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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 06:00

Les députés et l'Assemblée nationale victimes d'un désintérêt général

Jean-François lance, en fin de chronique, un appel à la raison :

 

« Notre pays doit se livrer à un examen de conscience collectif pour reconstruire les bases d'une vie en commun fondée sur un minimum de confiance réciproque sans laquelle rien n'est possible. »

 

Je suis plus pessimiste que lui, l’âge sans doute, lorsqu’il écrit aussi : « Nous allons connaître des difficultés économiques importantes liées au contexte international belliqueux, à la reprise de l'inflation qui n'est pas due à une forte croissance économique mais à un ensemble de désajustements économiques mondiaux, sur fond d'endettement public et privé considérable et de remontée des taux d'intérêt. Dans ces situations, les préoccupations écologiques passent habituellement au second plan parce qu'il faut assurer l’essentiel. »

 

Le chacun pour soi a de « bonnes chances » d’être à l’ordre du jour.

Les commentaires sur les résultats de l'élection législative, dont le deuxième tour s'est déroulé le 19 juin, portent sur le fonctionnement à venir de l'Assemblée Nationale, la plus ou moins grande solidité de l'alliance de la gauche autour de la France Insoumise, la question de savoir si elle formera un groupe unique ou quatre groupes à l'Assemblée nationale, les alliances possibles entre la République en Marche et ses satellites et ce qui reste du parti Les Républicains, etc.

 

Pourtant, il ne s'agit là que de questions secondaires au regard de ce qui se passe dans le pays.

 

Abstention ou sécession ?

 

Le résultat le plus important de cette élection est le pourcentage des suffrages exprimés par rapport à l'ensemble du corps électoral.

 

Aux 53,8% d'abstentionnistes, il faut ajouter 7,6% de votes blancs ou nuls, ce qui porte le total des Français qui ont refusé d'exprimer une préférence entre les candidats à 61,4% du corps électoral.

 

38,6% des inscrits seulement ont voté en faveur de l'un des candidats. Sur les 48,6 millions d’électeurs français, 20,7 millions d'entre eux ont exprimé un choix, les autres n’ont pas votés ou ont mis dans l’urne un bulletin indiquant qu’aucun des candidats ne leur convenait.

 

Les voix recueillies par les partis politiques ayant participé au scrutin ne représentent qu’une part marginale du corps électoral : Ensemble = 16,5% des inscrits ; NUPES = 14% des inscrits ; RN = 7,4% des inscrits ; LR-UDI (dont les commentateurs écrivent qu’ils ont résisté) = 3,1% des inscrits ; autres partis 1,8%.

 

En Seine Saint-Denis où la NUPES rafle toutes les circonscriptions, l’abstention atteint 63,3%. Clémentine Autain est élue avec 22% des suffrages des électeurs inscrits dans sa circonscription.

 

Le procès en illégitimité, assez justifié, qui était intenté à Emmanuel Macron après son élection, pourrait à bon droit être instruit contre tous les députés élus dimanche dernier.

 

On peut se dire que ce n'est pas très grave, que ceux qui désirent participer à la vie politique et en désigner les responsables ont pu le faire. Mais il est tout de même difficile d’interpréter la signification de ce scrutin en analysant seulement la part minoritaire des suffrages exprimés.

 

  • Quel sens faut-il donner au refus de près des deux tiers des électeurs d'exprimer une préférence à l'occasion du choix de leur député ?

 

S'agit-il, comme on le dit souvent, d'une forme de vote protestataire qui viendrait s'ajouter à d'autres formes de protestation, le vote pour la France Insoumise ou le Rassemblement National ? Mais alors, pourquoi les Français qui s'abstiennent n'accordent-ils pas leur suffrage à ces partis dits protestataires ? Est-ce parce qu'ils ne les trouvent pas suffisamment radicaux ou au contraire parce qu'ils les trouvent excessifs ?

 

Nous manquons d’une analyse sérieuse de ce que pensent cette vaste majorité d’abstentionnistes et de votes blanc ou nuls.

 

Près de deux tiers des français en sont-ils arrivés à la conclusion que le jeu politique est vain, que l'élection de l'un ou de l'autre ne change rien à leur sort, que les responsables politiques sont incapables de mettre en œuvre ce qu'ils promettent en raison des contraintes auxquelles ils se disent soumis ( appartenance à l'Union européenne qui limite drastiquement la possibilité le choix d'une politique nationale, rapport de forces mondiaux qui ne sont en faveur ni de l'Union européenne ni de la France, puissance de l’exécutif qui de toute façon aura les moyens d'imposer ses choix, etc.). Ou bien encore pensent-ils que ceux qui se présentent à leur suffrage, n’ont en fait aucune intention véritable de prendre les mesures qui permettraient d’améliorer leur sort, parce qu’ils partagent peu ou prou tous les mêmes idées sur ce qui est raisonnable et faisable ?

 

L'argument du beau temps ou de l'attrait de la pêche à la ligne, dont je ne sache pas pourtant que la pratique se développe de façon aussi importante, est une façon de se rassurer à bon compte.

 

La constance du phénomène abstentionniste, sa croissance continue en même temps qu'augmente le nombre de bulletins blancs ou nuls, témoignent plutôt d'une sécession d'une grande partie de la société française qui n'accorde plus aucune importance au discours politique.

 

À la sécession des riches qui dans les années quatre-vingt ont considéré que « la solidarité, ça commençait à bien faire », pour paraphraser N. Sarkozy parlant de l’environnement, et ont donné le coup d’envoi de la contre révolution fiscale et sociale (baisse des impôts, réduction des moyens consacrés aux services publics, augmentation des inégalités de revenus et de patrimoine…), répond aujourd’hui celle de ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose.

 

Margaret Thatcher avait résumé le programme de la contre révolution libérale en une phrase : « la société, ça n’existe pas », seuls les individus existent et ils sont responsables de ce qui leur arrive. Elle ajoutait qu’il n’y avait pas d’alternative à la politique qu’elle conduisait, qui d’ailleurs ne se distinguait pas de celle de R. Reagan aux États-Unis ou de F Mitterrand en France après 1983.

 

Des décennies de trahison des promesses électorales, de désillusion, de dépolitisation de la société, au nom de la raison, des contraintes objectives et des mille et une autres raisons qui justifient que bien que nous changions de Président de la République, de ministres ou de députés, les choses elles ne changent pas, nous ont conduit là où nous sommes.

 

Il en sera bientôt des bureaux de vote, comme des salles de concert de musique classique, des salles de théâtre ou des cinémas. On n’y verra plus passer que des personnes de soixante ans et plus, appartenant aux catégories sociales les plus favorisées et les mieux insérées socialement.

 

Cela devrait inquiéter aussi bien les organisateurs de spectacles vivants que les organisateurs de spectacles politiques, car un jour ceux qui viennent encore y assister auront complètement disparu et ces deux secteurs d'activité pourraient bien disparaître avec eux.

 

Pour compléter ce tableau, on notera que les électeurs ne sont pas les seuls à se désintéresser des élections et de leurs résultats. La bourse est restée parfaitement insensible au résultat du scrutin du 19 juin, dont les commentateurs disent pourtant qu'il rend la France ingouvernable ; elle a progressé au même rythme que celle de Francfort en ce début de semaine, et pour le moment aucun frémissement n'a été constaté sur les taux d'intérêt de la dette publique. C'est dire s'il ne faut pas trop surestimer ce qui se passe dans le champ de la politique...  

 

Un seul vainqueur, le Rassemblement national

 

En réalité, le seul vainqueur de cette élection législative est le Rassemblement national.

 

Seul, sans accord avec un autre parti, même pas avec « Reconquête » d’E Zemmour, avec un mode de scrutin qui lui est complètement défavorable, le RN passe de 7 à 89 députés, l'emportant aussi bien sur le parti « Les Républicains » que sur «La France Insoumise». Au passage le naufrage d’E. Zemmour devrait entrainer des démissions et des licenciements dans la plupart des médias et instituts de sondage qui ont consacré tous leurs efforts entre l’été 2021 et le mois d’avril 2022 à le présenter comme celui que les Français attendaient et le vainqueur probable de l’élection présidentielle. Mais dans le monde des médias et des instituts de sondage, comme dans celui de la politique (ils vivent l’un de l’autre), il ne faut jamais présenter ses excuses car c’est un aveu de faiblesse. Il faut embrayer sur autre chose.

 

Le succès de la NUPES est un effet d'optique.

 

La stratégie d'union a permis de limiter la casse, mais avec 27% des sièges, la gauche réalise son troisième plus mauvais score depuis 1981 et ne progresse pas quant au nombre de suffrages recueilli. L’union de la gauche a permis de limiter la casse en nombre de sièges, elle n’a créé aucune dynamique électorale, sauf dans les médias.

 

Le parti d'Emmanuel Macron LRM, passe de 314 sièges à 154. C'est un échec cuisant pour celui qui prétendait transformer la scène politique française, faire exploser la droite traditionnelle et disparaître l'extrême droite. Ensemble est devenu une coalition de droite parmi d’autres, quant à l'extrême droite elle ne s'est jamais aussi bien portée. Son parti devra revoir à la baisse ses effectifs et son niveau de vie.

 

Cependant, la droite, c'est à dire le mouvement « Ensemble » et « Les Républicains », dispose de 56% des sièges à l’Assemblée nationale. Si l'on y ajoute le Rassemblement National, la droite dans ses différentes composantes est ultra majoritaire à l'Assemblée nationale et recueille plus des 2/3 des suffrages exprimés.

 

On a du mal à comprendre dans cette situation les cris de victoire de Jean-Luc Mélenchon et des responsables de « la France Insoumise ». Une large partie du territoire national ne compte plus de représentants des partis se présentant comme de gauche. La NUPES gagne dans les métropoles, sur le même terrain qu’E Macron, Mais dans les zones rurales et dans l’électorat populaire traditionnel elle est absente. Paris est la terre d’élection de la NUPES et d’Ensemble, ils se partageant la quasi-totalité des circonscriptions. Le PS et LR ont disparu.

 

Parmi les perdants, il faut aussi compter Lionel Jospin et son idée géniale de coupler le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral qui était destinée à garantir au Président nouvellement élu une majorité absolue à l'Assemblée nationale et les pleins pouvoirs dont rêvent de doter le Président de la République, tous les aspirants au régime présidentiel qui sauverait la France, ceux-ci considérant que la 5e République donne encore trop de place au gouvernement et au Parlement par rapport au pouvoir d'un seul homme.

 

À propos du « front républicain »

 

Pour expliquer ce qui est tout de même un mauvais résultat, la chasse aux déserteurs du « front républicain » est ouverte. Emmanuel Macron et son mouvement « Ensemble » se retrouvent à juste titre sur le banc des accusés, puisque dans six circonscriptions seulement ses partisans ont appelé à soutenir le candidat de la NUPES contre celui du Rassemblement National. Ceux auxquels il faisait les yeux doux entre les deux tours de l’élection présidentielle étaient devenus des candidats antirépublicains contre lesquels il fallait faire front.

 

Quelle ingratitude de la part d'un Président réélu grâce à ceux qui ont accepté, encore une fois, de faire barrage à Marine Le Pen malgré l’aversion qu’ils avaient pour lui ! Comme Jacques Chirac en son temps, il considère qu’il ne doit rien à l’électorat de gauche qui l’a sauvé, sans gloire, de la défaite.

 

Pour se défendre, les Macronistes rappellent qu'ils ont utilisé pour l’élection législative, la même formule que Jean Luc Mélenchon au soir du premier tour de l'élection présidentielle : « pas une voix pour les candidats du Rassemblement national », ce qui ne vaut évidemment pas appel à voter pour le candidat de la NUPES, pas plus que Mélenchon n’appelait à voter Macron. 

 

De façon parfaitement incohérente, Jean-Luc Mélenchon dénonce « ceux qui ont perdu tout droit à faire des leçons de morale puisqu'ils ont abandonné cette pratique ancienne du Front républicain », tout en indiquant qu'il ne passera aucun accord avec Emmanuel Macron et ceux qui le soutiennent « parce qu'il ne fait pas partie du même monde qu’eux ».

 

Comprenne qui pourra… Pourquoi deux partis politiques n'appartenant pas au même monde devraient-il appeler à voter l'un pour l'autre à quelque élection que ce soit ?

 

On s'y perd ...

 

En vérité, cette idée de front républicain n'est pas morte d'être trahie où abandonnée par tel ou tel parti. L’appel au front républicain n'a tout simplement plus aucun écho parce que, sur cette question comme sur les autres, les responsables politiques ont perdu toute crédibilité. Lorsqu'ils disent « front républicain », beaucoup de Français entendent « solidarité de la classe politique pour conserver les sièges qu'elle occupe ». Et ils s’abstiennent ou votent blanc ou nul, ou pratiquent le « dégagisme ». À ce propos, Rappelons qu’Emmanuel Macron en 2017 appelait à dégager ceux qui occupaient depuis trop longtemps la scène politique. Il ne peut pas s’étonner que son temps soit venu d’en être victime.

 

Si l'esprit du Front républicain doit renaître, il faudra d'abord s'entendre sur la République que nous voulons défendre.

 

Nous en sommes loin.

 

Le mot a été galvaudé. Pour certains, défendre la République signifie défendre la constitution de la Vème République ; pour d'autres, il s'agit de retrouver l'inspiration de la période glorieuse des débuts de la IIIème République, celle de l'adoption des grandes lois libérales consacrant par exemple le droit d'association, la démocratie municipale, la laïcité, etc.

 

Pour d'autres La République doit être sociale et elle doit s'attaquer d'abord à la réduction des inégalités et à la pauvreté.

 

Il ne suffit donc pas de répéter République, République, comme une incantation qui à elle seule nous permettrait de sortir de l'ornière. Une profonde réflexion à droite comme à gauche sur le système politique et économique que nous voulons est nécessaire et cette réflexion doit se traduire par une proposition de réforme de nos institutions permettant de faire revivre la démocratie.

 

Et maintenant ?

 

La France redevenant un peu plus normale avec un Parlement divisé qui n'est plus totalement à la botte du président de la République, serait devenue ingouvernable. C'est le leitmotiv des commentateurs depuis dimanche soir. Comment font les autres pays européens qui pour la plupart vive depuis très longtemps avec des majorités relatives ? Sans doute ne sont-ils pas gouvernés et leurs citoyens vivent-ils dans la terreur de l'absence d'un pouvoir exécutif tout puissant.

 

Le grand sujet du moment est de savoir qui sera Président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, à laquelle les médias accordent soudainement une importance déterminante. Pourtant, s'il est bien un domaine où l'exécutif décide de tout, c'est celui de la préparation et de l'adoption des lois de finances. Il est vrai que l'Assemblée nationale consacre de longues semaines à en débattre, mais ce n'est que pour les modifier de façon extrêmement marginale et le projet présenté par Bercy au début du mois d'octobre de chaque année n'est pas véritablement modifié par les débats parlementaires. S'il prenait au député l'envie de faire autrement, le gouvernement dispose de l'article 49. 3 de la Constitution pour faire adopter son projet.

 

Bien sûr, chacune des composantes de la droite veut profiter de la situation de faiblesse d'Emmanuel Macron pour améliorer sa position, mais un fait est là, la droite est majoritaire à l'Assemblée nationale et « Les Républicains » vont choisir entre un accord de gouvernement avec Macron ou bien un soutien au cas par cas aux projets que celui-ci présentera à l'Assemblée nationale.

 

Si j'avais un conseil à leur donner, ce serait plutôt d'opter pour un accord de gouvernement avec Emmanuel Macron qui leur permettrait d'absorber une fois pour toute celui-ci et de le faire apparaître pour ce qu'il est, un candidat de droite et rien d'autre que cela, ce qui leur dégagerait la voix pour les élections suivantes. Mais la politique n'est pas une chose rationnelle. Macron pense être assez malin pour décrédibiliser encore un peu plus « Les Républicains » en les mettant en porte-à-faux, projet de loi après projet de loi. « Les Républicains » surestiment leur force et pensent qu'ils pourront au cas par cas vendre très cher leur ralliement. Les uns et les autres surestiment l'intérêt que les citoyens porteront à ce petit jeu.

 

Bien sûr, il sera plus difficile que dans la mandature précédente de faire adopter des textes législatifs à jet continu, en recourant le plus souvent à la procédure des ordonnances, ce qui évitait dans les faits tout débat parlementaire.

 

Nous devrions tous nous en réjouir. Notre pays étouffe sous les lois et les textes réglementaires, traduits ensuite en circulaires de dizaines de pages par les directions d’administration des ministères.

 

En 2021, les préfets ont reçu plus de 1300 circulaires ; on ne voit même pas comment ils peuvent trouver le temps de les lire, quant à les mettre en œuvre n'en parlons même pas. Le plus sage est d'attendre le texte suivant.

 

Cela n'a aucune importance pour l'équipe qui exerce le pouvoir car il s'agit avant tout d'occuper le champ médiatique et non de transformer réellement les choses ou simplement de les administrer avec bon sens.

 

Alors, dédramatisons cette idée de blocage politique du pays. Il n'y a pas besoin de lois pour augmenter les salaires dans les entreprises privées comme dans les administrations ou les entreprises publiques. Il n'y a pas besoin de loi pour préserver le régime des retraites par répartition qui n'est pas menacé par une crise à court terme.  Pas besoin de loi pour que le Parlement contrôle réellement l'action du gouvernement, ce qu'il s'est bien gardé de faire au cours des cinq dernières années, trop occupé qu'il était à voter des centaines de lois. En réalité, beaucoup de choses peuvent être faites sans recourir à la loi et pour tout dire beaucoup de choses seraient mieux faites en laissant les citoyens, les associations, les entreprises et les administrations trouver des solutions plutôt que de leur imposer de façon détaillée ce qu'il doivent faire.  

 

L'essentiel n'est pas de trouver un mode d'organisation de la relation entre le président de la République et le Parlement (on peut oublier le gouvernement qui n'est plus qu'un bureau d'exécution de ce qui est décidé à l'Élysée, personne d'ailleurs ne se demande quel est l'avis d’Élisabeth Borne sur le sujet), mais de trouver une solution à la crise politique que traverse notre pays.

 

La dissolution de l’assemblée nationale est un fusil à un coup qu’E. Macron maniera avec précaution. J Chirac a montré en 1997 que la balle pouvait suivre une trajectoire imprévue et ne pas atteindre la cible visée.

 

Nous vivons une crise morale, institutionnelle, écologique et économique. Elle ne sera pas surmontée par des coalitions à géométrie variable sur des textes de lois.

 

Crise morale parce que nous ne savons plus ce qui nous rassemble, ce qui fait de nous, Français, une Nation, ce qui vaut la peine d’être défendu collectivement.

 

La défense de services publics, des systèmes de protection collective quels qu’en soient les mérites, ne suffit pas à souder une société. Le délitement des principaux services publics auxquels nous assistons, qu'il s'agisse de l'éducation nationale, du système de santé ou de la justice, est à la fois la conséquence de choix politiques réduisant les moyens qui leur sont consacrés, mais aussi d'une rupture de confiance au sein de ces grandes institutions, de divergences sur les objectifs qu'elles doivent atteindre, d'une mise en cause de la part de ceux qui travaillent comme de ceux qui doivent bénéficier de leurs services. Toutes les grandes institutions publiques sont mises en cause, la méfiance prévaut à l'égard de ceux qui sont chargés de les diriger, leur capacité d'action sur la société est de plus en plus réduite. Il ne suffira pas d'augmenter les salaires et de mieux aménager les bâtiments pour que les choses s'arrangent.

 

Ce qui vaut pour les entreprises et les administrations publiques vaut aussi pour le secteur privé. Les entreprises sont en crise, les salariés sont de plus en plus nombreux à se demander ce qu'ils y font, à ne pas supporter leur organisation de plus en plus bureaucratique qui souvent surpasse celle des administrations. La qualité des services et des marchandises qu'elles produisent est contestée, pour des raisons sanitaires où environnementales, parce que la surconsommation a des effets dramatiques sur notre environnement qui sont maintenant bien connus et aussi parce que la qualité de ce qui est produit souvent n'est pas bonne. Quelques exemples récents dans des secteurs industriels considérés comme d'excellence en France sont venus nous le rappeler. La moitié des réacteurs nucléaires du pays et à l'arrêt depuis plusieurs semaines en raison de défauts constatés sur les soudures d'éléments essentiel à leur fonctionnement. La SNCF vient de renvoyer à Alstom un nombre assez important de rames de TGV dernier modèle qui souffrent également d'un défaut de soudures qui en affectent la sécurité. Il faudra plusieurs mois pour remédier à ces défauts.  Les exemples pourraient être multipliés.

 

Notre pays doit se livrer à un examen de conscience collectif pour reconstruire les bases d'une vie en commun fondée sur un minimum de confiance réciproque sans laquelle rien n'est possible. Ce n'est pas un grand débat dans lequel le président de la République fait son numéro pour montrer qu'il a réponse à tout et qu'il est capable de convaincre chacun qui permettra cela. Il s’agirait d’un échange de chacun d’entre nous avec sa propre conscience et avec les autres, mené dans des milliers de lieux en même temps, sur une période de temps qui pourrait être de deux ou trois ans qui le permettra. On peut rêver et se dire que les journaux les radios les télévisions, au lieu d'obéir à la dramaturgie des jeux du cirque, pourraient être des endroits ou des discussions honnêtes, sans enjeu de pouvoir immédiat, correctement modérées seraient conduites. On peut rêver que les essais qui seront écrits, les livres qui seront publiés participeront à cet examen de conscience collectif en laissant de côté les invectives, la condamnation de l'autre, les jugements définitifs, bref tout ce qui interdit une véritable discussion, un véritable échange de points de vue permettant à chacun de faire évoluer le sien. 

 

Chacun devrait l’aborder avec humilité et une seule certitude, celle qu’il ne sait pas tout, qu’il n’a pas à lui seul la solution, que rien ne sera possible si nous ne pouvons pas compter les uns sur les autres, que la compétition n’est pas le meilleur moyen d’atteindre un objectif collectif, qu’elle est toujours inférieure à la collaboration. Une société dans laquelle chacun se méfie de l’autre, dans laquelle l’affrontement et la victoire d’un groupe sur l’autre est vue comme la seule solution est vouée à la dissolution.

 

Nous sommes dans cette société.

 

Cette idée d’examen de conscience collectif sera considérée par beaucoup comme naïve ou dangereuse. Elle me paraît indispensable et ce sont les mieux lotis qui devraient commencer.

 

Crise institutionnelle ensuite. Il n’est plus question que de cela. La Vème République a longtemps été considérée comme un régime garantissant la stabilité politique du pays et l'efficacité de son gouvernement. Un nombre croissant de citoyens et de responsables considère que cela n'est plus vrai et que ses inconvénients l'emportent sur ses avantages.

 

Elle est très centralisée mais ne garantit pas l'égalité de traitement sur le territoire national ; les métropoles concentrent les richesses et les services, le reste du territoire a un sentiment d'abandon.

 

Elle donne à l’exécutif des pouvoirs considérables, et pourtant celui-ci est impotent, les leviers à sa disposition ne répondent plus et il ressemble à hamster qui pédale dans une roue sans produire le moindre mouvement.

 

Le pays n'est plus correctement représenté par ses institutions. Certains se réjouissent de la fin de la majorité absolue à l'Assemblée nationale considérant que nous serions arrivés presque au même résultat que celui qui aurait été permis par un scrutin proportionnel sans avoir besoin d'y recourir. C'est faire peu de cas de la très forte majorité qui a refusé de participer à cet exercice et de la distorsion introduite par ce mode de scrutin entre la composition de l'Assemblée nationale et la réalité politique du pays.

 

Nos institutions doivent être réformées. Une commission composée de parlementaires de toutes les obédiences politiques, de membres du Conseil économique social et environnemental, de syndicalistes, de représentant du mouvement associatif et de juristes devrait être chargée de préparer un projet, d'organiser le débat public autour de ses propositions, de laisser ensuite le Parlement en débattre avant que cette nouvelle constitution soit soumise à la population par référendum.

 

Crise économique et écologique enfin.

  

Elles sont intimement liées. La crise écologique ne résulte pas de la gloutonnerie des gens, de leur manque de conscience, de leur méconnaissance des petits gestes qui arrangeront tout. Elle résulte d'abord d'un système économique dont la finalité assignée à chacun de ses acteurs est celle du profit maximum. Les économistes classiques considéraient qu'en cherchant à satisfaire son envie individuelle de réussite, chacun contribuait au mieux à la réalisation du bien commun. Le boulanger permet à chacun de manger du pain non par altruisme, mais pour faire prospérer son commerce. Il y avait malheureusement un vice dans cette pensée qui généralisait un exemple particulier qui ne pouvait pas l'être. Les entreprises ont recherché le profit maximum au mépris des conséquences désastreuses de leur activité sur l'environnement. La croissance des entreprises transformées en monopole étouffe l'innovation. Les relations internationales sont dominées par les grands groupes multilatéraux dont les gouvernements défendent les intérêts plutôt que les intérêts des peuples et des Nations.

 

Nous allons connaître des difficultés économiques importantes liées au contexte international belliqueux, à la reprise de l'inflation qui n'est pas due à une forte croissance économique mais à un ensemble de désajustements économiques mondiaux, sur fond d'endettement public et privé considérable et de remontée des taux d'intérêt. Dans ces situations, les préoccupations écologiques passent habituellement au second plan parce qu'il faut assurer l’essentiel.

 

Les idées actuelles d'instituer une planification écologique confiée à une instance administrative placée auprès du Premier ministre sont totalement inopérantes pour surmonter la crise écologique, nous dirons pourquoi dans un autre texte. La réponse aux crises économique et écologique conjointes passe par une autre conception de la manière de les aborder, loin de la planification bureaucratique et de la centralisation.

 

Oublions donc les questions qui dominent le débat public au lendemain de l'élection législative sur les arrangements qui doivent être trouvés à l'Assemblée nationale. Ceux-ci ne font que nous détourner une fois encore de l'essentiel et montrent que les véritables leçons de ce scrutin n'ont pas été tirées.

 

Jean-François Collin

21 juin 2022

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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 11:30

Dictionnaire amoureux de l'Esprit français

« Emmanuel Macron incarne évidemment à sa manière une partie de l’esprit français. Il a symbolisé ce panache, et les électeurs l’ont suivi. Jusqu’à ce qu’il cesse de plaire… »

Metin Arditi écrivain essayiste suisse d’origine turque.

Je me pose toujours la question : pourquoi nos  voisins suisses et belges s’intéressent-ils de très prêt à ce qui se passe dans notre foutu pays, et tout particulièrement au moment des votations ?

 

La réciproque n’est guère vraie, nos grands médias se fichent pas mal de ce qui se passe chez nos voisins francophones.

 

« Au terme du voyage que l'écriture de ce dictionnaire m'a amené à faire, je reste frappé par ce paradoxe, la cohabitation intime d'immenses prophètes Pascal, Diderot, Renan, Péguy – et de saltimbanques talentueux, souvent géniaux, Molière, Beaumarchais, Colette, Guitry, Piaf.[...]La liberté, trait saillant de l'esprit français, tient à ce que, lorsqu'on fait la fête, les prophètes ne sont jamais loin. Il y a là une spécificité française, une cohabitation qui ne se retrouve, je crois, dans aucune culture. »

 

«Je voudrais bien savoir, dit Molière, si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire ».

