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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:00

 

Au Bourg-Pailler pour Pâques c’était la gâche dénommée aussi la fouace

 

6 avril 2007

La gâche de Pâques ICI 

 

Au temps où, dans ma Vendée profonde, les pires mécréants acceptaient sous la pression de leurs pieuses femmes de faire leurs Pâques, chez nous on s'affairait pour préparer les douceurs d'après Carême : la gâche - en patois la fouace - et les fions. Dans cette entreprise tout le monde était sur le pont, y compris les hommes, plus particulièrement le pépé Louis, l'homme de la cuisson.  Le rituel était bien réglé et le processus de fabrication, comme la recette, étaient entourés de secret. Dans le pays, notre gâche était unanimement considérée comme la meilleure. Le clan des femmes en tirait une légitime fierté et moi, tel un jeune Proust - ne vous gondolez pas - savourant sa madeleine dans son thé j'en garde un souvenir extraordinaire que le temps passé n'a jamais effacé. Dans cette chronique je ne vais pas vous donner la recette des femmes, je l'ignore. Tout ce que je puis vous dire c'est que celles que vous trouverez sur l'internet ne vous permettront pas d'atteindre la perfection de notre gâche. Je magnifie. J'exagère. Je vous assure que non et je vais m'efforcer de vous faire partager mon point de vue.

 

 

Je signale que la tradition de la gâche du Bourg-Pailler est perpétuée par la famille Berthomeau

 

Pascale&Vincent tenanciers de l'Abélia ICI à Nantes.

 

Pour le fion c’est Agathe la sœur de  Vincent qui s’y colle…

 

26 mars 2016

 

Les autres dénominations avancées par Michel Gautier dans son Dictionnaire de la Vendée je n’en avais jamais entendu parler.

 

Dictionnaire de Vendée à coeurs ouverts - Parlanjhe - Geste Editions -  Editeur, diffuseur et distributeur de livres

 

« Certains prétendent que les trois gâteaux n’ont rien à voir. Moi, je pense qu’il s’agit du même, mais avec des recettes variables selon que vous mettez plus ou moins de beurre, de crème ou d’œufs. Mais c’est vrai qu’ « alise » dans la Marais de Challans (mais où donc passé l’exilé de Crémone ?) ne signifie pas du tout la brioche de Pâques : il s’agit d’un gâteau fait avec des restes de pâte à pain non levée, ou avec des feuilles de pâte entre lesquelles on mettait du beurre. C’était au temps où on « cuisait », comme dirait Charles Perrault dans son Petit Chaperon rouge. Le mot « alise » a maintenant disparu des boulangeries, s’il y a jamais existé. Vous y trouvez « fouace » ou « gâche ». Détournez-vous de la brioche vendéenne, produit industriel. À moins que ce ne soit pour le petit déj’ avec de la confiture. Demandez gâche ou fouace, plutôt aux environs de Pâques que pendant les vacances d’été : pour le même prix et pour les estivants, on a tendance à diminuer la quantité de beurre et d’œufs. Il faut la manger fraîche ; un passage au frigo peut-être utile. Je l’aime « patouse ». Avec une crème aux œufs, de la « craeme fouétáie », de la crème fouettée, autrement appelée de la crème anglaise, c’est une vraie gourmandise  de Pâques. Il faut savoir sortir du carême ! Autrefois, on chauffait le four dans les fermes pour la cuisine de cochon, pour cuire le pain et rituellement, les avant-veilles de Pâques, pour cuire la fouace ou la gâche. Il arrive encore qu’on chauffe les derniers fours à bois sauvegardés ou restaurés, précisément pour cette cuisson.

 

J’ai vu dernièrement un village se grouper autour de son four. Un moment fatidique : quand le four est-il assez chaud ? C’est le « moene » qui le dit : une pierre que la chaleur blanchit. Il est alors temps de « rabalàe » la cendre et la braise avec la « rabale » (rateau) et d’enfourner. Mais, oh là là ! le chauffeur, avant de lancer l’opération, s’enquiert auprès de l’assistance. Quelqu’un conseille de jeter une plume d’oie sur la sole : si la plume roussit, le four est trop chaud. Un autre conseille une feuille de papier : si le papier brûle, le four est trop chaud. Il faudra donc attendre, le four restant la gueule ouverte. Mais, attention ! pas trop tout quand même. La plume ne roussit plus. Enfournons ! Et c’est le défilé des fouaces bien modelées en formes ovales ou rondes, chacun apportant la sienne, les anciens comme les enfants. Aujourd’hui, on surveille la cuisson avec des lampes électriques. Autrefois, on captait la lumière venant de la cheminée avec un miroir. Heureux villageois qui se réunissent encore autour du four. »

 

Au Bourg-Pailler

 

Tout commençait le vendredi saint par l'acquisition d'un pâton de pâte à pain levé chez Louis Remaud notre boulanger puis, le soir venu, autour d'une immense bassine, tel un pétrin, nos femmes s'affairaient. La gâche est un pain de Pâques qui n'a ni goût de pain, ni goût de brioche. C'est là toute l'alchimie de ce pain qui n'en n'est pas un et de ce gâteau qui n'est pas une friandise. Outre la qualité des ingrédients, le temps de pétrissage était essentiel. La pâte était lourde et nos femmes lui transmettaient ce qui la rendrait ferme, onctueuse et légère. Lorsque le temps était venu, en des panières de joncs tressés, les gros pâtons recouverts d'un linge étaient mis au levage dans une pièce ni trop chaude, ni trop froide. Là encore, toute approximation était interdite. Nos femmes se chamaillaient parfois sur la température idéale. Tout ça se passait la nuit et au matin, le pépé Louis entrait en jeu.

 

 

 

Notre maison familiale, ancienne auberge, relais de poste,  était dotée d'un four à pain. Le porter à bonne température et surtout la maintenir constante pendant la cuisson était un art que notre orgueilleux Louis maitrisait assez bien. Comme dirait nos djeunes il se la jouait un peu, dans le genre soliste qu'il faut encenser. Y'avait de l'électricité dans l'air avec les jupons. Il chauffait son four avec des sarments de ses vignes.

 

Par la gueule du four le rougeoiement me fascinait. Lorsque les tisons viraient de l'incandescence au gris, avec une grande raclette en bois, le pépé Louis, façonnait deux tas qu'il plaçait de chaque côté de la bouche du four. Venait alors l'opération la plus redoutable : la détermination de la bonne température pour enfourner.

 

Trop chaud serait la cata : la gâche serait saisie et son coeur resterait mou car il faudrait éviter qu'elle crame ; trop froid ce serait l'affaissement lamentable. Tout se jouait autour de l'état d'un morceau de papier que le pépé plaçait sur la pelle au centre du four. Bref, là encore ça chicorait sec entre les protagonistes. La cérémonie d'enfournage me plaisait aussi beaucoup.

 

Les pâtons levés, badigeonnés au jaune d'oeuf - qui ferait la belle couleur brun doré - posés sur des feuilles de papier kraft, faisaient 50 à 60 cm de diamètre (une brassée). À l'aide d'une grande pelle en bois le pépé Louis alliait force et doigté. Jamais l'opération n'a tourné au désastre. Les 7 ou 8 pâtons, tels des grosses corolles de champignons, allaient se transmuer en gâche onctueuse derrière la porte de fer.

 

Le temps de cuisson était aussi une question de feeling. On discutait toujours beaucoup. Seule la tante Valentine en imposait au Louis. L'un des moments que je préférais c'était celui où les gâches cuites étaient posées à même le carrelage frais d'une pièce plongée dans la pénombre. Exhalaison extrême de sucs chauds, je m'y plongeais en salivant déjà du bonheur d'une belle tranche de gâche plongée dans mon cacao du matin.

 

À cet instant, une grave question, jamais tranchée, se posait : pouvait-on manger de la gâche chaude ?

 

Le clan des femmes y était hostile avançant des raisons médicales : possible indigestion. Mon père passait outre, et moi aussi.

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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 08:00

 

Qui se souvient d’Édith Cresson la météorique 1ère Ministre de Tonton 15 mai 1991 – 2 avril 1992 ?

 

 

Les rosbifs :

 

La majorité des hommes (dans les pays anglo-saxons) sont homosexuels - peut-être pas la majorité - mais aux USA il y en a déjà 25 %, et au Royaume-Uni et en Allemagne c'est bien pareil. Vous ne pouvez pas imaginer ça dans l'histoire de France... Je considère qu'il s'agit d'une sorte de faiblesse.

 

« Édith Cresson a déclaré qu'un anglais sur quatre est homosexuel. Alors, des Beatles, c'est lequel qui mordait l'oreiller ?... »

Les Nuls

 

« Quand je reçois des journalistes, je leur dis franchement ce que je pense », confiait, le 18 juin 1991, Mme Édith Cresson.

 

C'était au lendemain de ses propos rapportés par le journal britannique The Observer, qui venaient de mettre en émoi la presse d'outre-Manche. Le premier ministre y avait affirmé que 25 % des Américains, des Britanniques et des Allemands étaient homosexuels. L'Hôtel Matignon avait alors argué que ces déclarations avaient été extraites d'une conversation datée de...1987.

 

Le 14 juillet 1991, François Mitterrand feignait de se délecter de ce parler cru de son Premier ministre. Mais peut-être en viendra-­t­-il un jour à penser, comme le dit l'adage célèbre, que lorsque les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites.

 

 

 

Tel fut le cas, le 2 avril 1992, la pétulante Édith passait à la trappe ! Adieu fourmis japonaises, Abel Farnoux son gourou « son Raspoutine », disait Chirac en privé… La billettiste du Monde, Claude Sarraute, évoquait « les câlineries d'une femelle en chaleur ». « Le bébête show » représentait le premier ministre par une marionnette appelée Amabotte.

 

RARE PINS PIN'S - EDITH CRESSON - BEBETE SHOW STEPHANE COLLARO - Signé LY  PARIS - EUR 4,99 | PicClick FR

 

Comme elle aimait à le dire, de son éviction « j’en eus rien à cirer ! » en effet lorsque je sortais des réunions à Matignon j’étais en charpie tellement elle alignait des inepties… et qu’on ne vient pas me rétorquer que c’est du sexisme, les mecs Ministres aussi en alignaient mais, comme me l’avait dit lors de sa nomination à Matignon, son ancien directeur de cabinet au Ministère de l’Agriculture, « au bout de la première page d’une note, elle décroche… » Elle avait un côté gilets jaunes Édith, et sa méthode tenait du « on avance, on avance… »  

 

Fallait-il que Tonton détesta autant Rocard pour l’avoir vidé sans préavis au profit d’une Édith dotée d’autres qualités que celles permettant de survivre dans l’Enfer de Matignon.

 

Bref, j’en reviens au sujet du jour :

 

Pourquoi les Britanniques adorent détester les Français ICI  

 

Cet article est issu du Réveil Courrier. Chaque matin à 6h, notre sélection des meilleurs articles de la presse étrangère.

 

Si le Britannique, malgré des siècles d’histoire commune, éprouve de l’agacement voire de l’antipathie à l’encontre de son voisin français, c’est parce que ce dernier serait d’une nature incompréhensible et exaspérante. C’est ce qu’explique cet auteur londonien en s’appuyant sur des exemples, dont celui d’un poulet mal cuit au XVe siècle.

 

 

Après des années de gabegie politique sur notre île, ces dernières semaines nous ont permis de renouer avec un sentiment essentiel, le seul capable de ragaillardir tout Anglais digne de ce nom. Alors certes, il faut se féliciter que notre campagne de vaccination ait déjà sauvé des milliers de vies, mais c’est peu de chose comparé à ce constat rafraîchissant : pour la première fois depuis bien longtemps, nous sommes dans un bien meilleur état politique que la France. Enfin, l’ordre cosmique est rétabli.

 

Le président français a compromis sa réputation plus qu’aucune autre personnalité en ces temps de Covid – et pourtant, la concurrence est rude. Emmanuel Macron a commencé par jeter le doute sur le vaccin d’AstraZeneca, qu’il a qualifié de “quasi inefficace” pour les plus de 65 ans dans un accès d’irresponsabilité propre à faire rougir Trump lui-même. Puis, conséquence des mesures liberticides qu’il a imposées, le magazine The Economist [dans son indice de démocratie publié en février] a requalifié la France au rang de “démocratie imparfaite”, aux côtés des sales types du groupe de Visegrád et de l’Inde de Modi.

 

Et voilà que Paris suspend [pour quelques jours] l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca au prétexte d’un nombre ridicule de cas de thromboses, inférieur au risque que présente la pilule contraceptive. Mais au fond, cela n’a peut-être pas grande importance dans ce pays de toute façon champion du monde du mouvement antivax, et plus largement du complotisme. Un pays incompréhensible et exaspérant au possible, ce qui explique au moins en partie l’antipathie de l’Anglais à son égard, qui ne date pas d’hier.

 

Une relation compliquée

 

Quand l’année dernière le Royaume-Uni est sorti de l’UE, cela faisait des décennies que nos médias crachaient leur hostilité à l’Europe, et en particulier, plus encore que leur germanophobie, leur francophobie. L’exemple le plus célèbre reste sans doute ce gros titre du Sun en novembre 1990 : Up Yours, Delors [“Va te faire foutre, Delors”]. Celui qui était alors président de la Commission européenne était devenu une sorte d’épouvantail de la droite britannique. Il avait eu l’audace de critiquer l’isolement croissant de Londres en Europe, alors le Sun s’était empressé de répliquer : “Il a fallu que nous rabattions son caquet à Napoléon à Waterloo en 1815 pour que ces gens cessent de tenter d’envahir l’Europe” ; “Ils ont capitulé devant les nazis quand nous résistions jusqu’au bout.” Le Sun appelait ainsi tous les “bouffeurs de grenouilles” à scander “Up Yours, Delors”, et déplorait qu’on sente jusque sur la côte sud les effluves d’ail des voisins français.

 

À l’époque, Delors n’était pas le seul Français à prendre les Anglais à rebrousse-poil. L’année suivante, la Première ministre Édith Cresson se disait convaincue qu’un quart des “hommes dans les pays anglo-saxons” étaient homosexuels, ce à quoi le député conservateur Tony Marlow avait répondu : “Si Mme Cresson insulte la virilité de l’homme britannique, c’est que lors de son dernier passage à Londres elle n’a pas dû avoir son content de regards admiratifs.” Et puis en France, les hommes s’embrassent et font usage de sacs à main, firent remarquer nos tabloïds, prenant la balle au bond.

 

Certes, le Sun ne parlait pas pour l’Angleterre tout entière, mais une bonne proportion de ses lecteurs se retrouvaient probablement dans les propos du journal. Si l’Angleterre entretient avec la France une relation compliquée, c’est aussi une relation inextricablement liée à notre système de classes : les classes moyennes anglaises ont une obsession pour la France, tandis que les classes ouvrières anglaises, traditionnellement, détestent tout ce qui a à voir avec elle.

 

Une histoire de classes

 

Dès la Révolution française, les radicaux de bonne famille se sont enflammés pour les événements qui se déroulaient à Paris, à l’image de Charles James Fox, homme politique [du Parti] whig, qui, lors de la prise de la Bastille, s’enthousiasma : “C’est le plus grand événement qui se soit jamais produit dans le monde!”

 

Ce n’est pas seulement qu’ils adhéraient à l’idéologie révolutionnaire, c’est que cette idéologie était française. Quand la France sombra ensuite dans l’anarchie, puis la tyrannie, l’intelligentsia britannique continua de la soutenir. Lord Holland, neveu de Charles James Fox, soutint publiquement Napoléon, et son épouse, Lady Holland, alla jusqu’à envoyer des livres à l’empereur déchu exilé à Sainte-Hélène. “Quel chagrin que les plus grands espoirs de la Terre reposent sur toi!” déplorait de son côté le poète William Wordsworth, en parlant de son pays.

 

À l’inverse, au sein de la classe ouvrière anglaise, le soutien à la Révolution était presque inexistant, si bien que quand l’Angleterre lança une campagne de recrutement de volontaires pour combattre la France, elle parvint à enrôler 20 % de ses hommes adultes [ce chiffre comprend les volontaires, les forces régulières et la milice], signe de l’ampleur de l’opposition à Napoléon. Ce n’est pas juste qu’ils voulaient défendre la liberté de l’Angleterre contre un système révolutionnaire, c’est qu’ils voulaient combattre les Français.

