier, le monde apprend avec stupeur l’incendie qui ravage Notre-Dame de Paris. Alors que les flammes se propagent s’impose une évidence : restaurer la cathédrale. Une évidence, certes, mais qui très vite part dans tous les sens. Fleurissent, en effet, des opinions et des projets extraordinairement variés, contradictoires et parfois saugrenus.

 

On peut les classer grosso modo en trois grandes catégories. Il y a d’abord ceux qui souhaitent profiter de la situation pour donner au bâtiment un visage plus contemporain. C’est le cas, semble-t-il, du président de la République qui appelle à reconstruire la cathédrale « plus belle encore », suivi de son ministre de la Culture ouvrant un concours « aux meilleurs talents de la planète » pour y envisager « un geste architectural ». Évidemment, un certain nombre d’agences d’architecture leur emboîtent le pas. Les propositions de toits transparents et autres parcours de sensibilisation écologique se multiplient.

 

Il y a, en deuxième lieu, ceux qui militent pour une « dérestauration », c’est-à-dire pour en revenir à un état nettement antérieur, apparemment plus fruste, mais jugé plus authentique. La dérestauration a déjà sévi sur des monuments importants en France. C’est notamment le cas de la basilique Saint-Sernin, à Toulouse, dont la nef a été désastreusement ramenée à son état de grange primitive. Se rattache à ce courant Jacques Attali qui préconise un retour à la période sans flèche, au motif que la vocation véritable d’une flèche est de porter une horloge et qu’à l’âge où on regarde l’heure sur son smartphone, ce ne serait pas un choix « moderne ».

 

Enfin, un troisième parti réunit ceux qui exigent une restauration à l’identique, à la réserve près d’une adaptation possible des matériaux.

 

C’est l’opinion majoritaire des conservateurs et des historiens de l’art.

 

C’est aussi ce que commande sans ambiguïté la Charte de Venise (art. 11), traité international adopté par la France. C’est, en ce qui me concerne, la perspective que je soutiens. Le ralliement tardif, mais bien réel, de nombreux hommes politiques (notamment la maire de Paris, Anne Hidalgo) renforce cette hypothèse. Cependant, rien n’est encore officiellement décidé.

 

On pourrait penser que ce foisonnement d’idées reflète un débat particulièrement riche et créatif dont il faudrait se féliciter. Ce serait probablement être trop optimiste. D’abord, comment ne pas avoir froid dans le dos quand on constate que tant de gens, et parmi les plus éminents, se réjouiraient d’une restauration loufoque, voire tocarde.

 

Ensuite, et c’est là le plus grave, on a le sentiment qu’un grand nombre de relais d’opinion et de décideurs pâtissent d’une inculture persistante en ce qui concerne le XIXe  siècle, période déterminante pour le bâtiment.

 

En effet, à la lumière de ce qui s’est dit ou écrit, on a l’impression que presque tout le monde tient fermement à admirer cette cathédrale en tant qu’œuvre du XIIIe. On s’enthousiasme pour la charpente, ignorée jusque-là, mais révélée à titre posthume. Pensez ! des chênes coupés il y a huit siècles et peut-être plantés au temps de Charlemagne ! La flèche est généralement le seul élément du XIX e qui soit identifié. On y fustige une inopportune excroissance du mauvais goût de nos aïeux, un médiocre pastiche à oublier. Notons cependant que cette vision partagée jusqu’au sommet de l’État est surtout le fait de ce que j’appellerais (par facilité) les « élites ». La population, quant à elle, manifeste un attachement de cœur très émouvant à sa cathédrale. Elle n’imagine même pas qu’on pourrait « lui » construire autre chose à la place.

 

La première chose à dire est que voir dans Notre-Dame seulement un héritage du XIIIe  siècle est une erreur totale. Elle est à la fois une cathédrale médiévale et une cathédrale du XIX e  siècle. L’apport de Viollet-le-Duc (et de Lassus) est beaucoup plus important qu’on ne le croit généralement et d’une très grande qualité artistique. Au début du XIXe, Notre-Dame est, en effet, tout sauf séduisante. La Révolution a ravagé à peu près toutes les statues, n’épargnant que des reliefs de petite taille. Ceci s’ajoute à des pertes considérables sous l’Ancien Régime : suppression de vitraux, dépose du clocher, percement du porche central pour permettre les processions, bouchage ou transformation de fenêtres, etc. Le Moyen Âge lui-même a laissé, comme souvent, un monument dramatiquement inachevé. Les tours robustes, calibrées pour porter des flèches qui auraient doublé la hauteur totale, paraissent très massives dans leur état inabouti. Les arcs-boutants s’appuient sur des maçonneries grossières. En fin de compte, les contemporains perçoivent la cathédrale comme une grosse grange assez moche. On ne peut pas leur donner tout à fait tort. Il est même envisagé de la détruire. Cependant, dans une période d’affirmation du sentiment national, le XIX e voit dans le gothique un art spécifiquement français, car porté à son plus haut niveau avant l’influence italienne. Victor Hugo publie son roman qui sensibilise la population. Trois régimes se succèdent de 1845 à 1864 pour soutenir la restauration confiée à Viollet-le-Duc. Contrairement à ceux de notre temps qui s’en remettent à un pilotage unilatéral par l’exécutif (par ordonnances), les parlements de l’époque discutent de près les propositions de l’architecte.

 

Viollet-le-Duc produit un programme complet de sculptures et gargouilles qu’il dessine et contrôle lui-même. Il recrée une bonne part du trésor. Il restitue des fenêtres hautes et les nombreux vitraux manquants (en partie remplacés par des verreries cubistes jugées « plus gaies » durant la période Malraux). Il orne le faîtage d’une dentelle métallique. Il magnifie les arcs-boutants avec d’importants pinacles qui ceinturent la cathédrale, la rendant particulièrement élégante vue de côté ou de derrière (chevet).

 

Il érige aussi et surtout une nouvelle flèche en bois (protégée par du minium et du plomb) qui tire profit de l’expérience de celles de Rouen (d’Alavoine, en fonte) et de la Sainte-Chapelle (de Lassus, en bois).

 

Mûrement réfléchie, la flèche de Notre-Dame bénéficie d’un dessin particulièrement équilibré. Elle fait écho à la quarantaine de petites flèches et de pinacles en les fédérant en une même élévation d’ensemble. Elle allège dans la foulée la lourdeur des tours inachevées.

 

C’est dire combien elle a un rôle clé dans la cohérence générale du bâtiment.

 

Viollet-le-Duc n’est nullement un catholique fervent. Franc-maçon et opposé au parti dévot, il est avant tout un artiste. Il s’inscrit dans la continuité des maîtres maçons du Moyen Âge. Il conçoit sa cathédrale comme une sorte de demeure spirituelle du peuple de Paris. Le bestiaire qu’il déploie n’est pas étranger à l’idée grouillante et magnifique qu’il s’en fait. Ajoutons, pour ceux qui s’imaginent le bâtiment sans signataire et fruit d’une autogestion populaire fantasmée : il place sa statue contre la flèche avec la dédicace à double sens : « Au Grand Architecte de l’Univers ».

