Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 06:00

Cary Grant: son « homosexualité », un piège à femmes

Dans son dernier opus d’Ellroy La tempête qui vient page 58 il écrit : « Le baisodrome de Chapman Park affiche complet ce soir Cary Grant, Stanwyck la gouine et Ruth Mildred Cressmeyer partouzent avec « Monsieur 25 centimètres », Tony Mangano. »

 

La tempête qui vient par Ellroy

 

Barbara Stanwyck – Ruby Catherine Stevens de son vrai nom-, née le 16 juillet 1907 à Brooklyn, dans un milieu très défavorisé. ICI

 

Ruth Mildred Cressmeyer voir ci-dessous :

25 mai 2015

Ça balance dur sur le Hollywood des années 4O avec James Ellroy « Je suis perchée sur un canapé dont s’est servi Gary Cooper pour sauter Barbara Stanwyck. » ICI 

 

Ellroy est un habitué, il ne se cache pas derrière son petit doigt.

 

La trilogie Underwood U.S.A  de James Ellroy. C'est du lourd. Des pages éblouissantes, du pourri, des personnages vérolés : Nixon, Edgar Hoover, Howard Hughes, des stars dont « la gouine exhibitionniste, qui broutait des minous dans les soirées hollywoodiennes» : Nathalie Wood.

 

Résultat de recherche d'images pour "la mort aux trousses"

 

L’élégant et impeccable Cary Grant le héros de « La mort aux trousses » a connu une vie privée pour le moins tumultueuse. Grand séducteur il faisait fantasmer les spectatrices. Ses frasques sentimentales faisaient d'ailleurs les choux gras de la presse à scandale, avec pas moins de 5 mariages, notamment avec des actrices de trente ans plus jeunes que lui.

 

Après un premier divorce en 1934, Cary épouse la richissime Barbara Hutton. Il la quitte en 1945 mais demeure très proche de la belle mondaine. Il s’unit ensuite à l’actrice Betsy Drake, qui l’initie aux drogues et à la méditation. Le couple se sépare en 1962 et Cary convole avec la jeune Dyan Cannon, qui l’accuse rapidement de violences conjugales. Le divorce est prononcé en 1968 et Cary épouse Barbara Harris, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1986.

 

Bisexuel, il a eu de nombreuses relations masculines, toujours cachées à une époque où il ne faisait pas bon avouer son homosexualité à Hollywood. Il vivra ainsi douze ans avec l'acteur Randolph Scott, alors même qu'il était censé être en couple avec sa première épouse, dont il divorça d'ailleurs rapidement pour violences conjugales.

 

L’acteur avait aussi ses démons intérieurs.

 

Télérama très porté sur le divan – pas celui où il sautait Barbara Stanwyck, voir plus haut – nous met au parfum.

 

« Tout le monde veut être Cary Grant. Moi aussi, je veux être ­Cary Grant », disait l'acteur. Ce doute existentiel, il l'a traîné (presque) toute sa vie.

 

Tiraillé entre ce « Cary Grant », star hollywoodienne qui commence sa carrière en 1932, et Archibald Alexander Leach, jeune homme né dans une famille modeste à Bristol, en 1904, devenu acrobate avant de rejoindre les Etats-Unis. Kidel raconte comment, dans les années 1950, Grant a entamé une thérapie à base de LSD pour soigner (avec succès !) sa dépression. Le traitement, proposé alors par certains psychiatres californiens, visait à libérer l'inconscient, grâce aux puissantes visions que suscite la drogue. A l'instar d'un Marlon Brando, les fêlures intimes de l'acteur transparaissent souvent à l'écran. Certains réalisateurs, comme Alfred Hitchcock, ont su les sublimer. Relecture de quelques-uns de ses classiques à l'aune de sa vie privée.

ICI 

 

Scotty Bowers a 89 ans, il est arrivé à Hollywood en 1944. Embauché comme pompiste dans une station-service sur Hollywood Boulevard, le jeune marine passe rapidement à une seconde activité lorsqu’il se voit proposer une passe à 20$ par l’acteur Walter Pidgeon (« La planète interdite ») pourtant marié. Voilà le genre de souvenirs cocasses et aventures tumultueuses que nous livre Scotty Bowers dans « Full Service. My Adventures in Hollywood and the Secret Sex Lives of the Stars ».

 

Pendant trente ans, ce bisexuel et prostitué occasionnel sera le fournisseur quasi officiel des conquêtes d’un soir ou de plusieurs années du gratin de Hollywood. Dans son ouvrage, Scotty Bowers détaille par exemple les parties « à trois » avec Cary Grant et son « colocataire », l’acteur Randolph Scott, sa liaison avec l’actrice Vivien Leigh (« Un Tramway nommé désir ») ou encore l’appétit sexuel vorace d’Edith Piaf avec qui il aurait couché « tous les soirs pendant quatre semaines », quand elle tournait à Los Angeles.

La suite ICI 

 

Cary Grant. Mort à l'âge de 82 ans en 1986, l'acteur a laissé derrière lui un nombre inimaginable de chefs d'œuvres, ainsi qu'une fille qui publie aujourd'hui un livre hommage à son papa star.

 

Jennifer Grant est l’unique  fille de Cary Grant, elle est  née le 26 février 1966 à Burbank Californie de l’union de l’acteur avec Dyan Cannon, la quatrième femme de Cary Grant de trente-trois ans son ainé, qu'elle épousa le 22 juillet 1965 à Las Vegas. Elle quitta Grant en décembre 1966, déclarant qu'il entrait souvent dans des rages soudaines et la battait quand elle lui « désobéissait ». Le divorce, finalisé en 1968, fut amer et public, et la bataille pour la garde de leur fille dura dix ans.

 

Jennifer Grant a toujours eu un petit béguin pour son père comme beaucoup de petites filles avant elle. Oui mais voilà, le papa de Jennifer s'appelait Cary Grant et c'était un merveilleux acteur qui a entre autre donné la réplique à Audrey Hepburn et Grace Kelly. Et puisque Jennifer est fière de son géniteur, elle a décidé de lui consacrer un livre: Good Stuff : A Reminiscence of My Father, Cary Grant.

 

Dans cette biographie familiale, elle y raconte que Cary Grant était un vrai papa poule qui la conduisait à l'école, qui lui racontait des histoires et qui gardait chaque photo et chaque morceau de papier qui le rattachait à sa fille.

 

Super papa, Cary Grant était aussi un homme plein d'humour si on en croit sa fille. Alors que des rumeurs sur sa possible homosexualité ont toujours couru à Hollywood, Jennifer explique que son père s'en est toujours amusé. « Il ne pouvait pas en vouloir aux hommes de le désirer. Papa flirtait parfois gentiment en retour ! » Elle ajoute du bout de sa plume : « Quand on lui posait la question, généralement il se concentrait sur la personne qui la posait ». Jennifer Grant conclut non sans humour : « Papa aimait bien qu'on pense qu'il était gay. Il disait que ça donnait encore plus envie aux femmes de prouver que cette affirmation était fausse ».

 

« On ne peut pas blâmer des hommes de l’avoir voulu et je ne serais pas étonnée d'apprendre que Papa a même doucement flirté… » Un homme sollicité par certains mâles qui a « aimé être qualifié d’homosexuel. Il disait que ça poussait les femmes à vouloir prouver le contraire. »

 

Cary Grant était perçu comme un électron libre du fait qu'il était le premier acteur "indépendant", à contre-courant du vieux système des studios, qui décidaient des évolutions de leurs acteurs. Il put ainsi avoir le contrôle de chaque aspect de sa carrière. Il décidait quels films tourner et s'impliquait dans le choix du réalisateur et de ses partenaires et négociait même parfois un pourcentage sur les bénéfices, un privilège rare à l'époque mais désormais courant parmi les grandes stars.

 

Il fut nommé deux fois aux Oscars dans les années 40 mais, étant l'un des premiers acteurs indépendants des grands studios, il ne l'obtiendra pas durant ses années d'activité. Ce n'est qu'en 1970 que l'académie lui remit un Oscar d'honneur pour sa carrière. En 1981, il reçut les honneurs du Kennedy Center.

 

Partager cet article

Repost0
9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 06:00

 

Don de Jacques Dupont

Souvenez-vous les pinzutu de l’enquête Corse confiée à Jack Palmer !

 

C'est beau la Corse.

 

C'est juste une île un peu compliquée pour un continental.

 

 

Jack Palmer, parti sur l'île de beauté à la recherche d'un certain Ange Leoni pour lui remettre un testament lui léguant une bergerie, va en goûter tout le suc : le voilà en bute aux indépendantistes de Corsa Corsica,  à ceux du Canal Inattendu, sans parler bien sûr de la Concoctée ou de la Reconcoctée.

 

Allez savoir ?

 

Évidemment les pandores sont sur l'affaire, mais tranquillement, depuis les paillotes du préfet Bernard Bonnet, on ne joue plus avec les allumettes dans la gendarmerie. L’affaire serait plutôt du ressort de la police judiciaire mais la brigade anti-terroriste, comme c’est une affaire de bergerie, l'ombre du berger de Cargèse plane, est sur le qui-vive.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "Pétillon Berthomeau"

 

Bref, tout ça pour vous dire que lorsque les très hauts propriétaires de châteaux de la presqu’île du Médoc, du côté de Margaux, apprirent que le château Palmer venait de recruter une bergère, en conclave dans un château dont je ne citerai pas le nom, décidèrent à l’unanimité de faire appel au flair de Jack Palmer pour enquêter.

 

Ce qui suit est une libre interprétation fidèle du texte de Vincent Remy LE SUC DE LA TERRE paru dans l’œil de Palmer 2020. Que l’auteur en soit remercié ainsi qu’Annabelle Grellier.

 

 

Il me sera beaucoup pardonné par Thomas Duroux, à mon âge j’ôse tout…

 

« Des vaches dans les prés du domaine et des brebis dans les vignes ! Château Palmer produit son compost, à partir de ses fumiers, ses sarments broyés et ses rafles de vendange. »

 

Enfer et damnation, mais où va-t-on ?

 

Jack Palmer débarqua à la gare de Bordeaux Saint Jean par un train de nuit, fin juillet 2019, puis il prit un Uber pour rallier le château Palmer sis à Margaux. La canicule s’était abattue sur le Médoc. Aux premières lueurs du jour, sanglé dans son imperméable mastic style inspecteur Colombo, Palmer découvrit avec stupeur un tracteur qui ronronnait dans un pré. Au loin, avant la chaleur accablante, Émilie la bergère et Pierre l’éleveur s’affairaient à rentrer les foins. Ils alignaient les bottes sur la remorque qu’ils allaient conduire à la bergerie de Château Palmer.

 

Résultat de recherche d'images pour "jack palmer"

 

Dans le train Palmer avait lu dans un vieux numéro de la RVF que le domaine détenait les plus beaux terroirs de graves de l’appellation Margaux, il s’attendait donc à découvrir des monceaux de tonneaux mais, oh surprise, il contemplait une quinzaine de Bordelaises, des vaches à l’élégante robe mouchetée de noir, dite pigaillée.

 

 

C’était la race des châteaux, lui dit-on, elle était fort répandue dans les riches prairies alluviales comme dans les zones sablonneuses du littoral. Les plus grands châteaux possédaient un troupeau pour le lait et la fumure des vignobles. Elle avait connu dans les années 1920-1930 son apogée : « pensez-donc environ de 8 000 têtes ! » Mais une sélection trop esthétique au détriment de la foutue productivité fit qu’elle se fit damer le pion par la frisonne pie noire. Sa dernière participation au Concours Général Agricole date de 1939. L’espèce a failli disparaître. Depuis 2013, Château Palmer participe à sa renaissance, conduite par le Conservatoire des races d’Aquitaine.

 

Sabrina Pernet, la directrice technique du Château Palmer, rassura Palmer qui se voyait déjà revivre l’embrouillamini de la bergerie d’Ange Leoni.

 

« Nous n’avons pas des vaches pour le décor, mais parce que nous avons décidé de produire notre compost pour fertiliser les vignes. Il nous fallait donc du fumier »

 

Il faisait aussi chaud qu’à son arrivée sur le tarmac de Campo del Oro, mais Palmer qui n’avait repéré dans le secteur aucun membres du F.L.D.B : le Front de libération de la biodynamie, très présents au sein du CIVB, écouta sagement les explications de Sabrina Pernet et en resta bouche bée.  

 

« L’idée a germé il y a une dizaine d’années. Tous les sarments issus de la taille hivernale étaient alors brûlés. Se posait donc la question de cette matière organique perdue, du carbone rejeté dans l’atmosphère, alors que la propriété achetait du compost et des engrais. « On a décidé de récupérer ces sarments, de les broyer et de les composter, mais il nous fallait aussi de la matière animale. Comme on n’avait pas encore de bêtes, juste quelques brebis, on a acheté du fumier à un éleveur bio, Jean-Denis Dubois. C’est ainsi qu’est né notre premier tas de compost. »

 

Au fil des ans, l’affaire a pris une belle ampleur.

 

Sabrina pris Palmer par le bras pour l’emmener à la parcelle des Blés, non loin du Château, un terrain entouré de vignes sur lequel sont alignés plusieurs andains d’une cinquantaine de mètres chacun. Ici, les sarments de l’hiver. De décembre à mars, lorsque le sol est suffisamment sec, une machine attelée à un tracteur les ramasse et les broie. Là, le fumier, provenant de la bergerie et de l’étable. Plus loin, deux tas moins imposants, les déchets verts collectés tout au long de l’année par Vincent Le Falher, le jardinier du Château, et le tri de vendange, rafles et débris végétaux, que les coups de bec des oiseaux ont un peu éparpillé. Dans quelques jours, une pelle mécanique effectuera le mélange des tas, godet après godet. « Au début, nous avons tâtonné, se souvient Sylvain Fries, qui dirigeait alors le pôle d’expérimentations de Palmer.

