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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 06:00

 

L’énumération de ces grosses bourgades ne doit rien évoquer pour vous alors que pour moi elles sont des scories de ma jeunesse passée au Bourg-Pailler à la lisière du bas-bocage.  

 

  • Les Ursulines de Jésus de Chavagnes-en-Paillers ICI 

 

 

  • Durant la première guerre de Vendée, le 2 février 1794, Charette met en fuite le général Joba et culbute le général La Chenaie à la bataille de Chauché, leur infligeant de lourdes pertes.

 

  • Le Poiré-sur-Vie est située dans le bocage vendéen, sur un promontoire dominant la Vie.

 

  • Enfin, Saligny, la patrie des grands-parents maternels de mon  vieux pote Dominique Remaud où nous allions le dimanche, le grand-père boulanger recevait des lettres de Gaston Chaissac qui habitait alors Sainte-Florence-de-l’Oie où Camille son épouse est institutrice à l’école publique.

 

Reste les mogettes ! mojhette ou mojette…

 

1 août 2011

La mogette de Vendée se la pète grave dans la haute cuisine ICI 

 

Sème à la Saint-Didier et tu récolteras un plein panier.

 

Anthony et Freddy Lardière, 2 frères agriculteurs du Gaec Le Parpounet, à Chavagnes-en-Paillers, ICI respectent chaque année l’adage, « à peu de jour près », lors de la semaine de l’ascension.

 

Dans leurs champs, 22 ha sont entièrement dédiés à la mogette. 6 autres ha permettent de faire pousser des cocos, des flageolets et des haricots rouges.

 

« La mogette est une histoire familiale chez les Lardière. « Quand on plonge dans les archives, on voit que la mogette a toujours été cultivée sur nos terres. On remonte au début des années 1800, mais à cette époque, chaque famille cultivait pour sa consommation personnelle. Ce sont mes grands-parents qui, dans les années 1980, ont commencé à la commercialiser. »

 

Fin août c’est le temps de la récolte de mogettes se termine : 70 tonnes sont prêtes à être dégustées.

 

Anthony Lardière sort la calculatrice et pianote. « Une portion de mogettes, c’est 60 grammes. Là, avec ce qu’on a récolté, on peut remplir plus de 1 100 000 assiettes », s’amuse-t-il. Les clients sont là. « C’est la première fois que nous en faisons autant, mais c’est sûr, on ne pourra pas faire plus ! »

 

Pour en arriver à ce résultat, il y a un sacré travail en amont. Les haricots sont des légumes exigeants. « Une expression dit que pour faire pousser des haricots, il faut aimer haricoter »

 

Dictionnaire Du Monde Rural Les Mots Du Passe de Marcel Lachiver | Rakuten

 

Les mots du passé Marcel Lachiver

 

 

« Une fois les semis réalisés, vient le temps des binages, « environ quatre pendant la période de pousse car on est en agriculture raisonnée, on n’utilise pas de produits phytosanitaires. » Puis l’irrigation, « qu’il faut réaliser régulièrement, six à sept fois. » Mi-août, généralement, « on arrive à la période des demi-secs ». Le coup de jus arrive quelques jours plus tard, « selon l’ensoleillement, plus ou moins rapidement » avec l’arrachage : « On coupe les racines des plantes pour enlever la sève. Le grain va alors finir de sécher ». L’andainage est peut-être le moment le plus délicat, très dépendant de la météo : « On récupère six rangs coupés pour n’en faire qu’un seul. Il suffit d’une pluie ou de trop d’humidité pour tout recommencer ». Viennent ensuite le battage, puis le triage avant que les mogettes ne soient mises en sachets. »

 

Pourquoi la mogette pousse-t-elle si bien ici ?

 

« C’est grâce au type de sol. Nous avons de la terre de limon, de la terre des landes, très poussiéreuse. » Des terres douces qui font « la tendreté du haricot », mais aussi sa couleur, très blanche. « Faites pousser de la mogette dans le sud de la Vendée, où la terre est plus argileuse : le grain sera plus dur, plus difficile à cuire, et il sera gris. »

 

Voilà c’est dit, il ne vous reste plus pour votre petit déjeuner qu’à trancher une belle tartine de pain de quatre, à l’embeurrer avec du beurre salé avant d’y déposer une couche de mogettes tièdes ou froides ICI ; un p’tit verre de vin qui pue pour faire couler la miette est conseillé pour donner de l’urticaire aux pisses-froids modèle déposé, type Stéphane Derenoncourt, le pompier pyromane, l’invité du François-Régis, l’idole des papy-boomers, pour causer du Bordeaux-bashing

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 06:00

PIQUET Visites

Qui en Vendée ne connaît pas le chaos de Piquet ?

 

C’est Ouest-France, Thierry DUBILLOT le 06/09/2020 qui pose la question dans un papier titré : Le chaos de Piquet, un site idyllique de la vallée de l’Yon à préserver ICI 

 

 

Moi qui pourtant y suis né, y est vécu jusqu’à l’âge de 16 ans, y a habité quelques années à la Roche-sur-Yon...

 

Le chaos de Piquet « C’est un paysage des plus romantiques. Un concentré de carte postale. Qui en Vendée ne connaît pas le chaos de Piquet ? Incontestablement, c’est le plus joli coin de la vallée de l’Yon, rivière qui se faufile entre des rochers de granit, jetés là par un jardinier géant. »

 

La Vendée a été suffisamment massacrée dans son bocage par nos chers Ingénieurs du Génie Rural : arrachons ces buissons, nivelons, remembrons, c’est la modernisation, les vaches n’ont plus besoin d’ombre, elles bouffent à l’étable de l’ensilage de maïs qui pue, et le maïs il lui faut de la place, défigurée sur ses côtes, nos belles dunes, par des promoteurs type Merlin plage y jetant des bicoques à deux balles, pour mettre en avant ce site remarquable plutôt que le barnum de cette raclure de De Villiers au Puy du Fou. Sommes pas gâté du côté personnel politique, pensez-donc ce petit couteau de Retailleau se voit un destin national. Comme le disait un vieux latifondiaire vendéen, Boux de Casson, indépendant-paysan, à propos de ses électeurs : « Ils voteraient pour mon âne si le présentait. »  

 

Pour y aller, si on n’est pas du coin, le chaos de Piquet se mérite.

 

Il n’y a pas vraiment de pancarte qui l’indique. On le rejoint un peu par hasard la première fois. Le parcours est presque initiatique. Le plus simple, à partir de La Roche-sur-Yon, est de prendre la route de Luçon. Arrivé à Saint-Florent-des-Bois, on tourne à droite en direction du village du Tablier.

 

À la sortie de la commune, suivre la route sur un kilomètre environ, puis tourner à droite. Une pancarte indique la guinguette de Piquet. On continue sur cette route et l’on tombe sur un groupe de statues monumentales.

 

Vous y êtes presque. Face à la guinguette, deux parkings ont été aménagés, qui dominent le site. Attention à la descente, elle est un peu périlleuse.

 

Comment préserver le chaos de Piquet ?

 

Ce site remarquable « a un succès qui ne se dément pas. Un peu trop d’ailleurs. En 2019, le Département, propriétaire du site, a décidé de le classer en espace naturel sensible. Les interdictions se sont mises à pleuvoir. Interdit de se baigner, interdit de faire du feu, obligation de tenir les chiens en laisse…

Le chaos de Piquet n’est plus vraiment un espace de liberté. Mais il faut l’accepter pour essayer de préserver au maximum ce lieu exceptionnel. »

 

bastien Guilhemjouan, jeune homme éleveur, qui appartient au réseau Paysans de nature, a été chargé par le Département de mettre en valeur ce milieu naturel. Il installe son troupeau de vaches maraîchines (une dizaine) et ses quatre-vingts brebis Landes de Bretagne dans ces espaces.

 

La vie aux champs (1945 à 1950) | Memoiresduncheminotduperche

 

« Cela favorise la biodiversité, tout en permettant de promouvoir les filières d’élevage de races locales »​

 

« Les sols sont peu riches. Si l’on fauche, on ne parvient pas à maintenir cette biodiversité. Le piétinement des animaux est mieux indiqué. »

 

La filature

 

« Parmi les choses insolites qui attirent les promeneurs, il y a les ruines encore spectaculaires d’une filature et d’une teinturerie. « La filature de Piquet, construite en 1861 par Félix Grimaud, teinturier à Champ-Saint-Père, et Léon Beneteau, son beau-frère, instituteur à Luçon, a été acquise sur le 27 mars 1865, par Jean Aimé Drochon, marchand de tissus à La Roche-sur-Yon, place du Marché », ​apprend-on par les historiens locaux.

 

La filature, qui n’aura donc fonctionné que quatre ans, employait cinquante personnes. Rachetée, l’usine est démolie au début des années 1870, et sert de carrière de pierre. Certains matériaux ont été utilisés pour la construction du château de Rosnay.

 

Deux facteurs sont à l’origine de l’abandon de la production : le manque d’eau d’abord dans la rivière, notamment en été. Pénurie qui ne permettait pas d’entraîner la roue à aube et les machines de la filature. Les propriétaires ont tenté de résoudre ce problème en installant une machine à vapeur près de l’usine mais sans succès.

 

L’autre facteur tient à un conflit avec un meunier, qui possédait un moulin en amont et avait lui aussi besoin de l’eau de la rivière… »

 

La guinguette

 

 

On peut aussi en saison aller déjeuner au restaurant de la guinguette dans le cadre idyllique de Piquet. Le 20 septembre, ce sera terminé. Au moins jusqu’en mars 2021.

 

« Comme tout le monde, j’ai ouvert en juin. Comme nous sommes en plein air, je n’ai pas eu de problèmes de distanciation » ​, raconte la propriétaire Kateline Jarin. « Nous avons eu des concerts de musique, mais on n’a pas pu danser. »

 

Kateline est aux premières loges pour voir ce qui se passe sur le site. Et c’est peu dire qu’elle est très en colère.