 

Viollet-le-Duc a un profil original. Il ne passe pas par la case Beaux-Arts, viatique prestigieux et presque indispensable pour un architecte de cette époque. Il se forme en autodidacte en parcourant la France et en dessinant des églises, des châteaux et toutes sortes de bâtiments remarquables. Il est avant tout un merveilleux dessinateur. À force de familiarité avec le gothique, il accède à une compréhension en profondeur de cet art. Il l’intériorise au point de dépasser le stade de la simple copie et de devenir lui-même un créateur gothique (ou néogothique) à fois original et inscrit dans une solide filiation. Il écrit même des ouvrages ayant valeur de théorie a posteriori.

 

Viollet-le-Duc n’est pas qu’un restaurateur, il est aussi un immense architecte, exempt de toute nostalgie et à l’avant-garde de son époque. Avec la référence gothique, il installe en France une culture décalée qui bouscule les conceptions académiques marquées par l’héritage classique. Il s’oppose à l’urbanisme répétitif du préfet Haussmann et préconise davantage de liberté, notamment grâce à l’usage de la brique, du métal et de la céramique. Ses décors, en particulier ses polychromies, riches en linéaments et en formes stylisées, influencent l’art nouveau ainsi que Gaudí. Enfin, dans un registre presque inverse, il aime que l’architecture s’exprime sans mensonges en montrant sa structure. On comprend bien cette idée en regardant, par exemple, les arcs-boutants du chevet de Notre-Dame qui visualisent des poussées, comme c’est le cas pour divers bâtiments conçus par cet architecte. Ce souci de cohésion entre l’apparence et la structure fait de lui une des racines du rationalisme.

 

Pourquoi donc envisager de détruire l’œuvre majeure d’un des plus grands architectes français ? Pourquoi s’affranchir de la Charte de Venise, traité international qui commande clairement une reconstruction à l’identique, laissant seulement une marge d’appréciation pour les matériaux ? Pourquoi aller à l’encontre du sentiment populaire et de l’élan des donateurs ?

 

La réponse est évidente comme la poutre qu’on ne voit pas dans son œil. La modernité, durant tout le XXe  siècle, s’est appliquée à dénigrer et occulter les apports du siècle précédent, à l’exception des artistes éligibles au titre de précurseurs. Il fallait que les mouvements nouveaux se justifient et trouvent leur place. À force, il en a cependant résulté un mélange persistant d’inculture et de préjugés à l’encontre de l’art du XIXe.

 

Cela concerne particulièrement les « élites », justement en raison de leur sensibilisation plus poussée à l’art moderne. Toutefois, la modernité a eu lieu. Elle n’est pas menacée. Elle a ses musées et ses beaux livres. Elle n’a plus besoin d’être justifiée ni défendue. Elle ne requiert pas une mise à l’index des artistes relevant d’autres options. Nombreux sont ceux qui invoquent la Querelle des Anciens et des Modernes pour demander un « geste architectural » se substituant à l’œuvre de Viollet-le-Duc. C’est un contresens total, car les Modernes n’ont jamais voulu faire disparaître quoi que ce soit, mais seulement créer eux-mêmes sans entraves. Certains prétendent que, si Viollet-le-Duc a pris des libertés, nous pouvons en prendre à notre tour et même davantage. L’argument se retourne complètement : c’est justement parce qu’il a usé de libertés qu’il a réalisé une œuvre artistique véritable et que nous devons la conserver.

 

On saisit facilement l’intérêt de bibliothèques où trouver des livres de toutes époques, et spécialement des auteurs qui ne pensent pas comme nous. Détruire des livres ou les occulter, ce n’est pas bien ! Tout le monde comprend cela. Eh bien ! en art, ce devrait être la même chose : rien n’est plus utile que de conserver les œuvres d’autres périodes. Elles nous procurent du plaisir, mais surtout, elles apportent un matériau à notre sensibilité et à notre réflexion. La conservation ne limite pas la création, elle la nourrit.

 

Restaurons donc Notre-Dame conformément à la Charte de Venise et progressons un peu dans la compréhension de nos héritages du XIXe  !

 

Merci à Pierre Lamalattie... 

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Notre-Dame : ils ont dit…

 

Emmanuel Macron : « Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore. »

 

Benjamin Grivaux (candidat LaRem à la Mairie de Paris) : « On va la rebâtir pierre par pierre, poutre par poutre, ardoise par ardoise* ! »

 

Christophe Castaner (ministre de l’Intérieur) : « Ce que je sais, c’est que Notre-Dame de Paris n’est pas une cathédrale, c’est notre rassemblement, c’est notre force, c’est notre histoire. »

 

Audrey Azoulay (directrice générale de l’UNESCO) : « La cathédrale est considérée comme le plus bel exemple de l’architecture gothique française, avec une utilisation novatrice de la voûte en côte et des contreforts, des rosaces en verre teinté et des décorations sculpturales. La construction de l’église a commencé en 1160 et s’est poursuivie pendant un siècle**. »

 

Mme Cathy Racon-Bouzon (députée LaRem, membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation) : « En 1864***, Eugène Viollet-le-Duc remportait le concours lancé pour la réhabilitation de Notre-Dame. Ce sanctuaire de l’épopée nationale, il en a respecté l’ADN, mais il en a modifié certaines des formes […].  [Restaurer] c’est aussi faire triompher l’innovation sur l’obscurantisme. […] Notre-Dame traverse les âges pour raconter l’histoire de France et pas seulement l’histoire de ses origines. »

 

* La couverture est en plomb.

 

** En réalité, sept siècles.

 

*** Date correspondant à la fin des travaux.

Viollet-le-Duc : les visions d’un architecte – par Lilie Fauriac ICI
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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 06:00
Le Blé : aliment indispensable à la vie, pilier de civilisations, marqueur de différences  sociales et culturelles, déclencheur, s’il vient à manquer, de révolutions nationales et de tensions internationales

Dans la vie que l’on vit, la curiosité est le dernier rempart levé contre l’uniformité, les idées reçues, l’approximatif, et rien ne vaut pour la cultiver de fréquenter assidûment les allées bordées  de livres et de revues des librairies indépendantes.

Résultat de recherche d'images pour "La revue Reliefs petite histoire du blé"

Ainsi, en feuilletant une revue à la couverture aguichante, Reliefs, Fleuves n°9 j’ai découvert, sous la rubrique : Altitude/Longitude une Petite Histoire du blé signée par Éric Birlouez ingénieur agronome et sociologue de l’alimentation.