 

Subjugué, Palmer, qui n’y comprenait goutte, prit un air inspirer pour boire les paroles de Sabrina (il se serait bien éclusé un pastis Dami, l’empereur des pastis corses, pour étancher sa soif mais ce n’était ni le jour ni l’heure)

 

 

L’équipe visita des propriétés, consulta des professionnels, et constata que les tas de grande hauteur montaient vite en température et atteignent 80 degrés. « À de tels sommets, beaucoup d’éléments nutritifs disparaissent. Avec nos tas étalés, nous montons à 50-55 degrés, ce qui suffit pour dénaturer les micro-organismes indésirables, notamment les maladies du bois ou graines à germer, sans détruire le potentiel de fertilisation. »

 

Tout aussi important est le pourcentage de matière animale et végétale.

 

« Au début, nous faisions un compost trop ligneux. Très stable, il améliorait la structure des sols, mais n’était pas assez nutritif. Il faut quand même que le compost relâche un peu d’azote pour les plantes ! Aujourd’hui, il est équilibré. »

 

 

Ils se dirigèrent vers l’étable, du côté des vignes de Boston. L’air était oppressant. Ce serait  la plus chaude journée de l’année. Dans la fraîcheur de l’étable, Pierre et Émilie firent les présentations. Quatre jeunes Bordelaises les accueillent dans leur enclos. Puis leurs voisines, une vingtaine de brebis et quelques chèvres. Pierre s’occupe plutôt des premières, Émilie des secondes. Tous deux se lancent dans un comparatif des fumiers, et des quantités de rebuts de râtelier, ou soutrage — herbe séchée issue des prairies de Palmer —, à ajouter aux déjections. Où l’on comprend que l’expérience du bon ratio est essentielle ! Émilie avait tendance, les premières années, à trop pailler le fumier de ses brebis, alors trop sec, et qui peinait à se dégrader, d’autant que la bête piétine avec légèreté. Côté vaches, les déjections sont plus liquides, et les bêtes de 500 kilos écrasent et enfoncent la paille qu’on apporte sous leurs sabots tous les deux jours.

 

Palmer déboussolé se disait dans sa petite Ford d’intérieur « Adieu, vaches, cochons, couvée… » loin des senteurs du maquis il se requinquait en faisant tourner dans sa tête les paroles d’Émilie jolie.

 

Pierre, agronome un jour agronome toujours, démonstration visuelle à l’appui tente de convaincre Palmer de l’utilité de mêler deux matières bien différentes, fumiers bovin et ovin.

 

« Dans le Médoc, on ne voit que de la vigne, très peu d’animaux. Et pourtant, les propriétés utilisent du fumier. D’où vient-il ? De régions d’élevage, comme la Bretagne qui, elles, ont trop de matière organique. Elle se déverse dans les sols, engendre le nitrate et les algues vertes. D’où l’intérêt de mêler culture et élevage... »

 

Palmer branla du chef en signe d’acquiescement, souvenir de son enquête en Bretagne.

 

 

 

Il était heureux tout comme Pierre et Émilie, qui sont heureux de travailler dans un domaine viticole qui a abandonné les engrais de synthèse, et rétabli la présence animale. Pierre apprécie « un cadre de travail rare », où il peut rendre visite à ses vaches quotidiennement : « Aucune d’entre elles n’est agressive ». Émilie et Pierre sont attentifs à l’état de santé de leurs bêtes. Ils connaissent suffisamment bien Marguerite, Mirabelle, Lupin, Narcisse, Négrette, Nérine, Olivier ou Orchidée, pour détecter les soucis éventuels, privilégient les remèdes naturels préventifs, et les traitements parasitaires ciblés.

 

Palmer intimidé n’osait pas suggérer d’en prénommer une Colomba en souvenir de Mérimée.

 

Ses papilles furent excitées lorsqu’on évoqua le compost millésimé

 

« Le compost, c’est comme le vin, il y a les bons millésimes. Tout dépend de la température et des précipitations... »

 

Pour Sylvain Fries, une bonne année suppose des pluies fines et épisodiques. Car, trop sec, le compost se minéralise, devient cendreux. Pour pallier l’absence de précipitations, l’arrosage doit être modéré et régulier, sans quoi les éléments nutritifs, lessivés, se retrouvent dans le sol qui l’héberge. « Il existe des composts sur aires bétonnées, avec arrosage », poursuit Sabrina Pernet. Mais nous avons préféré que le nôtre soit à même le sol, car nous tenons à rester sur une petite échelle. »

 

Palmer sourit comme le ravi de la crèche.

 

Outre la forme des tas et le taux d’humidité, la durée du compostage importe. Un compost jeune, trois mois de maturation, apportera davantage d’éléments nutritifs — l’azote, principalement, qui favorise la pousse du végétal — qu’un compost d’un an qui améliorera la structure des sols. À Château Palmer, on préfère des composts relativement âgés, parce que les sols du Médoc sont des graves sableuses qui comportent peu d’argile, et assez peu de matière organique. On analyse le compost avant de décider de sa répartition sur les parcelles. Le jeune est réservé aux complantations, et aux parcelles nouvellement plantées — il donne alors un coup de pouce et aide au démarrage du pied.

 

Sabrina reprenait les rennes :

 

« La vigne n’a pas besoin de beaucoup d’apport organique, c’est pour cela qu’on ne met du compost qu’au départ, puis tous les trois ou cinq ans, au cas par cas », Notre objectif n’est pas seulement un apport de matière, mais d’énergie, de structure, de micro-organismes. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est intéressant que le compost soit issu de matières premières du terroir de Palmer ».

 

Palmer opine du bonnet.

 

C’est Vincent Jaraudias, chef de culture, qui fait l’épandeur.

 

Chaque automne, il définit un plan d’action, note les quantités de jeune et vieux compost à répartir sur environ un tiers des parcelles, distribue leur feuille de route aux chauffeurs. L’affaire est bouclée en une ou deux semaines. Vincent connaît chacune de ses parcelles, et accorde une attention particulière à celles qui manquent de matière organique. Il tient compte de l’historique, de la « carte de la vigueur » élaborée dans l’été, du rendement des dernières vendanges, et des observations faites tout au long de l’année. De l’avis de tous, grâce au compost et à l’herbe dans les vignes, la couleur et l’odeur des sols du domaine ont changé. Les analyses montrent que les taux de manière organique ont doublé, que l’herbe pousse désormais là où elle n’avait jamais poussé.

 

Palmer songe à Attila.

 

« Quand on prend une motte de terre, on voit que la structure est grumeleuse et qu’elle se tient. Auparavant, quand on retournait la terre après la pluie, c’était souvent du béton. Maintenant, elle s’effrite comme de la farine. »

 

En écoutant Sabrina Pernet Palmer se réjouit : «  Ouf, ce n’est pas ici, comme à Calvi, que je vais me faire rouler dans la farine… »

 

Dès la sortie de l’hiver, les vignes de Palmer se couvre d’herbe.

 

Palmer se roulerait bien un petit joint…

 

Vincent reprenait les choses en mains :

 

« L’herbe crée un système racinaire dense, rendant parfois les sols plus difficiles à travailler »

 

Résultat de recherche d'images pour "Pétillon Berthomeau"

 

À la fois ravi... et inquiet de voir le travail augmenter ! Car si l’herbe entre les rangs est bienvenue, améliore la portance des tracteurs et entraîne une concurrence salutaire pour la vigne, elle est inutile entre les pieds. « Il ne faut pas se laisser envahir », poursuit-il, n’oubliant pas pour autant de saluer l’arrêt des herbicides, qui détruisent toute végétation en surface et ne permettent pas de connaître l’état du sol : « Or, lorsqu’une plante ou une herbe adventice apparaît, c’est ton sol qui parle... »

 

Palmer se dit comme à Jeanne à Domrémy-la-Pucelle…

 

Résultat de recherche d'images pour "Pétillon Berthomeau"

 

Dans cette histoire à dormir debout jouons à saute-moutons, nous sommes maintenant en novembre 2019, et nous broutons dans les vignes…

 

Le spectacle, inédit dans le Médoc, fait plaisir à voir. Des brebis dans les vignes ! Elles mâchonnent consciencieusement, sous l’œil attentif de Ben et Hiphop, les deux border collies de Pierre et Émilie.

 

« Hiphop est une chienne très calme, qui ne met pas la pression et conduit cent vingt brebis sans problème. Ben colle aux bêtes, elles partent dans tous les sens. C’est un mâle, il s’est calmé depuis que Pierre s’en occupe... », s’amuse Émilie.

 

Palmer s’amuse aussi.

 

« Il convient mieux aux vaches, parce qu’elles ont plus de répondant. Il se méfie davantage », confirme Pierre.

 

Le tandem fait paître les brebis dans la plupart des parcelles du domaine, de la fin des vendanges au mois d’avril. Château Palmer n’a qu’une vingtaine de bêtes, mais travaille avec des bergers locaux qui mettent à disposition leurs brebis cinq mois dans l’année. Un troupeau arrive début novembre, un second à Noël, et depuis l’an dernier un troisième en février, lorsque les sols commencent à se réchauffer et que l’herbe pousse plus vite. Soit un total de deux cent bêtes qu’il faut ramener chaque soir à la bergerie.

 

Les brebis ne se contentent pas de pâturer et d’entretenir l’enherbement au plus court, elles rendent les sols fertiles. Sabrina se réjouit du spectacle. Elle évoque un cycle vertueux :

 

« Un compost de qualité donne vie aux sols, où se développe une flore diversifiée, entretenue par des brebis qui transmettent leur cortège digestif de micro-organismes. »

 

À l’évidence, l’idée d’avoir un compost qui vient de la propriété n’est pas affaire de prestige.

 

« Nous, vignerons, ne sommes pas là pour nourrir la plante, mais pour que le sol soit vivant et que la plante ait tout pour se développer correctement sur ce sol bien structuré. Or, rien n’est le mieux adapté à un terroir que ce qui en vient ! Aller chercher du compost ou des amendements à l’autre bout de la France ne va pas dans le sens d’une entité autonome », poursuit Sabrina Pernet.

 

Elle aime rappeler l’ambition de Thomas Duroux : « Mettre un lieu dans un verre. » Le compost n’est qu’un outil, une clé de la réussite de Château Palmer, qui a su magnifier ce cycle interne de la matière vivante.

 

Jack Palmer tout ému remercia tous ceux qui l’avaient si bien accueilli et leur déclara larme à l’œil : « Si Pétillon était encore de ce monde il se serait fait une joie de pondre une BD « L’enquête de Jack Palmer sur le suc de la terre de château Palmer »

 

Résultat de recherche d'images pour "Pétillon et le vin"

Résultat de recherche d'images pour "Pétillon et le vin"

Partager cet article

Repost0
8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 06:00

L'apport de la culture à l'économie en France

Matzneff par ci, Matzneff par là, c’est la curée, tout le monde se réveille en sursaut ou fait semblant : le Parquet, le Ministre de la Culture via le CNL, les mea-culpa pleuvent comme à Gravelotte, des vidéos sortent du bois, sur un site web récemment supprimé, Gabriel Matzneff racontait ses activités pédophiles, tout le monde savait mais se taisait.

 

Comme j’aime bien savoir je suis allé voir :

 

AFFAIRE MATZNEFF : L’AIDE PUBLIQUE VERSÉE À L’AUTEUR DEVRAIT LUI ÊTRE RETIRÉE

 

Comme révélé par plusieurs médias, l’allocation annuelle aux auteurs que touche Gabriel Matzneff depuis 2002 de la part du Centre national du livre (CNL) devrait lui être retirée.

 

A en croire le JDD, l’écrivain aurait touché au total 160.500 euros de la part de cet établissement public, en raison de son âge (83 ans actuellement) et de ses faibles revenus (contrôlés chaque année). Franck Riester, le ministre de la Culture, avait annoncé sur Twitter qu’il avait demandé un audit pour avoir "toutes les précisions" sur la situation de Gabriel Matzneff. Vincent Monadé, président du CNL, a pris les devants en lui écrivant pour demander que cette aide sociale ne soit plus accordée à l’écrivain. Une communication officielle est attendue en début de semaine à ce sujet.

 

La suite ICI

 

Et puis chemin faisant, me souvenant de Jack Lang et de sa passion pour la jachère cynégétique en Sologne et de mon ami Jean-François Collin, membre de mon cabinet, occupant le poste de secrétaire général du Ministère de la Culture je suis tombé sur les rapports de l’Inspecteur Général des affaires culturelles Serge Kancel.

 

Un brin d’histoire :

 

Le Ministère de la Culture le décret fondateur du 24 juillet 1959 est rédigé par Malraux lui-même.

 

De Gaulle à Michel Debré « Il vous sera utile de garder Malraux. Taillez pour lui un ministère, par exemple, un regroupement de services que vous pourrez appeler «Affaires culturelles». Malraux donnera du relief à votre gouvernement. »  (Voir plus bas)

 

C’est donc un tout jeune Ministère, bien doté « Vendredi 27 septembre 2019, rue de Valois, à Paris, le ministre de la Culture Franck Riester a présenté le budget 2020 de la Culture. Un budget globalement stable, en hausse de 73 millions d’euros, pour un total de 8,2 milliards provenant directement du ministère. »

 

Le Ministère de l’Agriculture autonome a été créé le 14 novembre 1881 par Gambetta, en se détachant du Ministère du Commerce, ce fut pour des raisons politiques afin d’amarrer le monde à la IIIe République (lire ICI 

 

C’est un vieux Ministère avec 4,8 milliards d’euros, l’enveloppe du ministère de l’Agriculture augmente de 1 % pour 2020. Ce budget prévoit notamment un renforcement de la prévention des risques sanitaires, et le maintien d’une réserve pour faire face à d’éventuelles crises. Mais il y a la PAC la France en est le premier destinataire avec des transferts avoisinant actuellement 9 milliards d'euros par an. ICI  

 

Et puis je suis tombé sur une interview de Serge Kancel ICI 

 

Question : Certains rapports ont d’ailleurs mis en lumière le poids de la culture dans l’économie…

 

SK : Oui, en 2012-2013 j’ai fait un rapport avec l’Inspection générale des Finances sur le poids de la culture dans l’économie autrement dit sur le "PIB culture". Il avait un peu fait parler de lui à l'époque parce qu’on a pu mettre en valeur le fait que la culture créait autant de valeur ajoutée que toute la filière agricole et agro-alimentaire et sept fois plus que l’industrie automobile. C’est une chose qui avait rarement été dite : il n’existait pas de chiffres disant « la culture, ça pèse tant dans la création de la richesse ».