 

« Sous prétexte de gratuité, les gens font n’importe quoi. Ils ne respectent rien et surtout pas la nature. J’en ai vu qui descendait au bord de la rivière avec un barbecue à roulettes. Ils font des feux, ils laissent leurs chiens divaguer, ils vont jusqu’à piller les nénuphars dans la rivière. Pour quoi faire ? Pour les mettre dans leur lavabo ? Il y en a qui ont cassé mes clôtures pour récupérer des bulbes de cyclamens. »

 

Pour elle, la sauvegarde du site de Piquet passe par une répression accrue. Particulièrement en cette période estivale.

 

« J’ai alerté tout le monde. Sur les parkings qui ont été aménagés, il n’y a même pas de poubelle. Du coup, les gens se débarrassent de leurs déchets n’importe où. Imaginez que dans mon établissement, j’ai retrouvé des couches de bébé sales sous les tables ! »

 

La propriétaire demande un minimum de surveillance, et des actions pour responsabiliser les visiteurs. « Ce qui m’intéresse, ce sont les amoureux de la nature et de la musique. Les autres, je n’en veux pas chez moi ! »

 

 

 

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 06:00

Paul Douard est Rédacteur en chef de Vice  ICI 

 

paul.douard@vice.com 

Spécialiste monde moderne

 

Le vieux cycliste parisien que je suis, 40 années au compteur, signe des 2 mains cette adresse de Paul Douard aux nouveaux cyclistes parisiens :

 

 

Le cycliste de fin 2020 est une fusion entre tout ce qui se fait de pire dans nos villes : les scooters à trois roues, les trottinettes électriques et les chauffeurs de taxi. Ils veulent toujours être les premiers au feu, ne respectent aucune règle basique de circulation et, si le besoin se fait sentir, lâchent une petite insulte avant de monter sur le trottoir pour gagner quelques centièmes de secondes.

 

Le confinement a amené avec lui des néo-cyclistes, qui en bon piétons parisiens qu’ils étaient jusque-là, n’ont pas encore pris conscience des concepts de sens de circulation, de feux rouges ou encore de mortalité sur la route. Cela donne des choses invraisemblables : un carrefour entier devient une sorte de fourmilières de suicidaires à vélo qui traversent au milieu des bus, les yeux rivés sur leur téléphone, le tout en pédalant comme des hamster cocaïnomanes dans leur roue. Au milieu, je me trouve souvent à me faire conspuer, voire insulter, par la foule de cyclistes pour avoir laissé des piétons traverser.

 

Un certain nombre de choses me donnent envie de voir notre monde disparaître dans nuage atomique. Par exemple, les films de François Ozon, les escape games entre collègues et les gens qui parlent fort à leur fenêtre. Mais depuis le déconfinement et l’envie de vivre autrement, rien ne m’aura plus poussé vers la haine de mon prochain qu’une sonnette de vélo qui s’excite frénétiquement derrière moi, un peu comme des coups de taser cherchant à me faire comprendre dans un morse aléatoire « DÉGAGE CONNARD JE VEUX TE DOUBLER », le tout à 35 km/h sur une piste cyclable large de quinze centimètres et à proximité d’un feu rouge. À force de subir cette agression quotidienne, il m’arrive la nuit de rêver que je propulse cette personne sous un bus de la RATP en souriant.

 

Avant que vous vous emportiez d’un commentaire du type « lol encore un automobiliste de droite qui veut une ville pleine de bagnoles », sachez que je suis cycliste et que j’aime les animaux. Je suis donc des vôtres. Moi aussi je veux une ville moins bruyante, moins polluée et réservée aux riches.

 

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, j’avais pris l’habitude de me balader en vélo – parce que j’aime faire du vélo et que c’est moins pénible que le métro. Et s’il est vrai les cyclistes parisiens se sont longtemps retrouvés tout en bas de la liste des priorités de la ville de Paris, loin derrière les jardins partagés posés sous des lampadaires et les projets de barrières anti-SDF, force est de constater que des efforts ont été faits. Pour faire face à la pandémie sans pour autant empêcher les gens de se déplacer, la mairie a créé de plus grandes pistes cyclables, balisé le sol en vert et fermé certaines rues à la circulation le weekend. À partir de là, je me suis dit, « super ».

 

La suite ICI 

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18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 06:00

 

Ni le temps, ni l’envie, je n’achète ni ne lis la prose politique, pourtant je pense que pour ce livre Confusions je vais faire une exception à ma règle.

 

Le vieux rocardien que je suis fait mien ce sage avertissement du secrétaire-général de la CFDT à cette jeune femme qui travaillait à la CFDT, où elle était en charge des discours.

 

« Ces gens-là, ils ne sont pas comme toi, Marie », la prévient Laurent Berger, le jour où elle lui annonce son envie de rejoindre la macronie.

 

« Plus qu'un pamphlet, un repentir. La force de ce livre, Confusions, est dans sa nuance et dans le calme avec lequel Marie Tanguy, ancienne plume d'Emmanuel Macron, narre son expérience. De la déception, oui, de la haine, jamais, ce qui rend ce récit d'autant plus redoutable. »

 

En dépit de ces avertissements, « elle y est allée quand même par goût de l'aventure et pour une certaine idée de l'émancipation, née chez elle à gauche, et qu'elle retrouvait chez l'ancien ministre de Hollande. Elle a passé des entretiens avec Brigitte Macron et Ismaël Emelien. Son profil Sciences Po et les quelques essais qu'elle a rédigés ont joué en sa faveur. Aussitôt, la jeune provinciale, originaire de Cahors et issue d'un milieu modeste, s'est retrouvée membre du pôle Idées de l'équipe de campagne du candidat, partageant un étroit bureau avec Quentin Lafay et David Amiel, au QG rue de l'Abbé-Groult. « David » et « Quentin » (elle les présente ainsi), « cinquante ans à eux deux », sont deux des acteurs centraux du livre. Comme ça, désignés par leurs prénoms, ils rappellent un duo de comiques vu à la télé (« Éric et Quentin »), mais ils peuvent se vanter d'être « les chefs de chantier » du programme présidentiel. Il leur revenait de donner de la substance aux intuitions et aux promesses du candidat, de trouver eux-mêmes des idées pour se démarquer de Hollande, pour faire mieux que Benoît Hamon, plus écolo que les écologistes, mieux que tout le monde. »

 

Elle écrit : « Ceux du sixième étage n'avaient rien à faire avec les bénévoles… » On découvre, effaré, la langue de ces « gens-là ». C'est technique, prétentieux, abstrait, sec, froid. Rien de charnel, rien de vécu, rien de spontané. Un bureau des Idées dans lequel défilent des surdiplômés et si peu d'élus… »

 

Tout est toujours « TTU » – « très très urgent » –, animée par des « mecs », mangeurs de chirashis, qui ne communiquent que sur Telegram, se droguent aux sondages (« Quel est le rolling du jour, Denis ? ») et truffent les discours du candidat de citations de René Char. 

 

L’article Le livre choc d'une repentie de la macronie ICI

 

 

Avec l'ancienne plume de Macron qui a démissionné après un burn-out

 

Après avoir lu le récit de Marie Tanguy, on s’imagine une femme endurcie par la politique qui lui a fait tant de mal. La réalité est tout autre. Lorsque j’arrive dans le café où nous avons rendez-vous, sa jeunesse me frappe. Plus tard, elle me confiera qu’on la confond souvent avec la baby-sitter quand elle va chercher sa fille à la crèche. Pour me saluer, elle se lève précipitamment, faisant tomber son sac à dos qui s’écrase bruyamment contre le sol.

 

Trente-trois ans ? J’aurais parié qu’elle avait moins. Ses grands yeux qui ont, un jour, été cernés de noir me sourient. Son débardeur laisse entrevoir deux larges tatouages sur ses bras. C’est la première interview qu’elle donne pour la promotion de son livre : « Je suis un peu stressée » avoue-t-elle. Posé sur la table à côté d’un expresso, son livre Confusions s’apprête à sortir en librairie. Elle y raconte son ancienne vie de plume pour Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017.

 

« Politiquement, j’y croyais très fort. J’ai vu en Macron quelque chose qu’il n’était pas »

 

« Quand ils parlaient de la classe moyenne et en ricanaient, c’est comme s’ils parlaient de ma mère »

 

L’interview ICI 

 

L’Hommage d’Emmanuel Macron à Michel Rocard ICI 

 

Quand Emmanuel et Brigitte Macron recevaient les Rocard à dîner ICI  

Marie Tanguy a écrit pour le Président pendant deux mois et demi.

ENTRETIEN. Marie Tanguy, la Lotoise qui a écrit pour Emmanuel Macron : "Sa campagne, c'était de l'enfumage" ICI 

Emmanuel Macron, à Paris, en juillet 2016.

Emmanuel Macron et la deuxième gauche, le malentendu ICI 

Parrainé par des rocardiens pendant sa campagne en 2017, le président de la République s’est éloigné des principes de ce courant de pensée.

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 06:00

Statue de Saint Jacques.Cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation du  Puy-en-Velay | Camino de santiago, Santiago de compostela, Santiago

Statue de Saint Jacques.Cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation du Puy-en-Velay
 
 
 

Sur Face de Bouc comme sur Twitter les adulateurs, les idolâtres, des vins nu qui puent ferraillent dur contre ceux qui passent leur sainte journée à affirmer que ces breuvages infâmes sont abominables et infect, bons pour l’évier…

 

Même si ça démange ma plume, au nom du serment fait à la femme de ma vie d’être gentil, sage comme une image, bienveillant, je n’ironiserai plus sur les uns et les autres, libre à eux de se la jouer tempête dans un petit verre de vin nu…

 

Cependant, ce matin, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer l’article d’un aficionado du vin nu : Eric Asimov ICI

 

C’est engagé mais nuancé. C’est bien écrit. De la belle ouvrage sans jargonnage ni charge inutile...