 

Des milices locales furent alors formées. En 1804, lors d’un simulacre de bataille organisé à des fins d’entraînement à Wood Green, dans le Middlesex, les volontaires d’Islington furent désignés pour jouer les Britanniques, tandis que ceux de Hackney et de Stoke Newington devaient incarner les Français [Islington, Hackney et Stoke Newington sont des quartiers de Londres]. Mais les soldats de Hackney rechignaient tant ne serait-ce qu’à faire semblant d’être français qu’une rixe éclata, faisant plusieurs blessés, dont un poignardé à la jambe.

 

C’est que les gars de Hackney étaient des cockneys, des ouvriers. Des volontaires issus des classes moyennes auraient adoré jouer aux Français, jacasser sur les derniers snobinards en vogue rive gauche en insistant sur toutes les prononciations à la française comme des journalistes de la radio publique.

 

Un complexe d’infériorité

 

Notre relation à la France est évidemment façonnée par un complexe d’infériorité qui remonte à l’occupation normande, et par le soupçon, durablement enraciné dans le prolétariat, que les aristos au fond sont toujours des Français (et c’est un fait, 950 ans plus tard, les Anglais portant des patronymes normands restent plus riches que le reste de leurs concitoyens).

 

Ce complexe d’infériorité a encore été aggravé par la domination culturelle de la France du XVIIIe siècle, lorsque les élites anglophones s’évertuaient à imiter l’étiquette de Versailles et que les mœurs sexuelles des Français scandalisaient les sensibilités petites-bourgeoises de notre côté de la Manche. Louis XV a eu plus de cent maîtresses (cent! et parmi elles, cinq sœurs) – à côté, Charles II, le plus grand coureur de jupons de la cour d’Angleterre, à demi-français d’ailleurs, passerait presque pour un eunuque.

 

Il y a donc la question de la chair, et puis il y a celle de la bonne chère, une obsession française touchante, et un peu déroutante aussi. Au XVe siècle, les Anglais régnaient sur une grande partie de la France, et lors du couronnement à Paris d’un roi Henry encore bébé, un poulet trop cuit signa pour eux le début de la fin – même les miséreux qui faisaient la queue pour en grappiller les restes trouvèrent à redire de cette viande immangeable. Quelques années plus tard, les Français s’étaient révoltés et avaient bouté l’Anglais hors de chez eux.

 

La bonne chère

 

Il n’y a qu’en France que des supporteurs de foot s’enflamment contre la perte d’une étoile Michelin par un restaurant du coin, comme ce fut le cas à Lyon il y a deux ans. Il n’y a qu’en France qu’une expédition himalayenne, de la plus haute importance pour le pays, peut échouer accablée sous huit tonnes de provisions de bouche, dont 36 bouteilles de champagne et d’innombrables conserves de foie gras. Il n’y a que la France pour bercer en son sein d’authentiques terroristes œnologiques associés dans un Comité régional d’action viticole*, responsable d’attentats à la bombe contre des épiceries, des cavistes et autres échoppes coupables d’importation de produits étrangers. Voilà tout de même un pays qui ne s’est résigné qu’à contrecœur, dans les années 1950, à cesser de servir aux enfants une boisson parée de mille vertus qui était, non du lait (comme quiconque n’est pas français aurait pu le penser), mais du cidre [et du vin].

 

Dans ce pays, l’adultère est chose si banale qu’on peut léguer ses biens à ses amants et maîtresses, et qu’un meurtre, quand il est commis par amour, n’en est pas vraiment un. Voyez Henriette Caillaux, l’une des plus grandes femmes du monde de l’époque, qui, pour avoir tué par balle le directeur du Figaro, à la veille de la Première Guerre mondiale, fit seulement quatre mois de prison car il s’agissait d’un crime passionnel* – ah, d’accord, ça va, alors.

 

Le dernier duel de l’histoire de France, en revanche, eut lieu en 1967, après que le maire de Marseille Gaston Defferre eut traité le député René Ribière d’“abruti”. Ce dernier s’en trouva blessé, d’abord dans son orgueil, puis dans sa chair.

 

La fierté française

 

Tout cela relève d’un certain sens de l’honneur, qu’on retrouve aussi dans la fierté nationale à la française – cette dernière restant comme la première cause d’agacement des Britanniques dans l’UE, alors qu’avec les Allemands ou les Néerlandais, ça passait encore. L’animosité contre les Français motivait une partie de notre europhobie, c’est certain. Rappelez-vous l’année dernière, comme notre quotidien par ailleurs bien maussade s’est trouvé égayé par l’éventualité de quelques escarmouches entre la Royal Navy et des pêcheurs français.

 

Pourtant, la France, “Ce tendre ennemi” [That Sweet Enemy, titre d’un ouvrage paru en 2007, rédigé par un historien britannique et une historienne française], est en réalité, et de loin, notre plus proche alliée. Qui sur le terrain de bataille à Waterloo aurait pu imaginer que c’était là la dernière fois que les deux pays s’affronteraient, et que cette date marquerait le début d’une amitié qui dure aujourd’hui depuis plus de deux cents ans, d’une alliance militaire bien plus forte que la prétendue “relation particulière” avec les États-Unis? Quarante ans plus tard, Britanniques et Français combattraient dans les mêmes rangs en Crimée (bien que Lord Raglan continuât sur place à les appeler “l’ennemi”), et depuis nous avons toujours été dans le même camp, que les guerres fussent mondiales ou plus régionales, de Suez à la Libye.

 

Cette année, nous n’irons pas en France, et je dois reconnaître que j’en suis ravi. Je n’écris pas ça par dépit, non. Je suis ravi d’aller à Bognor, qui peut se targuer d’être la troisième ville la moins pluvieuse du Royaume-Uni. Mais qu’irais-je faire dans le Languedoc?

 

Mais nous y retournerons, si ce n’est cette année, alors la suivante, et nous reformerons cette longue caravane élancée sur l’A26 dans un interminable périple vers l’eldorado des classes moyennes anglaises, là-bas, au sud de la Loire.

 

* En français dans le texte.

Ed West

 

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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 06:00

Petit Bulletin LYON - Infos Lyon : Peinture - Le peintre Jacques Truphémus  est mort - article publié par Sébastien Broquet

Flyer : Exposition des oeuvres de l'atelier de Jacques Truphémus - Journées  du Patrimoine 2018 - Ivoire Lyon Lyon - Samedi 15 Septembre 2018 - Sortir à  Lyon - Le Parisien Etudiant

Jacques Truphémus

Sam Szafran

sans titre (escalier personnage), 2002
Pastel sur papier 66,5x79 cm
© Sam Szafran Courtesy galerie Claude Bernard

Jean Baptiste SECHERET

C’est un livre à lire, je n’en dirai pas plus.

 

L'autre art contemporain

 

Interlude en forme de confession pages 119-120

 

J’ai écrit ce livre le cœur plein de doutes.

 

Avec le sentiment que je n’étais pas la bonne personne pour l’écrire, que je n’avais aucun titre à le faire ; la crainte même, prête à surgir, que mon goût pour la peinture et les peintres ne soit pas un goût véritable, mais un goût imité, acquis, un goût de perroquet, qui voit ce qu’on lui dit de voir, qui aime ce qu’on lui dit d’aimer.

 

Avec la peur que la peinture n’intéresse plus personne, que l’époque de l’art soit terminée, que cette passion pour cette chose désuète soit un trait de privilégié, de bourgeois, de parasite.

 

Avec la claire conscience, enfin, que ce goût est chez moi un plaisir de voyeur. La peinture ne me demande pas d’agir, de parler avec quelqu’un, de mener quelque chose jusqu’à son terme : elle me permet au contraire de me retirer du monde, de m’absorber dans la contemplation de celui des autres. Ici le voyeurisme est frère de l’impuissance : on jouit des yeux pour ne pas agir. On passe de longues heures au musée pour oublier qu’on existe, mettre son corps mal aimé entre parenthèses, quitter le monde en ne vivant plus que par la vue et la pensée. Ce plaisir que je trouve à la peinture, je ne vois que trop ce qu’il veut dire chez moi du refus d’être et de faire.

 

Mais, on le sait, l’abattement n’est jamais loin de l’exaltation. Je n’étais sans doute pas la bonne personne pour écrire ce petit livre, mais il fallait que quelqu’un le fasse ; je n’intéresserai sans doute pas grand monde, mais j’aurai dit ce que je crois, défendu une cause que je crois juste ; enfin, j’aurai peut-être, l’espace de quelques pages, fait quelque chose de mes rêveries et de mon inaction, quelque chose de réel.

 

 

Je suis à cent coudées au-dessous de Benjamin Olivennes mais, au cours de ma période forestière, retiré dans l’ancien pavillon d’honneur du château de Georges Halphen, lui-même transformé en un hôtel de luxe, Hôtel du Mont Royal, un cheminement, solitaire et sans bagage, en terre inconnue : la peinture, la sculpture, la gravure… et je me retrouve dans ce qu’il écrit dans sa confession. Ce fut une immersion lente, profonde, déclenchée, comme souvent, par un attrait irrépressible, une soif inextinguible, une démarche à tâtons dans un univers où je ne maîtrisais aucun des fondamentaux. Ce fut donc un temps de bric et de broc, où, avec ma compagne de l’époque, nous hantions, les galeries, les expositions, les musées, je chinais aux Puces de Saint-Ouen à la hauteur de mes faibles moyens financiers, je discutais avec Georges Halphen, grand collectionneur, je lisais, je cultivais, par petites touches, loin des experts, des sachants, des modes, mon goût pour les arts non-graphiques…

Visiteuse face à l'oeuvre "Tiger" par David Mach, 29e édition de la FIAC à Paris. Visiteuse face à l'oeuvre "Tiger" par David Mach, 29e édition de la FIAC à Paris.  Crédits : François Guillot - AFP

Celles et ceux qui osent émettre le moindre doute sur la qualité des installations, des performances ou des œuvres de Damien Hirst, Tracey Émin, Piero Manzoni, Daniel Buren, Jeff Koons ou de Joseph Beuys sont les successeurs des bourgeois bornés qui poussaient des cris d'horreur devant Olympia de Manet, qui vomissaient Les demoiselles d'Avignon de Picasso et qui ont laissé mourir Van Gogh dans la solitude, la folie et la misère.

 

C'est par cette analogie, écrit Benjamin Olivennes, que l'art contemporain officiel intimide la critique et occupe tout l'espace au détriment de peintres non moins contemporains qui perpétuent leur art, mais ne prennent plus la lumière. Jean-Baptiste Sécheret est l'un d'entre eux.

 

Je lui demanderai où il trouve la force et le courage de poursuivre ce qu'Aragon appelait la même longue étude. Mais je voudrai poser à Benjamin Olivennes et à Jean-Baptiste Sécheret cette question préjudicielle : et si les amoureux de l'art contemporain avaient raison ?

 

Si les inconditionnels des FIAC et des Biennales voyaient juste ?

 

Dans la nuit du 17 octobre 2014, un petit commando a débranché la gigantesque sculpture gonflable de l'artiste américain Paul McCarthy, installée place Vendôme à Paris, ce monument éphémère intitulé Tree jouait sur la ressemblance entre un sapin de Noël et un plug anal.

 

Qu'est-ce qui vous permet de dire que le petit commando et toutes les personnes qui sont passées à l'acte ont été consternées de voir l'œuvre en question trôner en plein cœur de Paris, ne défendent pas contre l'audace et l'humour de la création, la culture policée et la bienséance bourgeoise, comme l'a écrit à l'époque l'éditorialiste en colère du journal Le Monde.         

 

Sam Szafran, poète du pastel - Le Quotidien de l'ArtSam Szafran, "Sans titre", aquarelle et pastel sur carton, 995 x 1395 cm. Galerie Claude Bernard.
Courtesy Galerie Claude Bernard/ADAGPParis2019.

Gilles Hertzog

« L’autre Art contemporain » : qu’est-ce que le véritable art contemporain ? ICI 

14 février 2021

À l’encontre de l’Art post-moderne dominant, Benjamin Olivennes réhabilite la peinture du monde réel et le portrait des êtres humains dans son polémique et brillant livre : L’autre art contemporain: Vrais artistes et fausses valeurs (Grasset).

Portrait de Benjamin Olivennes. Benjamin Olivennes. Photo : Figaro Magazine

 

Voici un petit livre hyper-intelligent, paradoxal, iconoclaste et salvateur, portant sur l’Art au vingtième siècle et jusqu’à aujourd’hui, qui renverse comme au jeu de quille, dans un joyeux déboulonnement d’icônes, les notions de modernité, d’avant-garde, de post-modernisme et va, l’insolent réactionnaire, jusqu’à se moquer sans pitié de l’art abstrait, excepté Kandinsky, Pollock et Rothko, des soixante-dix dernières années. Sans parler, cela va sans dire, du PopArt et tutti quanti. Au profit de qui, demanderez-vous ? Réponse : du véritable Art contemporain, bâillonné, véritable Underground de l’Art, réduit au silence sous les impostures wharoliennes, Jeff Kooniennes et son Balloon Dog, Damienhirstiennes, d’un Anish Kapoor, d’un Maurice Cattelan, d’un Claude Lévèque (dont une œuvre, si l’on peut dire ainsi, s’intitule : « mon cul/ ma vie/ mes couilles ») ou encore d’un certain Manzoni empaquetant ses propres déjections. Le tout sous les diktats du marché, les spéculations des grands collectionneurs et marchands faiseurs de modes et de côtes, relayés par les expositions moutonnières des musées d’art contemporains comptant pour rien, et des grandes institutions culturelles qui, tous et toutes comme un seul homme, emboitent le pas pour ne pas louper le train du Post-Moderne, des arts de masse, du Trash, du fun et du degré zéro du Beau. A commencer par les nôtres, beaubouriennes, languiennes, FRACquiennes et autres.

 

Le véritable art contemporain, qu’est-ce donc à dire ? C’est, pour notre auteur et quelques autres dont ici votre serviteur, cette discipline savante et de haute technique où les peintres savent encore, ou de nouveau, dessiner et peindre, et les sculpteurs sculpter, bref ont ce qui s’appelait jadis du métier. Outre, comble de l’audace, qu’ils peignent le monde réel, les êtres humains, comme jadis encore Degas, Cézanne, Monet et non moins Picasso ou Hopper et Balthus, ou, plus près de nous, Lucian Freud, Francis Bacon, David Hockney, Kiefer ou Baselitz. Ils peignent, ces solitaires, ces incompris, ces Anciens, ces archaïques, quasiment ces artistes maudits, un compotier, un paysage, un visage de femme ou de torturé, et même, rendez-vous compte !, un escalier. Pas forcément du tout par pur réalisme, sous l’emprise d’un mimétisme plat et mécanique, mais par réalisme poétique, magique, métaphysique et autre encore, voire par amour du Beau : les sculptures de Giacometti en disent plus sur le tragique de la condition humaine que les ineptes bandes à l’infini d’un Daniel Buren ou l’énorme phallus gonflable de Paul McCarthy place Vendôme à la Noël 2014.

 

Alors qui sont ces artistes sous le boisseau, cette arrière-garde qui maintient vivante la demeure de l’Art, le foyer du Beau ? Ils se nomment, en France, Truphémus, Sam Szafran, Avidor Arikha, feu le délicieux Raymond Mason, Zoran Music, Henri Cartier-Bresson. S’y ajoutent Cremonini, et même jadis le doux Henri Rivière. Et que grâces leur soient rendues !

 

Bref, lisez le jeune Benjamin Olivennes, son Autre Art contemporain (un titre, il est vrai, pas trop terrible).

Jean-Baptiste Sécheret, "New York", 2011-2012, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile ©Henri Delage

 Jean-Baptiste Sécheret, « New York », 2011-2012, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile ©Henri Delage

 

La peinture est toujours vivante en France malgré l’État

Par Aude de Kerros. ICI

 

Benjamin Olivennes a pris la plume pour exprimer sa passion pour la peinture, sa révolte contre la bêtise du dogme qui la condamne, hélas défendu par l’État en France.

Quelles oeuvres d'art pour renouveler notre vision du monde ?

