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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 06:00

 

 

Les coopératives sont, selon l'expression de Charles Gide, grand universitaire, oncle de l'écrivain et théoricien des coopératives de consommation, « filles de la misère et de la nécessité » : pour ceux qui sont dépourvus de moyens financiers, le regroupement et la solidarité sont les seules armes disponibles. Charles Gide, en 1890, espérait que les principes coopératifs, en se généralisant, changeraient à la longue la nature même du système social, et qu'une « République coopérative » pourrait ainsi voir le jour, qui permettrait le dépassement des antagonismes de classe et la naissance d'un autre système social, ni capitaliste ni socialiste.

 

Dans ma vie professionnelle j’ai assisté au massacre des beaux principes de la mutualité et de la coopération avec le sommet que fut la privatisation du Crédit Agricole Mutuel, accompagnant l’érection des grosses coops de collecte de céréales, d’approvisionnement, laitières… etc. gérés comme des groupes capitalistes. Quant à la coopération viti-vinicole, elle n’a rien accouché de solide qui puisse contribuer à dynamiser le secteur.

 

Mais là, à propos de Biocoop, il s’agit d’une coopérative de consommation, franchisant des magasins de proximité.

 

Je suis depuis toujours client de Biocoop, pas par militantisme mais parce que j’y trouve des produits qui me conviennent. J’ai assisté ces deux dernières années à la dérive du modèle.

 

Biocoop : quand le modèle coopératif lorgne sur la grande distribution ICI 

 

par Anne-Laure ChouinCellule investigation de Radio France

 

Que se passe-t-il dans le réseau Biocoop ? Les récents conflits sociaux qui ont éclaté sont les révélateurs d’une crise de croissance. En se développant rapidement sur un marché concurrentiel, la coopérative s’est peu à peu éloignée de ses principes fondateurs.

 

Si l’on en croit la publicité que Biocoop diffuse actuellement à la télévision, la façon de commercer de Biocoop est bien différente de celle des autres magasins alimentaires : plus démocratique, plus sociale, et bien sûr : coopérative. Mais dernièrement cette belle image s’est fissurée. 

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 06:00

"Louis XVI éclairant le serrurier Gamain en train de confectionner l'armoire de fer", illustration extraite de l'"Histoire des Girondins" (1866), de Lamartine. Photo © Leemage

Je passe sur l’affaire du Masque de fer pour évoquer au passage l’Affaire de l’armoire de fer de Louis XVI.

 

À l’annonce de la fuite du roi Louis XVI, François Gamain, qui fût son serrurier, dénonce au Ministre de l’Intérieur, Roland de La Platière, l’existence d’une armoire cachée au château des Tuileries : « L’armoire de fer ».

 

L’armoire est un trou, ouvert dans un mur près de la chambre à coucher du couple royal, dissimulé derrière un panneau de lambris et fermé par une porte de fer. Elle était destinée à dissimuler la correspondance secrète de Louis XVI (entre autre, les correspondances avec Mirabeau et La Fayette) et avait été installée par Gamain.

 

Montée en épingle par la presse (Notamment par « l’Ami du peuple » de Marat), l’affaire fera grand bruit et aura un effet désastreux sur l’opinion publique. Si le roi cache quelque chose, c’est qu’il est coupable…

 

« Je viens rapporter à la Convention Nationale plusieurs cartons remplis de papiers qui, par la nature et par le lieu où ils ont été trouvés, m’ont paru de la plus grande importance »

 

Louis XVI y perdra le peu de crédit qu’il avait. La Convention décidera, le 3 décembre, la mise en jugement du roi. Les documents de l’armoire de fer seront produits à charge.

 

Chaque lettre dénonce les ennemis de la nation et parmi eux; Mirabeau.

 

Le 12 septembre 1794, Mirabeau sera exclu du Panthéon et enterré au cimetière de Clamart.

 

Le squelette de Mirabeau sortant de l’armoire de fer

 

La découverte de papiers compromettants pour Louis XVI fut-elle une machination destinée à perdre le roi ?

 

L'énigme de la semaine. ICI

 

La découverte, dans la fameuse « armoire de fer »

 

Tout commence le 20 novembre 1792, à 2h30 de l’après-midi, lorsque le ministre de l’Intérieur, Jean-Marie Roland, annonce solennellement, à la tribune de la Convention, que plusieurs cartons de documents compromettants pour le « ci-devant roi » viennent d’être trouvés dans une cachette dissimulée derrière un lambris, au château des Tuileries. Une découverte rendue possible par les révélations du serrurier François Gamain. Ancien employé à Versailles, ce dernier est, en effet, venu raconter avoir posé aux Tuileries une porte de fer devant une anfractuosité creusée par Louis XVI en personne dans un mur de l’exigu couloir reliant la chambre royale à celle du dauphin. Et avoir vu le souverain placer dans cette petite cavité des liasses de papiers.

 

Déchu le 10 août, emprisonné avec sa famille au Temple le 13 août, Louis XVI attendait, depuis lors, d’être fixé sur son sort.

 

Serait-il jugé ?

 

Selon la Constitution de 1791, qui avait posé le principe de son inviolabilité, il ne pouvait l’être. Mais faisant valoir (au mépris du principe de non-rétroactivité) que la proclamation, le 22 septembre, de la République, rendait cette Constitution caduque, l’avocat Jean-Baptiste Mailhe avança l’idée que l’ancien roi était, au contraire, justiciable « devant la nation tout entière ». La révélation de l’existence de l’“armoire de fer” arrivait à point.

 

Que contenait donc cette fameuse “armoire” ?

 

Au total, 726 pièces, censées accréditer la collusion de «Louis Capet» avec les puissances ennemies de la Révolution.

 

Dans une étude très fouillée, publiée en 1982, Paul et Pierrette Girault de Coursac ont conclu à une forgerie* destinée à perdre le roi.

 

La forgerie est un acte de tromperie qui consiste à fabriquer un faux en écriture, soit de toutes pièces, soit en réutilisant des parties authentiques existantes, auxquelles des parties forgées sont ajoutées habilement de façon à laisser croire que l'ensemble serait authentique.

 

Sans valider totalement cette thèse, la plupart des historiens admettent, aujourd’hui, que de nombreuses zones d’ombre subsistent. Notamment concernant le rôle de Roland Girondin, haï par la Montagne, celui-ci, grâce à l’“armoire de fer”, entendait « [redonner] à son parti le premier rang des accusateurs » ( Jean-François Chiappe).

 

Se livra-t-il, pour cela, à des manipulations de documents ?

 

 

La rumeur en avait couru à l’époque.ne machination contre lui ?

Ne pas confondre l'armoire de fer des Tuileries avec celle-ci

 

L'armoire de fer : ce coffre-fort indestructible au cœur de Paris

ICI

 

L'armoire de fer a été créée pour certains documents particulièrement précieux de l'histoire de France. Elle est visible en de rares occasions aux Archives nationales à Paris.

 

Indestructible et inviolable. L’armoire de fer, réalisée en 1790, est un coffre-fort ultra-sécurisé qui se trouve actuellement à l’Hôtel de Soubise, propriété des Archives nationales, rue des Archives à Paris.

Mais à quoi sert-elle ? 

Des documents d’une valeur inestimable
 

L’armoire de fer des Archives nationales a été réalisée sur ordre de l’Assemblée constituante du 30 novembre 1790 afin d’abriter à l’origine les formes, planches et timbres employés dans la fabrication des assignats, puis l’acte constitutionnel et les minutes des lois et décrets révolutionnaires. 

 

Elle est constituée de deux énormes caissons métalliques emboîtés. Trois clefs, qui étaient réparties entre le président de l’Assemblée, son secrétaire et son archiviste,  la commandent.

La suite ICI 

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 06:00

RAY

L’audition de Jamie Foxx par Ray Charles (2004) ICI

Le couvre-feu qui a fermé les salles de ciné me précipite certains soirs devant mon écran plat pour voir ou revoir des films. Je branche, je cherche, je trouve parfois.

 

Ainsi RAY

 

2004 Etats-Unis Réalisé par Taylor Hackford 2h32 avec Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King.

 

Les râleurs hypocrites de Télérama aiment un peu, comment mon Dieu peut-on aimer un peu ?