 

Vous me connaissez je suis allé le consulter :

 

Rapport public : L'apport de la culture à l'économie en France

Date de remise : 15 décembre 2013

Auteur(s) : Serge Kancel - Jérôme Itty - Morgane Weill - Bruno Durieux

Auteur(s) moral(aux) : Inspection générale des Finances Inspection générale des Affaires culturelles

ICI 

 

Bruno Durieux

 

« Conseiller au cabinet de Raymond Barre (1976-1981), ancien député (1986-1994), ancien ministre (Santé, 1990-1992, Commerce extérieur, 1992-1993), Bruno Durieux est maire de Grignan dans la Drôme. Ancien élève de l’École polytechnique, administrateur de l’INSEE, inspecteur général des finances, il conjugue une double formation scientifique et économique avec une expérience approfondie de la vie publique. »

 

Ministre sous Rocard, Cresson, Bérégovoy c’est un IGF au tour extérieur.

 

Le rapport, comme il se doit, présente la belle aridité qui sied aux rapports publics, surtout lorsque nos chers membres de l’IGF y mettent leur grain de sel, il s’adresse aux initiés, les Ministres ne lisent pas, les membres de leur cabinet jettent un œil mais ils ont tant de tâches plus gratifiantes à accomplir, les services ont d’autres chats à fouetter, les gens de culture je ne sais, les députés… ICI 

 

Bref, voilà un rapport très intéressant qui, même « s’il a fait un peu fait parler de lui au dire de Serge Kancel » il gît paisiblement sous une fine couche de poussière dans les archives de la rue de Valois.

 

C’est regrettable, car ce rapport est fort intéressant, une mine, mais pour avoir fréquenté pendant 10 ans les allées du pouvoir je n’ai jamais pu convaincre mes Ministres de valoriser le travail de ceux qui finissent leur carrière dans ce qu’ils nomment avec ironie « le gagatorium ».

 

J’ai terminé ma carrière de non-fonctionnaire comme mis à disposition du CGAER, le gagatorium agricole qui regroupe les IPEF, les Vétérinaires-Inspecteurs et les Inspecteurs Généraux de l’Agriculture.

 

Désolant mais c’est ainsi que fonctionnent nos décideurs…

 

Je suis d’autant plus sensible au « PIB culture » que ma fille et son mari sont des petits producteurs indépendants de cinéma avec Mille et Une productions ICI (Le cauchemar de Darwin, les chèvres de ma mère, Merci patron… deux césars et des prix de festival…) ils ont bien du mal à se tenir la tête hors de l’eau, les grosses machines absorbent la presque totalité de l’argent.

 

Je leur dédie cette chronique.

 

 

De la belle ouvrage, difficile d’accès mais dont je vous propose la synthèse très complète : 3 pages pour un rapport de 86 pages ICI 

 

SYNTHÈSE

 

1. La culture contribue pour 3,2 % à la richesse nationale et emploie 670 000 personnes

 

Le rapport de l’inspection générale des finances (IGF) et de l’inspection générale des affaires culturelles (IGAC) délimite dans un premier temps le périmètre économique de la « culture ». À côté des activités de production et de diffusion « spécifiquement » culturelles, le rapport identifie les activités ayant avec celles-ci un lien d'interdépendance suffisamment étroit pour être définies comme « indirectement » culturelles et être intégrées dans le périmètre pour leur part effectivement culturelle (part des entreprises du BTP spécialisées dans la restauration du patrimoine bâti, rayons culturels des grandes surfaces, etc.).

 

Les activités culturelles ainsi définies représentent en 2011 une valeur ajoutée de 57,8 Md€, soit 3,2 % de la somme des valeurs ajoutées de l’économie française, ce chiffre représentant l’évaluation la plus proche de ce que l’on pourrait appeler le « PIB culturel ».

 

C'est, en valeur ajoutée, l'équivalent du secteur de l’agriculture et des industries alimentaires (60,4 Md€), deux fois les télécommunications (25,5 Md€), quatre fois l’industrie chimique (14,8 Md€) ou l’assurance (15,5 Md€), sept fois l’industrie automobile (8,6 Md€).

 

La part de la culture dans la valeur ajoutée a régulièrement augmenté (à prix constants) entre 1995 et 2005 où elle atteignait 3,5 % pour reculer depuis de cette année. La baisse de 0,3 points observée depuis 2005 peut avoir diverses origines propres à certains secteurs : évolutions structurelles de la masse salariale ou des marges commerciales, baisse des prix des équipements technologiques grand public, effondrement du secteur de la musique enregistrée, mutations en profondeur du lectorat (presse et livre), captation d'une part de la valeur par des acteurs (notamment numériques) hors périmètre strictement culturel et/ou non français, crise économique à l’œuvre depuis 2008...

 

L'apport de la culture à l'économie est le deuxième agrégat défini par le rapport, en ajoutant à la valeur ajoutée des activités culturelles telle que définie supra les effets induits par les activités spécifiquement culturelles sur les secteurs économiques « non culturels » (consommation d'énergie, de transports, de biens courants, etc.) : cet apport (valeur ajoutée + activités induites) est de 104,5 Md€, soit l'équivalent de 5,8 % de la somme des valeurs ajoutées nationales (il s'agit ici d'un « équivalent » et non d'un pourcentage).

 

Le troisième agrégat est la production totale de biens et services culturels (129,8 Md€).

 

Plus délicat méthodologiquement (des double-comptes étant susceptibles d’exister entre deux entreprises commerçant entre elles), l’agrégat de la production présente l'intérêt contenir la part de la valeur ajoutée (57,8 Md€), à laquelle s’ajoutent les consommations intermédiaires pour former l’ensemble de la production. La valeur ajoutée représente donc 44,5 % de la production culturelle, chiffre confirmant que la culture est un secteur à forte valeur ajoutée, intermédiaire entre ce que l'on constate pour les purs services marchands (part de la valeur ajoutée de la production de 56 %) ou non-marchands (74 %), et pour les branches industrielles (27 %).

 

Enfin, la valeur ajoutée des secteurs liés au rayonnement et à l’attractivité de la France (luxe, mode, gastronomie et arts décoratifs) est évaluée par le rapport à 40,3 Md€ ce chiffre ne dissociant pas artificiellement au sein de l'activité générale (par exemple l'habillement) ce qui serait la part « culturelle » (par exemple la mode).

 

Les emplois dans les entreprises culturelles représentent 670 000 personnes en 2010, que ces emplois soient de nature culturelle ou non, soit 2,5 % de l’emploi total en France, avec une concentration dans le spectacle vivant (150 000 emplois), la publicité (100 000) et la presse (87 000). Ce chiffre a globalement progressé de 2 % entre 2008 et 2010, soit 13 000 emplois créés, même si certains secteurs ont supprimé des emplois comme le livre, la restauration du patrimoine et, surtout, les industries de l’image et du son et la presse.

 

2. L’impact de l'intervention financière publique est de nature différente selon les secteurs

 

L'intervention de l'État dans le domaine de la culture et de la communication, tous modes confondus, est en 2012 de 13,9 Md€ : 11,6 Md€ en crédits budgétaires, 1,4 Md€ en dépenses fiscales et 0,9 Md€ en taxes affectées à différents organismes de redistribution (CNC, CNL, CNV, etc.). Sur ce total, 9,3 Md€ sont retenus par le rapport comme ayant un impact direct sur l’économie des secteurs culturels. Cette somme équivaut à 16,1 % de la valeur ajoutée culturelle et 7,2 % de la production, ces pourcentages pouvant être considérés comme une approche de l'impact sectoriel de l'intervention de l’État.

 

Deux secteurs sont particulièrement investis par une intervention publique structurante, équivalant à peu près à 30 % de la production : l'accès à la culture et aux savoirs (bibliothèques, archives, enseignement culturel) et l'audiovisuel (soutien aux entreprises et, pour le public, redevance audiovisuelle et compensation du manque-à-gagner publicitaire en prime time). À l'opposé, quatre secteurs sont faiblement impactés par l'intervention publique, qui équivaut à moins d'1 % de la production : les arts visuels (marché de l'art, design, photographie), le livre, l'architecture (hors écoles d'architecture) et les industries de l'image et du son. Entre ces extrêmes, l'intervention publique se situe dans une fourchette intermédiaire pour quatre secteurs, impactés à l'équivalent de 5 à 7 % de la production : le cinéma, le patrimoine, la presse et le spectacle vivant.

 

Parallèlement, l'effort des collectivités territoriales en faveur de la culture est de 7,6 Md€ en 2010 (chiffres provisoires, métropole et outremer), dont 4,5 Md€ des communes de plus de 10 000 habitants (de l'ordre de 8 % de leur budget global), 1 Md€ des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), 1,4 Md€ des départements et 0,7 Md€ des régions.

 

3. Les secteurs créatifs du jeu vidéo, de l’audiovisuel, du cinéma et de la mode présentent une structuration de la valeur ajoutée proche, mais des défis différents à l’international

 

L'économie de la création de ces secteurs, qu'il était demandé aux inspections générales d'étudier, est le fait de petites entités à l'équilibre fragile, dépendant d’une économie de prototypes malaisément « industrialisable ». Le financement de la création reposant en grande partie sur le secteur aval, et celui-ci exerçant de ce fait un contrôle plus ou moins direct sur les contenus, la gestion des droits est essentielle pour les créateurs (lutte contre le piratage et les contrefaçons, cessions aux éditeurs). C'est en intégrant les différents segments de cette chaîne de valeur que quelques acteurs français majeurs ont émergé au cours des années récentes.

 

Si elle est plus récente et plus limitée dans les secteurs du jeu vidéo et de la mode que pour le cinéma et la production audiovisuelle, l’intervention publique vise des finalités communes : renforcer l’équilibre financier et la compétitivité des structures de création, promouvoir une qualité et une diversité dans la production, attirer ou maintenir l’activité sur le territoire national.

 

Autant si l’export constitue une modalité « supplémentaire » de rentabilisation de l’œuvre dans l’audiovisuel (les chiffres à l'export équivalant à 7 % du total des devis de programmes aidés) et le cinéma (18 % rapporté aux investissements dans les films français), autant  l'export est au cœur du modèle d’affaires du jeu vidéo (31 % du chiffre d’affaires des studios de développement et 36 % de celui des éditeurs) et de la mode (28 % du chiffre d’affaires à l’international).

 

Le numérique transforme en profondeur et de façon « disruptive » les usages et les modes de consommation des produits culturels industriels. Si le premier segment impacté est celui de la distribution/diffusion, le secteur de la création l'est également par l'irruption de nouveaux modèles économiques permettant aux créateurs de s’affranchir partiellement du financement par les « éditeurs » (chaînes de télévision, éditeurs de jeux vidéo...). Une part de la valeur ajoutée s'en trouve captée par les plateformes numériques chargées de l’intermédiation entre les créateurs et les consommateurs (Apple, Google, Amazon...), les mettant en position de force pour attirer les ressources publicitaires et pour imposer leurs conditions aux créateurs.

 

4. Une corrélation positive existe entre les initiatives culturelles et le développement local

 

Les études réalisées en France dans les dernières dizaines d’années sur l'impact local de manifestations culturelles sont disparates en termes de méthodes, de résultats et de pertinence. Un récent travail de consolidation méthodologique a été réalisé à l'initiative de l'État en liaison avec des collectivités territoriales : prise en compte par les études des seuls impacts effectivement imputables à la manifestation, équilibrage des échanges entrants sortants entre le territoire impacté et l'extérieur et, au-delà de l'impact primaire (dépenses des organisateurs et des visiteurs), prise en compte de l'impact secondaire (échanges interentreprises , dépenses des personnes rémunérées par les organisateurs).

 

Si elles s'éloignent de certains chiffrages délibérément optimistes, les évaluations menées selon cette méthodologie montrent l'existence d'un impact substantiel : un festival peut engendrer communément pour l'économie locale des retombées de 30 à 40 € par visiteur, et l'impact global direct peut être de l'ordre du tiers ou de la moitié du budget d'organisation, un coefficient multiplicateur de 1,3 à 1,8 permettant de prendre en compte l'effet indirect de diffusion dans le tissu économique local.

 

Par ailleurs, en s’inspirant de l'observatoire mis en place par l’Insee sur l’impact à venir du Louvre-Lens, les deux inspections générales ont élaboré une méthodologie visant à rechercher l’existence d’une corrélation entre une implantation culturelle structurelle (équipement fixe, festival reconduit sur la durée) et le développement à long terme d’un territoire. Pour ce faire, ont été identifiés 43 « bassins de vie » ayant bénéficié d’implantations culturelles significatives entre 1996 et 2008, puis pour chacun d'entre eux les cinq bassins de vie « témoins » les plus proches sur les plans démographiques, géographiques et économiques (sur la base du référentiel d’analyse territoriale de l’Insee) tout en n'ayant pas bénéficié d'implantation culturelle notable sur cette même période.