L'art contemporain est d'emblée accepté immédiatement par tous les pouvoirs en place : le pouvoir de l'argent, du marché, des grandes fortunes et le pouvoir des institutions publiques -de l'État, de la bureaucratie-. [...] Ce que j'appellerai les "artistes véritables" éclairent toujours le réel d'une manière nouvelle ; ils renouvellent notre vision du monde et ce faisant ils perturbent notre vision et demandent à notre œil de s'accommoder. [...] A contrario, les artistes dit contemporains ne renouvellent en rien notre vision du monde. Ils ne font que singer ce que sont les oeuvres d'art depuis une centaine d'années et de reproduire dans leurs œuvres les signes et les objets de la société de consommation. Benjamin Olivennes 

Vous avez une nostalgie parce qu'il y a une vraie histoire de l'art qui était écrite. [...] Lorsque j'étais professeur, je m'amusais à réécrire la vraie histoire de l'art, et jamais personne ne pouvait m'apporter une contradiction ! La confusion date de 1830. [...] Qu'est ce qui manque dans l'histoire de l'art ? c'est l'histoire des incohérents, c'est la révolte populaire en même temps que Gustave Courbet. On appelle cela le réalisme. Jean-Baptiste Sécheret

C'est un discours idéologique qui est le mythe de l'histoire de l'art [...] On raconte qu'il y a un enchaînement inéluctable qui va de Cézanne au plug anal ! Benjamin Olivennes 

Une autre histoire de l'art

J'accorde une très grande valeur à la peinture de paysage, qui était un genre majeur au XIXe siècle, et qui a connu une forme d'éclipse au XXe siècle, malgré tout, dans les avant-gardes officielles. [...] La peinture de paysage, c'est l'art qui nous amène, non pas à aimer l'art, mais à aimer la terre sur laquelle nous vivons. Benjamin Olivennes

 

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 08:00

Les Achards. L'histoire tourmentée du Vieux-Château - Les Sables  d'Olonne.maville.com

Sur ma lancée de ce matin je déroule un petit pan de mes souvenirs d’enfance en vous proposant de lire ce qu’écrivent Michel Lucas et Jean-Claude Chauvet, les anciens guides touristiques de La Mothe-Achard. ICI 

 

Michel Lucas et Jean-Claude Chauvet, anciens guides de La Mothe-Achard. À droite : une carte postale du Vieux-Château avant 1912, avec son étage.

 

Pourquoi :

 

  • C’est sur la place du Vieux Château que sur la bécane de la tante Valentine, en un dérapage incontrôlé sur les gravillons, je me suis brisé le bras gauche.

 

  • C’est sur la place du Vieux Château que j’accompagnais mémé Marie les vendredis de foire où elles vendaient poulets, canards, lapins aux brigands de volaillers.

 

 

  • C’est dans la salle paroissiale du Vieux Château que j’ai connu mes premières amours. (voir 28 octobre 2006 Chantal ICI  déconseillé aux âmes prudes)

 

  • Le Vieux Château appartint au Brandois qui construisirent celui de la Forêt, ruinés ils vendirent leurs biens à un marchand de biens d’Aizenay  Érieau, dont la veuve fit don pour construire l’école d’agriculture où j’ai usé mes fonds de culotte.

 

 

Ce « vieux château », nommé ainsi à la fin du XIXe siècle, était surtout ce que l'on appellerait maintenant un grand logis nobiliaire, un centre d'activités agricoles, planté au milieu d'un domaine foncier de plusieurs métairies. Il connut néanmoins, sur le même emplacement, des configurations architecturales plus démonstratives.

 

« Un château fort indéfendable »

 

On date à 813, le premier donjon carré créé par le seigneur Mathieu Achard.

 

Puis, au XIe siècle, le châtelain, se devant d'assurer une meilleure protection des villageois, rassemblés en contrebas, dans le Bourg-Paillé, on va élever plusieurs tours défensives, fermant une cour carrée, entourée d'enceintes et de douves, alimentées par le ruisseau de l'Auzaire. « Cela n'a pourtant pas suffi, par ces temps très incertains. En 1420, pendant la guerre de Cent Ans, on dut se résoudre à le détruire, afin d'éviter qu'il tombe entre les mains des Anglais. Il était considéré comme indéfendable », explique Michel Lucas.

 

Le château du Brandois détrône le Vieux-Château

 

Trois siècles plus tard, les barons du Brandois reprirent l'initiative. En 1773, ils construisirent le château sur le plan que l'on connaît aujourd'hui, mais avec un étage supplémentaire. Le rez-de-chaussée était occupé par le régisseur du domaine de la Forêt.

 

En 1793, ce fut le QG alternativement des armées des Bleus républicains et des Blancs vendéens.

 

En 1794, il échappa de peu à l'incendie, qui dévasta le bourg mothais.

 

Quand, en 1868, les Brandois décidèrent d'ériger une autre demeure, de style Renaissance, à la Forêt (actuellement le domaine du Brandois), on le nomma le Vieux-Château. Trente ans plus tard, tout près, l'église de style néo-gothique remplaça la chapelle du Vieux-Château, trop petite et trop fragile.

 

Très endetté, le baron dut vendre le Vieux-Château en 1908 à un marchand de biens d'Aizenay. Il disparut des grandes familles et son nouveau titulaire fit enlever son premier étage, inhabitable en 1912.

 

Aujourd'hui, il est devenu la propriété de trois privés. Les écuries ont été occupées par la salle paroissiale et la cantine scolaire, puis par l'Imprimerie mothaise. Sa place est restée très animée jusque dans les années 60. « Les jours de foires, il y avait là la volaille, les canards, les lapins », se souvient Jean-Claude Chauvet.

 

Portrait présumé de Calixte Foucher de Brandois

Claude Marie  (1790 - 1864)

 Portrait présumé de Calixte Foucher de Brandois par Claude Marie Dubufe sur  artnet

La famille Achard de la Mothe qui avait édifié la motte puis un château fortifié avec mur d’enceinte et douves s’éteignit au XIVe siècle. L’héritage revint en 1401 à Guy de Laval qui épousa Marie de Craon, puis à leur fils, le célèbre Gilles de Rays, maréchal de France et compagnon de Jeanne d’Arc, pendu et brûlé à Nantes en 1440.

 

En 1420, le château avait été démoli par les troupes royales de Charles VI. En 1552, Anne de Laval apporta en dot la châtellenie à François de la Trémoille, prince de Talmont. En 1664, La Châtellenie était devenue baronnie. Se succédèrent Madeleine Poictevin du Plessis-Landry qui acheta la baronnie, son fils Pierre Robert de Lézardière mort en 1746, Calixte-Julien Foucher de Brandeau, et en 1768, Calixte Charles Foucher de Brandois (1738-1796). Pour son mariage avec Reine-Emilie de Pont l’Abbé, ce dernier fit construire en 1773 l’actuel Vieux Château sur l’emplacement du château-fort démantelé en 1420. Il fut élu de l’Assemblée Constituante. Mais retiré à Paris, il fut emprisonné aux Cordeliers et n’échappa à la guillotine que par la chute de Robespierre le 9 Thermidor.

 

Pendant la Révolution, La Mothe-Achard vécut des heures tragiques. Le curé Claude Lansier qui avait refusé la Constitution Civile du Clergé fut arrêté en 1791, déporté en Espagne en 1792 et remplacé par le curé constitutionnel Charles Michel. C’est à La Mothe-Achard que Joly rassembla ses troupes pour l’attaque infructueuse des Sables d’Olonne les 24 et 29 mars 1793. Malgré le loyalisme du maire Lansier, le 24 mars 1794, le bourg fut incendié par les Colonnes Incendiaires de Turreau. Seuls l’église et le château qui servaient de garnison furent épargnés. Des 468 habitants de 1791, il n’en restait que 173 en 1801.

 

Après la Révolution, le château qui avait été confisqué et vendu comme bien national revient à la famille Foucher de Brandois. En 1868, Paul Foucher, baron de Brandois (1832-1887), petit-fils de Calixte Charles, fit construire un autre château à La Forêt. En 1908, Olivier de Brandois, maire de La Mothe-Achard, dut vendre le château du bourg devenu « Vieux Château ». M. Erieau d’Aizenay, le nouveau propriétaire, en supprima le 2ème étage en 1912.

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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 06:00

 

Père Lachaise et Paris révolutionnaire | Interkultur Paris

Je le connais mon Jean-François, confiné ou pas, hôte de la rue Cambon*, dans le temple des Comptes, il reste fidèle à ses convictions de jeunesse en venant nous faire une piqure de rappel à propos de la Commune de Paris, une page de notre Histoire méconnue tout à la fois des Parisiens que des Français.

 

 La Commune de Paris, période insurrectionnelle durant laquelle les Parisiens furent maîtres de la capitale, a duré 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871, avant d’être violemment combattue par le gouvernement républicain lors de la Semaine sanglante. Elle est aujourd’hui un mythe fondateur pour les mouvements de gauche.

 

Les Parisiens doublement humiliés

 

En juillet 1870 éclate la guerre franco-prussienne. La France enchaîne les désastres militaires avant d’échouer lamentablement à la bataille de Sedan le 1er septembre. L’humiliation atteint son paroxysme lorsque Napoléon III est fait prisonnier par l’ennemi. Sous la poussée populaire, la IIIème République est proclamée le 4 septembre.

 

Deux semaines plus tard, la capitale est assiégée par les armées prussiennes. Les Parisiens accusent la république bourgeoise et ceux qui l’incarnent, comme le Ministre des Affaires étrangères, Jules Favre, d’être trop conciliants envers la Prusse. Alors que la colère monte chez les ouvriers, le gouvernement en place, à majorité royaliste, choisit de signer un armistice avec le nouvel Empire allemand le 28 janvier 1871. L’Assemblée nationale élue, installée à Bordeaux, se dit prête à accepter le traité de paix imposé par le chancelier Bismarck. Les socialistes parisiens en déplorent les conditions humiliantes : l’Alsace et la Lorraine sont perdues et Paris est déclarée « ville ouverte ».

 

Un mois plus tard, les vainqueurs défilent sur les Champs-Élysées. Les Parisiens se sentent trahis et humiliés. La situation est explosive. Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, veut désarmer les Parisiens. Il charge les soldats de l’armée régulière commandée par le général Vinoy de récupérer les canons stockés dans plusieurs quartiers de Paris à Belleville, Ménilmontant et Montmartre. « Thiers, en voulant reprendre les canons de Belleville, a été fin là où il fallait être profond. Il a jeté l’étincelle sur la poudrière. Thiers, c’est l’étourderie préméditée », écrit Victor Hugo dans son journal.

 

L’insurrection débute à Montmartre

 

Le 18 mars 1871, sur la butte Montmartre, les habitants de la capitale – hommes, femmes, enfants, vieillards – affluent pour faire barrage. Les officiers ordonnent de faire feu mais les soldats refusent et se rangent du côté des Parisiens. Des barricades sont montées, les généraux Lecomte et Clément-Thomas sont massacrés.

 

Thiers et l’ensemble des corps constitués fuient alors Paris pour Versailles tandis que le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de ville. Sans l’avoir voulu, les révolutionnaires se retrouvent maîtres de la capitale et de ses deux millions d’habitants. Ils organisent des élections le 26 mars. L’extrême gauche obtient la majorité et les élus ouvriers, artisans, journalistes, avocats, médecins ou encore artistes constituent un conseil de 79 membres. Il est appelé « Commune », en souvenir de la Commune qui a renversé le roi Louis XVI en 1792. Symbole de l’insurrection, le drapeau rouge flotte partout dans la ville. Face à la prise de pouvoir de l’extrême-gauche révolutionnaire, patrons et bourgeois quittent la capitale.

 

La Commune de Paris : une utopie sociale

 

Les partisans de la Commune de Paris, « communards » ou « fédérés », réquisitionnent les ateliers de production afin que les ouvriers les gèrent eux-mêmes. Les églises deviennent le lieu de clubs de discussion où hommes et femmes peuvent prendre la parole.

 

L’œuvre sociale de la Commune est audacieuse : elle proclame la séparation de l'Église et de l'État ; l'instruction gratuite, laïque et obligatoire pour les garçons et les filles ; la gratuité de la justice ; l'élection des juges et des hauts fonctionnaires et la suppression de toute distinction entre enfants légitimes et naturels.

 

La Semaine sanglante achève la Commune

 

Mais voilà qu’à peine remis de leurs épreuves, les Parisiens subissent un deuxième siège, celui de l'armée gouvernementale cette fois. Sous le commandement du maréchal Mac-Mahon, 130.000 militaires sont aux portes de Paris au mois d’avril. Les Communards essuient défaite sur défaite.

 

Le 21 mai 1871, les Versaillais entrent dans la capitale. Ils sont en supériorité numérique et font face à quelques dizaines de milliers de fédérés seulement. C'est le début de la « Semaine Sanglante ». En trois jours, la moitié ouest de la capitale est aux mains de l’armée gouvernementale. L’Est résiste plus longtemps mais la défaite semble toutefois inévitable. Paris est à feu et à sang : plusieurs monuments sont en proie à d’importants incendies comme le Palais des Tuileries (qui ne sera jamais reconstruit), le Palais de justice et l’Hôtel de Ville.

 

Après une ultime bataille le 27 mai 1871 au Père-Lachaise, 147 fédérés sont fusillés sur le mur d’enceinte du cimetière. La dernière barricade tombe le lendemain. Ainsi s’achève la Commune de Paris, insurrection qui aura duré 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871. Fier de sa victoire, Mac-Mahon proclame : « Paris est délivré. L'ordre, le travail et la sécurité vont renaître ».

 

En août 1871, Adolphe Thiers est élu président de la IIIème République.

 

Commune de Paris 1871 : le bilan de la tragédie

 

Le mur des Fédérés | Histoire et analyse d'images et oeuvres

 

Le bilan de la Commune de Paris est terrible : 20.000 victimes, 38 000 arrestations et quelques milliers de proscrits et de déportés vers les bagnes de la colonie la plus éloignée de la métropole, la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1880, que viennent les lois d'amnistie et le retour des exilés et des déportés.

 

 

La Commune de Paris hante pour toujours les esprits. Pour la gauche, elle est un mythe fondateur, les socialistes la considérant comme la première manifestation révolutionnaire de la classe ouvrière. Elle survit dans les mémoires en chanson : avec l’Internationale, le plus célèbre des chants révolutionnaires dont les paroles ont été écrites par le poète communard Eugène Pottier, ou Le temps des cerises, dont l’auteur, Jean-Baptiste Clément, a combattu lors de la Semaine sanglante.

 

 

 

*Cambon, d’origine protestante, ce négociant en toiles de Montpellier est élu député de l’Hérault à l’Assemblée législative en 1791. Sa connaissance des problèmes financiers et sa fougue républicaine y retiennent l’attention. Il vote la mort de Louis XVI, et fait partie dès avril 1793 du Comité de salut public. Il préside plusieurs fois la Convention

 

Précédé par sa réputation de financier, il devient en 1793 président du comité des finances. On lui doit la loi sur la confiscation des biens du clergé ; il rédige sur l'administration des finances un rapport remarquable qui contribue puissamment à rétablir l'ordre. Surtout, il s’illustre par la création du Grand livre de la Dette publique (24 août 1793) : la Convention y reconnaît les dettes de l’Ancien Régime – mesure habile, qui veut rallier les rentiers à la Révolution. Après avoir déjà essayé de l'obtenir en 1792, mais arrêté par l'opposition de Robespierre, il obtient par le décret du 2e jour complémentaire an II la suppression du budget des cultes, qui met fin à la Constitution civile du clergé et acte la première séparation de l'Église et de l'État.

 

Il dénonce en particulier le coût de la dette publique française induit par l'engouement pour les rentes viagères, jugées « ruineuses, impolitiques, immorales »

 

Ses adversaires créèrent le terme « camboniser » voulant dire « désorganiser les finances » ou « voler »

L'affrontement Cambon-Robespierre le huit thermidor ICI 

François Hincker

 

« Il y a 100 ans, commun Commune/Comme un espoir mis en chantier/Ils se levèrent pour la Commune/En écoutant chanter Potier »

 

 

Cet espoir-là a été sauvagement assassiné du 21 au 28 mai, par M. Thiers et ses sbires sous le regard bienveillant des Prussiens, après avoir palpité pendant 72 jours et inventé un autre monde. 

 

Ce souvenir a longtemps été entretenu comme un trésor précieux et vivant par ceux qui espéraient voir l’espoir se lever à nouveau. Et puis il a disparu sous l’amoncellement des échecs et des trahisons. 

 

La Commune revit, 150 ans après sous la plume des historiens, comme un événement historique, un moment unique de l’histoire, mais on est loin de la ferveur de ceux qui voulaient avant tout maintenir cet héritage vivant pour transformer le monde dans lequel ils vivaient.

 

Les « Communards » ont montré qu’un peuple rassemblé qui se soulève peut prendre le pouvoir, chasser un gouvernement, même dans les pires conditions, car elles étaient terribles. 

 

Ce n’était pas la première fois que cela arrivait, 1848 n’était pas si loin, mais cette fois le peuple a conservé, trop brièvement, le pouvoir entre ses mains. Il ne s’en est pas fait déposséder immédiatement par la classe dominante, par ceux qui pensent, toujours et naturellement, être les mieux placés pour diriger parce qu’ils sont sur terre pour cela.