 

Même si je reste peu convaincu de la nécessité d’enserrer les vins nature dans le carcan d’un cahier des charges spécifique, une nouvelle petite chapelle pour l’entre-soi – en effet les faux vins nu ne sont vendus que dans la GD, alors que les petits cavistes sont les seuls vrais garants de l’authenticité, par leur choix et leur sélection de vins nu originels – ce genre d’article me réconcilie avec le travail de journaliste.

 

Dessin de Skopein, Royaume-Uni.

Dessin de Skopein, Royaume-Uni.

 

Les vins sans intrants chimiques font de plus en plus d’adeptes. En France, le label “vin méthode nature”, créé cette année, tente de donner un cadre à ce vaste champ d’expérimentation, écrit ce journaliste américain.

 

“Le vin naturel est pur et bon pour la santé.”

 

“Le vin naturel est abominable et infect.”

 

“C’est l’avenir.”

 

“C’est la mort du vin.”

 

Depuis quinze ans, le vin naturel divise une bonne partie du milieu viticole et suscite une hargne qu’on ne voit généralement que chez les gens réduits aux dernières extrémités.

 

Depuis 2003 et ma rencontre avec ce que l’on appelle aujourd’hui le vin naturel, au 360, un restaurant en vue [du quartier de] Red Hook, à Brooklyn, je suis un aficionado de ce vin – tout en restant clairvoyant, je l’espère. Je crois à la promesse et à la beauté des vins naturels, tout en reconnaissant que beaucoup d’entre eux ne sont pas bons, ce que l’on peut dire de tous les types de vins.

 

La vérité, c’est que les vins naturels ont bonifié le vin dans son ensemble.

 

Les vins naturels n’auraient pas pu offrir un contraste plus saisissant avec les pratiques industrielles d’un secteur qui se fait passer pour pastoral. La plupart des vins grand public sont fabriqués avec du raisin cultivé à coups de produits chimiques, puis transformé, comme on le fait de la nourriture industrielle, au moyen de manipulations technologiques et d’ingrédients artificiels pour obtenir un goût et un arôme définis à l’avance.

 

Des vins aléatoires mais vivants

 

Les vins naturels, produits avec du raisin bio ou équivalent, fermentent et vieillissent sans aucun adjuvant. Ce sont des vins certes aléatoires mais vivants, intenses, toniques et surprenants. Autant comparer des cerises fraîchement cueillies sur l’arbre à des [bonbons industriels] Life Savers à la cerise.

 

La fabrication du vin couvre un très large éventail de techniques. Tous les vins conventionnels ne sont pas transformés. Et tous les vins dits naturels ne se plient pas au protocole rigoureux en vertu duquel “rien n’est ajouté, rien n’est enlevé”. Mais l’apparition des vins naturels, voilà une vingtaine d’années, a bousculé un secteur inféodé à la promesse d’après-guerre d’une vie meilleure grâce à la technologie et à la chimie.

 

À l’époque, la production s’homogénéise. Le vin est élevé au rang de produit de luxe, et les cépages sont rangés dans un système de castes et classés par “noblesse”. Le vin naturel, à l’inverse, prône la diversité. Il ressuscite et célèbre les variétés anciennes et les traditions locales qui ont été oubliées ou écartées par les hautes instances du milieu. Il cherche à faire tomber le vin de son piédestal avec irrévérence en le présentant comme une boisson gouleyante et joyeuse qui n’en véhicule pas moins une forte charge émotionnelle et culturelle.

 

Surtout, il reconnecte le vin aux méthodes traditionnelles telles qu’elles ont été observées pendant des siècles, avant l’avènement de l’industrie et de la technologie. Le fait de voir le vin comme un produit de la terre parle aux jeunes qui s’inquiètent pour l’environnement, la santé et le bien-être dans toute l’acception de ce terme aujourd’hui en vogue.

 

J’ai vu la clientèle des vins naturels changer. Elle ne se résume plus à quelques connaisseurs évoluant dans une obscure galaxie parallèle, mais s’est élargie à un nombre grandissant d’amateurs enthousiastes et curieux. Ces dernières années, le vin naturel a été qualifié de nouvelle révolution, de nouveau must, et paré de toutes les autres étiquettes ennuyeuses que peuvent coller les chasseurs de tendances.

 

Un pied de nez à l’establishment viticole

 

Le vin naturel est sorti de l’ombre. La plupart des grandes villes ont des bars à vins naturels, et certains restaurants huppés lui consacrent des cartes entières. Cet engouement récent appelle une caractérisation que les producteurs de vins naturels ont longtemps esquivée avec succès : qu’est-ce au juste qu’un vin naturel et qui est autorisé à employer ce terme ?

 

Par le passé, c’est l’establishment viticole qui réclamait une définition des vins naturels, une requête dont la plupart des producteurs ont allègrement fait fi. Une telle caractérisation fleurait l’autoritarisme, l’orthodoxie, la bureaucratie, c’est-à-dire précisément les contraintes que beaucoup de producteurs de vin naturel considèrent depuis toujours comme des entraves à leur liberté.

 

J’ai toujours jugé comme une force le fait de refuser ainsi de se laisser enfermer dans une définition. Une caractérisation précise augmenterait le risque de récupération, comme on le voit pour quantité de productions bio qui sont aujourd’hui des branches très lucratives de l’agrobusiness.

 

Mais l’image des producteurs de vins naturels, présentés comme des artisans indépendants et bohèmes, souffre de l’engouement pour leur produit, synonyme d’affaires juteuses, non seulement pour les services financiers des grandes entreprises mais aussi pour les petits margoulins.

 

Des cuvées maquillées en vin naturel

 

Lors d’un débat récent sur le vin naturel organisé [en visioconférence] sur Zoom, pandémie oblige, Alice Feiring, apologiste de longue date des vins naturels et auteure en 2019 du guide Natural Wine for the People [“Le Vin naturel pour tous”, non traduit en français], confiait qu’elle avait changé d’avis sur le besoin de donner une définition officielle au vin naturel. “Je ne voyais pas la nécessité d’une réglementation, mais c’était avant que des imitations n’apparaissent [sur le marché]”, disait-elle.

 

Dans une tribune publiée dans le New York Times en décembre 2019, Alice Feiring prévient ainsi que des gros producteurs sont en train de créer des cuvées maquillées en vin naturel afin de surfer sur l’engouement qu’ils suscitent. Mais la menace vient aussi des plus petits.

 

Jacques Carroget, du domaine la Paonnerie, dans la vallée de la Loire, préside une association de producteurs de vin naturel qui, après des décennies de labeur, a obtenu l’année dernière une certification officielle (mais facultative) “vin naturel”. Les domaines qui rejoignent le syndicat agréé et qui se conforment aux règles édictées en matière de viticulture et de vinification pourront désormais apposer le label “vin méthode nature” sur leurs bouteilles.

 

Jacques Carroget, qui a participé au débat sur Zoom, explique que l’idée est née du constat que certains petits producteurs qui prétendaient produire des vins naturels se servaient en réalité de raisins qui avaient été traités. “Nous avons analysé 34 vins naturels et découvert que deux d’entre eux contenaient des résidus, dont un vin qui venait d’un célèbre producteur de vin naturel, explique-t-il par e-mail. Nous ne voulons pas de chimie de synthèse dans les vins naturels.”

 

Tant que les vins naturels étaient l’apanage d’un petit nombre de producteurs, précise-t-il, il ne voyait aucune raison d’en donner une définition officielle. “Hélas, le business, l’appât du gain… Dès que le vin naturel est sorti de son petit créneau, on a découvert des abus inacceptables”, déplore-t-il.

 

Une indulgence pour le dioxyde de soufre

 

La suite  ICI 

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 06:00

50 ans jour pour jour après la guerre du Biafra - les blessures ... Des enfants souffrant de malnutrition à Port Harcourt, au Nigeria, en 1970. A. ABBAS / MAGNUM PHOTOS

Libre à chacun de nous, d’aimer ou de ne pas aimer Bernard Kouchner, de ne pas apprécier sa trajectoire mais pour moi il reste l’homme qui nous a montré les horreurs du Biafra.

 

Médecins sans frontières fête ses 40 ans

« Les enfants étaient en première ligne », raconte au Monde Afrique Bernard Kouchner, parti au Biafra en mai 1968 en tant que médecin urgentiste : « C’était la première fois qu’on voyait des gamins squelettiques victimes du kwashiorkor [un syndrome de malnutrition par carence en protéines]. Les troupes nigérianes bloquaient tous les ravitaillements et les bombardements aériens ciblaient les récoltes. Les enfants mouraient en masse et la faim était devenue une arme de guerre. Le spectacle était désastreux : il n’y avait absolument rien à manger. »

 

Il y a cinquante ans au Biafra, l’avènement de l’humanitaire « à la française » ICI

 

En mai 1968, Bernard Kouchner rejoint une équipe de dizaines de médecins volontaires de la Croix-Rouge dirigée par Max Récamier et qui intervient des deux côtés du blocus. Il se souvient :

 

« Dans une école où il y avait près d’un millier d’enfants affamés, on a fait des perfusions avec de la noix de coco pour les retaper le temps que les sucs digestifs se reforment. Quand ils allaient mieux, ils repartaient dans leurs villages et revenaient quelques semaines plus tard de nouveau épuisés par la faim… Comme les avions ne bombardaient pas la nuit, les blessés arrivaient le soir dans notre petit hôpital. Nous étions deux pour soigner une centaine de blessés. On a appris à faire le tri des blessés, une discipline difficile, un apprentissage cruel. Le Biafra m’a marqué à vie. Ça a été le début de mes colères et de mon engagement, de mon histoire avec l’Afrique. Il a nourri, plus tard, mes combats au Rwanda. »

 

« La lutte et les drames vécus-là vont inspirer les « French doctors ». Max Récamier, Bernard Kouchner et d’autres médecins passés par l’enfer du Biafra vont créer en 1971 (avec des journalistes du journal médical Tonus qui avaient lancé un appel aux médecins pour aider des victimes d’inondations au Pakistan) Médecins sans frontières (MSF). L’ONG, spécialisée dans l’assistance médicale aux populations victimes de conflits armés, d’épidémies, de pandémies ou de catastrophes naturelles, a reçu le prix Nobel de la paix en 1999 et officie aujourd’hui dans plus de 70 pays, dont 52 en Afrique. « Le Biafra nous a appris la médecine du dénuement », insiste Bernard Kouchner. Il a aussi fait prendre conscience aux médecins français qu’une organisation humanitaire doit être libre de sa parole et de ses actes. »

 

Des photographes occidentaux prennent en photo un enfant qui souffre de malnutrition à cause de la guerre du Biafra, à Owerri, en 1970.

Des photographes occidentaux prennent en photo un enfant qui souffre de malnutrition à cause de la guerre du Biafra, à Owerri, en 1970. A. Abbas / Magnum Photos

 

Il y a cinquante ans au Biafra, la surmédiatisation d’un drame humain

 

Génération Biafra (2/3).

 

Pendant le conflit au Nigeria, des images insoutenables ont inondé les journaux et la télévision. Avec le recul, leurs auteurs disent avoir été « manipulés » par l’Elysée.

Par Pierre Lepidi et Mariama Darame

 

Le 31 décembre 1968, lors de sa traditionnelle allocution de fin d’année aux Français, le Général de Gaulle déplore le « passage à vide » qu’a connu le pays au mois de mai. « Mais la nation s’est ressaisie », assure le général lors de ces vœux, ses derniers. Il décrit ensuite la situation au Moyen-Orient, parle du rôle « gigantesque » de la Chine, puis évoque « le droit de disposer de lui-même du vaillant Biafra ». Fin 1968, les Français connaissent cette province du sud-est du Nigeria qui a proclamé son indépendance dix-huit mois plus tôt et la catastrophe humanitaire qui s’y joue. A grand renfort de reportages, ils ont pris fait et cause pour ce territoire africain qui se bat contre l’armée régulière nigériane.

 

La France ne soutient pas officiellement la sécession biafraise. Mais l’Elysée voit dans cette volonté d’émancipation une occasion d’affaiblir le Nigeria, pays anglophone entouré d’anciennes colonies francophones, qui a reçu le soutien du Royaume-Uni et des Etats-Unis. « La zone pétrolière du Biafra était revendiquée par tout le monde, y compris par les Anglais car le Nigeria est une ancienne colonie britannique », se souvient Bernard Kouchner, parti en mai 1968 au Biafra pour la Croix-Rouge en tant que médecin : « Les rapports entre De Gaulle et le monde anglo-saxon étaient exécrables à cette époque. »

 

La suite ICI 

 

Lorsque les armes se taisent, en janvier 1970, après la capitulation des forces biafraises soutenues par des centaines de mercenaires (Français, Allemands, Rhodésiens, Sud-Africains…), le bilan humain est abyssal. Cinquante ans plus tard, le nombre de victimes des combats et de la famine reste imprécis, estimé à « plus de 1 million ». Mais la surmédiatisation du conflit et les images insoutenables diffusées dans les journaux et à la télévision imprègnent encore les mémoires. En renvoyant une image misérabiliste du continent africain, elles ont nourri pendant des décennies un imaginaire collectif où l’Afrique est assimilée aux guerres, aux famines et à l’instabilité politique.

 

A qui la faute ?

 

« On a souvent dit que le drame du Biafra était la honte de l’Afrique », écrit Phlippe Decraene, envoyé spécial du Monde, dans un reportage publié en 1969 : « C’est aussi, sans aucun doute, la honte de l’Europe. »

 

 

Je me plongeais dans mes archives. Au milieu de ce capharnaüm de coupures de journaux, de photos jaunies, de livres annotés, de petits carnets, de lettres, de documents administratifs, de factures, assis à même le sol, sous le trait blanc d’une grosse lampe d’architecte, je triais, jetais, empilais, en écoutant des galettes de vinyle sur une platine-disque hypersophistiquée. Jasmine me portait des brocs de café. Parfois elle s’asseyait en tailleur face à moi pour me regarder faire. Je lui tendais une photo « Tiens, regarde notre nouveau Ministre des Affaires Etrangères au temps des matins blêmes du quartier Latin… » 

 

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 06:00

François Mauriac : «De Gaulle et Malraux», «Le Figaro littéraire», n° 637,  5 juillet 1958, p. 1. - Malraux.org

Hier j’ai étrillé le sémillant FRANZ-OLIVIER GIESBERT en tant qu’éditorialiste politique en surnuméraire au POINT, j’ai lu quelques-uns de ses romans qui ne m’ont guère convaincu de son talent d’écrivain. Il a écrit depuis 1972, plusieurs ouvrages sur François Mitterrand. Il a toujours suivi le président de près, tenant constamment à conserver et à honorer son rôle de journaliste indépendant. Après la mort du président, Giesbert décida de refondre ses ouvrages en un seul : François Mitterrand, une vie, une biographie scrupuleuse et profonde, portrait saisissant d'un personnage insaisissable.

 

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Ce garçon est très cultivé, sa plume est fort bien aiguisée, comme en témoigne son dernier billet littéraire intitulé Saint François Mauriac, priez pour nous ICI

 

Pour le cinquantenaire de la mort de l’écrivain journaliste, son mythique Bloc-notes est réédité. Un bonheur de lecture et d’intelligence qui ne doit pas faire oublier les travers du personnage…

 

Je le lisais lorsqu’il était publié dans Le Figaro littéraire.

 

FOG s’en donne à cœur joie je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager sa verve.

 


En apesanteur. Francois Mauriac dans son domaine de Malagar, en 1959.

 

En littérature, il y a plusieurs types de journaux. Ou bien ils sont à la gloire de l’auteur, qui travaille à son autopromotion. Ou bien, chose plus rare, ils auraient pu être écrits par son pire ennemi. Ou bien ils racontent une époque. Le Bloc-notes de François Mauriac, paru dans L’Express, puis dans Le Figaro littéraire, procède des trois genres en même temps.

 

On dit souvent de Mauriac qu’il était meilleur chroniqueur qu’écrivain. Le poète et le dramaturge sont oubliés, recouverts de pelletées de terre. Quant à l’auteur du Sagouin ou de Thérèse Desqueyroux, il n’a certes jamais cassé trois pattes à un canard, mais c’était un bon façonnier, une sorte de Maupassant de poche du Sud-Ouest qui sait trousser des histoires.

 

Le chroniqueur rehausse-t-il le romancier ?

 

Le tenancier du plus célèbre des Bloc-notes écrit pur, sans gras, en se regardant sans arrêt dans la glace. Aussi décrépit soit-il, il s’aime comme s’il avait 20 ans. Ivre de componction et de contentement, il ne rate jamais une occasion de se tresser des couronnes, n’hésitant pas à épiloguer longuement sur la grand-croix de la Légion d’honneur qui lui est décernée, sur proposition du général de Gaulle, en 1958.

 

Homosexuel caché, contrairement à André Gide ou à Julien Green, il est perpétuellement dans la pose et ne nous offre jamais un moment de doute, d’abandon. Aspergé d’eau bénite et confit de bons sentiments, son Bloc-notes sent cette odeur de renfermé si particulière des sacristies, les anciens enfants de chœur me comprendront. Pour un peu, on dirait que Mauriac concourt pour une place dans Le Grand Livre des saints, entre saint François d’Assise et saint François de Paule.

 

Au fil des pages et des jours, Mauriac repousse toujours plus loin les limites de la fatuité. Il revient souvent sur son « œuvre », un mot qu’il affectionne, son prix Nobel reçu en 1952, ou encore les dernières nouvelles de l’Académie française, dont il aura été l’un des parangons pendant près de quatre décennies. Il ne souffre pas qu’un gougnafier ait osé écrire que sa littérature « n’avait pas de dimension cosmique » et lui répond, blessé, en long et en large, qu’il ne se sent pas à l’étroit dans le monde intérieur, celui des âmes.

 

Il y a beaucoup de puérilité dans ce grand homme qui ne cesse de se rapetisser en érigeant sans répit sa statue. Un comportement assurément peu catholique quand on a tout le temps le mot de Dieu à la bouche. Tout le contraire de celui de l’immense Simone Weil, qui écrivait dans La Pesanteur et la Grâce que, pour accéder à la vérité du monde, il faut « se dépouiller » de sa « royauté imaginaire ». Devant la bouffissure de Mauriac, on a envie de l’inviter à descendre un moment de son ciel pour lui intimer, comme les anciens maîtres d’école, d’écrire cinquante fois sur son cahier la grande phrase de l’Ecclésiaste, qui ne figure manifestement pas parmi ses lectures : « Vanité des vanités, tout est vanité. »

 

D’où vient, alors, l’espèce de fringale qui vous prend quand on entame la lecture de ce monument journalistique qu’est ce Bloc-notes publié en coédition par Robert Laffont et Mollat dans la collection « Bouquins » ?

 

 C’est que ce livre nous parle de nous et qu’il est resté incroyablement actuel quand l’auteur évoque, par exemple, « l’effroyable disproportion entre l’Histoire et les petits hommes qui se bousculent pour la faire ».

 

Ou quand il note qu’en France « la droite et la gauche sont la trop équivoque expression d’une inimitié foncière, enracinée dans les siècles ». Et de rappeler qu’après les Gaulois et les Francs, les seigneurs du Nord contre les Albigeois, « Armagnacs et Bourguignons, huguenots et catholiques, patriotes et émigrés, antidreyfusards et dreyfusards, collaborateurs et résistants donnent des noms successifs à cette haine ininterrompue, diversement colorée par les remous de l’Histoire. »

 

S’il porte à de Gaulle le regard énamouré que devait avoir, dans sa grotte de Lourdes, Bernadette Soubirous pour la Vierge Marie, c’est parce que le Général a été l’un des rares personnages historiques à réaliser la synthèse entre toutes ces passions, ces remugles. Ce qui n’empêche pas Mauriac d’avoir un gros faible pour Mendès France ou un petit pour Mitterrand.

 

Un style qui perce, éventre, dépiaute, comme une épée, où s’enchaînent les vacheries sur ses contemporains et les formules qui claquent.

 

Rajeunir en vieillissant. Pour couronner le tout, fascinante est la prescience de Mauriac qui, avec son œil de lynx, lui permet d’avoir plusieurs années d’avance sur tant de sujets, à commencer par l’inévitable décolonisation en Algérie ou le nécessaire retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. Avec ça, un style qui perce, éventre, dépiaute, comme une épée, où s’enchaînent les vacheries sur ses contemporains et les formules qui claquent : « Il ne sert à rien à l’homme de gagner la Lune s’il vient à perdre la Terre. »

 

Ces pages sont un bonheur de lecture et d’intelligence. Il serait complet si l’auteur consentait, de temps en temps, à laisser son habit vert d’académicien brodé d’or sur un portemanteau pour se présenter à nous nu et sans apprêt, comme un écrivain, un vrai. Même si, comme l’observe son préfacier et biographe Jean-Luc Barré, il n’a cessé de rajeunir en vieillissant, il y a chez Mauriac quelque chose qui le retient sur son estrade où, toujours en représentation dans la comédie des apparences, il n’est jamais vraiment lui-même.

 

En attendant, ses chroniques sont très souvent irrésistibles : avec ses contradictions et son honnêteté, il nous donne une grande leçon de journalisme, denrée périssable s’il en est. Obsédé par la postérité, ce « discours aux asticots », comme disait Céline, François Mauriac croyait qu’il y accéderait par la littérature. Las ! C’est, ô paradoxe, la recension de l’éphémère qui l’a sorti du purgatoire où il purgeait sa peine depuis sa mort, en 1970.

 

Son Bloc-notes reste un témoignage incomparable sur un temps englouti que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître et dont il égrène, entre fulgurances, bondieuseries, saillies ou nécrologies, les notes d’un long glas. Il nous prouve la débilité du vieux dicton qui prétend que le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir.

Que resterait-il de son « œuvre » sans ce magistral et majestueux Journal ?

 

Le Bloc-notes, de François Mauriac. Préface de Jean-Luc Barré, édition établie et annotée par Jean Touzot (« Bouquins », Robert Laffont/ Mollat, 2 tomes, 1 344 p., 32 € chacun).

 

Le bloc-notes. Volume 1, 1952-1962 Le bloc-notes. Volume 2, 1963-1970

 

À lire aussi Correspondance intime, de François Mauriac. Réunie et présentée par Caroline Mauriac (« Bouquins », Robert Laffont, 768 p., 30 €). François Mauriac, biographie intime, de Jean-Luc Barré (Éditions Pluriel, 736 p., 15 €).

 

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 06:00
C'est parti pour une nouvelle campagne de vendanges chez Alice et Olivier de Moor. Et ça pourrait être pire ! Une tarentelle pour commencer !

À genoux sur un prie-Dieu, je me bats la coulpe, me couvre la tête de cendres, je confesse, qu’encore gamin, à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard, dans les vignes d’hybrides à numéros et cépages interdits, du frère Bécot, maintenant chers à Lilian Bauchet, je détestais vendanger. Passer mon temps de travaux pratiques, 3 heures chaque matinée, à couper des grappes avec un sécateur me paraissait une geste bien peu à la hauteur de mon futur métier de paysan que je n’embrasserai jamais.

 

Dans les vignes du pépé Louis, du même acabit pour les cépages, je préférais conduire Nénette, notre vieille jument, le tombereau plein de grappes de raisins. Ce que j’aimais au Bourg-Pailler, c’était le vieux pressoir monté sur des roues en fer qui, en la période de vendanges, était installé sur le trottoir du devant de la bâtisse. Un monument de bois circulaire, ses grosses poutrelles entassées autour de la vis sans fin, le cliquetis de la lourde presse actionnée par une longue tige en fer, enfin le jus blanc ou rouge qui s’écoulait mousseux dans la vasque de bois, la pompe à mains, le gros tuyau qui s’étalait jusqu’à la cave, les gros tonneaux juste méchés, et dire que ce vin naturel allait sombrer devenu piquette bientôt couvert de fleurettes. Ma fonction à la maison était d’aller emplir les litres en tournant la clé encastré tout en bas du tonneau.

 

J’ignorais que la mention « vendangé à la main » allait devenir une marque de résistance

 

Et puis, je suis entré dans le vin par la politique, mais ça c’est une autre histoire…

 

 

Ce matin, ce sont Alice et Olivier de Moor qui tiennent ma plume, du côté d’Olivier c’est aussi le pinceau.

 

Quelques petites nouvelles des vendanges. Après ce début et cette tarentelle, qui avait quelque chose d’une veillée d’armes. L’exercice de communication sur cet outil est de dire que tout va bien, et que si ça va mal c’est de la faute des autres ou bien que le ciel nous a maudit. Alors maudits les pinots noirs de mes amis qui ont fondus comme neige au soleil. Il y a de grosses questions à se poser.

 

Du côté de Chardonnays, on a eu de la chance. Même si la situation est hétérogène. Une petite photo des grappes millerandée des Monts de Milieu en est la preuve. Car depuis quelques temps nous travaillons deux premiers crus. Et je dois bien avouer que non seulement je ne pensais jamais en travailler, et qu’en plus cela ne provoquait aucun manque chez nous. Je me souviens encore des gens qui nous regardaient de haut de ce fait. Ils n’imaginaient pas comment cela pouvait nous stimuler que de se moquer de cette hiérarchie. Qui reposait sur quoi, et qui repose encore sur quoi ?

 

 

Bien entendu cela me renvoie à des notions de peinture, que j’utilise comme un exutoire. La lecture récente d’ « Histoires de peintures» de Daniel Arasse fourmille d’anecdotes et d’explications qu’on peut utiliser à propos pour éclairer ce monde du vin. Alors ici comment ne pas utiliser Chardin maitre de la nature morte méprisée et renvoyée à un rôle secondaire de décors. Et Daniel Arasse d’expliquer son travail d’historien de la peinture :

 

LIVRE/Folio réédite encore une fois "On n'y voit rien" de Daniel Arasse -  Bilan

 

« J’ai personnellement une très grande admiration pour les artistes, quel que soit leur médium et même s’ils ne sont pas très bons, parce qu’ils prennent des risques. Ils partent de rien pour en faire quelque chose. L’historien ou le critique, de son côté, part de quelque chose pour en faire autre chose, ce qui est très intéressant mais secondaire. Je pense toujours à cette phrase de Chardin que rapporte Diderot dans sa préface au Salon de 1765 ou 1767 : Chardin était responsable de l’accrochage des tableaux (titre très important qui lui donnait le pouvoir de mettre en avant ou de désavantager un tableau), il dit à Diderot, après lui avoir fait visiter le Salon : « Monsieur Diderot, de la douceur... », avant que celui-ci ne commence à descendre sauvagement les peintres... »

 

 

Cependant dans les « Mont de Milieu » tout se télescope, s’entrechoque. Je ne peux m’empêcher de penser ici à plus de mille ans de vigne, de couches successives de travail et d’interprétations de ce lieu. Depuis ces possibles moines de l’ordre de Saint-Martin qui venant de Tours auraient ramené avec eux la vigne. Fuyant la Loire qui portait Drakkars. L’ami Patrick Baudouin un rien taquin m’avait dit qu’ils avaient dû ramener du Chenin. Donc en quoi peut-on avoir un intérêt à se confronter à une telle histoire. On peut considérer que ...la messe est dite. Que nous ne sommes plus là que pour reproduire des gestes devenus perpétuels, une règle.

 

Vous le croyez vraiment ?

 

On se heurte alors à ce socle que l’on pourrait qualifier d’anthropologique, avec la petite liberté que l’on veut encore préserver comme une interprétation. En imaginant ce premier moine qui a peut-être planté de la vigne ici, ou juste à côté.

 

 Quelle idée le traversait ?

 

Avait-il une idée de la suite ?

 

Le vigneron ici doit-il encore se poser des questions de son individualité ?

 

Daniel Arasse me sauve une nouvelle fois :

 

Le Détail : Pour une histoire rapprochée de la peinture

 

« Il y a deux autres façons de cadrer le détail, bien qu’il échappe toujours. Je me sers de l’italien, qui souvent rend les choses très claires. Il y a d’abord le détail particolare particolare, le détail de quelque chose de représenté, un endroit particulier de la chose représentée. Par exemple la croûte dans un morceau de pain est un particolare. Il existe dans la tableau comme détail de la chose représentée. L’autre, c’est ce que l’italien appelle le dettaglio, « détail » en français, qui implique quelqu’un qui découpe, comme de la viande au détail, comme le boucher qui découpe au détail. Il en va de même pour un tableau. Tout spectateur détaille son tableau, il le découpe. Quand vous regardez un tableau ou une photo, vous avez certainement une vue d’ensemble, mais qu’est-ce que l’on voit quand on voit l’ensemble ? J’aimerais le savoir. On perçoit l’ensemble, mais quand on commence à regarder, l’œil va s’attacher à certains éléments. Il va non pas découper physiquement, mais isoler, mettre en relief, avec une zone de flou autour, des éléments qui sont des détails. Mais ce ne sont plus les mêmes que les premiers. Ce sont à présent les détails, produits par chaque regardeur ou regardant de tableaux. »

 

Alors plutôt du côté particolare Mont de Milieu avec ses raisins régulièrement millerandés, et du côté dettaglio une vigne travaillée grâce à Valérie  dont le sol est entretenu par le labour des chevaux de Cyrille Prestat, travaillée proprement en bio, vendangée à la main, et dont les jus sont maintenant en fûts et dans une amphore.

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 06:00

Nicolas Righetti/Lundi13.ch pour Le Temps

Le toujours bien informé, PAX, s’en pourléchait d’avance les babines, le camarade Jancou, après avoir posé son baluchon au Café des Alpes à Chatillon-en-Diois, reprenait la route, passait la frontière, retournait au bercail, ou presque, pour aller s’installer à Genève. Il se voyait déjà attablé, face à une belle bouteille de vin nu, dialoguant avec l’ami Pierre sur ce retour aux sources.

 

 En temps réel le Temps de Genève m’informe sur l’enfant prodige - On écrit « prodige » : selon notre dictionnaire, « prodige » (p R O d i Z @) vient du latin prodigium «événement prodigieux, chose merveilleuse»). Ce substantif masculin désigne ainsi un « phénomène extraordinaire auquel on attribue une cause surnaturelle ». Depuis le XVIIème siècle, par extension, le mot « prodige » qualifie également la « personne qui, par ses talents, ses qualités (ou ses défauts) est un individu hors pair ». De là est née la locution « enfant prodige », c’est-à-dire l’enfant qui est très doué, ou précoce. La juxtaposition de « enfant », dont la jeunesse est souvent synonyme d’apprentissage et de naïveté, et de « prodige » fait d’autant plus ressortir le caractère exceptionnel de cet enfant – ne pas confondre avec « enfant prodigue » de la Bible dans la parabole de l’Évangile (Luc, XV, 11-32) ICI 

 

Le Retour

 

Après avoir fait le tour de la question hexagonale et n’ayant plus besoin de fuir un pays qu’il a longtemps assimilé aux traumatismes d’une enfance difficile, Pierre Jancou est prêt à fouler de nouveau le sol helvétique. « Même si la Suisse a longtemps été la corde sensible de ma vie, il fallait que je ferme le chapitre de la France. Tout ce qui m’ennuyait en Suisse étant jeune m’attire aujourd’hui. Je suis enfin en paix avec mon passé. » Malgré des réglages de dernière minute – le technicien de la caisse enregistreuse en retard, le téléphone qui ne marche pas, la terrasse encore à l’état de forêt vierge et l’artiste peintre sur son échafaudage occupé à terminer la fresque du plafond dans les mêmes tons pastel que les ciels de Claude Monet – l’ouverture se fait comme prévu. Le contenant est aussi pur que le contenu. La philosophie de l’établissement correspond à celle du maître des lieux: une cuisine brute, naturelle, spontanée, d’inspiration bistrot et surtout très orientée autour du produit.

 

Pierre Jancou est un joyau rare – un diamant au cœur tendre et au talent pur. Certains passent toute une vie à chercher ce supplément d’âme, cet indéfinissable charme et cette petite flamme. L’instigateur suisse de la cuisine brute a tout cela. Infaillible, incassable, indomptable, inclassable et qui plus est ingérable à une certaine époque, il apparaît aujourd’hui assagi et en paix avec ses démons. Longtemps en quête de stabilité, cet orphelin, qui a soufflé ses 50 bougies le 31 août lors de l’ouverture de son nouveau restaurant à Genève, est plus que jamais en phase avec son personnage et ses véritables aspirations. Découverte d’un être libre et sauvage, aussi attendrissant que tranchant, qui ne peut laisser indifférent

 

La suite :

 

Pierre Jancou. — © Nicolas Righetti/Lundi13.ch pour Le Temps

 

Pierre Jancou, cuisinier: «Tout ce qui m’ennuyait en Suisse étant jeune m’attire aujourd’hui» ICI 

Pierre Jancou ouvre son lieu à Genève

Le chef franco-suisse a réuni son «équipe de rêve» pour concocter une carte 100% helvétique dans les murs de l’ancien Tablar. ICI 

Svante Forstorp?

 

Des origines suédoises pour un itinéraire nomade, qui l’emmène de Rome aux Etats-Unis, via plusieurs brigades étoilées, de Charlie Trotter’s à la Gramercy Tavern de Michael Anthony. Avant de bifurquer sur Paris, où il épouse l’univers de la bistronomie et des vins vivants, aventure qui le réunit avec Pierre Jancou, époque Vivant Cave, puis Achille, époque bistronomie, caves à manger, bars à vins nature, nouveaux modèles à inventer.

 

Une carte créative et versatile

 

A ses côtés en cuisine, Johanna Solal a vécu une première vie dans l’univers du design textile et de la mode, avant de se reconvertir et de se former auprès de Taku Sekine et sa formidable équipe de Dersou, à Paris. Enfin, Jonas Bolle, le plus jeune et le plus Genevois de la tribu, est passé par l’Ecole hôtelière de Vieux-Bois et quelques excellentes adresses, dont le Bleu Nuit voisin. La salle, elle, est gérée par David Benichou, autre passionné de vins et complice de longue date de Pierre Jancou; le duo se charge de l’accueil et de la cave – quelque 220 références, dont une bonne partie en crus naturels. «C’est une équipe de rêve, commente celui qui l’a réunie, soudée, une famille avec ses individualités fortes et complémentaires.» Une équipe au fonctionnement aussi horizontal que possible.

NATÜRLICH

Restaurant et Bar à Vin
Rue de la Coulouvrenière 38, 1204 Gèneve

ouvert du lundi au vendredi
midi et soir
+ 41 (0)22 320 15 05

Réservations

à partir du 31/08/2020

 

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 06:00

Tom Simpson pèse sur la mémoire du Tour de France comme une grosse ...

Moi, mais je suis souvent à la peine tel un sprinter gravissant le col de l’Aubisque, suant sang et eau, poumons en feu, mollets saturés d’acide lactique, au bord de l’abandon, de la honte de la voiture-balai, vaille que vaille j’arrive au sommet épuisé et je me laisse aller en roue libre dans la descente en me posant la question : qu’en as-tu retenu ?

 

Pour ne rien vous cacher, souvent pas grand-chose, dans l’aridité du langage savant, des références à foison, des citations multiples, mes pauvres neurones sont à la peine, je me déconnecte du texte, je m’égare et je me perds.

 

Sans prétention je ne suis pas plus con que la bonne moyenne, 18/20 en philo au bac philo en 1965 (ça notait dur en ce temps préhistorique du avant les 80% de bachelier), alors je suis en droit de me demander : qui lit la prose savante des intellectuels dans AOC ?

 

Et qu’on ne vienne pas me dire que je développe une allergie à l’égard des intellectuels, ce serait me faire un mauvais procès. Mon questionnement est pertinent : je suis et je reste persuadé que la fonction première des intellectuels, des sachants, est de faire progresser les « larges masses » comme le disait les petits frelons de la Gauche Prolétarienne. Aujourd’hui les gens selon le conducator Mélenchon, les Gilets Jaunes chers à l’académicienne de gauche Danielle Sallenave bien calée dans son canapé de son douillet appartement d’un bel arrondissement de Paris.

 

Pour ce faire encore faudrait-il que ceux-ci les lisent ?

 

Ce premier dimanche de septembre, quitte à me faire morigéner par Pax pour le pensum à son petit déjeuner, je propose à votre lecture un texte paru dans AOC, en lecture gratuite (j’ai droit à 3 numéros) « Coronarration » ou les paroles gelées.

 

Pour donner plus encore de poids à mes dires, Christian Salmon est pour moi une veille connaissance puisque j’ai lu son Storytelling éditions La Découverte.

 

Storytelling : La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits

 

7 novembre 2007

Le monsieur Jourdain du storytelling  ICI

 

Le monsieur Jourdain du storytelling : c'est un peu moi !

 

Depuis 2001, sans le savoir, je fabrique des histoires et on me lit. Rassurez-vous chers lecteurs, même si j'aperçois de mon balcon les hauts murs de l'hôpital Ste Anne, je ne suis pas encore atteint par un délire de prétention aiguë. Pour tout vous dire, je suis le premier étonné et pourtant, le premier symptôme de cet étrange manie, celle d'écrire, je l'ai constaté sitôt la publication de mon fichu rapport. L'ami Jean-Louis Piton, qui sait avoir la dent dure quand il le faut, me dit au téléphone : « Ton rapport il ne ressemble à rien de connu... » et moi de répondre, normal je l'ai écrit… « S’ensuivit un blanc au bout du fil - même si nous nous servions de portables - et moi d'enchaîner : « l'as-tu lu jusqu'au bout ? » la réponse fusait : « oui! » et de répondre : « c'était mon seul objectif, être lu ».

 

La suite ICI 

 

Christian Salmon.

Christian Salmon. Cecilia Garroni Parisi pour M Le magazine du Monde

 

Christian Salmon ÉCRIVAIN« Coronarration » ou les paroles gelées.

 

« Rien de rassurant dans ce qu’il a dit d’exact. Rien d’exact dans ce qu’il a dit de rassurant », résumait une journaliste à l’issue d’un discours de Trump en mars dernier. On ne saurait mieux exprimer le trouble qui s’est installé dans les discours officiels. L’épidémie de coranavirus n’est pas seulement une crise sanitaire, c’est une crise de narration. Face aux dénis des gouvernants, le coronavirus a imposé son histoire au monde.

 

« Comme tout ce qui devient a l’air malade », écrivait le poète Georges Trackl, mort en novembre 1914. Engagé dans un détachement sanitaire comme pharmacien militaire, il avait dû prendre en charge une centaine de blessés dans une grange et sans assistance médicale. À la suite des horreurs dont il venait d’être témoin, il avait tenté une première fois de mettre fin à ses jours, avant de mourir deux mois plus tard d’une overdose de cocaïne que les autorités médicales de l’hôpital militaire avaient classée en suicide.

 

À l’inverse de la rhétorique guerrière des gouvernants qui décrivent la crise sanitaire comme une guerre contre le virus, Georges Trakl décrivait la guerre comme une maladie contagieuse qui s’attaquait aux corps et aux esprits. Theodor Adorno avait fait de cette phrase sa « devise » comme il le confiait dans une lettre à son ami Max Horkheimer. La formule d’une décomposition de l’expérience. Dans Minima Moralia, réflexions sur la vie mutilée publié en 1945, il citait une autre phrase de Georg Trakl qui éclaire la première : « Dis-moi depuis quand nous sommes morts. »

 

Selon lui, les hommes ont permis à la mort de régner, en laissant s’appauvrir, et même s’avilir leur existence. « La vie s’est retirée » du monde. Adorno soulignait ce paradoxe selon lequel on « ne saurait accepter tels quels des concepts comme “sain” et “malade” ni même les concept de “rationnel” et d’“irrationnel” qui leur sont apparentés (…) lorsque c’est l’Universel dominant et les proportions qui sont les siennes qui sont malades », atteints de paranoïa et de « projection pathologique ». C’est à cet « Universel dominant » que nous avons affaire avec la pandémie du coronavirus. « Tout ce qui devient a l’air malade. »

 

Le dépeupleur

 

Le virus ne s’attaque pas seulement à l’organisme, aux fonctions du corps, mais au corps social qu’il désorganise, déstabilise, menace dans ses fonctions essentielles de protection, d’alerte, de secours et de coordination des activités. Mais plus encore aux fonctions du langage, à sa capacité à fluer l’expérience, à symboliser notre rapport au corps, au temps et à l’espace. Or, ce sont justement ces coordonnées de toute expérience humaine qui sont devenues problématiques.

 

Notre rapport au temps et à l’espace est comme suspendu dans le confinement pendant que le coronavirus, sautant allègrement les frontières, jouit sans entrave du nouvel espace-temps de la mondialisation. Notre propre corps est devenu un sujet à « caution ». Nous regardons nos mains et nous ne voyons plus en elles le prolongement de notre corps, la capacité qu’elles ont d’appréhender, de toucher, de saisir ou de caresser, mais un agent possible de contamination. Elles se sont retournées contre nous. Elles ne nous appartiennent plus. Nous sommes à leur service.

 

On ne doit plus rien toucher, pas même son propre visage, nous avertissent les inspecteurs du confinement. Sortir de chez soi est une opération de funambulisme où le toucher prohibé peut nous mettre en danger. Rien de ce qui l’a été ne peut être re-touché. Une sorte de vertige du tactile se déploie là. Vertige du sensible. Car tous nos sens ont perdu leur évidence, leur familiarité ; ils sont en alerte, montent la garde contre l’intrusion du virus.

 

Nos gestes devenus barrières, nous sommes emmurés dans notre moi, gagnés par la contamination, devenus étrangers à nous-mêmes. Nous ne les reconnaissons plus. Tous nos sens sont comme débranchés, réinitialisés. Il ne leur reste que leur porosité au mal. Nous devons penser à eux, les surveiller. Ils sont les vigiles de notre fragilité. L’un des symptômes de la maladie n’est-il pas la perte du goût et de l’odorat ?

 

Et nous redécouvrons les textes de Kafka et de Beckett qui ont donné forme à cette expérience de privation sensorielle. Gregor Samsa, c’est chacun d’entre nous dans son confinement. Comme les doubles de Beckett, enlisés à mi-corps, ou attendant Corona ou assignés dans ce séjour « où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur. Assez vaste pour permettre de chercher en vain. Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. »

 

L’épidémie suspend l’usage des sens et des plaisirs, le toucher, l’odorat, le goût, mais aussi l’écoute et la parole. Elle met aux arrêts non seulement les individus, confinés dans leur espace privé, mais la possibilité même d’une expérience communicable. Elle interdit toute rencontre avec l’Autre. Arrêt d’expérience qui consacre l’impossibilité du dialogue et du récit. L’épidémie redouble la destruction des vies par l’impossibilité de les raconter, comme si elle faisait disparaître les témoins. Une situation que les Grecs nommaient « anekdiegesis », absence et impossibilité du récit.

 

D’où l’appel ambigu des médias aux écrivains plutôt qu’aux épidémiologistes, à la poésie plutôt qu’à la science, pour recharger la parole publique dévaluée. Un pharmacon des cœurs et des esprits. La demande de ré-ouvrir les librairies, aussi légitime soit-elle, procède de cette même inquiétude, comme si on allait y trouver un remède miracle à la maladie des mots, un vaccin secret contre le délitement du langage. Convoquer la littérature comme une digue capable de contenir la débâcle des mots. Une Ligne Maginot de l’Imaginaire.

 

Cela procède d’une illusion naïve comme le prouvent la réponse maladroite des écrivains qui ont accepté la commande de plusieurs médias de tenir le journal de leur confinement. Après tout, les Américains ont bien érotisé la guerre avec l’image de la pin-up pendant la deuxième guerre mondiale. Pourquoi ne pas romantiser le confinement ? Cela revient à tirer des traits sur la crise du récit. Une création littéraire sans contrepartie qui loin de remédier à l’inflation des discours, l’aggrave et en paye le prix. Au vu des réactions sur les réseaux sociaux, c’est le crédit de ces écrivains « embedded » qui en a souffert. Car de même que l’inflation monétaire ruine la confiance dans la monnaie, l’inflation de récits ruine la crédibilité du narrateur. Cela vaut pour tous les narrateurs « officiels », hommes politiques, journalistes, experts, communiquant, que l’on voit errer, titubant dans le brouillard de la pandémie.

 

Brouillard de guerre

 

Le théoricien de la guerre Carl von Clauzevitz a forgé l’expression « brouillard de guerre » pour désigner le climat d’incertitudes qui prévaut pendant les guerres. Il est possible que ce soit la seule chose à emprunter à la rhétorique guerrière qui fait florès en ce moment face à la crise du coronavirus. « Ce que nous vivons actuellement, c’est le brouillard d’une pandémie », écrit Derek Thompson, le chroniqueur médias de The Atlantic constatant la fragilité des statistiques relatives à l’épidémie.

 

Les taux d’infection, de létalité, les courbes de progression, les données économiques constituent un épais brouillard traversé par les discours des gouvernements. On sent bien qu’après avoir retardé au maximum le confinement de leur population, les responsables politiques s’apprêtent, en dépit de l’avis des experts en santé publique, à l’écourter afin d’anticiper la reprise normale de l’activité économique. Loin de spéculer sur une Blitzkrieg planétaire qui permettrait d’envisager des lendemains écologiques plus responsables sinon radieux, il se pourrait bien que faute d’être combattue à temps, l’épidémie du coronavirus s’installe parmi nous, dans la durée, en une série de répliques aux conséquences sociales, économiques et politiques imprévisibles.

 

Donald Trump, dont la réélection en dépend, est sans doute le plus pressé d’enjamber l’épisode de l’épidémie. Mais tout porte à croire que la survie des gouvernants, indexée à une telle politique du chiffre, se fera aux dépens d’une réponse sanitaire crédible. Car la progression de l’épidémie du coronavirus ne se mesure pas seulement à la progression du nombre des contaminés et des décès dans le monde, elle se traduit par un mal moins repérable à l’œil nu et tout aussi contagieux : c’est le soupçon qui mine toutes les formes de discours autorisés. On le voit se répandre plus vite encore que le virus.

 

Au lendemain de son discours du 12 mars, qui amorçait une prise de conscience de la gravité du mal, une journaliste du Washington Post l’exprimait dans une formule lapidaire : « Rien de rassurant dans ce qu’il a dit d’exact. Rien d’exact dans ce qu’il a dit de rassurant ». Une formule qui mériterait de passer à la postérité comme le slogan de cette pandémie. On ne saurait mieux exprimer en effet le hiatus qui s’est installé dans les discours officiels, entre ce qui est exact et ce qui est rassurant, entre le domaine des énoncés vrais ou vraisemblables et celui des énoncés rassurants mais trompeurs. L’épidémie de coranavirus n’est pas seulement une crise sanitaire, c’est une crise de narration. Face aux dénis des gouvernants, le coronavirus a imposé son histoire au monde. Celle des autorités bat de l’aile. Plus personne ne la croit.

 

« Le Titanic avait un problème d’iceberg. Pas un problème de communication »

 

Aucune autorité légitime n’est épargnée, ni les gouvernements ni les institutions en charge de la santé publique, ni les épidémiologistes qui ne sont pas d’accord entre eux, ni les experts médiatiques qui spéculent sur l’évolution de la pandémie comme des commentateurs boursiers sur le cours du Down Jones. Toutes les sources d’énonciation sont aujourd’hui viciées, ce qui ne les empêche évidemment pas de proliférer. Plus les discours du pouvoir se multiplient, plus ils apparaissent ambigus, contradictoires.

 

À chaque moment de la crise, ils se sont contredits, retournés, et à chaque retournement, ils ont payés le prix en discrédit. Le décrochage des récits officiels par rapport à l’expérience réelle des hommes a ruiné, de crise en crise, la crédibilité de leurs récits. La fausse monnaie des mensonges et des rumeurs se répand, chassant la bonne. La confiance dans la valeur référentielle du langage s’affaiblit en même temps que s’estompe le partage du vrai et du faux, de la réalité et de la fiction.

 

Ainsi a-t-on vu ces dernières semaines le gouvernement français en perte de légitimité chercher à s’accréditer en instituant une commission d’experts, déclarer la guerre au coronavirus, et saluer « les héros en blouse blanche ». Les médias en première ligne dans la bataille de l’audience, cherchent à asseoir leur crédibilité en chute libre en faisant appel à des médecins de télé-réalité aux diagnostics aussi volatiles que leur réputation, toutes sortes d’agitateurs surfant sur le désarroi collectif, experts aux créances douteuses, discoureurs en tous genres, épidémiologistes improvisés, prospectivistes spéculant sur de simples fonctions linéaires et statisticiens construisant des projections sur des ratios à deux balles et trois variables.

 

Les héros en première ligne. Les caissières à l’arrière, en cantinières, pour ravitailler le front des immobilisés. Une crise sanitaire n’est pas une guerre mais la rhétorique belliciste permet de masquer l’impréparation du pouvoir, les services publics de santé désarmés, les personnels épuisés et les équipements défaillants. On les réarme en les appelant héros. On est prêt même à leur donner une prime de risque ou une médaille en cas de décès. On s’agite. On monte des représentations théâtrales sur le font de l’Est pour ceux qui n’auraient pas compris qu’on est en guerre. On convoquerait bien les taxis de la Marne. On affiche une responsabilité théâtrale et un volontarisme impuissant. C’est peut-être le seul rôle qui revient à ce chef d’État, confiné dans le grand théâtre de l’ingouvernable lorsque que gouverner, ce n’est plus prévoir mais gérer l’imprévisible.

 

« Emmanuel Macron n’a pas le choix. Dans une période comme celle que nous vivons, le président doit se déplacer, aller sur le terrain, comme les généraux vont sur le front », affirme Gaspard Gantzer, ancien responsable de la communication sous François Hollande, dans un article du Monde. « Nous sommes en guerre », a répété à six reprises Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée du 16 mars, évoquant un « ennemi (…) invisible, insaisissable » contre lequel il faut sonner « la mobilisation générale ».

 

« Cela donne un sentiment de fébrilité, que le pouvoir cherche à s’abriter derrière les scientifiques. C’est une ligne Maginot illusoire », tance un conseiller de l’ombre. « La plus grosse difficulté est ce paradoxe à gérer : il faut faire peur pour que les gens se confinent, mais aussi rassurer pour qu’ils gardent le moral. Cela n’a rien d’évident sur le long terme », reconnaît M. Gantzer qui a une solution à proposer : « Pour donner le moral aux Français, on pourrait imaginer que la patrouille de France passe au-dessus de l’Arc de triomphe comme la patrouille italienne est passée au-dessus de la Péninsule au son de Pavarotti. »

 

Paul Begala, l’un des architectes de la victoire de Bill Clinton, qui s’exprimait sur CNN à propos de la gestion de la pandémie par Donald Trump disait : « Le Titanic avait un problème d’iceberg. Pas un problème de communication ».

 

Poker menteur

 

Dans cette poussée hyperbolique de métaphores guerrières qui donne l’impression que l’on court après les projections affolantes de contamination, la rhétorique est inopérante. C’est la métaphore des jeux vidéos qui devrait nous servir de grille d’interprétation ou la syntaxe imagée du jeu de poker. Donald Trump n’a-t-il pas affirmé que l’hydroxychloroquine n’est pas le « game changer » du coronavirus ? Les discours des pouvoirs se retournent comme des cartes sur un tapis de poker. Ici on mise, on minimise. On relance. On se couche ou se défausse. On joue littéralement « in the black » lorsqu’on ne dispose pas de toute l’information. On table sur le Meta-game, c’est-à-dire ce qui ne fait pas partie du jeu au sens propre, comme par exemple la psychologie des joueurs, le langage gestuel etc.

 

L’essentiel ce n’est plus de résoudre un problème de santé publique mais d’avancer dans la partie, de rester dans le jeu. On parie, on spécule à propos des retombées de la pandémie sur l’activité économique ou sur la soutenabilité du système de soins. Combien de morts pour un point de croissance ? Combien de jours pour arrondir la courbe de prédiction de la pandémie? Quelle efficacité des gestes barrière et de la distanciation ? Que dit la Bourse de Milan ? Hypothèse avec masque ou sans masque. À chaque jour suffit sa crise. À chaque pic son récit, son coup de théâtre, et à chaque retournement narratif son coût en discrédit du narrateur. « On n’a pas le choix », dit le président en rebattant les cartes. Que faire d’autre ?

 

« L’histoire mondiale enfermée dans les chambres »

 

Ce discrédit n’est pas nouveau, mais il s’aggrave depuis une vingtaine d’années. Tchernobyl en fut la première manifestation 1986, mais c’est en 2001 que le discrédit a atteint des proportions maximales avec l’attentat contre le World Trade Center. Il s’est approfondi en 2008 avec la crise des subprimes, il culmine aujourd’hui avec la pandémie du coronavirus. Trois pics successifs d’un même discrédit. L’attentat contre le WTC ne s’attaquait pas seulement à des tours et à des symboles de la puissance, mais à la possibilité d’en rendre compte par un récit. Il visait à désarticuler toute possibilité de récit crédible.

 

Les avions n’apportaient pas un message politique ou idéologique, ils mettaient en cause la capacité américaine, voire occidentale, à ériger et imposer un ordre narratif du monde. Une épiphanie à l’envers. L’attentat n’apportait pas la connaissance, mais l’ignorance. Il ne révélait pas un sens caché jusque-là, mais la dislocation de tout sens et de tout récit. Tout ce qui nous arrive depuis le 11 septembre, terroriste, catastrophes écologiques, crash financier, nous lance un même défi narratif.

 

Le 11 septembre était circonscrit dans le temps, dans l’espace et dans son ampleur. Cela s’est passé à New-York, cela a duré quelques heures et 3 000 personnes sont mortes. Le bilan de la pandémie est incommensurable : il réalise un 11 septembre tous les trois jours. La pandémie n’est pas circonscrite dans le temps et dans l’espace. Elle progresse partout en même temps. Elle n’a pas d’auteur identifié. Nous n’avons aucun Ben Laden sous la main pour nous soulager et lui imputer le crime. Nous pouvons bien nous déclarer en guerre, mais l’ennemi est invisible et le champ de bataille s’étend jusque dans nos chambres. C’est un événement sans auteur, sans raison, sans limite dans le temps et dans l’espace. Et qui nous attend au coin de la rue.

 

Le 11 septembre, on pouvait se déclarer Américains ou New-yorkais, mais on vivait la tragédie à distance en spectateurs, comme on vit les guerres et les catastrophes. Mais cette fois, la menace peut nous tomber dessus comme un drone. Nous voici mondialement confinés, acteurs et victimes, ensemble et séparés, dans cette situation dont Kafka avait eu l’intuition géniale lorsqu’il écrivit dans son journal : « L’histoire mondiale enfermée dans les chambres ».

 

Plutôt que l’homme aliéné, réifié par la consommation, nous avons affaire à un homme dépeuplé, non plus seulement isolé, plongé dans la solitude des villes modernes, mais désolé, un homme sans recours narratif, privé de récit. « L’une des principales caractéristiques des masses modernes, écrivait Arendt, c’est qu’elles ne croient plus à rien de visible, à la réalité de leur propre expérience ; elles ne font conscience ni à leurs yeux ni à leurs oreilles,»

 

Nous sommes ces masses hallucinées. Que l’on évoque l’ampleur des catastrophes écologiques, des accidents nucléaires ou des attentats terroristes, les hommes d’aujourd’hui sont sans défense, ni repères. L’Apocalypse, c’était encore un récit. Avec Tchernobyl s’ouvre l’ère des catastrophes sans récits. Stupeur. Incrédulité. Les témoignages recueillis par Svetlana Alexievitch auprès des témoins de la catastrophe ne parlent que de cela. L’impossibilité d’intégrer l’accident de la centrale dans une continuité narrative, dans un récit.

 

De même, ce qui s’est brisé à Manhattan le 11 septembre 2001, c’est l’effondrement d’une forme de crédibilité, d’autorité sur le récit. Jamais un événement d’une telle ampleur n’avait suscité autant de fausses informations, de rumeurs démenties, d’allégations fantaisistes… bref d’incrédulité. Peut-être faut-il simplement prendre la mesure de cette opacité, de cette illisibilité. Non pas seulement comme une insuffisance, une lacune, un manque d’informations ou un retard de l’information sur l’événement, mais comme le seul véritable événement.

 

Les paroles gelées de Pantagruel

 

L’épidémie n’est ni un révélateur ni un accusateur. Elle ne nous apprend rien. Elle ne révèle rien ni n’accuse personne. Le covid-19 est un virus incapacitant qui désoriente les sujets, et aggrave et exacerbe tous les maux de cette société, et affaiblit notre capacité à les nommer et à les analyser. Cette crise du langage et du récit que l’on pourrait appeler « crise de coronarration » se manifeste comme le virus sous des formes bénignes ou aiguës, parfois même asymptomatiques, c’est-à-dire silencieuse ou se traduit par des poussées de fièvre dans le langage.

 

Elle provoque des collisions d’oxymores ou crée des métaphores qui ont la forme de lapsus, des dénégations qui ne trompent personnes et des actes de langage qui échouent piteusement à la tribune des parlements. Des carrières prometteuses s’effondrent dans un krach de crédibilité, et tous les porteurs de paroles se révèlent des narrateurs peu fiables. Car l’épidémie ne s’attaque pas seulement aux narrateurs, elle s’en prend aux mots directement, elle les liquéfie sous la pression ou les fige comme les paroles gelées de Rabelais que la rigueur de la crise a transformés en glaçons, visibles mais inaudibles, des « dragées, perlées de diverses couleurs » qui recèlent des musiques invisibles, des significations congelées…

 

« Nous y vîmes des mots de gueule, écrit Rabelais, des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés, lesquels, quelque peu échauffés entre nos mains, fondaient comme neige… des paroles piquantes, des paroles sanglantes proférées par une gorge coupée, des paroles horribles et autres déplaisantes à voir. D’autres en dégelant rendaient des sons comme tambours, clairons ou trompettes. Nous entendîmes miaulements qui étaient comme langage humain. »

 

Martin Hirsch miaula, en tant que directeur général de l’AP-HP ; il ne pouvait rester à l’écart de cette mobilisation verbale. « Je prends une seconde pour un appel aux dictionnaires, aux linguistes, aux sémiologues. On a besoin pour qualifier ce qui se passe chez les soignants de nouveaux mots à homologuer en urgence du genre : extraordinaireté, formidablitude couragissime, etc. ». Pantagruel n’aurait pas dit mieux.

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