 

L'examen des évolutions respectives de performances entre les territoires sélectionnés et les « témoins » (mesurées par six variables socioéconomiques d’activité et d'attractivité) penchent en faveur des territoires ayant bénéficié d'implantations culturelles. Même s'il serait imprudent de parler de causalité directe entre implantation culturelle et performance socioéconomique (l'un pouvant engendrer l'autre et réciproquement), le rapport met en lumière l'existence d'une corrélation positive entre les deux. L’analyse des bassins de vie particulièrement performants peut suggérer en outre qu'une implantation culturelle est d’autant plus déterminante que le bassin de vie est relativement modeste en termes de population.

 

André Malraux

Malgré quelques tentatives vite interrompues durant les régimes précédents, le ministère des Affaires culturelles est véritablement né en France avec la Ve République. Le Général de Gaulle conseille en effet à son Premier ministre Michel Debré de proposer un ministère à André Malraux :

 

« Il vous sera utile de garder Malraux. Taillez pour lui un ministère, par exemple, un regroupement de services que vous pourrez appeler «Affaires culturelles». Malraux donnera du relief à votre gouvernement. »

 

Malraux accepte. Par cette création, actée le 3 février 1959, d'un ministère de plein exercice, le général envoie un signe fort aux Français à savoir que pour lui le rayonnement mondial de la France doit passer aussi par le rayonnement de sa culture.

 

Le décret fondateur du 24 juillet 1959, rédigé par Malraux lui-même, donne à ce ministère la « mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ».

 

Le nouveau ministère rassemble des services rattachés jusqu'alors à divers départements ministériels : à l'Éducation nationale (la direction générale des Arts et Lettres, la direction de l'Architecture, la direction des Archives de France), à l'Industrie et au Commerce (le Centre National de la Cinématographie), et au Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports. Composé au début de son existence de quatre services d'administration centrale, ce nombre de services ne va cesser de croitre entre 1959 et 2002 au fur et à mesure de l'accroissement des missions du ministère. La direction du livre est créée en 1975 (sous la mandature de Michel Guy). En 1978, Jean-Philippe Lecat se voit attribuer le portefeuille de la communication. En revanche, même si Malraux le souhaitait, l'action culturelle extérieure de la France est toujours restée sous l'égide du ministère des Affaires étrangères.

 

Parallèlement des directions régionales des affaires culturelles, services déconcentrés représentant l'ensemble des secteurs du ministère et placés sous l'autorité des préfets de régions, vont s'implanter progressivement sur tout le territoire y compris dans les DOM TOM.

 

Pour accompagner son développement, l'administration culturelle va créer des établissements publics pour leur confier différentes missions de service public : institutions muséales et patrimoniales, écoles d'enseignement supérieur culture, centres de création et de diffusion du spectacle vivant, etc.

 

 

 

Serge Kancel : Mon parcours, je dirais qu'il est assez classique voire assez linéaire, puisque j’ai fait Sciences-Po Paris puis l’ENA, dont je suis sorti au début des années 80, et j’ai pour l'essentiel occupé par la suite différents postes liés aux politiques culturelles : la Direction de l’Architecture, une mobilité à la Direction de la Musique à la tête du département des musiques actuelles qui avait été créé par Maurice Fleuret, directeur de la musique de l’époque, puis les Espaces Protégés, le Livre et la lecture, etc.. Un peu de cabinets ministériels, puis la Commission européenne à Bruxelles, où pendant 3 ans j’ai animé le programme de coopération dans le domaine culturel entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, Caraïbes, Pacifique. Je suis aujourd'hui Inspecteur général des affaires culturelles. Ce qui consiste concrètement à produire chaque année un certain nombre de rapports d'analyse, d'évaluation et de propositions sur des sujets divers touchant à la politique culturelle ou à l'administration de la culture.

Partager cet article

Repost0
28 décembre 2019 6 28 /12 /décembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "photo d'Aylan"

Session de rattrapage : 28 décembre 2016

Le massacre des Saints innocents le 28 décembre…

 

Un seul commentaire, celui d’un pays :

 

Aucune description de photo disponible.

Ce "golfe du Morbihan" en prélude de la publication
de mon roman du début de l'année: "Les femmes du Duer"

 

A la lecture de cet article, me vient deux anecdotes. Lorsque nous autres en voie de paganisme nous mettions en doute et en question la bonté de Dieu face aux misères du monde, à la guerre ou à la mort, ma très chère mère, avec sa foi chevillée au corps, nous assurait sans hésiter que "le bon Dieu punit ceux qu'il aime"... ça ne passait pas ma comprenoire cartésienne et j'en suis là.. Deuxième fait: au fond du chœur de l'église de La Mothe, lieu des ébats liturgiques de notre taulier, à droite, un vitrail, tout en hauteur, représente une scène de martyre. Un homme agenouillé sur un carrelage attend la décapitation qu'un métèque, debout derrière lui, lui promet en brandissant un cimeterre... Ceux de la laïque, dont j'étais, allaient au catéchisme le mardi midi de midi à midi et demi. Intrigué et tourmenté par cette scène atro ce, du haut de mes 9 ans (1952), je demandai au curé ce que cela représentait. Réponse: " On verra ça plus tard, vous êtes trop petits pour comprendre..." Nous étions innocents, je le suis resté, je n'ai jamais eu l'explication de ce vitrail !

 

Voici l’histoire :

 

« Les mages vinrent à Jérusalem, s’informant de la naissance du nouveau roi que leur annonçaient les présages. Et Hérode, en les entendant, craignit que, de la famille des vrais rois de Judée, un enfant ne fût né qui pourrait le chasser comme usurpateur. Il demanda donc aux rois mages de venir lui signaler l’enfant royal dès qu’ils l’auraient trouvé, feignant de vouloir adorer celui qu’en réalité il se proposait de tuer.

 

Mais les mages s’en retournèrent dans leur pays par une autre route. Et Hérode, ne les voyant pas revenir, crut que, honteux d’avoir été trompés par l’étoile, ils s’en étaient retournés sans oser le revoir ; et, là-dessus, il renonça à s’enquérir de l’enfant. Pourtant, quand il apprit ce qu’avaient dit les bergers et ce qu’avaient prophétisé Siméon et Anne, toute sa peur le reprit, et il résolut de faire massacrer tous les enfants de Bethléem, de façon que l’enfant inconnu dont il avait peur pérît à coup sûr.

 

Mais Joseph, averti par un ange, s’enfuit avec l’enfant et la mère en Égypte, dans la ville d’Hermopolis, et y resta sept ans, jusqu’à la mort d’Hérode. Et Cassiodore nous dit, dans son Histoire tripartite, qu’on peut voir à Hermopolis, en Thébaïde, un arbre de l’espèce des persides, qui guérit les maladies, si l’on applique sur le cou des malades un de ses fruits, ou une de ses feuilles, ou une partie de son écorce. Cet arbre, lorsque la sainte Vierge fuyait en Égypte avec son fils, s’est incliné jusqu’à terre, et a pieusement adoré le Christ. »

 

St Augustin dépeint la scène : « Les mères s’arrachaient les cheveux ; elles voulaient cacher leurs petits-enfants, mais ces tendres créatures se trahissaient elles-mêmes ; elles ne savaient pas se taire, n’ayant pas appris à craindre. C’était un combat entre la mère et le bourreau ; l’un saisissait violemment sa proie, l’autre la retenait avec effort. La mère disait au bourreau : « Moi, te livrer mon enfant ! Mes entrailles lui ont donné la vie, et tu veux le briser contre la terre ! » Une autre mère s’écriait : « Cruel, s’il y a une coupable, c’est moi ! Ou bien épargne mon fils, ou bien tue-moi avec lui ! » Une voix se faisait entendre : « Qui cherchez-vous ? Vous tuez une multitude d’enfants pour vous débarrasser d’un seul, et Celui que vous cherchez vous échappe ! » Et tandis que les cris des femmes formaient un mélange confus, le sacrifice des petits enfants était agréé du Ciel. »

 

Jean, dans l'Apocalypse, montre les Saints Innocents entourant le trône de l’Agneau parce qu’ils sont purs, et Le suivant partout où Il va. « Demanderez-vous, dit Bernard de Clairvaux, pour quels mérites ces enfants ont été couronnés de la main de Dieu ? Demandez plutôt à Hérode pour quels crimes ils ont été cruellement massacrés. La bonté du Sauveur sera-t-elle vaincue par la barbarie d’Hérode ? Ce roi impie a pu mettre à mort des enfants innocents, et Jésus-Christ ne pourrait pas donner la vie éternelle à ceux qui ne sont morts qu’à cause de Lui ? Les yeux de l’homme ou de l’ange ne découvrent aucun mérite dans ces tendres créatures ; mais la grâce divine s’est plu à les enrichir. » L’Église a établi leur fête dès le IIe siècle.

 

Source ICI 

 

Image associée

 

Ceux qui suivent sur ce blog les pérégrinations de Pax savent qu’il est friand d’expositions, de hauts lieux de l’art.

 

Alors, si j’osais, je conclurais en lui lançant : « Pax au tableau, parlez-nous des Fresques de l'église San Francesco à Assise ! »

 

Mais, en dépit de l’extrême courtoisie qui à nos relations, je me permets pas une telle trivialité…

 

 C’est ICI

 

Giotto a commencé son apprentissage auprès Cimabue entre dix et quatorze ans. Un voyage à Rome a probablement complété la formation du jeune peintre, après quoi il a suivi son maître sur le plus grand « chantier » en Italie de l’époque, l'église Saint François à Assise.

 

Giotto : Vue de l’église Saint François realisée en 1228. Assise, couvent Saint François

 

Cimabue est en charge de la décoration de l’église supérieure, nouvellement érigée. Lorsqu’il quitte Assise pour s'acquitter d'autres obligations, plusieurs de ses assistants et journaliers, dont Giotto, restent sur le chantier. Au même moment arrivent des peintres romains, dirigée par Jacopo Torriti : ainsi plusieurs groupes travaillent les uns à côté des autres. Rapidement la personnalité de Giotto et la qualité de son travail se dégagent et il devient indépendant. Les Franciscains lui demandent rapidement de devenir le maître d’oeuvre du chantier de décoration.

 

Le sanctuaire Saint François à Assise se compose de deux églises superposées, l’église inférieure et l’église supérieure. La première pierre de l’église inférieure est posée par le pape Grégoire IX, au lendemain de la canonisation de saint François, le 17 juillet 1228. Deux ans plus tard, le corps du saint, déposé provisoirement dans l'église San Giorgio est inhumé dans la basilique en secret, par crainte des pillages et des profanateurs de tombes, l’église étant. La date du début des travaux de l’église supérieure n’est pas connue mais le chantier a probablement débuté après la retraite en 1239du supérieur de l’ordre et successeur de saint François, Frère Elia, qui avait jusque-là réalisé des travaux de la basilique romane inférieure. Les deux églises sont consacrées par le pape Innocent IV en 1253.

 

Giotto : Eglise inférieure Saint François d’Assise : vue depuis l’ouest sur le chœur

 

2.1.1. Fresques du transept nord

 

La voûte du transept nord est décorée de fresques représentant des scènes de la vie du Christ. La paternité directe de Giotto en est très débattue : ces scènes ont probablement été exécutées par son atelier, mais sous la direction du maître. Un chef-d’œuvre de Cimabue, la Vierge trônant avec l'Enfant (Maesta) a été épargnée par Giotto et maintenu en place.

 

ICI

 

Image associée

Le massacre des Innocents. 1310s. Fresque. Assise, église inférieure Saint François, transept nord

Poussin, Picasso, Bacon, Le Massacre des Innocents au Domaine de Chantilly ICI

 

Partager cet article

Repost0
27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "L’Affolante histoire de la vache folle Jacob Duvernet, 1996. Martin Hirsch"

Enchaîner sur la vache folle à la suite d’une chronique sur le bœuf和牛wagyū le « caviar de la viande » c’est osé mais l’actualité prime : des chercheurs pensent avoir établi l’origine possible de la maladie de la vache folle.

 

La vache folle ma première gestion de crise.

 

Nous venions juste de nous installer au 78 rue de Varenne, en 1986, lorsque la nouvelle nous est tombée dessus. J’étais directeur-adjoint du cabinet d’Henri Nallet (j’occupais le plus beau bureau de l’hôtel de Villeroy au rez-de-jardin, c’est aujourd’hui celui du Ministre, c’est Edgar Faure qui pour des motifs frivoles s’était installé à l’étage). Avec le Ministre, Jean Nestor le directeur du cabinet, Gilles Pelsy un brillant ingénieur passionné de ce nous appelions encore l’informatique  (c’est important car le jeune homme maniait l’internet naissant et va nous dire sue des études évoquent la transmission au chat, donc une transmission inter-espèce) nous décidâmes de proposer au Premier Ministre de fermer la frontière aux importations de viandes et de bovins britanniques. Ébraiements des gnomes des Finances, des gens chez nous « Bruxelles va voir rouge», doutes de nos vétérinaires : « ça ne se transmet pas à l’Homme, c’est la bonne vieille tremblante du mouton », mais Rocard nous suit.

 

Bien sûr, fermer la frontière faisait plaisir à nos producteurs de viande bovine mais le doute jeté par Gilles Pelsy dans nos esprits avait joué un rôle important dans cette décision qui se révélera, 10 ans plus tard, comme la bonne. La Commission nous intima l’ordre de lever le blocus, ce que nous fîmes avec lenteur et mauvaise grâce.

 

Simple remarque à l’attention de celles et ceux qui affirment aujourd’hui que les décideurs politiques doivent suivre les yeux fermés, sans contester, les avis des autorités scientifiques, que dans le cas de l’ESB leur absence de curiosité  a fait qu’ils furent de mauvais bergers. Par charité chrétienne je ne citerai pas de noms.

 

Le titre de ma chronique L’Affolante histoire de la vache folle est celui d’un livre, publié en 1996 lorsque l’ESB quitta son simple statut de maladie animale, des scientifiques évoquaient la possibilité de sa transmission à l'Homme par le biais de la consommation de produits carnés, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, une maladie de même nature que l'ESB.

