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9 janvier 2022 7 09 /01 /janvier /2022 06:00

https://static.actu.fr/uploads/2021/06/adolf-hitler-eiffel-tower-paris-23-june-1940.jpg

Victoire d’une armée et surtout de son chef, comme le démontre la première photographie, où l’image du dictateur vient s’inscrire et masquer celle du monument, suggérant son importance historique et presque mythologique.

 

Mais cette visite recèle une dimension un peu différente. En posant avec Breker et Speer, deux « artistes », Hitler s’associe aussi à la Ville lumière, capitale de la culture. Il signale ainsi la maîtrise allemande d’un symbole culturel encore important en Europe, y compris parmi les élites allemandes.

 

Enfin, la brume peut symboliser la morosité d’un Paris occupé, loin de l’image de fête, de légèreté et de lumière qui lui est généralement associée. Tout en se pliant au parcours « touristique », Hitler y imprime la marque austère de son régime et montre qu’il prend « possession » de la ville.

Amazon.fr - Hitler: Le monde sinon rien - Simms, Brendan, Weiss, Severine,  Blayac, Johanna - Livres

« Quelques jours après la rencontre de Compiègne, Hitler se rendit à Paris. Il entra discrètement dans la ville à l’aube du 24 juin 1940 (c NDLR. C’est donc en territoire conquis qu’Hitler évolue quand il se rend à Paris au petit matin du 23 ou du 28 juin 1940 (la date reste aujourd’hui discutée) pour une visite éclair (« Blitz Besuch ») plus en touriste passionné par l’architecture qu’en conquérant. Le Führer était accompagné d’Hermann Giesler – satisfaisant ainsi à ses promesses fanfaronnes de la fin  de l’année précédente – de Speer, du sculpteur Arno Breker, et d’un Bormann de plus en plus  présent. Sa première destination fut l’Opéra Garnier, où il étonna l’ouvreuse par sa connaissance précise du plan originel de l’édifice. Puis on lui montra la Madeleine, la Place de la Concorde, le Louvre, les Champs-Élysées. Il s’arrêta plus longuement à l’Arc de triomphe pour étudier les inscriptions, qu’il connaissait déjà par cœur. Mais le point culminant de cette visite, cependant, fut son hommage aux Invalides, où il demeura silencieux et tête baissée aux côtés du sarcophage de Napoléon. C’était là un écho volontaire à la célèbre scène qui s’était déroulée à Postdam en 1806, quand Bonaparte avait fait un pèlerinage similaire sur la tombe de Frédéric le Grand. En quittant les lieux, il annonça à Bormann qu’il souhaitait que l’on transfère de Vienne à Paris la dépouille du duc de Reichstadt, fils de Napoléon et de l’archiduchesse d’Autriche Marie-Louise. Le symbole ne pouvait être plus clair : Hitler considérait qu’il poursuivait les traditions frédéricienne et napoléonienne, résolvant en sa personne l’antagonisme franco-allemand. »

Brendan SIMMS HITLER Le monde sinon rien biographie page 525

 

Napoléon méditant sur le cercueil de Frédéric II de Prusse dans la crypte  de la GarnisonKirche à Potsdam - napoleon.org

Gilles Mora | Le vent se lève

Archives

La visite éclair d'Hitler à Paris ICI

 

 

Le marchand de journaux de la place de l'Opéra, qui ajuste son présentoir, s'arrête tout à coup, comme pétrifié. Pas de doute, c'est bien Hitler, l'homme qui vient de faire tomber la France ! Sanglé dans un long manteau de cuir boutonné jusqu'au col, le chef nazi est flanqué d'une escorte qui avance d'un pas raide. La casquette, trop grande, lui mange le visage, barré par son étrange ruban de moustache.

 

Ce petit tour au Palais Garnier a sorti Hitler de l'humeur maussade qui ne le quitte pas depuis que son Condor, un quadrimoteur beige, s'est posé au Bourget, à 5 h 30. La veille pourtant, il a tordu le bras à la France, en lui faisant signer à Rethondes un armistice humiliant. Et en cette aube du 23 juin 1940, le voici à Paris, la ville qu'il rêve de voir en vrai, et plus seulement dans les nombreux livres de sa bibliothèque personnelle. Alors quoi, puisque tout lui sourit ? Son escorte, une trentaine de dignitaires, sait à quoi s'en tenir quand leur Führer rumine ses pensées. A l'arrière de la Mercedes qui traverse la porte de la Villette, le sculpteur officiel du III e Reich, Arno Breker, et l'architecte Albert Speer s'en tiennent prudemment à quelques généralités. Son humeur est peut-être assombrie par l'atmosphère lugubre qui enveloppe la Ville Lumière, aux mains des nazis depuis déjà dix jours. Le bruit des bottes allemandes a fait décamper un tiers des habitants, et c'est une forêt de volets clos que traverse la file des cinq berlines allemandes.

 

Il est 6 heures dans ce Paris désert, quand le cortège se gare à l'Opéra. En levant les yeux sur sa façade néoclassique, ce fou de Wagner donne enfin le la : « Le plus beau théâtre du monde », s'extasie-t-il, affichant un air enfin détendu.

 

A l'intérieur, il grimpe l'escalier monumental jalonné de statues, s'arrête au foyer de la danse illustré par Degas, demande à voir la loge du président de la République... Sa connaissance parfaite des plans de Garnier bluffe sa petite suite de courtisans.

 

Direction la Madeleine, qui le laisse de marbre, puis la place de la Concorde qu'il trouve magnifique quoiqu'un peu trop ouverte. La décapotable de tête, où il a pris place, emprunte maintenant les Champs-Elysées vers l'Arc de Triomphe qui, selon Breker, le « transporte d'enthousiasme ».

 

Il veut le même à Berlin, mais en deux fois plus grand pour célébrer l'Allemagne victorieuse ! Il faut dire que Napoléon, qui a fait édifier le monument, inspire Hitler. Aux Invalides, il s'incline longuement devant le tombeau en quartz rouge abritant les cendres de l'empereur français. Pour l'occasion, il troque son manteau pour une gabardine blanche, ôte sa casquette, s'incline légèrement puis médite de longues minutes. Il confiera plus tard avoir vécu « le plus grand et le plus beau » moment de sa vie.

 

Entre-temps, il a sillonné l'ouest bourgeois vidé de ses résidents, posé pour la propagande avec la tour Eiffel en arrière-fond. Le Panthéon -- où il est gêné par l'odeur de moisi --, Notre-Dame, l'hôtel de ville, la place Vendôme, puis le Ventre de Paris. Aux Halles, un petit groupe de poissonnières s'approche. « La plus corpulente leva la main, montra Hitler et se mit à crier : c'est lui, c'est lui ! », se souviendra un accompagnateur.

La Blitz Besuch (« visite éclair ») se termine au Sacré-Cœur, qualifié d'« horreur ». Peu importe puisque du haut de la butte Montmartre, tout Paris est couché à ses pieds. « Je remercie le destin. Il m'a permis de voir cette grandiose cité qui m'a toujours fasciné ?, lâche-t-il à Breker.

 

A 8 h 30, le quadrimoteur orné d'une croix gammée redécolle du Bourget. Avant de s'évanouir dans l'horizon, il survole Paris une dernière fois, tournoyant comme un aigle surveillant sa proie.

Visite éclair de Hitler à Paris, en juin 1940.Hitler visite Paris - La Seconde Guerre Mondiale

IX - Adolf Hitler, le visiteur du matin (23 juin 1940) ICI 

 

Les Allemands sont à Paris. Dans le petit jour du 14 juin, les premiers motocyclistes avec side-cars pénètrent dans une capitale déserte, du fait du couvre-feu. Le 23 juin, dans la ville pavoisée de croix gammées, Hitler effectue une visite " culturelle " (l'Opéra, la Madeleine, la Concorde, les Invalides...). Les Français s'interrogent sur l'avenir que le chancelier du Reich réserve à leur pays vaincu.

Le Monde

Publié le 28 juillet 1989

 

« Préparez un décret dans lequel j'ordonne la pleine reprise des constructions de Berlin...N'est-ce pas que Paris était beau ? Mais, Berlin doit devenir beaucoup plus beau. Je me suis souvent demandé dans le passé s'il ne fallait pas détruire Paris. Mais, lorsque nous aurons terminé Berlin, Paris ne sera plus que son ombre. Alors, pourquoi la détruire ? »

 

Hitler tire là, froidement et calmement, au soir du 23 juin 1940, avec son architecte préféré, Albert Speer, la leçon du voyage-éclair qu'il avait accompli en sa compagnie, quasi incognito, le matin même dans Paris occupé.