 

 

Pierre Fahys est fondateur et directeur de la publication de la revue Reliefs. C'est une magnifique revue de géographie dédiée aux grands voyageurs, aux aventuriers d'hier et de demain, et à la nature. Publication semestrielle née en 2016, le dernier et neuvième numéro est consacré aux fleuves.

 

Le but de cet objet c'était aussi de faire passer un savoir. (...) Les rédacteurs ont la spécificité d'être souvent des chercheurs et de scientifiques, ce sont des spécialistes vraiment du sujet, dans leurs domaines, et c'est ça aussi qui différencie Reliefs d'autres magazines. C'est un travail de vulgarisation scientifique.

 

 

Éric Birlouez je le suis :

Sur les pistes de l'or blanc (le sucre)

Revue Reliefs n°7, 2018

 

ICI 

 

Céréales et civilisations ICI 

 

Extraits :

  1. Voyage au temps des premiers paysans  - Il y a 11 500 ans, sur le site de Jerf el-Ahmar, au nord de l’actuelle Syrie, des hommes cultivaient les terres situées à proximité du fleuve Euphrate. En semant des graines de céréales, cette communauté villageoise a été une des toutes premières à pratiquer l’agriculture. Jusqu’alors, ... les hommes prélevaient leurs aliments directement sur la nature : ils se « contentaient » de les cueillir, de les ramasser, de les déterrer, de les pêcher ou de les chasser. Au Proche-Orient, la collecte de céréales sauvages - engrain (petit épeautre), blé amidonnier, orge - devenues localement abondantes après la dernière glaciation contribuait ainsi à la ration alimentaire des chasseurs-cueilleurs qui peuplaient la région. Cette « économie de prédation » a duré jusqu’au milieu du X° millénaire avant notre ère, date à laquelle certains groupes humains décidèrent de cultiver les céréales sauvages.
  2.  

Une découverte récente - publiée en 2015 dans la revue scientifique PLOS One[1]- a remis en question cette chronologie. Elle a fait faire un spectaculaire bond en arrière de près de 12 000 ans par rapport à la date généralement retenue par les archéologues pour situer l’apparition de l’agriculture. Le site d’Ohalo II, sur les rives du lac de Tibériade en Israël, a livré des milliers de vestiges végétaux vieux de 23 000 ans, entre autres des grains carbonisés d’orge, d’avoine et de blé amidonnier. En les étudiant, les chercheurs ont découvert avec stupéfaction que ces céréales avaient été… cultivées.

 

Peut-on parler pour autant d’une véritable naissance de l’agriculture il y a 23 000 ans ? Selon Georges Willcox, archéobotaniste au CNRS, ce qui a été mis en évidence à Ohalo, ce sont les toutes premières tentatives de culture de céréales par des communautés humaines. Mais la vraie « révolution » agricole, c’est-à-dire la culture permanente et à grande échelle de plantes destinées à l’alimentation n’est réellement intervenue que 11 500 ans plus tard. Un événement fondateur extrêmement récent à l’échelle de l’histoire humaine. En effet, si on « concentrait » cette dernière sur une année-étalon de 365 jours (l’entrée en scène du genre Homo, il y a 2,5 millions d’années, correspondant au 1er janvier), l’agriculture ne serait apparue que le 30 décembre en fin de matinée !

 

Contrairement à une croyance encore répandue dans le grand public, la sédentarisation, au Proche-Orient, de groupes de nomades n’a pas été la conséquence de la décision de ces derniers de devenir paysans. Certes, la culture et le stockage des récoltes sont incompatibles avec la vie itinérante. Mais l’agriculture n’a fait en réalité que conforter la sédentarisation. Cette dernière avait en effet précédé  de plusieurs siècles la mise en culture des sols et l’élevage des animaux. Dans le Croissant fertile, l’agriculture est donc née dans des villages constitués depuis longtemps, et qui présentaient (déjà) une structure sociale complexe et hiérarchisée. Ces habitats permanents avaient été créés dans des sites suffisamment riches en ressources alimentaires pour que leurs fondateurs, tout en demeurant chasseurs-cueilleurs, puissent s’affranchir des rudesses et contraintes de la vie itinérante. Ces nomades devenus sédentaires avaient su inventer des techniques de stockage et de conservation de leurs aliments sauvages (réserves de poissons, fosses à glands ou à châtaignes, silos à grains) qui leur permettaient de passer l’hiver sans souffrir de la faim.

 

Reste une question… Pourquoi ces chasseurs-cueilleurs sédentarisés ont-ils décidé, vers le milieu du X° millénaire avant notre ère, de cultiver des céréales de façon permanente et à grande échelle ?

 

4. Les céréales dans l’histoire de l’alimentation des Français

 

4.1  Le pain, aliment central du Moyen Âge

 

Dès le tout début de l’ère chrétienne, le territoire de la Gaule est décrit par les géographes grecs et romains comme « fertile en blés et en fourrage » (Pomponius Mela) et produisant « une grande quantité de froment et de millet » (Strabon). Le pain gaulois, loué pour sa blancheur et sa légèreté, jouit (déjà) d’une réputation d’excellence. Mais à partir des « invasions barbares » de l’Antiquité tardive (V° siècle), le peuple doit souvent se contenter de céréales dites secondaires - orge, seigle, avoine, millet - moins prestigieuses mais plus robustes et productives que le froment (blé tendre).

 

Au Moyen Âge, toutes les céréales sont désignées par le terme générique de bleds. Les types de sols et les climats locaux déterminent la nature de celles qui sont cultivées, et donc consommées, dans une région donnée. Ainsi, dans de nombreux terroirs (Limousin, Périgord, Auvergne, Forez), le seigle est davantage cultivé que le froment. Pourtant, ce dernier est davantage apprécié mais, comparé au seigle, il est plus fragile, son rendement est plus aléatoire et, de surcroît, il épuise plus rapidement la terre. En revanche, le seigle craint la chaleur : c’est pourquoi les cultivateurs des régions méridionales lui préfèrent l'orge comme substitut au froment.

 

Dans la région de Toulouse, en Gascogne, dans le Béarn et la Bigorre, en Languedoc et dans le Bordelais, le millet est très présent : cette céréale mûrit rapidement, elle résiste à la sécheresse et on peut conserver ses grains longtemps (jusqu’à vingt ans !). Ces derniers sont certes tout petits mais ils sont très nombreux (le terme millet dérive du latin millium, qui signifie « mille »). Les populations de ces régions se nourrissent de « pains de millet », lesquels sont en réalité des galettes plates (dépourvu de gluten, le millet n’est pas panifiable). Avec le millet, on réalise aussi des bouillies et des millasses (ou milhas). A la fin du XVI° siècle, cette céréale typique du sud-ouest sera remplacée par une autre céréale originaire d’Amérique, le maïs.