 

Ce fut en effet l’affolement.

 

Le 21 mars 1996, une déclaration officielle du gouvernement du Royaume-Uni, évoqua la transmission de la maladie bovine à l'Homme. Les médias s’emparèrent de l'affaire, les réseaux sociaux n’existaient pas mais ce fut une traînée de poudre, le grand public, les consommateurs prirent conscience de pratiques courantes en élevage jusqu'alors ignorées : l'utilisation de farines animales issus de l’équarrissage pour l'alimentation des bovins.

 

Ce fut une crise sans précédent.

 

Tout ça parce que le gouvernement de madame Thatcher avait abaissé les températures de chauffage des farines.

 

Le premier cas de « vache folle » en Grande- Bretagne date de 1985. En 1988, Margaret Thatcher interdit les farines animales dans l'alimentation du bétail mais les fabricants obtiennent un délai de cinq semaines pour écouler leurs stocks. Ainsi furent semés des germes de mort. En 1989, un embargo sur le bétail né avant le 18 juillet est décrété. Mais en 1996, le gouvernement britannique annonce que l'ESB pourrait être transmise à l'homme. Aussitôt est décidé un embargo sur toutes les viandes bovines provenant d'outre- Manche. La Commission européenne se révèle alors incapable de créer un organisme de contrôle scientifique indépendant des pressions de toutes sortes qui s'exercent à Bruxelles.

 

Pendant dix ans, les conservateurs au pouvoir à Londres ont martelé que la viande bovine britannique était inoffensive. Un ministre de l'Agriculture s'est même exhibé à la télévision offrant un hamburger à sa petite-fille!

 

Publication d'un rapport sur l'épidémie britannique, 16 volumes pour dénoncer l'incurie des autorités.

Christophe BOLTANSKI — 27 octobre 2000

 

Les conservateurs, au pouvoir pendant toute la période couverte par l'enquête, ont présenté hier leurs «excuses». Pas moins de quatre anciens ministres figurent dans la liste des personnalités «critiquées» à titre personnel. Ils ont pris des mesures souvent «sensées», mais «pas toujours à temps» et sans vérifier leur mise en place.

 

«Nourriture infectée». Certains retards se sont avérés fatals pour l'élevage bovin britannique qui, au total, a dû sacrifier 4,3 millions de têtes. En juin 1988, le gouvernement de Margaret Thatcher a bien interdit l'utilisation de protéines animales dans l'alimentation du bétail. Mais sous la pression du lobby agricole, les fabricants de farines animales ont obtenu un délai de cinq semaines pour écouler leurs stocks, alors que chaque jour supplémentaire se traduisait par des centaines de bêtes infectées. Même après la date butoir du 18 juillet 1988, les équarrisseurs n'ont pas respecté l'interdit, faute de contrôle. «Il est clair que de la nourriture infectée a continué à être donnée au bétail dans des quantités substantielles.»

 

Alors que les scientifiques nourrissaient des craintes pour la santé humaine dès la découverte en 1986 de l'encéphalopathie spongiforme bovine, les conservateurs ont répété pendant dix ans que le boeuf ne présentait aucun danger. C'est l'époque où le ministre de l'Agriculture, John Gummer, offrait à sa fille un hamburger devant les photographes. «Le gouvernement n'a pas menti au public. Il pensait que le risque posé par l'ESB aux humains était faible et voulait prévenir une réaction de panique. Il est clair que cette campagne de réconfort était une erreur.»

 

La suite ICI 

 

L’affolement fut immense car des chiffres prédictifs Creutzfeldt-Jakob : jusqu'à 50 ans d'incubation

 

«Il y aura des millions de morts.» La prophétie a résonné dans tous les médias du Royaume-Uni et par-delà les mers. Elle était proférée par le microbiologiste Richard Lacey au printemps 1996.

 

«Il faut s'attendre à voir au minimum 5 000 cas par an au début du siècle prochain.» «Et cela jusqu'en 2015», assène-t-il en mars 1996. Professeur de microbiologie à l'université de Leeds, spécialiste de la transmission de la salmonelle de l'animal à l'homme, Lacey a eu le mérite de compter parmi les scientifiques qui ont mis en garde, dès 1990, contre le risque d'une contamination humaine par l'ESB.

 

Cinq ans et demi plus tard, alors que l'Angleterre comptabilise 113 cas et la France 5, deux équipes de biostatisticiens répondent, dans Science (1): l'épidémie sera vraisemblablement de faible taille. Quelques centaines de morts, voire quelques milliers, en une vingtaine d'années. «Si ces prévisions sont exactes, on se retrouve dans l'ordre de grandeur d'un risque alimentaire classique, comme la listériose», commente Martin Hirsch, directeur de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Subit optimisme? Non. Ces deux dernières études confirment la discrète mais régulière érosion du nombre de cas de v-MCJ prédits par les modèles épidémiologiques depuis deux ans. Ainsi, on reviendrait de loin. De l'apocalypse.

 

Creutzfeldt-Jakob : un nouveau cas détecté en France 11/06/2012

 

C'est le premier en 3 ans, et le 26e au total recensé dans l'Hexagone.

 

Un nouveau cas du variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ), la forme humaine de la maladie de la vache folle, a été signalé en France, portant le total à 26 cas répertoriés depuis 1996, selon le dernier point du réseau national de surveillance de la maladie. Il s'agit du premier cas signalé depuis trois ans en France.

 

Le vMCJ, forme humaine de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), est lié à l'ingestion de produits bovins contaminés, comme la cervelle. Cette maladie cérébrale rare est due à un agent infectieux de type particulier, le prion. Elle évolue vers une démence puis, en 6 à 18 mois, vers la mort.

 

Sur ces 26 cas de vMCJ (12 hommes, 14 femmes) certains ou probables identifiés en France, à ce jour, tous sauf le dernier sont décédés.

 

Les 25 décès sont intervenus en 1996 (1 cas), 2000 (1 cas), 2001 (1 cas), 2002 (3 cas), 2004 (2 cas), 2005 (6 cas) en 2006 (6 cas), 2007 (3 cas) et 2009 (2 cas).

 

La médiane des âges lors du décès ou du diagnostic est de 37 ans (entre 19 et 58 ans). Parmi eux, huit patients résidaient en Ile-de-France et 18 en province. Une des victimes avait séjourné très régulièrement au Royaume-Uni pendant une dizaine d'années à partir de 1987.

 

La Grande-Bretagne, où est apparue l'épidémie de la vache folle, compte, selon les derniers chiffres arrêtés au 11 juin 2012, un total de 176 cas du nouveau variant, tous décédés.

 

Vache folle. Des chercheurs pourraient avoir identifié l’origine de la maladie

 

Des chercheurs pensent avoir établi l’origine possible de la maladie de la vache folle. Un résultat qui montre, selon eux, l’importance de maintenir les mesures de précaution en vigueur pour éviter une réémergence de cette maladie.

 

Si plusieurs hypothèses ont été émises pour expliquer l’apparition de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), ou « maladie de la vache folle », au Royaume-Uni dans les années 1980, aucune n’a jusqu’ici pu être vérifiée de façon expérimentale.

 

L’ESB appartient à la famille des maladies à prions, des maladies neurodégénératives qui existent chez de nombreux autres animaux (tremblante du mouton, par exemple) comme chez l’être humain (maladie de Creutzfeldt-Jakob). Les prions, des protéines qui peuvent devenir pathogènes en adoptant une forme anormale, sont différents dans chaque espèce.

 

Étude concluante sur des souris

 

En injectant une variante particulière de tremblante du mouton (« l’AS pouratypical scrapie ») à des souris fabricant le prion d’origine bovine (à la suite d’une manipulation génétique), les chercheurs ont montré non seulement que cette maladie avait la capacité de franchir la barrière des espèces, mais que les rongeurs transgéniques développaient l’ESB, selon leur article publié dans la revue scientifique américaine PNAS .

 

Les souris génétiquement modifiées de la sorte sont un très bon modèle, qui fonctionne bien pour savoir ce qui se passerait si on exposait des vaches à ces prions-là, a expliqué à l’AFP Olivier Andreoletti, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui a dirigé l’étude.

 

Ces résultats s’expliquent par la présence de faibles quantités d’ESB classique de façon naturelle dans les prions d’AS, détaille l’INRA dans un communiqué.

 

Pour la première fois, ces données apportent une explication expérimentalement étayée à l’apparition de la maladie de la vache folle au milieu des années 1980 au Royaume-Uni.

 

La « maladie de la vache folle » s’est propagée parmi les bovins dans toute l’Europe, l’Amérique du Nord et de nombreux autres pays.

 

Des mesures coûteuses pour lutter contre la maladie

 

L’ESB s’est ensuite propagée parmi les bovins dans  « toute l’Europe, l’Amérique du Nord et de nombreux autres pays », vraisemblablement par le biais de leur alimentation comportant des farines de carcasses et d’abats d’animaux (bovins ou ovins) atteints d’encéphalopathie spongiforme.

 

L’exposition de consommateurs à des produits issus de bovins infectés par l’ESB a été à l’origine de l’émergence d’une forme variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

 

En Europe, les mesures sanitaires prises dans les années 1990 (interdiction des farines animales, surveillance des contaminations croisées, destruction des tissus à risque le plus élevé…) ont considérablement ralenti la courbe de l’épizootie.

 

« Ces mesures sont toujours en place, mais elles coûtent très cher », ce qui pousse les industriels et certains responsables sanitaires à pousser en faveur de leur élimination, pour recommencer à recycler ces protéines de bonne qualité au lieu de les jeter, y voyant une alternative à l’importation de soja, observe Olivier Andreoletti.

 

Mais s’il y a une source avérée d’ESB, le fait de recommencer ces pratiques non vertueuses fait courir le risque de voir réémerger la maladie, avertit le chercheur.

L’origine de l’encéphalopathie spongiforme bovine identifiée ?

La transmission de la tremblante atypique (maladie à prion des petits ruminants) à des souris exprimant la protéine prion d’origine bovine entraîne la propagation de la forme classique de l’encéphalopathie spongiforme bovine. C’est ce que démontre une équipe européenne menée par des chercheurs de l’Inra et de l’ENVT dans une étude publiée dans PNAS le 16 décembre 2019. Ces résultats pourraient expliquer l’apparition au milieu des années 80 de cette zoonose bovine et interrogent sur sa possible réémergence.ICI

Partager cet article

Repost0
24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 06:00

Comme plus personne ne fait de la politique, l’heure est aux ébraiements de tous bords, que les intellos sont portés disparus, à la veille de la Nativité, un petit coup de travelling arrière m’a semblé le bienvenu.

 

Résultat de recherche d'images pour "françois truffaut biographie"

 

En mars 1981, François Truffaut adhère au comité de soutien de Mitterrand. Il apparaît même en photographie sur un tract-affiche du comité, intitulé « Pour nous c’est Mitterrand », diffusé à la mi-avril 1981, à plusieurs millions d’exemplaires dans les grandes villes de France. Dix-huit personnalités y figurent, dont Jean-Claude Casadesus, Vladimir Jankélévitch, Françoise Sagan, Alexandre Minkowski, Haroun Tazieff, Anna Prucnal et Catherine Lara, Gérard Depardieu et Annie Duperey. Dix autres personnalités ont écrit un court texte justifiant leur engagement : Pierre Mendès-France, Régis Debray, François-Régis Bastide, Léopold Sedar Senghor, René Fallet… »

 

S’y ajoutent, une cinquantaine de professionnels du cinéma, dont René Allio, Gérard Blain, Claude Chabrol, Costa-Gavras, Gérard Depardieu, Jacques Demy, Michel Piccoli, Marie Dubois et Brigitte Fossey.

 

Que du beau linge !

 

« Truffaut n’a connu dans sa vie d’homme mûr, Truffaut n’a connu que des gouvernements conservateurs. Mais il ne s’engage pas au point d’aller lui-même voter. D’ailleurs, Laura ne se prive pas de critiquer son père, elle qui est heureuse de bénéficier, grâce à Giscard, du droit de vote à dix-huit ans. « Je lui disais que ce n’était pas bien : si on appelle à voter, on doit voter soi-même. Lui disait le contraire, qu’il avait bien plus d’influence en appelant à voter. » Mais le cinéaste n’est pas à une contradiction près lorsqu’il s’engage sur le terrain politique. »

 

Résultat de recherche d'images pour "les affiches de la campagne présidentielle de 1981 Mitterrand"

 

 Truffaut soutien Mitterrand, alors qu’il ne l’apprécie que modérément, le jugeant trop politicien, plus un habile stratège qu’une autorité morale. Les deux hommes n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour mieux se connaître, déjeunant ensemble chez Lipp à plusieurs reprises dans le courant des années soixante-dix. Comme c’était le cas en 1974, Truffaut penchait d’abord en faveur de Michel Rocard, au moment où Mitterrand et lui étaient encore rivaux pour représenter la gauche socialiste aux élections présidentielles. Au lendemain d’un passage remarqué de Rocard à la télévision, Marcel Ophuls avait écrit à Truffaut pour le convaincre d’apporter son soutien à l’ancien leader du PSU : « Si cela s’avérait nécessaire, j’aimerais pouvoir essayer de vous convaincre. Je sais qu’en tant que « tête politique » je jouis d’un certain prestige auprès de vous J’aimerais à présent pouvoir en profiter, parce que je crois que c’est très important… » À la mi-avril 1980, Truffaut et Ophuls rencontrent Rocard, prêts à s’engager derrière lui s’il se décide à faire acte de candidature. Quelques semaines plus tard, Rocard renonce, constatant qu’une large majorité du Parti Socialiste se range derrière Mitterrand. Onze mois plus tard, Truffaut rejoint le comité de soutien à Mitterrand, à la demande de Jack Lang et de Roger Hanin. »

 

« Le 21 mai, jour de l’investiture, il figure au troisième rang du cortège qui suit le nouveau président de la République lors de la cérémonie du Panthéon… et quelques jours plus tard, il est présent parmi les nombreuses personnalités invitées à l’hôtel Intercontinental par Mitterrand, venu remercier ceux qui l’ont soutenu. Au cours d’un aparté, le Président a une longue conversation avec le cinéaste, qu’il remercie chaleureusement. Truffaut est ravi par deux des premières mesures prises par le nouveau pouvoir, à savoir la diffusion à la télévision, dès mai 1981, du Chagrin et la Pitié, et surtout l’abolition de la peine de la peine de mort, proposée par Robert Badinter… »

 

Résultat de recherche d'images pour "Michel Rocard et François Truffaut photos"

Partager cet article

Repost0
23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "brie noir"

Qui se souvient qu’aux temps anciens nos fromages à la croûte fleurie, camembert et Brie, se teintait d’une nuance bleu-gris-vert marqué de taches brun-rouge.