 

Ce n’est pas un grand film mais je partage le point-de-vue des Inrocks

 

La réussite exceptionnelle, tant artistique que financière, d'un petit moricaud aveugle sorti de la campagne constitue une trame à la fois cousue d'or et fort prévisible. Hackford a donc voulu la pimenter de quelques contre-vérités historiques dont nous nous abstiendrons de juger l'opportunité.

 

La culpabilité qui, à l'écran, hante l'artiste sa vie durant après la mort de son petit frère George est proprement inventée (dans Brother Ray, son autobiographie, le chanteur est formel là-dessus : il n'a jamais rien ressenti de tel). Mais elle fournit, il est vrai, une fêlure à travers laquelle il devient aisé d'explorer la détresse cachée derrière ces lunettes noires et cet éternel sourire de bon gars de la campagne.

 

De même, les scènes de désintoxication relèvent de la pure fantaisie. Ray a toujours affirmé qu'il lui avait été plus difficile d'arrêter de fumer que de décrocher de l'héroïne.

 

Sans cette dramatisation, Hackford a dû sans doute penser qu'allait lui échapper le vertige secret de cet homme qui a fait chavirer son époque. Que Ray Charles n'ait été qu'un Noir invraisemblablement doué pour la musique, malin en affaires, qui baisait comme un bouc et se shootait comme une machine à coudre, tout en s'efforçant de mener une vie de famille normale, ne pouvait-il suffire ? Et la culpabilité n'est-elle pas au final celle qu'interroge Hackford en lui-même ?

 

Bon, à dire vrai, on s'en tape.

 

Le spectacle ne manque pas d'attrait. Le plus indiscutable étant Jamie Foxx qui est plus Ray que nature. Sa performance est tout bonnement digne de celle de Robert De Niro jouant Jack La Motta ou de Tom Hulce inventant son Mozart dans Amadeus. Hmm... Ça sent l'oscar.

 

Bonne pioche Jamie Foxx d'obtenir l'Oscar du meilleur acteur en 2005 pour son interprétation du rôle-titre ainsi que le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie.

25 janvier 2015

« Je suis aveugle, mais on trouve toujours plus malheureux que soi… j’aurais pu être noir » Ray Charles ICI 

 

« Il est également invité à jouer dans une salle de Géorgie en 1959, mais refuse d'y entrer à cause de la loi de ségrégation de l'époque : il est donc interdit de jeu en Géorgie. Après la fin de la ségrégation, le gouvernement de Géorgie lui présente des excuses publiques et choisit la chanson « Georgia », fameusement interprété par Ray Charles, comme hymne national. »

 

 

Ray Charles

 

Chanteur, pianiste, organiste, compositeur et chef d'orchestre (1930, Albany - 2004, Beverly Hills)

 

Surnommé « the Genius » par Frank Sinatra, Ray Charles (vrai nom Ray Charles Robinson) figure parmi les plus grands musiciens du jazz et surtout du Rythm’n blues. Il est aussi l’un des fondateurs de la musique « soul ». Récompensé par douze Grammy Awards, il fut à l’époque de la ségrégation raciale, le chanteur préféré d’un public noir et blanc. ICI 

Olympia, 1970

 
DIX ANS DÉJA
Ray Charles, la clé de soul du jazz
Paris Match |
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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 08:00

 

C’est aussi, depuis fort longtemps, mon opinion.

 

OPINION. Invité de l'émission «Répliques» sur France Culture, le correspondant américain du «Washington Post» s'est vu reprocher de ne pas comprendre la France, et surtout de la critiquer sur la laïcité.

Les Français ne feraient-ils pas mieux de se regarder plus souvent dans ce miroir déformant qu'est la presse étrangère?

Richard Werly

Publié mercredi 13 janvier 2021

Modifié jeudi 14 janvier 2021

 

Je ne connais pas James McAuley, le correspondant en France du Washington Post, tout juste nommé éditorialiste en charge de l'Europe. J’ai d’ailleurs choisi de ne pas le contacter avant cette chronique, qui porte moins sur son travail et sa vision de la France que sur le traitement dont il a récemment bénéficié dans l’émission Répliques de France Culture.

 

McAuley, parfaitement francophone, sera en outre l’un des invités, en juillet prochain, du Festival international de journalisme de Couthures organisé par Le Monde du 9 au 11 juillet, dont Le Temps est partenaire. Nous débattrons avec lui de l’image de l’Hexagone et des Etats-Unis. Tant mieux. L’occasion sera belle, pour le public, de nous contredire ou de nous critiquer ensemble, aux côtés de confrères et consœurs espagnols, britanniques, allemands ou africains…

 

Exécution programmée

 

Le sujet n’est donc pas de porter assistance à un confrère blessé sur le champ de bataille de l’opinion et de l’information. Le Washington Post, quotidien prestigieux possédé par Jeff Bezos, le patron du géant Amazon, n’a pas besoin d’un soutien helvétique. C’est la méthode qui nous intrigue ici. Invité de l’une des émissions phares du paysage intellectuel français, James McAuley est tombé dans une embuscade. Il ne s’agissait pas, pour son animateur Alain Finkielkraut (qui vient de provoquer une nouvelle polémique sur LCI, à propos des accusations d’inceste portées contre le constitutionnaliste Olivier Duhamel) et son invité et vieux complice, le romancier essayiste Pascal Bruckner, d’écouter ce que ce correspondant étranger avait à dire sur la France, sa laïcité et son rapport aux religions. Le but était de le sommer de s’expliquer, après la parution de plusieurs articles critiques de l’Hexagone dans… le New York Times. Accusé, levez-vous: le tribunal vous écoute. Sans surprise, l’exécution est apparue, au fil de l’émission, programmée…

 

La suite ICI 

 

« …ut sunt Gallorum subita et repentina consilia » (« …étant donné que les Gaulois ont des résolutions soudaines et inattendues »

Jules César Guerre des Gaules, III, 8

 

Napoléon Bonaparte qui déclarait au Conseil d’État à propos de la Légion d’Honneur en 1803 : « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes […]. Je ne crois pas que le peuple français aime la liberté et l’égalité ; les Français ne sont pas changés par dix ans de révolution ; ils sont ce qu’étaient les Gaulois, fiers et légers. Ils n’ont qu’un sentiment : l’honneur ; il faut donc donner de l’aliment à ce sentiment-là, il leur faut des distinctions. »

Cité par Jean Tulard dans Napoléon et la noblesse d’Empire, Tallandier, 1979)

 

Chateaubriand lui-même considérait que « Le Français a été dans tous les temps, même lorsqu’il était barbare, vain, léger et sociable. Il réfléchit peu sur l’ensemble des objets, mais il observe curieusement les détails... »

Chateaubriand, Génie du christianisme, 1828, Troisième partie, livre III, chapitre IV,

 

Ernest Lavisse, écrit de son côté : «  Les Gaulois habitaient des maisons faites avec de la terre et couvertes en paille. Ces maisons n’avaient qu’une porte et pas de fenêtres. La fumée sortait du toit par un trou parce qu’il n’y avait pas de cheminée. Vous n’aimeriez pas habiter de pareilles cabanes. La fumée vous piquerait les yeux et vous ferait pleurer. […] Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les Gaulois étaient très intelligents. Ils apprirent à faire tout ce que faisaient les Romains. » »

Ernest Lavisse, Histoire de France, 1913

 

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 08:00

 

André Le Troquer et sa maîtresses ont participé à d'étranges parties fines © AFP

La fabrique de l’élite française est dans la tourmente depuis que les accusations d’inceste contre le constitutionnaliste Olivier Duhamel ont été rendues publiques.

 

Que penser du fonctionnement d’une école qui a couvert les agissements du patron de la Fondation nationale des sciences politiques?

 

Richard Werly

Publié mardi 12 janvier 2021

 

Quatre lettres. Depuis sa création en 1945, la FNSP ou Fondation nationale des sciences politiques accompagne l’exercice du pouvoir en France. C’est en son sein que se recrutent les politologues qui décryptent chaque scrutin. Et c’est à Sciences Po, à l’Institut d’études politiques (IEP) qui en dépend, situé au 27 rue Saint-Guillaume (dans le quartier des ministères), que sont formés une bonne partie des futurs hauts fonctionnaires, diplomates et… journalistes de l’Hexagone.

Plus révélateur encore de l’emprise de cette institution sur une partie de l’élite tricolore? Le «moule» Sciences Po – antichambre de l’Ecole nationale d’administration – est dénoncé pour son mélange d’uniformité de pensée, d’aisance intellectuelle et d’arrogance parisienne: «Vous avez ici le condensé de ce qui ne va plus en France, s’énervait devant nous, en novembre 2020, Jean-Luc Mélenchon, le leader de la gauche radicale. Ce qu’on ne nous pardonne pas, à nous les élus de terrain, en prise avec les «gens», c’est de nous insurger contre les critères économiques enseignés à Sciences Po.»

Directeur averti

Un autre des critères de l’école, l’éthique, est en train d’exploser depuis la parution, le 7 janvier, du livre La Familia grande de l’avocate Camille Kouchner, fille de l’ancien ministre de la Santé Bernard Kouchner. En accusant son beau-père Olivier Duhamel – deuxième époux de sa mère Evelyne Pisier – de s’être rendu coupable d’inceste sur un de ses frères adolescent, l’intéressée a lancé une grenade dégoupillée sur la «péniche», le banc de bois qui trône au milieu du hall d’entrée de Sciences Po. Motif: la «loi du silence» dont a bénéficié ce constitutionnaliste réputé, professeur de droit très apprécié par ses élèves, ancien député européen, président du club Le Siècle (dont les dîners réunissent le Tout-Paris) et… président de la FNSP depuis 2016.

 

Publiées depuis la sortie du livre, une série de révélations et de confidences démontrent que l’actuel directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, avait été averti du comportement passé d’Olivier Duhamel et qu’il n’en a tiré aucune conséquence.

 

Appels à la démission la suite ICI 

 

Olivier Duhamel au sortir de l'Elysée le 29 octobre 2007. Alors membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, appelé plus communément comité Balladur, créé par Nicolas Sarkozy.

Mandarin des lettres et de la politique

 

Voici, rapidement résumée, l’affaire qui, depuis ce lundi 4 janvier, secoue l’élite intellectuelle française. Et en partie sa frange de gauche, ces compagnons de route du Parti socialiste, enfants de Mai 68, qui flamboyèrent sous les deux septennats de François Mitterrand puis, pour certains, misèrent plus tard sur l’ascension d’un certain… Dominique Strauss-Kahn. Au premier rang: Olivier Duhamel. L’archétype du «mandarin» des lettres, du pouvoir et des médias. Charismatique en diable. Ténor de Sciences Po, l’une des fabriques de l’élite parisienne. Directeur, aux Editions du Seuil, de la revue Pouvoirs dont le titre dit tout. Mais aussi chroniqueur sur la chaîne d’information LCI et Europe 1. L’homme qui, en 1988, interviewa François Mitterrand sur sa pratique de la fonction suprême. L’homme qui, tout en dissertant sur les liens entre la presse et Nicolas Sarkozy, n’hésita pas à s’en prendre violemment, en 2011, aux journalistes qui relataient les accusations de viol portées, à New York, contre Dominique Strauss-Kahn…

En 1959 déjà, les «ballets roses»

 

Une chose est certaine à la lumière des commentaires parus dans la presse et de la confirmation par le procureur de la République de Paris d'une enquête ouverte sur les faits en 2011, puis classée sans suite: tout le monde savait. A commencer par l’ancien ministre Bernard Kouchner, qui voulut jadis «casser la figure» au second mari de sa première femme et a confirmé la véracité des faits via son avocat. A commencer aussi par Marie-France Pisier, interprète fétiche des films de François Truffaut, dont le décès dans sa piscine est aujourd'hui largement considéré comme un suicide. Et tous les autres? Les journalistes familiers de la table familiale ? Les politiques, d’autant plus informés lorsqu’ils sont au pouvoir ? Une information donnée par Le Monde ajoute au trouble, même si elle n'a pas de rapport direct avec le livre et les faits relatés: Camille Kouchner n'est autre que l'actuelle compagne de Louis Dreyfus, le PDG du quotidien du soir, partenaire et actionnaire du Temps.

 

Bref, la France intellectuelle a, ces jours-ci, de quoi être assommée. Olivier Duhamel était une vigie et un repère pour ses étudiants. Séisme assuré

Colette et Jacques DUHAMEL, Olivier

Le politologue Olivier Duhamel titre son premier roman des prénoms de ses parents. Colette et Jacques, à paraître le 10 janvier chez Plon, retrace en fiction l’engagement du couple dans la vie culturelle et politique du XXe siècle. Car si Jacques Duhamel, résistant dès ses 17 ans, est devenu un personnage public marquant de la IVe et Ve République, Colette ne saurait être placée dans l’ombre. Directrice de La Table ronde avant de rejoindre la maison Gallimard, elle est présentée comme "une femme libre, directe, à rebours des conventions de son époque et de son milieu", souligne Jean-Claude Perrier dans son avant-critique pour Livres Hebdo. "Histoire, politique, édition, littérature se mêlent ici, incarnées par tous les beautiful people du siècle dernier, dont certains assez oubliés. Les Duhamel, par exemple, qui méritaient bien ce roman-témoignage", conclut-il.

 

ICI 

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 08:00

 

22 janvier 2020

 

Les « janvier sec » des prohibitionnistes masqués et les « buvez du vin sur ordonnance » de Vin&Société me gonflent à parts égales ICI 

 

Nous ne vivons pas dans un pays de prohibition, le vin est en vente libre et, en dehors de quelques restrictions justifiées, de la loi dites Evin, il est possible d’acheter la boutanche chère à son cœur aussi facilement que sa botte de poireau.

 

 

 

Alors en faire des tonnes, comme Saverot, Bettane et Pousson sur le nouveau joujou des prohibitionnistes masqués « Dry January » relève d’un réflexe pavlovien qui plaît beaucoup aux prohibitionnistes masqués pour taper sur le lobby du vin.

 

 

Je ne m’étendrai donc pas pour ces joutes dénuées d’intérêt.

 

 

En revanche, même si les buveurs de la perfide Albion sont désarrimés de notre UE, ils vont continuer de picoler nos jajas gaulois et l’opinion d’un journaliste du quotidien britannique The Guardian Toby Moses qui explique pourquoi il renonce à faire Dry January présente un réel intérêt. ICI

 

 

Tous les ans, je fais le vœu de ne plus manger de gâteaux. Ces bonnes résolutions durent généralement un mois, avec un peu de chance, parce qu’en février c’est mon anniversaire et qu’il est très malpoli de refuser une part de gâteau. Ou même deux, ou trois. Mais cette année j’ai pris une autre résolution.

 

En janvier, avec un bébé de trois mois très gourmand en attention, les bouteilles d’alcool gentiment offertes en cadeau prennent la poussière et les virées au pub appartiennent au passé. Comme bonne résolution, j’ai donc décidé de boire plus souvent. Certes l’idée peut paraître dangereuse, mais je pense que c’est le moment idéal pour apprendre à boire avec modération. Avant, j’avais cette attitude toute britannique vis-à-vis de l’alcool, c’est-à-dire que j’avais tendance à me prendre des cuites monumentales et à le regretter amèrement le lendemain matin.

 

Avec un bébé, ce n’était plus du tout faisable (sans parler des dégâts infligés à mon foie vieillissant). Et puis ce serait vraiment du gâchis de boire sans apprécier cette belle bouteille de gin maison que Tante Isa nous a offerte pour la naissance du bébé. J’ai donc décidé que quelques verres de vin ou quelques bières pourraient égayer un peu ces soirées d’hiver passées en intérieur avec mon fils, certes adorable, mais qui ne parle pas beaucoup.

 

Prendre l’engagement de boire davantage nécessite quelques garde-fous. Boire tous les soirs est sans doute une mauvaise idée, tout comme commencer l’apéro à 17 heures. Je ne le conseillerais pas non plus à quelqu’un qui a des problèmes d’alcool. Mais pour quelqu’un comme moi qui a tendance à boire sans modération, un verre de vin avant le dîner me permet d’avoir une attitude plus raisonnable à l’égard du démon de la boisson.

 

J’ai également décidé d’être plus exigeant sur la qualité de ce que j’ingurgite. Comme je ne sors pas, et que le bébé ne coûte pas grand-chose pour l’instant, j’ai décidé d’arrêter de me contenter des bouteilles en promo du supermarché. Je me suis donc aventuré chez un caviste du quartier, et j’ai dépensé plus de 10 livres pour une bouteille. Une folie, je sais, mais si je dois boire moins et plus régulièrement, je peux bien dépenser l’équivalent de trois pintes au pub.

 

 

Pour tout vous dire, je n’ai pas eu de mal à tenir cette bonne résolution – même s’il faut remplir plus souvent le frigo de bières. Ma résolution a coïncidé avec le début du confinement; c’était plutôt agréable de se détendre à la maison autour dun verre et c’était (presque) normal. Dans tous les cas, avoir un enfant est un excellent échauffement en cas de pandémie (sortir? quelle drôle didée). Et les apéros en visio avec les copains ont permis de donner une tournure sociale à notre consommation dalcool domestique.

 

La transition s’est faite en douceur et comme notre pub préféré, qui pourtant accepte les enfants, est fermé depuis cet été, les soirées cocktails dans le salon risquent de continuer encore longtemps.

Toby Moses

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 06:00

 

Désolé je n’ai pas pu m’en empêcher…

 

Tintin au pays des Soviets

 

 

Nous sommes le 10 janvier 1929, à Bruxelles. Accompagné de son chien Milou, un tout jeune reporter monte dans le train à destination de Moscou. Pour Tintin, c'est le début d'une grande aventure. Pour Hergé, c'est le vrai début de sa carrière. Les Aventures de Tintin, reporter du Petit Vingtième au pays des Soviets paraîtront sous forme d'album en 1930

 

 

Plus sérieusement :

 

MANIFESTATION EN FAVEUR DU CHILI AUX INVALIDES À LA SUITE 
DU COUP D'ÉTAT.  DE GAUCHE À DROITE AU PREMIER PLAN 
JEAN-MICHEL CATALA, PAUL LAURENT, GEORGES SÉGUY, 
EDMOND MAIRE, GEORGES MARCHAIS
 ET MICHEL ROCARD. PARIS 1973. 
PHOTO JEAN TEXIER

 

Pour comprendre la relation que Michel Rocard a entretenue avec le parti communiste tout au long de sa carrière politique il convient de distinguer trois périodes principales.

 

La première couvre les années cinquante et soixante jusqu’à 1974, celles de la formation politique et de son action au sein du PSU ;

 

La seconde couvre les années qui ont suivi son adhésion au PS (1974-1981) ;

 

La troisième est celle du gouvernement Rocard (1988-1991).

 

Une relation décomplexée avec le PCF.

 

Michel Rocard s’est situé politiquement à gauche d’emblée. Il se rappellera plus tard qu’il ne pouvait satisfaire l’humanisme transmis par sa mère protestante que de cette manière. «Le message égalitaire des écritures ne pouvait pas me laisser indifférent ».

 

Sa découverte du monde ouvrier et ses valeurs humanistes l’orientent vers le socialisme. «Dès lors, j’irais du côté de ceux par lesquels elles [les classes populaires] s’estimaient représentées, vers les partis qui bien ou mal aspiraient à les défendre. » Or, le Parti communiste, à cette époque, est à l’évidence l’organisation qui représente le plus largement la classe ouvrière. Quels que soient les désaccords, nombreux, qu’il entretient d’emblée avec ce parti, ils sont tous deux dans le même camp, celui de la gauche. « Nous savons très bien que la principale force de résistance à un durcissement autoritaire du régime est le PCF » déclare-t-il en 1971. Sa critique violente de Sartre lui permet de relativiser celle du PCF : « Je n’incriminerai pas le PCF : l’ennemi c’est J.P. Sartre et ce qu’il symbolise. C’est à dire l’intellectuel vaincu pendant vingt ans qui ne franchit pas le pas, qui est toujours un grand allié du parti de la classe ouvrière, qui ne porte pas de critique et se tait sur les camps de concentration pendant la période stalinienne et qui avale tout sans que jamais sa critique soit positive ; nous faisons l’inverse. Nous sommes du côté des communistes lors de tous les coups durs mais nous ne lui passons rien sur les affaires sérieuses. »

 

Le PCF n’est pas seulement le grand parti ouvrier, il est le grand parti marxiste. Rocard, membre des étudiants socialistes, a découvert Marx que lui a fait connaître Victor Faÿ. « Il s’est laissé séduire par le marxisme, notamment par les théories économiques de Marx, se souviendra ce dernier ». Il utilisera alors la thèse marxiste de la prééminence de l’infrastructure économique et sociale. Dans la tradition de la SFIO, il se veut un révolutionnaire. La lutte des classes est une évidence. La société socialiste doit succéder à la société capitaliste ; l’appropriation collective des moyens de production doit être réalisée. « Si le parti socialiste rejetait définitivement et le marxisme et le dogme de l’économie dirigée, il mettrait un point final à son évolution et perdrait tout espoir de jamais se rallier la classe ouvrière dont il aura fait don au parti communiste, écrit-il ».

 

Pour autant, Rocard ne ressentira jamais de proximité à l’égard du parti communiste. Il lui sera toujours étranger. Sa culture est différente. Sa génération n’est pas celle de la résistance mais celle de la guerre froide qui a découvert le totalitarisme stalinien. Contrairement à Léon Blum, il ne plaidera jamais pour la réunification des deux courants de gauche. Il ne souhaitera pas, comme lui, « effacer Tours ».

Il a une claire conscience des désaccords profonds qui existent entre eux. Au PSU, il énoncera clairement les deux plus importants : « le premier, c’est le caractère autoritaire ou non du modèle de société socialiste. A ses yeux, le modèle doit rester autoritaire, pour nous non. » ; « le deuxième point de controverse fondamentale, le voici. Des solutions de type socialiste sont-elles actuelles, correspondent-elles à la situation de la société française dans un avenir raisonnable ? Sur ce point nous constatons dans la pratique un comportement que nous qualifierons de conservateur ».

 

A la différence de nombreux socialistes, Rocard, sûr de ses valeurs et de ses idées, n’a pas de complexe à l’égard du « grand parti de la classe ouvrière ». Comme François Mitterrand, mais dans une vision différente, il conçoit la relation avec le PCF comme un rapport de forces. Quant à son marxisme, s’il lui arrive d’en donner des leçons aux communistes, il ne constitue qu’une part d’un bagage idéologique et intellectuel fort éclectique. N’étant pas sectaire, il et est ouvert à de multiples approches, d’autant que chez lui, la théorie, aussi importante soit-elle, ne l’emporte jamais sur les paramètres de l’action.

 

Faire !

 

Cet objectif en fait un héritier de Pierre Mendès-France. Il croit à l’économie. «J’avais, se rappellera-t-il plus tard, une crainte révérencielle devant l’économie. J’avais compris que c’était le cœur de la vie publique. » En 1954, Faÿ le perçoit davantage comme un modéré keynésien que comme un marxiste. Lui-même, interrogé plus tard sur le caractère révolutionnaire du PSU, donne une réponse qui le situe dans la ligne de Jaurès et de Blum : oui, le PSU est révolutionnaire s’il s’agit d’opérer un profond changement des rapports de production, une transformation radicale. Mais non s’il s’agit de déclencher un mouvement insurrectionnel. Il le montrera en mai 1968, étant à la fois en tête du mouvement mais soutenant le préfet Grimaud dans son action et faisant appel à Mendès France. Bref, comme l’écrit Jean-Louis Andreani, Rocard est alors un « révolutionnaire réfléchi ».

 

Mai 68 marque pour Rocard la rupture avec le PCF dont le PSU devient la bête noire. Lorsqu’en 1971, les négociations entre les deux partis à propos des élections municipales sont rompues, le PCF déclare que le PSU s’enfonce «dans des positions gauchistes irresponsables».

 

Rocard ne recherche pas à tout prix un rapprochement avec les communistes qui, comme le souhaite Guy Mollet pour la SFIO, pourrait être obtenu au moyen d’un « dialogue idéologique ». S’il est favorable à des actions communes avec les communistes, il réclame le droit à la différence. Il ne s’agit pas non plus pour lui, comme le voudra François Mitterrand en 1972, de faire un programme commun de gouvernement sans discuter du fond, estimant que ce faisant, le Premier secrétaire du PS consolide le PCF.

 

C’est, selon lui, en affirmant les valeurs socialistes qu’il sera possible de reprendre au PCF la classe ouvrière. Parmi celles-ci figure au premier chef la critique du totalitarisme qui, dans la période 1956-1968, trouve de nombreux points d’application. Il oppose au modèle soviétique le socialisme dans la liberté mais sans le faire au nom de la défense de la social-démocratie qu’il critique, percevant le congrès de Bad-Godesberg comme étant «l’expression parfaite d’un conformisme libéral sans ambition ». Le Rocard du PSU, comme Jaurès et Blum, n’est pas révisionniste.

 

Au modèle révolutionnaire communiste, Rocard oppose un autre modèle révolutionnaire : l’autogestion. Celle-ci ne pourra être instaurée qu’après la prise du pouvoir par les travailleurs et le renversement de l’état capitaliste ; l’objectif prioritaire demeure l’appropriation collective des moyens de production.  « C’est un fait, estime-t-il en 1972, qu’à travers la volonté d’autogestion s’expriment à la fois un refus et un projet :

 

- un refus, celui de la toute-puissance d’un État que la bourgeoisie a modelé en fonction de ses intérêts, et il est significatif qu’il s’accompagne d’un refus analogue à celui que l’URSS impose à ses travailleurs comme à ceux des démocraties populaires : un État qui en vient, comme naguère en Pologne et surtout en Tchécoslovaquie, à contredire la lutte ouvrière elle-même,

 

- mais aussi un projet, celui d’une société où les hommes soient capables de prendre en main leurs propres affaires, de prendre eux-mêmes les décisions qui concernent leur travail leur cadre de vie, leurs formation, leurs relations et toute leur vie quotidienne ». C’est sur cette ligne qu’il entend combattre le modèle communiste.

 

Si le PSU critique fortement, sans toutefois la condamner, la signature du programme commun en 1972, y voyant une perspective de changement politique mais considérant que le texte ne peut « ouvrir  la voie au socialisme» et qu’il est « l’expression d’une centralisation étatique largement aggravée », Rocard lui-même se montre un peu plus ouvert que son parti, estimant que son adoption « malgré les importantes réserves qu’appellent le contenu de ce texte et la stratégie qu’il implique, est un fait important. Son existence a une valeur de mobilisation, de mise en mouvement des forces populaires qu’il ne faut pas sous-estimer ».

 

La signature du programme commun va s’avérer une grande victoire stratégique pour François Mitterrand. Une perspective d’arrivée au pouvoir de la gauche se dessine. Rocard, lui n’a jamais conçu les relations avec le PCF en termes stratégiques. Il n’imagine pas ce que serait un gouvernement d’union. Aux élections législatives de 1973, alors que les progrès du PS sont remarquables, obtenant 19%, à deux points du PCF, le PSU obtient 2%. Rocard perd son siège dans les Yvelines.

 

Le PSU a raté le coche et n’a plus de perspectives sérieuses de jouer un rôle de premier plan dans la recomposition de la gauche. A l’élection présidentielle de 1974, Mitterrand, candidat d’union de la gauche dès le premier tour, manque de peu d’être élu au second. La partie est jouée et Rocard a perdu. Mitterrand ayant accepté sa demande d’adhésion au PS, il doit avaler le programme commun et l’union de la gauche.

 

Rocard, Mitterrand et le Parti communiste.

 

Les Assises du socialisme permettent au courant rocardien de préserver l’idée d’autogestion en entrant au parti socialiste. Les communistes ne voient pas d’un bon œil cette entrée qui risque de renforcer un parti qui menace de le dépasser électoralement. Mais ils ne savent pas trop par quel côté attaquer ces autogestionnaires entrés au PS qui entendent les tourner sur leur gauche. Ils sont tentés de renouveler leur accusation de gauchisme.

 

Mais en même temps, alors que Rocard vient de publier plusieurs articles sur la crise économique, en octobre 1974 ils choisissent un autre angle d’attaque : « il semble bien que les idées de M. Rocard pour faire face à la crise ne sont pas incompatibles avec les intérêts du grand capital », peut-on lire dans l’Humanité. C’est désormais cet angle qu’ils privilégieront. En 1975, Rocard est nommé secrétaire national du PS au secteur public. Ses interventions dans le domaine économique en font l’ennemi déclaré du PC. Il déclare qu’on ne biaise pas avec l’économie de marché et affirme que « la gauche sera crédible quand le PS sera dominant, ce qui suppose de la part du PC une inflexion doctrinale terrible ».

 

Dans une période où « l’Union est un combat», ses accrochages avec le PC sont constants sur les questions économiques, notamment sur les nationalisations et le SMIG. Mitterrand l’écarte alors de la renégociation du programme commun.

 

En septembre 1977, celle-ci échoue cependant. Rocard va attaquer alors de plus en plus durement le PC. En novembre, il déclare : « la pensée économique des dirigeants du PC est restée stalinienne. Les mesures sociales que le PC préconise sont insupportables pour l’économie française. » Georges Frischmann, membre du Comité central du PCF dénonce alors « cet ancien gauchiste devenu social-démocrate d’extrême droite au terme d’une trajectoire étonnamment rapide. »

 

La même année, au congrès de Nantes, son discours sur les deux cultures ne permet pas seulement à Rocard de se distinguer de la « première gauche » socialiste, elle est également, indirectement, une critique acerbe de la culture communiste. Il convient de rappeler les grandes lignes de cet important discours. « Il y a deux cultures dans la gauche française. […] La plus typée, qui fut longtemps dominante, est jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste. »

 

«L’autre culture, qui réapparait dans la gauche française d’aujourd’hui elle est décentralisatrice, elle est régionaliste, elle est libératrice, qu’il s’agisse de majorités dépendantes comme les femmes, ou de minorités mal accueillies dans le corps social : jeunes, immigrés, handicapés. Elle se méfie du règlement, et de l’administration, elle préfère l’autonomie des collectivités de base et l’expérimentation ». « Le risque qui, ici, nous menace est celui de l’étatisation ». Il faut « concevoir les nationalisations comme l’outil privilégié de de notre politique industrielle et non pas comme un principe fondamental du socialisme. »

 

« La deuxième question que la gauche au pouvoir doit résoudre est celle du risque et de la sanction économique. Il faut appeler un chat un chat. Toutes les expériences à vocation socialiste qui ont fait disparaître le risque et la sanction économique ont été conduites à construire des modèles de développement bureaucratiques ». Suit une défense de l’économie de marché. En quelques phrases, c’est feu le programme commun que Rocard enterre ici une seconde fois.

 

Le 19 mars 1978, au soir du second tour des élections législatives, qui voient la défaite de la gauche mais qui s’accompagnent cependant pour la première fois depuis 1936 d’un dépassement du PCF par le PS, le sabotage de la campagne de la gauche par les communistes libère définitivement Rocard de toute retenue dans ses attaques.

 

«  Alors pourquoi cette défaite aujourd’hui ? Une seule raison, la gauche n’a pas marché du même pas face au bloc des intérêts unis. Nos camarades communistes voulaient une victoire qui fût d’abord la leur. Ils ont pris là une terrible responsabilité devant l’Histoire et devant les travailleurs. »

 

Le 27 mars, il déclare au Nouvel Observateur que « la nouvelle union de la gauche devra assurer la convergence entre deux projets de société bien typés. Il ne faut plus que les facultés d’imagination et d’invention du PS soient indéfiniment stérilisées par un document programmatique détaillé ». Le 29 avril, devant la Convention nationale du parti, il déclare : « Nous ne ramènerons pas le PC à la stratégie de l’union par une confiance aujourd’hui bien difficile à reconstruire et encore moins par des concessions ». « La défensive qui consisterait à revenir à la pratique de simples accords électoraux consoliderait durablement l’hégémonie politique et sociale du PC sur la gauche. Il nous faut au contraire développer un parti capable d’engendrer un type d’unité dynamique et conflictuelle entraînant l’union des forces populaires ».

 

Le même mois, il déclare : « la réalité du parti communiste français c’est finalement qu’il ne sert à rien. » En octobre 1979, au Congrès de Metz, Mitterrand l’emporte. L’union reste à l’ordre du jour. Il faut alors être unitaire pour deux. Le 28 novembre Rocard plaide à nouveau pour la clarté dans les alliances et affirme que les deux projets ne sont pas de même nature : « l’union de la gauche, c’est le rassemblement au second tour sur un des deux projets ». Une union réduite aux acquêts… électoraux en quelque sorte.

 

En 1981, Mitterrand, à nouveau le candidat du parti, est élu. Le PCF subit une véritable défaite. Le gouvernement de Pierre Mauroy comprend quatre ministres communistes. Rocard est marginalisé au sein du nouveau gouvernement.

 

En 1984, lorsque Laurent Fabius succède à Pierre Mauroy à Matignon, le PCF décide de cesser sa participation. Le 6 avril 1985, Rocard décide de démissionner du gouvernement. A la veille de sa démission il a déclaré que le PS devrait définir un pacte démocratique sans s’arrêter aux « clivages d’hier. »

 

« Un pacte qui isole ses extrémistes  et refuse avec eux tout compromis ». De son côté, le PCF a rejeté la stratégie d’union. Aux élections de mars 1986, le déclin communiste se poursuit. Rocard écrit : «  le PC a manqué. Sa politique sectaire irréaliste l’a conduit à quitter la cour des grands pour se cantonner aux côtés de M. Le Pen dans celle des moyens. Par la défection de son électorat, le PC ramène la gauche à l’un de ses plus bas scores d’ensemble. On ne peut plus compter sur lui, et c’est donc au parti socialiste d’occuper le terrain de la gauche. »

 

En 1988, François Mitterrand est réélu. Rocard est nommé premier ministre. Une nouvelle période s’ouvre.

 

Le gouvernement Rocard et les communistes.

 

Les élections législatives n’ont pas donné une majorité absolue aux socialistes. L’ouverture au centre évoquée par le président et son premier ministre, et dont, en réalité, ils ne veulent ni l’un ni l’autre, ne peut constituer un véritable retournement stratégique. Le PCF, malgré son effondrement (7%), demeure donc un appoint indispensable.

 

Les communistes déclarent qu’ils ne peuvent faire partie de la majorité gouvernementale. Le premier ministre devra donc rechercher, tantôt à droite, tantôt à gauche, les votes indispensables à l’Assemblée pour s’assurer une majorité. Il ne peut donc pas rompre complètement avec le PCF.

 

Ses relations avec Georges Marchais n’en sont pas moins exécrables. Le PCF hésite un certain temps à voter les motions de censure déposées par la droite et le centre, mais, le 19 novembre 1990, alors que l’une et l’autre ont déposé une nouvelle motion de censure, cette fois sur le projet de CSG, le député communiste Georges Hage déclare : «  Aujourd’hui, le choix entre la droite et la gauche ne s’identifie pas au choix pour ou contre le gouvernement ». Rocard lui répond : « Qu’avez-vous fait de ces soixante-dix ans ? Beaucoup pour freiner les mieux, au nom de l’exigence du bien, mais bien peu au regard des espoirs que vous avez voulu incarner ». A quelques voix près, la motion de censure n’est pas votée, mais, pour la première fois, les communistes ont censuré un gouvernement socialiste.

 

Rocard quitte Matignon le 15 mai 1991. En février 1993, quelques semaines avant de devenir premier secrétaire du PS, Il lance son appel à « un big-bang politique en proposant de « bâtir, dès les législatives passées, un mouvement » socialiste ouvert aux écologistes, aux centristes et aux communistes rénovateurs. » Dans ce nouveau projet il n’y a pas place pour le Parti communiste. Rocard a définitivement largué les amarres de l’union de la gauche.

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11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 06:00

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Google est un drôle de fouineur,  en faisant des recherches sur ma mission à Cognac il m’a mis sous le nez un article de Catherine Bernard dans Libération :

 

Le vin français prend une piquette ICI 

 

Ce fut publié le 25 décembre 2001, 20 ans déjà !

 

Catherine était correspondante à Montpellier.

 

Voilà le travail :

 

De Bordeaux au Languedoc, en passant par le Beaujolais, son rapport, remis cet été à Jean Glavany, a fait l'effet d'une bombe (1).

 

Depuis, Jacques Berthomeau est devenu une star que les vignerons s'arrachent pour s'entendre dire leurs quatre vérités.

 

A Bordeaux, il y a trois semaines: «Vos vignes font de mauvais vins? Arrachez-les!»

 

Dans l'Hérault, invité la semaine dernière à fêter le centenaire des coopératives: «Buvez-vous du vin de table au petit déjeuner?»

 

Car, en cette fin d'année où les acheteurs font leur marché pour 2002, vignerons et négociants se sont rendus à l'évidence. L'année 2002 ressemblera à 2001, en pire. Les Français boudent le vin. Les Anglais, les Américains, les Allemands et les Japonais en consomment davantage, mais ils continuent à préférer ceux du Nouveau Monde (2) à nos appellations d'origine contrôlée (AOC), vins de pays ou vins de cépage. En conséquence de quoi, les prix sont au plancher. Et les transactions au ralenti. La règle vaut pour à peu près tous les vignobles, et notamment pour le Languedoc, plus grand vignoble du monde habitué à vendre dans l'Hexagone, un temps persuadé d'avoir gagné la bataille de la reconversion en misant sur les vins de cépage (sept millions d'hectolitres produits).

 

Poids de l'histoire. La scène se déroule à Narbonne chez Val d'Orbieu, premier fournisseur du marché français avec 3 milliards de francs de chiffre d'affaires (460 millions d'euros). Joël Castany, son président, sait que les 350 millions de francs (55 millions d'euros) d'aides aux viticulteurs décrochés par Jean Glavany, le ministre de l'Agriculture, auprès de Bruxelles, ne changeront rien à l'affaire. Voilà trois ans que le groupe coopératif audois peine à commercialiser ses vins de cépage sauvignon, plantés dix à quinze plus tôt en lieu et place des aramons, cinsaults ou carignans. Les sauvignons, comme les merlots, syrahs, chardonnays et cabernets, sont ici le symbole du sursaut qualitatif du Languedoc. «Sur les 10 000 hectolitres de sauvignon, on ne sait bien en vendre que 6 000, admet Joël Castany. J'ai le choix entre aller piquer les fesses des commerciaux ou aller voir ce qui se passe dans le vignoble. Là, on découvre que l'on a planté du sauvignon où il ne fallait pas, ou que les vignes sont mal conduites. Résultat: nos sauvignons sont moins bons que ceux du Nouveau Monde.» Ce qui vaut pour ce cépage vaut pour les autres. «On a oublié que, pendant que nous faisions des efforts, nos concurrents en faisaient aussi. Et eux, qui n'ont pas le poids de l'histoire, vont plus vite. Les acheteurs anglais de Tesco ou Sainsbury restent quatre jours dans le Languedoc. Ils goûtent une vingtaine de vins, en deux heures, chez moins d'une dizaine de fournisseurs potentiels. Ils demanderont à chacun deux ou trois échantillons qui déboucheront éventuellement sur une vente. Ils savent exactement ce qu'ils veulent et à quel prix. Loin des circuits commerciaux, les viticulteurs ne l'ont pas compris», résume Alain Grignon, ex-directeur commercial d'une cave coopérative, parti fonder son entreprise de négoce.

 

Premier touché, le vignoble languedocien n'est pas le seul. Longtemps dopée par son marché, la filière française s'est en réalité contentée de très bien vendre à l'international ses vins à 150 francs la bouteille (60 % exportés), oubliant au passage qu'ils ne représentent que 3,8 % de la production. Et elle se réveille bousculée sur le coeur du marché mondial, celui des vins entre 16 et 60 francs la bouteille, lesquels représentent 30 et 40 % de la production. Résultat, depuis janvier, les exportations de beaujolais ont reculé de 9 % en valeur. Globalement, les ventes de vin français reculent aux Etats-Unis (-9,7 %), en Allemagne (-4 %), au Danemark (-9,1 %) et en Belgique (-5,7 %), des marchés pourtant tous en croissance.

 

Pas dignes. «Nous sommes encore drapés dans le dogme de l'AOC qui permet aux paresseux de vivre sur un patrimoine commun, analyse Michel Laroche, négociant-éleveur de Chablis. Or, les AOC sont une garantie d'origine, mais pas encore de qualité. Elles le seront quand les comités de dégustation oseront refuser l'agrément à ceux qui n'en sont pas dignes. Si on ne regarde pas cette réalité en face, dans dix ans les Français consommeront eux aussi 10 % de vins importés.» A Narbonne, Joël Castany continue de battre sa coulpe: «Plutôt que de céder aux sirènes des vins de cépage, nous aurions dû concentrer nos moyens sur le lancement d'un bon vin de pays d'assemblage avec une marque, une étiquette simplifiée au maximum. Au lieu de commercialiser deux millions de bouteilles, comme c'est le cas aujourd'hui, nous en serions à cinq millions. L'image des grands vins a tenu lieu de politique commerciale à toute la filière.»

 

Ce défaut se lit dans les résultats de la première enquête conduite par la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt (Draf) auprès des 364 caves coopératives du Languedoc-Roussillon. La moitié adhère à un groupement de commercialisation, 53 ont un oenologue et 14 ont des salariés chargés de la prospection des clients. «A quelques exceptions près, les groupements ont davantage servi à récupérer des aides qu'à bâtir une stratégie commerciale. En face, trop faible et trop régionalisé, le négoce n'a pas investi dans le marketing», pointe Michel Rémondat, ex-directeur du Comité interprofessionnel des vins du Languedoc et créateur d'un site Internet dédié à la filière (3). C'est ce qu'Alain Grignon stigmatise comme la «culture de l'écoulement» opposée à celle de la demande des producteurs du Nouveau Monde. Le 7 novembre, Jacques Berthomeau a mis autour d'une table trois producteurs et trois négociants pour animer un «comité stratégique». Une première. L'objectif ? Accoucher, d'ici à mars 2002, d'un plan stratégique à l'instar de celui réalisé par les Américains (Wine Vision) et les Australiens (Plan 2010). Les bonnes idées ne suffiront peut-être pas. Quand la filière vins française dégage 1,6 % de résultat net, les Australiens, avec leurs entreprises intégrées, en dégagent 10 %.

 

(1) Comment mieux positionner les vins français sur les marchés d'exportation.

 

(2) Vins des Etats-Unis, d'Australie, d'Argentine, du Chili, de Nouvelle-Zélande et d'Afrique du Sud.

 

(3) www.vitisphere. com

 

Catherine BERNARD

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8 janvier 2021 5 08 /01 /janvier /2021 06:00

 

Sous le nouveau  régime du couvre-feu je commençais à désespérer de voir mon ami Jean-François, privé de théâtre et de ciné, à la veillée, se pencher sur sa grimoire électronique pour me pondre une belle chronique pour mon espace de liberté.

 

Mais, comme notre Jean de La Fontaine national : « Patience et longueur de temps - Font plus que force ni que rage… »

 

« Tout vient à point à qui sait attendre. Même un steak bleu. »

Jean Yanne

 

Et ce texte vint atterrissant dans ma boîte électronique à 12 :11 le mardi 6

 

Vous avez dit souveraineté ?

 

Souveraineté alimentaire, sanitaire, industrielle, militaire…

 

Si j’étais courageux, ce que je ne suis pas, l’ai-je été d’ailleurs, je brocarderais les haut-parleurs de la FNSEA, nichés au POINT Géraldine Woessner et Emmanuelle Ducros à l’Opinion, qui ânonnent les mêmes sourates sur notre soi-disant souveraineté alimentaire.

 

Du côté de la souveraineté sanitaire, le retard à l’allumage de Sanofi-GSK, leader mondial des vaccins, pour la mise sur le marché de son vaccin anti-Covid 19, en dit plus long qu’un long discours de Macon sur ce sujet.

 

Du côté industriel c’est depuis fort longtemps la Bérézina… Baccarat vient de passer sous le contrôle d’un fonds chinois.

 

PORTRAIT

 

 

Louis Gallois, le plus beau CV de l'industrie française, tire sa révérence ICI 

 

Le président du conseil de surveillance de PSA officie à la dernière assemblée générale de sa carrière. Avec l'ancien patron de la SNCF, d'EADS, de l'Aérospatiale et de la Snecma, c'est une page qui se tourne, celle du capitalisme d'Etat à la française. Portrait d'un industriel de gauche.

 

Alors reste l’Europe : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "l’Europe !", "l’Europe !", "l’Europe !", mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. »

De Gaulle, deuxième entretien radiodiffusé et télévisé avec M. Michel Droit, 14 décembre 1965.

 

Comme le disent les moutards nourris aux séries américaines : « objection votre Honneur ! »

 

- Objection acceptée  la parole est à Jean-François  Collin

.

 

Il est beaucoup question de la souveraineté depuis quelques mois, notamment dans les interventions du Président de la république depuis le début de la pandémie.

 

Ainsi, dans son intervention du 12 mars 2020 annonçant le premier confinement, déclarait-il :

 

« Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie, au fond à d'autres, est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. »

 

Il a réaffirmé cette intention à l’occasion de ses vœux le 31 décembre 2020 :

 

« Notre souveraineté est nationale et je ferai tout pour que nous retrouvions la maîtrise de notre destinée et de nos vies. Mais cette souveraineté passe aussi par une Europe plus forte, plus autonome, plus unie. C’est ce que nous avons bâti en 2020. »

 

Il y a loin de la coupe aux lèvres, hélas !

 

 Le 1er janvier 2021, le Sénat américain a adopté le budget du pays qui prévoit notamment 740 milliards de dollars (605 milliards d’euros) de dépenses militaires pour l’année 2021.

 

Les États-Unis dépenseront en un an 86 fois plus d’argent pour leur défense que l’union européenne en dépensera entre 2021 et 2027. En effet, celle-ci a prévu de consacrer 7 Md€ à la fantomatique défense européenne au cours de cette période, à l’occasion du conseil européen du mois de juillet 2020 considéré par E. Macron comme un grand moment de la construction européenne (la Commission de l’union européenne proposait de dépenser 13 milliards pour financer des projets de défense européens au cours de la même période, mais elle n’a pas été suivie par les Etats-membres).

 

Si l’on veut considérer les choses sous un jour plus favorable, en additionnant les dépenses nationales des pays de l’UE consacrées à leur défense, elles atteignaient 281 Md$ pour les 28 en 2018, avant le départ du Royaume-Uni donc, soit 1,5 % de leur produit intérieur brut.

 

Seule la France, la Grèce et l’Estonie consacrent plus de 2 % de leur PIB à leur défense. En valeur absolue, la France est le pays qui y consacre le plus de moyens (39,2 milliards d’euros en 2021, soit 22 % de plus qu’en 2017) ; le Royaume-Uni était le second contributeur le plus important, son départ de l’UE signifie donc un affaiblissement dans ce domaine. L’Allemagne y consacre une partie moins importante de ses ressources.

 

Bismarck avait coutume de dire que la diplomatie sans les armes c’est comme la musique sans les instruments… cet aphorisme est malheureusement confirmé par la réalité des relations internationales.

 

L’écrasante supériorité militaire des États-Unis ne s’exprime pas seulement, et peut-être pas principalement sur les champs de bataille où ils connaissent des fortunes diverses. En revanche, dans les relations politiques et économiques, elle s’exprime pleinement.

 

En même temps qu’il adoptait le budget 2021, le Sénat a décidé de renforcer les sanctions contre les pays et les entreprises européennes qui participent ou soutiennent la construction du gazoduc Nord Stream 2 qui transportera le gaz russe depuis Viborg et Oust Louga jusqu’à Greifswald en Allemagne.

 

Le renforcement des sanctions contre les entreprises participant à la construction de ce gazoduc est un véritable scandale du point de vue du droit international. Il s’agit d’un accord entre l’Allemagne et la Russie qui ne concerne en rien les États-Unis d’Amérique. Le gazoduc n’est pas construit dans les eaux territoriales américaines. Des entreprises de l’union européenne et de la Russie réalisent des travaux. On peut penser ce que l’on veut de ce projet, que l’Allemagne considère essentiel dans sa stratégie énergétique au moment où elle abandonne l’énergie nucléaire, mais les Etats-Unis n’ont rien à dire à ce sujet. Certains pays de l’union européenne ont fait connaître leur opposition à ce projet, comme la Pologne qui voit d’un mauvais œil tout ce qui renforce la position de la Russie. Mais elle ne dispose d’aucun moyen politique ou économique pour s’opposer à sa réalisation, bien qu’elle soit plus directement intéressée que les États-Unis. E. Macron ne soutient pas vraiment l’Allemagne et a déjà fait part de ses réserves sur le projet, sans pouvoir lui non plus l’empêcher. D’ailleurs des compagnies françaises y participent.

 

De quel droit les États-Unis sanctionnent-ils des entreprises européennes par des moyens divers (saisie de leurs avoirs aux États-Unis, exclusion des marchés américains, augmentation des droits de douane etc.), alors que toutes ces mesures sont contraires aux nombreux traités signés par les États-Unis avec l’union européenne, aussi bien qu’aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce ?

 

Au nom du droit du plus fort, il n’en est pas de meilleur.

 

La pratique américaine consistant à considérer que ses lois ont une effectivité extraterritoriale est connue. Elle leur a permis d’extorquer des milliards de dollars de pénalités à des entreprises françaises et européennes.

 

En même temps que les États-Unis renforçaient leur arsenal pour empêcher la réalisation du gazoduc Nord Stream 2, ils ont étendu  le champ des sanctions prises dans le cadre du conflit qui oppose Boeing, le constructeur d’avions américains au bord de la faillite après l’échec retentissant de son dernier modèle de long-courrier cloué au sol bien avant la pandémie en raison des problèmes techniques et de sécurité qu’il rencontrait, et Airbus qui occupe une place de plus en plus importante sur le marché mondial. Les États-Unis ripostent en imposant des surtaxes sur les tarifs douaniers sur un ensemble de produits, en ciblant certains pays de l’union européenne. S’agissant de la France, une partie des exportations de vin était déjà touchée par ces surtaxes de 25 % de droits de douane l’année dernière. En 2021 cette surtaxe est étendue à tous les vins et aux spiritueux.

 

Tout cela est parfaitement contradictoire avec les règles de l’organisation mondiale du commerce dont l’union européenne et les États-Unis sont membres, mais qu’importe.

 

La riposte de l’union européenne à ces diverses sanctions américaines a été terrible. Joseph Borel, le « ministre des affaires étrangères de l’union européenne » a déclaré au cours de l’été 2020 (c’était avant que des mesures encore plus dures soient prises en ce début d’année 2021) « que ces mesures étaient inacceptables et contraires au droit international ».

 

Ces déclarations n’ont bien entendu été suivies d’aucune mesure de rétorsion prise par l’Union européenne.

 

Du côté français, la riposte est tout aussi terrifiante après l’annonce de l’extension des sanctions des surtaxes visant les exportations de vins français aux États-Unis. Notre gouvernement a produit un communiqué qualifiant « d’illégitime » la décision américaine.

 

On imagine les tremblements de terreur de l’autre côté de l’Atlantique…

 

Il faut préciser que tandis que nous nous passionnons pour les combats qui opposent Donald Trump à Joe Biden, les Républicains et les Démocrates sont parfaitement d’accord lorsqu’il s’agit de décider de sanctions unilatérales contre tel ou tel partenaire qui leur pose un problème politique, économique ou commercial, et dans ce cas contre nous.

 

Inutile d’attendre le salut de l’investiture prochaine de Joe Biden, car vous risquez d’être déçus.

 

Parler de souveraineté européenne dans ces conditions n’est qu’une fable.

 

 

L’Europe est l’organisation de notre impuissance collective face aux États-Unis aussi bien que face à la Chine, les deux puissances continentales qui dominent le monde.

 

L’union européenne continue à signer joyeusement des accords de libre-échange avec le plus grand nombre possible de pays dans le monde.

 

Elle vient d’approuver un accord sur les investissements avec la Chine, en faisant semblant de croire que celle-ci allait respecter les règles européennes sur les subventions aux entreprises, presque interdites chez nous quand elles sont la règle en Chine, sur la fin du travail forcé dans les usines chinoises, imposé notamment au Ouïgours. Je constate d’ailleurs que le jour où la Présidente de la commission européenne officialisait cet accord sur les investissements avec la Chine, en parlant naturellement d’un grand succès et des perspectives considérables qu’il offrait aux entreprises européennes, le parlement turc entamait la discussion d’un projet de loi sur les conditions du renvoi en Chine des Ouigours, projet très bien accueilli en Chine.

 

La souveraineté n’est pas une vague idée. Elle signifie le droit pour un Etat et pour un peuple de décider librement des règles auxquelles il accepte de se soumettre, sur le territoire national qu’il occupe. Elle est la condition de la démocratie qui suppose que les règles de vie d’une Nation ne lui soient pas imposées par une volonté extérieure.

 

À l’évidence, nous en sommes très loin.

 

Le constat est posé, depuis longtemps, par le Président de la République lui-même. Mais la solution ne peut consister à réaffirmer que l’approfondissement de la construction européenne y apportera la réponse. Soixante ans de construction européenne témoignent du contraire.

 

On est en droit d’attendre des candidats à l’élection présidentielle, qui focalise déjà toutes les attentions, qu’ils nous disent précisément comment ils comptent répondre à cette question qui est au fond la plus importante pour les citoyens que nous sommes, puisqu’elle est celle de notre liberté.

 

5 janvier 2021

Jean-François Collin

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7 janvier 2021 4 07 /01 /janvier /2021 08:00

 

La stratégie vaccinale du gouvernement bute, nous expliquent sur les plateaux de télévision des experts en tout et en rien, des yaka, faukon, sur son incapacité à maîtriser la logistique du dernier kilomètre.

 

Notre guide élyséen, très féru d’Histoire, collectionnant les hommages de De Gaulle à Mitterrand, a fait sienne la célèbre réplique du premier à l’un de ses officiers qui s'inquiétait des contraintes pratiques de sa stratégie «L'intendance suivra» En clair, les moyens devront s'adapter, coûte que coûte, à la décision du commandement.

 

Pas simple d’imaginer les moyens à mettre en œuvre pour programmer la livraison d’un vaccin, hautement sensible à la chaleur, en de multiples points du territoire, en ville comme à la campagne. Notre administration n’est guère apte à le faire. À sa décharge, même les grands de la GD, rois de la logistique, ce sont cassés les dents lorsqu’ils ont voulu livrer des produits achetés sur le Net. Ils ont fait machine arrière en proposant le drive : c’est le client qui va récupérer le produit. Bref, le succès d’Amazon tient surtout au fait qu’il livre à la vitesse de l’éclair des produits non périssables et généralement de faible poids et volume.

 

Alors pourquoi diable ce matin exhumer l’hectomètre ?

 

Tout simplement en me souvenant d’une chronique d’Aurélien Bellanger : les hectomètres.

 

 

Hectomètre. C’est la raison secrète pour laquelle je regarde du cyclisme à la télévision.

 

C’est le seul domaine où ce terme est encore en usage. Quand j’avais appris en primaire le système métrique, j’avais eu un peu pitié de l’hectomètre, le moins aimé des termes de longueur. Carl Lewis était champion du monde du cent mètres, pas de l’hectomètre. Quand j’avais été initié au concept de l’hectare — et de la façon la plus concrète qui soit, en déroulant avec mon grand-père une bobine de fil bleu pour mettre une parcelle de prairie en culture — on ne m’avait pas dit que c’était un carré d’un hectomètre de côté.

 

Le plus subtil marqueur du passage d’une culture rurale à une culture urbaine est sans doute à chercher dans le triomphe du millimètre, au détriment de l’hectomètre. C’est simple : il n’y a que Jalabert, le héros cycliste moyen de mon adolescence, devenu consultant pour France Télévision, qui parle encore d’hectomètre. C’est juste avant que le sprint s’élance, et on voit presque sa bouche éternellement maussade dans le H aspiré « des derniers hectomètres ».

 

Mais où sont donc passées les petites bornes blanches marquant les hectomètres au bord de nos routes nationales, départementales ?

 

 

Je propose donc d’inclure dans les questions du grand oral de l’ENA de l’hectomètre ainsi que l’hectare, l’are et le centiare. Je n’irai pas jusqu’à exiger que l’on y inclue la boisselée… Trop subtil pour eux…

 

La boisselée : « superficie de terre qu’on peut ensemencer avec un boisseau de grains, superficie très variable qui correspond aux variations du boisseau. » Marcel Lachiver

 

                                                                                   Boisseaux creusés dans la pierre

 

« Avec (...) ses cent cinquante boisselées (...) de vigne » Roger Martin du Gard, Le Testament du Père Leleu, 1920.

 

1 boisselée = environ 430 mètres carrés

 

8 boisselées = environ 1 arpent (soit 3418 4/5 mètres carrés)

LES BORNES ROUTIÈRES HECTOMÉTRIQUES ICI

Publié le  par Les RENDEZ-VOUS de La REINE  

Borne en ciment peinte en blanc avec un chiffre noir peint. La borne hectométrique 5 de la photo a été prise sur une petite départementale aux alentours des portes des Cévennes dans le département du Gard. Elle indique qu’elle se situe à 500m de la borne précédente et donc à 500m de la prochaine à venir. 500m + 500m = 1km

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