 

Dans certaines provinces aux sols pauvres et acides comme la Bretagne, le Limousin et l’Auvergne, un nouveau venu – le sarrasin - apparaît à la fin de la période médiévale. Originaire de Sibérie, ce « blé noir » se révèle peu exigeant. Cette appellation est trompeuse car le sarrasin, d’un point de vue botanique, n’a rien à voir avec le blé et les autres céréales qui appartiennent à la famille des Poacées (graminées). Son statut de céréale vient du caractère nutritif de ses grains, consommés exclusivement sous forme de bouillies ou de galettes.

 

La couleur du pain, un marqueur social

 

Tout au long du Moyen Âge, le pain que mangent les paysans français est le plus souvent un pain « gris », à la mie compacte. Il est élaboré à partir d'un mélange de céréales (ou méteil) dans lequel le froment est souvent minoritaire. Ce dernier est en effet la céréale « noble » : sa production sert en priorité à payer l’impôt en nature dû au seigneur et aux autorités ecclésiastiques. De ce froment, on tire une farine de couleur claire (plus ou moins blanche, en fonction du degré de blutage c’est-à-dire de raffinage de la farine). Cette « blancheur » est très appréciée en raison de sa signification symbolique : elle est associée à la pureté et à la lumière divine. C'est ce type de pain, le plus cher, que consomment les nobles. Comme le gibier, les grands volatiles sauvages (cygnes, hérons, paons, grues, cigognes, faisans) ou encore les épices exotiques, le pain blanc de froment représente, pour les élites médiévales, un aliment de distinction sociale, un signe extérieur de richesse et de supériorité.

 

Les paysans et travailleurs urbains du Moyen Âge ingèrent chaque jour des quantités considérables de pain. En période normale, un homme adulte en consomme entre un kilo et un kilo et demi (un document daté de 1373 indique que chaque pêcheur des étangs d’Argilly, en Bourgogne, en reçoit trois kilos par jour). Tous les autres aliments constituent le companage, étymologiquement « ce qui est mangé avec le pain ». Le terme atteste de l’importance de ce dernier : à elles seules, les céréales apportent entre 80 % et 90 % des calories fournies par la ration quotidienne. A la campagne, cette dernière comporte également des légumes, des légumes secs (lentilles, pois chiches, fèves), des fruits frais et secs, des herbes sauvages… A ce régime alimentaire essentiellement végétal s’ajoutent un peu de viande, de lait et de fromage, de poisson et d’œufs.

 

Le pain des pauvres est découpé en tranches épaisses qui sont déposées dans l’écuelle et sur lesquelles on verse un bouillon de légumes (plus rarement de viande) ou du vin. Ces tranches de pain portent le nom de « soupes » (plus tard, ce terme désignera le liquide fumant, odorant et roboratif). Elles sont à l’origine d’expressions comme « tremper la soupe » (se mettre à manger) ou « être trempé comme une soupe ».

 

Dans les campagnes, on ne cuit pas le pain tous les jours, ni même toutes les semaines : cela serait bien trop coûteux en temps et en combustible. C’est pourquoi les paysans fabriquent de grosses pièces de pain (jusqu’à sept kilos), qu’ils mangent le plus souvent rassis. A partir du XI° siècle, les céréales récoltées doivent obligatoirement être portées au moulin banal. La cuisson doit, elle aussi, être réalisée dans le four banal. Comme le pressoir, ce moulin et ce four d’usage collectif sont la propriété du seigneur local (dont le pouvoir est symbolisé par sa… bannière). L’utilisation contrainte de ces « monopoles technologiques » s’accompagne du versement de banalités, c’est-à-dire de redevances en nature (une partie de la farine de froment obtenue après mouture, une partie des miches de pain qui ont été cuites).

 

Les nobles et les riches bourgeois ont le privilège d’avoir toujours du pain blanc et frais à leur table. Sur celle-ci sont également disposés des « tranchoirs » : ces tranches de pain bis à la mie bien serrée font office d’assiettes (lesquelles n’apparaîtront qu’à la Renaissance). Après le repas, ces tranchoirs tout imbibés des sauces et graisses des aliments qu’ils ont accueillis sont jetés aux chiens… ou distribués aux pauvres.

Marché mondial du blé mars 2018 - UNIGRAINS

ICI

 

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 06:00
Lisez, relayez le cri de Catherine Bernard, vigneronne dans l’Hérault « Le coup de chalumeau dans les vignes du Midi n’est pas 1 calamité agricole. Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation elle-même est menacée »

Mon amie Catherine pousse ici un CRI dans l’acception de l’œuvre expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions réalisées entre 1893 et 1917. Symbolisant l'homme moderne emporté par une crise d'angoisse existentielle.

 

Image associée

 

C’est bien de cela qu’il s’agit.

 

Lisez et relayez, merci !

 

Bougez-vous le cul !

 

 

Je suis vigneronne.

 

Je n’écris pas en qualité de vigneronne.

 

Je n’écris pas non plus en qualité de vigneronne victime d’une calamité agricole, d’une catastrophe naturelle ou d’un accident climatique. Ce qui s’est produit dans les vignes du Gard et de l’Hérault vendredi 29 juin, est d’une tout autre nature, d’un tout ordre, ou plus exactement d’un tout autre désordre.

 

J’écris en qualité de témoin du changement climatique à l’œuvre, qui est en fait un bouleversement, qui ne concerne pas ici des vignerons, là des arboriculteurs, hier des pêcheurs, demain des Parisiens asphyxiés, mais bien tous, citadins ou ruraux, habitants du Sud comme du Nord, de l’Ouest, ou de l’Est.

 

J’écris en qualité d’hôte de la terre. Nous sommes chacun, individuellement, interdépendants les uns des autres.

 

J’étais vendredi matin dans les vignes pour faire un tour d’inspection des troupes et ramasser des abricots dans la haie de fruitiers que j’ai plantée en 2010 entre les terret et les cinsault. Il faisait déjà très chaud. Je ne sais pas combien, je ne veux pas ouvrir le livre des records. Je suis rentrée au frais, et je me suis plongée dans la lecture d’un livre passionnant, La vigne et ses plantes compagnes de Léa et Yves Darricau. J’ai repoussé la plantation de 30 ares de vignes à l’origine programmée pour cette année, à plus tard, à quand je saurai comment et quoi planter. Je cherche. A 18 heures, Laurent, mon voisin de vignes avec qui je fais de l’entraide, m’appelle :

 

-       Là-haut à Pioch Long, les syrahs sont brûlées.

 

-       Comment ça brûlées ?

 

-       Oui, brûlées, les feuilles, les raisins, comme si on les avait passé au chalumeau.

 

J’ai pris ma voiture, et je suis allée dans les vignes. Quand j’ai vu à La Carbonnelle, les grenaches, feuilles et grappes brûlées, grillées, par zones, sur la pente du coteau exposée sud-ouest, je n’ai pas pensé à la perte de la récolte. J’ai vu que certaines étaient mortes, que d’autres ne survivraient pas. Il faisait encore très très chaud et j’ai été parcourue de frissons. La pensée m’a traversée que c’était là l’annonce de la fin de l’ère climatique que nous connaissons, la manifestation de la limite de l’hospitalité de la terre. Puis je suis passée sur le plateau de Saint-Christol, là où depuis le XIIème siècle l’homme a planté des vignes pour qu’elles bénéficient pleinement des bienfaits du soleil et du vent. Et là, à droite, à gauche, j’ai vu des parcelles de vignes brûlées, grillées dans leur quasi-totalité.

 

Il y aura des voix, celles des porte-parole des vignerons, chambre d’agriculture, représentants des AOC, et c’est leur rôle, pour évaluer les pertes de récolte, la mortalité des ceps, et demander des indemnisations.  

 

Il y aura les voix invalidantes de la culpabilité, celle des gestes que l’on a faits dans la vigne les jours précédents et que l’on n’aurait peut-être pas dû faire, ou ceux que l’on n’a pas faits et que l’on aurait dû faire. Et si j’aurais su. A ceux-là, je réponds, les si n’aiment pas les rais. (1)

 

Il y aura des voix pour dire qu’à cela ne tienne, on va généraliser l’irrigation, et si cela ne suffit pas, eh bien on plantera des vignes, plus haut dans le Nord, ailleurs. Peut-être même y en aura-t-il pour s’en réjouir. A ceux-là, je réponds qu’ils sont, au mieux des autruches, au pire des cyniques absolus et immoraux, dans les deux cas des abrutis aveugles.

 

Ce qui s’est produit ce vendredi 29 juin dans les vignes du Midi, est un avertissement, un carton rouge. Ce n’est pas seulement les conséquences d’un phénomène caniculaire isolé doublé d’un vent brûlant, mais la résultante de trois années successives de stress hydrique causé par des chaleurs intenses et de longues périodes de sécheresse qui, année après année, comme nous prenons chaque année des rides, ont affaibli les vignes, touchant ce vendredi 29 juin, celles qui étaient plantées dans ce qui était jusqu’alors considéré comme les meilleurs terroirs. C’est aussi la résultante d’un demi-siècle de pratiques anagronomiques.

 

La Carbonelle est plantée de vignes depuis 1578. C’est un mamelon en forme de parallélogramme bien exposé au vent et soleil. Ce qui s’est passé le 29 juin, dit que l’ordre des choses s’est littéralement inversé. Le vent et soleil ne sont plus des alliés de l’homme. La solution de l’irrigation est la prolongation d’un défi prométhéen. On se souviendra qu’il lui arrive quelques bricoles à Prométhée. Cela dit aussi que le changement va plus vite que la science agronomique et ses recherches appliquées, cela nous précipite dans un inconnu. Il nous faut radicalement changer notre rapport à la terre, ne plus nous en considérer comme des maîtres, mais des hôtes, que l’on soit paysan ou citadin.

 

Ceux qui voudraient circonscrire à la viticulture du Midi ce qui s’est produit le 29 juin s’illusionnent. Le phylloxéra a été identifié en 1868 à Pujaud dans le Gard. Les vignerons des autres régions ont cru ou feint de croire qu’ils seraient épargnés. En 1880, le puceron avait éradiqué la totalité du vignoble français, et gagné toute l’Europe. Le phylloxéra était lui-même la « récompense » de notre quête du mieux, du plus. Il a été à l’origine de la seule grande émigration française et d’une reconstruction du vignoble qui a profondément changé l’équilibre même de la vigne. Nous en sommes les héritiers directs.

 

Ceux qui voudraient circonscrire le phénomène à la viticulture se dupent aussi. La vigne  nous accompagne, sur notre territoire, depuis plus de deux millénaires,  et l’homme depuis plus de 6 000 ans. Sa culture est tout à la fois un pilier et un symbole de notre civilisation. Si la vigne n’a plus sa place dans le Midi, l’homme ne l’aura pas davantage car le soleil et le vent seront brûlure sur sa peau. 

 

Nous, vignerons, devons en tout premier lieu renouer avec la dimension métaphysique de notre lien à la terre et alors, nous pourrons changer radicalement nos pratiques.  Mais il faudra autant de temps pour retricoter  ce que nous avons détricoté. L’œuvre elle-même est vaine si par ailleurs, nous, vous, moi continuons à prendre l’avion comme nous allons promener le chien, goûtons aux fruits exotiques comme si on les cueillait sur l’arbre, mettons la capsule dans la machine à café comme un timbre sur une lettre, ainsi de suite. Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation elle-même est menacée.

 

Les abeilles l’ont aussi dit, avant la vigne. Mais nous ne les avons pas entendues.

 

Catherine Bernard

 

(1) « Si j’avais su je n’aurais pas venu…  » petit Gibus  la guerre des boutons

La règle est que lorsqu’on emploie la conjonction si, qui exprime déjà une condition, il est inutile de la doubler d’un verbe conjugué au conditionnel. Un moyen mnémotechnique traditionnel pour assimiler cette règle est de mémoriser la phrase « Les scies n’aiment pas les raies », ou plus simplement, «Les si n’aiment pas les rais». Bescherelle

 

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 06:00
La Trinité fondamentale : l’huile, le pain et le vin. « Au pain et au vin, « ces deux colonnes de la consommation occidentale » Jean-François Revel, s’ajoute l’huile qui en est la lumière.

Né dans un pays de bocage où l’on vivait depuis des siècles d’une forme d’agriculture vivrière de subsistance en pratiquant, sur des petites borderies en métayage ou en faire-valoir direct, polyculture-élevage, avec un bout de vignes, où l’on commençait tout juste à s’ouvrir à la vente d’une part de plus en plus importante de la production, à s’accoutumer au maniement de la monnaie, le blé, céréale reine, était l’étalon-or de  la prospérité.

 

Mon père, Arsène, entrepreneur de travaux agricoles, avec sa batteuse allait de ferme en ferme pour transformer les gerbes de blé en bons grains pour la boulange.

 

Alors, vous comprendrez aisément que je fus fort surpris en prenant mes quartiers rue de Varenne, plus précisément rue Barbet de Jouy, de constater que les gens de la vigne prenaient d’assez haut les péquenots et les bouseux.

 

Ils étaient l’aristocratie eux, vins fins et vins communs réunis, culture pérenne enracinée dans un terroir millénaire, nectar des Dieux, ivresse et plaisir de la fête mais aussi des piliers de bistrots.

 

Sans remonter à la Cène, où le pain et le vin sont transmutés, je me disais : pourquoi produire du blé pour faire du pain serait-il moins important, moins gratifiant, que produire du vin ?

 

La question est toujours d’actualité même si le blé sert de moins en moins à faire du pain mais entre dans la ration des animaux et sert comme arme de guerre des grandes puissances USA-Chine-UE-Brésil-Russie : les débats à l’OMC sont là pour le prouver, la ritournelle du lobby céréalier « nous produisons de façon compétitive pour nourris le monde » est un attrape-nigaud relayé par la presse économique.

 

 

 

J’ai vécu au première loge la première réforme de la PAC qui impactait le mode de paiement des céréales en substituant le soutien au produit par des aides compensatoires à l’hectare afin de soutenir la guerre commerciale avec les USA et les pays dit de Cairns. Tout le débat actuel sur une agriculture plus respectueuse de son environnement est biaisé par cette approche, le poids des céréaliers à la FNSEA allié aux productions animales intensives clientes des céréaliers empêche tout vrai débat pour en revenir à des pratiques, qui ne sont pas celles de mon grand-père, mais tenant compte de pistes qui n’ont rien de régressives.

 

Je m’en tiens là.

 

Le bon pain revient, le métier de boulanger retrouve ses lettres de noblesse et j’en suis très heureux.

 

Revenons aux origines.

 

 

Il y a comme cela, des époques étonnantes dans notre histoire. Des époques majeures, véritables concentrations de forces sous l’effet desquelles s’opèrent comme dans un creuset des transformations radicales de nos cadres de vie, de nos manières de penser. Brusquement, tout est remis en question, matériellement et spirituellement, car des évènements capitaux, dont on ne mesurera les conséquences synchronisées qu’avec du recul, donnent une poussée à nos civilisations à, bout de souffle. Alors, le vaisseau à bord duquel est embarquée l’humanité change de vitesse et de cap. Ces concours e circonstances scandent curieusement l’histoire, depuis qu’elle est connue, et que l’on peut attester de ses cycles, de demi-millénaire en demi-millénaire ;. Il n’est que de consulter une chronologie pour en être émerveillé.

 

VIe ou Ve siècle avant Jésus-Christ. Le jour se lève justement sur certains événements, qui, bien que tout à fait locaux, n’en sont pas moins considérables… Oui, c’est extraordinaire. Comme quatre lumières s’allumant aux quatre coins du monde alors connu, apparaissent des gens dont la pensée va modeler pour longtemps notre façon d’être car ne nous sommes surtout qu’en fonction de ce que nous pensons. L’homme était intelligent depuis belle lurette. Il va réfléchir désormais pour le plaisir de réfléchir. K’ong Fou-tseu (Confucius) en Chine, Gautama (Bouddha) en Inde, Zaroastre (Zarathoustra)  en Perse, Pythagore en Grèce. Quatre gigantesques. Mais quatre hommes modestes, dont on sait qu’ils furent aussi de mœurs frugales puisque la sagesse est l’ennemie de toute passion, de tout excès.

 

La nourriture, pour eux qui ne la méprisent point, est un double  don divin. Celui du savoir-faire concédé aux hommes et appliqué aux « fruits » offerts par la nature.

 

L’apparition des quatre sages à l’orée d’un nouveau cycle événementiel n’est pas un effet du hasard, mais elle est, par sa simultanéité, ou presque, la révélation exprimée, sous quatre horizons différents, de a meilleure pensée cachée au fond de l’homme. Et, voyez comme les choses sont bien faites, ces quatre sages furent à ce point universels que chacun peut trouver en leurs enseignements l’eau la plus vive et la plus pure à apporter à son propre moulin. Ici, nous en prendrons ce qui convient à nos préoccupations alimentaires, point si futiles que cela, puisque derrière l’aliment marche le monde.

 

Tout le long, pénible et patient travail assumé par les gens du Néolithique pour domestiquer plantes et bétail a permis de disposer de richesses que l’on va, à présent, savourer. Les Âges du bronze et du fer sont là. À la  satisfaction physique de la faim assouvie s’ajoutera le plaisir intellectuel de la gourmandise, point encore – et heureusement ! – dénoncée comme péché mortel. Plaisir qui, hélas !, deviendra vice lorsqu’on ne saura plus le contrôler, lui aussi.

 

Mais avant cette découverte de la cuisine si bien définie par Jean-François Revel, une nourriture sauvage, appréhendée au hasard des besoins, mais une alimentation pensée et organisée en fonction de ces besoins.

 

Comme l’art plastique est une des expressions de l’habileté et de la sensibilité des civilisations, l’art culinaire, cette gastronomie à la fois savoir-faire et savoir apprécier, « ce perfectionnement de la cuisine elle-même », commence à se faire jour en Grèce ; c’est, de génération en génération, l’élaboration de produits simples et savoureux, les premiers produits alimentaires manufacturés : le pain, l’huile et le vin.

 

Les seigneurs grecs de L’Iliade, héritiers des chefs de ces pasteurs aryens poussés jusqu’en Grèce par la famine, ne sont tout bonnement que des fermiers. Importants peut-être mais vivant sans folies des humbles ressources d’un terroir dont la principale bénédiction vient du soleil. Et les duels homériques, comme celui d’Eurymarque et d’Ulysse consiste souvent à tracer le sillon le plus droit.

 

Au pain et au vin, « ces deux colonnes de la consommation occidentale », comme le dit encore Jean-François Revel, s’ajoute l’huile qui en est la lumière. La révélation de cette trinité fondamentale pour la santé des gens et la prospérité des État, est attribuée à des divinités bienveillantes et pacifiques qui ne sont pas les plus redoutées mais restent en tout cas les plus chéries : Déméter, Dionysos et Athéna.

 

Naturellement, pain, vin et huile existaient avant les Grecs, mais nul avant eux n’a su aussi bien en parler. Pour pouvoir en parler davantage, s’attacher à les fabriquer du mieux possible, ils ont toujours eu de la discussion à revendre .Un autre de leurs dieux aimés n’est-il pas Hermès le Beau parleur mais aussi l’Habile ? Et lorsque l’on saura que Dionysos, dieu de la Vigne et du Vin, aura eu la vie sauve grâce à Hermès, on comprendra beaucoup de choses…

 

Et comment ne pas bien parler, lorsqu’on a commencé sa journée, à la façon des Grecs du Ve siècle av. J.C. : en trempant du pain dans du vin (acratodzomai, d’acratos : pur comme le vin), exceptionnellement pris ainsi pour les petits déjeuners tout comme il l’est pour les libations propitiatioires, la meilleure prière qui soit avant tout repas. Pourquoi le vin du petit déjeuner, dit pour cela acratos, doit-il être pur ? Parce qu’en lui consistent les prémices de la journée dont rien ne dit qu’elle  sera pas, à un titre ou à un autre, la plus importante de notre vie. En tout cas, elle devra êter profitable comme le pain, stimulante comme le vin, douce comme l’huile.

 

« Qu'est-ce que l’abondance ? Un mot et rien de plus, la nécessité suffit au sage », dit un Grec, Euripide.

 

Qui y-a-t-il de plus nécessaire que le pain, l’huile et le vin ?

 

Maguelonne Toussaint-Samat Histoire Naturelle&Morale de la Nourriture.

 

Chronique à suivre…

 

Le marché des céréales françaises - crédits Passion Céréales

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 06:00

Noël Mamère et celui qu'il souhaite voir prendre sa suite le conseiller municipal vert Clément Rossignol - Photo : Sebastien Ortola -Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Souvenir du temps où, certains matins à la fin des années 70, à bicyclette, me rendant de mon domicile à mon travail au 232 rue de Rivoli, à l’Office des vins de table, je croisais à l’angle du boulevard Raspail, aux feux tricolores face au Lutetia, Noël Mamère lui aussi juché sur un vélo.

 

Lui se rendait dans les studios de la 2 au 13-15 rue Cognacq Jay.

 

Je croisais aussi, souvent au même endroit, l’icône des années Giscard, Alain Duhamel, enveloppé dans son imper mastic genre Colombo, coiffé d’un casque brun de jockey, il chevauchait un antique solex qui peinait à le conduire lui aussi dans les studios de la télé.

 

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Mamère et moi sommes de la même classe, des baby-boomers de 48.

 

En juin 1988, il est élu comme suppléant du député socialiste de la 10e circonscription de Gironde, Libourne, Gilbert Mitterrand.

 

En 1989, il est élu maire de Bègles à la tête d'une liste « majorité présidentielle », contre le sortant communiste soutenu par les instances départementales du Parti socialiste et réélu jusque-là. Il échoue toutefois à se faire élire député lors d'une législative partielle (causée par la démission de Catherine Lalumière) le 25 juin 1989 dans la 3e circonscription de la Gironde. Il échouera dans la même circonscription en mars 1993 sous l'étiquette écologiste.

 

En 1990, il crée avec Brice Lalonde Génération écologie (GE). Deux ans plus tard, il devient vice-président et porte-parole national de Génération écologie. En 1994, il quitte Génération écologie, à la suite du virage centriste de ce parti entamé sous l'impulsion de Brice Lalonde, et fonde Convergences écologie solidarité dont il devient le président. Cette même année, il est élu député européen sur la liste de Bernard Tapie, tête de liste « Énergie radicale », jugeant qu'il faut développer un véritable courant écologiste de gauche.

 

En 1997, il est élu député de la 3e circonscription de la Gironde et siège dans le groupe radical, citoyen et vert (constitué par les députés du PRG, du MDC et des Verts). En 1998, il adhère, avec l'ensemble de son mouvement, au parti écologiste Les Verts. Il est réélu député en 2002, il siège alors parmi les non-inscrits, les Verts n'ayant pas assez d'élus (trois) pour pouvoir former un groupe.

 

Lors de la primaire présidentielle des Verts de mai et juin 2001, il arrive en tête du premier tour avec 42,8 % des voix, puis est battu de peu au second tour par Alain Lipietz, qui obtient 50,3 %. Cependant, le 13 octobre 2001, à la suite d'une prise de position controversée sur l'amnistie des nationalistes corses, Alain Lipietz est évincé du poste de candidat lors d'un référendum interne. Noël Mamère, pressenti pour reprendre le titre de candidat annonce alors son refus catégorique : « Ma décision de ne pas me présenter est irrévocable, et rien ne pourra me faire changer d'avis. ». Mais après le refus de Dominique Voynet d'être à nouveau candidate, Noël Mamère est désigné pour remplacer Alain Lipietz par le conseil national des Verts, le 14 octobre suivant, par 70 voix contre 29. Le 29 octobre 2001, un second référendum interne approuve sa nomination à plus de 80 % des voix.

 

Après avoir obtenu 5,25 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle de 2002, il appelle à voter pour Jacques Chirac, afin de barrer la route à Jean-Marie Le Pen au second tour. Il est le premier (et à ce jour le seul) candidat écologiste à avoir dépassé le score de 5 % lors d'un tel scrutin.

 

J’arrête là.

 

Un parcours certes un peu tortueux, son passage sur la liste Tapie montée à l’instigation de Tonton pour faire un croche-pied à Rocard m’est toujours resté au travers de la gorge, mais sans contestation arrimé à des convictions écologiques incontestables.

 

C’est dans le marigot vert un vrai politique à l’ancienne.

 

Je n’ai jamais eu beaucoup d’attirance pour ce mouvement politique hétéroclite, gauchiste, parfois sectaire, même si mes préoccupations environnementales auraient pu m’attirer vers eux.

 

Et puis, lorsque le PS à la sauce molle de Hollande pimentée par ses frondeurs, Hamon et Montebourg en tête, s’est dissous dans ses contradictions, Hamon soutenu par Jadot creusant le trou, et que Macron a ramassé la mise, le vieil électeur socialiste que je fus, à la fin sans enthousiasme, par fidélité, s’est retrouvé face au champ de ruines.

 

Surgissent les européennes où Wauquiez et Mélenchon furent aussi balayé via leurs pâles candidat(e)s et que surgit Jadot enfant de l’effet glyphosate. ICI

 

J’ai envoyé un SMS à Isabelle Saporta : « Dominer sa victoire ! »

 

Et puis patatras Jadot déclare : « Nous voulons conquérir et exercer le pouvoir » ICI 

 

Étonnant cette saillie, comme si auparavant les Verts n’étaient là que pour faire joli, grappiller quelques circonscriptions aux hiérarques du PS comme savait si bien le faire Duflot.

 

  • Comment va se faire le dépassement d’EELV dont David Cormand (secrétaire national) a parlé, cette nouvelle force politique que vous voulez construire ?

 

Il est absurde qu’il y ait différents partis écolos qui se fassent concurrence. Il faut créer la structure qui va rassembler la liste Urgence écologie, le Parti animaliste.

 

  • Avec Génération.s ou La France insoumise qui sont aussi écolos ?

 

Pour moi, ce ne sont pas des partis écologistes. Mais leurs militants, comme tous ceux qui se retrouvent dans les valeurs de l’écologie, sont les bienvenus s’ils souhaitent, avec nous, construire une société écologique et apaisée.

 

  • Avez-vous proposé à Nicolas Hulot de venir ?

 

On sort à peine de la campagne, mais il y aura sa place, bien sûr.

 

Là les bras m’en tombent, que Jadot prenne les insoumis avec des pincettes, je comprends, Mitterrand a bien fait alliance avec les cocos de Marchais, mais du côté du résidu du PS, le Hamon qu’il a soutenu à la présidentielle c’est vraiment étonnant.

 

Déjà aux européennes fallait avaler le boulet Rivasi alors avec les animalistes chers à l’ancienne patronne des patrons Laurence Parisot, ce brave Jadot tombe dans le grand n’importe quoi.

 

Et puis, Noël Mamère, maire de Bègles de 1989 à 2017 et député écologiste de 1997 à 2017 surgit de sa boîte :

 

TRIBUNE

 

« L’écologie “identitaire”, conçue comme seule réponse, est un rêve irresponsable »

 

Dans une tribune au « Monde », l’ex-candidat Vert à la présidentielle de 2002 presse les écologistes de ne pas cultiver une autonomie qui passerait par l’ignorance des autres forces de gauche.

 

Pour la génération d’écologistes à laquelle j’appartiens, longtemps considérée comme annonciatrice de l’apocalypse et accusée, entre autres, de refuser un « progrès » soi-disant bienfaiteur de l’humanité, ce qui s’est passé le 26 mai est à la fois un aboutissement et le début d’une histoire qui reste à écrire.

 

La surprise des observateurs politiques et des instituts de sondages devant ce bon résultat des écologistes est à la mesure de leur conformisme idéologique. Tout à leurs commentaires et débats d’experts sur le duel Macron-Le Pen et à leurs réflexes de classe embarrassés sur le mouvement des « gilets jaunes », ils n’ont pas vu entrer l’écologie dans la société. Alors qu’elle était en train de remporter une victoire culturelle, ils regardaient ailleurs.

 

Il aura fallu la démission fracassante de Nicolas Hulot, en forme de réquisitoire, pour que tout ce petit monde se réveille. Du jour au lendemain, les marches et les grèves des lycéens et lycéennes pour le climat, les actions en justice et autres initiatives de désobéissance civile non violente de la « génération climat » ont eu droit de cité dans les journaux télévisés et les magazines. Greta Thunberg est même devenue l’icône planétaire dont les médias se régalent… avant de s’en lasser !

 

L’écologie est devenue le paradigme politique du XXIe siècle

 

Quant aux rapports d’experts, aux alertes des scientifiques de plus en plus nombreuses et alarmistes sur les conséquences du désordre climatique pour nos propres générations, aux chiffres effrayants sur la chute de la biodiversité, ils sont enfin pris au sérieux.

 

Au point que la question taboue de « l’effondrement » – dont il ne fallait surtout pas parler en raison de son caractère « anxiogène » – est devenue « tendance ». Parce que la succession des canicules, des sécheresses, des tornades, des inondations et de tous ces épisodes climatiques d’une violence inédite sous nos latitudes entraîne des effets psychologiques déstabilisants sur les populations, qui renforcent leur vulnérabilité.

 

Ainsi, après des années d’ignorance et de mépris, l’écologie est-elle devenue le paradigme politique du XXIe siècle. Comme si la pyramide s’était inversée : l’écologie incarne désormais le réalisme face aux désordres du monde et le libéralisme sans frein, défenseur du statu quo, est relégué dans le camp des utopistes.

 

Il existe donc bel et bien, aujourd’hui, une conscience écologique planétaire, capable de faire vaciller les tenants du dogme de la croissance et du progrès à n’importe quel prix. La bataille sera difficile, brutale peut-être, mais le rapport de force est beaucoup plus équilibré qu’hier (cf : les victoires contre Bayer-Monsanto). C’est la bonne nouvelle de ce début de siècle. Parce que « nous n’avons qu’un seul monde », comme le dit l’un de nos slogans préférés, une majorité de ses habitants est aujourd’hui décidée à ne pas le laisser dépendre des appétits de multinationales à la voracité insatiable.

 

C’est sur ce « terreau-là » que la liste Europe Ecologie-Les Verts, conduite par Yannick Jadot sur une ligne d’autonomie, a réalisé le score que l’on sait et créé la surprise de cette élection européenne qui ne ressemble à aucune autre, en raison de son taux de participation et de « l’effondrement » de la droite et du Parti socialiste, qui structuraient le débat politique français depuis des décennies.

 

Dans ce contexte, les 13,5 % d’EELV ont une tout autre dimension politique que les 16,8 % de 2009. Troisième force du pays et premier parti de toutes les gauches, les écologistes sont devant une responsabilité historique, puisque aucun rassemblement alternatif aux politiques libérales ne peut se faire sans eux.

 

Relever le défi de l’alternative écologique et sociale

 

Soit ils décident de camper sur leur Aventin en cultivant une « autonomie » qui passe par l’ignorance des autres forces de gauche pourtant prêtes à se rassembler sur un projet à dominante écologique, soit ils ont la victoire généreuse, et ils prennent au plus vite les initiatives qui vont permettre de redonner du souffle et de l’espoir à toutes celles et ceux qui ne veulent pas se résigner à un face-à-face Macron-Le Pen.

 

Agir ainsi n’est pas sombrer dans la « tambouille politicienne », mais, au contraire, accepter de relever le défi de l’alternative écologique et sociale, ce qui est peut-être moins confortable politiquement, mais qui s’inscrit dans un projet historique dont les écologistes peuvent être le moteur. Car ils le savent bien, malgré leurs effets de manche, ils ne changeront pas le monde seuls sous leur panache vert.

 

L’écologie ne doit pas céder au « complexe Mélenchon », qui pensait incarner la gauche à lui tout seul

 

Voilà pourquoi je dis à Yannick Jadot, dont les récentes déclarations et interviews me glacent, que ce n’est pas le moment de se laisser griser par l’ivresse des cimes – à la hauteur toute relative au regard de l’urgence écologique, démocratique et sociale –, au risque de lourdes déconvenues, mais d’expliquer aux victimes des « fins de mois » difficiles aux allures de « fin du monde » que la lutte contre la malbouffe, pour l’agriculture bio et locale, pour l’isolation des logements, pour les mobilités, pour la mixité sociale, contre les perturbateurs endocriniens, etc. est le meilleur outil pour en finir avec ce cumul obscène des injustices sociales et environnementales qui affecte les plus vulnérables de nos sociétés.

 

C’est apporter la preuve par l’écologie populaire que notre projet est d’abord au service de ceux qui souffrent le plus des inégalités et qui ont perdu l’estime d’eux-mêmes, vite transformée en haine de l’autre.

 

Jamais dans notre pays et, aujourd’hui, quelques autres en Europe, l’écologie n’avait rencontré une telle occasion politique de démontrer sa capacité à conduire la transformation du modèle dominant en un projet à hauteur d’homme. Elle ne doit pas manquer ce rendez-vous en cédant au « complexe Mélenchon », qui pensait incarner la gauche à lui tout seul. L’écologie « identitaire », conçue comme la seule réponse aux maux de ce monde en péril, est un rêve irresponsable qui peut vite tourner au cauchemar politique.

 

Proposer une nouvelle alliance écologique et solidaire

 

L’urgence et la responsabilité exigent des écologistes qu’ils fassent le premier pas vers leurs alliés naturels pour leur proposer une nouvelle alliance écologique et solidaire capable de redonner espoir aux enfants de ce siècle, qui nous en veulent beaucoup d’avoir cédé à nos égoïsmes.

 

Ils devraient méditer cette phrase de Scott Fitzgerald dans Gatsby le Magnifique : « Apprenons à montrer notre amitié aux gens pendant qu’ils sont vivants et non quand ils sont morts ! » A bon entendeur…

 

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