 

 

 

Les textes ci-dessous sont extraits de ce livre publié aux éditions Les Ateliers d'Argol ICI 

 

Pourquoi ?

 

« Pour les fromagers, la cause du phénomène coloré était une fatalité, due à l’affinage naturel du fromage. C’était son destin de devenir coloré. Selon la tradition qu’on ne songeait pas à changer, le lait, à la température du pis de la vache, était maturé vingt-quatre à quarante-huit heures à ciel ouvert, dans un local frais, afin qu’il s’acidifie sous l’effet des bactéries sauvages présentes dans sa Normandie rurale. Des bactéries sauvages et indigènes qui donnaient tout son caractère et sa particularité au fromage : c’est cela, le terroir. Il était ensuite emprésuré puis moulé à la main, de cinq louches à quarante minutes d’intervalle. Après égouttage, ils terminaient leur affinage dans les hâloirs où circulait un air tiède, ce qui favorisait l’apparition des moisissures. Selon les variétés de spores qui dominaient la croûte des fromages prenait une couleur différente. Le maître fromager montrait son habileté et la quintessence de son savoir-faire en obtenant la flore la plus blanche possible. Tout l’art consistait à faire en sorte que la moisissure du rouge Bacterium lines éclose avant celle qu’on baptisa Penicillium camemberti, ou P. album, blanche au départ mais virant au gris-bleu. Les fromagers savaient par expérience que le rouge empêchait le bleu de survenir. Un empirisme insupportable pour les scientifiques et les industriels. »

 

« Au nom de la science et de la guerre contre l’ignorance et les superstitions, il fallait rationaliser tout cela. On allait combattre les bactéries et moisissures sauvages et indigènes, tout comme à la même époque on soumettait les indigènes de nos glorieuses colonies d’outre-mer. Les fromagers, donc, malgré leur savoir-faire immémorial, réapprirent à faire du fromage. »

 

Sus aux indigènes, « pour plaire aux client des villes on éradiqua la moisissure coupable pour la remplacer par une autre moisissure, l’innocente Penicillium candidum, cultivé in vitro par l’Institut Pasteur. Au moins celle-ci était « propre ». Le remède fut drastique : il fallut badigeonner toutes les surfaces des fromageries avec de l’antiseptique afin d’éliminer inexorablement et définitivement toutes traces des mauvaises spores colorantes. Ceci effectué on déposa sur les mêmes surfaces la culture purifiée de la bonne moisissure ? Ite lissa est. »

 

« Le camembert que nous dégustons aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le fromage d’origine. Son ensemencement n’est plus spontané comme autrefois car, non seulement  on imprègne les locaux de Penicillium candidum, mais on pulvérise le caillé avec les cultures de spores adéquates. Il n’y a plus rien de spontané et de naturel, de sauvage. C’est du pourri contrôlé, assagi. Du pourri éduqué. »

 

La résistance à l’hygiénisme ne se situe pas en Normandie mais du côté de la Brie, fromage très ancien, apprécié par Charlemagne, « il y existe une version du brie beaucoup plus rustique et plébéienne : le brie noir, vendu sur les marchés de Seine-et-Marne presque confidentiellement et consommé quasi exclusivement sur place. »

 

Résultat de recherche d'images pour "brie noir"

 

Le Brie noir

Lundi 5 novembre 2012  par Christophe Demay

 

Sans doute ne l’avez-vous jamais vu sur les étals... Difficile à trouver en dehors de la Brie, le brie noir est une petite merveille et une spécificité locale. Moins raffiné et séducteur que son grand frère le brie de Meaux, il a aujourd’hui trouvé sa place grâce à son caractère bien trempé. Qu’importe si sa couleur tire davantage sur le marron foncé, on l’appelle brie noir. Sans doute pour accentuer le contraste avec les bries orthodoxes blancs et striés. Cette variante de brie se distingue par un affinage poussé, généralement à 8 ou 10 mois, parfois au-delà, lorsque le cahier des charges des bries AOC se "contente" d’une durée minimale de 4 semaines. Au sortir de ce long affinage, les artisons ont accompli leur ouvrage, la croûte s’est muée en épaisse carapace, la pâte a viré de l’ivoire au jaune paille, et le fromage a gagné en puissance.

 

Une histoire tout en contrastes

 

L’histoire demeure peu prolixe sur le brie noir. Quand son homologue " blanc" véhicule anecdotes fleuries et accumule titres de noblesse, le brie noir est régulièrement passé sous silence. Sans doute parce que le fromage a longtemps été considéré comme une déclinaison austère du prince des desserts ; une nourriture paysanne quand le brie de Meaux trônait sur les tables des têtes couronnées. La délicatesse et le raffinement pour l’un ; l’aspect rugueux et la puissance pour l’autre.

 

Les deux sont pourtant intimement liés. D’ailleurs, le brie noir ne doit vraisemblablement son existence qu’à une production aléatoire et un vil souci d’économie. L’usage voulait ainsi que l’excédent de production finisse en brie noir. Rien ne se perd, tout se transforme. De même que, plus tard, les bries jugés insatisfaisants ont à leur tour alimenté les caves à bries noirs. Trop petit, trop sec, tout écart condamnait le fromage à un affinage supplémentaire. « Tous les fromages qui ne correspondaient pas aux canons du brie, on les laissait sécher pour ne rien perdre », confie Pierre Bobin, de la Société fromagère de la Brie.

 

Fruit d’un produit à l’origine déclassé, prince des desserts déchu, le fromage à la croûte noire vendu moins cher s’adressait aussi à une autre clientèle. En témoignent ses surnoms de brie des moissons ou même de brie des vendanges, parfois, lorsqu’il était consommé par les vendangeurs de la Champagne voisine. Sa pâte, moins crémeuse, lui assurait un maintien et glissé dans le casse-croûte des ouvriers agricoles, le fromage s’accommodait bien mieux des fortes chaleurs.

 

La suite ICI 

 

« Le brie noir peut briser vingt ans d’amitié » dicton briard

 

« C’est qu’il est moins raffiné, moins glamour, le bougre, et sa puissance déclamatoire est à l’échelle de son originalité et de sa redoutable longueur en bouche. »

 

« Les anciens le consommaient avec un peu de beurre, trempé dans le café du matin pour atténuer la force de son goût. Mais c’est aussi de cette manière que l’on consommait le maroilles dans sa province pas si éloignée. »

 

« Cependant, le dinosaure revient aujourd’hui des oubliettes perfectionnistes. Quelques amateurs éclairés retrouvent le goût de « l’authentique » et des fromages tonitruants. Et de ce fait, une poignée de d’irréductibles affineurs de  la brie ont de nouveau laissé dormir les bries noirs de  Melun ou de Meaux dans leurs caves fleurant l’ammoniac, où l’atmosphère est soigneusement confinée, pauvre en oxygène et riche en gaz carbonique. »

 

« Ultime revanche : ce brie confidentiel, jadis bas de gamme destiné aux besogneux, se vend désormais ostensiblement sur les marchés de Seine-et-Marne, et parfois plus cher que son cousin blanc raffiné de l’AOP. »

 

« le brie noir est aussi, paraît-il, exporté au Japon en quelques exemplaires chaque année.

Brie noir de Melun (Entier) ICI 

 

35,80€

 

Une tranche de pain grillé, une lichette de beurre et une tasse café de noir accompagneront divinement le Brie noir de Melun. C’est un fromage sec et friable, qui se casse en petits morceaux à suçoter.

Partager cet article

Repost0
22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 06:00

C’est sa fille, Laura Truffaut qui le déclare ; il écrit à Fanny Ardant et lui propose un rendez-vous aux Films du Carrosse.

 

Le texte qui suit est extrait de François Truffaut d’Antoine de Baecque et Serge Toubiana chez Gallimard biographies.

 

Les seuls critiques qui soient passés à la postérité : les jeunes turcs des Cahiers du cinéma  François Truffaut le chef de bande en tête !

 

Ils se revoient régulièrement, déjeunant à la boulangerie du coin de la rue Marbeuf et de la rue Robert Estienne, un des endroits favoris du cinéaste.

 

Truffaut s’apprête à tourner  Le Dernier Métro, « le film suivant sera pour vous » lui promet-il.

 

Fille de colonel de cavalerie, née à Saumur, Fanny Ardant a d’abord suivi son père dans ses diverses missions à travers l’Europe, notamment en Suède, où le colonel Ardant est attaché militaire, puis, à partir des années soixante, à Monaco, où il est l’un des conseillers de la garde personnelle du prince Rainier. L’éducation de la jeune  fille se fait dans la pure tradition aristocratique, « à la Don Quichotte », dira Fanny Ardant. Même si sa famille n’est pas riche, elle mène un grand train de vie : écoles privées, grands lycées français à l’étranger, bals en robe du soir et courses de chevaux…À Aix-en-Provence, Fanny Ardant, à vingt ans, suit un cursus de trois ans à la faculté de sciences politiques, où elle rédige un mémoire sur Le Surréalisme et l’Anarchie. Elle s’installe ensuite Paris, après un bref séjour à Londres. Mais le théâtre l’enlève à sa carrière universitaire au milieu des années soixante-dix…

 

Plus tard, parlant de Fanny Ardant, Truffaut avouera qu’il a été séduit « par sa grande bouche, sa voix basse aux intonations particulières, ses grands yeux noirs, son visage en triangle »

 

Le prochain film ce sera La femme d’à côté.

 

« Le mal d’amour est une maladie. Le médecin ne peut pas la guérir : sous cet exergue tiré d’une vielle chanson française, le scénario propose l’une des histoires les plus limpides et des plus tragiques de François Truffaut.

 

Truffaut présentait La femme d'à côté comme l'histoire limpide d'une passion amoureuse moderne. Il y déploie pourtant une extraordinaire maîtrise et un style d'une perfection inégalée pour rester à distance de cette œuvre sombre où rien ne semble pouvoir contrôler ou apaiser la force des passions. Mathilde et Bernard, en reprenant leur liaison, basculent dans un passé tragique qu'ils croyaient avoir exorcisé. Madame Jouve qui fuit le retour de son ancien amant pour lequel, vingt ans avant, elle avait voulu mourir en se jetant dans le vide et qui garde dans son corps les stigmates de cette passion, présente la seule alternative civilisée à la force archaïque des passions. Dès la fin du générique, c'est à elle que Truffaut délègue la mise en forme du récit : elle sera narratrice et témoin de l'irruption du désordre passionnel dans l'ordre social.

 

Face à Depardieu, colosse emporté par la colère, Ardant se consume. Ce chef-d’œuvre de Truffaut est le sien.

 

Avant la sortie du film le 30 septembre 1981, les premières réactions sont unanimes, et plusieurs saluent la naissance d’une grande actrice ; « Fanny Ardant brûle tout entière d’une flamme étrange et romantique, elle est une sorte de Parque inquiétante dont le regard sombre et l’obsession rappellent à la fois la Maria Casarès d’Orphée et l’Adjani d’Adèle H. »

 

François Truffaut et Fanny Ardant forment un couple singulier. D’un commun accord, ils ont décidé de ne pas vivre ensemble, de conserver chacun son indépendance, même s’ils sont presque voisins, dans le XVIe arrondissement : « J’adore les grandes familles, confie Fanny dans Elle, mais pour moi l’amour doit rester clandestin, sans bague au doigt. J’aime aussi les grandes maisons, mais pas les couples. La bénédiction du curé signe un contrat d’enlisement ! Il ne faut pas vivre ensemble. C’est tellement merveilleux de se donner rendez-vous ou d’être chez l’autre comme en visite. » À trente ans, Fanny Ardant a construit sa vie en marge. « Les marginaux comme mou viennent souvent de famille très strictes, répressives… parce qu’elles donnent un goût forcené de la liberté. » Elle vit seule avec Lumir, sa fille née en 1975, prénommée ainsi en hommage à l’héroïne du Pain dur de Claudel. Ils partagent ce « goût forcené de la liberté », et un même penchant pour la fantaisie, une certaine légèreté, un plaisir de raconter des histoires, l’envie de travailler ensemble et une admiration réciproque. Ils ont une même passion pour la lecture. Chez Fanny, on voit des livres partout, un piano et quelques gravures sur des murs blancs. Ils aiment Balzac, Proust, Miller, James et Fanny lit aussi Julien Gracq, Jane Austen, Elsa Morante et Scott Fitzgerald. Pour se voir, ils se donnent rendez-vous, plusieurs soirs par semaine, au restaurant, au cinéma, chez l’un ou chez l’autre. Ils tiennent plus que tout à ces amours presque clandestines.

 

Image associée

 

Voilà, c’est écrit.

 

En 1982, j’assisterai à une pièce de théâtre à la Comédie Française aux côtés du couple Truffaut-Ardant, plus précisément à la droite de Fanny Ardant, rien d’extraordinaire à cela, rien qu’un souvenir.

