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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 06:00

 

S’il est un cours  à la Fac qui me gonflait c’était celui de Finances Publiques.

 

Dans ma vie privée je me suis toujours gardé de me sur-endetter afin de conserver ma liberté de choix.

 

Mon niveau d’analyse financière nage dans les eaux de la chanson de Jean Poiret : « Une vache à mille francs » c’est pour cette raison que j’ai bossé au Ministre de l’Agriculture.

Pour ne pas mourir idiot je lis Le Monde :

 

Le 18 mars 2021

Dette : le rapport Arthuis plaide pour une meilleure maîtrise de la dépense publique ICI 

 

Dans l’hypothèse la plus optimiste, sans mesure nouvelle et avec une croissance à 1,5%, la dette française gonflerait à 128 % du PIB en 2030.

 

Ils ont été nommés par le premier ministre, Jean Castex, début décembre et se sont réunis à six reprises à Bercy, et en visioconférence pour ceux vivant à l’étranger. Jeudi 18 mars, les dix membres de la commission pour l’avenir des finances publiques, présidée par l’ancien ministre de l’économie Jean Arthuis, devaient remettre à Matignon leur rapport sur la dette Covid-19, que Le Monde a pu consulter.

 

« Notre mission était d’éclairer la trajectoire des finances publiques au lendemain de la crise Covid et de proposer des modifications de la gouvernance budgétaire. Je tenais à un texte non partisan », explique M. Arthuis.

 

Le 20 mars au soir Jean-François Collin, qui connaît mon peu de goût pour les comptes publics, est venu à mon secours.

 

Je vous préviens c’est du lourd, 14 pages, Pax va me morigéner mais on attrape les mouches avec du miel.

 

 

Que faire de la dette publique ?

 

Nul ne sait comment évoluera la pandémie due au virus du covid 19 et si nous en sortirons bientôt. Cependant, dans beaucoup de pays, le nombre de personnes contaminées est en forte réduction et la part de la population ayant bénéficié d’un vaccin devient significative. L’espoir revient de sortir de la phase aiguë de cette crise, avec son cortège de restrictions d’activités, de loisirs et tout simplement de liberté. 

 

Déjà, à Bruxelles comme à Paris, des responsables pensent que le temps est venu de refermer la parenthèse du « quoi qu’il en coûte ». Le ministre des comptes publics, Olivier Dussopt s’est exprimé à plusieurs reprises dans ce sens. 

 

La commission de l’Union européenne a demandé au Comité budgétaire européen d’engager une réflexion sur l’évolution des règles budgétaires à l’issue de la pandémie. 

 

À Paris, une commission est installée, présidée par Jean Arthuis avec pour mission, selon le communiqué du gouvernement, de « proposer des scénarios de retour à l’équilibre des comptes, dans un objectif de stabilisation puis de réduction progressive de notre dette publique. Ces travaux intègreront notamment l’objectif de pérennisation des baisses de prélèvements obligatoires prévues au cours du quinquennat ».

 

Tout est dit en quelques mots. Les déficits publics sont une mauvaise chose imposée par les circonstances. Il faut y mettre fin au plus vite et parvenir à l’équilibre budgétaire. Mais il n’est pas question de revenir sur les avantages fiscaux accordés aux plus riches pour cela. Le rapport remis par cette commission le 18 mars 2021, respecte sans surprise le mandat qui lui a été donné.

 

Inutile d’avoir fait de longues études de finances publiques pour comprendre que si l’on n’augmente pas des recettes il faudra réduire les dépenses. Et contrairement à ce que l’on dit trop souvent à l’opinion publique, les sources potentielles d’économies importantes sur les dépenses publiques ne se trouvent pas dans les dépenses de fonctionnement de l’État, le nombre et la paye des fonctionnaires en particulier, car cette part de la dépense publique est restée remarquablement constante, rapportée au PIB, au cours des 30 dernières années. En revanche, ce sont les dépenses consacrées à la santé, aux retraites, à la formation et à l’emploi qui ont considérablement augmenté depuis les années soixante-dix. Pas étonnant donc qu’il soit à nouveau question de la réforme de l’indemnisation du chômage ou de celle des retraites.

 

Mais plutôt que de discuter des projets incessants de réforme de notre régime social, réfléchissons aux présupposés qui conduisent à présenter ces réformes comme des nécessités absolues et urgentes.

 

I – La dette publique toujours présente toujours contestée, toujours convoitée

 

1) L’endettement public est-il condamnable?

 

John Fitzgerald Kennedy déclarait à Yale en 1962, à l’occasion d’une remise de diplômes : « les dettes publiques et privées ne sont ni bonnes, ni mauvaises ». 

 

Ce point de vue pondéré et exprimé de façon ramassée est pourtant loin d’être partagé par tous.

 

La dette publique est souvent condamnée au motif qu’elle ferait supporter aux générations futures le poids de nos dépenses inconsidérées d’aujourd’hui. Nous serions des cigales ayant trouvé le moyen de ne pas affronter les conséquences de notre légèreté en nous contentant de laisser à nos descendants le soin de payer les factures, sans nous exposer à la vindicte de la fourmi. 

 

Cette fable, beaucoup moins bien écrite que celle de La Fontaine est aussi beaucoup moins exacte. En effet, comme dans « la cigale et la fourmi », c’est bien entre vivants que nous réglons nos comptes et pour l’essentiel entre vivants de la même génération.

 

Première observation, la durée de vie moyenne des encours de la dette publique en septembre 2020 était de 8 ans et 265 jours (contre 7 ans et 38 jours en 2015). Comme nous n’avons pas tous plus de quatre-vingt ans, ce sont bien ceux qui vivent et travaillent aujourd’hui qui rembourseront la dette d’aujourd’hui et nos petits enfants ne seront pas nécessairement appelés à le faire à notre place.

 

Par ailleurs, l’Etat ne s’endette pas auprès des générations futures, comme cela est dit trop souvent. Quand « l’Agence France Trésor » vend un titre de dette à dix ans en 2021, elle le vend à un acheteur d’aujourd’hui, l’Etat s’endette auprès des générations présentes. Si l’acheteur du bon du Trésor est vivant à l’échéance, en 2031, il touchera le remboursement du prêt qu’il a fait à l’Etat et s’il est mort, il aura transmis le bénéfice de ce remboursement à ses héritiers ou à celui qui aura racheté le titre de dette.

 

Pendant ce temps, l’Etat aura dépensé le montant de cet emprunt en prestations qui auront bénéficié à des vivants d’aujourd’hui et en investissements qui profiteront aux vivants d’aujourd’hui et de demain.

 

L’endettement de l’Etat s’accompagne donc d’un transfert de ressources au sein des générations présentes, entre ceux qui prêtent à l’Etat et ceux qui bénéficient de ses dépenses. A l’échéance des titres de dette publique, si l’Etat emprunte à nouveau pour rembourser – ce qu’il fait souvent et souvent et à juste raison-  un nouveau prêteur trouvera intérêt à acheter de la dette d’Etat et les contribuables ne seront pas appelés à financer la dette d’hier. En revanche, si l’Etat décide de réduire sa dette et n’a pas les moyens de faire les économies correspondantes, il devra augmenter la fiscalité, et dans ce cas une partie de la génération concernée bénéficiera du remboursement de la dette arrivée à échéance et tous les contribuables contribueront au remboursement de la dette passée. Mais encore une fois, comme l’Etat n’emprunte majoritairement pas sur des durées de cinquante ans ou plus, les contribuables d’aujourd’hui ont bénéficié de la dette d’un hier récent sous forme de dépenses d’éducation, de santé, d’infrastructures de toute nature.

 

C’est cette réalité des transferts de ressources au sein d’une génération et entre générations, en plus de la pérennité des Etats, qui rend parfaitement absurde la comparaison entre l’Etat et une entreprise et les tentatives d’établir un « bilan » de l’Etat comparable à celui d’une entreprise multinationale. Ces exercices, dûment certifiés par les Cours des comptes européennes n’ont aucun sens économique et ne sont qu’une entreprise de mystification idéologique. Ce ne serait pas très grave si cela ne servait pas à justifier des décisions complètement erronées en matière de politique économique et de gestion de l’Etat.

 

2 - Et L’Etat dans tout cela ?

 

Le second motif principal de condamnation de la dette publique est qu’en empruntant sur les marchés financiers pour financer ses dépenses, l’Etat évincerait les entreprises et leur interdirait de financer leurs investissements.

 

Ce point de vue est pourtant difficile à défendre au vu du niveau extrêmement bas des taux d’intérêts actuels qui traduit plutôt l’absence de concurrence entre les Etats et les acteurs privés sur les marchés financiers et un excès d’épargne mondiale par rapport à l’investissement. 

 

L’explosion de l’endettement des Etats consécutif à la crise dite des « subprime », à partir de 2007, s’est accompagnée d’une baisse considérable des taux d’intérêts réels. Il y a de quoi troubler les économistes.

 

De plus, la baisse des taux d’intérêt n’est pas conjoncturelle, elle dure depuis quarante ans. 

Plusieurs facteurs peuvent être invoqués pour l’expliquer : ralentissement de la croissance mondiale depuis la fin du vingtième siècle qui a conduit certains économistes à parler de « stagnation séculaire » ; faible volume d’investissements privés dans le monde depuis le début des années 2000, sauf en Chine ; augmentation des inégalités et mise en cause des régimes sociaux qui obligent les populations à augmenter leur épargne de précaution ; vieillissement de la population dans les économies développées qui s’accompagne d’une augmentation du taux d’épargne. Chacun de ces facteurs mériterait des développements détaillés qui ne trouveront pas leur place ici. Mais ce qui est certain, c’est que l’endettement public n’entraine pas « d’effet d’éviction du financement des investissements privés » pour le moment. 

 

La conception des rapports entre l’Etat et les marchés financiers a une histoire.

 

Jacques Rueff considérait les déficits publics comme « la gangrène du corps social » et voyait un « péché » dans l’intervention politique dans les monnaies, péché conduisant à la « satanique inflation ». Le recours au vocabulaire religieux par un l’économiste également inspecteur des finances, est symptomatique de la force de l’interdit qu’il prononçait contre le droit des Etats à contrôler la monnaie et derrière elle la finance. Il était un anti-Keynésien déterminé, contempteur des accords de Bretton Woods. Economiste libéral il fut membre du groupe X-Crise entre les deux guerres et il rejoindra la « Société du Mont-Pèlerin » dès 1948, aux côtés de F Hayek et de ses fidèles.

 

Malheureusement pour lui, au lendemain de la guerre, les idées libérales et ceux qui les portaient n’étaient pas très en bien vus. La classe dominante de l’entre-deux guerre était discréditée. En France, une nouvelle génération de hauts fonctionnaires s’est installée dans les ministères. Elle place l’Etat au-dessus du marché et crée le « circuit du Trésor » pour le financer. L’Etat se finance directement auprès du Trésor par la création de monnaie « à robinet ouvert » et les banques sont obligées de souscrire des titres du Trésor. Ce système permettra la reconstruction rapide de la France et une période de prospérité vers laquelle nous nous tournons avec nostalgie. 

 

Dans le même temps, le système de Bretton Woods, imaginé au sortir de la deuxième guerre mondiale, avait établi des parités fixes entre les monnaies et instauré un système de coopération internationale entre les Etats, sous contrôle américain, leur permettant de contrôler les capitaux, ce qui décourageait la spéculation et privait les financiers de marché. 

 

Mais les temps changent et en 1958, Jacques Rueff revient aux affaires dans les valises du Général De Gaulle, de Michel Debré et de Pinay. Le plan de stabilisation de 1959 est son œuvre. Il repose sur le retour à l’équilibre budgétaire, la dévaluation du franc et la création du nouveau franc, le rétablissement de la convertibilité du franc, en même temps que des autres monnaies européennes et l’ouverture des échanges commerciaux. Il s’agissait de mettre la France en état d’intégrer la communauté économique européenne après la signature du traité de Rome. Cette forte inflexion de la politique économique française montre au passage toutes les ambiguïtés de la politique Gaullienne, trop vite résumée en une affirmation de l’indépendance nationale et planification de l’économie. Le générale de Gaulle prolongera les programmes industriels engagés sous la IVème République en matière de défense, d’énergie, de politique spatiale et aéronautique, mais il aura aussi le souci de réduire l’inflation et de préparer l’économie française au marché commun.

 

Ensuite viendra l’éclatement du système de Bretton Woods : le 15 août 1971 : Richard Nixon déclare la non-convertibilité du dollar en or et nous fait entrer dans le nouveau monde des changes flottants et du grand marché des monnaies, pour le plus grand bonheur des « marchés financiers ». 

 

On voit donc que sur cette courte période de 1945 à nos jours, le rôle des Etats dans la création monétaire et la situation de la « finance » que F Hollande désignait comme son ennemie avant de se raviser, a beaucoup évolué.

 

3) Plus les dirigeants veulent réduire la dette, plus elle augmente

 

Avec la contre-révolution libérale initiée dans les années quatre-vingt par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, s’est ouverte une période de hausse continue et vertigineuse de l’endettement public, ce qui peut paraître paradoxal car ces nouveaux responsables politiques et les partis qui les soutenaient avaient fait de la réduction de la place de l’Etat dans l’économie leur l’objectif principal. 

Durant les deux mandats de Ronald Reagan, la dette publique des États-Unis est passée de 988 milliards de dollars le 30 septembre 1980 à 2 602 milliards de dollars le 30 septembre 1988, soit un quasiment le triplement. Cette tendance s’est prolongée après lui puisque la dette publique américaine a atteint 132% du PIB fin 2020 selon le FMI. Rappelons qu’elle n’était « que » de 119% en 1945, après une période singulièrement plus difficile que celle que nous avons traversée depuis 1945. 

 

Margaret Thatcher réussit, elle, à réduire la dette publique au prix d’un chômage de masse et de l’explosion de la pauvreté au Royaume-Uni, mais au Japon, la dette publique atteint 250% du PIB. 

 

En Europe, le traité de Maastricht, signé le 7 février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993, devait assurer la convergence des économies européennes grâce à la liberté de circulation des capitaux, des parités monétaires irréversibles, des déficits budgétaires faibles et limités à 3% du PIB et l’indépendance de la banque centrale européenne, la BCE.

 

En réalité, alors que les économies européennes convergeaient avant la création de l’euro, elles divergent depuis qu’il existe. Le revenu par habitant était le même en Allemagne, France et Italie au début des années quatre-vingt-dix. Aujourd’hui, le revenu par habitant d’un français est inférieur de 15% à celui d’un Allemand et la différence est de 30% pour un Italien. 

Pour préparer son entrée dans l’euro, la France s’est accrochée désespérément au Deutsch Mark, de 1992 à 1997, au nom du « sérieux économique ». Ce faisant, elle s’est enfoncée dans la récession, avec une monnaie surévaluée et la dette française est passée de 40% à 62% du PIB en cinq ans. 

 

Comme cela ne suffisait pas, après la crise des « subprime » de 2008 - 2012, l’Allemagne a imposé au reste de la zone euro, en même temps qu’un contrôle renforcé sur les politiques budgétaires des Etats par la Commission européenne, sa « règle d’or » : l’inscription dans les constitutions nationales de l’interdiction de voter des budgets en déficit sauf circonstances exceptionnelles et l’interdiction d’un déficit structurel supérieur à 0,5% du PIB. 

 

Une bonne partie des économistes considère aujourd’hui que la priorité donnée à la réduction des déficits budgétaires après l’effondrement des économies européennes entre 2008 et 2012 a empêché l’Union européenne de retrouver le chemin de la croissance, à l’exception de l’Allemagne qui a compensé la faiblesse de sa demande interne par des excédents commerciaux et de sa balance des paiements « excessifs », mais non sanctionnés par le système européen. 

 

Nous pouvons mesurer chaque jour l’inefficacité de cette tentative de corseter la réalité des divergences de situations économiques dans un carcan idéologique et juridique. Notons que les représentants français, fonctionnaires et politiques, non seulement n’ont rien fait pour s’opposer à tout cela mais en furent des zélateurs, depuis Jacques Delors, Président de la Commission européenne, jusqu’à Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières. Mais leur foi n’a pas suffi à déplacer les montagnes. Les dettes ont continué à augmenter dans les pays du sud de l’Europe et les excédents à s’accumuler en Allemagne. 

 

Du coup, alors que les accords de Maastricht puis le traité de Lisbonne interdisaient le financement monétaire de la dette publique, la BCE a contourné les traités, au grand soulagement des gouvernements de toute l’UE, pour monétiser cette dette en rachetant massivement des titres publics sur le marché secondaire, en créant une quantité correspondante de monnaie, afin d’éviter l’effondrement des économies européennes, Allemagne comprise. « La BCE a ainsi racheté 54 % des titres de dettes émis en 2020 et elle détient désormais plus de 25 % du stock de dette publique française. En ajoutant l’action des banques centrales étrangères (24 % de l’achat des titres émis en 2020), 78 % des montants de dette émise par la France en 2020 ont été rachetées par des banques centrales. » (Rapport commission J Arthuis).

 

Il faudra tout de même expliquer un jour pourquoi la réalité se rebelle à ce point contre les politiques mises en œuvre depuis le début des années quatre-vingt. 

 

L’euro a créé à la fois la maladie et le remède. Il a contribué à mettre en difficulté une majorité des pays qui en ont fait leur monnaie, mais qui n’ont pas pu s’adapter à la concurrence interne à la zone euro car il aurait fallu pour cela mettre complétement à genoux leur propre peuple pour démanteler complètement le système social. Et en même temps, l’Eurosystème a permis aux Etats de s’endetter à moindre coût et de ne pas subir, tout de suite, une crise de la dette en plus d’une crise économique.



 

 

 

4) Pourquoi s’inquiéter de la dette publique et pas de la dette privée

 

L’endettement privé est élevé et supérieur à l’endettement public, sans que personne ne s’en émeuve. 

 

Au troisième trimestre 2020, l’endettement privé en France représentait 152,8 %du PIB selon la Banque de France (contre 112,5% du PIB en 2010). En 2019, la dette des ménages a augmenté trois fois plus rapidement que leurs revenus pour atteindre 1 170 Mds d’euros. Aux Etats-Unis la dette des ménages est un peu supérieure à 14 000 milliards de dollars. La dette des agents non financiers privés représente, fin 2020, 167% du PIB au Japon, 160% du PIB au Etats-Unis, 152% en France, 150% au royaume Uni, etc.

 

Cette augmentation de l’endettement privé, en Europe, a été rendue possible en partie grâce au soutien de l’Etat, réclamé par tous notamment face aux pertes engendrées par la crise sanitaire. Il s’explique aussi par la politique monétaire de la BCE sur laquelle nous reviendrons. 

 

Mais la dette privée n’est pas sans risques. La crise économique espagnole de 2008 – 2015 fut d’abord une crise de la dette privée, provoquée par l’incapacité des ménages à rembourser leurs crédits immobiliers garantis par des actifs surévalués, qui a entraîné la faillite des banques créditrices puis celle de l’Etat. 

 

Pourtant aucune commission n’a été chargée par le gouvernement de réfléchir aux moyens de réduire la dette des entreprises et des ménages. 

 

La dette serait-elle comme le cholestérol, la dette privée serait la bonne, la dette publique la mauvaise ? L’histoire nous enseigne qu’il n’en est rien.

 

II – Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

 

1) La dette publique augmente mais la charge de la dette diminue et diminuera encore

 

A- La charge de la dette diminue grâce à la baisse des taux d’intérêts

 

L’augmentation de la dette publique est un phénomène mondial. La dette publique mondiale accumulée en 2020, rapportée au PIB mondial, a dépassé le plus haut point atteint pendant la seconde guerre mondiale selon le FMI. 

 

Pourtant, la charge de la dette diminue ; comment un tel miracle est-il possible ?

 

Lorsqu’un État emprunte pour 10 ans 100 € portant 5% d’intérêt par an, son coût pour les finances publiques sera de 5 € par an pendant 9 ans et de 105 € la 10e année, l’année du remboursement au prêteur, soit au total 150 €. 

 

Mais si l’État emprunte à nouveau 100€ à l’échéance du prêt précédent pour le rembourser, le coût supporté par les finances publiques pendant 10 ans n’aura été que de 50 € (la charge des intérêts) et si les taux d’intérêt ont diminué de moitié au cours des 10 années précédentes, la charge de la dette au cours des 10 années qui suivent diminuera dans les mêmes proportions. C’est exactement ce qui se passe en France depuis quelques années et qui se poursuivra en raison de la poursuite de la baisse du taux apparent (c’est à dire du taux moyen de l’ensemble des prêts en cours) de la dette française. Le taux moyen de la dette française baisse parce que la dette contractée par l’Etat pour financer le déficit budgétaire et rembourser la dette venue à échéance porte un intérêt inférieur à la dette qu’il rembourse.


C’est ainsi que la dette publique de la France est passée de 40 % du PIB en 1991 à 120 % en 2020. Dans le même temps, la charge d’intérêts sur la dette publique en France rapportée au PIB est passée de 2,5 % en 1990 (3,5 % en 1996) à 1,5 % en 2020, et même à 1 % si l’on sort du total de la dette française la part détenue par « l’euro-système » (BCE et Banque de France). C’est le résultat de la baisse continue des taux d’intérêts pendant cette période et de la croissance du PIB.

 

Les faibles taux d’intérêts nominaux accordés aux prêteurs ne sont pas un phénomène conjoncturel, la baisse est continue depuis 40 ans. Les taux d’intérêts portés par les emprunts publics sont maintenant négatifs jusqu’à des maturités de 20 ans. Le taux apparent de la dette publique française, c’est-à-dire celui qui prend en compte tous les emprunts passés et leur date de maturité, est passé de près de 7 % en 1996 à un peu plus de 1 % en 2021 et le taux des nouvelles émissions est négatif. 

 

En d’autres termes, la charge de la dette, va continuer à diminuer dans les prochaines années à mesure que l’état remboursera des emprunts souscrits lorsque les taux d’intérêt étaient plus élevés.

 

B- Elle diminue aussi grâce à la politique de la BCE et des banques centrales

 

L’intervention massive de la Banque Centrale Européenne et des banques centrales des Etats de l’union européenne pour racheter des titres de public a beaucoup allégé la charge de la dette publique. 

 

L’Union européenne a interdit le financement monétaire des déficits publics (cf. supra) et obligé les Etats membres à financer la totalité de leur dette sur le marché financier. L’Agence France Trésor vend chaque mois ses titres à 15 « Spécialistes en Valeur du Trésor » (SVT). Il s’agit notamment de BNP Paribas, du Crédit Agricole, de Natixis, de la Société Générale, de Goldman Sachs, de City Group, de JP Morgan ou UBS. 

 

En 2020, à peine ces « spécialistes » avaient-ils acheté les bons du Trésor que la Banque Centrale les leur a rachetés, non sans payer au passage une commission aux banques en questions. En période plus « normale », les SVT revendent ces valeurs du Trésor à leurs propres clients (d’autres banques et intermédiaires financiers) qui les revendront à leur tour sur le marché secondaire. A chaque étape, les intermédiaires se font rémunérer. 

 

L’interdiction du financement monétaire direct de la dette publique dans la situation actuelle n’a aucun sens. Elle renchérit le coût global du financement public, pour le plus grand profit des acteurs du marché financier mais sans bénéfice pour les autres acteurs économiques.

 

Une fois détenus par les banques centrales, les titres de dette publique ne coûtent plus rien aux Etats jusqu’à leur éventuel remboursement. Les intérêts payés par l’Etat à la banque centrale reviennent dans les caisses publiques sous forme de dividendes et d’impôt sur les bénéfices des sociétés payés par les banques centrales dont le capital est détenu à 100% par les Etats.

 

L’Eurosystème a racheté, en 2020, 70% de la dette publique émise par les pays de la zone euro.

 

La BCE est devenue l’acteur principale du système européen, la Commission européenne, le Conseil et le Parlement européens ne jouant qu’un rôle de figuration. Est-ce la réalisation de la prophétie de Jacques Rueff (encore lui) qui disait « l’Europe se fera par la monnaie » ? Ou bien le signe d’une crise institutionnelle européenne dont les conséquences apparaîtront plus nettement bientôt ?

 

Le plan de relance européen adopté à grand peine en juillet 2020 par le Conseil européen et qui n’est toujours pas mis en œuvre, fait bien pâle figure à côté du rachat de 1 000 milliards d’euros de dette des Etats de la zone euro en quelques mois, auxquels il faut ajouter un plan d’urgence au début de la pandémie, en mars 2020, de 750 milliards d’euros de prêts aux banques de la zone. Pourquoi dans ces conditions perdre son temps avec la bureaucratie européenne pour obtenir une part des 390 milliards de subvention répartis entre les 27 Etats membres et emprunter auprès de la Commission européenne à des taux plus élevés que ceux qu’obtiennent le Trésor français ou allemand sur les marchés? Il faudra être mal avisé pour le faire.

 

L’autonomie de la Banque centrale européenne a été si bien garantie que c’est elle qui exerce l’essentiel du pouvoir effectif au sein de l’UE, les instances politiques animant un théâtre d’ombres   dans lequel on fait semblant de décider.

 

A propos du plan de relance européen, le rapport de la commission Arthuis donne l’information suivante :

 

« Afin de financer cette dette (NB : il s’agit de la dette contractée par la Commission pour financer le plan de relance), deux scénarios, qui pourraient être combinés, sont envisagés :

 

Scénario 1 : recettes fiscales européennes nouvelles – La Commission européenne doit faire des propositions sur le sujet d’ici juin 2021 (par exemple taxe numérique, taxe carbone aux frontières ou marché des quotas (SCEQUE)).

 

Scénario 2 : contributions _ classiques _ des États Membres au budget de l’Union européenne. Dans le scénario 2, l’impact financier net pour la France serait d’environ 26 Md€. En effet, compte tenu de la grille de contribution financière, la France paierait environ 17 % des subventions du plan de relance européen (environ 66 Md€) tandis qu’elle recevrait environ 40 Md€ du plan de relance européen. »

 

Jean Arthuis confirme ainsi ce que nous avions écrit dès le mois de juillet. Ce n’est pas l’UE qui va financer la relance en France mais l’inverse. Cette grande victoire française est une victoire pour le compte du roi de Prusse.

 

2) Que faut-il faire ?

 

Puisque nous avons écrit que la dette n’était ni bonne ni mauvaise, constaté que la charge de la dette diminuait et restait supportable pour les finances publiques, que la BCE assurait l’urgence et allégeait la charge supportée par les Etats, peut-on conclure que tout va bien et que la question de la dette n’en est pas une ?

 

A) La dette est-elle soutenable ?

 

Même si jusque-là ça va, chacun est bien conscient que la dette, publique et privée, ne peut pas augmenter indéfiniment. Nous avons connu au cours de notre histoire d’autres moments de fort endettement ; les solutions ayant permis de le réduire ont été à chaque fois différentes. La banqueroute a rarement été utilisée, sauf celle fameuse du Directoire en 1797. La croissance et l’inflation ont souvent permis de réduire la dette.

 

Personne n’est capable de dire quel est le niveau de dette soutenable par un Etat. 

 

Le Japon vit depuis des années avec un niveau de dette qui nous paraît inimaginable.

 

La barre des 60% de dette sur PIB avait été fixée comme infranchissable par le traité de Maastricht. Le taux moyen de dette publique rapportée au PIB dans la zone euro est supérieur à 100% et la zone euro vit avec.

 

Mais la dette coûte cher, même si la charge de la dette a diminué au cours des dernières années comme nous l’avons vu. Le cumul des intérêts payés aux détenteurs de titres du Trésor de 1973 à 2019 atteint 1 500 milliards d’euros, que l’on peut rapprocher d’une dette cumulée de 2 400 milliards d’euros en 2019. Le maintien du « circuit de financement Trésor » de la dette publique, tel qu’il existait jusqu’à la fin des années soixante-dix, nous aurait-il permis de n’avoir aujourd’hui qu’une dette de 900 Mds d’euros et d’économiser 1 500 milliards? La question mérite d’être posée, même si le circuit Trésor comportait aussi des inconvénients et avait d’autres effets sur l’économie.

 

En 2012, l’Etat a payé 56,1 M€ d’intérêts à ses créanciers et ce n’est que parce que les taux d’intérêts ont baissé depuis que la charge de la dette est restée soutenable.

 

La possibilité offerte aux Etats d’emprunter à taux négatifs ne durera peut-être pas aussi longtemps que les contributions. C’est une situation anormale qui témoigne d’un déséquilibre entre l’épargne et l’investissement résultant d’une faible croissance mondiale. Ce déséquilibre devra se résorber un jour soit par une reprise de la croissance, soit par un ajustement de la valeur des actifs détenus par les épargnants. Si les Etats-Unis s’engagent dans une politique conduisant à une remontée progressive des prix et des salaires, en même temps que celle des taux d’intérêts, la charge de la dette pourrait bien alors, avec un décalage résultant de la maturité de la dette, reprendre un chemin ascendant.

 

Il n’est pas complètement rassurant de constater que la dette publique a atteint des niveaux qui dépassent ceux de la seconde guerre mondiale, alors que nous ne vivons rien de comparable.

 

Le financement massif de la dette publique par les banques centrales injecte des quantités de liquidités dans l’économie qui ne s’orientent pas vers les secteurs productifs, faute d’opportunités. De ce fait, elles contribuent à l’inflation de la valeur des actifs financiers - les bourses se portent bien même quand tout le monde est confiné- et à la création d’une bulle immobilière. Le niveau des transactions immobilières atteint des sommets en pleine pandémie et la croissance des prix du mètre carré dans les agglomérations urbaines est plus vive que jamais, interdisant aux jeunes et aux pauvres de se loger et les renvoyant toujours plus loin vers la périphérie des villes. Il est infiniment plus rentable d’investir son argent dans l’immobilier à Paris que dans une entreprise.

 

La situation actuelle est donc tout sauf idéale

 

B) Il faudra vivre avec une dette publique élevée pendant longtemps

 

« Ce n’est pas comme si on pouvait la rembourser » fut la réponse concise et pleine de bon sens que me fit un de mes fils que j’interrogeais sur ce qu’on pouvait faire de notre dette publique.

 

En effet, nous ne sommes pas près de pouvoir la rembourser sans aggraver une situation économique déjà déprimée. Même la commission Arthuis considère qu’il n’est pas possible de réduire la dette avant 2025 sans faire disparaître les espoirs de reprise économique. Alors ne faisons pas semblant de croire que cela est possible.

 

A court terme, on peut espérer que les restrictions liées au Covid toucheront à leur fin et que le rebond d’activités qui suivra permettra à la fois d’emprunter un peu plus et de réduire le ratio dette / PIB, tout en bénéficiant de la poursuite de la baisse du taux apparent de la dette, donc de la charge de la dette. Il n’y a donc pas de risque d’insoutenabilité de la dette à court terme.

 

Cela ne signifie pas que la dette n’est pas un problème. Bien sûr l’utilité des dépenses publiques doit être évaluée en permanence, mais il faut regarder toutes les dépenses, pas simplement celles dont bénéficient les plus démunis. Ce qui nous distingue du reste de l’Europe selon la commission Arthuis, c’est l’importance des dépenses consacrées à la protection sociale (invalidité, vieillesse, chômage, logement, famille) supérieures de près de 5% à la moyenne européenne, puis les dépenses de soutien à l’économie et les dépenses de santé. Un examen scrupuleux de  ces dépenses et de leur efficacité est nécessaire avant de les réduire ou d’en réduire d’autres. Et en tout état de cause, il existe un consensus pour dire que dans l’immédiat, il y a d’autres urgences que de tailler dans ces budgets.

 

C) Des investissements sont nécessaires

 

La crise a révélé combien le credo libre-échangiste de l’Europe l’avait affaiblie sur le plan de la recherche, de la santé, aussi bien que de ses capacités industrielles et agricoles. Que l’Union européenne soit incapable de produire un vaccin contre le Covid, alors que le Royaume Uni, objet de tous nos quolibets sur l’impasse dans laquelle il se serait placé en quittant l’UE, la Russie dont le PIB en dollars est inférieur à celui de la France, et d’autres pays moins avancés en ont produit un ou plusieurs, signe notre échec collectif. Que nous en soyons encore à acheter hors d’Europe non seulement les vaccins mais les masques et le matériel sanitaire, un an après le début de la crise devrait être un électrochoc. 

 

La seule solution dont dispose l’UE, c’est le confinement, comme au Moyen-âge!

 

Ce qui vaut pour l’UE, vaut pour la France.

 

Il est plus que temps de se ressaisir.

 

L’Europe doit cesser de faire des plans de relance pour le bénéfice de l’industrie chinoise. Il faut passer des déclarations d’intentions aux actes. Le projet de taxation du carbone aux frontières en cours de discussion est beaucoup trop faible et complexe pour être efficace. L’Europe doit mettre en place des mécanismes simples et efficaces de protection de son marché comme le font les USA ou les pays asiatique. Elle ne le fera que si elle affirme en même temps une politique déterminée de relocalisation de la production en Europe et met fin à sa course à la signature d’accords de libre-échange qui ne profitent qu’à nos partenaires et concurrents.

 

Quant à la France il est temps qu’elle se demande où sont ses intérêts nationaux, si ces mots ont encore un sens dans notre République et qu’elle les défende. Il faut cesser de croire que la multiplication des start-ups développant des applications plus ou moins utiles et rachetés par les GAFA lorsqu’elles sont susceptibles de rapporter de l’argent, constitue un modèle de développement économique.

 

Ne nous laissons pas aveugler par les Etats-Unis. La capitalisation boursière de la bande des six (Apple, Google, Amazon, FB, Microsoft et Tesla) est supérieur à 50% de la capitalisation du Nasdaq (principal indice boursier américain) et représente plus de 30% du SP5OO (les 500 plus grosses sociétés américaines). L’inflation de la valeur boursière de ces entreprises résulte en grande partie de la spéculation alimentée par les flots d’argent déversés par la banque centrale américaine, la FED et par la BCE. Cette survalorisation de ces quelques entreprises inquiète aux USA mêmes. Elle témoigne à sa façon du faux-semblant de la croissance américaine. 

 

Enfin, si l’on compare les 390 milliards d’euros de subventions du plan de relance européen répartis entre les 27 Etats de l’UE dans les trois ans qui viennent au plan de relance américain de 1 700 milliards de dollars que J. Biden vient de faire adopter, on mesure à quel point les moyens mis en œuvre en Europe ne sont pas à la hauteur des enjeux.

 

D) Pas de solution sans croissance économique

 

Le seul intérêt du ratio dette / PIB, c’est qu’il met en rapport la dette et une image approximative de ce qui peut servir de base d’imposition pour la rembourser. Ce ratio peut diminuer en réduisant le numérateur, donc en remboursant la dette, mais aussi en augmentant le dénominateur, le PIB. 

 

L’exemple grec, après d’autres, a montré qu’en cherchant d’abord à réduire la dette quitte à étrangler l’économie du pays, on aggravait l’importance relative de la dette comparée au PIB, tout en interdisant au pays de trouver dans la croissance économique les ressources lui permettant de se dégager progressivement de la contrainte. C’est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

 

La croissance économique est étouffée par la pression exercée sur le pouvoir d’achat des ménages. La classe moyenne a été écrasée depuis 30 ans, en France et en Europe, sa situation s’est dégradée. Il faut inverser la tendance en organisant une augmentation de son pouvoir d’achat au long de la prochaine décennie, d’abord par une augmentation des salaires qui ne sera possible qu’en protégeant un peu le marché européen.

 

Les pays européens doivent donc sérieusement se mettre d’accord sur un objectif de croissance, sur le contenu de cette croissance, aujourd’hui euphémisé par les mots croissance verte, transition écologique, sobriété heureuse. Ils doivent aussi définir les moyens permettant de réaliser ces objectifs.



 

E) Pas de solution sans correction des inégalités

 

Des efforts ne peuvent être demandés aux populations qu’à deux conditions :

 

  • la contribution demandée doit être équitable, elle doit être proportionnellement plus élevée pour ceux qui ont des revenus et un patrimoine élevés que pour ceux qui n’ont rien ou peu. Cela peut paraître trivial, mais la politique fiscale française fait exactement l’inverse. La principale ressource fiscale du budget de l’Etat, la TVA est un impôt qui frappe proportionnellement plus les bas revenus que les hauts revenus. La CSG et la CRDS sont rigoureusement proportionnelles aux revenus et n’en modifient pas les écarts. La fraude et l’évasion fiscale sont massives chez les riches et les entreprises. Une remise à plat de la fiscalité assurant plus de justice est nécessaire et si elle est plus juste elle assurera de meilleures ressources fiscales. Il n’y a pas de ressources infinies dans les poches des Français, mêmes riches, mais une élévation modérée de la pression fiscale sur les couches aisées est possible si elle est justifiée moralement et employée au financement de la croissance. La commission Arthuis écarte la piste de l’augmentation des prélèvements obligatoires, comme le lui avait suggéré le gouvernement en l’installant. Mais cela n’est pas recevable. Nous traversons une situation sans précédents ; des moyens sans précédents doivent être mobilisés. Le rétablissement de l’ISF sur la fortune mobilière est justifié. Il ne réglera pas le problème de la dette, mais tout de même, les détenteurs de valeurs mobilières profitent autant que les propriétaires immobiliers de la flambée des actifs. La suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières avait privé l’Etat de 3 milliards de ressources ; son rétablissement pourrait lui rapporter un peu plus tant le patrimoine des riches a augmenté. B Lemaire veut faire l’inverse et exonérer les transmissions de patrimoine après les avoir détaxés une première fois. Il serait également justifié de supprimer le prélèvement forfaitaire unique de 30% sur l’ensemble des revenus et plus-values des valeurs mobilières. Le Conseil d’analyse économique placé auprès du Premier ministre estime que 70% de l’épargne supplémentaire engrangée pendant la crise du Covid a été faite par 20% des ménages les plus riches. Serait-il anormal, dans une situation exceptionnelle comme celle que nous traversons, d’instaurer une taxe exceptionnelle sur certains produits d’épargne préférés des ménages les plus aisés, comme l’assurance-vie ?

 

  • il faut que la population voie concrètement le résultat des efforts demandés en termes d’investissements, d’emplois et de revenu, or nous avons une classe dirigeante championne du monde des délocalisations et de l’expatriation des revenus et des profits, comme l’attestait encore une récente enquête sur les patrimoines détenus au Luxembourg. Ces comportements doivent cesser en utilisant aussi bien la pression morale que le contrôle et les sanctions. Le maintien de l’activité en France et la relocalisation des activités de production doivent être une priorité de l’action publique. Nous pouvons mesurer chaque jour la fragilité d’un modèle économique fondé sur le tourisme et les services qui fait de la France un pays de seconde catégorie.





F) Un grand emprunt pour financer les investissements nécessaires

 

Des investissements très importants sont nécessaires pour financer la transformation de l’économie, la construction de moyens de production moins émetteurs de CO2 et l’adaptation du pays au changement climatique déjà en cours.

 

  • l’enseignement et la recherche dans le sciences fondamentales et appliquées dans les secteurs où nous décrochons : mathématiques (affaiblissement du niveau moyen constaté année après année), physique, chimie, biologie ;

 

  • la santé pour une remise à niveau des équipements et des salaires dont le « Ségur de la santé » ne représente qu’un premier petit pas.

 

  • La réindustrialisation du pays et les investissements nécessaires à ce qui est désigné comme « transition écologique »

 

La souscription à ces emprunts pourrait être obligatoire pour les détenteurs d’un patrimoine et de revenus d’une certaine importance, ce qui serait une façon de les appeler à contribuer au redressement national.

 

Cet emprunt serait géré par une caisse d’amortissement spécifique et un organisme de gestion propre permettant d’en suivre l’emploi et les résultats.

 

G) Rembourser ou pas la dette publique détenue par les banques centrales ?

 

Il s’agit d’une décision qui ne pourrait pas être prise par la France seule et seulement pour elle.  Un accord européen serait nécessaire et il est inutile d’entretenir des illusions, comme cela a été fait trop de fois : un accord européen sur une annulation partielle ou totale de la dette souveraine détenue par la BCE est inatteignable sauf si survenait une crise financière majeure et le défaut d’un ou plusieurs grands Etats membres de l’Union européenne. 

 

La France fait partie des Etats très endettés de l’UE, avec d’autres comme l’Italie ou l’Espagne, mais ses intérêts sont antagoniques à ceux de l’Allemagne, des Pays-Bas ou d’autres pays du Nord.

 

A supposer qu’un accord puisse être obtenu, il ne le serait qu’au prix de concessions qui pourraient rendre le système monétaire européen encore plus défavorable qu’il ne l’est aujourd’hui à nos intérêts. 

 

Plutôt que demander une annulation de dette inatteignable et qui pourrait être payée chère par la France, peut-être serait-il plus intéressant de négocier la possibilité d’un financement monétaire partiel et directement par les banques centrales de la dette souveraine des Etats de l’UE, de façon à retirer aux marchés financiers une partie de leur pouvoir. Après tout, si les politiques veulent reprendre le pouvoir en Europe, comme ils disent depuis la crise sanitaire, ce serait le meilleur moyen d’y parvenir et de limiter la puissance de la BCE.

 

Enfin, les règles budgétaires de l’UE sont caduques. Même le rapport Arthuis en convient : « Un aménagement de certaines règles apparaît inéluctable, notamment les règles de désendettement (nécessité de réduire de 1/20ème par an l’écart entre le niveau de dette et la cible de 60 %, qui paraissent inadaptées car hors de portée. En France, cette règle supposerait désormais de baisser la dette de 3 points de PIB chaque année pendant 20 ans à partir du rétablissement des règles européennes. » Difficile d’y parvenir sans crise sociale majeure en effet.

 

Il faudra donc que l’UE abandonne cette règle, ainsi que celle des 3% de déficit annuel, pour accepter enfin des objectifs différents par pays, prenant en compte les réalités de leurs économies et de leurs trajectoires de croissance et de finances publiques.

 

*

***

 

Nul doute que le dossier de la dette fasse partie des enjeux des prochaines élections générales en France. Il ne doit pas être confisqué par les spécialistes ni par le pouvoir et la commission Arthuis qui propose des mesures visant exclusivement à stabiliser et réduire la dette, sans toucher à la fiscalité. Le mandat donné à cette commission ne lui laisse pas d’autre choix que de proposer des mesures de réduction des dépenses publiques. Elles ne sont pas toutes à exclure, mais elles ne constituent qu’une petite partie du sujet et n’aborder la question de la dette publique que sous cet angle est l’assurance de combiner les « réformes » de l’Etat social, c’est-à-dire son démantèlement sans cesse remis sur le métier et l’échec de la réduction de la dette.



 

JF Collin

 

19 mars 2021

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 06:00

 

 

 

« La Corrèze avant le Zambèze ». Raymond Cartier n'avait pas employé cette formule-là, mais elle lui fut vite attribuée par la droite antigaulliste qui, encore sous le choc de l'abandon de l'Algérie, jubilait.

 

 

La France, à cette époque, se cramponnait à son empire. Ravalée au rang de puissance moyenne par la seconde guerre mondiale, elle se croyait forte de ses colonies, d'où était partie en 1940 la reconquête du territoire national. Longtemps indifférents à la colonisation, les Français se découvrirent ainsi colonialistes sur le tard, à l'heure, précisément, où le colonialisme était condamné. Parmi les gens de plume et de savoir qui tentèrent d'éclairer leur lanterne, une voix compta plus que d'autres car elle parlait à la France profonde. Celle de Raymond Cartier, journaliste-vedette à Paris-Match, mort d'un cancer en 1975, le seul journaliste à avoir donné son nom à une doctrine, le « cartiérisme».

 

 

A Match, dont le tirage atteignait ces années-là 1,7 million d'exemplaires, Raymond Cartier exerçait un magistère comme peu de journalistes à l'époque.

 

Le « cartiérisme » est l'histoire d'un reniement. Abjurant ses convictions colonialistes, Raymond Cartier avait préconisé dès 1956 le « lâchage » par la France de ses possessions d'Afrique noire. Et s'il ne figure pas aujourd'hui au panthéon des anticolonialistes éclairés, c'est que ses arguments sentent encore le soufre. La France, prétendait-il, doit se défaire de ses colonies non pour répondre à l'aspiration légitime des colonisés, mais parce qu'elles coûtent trop cher. Comme coûtent trop cher, ajouta-t-il en 1964, les faveurs que la France octroie au tiers-monde.

ICI 

 

La Corrèze et le Zambèze - Denis Tillinac - Babelio

 

La Corrèze d’Henri Queuille, de Bernadette et Jacques Chirac maire de Paris, de François Hollande…

 

 

C'était un complexe qu'elle détenait depuis 1920. Mais la Ville de Paris a décidé de passer à autre chose, nous raconte Le Parisien, lundi 15 mars. Ainsi, pour financer d'autres projets en particulier des logements sociaux, la Ville a décidé de sacrifier plusieurs hectares de son patrimoine, estimés à plus de 8 millions de mètres carrés selon nos confrères. Car sur les 19.000 biens dont elle dispose, plus de 500 sont situés hors de Paris, et selon le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, "les politiques publiques évoluent". Ainsi selon lui, les investissements d'après-guerre ne "sont plus d'actualité".

 

 

Raison pour laquelle Paris vient de vendre la Chartreuse Notre-Dame-du-Glandier (Corrèze), un ensemble de 44 bâtiments situés sur 17 hectares et sur deux communes (Beyssac et Orgnac-sur-Vézère). Le domaine a été cédé pour la somme de 2,8 millions d'euros à des courtiers en vin bordelais. Un projet social pour la mairie de Paris, mais également financier, car outre les 250 emplois que le site générait, ce sont surtout les frais d'entretien et de gardiennage (850.000 euros par an) qui ont poussé Paris à prendre cette décision.

La suite ICI

 

La Chartreuse du Glandier à Beyssac est en vente

Paris vend Notre-Dame du Glandier, son monastère en Corrèze, pour 3 millions d’euros

 

Propriétaire de la chartreuse depuis un siècle, la Ville passe la main à un investisseur bordelais. D’autres cessions suivront afin d’améliorer les finances de la capitale.

Par Denis Cosnard

Publié le 02 mars

 

C’est un lieu hors du commun. Un immense monastère à l’abandon, niché en Corrèze, au creux d’une vallée. Un cloître désert, une église vide, une salle du chapitre, d’interminables couloirs dont la peinture s’écaille, une infirmerie, des maisonnettes, des cours, des jardins où prospèrent les herbes folles, l’ensemble ceint d’un mur ocre. Pas moins de 44 bâtiments au total, entourés de 17 hectares de bois de chênes et de châtaigniers ainsi que de prairies. Il y a même une station d’épuration et un ancien élevage de lapins.

 

Un siècle après avoir mis la main sur l’imposante chartreuse Notre-Dame du Glandier, aux confins des communes de Beyssac et d’Orgnac-sur-Vézère, la Ville de Paris s’apprête à vendre cet ensemble immobilier d’exception à un investisseur bordelais pour 3 millions d’euros, frais d’intermédiaire inclus. L’opération doit recevoir le feu vert du Conseil de Paris, qui se réunit à partir de mardi 9 mars. Un parfait exemple de la politique menée par la Mairie pour se défaire de certains bijoux de famille dont elle n’a plus l’usage, alors qu’elle traverse des difficultés budgétaires.

 

La chartreuse du Glandier avait été mise en vente en octobre 2020 sur le site du courtier Agorastore, à 750 000 euros. Cinq candidats ont remis des offres, échelonnées entre le prix plancher et 3 millions d’euros. La plus élevée a été retenue par la Ville de Paris, en accord avec le département de Corrèze. Elle émane de Descas, un négociant en vins de Bordeaux. La famille Merlaut, une des grandes fortunes du négoce bordelais, qui en est propriétaire, développe depuis vingt ans une activité d’investissement immobilier.

 

Deux fois confisqué par l’Etat

 

Pour elle, pas question de transformer la chartreuse en centre de méditation ou en résidence de luxe, comme l’imaginaient d’autres candidats. Son projet prévoit bien des logements, au terme d’une profonde rénovation. Mais il intègre aussi des espaces de coworking, une bibliothèque, des ateliers artistiques, des jardins partagés, ou encore des « espaces coopératifs de commerce alimentés en circuit court ». Autant d’éléments de nature à séduire les élus socialistes décisionnaires.

 

Notre-Dame du Glandier était entrée en 1920 dans le patrimoine de Paris. A l’époque, les autorités parisiennes étaient à la recherche de lieux de cure pour les tuberculeux, et l’endroit, au cœur des bois, avait été jugé « particulièrement bien choisi » pour installer un sanatorium. Une nouvelle vie avait ainsi débuté pour cette chartreuse au passé déjà chargé.

 

Fondé en 1219, confisqué deux fois par l’Etat, en 1789 puis en 1901, le monastère masculin de l’ordre des chartreux, largement reconstruit au XIXe siècle, avait notamment été le théâtre d’une sombre histoire d’empoisonnement ayant suscité plusieurs livres et films, l’affaire Marie Lafarge.

 

Une fois dans le giron parisien, la chartreuse a effectivement été aménagée en sanatorium, puis en centre pour enfants handicapés mentaux, avant d’héberger des adultes handicapés. Mais au fil du temps, le lieu est apparu de moins en moins adapté, et, début 2020, le département de Corrèze, à la disposition duquel avait été mis l’établissement, a préféré accueillir les personnes handicapées dans des locaux plus fonctionnels. C’est alors que les élus de Paris ont choisi de vendre l’ancien monastère désormais inoccupé, et situé à cinq heures de voiture de l’Hôtel de ville. « Cette propriété ne présente plus d’utilité pour le service public parisien et sa gestion à distance par les services de la Ville s’avère complexe et coûteuse », constate la Mairie.

 

A la place, la Ville va toucher un chèque de 2,8 millions d’euros, supérieur à l’estimation des domaines (2,3 millions). La somme ne suffira pas à résorber la dette de la Ville de Paris, qui, avec la crise due au Covid-19, devrait bondir de 15 % en 2021, pour approcher 7,1 milliards d’euros fin décembre. Mais en cette période financièrement tendue, tout ce qui peut éviter d’augmenter les impôts locaux est bon à prendre.

 

« Désherbage »

 

Sur l’année, le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, a prévu de tirer 186 millions d’euros de recettes foncières. Pas question évidemment de mettre aux enchères la tour Eiffel ou la maison de Victor Hugo à Guernesey. Mais la Ville n’hésite pas à vendre les biens qui ne correspondent plus à ses besoins. Comme la chartreuse du Glandier, mais aussi le garage Bayard (13e arrondissement), ou encore ces lots dans un hôtel particulier du quai Malaquais (6e), dont un immense appartement, cédés récemment pour plus de 10 millions d’euros. Le château de Bellefontaine, à Samois-sur-Seine (Seine-et-Marne), inoccupé depuis 1999, se trouve lui aussi en vente.

 

Au-delà de ce « désherbage », l’équipe d’Anne Hidalgo s’appuie sur les opérations « Réinventer Paris », qui offrent beaucoup de souplesse pour valoriser des lieux atypiques. Après divers sous-sols et endroits vacants, la troisième édition de Réinventer Paris, lancée en février, propose aux investisseurs de « donner une nouvelle vie à des anciens bureaux et lieux de travail », dont plusieurs appartiennent à la Ville, notamment un immeuble de l’université Sorbonne-Nouvelle situé rue des Bernardins (5e) et un centre de distribution électrique rue d’Aboukir (2e).

 

En dépit de ces cessions, le patrimoine de Paris tend plutôt à s’accroître, la Ville ne cessant de préempter des appartements et des immeubles afin, avant tout, d’y installer des logements sociaux.

Denis Cosnard

 

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 06:00

 

Je lis aussi Corse-Matin, Oghje in Corsica

 

Suis aussi devenu un spécialiste de la ‘Ndrangheta.

 

Alors lorsque je tombe sur ce titre :

 

 

Cette Corse à l'accent calabrais ICI

Par: Christophe Laurent

Publié le: 06 mars 2021

 

J’exerce mon droit à la paresse, et ne venez pas me chanter le Tango corse !

 

Ils ont traversé l'Italie pour rejoindre Bastia au cours du XXe siècle. Fuyant la misère, le fascisme ou le banditisme, ils ont apporté leurs bras à la Corse, que ce soit dans l'agriculture ou le bâtiment. Discrètes et travailleuses, presque 100 ans plus tard, ces familles ont créé une vraie richesse.

 

Grand peuple migrateur, grand peuple de voyageurs, les Italiens ont essaimé dans tout le globe depuis des siècles. La Corse et l'Italie ont tissé ainsi une histoire commune qui n'est plus à démontrer.

 

Depuis la République de Gênes jusqu'aux années du fascisme, ils ont été des dizaines de milliers à trouver dans l'île, un toit, un travail, parfois l'amour. En Calabre, dans cette pointe de la botte, l'histoire a bouleversé un peuple aux traditions - et à la langue - remontant jusqu'aux marins grecs !

 

Propriété du royaume de Sicile, terre de Charles Quint, conquise par les armées napoléoniennes qui affrontèrent la population locale soutenue par les Anglais, la Calabre a énormément souffert de l'unification de l'Italie (1859-1870), voyant petit à petit s'éloigner toutes ses usines.

 

L'industrie déménagée, ne restaient que l'agriculture et le tourisme. Pas de quoi nourrir les presque deux millions d'habitants répartis sur ces cinq provinces. Sans surprise, cette région est devenue la plus pauvre d'Italie.

 

En Corse, c'est dans la région bastiaise que se sont installées les familles fraîchement débarquées tout au long du XXe siècle.

 

« Il y a eu deux vagues principales d'émigration, détaille Ange Rovere, historien mais également petit-fils de migrants calabrais. D'abord dans les années 30, puis à la sortie de la guerre. Et cela a toujours été une question de famine ou de fuite face au fascisme. Sans oublier le banditisme car la répression des criminels a fait plus de morts que les guerres italiennes ! Lorsqu'ils sont arrivés, ils ont eu deux lieux d'implantation. Dans le quartier des Capanelle de Bastia il s'agissait surtout d'ouvriers du bâtiment et de dockers. D'ailleurs le Bureau central de main-d'œuvre du port de Bastia est passé CGT dans les années cinquante sous leur influence. Deuxième adresse, légèrement plus au sud, à Casatorra, commune de Biguglia, pour tous ceux qui étaient agriculteurs. Ce quartier, on l'a d'ailleurs longtemps appelé La petite Calabre. »

« Ils ne connaissaient pas les dimanches, les jours fériés »

Le grand-père d'Ange Rovere, comme d'autres de ses compatriotes, avait d'abord tenté l'aventure argentine, mais pour une raison ou une autre, la greffe n'a pas pris. Retour en Europe. En Corse.

 

Mais pourquoi la Corse ?

 

« Il y avait des compagnies officielles et spécialisées pour organiser les voyages de la main-d'œuvre, poursuit l'historien. Les migrations italiennes en Corse ont existé dès le XVIIe siècle, pour du travail saisonnier, avec des populations venant de Toscane, d'Emilie-Romagne, ceux que l'on appelait les Lucchesi. Quant à savoir pourquoi les Calabrais en Corse sont si nombreux en provenance du village de Cittanova (lire par ailleurs), c'est ce que l'on appelle désormais le phénomène de Barcelonnette, ce village des Hautes-Alpes qui s'est retrouvé surreprésenté au Mexique : une famille installée en a appelé une autre, qui en a appelé une autre et ainsi de suite. »

 

Bien sûr la question du racisme s'est posée. Les nouveaux arrivants n'ont pas échappé aux insultes, au mépris. Sans faire de généralité, cela a existé. Et leur statut d'immigrés, finalement, a basculé sur les Maghrébins, dans les années 80.

 

Discrets et solidaires, avec un sens aigu de la famille, les Calabrais vont suer sang et eau pour assurer la pérennité de leur famille. Les témoignages qui suivent font état d'hommes et de femmes qui se tuaient littéralement à la tâche.

 

« Des travailleurs comme on n'en fait plus, assure encore Ange Rovere. Ils avaient ce besoin de réussir, ne connaissant ni dimanche, ni jours fériés. Ils ont gagné de l'argent tout à fait honnêtement. Et de mémoire, un seul a réinvesti chez lui en Calabre pour y retourner vivre. Tous les autres ont fait souche. »

 

Ainsi se sont installées et ont prospéré les Aiello, Avenoso, Multari, Rizzo, Furfaro, Rao, Chiappalone, Yenco, Demasi, Spinelli et d'autres. Des familles parfaitement intégrées dans le paysage bastiais et corse. Intégrées au point que l'on oublie parfois cette histoire, leur histoire, encore toute fraîche. Et tellement riche.

 

  • Annonciade Rovere : " j'ai commencé à piocher à 15 ans "

Toujours coquette, regard rieur et bienveillant, Annonciade Rovere, née Multari, refuse de dire son âge. Mais elle concède qu'elle avait quinze ans quand elle est arrivée en Corse avec ses parents et ses sept frères et sœurs, à l'hiver 1952. " Tout le monde fuyait Cittanova après la guerre : il n'y avait plus rien à y faire, rappelle-t-elle moitié en corse, moitié en français. Une grosse partie des Calabrais allait jusque dans le Nord de la France, se faire embaucher dans les mines. Nous, nous avons pris tout de suite la route de Patrimonio, pour travailler dans les vignes. A 15 ans, je piochais déjà. Et le soir, mon père nous faisait l'école. Je me souviens que le professeur Gilormini nous avait pris sous sa protection au village. C'est lui qui nous a fait nos premiers cadeaux de Noël. Et dès que l'on avait besoin de quelque chose, si nous avions besoin d'un docteur, il était là. C'était mon deuxième père."

 

Et c'est dans les vignes qu'elle va rencontrer son futur mari, lui aussi Calabrais. Employé de la famille De Bernardi, Joseph travaillait avec son mulet quand un jour, celui-ci lui a échappé. En le cherchant du côté du lieu-dit Mulini Biancu, il a trouvé une femme. Sa femme. Lui maçon, elle ouvrière agricole, ils vont s'échiner au chantier et dans les champs pour l'avenir de leurs trois enfants, Louis, Francis et Marie. En 1978, à force d'économies, Annonciade décide d'acheter un petit bout de terrain, au rond-point de Patrimonio.

 

" Mon mari m'a d'abord fait une cabane et je vendais là les fruits et légumes que j'allais chercher avec mon fourgon dès 3 heures du matin sur le marché de Bastia. Et sur le marché il n'y avait presque que des Calabrais, les Rao, les Fonti... Je vendais ma propre huile d'olive, mon savon aussi, et puis mes confitures. Tout était fait maison. Nous avions des poules, des lapins, on faisait notre charcuterie, nos gâteaux. C'était aussi une question d'économies. Petit à petit, la cabane est devenue une construction en dur. Et à côté, en 1981, nous avons inauguré le tout premier restaurant de Patrimonio. Les fondations, nous les avons faites à la main, mon mari et moi. "

 

Le père d'Annonciade est retourné en Calabre plusieurs fois pour rendre visite à sa mère. Elle, à de très rares reprises, pour les vacances. Mais c'est fini. " Désormais les tantes sont mortes ", glisse-t-elle simplement. Outre un accent incroyable, que lui reste-t-il de la Calabre ?

 

Cette envie de réussir. " À l'épicerie je travaillais jusqu'à quinze heures par jour. Et j'ai adoré ça. J'avais le commerce dans le sang, le goût des gens. " Ceux qui se sont arrêtés durant près de trente ans dans cette caverne d'Ali Baba se souviennent du petit pot de confiture, de la petite bouteille de muscat qu'Annonciade offrait et glissait dans les sachets de provisions. " Si vous prenez avec une main il faut aussi savoir un peu donner avec l'autre. C'est ma règle. "

 

Rescapée de plusieurs pépins de santé, ce roc profite aujourd'hui pleinement de ses enfants et de ses petits-enfants. Avec, toujours, ce sourire qui ne l'a jamais quitté.

 

La suite ICI

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20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 06:00

 

La guerre de Crimée, le siège de Sébastopol, qui s’en souvient ?

ICI

 

Mac Mahon, alors général, au siège de Malakoff le 8 septembre 1855, y prononça, dit-on, sa phrase passée à la postérité : « J’y suis, j’y reste ! »

 

Le général Mac Mahon avec le 1er Zouaves avant la bataille de Malakoff  Alphonse Aillaud 1855

 

Guerre de Crimée, Français et Anglais côte à côte :

 

Inutile et meurtrière, la guerre de Crimée, est la première occasion pour les Anglais et les Français de combattre côte à côte après sept siècles de conflits, une occasion qui se renouvellera soixante ans plus tard, lors de la Grande Guerre.

 

 

La guerre de Crimée, une péninsule située dans le sud de l'Ukraine, s'est déroulée de 1853 à 1856. Un conflit religieux est à l'origine de cette guerre, qui a opposé l'Empire russe à une coalition formée par la France, le Royaume-Uni, l'Empire ottoman et le royaume de Sardaigne.

 

Grande puissance diplomatique depuis 1815, la Russie veut profiter de l'affaiblissement de l'Empire ottoman pour accroître son influence vers les Balkans par le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles.

 

Le refus de Constantinople – soutenue par Londres et Paris – de céder à la Russie la protection des orthodoxes dans l'Empire ottoman déclenche la guerre en 1853. Français et Anglais, aidés par des troupes piémontaises, débarquent en Crimée en 1854 et assiègent la forteresse de Sébastopol. Le choléra et le froid tuent des milliers de soldats. Sébastopol tombe en 1855.

 

 

Napoléon III exulte

Quelques mois plus tard, le tsar demande la paix. Le traité de Paris, le 30 mars 1856, hisse Napoléon III au pinacle, quatre ans à peine après son avènement. Le bonheur de l'empereur est à son comble avec la naissance de son fils Eugène Louis Napoléon, le 16 mars 1856, pendant le congrès !

 

 

Le traité de paix est signé à Paris en mars 1856. La Russie est évincée des Balkans et la défaite poussera le tsar à mettre en œuvre des réformes de modernisation de la société russe. L'intégrité de l'Empire ottoman et des principautés danubiennes est désormais garantie par les puissances européennes. La neutralisation de la mer Noire s'accompagne de la liberté de circulation sur le Danube. La paix est aussi considérée comme une réussite de la diplomatie française : l'ordre européen des traités de 1815 est remis en cause, et la question des nationalités est posée sur la scène internationale.

Ce petit rappel historique afin d’éclairer la faible lanterne de nos petites et petits ignorants en signalant que les bachi-bouzouks furent enrôlés aux côtés des zouaves français et des highlanders anglais lors de la guerre de Crimée.

 

Les Dardanelles ICI

 

 

À la tête de la Marine anglaise, Churchill qui occupe depuis 1911 le poste de premier lord de l'Amirauté, l'équivalent d'un ministre de la Marine imagine en janvier 1915 d'attaquer l'Empire ottoman dans le détroit des Dardanelles. Ce sera l'un des pires désastres de la Première Guerre mondiale.

 

Engagée au printemps 1915, la campagne de Gallipoli reste l'un des désastres militaires les plus retentissants des armées alliées durant la Première Guerre mondiale. Destinée à obtenir le contrôle du détroit des Dardanelles et la capitulation de l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne, elle se solde par des pertes militaires très lourdes et une retraite peu glorieuse. Si le rôle de Churchill dans la conception de l'attaque de Gallipoli est bien établi, sa responsabilité dans la mise en oeuvre de l'opération reste beaucoup plus controversée. Retour sur une défaite qui entacha durablement la réputation de Churchill.

 

 

 

Bachi-bouzouk ! ICI

 

Du turc başıbozuk : sa tête ne fonctionne pas

 

Le bachi-bouzouk était un mercenaire employé par l’Empire ottoman, qui, monté à cheval et légèrement équipé, servait dans divers conflits. Ces hommes en armes n’étaient pas des officiels, ils ne bénéficiaient donc pas d’une formation standardisée et ne recevaient aucune solde des autorités. Recrutés parmi les populations bulgares, albanaises, kurdes, circassiennes ou d’Afrique noire, les bachi-bouzouks inspiraient alors tant la bravoure que la crainte. Pour cause, gagnant leur vie au travers du butin, ils pouvaient se montrer d’une violence redoutable. Aussi et surtout, les bachi-bouzouks avaient fini par gagner une réputation de miliciens sans peu de discipline. Dans la langue française, le terme devint d’ailleurs rapidement un sobriquet donné à qui de droit. Le terme rentrait définitivement dans le langage courant lorsque Hergé, dessinateur de la bande dessinée Tintin, le mit régulièrement dans la bouche de l’un de ses personnages, le capitaine Haddock.

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 06:00

 

La famille - La petite vermillon - Table Ronde - Site Gallimard

« Son beau-père, qui est potard à Villegrande, lui a trouvé des besognes sérieuses, qu'on paye »

 Martin du Gard 1933

 

Potard

Le Potard : organe indépendant des aides-pharmaciens | 1907-08-15 | Gallica

Familier et vieux. Pharmacien, préparateur ou étudiant en pharmacie.

 

https://www.courrierinternational.com/sites/ci_master/files/styles/image_original_765/public/assets/images/043_dpa-pa_140785164.jpg?itok=2u-iKOKS

 

C’est le grand souk dans les vaccins, la France, déjà à la traine dans sa campagne de vaccination, vient par la grâce de son Macron de faire un pas de deux en stoppant, à la suite d’Angela et d’autres européens, la piquouse Astra Zeneca.

 

Encore un coup de pied de l’âne rosbif, le groupe pharmaceutique britannique a été publiquement pointé du doigt par la ministre de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, ce mardi 16 mars, sur France info, a indiqué qu’Astra Zeneca ne devrait livrer que « 25 % des doses [de vaccins contre le Covid-19] prévues » dans le contrat avec l’Union européenne sur les mois de mars-avril.

 

 « Il y a une question de responsabilité des dirigeants du laboratoire et des membres de son conseil d’administration ».

 

Le patron du groupe pharmaceutique « est sur la sellette et il le sait parfaitement », a-t-elle déclaré, ajoutant vouloir « une plus grande transparence de la part d’Astra Zeneca » sur les doses. 

 

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Et, le coup de poignard dans le dos, genre 5e colonne c’est que le patron est un frenchie, picard comme Macron, un pur produit de l’excellence de nos grandes écoles.

 

Né en 1959 en Picardie, issu d’un milieu modeste, ce passionné de chevaux est devenu vétérinaire après des études à l’École nationale vétérinaire d’Alfort (1984), avant d’obtenir un Master of business administration (MBA) à HEC (1986)

 

Le grand ballet des groupes pharmaceutiques

 

Il commence sa carrière au sein du laboratoire Roussel-Uclaf, en Nouvelle-Zélande puis en Australie, pays pour lequel il gardera toujours une affection particulière. Le groupe est absorbé ensuite par l’allemand Hoechst et devient en 1995 Hoechst Marion Roussel. Pascal Soriot en sera le directeur général en 1996, avant de s’installer au Japon un an plus tard.

 

Nouvelle fusion pour le groupe avec le français Rhône-Poulenc en 1999, pour devenir Aventis, puis Sanofi-Aventis en 2004. Au cours de cette période, Pascal Soriot travaille alors aux États-Unis.

 

Il rejoint par la suite le laboratoire suisse Roche en 2006 et devient le directeur d’exploitation de l’entreprise en 2010. Débauché par Astra Zeneca en 2012, il prend ses fonctions en tant que PDG du groupe le 1er octobre de la même année.

 

« Il possède toutes les qualités dont le groupe a besoin », avait salué un analyste financier de DZ Bank à sa nomination.

 

« Une grande capacité d’écoute »

 

Soriot est doté « d’une grande capacité d’écoute », confie Patrick Biecheler, ​expert de l’industrie pharmaceutique, aux Échos.

 

À son arrivée, l’entreprise est moribonde. Il échange alors avec les équipes, organise des tables rondes… Le nouveau PDG remet de l’argent dans la « recherche et développement », recentre les activités d’Astra Zeneca mais supprime aussi des milliers d’emplois.

 

En 2014, Pascal Soriot réussit à déjouer une offre publique d’achat (OPA) « hostile » menée par le concurrent américain Pfizer. Un bon moyen pour mettre en lumière les médicaments d’Astra Zeneca, explique-t-il à l’époque.

 

« Pascal, c’est un mec qui n’a peur de rien », confie un de ses anciens lieutenants aux Échos.

 

Son bilan à la tête de l’entreprise ?

 

Astra Zeneca valait un peu moins de 37 milliards de livres en Bourse quand il est arrivé, et aujourd’hui, le laboratoire pèse près de 96 milliards de livres.

 

« C’est l’un des plus grands patrons de la pharmacie de ces quinze dernières années », estime un professionnel auprès du quotidien économique.

 

Fermez le ban !

 

Et si Macron le récupérait dans sa dream-team ?

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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 08:00

Le PCF ne se remettra jamais de Mai | Le Club de Mediapart

Ça se bouscule au portillon, même si y’a plus de portillon dans le métro, du côté gauche, la sinistra frenchie regorge de candidats, en tête y’a bien sûr le Mélenchon  qui se rêve en Tonton gagnant au 3e essai, y’a un certain Piolle avec ses JPP (jeunes pour Piolle) très Verts-Rouges, y’a bien sûr le Jadot de la pétroleuse, qui en rêve la nuit, mais on peut faire confiance à ses camarades pour lui couper les jarrets, y’a notre maire, Anne Hidalgo qui, dans son petit marigot parisien couve des rouges-verts, mais qui, passé le périphérique, n’a guère la cote chez les ploucs, et puis on peut faire confiance aux héritiers de l’Arlette Laguiller pour présenter une travailleurs-travailleuses.

 

Reste, sur le Titanic de la place du colonel Fabien, un certain Fabien Roussel qui déclare au Monde que pour la Présidentielle 2022  qu’il ira jusqu’au bout.

 

Au bout de quoi ?

 

D’un ralliement ?

 

à qui ?

 

Candidat, il serait candidat à une dégelée, même pas une veste, un caleçon, même si faire mieux que Marie-George Buffet, en 2007 où, la secrétaire nationale d’alors avait brigué l’Elysée. Elle avait obtenu 1,93 % des voix, mieux que la verte Dominique Voynet  1,57%, le José Bové 1,32%, l’Arlette Laguiller 6e et dernière mouture 1,33% mais moins bien que le facteur Besancenot 4,08%

 

Discours du centenaire du PCF – jeudi 17 décembre 2020 – Moissac au Coeur

Présidentielle 2022 : Fabien Roussel veut « aller au bout »

Le secrétaire national du PCF a proposé sa candidature à l’investiture communiste. La gauche de gouvernement aura potentiellement quatre candidats en 2022.

Par Abel Mestre

 

C’était attendu. Le Conseil national du Parti communiste français (CN, le « parlement » du PCF) a décidé de présenter une candidature autonome pour l’élection présidentielle de 2022. Cela n’était pas arrivé depuis 2007, puisque, en 2012 et en 2017, les communistes avaient soutenu Jean-Luc Mélenchon dès le premier tour.

 

Trois candidats briguent l’investiture : le secrétaire national Fabien Roussel, Emmanuel Dang Tran (militant « orthodoxe » parisien du 15e) et Grégoire Munck (de la fédération du Val-de-Marne). « Nous refusons de nous résigner à ce que 2022 soit un nouveau rendez-vous manqué pour notre pays. Nous agirons pour créer les conditions d’un changement de politique dans la vie quotidienne et pour sortir de la crise, peut-on lire dans le texte du CN. Comme des millions de nos concitoyen·ne·s, nous ne voulons pas être enfermé·e·s dans le piège du duo Macron-Le Pen. »

 

Ce texte va maintenant être amendé par les militants communistes avant d’être débattu lors d’une conférence nationale les 10 et 11 avril. Ensuite, ils voteront du 7 au 9 mai pour l’adopter (ou non) et désigner leur candidat.

 

« Il faut donner envie »

 

Parallèlement au lancement de leur candidature, le PCF veut également s’adresser à ses partenaires de gauche, afin de mettre en place un « pacte » pour les élections législatives. « Nous allons associer la présidentielle et les législatives. Nous voulons des propositions communes à défendre à l’Assemblée nationale », explique Fabien Roussel au Monde. Le plus important est, en effet, pour les communistes, de sauver leur groupe parlementaire. C’est un élément essentiel sur lequel ils s’appuient pour peser dans le jeu politique malgré l’érosion des votes en leur faveur.

 

Il y a quelque chose de contradictoire dans la position communiste : affirmer vouloir faire gagner la gauche à la présidentielle, tout en contribuant à son émiettement – Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) devrait se présenter sous ses propres couleurs, et les socialistes sont aussi tentés – alors même que cette famille politique est historiquement faible. Mais pour M. Roussel, cet argument n’a pas de sens.

 

« Ce n’est pas de ma faute si Jean-Luc Mélenchon est tombé à 11 % dans les sondages, que le Parti socialiste a déçu les électeurs ou qu’EELV n’arrive pas à retrouver sa dynamique des élections européennes de 2009 ! On doit tous s’interroger. » A l’écouter, la pluralité des candidatures pourrait même parvenir à convaincre des abstentionnistes de venir voter. « Je veux qu’il y ait un candidat communiste, Mélenchon, un ou une écologiste, un ou une socialiste. Il faut donner envie. »

 

La vaine séduction de LFI

 

Fabien Roussel n’a jamais caché sa volonté d’être candidat. Il a accédé à la tête du parti en 2018 sur la promesse d’une autonomie du PCF lors des élections, notamment vis-à-vis de La France insoumise (LFI). Les mélenchonistes auraient, eux, bien vu leurs frères ennemis de la place du Colonel-Fabien les soutenir une troisième fois. Mais les communistes estiment avoir été trop mal traités par les « insoumis » depuis dix ans.

 

Les tentatives de séduction récentes ne les ont pas du tout convaincus. Le fait que LFI ait scellé un accord avec EELV dans les Hauts-de-France alors qu’ils étaient supposés soutenir la candidature de M. Roussel n’a fait que renforcer le PCF dans sa volonté d’indépendance.

 

Pour l’instant, le secrétaire national du PCF veut croire en ses chances. « J’ai envie, je suis prêt. J’irai au bout », promet-il. « On veut bousculer les pronostics et faire le score le plus important possible. On porte les valeurs de la gauche authentique et sincère. On mettra en avant un candidat normal, nouveau et qui ressemble aux Français. Ce sont des atouts », avance-t-il encore.

 

Mais avant de partir « à l’assaut du ciel » élyséen, M. Roussel doit forcément avoir en tête le scénario de 2007 où la secrétaire nationale d’alors, Marie-George Buffet, avait brigué l’Elysée. Elle avait obtenu 1,93 % des voix.

 

Abel Mestre

 

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17 mars 2021 3 17 /03 /mars /2021 06:00

 

Le Montana est l’incarnation du Grand Ouest américain, avec son vaste paysage intact qui ne demande qu’à être exploré. Avec seulement un million d’habitants et plus d’animaux sauvages que d’êtres humains, le Montana donne un nouveau sens à la notion de « grands espaces ». Depuis les sommets vertigineux des Rocheuses à l’ouest, avec leurs lacs et leurs prairies alpines vierges, jusqu’aux plaines vallonnées et aux badlands spectaculaires à l’est, le Montana regorge de possibilités infinies pour découvrir ses paysages époustouflants, sa faune envoûtante, son riche patrimoine culturel ainsi que le charme de ses petites villes.

 

En 1998, Robert Redford tourne L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Adapté du best-seller de Nicholas Evans, il raconte l'histoire vraie de Buck Brannaman, un soigneur "chuchoteur" qui dialogue avec les chevaux…

 

 

Il s'agit du cinquième film en tant que réalisateur de l'acteur américain. Avec cette adaptation tirée d'une histoire vraie, ce passionné d'environnement livre une ode à la nature et l’écologie. Les magnifiques paysages du Montana apportent un charme indéniable à ce film humaniste.

 

Robert Redford évoque Buck Brannaman, l'homme qui a inspiré le héros de son film : « C'est un cowboy qui vit au milieu des chevaux, il les connait bien. Mais il passe le plus clair de son temps à animer des stages pour apprendre aux gens à se comporter différemment avec leurs chevaux. Les gens peuvent se connecter et communiquer avec leur animal, à ne plus les battre ou les attacher, à ne plus en faire des esclaves ».

 

Buck Brannaman décrit ainsi sa pratique : « C'est un mode de communication entre l'homme et le cheval, plus subtil, plus fin. Ils ont tous deux un rôle : le cheval suit, l'homme est le leader mais ça ne rend pas l'homme meilleur que le cheval pour autant ».

 

 

Kristin Scott-Thomas, en français, évoque ainsi sa rencontre avec Redford : « Quand je suis arrivée à Los Angeles pour le rencontrer, je me suis trouvée comme toute midinette, complètement idiote avec les genoux qui tremblaient… en train de glousser. Épouvantable. Il m'a sauvé – parce qu'il a l'habitude de voir des femmes un peu gags devant lui – il m'a remonté… Mais c'était surtout le metteur en scène qui m'intéressait. »

 

L'Homme Qui Murmurait À L'Oreille Des Chevaux (1998), un film de Robert  Redford | Premiere.fr | news, date de sortie, critique, bande-annonce, VO,  VF, VOST, streaming légal

 

À noter : L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux marque également le premier grand rôle, à tout juste quatorze  ans en 1998, de la jeune Scarlett Johansson.

L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux

1998 américain Réalisé par Robert Redford 2h43 avec Robert RedfordKristin Scott ThomasSam Neill

Drame

On aime beaucoup

 

Télérama

Critique par Pierre Murat

 

Un cheval blessé. Une adolescente. Un guérisseur sage. L’étonnant, c’est que Robert Redford ait métamorphosé ce roman-photo vaguement new age en drame au lyrisme tranquille, à la manière d’un John Ford, par exemple, avec son sens de l’espace et la beauté des sentiments. De toute évidence, le personnage principal, c’est Annie, la mère, qui va chercher ce mec bizarre qui a la réputation de « murmurer à l’oreille des chevaux » pour mieux les guérir. Parce que Annie est interprétée par Kristin Scott Thomas et le guérisseur par Robert Redford, on devine bien que ces deux-là seront attirés l’un par l’autre. Mais la naissance du sentiment amoureux entre cette New-Yorkaise snob et ce solitaire un peu triste est filmée avec sensibilité et drôlerie. C’est cette fragilité qui séduit. Cette capacité à saisir au vol, entre deux moments contemplatifs, des instants apparemment insignifiants mais pourtant intenses.

L'homme qui sait parler aux chevaux » de Monty Roberts - Mémoires : plongez  dans l'intime avec notre sélection de livres - Elle

Voici l'homme qui murmure à l'oreille des chevaux

Par Sébastien Morelli 

Le 2 mars 2007

 

IL EST L'HOMME qui a inspiré le best-seller de Nicholas Evans, « L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux », adapté au cinéma par Robert Redford. Monty Roberts, le célèbre chuchoteur américain, créé l'événement en venant pour la première fois en France, et c'est le haras des Grands-Champs à Bois-le-Roi qu'il a choisi. « Je suis très flatté, savoure Marcel Rozier, le propriétaire du haras. Je ne connais pas ce type, mais il a une cote incroyable, je suis vraiment curieux de le voir travailler.»

 

Il déchiffre le langage des mustangs sauvages

 

Ce n'est pas la première fois que Marcel Rozier accueille un chuchoteur. « Avant, je n'y croyais pas spécialement. Chacun a sa manière d'aborder un cheval. Mais eux, ils en prennent un qu'ils ne connaissent pas, ils l'étudient avec des gestes... c'est impressionnant. J'en ai vu un s'occuper d'un cheval qui refusait de monter dans un van. Au bout d'une heure, le problème était réglé. »

 

Monty Roberts est né en 1935 à Salinas, une petite bourgade de Californie. Ses parents tiennent un ranch et le petit Monty apprend très tôt à monter à cheval. Il débutera sa carrière en doublant des stars de cinéma dans des westerns, ou James Dean dans « A l'est d'Eden ».

 

Mais c'est pour sa méthode de dressage qu'il est aujourd'hui mondialement reconnu. Son père, dresseur, traitait les chevaux à la rude en soumettant l'animal à l'homme par la peur, raconte Monty dans sa biographie. Il va prendre le contre-pied de cette méthode.

 

En étudiant des mustangs sauvages, il déchiffre leur langage, qu'il baptise « Equus » et fonde sa méthode de dressage et de débourrage sur la confiance entre l'homme et l'animal. Cette façon de faire, le « join up » (la rencontre), est exempte de brutalité, faite de gestes doux, de chuchotements... En quelques heures, Monty Roberts vient ainsi à bout des chevaux les plus récalcitrants.

 

 

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 08:00

 

Les enterrements, à la Mothe-Achard, c’était l’après-midi des jours dit ouvrables, ce qui, pour mon statut d’enfant de chœur, était une aubaine : sécher l’école pour la cérémonie, ha, le Die Irae !, puis aller de l’église au cimentière, ouvrir le cortège, en portant la croix encadré de deux enfants de chœur – le curé-doyen ne lésinait pas sur le petit personnel –précédant le corbillard tiré par un cheval étique. C’était l’occasion de troquer la soutane rouge pour la noire et de garder nos godasses. Nous passions devant le logis familial du Bourg-Pailler puisque le cimetière était situé à l’entrée du bourg sur la route de la Roche.

Le rituel, l’encens, l’eau bénite, les cordons du poêle, le fossoyeur au bord du trou fraîchement creusé, le cercueil sur les tréteaux, les familles éplorées, et pour nous, je l’avoue : la routine.

Mon rêve c’est d’être enterré en musique, joyeusement !

Michel Gautier dans son dictionnaire de Vendée, la lettre E n’accueille que les Enterrements.

Je laisse de côté le rituel des enterrements modernes pour revenir à l’important : être vu par la famille.

« Il faut que l’hommage que vous rendez au mort soit vu de la famille qui occupe les premiers rangs de l’assemblée. Le défilé dure plus ou moins longtemps selon l’importance de l’assistance. Je me souviens qu’autrefois on sonnait les cloches « à l’offrande » On baisait la croix* présentée par le prêtre et on déposait une offrande en argent*. Beaucoup n’entraient à l’église que pour ce moment-là et en sortaient dès le rite accompli, pour retrouver le bistrot d’où ils étaient partis. L’important était de montrer à la famille et à la communauté qu’on était-là, qu’on avait laissé l’ouvrage qui pourtant n’attend pas, pour venir rendre hommage au disparu. »

Caractéristique d’une société paysanne où chacun pouvait s’accorder des libertés.

*La croix était fixée  sur une plaque que le curé essuyait après chaque baiser (geste barrière déjà)

*À la droite du curé je tenais la gamelle en fer blanc où les paroissiens déposaient leur offrande, ça tintait pour les pièces alors que pour les billets même pas un froissement. Bien sûr, je notais dans ma tête le niveau de générosité de mes concitoyens.

Les enterrements civils causaient scandale…

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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 06:00

Napoléon Ier sur son lit de mort à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821 by Charles  Auguste Guillaume Steuben on artnetMort de Napoléon, 1829, peinture de Charles de Steuben (1788-1856) réalisée à la demande d'Hortense de Beauharnais. Arenenberg, Napoleonmuseum

L’année Napoléon commence sur les chapeaux de roues et les controverses vont déjà bon train ICI 

 

Le bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte soulève déjà polémiques et divisions. Rétablissement de l'esclavage et guerre en abondance entachent l'héritage du personnage historique préféré des français.

 

Que célébrer et comment le 5 mai 2021 ?

 

Et, dans ma petite Ford d'intérieur, une petite musique s'insinue et ne me quitte plus : Jean-Paul Kauffmann&Napoléon Bonaparte... 

 

  •  2016 lors de la publication d’« Outre-terre » Julie Clarini dans le Monde notait :
  •  

Amazon.fr - Outre-Terre - Kauffmann, Jean-paul - Livres

 

À l’époque, pourtant, son affection pour Napoléon ne s’est pas encore déclarée. Cela viendra plus tard, à l’occasion d’un voyage à Sainte-Hélène et du livre subséquent, La Chambre noire de Longwood (La Table ronde, 1997). Le 17/12/2020

 

La chambre noire de Longwood

  • Jean-Paul Kauffmann : « Napoléon est le Petit Poucet de l'Europe »

 

ENTRETIEN. L'écrivain Jean-Paul Kauffmann a raconté deux lieux napoléoniens. Il avoue s'être fait posséder par l'homme d'Eylau et de Sainte-Hélène.

 

Comme me le dit Raphaëlle, du haut de ses 6 ans, lorsqu'elle sollicite une histoire, une partie de dames, un tour à vélo : j'aimerais...

 

Oui, j'aimerais que J.P.K...   

 

Pour l'heure, je lui dédie cette chronique qui ne me doit presque rien puisque je puise mes sources dans l’article  d’Antoine Flandrin publié dans Le Monde du 10 mars.

 

25 mars 1802

La paix d'Amiens ICI 

 

Le 25 mars 1802, à Amiens, l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne et la France signent un traité de paix qui met un point final à la deuxième coalition européenne contre la France. C'est un triomphe pour le Premier Consul Napoléon Bonaparte qui a pris le pouvoir en France 30 mois plus tôt.

 

 

L’exposition « Napoléon » à Paris écorne le mythe Bonaparte en présentant deux actes officiels sur l’esclavage

 

A travers deux documents originaux de 1802, présentés pour la première fois, la grande exposition sur Napoléon reviendra sur le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe et son maintien dans les colonies par la France, qui l’avait pourtant aboli en 1794.

Par Antoine Flandrin

 

 

C’est un texte court : une « minute d’arrêté » de quelques lignes, rédigée à la plume. Bonaparte n’y emploie pas un ton autoritaire, comme il le fera plus tard dans ses messages impériaux. Dans cet arrêté du 16 juillet 1802, le premier consul se contente de charger son ministre de la marine et des colonies, Denis Decrès, de rétablir les lois qui étaient en vigueur en Guadeloupe en 1789. Autrement dit, il lui ordonne de rétablir l’esclavage dans l’archipel. Cette page sombre de l’histoire coloniale de la France sera présentée, pour la première fois au public, à l’occasion de la grande exposition sur Napoléon qui doit se tenir à La Villette, du 14 avril au 19 septembre.

 

Une page d’autant plus sombre qu’elle effaçait les effets du décret d’abolition de l’esclavage du 4 février 1794. Cinq ans après le début de la Révolution française, alors que la Guadeloupe était aux mains des troupes anglaises, Victor Hugues fut envoyé par la Convention pour mettre fin à l’esclavage. « En juin 1794, il propose aux esclaves de l’île de s’affranchir en rejoignant le corps expéditionnaire français. Blancs, Noirs et métis se battent ensemble pour reconquérir l’île aux esclavagistes anglais. L’idéal républicain devient une réalité jusqu’au rétablissement de l’esclavage en 1802 », explique l’historien du droit Jean-François Niort.

 

Anomalies juridiques

 

Longtemps, cet arrêté fut cité par les historiens, mais sa trace avait été perdue. Au terme d’une recherche entre Paris, Aix-en-Provence et Basse-Terre, trois chercheurs – Jean-François Niort, Jérémy Richard et Frédéric Charlin – l’ont retrouvé, aux Archives nationales, en 2007.

 

A la suite de cette découverte, ils ont décelé plusieurs anomalies juridiques.

 

  • La première : le mot « esclavage » n’apparaît pas dans l’arrêté. Alors consul à vie, Bonaparte emploie cette précaution pour ne pas renforcer l’opposition au durcissement du régime et ne pas susciter de rébellion dans les colonies.

 

  • Seconde anomalie : cet arrêté n’a pas été publié au Bulletin des lois de la République – comme il aurait dû l’être –, car Bonaparte tient à ce que cette mesure reste secrète. 

 

  • « Enfin, le premier consul n’a pas la compétence pour prendre cette décision, parce que la constitution qu’il a lui-même mise en place en 1799 prévoit que les colonies doivent être régies par des lois et non par des arrêtés », note Jean-François Niort.

 

 

Un texte fondé sur une légalité pour le moins contestable, donc.

 

Ses motivations sont d’ordre idéologique, économique et géopolitique« Imprégné de préjugés racistes et manipulé par le lobby esclavagiste, Bonaparte pense que la Guadeloupe est à feu et à sang – ce qui est faux – et que la restauration de l’ordre passe par le rétablissement de l’esclavage. Il est aussi convaincu que l’esclavage dans les colonies assurera la prospérité de la France », analyse Jean-François Niort.

 

Un autre document signé par Bonaparte sera présenté lors de l’exposition : le décret-loi du 20 mai 1802, qui maintient l’esclavage là où il n’avait pas été aboli (en Martinique, à l’île Maurice, à La Réunion…). Avec ces deux mesures, des centaines de milliers de personnes furent ainsi maintenues dans l’esclavage jusqu’à son abolition, en 1848. L’exposition reviendra sur les répercussions mondiales de la politique coloniale de Napoléon. Les coorganisateurs, la Réunion des musées nationaux et la Grande Halle de La Villette, épaulés par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, entendent ainsi contrebalancer le récit de l’épopée napoléonienne.

 

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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 06:00

Vue depuis l’avenue Pierre-Mendès-France. Laurent Thion/Ecliptique pour «Le Monde»

Pendant la Covid 19 les journalistes s’ennuient, ils ne peuvent aller à Orly voir décoller les avions, y’a plus d’avions, ni traîner dans les bars, surtout ceux à vins, ni se régaler dans les restos food, ils sont fermés, alors ils errent comme des âmes en peine à la recherche du sujet saignant, clivant, qui les fera remarquer par leur rédac-chef.

 

Et soudain, entre les derniers pavés de Paris, émerge, grâce aux génies de la technocratie, une petite pousse, les commerces essentiels en cas de confinement, les librairies ont rejoint peloton, les cavistes eux y étaient déjà. Alors ils se ruent, tels des morts de faim, crachent vite fait bien fait sur le gaz un article, la frêle pousse s’avère être du chiendent.

 

J’ai glané 3 articles dans Le Figaro, Le Parisien et Télérama.

 

Dans les deux premiers les journalistes ont puisé à une source syndicale : Nathalie Viet, déléguée générale du syndicat des cavistes professionnels (SCP), la boutique du bon père Yves Legrand d’Issy-les-Moulineaux dont font partis, horreur-malheur, les cavistes franchisés (Nicolas, Nysa, Le Repaire de Bacchus, Les Domaines qui montent…)

 

Celui de Télérama, lui, est militant, les deux compères sont des redresseurs de torts – c’est l’ADN de Télérama, la morale des curés à fait place à une bien-pensance genre insoumis – ils trient le bon grain de l’ivraie, même que dans le bon ils pointent ceux des cavistes qui se vouent corps et âme à la satisfaction des licheurs du vin nu. N’empêche qu’ils ont un côté Bettane/Desseauvien : ils font la promo des copines et des copains, tancent les moutons noirs qui margent comme des vulgaires prédateurs, saignent aux quatre veines les vignerons.

 

Qu’en savent-ils ?

 

Rien !

 

Rien que des rumeurs qui courent dans le Mondovino cher à l’abominable Pousson, des approximations chères à leur copain, qui se prend pour le gourou des vins nus, Antonin Iommi-Amunategui. Ont-ils analysés les comptes des cavistes indépendants pour étayer leurs insinuations malveillantes ? La réponse est non ! Bien installés dans leur statut de salarié ils sont exigeants vis-vis-à-vis d’une population qui ne roule pas sur l’or, ils ignorent le pouvoir des agents, les allocations qui alourdissent les stocks, leur désir de vins nu abordables en prix montre qu’ils se contrefichent de ce qui va vraiment dans la poche du vigneron. Tous  des moines à leur service : cavistes, vignerons, l’important c’est tout pour leur gueule. C’est le degré zéro du journalisme.

 

Ça me fout en rogne de lire dans :
Vin nature : nos dix cavistes essentiels à Paris ICI

 

« Alors que les cavistes parisiens appliquent bien souvent des coefficients multiplicateurs de 2,5 ou 3 (sur le prix hors taxe des bouteilles achetées chez les vignerons), Agnès ne dépasse jamais le « fois 2 ». C’est peut-être un détail technique pour vous mais pour nous qui visitons pas mal de cavistes, ça veut dire beaucoup. Ça veut dire d’abord qu’Agnès respecte le travail et les efforts des vignerons pour sortir des vins accessibles et qu’elle refuse la surenchère de certains collègues, toujours prompts à justifier leurs tarifs exorbitants à cause des loyers parisiens... Réputée pour payer ses fournisseurs à la commande (et pas après avoir revendu leurs bouteilles, comme le veut une certaine tradition...), Agnès est de fait a-do-rée par les vignerons. Et bien sûr par sa fidèle clientèle, dont elle connaît les goûts et les prénoms. Bref, Agnès, c’est le bon accueil, le bon prix et le bon conseil. »

 

Ma pomme, qui visite, autant de cavistes que les duettistes moralisateurs, j’ai acheté du vin Au bon vingt lorsque j’allais m’approvisionner en légumes à Veni Verdi, j’ai pris la peine de comparer ses prix avec d’autres cavistes où je m’approvisionne, et j’ai constaté que ces derniers se situaient sur la même ligne. Et pourtant les loyers de Paris Centre sont plus lourds que dans le 20e ou à Ivry chez l’ami Paco qui fait un superbe boulot de caviste. Quant aux délais de paiement les salariés de Télérama déconnent à plein tube, il y a des délais légaux que pratiquent la grande majorité des cavistes, certes il y a comme dans toute profession, chez les restaurateurs aussi, des mauvais payeurs, ils sont connus des vignerons.

*18 juillet 2015 « Rien ne m’arrête, même pas le cagnard qui tape, je passe la Seine pour me rendre sur les hauteurs du 20e où les jardinières des toits de Veni Verdi ont planté leur étal chez Agnès Barraco la tenancière d’Au bon Vingt 52, rue de Bagnolet.

 

Ça grimpe, fait chaud !

 

Je suis venu acheter un pot de miel des abeilles du 20e et 2 rosés pas faciles à trouver ceux du domaine de la Paonnerie du côté d’Ancenis. » ICI

 

De plus, je me gondole grave avec le titre car ces 10 cavistes ne proposent pas que des vins nu stricto sensu, les vins bio ou biodynamique ne sont pas forcément des vins nature, alors de grâce arrêtez de nous faire chier avec une militance à 2 balles de bien lotis.

 

Je suis vieux, j’ai du pognon, dans mon budget les vin nu, les livres, l’alimentation de proximité occupent une large place, je suis donc un « grand souteneur » des cavistes indépendants, des libraires du même cru, des producteurs agricoles respectueux de la nature, alors je n’ai nul besoin des nouveaux Bettane&Desseauve pour me fourguer leur camelote morale.

 

De plus, leur bel hebdo se gave de publicité en provenance des négociants champenois, bordelais ou autres qui ont les moyens de se les payer, alors à camp les actes conforment aux belles paroles ?

 

Suis abonné à Télérama depuis une éternité, j’avoue que c’est de ma part une forme de masochisme, ils me font chier ces nouveaux curés du groupe Le Monde (je suis aussi abonné au Monde et au Courrier International logé dans le même immeuble et dont les actionnaires sont bien évidents la crème des gens chers à Mélenchon : Pigasse et Niel.

  

 

Au Bon Vingt (Paris XXème), le 18 février 2021.Au Bon Vingt (Paris XXème), le 18 février 2021. Arthur Crestani pour Télérama Sortir

«Les ventes ont explosé » : à Paris, la pandémie profite aux cavistes ICI

 

Jérémie Couston, Jean-Baptiste Roch

Publié le 03/03/21

 

Avec les bars et les restaurants fermés, les cavistes ont tiré leur épingle du jeu en bénéficiant du statut de commerce essentiel. Portrait d’une profession à part qui se donne pour mission de vendre de la convivialité.

 

« Pendant le premier confinement, on a tous grossi ! » observe, amusée, Élodie Cadiou, la tenancière d’Et si Bacchus était une Femme (Paris, 5e). Si son constat ne s’appuie sur aucune autre méthode statistique qu’un tendre coup d’œil à la silhouette de ses clients, après des mois de réclusion et de petits plats faits maison, la caviste ne remet pas en cause le french paradox, ce concept anglo-saxon un peu fumeux qui pointe la contradiction apparente entre un régime français riche en gras et en alcool et la relative bonne santé de la population. Comme tous ses collègues, Élodie Cadiou a bénéficié d’un autre paradoxe hexagonal : le fait que le vin et les cavistes aient été définis comme un bien et un commerce essentiels, au contraire des fleuristes, libraires, cinémas ou artistes de la Comédie-Française…

 

Le confinement ? Une aubaine...

 

Rares sont les Français à trouver satisfaction dans les confinements et couvre-feux à répétition. Mais durant cette sinistre période, le plébiscite en faveur des commerces de proximité à Paris et dans sa banlieue a permis à certains de tirer leur épingle du jeu. Pour beaucoup de cavistes, et surtout les indépendants, la fermeture de la plupart des magasins a agi comme un accélérateur de notoriété. « On cherche l’origine du virus sur un marché chinois, mais ne le répétez pas : il a été inventé par les cavistes ! » plaisante Agnès Baracco, l’heureuse propriétaire d’Au Bon Vingt, qui abreuve depuis dix ans les habitants du 20e arrondissement en quilles de joie à prix modérés. « Le confinement m’a offert une visibilité que je n’aurais jamais eue autrement », raconte Sandrina Saymard, qui a ouvert Aux Libres Buveurs, près du canal de l’Ourcq (19e), il y a à peine deux ans. Même constat d’aubaine chez Sophie Nézet, à la tête du Ravitailleur (12e), fondé moins d’un an avant le premier confinement : « Avec les grèves de décembre 2019, les manifs, j’ai connu des débuts très difficiles. Mais à partir du 13 mars 2020, les ventes ont littéralement explosé. » Une embellie constatée par une majorité de cavistes parisiens, à la différence de leurs confrères d’autres régions, plus rurales et moins peuplées, « où la casse est bien plus répandue », rappelle-t-on du côté du Syndicat des cavistes professionnels.

 

La récente ruée chez les cavistes de quartier est d’autant plus remarquable que, depuis des lustres, le vin s’écoule surtout dans la grande distribution et à bas prix. En France, ce beau pays où le « repas gastronomique » est considéré depuis 2010 comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, huit bouteilles sur dix sont vendues en supermarché et les deux tiers ne dépassent pas les 3 euros. Un tarif introuvable à la cave du coin, bien évidemment, et incompatible avec une agriculture durable. Mais la limitation des déplacements due aux confinements et aux couvre-feux a logiquement favorisé les petites enseignes : la moitié des 5 800 cavistes hexagonaux sont implantés dans les centres-ville, et sur le bon millier que compte la région parisienne, 500 sont situés intra-muros. La partie était pourtant loin d’être gagnée. Contrairement aux idées reçues, la consommation d’alcool en France décroît inexorablement depuis les années 1960. Et au niveau mondial, en 2020, la baisse a avoisiné les 8 %. Mais le vin reste un produit à part. « Avec le confinement, la vie des Français s’est ralentie : on a réappris à vivre en famille, à mieux manger, à mieux boire », estime Élodie Cadiou.

 

Ne dites plus Cubi, dites BIB, c’est plus chic

 

Le stress des visioconférences enchaînées du matin au soir, le désœuvrement des travailleurs indépendants ou des intermittents soudain privés de commandes ou de cachets, la gestion des enfants et du conjoint à la maison au quotidien : les motifs pour lever le coude ne manquaient pas au printemps dernier. « Les gens voulaient des bouteilles pour les apéros Zoom, puis pour les apéros tout court avec les voisins, se souvient Sandrina Saymard. Tout le monde s’est remis à la cuisine, et grâce à la convivialité du repas, le vin a fait l’objet d’une nouvelle curiosité. » La virée chez le boulanger, le caviste ou le boucher est devenue un rituel pour échanger, sociabiliser ; souvent la seule sortie de la journée autorisée, avec attestation dûment remplie. Alexis Zaouk, qui a ouvert en juin 2019 La Cave d’Alex, à Nanterre, n’a guère vendu de bouteilles de son « remède miracle contre la dépression » (la Chartreuse !) : « J’avais plutôt des clients qui cherchaient des vins légers et digestes pour le déjeuner, afin de ne pas s’endormir devant leur écran à la réu de 14 heures. Tous éprouvaient le besoin de parler. »

 

« Le vin est souvent meilleur quand on connaît le nom du vigneron qui l’a mis en bouteille et celui du caviste qui nous l’a vendu. »

 

Avec les vins « glouglou » (faciles à boire et pas trop chers), l’autre grand gagnant du coronavirus est le BIB, ou Bag-in-Box, appellation moderne du bon vieux Cubi, avec son petit robinet et son goût de reviens-y. Vincent Baverel, créateur de Let it BIB, le premier site de vente en ligne consacré exclusivement au vin en BIB, confirme la tendance et le changement de mentalité : « Plus écolo, plus économique, plus pratique, le BIB a moins mauvaise presse qu’à une époque. Ma clientèle est encore essentiellement parisienne, mais elle se diversifie avec le temps. J’ai aussi bien des jeunes de 25 ans qui sortent de la sempiternelle vodka que des petites dames de 70 ans. »

 

 

Privé de voyages, de sorties, de restos et de bars, le Français a eu plus d’argent pour ses besoins « essentiels ». Bruno Legembre, de La Vinothèque de Saint-Denis, le seul caviste indépendant dans cette ville de 110 000 habitants, a bien profité de la crise, en plus de la pression immobilière qui a fait refluer les familles parisiennes dans sa commune de Seine-Saint-Denis. « Le client qui achetait d’habitude une bouteille à 10 € repartait plus volontiers avec trois bouteilles à 15 € et parfois avec un carton. » La prise de conscience des enjeux environnementaux et la remise en question de la société de surconsommation qui ont émergé pendant le confinement ont incité les néophytes à pousser la porte de leur caviste. « Le vin est souvent meilleur quand on connaît le nom du vigneron qui l’a mis en bouteille et celui du caviste qui nous l’a vendu », explique Antonin Iommi-Amunategui, auteur et éditeur d’un des rares livres sur le sujet (Cavistes. 100 prescripteurs de vins d’auteurs, éd. Nouriturfu, 2019).

 

 

Un appétit de découvertes que satisfait avec joie Sophie Nézet : « C’est notre travail de commerçants de proximité de susciter et de répondre à la curiosité. On est loin du supermarché, où, n’ayant pas les connaissances nécessaires pour s’y retrouver dans les vins, le client est perdu. » Et pour faire face à une demande et à une situation exceptionnelles, les cavistes se sont vite adaptés. Lors du premier confinement, Agnès Baracco a ressorti son vieux bicloune pour livrer les clients confinés qui passaient commande par un coup de fil ou par un SMS. « Pas un chat dans la rue, météo au beau fixe : les conditions étaient idéales pour faire du vélo dans Paris, se souvient la caviste reconvertie dans la livraison à domicile. Il y avait l’angoissée qui demandait de laisser le carton au pied de l’immeuble et balançait un chèque par la fenêtre, le soignant qui descendait avec une paire de masques en cadeau, à une époque où ils étaient introuvables. » Le Nanterrien Alexis Zaouk a, lui, transformé sa page Internet en site commercial et livrait lui-même en voiture dans les communes alentour (Rueil, Colombes, Suresnes, Chatou…).

 

Des rendez-vous tous les quarts d’heure

 

À la différence des cavistes franchisés (Nicolas, Nysa, Le Repaire de Bacchus, Les Domaines qui montent…), les indépendants, souvent gérés par une seule personne, ont pu modifier leurs horaires et réagir avec plus de souplesse. Institution de la banlieue est, La Cave d’Ivry a connu deux semaines de fermeture au printemps dernier, avant de se réinventer. Fournisseur régulier de bon nombre de théâtres et de restaurants parisiens qui lui ont confié l’élaboration de leur carte des vins, son patron, Paco Mora, a dû trouver d’autres débouchés pour maintenir son activité. Comme ailleurs, les clients ont répondu présents dès le début du confinement, faisant parfois la queue deux heures avant de pouvoir entrer dans la boutique un par un. « Très vite, explique le caviste, j’ai mis en place un système de rendez-vous tous les quarts d’heure, comme chez le médecin, pour éviter l’attente. Et je faisais des livraisons gratuites dans toute l’Île-de-France. L’A86 était déserte, je mettais vingt-cinq minutes au lieu des deux heures habituelles. » Mais pour Élodie, Agnès, Sandrina, Vincent, Paco et les autres, dont la vie repose sur les rencontres, les dégustations, le partage et les joyeux débordements que le vin parfois procure, le plus important n’est pas le chiffre d’affaires en hausse. Tous disent leur impatience de revoir, un jour, sous les yeux qui brillent, la possibilité d’un sourire.

 

Malgré la crise, les cavistes se maintiennent en bonne forme

 

Empêchés de se rendre au restaurant ou dans des bars, les Français se sont tournés vers ces professionnels de proximité qui connaissent en moyenne une hausse de leur chiffre d’affaires.

Par Coline Vazquez

 

En 2020, plus de huit cavistes sur dix ont dit avoir augmenté leur chiffre d’affaires de l’ordre de 10 à 20 %. Pixabay

 

 

À défaut de pouvoir boire un verre de vin ou un cocktail en terrasse, les Français se tournent vers leurs cavistes pour déguster de bons crus. La profession a en effet été mise en lumière par la crise sanitaire qui maintient fermés bars et restaurants.

 

 « Il y a une tendance générale qui s’est accélérée avec la crise qui consiste à se reconnecter à son environnement proche. Les cavistes ont donc plutôt consolidé leur rôle en soignant la relation humaine avec leurs clients », explique au Figaro Nathalie Viet, déléguée générale du syndicat des cavistes professionnels (SCP). Un phénomène qui se traduit par une hausse moyenne de leur chiffre d’affaires sur l’année 2020. Selon une enquête de la Confédération générale de l’alimentation en détail (CGAD), sur les commerces alimentaires spécialisés de proximité, plus de huit cavistes sur dix ont dit avoir augmenté leur chiffre d’affaires de l’ordre de 10 à 20 % contre un peu moins d’un commerce sur deux pour le reste des établissements de proximité interrogés par l’enquête. « Il y a une vraie bonne santé des cavistes sur la fin de l’année ce qui est logique puisque c’est une période de fête », analyse Nathalie Viet. Ces bons résultats se poursuivent en 2021 puisqu’en janvier un peu plus de sept cavistes sur dix connaissaient une activité stable ou en hausse par rapport à l’année précédente.

 

Les cavistes de province en difficulté

 

La déléguée générale du syndicat des cavistes tient toutefois à nuancer cette bonne forme générale soulignant des « situations disparates ». Selon elle, si les grandes villes comme Paris ont bénéficié d’un report de la consommation des bars et restaurants et du besoin de retrouver du lien social par le commerce de proximité, les cavistes de provinces sont, eux, plus en difficulté. « Ils ont souffert de l’impossibilité des rassemblements entre amis ou familiaux » qui s’est moins ressentie dans les grandes villes. « Le caviste est un commerce de province et très réparti sur le territoire. Ceux de la capitale ne représentent que 20 % des 5800 points de vente », rappelle Nathalie Viet. Les professionnels situés dans les zones touristiques ont eux aussi accusé le coup.

 

En ce qui concerne 2021, le syndicat des cavistes professionnels veut rester optimiste. Même si bars et restaurants rouvrent leurs portes, le secteur compte sur « la fidélisation de ces clients qui ont découvert les cavistes ». D’autant que même si les Français voudront sortir de chez eux et consommer dans ces établissements, « certains ont pu goûter ces derniers mois de très bonnes bouteilles qu’ils n’osaient pas s’offrir au restaurant et qui sont à des tarifs plus abordables chez nous », ajoute Nathalie Viet. Sans compter que bon nombre de cavistes avaient pour clients bars et restaurants et attendent donc leur réouverture avec impatience.

 

Quant à la filière viticole, elle a été lourdement touchée par la crise mais aussi par les taxes douanières imposées par Donald Trump sur plusieurs pays européens, dont les vins français. Mais elle vient d’enregistrer une première victoire. Début mars, l’administration Bien a décidé de suspendre pour quatre mois la surtaxe imposée par son prédécesseur

 

Confinement, couvre-feu... Avec les restrictions, les cavistes connaissent un très bon cru

Les vendeurs de vins, champagnes et spiritueux connaissent, depuis la mise en place des restrictions de déplacement, une croissance à deux chiffres. Ils profitent de la fermeture des bars ou restaurants et du retour en force des commerces de proximité

Par Elie Julien 

Le 10 mars 2021 

 

«On se demande d’où ça sort! Chaque jour on a des surprises, c’est inespéré. Les gens boivent mieux.» Comme l’explique Baptiste Léger, caviste chez Nicolas dans le XVIIIe arrondissement de Paris depuis novembre 2014, le secteur a connu «une explosion du marché depuis décembre 2020». Sur ces dernières semaines, le groupe Nicolas, qui rassemble 500 magasins dans toute la France, dont 320 en région parisienne, observe une hausse des ventes de vins, spiritueux et champagnes de 20 à 25 %.

 

Selon la direction du groupe qui fêtera son bicentenaire l’an prochain, il y a des décennies que l’entreprise n’avait pas connu un tel début d’année. La secrétaire générale des 5800 cavistes professionnels, Nathalie Viet, confirme une hausse nationale de 10 à 20%.

 

Chez Baptiste, la hausse de fréquentation est de 15% en février et 19% en janvier (par rapport à l’an dernier). «Maintenant, on a du monde toute la semaine. Même le week-end, cela augmente avec 150 à 200 ventes le samedi», apprécie le caviste. Outre la fréquentation, le panier moyen a lui aussi grimpé: «on est passé de 20 euros à 25-27 euros», assure Baptiste. Un regain d’activité qui s’explique par plusieurs facteurs.

Bars et restaurants remplacées par des soirées à domicile

 

Au premier rang des causes de cette hausse, on retrouve bien entendu la fermeture des bars et restaurants. Un report mécanique dont auraient davantage bénéficié les cavistes que la grande distribution. Selon la Fédération du Commerce et de la Distribution, en janvier, les ventes de vins ont augmenté de 9,5% par rapport à décembre 2020, un mois favorable aux vins. Sur un an, la hausse «n’est que» de 2%. «Cette dernière se tourne elle aussi vers nous pour commander», dévoile Christopher Hermelin, directeur communication et marketing chez Nicolas.

 

Mais la vraie hausse tient plutôt aux rassemblements organisés à domicile, souvent au grand dam du gouvernement et des recommandations à limiter les repas et apéritifs collectifs. Les cavistes sont les premiers témoins de ces organisations de soirées, en hausse alors que certaines régions du pays entament leur vingtième semaine de restrictions (confinement et couvre-feu) consécutives.

 

«Lorsque l’on a une commande de livraison de 24 bouteilles un vendredi soir, notre client ne nous cache pas qu’il organise une fête à neuf ou dix, admet Baptiste. Mais ils ne faut pas les blâmer. La plupart du temps, ce sont des soirées à six maximum», assure le confident de nombreux parisiens. Dans sa rue, un petit cheminement entre sa fromagère voisine et lui révèle le succès des raclettes et autres fondues. «Des plats que l’on partage rarement à deux», s’amuse Baptiste.

 

Mais outre ces rassemblements, qui remplacent les repas ou verres entre amis au bar après le travail, les fameux «after-work», le caviste observe un autre phénomène. «J’ai des commandes pour des repas d’affaires à domicile. Ces clients, qui ont un bon budget, prennent un repas à emporter dans un restaurant et viennent chercher du vin ici. Ils se rendent compte que l’on fait moins de marge que les restaurants, donc ils achètent même des très bons vins». Les livraisons et commandes sur Internet ont aussi connu une hausse de 20%, comme dans de nombreux secteurs.

 

Licenciée en août à cause du Covid, Pauline Minier, 25 ans, ne pouvait rêver meilleur départ pour sa société Caviste en Ligne. Lancée il y a trois mois, elle a vu le nombre de livraisons de ses vins bio à Paris croître exponentiellement avec jusqu’à sept livraisons par jour le week-end.

Télétravail et isolement

 

La mise en place d’un service de conseil et commande par téléphone, lancé pendant le premier confinement par le groupe Nicolas, a connu un réel succès. «Beaucoup de personnes sont isolées depuis des mois. Le contact humain des cavistes est clairement recherché. Sans oublier que certains ont peur, sanitairement, de sortir de chez eux», observe Christopher Hermelin, la patron de la communication.

 

Une tendance accélérée par le confinement et le couvre-feu. Un aspect sociétal que veut rappeler Nathalie Viet. «Ces achats ne se limitent pas a un produit. Le vin, ce n’est pas que de l’alcool. C’est aussi du goût, qui rassure dans notre société, qui fait du bien au moral et à l’estomac lorsque l’on est en perte de sens», fait-elle remarquer. Le vin comme valeur refuge, en somme.

 

Le télétravail, parfois difficile pour certains, a aussi été l’occasion de prendre des initiatives absente lors de repas en entreprise ou avec les collègues. «Beaucoup de Français ont besoin et envie de se faire plaisir. Il n’est pas rare que nos clients nous confient boire un verre en déjeunant le midi chez eux, ce qu’ils ne faisaient pas avant », assure Christopher Hermelin.

 

C’est le cas d’Aby, une pétillante habitante du XVIIIe arrondissement de Paris. «Cela m’arrive, reconnait la trentenaire. Je vais de plus en plus chez le caviste depuis un an, mais cela reste majoritairement pour des soirées chez des amis. Mon caviste connait mes goûts et ça compte». Elle achète ainsi deux bouteilles à 10-15 euros par semaine. «Au supermarché, on ne sait pas ce qu’on achète. On fait souvent en fonction du prix en se disant que c’est gage de qualité», raconte celle qui travaille en immobilier d’entreprise.

La filière vin reste en grande difficulté

 

Si cette cliente fidèle continuera à soutenir son commerce de proximité, l’avenir est toutefois brumeux pour le secteur. Qu’en sera-t-il à la réouverture des bars et restaurants? «Pas d’euphorie» confie-t-on chez Nicolas, qui, comme la représentante de la filière, ne s’attend pas à une année de croissance en 2020.

 

«Peut-être que nos prix, nos conseils, la qualité de nos produits vont faire rester les nouveaux clients, souvent des jeunes. Sinon, ils reprendront leurs habitudes...», n’ose pas se mouiller Baptiste. «Les clients séduits par la proximité vont rester. Mais les cavistes ont souffert de l’annulation de mariages, de la chute du tourisme, la fermeture des restaurants routiers...», tempère Nathalie Viet, du syndicat des cavistes.

 

D’ailleurs, la hausse de ces ventes chez les cavistes ne se ressent du côté des producteurs. Selon le Comité national des interprofessions du vin (Cniv), la seule fermeture des restaurants et bars en 2020 a généré 1,5 milliard d’euros de perte. Ce à quoi il faut ajouter la taxe Trump - que vient de supprimer Joe Biden- et qui a coûté 400 millions d’euros à la filière l’an dernier. Sans oublier le quasi-arrêt des exports... FranceAgriMer calcule une perte d’un milliard d’euros (-11% en volume) après cinq années consécutives de croissance.

 

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