 

Neuf jours auparavant, les avant-gardes du général Kurt von Briesen pénétraient dans la capitale, l'arme à la bretelle : comme le plus souvent dans cette fichue guerre, le haut-commandement français n'avait cessé de tergiverser sans décider si la capitale devait devenir un môle de résistance. Celui qui en était le gouverneur militaire depuis le 2 septembre 1939, le général Héring, un Alsacien énergique, était bien décidé à se battre devant et dans la capitale. Mais, ne disposant que de moyens réduits _ 10 000 hommes, 200 canons, 30 chars, _ il attendait des renforts qui ne vinrent jamais : Weygand ne disposait plus de réserves suffisantes. Et, quand il fut avéré que Rommel passait la Seine en amont, le généralissime, pour éviter des destructions préjudiciables et le massacre de population civile, tranchait : le 12 à midi, Paris était déclaré " ville ouverte "

 

A cette date, la ville s'était largement vidée de ses habitants à cause des nouvelles du front, et encore plus du bombardement : 200 bombardiers protégés par 150 chasseurs de la Luftwaffe visant les aérodromes et les nœuds ferroviaires, mais aussi des usines, Citroën par exemple, avaient fait plus de 250 victimes civiles dans les quinzième et seizième arrondissements. Pourtant, il en restait intra-muros un bon tiers, soit encore 1 100 000, et un peu moins de la moitié des banlieusards (soit 800 000). Une bonne partie de l'administration était encore à son poste, à commencer par le préfet de police Roger Langeron et le préfet de la Seine, Villey, avec le gros des policiers parisiens et des pompiers. Ils attendaient.

 

Les avant-gardes allemandes investissaient la proche banlieue nord dans la soirée du 13. En moins d'une heure, un protocole d'accord était conclu entre deux plénipotentiaires français et les Allemands : les Français s'engageaient à ne pas détruire les ponts, à assurer l'ordre contre les pillards, la population serait consignée chez elle pendant quarante-huit heures. Dans le petit jour du vendredi 14 juin, les premiers motocyclistes avec side-cars pénétraient dans Paris désert. Dans la journée, les vainqueurs contrôlaient toute la capitale, sans véritables incidents, même si une quinzaine de personnes en furent frappées au point de se suicider. Parmi elles, une personnalité du Tout-Paris, le fils de Gyp, cette femme écrivain des années 1900, Thierry de Martel, chirurgien-chef de l'Hôpital américain ; le 13 au soir, il écrivait à William Bullitt, l'ambassadeur des Etats-Unis, un de ses amis, à qui il avait assuré qu'il ne quitterait pas Paris : " En y restant vivant, c'est un chèque barré que je remets à mon adversaire. Si j'y reste mort, c'est un chèque sans provision. Adieu. "

 

Les services de Goebbels firent croire, en diffusant des reportages filmés où l'on voit des badauds en assez grand nombre assister aux parades des troupes allemandes ou entourant les soldats de la Wehrmacht, que les Parisiennes et les Parisiens s'étaient donnés dès le premier jour aux vainqueurs. En réalité, ces images sont postérieures, légèrement postérieures. Au contraire, lors de l'arrivée des Allemands, les habitants, qui, de surcroit, étaient tenus dans les premières heures de respecter le couvre-feu, s'étaient claquemurés. D'ailleurs, les Allemands ont été nombreux à témoigner qu'ils avaient traversé une " ville sans regard " (Die Stadt ohne Blick). Les badauds ne vinrent qu'ensuite aux nouvelles, avec le soulagement de voir qu'ils n'étaient pas investis par des hordes barbares. Car les consignes extrêmement strictes qu'avait reçues la troupe de se conduire de façon " korrect " ont été appliquées quasiment à la lettre. Il y a vraisemblablement du vrai dans la description que fit, postérieurement, Emmanuel d'Astier de la Vigerie de cette " Korrection " : " Ils paient, ne s'enivrent pas, se lèvent pour les femmes dans les transports en commun. Ce ne sont pas des soudards [...] C'est un viol tranquille, de belle tenue, devant des Français submergés. " Ce qui ne signifie pas pour autant que les Parisiens fussent prêts à une collaboration-réconciliation. Hitler en eut un aperçu en visitant l'Opéra ; il avait fallu réveiller un vieil ouvreur, à qui on demanda de mener la visite complète des lieux ; Hitler tint beaucoup à ce que lui fût donné un billet de 50 marks ; il refusa courtoisement, mais fermement.

 

Et, petit à petit, la vie reprit son cours, comme le souhaitaient d'ailleurs les autorités d'occupation, qui attachaient une grande importance à la relance de la vie culturelle ; le ravitaillement fut assuré ; les cafés ouvrirent bien vite leurs portes, le cinéma Pigalle reprenait ses projections dès le 15. Moyennant soumission à la censure allemande, la presse fut invitée à reparaitre, et, dès le 18, sortaient le Matin de Bunau-Varilla et la Victoire de Gustave Hervé, journaux, il est vrai, qui ne risquaient pas d'attaquer l'occupant. Evidemment, le drapeau français était dorénavant interdit, la croix gammée flottait sur la Chambre des députés, sur la tour Eiffel et sur bon nombre d'édifices publics et d'hôtels réquisitionnés (mais elle fut retirée, au bout de quelques heures, de l'Arc de triomphe, par respect pour le Soldat inconnu). Dès le 14, également, les horloges durent être avancées d'une heure : Paris vivrait désormais à l'heure allemande.

 

C'est cette ville pavoisée de croix gammées qu'Adolf Hitler décidait de visiter, pour la première fois de sa vie, le dimanche 23 juin, le lendemain de la signature à Rethondes des préliminaires franco-allemands d'armistice. Le Führer s'offrait un jour de détente, qui n'avait rien de militaire : il s'agissait, il l'avait annoncé à son entourage, d'un voyage culturel.

 

C'est pourquoi étaient de la fête à la fois Speer, l'architecte qui lui promettait monts et merveilles pour le nouveau Berlin, et son sculpteur préféré, Arno Brecker, celui qui savait modeler des athlètes et guerriers assez virils pour évoquer le modèle aryen. Trois Mercedes découvertes venaient le chercher, au petit jour _ 5 h 30 _ à l'aérodrome du Bourget. Assis, comme à son habitude, à l'avant, près du chauffeur, botté, ganté, sanglé dans un manteau de cuir, le Führer donnait l'ordre de mettre le cap sur l'Opéra. Il s'y attarda longuement, lui qui en avait une connaissance livresque quasi parfaite ; tout ou presque au palais Garnier l'impressionna fortement. Après quoi la Madeleine (un peu trop académique à son goût), la Concorde et les Champs-Elysées (qu'il admira), l'Arc de triomphe, le palais de Chaillot, la tour Eiffel (qui lui sembla allier heureusement la prouesse technique et la " mobilisation d'une idée artistique de base ", la chapelle des Invalides (avec méditation prolongée sur le sarcophage de l'Empereur), le Panthéon (dont les proportions l'impressionnèrent), la Sainte Chapelle, Notre-Dame, la place des Vosges, qui le laissa sans réaction, le Sacré-Cœur, enfin, qui ne lui plut pas.

 

La visite dans Paris à peine réveillé avait duré trois heures. Puis le touriste Hitler reprit son avion et survola une dernière fois à basse altitude la capitale avant de regagner son Q. G. Pas ou peu de politique pendant cette visite. En quittant l'Arc de triomphe, il avait fait seulement remarquer qu'il aurait pu offenser les Français en organisant des Champs-Elysées à la Concorde un grand défilé triomphal. Il est vrai que Goering ne pouvait garantir que la RAF ne viendrait pas perturber la parade. Ce qui l'incitait à ne rien entreprendre pour l'heure, si l'on en croit Speer, c'est le sentiment qu'il n'avait encore franchi qu'une étape : " Je n'ai pas envie d'assister à un défilé célébrant la victoire ; nous ne sommes pas encore au bout. "

 

Que savaient les Français de la place que pouvait bien réserver Hitler à la France vaincue ? Pas grand-chose, car ils l'avaient peu lu, comme tout ce qui venait de l'étranger, et n'avaient pu imaginer pareille issue à un conflit que, de surcroit, ils avaient cherché à éviter. Pourtant Hitler avait, lui, des idées relativement précises sur la place qu'occuperait la France dans une Europe qu'il voulait remodeler de fond en comble. L'annulation du traité de Versailles de 1919 n'était qu'une étape dans sa géopolitique, mélange singulier de Weltanschauung raciale (l'échelle de valeurs des peuples se faisant en fonction de leur pureté raciale supposée) et d'une Realpolitik des plus classiques.

Car la mission qui incombait à ses compatriotes était de dominer l'Europe continentale pour y conquérir pour la fin des siècles l'espace vital, le Lebensraum. Cet espace vital serait pris sur les Slaves, qui ne valaient pas grand-chose, à ses yeux, au plan racial. Mais il fallait éviter une guerre sur deux fronts, celle qui avait coûté si cher aux armées impériales, et isoler la France, qui demeurerait un adversaire irréductible : il songea à s'allier à l'Italie et à la Grande-Bretagne, dont, jusque vers le milieu des années 30, il avait escompté la neutralité bienveillante. Devenu chancelier, Hitler celait en public cet expansionnisme, et, à chaque annexion, se répandait au contraire en professions de foi pacifiques.

 

Mais nous disposons d'un document tout à fait explicite sur ses intentions : c'est le " protocole Hossbach ", du nom d'un colonel qui fut chargé d'établir un compte rendu de la réunion qui regroupa, le 5 novembre 1937, les ministres de la guerre et des affaires étrangères avec les commandants en chef des trois armes de la Wehrmacht. Il y est dit que le " but de la politique allemande " était d'" assurer la sécurité et la subsistance de la masse populaire, ainsi que son accroissement. " Par là même, il s'agissait du " problème de l'espace " ; comme celui du Reich est trop restreint, " l'unique remède, qui peut vous paraitre chimérique, consiste dans l'acquisition d'un plus grand espace vital ", un espace vital qui ne " peut être recherché qu'en Europe " et qui ne pourra " être réalisé qu'en brisant les résistances et en encourant des risques. "

 

Dans les années 20, pour Hitler, " l'ennemi mortel du peuple allemand est et reste la France " (édition de Mein Kampf parue en 1927), car " la France a besoin de la balkanisation de l'Allemagne pour parvenir à l'hégémonie en Europe. " Dans les années 30, il y a une relative évolution de la stratégie de celui qui est devenu le Führer : la France est avant tout pensée en fonction de ce qui est désormais le but prioritaire, la conquête à venir de la " Russie ". Le risque étant réduit de voir la France prétendre à une hégémonie en Europe, elle est surtout une menace permanente si l'Allemagne s'engage à l'est. Le 9 octobre 1939, il avait rédigé un long mémorandum on ne peut plus explicite : " Le but de guerre allemand doit nécessairement être la liquidation militaire définitive de l'Ouest, ce qui veut dire ôter aux nations occidentales la force et la possibilité de s'opposer une fois encore à la consolidation de l'Etat allemand et au développement du peuple allemand en Europe " ; le 23 novembre, il revenait à la charge : " Nous ne pouvons-nous engager contre la Russie que si nous avons les mains libres à l'ouest ".

 

La campagne de France avait vu non seulement la destruction ou la mise hors de combat de l'armée française, mais aussi l'effondrement de la France. L'occasion était trop belle pour ne pas en profiter. Dans les semaines qui ont suivi la conclusion de l'armistice apparaissent divers projets de redécoupage territorial de la France ; la plupart prenaient pour base les frontières antérieures au traité de Westphalie en 1648 ; le plus achevé, celui du secrétaire d'Etat au ministère de l'intérieur, Stuckart, traçait la nouvelle frontière franco-allemande : elle partait de la baie de Somme, épousait la limite nord du Bassin parisien et de la Champagne jusqu'à l'Argonne, s'infléchissait au sud-est en traversant la Bourgogne, passait à l'ouest de la Franche-Comté et rejoignait le lac de Genève. Un projet qui pouvait servir de base pour les futures négociations de paix.

 

Mais, dès juillet 1940, il n'était plus question de traité de paix, avant la reddition de la Grande-Bretagne, ou même la chute de l'URSS. Car Hitler, qui estimait la Wehrmacht invincible sur terre, prenait alors le risque de combattre sur deux fronts, la chute de Moscou devant obliger la Grande-Bretagne à négocier ; il pensait de surcroit que, si la paix était signée dans la foulée, il faudrait arbitrer entre tous ceux qui attendaient quelques reliefs des dépouilles françaises, et, d'abord, l'Italie et l'Espagne ; les Français pourraient cesser d'être dociles, et il faudrait de toute manière leur rendre le littoral atlantique et les côtes de la Manche, indispensables pour préparer l'invasion de la Grande-Bretagne. Toutes raisons qui militaient pour qu'on en reste à la convention d'armistice, suffisamment drastique pour obtenir ce qu'on désirait des Français vaincus.

 

Est-ce à dire que, si les Français se conduisaient bien et collaboraient avec leurs vainqueurs, il y avait lieu de faire de ces nouveaux rapports franco-allemands un pivot de la politique du Reich ? La réponse est négative si on se fie à la directive no 490 dictée par Hitler le 9 juillet 1940 : " L'Allemagne ne conclut pas avec la France une paix chevaleresque. L'Allemagne ne considère pas la France comme une alliée, mais comme un Etat avec lequel les comptes seront réglés lors du traité de paix. A l'avenir, la France jouera en Europe le rôle d'une Suisse agrandie et deviendra un pays de tourisme pouvant éventuellement assurer certaines productions dans le domaine de la mode. " Soutenir les efforts du gouvernement français pour établir un régime autoritaire n'aurait aucun sens. Toute forme de gouvernement paraissant propre à restaurer les forces de la France se heurtera à l'opposition de l'Allemagne. En Europe, seule l'Allemagne commande. Elle n'a, en dehors de l'Italie, qui dispose de son espace vital propre, aucun allié ni partenaire placé sur un pied d'égalité. " Hitler, à quelques variantes près, ne démordra pas de cette perspective. On conçoit alors ce qui attendait les Excellences vichyssoises qui investiront dans la collaboration politique avec le Reich. Les mêmes commettront un autre contresens lourd de conséquences pour les Français : ils ne verront pas que c'est l'URSS, et non pas la France, qui, plus que jamais, était au centre des préoccupations du Führer.

 

Le Monde

 

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7 janvier 2022 5 07 /01 /janvier /2022 06:00

Biais de confirmation : pourquoi est-il si difficile de convaincre quelqu'un qui se trompe ?

« Le biais de confirmation, c’est la tendance instinctive de l’esprit humain à rechercher en priorité les informations qui confirment sa manière de penser, et à négliger tout ce qui pourrait la remettre en cause. En somme, il s’agit d’une altération de la lucidité, voire de la mauvaise foi plus ou moins assumée.

 

À défaut de pouvoir éviter totalement le biais de confirmation, il est possible d’atténuer cette persévérance dans l’erreur !

 

Pour commencer, le simple fait de connaitre l’existence de ce biais, permet plus facilement d’en prendre conscience. En sachant qu’il faut se méfier de ses « sentiments », vous allez mieux analyser et traiter l’information.

 

Essayez de préserver une espèce de neutralité mêlée de bienveillance pour les sujets sur lesquels on s’investit. Chercher la bonne distance, lister les questions à se poser qui permettent de cribler le sujet comme au cours d’un travail d’investigation scientifique. Être attentif à la cohérence des informations qui vous sont communiquées, ne considérez vraies que les hypothèses qui ont résisté à votre travail d’investigation ! Ce travail se fait d’autant mieux que vous n’êtes pas seul pour le réaliser.

 

heuristique google

“Va demander à ton moteur de recherche”, une sorte d’heuristique que l’on utilise souvent plutôt que de raisonner ICI

 

« … il faut faire très attention au biais de confirmation. On trouve facilement des théories et des preuves qui confirment ce que nous croyons, en évitant celles qui le contredisent. C’est pareil avec le consensus et la tendance à penser que la théorie que nous défendons a plus de valeur parce qu'elle est la plus répandue, ou  plus commune parmi ceux qui nous entourent, sans préciser qui sont exactement « tous ceux qui pensent comme ça ». c’est une erreur que nous incite à commettre le cerveau quand nous ne prenons pas la peine de raisonner davantage. Souvent, quand beaucoup de gens pensent la même chose, cela signifie simplement que beaucoup de gens se trompent. »

 

Dolores Redondo La face nord du cœur

 

Comme le rappelle fort justement Étienne Klein : « pour se rendre compte qu’on est incompétent, il faut être compétent ».

 

Biais de confirmation : nous croyons ce que nous voulons croire

 

Biais  de  confirmation : nous  croyons  ce  que  nous voulons  croire ICI

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 06:00

Norman Rockwell Saturday Evening Post 1947

"Boy on a High Dive" Norman Rockwell

Longtemps j’ai hésité, tel un débutant au bout de la planche du grand plongeoir, avant de me livrer à cet exercice périlleux : oser procéder à un extrait sec de la prose de 3 expertes du Figaro-Vins Ella, Alicia, Valérie.

 

Mettrais-je en doute la capacité des femmes à être expertes en vin ?

 

Bien sûr que non, le sexe n’a rien à voir à l’affaire, c’eut été des mâles j’aurais disséqué leurs commentaires de la même manière, sans doute avec plus d’ironie.

 

De 95,5 à 100 l’étagement des notes prouve, s’il en était besoin, l’inanité du système sur 100, puisque ramené à sur 10, l’écart entre la meilleure note et la plus faible est d’un demi-point, soit l’épaisseur du trait.

 

Celui des prix est conforme à la position de ces châteaux sur le marché.

 

Enfin, je vous laisse le soin de goûter, d’apprécier, de vous délecter de la richesse du vocabulaire, nos amis étasuniens, adeptes des ateliers d’écriture, ont fait des émules : les ronciers, longueur frissonnante, fruits tremblants, sensualité d’une dentelle noire luxueuse, corseté, flaques d’eau salée, tanins musclés, twist végétal, vif comme un flirt, fleurs de carotte…

 

L'extrait sec total ou matières sèches totales est l'ensemble de toutes les substances qui, dans des conditions physiques déterminées, ne se volatilisent pas. Pesée du résidu laissé par l'évaporation de la boisson spiritueuse sur un bain- marie bouillant et traitement dans une étuve à dessiccation.

 

"Boy on a High Dive" se trouve dans le bureau de Steven Spielberg. Celui-ci, ainsi que son compère George Lucas, sont de grands admirateurs de Rockwell et possèdent une belle collection de ses œuvres.

 

Quand on demande à Spielberg quel est son oeuvre favorite de Rockwell, il répond :

 

« Bon, disons cela comme ça : "Boy on a high Dive" est le Rockwell qui, chaque fois que je suis prêt à faire un film, chaque fois que je vais commencer à le mettre en scène, me prend aux tripes en me disant, c'est moi sur cette planche. Car chaque film donne cette sensation d'être comme ce gamin sur le plongeoir. Chaque film »

 

Bonne lecture, l’intégralité du palmarès des Saint-Emilion les plus exceptionnels du millésime 2018 ICI 

 

Nouveau Classement de Saint-Emilion: Valandraud va-t-il décrocher l'ultime  récompense? - Star Wine List

 

Château Cheval Blanc 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 100/100

Prix : 770€

 

« Notes de petits fruits rouges croquants, de ronciers et de fleurs sauvages. […] Ce petit je-ne-sais-quoi en plus qui serait au-delà de la soie, du satin et du velours, avec une longueur frissonnante, à tomber en pâmoison. »

 

Château Figeac 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 99/100

Prix : 280€

 

« Une invitation au voyage, avec un nez somptueux de fruits tremblants, allant de rouges à noirs en passant par le bleu. Des notes de cassis, de sureau, de groseille, qui se prolongent par des fleurs douces et grisantes […] le 2018 possède la sensualité d’une dentelle noire luxueuse, corsetant son corps fin, somptueux et ciselé. Un fruit noir voluptueux, d’une fraîcheur incroyable… »

 

Château Angélus 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 98/100

Prix : 470€

 

« Un boisé très finement amené déclenche des murmures de sous-bois, fumés, épices, avec une profondeur insondable et une longueur sinueuse, vive et féline. »

 

Château Canon 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 98/100

Prix : 165€

 

« Hypnotisant en bouche, on se recueille pour savourer et profiter de ce vin éthéré, puissant, salivant. Aussi léger et dense qu’un kilo de plumes, et d’une extraordinaire fraîcheur, qui n’est pas sans rappeler celle des paysages de montagne aux pics enneigés, ou encore des flaques d’eau salée au bord d’un océan froid. »

 

Château Pavie 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 98/100

Prix : 402€

 

« Un vin titanesque...On devine le terroir magnifique de ce vin à la tension minérale et racée, éminemment altière… En bouche, une vague de fruits noirs, des notes réglissées et animales, et des tanins musclés, qui auront encore besoin d’au moins une décennie avant de pouvoir révéler l’étendue de leur classicisme et de leur grandeur. »

 

Château Bélair-Monange 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 97,5/100

Prix : 180€

 

« Des notes de canneberge, et un beau twist végétal… le vin est rond, dense, crémeux et ciselé… »

 

Château Pavie-Decesse 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 97/100

Prix : 140€

 

« … arômes noirs d’encre, de pierre et d’iris, aussi caressant qu’une fourrure de panthère noire. En bouche, on retrouve cette même atmosphère sombre, avec un beau fruit noir élégant, exalté… »

 

Château Canon la Gaffelière 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 96/100

Prix : 95€

 

« Un nez pur, ouvert et séduisant, légèrement cendré, minéral, sur les fruits bleus et les baies roses, vif comme un flirt. En bouche, il s’élance avec force et majesté, puissant comme un chevalier… »

 

Château la Gaffelière 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 96/100

Prix : 79€

 

« Le nez s’ouvre avec discrétion, une délicatesse végétale de petites fleurs, et toutes les plus agréables odeurs d’une ferme : du foin, des herbes fourragées, des fleurs de carotte... »

 

Château Corbin 2018

Saint-Émilion

Note Le Figaro : 95,5/100

Prix : 41€

 

« Un nez opulent, flamboyant et exotique aux notes de pruneau, d’épices et de fleurs charnelles… »

 

Nouveau Classement de Saint-Emilion: Valandraud va-t-il décrocher l’ultime récompense? ICI 

 

- Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui?

« Le jeu! On va jouer la classification pour passer en Premier Grand Cru Classé « A ». »

 

- Que ferez-vous si vous n’obtenez pas le rang de « A » à la prochaine classification?

« Je serai bien content pour B. Du coup, on re-tentera dans 10 ans notre candidature. J’aurai alors 80 ans. Si je suis en bonne santé, je serai toujours au boulot. »

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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 06:00

Youth : le dernier film de Paolo Sorrentino cartonne en Italie | Premiere.fr

Omicron rode dans les rues de Paris, il ne fait bon mettre un vieux dehors, alors vautré sur mon canapé, je me fais des toiles à la télé en lichant du vin nu.

 

Mes choix sont erratiques, je puise dans la fonction replay, me laisse tenter par un nom, acteur ou réalisateur, je clique, j’active la fonction VO sous-titrée, et c’est parti mon quiqui.

 

Un détail bien représentatif de notre époque, le générique, dans les films anciens, se déroulait avant le film, maintenant il passe suite au The End alors que les spectateurs se tirent, ceux qui restent se comptent sur les doigts d’une main, j’en suis, respect !

 

Paolo Sorrentino

 

Souvenir de La Grande Belliza dont je vous ai parlé dans une chronique du 1er Mars de cette fichue année 2021.

 

La grande bellezza de Paolo Sorrentino - (2013) - Comédie dramatique

 

22 mai 2013 La Grande Belliza de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli ICI 

 

Je choisi : Youth

 

Youth - la critique du filmYouth [Edizione: Regno Unito] [Import]: Amazon.fr: DVD et Blu-ray

 

Youth, est conçu sur mesure pour Michael Caine, Fred, et Harvey Keitel, Mick.

 

Le titre Youth est une antiphrase, jeunesse  en anglais.

 

« Fred est apathique, c’est ce que ses proches et ses médecins lui disent, et il adore le répéter à ses interlocuteurs. »

 

« Mick, lui, s’est entouré d’une bande de jeunes scénaristes pour mettre la dernière main au script de Life’s Last Day (« Le dernier jour de la vie »), le film-testament de ce vétéran hollywoodien. Entre la hargne de continuer et le renoncement, le débat est à la fois féroce et amical… »

 

Sorrentino agace, sa virtuosité exaspère, moi il me plaît, il a un côté vin nu, des fulgurances, des « défauts » qui tranchent sur le lisse, le convenu, le propre sur lui de la masse de la production.

 

« Le centre de gravité (aux deux sens du terme) que constitue le duo Caine-Keitel. Ce n’est pas tant le sort que leur réserve le scénario qui fournira la leçon de vie qu’espère donner le metteur en scène, mais la constance de leur excellence sans cesse renouvelée. »

 

Suis-je tendance Caine ou Keitel ?

 

À vous  de choisir ?

 

Pour les grincheuses et grincheux qui me marquent à la culotte, j’écris tendance, loin de moi la prétention d’arriver à la cheville des deux vieux monstres sacrés.

 

Pour les  amateurs de fiches je vous un résumé et 2 critiques.

 

Résumé: Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

 

Youth (2015) - IMDb

 

« Youth » : la leçon de vie d’un duo d’exception ICI 

OCS consacre un cycle au réalisateur italien Paolo Sorrentino, où figure ce film avec Michael Caine et Harvey Keitel.

Par Thomas Sotinel

Publié le 17 juillet 2019

 

Photo de Rachel Weisz - Youth : Photo Rachel Weisz - AlloCiné

Boulevard du crépuscule ICI  

Le 2 septembre 2020

 

Virtuose et exaspérant à la fois, Youth manque de cette modestie qui ferait à n’en pas douter passer le cinéma de Sorrentino pour étincelant. Reste cependant quelques fulgurances incontestables.

 

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 06:00

2021-03 Intégrité scientifique FR

« Les problèmes majeurs de notre société résultent de plus en plus du fait qu'imposteurs, bavardeurs et tricheurs attirent de plus en plus attention et confiance alors que honnêteté, droiture et vie intègre subissent la méfiance ! »

 

Edgar Morin

 

Inavouable

 

L’intégrité est un mot intéressant, car il peut signifier à la fois l’intégralité, la cohésion d’un système, et la probité et l’honnêteté de l’homme. Au sens moral l’intégrité est donc un concept très puissant, signifiant l’accès à la plénitude à travers la droiture et le refus du mensonge. Ce magnifique terme est un mot-clé dans le credo du corpus du renseignement militaire de l’armée américaine des États-Unis : « Et surtout, je serai intègre, parce que la vérité mène à la victoire. »

 

Le capitaine Clifton Patridge songeait au credo de sa formation et se demandait s’il ne serait pas plus honnête – plus intègre – de dire à tous les soldats qu’ils seraient désormais au service du mensonge, des manipulations, au lieu de leur ordonner de réciter les larmes aux yeux, ces formules grandiloquentes qui ne contenaient pas une once de vérité. Et ordonner de les réciter à des officiers du renseignement, dont le travail consistait à corrompre, était tellement curieux que, s’ils avaient un minimum de jugeote, ils éclateraient de rire durant leur serment.

 

Au début de sa carrière, il se l’expliquait en se disant que c’était nécessaire, que l’idéologie était importante, que la fin justifiait les moyens. La bonne blague. Quelle fin, d’ailleurs, bordel ? L’objectif de chaque armée, l’objectif de chaque combattant en général, devrait être la protection de ses frères plus faibles contre un agresseur. Cependant, jamais, au cours de son histoire, la puissante armée des États-Unis n’avait dû protéger ses concitoyens, parce que les concitoyens américains n’avaient jamais été attaqués. Ils n’avaient jamais eu besoin de protection de vaillants guerriers contre de méchants envahisseurs venus prendre leurs terres, leurs biens et leurs vies.

 

Mais puisque l’armée existait, il fallait lui donner quelque chose à faire. C’est pourquoi, au lieu de servir les citoyens, les militaires américains servaient les intérêts particuliers du gouvernement et des enjeux politiques plus ou moins raisonnables. Ils étaient envoyés aux quatre de la planète pour y mourir, non pas au nom du peuple, mais au nom du fic, du pouvoir et des manigances diplomatiques.

 

Oui, même officiellement, l’armée américaine ne servait pas la vérité mais l’arnaque. Officieusement, il le savait mieux que quiconque, car il avait commis des actes pour lesquels les civils finissaient derrière les barreaux, et même dans certains États, directement sur la chaise électrique. Malgré cela, il était tombé sur des missions si sales que son organisation criminelle, dont le budget annuel s’élevait à six cents quatre-vingts milliards de dollars, n’était pas habilitée à s’en occuper. Il fallait pour les accomplir faire appel à diverses entreprises militarisées, c’est-à-dire à de vulgaires mercenaires.

 

 

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 06:00

Poster « Crème Poudre Tho-Radia », par dschweisguth | Redbubble

J’ai longuement hésité à titrer, comme ce facétieux Zygmunt Miloszewski, dans son chapitre 8 : Faire l’amour sur le bureau de Marie Curie (pages 183- 184-185 et 188-189). Si j’y ai renoncé c’est quand ce jour de Noël ça choquerait, dans son coin du ciel, ma sainte et pieuse mère.

 

 

L’épisode de la liaison Marie Curie-Paul Langevin, voir plus bas, j’en ai eu connaissance par Françoise Langevin-Mijangoz qui fut ma collaboratrice. ICI

 

JOYEUX NOËL

 

« La demi-vie du radium est de mille six cents ans, c’est pourquoi les notes, les habits, les effets personnels et même la dépouille de Marie Sklodowska-Curie ont été scellés dans des récipients de plomb. En visitant son cabinet, Zofia Lorentz se demandait s’il n’aurait pas non plus fallu sceller les idées nationales dans des tableaux tels les éléments de Mendeleïev. Il s’agirait d’un  récapitulatif fort intéressant, comparer entre elles les puissances des idées, disons, russes, polonaises, islandaises et vietnamiennes. Quel patriotisme s’apparenterait à un gaz fortement évanouissant ? Lequel serait un matériau assez solide pour bâtir des cathédrales, mais aussi l’équivalent d’une substance radioactive qui  peut autant soigner un cancer que réduire une ville en cendres ou empoisonner un cadavre pour des milliers d’années.

 

Zofia ne savait  pas si elle était plus horrifiée ou étonnée de voir que la grande Marie avait nommé le premier élément qu’elle avait découvert « polonium », en hommage à sa patrie, et seulement le second « radium », dont la racine provient tant du radius, « rayonnement », que du  ravissement quotidien que lui inspirait sa fille. Une patrie, rappelons-le, qu’elle avait dû quitter à la hâte parce qu’on n’y tolérait guère les bizarreries du genre d’une étudiante en jupons. Une patrie à cause de laquelle Marie avait failli se voir déportée en Sibérie pour avoir enseigné la polonité à des enfants de paysans. Une patrie qui honore la plus grande femme de son histoire par une université baptisée avec une faute d’orthographe à son nom de famille et par un musée minable qu’on ferait mieux de fermer pour  éviter de se compromettre davantage. »

 

[…]

 

« Même lorsqu’on a deux Nobel – ou peut-être surtout dans ce cas –, on a besoin d’un endroit pour travailler et non pour méditer devant une table vide. Marie buvait-elle son café  assise là ? Laissait-elle des miettes de croissants et des taches de beurre sur le bois ? S’appuyait-elle dessus, autoritaire, pour passer un savon à des assistants dans son français guttural à fort accent slave ? Comme tout le monde, probablement, Zofia s’imaginait Marie en tata grincheuse dans un chapeau miche, et pourtant, c’est pour son honneur que des hommes se battaient en duel, sans oublier la phrase d’Einstein restée célèbre, lui qui affirmait n’avoir jamais vu autant d’érotisme dans le regard d’une femme que chez elle. Elle avait peut-être baisé debout contre ce bureau jusqu’à en briser des ballons à distiller dans le laboratoire d’à côté ? »

 

[…]

 

- En résumé, nous regardons aujourd’hui la découverte du radium en particulier et  de la radioactivité en général comme un grand classique de la science, mais les chercheurs de l’époque ne vivaient pas dans le vide. Ils étaient entourés par un public tout aussi  crétin que de nos jours et, parmi ces badauds, il y avait divers charlatans et escrocs capables d transformer  les titres des journaux en mines d’or. Nous vivons maintenant à l’époque génético-électronique, alors vous pouvez vous offrir des suppléments alimentaires qui rallongent les télomères dans les chromosomes ou des appareils de massage dont le microprocesseur pilote le lissage des rides. À l’époque la grande nouveauté, c’était justement le radium. Une mystérieuse substance phosphorescente capable de contaminer d’autres substances. Une source inépuisable d’énergie, et puisqu’on n’y connaissait rien en ADN, quand on a découvert que les radiations provoquaient des changements chez les générations successives de moucherons, on  est devenu rapidement persuadé que le radium permettrait de créer de nouvelles espèces. C’était l’élément de la vie ! Et puis, ajoutons à cela que le radium a tout de suite été utilisé en médecine, surtout en oncologie, et voilà, tadam ! On pouvait alors l’atteler à n’importe quoi. Vous devriez voir toutes ces publicités pour les crèmes radioactives dans lesquelles une sorcière ôtait son masque de vieillesse. Des lotions, des savons, des gels de bain, des poudres, on ne pouvait plus se laver les fesses avec un truc qui ne brillerait plus dans la nuit. Ça rendait furieuse notre Marie, mais elle estimait qu’elle ne vaincrait pas la sottise. À une exception près.

 

[…]

 

8 idées de Tho radia | beauté, méthode scientifique, rouge à lèvres

 

- À un certain moment, un nouveau remède au doux nom de Tho-Radia est apparu sur le marché. Grosse campagne de pub, identité visuelle géniale, vous pouvez chercher sur Google. Après Hiroshima et Tchernobyl, un mannequin baigné d’une lueur radioactive éveille l’épouvante mais à l’époque, les rouge à lèvres radioactifs se vendaient sur le pouce, les clientes voulaient que leur apparence soit optimisée par la science omnisciente et non par de vulgaires plantes hachées ; Le problème c’est que des petits malins ont mis la main sur un naïf médecin de province qui s’appelait Curie, afin qu’il prête son nom à leur magouille, et soudain, sur toutes les affiches publicitaires apparut le slogan selon lequel ce remède miracle avait été créé « d’après la formule du  docteur Alfred Curie ». Ça a fait un esclandre…

Tho-Radia 1936 Crème Mauresque — Cosmetics — AdvertisementsTHO RADIA "Crème Poudre à base de Radium et Thorium" - "Formule du Docteur  Alfred Curie" : PLV trityque, Vente aux enchères : Estampes - Affiches -  Gravure - Lithographie - Eaufortethoradia - Twitter Search / TwitterRadioactive Cosmetics and Radiant Beauty | Actas Dermo-Sifiliográficas

Les scientifiques Albert Einstein et Marie Curie marchent au bord du lac Léman, à Genève (Suisse), en 1925. (ARCHIVES PIERRE ET MARIE CURIE / AFP)

Les scientifiques Albert Einstein et Marie Curie marchent au bord du lac Léman, à Genève (Suisse), en 1925. (ARCHIVES PIERRE ET MARIE CURIE / AFP)

Quand Albert Einstein remontait le moral de Marie Curie ICI

Les deux scientifiques ont échangé des lettres en 1911, alors que Marie Curie était au cœur d'un scandale médiatique en raison d'une liaison avec le physicien Paul Langevin.

"Ignorez les critiques de bas étage." C'est, à peu de chose près, le conseil donné par Albert Einstein à Marie Curie en novembre 1911, rapporte le site I Fucking Love Science (en anglais), mardi 9 décembre. Quelques semaines avant que le prix Nobel de chimie ne lui soit décerné, la veuve de Pierre Curie (décédé en 1906) s'est trouvée au cœur d'un scandale médiatique à cause de sa liaison avec le physicien Paul Langevin.

 

La femme de ce dernier, dont il était séparé depuis peu, a transmis des lettres des deux amants à la presse. De retour en France après une conférence à Bruxelles, Marie Curie a été accueillie par une foule en colère à son domicile parisien. Une expérience tellement effrayante qu'elle a décidé de s'intaller chez un ami avec ses deux filles, le temps que l'affaire se calme.

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 06:00

Bousbir 12

Bousbir 1Bousbir 2

Boursbir 6 

© Copyright: DR

L’outrage, la violence faite aux femmes... ICI

Il ne reste du tristement célèbre quartier Bousbir, à Casablanca, que des souvenirs sulfureux ternis par le temps. Voici l’histoire du «quartier réservé» et de ses femmes…

 

Dans les années 1920, alors que le Maroc est sous Protectorat français, les colons se plaisent à dresser la carte postale d'un pays pittoresque, exotique et poétique. Des photos et des écrits qui nous restent de cette sombre page de l’histoire marocaine, ceux de ces femmes, que l’on classe encore sous la bannière d’un style orientaliste.

 

Mais au-delà des scènes de vie et des clichés de femmes dénudées capturés par les objectifs de l’époque, se cache une réalité bien sombre, celle de la prostitution.

 

À Casablanca, au début du XXe siècle, un quartier sordide était ainsi dédié au commerce du sexe.

 

 En 1914, les hommes en quête de plaisirs charnels se rendaient à Bab Marrakech, à quelques pas de la Medina. C’est là que des "filles de joie" faisaient commerce de leur corps sur les terres d’un Français du nom de Prosper Ferrieur. Avec le temps, on baptisa l’endroit du nom de son propriétaire et « Prosper » devint « Bousbir ».

 

L’endroit étant un peu trop central au goût des autorités du protectorat français, sans compter l’insalubrité qui y régnait et le manque d’hygiène qui favorisait la propagation des maladies, on décida en 1923 de transférer ces "activités" loin des regards, à Derb Soltane, dans un quartier spécialement construit à cet effet et qui serait dédié à la prostitution sous haute surveillance.

 

La concession est achetée par un certain M. Bouquet, représentant des Mines de Lens, et le chantier confié à l’entreprise La Cressonnière.

 

 

L’ancien bordel à ciel ouvert de Bab Marrakech se transforme alors en cliché touristique. Une petite ville enceinte de murs, des blocs d’habitations, des commerces, des ruelles bordées d’arbres, un hammam, un cinéma, des cafés… On entre par l’unique porte, gardée par un poste de police, pour passer du bon temps dans Bousbir comme on le ferait dans une médina typiquement marocaine. Une jolie carte postale, tristement poétique, dressant le portrait de femmes soit disant libérées, lascives, tout droit sorti des Mille et une nuits.

 

La suite ICI 

Tourisme et prostitution coloniales : la visite de Bousbir à Casablanca  (1924-1955)

Bousbir, sorte de parc à thème érotico-exotique, fréquenté aussi bien par la population locale que par les voyageurs, embarrassait déjà l’administration coloniale à l’époque. «Les Français ont mis Bousbir en périphérie de Casablanca, derrière un mur de 6 mètres de haut, accessible par une seule porte, parce que même si c’était un mal nécessaire, c’était la honte», explique Jean-François Staszak. Bousbir a été conçu selon la logique froide et rationnelle de l’époque que les hommes avaient des «besoins» et «qu’armée signifiait donc prostitution». Pour éviter la propagation de maladies vénériennes, il valait mieux contrôler cette activité que la bannir.

 

Attentes des Occidentaux

 

Mais Bousbir, quartier destiné aux soldats français, aux tirailleurs sénégalais ou encore à l’armée marocaine, s’est rapidement transformé en «resort sexuel», comme l’exprime Jean-François Staszak: «C’était le plus grand bordel à ciel ouvert du monde. Il y avait énormément d’animation, des restaurants, un cinéma, des spectacles érotiques et pornographiques. Les touristes y allaient parce que c’était une attraction incontournable.» L’architecture y joue pour beaucoup, car tout avait été conçu afin de répondre «aux attentes des Occidentaux et donc pour correspondre à l’image qu’ils se faisaient de la femme marocaine, du Maroc, des Mille et Une Nuits», ajoute Raphaël Pieroni.

 

Au total, plus de 12000 femmes y auraient vécu et officié jusqu’en 1955, dans des conditions proches du travail forcé. La moyenne d’âge des femmes qui rentraient à Bousbir était de 18 ans. Aucune n’avait plus de 28 ans.

 

«Quartier réservé. Bousbir Casablanca», sous la direction de Jean-François Staszak et Raphaël Pieroni, Editions Georg, 2020, 208 pages.

 

L’article ICI 

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 06:00

« Le vin est femelle et le bien boire érotique » Pierre Desproges« J’ai appris à boire du vin au service militaire. J’y ai découvert l’ivresse… au 13° »

L’origine du repos dominical est liée au Décalogue : Tu sanctifieras le jour du Seigneur. Si les Juifs sanctifient le samedi, dernier jour de la création, jour du repos de Dieu, les chrétiens choisissent avec logique le dimanche, jour de la résurrection, premier jour de la semaine. L’assistance à la messe empêche de facto le travail, au moins une partie de la journée. Pour les chrétiens, l’assistance à la messe ne suffit pas pour honorer Dieu, et le dimanche est un jour tout entier consacré à la vie spirituelle, à la relation personnelle avec Dieu ; un jour où l’on se préoccupe davantage de son prochain, un jour sans activité rémunératrice. C’est aussi le jour où on ne fait pas travailler les autres, on évite ainsi d’aller faire ses courses le dimanche.

 

Dès le IIe siècle, le dimanche devient progressivement chômé parmi les chrétiens, et, en 321, l’empereur Constantin fait du dimanche le jour de repos légal au sein de l’Empire romain, ordonnant que « les fonctionnaires et tous les habitants se reposent, et que tous les ateliers soient fermés ».

 

Sous l’Ancien Régime, le travail est interdit le dimanche, sous peine de sanctions. Même si ces dernières s’allègent au cours des siècles, le principe de l’interdiction est maintenu et réaffirmé par diverses ordonnances et édits royaux. Bien sûr, les contrevenants existent, ils sont même de plus en plus nombreux, cependant, il est impossible d’obliger quelqu’un à travailler un dimanche. La contestation commence au XVIIIe siècle avec Voltaire et Montesquieu qui réprouvent l’institution d’un jour chômé et dénoncent ses « effets pervers » dans le domaine économique.

 

La suite ICI 

 

Comme il est très tendance d’exhiber ses racines chrétiennes pour être un bon Français, et même si je n’en fout pas une rame depuis que la République m’a mis sur une voie de garage  (fine allusion parisienne), le dimanche je me mets donc, les pieds en éventail, confirmant ainsi ce que pensent mes détracteurs que j’écris comme un pied. Au passage je m’étonne que le dénicheur Ciné Papy ne nous ait pas gratifié d’une fiche ciselée sur My left foot 1989 de Jim Sheridan, avec l’immense Daniel Day-Lewis (Oscar du meilleur acteur) : évocation de la vie de Christy Brown, peintre et écrivain, frappé d'une paralysie spasmodique à la naissance, d'après ses Mémoires rédigées en 1954.

 

My Left Foot - Film (1989)

 

Cependant je me dois s’assurer la continuité du service de mon cher public assoiffé de connaissances, en sous-traitant ma chronique du dimanche à un beau nez du vin : Jacques Dupont du Point, à ne pas confondre avec DuPont de Nemours ICI (fine allusion naturiste à la chimie)

 

Encore des nouilles" : les truculentes chroniques culinaires de Pierre  Desproges rassemblées dans un recueil

 

Le vin de Desproges ICI 

 

« Ménagez votre santé. Buvez du vin, nom de Dieu ! »

 

Saint-émilion, c’était son vin. Il le cite souvent dans ses chroniques et plus particulièrement un château et un millésime : Figeac 1971. Un millésime discret, qui passait derrière 1970 à la réputation un peu surfaite, mais un Château Figeac dirigé et vinifié alors par Thierry Manoncourt, qui savait que les grands vins ne se mesurent pas en épaisseur mais en finesse, c’est rarement décevant. Si Desproges aimait Bordeaux et se disait capable de réciter la liste des grands crus médocains, il ne crachait pas sur le sancerre, expliquant devant tous les officiels réunis pour l’ouverture du Printemps de Bourges que, grosso modo, le seul intérêt de ce festival résidait dans la possibilité de s’abreuver de ce sauvignon blanc, minéral à souhait. Pour le reste, s’il cite châteauneuf-du-pape, c’est surtout pour faire un bon mot. Résumons. Comment reconnaître un châteauneuf-du-pape. C’est simple : « le châteauneuf a une belle robe rouge, alors que le pape a une belle robe blanche. » Étonnant, non ?

 

Il aimait le vin, c’est incontestable : « Certes, l’eau est plus digeste que l’amanite phalloïde et plus diurétique que la purée de marrons, mais ce sont là futiles excuses de drogués. D’autres vous diront que la cocaïne est moins cancérigène que l’huile de vidange… N’en tenez pas compte. Ménagez votre santé. Buvez du vin, nom de Dieu ! »

 

On ne peut pas dire en revanche qu’il raffolait du whisky. « Le whisky est le cognac du con. Son bouquet évoque la salle d’emboîtage des vaccins antigrippaux de l’Institut Mérieux. Additionné d’eau gazeuse, il insulte le palais de l’homme de goût qu’il éclabousse d’inopportune salaison et de bulles impies que le Champenois crache au noroît dans son mépris d’Albion. En vieillissant, le whisky gagne en platitude ce qu’il perd en infamie. » (Dictionnaire superflu).

 

Dans le même ouvrage, il tisse des louanges (à sa façon) au département d’Indre-et-Loire…

 

L’ensemble de la prose duponienne ICI 

 

À table avec Pierre Desproges

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25 décembre 2021 6 25 /12 /décembre /2021 06:00

Laurent Bouvet à la Fondation - Fondation Jean-Jaurès

Mon père, simple paysan, entrepreneur de travaux agricoles, conseiller municipal, lecteur journalier de la page politique de la Résistance de l’Ouest, auditeur attentif  du débat politique national à la radio, homme engagé, pondéré, m’a inculqué le goût des idées, l’amour  du débat, même s’il se révélait rude et passionné. Si je suis ce que je suis, c’est pour lui, grâce à lui. Mes choix politiques, mon engagement pour des idées, pour une conception de l’action où le « parler vrai » était minoritaire, rejeté par les électeurs, il en fut le socle. Je n’ai jamais oublié d’où je venais et j’ai toujours su là où je ne me rendrais jamais. Pour autant j’aime débattre, convaincre, ferrailler face à ceux qui ne pensent pas comme moi, j’en ai fait l’expérience auprès de Michel Rocard puis lors de la parution de mon fichu Rapport. Ce qui ne signifie pas que j’estime avoir toujours raison, loin de là, je sais passer des compromis au nom de l’action, de la prise de décision, mettre les mains dans le cambouis tout en restant fidèle à mon corpus d’idées.

 

Je ne connaissais pas Laurent Bouvet, je le suivais sur la toile, sa disparition me touche à double titre : il était atteint de la maladie de Charcot, il fut un ardent et studieux militant socialiste. Il en fut déçu, mais resta toujours loyal aux traditions et idées socialistes. Il fut plus exigeant voire critique avec ses dirigeants, les trouvant trop timides face aux mouvements qui avaient mis la République en joue.

 

Le déferlement d’hommages hypocrites sur les réseaux sociaux me remplit d’un dégoût profond.

 

Celui de Bernard Cazeneuve utilise des mots justes et témoigne d’une réelle et profonde empathie, c’est pour cette raison que je vous le propose.

 

La réflexion de Laurent Bouvet recèle des idées sophistiquées pour réaffirmer l’originalité de l’identité de la France (pour parler comme Fernand Braudel) et non pas de l’identité française (pour parler comme Charles Maurras). Et parmi ces idées, il y a la tenaille identitaire. Un instrument rhétorique qui figure le piège tendu à l’universalisme.

 

Les dents du bas de la mâchoire, c’est Tariq Ramadan et ceux qui nient le niveau de l’emprise islamiste dans certains quartiers, les dents du haut c’est Éric Zemmour et ceux qui voient de l’islamisme partout.

 

On peut extrapoler et utiliser l’outil de la tenaille identitaire, au-delà même de ce que souhaitait Laurent Bouvet. Dents du bas : l’accusation d’islamophobie. Dents du haut : l’accusation d’islamo gauchisme ; dents du bas : la cancel culture, dents du haut : l’arrogance boomer.

 

La République et ses valeurs (la laïcité) se sont laissées enserrer dans la tenaille. De n’avoir pas tenu ses promesses d’émancipation ou de lutte contre les discriminations, ou alors de n’avoir simplement pas su se défendre ?

 

Les deux, répondait Bouvet. 

 

ICI 

Le politologue Laurent Bouvet (1968-2021).

Bernard Cazeneuve : "Laurent Bouvet ou le sens de la République"  ICI 

 

L'ancien Premier ministre rend un hommage à Laurent Bouvet, le politologue, essayiste, et ardent défenseur de la laïcité, décédé le 18 décembre dernier.

 

Laurent Bouvet n'est plus. Pour sa compagne Astrid et leurs filles, l'absence doit être immense. Je pense à elles, à leurs proches et leur adresse mes sincères condoléances.

 

Je souhaite dans ces quelques lignes rendre hommage au républicain complet que Laurent Bouvet a été. La République, il en était fou. Cette ardeur républicaine, certains l'ont prise pour de l'inflexibilité. Les mêmes d'ailleurs qui faisaient semblant de confondre sa pugnacité avec de l'intransigeance. 

 

C'est que Laurent Bouvet prenait les idées toujours très au sérieux. Pas seulement parce que la République vit du débat d'idées, mais parce que la République a besoin d'idées nouvelles pour pouvoir continuer son oeuvre par définition inachevée. Alors, ami des concepts, il en diffusera de nouveaux : "sens du peuple", "insécurité culturelle", "péril identitaire". Ces concepts, il voulait les poser mais surtout persuader ses contemporains d'y recourir. Avec l'espoir de pouvoir ainsi les sortir de leur négligente torpeur face à l'individualisme forcené, au libéralisme dévergondé et aux communautarismes devenus ivres de leur dogme. 

 

Il chérissait les idées aussi parce qu'il savait que la politique a horreur du vide. Mais, pour autant, il ne vivait pas dans le monde des idées. Laurent Bouvet était un réaliste. Et pour lui, l'engagement dans la cité était la plus belle forme de réalisme qui soit.

 

Engagement au Parti socialiste tout d'abord, dont il fut pendant vingt ans un ardent et studieux militant, produisant de nombreux textes, participant à divers courants. Il en fut déçu, mais resta toujours loyal aux traditions et idées socialistes. Il fut plus exigeant voire critique avec ses dirigeants, les trouvant trop timides face aux mouvements qui avaient mis la République en joue.

 

Engagement dans le débat public d'idées sur les réseaux sociaux aussi. Il avait bien du mérite à le faire, dans un paysage dévasté par les approximations et les exagérations, rongé par les anathèmes. Il s'y colla, sans rechigner. Il voulait réfuter et contenir les figures publiques extrémistes car, pour lui, en les laissant s'exprimer bruyamment sans répliques, on leur laisse une visibilité que les indécis vont interpréter comme de la représentativité. L'autre enjeu pour lui, c'était précisément les indécis qu'il faut à tout prix empêcher de basculer, d'un côté ou de l'autre de la tenaille identitaire. 

 

Engagement pour la chose publique tout du long. Universitaire universaliste et militant revenu de ses illusions, il cofonda le Printemps Républicain, véritable vigie de la République, dans un contexte où beaucoup perdaient leur boussole. Disons-le ici tout net : il a fait preuve de courage. Il a assumé les conséquences de ses convictions et assuré leur victoire sur la peur, contre la propension collective à la fuite. Le courage de rester droit, de dire ce qui est, d'assumer ses choix. Ce même courage dont il fera preuve face à la maladie.

 

Certes, le courage est contagieux, mais il faut bien que quelqu'un commence. Ce quelqu'un, ce fut lui. Il ne pouvait en aller autrement, face au lâche abandon de l'idéal universel prôné par d'aucuns, face à la défense passive et à trous de certains responsables en matière de laïcité. Albert Camus écrivait que "l'esprit est toujours en retard sur le monde". Eh bien, c'est un fait, en matière républicaine, la gauche a sans doute été en retard sur Laurent Bouvet. Et rien n'est encore assuré, chacun le voit.

 

N'en déplaise aux esprits polémiques, Laurent Bouvet fut toute sa vie un homme de gauche. Dans la pure tradition clemenciste : savoir être seul quand l'essentiel est en jeu. Que personne n'en doute, sa profonde conviction républicaine fut l'expression de sa conscience précise du danger que les entreprises identitaires font courir sur le vivre ensemble et l'avenir de notre communauté nationale.

 

Face à ces menaces, la République ne peut se défendre toute seule. Elle a besoin de citoyens engagés, prêts à la porter et à la répandre dans les coeurs et les esprits. Pas de République sans Républicains : c'était au fond son credo et l'héritage en forme de défi qu'il nous lègue. De ce point de vue, ses écrits vont résonner encore longtemps. Et chaque républicain convaincu, je le sais, pourra y puiser force et confiance dans les moments de doute et face à l'adversité. 

 

Au fond, la vie de Laurent Bouvet s'est articulée autour d'une idée claire, celle de vouloir faire vivre la République. C'est donc faire acte de fidélité à son endroit que de participer au sursaut républicain qu'il n'a cessé d'appeler de ses vœux et dont la France a tant besoin. Il nous a montré le chemin. Il a notre infinie gratitude.

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 06:00

Ours Aïnous – Uchiwa Gallery

Pour les retardataires, un cadeau pour leur beau-père…

 

« Miloszewski s’est fait une réputation internationale. Son sixième roman, "Inestimable", qui paraît aujourd’hui en français est un écho à l’avant dernier, "Inavouable", qui avait rencontré un grand succès.

 

Inestimable de Zygmunt Miloszewski

 

 

On peut lire, comme moi, dans le désordre le second avant le premier. J'attends "Inavouable", que j'ai commandé à ma librairie.

 

Un roman d’aventures échevelées aux quatre coins de la planète. course-poursuite, façon Indiana Jones, que met en scène Inestimable avec les mêmes personnages, une historienne de l’art polonaise, son mari, marchand d’art réputé et une aristocrate suédoise experte dans l’art de voler les musées. Facile de se laisser à nouveau séduire. Inestimable, c’est 500 pages pleines à craquer, de rebonds, d’humour, de culture…

 

Miloszewski joue avec gourmandise des codes du polar et du roman d’aventures, les pousse dans leurs retranchements, grossit le trait.

 

Mais surtout, son regard est dévastateur, son ironie savoureuse. Les Polonais en prennent pour leur grade, les Russes aussi. Et les Français, sont joyeusement épinglés, comme dans ce passage qui montre l’héroïne, Zofia, enquêtant à Paris… (Voir chronique de lundi ICI

 

Dans le style Ciné papy :

 

Sur quoi repose l’intrigue ?

 

La base du roman, comme la génoise au chocolat dans la forêt noire, c’est la recherche éperdue d’une collection d’objets d’art aïnou - un peuple autochtone qui vivait notamment sur l’île de Sakhaline -, rapportés en Europe par un pionnier de l’ethnographie.

 

Petitjournal sakhalines sakhaline

 

Et en particulier d’un totem en forme d’ours qui semble doté de vertus considérables puisqu’il va faire l’objet d’une lutte sans merci entre une multinationale de la pharmacie et un groupe un poil sectaire de scientifiques passablement allumés.

 

Ours Aïnous – Uchiwa Gallery

 

Inestimable est un festival d’épisodes rocambolesques montés de main de maître. Une attaque de pirates au large des côtes d’Afrique, une expédition dans un fleuve de boue en Sibérie, un face-à-face avec un ours (éloigné en chantant à tue-tête l’hymne national polonais), une cavalcade dans le métro avec saut dans la Seine depuis le pont d’Austerlitz, un séjour qui n’en finit pas au beau milieu de l’océan avec pour tout bagage une combinaison de sécurité…

 

On l’a compris, Inestimable est un thriller plein d’esprit et de drôlerie.

 

Cerise sur le gâteau, Miloszewski mène tout au long de son roman une série de réflexions sur nos rapports à la religion par exemple, ou sur le désastre écologique à venir et les choix qu’il va nous imposer. »

 

Source : ICI

Zygmunt Miloszewski a l’art de fouiller les tréfonds de l’âme de ses compatriotes avec la minutie d’un entomologiste.

“Inestimable”, le roman noir façon Indiana Jones du Polonais Zygmunt Miloszewski ICI 

 

Michel Abescat

 

Il s’est fait connaître avec ses polars déterrant les secrets embarrassants de la Pologne. Et continue de séduire avec son deuxième roman d’aventure, une course poursuite haletante sur fond de changement climatique, qui vient de paraître au Fleuve noir.

 

C’est toujours pareil avec les auteurs à succès. À chaque nouvelle parution, revient la même question : alors, c’est comment ? Ça vaut le coup ?

 

Ainsi du sixième roman traduit en français de Zygmunt Miloszewski, Inestimable, qui vient de paraître au Fleuve noir. En moins de dix ans, l’écrivain et scénariste polonais, né en 1976, s’est en effet construit une belle notoriété internationale. D’abord avec sa trilogie dite Teodore Szacki, du nom de ce procureur, dépressif et arrogant, qu’il a imaginé pour interroger, à travers les enquêtes qu’il lui fait mener, l’Histoire et la culture de son pays.

 

Grand admirateur du suédois Henning Mankell, Miloszewski a l’art comme lui de fouiller les tréfonds de l’âme de ses compatriotes avec la minutie d’un entomologiste. Dans Les Impliqués (éd. Mirobole, 2013), qui se passe à Varsovie, il explore ainsi le passé totalitaire de la Pologne. Un fond de vérité (éd. Mirobole, 2015) met en scène une série de meurtres qui bouleversent la petite cité médiévale de Sandormierz et renvoient à de vieilles légendes antisémites toujours promptes à refaire surface. Quant à l’intrigue du dernier volume de la trilogie, La Rage (éd. Fleuve noir, 2016), elle prend place à Olsztyn, dans le nord de la Pologne, et confronte Szacki au fléau des violences faites aux femmes. Récompensés par plusieurs prix, ces trois romans séduisent par la vivacité de la plume de l’auteur, le tranchant de son regard, cruel parfois, drôle souvent, mélange relevé d’humour noir et d’ironie.

 

Mais en 2017, au grand dam de certains de ses lecteurs, Miloszewski décide d’abandonner son personnage pour investir un genre différent. Celui du roman d’aventures et d’action qu’il inaugure avec Inavouable (éd. Fleuve noir, 2017). C’est, à ce jour, son plus grand succès. Et il faut dire que l’auteur ne lésine pas sur les ingrédients. Rebondissements, suspense, espionnage, références à l’Histoire : Inavouable raconte une course-poursuite rocambolesque à travers le monde, à la recherche (pour commencer) d’un tableau de Raphaël volé à la Pologne par les nazis. Documenté, érudit, ce roman de six cents pages, électrique et ubiquitaire, tient haut la main ses promesses. Difficile de le lâcher.

 

Inestimable, qui paraît aujourd’hui, est un peu son frère jumeau. Même genre, le roman d’aventures échevelées façon Indiana Jones ; même langue, rapide, incisive, impertinente ; même regard à distance, même jeu sur les codes romanesques. Et mêmes personnages. Zofia, une historienne de l’art, qui vient de se faire licencier pour raisons politiques du musée de Varsovie qu’elle dirigeait. Karol, un marchand d’art réputé, devenu son mari. Et une aristocrate suédoise haute en couleur, Lisa, as de la cambriole spécialisée dans les objets d’art.

 

La course-poursuite, cette fois-ci, a pour objet un totem aïnou – un peuple autochtone qui vivait notamment sur l’île de Sakhaline, en Sibérie – rapporté en Europe, au début du XXe siècle, par un ethnologue polonais de renom. Un totem dont on mesurera peu à peu la valeur puisqu’il va devenir un enjeu majeur pour une multinationale de la pharmacie et un groupe de scientifiques plutôt allumés. Difficile d’en dire plus sinon qu’il sera question d’enjeux majeurs et de brûlante actualité liés à la catastrophe climatique qui s’annonce.

 

Miloszewski joue à merveille entre divertissement et réflexions on ne peut plus sérieuses, mais l’essentiel du roman est la mise en scène gourmande et souvent ironique d’une cavalcade de scènes d’action. L’auteur, avec la complicité du lecteur, n’est pas dupe, mais il va à fond les ballons. Et ses personnages, en particulier Zofia, vont en voir des vertes et des pas mûres. Attaque de pirates au large des côtes d’Afrique, expédition à haut risque dans une coulée de boue au fin fond de la Sibérie, face-à-face avec un ours, poursuite dans le métro parisien avec saut dans la Seine depuis le pont d’Austerlitz, séjour solitaire et prolongé au beau milieu de l’océan avec pour tout bagage une combinaison de sécurité, etc.

 

Bref, au bout du compte, les héros sont fatigués. Et le lecteur un peu aussi. Pour en revenir ainsi à la question du début, ce nouveau roman de Zygmunt Miloszewski vaut-il le coup, la réponse, sans hésitation, est oui. L’auteur a du talent, de la culture, de l’humour, du savoir-faire et de la distance. On apprécie sa gourmandise, mais attention tout de même à l’indigestion.

 

 

Extraits :

 

« Trop tard, se dit-il pour la millionième fois, j’ai tout commencé trop tard. Combien d’années vivrai-je encore ? En bonne santé, au mieux vingt ou trente ans. Viendront ensuite un cancer, la démence, puis une lente agonie. Et avec elle le réflexe de se mentir à soi-même en disant que « je me sens toujours bien pour mon âge », que « ça pourrait être pire », que « cette chemise me rajeunit d’une dizaine d’années ». »

 

« Le problème, c’était que Bogdan Smuga ne croyait ni en l’amour, ni au bonheur familial, ni à l’action bénéfique d’un foyer. Il était d’avis que ce modèle d’existence était l’excuse des paresseux qui n’avaient pas le courage de consacrer leur vie au développement de l’héritage de l’humanité. Une femme et des enfants n’étaient qu’un carcan absurde qui accaparait du temps et les pensées. Le mariage, ce n’était que la cession d’une existence contre des rapports sexuels facilement accessibles et quelques émotions banales. Et l’amour ? Ce n’était qu’une simple réaction biochimique qu’on avait, allez savoir pourquoi, parée de mythes et de légendes. »

 

« Si vous me demandez si j’ai envie de mourir, alors non, je n’en ai nulle envie, bien sûr. Et je serais probablement triste de trépasser indépendamment des circonstances. Mais si je dois cesser d’exister, alors la conscience qu’avec ma génération disparaît aussi l’intégralité de mon espèce constituée d’idiots, de méchants et d’enragés me fait me sentir mieux.

— Je croyais que nous, les scientifiques, étions des humanistes.

— Nous sommes les enfants de la nature, de sa beauté, de sa force, de sa diversité, de son infinie capacité à créer. Nous serions de piètres scientifiques si nous assujettissions nos actions à une seule espèce, sous prétexte que nous y appartenons. L’humanisme équivaut à un nationalisme ou à un fondamentalisme religieux, capable de justifier n’importe quelle bassesse au nom de l’Homme. Or l’Homme en tant qu’idée, hum… même le Dieu de l’Ancien Testament ou Adolf Hitler font pâle figure à côté de lui. Leur férocité sanguinaire devient innocente, locale et de faible ampleur en comparaison. »

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