 

Mais, lorsque je découvre dans le journal Le Temps de Genève une interview de Fanny Ardant j’ai envie de vous en faire profiter. ICI 

 

Fanny Ardant: «Toute personne obsédée par l’amour est protégée»

 

Elle dit qu’Homère et Dostoïevski l’ont forgée, que la passion amoureuse est une bombe à retardement, que la vieillesse est une insolence. Fanny Ardant joue «Hiroshima mon amour» de Marguerite Duras, ce week-end à Neuchâtel et à Pully. Paroles d’une immense actrice qui a souvent dit non.

 

«Vous avez rendez-vous avec Fanny?» demande le jeune homme du bar. Il pleut sur Saint-Germain, pluie sépia du dimanche et on attend Fanny Ardant. Dans le miroir des songes passe alors la silhouette de nos légendes, la Mathilde qui guette, depuis la fenêtre, Bernard alias Gérard Depardieu, son amour, sa folie, dans La Femme d’à côté, le film de François Truffaut.

 

Il est midi à Paris et Fanny Ardant entre à vive allure, trench-coat bleu encre, lunettes fumées comme une Penthésilée des villes. Ce week-end, elle jouera Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras, au Théâtre du Passage à Neuchâtel et à l’Octogone de Pully, invitée de leurs directeurs respectifs, Robert Bouvier et Yasmine Char.

 

«La Femme d’à côté? Non seulement c’était mon premier film, mais c’était tout ce que je croyais de l’amour, ce que je croyais de la vie. On y meurt d’amour comme Tristan et Iseult.» C’est ainsi que ça commence avec Fanny. Sur les braises.

 

- Qu’est-ce que le théâtre pour vous?

 

La scène, c’est comme une mise à mort.

 

- Vous exagérez!

 

Il faut dire la chose et risquer de mourir si on ne la délivre pas. C’est pour cela que je ne peux pas jouer six mois un même spectacle. Je ne veux pas m’habituer. Le théâtre, c’est une éruption, un incendie, entre deux portes. Sur scène, vous êtes nue, seule dans l’arène. Alors qu’au cinéma, on est plus protégé, plus chouchouté.

 

- Vous avez joué, au début de votre carrière, Corneille, Racine, Claudel… Quelles sont les partitions que vous recherchez?

 

Je ne suis pas assez professionnelle pour pouvoir tout jouer. Je dois avoir un désir, tellement aimer un personnage que rien au monde ne m’empêcherait de le jouer. Je ne trouve pas qu’il faille banaliser le sentiment. Il faut que l’horreur et le sacré se mélangent, qu’on touche au sublime. Les Américains disent: «A boy meets a girl.» C’est plus compliqué que cela, sinon la littérature s’évanouit. C’est la langue qui permet de donner ses lettres de noblesse à l’être humain.

 

- Ecrivezvous?

 

Des lettres seulement, à la main. Pour remercier ou demander pardon.

 

- Des lettres d’amour?

 

Oui. Je me demande ce qu’elles sont devenues. Mais je n’ai jamais tenu de journal. J’en ai lu, des journaux d’écrivain. C’est une discipline magnifique.

 

- Pourquoi n’avoir jamais tenu de journal?

 

Parce que je vis dans un désordre absolu. Je me dépêche toujours, pour me lever, pour me coucher. Il faut avoir du temps pour écrire. Et moi, j’ai envie de lire. Je ne lis pas les journaux, parce qu’il faut choisir entre les informations et les livres. Je n’aime pas la politique, contrairement à Duras.

 

- Vous n’avez jamais été engagée?

 

Jeune, oui. J’admirais les bolcheviks, les poètes comme Maïakovski qui voulait changer le monde et qui s’est suicidé, parce qu’il n’a pas supporté que son idéal soit avili. Mais je n’ai jamais voulu me limiter. J’avais horreur des partis politiques, des groupes. Parce qu’un parti écrase la plus grande richesse de l’être humain: sa contradiction.

 

«La Femme d'à côté» n'était pas seulement mon premier film, mais c'était tout ce que je croyais de l'amour, de la vie.»

 

- 15 ans est votre âge étalon, dites-vous. Pourquoi?

 

A 15 ans, j’étais structurée par le non. Je savais ce que je ne voulais pas être. Je ne voulais pas être quelqu’un de résigné, quelqu’un qui baisse la tête, quelqu’un qui cède au pouvoir, à l’argent, à la gloire. Je ne voulais pas me marier par convention, je ne voulais pas avoir des enfants pour faire comme tout le monde. J’avais une grande méfiance vis-à-vis du monde bourgeois. Je savais que la grande bourgeoisie est un danger parce qu’elle offre une douceur de vivre. La douceur de vivre par définition amenuise votre capacité de résistance.

 

- Avez-vous été fidèle à la Fanny de 15 ans?

 

Oui. Je crois ne pas m’être trahie.

 

- Quel rôle ont alors joué vos parents?

 

J’étais élevée par un père qui avait une qualité qui m’a marquée: l’indépendance d’esprit. Il estimait qu’on ne devait jamais réduire un être à son statut social. Il y avait des êtres humains, le reste était accessoire.

 

- Adolescente, un livre vous a-t-il modifiée?

 

J’ai lu L’Idiot de Dostoïevski et ça a été décisif.

 

- Pourquoi?

 

La position du héros, le prince Mychkine, a quelque chose de christique. Il ne s’aperçoit pas de la moquerie dont il est l’objet; il tend la main à son ennemi; il refuse d’être identifié à sa classe sociale. Je me sentais en phase avec lui.

 

- La littérature vous a forgée?

 

Oui. Parce que j’ai tout lu dans le chaos, comme un chien sauvage dans la forêt. Je dévorais la bibliothèque de mon grand-père pendant les grandes vacances, des auteurs que personne de ma génération n’a lus, comme Anatole France, Joris-Karl Huysmans. Je me souviens de cet été où j’ai avalé tout Proust, de cet autre été où ce fut Chateaubriand. Une folie totale. Avec mon père qui était balzacien, nous avions des conversations infinies sur Rastignac, Vautrin, comme si c’était des cousins. 

 

- Comment définiriez-vous le pouvoir de la littérature?

 

J’ai compris très jeune qu’elle n’est pas faite pour vous cultiver, mais pour vous ouvrir les portes, pour vous protéger, pour vous consoler, pour magnifier la vie.

 

- Que relisez-vous sans cesse?

 

L’Iliade. Dès qu’il y a une nouvelle traduction, je la relis pour découvrir quelque chose qui m’avait échappé. Je dois beaucoup à cet égard à l’helléniste Jacqueline de Romilly. Je lis pour m’étonner, jamais en pensant à l’usage professionnel que je pourrais faire d’un texte. J’ai toujours dans mon sac à main un livre.

 

- Quel est-il aujourd’hui?

 

Le texte que je joue à Paris, La Passion suspendue, entretiens entre Marguerite Duras et la journaliste Leopoldina Pallotta della Torre.

 

«Michelangelo Antonioni ne pouvait plus parler après son AVC. Pour «Par-delà les nuages», en 1995, nous étions suspendus à ses expressions. Quand il était satisfait, il pleurait. Et c'était bouleversant.»

 

- Les grands auteurs sont-ils inconvenants?

 

Dans La Passion suspendue, Marguerite Duras dit que la littérature doit représenter l’interdit, ce que les gens ne disent pas normalement. Elle doit être scandaleuse. Je comprends tellement ça. La parole durassienne est encore plus jouissive en cette période où, sous l’influence de l’Amérique, le politiquement correct et ses petits professeurs règnent. Tout le monde est sommé de s’excuser, de rentrer dans l’ordre. Je déteste cela.

 

- Le mouvement #MeToo vous irrite-t-il?

 

Oui, quand cela vire à la chasse aux sorcières, aux vindictes, aux accusations à l’emporte-pièce. Quand la justice prononce un non-lieu, personne n’en parle. Or il y a de vrais crimes.

 

- Si je vous dis «La Femme d’à côté», quelle est l’image qui vous revient tout de suite?

 

Ce souvenir: nous étions entassés dans la petite chambre d’hôpital où mon personnage est soigné, dans les limbes de la folie. Gérard Depardieu racontait des histoires de tournage et on riait, on riait. Tout d’un coup, François, qui était très gai, a dit: «On y va.» Et là, en un instant, nous avons plongé dans le vif du sujet. Même quand c’est tragique, le jeu doit être bordé par la joie.

 

- C’est ce que vous appelez l’urgence?

 

Oui. Le film a été tourné très vite, en six semaines, dans la région de Grenoble. François avait écrit le synopsis. On tournait le samedi. Et tous les dimanches, il écrivait les dialogues de la semaine suivante. Nous étions comme des chats sur le rebord du toit. Et c’était magique.

 

- Connaissez-vous la nostalgie?

 

(Silence.) Ce n’est pas la nostalgie du temps qui est passé, c’est la mélancolie de ce qui ne sera plus. Depuis très jeune, je suis frappée par le «nevermore», le «jamais plus.» Ça peut être de grandes vacances qui ne reviendront plus.

 

 

- La mort vous fait-elle peur?

 

Mais non! Au contraire, c’est une alliée. Elle donne la mesure de tout, elle nous dit que ce qu’on croit grave ne l’est pas tant que ça.

 

- Vieillir, pour vous…?

 

La vieillesse est liée à l’insolence. Les jeux sont faits (elle claque des doigts). On est comme le boxeur sur le ring qui sait qu’il subira le dernier KO. Mais on fait son match jusqu’au bout. Quand je vois des acteurs qui se battent pour la place de leurs noms sur l’affiche, je ris. Toute la nouvelle génération a peut-être oublié qui était Anna Magnani. Je suis convaincue de cela: sic transit gloria mundi.

 

- Vous n’avez pas peur qu’on vous oublie?

 

Non!

 

- On ne vous oubliera pas!

 

(Rire allègre.) Qu’est-ce qui a survécu depuis les Grecs? Très peu de choses. C’est pour cela que c’est l’instant présent qui est important. Il ne faut pas avoir de stratégie, il faut jouir de la vie qui passe, tout en n’étant pas dupe. Je ne suis pas un sage, mais je considère la mort comme un état qui donne sa raison d’être aux choses. J’ai plus peur de la mort des autres, de ceux que j’aime.

 

La suite ICI

Partager cet article

Repost0
21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 06:00

 

Que voulez-vous, je trouve que PAX à un petit air de famille avec le détective belge Hercule Poirot ; interprété par Peter Ustinov dans le film Mort sur le Nil, tiré du roman d’Agatha Christie, d’où mon titre. Coquet, notre Lutzelhousois déclare se nipper comme la reine d’Angleterre, l’inoxydable Elizabeth II. Pour ma part je préfère la première, fille du puissant Henri VIII et d'Anne Boylen. À la mort de sa mère, qui fut décapitée par ordre du roi, incarnée par la diaphane Cate Blanchett dans le film de Shekhar Kapur.

 

Résultat de recherche d'images pour "mort sur le nil film photos"

Résultat de recherche d'images pour "elizabeth film photo"

 

Il se dit aussi graphomane, excellente disposition qui me permet d’abandonner la souris pour faire la grasse matinée.

 

Résultat de recherche d'images pour "croisière musicale sur le danube photos"

 

Attention, cette fois c’est du lourd.

 

Une croisière musicale d’une huitaine de jour sur le Danube au départ de Vienne. Il faut donc gagner Vienne. A peu près huit heures de voiture soit une heure de moins que pour aller à Collioure. Comptons donc dix heures avec les haltes de repos, les pleins et le pique-nique. Par l’autoroute c’est direct depuis Lutzelhouse.

 

Mais il faut passer par l’Allemagne. Une fois sur l’Hafraba, plein Nord jusqu’à Karlsruhe puis plein Est, c’est tout droit. On connaît pour avoir fait ce trajet plus d’une fois.

 

Mais pax est un homme de peu de foi. Le GPS, soudain, indique de quitter l’autoroute. Pas folle la boite ? On connaît le chemin quand même. Ce n’est que beaucoup plus tard que nous comprendrons que la boite avait voulu nous éviter le gigantesque bouchon dans lequel nous nous trouvâmes bientôt enfermer.

 

Travaux, déviations, bretelles et portions d’autoroute fermées. Je n’y ai rien compris, nous roulions au pas et avancions avec le hoquet et observions sur la voie de droite et/ou la bande d’arrêt d’urgence des files ininterrompues de camions à l’arrêt, chauffeur à bord !

 

L’Allemagne et ses autoroutes !

 

Quand viendra la fin du monde, l’Allemagne sera toujours en travaux. Curieusement beaucoup de travaux concernaient la construction de murs antibruit. Pour une population vieillissante et donc dont l’acuité  auditive va en baissant on se demande à quoi ça rime.

 

Vienne, Handelskaï, on embarque.

 

Vienne !

 

Cette ville destination de mon premier voyage en stop. On dormait dans des auberges de jeunesse. Ni Blablacar ni Air'nb. L’aventure et la liberté ! Cette ville passionnante ou vécurent les plus grands écrivains d’Europe et autres artistes comme ceux de la Sécession. Mais aussi, Vienne l’autrichienne, capitale d’un peuple qui, après un délirant Anschluss joyeux et festif, a réussi, après-guerre, à se faire passer pour victime et, comme telle n’a pas été dénazifiée.

 

Peuple dont les élites n’ont reculés devant aucune turpitude pour tenter de ne pas rendre à Maria Altmann victimes des spoliations nazies les tableaux de Klimt appartenant à sa famille. Cette unique survivante d’une grande famille juive, déportée et tuée dans les camps, demandait que lui soit restitué le superbe portrait de sa tante Adèle, peint par Klimt. Après d’interminables procédures elle finit par le récupérer avec quatre autres toiles toujours de Klimt. Restait pour cette élite arrogante que la honte et leurs yeux pour pleurer.