 

Les élus du Conseil de la Commune de Paris et les dirigeants du mouvement étaient pour beaucoup d’entre eux des artisans, des ouvriers, des petits commerçants. Ils étaient souvent des militants, socialistes, anarchistes, associationnistes. Ils n’étaient pas forcément français ; Léo Frankel, était hongrois. Les Communards étaient souvent des Communardes, comme Louise Michel.

 

Louise Michel : souvenirs enragés de la Commune - Le Point

 

Ils étaient éduqués, pas par l’école mais par leur formation professionnelle et par leur fréquentation des organisations du mouvement ouvrier.

 

Ils paieront cher le prix de leur audace, celle d’avoir pensé qu’ils pouvaient se gouverner eux-mêmes, sans un chef unique, un empereur, un roi ou un président, mais par des Commissions exerçant le pouvoir par la délibération. Pourtant en quelques semaines ils posèrent des principes d’organisation du travail, de l’éducation, de la société et les traduiront dans des textes plus nombreux et plus importants que les interminables pensums produits par nos Parlements d’aujourd’hui, que plus aucun citoyens ne peut lire ; ils sont d’ailleurs fait pour cela. 

 

Les classes dominantes veilleront scrupuleusement à ce qu’une pareille usurpation ne se reproduise pas de sitôt. 

 

La Commune c’est la tentative d’un peuple de donner corps à une idée, le socialisme. Elle y est brièvement parvenue.

 

Elle a aussi montré que face à l’armée d’une classe dominante soudée par la défense de ses  intérêts, le peuple ne pouvait pas résister bien longtemps.

 

Pour assurer la sa survie il aurait fallu une organisation bien supérieure des classes populaires, en France et dans le monde, car la commune ne fut pas qu’un mouvement parisien. Il aurait fallu non seulement une idée du monde souhaité, celui de l’égalité réelle, de la démocratie permettant aux citoyens d’exercer réellement « le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple » pour reprendre la définition de la démocratie donnée par A Lincoln, mais une idée de l’organisation d’un Etat capable de faire vivre et de protéger la société transformée, sans l’étouffer ni la laisser s’étioler.

 

Cette conception n’existe toujours pas.

 

Le socialisme ne peut advenir que s’il complète l’analyse du capitalisme faite, brillamment et de façon convaincante, par ses nombreux penseurs, par une analyse de l’Etat, de sa structure, de ce qui fait sa force et sa faiblesse, et de ce que devrait être un Etat socialiste. Les Etats du « socialisme réellement existant » d’Europe et d’ailleurs, aujourd’hui disparus pour beaucoup, n’en furent que les grimaçantes caricatures. Ces bureaucraties tyranniques ne furent pas le produit mécanique de la pensée socialiste ; elles naquirent de la prise du pouvoir par des partis minoritaires dans des pays arriérés, dépourvus de toute conception de ce que pourrait être un Etat socialiste, de sorte qu’ils n’ont pas su faire autre chose que reproduire l’Etat antérieur, en pire.

 

Il y a donc un vaste travail pour ceux qui pensent que le capitalisme n’est pas éternel, que nous ne sommes pas simplement voués à en déplorer les horreurs, mais que le monde peut changer, que le peuple n’est pas seulement un troupeau de moutons menacé par une catastrophe écologique et réduit à mettre un bulletin de vote dans une urne de temps en temps pour choisir entre des candidats dont aucun n’exprime ni ne représente ce que nous voulons. 

 

Il y a du travail pour ceux qui ne pensent pas qu’une société meilleure sortira de la lutte des femmes contre les hommes, des homosexuels contre les hétérosexuels, des races réinventées pour faire revivre les conflits coloniaux disparus, mais de la lutte des tous les opprimés et tous les exploités contre ceux qui profitent de leur domination.

 

La Commune de Paris n’est pas une image pieuse devant laquelle nous devons nous agenouiller, elle fut l’expression du mouvement vivant du socialisme qui demande à être prolongé par et pour tous ceux qui souffrent aujourd’hui.

 

Fichier:Zola 1870.jpg — Wikipédia

Quand Zola, pendant la Commune, tressait des lauriers à Adolphe Thiers ICI

Comme bien d’autres écrivains français, Zola détestait la Commune, ce « rêve malsain ». Dans une chronique du 27 mars 1871, il dresse un portrait impertinent mais laudateur de Thiers, présenté comme un homme de « bon sens » : « La France, à cette heure, peut avoir confiance en lui.  »

Par Pascal Riché

Publié le 26 mars 2021

 

Il y a 150 ans jour, pour jour, Emile Zola est à Versailles, dans la salle de l’Opéra Royal où s’est installée l’Assemblée nationale élue en février. Il a 30 ans, c’est un jeune journaliste prometteur, correspondant parlementaire du journal « La Cloche ». Il écoute le chef du pouvoir exécutif Adolphe Thiers discourir à la tribune. Nous sommes au lendemain des élections à la Commune de Paris, qui ont désigné un conseil massivement favorable à la révolution. Pour les Communards, on le sait, Thiers (« Foutriquet ») est un traître qui a accepté d’acheter la paix à la Prusse contre l’Alsace, la Lorraine et 5 milliards de francs.

 

Le journal « La Cloche », a été fondé trois ans plus tôt par Louis Ulbach pour attaquer Napoléon III. C’est en 1871 un quotidien pamphlétaire parisien. Ulbach a lu « Thérèse Raquin », le premier roman à succès de Zola, il ne l’a pas trop aimé, mais il est impressionné par l’impertinence et la vivacité du jeune homme. Il l’a nommé « correspondant parlementaire » à Bordeaux, où la nouvelle Assemblée nationale a commencé à siéger en février, puis Versailles où elle vient de s’installer.

 

Les chroniques de Zola dans « La Cloche » ont été redécouvertes dans les années 50 (et publiées par la Librairie Fasquelle). Elles ont surpris ses fans : Zola, cette icône de la gauche républicaine, y apparaît comme très critique vis-à-vis de la Commune. S’il n’est pas mécontent que l’insurrection parisienne ait rendu folle la droite parlementaire, qu’il exècre encore plus, il y voit un « rêve malsain », « grotesque et odieux, ridicule et terrifiant ». Il rejoint dans cette détestation Anatole France, Edmond de Goncourt, Gustave Flaubert, George Sand et bien d’autres.

 

Voici sa chronique envoyée à La Cloche le 27 mars, et publiée deux jours plus tard.

https://focus.nouvelobs.com/2020/04/17/0/0/633/30/580/0/75/0/0030fee_yVXwLH9YXNHuWLej3bMQL4L2.jpg

Quel homme que M. Thiers !

 

Il parle, il parle, avec une négligence incroyable, se répétant à chaque mot, hasardant des vérités de M. de La Police, n’ayant à son service que deux ou trois arguments : « Soyez sérieux », et encore : « Faites ceci, faites cela, si vous voulez être une grande Assemblée nationale » ; et ce diable d’homme réussit toujours à avoir raison !

 

Il se fait applaudir par la gauche, il se fait applaudir par la droite, il entraîne par moments la Chambre entière. Quelle est donc sa force à cette commère bavarde qui se perd dans les papotages les plus menus, qui met une idée dans vingt phrases ? Le bon sens, puissance admirable, invincible, à laquelle tout le monde se rend, sans même en avoir une conscience bien nette.

 

Puis, il faut le dire, M. Thiers, expression moyenne du génie français, ne choque personne. Pour définir exactement son action sur l’Assemblée il faudrait le comparer à M. Louis Blanc. Ce dernier, d’une éloquence émue, artiste dans l’art de bien dire, à la voix claire et souple, ne parvient qu’à souffler l’orage. M. Thiers, au contraire, nasillant, causant comme un bon et rusé bourgeois, se fait écouter et convainc ses adversaires eux-mêmes. C’est qu’il est à la portée de tout le monde, c’est qu’il ne blesse aucune conviction, c’est qu’il n’effarouche pas par des qualités excessives le tempérament moyen d’une Assemblée.

 

La France, à cette heure, peut avoir confiance en lui. Il est le seul homme capable de parler à toutes les passions pour les calmer et les dominer. Si M. Thiers, par sa modération, par sa nature qui se refuse aux extrêmes, n’arrivait pas à constituer un centre tout-puissant dans la Chambre, ce serait que la France, frappée de démence, emportée par des passions indomptables, croirait l’heure venue de se dévorer et de s’anéantir elle-même.

 

J’ai de grands espoirs. Il ne me déplaît pas que Paris ait affirmé par une insurrection ses volontés. Cela fera réfléchir M. Thiers et mettra de l’énergie dans sa raison. Et il ne me déplaît pas non plus que Paris insurgé trouve devant lui la calme et froide figure de M. Thiers. Paris ne voudra pas qu’un homme ait plus de bon sens que lui et il ne réclamera plus que des libertés pratiques. Cet homme et cette ville doivent faire un excellent ménage en se complétant l’un par l’autre.

 

Quant à l’Assemblée, voulez-vous mon opinion bien mûrie, bien pesée ? L’Assemblée est une boîte à musique, détraquée, il est vrai, et jouant faux. Toutes les fois que Paris et M. Thiers auront fait un arrangement, ils mettront la boîte à musique entre eux, et lui feront jouer un air quelconque pour égayer la signature du contrat.

https://focus.nouvelobs.com/2019/04/05/0/0/0/0/50/50/0/0/a0548fa_sFMaBGlUg5wkGFrOY6gBD-N9.jpg

Pascal Riché

 

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 06:00

 

Je n’aurai pas l’outrecuidance de rendre un hommage à Bertrand Tavernier mort, jeudi à 79 ans.

 

C’est un monument du cinéma français qui s'est éteint. Bertrand Tavernier est décédé à Sainte-Maxime, dans le Var, a révélé La Croix. Cette information a ensuite été confirmée par l'Institut Lumière. Le cinéaste était âgé de 79 ans. « Avec son épouse Sarah, ses enfants Nils et Tiffany et ses petits-enfants, l'Institut Lumière et Thierry Frémaux ont la tristesse et la douleur de vous faire part de la disparition, ce jour, de Bertrand Tavernier », a tweeté l'institution dédiée au septième art.

 

J’ai aimé beaucoup de ses films :

 

L’Horloger de Saint-Paul son premier long-métrage en 1974 Que la fête commence, 1975  Le Juge et l’Assassin, 1976 Coup de torchon 1981,Un dimanche à la campagne, 1984 L.627 sorti en 1992, chronique très documentée sur une petite brigade de policiers spécialisée dans la lutte contre la drogue que le manque de moyens matériels conduit au délabrement moral et social. Et L’Appât 1995 portrait de trois jeunes gens piégés par le goût du paraître, prisonniers de l’illusion de l’argent facile, et que leur inculture et un manque de repères conduisent à commettre deux crimes sordides.

 

Mort de Bertrand Tavernier : ses dix films les plus marquants ICI 

Au fil de ses 34 longs-métrages, seuls ou en collaboration, le cinéaste avait abordé plusieurs genres, signé de grands succès populaires et mis en scène des pépites, coups de cœur critiques ou publics. Sélection.

Par Renaud Baronian

Le 25 mars 2021 

 

«L'Horloger de Saint-Paul» (1974)

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/6dc09f97-87bb-4e6f-849c-bc7a0e323580_2.jpg

Lyonnais de naissance et attaché à sa ville, le réalisateur y situe ce qui sera son premier succès public, ainsi que sa première d'une longue collaboration avec Philippe Noiret. Ce drame puissant, adapté de Georges Simenon, conte comment un homme qui élève seul son fils découvre à quel point il ne le connaît pas lorsqu'il apprend qu'il a commis un meurtre, avant de tenter de se rapprocher de lui. Bouleversant.

 

«Que la Fête commence…» (1975)

Que la fête commence... (1975) par Bertrand Tavernier

Changement radical de registre l'année suivante : Tavernier surprend toute la France avec cette fresque historique qui décrit les débauches insensées dans lesquelles se vautre, au XVIIIe siècle, le duc d'Orléans (Noiret à nouveau) à coups de parties fines, ce qui va provoquer des conspirations contre lui. Un film décoiffant, chaud, fascinant, récompensé de deux Césars.

 

«Coup de torchon» (1981)

Coup De Torchon [VHS]: Philippe Noiret, Isabelle Huppert, Stéphane Audran,  Jean-Pierre Marielle, Eddy Mitchell, Guy Marchand, Irène Skobline, Michel  Beaune, Jean Champion, Victor Garrivier, Gérard Hernandez, Abdoulaye Diop,  Pierre-William Glenn ...

Féru de romans policiers américains, le cinéaste adapte l'un de ses auteurs favoris, Jim Thompson. Transposant l'action dans l'Afrique coloniale des années 1930, il suit ici un flic (Noiret toujours, face à Isabelle Huppert et Guy Marchand) méprisé par tous, qui va subitement assassiner tous les gêneurs avec un cynisme effroyable. Son plus grand succès en salles, avec 2,2 millions d'entrées.

 

«Un dimanche à la campagne» (1984)

UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE de BERTRAND TAVERNIER - LA PLUME ET L'IMAGE

En 1912, un vieux peintre connu mais sans génie va remettre sa vie et son œuvre en question à l'occasion de la visite dominicale de ses enfants et petits-enfants. Très touchant, ce succès populaire de Tavernier offre des rôles en or à Sabine Azéma, Louis Ducreux et Michel Aumont, et un nouveau César au réalisateur.

 

«La Vie et rien d'autre» (1989)

Achat La Vie et rien d'autre en Blu Ray - AlloCiné

Après la Première Guerre mondiale, un officier a pour mission de recenser les soldats disparus au front. Il va croiser deux femmes qui recherchent leur compagnon, puis découvrir qu'il s'agit du même homme. Très émouvant et remarquablement interprété par Philippe Noiret, Sabine Azéma et Pascale Vignal, le film a séduit 1,5 million de spectateurs.

 

«L.627» (1992)

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Retour au polar, mais dans le genre coup de poing : le quotidien d'un groupe de policiers de la brigade des stupéfiants, où la personnalité de chaque membre va se révéler au fil des interventions. Un film très fort tant Tavernier, qui avait souhaité une mise en scène réaliste, y est admirablement parvenu.

 

«L'Appât» (1995)

L'appât - film 1995 - AlloCiné

Thriller choc, cette adaptation d'un fait divers qui avait défrayé la chronique dans les années 1980 suit une jeune fille qui sert d'appât auprès d'hommes mûrs, avant que ses compagnons ne s'introduisent chez eux afin de les cambrioler, ou pire. La froideur de la jeune femme est remarquablement incarnée par Marie Gillain, superbement dirigée par le cinéaste.

 

 

Martin Scorsese et Bertrand Tavernier sur le tournage d’Autour de minuit (1986).

Martin Scorsese et Bertrand Tavernier sur le tournage d’Autour de minuit (1986).Étienne George

L’hommage de Scorsese à Tavernier : « Bertrand était tellement passionné qu’il pouvait vous mettre K.-O. » ICI

 

Martin Scorsese

Publié le 26/03/21

 

Le réalisateur italo-américain avait rencontré Bertrand Tavernier dans les années 1970. Il a même joué pour lui dans “Autour de minuit”. Grand admirateur de sa culture cinématographique, il rend hommage, dans un texte adressé à “Télérama”, à son ami disparu jeudi.

 

La première fois que j’ai rencontré Bertrand Tavernier, c’était au début des années 1970. Il était alors accompagné de son ami et ancien collaborateur Pierre Rissient. Ils avaient vu Mean Streets et le défendaient avec vigueur publiquement. Un soutien qui signifiait beaucoup de choses à mes yeux.

 

J’ai très vite compris que Bertrand connaissait de fond en comble l’histoire du cinéma. Plus encore, il était un passionné du cinéma : passionné par ce qu’il aimait, passionné par ce qu’il détestait, passionné par ses nouvelles découvertes, passionné par les figures injustement oubliées dans l’histoire du cinéma – Bertrand a été celui qui nous a permis de redécouvrir le réalisateur Michael Powell –, passionné par les films qu’il a lui-même réalisés.

 

Bertrand était un cinéaste singulier, à nul autre comparable. J’ai particulièrement aimé son film de 1984, Un dimanche à la campagne. Ce film a été conçu avec tant de subtilité que j’ai l’impression qu’il est sorti tout droit du monde des impressionnistes. J’ai également adoré ses films historiques, comme Que la fête commence et Capitaine Conan, et ses adaptations de Simenon (L’Horloger de Saint-Paul, son premier film) et de Jim Thompson (Coup de torchonadapté de 1275 âmes).

 

En 1983, je déjeunais avec Bertrand et Irwin Winkler quand ils ont décidé, tous les deux, de faire le magnifique Autour de minuit. C’est pour moi un merveilleux souvenir d’avoir fait une petite apparition dans ce film, dans le rôle de l’agent de Dexter Gordon.

 

Bertrand connaissait intimement tous les aspects du cinéma français. C’est une chance incroyable pour nous tous que Bertrand ait partagé son savoir et sa passion dans son documentaire Voyage à travers le cinéma français, une œuvre d’une grande beauté.

 

Il connaissait tout aussi intimement le cinéma américain. Bertrand et Jean-Pierre Coursodon ont coécrit, et régulièrement mis à jour, un dictionnaire exhaustif consacré aux réalisateurs américains (50 ans de cinéma américain). Cet ouvrage majeur mériterait d’être traduit en anglais.

 

Je veux enfin partager une dernière image à propos de Bertrand. Une image bien connue par tous ses amis et par tous ses proches. Bertrand était tellement passionné qu’il pouvait littéralement vous mettre K.-O. Il restait assis, pendant des heures et des heures, argumentant pour ou contre un film, un cinéaste, un musicien, un livre ou une décision politique. Au bout d’un moment, terrassé, vous vous demandiez simplement : mais d’où lui vient toute cette énergie ?

 

Aujourd’hui, il m’est très difficile de me dire que je n’aurai plus jamais la chance de recevoir toute cette incroyable énergie. Que je n’aurai plus jamais la chance de rencontrer un homme aussi extraordinaire, un homme tellement irremplaçable. »

 

Bertrand Tavernier, au Festival de Saint-Sébastien (Espagne), en 2013.

Bertrand Tavernier, au Festival de Saint-Sébastien (Espagne), en 2013. 

Mort de Bertrand Tavernier, inlassable cinéaste et amoureux vorace du septième art ICI 

Au fil de ses indignations, le réalisateur s’est promené d’un genre à l’autre, écrivant plusieurs ouvrages de référence sur le cinéma. Il est mort, jeudi à 79 ans.

Par Véronique Cauhapé

 

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 06:00

 

Parmi les Appellations Originales Contrôlées du Rugby, il y a sans hésitation celle de « coupeur de citrons »

 

Pendant longtemps, à la mi-temps des matchs les joueurs recevaient un quartier de citron pour retrouver leurs esprits et se donner un coup de fouet. Il y avait alors un « porte-citron » dévoué à la découpe et à la distribution. On prenait en général un bon copain à qui on faisait gentiment comprendre que ses aptitudes physiques n’étaient pas compatibles avec la pratique du rugby. Mais s’il le voulait, place lui était réservée sur le banc.

 

Je n’ai jamais joué au rugby, les citronniers ne poussent pas en Vendée, mais dans le cadre de mon droit à la paresse j’ai décidé d’occuper le poste de « porte-citron » pour le compte d’Alexis Ferenczi.

 

 

Plus un zeste : quand les agrumes valaient de l'or

Véritables « joyaux du monde végétal », citrons, oranges et mandarines ont longtemps été convoités par les rois, les nobles et les bourgeois.

 

 

Par Alexis Ferenczi

 

 

 « Quand la vie vous donne des citrons, faites de la citronnade ».

 

Ce vieil adage stoïcien, qui aurait été utilisé pour la première fois en 1915 par Elbert Green Hubbard dans sa nécrologie de l’acteur de petite taille Marshall Pinckney Wilde puis repris par les fans d’Ayn Rand, n’est valable que depuis deux siècles. Avant, si la vie vous donnait des citrons, c’était uniquement parce que vous étiez membre d’une caste de privilégiés ou botaniste à la cour du roi.

 

Les agrumes sont longtemps restés inaccessibles au commun des mortels – ceux qui n’habitaient pas dans les zones chaudes et humides d’Asie où l’on suppose que les fruits de la famille des citrus sont nés il y a 5 à 6 millions d’années. En Occident, on découvre l’orange, le cédrat ou la mandarine en même temps que s’établissent les premières routes commerciales vers l’Orient. À cause de leur rareté et du coût élevé de leur transport, ces fruits sont d’abord réservés à une élite. Ils deviennent de fait un symbole de luxe et de pouvoir. 

 

C’est pour recenser toutes les variétés connues à son époque – et pour le prestige – que le botaniste allemand Johann Christoph Volkamer publie entre 1708 et 1714 une somme sur les agrumes intitulée Nurenberg Hesperides, descriptions complètes du noble citron, lime et orange amère. Comment, ici et dans les environs, planter correctement, maintenir, et produire ces fruits, ouvrage titanesque composé de gravures représentant les fruits grandeur nature.

 

Volkamer sait que les nobles d’Europe vouent un véritable culte aux agrumes. Certains ont même développé une passion qui frise la syllogomanie, rivalisant d’ingéniosité pour dénicher le fruit le plus gros ou le plus bizarre, sans se soucier des dépenses. Cette fascination va de pair avec la prise de conscience de la valeur des jardins. Dès le début du XVIe siècle, on sait comment planter certains fruits exotiques pour qu’ils surmontent les rigoureux hivers du nord. C’est Pacello Mazzarotta, le jardinier italien du roi Charles VIII, qui a l’idée de la « culture en caisse » permettant aux premières oranges de France d’être abritées du froid à l’intérieur d’un bâtiment.

 

Toujours de ce côté du Rhin, le naturaliste Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville (1680-1765) dédie lui aussi plusieurs chapitres de La théorie et la pratique du jardinage aux seuls agrumes : « L’on distingue plusieurs sortes, comme le Citronnier ou Balotin, le Limier ou Limonier, le Bigaradier, le Cédrat, le Riche-dépouille, le Poncyre, le Pommier d’Adam, la Bergamote, l’Oranger de Chine. Leurs différences sont peu considérables : elles ne consistent qu’en ce que les uns font des arbres de tige, et les autres des nains ou buissons, ou parce que le fruit des uns est doux et celui des autres plus aigre : ils conservent tous leur beau feuillage. »

 

La suite ICI avec une superbe iconographie tirée de The Book of Citrus Fruits, J.C. Volkamer, 125 euros, publiée chez TASCHEN

 

 

 

 

 

An early-modern ode to citrus fruit – in pictures ICI

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 06:00

 

 

Le gouvernement algérien déplore la non-reconnaissance des « crimes coloniaux » de l’État français.

 

Trois semaines après la remise du rapport Stora sur les relations entre la France et son ancienne colonie, Alger a réagi pour la première fois et dit regretter l’absence d’excuses et de reconnaissance. Loin d’apaiser les relations, cela semble les crisper, relève la presse algérienne. ICI 

 

Les plaies sont encore vives, pour avoir vécu 2 ans en Algérie, à Constantine, j’ai pu en mesurer la profondeur et leur réalité. La colonisation fut brutale et sans pitié, quand à la guerre, elle fut tout aussi sauvage et sanguinaire.

 

Ce qui est relaté dans le roman de Didier Daeninckx : Le Banquet des Affamés, n’a rien d’anecdotique, c’est un véritable viol de la mémoire.

 

Livre: Le Banquet des Affamés, Didier Daeninckx, Gallimard, Blanche,  9782070137879 - Leslibraires.fr

Page 22-23-24

 

Le capitaine qui régnait sur cette horde (ndlr la 1er compagnie des fusiliers de discipline) s’appelait Chabras, et ne valait guère mieux. Il s’était illustré en pacifiant une grande partie du massif voisin de l’Ouarsenis avec des troupes de cette qualité. On racontait qu’il n’assaillait pas que les vivants, que les cimetières aussi l’intéressaient, étant lié par son épouse à des industriels de Marseille (avec succursale à Orléansville) qui arrondissaient grâce au « noir animal » leur fortune assise sur la production sucrière. On sait assez peu qu’avant de se poser en blanc sur les tables raffinées le sucre n’est qu’une mélasse peu engageante dont la teinte varie du marron au verdâtre. Plusieurs procédés permettent de faire perdre à cette substance la couleur des origines. L’une des principales applications du noir animal consiste justement dans sa propriété remarquable à décolorer les liquides. Il se présente sous la forme d’une poudre que l’’on pourrait confondre avec la suie. En fait, on l’obtient en chauffant  des os à haute température, à l’abri de l’air, ce qui explique qu’on l’appelle aussi couramment « charbon animal ». La demande de sucre ne cessant de croître, le commerce des squelettes nés des abattoirs s’est développé dans de telles proportions que l’offre ne satisfaisait plus l’industrie. On a essayé de creuser d’autres mines… Il faudrait disposer de temps et remonter la filière pour trouver l’identité de celui qui eut l’idée d’aller ramasser, dans les cimetières d’Algérie, les ossements ancestraux afin d’opérer, par l’abondance de la matière, une détente sur le prix de la poudre à décolorer le sirop de sucre. On a vu des centaines d’ânes, autant de chameaux razziés dans toutes ces provinces, ployant sous le poids de paniers emplis d’ossements, prendre la piste d’Orléansville où des étuves transformaient des généalogies entières en promesses de douceur. Vous prendrez combien de sucre dans votre chocolat, comtesse ? Trois… Le père, la mère et, tenez, la grand-tante pour faire bonne mesure ! L’empirisme ayant sa part dans les avancées scientifiques, on s’aperçut que les os longilignes offraient le meilleur rendement, que e crâne et les vertèbres donnaient de l’onctuosité aux gélatines ou fournissaient l’azote nécessaire aux terres qui portaient les futures moissons. On doit nous envier, chez les cannibales d’Océanie, d’absorber ce qu’ils délaissent.

 

ALGERIE-TIARET-lt-Vue-animee-de-LA-CASERNE-DE-LA-LEGION

 

Un commerce peu « catholique »

 

Les os des cadavres algériens, au service de l'industrie coloniale! -  Babzman

 

Les ossements humains, exhumés par la charrue coloniale ou par le matériel des ponts et chaussées, vont également servir pour un commerce sordide. Ils auraient été expédiés à Marseille, pour être utilisés dans la fabrication du sucre.

 

L’historien Moulay Belhamissi fait état des navires chargés d’ossements provenant des cimetières musulmans en partance pour Marseille : « Pour du noir animal nécessaire à la fabrication du sucre, les ossements récupérés des cimetières musulmans sont expédiés à Marseille. A l’époque, on réfuta les faits malgré les témoignages. Mais l’arrivée dans le port phocéen, en mars 1833, d’un navire français La Bonne Joséphine », dissipa les derniers doutes. Des os et des crânes humains y furent déchargés.

 

Le docteur Ségaud témoigne à son tour dans le journal Le Sémaphore, le 2 mars 1833 : « J’ai appris par la voix publique, que parmi les os qui servent à la fabrication du charbon animal, il s’en trouve qui appartiennent à l’espèce humaine. À bord de la bombarde, « la bonne Joséphine » venant d’Alger et chargée d’Os, j’ai reconnu plusieurs os faisant partie de la charpente humaine. J’y ai vu des crânes, des cubitus, et des fémurs de la classe adulte récemment déterrés et n’étant pas entièrement privés des parties charnues ».

 

Informé de ce commerce des restes humains, l’Emir Abdelkader fit parvenir partout dans le pays des recommandations interdisant impérativement aux Algériens de consommer le sucre blanc, une consommation qui pourrait, en toute évidence, assimilée à une forme d’anthropophagie. « De troublantes assertions ont couru au sujet de l’utilisation des restes humains. »

 

« A la suite de ces révélations, prises très au sérieux par les autorités politiques de la métropole au point que l’affaire devint rapidement nationale, le ministère de la guerre ordonna à l’intendant civil de la province d’Alger de mener une enquête pour déterminer les origines de ce commerce et pour le faire immédiatement cesser ». (Coloniser-Exterminer - p.169)

 

La « Métropole » informée de l’utilisation des ossements provenant des cimetières musulmans ne semblait pas approuver ce commerce indécent ; mais comme à l’accoutumée, on n’est pas à un scandale près et les promoteurs de l’industrie utilisatrice d’ossements humains ne seront jamais inquiétés…!

 

Les départements français d'Algérie

Département d'Orléansville

 

Le département fut créé par décret du 28 juin 1956. Il comprenait alors 4 arrondissements.

 

Dès le décret du 20 mai 1957, et toujours sous le nom de département d'Orléansville, il se divisait en 6 arrondissements, au lieu de 4.

 

Il a porté aussi le nom de département du Cheliff. En 1958, il comptait 637.000 habitants.

 

Le premier préfet fut Raymond Chevrier, nommé le 6 décembre 1956. Mais les événements du 13 mai 1958 provoquèrent un changement. Convoqué par le général Salan, auquel ont été confiés par le gouvernement Pflimlin les pouvoirs civils et militaires pour le maintien de l’ordre en Algérie, Raymond Chevrier se rend à Alger le 18 mai 1958. Avant d’avoir été reçu par le général Salan, il est arrêté, assigné à résidence à Aïn Taya, puis remis à la disposition du ministre de l’Intérieur. De toute manière, ce sont des généraux qui furent chargés en juin 1958 d'exercer les pouvoirs civils dans les départements algériens : c'est le général Gracieux qui les exerce le 24 juin 1958 et donc succède au préfet Chevrier, puis le général du Passage en 1959, commandant la 9e division d'infanterie.

 

Le préfet Louis Verger fut nommé le 10 mars 1960. Il resta jusqu'au 20 décembre 1960, et devint alors directeur du cabinet civil et militaire du délégué général du gouvernement en Algérie. Enfin, le préfet Mohand Sadek OURABAH fut le dernier titulaire du poste, du 21 décembre 1960 à juin 1962.

L’historien Benjamin Stora (photo d’illustration).

Rapports entre la France et l’Algérie : Benjamin Stora répond aux critiques dans une tribune ICI

 

L’auteur du rapport faisant des propositions pour organiser la réconciliation entre Alger et Paris a publié une tribune dans un quotidien algérien ce matin pour répondre aux critiques et défendre sa méthode.

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 06:00

 

S’il est un cours  à la Fac qui me gonflait c’était celui de Finances Publiques.

 

Dans ma vie privée je me suis toujours gardé de me sur-endetter afin de conserver ma liberté de choix.

 

Mon niveau d’analyse financière nage dans les eaux de la chanson de Jean Poiret : « Une vache à mille francs » c’est pour cette raison que j’ai bossé au Ministre de l’Agriculture.

Pour ne pas mourir idiot je lis Le Monde :

 

Le 18 mars 2021

Dette : le rapport Arthuis plaide pour une meilleure maîtrise de la dépense publique ICI 

 

Dans l’hypothèse la plus optimiste, sans mesure nouvelle et avec une croissance à 1,5%, la dette française gonflerait à 128 % du PIB en 2030.

 

Ils ont été nommés par le premier ministre, Jean Castex, début décembre et se sont réunis à six reprises à Bercy, et en visioconférence pour ceux vivant à l’étranger. Jeudi 18 mars, les dix membres de la commission pour l’avenir des finances publiques, présidée par l’ancien ministre de l’économie Jean Arthuis, devaient remettre à Matignon leur rapport sur la dette Covid-19, que Le Monde a pu consulter.

 

« Notre mission était d’éclairer la trajectoire des finances publiques au lendemain de la crise Covid et de proposer des modifications de la gouvernance budgétaire. Je tenais à un texte non partisan », explique M. Arthuis.

 

Le 20 mars au soir Jean-François Collin, qui connaît mon peu de goût pour les comptes publics, est venu à mon secours.

 

Je vous préviens c’est du lourd, 14 pages, Pax va me morigéner mais on attrape les mouches avec du miel.

 

 

Que faire de la dette publique ?

 

Nul ne sait comment évoluera la pandémie due au virus du covid 19 et si nous en sortirons bientôt. Cependant, dans beaucoup de pays, le nombre de personnes contaminées est en forte réduction et la part de la population ayant bénéficié d’un vaccin devient significative. L’espoir revient de sortir de la phase aiguë de cette crise, avec son cortège de restrictions d’activités, de loisirs et tout simplement de liberté. 

 

Déjà, à Bruxelles comme à Paris, des responsables pensent que le temps est venu de refermer la parenthèse du « quoi qu’il en coûte ». Le ministre des comptes publics, Olivier Dussopt s’est exprimé à plusieurs reprises dans ce sens. 

 

La commission de l’Union européenne a demandé au Comité budgétaire européen d’engager une réflexion sur l’évolution des règles budgétaires à l’issue de la pandémie. 

 

À Paris, une commission est installée, présidée par Jean Arthuis avec pour mission, selon le communiqué du gouvernement, de « proposer des scénarios de retour à l’équilibre des comptes, dans un objectif de stabilisation puis de réduction progressive de notre dette publique. Ces travaux intègreront notamment l’objectif de pérennisation des baisses de prélèvements obligatoires prévues au cours du quinquennat ».

 

Tout est dit en quelques mots. Les déficits publics sont une mauvaise chose imposée par les circonstances. Il faut y mettre fin au plus vite et parvenir à l’équilibre budgétaire. Mais il n’est pas question de revenir sur les avantages fiscaux accordés aux plus riches pour cela. Le rapport remis par cette commission le 18 mars 2021, respecte sans surprise le mandat qui lui a été donné.

 

Inutile d’avoir fait de longues études de finances publiques pour comprendre que si l’on n’augmente pas des recettes il faudra réduire les dépenses. Et contrairement à ce que l’on dit trop souvent à l’opinion publique, les sources potentielles d’économies importantes sur les dépenses publiques ne se trouvent pas dans les dépenses de fonctionnement de l’État, le nombre et la paye des fonctionnaires en particulier, car cette part de la dépense publique est restée remarquablement constante, rapportée au PIB, au cours des 30 dernières années. En revanche, ce sont les dépenses consacrées à la santé, aux retraites, à la formation et à l’emploi qui ont considérablement augmenté depuis les années soixante-dix. Pas étonnant donc qu’il soit à nouveau question de la réforme de l’indemnisation du chômage ou de celle des retraites.

 

Mais plutôt que de discuter des projets incessants de réforme de notre régime social, réfléchissons aux présupposés qui conduisent à présenter ces réformes comme des nécessités absolues et urgentes.

 

I – La dette publique toujours présente toujours contestée, toujours convoitée

 

1) L’endettement public est-il condamnable?

 

John Fitzgerald Kennedy déclarait à Yale en 1962, à l’occasion d’une remise de diplômes : « les dettes publiques et privées ne sont ni bonnes, ni mauvaises ». 

 

Ce point de vue pondéré et exprimé de façon ramassée est pourtant loin d’être partagé par tous.

 

La dette publique est souvent condamnée au motif qu’elle ferait supporter aux générations futures le poids de nos dépenses inconsidérées d’aujourd’hui. Nous serions des cigales ayant trouvé le moyen de ne pas affronter les conséquences de notre légèreté en nous contentant de laisser à nos descendants le soin de payer les factures, sans nous exposer à la vindicte de la fourmi. 

 

Cette fable, beaucoup moins bien écrite que celle de La Fontaine est aussi beaucoup moins exacte. En effet, comme dans « la cigale et la fourmi », c’est bien entre vivants que nous réglons nos comptes et pour l’essentiel entre vivants de la même génération.

 

Première observation, la durée de vie moyenne des encours de la dette publique en septembre 2020 était de 8 ans et 265 jours (contre 7 ans et 38 jours en 2015). Comme nous n’avons pas tous plus de quatre-vingt ans, ce sont bien ceux qui vivent et travaillent aujourd’hui qui rembourseront la dette d’aujourd’hui et nos petits enfants ne seront pas nécessairement appelés à le faire à notre place.

 

Par ailleurs, l’Etat ne s’endette pas auprès des générations futures, comme cela est dit trop souvent. Quand « l’Agence France Trésor » vend un titre de dette à dix ans en 2021, elle le vend à un acheteur d’aujourd’hui, l’Etat s’endette auprès des générations présentes. Si l’acheteur du bon du Trésor est vivant à l’échéance, en 2031, il touchera le remboursement du prêt qu’il a fait à l’Etat et s’il est mort, il aura transmis le bénéfice de ce remboursement à ses héritiers ou à celui qui aura racheté le titre de dette.

 

Pendant ce temps, l’Etat aura dépensé le montant de cet emprunt en prestations qui auront bénéficié à des vivants d’aujourd’hui et en investissements qui profiteront aux vivants d’aujourd’hui et de demain.

 

L’endettement de l’Etat s’accompagne donc d’un transfert de ressources au sein des générations présentes, entre ceux qui prêtent à l’Etat et ceux qui bénéficient de ses dépenses. A l’échéance des titres de dette publique, si l’Etat emprunte à nouveau pour rembourser – ce qu’il fait souvent et souvent et à juste raison-  un nouveau prêteur trouvera intérêt à acheter de la dette d’Etat et les contribuables ne seront pas appelés à financer la dette d’hier. En revanche, si l’Etat décide de réduire sa dette et n’a pas les moyens de faire les économies correspondantes, il devra augmenter la fiscalité, et dans ce cas une partie de la génération concernée bénéficiera du remboursement de la dette arrivée à échéance et tous les contribuables contribueront au remboursement de la dette passée. Mais encore une fois, comme l’Etat n’emprunte majoritairement pas sur des durées de cinquante ans ou plus, les contribuables d’aujourd’hui ont bénéficié de la dette d’un hier récent sous forme de dépenses d’éducation, de santé, d’infrastructures de toute nature.

 

C’est cette réalité des transferts de ressources au sein d’une génération et entre générations, en plus de la pérennité des Etats, qui rend parfaitement absurde la comparaison entre l’Etat et une entreprise et les tentatives d’établir un « bilan » de l’Etat comparable à celui d’une entreprise multinationale. Ces exercices, dûment certifiés par les Cours des comptes européennes n’ont aucun sens économique et ne sont qu’une entreprise de mystification idéologique. Ce ne serait pas très grave si cela ne servait pas à justifier des décisions complètement erronées en matière de politique économique et de gestion de l’Etat.

 

2 - Et L’Etat dans tout cela ?

 

Le second motif principal de condamnation de la dette publique est qu’en empruntant sur les marchés financiers pour financer ses dépenses, l’Etat évincerait les entreprises et leur interdirait de financer leurs investissements.

 

Ce point de vue est pourtant difficile à défendre au vu du niveau extrêmement bas des taux d’intérêts actuels qui traduit plutôt l’absence de concurrence entre les Etats et les acteurs privés sur les marchés financiers et un excès d’épargne mondiale par rapport à l’investissement. 

 

L’explosion de l’endettement des Etats consécutif à la crise dite des « subprime », à partir de 2007, s’est accompagnée d’une baisse considérable des taux d’intérêts réels. Il y a de quoi troubler les économistes.

 

De plus, la baisse des taux d’intérêt n’est pas conjoncturelle, elle dure depuis quarante ans. 

Plusieurs facteurs peuvent être invoqués pour l’expliquer : ralentissement de la croissance mondiale depuis la fin du vingtième siècle qui a conduit certains économistes à parler de « stagnation séculaire » ; faible volume d’investissements privés dans le monde depuis le début des années 2000, sauf en Chine ; augmentation des inégalités et mise en cause des régimes sociaux qui obligent les populations à augmenter leur épargne de précaution ; vieillissement de la population dans les économies développées qui s’accompagne d’une augmentation du taux d’épargne. Chacun de ces facteurs mériterait des développements détaillés qui ne trouveront pas leur place ici. Mais ce qui est certain, c’est que l’endettement public n’entraine pas « d’effet d’éviction du financement des investissements privés » pour le moment. 

 

La conception des rapports entre l’Etat et les marchés financiers a une histoire.

 

Jacques Rueff considérait les déficits publics comme « la gangrène du corps social » et voyait un « péché » dans l’intervention politique dans les monnaies, péché conduisant à la « satanique inflation ». Le recours au vocabulaire religieux par un l’économiste également inspecteur des finances, est symptomatique de la force de l’interdit qu’il prononçait contre le droit des Etats à contrôler la monnaie et derrière elle la finance. Il était un anti-Keynésien déterminé, contempteur des accords de Bretton Woods. Economiste libéral il fut membre du groupe X-Crise entre les deux guerres et il rejoindra la « Société du Mont-Pèlerin » dès 1948, aux côtés de F Hayek et de ses fidèles.

 

Malheureusement pour lui, au lendemain de la guerre, les idées libérales et ceux qui les portaient n’étaient pas très en bien vus. La classe dominante de l’entre-deux guerre était discréditée. En France, une nouvelle génération de hauts fonctionnaires s’est installée dans les ministères. Elle place l’Etat au-dessus du marché et crée le « circuit du Trésor » pour le financer. L’Etat se finance directement auprès du Trésor par la création de monnaie « à robinet ouvert » et les banques sont obligées de souscrire des titres du Trésor. Ce système permettra la reconstruction rapide de la France et une période de prospérité vers laquelle nous nous tournons avec nostalgie. 

 

Dans le même temps, le système de Bretton Woods, imaginé au sortir de la deuxième guerre mondiale, avait établi des parités fixes entre les monnaies et instauré un système de coopération internationale entre les Etats, sous contrôle américain, leur permettant de contrôler les capitaux, ce qui décourageait la spéculation et privait les financiers de marché. 

 

Mais les temps changent et en 1958, Jacques Rueff revient aux affaires dans les valises du Général De Gaulle, de Michel Debré et de Pinay. Le plan de stabilisation de 1959 est son œuvre. Il repose sur le retour à l’équilibre budgétaire, la dévaluation du franc et la création du nouveau franc, le rétablissement de la convertibilité du franc, en même temps que des autres monnaies européennes et l’ouverture des échanges commerciaux. Il s’agissait de mettre la France en état d’intégrer la communauté économique européenne après la signature du traité de Rome. Cette forte inflexion de la politique économique française montre au passage toutes les ambiguïtés de la politique Gaullienne, trop vite résumée en une affirmation de l’indépendance nationale et planification de l’économie. Le générale de Gaulle prolongera les programmes industriels engagés sous la IVème République en matière de défense, d’énergie, de politique spatiale et aéronautique, mais il aura aussi le souci de réduire l’inflation et de préparer l’économie française au marché commun.

 

Ensuite viendra l’éclatement du système de Bretton Woods : le 15 août 1971 : Richard Nixon déclare la non-convertibilité du dollar en or et nous fait entrer dans le nouveau monde des changes flottants et du grand marché des monnaies, pour le plus grand bonheur des « marchés financiers ». 

 

On voit donc que sur cette courte période de 1945 à nos jours, le rôle des Etats dans la création monétaire et la situation de la « finance » que F Hollande désignait comme son ennemie avant de se raviser, a beaucoup évolué.

 

3) Plus les dirigeants veulent réduire la dette, plus elle augmente

 

Avec la contre-révolution libérale initiée dans les années quatre-vingt par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, s’est ouverte une période de hausse continue et vertigineuse de l’endettement public, ce qui peut paraître paradoxal car ces nouveaux responsables politiques et les partis qui les soutenaient avaient fait de la réduction de la place de l’Etat dans l’économie leur l’objectif principal. 

Durant les deux mandats de Ronald Reagan, la dette publique des États-Unis est passée de 988 milliards de dollars le 30 septembre 1980 à 2 602 milliards de dollars le 30 septembre 1988, soit un quasiment le triplement. Cette tendance s’est prolongée après lui puisque la dette publique américaine a atteint 132% du PIB fin 2020 selon le FMI. Rappelons qu’elle n’était « que » de 119% en 1945, après une période singulièrement plus difficile que celle que nous avons traversée depuis 1945. 

 

Margaret Thatcher réussit, elle, à réduire la dette publique au prix d’un chômage de masse et de l’explosion de la pauvreté au Royaume-Uni, mais au Japon, la dette publique atteint 250% du PIB. 

 

En Europe, le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993, devait assurer la convergence des économies européennes grâce à la liberté de circulation des capitaux, des parités monétaires irréversibles, des déficits budgétaires faibles et limités à 3% du PIB et l’indépendance de la banque centrale européenne, la BCE.

 

En réalité, alors que les économies européennes convergeaient avant la création de l’euro, elles divergent depuis qu’il existe. Le revenu par habitant était le même en Allemagne, France et Italie au début des années quatre-vingt-dix. Aujourd’hui, le revenu par habitant d’un français est inférieur de 15% à celui d’un Allemand et la différence est de 30% pour un Italien. 

Pour préparer son entrée dans l’euro, la France s’est accrochée désespérément au Deutsch Mark, de 1992 à 1997, au nom du « sérieux économique ». Ce faisant, elle s’est enfoncée dans la récession, avec une monnaie surévaluée et la dette française est passée de 40% à 62% du PIB en cinq ans. 

 

Comme cela ne suffisait pas, après la crise des « subprime » de 2008 - 2012, l’Allemagne a imposé au reste de la zone euro, en même temps qu’un contrôle renforcé sur les politiques budgétaires des Etats par la Commission européenne, sa « règle d’or » : l’inscription dans les constitutions nationales de l’interdiction de voter des budgets en déficit sauf circonstances exceptionnelles et l’interdiction d’un déficit structurel supérieur à 0,5% du PIB. 

 

Une bonne partie des économistes considère aujourd’hui que la priorité donnée à la réduction des déficits budgétaires après l’effondrement des économies européennes entre 2008 et 2012 a empêché l’Union européenne de retrouver le chemin de la croissance, à l’exception de l’Allemagne qui a compensé la faiblesse de sa demande interne par des excédents commerciaux et de sa balance des paiements « excessifs », mais non sanctionnés par le système européen. 

 

Nous pouvons mesurer chaque jour l’inefficacité de cette tentative de corseter la réalité des divergences de situations économiques dans un carcan idéologique et juridique. Notons que les représentants français, fonctionnaires et politiques, non seulement n’ont rien fait pour s’opposer à tout cela mais en furent des zélateurs, depuis Jacques Delors, Président de la Commission européenne, jusqu’à Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières. Mais leur foi n’a pas suffi à déplacer les montagnes. Les dettes ont continué à augmenter dans les pays du sud de l’Europe et les excédents à s’accumuler en Allemagne. 

 

Du coup, alors que les accords de Maastricht puis le traité de Lisbonne interdisaient le financement monétaire de la dette publique, la BCE a contourné les traités, au grand soulagement des gouvernements de toute l’UE, pour monétiser cette dette en rachetant massivement des titres publics sur le marché secondaire, en créant une quantité correspondante de monnaie, afin d’éviter l’effondrement des économies européennes, Allemagne comprise. « La BCE a ainsi racheté 54 % des titres de dettes émis en 2020 et elle détient désormais plus de 25 % du stock de dette publique française. En ajoutant l’action des banques centrales étrangères (24 % de l’achat des titres émis en 2020), 78 % des montants de dette émise par la France en 2020 ont été rachetées par des banques centrales. » (Rapport commission J Arthuis).

 

Il faudra tout de même expliquer un jour pourquoi la réalité se rebelle à ce point contre les politiques mises en œuvre depuis le début des années quatre-vingt. 

 

L’euro a créé à la fois la maladie et le remède. Il a contribué à mettre en difficulté une majorité des pays qui en ont fait leur monnaie, mais qui n’ont pas pu s’adapter à la concurrence interne à la zone euro car il aurait fallu pour cela mettre complétement à genoux leur propre peuple pour démanteler complètement le système social. Et en même temps, l’Eurosystème a permis aux Etats de s’endetter à moindre coût et de ne pas subir, tout de suite, une crise de la dette en plus d’une crise économique.



 

 

 

4) Pourquoi s’inquiéter de la dette publique et pas de la dette privée

 

L’endettement privé est élevé et supérieur à l’endettement public, sans que personne ne s’en émeuve. 

 

Au troisième trimestre 2020, l’endettement privé en France représentait 152,8 %du PIB selon la Banque de France (contre 112,5% du PIB en 2010). En 2019, la dette des ménages a augmenté trois fois plus rapidement que leurs revenus pour atteindre 1 170 Mds d’euros. Aux Etats-Unis la dette des ménages est un peu supérieure à 14 000 milliards de dollars. La dette des agents non financiers privés représente, fin 2020, 167% du PIB au Japon, 160% du PIB au Etats-Unis, 152% en France, 150% au royaume Uni, etc.

 

Cette augmentation de l’endettement privé, en Europe, a été rendue possible en partie grâce au soutien de l’Etat, réclamé par tous notamment face aux pertes engendrées par la crise sanitaire. Il s’explique aussi par la politique monétaire de la BCE sur laquelle nous reviendrons. 

 

Mais la dette privée n’est pas sans risques. La crise économique espagnole de 2008 – 2015 fut d’abord une crise de la dette privée, provoquée par l’incapacité des ménages à rembourser leurs crédits immobiliers garantis par des actifs surévalués, qui a entraîné la faillite des banques créditrices puis celle de l’Etat. 

 

Pourtant aucune commission n’a été chargée par le gouvernement de réfléchir aux moyens de réduire la dette des entreprises et des ménages. 

 

La dette serait-elle comme le cholestérol, la dette privée serait la bonne, la dette publique la mauvaise ? L’histoire nous enseigne qu’il n’en est rien.

 

II – Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

 

1) La dette publique augmente mais la charge de la dette diminue et diminuera encore

 

A- La charge de la dette diminue grâce à la baisse des taux d’intérêts

 

L’augmentation de la dette publique est un phénomène mondial. La dette publique mondiale accumulée en 2020, rapportée au PIB mondial, a dépassé le plus haut point atteint pendant la seconde guerre mondiale selon le FMI. 

 

Pourtant, la charge de la dette diminue ; comment un tel miracle est-il possible ?

 

Lorsqu’un État emprunte pour 10 ans 100 € portant 5% d’intérêt par an, son coût pour les finances publiques sera de 5 € par an pendant 9 ans et de 105 € la 10e année, l’année du remboursement au prêteur, soit au total 150 €. 

 

Mais si l’État emprunte à nouveau 100€ à l’échéance du prêt précédent pour le rembourser, le coût supporté par les finances publiques pendant 10 ans n’aura été que de 50 € (la charge des intérêts) et si les taux d’intérêt ont diminué de moitié au cours des 10 années précédentes, la charge de la dette au cours des 10 années qui suivent diminuera dans les mêmes proportions. C’est exactement ce qui se passe en France depuis quelques années et qui se poursuivra en raison de la poursuite de la baisse du taux apparent (c’est à dire du taux moyen de l’ensemble des prêts en cours) de la dette française. Le taux moyen de la dette française baisse parce que la dette contractée par l’Etat pour financer le déficit budgétaire et rembourser la dette venue à échéance porte un intérêt inférieur à la dette qu’il rembourse.


C’est ainsi que la dette publique de la France est passée de 40 % du PIB en 1991 à 120 % en 2020. Dans le même temps, la charge d’intérêts sur la dette publique en France rapportée au PIB est passée de 2,5 % en 1990 (3,5 % en 1996) à 1,5 % en 2020, et même à 1 % si l’on sort du total de la dette française la part détenue par « l’euro-système » (BCE et Banque de France). C’est le résultat de la baisse continue des taux d’intérêts pendant cette période et de la croissance du PIB.

 

Les faibles taux d’intérêts nominaux accordés aux prêteurs ne sont pas un phénomène conjoncturel, la baisse est continue depuis 40 ans. Les taux d’intérêts portés par les emprunts publics sont maintenant négatifs jusqu’à des maturités de 20 ans. Le taux apparent de la dette publique française, c’est-à-dire celui qui prend en compte tous les emprunts passés et leur date de maturité, est passé de près de 7 % en 1996 à un peu plus de 1 % en 2021 et le taux des nouvelles émissions est négatif. 

 

En d’autres termes, la charge de la dette, va continuer à diminuer dans les prochaines années à mesure que l’état remboursera des emprunts souscrits lorsque les taux d’intérêt étaient plus élevés.

 

B- Elle diminue aussi grâce à la politique de la BCE et des banques centrales

 

L’intervention massive de la Banque Centrale Européenne et des banques centrales des Etats de l’union européenne pour racheter des titres de public a beaucoup allégé la charge de la dette publique. 

 

L’Union européenne a interdit le financement monétaire des déficits publics (cf. supra) et obligé les Etats membres à financer la totalité de leur dette sur le marché financier. L’Agence France Trésor vend chaque mois ses titres à 15 « Spécialistes en Valeur du Trésor » (SVT). Il s’agit notamment de BNP Paribas, du Crédit Agricole, de Natixis, de la Société Générale, de Goldman Sachs, de City Group, de JP Morgan ou UBS. 

 

En 2020, à peine ces « spécialistes » avaient-ils acheté les bons du Trésor que la Banque Centrale les leur a rachetés, non sans payer au passage une commission aux banques en questions. En période plus « normale », les SVT revendent ces valeurs du Trésor à leurs propres clients (d’autres banques et intermédiaires financiers) qui les revendront à leur tour sur le marché secondaire. A chaque étape, les intermédiaires se font rémunérer. 

 

L’interdiction du financement monétaire direct de la dette publique dans la situation actuelle n’a aucun sens. Elle renchérit le coût global du financement public, pour le plus grand profit des acteurs du marché financier mais sans bénéfice pour les autres acteurs économiques.

 

Une fois détenus par les banques centrales, les titres de dette publique ne coûtent plus rien aux Etats jusqu’à leur éventuel remboursement. Les intérêts payés par l’Etat à la banque centrale reviennent dans les caisses publiques sous forme de dividendes et d’impôt sur les bénéfices des sociétés payés par les banques centrales dont le capital est détenu à 100% par les Etats.

 

L’Eurosystème a racheté, en 2020, 70% de la dette publique émise par les pays de la zone euro.

 

La BCE est devenue l’acteur principale du système européen, la Commission européenne, le Conseil et le Parlement européens ne jouant qu’un rôle de figuration. Est-ce la réalisation de la prophétie de Jacques Rueff (encore lui) qui disait « l’Europe se fera par la monnaie » ? Ou bien le signe d’une crise institutionnelle européenne dont les conséquences apparaîtront plus nettement bientôt ?

 

Le plan de relance européen adopté à grand peine en juillet 2020 par le Conseil européen et qui n’est toujours pas mis en œuvre, fait bien pâle figure à côté du rachat de 1 000 milliards d’euros de dette des Etats de la zone euro en quelques mois, auxquels il faut ajouter un plan d’urgence au début de la pandémie, en mars 2020, de 750 milliards d’euros de prêts aux banques de la zone. Pourquoi dans ces conditions perdre son temps avec la bureaucratie européenne pour obtenir une part des 390 milliards de subvention répartis entre les 27 Etats membres et emprunter auprès de la Commission européenne à des taux plus élevés que ceux qu’obtiennent le Trésor français ou allemand sur les marchés? Il faudra être mal avisé pour le faire.

 

L’autonomie de la Banque centrale européenne a été si bien garantie que c’est elle qui exerce l’essentiel du pouvoir effectif au sein de l’UE, les instances politiques animant un théâtre d’ombres   dans lequel on fait semblant de décider.

 

A propos du plan de relance européen, le rapport de la commission Arthuis donne l’information suivante :

 

« Afin de financer cette dette (NB : il s’agit de la dette contractée par la Commission pour financer le plan de relance), deux scénarios, qui pourraient être combinés, sont envisagés :

 

Scénario 1 : recettes fiscales européennes nouvelles – La Commission européenne doit faire des propositions sur le sujet d’ici juin 2021 (par exemple taxe numérique, taxe carbone aux frontières ou marché des quotas (SCEQUE)).

 

Scénario 2 : contributions _ classiques _ des États Membres au budget de l’Union européenne. Dans le scénario 2, l’impact financier net pour la France serait d’environ 26 Md€. En effet, compte tenu de la grille de contribution financière, la France paierait environ 17 % des subventions du plan de relance européen (environ 66 Md€) tandis qu’elle recevrait environ 40 Md€ du plan de relance européen. »

 

Jean Arthuis confirme ainsi ce que nous avions écrit dès le mois de juillet. Ce n’est pas l’UE qui va financer la relance en France mais l’inverse. Cette grande victoire française est une victoire pour le compte du roi de Prusse.

 

2) Que faut-il faire ?

 

Puisque nous avons écrit que la dette n’était ni bonne ni mauvaise, constaté que la charge de la dette diminuait et restait supportable pour les finances publiques, que la BCE assurait l’urgence et allégeait la charge supportée par les Etats, peut-on conclure que tout va bien et que la question de la dette n’en est pas une ?

 

A) La dette est-elle soutenable ?

 

Même si jusque-là ça va, chacun est bien conscient que la dette, publique et privée, ne peut pas augmenter indéfiniment. Nous avons connu au cours de notre histoire d’autres moments de fort endettement ; les solutions ayant permis de le réduire ont été à chaque fois différentes. La banqueroute a rarement été utilisée, sauf celle fameuse du Directoire en 1797. La croissance et l’inflation ont souvent permis de réduire la dette.

 

Personne n’est capable de dire quel est le niveau de dette soutenable par un Etat. 

 

Le Japon vit depuis des années avec un niveau de dette qui nous paraît inimaginable.

 

La barre des 60% de dette sur PIB avait été fixée comme infranchissable par le traité de Maastricht. Le taux moyen de dette publique rapportée au PIB dans la zone euro est supérieur à 100% et la zone euro vit avec.

 

Mais la dette coûte cher, même si la charge de la dette a diminué au cours des dernières années comme nous l’avons vu. Le cumul des intérêts payés aux détenteurs de titres du Trésor de 1973 à 2019 atteint 1 500 milliards d’euros, que l’on peut rapprocher d’une dette cumulée de 2 400 milliards d’euros en 2019. Le maintien du « circuit de financement Trésor » de la dette publique, tel qu’il existait jusqu’à la fin des années soixante-dix, nous aurait-il permis de n’avoir aujourd’hui qu’une dette de 900 Mds d’euros et d’économiser 1 500 milliards? La question mérite d’être posée, même si le circuit Trésor comportait aussi des inconvénients et avait d’autres effets sur l’économie.

 

En 2012, l’Etat a payé 56,1 M€ d’intérêts à ses créanciers et ce n’est que parce que les taux d’intérêts ont baissé depuis que la charge de la dette est restée soutenable.

 

La possibilité offerte aux Etats d’emprunter à taux négatifs ne durera peut-être pas aussi longtemps que les contributions. C’est une situation anormale qui témoigne d’un déséquilibre entre l’épargne et l’investissement résultant d’une faible croissance mondiale. Ce déséquilibre devra se résorber un jour soit par une reprise de la croissance, soit par un ajustement de la valeur des actifs détenus par les épargnants. Si les Etats-Unis s’engagent dans une politique conduisant à une remontée progressive des prix et des salaires, en même temps que celle des taux d’intérêts, la charge de la dette pourrait bien alors, avec un décalage résultant de la maturité de la dette, reprendre un chemin ascendant.

 

Il n’est pas complètement rassurant de constater que la dette publique a atteint des niveaux qui dépassent ceux de la seconde guerre mondiale, alors que nous ne vivons rien de comparable.

 

Le financement massif de la dette publique par les banques centrales injecte des quantités de liquidités dans l’économie qui ne s’orientent pas vers les secteurs productifs, faute d’opportunités. De ce fait, elles contribuent à l’inflation de la valeur des actifs financiers - les bourses se portent bien même quand tout le monde est confiné- et à la création d’une bulle immobilière. Le niveau des transactions immobilières atteint des sommets en pleine pandémie et la croissance des prix du mètre carré dans les agglomérations urbaines est plus vive que jamais, interdisant aux jeunes et aux pauvres de se loger et les renvoyant toujours plus loin vers la périphérie des villes. Il est infiniment plus rentable d’investir son argent dans l’immobilier à Paris que dans une entreprise.

 

La situation actuelle est donc tout sauf idéale

 

B) Il faudra vivre avec une dette publique élevée pendant longtemps

 

« Ce n’est pas comme si on pouvait la rembourser » fut la réponse concise et pleine de bon sens que me fit un de mes fils que j’interrogeais sur ce qu’on pouvait faire de notre dette publique.

 

En effet, nous ne sommes pas près de pouvoir la rembourser sans aggraver une situation économique déjà déprimée. Même la commission Arthuis considère qu’il n’est pas possible de réduire la dette avant 2025 sans faire disparaître les espoirs de reprise économique. Alors ne faisons pas semblant de croire que cela est possible.

 

A court terme, on peut espérer que les restrictions liées au Covid toucheront à leur fin et que le rebond d’activités qui suivra permettra à la fois d’emprunter un peu plus et de réduire le ratio dette / PIB, tout en bénéficiant de la poursuite de la baisse du taux apparent de la dette, donc de la charge de la dette. Il n’y a donc pas de risque d’insoutenabilité de la dette à court terme.

 

Cela ne signifie pas que la dette n’est pas un problème. Bien sûr l’utilité des dépenses publiques doit être évaluée en permanence, mais il faut regarder toutes les dépenses, pas simplement celles dont bénéficient les plus démunis. Ce qui nous distingue du reste de l’Europe selon la commission Arthuis, c’est l’importance des dépenses consacrées à la protection sociale (invalidité, vieillesse, chômage, logement, famille) supérieures de près de 5% à la moyenne européenne, puis les dépenses de soutien à l’économie et les dépenses de santé. Un examen scrupuleux de  ces dépenses et de leur efficacité est nécessaire avant de les réduire ou d’en réduire d’autres. Et en tout état de cause, il existe un consensus pour dire que dans l’immédiat, il y a d’autres urgences que de tailler dans ces budgets.

 

C) Des investissements sont nécessaires

 

La crise a révélé combien le credo libre-échangiste de l’Europe l’avait affaiblie sur le plan de la recherche, de la santé, aussi bien que de ses capacités industrielles et agricoles. Que l’Union européenne soit incapable de produire un vaccin contre le Covid, alors que le Royaume Uni, objet de tous nos quolibets sur l’impasse dans laquelle il se serait placé en quittant l’UE, la Russie dont le PIB en dollars est inférieur à celui de la France, et d’autres pays moins avancés en ont produit un ou plusieurs, signe notre échec collectif. Que nous en soyons encore à acheter hors d’Europe non seulement les vaccins mais les masques et le matériel sanitaire, un an après le début de la crise devrait être un électrochoc. 

 

La seule solution dont dispose l’UE, c’est le confinement, comme au Moyen-âge!

 

Ce qui vaut pour l’UE, vaut pour la France.

 

Il est plus que temps de se ressaisir.

 

L’Europe doit cesser de faire des plans de relance pour le bénéfice de l’industrie chinoise. Il faut passer des déclarations d’intentions aux actes. Le projet de taxation du carbone aux frontières en cours de discussion est beaucoup trop faible et complexe pour être efficace. L’Europe doit mettre en place des mécanismes simples et efficaces de protection de son marché comme le font les USA ou les pays asiatique. Elle ne le fera que si elle affirme en même temps une politique déterminée de relocalisation de la production en Europe et met fin à sa course à la signature d’accords de libre-échange qui ne profitent qu’à nos partenaires et concurrents.

 

Quant à la France il est temps qu’elle se demande où sont ses intérêts nationaux, si ces mots ont encore un sens dans notre République et qu’elle les défende. Il faut cesser de croire que la multiplication des start-ups développant des applications plus ou moins utiles et rachetés par les GAFA lorsqu’elles sont susceptibles de rapporter de l’argent, constitue un modèle de développement économique.

 

Ne nous laissons pas aveugler par les Etats-Unis. La capitalisation boursière de la bande des six (Apple, Google, Amazon, FB, Microsoft et Tesla) est supérieur à 50% de la capitalisation du Nasdaq (principal indice boursier américain) et représente plus de 30% du SP5OO (les 500 plus grosses sociétés américaines). L’inflation de la valeur boursière de ces entreprises résulte en grande partie de la spéculation alimentée par les flots d’argent déversés par la banque centrale américaine, la FED et par la BCE. Cette survalorisation de ces quelques entreprises inquiète aux USA mêmes. Elle témoigne à sa façon du faux-semblant de la croissance américaine. 

 

Enfin, si l’on compare les 390 milliards d’euros de subventions du plan de relance européen répartis entre les 27 Etats de l’UE dans les trois ans qui viennent au plan de relance américain de 1 700 milliards de dollars que J. Biden vient de faire adopter, on mesure à quel point les moyens mis en œuvre en Europe ne sont pas à la hauteur des enjeux.

 

D) Pas de solution sans croissance économique

 

Le seul intérêt du ratio dette / PIB, c’est qu’il met en rapport la dette et une image approximative de ce qui peut servir de base d’imposition pour la rembourser. Ce ratio peut diminuer en réduisant le numérateur, donc en remboursant la dette, mais aussi en augmentant le dénominateur, le PIB. 

 

L’exemple grec, après d’autres, a montré qu’en cherchant d’abord à réduire la dette quitte à étrangler l’économie du pays, on aggravait l’importance relative de la dette comparée au PIB, tout en interdisant au pays de trouver dans la croissance économique les ressources lui permettant de se dégager progressivement de la contrainte. C’est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

 

La croissance économique est étouffée par la pression exercée sur le pouvoir d’achat des ménages. La classe moyenne a été écrasée depuis 30 ans, en France et en Europe, sa situation s’est dégradée. Il faut inverser la tendance en organisant une augmentation de son pouvoir d’achat au long de la prochaine décennie, d’abord par une augmentation des salaires qui ne sera possible qu’en protégeant un peu le marché européen.

 

Les pays européens doivent donc sérieusement se mettre d’accord sur un objectif de croissance, sur le contenu de cette croissance, aujourd’hui euphémisé par les mots croissance verte, transition écologique, sobriété heureuse. Ils doivent aussi définir les moyens permettant de réaliser ces objectifs.



 

E) Pas de solution sans correction des inégalités

 

Des efforts ne peuvent être demandés aux populations qu’à deux conditions :

 

  • la contribution demandée doit être équitable, elle doit être proportionnellement plus élevée pour ceux qui ont des revenus et un patrimoine élevés que pour ceux qui n’ont rien ou peu. Cela peut paraître trivial, mais la politique fiscale française fait exactement l’inverse. La principale ressource fiscale du budget de l’Etat, la TVA est un impôt qui frappe proportionnellement plus les bas revenus que les hauts revenus. La CSG et la CRDS sont rigoureusement proportionnelles aux revenus et n’en modifient pas les écarts. La fraude et l’évasion fiscale sont massives chez les riches et les entreprises. Une remise à plat de la fiscalité assurant plus de justice est nécessaire et si elle est plus juste elle assurera de meilleures ressources fiscales. Il n’y a pas de ressources infinies dans les poches des Français, mêmes riches, mais une élévation modérée de la pression fiscale sur les couches aisées est possible si elle est justifiée moralement et employée au financement de la croissance. La commission Arthuis écarte la piste de l’augmentation des prélèvements obligatoires, comme le lui avait suggéré le gouvernement en l’installant. Mais cela n’est pas recevable. Nous traversons une situation sans précédents ; des moyens sans précédents doivent être mobilisés. Le rétablissement de l’ISF sur la fortune mobilière est justifié. Il ne réglera pas le problème de la dette, mais tout de même, les détenteurs de valeurs mobilières profitent autant que les propriétaires immobiliers de la flambée des actifs. La suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières avait privé l’Etat de 3 milliards de ressources ; son rétablissement pourrait lui rapporter un peu plus tant le patrimoine des riches a augmenté. B Lemaire veut faire l’inverse et exonérer les transmissions de patrimoine après les avoir détaxés une première fois. Il serait également justifié de supprimer le prélèvement forfaitaire unique de 30% sur l’ensemble des revenus et plus-values des valeurs mobilières. Le Conseil d’analyse économique placé auprès du Premier ministre estime que 70% de l’épargne supplémentaire engrangée pendant la crise du Covid a été faite par 20% des ménages les plus riches. Serait-il anormal, dans une situation exceptionnelle comme celle que nous traversons, d’instaurer une taxe exceptionnelle sur certains produits d’épargne préférés des ménages les plus aisés, comme l’assurance-vie ?

 

  • il faut que la population voie concrètement le résultat des efforts demandés en termes d’investissements, d’emplois et de revenu, or nous avons une classe dirigeante championne du monde des délocalisations et de l’expatriation des revenus et des profits, comme l’attestait encore une récente enquête sur les patrimoines détenus au Luxembourg. Ces comportements doivent cesser en utilisant aussi bien la pression morale que le contrôle et les sanctions. Le maintien de l’activité en France et la relocalisation des activités de production doivent être une priorité de l’action publique. Nous pouvons mesurer chaque jour la fragilité d’un modèle économique fondé sur le tourisme et les services qui fait de la France un pays de seconde catégorie.





F) Un grand emprunt pour financer les investissements nécessaires

 

Des investissements très importants sont nécessaires pour financer la transformation de l’économie, la construction de moyens de production moins émetteurs de CO2 et l’adaptation du pays au changement climatique déjà en cours.

 

  • l’enseignement et la recherche dans le sciences fondamentales et appliquées dans les secteurs où nous décrochons : mathématiques (affaiblissement du niveau moyen constaté année après année), physique, chimie, biologie ;

 

  • la santé pour une remise à niveau des équipements et des salaires dont le « Ségur de la santé » ne représente qu’un premier petit pas.

 

  • La réindustrialisation du pays et les investissements nécessaires à ce qui est désigné comme « transition écologique »

 

La souscription à ces emprunts pourrait être obligatoire pour les détenteurs d’un patrimoine et de revenus d’une certaine importance, ce qui serait une façon de les appeler à contribuer au redressement national.

 

Cet emprunt serait géré par une caisse d’amortissement spécifique et un organisme de gestion propre permettant d’en suivre l’emploi et les résultats.

 

G) Rembourser ou pas la dette publique détenue par les banques centrales ?

 

Il s’agit d’une décision qui ne pourrait pas être prise par la France seule et seulement pour elle.  Un accord européen serait nécessaire et il est inutile d’entretenir des illusions, comme cela a été fait trop de fois : un accord européen sur une annulation partielle ou totale de la dette souveraine détenue par la BCE est inatteignable sauf si survenait une crise financière majeure et le défaut d’un ou plusieurs grands Etats membres de l’Union européenne. 

 

La France fait partie des Etats très endettés de l’UE, avec d’autres comme l’Italie ou l’Espagne, mais ses intérêts sont antagoniques à ceux de l’Allemagne, des Pays-Bas ou d’autres pays du Nord.

 

A supposer qu’un accord puisse être obtenu, il ne le serait qu’au prix de concessions qui pourraient rendre le système monétaire européen encore plus défavorable qu’il ne l’est aujourd’hui à nos intérêts. 

 

Plutôt que demander une annulation de dette inatteignable et qui pourrait être payée chère par la France, peut-être serait-il plus intéressant de négocier la possibilité d’un financement monétaire partiel et directement par les banques centrales de la dette souveraine des Etats de l’UE, de façon à retirer aux marchés financiers une partie de leur pouvoir. Après tout, si les politiques veulent reprendre le pouvoir en Europe, comme ils disent depuis la crise sanitaire, ce serait le meilleur moyen d’y parvenir et de limiter la puissance de la BCE.

 

Enfin, les règles budgétaires de l’UE sont caduques. Même le rapport Arthuis en convient : « Un aménagement de certaines règles apparaît inéluctable, notamment les règles de désendettement (nécessité de réduire de 1/20ème par an l’écart entre le niveau de dette et la cible de 60 %, qui paraissent inadaptées car hors de portée. En France, cette règle supposerait désormais de baisser la dette de 3 points de PIB chaque année pendant 20 ans à partir du rétablissement des règles européennes. » Difficile d’y parvenir sans crise sociale majeure en effet.

 

Il faudra donc que l’UE abandonne cette règle, ainsi que celle des 3% de déficit annuel, pour accepter enfin des objectifs différents par pays, prenant en compte les réalités de leurs économies et de leurs trajectoires de croissance et de finances publiques.

 

*

***

 

Nul doute que le dossier de la dette fasse partie des enjeux des prochaines élections générales en France. Il ne doit pas être confisqué par les spécialistes ni par le pouvoir et la commission Arthuis qui propose des mesures visant exclusivement à stabiliser et réduire la dette, sans toucher à la fiscalité. Le mandat donné à cette commission ne lui laisse pas d’autre choix que de proposer des mesures de réduction des dépenses publiques. Elles ne sont pas toutes à exclure, mais elles ne constituent qu’une petite partie du sujet et n’aborder la question de la dette publique que sous cet angle est l’assurance de combiner les « réformes » de l’Etat social, c’est-à-dire son démantèlement sans cesse remis sur le métier et l’échec de la réduction de la dette.



 

JF Collin

 

19 mars 2021

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 06:00

 

 

 

« La Corrèze avant le Zambèze ». Raymond Cartier n'avait pas employé cette formule-là, mais elle lui fut vite attribuée par la droite antigaulliste qui, encore sous le choc de l'abandon de l'Algérie, jubilait.

 

 

La France, à cette époque, se cramponnait à son empire. Ravalée au rang de puissance moyenne par la seconde guerre mondiale, elle se croyait forte de ses colonies, d'où était partie en 1940 la reconquête du territoire national. Longtemps indifférents à la colonisation, les Français se découvrirent ainsi colonialistes sur le tard, à l'heure, précisément, où le colonialisme était condamné. Parmi les gens de plume et de savoir qui tentèrent d'éclairer leur lanterne, une voix compta plus que d'autres car elle parlait à la France profonde. Celle de Raymond Cartier, journaliste-vedette à Paris-Match, mort d'un cancer en 1975, le seul journaliste à avoir donné son nom à une doctrine, le « cartiérisme».

 

 

A Match, dont le tirage atteignait ces années-là 1,7 million d'exemplaires, Raymond Cartier exerçait un magistère comme peu de journalistes à l'époque.

 

Le « cartiérisme » est l'histoire d'un reniement. Abjurant ses convictions colonialistes, Raymond Cartier avait préconisé dès 1956 le « lâchage » par la France de ses possessions d'Afrique noire. Et s'il ne figure pas aujourd'hui au panthéon des anticolonialistes éclairés, c'est que ses arguments sentent encore le soufre. La France, prétendait-il, doit se défaire de ses colonies non pour répondre à l'aspiration légitime des colonisés, mais parce qu'elles coûtent trop cher. Comme coûtent trop cher, ajouta-t-il en 1964, les faveurs que la France octroie au tiers-monde.

ICI 

 

La Corrèze et le Zambèze - Denis Tillinac - Babelio

 

La Corrèze d’Henri Queuille, de Bernadette et Jacques Chirac maire de Paris, de François Hollande…

 

 

C'était un complexe qu'elle détenait depuis 1920. Mais la Ville de Paris a décidé de passer à autre chose, nous raconte Le Parisien, lundi 15 mars. Ainsi, pour financer d'autres projets en particulier des logements sociaux, la Ville a décidé de sacrifier plusieurs hectares de son patrimoine, estimés à plus de 8 millions de mètres carrés selon nos confrères. Car sur les 19.000 biens dont elle dispose, plus de 500 sont situés hors de Paris, et selon le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, "les politiques publiques évoluent". Ainsi selon lui, les investissements d'après-guerre ne "sont plus d'actualité".

 

 

Raison pour laquelle Paris vient de vendre la Chartreuse Notre-Dame-du-Glandier (Corrèze), un ensemble de 44 bâtiments situés sur 17 hectares et sur deux communes (Beyssac et Orgnac-sur-Vézère). Le domaine a été cédé pour la somme de 2,8 millions d'euros à des courtiers en vin bordelais. Un projet social pour la mairie de Paris, mais également financier, car outre les 250 emplois que le site générait, ce sont surtout les frais d'entretien et de gardiennage (850.000 euros par an) qui ont poussé Paris à prendre cette décision.

La suite ICI

 

La Chartreuse du Glandier à Beyssac est en vente

Paris vend Notre-Dame du Glandier, son monastère en Corrèze, pour 3 millions d’euros

 

Propriétaire de la chartreuse depuis un siècle, la Ville passe la main à un investisseur bordelais. D’autres cessions suivront afin d’améliorer les finances de la capitale.

Par Denis Cosnard

Publié le 02 mars

 

C’est un lieu hors du commun. Un immense monastère à l’abandon, niché en Corrèze, au creux d’une vallée. Un cloître désert, une église vide, une salle du chapitre, d’interminables couloirs dont la peinture s’écaille, une infirmerie, des maisonnettes, des cours, des jardins où prospèrent les herbes folles, l’ensemble ceint d’un mur ocre. Pas moins de 44 bâtiments au total, entourés de 17 hectares de bois de chênes et de châtaigniers ainsi que de prairies. Il y a même une station d’épuration et un ancien élevage de lapins.

 

Un siècle après avoir mis la main sur l’imposante chartreuse Notre-Dame du Glandier, aux confins des communes de Beyssac et d’Orgnac-sur-Vézère, la Ville de Paris s’apprête à vendre cet ensemble immobilier d’exception à un investisseur bordelais pour 3 millions d’euros, frais d’intermédiaire inclus. L’opération doit recevoir le feu vert du Conseil de Paris, qui se réunit à partir de mardi 9 mars. Un parfait exemple de la politique menée par la Mairie pour se défaire de certains bijoux de famille dont elle n’a plus l’usage, alors qu’elle traverse des difficultés budgétaires.

 

La chartreuse du Glandier avait été mise en vente en octobre 2020 sur le site du courtier Agorastore, à 750 000 euros. Cinq candidats ont remis des offres, échelonnées entre le prix plancher et 3 millions d’euros. La plus élevée a été retenue par la Ville de Paris, en accord avec le département de Corrèze. Elle émane de Descas, un négociant en vins de Bordeaux. La famille Merlaut, une des grandes fortunes du négoce bordelais, qui en est propriétaire, développe depuis vingt ans une activité d’investissement immobilier.

 

Deux fois confisqué par l’Etat

 

Pour elle, pas question de transformer la chartreuse en centre de méditation ou en résidence de luxe, comme l’imaginaient d’autres candidats. Son projet prévoit bien des logements, au terme d’une profonde rénovation. Mais il intègre aussi des espaces de coworking, une bibliothèque, des ateliers artistiques, des jardins partagés, ou encore des « espaces coopératifs de commerce alimentés en circuit court ». Autant d’éléments de nature à séduire les élus socialistes décisionnaires.

 

Notre-Dame du Glandier était entrée en 1920 dans le patrimoine de Paris. A l’époque, les autorités parisiennes étaient à la recherche de lieux de cure pour les tuberculeux, et l’endroit, au cœur des bois, avait été jugé « particulièrement bien choisi » pour installer un sanatorium. Une nouvelle vie avait ainsi débuté pour cette chartreuse au passé déjà chargé.

 

Fondé en 1219, confisqué deux fois par l’Etat, en 1789 puis en 1901, le monastère masculin de l’ordre des chartreux, largement reconstruit au XIXe siècle, avait notamment été le théâtre d’une sombre histoire d’empoisonnement ayant suscité plusieurs livres et films, l’affaire Marie Lafarge.

 

Une fois dans le giron parisien, la chartreuse a effectivement été aménagée en sanatorium, puis en centre pour enfants handicapés mentaux, avant d’héberger des adultes handicapés. Mais au fil du temps, le lieu est apparu de moins en moins adapté, et, début 2020, le département de Corrèze, à la disposition duquel avait été mis l’établissement, a préféré accueillir les personnes handicapées dans des locaux plus fonctionnels. C’est alors que les élus de Paris ont choisi de vendre l’ancien monastère désormais inoccupé, et situé à cinq heures de voiture de l’Hôtel de ville. « Cette propriété ne présente plus d’utilité pour le service public parisien et sa gestion à distance par les services de la Ville s’avère complexe et coûteuse », constate la Mairie.

 

A la place, la Ville va toucher un chèque de 2,8 millions d’euros, supérieur à l’estimation des domaines (2,3 millions). La somme ne suffira pas à résorber la dette de la Ville de Paris, qui, avec la crise due au Covid-19, devrait bondir de 15 % en 2021, pour approcher 7,1 milliards d’euros fin décembre. Mais en cette période financièrement tendue, tout ce qui peut éviter d’augmenter les impôts locaux est bon à prendre.

 

« Désherbage »

 

Sur l’année, le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, a prévu de tirer 186 millions d’euros de recettes foncières. Pas question évidemment de mettre aux enchères la tour Eiffel ou la maison de Victor Hugo à Guernesey. Mais la Ville n’hésite pas à vendre les biens qui ne correspondent plus à ses besoins. Comme la chartreuse du Glandier, mais aussi le garage Bayard (13e arrondissement), ou encore ces lots dans un hôtel particulier du quai Malaquais (6e), dont un immense appartement, cédés récemment pour plus de 10 millions d’euros. Le château de Bellefontaine, à Samois-sur-Seine (Seine-et-Marne), inoccupé depuis 1999, se trouve lui aussi en vente.

 

Au-delà de ce « désherbage », l’équipe d’Anne Hidalgo s’appuie sur les opérations « Réinventer Paris », qui offrent beaucoup de souplesse pour valoriser des lieux atypiques. Après divers sous-sols et endroits vacants, la troisième édition de Réinventer Paris, lancée en février, propose aux investisseurs de « donner une nouvelle vie à des anciens bureaux et lieux de travail », dont plusieurs appartiennent à la Ville, notamment un immeuble de l’université Sorbonne-Nouvelle situé rue des Bernardins (5e) et un centre de distribution électrique rue d’Aboukir (2e).

 

En dépit de ces cessions, le patrimoine de Paris tend plutôt à s’accroître, la Ville ne cessant de préempter des appartements et des immeubles afin, avant tout, d’y installer des logements sociaux.

Denis Cosnard

 

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