 

Partant de ce constat, Metin Arditi, amoureux de l'esprit français, sillonne les champs de la séduction à la française, de l'élégance subtile et du mot, « le mot qui fait mouche ».

 

Le fait de travailler simplement, d’être «besogneux» est affreux. Je l’écris dans le livre: «Quelle horrible épithète! L’adjectif se veut blessant. Un besogneux n’a pas d’allure. Il ne se préoccupe pas de plaire. Il ne fait pas dans la légèreté. Il ne s’occupe que d’être utile. Mais quel avenir peut donc espérer ce malotru?» Le savoir-faire est méprisé en France et cela, ce n’est pas bien. On ne peut pas vouloir plaire et être besogneux.

 

Les «grandes écoles» qui forment l’élite du pays distillent une formation qui dénigre l’apprentissage, le goût de la réalité, les choses simples dans lesquelles se retrouvent les artisans, les paysans, les commerçants.

 

«L’esprit français engendre un redoutable déni des réalités» ICI 

 

Metin Arditi admire la France et ce qu’elle a apporté au monde. L’écrivain suisse le dit avec passion dans son «Dictionnaire amoureux de l’esprit français». Mais cette grandeur a aussi un prix.

Terrible.

Épuisant.

Et toujours fascinant

 

Metin Arditi, essayiste et romancier, rencontré à Genève — © Keystone

  • Vous citez d’emblée, dans votre «Dictionnaire amoureux de l’esprit français», cette phrase de Molière: «Je me demande bien si la plus grande des règles n’est pas de plaire.» L’art de la séduction reste, selon vous, incontournable en France?

 

L’obligation historique de plaire est au cœur de l’esprit français et il en découle une obligation de théâtralité que l’immense Molière avait comprise mieux que personne. Est-ce un miroir dans lequel les Français se regardent en permanence? Est-ce un terrible exercice narcissique? Non. C’est d’abord un refus de l’enfermement. L’intellectuel français classique doit s’exposer, s’exprimer, parler. La société française est une société du verbe, donc de la séduction. Est-ce glorieux? Pas toujours. Les échecs sont nombreux. On pense à Dom Juan. Mais comment ne pas avoir une infinie tendresse pour cette volonté, sans cesse, de s’affranchir des faits? En littérature, dans les arts, dans l’histoire, elle a, au fil des siècles, produit des miracles. Mais l’esprit français engendre aussi un redoutable déni des réalités.

 

  • Justement. S’affranchir des réalités pour séduire, ou pour «plaire» comme l’écrit Molière, n’est-ce pas un redoutable piège?

 

L’esprit français, c’est prendre ses distances avec le réel. Parce que le réel n’est pas ce qui compte vraiment. Prenez Versailles: c’est un palais, c’est une réalité, c’est un roi, c’est le symbole de la monarchie absolue. Mais Versailles, à l’époque de Molière, c’est la cour, c’est aussi une société artificielle, cachée derrière des masques et des paravents. L’esprit français est la clé pour comprendre à la fois la grandeur de la France, son charme fou, et ses difficultés reflétées aujourd’hui d’une certaine façon par la crise des «gilets jaunes». Les «grandes écoles» qui forment l’élite du pays distillent une formation qui dénigre l’apprentissage, le goût de la réalité, les choses simples dans lesquelles se retrouvent les artisans, les paysans, les commerçants. Mon dictionnaire est amoureux. Mon affection et ma tendresse pour le brillantissime esprit français sont infinies. Sauf que le coût de ce dernier est énorme. La société française paie un prix colossal, insupportable, à cette obsession du panache.

 

La suite ICI

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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 06:00

 

Ceux qui me lisent régulièrement vont sourire, « il ne manque pas d’air, de vin il n’en parle plus beaucoup… » J’en conviens, en plus de quinze années de labeur j’ai fait le tour de la question, me contentant de licher des vins nu en bonne compagnie, oui, oui, je baguenaude au gré de mes envies.

 

L’eau donc, l’eau pure, fraîche, tirée du puits du Bourg-Pailler, qu’enfant nous buvions au pot. Souvenirs, souvenirs, il n’empêche que lorsque l’on boit du vin nu, entrecouper les séquences, par des verres d’eau, permet  de ne pas se déshydrater.

 

L’eau du robinet alors puisque l’eau minérale en bouteille n’est guère respectueuse de l’emprunte carbone. Les restaurants, de plus en plus, présentent à leurs clients de l’eau micro-filtrée, plate ou gazeuse. ICI 

 

 

À Paris nous avons des puits artésiens - Passy, La Chapelle, Butte-aux-Cailles, les 3 dernières fontaines d'eau de source. ICI 

 

Les puits artésiens de Paris ne sont plus que trois en activité de nos jours. Ces fontaines d’Albien, pourvoyeuses d’eau de source d’une rare pureté, font le bonheur des riverains qui se pressent pour remplir des récipients gratuitement. Protégé par les couches fossiles de la pollution de surface, le précieux liquide s’il est légèrement ferrugineux et naturellement riche en fluor demeure peu minéralisé. Il ne présente ni calcaire ni ajout chloré et très peu de magnésium. Les puits artésiens, du nom de la province d’Artois où sont entrepris les premiers forages du genre au XIIème siècle, permettent aux populations d’accéder à une eau de grande qualité. A partir des années 1830, le progrès technique rend possible des forages particulièrement profonds. Paris, comme toutes les grandes villes modernes de cette époque, est alors confronté au défi de l’eau potable. Cinq puits artésiens vont voir le jour entre 1841 et 1929. Trois équipés de fontaines publiques sont parvenus jusqu’à nous, grâce à la rénovation des anciens forages, dirigée par Eau de Paris à partir de 1994, à Passy square Lamartine, à La Chapelle square de la Madone et à la Butte-aux-Cailles place Paul Verlaine.

La suite ICI

Le puits en 1900, photographié par Eugène Atget.

Puits artésien de la Butte-aux-Cailles

 

À la suite du forage réussi des puits artésiens de Grenelle, Passy et Hébert au cours du XIXe siècle, et sur une idée de François Arago, un puits artésien est envisagé sur la Butte-aux-Cailles afin d'alimenter le quartier en eau et de déverser le surplus dans la Bièvre, affluent de la Seine coulant à proximité et dont le débit est à cette époque devenu insuffisant. Le préfet Haussmann décide du forage par arrêté préfectoral le 19 juin 18632.

 

Les travaux ne commencent que le 28 août 1866 et débutent par l'érection d'une tour de forage en bois. Ils sont sur le point de s'achever en 1872 lorsque le forage atteint les argiles coulantes du Gault, juste au-dessus de la nappe aquifère. Mais, à la suite d'un désaccord entre l'entrepreneur et l'administration, ainsi que du manque d'argent (Paris est assiégée en 1870, la Commune de Paris a lieu en 1871), les travaux sont interrompus. Qui plus est, la Bièvre est progressivement enfouie et ne nécessite plus d'être alimentée. L'aqueduc de la Vanne alimente le réservoir de Montsouris en 1874, permettant la distribution d'eau dans le sud parisien. Pendant une vingtaine d'années, la tour en bois, abandonnée, reste témoin de la tentative. La place où elle s'élève est néanmoins baptisée « place du Puits-Artésien » (elle ne prendra le nom de « place Paul-Verlaine » qu'en 1905).

 

 

Le forage reprend en 1893 sous la direction de l'ingénieur Paulin Arrault4. Finalement, l'eau jaillit en 1904 d'une profondeur de 582 m. Le tube a un diamètre de 40 cm à la base et le débit se stabilise à 67 L/s (5 800 m3/jour). La Bièvre étant en cours d'enfouissement, il n'est plus question d'y déverser l'eau du puits artésien. En 1924, le puits alimente la piscine de la Butte-aux-Cailles toute proche et récemment ouverte.

Savez-vous à quoi sert le réservoir de Montsouris, la cathédrale de l'eau ?

 

Véritable prouesse technique à la fin du 19ème siècle, le réservoir de Montsouris participe toujours au quotidien de 20% des Parisiens.

Par Thomas Martin

Publié le 26 Mai 2022

 

Le réservoir de Montsouris a été construit à la fin du 19ème siècle

Le réservoir de Montsouris a été construit à la fin du 19ème siècle (©AdobeStock

 

Dans le 14ème arrondissement de Paris, le réservoir de Montsouris, construit par Eugène Belgrand, fonctionne depuis 1875. Un outil indispensable à la vie de nombreux Parisiens qui consomment aujourd’hui en moyenne 120 litres d’eau par jour par personne, soit six fois plus qu’au milieu du 19ème siècle.

 

De l’eau transportée jusqu’à Paris par aqueduc

 

L'aqueduc de la Vanne, imposante surélévation en pierre meulière de la fin du xixe siècle, fut construit par l'ingénieur Eugène Belgrand pour alimenter le réservoir de Montsouris

L’aqueduc de la Vanne, imposante surélévation en pierre meulière de la fin du xixe siècle, fut construit par l’ingénieur Eugène Belgrand pour alimenter le réservoir de Montsouris (©AdobeStock)

 

A la fin du 19ème siècle, les eaux de la Seine deviennent de plus en plus impropres à la consommation du fait de leur variation de température saisonnière et du développement industriel et urbain en amont de la capitale. Il faut donc construire des réservoirs pour améliorer progressivement l’alimentation en eau des Parisiens. Une eau transportée par aqueduc selon le principe de la gravité depuis les contreforts du bassin parisien.

 

Le réservoir de Montsouris est situé sur un des points élevés du sud de Paris, près du parc Montsouris. Le quartier des Champs-Élysées a été le premier à bénéficier de ses eaux.

 

La suite ICI 

1800 piliers supportent les voûtes d'où le surnom de

1800 piliers supportent les voûtes d’où le surnom de « cathédrale de l’eau » (©Wikicommons)

Velleminfroy

Riche en sels minéraux
Calcique
Magnésienne
Convient à un régime pauvre en sodium
Pureté1 absolue (0 nitrate2,3, 0 pesticide3, 0 trace de médicament4, 0 particules de micro-plastique5)

Gamme eau vintage plate et pétillante

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 06:00

L’université de Bologne n’est pas seulement l’université la plus ancienne en Europe, elle se classe comme la première université en Europe et se place au Top 10 des meilleures et plus belles universités en Europe.

J’aurais pu, dans mon titre, écrire la bolognaise, puisque la belle Silvia, habite Bologne, mais, pour le grand amateur de pasta que je suis, ça sonnait trop, la trop galvaudée sauce bolognaise, suis plutôt Cacio e Pepe, alors comme ses racines et son cœur sont à Biella va pour la Piémontaise.

 

« Lovée entre les montagnes et les plaines verdoyantes, la ville de Biella entretient un lien fort avec ses montagnes. C’est grâce aux cours d’eau provenant des Alpes bielloises qu’a prospéré durant des siècles l’économie de la laine, qui est connue et appréciée dans le monde entier. Le territoire montagnard qui s’étend autour de la ville voit en Biella un point de repère. Qui offre aux Biellois l’opportunité de se promener dans la nature, de pratiquer du sport et des activités de plein air, sans oublier le tourisme religieux.

 

En effet, Biella est une terre de lieux sacrés : le Sanctuaire d’Oropa, qui se dresse au milieu des montagnes, a été déclaré Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 2003. La cuvette d’Oropa, où la Région Piémont a créé une réserve naturelle spéciale en 2005, est au coeur d’un projet de relance du tourisme dans les montagnes bielloises, axé sur l’environnement et la durabilité. En outre, le territoire de Biella est traversé par deux grands chemins de randonnée très fréquentés : la Grande Traversée des Alpes (GTA) et la Grande Traversée de l’arrière-pays biellois. »

 

Son dernier opus, « Une amitié » je l’ai choisi comme le faisait l’une des héroïnes, Élisa, l’intello, introvertie, dans la librairie « au coin de la via Saragozza, où d’ailleurs le libraire n’est pas mal. Mais je ne lui jamais demandé de conseils, au contraire. Je choisis un roman à l’intuition […] j’aime tourner les pages, les caresser, sans me sentir snob pour autant. » Page 347, seul, baguenaudant, guidé par ma seule intuition, effleurant les couvertures, traquant les petits livres qui se glisseront dans ma poche, soupesant les gros, comme les melons (là je déconne) chez Compagnie, 58 rue des Ecoles, face à la Sorbonne, à  deux pas de son éditrice Liana Lévi.  ICI

 

Le Prix Littéraire Marco Polo Venise

 

Même si vous n’allez pas me croire, je ne l’ai pas choisi, envoûté que j’étais, par la photo de la rayonnante Silvia, sur le bandeau enserrant le livre.

 

Après lecture, je suis fasciné par la romancière, une révélation, « De sa plume à vif, avec un sens aigu de la narration et des dialogues percutants, Silvia Avallone dissèque le quotidien des deux amies : les virées en scooter, les premiers flirts, les selfies et la flamboyance pour l’une, les livres et le mal-être pour l’autre… Mais ce qui rend le roman aussi captivant, ce sont les personnages qui gravitent autour d’elles, chacun tressant les fils d’un canevas au centre duquel se dessinent Beatrice et Elisa… »

 

Mais pas que : « Avallone s’inscrit vraiment dans la modernité et aime à parler de l’envers du décor de carte postale de son pays. »

« C’est comme toujours avec Avallone extrêmement fin, les sentiments ambivalents des personnages sont très bien traités et cela nous pousse à nous questionner sur de nombreux domaines. Notamment celui du monde des réseaux sociaux… »

 

Le vieux blogueur que je suis, blanchi sous le harnois, a vécu la perversion du Net, d’espace de liberté à comme le réplique Béa, l’autre héroïne du livre « Tu n’as rien compris, toi. La seule information intéressante, sur mon blog, c’est moi. »

 

« Au fin fond d’une province italienne en retard technologique chronique, la Rossetti (Béa) a dessiné le futur d’Internet et s’est placé au centre de la toile. »

 

« Rossetti a anticipé, et d’une certaine façon inauguré cette perversion des réseaux sociaux devenue aujourd’hui dominante : la fermeture plutôt que l’ouverture, le narcissisme plutôt que la rencontre, le repli fœtal et malsain sur les (faux) moi. Enfin, ma formule préféré : « Béatrice Rossetti est l’algorithme létal. »

 

Une fois immergé dans « Une amitié » je suis resté sous la tension d’une écriture vive, juste, d’une construction intelligente, marque des grands narrateurs, narratrice ici, la découverte de Silvia Avallone est une révélation, elle est pour moi est l’une des meilleures de sa génération. Ce livre renforce mon opinion, que les femmes sont, dans la vieille Europe, les romancières les plus douées. En Espagne, Almuneda Grandes, malheureusement récemment disparue, et en Italie, Silvia Avallone. Et en France me direz-vous ? J’avoue qu’aucun nom ne me vient.

 

silvia avallone | Librairie Maruani

 

Une fois refermé « Une amitié » je me suis précipité chez mon libraire ouvert les jours fériés, L’écume des pages pour acquérir le premier roman d’Avallone, « D’Acier » (2011) qui la rendue célèbre en Italie comme en France (prix des lecteurs de l’Express), et, pour faire bon poids, « Marina Belleza »  (2014) dans la collection piccolo (poche de Liana Levi).

 

Marina Bellezza - Avallone Silvia - 9782867468056 | Catalogue | Librairie  Gallimard de Montréal

 

Je suis plongé dans « D’Acier » et, si j’ai  un conseil à vous donner, faites comme moi allez chez votre libraire préféré, acheter les 3 livres, lisez-les dans l’ordre que vous souhaitez ou, faites comme moi, commencez par le dernier.

 

Je vous livre 3 critiques d’ « Une amitié » et une interview de Silvia Avalonne dans Libé à la suite de la sortie de « D’Acier » en 2011.

Silvia Avallone • Oh les beaux jours !

1- « Une amitié », de Silvia Avallone : l’attirance des contraires ICI  

Critique 

Après son premier roman très remarqué D’acier, Silvia Avallone poursuit l’exploration de son thème favori, l’amitié passionnelle entre deux adolescentes que tout sépare.

  • le 16/02/2022 à 17:34 Laurence Péan, 

Cette histoire d’une amitié dévorante entre deux adolescentes rappelle inévitablement L’Amie prodigieuse, d’Elena Ferrante. Aussi brillante conteuse que sa consœur italienne, Silvia Avallone se glisse dans les méandres du même fleuve qui emporte dans ses flots agités Beatrice et Elisa. Et c’est à T., un important village de bord de mer « emprisonné dans son anonymat », que les deux adolescentes se rencontrent au tournant des années 2000.

Île D'Elbe Coucher De Soleil Vue Depuis Piombino Un Yacht De Bateau à  Voile. Mer Méditerranée. Toscane Italie Banque D'Images Et Photos Libres De  Droits. Image 41159397.

2 « Une amitié », de Silvia Avallone : l’une lisait, l’autre pas ICI

 

L’écrivaine italienne explore avec vivacité le parcours de deux adolescentes des années 2000, l’une attirée par les livres, l’autre par les réseaux sociaux.

Par Florence Courriol-Seita(Collaboratrice du « Monde des livres »)

Publié le 08 avril 2022 

 

« Une amitié » (Un’amicizia), de Silvia Avallone, traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, 528 p., 23 €, numérique 18 €.

 

Plus de dix ans ont passé depuis le puissant premier roman, D’acier (Liana Levi, comme tous ses livres, 2011), qui fit connaître aux publics italien et français la fougueuse Piémontaise Silvia Avallone (née en 1984). Après trois autres romans (Le Lynx, Marina Bellezza et La Vie parfaite, 2012, 2014, 2018), l’écrivaine nous revient en grande forme avec ses thèmes de prédilection – adolescence, fractures sociales, vie de province, figures de la mère et de la parentalité –, mais adopte cette fois un point de vue d’adulte. Une amitié vient ainsi conclure une époque, dire adieu à cet entre-deux de l’adolescence qu’Avallone dépeint magistralement depuis ses débuts.

Une amitié - Silvia Avallone • Éditions Liana Levi

3- “Une amitié” de Silvia Avallone ICI 

 

Un roman italien mais qui n’est pas signé Elena Ferrante. Car on le sait la romancière italienne avait fait un immense succès avec "l’amie prodigieuse", une histoire en 4 volumes qui raconte l’amitié de deux jeunes filles dans un quartier pauvre de Naples. 

 

Le livre que je vous présente aujourd’hui à pourtant des similitudes car il nous parle de l’amitié de deux jeunes filles et il est écrit par une italienne très talentueuse mais la ressemblance s’arrête là. "Une amitié", c’est le titre de ce roman qui vient de sortir aux éditions Liana Lévi et c’est à Silvia Avallone qu’on le doit. Avallone est née dans les années 80 et vit aujourd’hui à Bologne. "D’acier", son premier livre, avait fait grand bruit en Italie et au-delà

I social e la dittatura dell'apparire”: Silvia Avallone racconta  "Un'amicizia", il suo nuovo romanzo - ilLibraio.it

Interview

 

«La gauche de mon pays ne fait plus rêver les jeunes» ICI

 

Le cahier Livres de Libédossier

 

 

 

Rencontre à Paris avec Silvia Avallone

par Françoise-Marie Santucci

publié le 14 avril 2011

 

Silvia Avallone surprend ou séduit pour les mêmes raisons. Ses gros seins, son sourire, ses cheveux bouclés en cascade, son imposant tatouage tribal sur l'épaule gauche qui date de ses 15 ans, les 350 000 exemplaires de D'acier vendus en Italie, les 12 traductions en cours, le fait qu'elle a été finaliste de l'équivalent du Goncourt. Elle a beau citer une phrase de Don DeLillo sur «la peur» en exergue de son roman (1), on dirait qu'elle n'en ressent aucune. L'assurance est forcément un peu forcée. Son père était un petit commerçant napolitain établi à Piombino, sa mère enseignante en primaire originaire du Piémont, qui ont fini par divorcer. Enfant unique, Avallone est mariée à un libraire, et ils vivent à Bologne. Cette inlassable lectrice de Balzac, DeLillo, Capote, Nabokov, Dostoïevski ou Flaubert écrit aussi de la poésie, et récemment, un texte sur Anna Magnani. Alors que D'acier est en cours d'adaptation pour le cinéma, Silvia Avallone a commencé un deuxième livre (dont, par superstition ou prudence, elle ne dira rien).

 

Pourquoi Piombino ?

 

J’ai vécu là-bas par intermittence, avec mon père, entre 14 et 18 ans, et j’ai grandi avec des adolescents qui, dès 16 ans, sont allés travailler à la Lucchini. J’avais envie de raconter des histoires dont la presse ne se fait jamais l’écho. Ce qui m’a valu des procès publics. J’avais mis le doigt là où ça fait mal. On m’en a voulu d’évoquer les jeunes ouvriers, ceux qui ont remplacé les vieux militants. Parce qu’il est difficile pour beaucoup de monde d’entendre que la culture de gauche en Italie n’est plus à même de faire rêver les jeunes, que tout cela a été remplacé par le «rêve» berlusconien, que la province a été démantelée, que les gens y vivent, pour la plupart, dans une profonde résignation, et dans l’immédiateté tant tout espoir d’avenir est impossible.

 

 

Pourquoi 2001 ?

 

Mes personnages ont une défiance absolue envers la parole. Ils ne se sentent pas représentés par les mots. C’est à croire que beaucoup de gens sont devenus muets en Italie. Cela date de 2001. L’année n’est pas tant celle du 11 septembre, c’est aussi celle du G8 à Gênes, avec un mortsymbole dans les rues de la ville, et celle où Berlusconi revient au pouvoir. En ce sens, 2001 marque le début de l’effondrement de la culture en Italie. On accuse ma génération d’être une génération «silencieuse» ; mais qu’a fait la «génération des pères» pour endiguer Berlusconi? Rien. Ce fameux 11 septembre, comme les personnages du livre, j’étais à la terrasse d’un bistrot de province avec des amis ; j’ai perçu la distance abyssale entre la grande histoire qui se déroulait en direct, et cet îlot qu’était ma vie.

 

Pourquoi écrire ?

 

J'en ai toujours rêvé. J'ai commencé D'acier à 23 ans. Un an pour me documenter puis un an pour apprendre à tenir le rythme de l'écriture. J'ai envoyé mon manuscrit à une seule maison, l'une des plus importantes d'Italie [Rizzoli, ndlr, également propriétaire, en France, de Flammarion]. Je voulais que mon livre soit lu. L'écriture n'est pas une routine, ni quelque chose d'anodin. C'est un défi. Pour ma génération, Roberto Saviano, l'auteur de Gomorra, a tout changé. Il a rouvert le monde, il nous a libérés d'une autofiction omniprésente. Je pense qu'on ne peut pas raconter le destin de quiconque sans le relier au théâtre social. Et contrairement à ce que raconte la «culture» télévisée italienne, ce qui se passe à nos frontières, à nos bords, nous donne de l'énergie. La mentalité individualiste de la «génération des pères» a montré ses limites.

 

Pourquoi se révolter ?

 

En Italie, beaucoup de femmes sont encore réduites au modèle antique. S’occuper du foyer, des fils, de la destinée. Et quel message envoie-t-on aux jeunes filles ? Qu’il faut miser sur son corps pour s’en sortir. La société italienne n’en peut plus de cette vision du monde. C’est aussi cela qui s’est exprimé lors de l’immense manifestation contre Berlusconi, le 13 février. Malgré ce que croit ce monsieur, l’existence n’est pas une orgie. Moi, j’ai des soucis d’adulte, j’ai appris à ne pas faire la maligne, je suis une fille sérieuse. Et je dois beaucoup à mes grands-parents, qui sans trop se raconter d’histoires ont bâti quelque chose de solide. Ce devrait être ça, une vie. Travailler dur, écrire de beaux livres, fonder une famille.

 

(1) «Les meilleures choses sont illuminées par la peur» (Don DeLillo, «Libra», Actes Sud).

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 09:30

La moutarde peut parfois être utilisée pour assaisonner la galette saucisse, spécialité rennaise. | MARC OLLIVIER / OUEST-FRANCE

Maintenant que Rebsamen et Le Drian sont ENSEMBLE dans le même bateau, cette histoire de moutarde devrait pouvoir  s’arranger.  

 

En effet, après avoir fait la danse du ventre, auprès de notre prince Macron 1, pour transférer le siège de l’OIV (un machin du vin comme disait de Gaulle « Le machin qu'on appelle ONU. » Le 10 septembre 1960, à Nantes)  à Dijon, et l’obtenir, François Rebsamen a jeté sa carte du parti aux orties pour rejoindre le prince Macron à la recherche de son second sceptre.

 

Résultat : nada, pas le plus petit maroquin – la place Beauvau, son rêve sous François le roi du pédalo – et, pire, plus ou presque de moutarde de Dijon sur les rayons des temples de la consommation.

 

Du côté de Le Drian, qui avait jeté sa carte bien avant, le voilà débarqué du Quai d’Orsay, donc Jean-Yves – j’en connais aussi un en Bourgogne – et François vont pouvoir être utiles à leurs pays.

 

Pierre Grandgirard, patron du restaurant "La Régate" à Douarnenez Finistère-sud, n'arrivant plus se procurer suffisamment de moutarde, le patron du restaurant "La Régate" à Douarnenez (Finistère), a été obligé de parcourir sa ville pour tenter d'en trouver. « J'ai compris que j'allais aller à la chasse à la moutarde et effectivement, j'ai fait les différents commerces de Douarnenez. J'ai eu un commerçant qui a bien voulu me dépanner de deux pots parce que normalement, c'est limité pour une personne. Tous les autres n'en avaient plus ».

 

Résultat, sans cet "outil de travail" essentiel, alors que la saison estivale commence, il risque d'être difficile de satisfaire les clients. Il faut dire que son restaurant est spécialisé dans les plateaux de fruits de mer, et cet ingrédient est indispensable. « On en a besoin aussi bien pour les mayonnaises que les vinaigrettes, et je ne suis pas sûr que tout le monde ait envie de se passer de la mayonnaise sur les plateaux de fruits de mer ! »

 

« C'est un coup de gueule nécessaire, surtout pour informer, juste informer les gens, de dire : 'attention, la moutarde, ce n'est pas un truc qu'on n'a qu'une fois par an et qu'on n'aura pas avant l'année prochaine'. Non, en septembre, il y en aura partout. Une fois que le savez, régulez la consommation et tout va bien se passer. Tout le monde aura de la moutarde », lâche Pierre Grandgirard  un restaurateur de Douarnenez dans le Finistère-Sud.

 

 

Pénurie en rayons : et maintenant, la moutarde ! - Journal de 13 heures |  TF1

Pourquoi y a-t-il des ruptures de moutarde en France ? ICI

 

Dérèglement climatique, difficulté d’approvisionnement, développement de la filière agricole en berne... Les fabricants de moutarde doivent baisser leur offre, alors même que la demande augmente.

 

La pénurie de moutarde dans les magasins français est en partie liée à la guerre en Ukraine, mais surtout à de mauvaises récoltes au Canada et en France, les deux principaux producteurs de graines de moutarde.

par Marie Thimonnier publié le 27 mai 2022

 

Après l’huile de tournesol, un autre condiment manque aux rayons des supermarchés français: la moutarde. Sur les réseaux sociaux, comme dans les titres de presse, les regards convergent vers lingrédient utilisé dans de nombreuses préparations ou en accompagnement, qui déserte les étagères des magasins. Vous nous interrogez sur les causes de cette «pénurie».

 

Contrairement aux ruptures d’huile qui ont été soudaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, comme nous l’expliquions dans un précédent article, la baisse de la production de moutarde était évoquée bien avant, dès décembre 2021. «Les producteurs de moutarde de Dijon prévoient déjà une diminution de leur production et une hausse des prix pour les consommateurs», écrivait Libération dans un article sur le sujet.

 

La raison: le dérèglement climatique. Bien que réputée pour sa célèbre moutarde de Dijon, la France nest pas le plus gros producteur de graines de moutarde brunes, ingrédient incontournable à la confection du condiment. Dans ce domaine, le Canada est le premier cultivateur et exportateur mondial. Mais le pays d’Amérique du Nord, qui a connu de fortes sécheresses au cours de l’été 2021, a considérablement réduit sa production. Une large partie des espaces cultivés ont été ravagés et non renouvelés après cet épisode climatique. «Pour 2021-2022, la production a chuté de 28%, en raison de la baisse des rendements et de la superficie ensemencée», peut-on lire dans un rapport du ministère canadien de lAgriculture, publié le 19 novembre dernier. Cette diminution a dès lors provoqué une baisse des exportations et la hausse des prix de l’oléagineux. «Par conséquent, le prix moyen devrait doubler par rapport à 2020-2021, et s’élever au niveau record de 1700 dollars US [plus de 1500 euros, ndlr] Ia tonne», souligne le ministère.

 

L’approvisionnement en berne

 

Ce sont les fabricants de moutarde qui paient le prix fort. Reine de Dijon, troisième industriel français de moutarde – après Amora-Maille, qui domine le marché – a ainsi vu sa production diminuer de plus de 20% en un an, en raison des difficultés dapprovisionnement. «Les mauvaises récoltes sont dues aux aléas climatiques au Canada, mais aussi en France, où sont cultivées une partie des graines que nous utilisons pour confectionner la moutarde de Dijon», détaille Luc Vandermaesen, directeur général de Reine de Dijon. En temps normal, jusqu’à 35% des besoins de lentreprise sont satisfaits par la graine de moutarde produite directement en Bourgogne. Mais cette année, face aux mauvais rendements, elle ne représente que 20%.

 

La différence est ensuite compensée par l’importation de graines cultivées au Canada. Reste que «plusieurs contrats canadiens ont été annulés par les fournisseurs», précise le chef d’entreprise auprès de CheckNews. D’autres bons de commande ont été signés, mais toujours «sous réserve» des stocks. Le fabricant n’a donc aucune certitude sur son approvisionnement en matière première. «Ce n’est pas la première année que la récolte est mauvaise, mais c’est la première fois qu’elle l’est plusieurs années d’affilée et cela chez tous les exportateurs», insiste Luc Vandermaesen. La Russie et l’Ukraine étant les troisièmes plus importants exportateurs, l’incertitude est encore plus importante sur les rendements ukrainiens pour la prochaine récolte dans l’est de l’Europe.

 

Filière agricole en difficulté

 

Les agriculteurs locaux réunis sous l’association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB), représentent pourtant près de «50% de la production européenne», selon leur site. Contacté par CheckNews, Fabrice Genin, président de l’organisation, insiste sur les difficultés de la filière agricole française. «Depuis cinq ans, nous enregistrons une baisse de la productivité de près de 50%. Aujourdhui nous fournissons aux industriels français tout ce que nous pouvons en quantité, sans avoir de stock», souffle-t-il.

 

«De 12000 tonnes en 2016, nous sommes passés à 4000 tonnes en 2021», appuie Fabrice Genin. Les cultivateurs français font face à diverses contraintes, climatiques d’une part, mais également au revirement concernant l’interdiction d’utilisation des produits phytosanitaires en Europe, selon eux. «Nous n’arrivons plus à repousser les ravageurs», explique-t-il, en parlant des insectes qui ont causé de nombreuses pertes dans les champs ces dernières années. Les insecticides jusqu’ici utilisés pour les éradiquer sont.

 

Fabrice Genin cite également un autre obstacle au développement de la filière française, la difficulté «d’attirer de nouveaux agriculteurs». Sur les cinq dernières années, ils sont passés de «près de 350 producteurs à 250», précise-t-il. D’autant plus que la graine de moutarde est une «culture fragile et compliquée», comparée au tournesol, dont le déficit créé par la guerre en Ukraine, premier pays exportateur de l’oléagineux, pourrait inciter de nouveaux cultivateurs à se lancer.

 

Surconsommation sur un marché en tension

 

Les ventes de moutardes ont ainsi baissé de 10,8% en volume sur les quatre premiers mois de 2022 par rapport à 2021 sur la même période, selon les données de l’institut spécialisé IRI, fournies à CheckNews. En revanche, les ventes ont augmenté en valeur de 7,4% entre janvier et avril comparé à lannée précédente, ce qui traduit parfaitement les tendances actuelles du marché. Le prix de la moutarde a en effet explosé avec une hausse de 9,26% en un an, daprès une étude IRI, publiée en avril. Mais si loffre diminue, la demande, elle, augmente. Avec des conséquences visibles sur les prix.

 

Contacté par CheckNews, le groupe Casino, qui regroupe plusieurs enseignes de grandes surfaces (Franprix, Monoprix, Casino, Spar…), constate que «les pénuries sur la graine de moutarde impactent en effet les approvisionnements de toutes nos enseignes et peuvent être visibles dans certains de nos magasins». Dans les magasins Franprix par exemple, les ventes de moutarde «ont été multipliées par 1,5 voire 2 depuis deux semaines». L’enseigne, qui ne donne pas de quota de vente par client à ce jour, interprète la hausse des ventes par une «surconsommation», visible sur les «stocks en magasins qui ont tendance à s’écouler très vite, dès la mise en vente», aggravant un marché déjà «en tension».

 

Peut-on parler de pénurie pour autant? «On est face à un comportement rationnel des consommateurs, qui lorsque les rayons sont vides, vont vouloir stocker pour ne pas manquer de la denrée», analyse Pascale Hébel, directrice associée chez C-Ways, interrogée par CheckNews. L’experte compare ce «stockage», à celui du papier toilette ou de la farine au début du confinement, en mars 2020. Concernant les pénuries enregistrées en France depuis quelques mois, l’huile de tournesol, comme la moutarde, Pascale Hébel précise qu’elles ne sont pas, dans l’immédiat, imputables à la guerre en Ukraine. «On associe aujourd’hui les pénuries à l’Ukraine, mais ce ne sera vraiment qu’après l’été qu’on pourra dire ça, car les récoltes des graines se font en été. La France fait donc face à des pénuries liées au stockage et non directement imputables au conflit dans l’est de l’Europe», insiste la spécialiste.

 

Le dérèglement climatique pourrait cependant atteindre d’autres filières à l’avenir. «On n’est pas à l’abri de faire face à des problèmes climatiques similaires dans les prochaines années et donc à des inflations du prix des matières premières», rappelle Pascale Hébel.

 

C’est donc vers les producteurs locaux que le secteur de la moutarde tente de se tourner. En Alsace, l’entreprise Alélor peut compter sur une production locale qui couvre 60 % de ses besoins, relate France 3 . Mais ce cas de figure est rare et tire les prix vers le haut. Alors si une vraie pénurie ne devrait pas se produire rapidement, la saison des barbecues pourrait bien avoir des conséquences plus importantes sur les portefeuilles en raison du prix de la moutarde qui ne devrait pas baisser tout de suite.

SUGGESTION du CHEF : Lapin à la moutarde ICI 😃

Recette de Lapin a la moutarde par jeanmerode

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 06:00

 

Crise des céréales : "Nous sommes entrés dans un processus de désoccidentalisation des marchés agricoles" ICI

 

 

01 JUIN 2022

Alicia Mihami

 

Sécheresse, pénurie d'engrais, inflation... En Afrique de l'Ouest, les stocks de céréales sont au plus bas, faisant craindre à l'ONU un "ouragan de famines" dans les pays de la région. Quelles alternatives ces pays peuvent-ils mettre en place pour compenser la baisse des exportations de céréales russes et ukrainiennes ?

 

Éléments de réponse avec Thierry Pouch, économiste et chef du service études et prospectives de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (APCA).

 

Entretien.

 

  • Thierry Pouch :

 

L’Afrique de l’Ouest est une région qui a des difficultés à produire, donc constituer des stocks est assez compliqué. Autre point important : comme ce sont des pays relativement endettés, ils font face au problème du coût de l’importation. On sait que les cours des matières agricoles, et notamment les céréales, ont commencé à flamber à partir du début de l’année 2021.

 

 

À ce moment-là, c’était dû au fait que la croissance économique était très forte, et que la Chine s’était déjà positionnée pour siphonner une bonne partie des matières premières. Les Chinois ont les moyens, ça ne pose pas de problème. Mais pour l’Afrique de l’Ouest, évidemment le coût que représente l’achat de matières premières agricoles empêche non seulement d'approvisionner correctement la population, mais aussi de faire des stocks.

 

Si je fais référence à la Chine c’est qu’aujourd’hui, environ 50% des stocks mondiaux de blé sont détenus par la Chine, et environ deux tiers du maïs. Ça ne laisse pas grand-chose aux autres.

 

À ces problèmes existants est venue s’ajouter la guerre en Ukraine. On connaît le poids prépondérant de ces deux nations en matière de production agricole : la Russie représente presque 20% des exportations de blé, pour l’Ukraine c’est 10%.

 

Le conflit entraîne des problèmes d’acheminement vers les terminaux portuaires, passer par la voie ferroviaire implique des problèmes logistiques car les rails ne sont pas les mêmes entre l’Ukraine et l’Europe… Quand bien même vous mettez un conteneur sur un wagon, vous pouvez transporter environ 5 000 tonnes, alors qu’en bateau, on transportait 65 000, 70 000 tonnes… L’acheminement par train est envisagé, ça commence à se faire : il faut apporter les céréales vers la Pologne et la Roumanie, avec le port de Constanta notamment, mais les difficultés logistiques sont extrêmement importantes.

 

  • TV5MONDE : l’Afrique doit donc se tourner vers d’autres pays pour s’approvisionner en céréales ? 

 

Thierry Pouch :

 

C’est l’alternative qui avait été retenue très vite au moment du déclenchement du conflit; Certains pays d’Afrique, avaient l’ambition de voir si d’autres grands bassins de production comme l’Australie, le Canada, les États-Unis, l’Argentine et l’Union européenne pouvaient se substituer à la Russie et à l’Ukraine. Il faut aussi ajouter l’Inde, qui est le deuxième plus gros producteur mondial de blé. Mais l’Inde est un exportateur de modeste envergure, qui ne devait exporter cette année que 9 à 10 millions de tonnes. Ce n’est pas grand-chose, mais dans le contexte actuel, ça pouvait représenter une source d’approvisionnement potentielle pour les pays africains. Mais l’Inde a décidé de fermer ses frontières, sur le blé d’abord et maintenant sur le sucre. 

 

La voie de recours des États-Unis est possible, mais la production est soumise à un fort stress hydrique, donc il n’est pas sûr qu’elle soit suffisante. Le Canada est aussi exposé à la sécheresse. Et il y a des problèmes de décalage avec l’hémisphère sud, notamment l'Argentine. Il faudra attendre cet hiver pour attendre leur production… Reste l’Union européenne, qui a en gros trois grands producteurs : la France, la Roumanie et l’Allemagne. La France doit envisager de répondre à ces demandes, en plus des besoins habituels, notamment ceux de l’Algérie. En temps normal, la France produit 45 à 50 millions de tonnes de blé, et exporte la moitié de sa production. La moitié de ces exportations va déjà à l'Algérie !

 

Le problème reste le même : vous avez une petite dizaine de gros pays exportateurs, face à une multitude d’importateurs.

 

Thierry Pouch

 

Et cette année, on craint particulièrement la sécheresse. Donc soit la France puise dans ses propres stocks pour répondre à la demande, soit on augmente la production, mais ça ne sera pas avant l’année prochaine, et ça reste compliqué. Le problème reste le même : vous avez une petite dizaine de gros pays exportateurs, face à une multitude d’importateurs.

 

Une alternative envisagée par les États-Unis peut être de subventionner les importations de blé des pays importateurs, mais pour l’instant cela concerne plutôt le Moyen-Orient, l’Égypte… Et même si ces substituts sont possibles, reste la question du prix, avec une moyenne de 400 euros la tonne. Pour ces pays qui ont été fortement touchés par la crise Covid, les niveaux d’endettement sont tels que la reprise économique n’est pas rétablie. Beaucoup craignent donc des soulèvements populaires, et dans certains pays comme la Tunisie, la Libye, le Liban, il y a déjà des émeutes pour avoir du pain.

 

  • TV5MONDE : si l’importation n’est pas vraiment une solution, est-ce que c’est l’occasion pour l’Afrique de l’Ouest de mettre en place des politiques pour tendre vers l’autosuffisance ?

 

Thierry Pouch :

 

Les pays de la zone pourraient décider de produire eux-mêmes, et autre chose que du blé. Le manioc pourrait momentanément se substituer à ces importations. Mais deux questions se posent : premièrement, dans quelles proportions peuvent-ils produire par rapport à leur population ? Et deuxièmement, dans quelle temporalité ? Les problèmes agricoles nécessitent toujours du temps.

 

Même s’il y a un espoir de réduction de la dépendance, il s’inscrit dans un horizon de 5 à 10 ans

 

Ce genre de mesure se décide assez vite, mais ça ne se concrétise pas aussi rapidement. Il faut des semences, de l’eau, des engrais, or les engrais viennent essentiellement de Russie et de Chine… Même s’il y a un espoir de réduction de la dépendance, il s’inscrit dans un horizon de 5 à 10 ans, or la situation est urgente.

 

 

Il faut aussi que les prix soient  rémunérateurs pour les paysans, mais il ne faut pas que l’inflation se propage aux prix à la consommation dans les centres urbains. On se souvient des émeutes de la faim en 2008 : ce n’était pas vraiment les campagnes qui étaient touchées mais plutôt les villes. 

 

 

  • TV5MONDE : quelles sont les alternatives à court terme pour éviter la famine ?

 

Thierry Pouch :

 

Il reste une solution, avancée par la France : le plan de résilience agricole et alimentaire, qui essaye de réactiver des outils mis en place lors de la crise économique de 2011, lorsque la France présidait le G20. Il y avait notamment AMIS, le système d’information sur les marchés agricoles, pour avoir plus de transparence sur l’état des stocks mondiaux, avec un engagement des États et de la communauté internationale pour livrer ces informations. Aujourd’hui ces stocks sont considérés comme stratégiques, donc on n'a pas toutes les informations mais la France essaie de remettre ce système sur pied. Elle essaie aussi de réactiver le forum d’action rapide pour mieux coordonner les politiques commerciales et éviter qu’il y ait des interruptions dans les échanges de produits agricoles et alimentaires. Dans l’état actuel des choses, la seule vraie piste c’est une meilleure coordination internationale.

 

 

Tous ceux qui auront aidé l’Ukraine d’une façon ou d’une autre seront sanctionnés

 

La dernière alternative, c’est la Russie. C’est le premier exportateur mondial de blé. Cette année, les Russes vont avoir une production record cette année, ils sont en mesure d’exporter 50 millions de tonnes. Mais il y a une condition : on va mesurer le degré d’engagement des pays importateurs auprès de l’Ukraine, s’ils ont voté à l’Assemblée générale de l’ONU, s’ils se sont abstenus… Tous ceux qui auront aidé l’Ukraine d’une façon ou d’une autre seront sanctionnés et privés comme on le voit déjà avec le gaz vis-à-vis de la Finlande, la Pologne, la Bulgarie…

 

 

Dans ce contexte, on voit bien qu’on est entré dans un processus de désoccidentalisation des marchés agricoles. Pour éviter les soulèvements populaires qui amplifieraient l’instabilité ambiante, c’est une voie possible. Et quand on voit le poids de la Chine, qui est une alliée de la Russie, dans certains pays africains… Il y a une fenêtre de tir.

 

Alicia Miha

Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire |  Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation

Plan de résilience : ouverture du premier guichet pour soutenir les éleveurs face aux effets du conflit en Ukraine

 

Depuis le siège de FranceAgriMer, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ouvre un premier dispositif d’aides pour l’alimentation animale doté de 308,5 millions d'euros. Développé dans le cadre du Plan de résilience pour faire face aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine, il vise à compenser une partie des surcoûts d’alimentation animale des éleveurs et pisciculteurs de la France hexagonale (hors Corse). Il sera complété dans les prochaines semaines par deux autres dispositifs : un pour les filières en intégration et un autre pour les départements d'Outre-Mer et la Corse.

 

La suite ICI 

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Dédié à l'ami Jean-François

 

La française Catherine Geslain-Lanéelle est directrice au secrétariat général du Conseil de l’Union européenne. Elle a aussi été chargée par le président de la République de coordonner au niveau international l’initiative française FARM relative à la sécurité alimentaire mondiale. Elle anime à ce titre une task force interministérielle rassemblant, sous l’autorité de l’Elysée, tous les ministères concernés et en particulier les ministères de l’Agriculture, des Affaires étrangères et de l’Economie. Elle fut la candidate de l’Union européenne à la présidence de la FAO en 2019.

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 06:00

 

https://www.e-marketing.fr/Assets/Img/DIAPORAMA/2022/1/368515/Gorillas-Cajoo-Getir-epiceries-conquete-France-3-F.jpg

Le cycliste que je suis mesure les nouvelles tendances en croisant sur le pavé des gars qui affichent les nouvelles « raison sociale » du nouveau commerce : le quick commerce.

 

Au Deliveroo, Uber Eats et autres plateformes de livraison de repas, pédaleurs solitaires jour et nuit, qu’ils pleuvent, ventent ou neige, aux conditions de vie exécrable. Nouveau modèle économique, dit-on, des applications, de la malbouffe, viennent s’ajouter les Flink, Gorillas et autres livreurs de courses.

 

« Gorillas, l'application qui livre vos courses en moins de 10 minutes »

 

Nous en sommes arrivés là, à une course de vitesse pour se faire livrer ses carottes et  ses navets…

 

J'ai testé Flink : la livraison express de vos courses à Paris (et bientôt  partout en France) - CamilleG

Le quick commerce : décryptage d’un secteur en plein essor ICI 

 

Chez Flink, nous définissons le quick commerce comme la nouvelle version du commerce : celle qui permet de se faire livrer ses courses à la demande. Nous sommes semblables à une chaîne de supermarchés traditionnelle, à la différence que notre concept repose sur deux vecteurs qui sont propres à la vente en ligne : la rapidité et la flexibilité des livraisons. En cela, nous permettons à des milliers de personnes de gagner du temps dans leur journée, et par conséquent de réduire leur stress lié aux tâches quotidiennes

 

J'ai testé Flink : la livraison express de vos courses à Paris (et bientôt  partout en France) - CamilleG

La société allemande de livraison Flink rachète le français Cajoo ICI 

Cette acquisition est soutenue par Carrefour qui aurait investi entre 60 et 70 millions de dollars dans l'entreprise.

 

Flink va ainsi devenir le premier acteur du quick commerce en France en dépassant l'actuel leader Getir, qui était valorisé à 2,6 milliards de dollars en 2021. L’allemand solidifie aussi sa position à l’échelle européenne face à ses principaux concurrents comme Gorillas qui a racheté le français Frichti, Delivery Hero ou encore l’américain Gopuff qui s’est installé au Royaume-Uni en 2021.

Un cyclomoteur aux couleurs Getir

Getir, la start-up de livraison instantanée de 12 milliards de dollars, prévoit de supprimer 14 % de son personnel dans le monde et de réduire ses plans d'expansion agressifs ICI

Ingrid Lünden@ingridlunden

 

La semaine continue d'être très difficile pour les entreprises de commerce électronique en Europe. Dans le dernier développement, TechCrunch a appris et confirmé que Getir –  la start-up du commerce rapide de 12 milliards de dollars qui fournit des produits d'épicerie essentiels et divers et promet de les livrer en quelques minutes – supprime 14% de son personnel dans le monde. On estime que la société turque emploie quelque 32 000 personnes sur les neuf marchés où elle opère, ce qui représenterait 4 480 personnes touchées par la réduction des effectifs.

 

En plus des effectifs, la société prévoit de réduire une grande partie de son expansion à forte intensité de capital – qui comprendra des embauches, des investissements marketing et des promotions. (Les promotions dans ce contexte ne sont pas des promotions RH, mais les nombreuses remises et bons gratuits que les startups de commerce rapide utilisent pour attirer les utilisateurs vers leurs plateformes, à un coût énorme pour les startups elles-mêmes.)

 

Selon une note que nous avons vue – que nous publions ci-dessous – les réductions varieront selon les pays. (Une source à Berlin a estimé que les réductions dans cette seule ville seront d'environ 400, bien que ce ne soit pas un chiffre que Getir confirmerait.) La société a confirmé qu'elle ne se retirerait d'aucun pays spécifique dans ce cadre. Getir opère actuellement sur son marché domestique, la Turquie, ainsi qu'au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, au Portugal et aux États-Unis.

 

Il s'agit d'un retour brutal du pendule pour une entreprise qui a levé 768 millions de dollars à une valorisation de 11,8 milliards de dollars il y a à peine deux mois.

 

Mais ce n'est pas une surprise dans le contexte de marché plus large dans lequel nous nous trouvons actuellement, les entreprises technologiques, grandes et petites, voyant toutes un ralentissement de leurs finances et de leurs valorisations face à un refroidissement plus large du marché.

 

Pas plus tard qu'hier, l'un des grands rivaux de Getir en Europe, Gorillas, a annoncé des licenciements de 300 personnes et prévoit d'explorer des options stratégiques, y compris des ventes ou des sorties, sur plusieurs marchés européens. Plus tôt dans la semaine, Klarna – la société suédoise achète maintenant, paie plus tard – a confirmé qu'elle supprimerait 10% de ses effectifs alors que des informations indiquaient qu'elle cherchait à lever des fonds à une valorisation réduite.

 

Le monde de la livraison instantanée d'épicerie en est un dont beaucoup diraient qu'il était mûr pour un bon dimensionnement depuis un certain temps maintenant. Fondée il y a sept ans, Getir a été l'un des premiers acteurs du marché de "l'épicerie instantanée", mais les deux dernières années ont vu une explosion de la catégorie.

 

 

Le COVID-19 a entraîné un changement dans les habitudes de consommation : dans de nombreux cas, les magasins ont été carrément fermés pendant un certain temps, et les gens étaient moins enclins à faire leurs achats en personne lorsqu'ils étaient ouverts, ce qui a entraîné une vague de personnes prêtes à essayer le shopping. Pour l'épicerie en ligne pour la première fois. De nombreuses entreprises ont surgi, soutenues par d'énormes investissements en capital-risque, pour servir ces consommateurs, et une proportion importante de ces startups étaient basées sur le principe de la livraison «instantanée», les articles arrivant à votre porte quelques minutes après la commande, imitant (ou même réduire) le temps qu'il faudrait pour se rendre rapidement dans un magasin physique.

 

 

Avant même que les marchés des capitaux ne s'effondrent plus tôt cette année, plusieurs petites startups ont fermé ou ont été acquises - Getir étant l'un des consolideurs, aux côtés d'autres grands acteurs comme Gopuff, Flink et Gorillas. C'est une tendance qui s'est poursuivie en 2022, et il y aura probablement encore plus à venir.

 

Des entreprises comme Klarna et Getir viennent peut-être de différents coins du monde du commerce, mais elles partagent quelque chose en commun : toutes deux sont soutenues par Sequoia. Le VC légendaire (qui a dirigé la série C de Getir en 2021) a organisé cette semaine une présentation de sonnette d'alarme pour les sociétés de portefeuille, passant en revue l'état du marché aujourd'hui et quelques conseils sur la façon d'aider à traverser la tempête. La présentation de 50 diapositives - qu'une source a partagée avec nous - a couvert des sujets tels que l'extension des pistes, la collecte de fonds dans des marchés difficiles, le leadership en période d'incertitude et les prévisions.

 

Incidemment pour une entreprise comme Getir - qui, comme ses rivaux, a levé des centaines de millions de dollars pour injecter dans des stratégies d'expansion agressives impliquant des campagnes publicitaires éclatantes, une infrastructure d'exploitation étendue dans les zones urbaines et de nombreuses promotions pour attirer plus de consommateurs - un la diapositive était intitulée "La croissance à tout prix n'est plus récompensée".

 

Le message de la présentation semble avoir définitivement touché Getir.

 

 

La note suit ci-dessous. Nous mettrons à jour ce message au fur et à mesure que nous en apprendrons davantage, et nous envoyons nos meilleurs vœux à ceux qui sont touchés par cette nouvelle.

 

Aujourd'hui est l'un des jours les plus difficiles depuis que nous avons fondé Getir, car nous devons prendre des décisions difficiles concernant notre organisation du personnel qui affecteront négativement certains membres de notre équipe.

 

La hausse de l'inflation et la détérioration des perspectives macroéconomiques dans le monde poussent toutes les entreprises, en particulier dans l'industrie technologique et y compris Getir, à s'adapter au nouveau climat.

 

Le cœur lourd, nous avons partagé aujourd'hui avec notre équipe la décision triste et difficile de réduire la taille de notre organisation mondiale. Au siège mondial, notre réduction sera d'environ 14 %. Les chiffres varient selon les pays.

 

Nous ne prenons pas ces décisions à la légère. Nous ferons ce qu'il faut pour chaque personne tout au long de ce processus, conformément aux valeurs de Getir d'être une entreprise bonne et équitable. Nous réduirons également les dépenses d'investissements marketing, de promotions et d'expansion.

 

Il n'y a aucun changement dans les projets de Getir de servir dans les neuf pays où il opère. En ces temps difficiles, nous nous engageons à diriger l'industrie de la livraison d'épicerie ultra-rapide que nous avons lancée il y a sept ans.

Une centaine de livreurs Deliveroo étaient parties civiles au procès

Une centaine de livreurs Deliveroo étaient parties civiles au procès © AFP / MARTIN NODA / HANS LUCAS

La société Deliveroo condamnée à 375.000 euros d'amende pour "travail dissimulé"

 

par la rédaction numérique de France InterAFP publié le 19 avril 2022

 

 

La justice a décidé de taper fort. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce mardi Deliveroo à une amende de 375.000 euros - soit le maximum prévu par la loi - pour "travail dissimulé". La plateforme de livraison de repas est ainsi sanctionnée pour avoir employé des livreurs indépendants plutôt que de les avoir salariés, entre 2015 et 2017. Deux dirigeants de Deliveroo sont également condamnés, pour le même motif, à un an de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende. Un troisième cadre, reconnu coupable de "complicité de travail dissimulé", s'est vu infliger une peine de quatre mois de prison avec sursis, et 10 000 euros d'amende.

 

"Habillage juridique fictif"

 

Le tribunal de Paris a prononcé ce mardi une amende record à l'encontre de la plateforme de livraison de repas. Deux dirigeants de Deliveroo sont condamnés à un an de prison avec sursis.

 

La suite ICI

 

Tous complices !

Quotidien des coursiers à vélo : « Tout était présent pour écrire un thriller » ICI 

  • 19 avril 2021
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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 09:35

Peut être une image de texte qui dit ’Résultats au premier tour en % des inscrits 12,13 Nupes 12 Ensemble! ABSTENTION 52,49% 8,68 RN 5,25 LR-UDI 8,4 1,04 Autres Blancs et nuls’

J’suis le premier, j’suis l’premier, Darmanin a tripatouillé les chiffres, crient les partisans de l’ex-futur Premier Ministre, Le Monde approuve, les En même temps pataugent lamentablement face aux futurs duels Nupes/RN, balancent des outrances, mais vraiment cette bataille de chiffonniers pour un tout petit paquet de voix ou pour la pêche aux voix pour être élu, est misérable, lamentable, et est la démonstration que nous n’avons pas encore touché le fond.

 

Le seul parti qui a gagné est celui des abstentionnistes, ces Français qui ne vont plus à la pêche mais trainer leurs godasses dans la rue, avec ou non des Gilets Jaunes, le parti des contre tout et le contraire de tout, le peuple dans la bouche de Mélenchon, mais un peuple qui ne lui donne pas sa voix.

 

La montée non démentie de l’abstention constitue l’autre alerte de ce scrutin. 48,95 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dimanche. Quelque 23 millions se sont déplacés, les autres ont boudé leur bureau de vote, par indifférence ou colère, persuadés que la politique telle qu’elle fonctionne ne peut rien pour eux. Le chiffre atteint par l’abstention52,48 %, selon le comptage du Monde – constitue un record pour des législatives. Depuis 1993, il est en constante augmentation, quelle que soit la couleur des majorités élues. Cela ne dédouane en rien les responsables politiques actuels, car si l’objectif proclamé par tous est de réconcilier les Français avec la politique, on est très loin du compte.

 

Du côté d’Emmanuel Macron, la promesse originelle consistait à jouer sur le renouvellement du personnel politique et à user auprès des Français d’un discours de vérité, ancré dans le réel pour tenter de dépasser les conflits. Or, la plupart des candidats présentés aux législatives souffrent d’apparaître éloignés de leurs électeurs. En outre, la campagne de premier tour a ressemblé à un parcours d’évitement où il s’agissait d’en dire le moins possible sur les réformes pour ne pas réveiller les opposants. Cette posture, éminemment défensive, en dit long sur les mécomptes de la recomposition politique que le président de la République entendait conduire à sa main.

 

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui promettent une rupture avec l’ordre établi, butent quant à eux sur le même problème. C’est dans leur électorat respectif que le niveau de l’abstention est le plus fort : 50 % de ceux qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle se sont abstenus au premier tour des élections législatives, signe qu’ils ne croyaient pas beaucoup à son slogan d’être « élu » premier ministre. Le pourcentage d’abstentionnistes monte à 52 % chez ceux qui avaient choisi Marine Le Pen, selon une enquête Ipsos-Sopra Steria réalisée dimanche soir. La radicalité permet, certes, de se faire entendre, mais elle se révèle inopérante pour vaincre la chape de défiance qui grippe le pays. Le risque est donc grand de voir le nouveau théâtre politique se dérouler à guichets fermés, faute d’une masse critique de citoyens suffisamment impliqués par le spectacle.

 

ICI 

Aucune description de photo disponible.

LES MAL ÉLUS

Par JACQUES FAUVET.

Publié le 11 septembre 1946

 

Des élections partielles au conseil général ont eu lieu dimanche dans plusieurs départements. Le corps électoral s'en est parfaitement désintéressé. Dans les quatre circonscriptions, la moitié des électeurs a préféré s'abstenir. Et, par la grâce ajoutée d'un ballottage majoritaire, le conseil général de Rive-de-Gier ne représentera qu'un peu moins du quart des électeurs inscrits.

 

Voilà qui éclaire d'un jour singulier les discussions qui retiennent l'attention des constituants depuis une semaine. C'est à ces " mal élus " que les uns veulent confier et les autres retirer le pouvoir d'élire les membres du Conseil de la République. Et ces derniers ne le leur refusent que pour le céder à de " grands électeurs ", éphémères sortis de la même chrysalide. C'est aussi, notons-le en passant, à ces " mal élus " que l'on voudrait parfois abandonner la pleine responsabilité administrative du département,

 

H est certes louable de vouloir que la seconde Assemblée représente les collectivités locales, mais encore faudrait-il qu'elles représentassent elles-mêmes quelque chose aux yeux du peuple souverain. Or la géographie humaine enseigne que si la commune demeure une réalité, le canton a cessé depuis longtemps d'en être une. Quel citoyen en connaît les limites et le chef-lieu même, s'il n'a une fois dans sa vie, affaire au juge de paix ou une fois l'an au comice agricole. Le conseiller général peut être l'élu des ruraux de sa circonscription. Il ne peut l'être de la plupart des citadins, pour qui les communautés naturelles, et plus encore administratives, ne comprennent que la ville et le département. La province aurait, à ce titre, plus de réalité humaine et politique. Et plus représentatif serait de l'ensemble des collectivités un conseil provincial de France qu'un conseil rural de la République.

 

On dira que l'électeur prêterait plus d'attention à son assemblée départementale si les membres en avaient plus de pouvoirs. Est-ce certain ? Ils avaient avant-guerre celui d'élire les membres du Sénat. Étaient-ils eux-mêmes mieux élus qu'ils ne le sont aujourd'hui ? Leur donnerait-on celui d'administrer pleinement le département qu'ils deviendraient rapidement tes représentants d'un parti et cesseraient d'être ceux du peuple.

 

C'est bien plutôt d'une réforme fondamentale du cadre administratif que dépend la survie des assemblées locales. Déjà les conseils d'arrondissement ont pratiquement disparu. Ils étaient devenus des assemblées fantômes, des salles d'attente où l'on respectait la succession d'un conseiller général. Le canton lui-même, n'est plus de ce temps. Il en est de " pourris " dont le représentant est élu par quelques centaines de votants alors que le conseiller voisin doit l'être par plusieurs milliers. La désaffection du corps électoral vient aussi de ce sentiment d'injustice et d'archaïsme. Déjà à l'étroit dans le département, la représentation proportionnelle le serait plus encore dans le canton ou l'arrondissement. Et l'on ne saurait voir en elle un remède à ces parodies du suffrage universel auxquelles donnent lieu les élections cantonales.

 

L'Assemblée nationale constituante devra en tout état de cause se contenter d'un pis-aller dont il devrait être entendu qu'il n'est que provisoire. Et l'on s'étonne qu'elle ait dépensé son précieux temps à vouloir ravaler un édifice dont le gros œuvre est vermoulu, à vouloir faire du définitif avec du provisoire. Le prochain Parlement devra bien plutôt et rapidement se consacrer à la remise en ordre, au remembrement des collectivités locales et surtout départementales pour en faire des cellules vivantes de la communauté française.

 

JACQUES FAUVET.

 

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14 juin 2022 2 14 /06 /juin /2022 06:00

 

J’en étais, oui nous avons politiquement échoués mais, pour autant, je ne vais pas me laisser taxer de social-traître, ni de macroniste masqué, par les « petits bourgeois révolutionnaires » de l’alliance de circonstance la NUPES.

 

Oui, la « deuxième gauche » n’aimait ni les programmes concoctés en chambre, ni les tendances durables qui incitent mécaniquement à la haine du plus proche. Oui elle repoussait une rhétorique prétendument révolutionnaire qui se dégonfle dès que l’on gouverne. Oui elle rejetait ceux qui prétendent, selon de mot de Michel Crozier, « changer la société par décret », c’est-à-dire à la fois par le haut et sans consultation de ceux que la décision concerne.

 

Je fier d’en avoir été mais je n’ai pas l’âme d’un ancien combattant accroché à ses souvenirs, à ses espoirs déçus, la page est tournée, définitivement tournée. L’abstention massive est le symptôme d’un pays qui en appelle qu’à la protestation, aux conflits, à l’affrontement. Le peuple n’est pas au rendez-vous de Mélenchon, l’attelage présidentiel est fourbu, sans perspectives claires, nous allons traverser des zones de turbulences intérieures dans un monde lui aussi dangereux et instable.  

 

Que faire ?

 

J’avoue que je n’en sais fichtre rien, suis orphelin, attendre et voir, vivre ma vie en essayant de toujours être en conformité avec ce qu’elle a été, ça ne changera ni le monde, ni notre vieux pays mais ça m’évitera d’être amer, de participer à la foire aux invectives sur les réseaux sociaux, de sombrer dans « la haine ordinaire »

 

Allez, bonne lecture, et bonne semaine.

Qu'est-ce que cette fameuse "Deuxième gauche" que nombre de journalistes, après le décès de Michel Rocard, travestissent en gauche molle, en gauche accommodante, en gauche "réformiste" (c'est quoi, la gauche "révolutionnaire", ceux qui hurlent "Révolution" ou qui entendent s'abstraire de la mondialisation?)?

 

Il y a deux ans, à la demande d'étudiants de l'Ecole Normale Supérieure qui avaient organisé un colloque à ce sujet, j'avais préparé une communication, m'efforçant de résumer le concept, de rappeler ce que signifiait le livre que Patrick Rotman et moi avions appelé ainsi.

 

Pour les courageux, voici ce texte, histoire de mettre les points sur les "i" :

 

Si l’on me demande d’évoquer la « deuxième gauche » trente ans après, je me retrouve dans une situation assez étrange. Patrick Rotman et moi sommes contraints d’assumer la paternité de la formule, puisqu’en 1982, nous avons ainsi intitulé notre livre consacré à l’histoire politique et intellectuelle de la CFDT, et que ce livre, à l’époque, a rencontré un écho auquel nous ne nous attendions pas.

 

Néanmoins, le succès de l’expression, par-delà le succès du livre, en a beaucoup dénaturé le sens. La majorité de l’appareil socialiste, qui n’a jamais compris grand-chose à la CFDT, et la plupart des journalistes politiques, ont par la suite parlé de « deuxième gauche » pour désigner un courant socialiste – en gros le courant Rocard-Delors auquel était adjoint Edmond Maire –, courant censé reconnaître la prééminence du marché, abhorrer le protectionnisme, assumer son hostilité au PC stalinien, se défier du tout-à-l’État, et revendiquer explicitement la voie de la réforme. Un courant classé à « droite », entre guillemets, selon la vulgate, tandis que la « gauche » du PS, toujours entre guillemets, continuait d’annoncer une « rupture avec le capitalisme » qui n’est jamais venue, et des moyens pour y parvenir ont qui démontré leur inanité. Un courant étiqueté « catho », étiquette confuse et passe-partout.

 

Ce n’est donc pas pour défendre le copyright que je vais ici tenter de résumer notre propos initial. C’est, à la fois, pour rappeler ce qu’était la deuxième gauche quand nous l’avons baptisée ainsi, et pour échapper aux acceptions polémiques et caricaturales (ou les deux) qui ont eu cours ensuite, si tant est que ce soit complètement terminé.

 

À l’origine, donc, la deuxième gauche, qu’est-ce que c’est ?

 

Rappelons le contexte. La gauche, fondée sur une alliance inégale PC-PS vient pour la première fois depuis la Guerre, de remporter les élections. Le PC, quoique déclinant, reste influent dans la mesure où la CGT est sa courroie de transmission. La guerre froide se poursuit et même s’intensifie – la pression soviétique vient de se resserrer sur la Pologne où le syndicat Solidarnosc est étouffé, ce que ne récusent ni le PC ni la CGT. La voix des dissidents russes ou tchèques, durement réprimée, n’en est pas moins audible dans la mesure où l’intelligentsia occidentale s’emploie à la relayer.

 

Nous entreprenons, Rotman et moi, de reparcourir l’histoire de la minorité de la CFTC devenue majoritaire au début des années soixante en imposant la déconfessionnalisation du syndicat. Et ce qui nous passionne, là-dedans, c’est la manière dont, très librement, des ouvriers et des intellectuels, chacun se nourrissant de l’autre, chacun reconnaissant à l’autre son champ de compétence et son expérience propre, s’unissent pour élaborer démocratiquement une pensée autonome et originale du socialisme. Ce que Pierre Rosanvallon, dans un article d’Esprit paru en 1977, nomme le « déploiement de la pensée hors des doctrines établies et des orthodoxies closes ». La pierre angulaire de cette démarche est l’obsession de la laïcité. Pas seulement de l’absence de toute référence confessionnelle ou de toute inféodation à l’Église. La laïcité, pour les fondateurs de la CFDT, et d’abord pour Paul Vignaux, longtemps dirigeant du SGEN et théoricien de la notion, est une laïcité de l’esprit, une laïcité de l’élaboration, et de l’action qui en résulte. Il est significatif qu’Edmond Maire et ses devanciers rejettent avec la dernière énergie le « progressisme » chrétien, la mythification de la classe ouvrière comme unique classe messianique, et la soumission des compagnons de route à l’autorité du Parti avec majuscule. Bref, la « laïcité », pour ces militants, est l’émancipation de la pensée, l’autonomie de l’action, l’indépendance envers quelque avant-garde éclairée ou auto-proclamée.

 

Ce qui les pousse, d’ailleurs, à passer des alliances, à chercher l’unité d’action. La CFDT naissante ne craint pas de s’allier à la CGT courroie de transmission. Mais à condition d’être forte. Une des phrases favorites de Vignaux et de ses successeurs est que, pour dîner avec le diable, il faut avoir une longue cuillère. Au fond, ce qu’ils veulent, c’est faire émerger en France, malgré l’héritage du guesdisme et le congrès de Tours, une confédération syndicale qui fasse le poids, qui tienne la route, qui élabore ses propres objectifs.

 

Là où ils restent « chrétiens », c’est sans doute dans l’attention à l’événement, à la manière dont l’histoire rebat les cartes, parfois à l’improviste. Nombre d’entre eux pourraient se réclamer du personnalisme dans la mesure où Emmanuel Mounier soutient que « l’événement est notre maître intérieur ». Cela se vérifie en maintes circonstances, dont je retiendrai trois exemples.

 

D’abord, la guerre d’Algérie. Les devanciers d’Edmond Maire n’hésitent pas à se rendre à Tunis, siège du gouvernement provisoire en exil de la future république algérienne, pour y rencontrer l’UGTA, et cela à une époque où la SFIO soutient l’effort de guerre même si le mot n’est pas prononcé, et où le PC réclame la paix mais dénonce toute collusion avec les représentants de l’insurrection.

 

Mon second exemple, c’est mai 1968. Alors que le Parti et la CGT ne cessent de mettre en garde contre les « provocations » et s’appliquent à déployer un cordon sanitaire entre les étudiants et les salariés, alors que la FGDS voit essentiellement dans ces péripéties un hasardeux contretemps du calendrier, la CFDT joue le mouvement à fond, notamment en étant partie prenante du meeting de CharlétyMichel Rocard et Pierre Mendès France sont les seuls hommes politiques de gauche à saluer la fronde.

 

Mon troisième exemple est décembre 1981, quand le coup de force des militaires écrase et paralyse Varsovie. Tandis que Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères, déclare que « la France ne fera rien, naturellement », et que le PC et la CGT approuvent quoique du bout des lèvres, la CFDT mobilise aussitôt, rejoignant les intellectuels, tels Michel Foucault ou Cornelius Castoriadis.

 

L’autre originalité de cette gauche différente, c’est la conception même des rapports sociaux et du rôle du syndicat. Les cédétistes se réclament d’un syndicalisme de projet, c’est-à-dire d’un syndicalisme qui s’efforce de penser la société en mouvement, et d’y développer des thèmes qui ne soient pas seulement la défense plus ou moins frileuse d’intérêts corporatifs singuliers, mais qui, au travers de ces luttes, promeuvent l’intérêt général. Il n’est pas indifférent que, tandis que les bastions traditionnels de la classe ouvrière s’effondraient – les mines, la sidérurgie, etc. –, la CFDT a fait porter son effort sur les services, sur les femmes, sur les petites entreprises. Lorsqu’elle a commencé à grandement s’inquiéter de la désyndicalisation perceptible dès le milieu des années 70, c’est sur ces secteurs qu’elle a cherché à se développer – avec, d’ailleurs, un succès inégal. En 1995, c’est dans ce droit fil que Nicole Notat, contre vents et marées, a appuyé la démarche d’Alain Juppé en matière de retraites. Elle fut conspuée, et même physiquement agressée par certains collègues, notamment par les sectateurs d’un corporatisme étroit. Depuis, l’histoire a tranché, et les socialistes ont subi l’épreuve des faits en matière de saine répartition.

 

Pas étonnant que le monde que nous décrivions, Rotman et moi, ait offert mille occasions de convergences à toutes sortes d’acteurs. Militants socialistes proches du PSU ou en rupture avec la SFIO, militants SFIO questionnés par l’attitude de leur formation durant la guerre d’Algérie, militants ex-communistes en quête de recyclage, militants gauchistes ayant épuisé les fantasmes de l’après Mai, militants issus de la sphère associative en quête de cohérence plus globale. À l’époque où nous écrivions sur la deuxième gauche, la CFDT constituait une sorte de vivier, de plateforme, de forum, de club intellectuel où le souci de l’anticipation tenait toujours une place éminente – d’où de nombreuses confluences avec, par exemple, les experts du Plan.

 

Mais c’est évidemment la question du partenariat politique qui va devenir envahissante. La CFDT affirme une représentation de la démocratie qui lui est propre. Et franchit, sur ce chemin, plusieurs stades. Ce qu’on rejette est facile à énoncer. On rejette ceux qui prétendent, selon de mot de Michel Crozier, « changer la société par décret », c’est-à-dire à la fois par le haut et sans consultation de ceux que la décision concerne.

 

Cela s’exprimera de diverses manières dont la plus tenace sera l’idée d’autogestion. Et, bien sûr, au moment où nous publions notre livre, cela interpelle directement l’actualité. La gauche au pouvoir, longtemps unie par un « programme commun » dont le contenu économique paraît – et est – non viable aux yeux des responsables cédétistes, reste prisonnière d’une culture programmatique où un catalogue de réformes est débattu entre tendances puis plus ou moins appliqué, plutôt moins que plus, les citoyens demeurant extérieurs au processus.

 

La « deuxième gauche » n’aime ni les programmes concoctés en chambre, ni les tendances durables qui incitent mécaniquement à la haine du plus proche. Elle se veut « réaliste », non point pour signifier qu’il faut en rabattre sur l’audace ou l’espérance, mais pour signifier que les seules transformations importantes sont celles qui se font réellement. Peu lui chaut le débat sur les nationalisations à outrance ou les nationalisations des filiales (on a vu ce qu’il en est advenu), peu lui chaut une rhétorique prétendument révolutionnaire qui se dégonfle dès que l’on gouverne. Sa conviction, réaffirmée en permanence, est qu’une négociation est préférable à une grève, et que le réformisme est l’unique chemin pour transformer profondément et durablement la société. Edmond Maire aime à répéter en toutes circonstances que le temps est la dimension cardinale des changements. C’est évidemment, à l’époque où les socialistes prétendent initier une rupture en cent jours, une position irrecevable et provocatrice.

 

L’idée de la deuxième gauche est de s’émanciper une fois pour toutes de ce que Jacques Julliard a baptisé le réflexe de « culture dominée ». Face aux communistes, face aux gauchistes qui placent rituellement la barre trop haut puis s’effarent que l’on passe en-dessous, ils veulent une gauche, si j’ose dire, décomplexée, une gauche compétente, efficace, qui parle vrai, qui dit ce qu’elle pense quand elle le pense. Le modèle n’est pas loin, il s’appelle Pierre Mendès France.

 

Pourquoi ce dernier est-il si important aux yeux des militants cédétistes ? C’est un laïque, un républicain, un résistant (on ne dira jamais assez combien le refus de la CFTC d’accepter la politique de Vichy fut un refus fondateur, bien avant la question coloniale). Et puis c’est un homme qui, contrairement à François Mitterrand, juge que les fins sont dans les moyens. Position qui ne vaut pas seulement en matière d’éthique mais en matière d’efficacité. Mendès dit et répète que les régimes qui prennent des libertés avec la démocratie ne sont pas seulement des régimes qui se salissent, mais qui se condamnent eux-mêmes à terme. Il suffit de relire le discours de Blum au congrès de Tours, discours largement inspiré par Lucien Herr, pour percevoir combien ce débat est pertinent et actuel.

 

Cela éclaire le langage que tient la deuxième gauche sur la social-démocratie, sur la rigueur, et autres thèmes tabous dont l’orthodoxie socialiste – sans parler du reste – ne veut pas entendre parler. Pour agir sur l’économie de marché, il faut admettre qu’on ne sortira pas de l’économie de marché. Pour agir sur la mondialisation, il faut admettre (admettre comme un fait) la réalité de la mondialisation. Mendès a montré, en 1954, qu’un gouvernement de gauche, s’il prenait ses concitoyens au sérieux, devait leur parler de rigueur, et avec rigueur. Et que cela, loin d’entériner l’austérité, était l’indispensable point de départ pour agir avec justice, pour négocier et légiférer efficacement.

 

Nous étions loin du compte en 1982. Je crois que le succès de notre livre, et de son titre, tient largement à la diffusion de ce discours-là, un an avant le virage à 180° du gouvernement socialiste, virage dont Pierre Mauroy assuma courageusement la responsabilité, mais dont François Mitterrand nia ou esquiva qu’il fût si ample et si nécessaire.

 

Et pourtant, la deuxième gauche a politiquement échoué. Je parle ici de sa seconde acception.

 

Cela tient d’abord aux archaïsmes du Parti socialiste. Quand Pierre Mauroy et Michel Rocard se sont unis, en 1979, au congrès de Metz, pour défendre l’idée qu’il était temps d’appeler un chat un chat et un social-démocrate un social-démocrate, ils ont recueilli 40% des mandats mais ont bel et bien été battus. J’ai encore dans l’oreille l’incantation de Laurent Fabius, à laquelle ce dernier ne croyait pas une seconde : « Entre le plan et le marché, Rocard, il y a le socialisme. » No comment, comme disent les anglo-saxons. Nous sommes en train, trop tard, trop mal, de revenir sur terre. Mais cette terre a changé, et le socialisme s’est caricaturé lui-même. J’en veux pour preuve le débat, lors des dernières primaires, où il était encore question de contourner la mondialisation ou d’instaurer une dose de protectionnisme. J’en veux pour preuve l’idée de « démocratie participative » présentée comme une idée nouvelle. J’en veux pour autre preuve la manière dont les socialistes continuent de se classer en « gauche » ou « moins gauche » suivant des critères d’avant la chute du Mur de Berlin. Et l’on pourrait, à l’infini, dévider cette amère litanie. La stérilité idéologique du PS est évidemment le produit de phénomènes concrets : la chute de l’empire soviétique, la poussée néo-libérale qui en a violemment découlé, la perte du contact avec le monde du travail, avec les zones de relégation que sont devenues les banlieues. Mais je crois aussi que la professionnalisation croissante des carrières est un élément qu’il ne faut pas négliger. Jacques Julliard, haute figure de la deuxième gauche, publia naguère au Seuil un ouvrage intitulé « Contre la politique professionnelle ». C’était terriblement prophétique.

 

Mais, si je me tourne vers la CFDT, je constate que son articulation avec le politique a été bricolée et insatisfaisante. Les Assises du socialisme, où ceux qu’on nomme « les rocardiens » ont rejoint le PS avec la bénédiction très active de la confédération, n’ont pas vraiment donné le change. C’était sans doute nécessaire, mais la greffe n’a jamais pris de manière convaincante. Au fond, tandis que la désyndicalisation s’intensifiait et que le mouvement syndical lui-même apparaissait, pour persévérer dans l’être, de plus en plus dépendant de l’État ou de ses institutions directes, le rôle prophétique et fédérateur des cédétistes s’est amoindri. Edmond Maire avait coutume de dire que le clivage entre syndicat et politique est aussi structurant que le clivage entre les deux gauches. Clairement, aujourd’hui, c’est l’idée de l’autonomie qui prévaut. C’est aussi du côté de la société civile qu’est maintenant l’espérance, et la réalité du changement.

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 06:00

Le tableau “Des Glaneuses” détourné par Banksy

C’est signé André Heitz

 

Ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles.

 

C’est dans Contrepoints

 

Qui est un journal en ligne qui couvre l'actualité sous l'angle libéral.

 

Comme chacun sait, ou pas, notre monstrueuse Education Nationale est un repaire de NUPES, ce qui suit, le billet d’humeur, et les commentaires, est très représentatif des oppositions, trop souvent radicales, qui usent la trame du vivre ensemble de notre vieux pays.

 

Moi qui suis un ravaudeur, j’aime rabibocher, j’ai enseigné un an, à mi-temps, au CEG de Pouzauges, certes pas l’économie, mais le dessin et la musique, bouche-trou que j’étais, et en dépit de mon âge pré-canonique, je me verrais bien rempiler, pour le plaisir, afin d’expliquer aux ados les réalités de l’agriculture française et de mettre celle-ci  en perspective face au grand virage qu’elle va devoir effectuer.

 

« Papy ! Ma prof d’histoire-géo a dit que le glyphosate est cancérigène ». Mon petit-fils a osé contester… Résultat : une menace de punition (dit-il)… Petite plongée dans le formatage des jeunes cerveaux.

 

Mon petit-fils m’a montré son cahier avec, collé dedans comme c’est maintenant d’un usage répandu, une page intitulée « Fiche de révisions sur l’AGRICULTURE FRANÇAISE ».

 

J’imagine cette fiche utilisée à Paris, pour et par des élèves qui ne sont jamais sortis au-delà du périphérique…

 

Des « savoirs » à « mémoriser »

 

Tout d’abord, il faut mémoriser des savoirs :

 

  • le nombre et l’évolution des actifs dans l’agriculture ;

 

  • la place de l’agriculture française dans le monde et en Europe;

 

  • les aspects de la modernisation agricole et ses conséquences (+ ou -) – on imagine que ces signes appellent des aspects positifs et négatifs ;

 

  • les difficultés de l’agriculture aujourd’hui ;

 

  • les différents espaces agricoles en France et leurs caractéristiques.

 

 

Les fondamentaux de l’activité agricole, de la production alimentaire ? Passés à la trappe, semble-t-il.

 

 Du vocabulaire à acquérir

 

Les élèves doivent aussi mémoriser un vocabulaire : exploitation agricole, PAC, agriculture productiviste – intensive, mécanisation, irrigation, monoculture # polyculture, filière agroalimentaire (ex. : activités en amont et en aval), pesticides, engrais chimiques, OGM, élevage hors-sol # extensif, agriculture durable – biologique.

 

Les élèves sont bien sûr plongés dans un environnement qui les imprègne de préjugés et de partis pris. Mais cette « fiche de révisions » – sans nul doute concoctée par quelque officine fournissant du matériel « pédagogique » – amplifie le phénomène.

 

 

Non, ce n’est pas la ferme Play mobil…

 

Que doivent retenir les élèves ? Voici, résumé ou cité le texte qui leur est proposé (les mots en gras sont ceux que les élèves doivent entrer dans le texte).

 

La suite ICI 

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