 

Portrait d'Adèle Bloch-Bauer I (1907), également appelé "Woman in Gold". Ce tableau est considéré comme la "Joconde autrichienne".

représentant sa tante, Adèle Bloch-Bauer, la fameuse "Woman in Gold" (ou "portrait doré").

 

Mais cette ambiguïté, fait partie du charme de cette ville qui, pardon pour le cliché, aura toujours les couleurs et l’ambiance du film « Le troisième homme » avec l’entêtante musique d’Anton Karas. Un moment, on entend Orson Welles dire à Joseph Cotten, dans une nacelle (grande comme un wagon de chemin de fer) de la Grande Roue du Prater : «Toute l’histoire mouvementée et immorale de l’Italie des quatro et cinquecento ont donné, Michel Ange, Raphaël, Vinci et tant d’autres grands artistes. Pendant ces siècles de paix, en Suisse, aucune création mémorable, sauf des coucous en bois ! » (de mémoire)

 

Résultat de recherche d'images pour "le troisième homme film"

 

Vienne, où je ne suis plus sûr de retourner, tant la ville semble atteinte du syndrome de Venise bousillée par le tourisme de masse. Le célèbre, car superbe « Café Central », foyer intellectuel de l’intelligentsia viennoise et internationale du XIX siècle et haut lieux de toujours de rencontres de politiciens de tout bord, n’est plus aujourd’hui qu’une attraction pour touristes. Il faut y faire la queue avant de pouvoir entrer dans ce lieu qui n’a rien perdu de son cachet mais n’a plus d’âme. «Je hais les voyages et les explorateurs» proclamait avec prémonition Claude Lévi-Strauss au début de Tristes Tropiques

 

Résultat de recherche d'images pour "melk bibliotheque"

 

Le bateau lève l’ancre et navigue de nuit en remontant le Danube pour faire escale, sur la rive droite, à Melk que domine une splendide abbaye et bibliothèque baroque. Deux citations pour décrire ce que l’on ressent devant de tel monument: « Où tant d’or se relève en bosse » – Molière, Femmes savantes III 2 ou encore « des tonnes de staff... des stocks de stuc... » Bric à Brac de Raymond Devos.

 

À midi, pendant le déjeuner à bord, le bateau fait demi-tour. On redescend le fleuve pour faire escale à Dürnten sur la rive gauche. Cette petite cité médiévale  présente un triple intérêt. Son église baroque au bord même de Danube, superbe pâtisserie en bleu marial et blanc, Sur les hauteurs le château ou Richard Cœur de Lion fut enfermé. Et enfin les « heurige », vignoble de la Wachau oblige, lieux charmants ou les vignerons vous font déguster leur production. Je ne suis pas monté au château, je n’ai pas visité l’église.

 

Navigation de nuit et de jour pour gagner Bratislava prochaine escale.

 

Attention, terre et langue étrangère il me faut veiller sur mon épouse préférée, distraite comme un oiseau des îles, pour qu’elle ne se perde pas. Ce qui explique que Je m’habille comme la reine d’Angleterre. Depuis toujours je porte nœuds paillons et veste à l’ancienne en toutes occasions avec pour sortir, chapeau, canotier ou casquette ou encore panama. Dans les réunions, rencontres ou autre manifestation je m’amuse à compter qui porte encore la cravate et constate avec le même amusement  que je suis souvent le seul. (Il ne sait pas quoi inventer pour se faire remarquer murmurent beaucoup – Justement c’est fait pour ça coco !) Ces tenues ont essentiellement pour but de permettre à Marie Louise de me reconnaître dans la foule. Exactement  comme le service d’ordre et de sécurité de Sa Gracieuse Majesté ne peut perdre de vue celle dont les tenues ont l’ardente obligation de conjuguer élégance et identification aussi certaine qu’immédiate.

 

Résultat de recherche d'images pour "le sceptre d'ottokar photos"

 

Bratislava est une charmante ville ou les habitants sont souriants. J’y ai souvent séjourné et j’y ai toujours retrouvé cette  agréable impression. La ville apparaît comme une jolie petite capitale d’opérette comme dans les BD d’Hergé « Le sceptre d’Ottokar » ou de Franquin « QRM sur Bretzelburg » Bien sûr je vais saluer mon vieux copain le soldat Chvéïk . Ce soldat quelque peu ahuri observe et constate avec étonnement un monde dont il ne perçoit que les incohérences et les contradictions. Une espèce de Sapeur Camember devenu emblématique et qui met, involontairement, les rieurs de son côté contre un pouvoir qui se prend tellement au sérieux. On le trouve, à un carrefour, dans la vieille ville. Il sort la tête d’une bouche d’égout. Elle repose sur ses deux bras croisés au niveau de la chaussée. Mine de rien il a l’air de se foutre de tout et de nous en particulier.

 

On rembarque le soir même pour Budapest. On savoure l’instant qui se répètera presque chaque fin d’après-midi. Un concert donné par de jeunes et talentueux musiciens embarqués à bord. Après une belle journée de soleil automnale, descendre le Danube, avec cette lumière caractéristique entre chien et loup, en écoutant le trio n°  100 de Schubert. Que demande le peuple ?

 

Résultat de recherche d'images pour "célèbre Café Gerbeaud  photos"

 

Budapest a tout d’une capitale Européenne, avec, entre autre, son célèbre Café Gerbeaud  fondé au XIX siècle par un Suisse formé à Paris qui illustre ce qu’était le cosmopolitisme de l’Europe centrale dans ce siècle tumultueux tant dans les faits que dans les arts et la littérature Tous les grandes chaînes de l’hôtellerie sont présentes. Quel contraste avec le visage que présente le pays dès que l’on quitte la capitale. La Hongrie apparaît alors, comme un pays très en retard par rapport à l’Europe occidentale ! En outre, les commerçants, la encore dès que l’on quitte les grandes avenues avec les grands noms du luxe international, sont peu aimables.

 

On peut acheter des cartes postales mais ni enveloppe ni timbre-poste. Quant à savoir ou trouver des timbres…

 

Résultat de recherche d'images pour "le château de gödöllö"

 

On ne parle quasiment pas l’allemand ou l’anglais. Le français ? Inutile de rêver. Quand il y a quelques plaques d’information bilingue, on trouvera l’allemand et/ou l’anglais. Le français jamais. Marie Louise pour sa part gardera un bon souvenir : le château de Gödölö. C’était la résidence préférée de Sissi quand elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour séduire les Hongrois et les intégrer de manière définitive à l’empire Autrichien.

 

Le bateau fait demi-tour et remonte le Danube jusqu’à Vienne. Alain Duault de Radio Classique et qui collabore aussi à «  Classica » poursuit ses conférences quotidiennes. Pour l’instant il nous parle du « Bocca Negra » de Verdi que nous irons écouter dès notre arrivée, point d’orgue de la croisière, à l’Opéra de Vienne sur le Ring. C’est souvent une très belle soirée que l’on peut savourer tranquillement grâce à la présence d’écrans fixés au dos du fauteuil devant vous ou l’on peut lire, en temps réel et dans la langue de votre choix le texte chanté. Malheureusement cette année, cet opéra de Verdi n’est pas ce qu’il a produit de meilleur. Livret alambiqué, trop de sérieux et de lourdeur, pour moi, dans la musique. On est loin du fantastique Lohengrin de l’an passé avec une mise en scène pleine d’invention, évitant le modernisme outrancier que l’on voit trop souvent et sachant échapper au kitsch habituel tel le cygne sur roulette qu’un machiniste propulse sur la scène côté jardin et qu’un autre tire avec une ficelle côté cour.

 

Mais je vois que le temps qui m’est imparti est épuisé alors, la suite au prochain numéro selon le bon vouloir d’un Taulier patient et bienveillant

La vieille dame et les Klimt

Huit heures. Les premiers rayons du soleil effleurent les collines verdoyantes de Cheviot Hills, un quartier cossu de l'ouest de Los Angeles. Dans le jardin de sa petite maison, une vieille dame en peignoir hume ses rosiers, une tasse de café fumant à la main. Comme tous les matins, Maria Altmann, qui va fêter ses 90 ans, sort de la piscine où elle se dérouille quelques instants avant de partir faire ses courses dans sa vieille Chevrolet beige. Grande, discrètement maquillée, auréolée d'une permanente impeccable, cette ex-vendeuse de vêtements, veuve depuis dix ans, savoure la fin de sa longue existence et la victoire de son dernier combat. «Les Autrichiens ont fait traîner les choses en comptant sur mon âge avancé, lâche-t-elle avec un sourire ravi, mais je suis toujours là!» Et bien là: après sept ans de procédure acharnée, Maria a réussi à faire plier l'Etat autrichien, à qui elle réclamait six tableaux de Gustav Klimt, dont son oncle avait été spolié par les nazis et conservés depuis la guerre au musée du Belvédère, à Vienne. Trois portraits et trois paysages, considérés comme des chefs-d'?uvre du maître de l'Art nouveau, évalués entre 150 et 200 millions d'euros! Le 17 janvier dernier, un tribunal arbitral siégeant à Vienne a rendu un jugement sans appel qui ordonne la restitution des oeuvres à la vieille dame. 

Maria Altmann est la dernière survivante des Bloch-Bauer, une famille de la bourgeoisie juive viennoise du début du siècle. La suite ICI 

 

 

Partager cet article

Repost0
15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 06:00

Image

Dès ma prime jeunesse, moi qui n’est jamais connu la guerre, mon grand-père revenu de la boucherie de Verdun, mon père blessé par éclat d’obus, mon frère sur la ligne Morice en Algérie, ont tenus des armes, ils n’en ont jamais parlé, je me suis enfoui dans les livres d’Histoire pour tenter de comprendre la  folie des hommes, ce siècle meurtrier, l’holocauste, et très vite la guerre civile espagnole m’apparut comme la mère de ces atrocités. 

  Résultat de recherche d'images pour "La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”).""               

Choqué par la guerre, le Catalan Antoni Campañà avait toujours refusé de publier ses témoignages photographiques du conflit d’il y a quatre-vingt ans. Elles ont finalement été retrouvées au fond d’un garage d’une maison de famille.

 

Résultat de recherche d'images pour "La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”).""

 

Selon le quotidien catalan La Vanguardia, il s’agit « du dernier grand trésor photographique de la guerre civile espagnole » (1936-1939). Lors de la démolition d’une maison ayant appartenu à Antoni Campañà sont apparues, au fond du garage, deux boîtes rouges contenant plus de 5 000 photos, la plupart des négatifs, mais également plusieurs centaines de tirages.

 

Résultat de recherche d'images pour "La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”).""

 

Des clichés traumatisants

 

Le photographe, mort en 1989, avait publié quelques photos du conflit à Barcelone, notamment pour La Vanguardia, puis avait cessé. « Il était républicain, démocrate et croyant, écrit le site El Diario.es. Mais l’expérience traumatisante du conflit ainsi que l’utilisation [à des fins de propagande] que faisaient les deux camps de ses photos ont fait qu’il a préféré les oublier. »

 

« Il n’a jamais voulu que l’on apprenne qu’il avait fait de photos de la guerre », témoigne son fils Antoni dans La Vanguardia.

 

Aujourd’hui une sélection de ces photos “cachées” vient de faire l’objet d’un livre, en catalan, publié par l’éditeur barcelonais Comanegra : La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”). Les photos ont été sélectionnées, expliquées et contextualisées par le journaliste Plàcid Garcia-Planas, l’historien Arnau Gonzàlez i Vilalta et le photographe David Ramos.

 

« Mais pourquoi, alors qu’Antoni Campañà ne voulait plus entendre parler de ces photos, ne les a-t-il pas détruites ? » s’interroge La Vanguardia. Le quotidien évoque une explication possible :

 

Résultat de recherche d'images pour "La Capsa Vermella (“La Boîte rouge”).""

 

Même si elles étaient pleines de tristesse et d’amertume, les détruire aurait signifié détruire son regard. Se détruire lui-même.

 

La suite des photos ICI 

 

 

« Ces yeux furent pour nous la première annonce des nombreuses exactions commises pendant la guerre civile. Des injustices, des assassinats, une ribambelle de cruautés qui se déchaînèrent et firent remonter en surface la part la plus abjecte de l’être humain. Les pires choses imaginables se produisirent alors. Des folies collectives et des bassesses individuelles d’une férocité déchirante. On tua au nom de la révolution, de la religion, de l’ordre nouveau fasciste de droite, du surprenant totalitarisme de gauche. On tua au nom de tout, de n’importe quoi et de rien du tout. Je vais vous dire une chose : ce fut une insulte à toutes les valeurs et à tous les droits de l’homme. Oui, il y eut de l’infamie des deux côtés. Aussi bien dans mon camp que dans l’autre. Je vous assure que oui. N’allez pas croire que j’ai perdu la mémoire et que je n’en ai pas honte. Vous vous tromperiez cruellement à votre tour… »

 

« … je vais être sincère avec vous : jamais jusqu’à aujourd’hui, je n’ai entendu la voix des fascistes qui ont gouverné l’Espagne pendant quarante ans par le sang de cette guerre demander pardon pour leur responsabilité dans tous ces massacres, qui se prolongèrent longtemps après la victoire. Jamais. Et je n’ai jamais entendu le moindre regret des catholiques non plus, ni une mise au point critique des communistes, ni des républicains de telle ou telle tendance, qui furent cependant souvent responsables d’incroyables atrocités. Alors ce n’est pas moi qui vais me mettre à présent à rendre responsables les miens, les groupes libertaires de tout ce qui s’est passé. Pendant plus de soixante ans, tous les acteurs de cette époque ont transformé le mouvement anarchiste en grandiose décharge où chacun est venu déverser ses propres immondices, pour mieux les cacher. Et il faudrait que ce soit moi qui vienne maintenant y épandre mes propres remords ? Non ! Il n’en est pas question. »

 

 

Image

Partager cet article

Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents