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22 janvier 2021 5 22 /01 /janvier /2021 06:00

 

Je ne vais pas à nouveau vous servir mon petit couplet sur la mise au rebut des grands principes mutualistes et coopératifs qui furent le socle de l’émergence puis du développement d’entreprises qui revendiquaient d’être gérées différemment, un homme une voix, de permettre aux agriculteurs, aux éleveurs, aux vignerons, d’être maîtres de leur destin.

 

C’est de l’histoire ancienne.

 

Pouvaient-elles faire autrement que de se fondre, de se diluer dans le grand chaudron des entreprises capitalistiques ?

 

La réponse est non.

 

Elles sont entre les mains de leur technostructure qui s’appuie sur une forme de nomenklatura d’élus issue du moule de la FNSEA, pour faire prospérer leur mainmise sur des outils de pouvoir.

 

L’exemple récent de la lutte pour le pouvoir au sein du groupe sucrier coopératif Tereos en est une démonstration éclatante. ICI 

 

L’argent interprofessionnel, les fameuses CVO, a permis, via le fonds financier Sofiprotéol, de faire naître le groupe Avril. ICI

   

Sans la complicité d’Unigrains, le fonds financier des céréaliers, Bigard, le viandard, ne serait pas devenu ce qu’il est après avoir absorbé Socopa.

 

Les grands groupes coopératifs bretons, régnant sur le lait, le cochon, la volaille sont des copies conformes de leurs concurrents du secteur dit privé.

 

Quant à la coopération viti-vinicole, celle du Midi de la France a échouée, celle de Champagne : Nicolas Feuillatte, Jacquard… s’est moulée dans le modèle des grandes marques, citez-moi  à Bordeaux le nom d’un groupe coopératif, du côté de l’Alsace, de la Corse… ça ne brille pas non plus beaucoup, quelques exceptions : Mailly, Plaimont, Rasteau, Tain

 

Dans cette énumération manquent les coopératives de collecte et d’approvisionnement qui ont prospéré grâce à la fois au soutien de la PAC et du dernier avatar du marxisme agraire l’ONIC né en 1936 et de la vente des engrais, des produits phytosanitaires, des conseils, et du succès des jardiniers du dimanche : Gamm-Vert. En revanche, le groupe de l’avenue de la Grande Armée, devenu InVivo, est resté un nain dans le trading des céréales, laissant à son voisin Louis Dreyfus et aux Archer Daniels Midland (ADM) Bunge Cargill le « Big 4 » le soin de dominer le marché mondial.

 

Dans le petit monde des céréaliers français les grosses coopés et les négociants en grains se sont toujours joyeusement détestés. Je peux en attester car en tant que PDG de la SIDO je les ai vus à l’œuvre.

 

Et puis, l’un des fleurons du privé le groupe Soufflet est à vendre et qui se porte acquéreur ? InVivo.

 

Cocorico !

 

Rachat de Soufflet par InVivo: les secrets d’un deal à 2 milliards d'euros ICI 

 

Eric Treguier

 

Le rachat du N°1 mondial des céréales, le français Soufflet par la coopérative Invivo, pour plus de 2 milliards d’euros, crée un géant de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L'objectif: profiter de la soif mondiale pour… la bière. Les secrets d’un des plus gros deals de l’année.

 

Yvonne doit se retourner dans sa tombe. Yvonne, c’était la grand-mère Soufflet, décédée il a quelques années. Elle incarnait cette génération dure à la tâche, née dans cette champagne pouilleuse, loin des vignes de la champagne "à bulles" et de ses richesses. Avec son mari, Jean, elle avait travaillé dur pour faire grandir leur modeste entreprise de négoce de blé. Elle n’aurait jamais imaginé que son petit-fils, Jean-Michel, vendrait un jour ce patrimoine familial, devenu le premier céréalier-malteur privé au monde, à une coopérative de paysans, comme InVivo.

 

Lorsque la famille, en 1957, confie les rênes du petit groupe champenois à Michel Soufflet -père de Jean-Michel- il n’a que 26 ans. "J'étais chauffeur, j'étais l'homme à tout faire, j'étais le bouche-trou. On n'était pas beaucoup à l'époque, on était sept", se souvient-il. Aujourd'hui, le groupe a mille fois plus de collaborateurs. Car le jeune Michel a en tête des rêves qu’on trouve alors totalement farfelus: exporter. Mais bientôt il fait construire un silo à Rouen, pour mieux organiser l’export, puis ouvre des filiales à l’étranger, d’abord en Grande-Bretagne, puis, dans les années 1990, dans ces pays (Brésil, Russie, Inde, Chine…) qu’on dit alors émergents.

 

Alwar, en Inde, tombe dans son escarcelle, comme la malterie de Shobnall, en Grande-Bretagne… Le groupe, au passage, croque quelques petites sociétés françaises comme le boulanger industriel Neuhauser et la chaine de restauration rapide Pomme de Pain. Mais elles pèsent peu dans le chiffre d’affaires et encore moins dans les bénéfices. L’activité boulangerie industrielle pèse moins de 400 millions d’euros et est à redresser. Pour Marc Auclair, directeur général du groupe, "cela fait dix ans que le chiffre d'affaires de Neuhauser diminue chaque année. Mais, les ventes se sont stabilisées". En 2001, Michel (87 ans aujourd’hui) se retire pour présider le conseil de surveillance. C’est donc son fils, Jean-Michel, qui a signé –ou plutôt qui va signer- le rapprochement avec InVivo.

 

Une coopérative très riche

 

Car, pour le moment seul un protocole d’accord a été signé. Selon nos informations, la signature définitive ne devrait intervenir qu’à l’automne, au mieux, après une revue complète des comptes et des possibilités de restructuration, avec l’aide des deux banques conseils: BNP Paribas pour Soufflet et Crédit Agricole pour InVivo. Il faut aussi préparer un passage très délicat par Bruxelles, où les autorités européennes devront approuver l’accord. Car le nouveau groupe, qui va peser plus de 10 milliards d’euros de chiffres d’affaires, sera en situation de quasi-monopole dans de nombreux domaines. Même si la direction d’InVivo affirme que "la combinaison des activités, très majoritairement complémentaires, du groupe InVivo avec celles du groupe Soufflet préserverait dans la durée leurs structurations par métiers, leurs cohérences, leurs positionnements et leurs identités respectives". Dans le milieu, on n’est pas dupe: c’est bien InVivo qui rachète Soufflet, et il faudra sans doute se séparer de quelques activités…

 

C'est bien InVivo qui rachète, en effet. Et comme toutes les coopératives agricoles, InVivo a un gros appétit et de gros moyens. Sur ces deux dernières années, le monde des coopératives a réalisé une centaine de rapprochements, dont une cinquantaine avec des entreprises privées. Boortmalt, la filiale de la coopérative céréalière Axéréal (3 milliards d'euros de chiffre d'affaires), a racheté les activités malt du géant américain Cargill (140 milliards de dollars) et a ainsi donné naissance au numéro un mondial de la malterie, avec 27 usines sur 5 continents. InVivo, de son côté, s’est rapproché de NatUp pour former Excellience, dans les semences, secteur très porteur. Il s’est aussi renforcé dans la jardinerie (Jardiland, Gamm Vert et Delbard) et dans le vin, tout en augmentant son trésor de guerre, grâce à la vente de son activité alimentation animale Neovia, qui était de toute façon trop exposée à la concurrence à bas coûts.

 

L'enjeu du rachat: la bière

 

Quel est l’enjeu véritable de ce rachat de Soufflet? La bière. Le groupe Soufflet ne gagne pas d’argent, ou presque pas, sur la meunerie, c'est-à-dire son activité liée au transport du blé et à sa transformation en farine. Il en perd sur la boulangerie industrielle. Par contre, sa branche malterie est florissante, même s’il ne donne pas de chiffres. Tous les fabricants de malt mondiaux affichent des résultats à faire pâlir d’envie les start-up de la Silicon Valley.

 

Le malt? C’est la matière première de la bière. Et il n’y a pas assez de malteries pour satisfaire la soif mondiale pour cette boisson ambrée, dont la consommation est en forte hausse depuis des années et frôle les 2 milliards d'hectolitres par an. C’est pour prendre des parts sur ce marché très rentable que la groupe s’est tant développé à l’étranger, qu’il a racheté les maltiers Alwar en Inde et Shobnall en Grande-Bretagne, deux pays très gros consommateurs de bière.

 

Soufflet "s'est historiquement développé autour d'une stratégie de volume", expliquait en début d’année, lors d’une conférence de presse, son président, Jean-Michel Soufflet. Mais en préférant les volumes rentables. Or, le marché mondial du malt est tenu par trois "frenchies" qui pèsent un tiers des volumes: Soufflet (bientôt filiale de la coopérative InVivo), Boortmalt (filiale de la coopérative Axéréal) et Malteurop (filiale de la coopérative Vivescia). Tous les grands brasseurs comme Heineken, Calsberg, et AB InBev (Budweiser, Stella Artois…) puisent dans les stocks de ces trois français, dont la production à augmenté de 20% en dix ans, au même rythme que la consommation mondiale de bière. La Chine a même créé des taxes spéciales anti "malt français" pour préserver ses deux grands producteurs: Supertime Malting et Cofco. Enfin, le malt, c’est aussi le whisky, un marché qui croit de 6% par an. Et qui exige du malt de très haute qualité, qui se négocie jusqu’à 1.000 euros la tonne.

 

Pas si cher que cela

 

Compte tenu de tous ces éléments, les coopérateurs d'InVivo ont-ils surpayé leur achat?

 

Pour s’en faire une idée, il faut d'abord estimer combien vaut la famille Soufflet, propriétaire de la quasi-totalité du capital. Nous l’avions estimée l’an dernier à 750 millions, mais seulement après une négociation serrée avec les représentants du clan, qui soulignaient l’endettement de leur groupe. D’autres publications avaient même estimé le groupe en dessous, autour de 600 millions… Il s’agissait d’une valeur patrimoniale du moment. Depuis, les valorisations ont plutôt monté dans le secteur et surtout l’appétit des acquéreurs a augmenté.

 

Beaucoup sont prêts à casser leur tirelire pour avoir une part du gâteau… au malt. Plusieurs concurrents étaient d'ailleurs sur le coup pour racheter Soufflet. Mais en mettant, selon les confidences d'un banquière, près de 2,3 milliards d’euros, InVivo a devancé tous les autres. Pour un groupe qui réalise environ 5,5 milliards d’euros de chiffres d’affaires, cela peut paraître cher, mais c'est une valeur d'entreprise, qui inclut la reprise des dettes. Et qui n'a pas surpris les professionnels: déjà, en 2008, Malteurop avait acheté ADM Malt au groupe Archer Daniel Midlands pour 150 millions d’euros, alors que le chiffre d'affaires d'ADM était de 330 millions d'euros... Il y a deux ans, le patriarche expliquait: "on n'a jamais distribué de dividendes aux actionnaires, parce que de toute façon on n'a pas besoin d'argent, on n'a pas le temps de le dépenser". Maintenant, il a le temps. Et il a l'argent.

 

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 06:00
Poubelle de l’Histoire : À PROPOS D'UN PROCÈS le 26 janvier 1977 Le Monde publiait 1 communiqué « si une fille de treize ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ? Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit » cosigné par une soixantaine d'intellectuels, dont Kouchner, Lang, Sartre, de Beauvoir, Barthes, Gluksmann, l'académicienne Danièle Sallenave.

Autre temps, autres mœurs disaient certains, absolument faux, ces mœurs étaient celles revendiquées et défendues par une nomenklatura « intellectuelle » qui se sentait au-dessus de la loi, dont la transgression confortable se fondait sur un sentiment d’impunité de l’élite.

 

La quête des signatures fut menée par Matzneff, avec l’aide de Guy Hocquenghem. Selon lui, la plupart des personnes contactées se montrèrent favorables. Parmi les refus, Marguerite Duras, Hélène Cixous, Xavière Gauthier, et Michel Foucault.

 

En 2013, Matzneff ne renie en rien les valeurs exprimées par cette pétition : « J’en suis très fier et, si je l’écrivais aujourd’hui, je n’en modifierais pas le moindre mot, car elle est encore plus actuelle, nécessaire aujourd’hui qu’en 1977. »

 

Le communiqué :

 

Les 27, 28 et 29 janvier, devant la cour d'assises des Yvelines, vont comparaître, pour attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans, Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckhardt, qui, arrêtés à l'automne 1973, sont déjà restés plus de trois ans en détention provisoire. Seul Bernard Dejager a récemment bénéficié du principe de la liberté des inculpés.

 

Une si longue détention préventive pour instruire une simple affaire de " mœurs ", où les enfants n'ont pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, ont précisé aux juges d'instruction qu'ils étaient consentants (quoique la justice leur dénie actuellement tout droit au consentement), une si longue détention préventive nous paraît déjà scandaleuse.

 

Aujourd'hui, ils risquent d'être condamnés à une grave peine de réclusion criminelle soit pour avoir eu des relations sexuelles avec ces mineurs, garçons et filles, soit pour avoir favorisé et photographié leurs jeux sexuels.

 

Nous considérons qu'il y a une disproportion manifeste, d'une part, entre la qualification de " crime " qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés ; d'autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d'une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l'existence d'une vie sexuelle (si une fille de treize ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ?).

 

La loi française se contredit lorsqu'elle reconnaît une capacité de discernement à un mineur de treize ou quatorze ans qu'elle peut juger et condamner, alors qu'elle lui refuse cette capacité quand il s'agit de sa vie affective et sexuelle.

 

Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. Nous ne comprendrions pas que le 29 janvier Dejager, Gallien et Burckhardt ne retrouvent pas la liberté.

 

Ont signé ce communiqué :

 

Louis Aragon, Francis Ponge, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Judith Belladona, docteur Michel Bon, psychosociologue, Bertrand Boulin, Jean-Louis Bory, François Chatelet, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Colin, Copi, Michel Cressole, Gilles et Fanny Deleuze, Bernard Dort, Françoise d'Eaubonne, docteur Maurice Eme, psychiatre, Jean-Pierre Faye, docteur Pierrette Garrou, psychiatre, Philippe Gavi, docteur Pierre-Edmond Gay, psychanalyste, docteur Claire Gellman, psychologue, docteur Robert Gellman, psychiatre, André Glucksmann, Félix Guattari, Daniel Guérin, Pierre Guyotat, Pierre Hahn, Jean-Luc Henning, Christian Hennion, Jacques Henric, Guy Hocquenghem, docteur Bernard Kouchner, Françoise Laborie, Madeleine Laïk, Jack Lang, Georges Lapassade, Raymond Lepoutre, Michel Leyris, Jean-François Lyotard, Dionys Mascolo, Gabriel Matzneff, Catherine Millet, Vincent Monteil, docteur Bernard Muldworf, psychiatre, Négrepont, Marc Pierret, Anne Querrien, Griselidis Real, François Régnault, Claude et Olivier Revault d'Allonnes, Christiane Rochefort, Gilles Sandier, Pierre Samuel, Jean-Paul Sartre, René Schérer, Philippe Sollers, Gérard Soulier, Victoria Thérame, Marie rhonon, Catherine Valabrègue, docteur Gérard Vallès, psychiatre, Hélène Vedrines, Jean-Marie Vincent Jean-Michel Wilhelm, Danielle Sallel nave, Alain Cuny.

 

L'amour est-il un crime ?

Par GABRIEL MATZNEFF.

Publié le 08 novembre 1976

 

L'AN dernier, une plainte pour détournement de mineurs, actes contre nature et incitation de mineurs à la débauche - qui, selon le code pénal, sont des " crimes " justiciables de la cour d'assises - avait été déposée contre un écrivain que je connais un peu, pour des propos sur l'adolescence tenus à l'émission télévisée de Bernard Pivot, " Apostrophes ". Menacé de la sorte, l'écrivain s'attendait à être défendu par les spécialistes de la pétition en tous genres, les durs de durs de la conscience universelle, et à voir se constituer un comité de belles âmes qui se chargerait de collecter les signatures en sa faveur et de publier un communiqué indigné.

 

Curieusement, ce fut le silence. Les chers confrères, si prompts à s'émouvoir de la moindre atteinte à la liberté d'expression commise à Madrid ou à Moscou, se bouchaient les yeux pour ne pas voir ce qui se passait du côté du jardin du Luxembourg. Soudain, la cécité complète. La raison en était double. D'abord, cet écrivain n'appartenait à aucune chapelle, à aucune coterie, à aucune secte : un homme isolé, un homme libre, autant dire un homme sans importance. D'autre part, la liberté sexuelle des enfants et des adolescents est un thème qui n'inspire guère les partis politiques. La droite, à cette seule évocation, grince des dents. Quant à la gauche, son idéal secret demeure la planche à clous et la continence de Rachmétoff, le héros de Que faire ? de Tchernychevski, bible des marxistes russes : comme on dit en charabia d'aujourd'hui, l'amour est " démobilisateur ", il distrait les chères têtes blondes et brunes de la nécessaire lutte des classes. L'oncle Lénine veut des disciples chastes. Et, de fait, la gauche n'a pas entièrement tort : une passion amoureuse, quand on s'y donne à fond, cela prend du temps.

 

Cette gêne, teintée de réprobation, voire d'hostilité, explique que dans la France de 1976 des hommes, pour s'être livrés " à des actes immoraux et à des attentats à la pudeur sans violence sur des mineurs de moins de seize ans, garçons et filles ", puissent moisir en prison depuis plus de trois ans, sans avoir été jugés, et que ce scandale ne scandalise personne, ou quasi. Arrêtés en octobre 1973 (1), le docteur Gallien et ses amis auront subi une détention préventive de près de quatre ans lorsque, l'été prochain, ils comparaîtront devant la cour d'assises de Versailles. Je ne suis pas juriste, mais une si longue détention préventive, pour instruire une simple affaire de mœurs, où les enfants n'ont été victimes de la moindre violence, mais au contraire ont précisé au juge instructeur qu'ils étaient consentants et que cela leur avait été fort agréable, me paraît une injustice monstrueuse. Le 20 octobre dernier - trois ans jour pour jour après son arrestation, - l'un des trois accusés, M. Bernard Dejager, a enfin obtenu de la chambre criminelle sa mise en liberté provisoire. Je l'ai rencontré à sa sorte de la prison de Fresnes. C'est un homme cassé, écorché vif, révolté par le traitement subi, que pétrifie l'attente de la cour d'assises, qui peut-être le condamnera à une peine de cinq à dix ans de réclusion criminelle.

 

Cinq à dix ans de réclusion criminelle ! En vérité, c'est la justice du père Ubu, et il est urgent que le législateur modifie les articles du code pénal qui regardent la protection de l'enfance et de l'adolescence, - singulièrement le courtelinesque article 330 et l'article 331 qui établissent que " tout attentat à la pudeur consommé ou tenté sur la personne d'un enfant de l'un et l'autre sexe âgé de moins de quinze ans sera puni de la réclusion criminelle à temps de cinq à dix ans ". Articles d'autant plus odieux qu'ils opèrent une discrimination entre l'hétérosexualité et l'homosexualité : l'ordonnance du 25 novembre 1960 et la loi du 6 août 1942, signée de Pétain, Laval et Abel Bonnard, validée par une ordonnance du 8 février 1945, qui constituent respectivement les articles 330 § 2 et 331 § 3 de l'actuel code pénal.

 

Que les viols et les violences soient punis avec rigueur, les amoureux de l'extrême jeunesse sont les premiers à le souhaiter. Ce que nous combattons, c'est cette idée, qui semble être la pierre d'angle de l'actuelle législation, que l'éveil de l'instinct et des pratiques sexuels chez la très jeune fille ou chez le jeune garçon soit nécessairement nuisible et funeste à leur épanouissement. Cela n'est pas vrai. Ce qui est néfaste, ce sont les contacts sexuels mécaniques, sans tendresse, sans amour ; mais les lettres de l'adolescente que j'ai publiées dans les Moins de seize ans témoignent, me semble-t-il, qu'une relation d'amour entre un adulte et un enfant peut être pour celui-ci extrêmement féconde, et la source d'une plénitude de vie. Aimer un être, c'est aider à devenir celui qu'il est. Or cette quête d'identité, qui a pour but la possession et la connaissance de soi, est aussi une quête d'identité sexuelle. Une relation amoureuse, dès lors qu'elle est fondée sur la confiance et la tendresse, est le grand moteur de l'éveil spirituel et physique des adolescents. Les perturbateurs des moins de seize ans ne sont pas les baisers de l'être aimé, mais les menaces des parents, les questions des gendarmes et l'hermine des juges.

 

(1) Le Monde du 30 octobre 1973

 

GABRIEL MATZNEFF.

L'enfant, l'amour, l'adulte

Par PIERRE GEORGES.

Publié le 29 janvier 1977

 

Trois hommes, un médecin, un visiteur médical, un employé de la R.A.T.P., ont comparu, jeudi 27 janvier, à Versailles, devant la cour d'assises des Yvelines. Motif : attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de quinze ans. Cette affaire a été évoquée à deux reprises dans le Monde. Une première fois, sous la signature de M. Gabriel Matzneff, dans un point de vue, plaidoyer pour la pédophilie au titre choc " L'amour est-il un crime ? " (Le Monde du 7-8 novembre 1976). Une seconde fois sous forme d'un communiqué-pétition signé par une soixantaine de personnalités indignées du sort réservé aux trois inculpés maintenus en détention provisoire depuis trois ans " pour des caresses et des baisers " (le Monde du 27 janvier).

 

N'ayant ni la conviction de l'un, ni l'autorité des autres, nous avons assisté à la première audience de ce procès à Versailles, pour lequel le président, M. Ramin, malgré le caractère délicat des débats, a jugé nécessaire de ne pas prononcer le huis clos. Tant mieux : cela aura permis, à d'autres qu'aux seuls jurés de se faire une opinion sur la nature des faits reprochés aux trois inculpés et de savoir ce que recouvraient exactement les mots " caresses et baisers " ou cette notion d'amour.

 

Eh bien, disons-le, il est inadmissible que deux hommes, deux adultes, soient maintenus en détention provisoire pendant plus de trois ans, le troisième n'ayant été libéré sous caution que depuis quelques mois, avant d'être jugés. Quelle que soit la nature des faits qui leur sont reprochés. Là s'arrêtera l'indignation.

 

Ce procès n'est pas celui d'une société qui refuserait de prendre en compte la sexualité des adolescents, des préadolescents même, d'une société ultra-répressive, face à la sexualité des plus jeunes. Il est simplement celui de trois hommes qui ont repris en compte à leur profit, et pour leur plaisir, les pulsions sexuelles de très jeunes garçons et filles.

 

Ce procès est celui de trois adultes qui ont appris l'amour à six jeunes âgés de douze à quinze ans : l'amour avec un grand A, " photos et films naturistes avec conclusions érotiques ", c'est-à-dire pornographiques, caresses, c'est-à-dire masturbation réciproque, baisers, c'est-à-dire fellations réciproques, partouzes, c'est-à-dire une fille de treize ans et deux garçons dont son frère du même âge, nus dans un même lit pour des exercices pratiques, allant jusqu'à la sodomie.

 

Ces jeunes ont aimé ce scénario imaginé par leurs aînés. Ces jeunes n'ont été ni contraints ni menacés. Ils n'ont eu avec deux des adultes que des rapports sexuels limités, fellations et caresses, et consentis. Les adultes aussi ont aimé, au point de se constituer une collection de photos et de films parce que dira l'un " ce qui m'intéressait, c'était de voir la sexualité des enfants ". Mais il est naturel de ne pas aimer cette forme d'amour et cet intérêt.

 

PIERRE GEORGES.

 

Affaire Duhamel : le boomerang de la pétition pro-pédophilie de Gabriel Matzneff ICI 

 

40 ans après, les signataires d’une pétition datant de 1977, parmi lesquels figurent Jack Lang et Bernard Kouchner, sont sommés de s’expliquer.

 

Pédophilie. LesObservateurs.ch ont dénoncé la pédophilie des  "progressistes" depuis de nombreuses années et à de multiples reprises. -  Les Observateurs

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 08:00

 

« Elle ne marche pas vite. Elle a des engelures. Aux pieds. Elle en a tous les hivers ou presque. Il n'y a plus qu'elle pour avoir ça, des engelures… »

 

À l’école Sainte Marie, y’avait des gars, plutôt ceux des métairies éloignées venant à pied, qui l’hiver souffraient d’engelures aux mains, au bout de leur nez, la peau devenait plus pâle que d’habitude prenait une apparence cireuse avec des plaques rouges plus ou moins boursouflées.

 

Je n’ai jamais eu d’engelures et je croyais que sous notre climat, où les hivers sont plutôt cléments, celles-ci ne sévissaient plus, sauf peut-être chez les mal-logés.

 

Et puis voilà t’y pas qu’avec la Covid 19 les engelures sont de retour.

 

La science a découvert pourquoi le coronavirus provoque des engelures

 

Des doigts rouges ou violacés à cause du froid sont souvent le signe d’engelures. Ces atteintes cutanées avaient été observées au début de l’épidémie comme un symptôme du Covid-19. Une étude révèle dans quelles mesures ce symptôme survient.

 

Signe d’une « immunité efficace »

 

Selon l’étude menée en avril par les chercheurs au CHU de Nice sur 40 patients, ces lésions seraient le signe d’une immunité innée « particulièrement efficace » de l’organisme face aux agents pathogènes.

 

Sur les 40 patients étudiés et qui souffraient de ces engelures, les tests PCR s’étaient tous révélés négatifs, et pour seulement un tiers d’entre eux, la sérologie était positive. Ce, alors qu’ils avaient tous été cas contact ou suspectés d’être infectés par le Covid-19 lors des trois semaines précédentes.

 

Pour confirmer ces premiers résultats, les chercheurs ont mesuré et comparé in vitro l’activité des cellules de l’immunité innée entre trois types de patients : ceux qui présentaient des engelures, ceux qui souffraient de formes non-graves du coronavirus et ceux de patients hospitalisés. Ainsi, il s’est avéré que « les cellules des premiers présentent des taux d’expression de l’IFNa bien plus élevés que celles des deux autres groupes. Les taux mesurés dans les cellules des patients hospitalisés, avec des formes sévères de Covid-19, sont même particulièrement bas », explique le Pr Thierry Passeron, qui a dirigé l’étude.

 

Alors que le monde fait face à la deuxième vague de la pandémie, le dermatologue relève de nouveau l’augmentation des cas d’engelures. « Il faut néanmoins rassurer les personnes qui en souffrent : même si elles sont douloureuses, ces atteintes ne sont pas graves et régressent sans séquelles […] Elles signent un épisode infectieux à SARS-CoV-2 qui est déjà terminé dans la majorité des cas. Les patients concernés ont éliminé le virus efficacement et rapidement après leur infection », souligne-t-il, cité par l’Inserm.

 

Ainsi, peut-on lire sur le site de l’Inserm, si les formes graves de Covid-19 semblent liées à un défaut de l’immunité adaptative, qui rend impossible une production suffisante de cellules et d’anticorps spécifiques du SARS-CoV-2, les engelures pourraient se situer à l’autre extrémité du spectre, et constituer l’illustration d’une surréaction de l’immunité innée.

 

L’Inserm précise encore que ces observations vont dans le sens de celles constatées lors de précédentes épidémies à coronavirus (SARS et MERS), au cours desquelles les personnes les moins symptomatiques produisaient peu d’anticorps, fruits de la seconde ligne de défense immunitaire après l’intervention de l’immunité innée. Des questions restent toutefois en suspens, comme la contagiosité des patients qui présentent ces engelures, ou leur capacité à être contaminés une seconde fois. Le décryptage des mécanismes de la réaction immunitaire au niveau de l’épithélium respiratoire pourrait aussi apporter de précieux enseignements.

 

 

SOS engelures ICI 

 

Pas forcément. Mais ça peut vite le devenir dans des situations extrêmes de froid prolongé. Que vous voyagiez dans des contrées glacées ou skiiez par temps très froid, misez plutôt sur la prévention pour préserver vos extrémités. Voici quelques conseils à suivre venus du grand nord.

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 06:00

 

 

Les coopératives sont, selon l'expression de Charles Gide, grand universitaire, oncle de l'écrivain et théoricien des coopératives de consommation, « filles de la misère et de la nécessité » : pour ceux qui sont dépourvus de moyens financiers, le regroupement et la solidarité sont les seules armes disponibles. Charles Gide, en 1890, espérait que les principes coopératifs, en se généralisant, changeraient à la longue la nature même du système social, et qu'une « République coopérative » pourrait ainsi voir le jour, qui permettrait le dépassement des antagonismes de classe et la naissance d'un autre système social, ni capitaliste ni socialiste.

 

Dans ma vie professionnelle j’ai assisté au massacre des beaux principes de la mutualité et de la coopération avec le sommet que fut la privatisation du Crédit Agricole Mutuel, accompagnant l’érection des grosses coops de collecte de céréales, d’approvisionnement, laitières… etc. gérés comme des groupes capitalistes. Quant à la coopération viti-vinicole, elle n’a rien accouché de solide qui puisse contribuer à dynamiser le secteur.

 

Mais là, à propos de Biocoop, il s’agit d’une coopérative de consommation, franchisant des magasins de proximité.

 

Je suis depuis toujours client de Biocoop, pas par militantisme mais parce que j’y trouve des produits qui me conviennent. J’ai assisté ces deux dernières années à la dérive du modèle.

 

Biocoop : quand le modèle coopératif lorgne sur la grande distribution ICI 

 

par Anne-Laure ChouinCellule investigation de Radio France

 

Que se passe-t-il dans le réseau Biocoop ? Les récents conflits sociaux qui ont éclaté sont les révélateurs d’une crise de croissance. En se développant rapidement sur un marché concurrentiel, la coopérative s’est peu à peu éloignée de ses principes fondateurs.

 

Si l’on en croit la publicité que Biocoop diffuse actuellement à la télévision, la façon de commercer de Biocoop est bien différente de celle des autres magasins alimentaires : plus démocratique, plus sociale, et bien sûr : coopérative. Mais dernièrement cette belle image s’est fissurée. 

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 06:00

"Louis XVI éclairant le serrurier Gamain en train de confectionner l'armoire de fer", illustration extraite de l'"Histoire des Girondins" (1866), de Lamartine. Photo © Leemage

Je passe sur l’affaire du Masque de fer pour évoquer au passage l’Affaire de l’armoire de fer de Louis XVI.

 

À l’annonce de la fuite du roi Louis XVI, François Gamain, qui fût son serrurier, dénonce au Ministre de l’Intérieur, Roland de La Platière, l’existence d’une armoire cachée au château des Tuileries : « L’armoire de fer ».

 

L’armoire est un trou, ouvert dans un mur près de la chambre à coucher du couple royal, dissimulé derrière un panneau de lambris et fermé par une porte de fer. Elle était destinée à dissimuler la correspondance secrète de Louis XVI (entre autre, les correspondances avec Mirabeau et La Fayette) et avait été installée par Gamain.

 

Montée en épingle par la presse (Notamment par « l’Ami du peuple » de Marat), l’affaire fera grand bruit et aura un effet désastreux sur l’opinion publique. Si le roi cache quelque chose, c’est qu’il est coupable…

 

« Je viens rapporter à la Convention Nationale plusieurs cartons remplis de papiers qui, par la nature et par le lieu où ils ont été trouvés, m’ont paru de la plus grande importance »

 

Louis XVI y perdra le peu de crédit qu’il avait. La Convention décidera, le 3 décembre, la mise en jugement du roi. Les documents de l’armoire de fer seront produits à charge.

 

Chaque lettre dénonce les ennemis de la nation et parmi eux; Mirabeau.

 

Le 12 septembre 1794, Mirabeau sera exclu du Panthéon et enterré au cimetière de Clamart.

 

Le squelette de Mirabeau sortant de l’armoire de fer

 

La découverte de papiers compromettants pour Louis XVI fut-elle une machination destinée à perdre le roi ?

 

L'énigme de la semaine. ICI

 

La découverte, dans la fameuse « armoire de fer »

 

Tout commence le 20 novembre 1792, à 2h30 de l’après-midi, lorsque le ministre de l’Intérieur, Jean-Marie Roland, annonce solennellement, à la tribune de la Convention, que plusieurs cartons de documents compromettants pour le « ci-devant roi » viennent d’être trouvés dans une cachette dissimulée derrière un lambris, au château des Tuileries. Une découverte rendue possible par les révélations du serrurier François Gamain. Ancien employé à Versailles, ce dernier est, en effet, venu raconter avoir posé aux Tuileries une porte de fer devant une anfractuosité creusée par Louis XVI en personne dans un mur de l’exigu couloir reliant la chambre royale à celle du dauphin. Et avoir vu le souverain placer dans cette petite cavité des liasses de papiers.

 

Déchu le 10 août, emprisonné avec sa famille au Temple le 13 août, Louis XVI attendait, depuis lors, d’être fixé sur son sort.

 

Serait-il jugé ?

 

Selon la Constitution de 1791, qui avait posé le principe de son inviolabilité, il ne pouvait l’être. Mais faisant valoir (au mépris du principe de non-rétroactivité) que la proclamation, le 22 septembre, de la République, rendait cette Constitution caduque, l’avocat Jean-Baptiste Mailhe avança l’idée que l’ancien roi était, au contraire, justiciable « devant la nation tout entière ». La révélation de l’existence de l’“armoire de fer” arrivait à point.

 

Que contenait donc cette fameuse “armoire” ?

 

Au total, 726 pièces, censées accréditer la collusion de «Louis Capet» avec les puissances ennemies de la Révolution.

 

Dans une étude très fouillée, publiée en 1982, Paul et Pierrette Girault de Coursac ont conclu à une forgerie* destinée à perdre le roi.

 

La forgerie est un acte de tromperie qui consiste à fabriquer un faux en écriture, soit de toutes pièces, soit en réutilisant des parties authentiques existantes, auxquelles des parties forgées sont ajoutées habilement de façon à laisser croire que l'ensemble serait authentique.

 

Sans valider totalement cette thèse, la plupart des historiens admettent, aujourd’hui, que de nombreuses zones d’ombre subsistent. Notamment concernant le rôle de Roland Girondin, haï par la Montagne, celui-ci, grâce à l’“armoire de fer”, entendait « [redonner] à son parti le premier rang des accusateurs » ( Jean-François Chiappe).

 

Se livra-t-il, pour cela, à des manipulations de documents ?

 

 

La rumeur en avait couru à l’époque.ne machination contre lui ?

Ne pas confondre l'armoire de fer des Tuileries avec celle-ci

 

L'armoire de fer : ce coffre-fort indestructible au cœur de Paris

ICI

 

L'armoire de fer a été créée pour certains documents particulièrement précieux de l'histoire de France. Elle est visible en de rares occasions aux Archives nationales à Paris.

 

Indestructible et inviolable. L’armoire de fer, réalisée en 1790, est un coffre-fort ultra-sécurisé qui se trouve actuellement à l’Hôtel de Soubise, propriété des Archives nationales, rue des Archives à Paris.

Mais à quoi sert-elle ? 

Des documents d’une valeur inestimable
 

L’armoire de fer des Archives nationales a été réalisée sur ordre de l’Assemblée constituante du 30 novembre 1790 afin d’abriter à l’origine les formes, planches et timbres employés dans la fabrication des assignats, puis l’acte constitutionnel et les minutes des lois et décrets révolutionnaires. 

 

Elle est constituée de deux énormes caissons métalliques emboîtés. Trois clefs, qui étaient réparties entre le président de l’Assemblée, son secrétaire et son archiviste,  la commandent.

La suite ICI 

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 06:00

RAY

L’audition de Jamie Foxx par Ray Charles (2004) ICI

Le couvre-feu qui a fermé les salles de ciné me précipite certains soirs devant mon écran plat pour voir ou revoir des films. Je branche, je cherche, je trouve parfois.

 

Ainsi RAY

 

2004 Etats-Unis Réalisé par Taylor Hackford 2h32 avec Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King.

 

Les râleurs hypocrites de Télérama aiment un peu, comment mon Dieu peut-on aimer un peu ?

 

Ce n’est pas un grand film mais je partage le point-de-vue des Inrocks

 

La réussite exceptionnelle, tant artistique que financière, d'un petit moricaud aveugle sorti de la campagne constitue une trame à la fois cousue d'or et fort prévisible. Hackford a donc voulu la pimenter de quelques contre-vérités historiques dont nous nous abstiendrons de juger l'opportunité.

 

La culpabilité qui, à l'écran, hante l'artiste sa vie durant après la mort de son petit frère George est proprement inventée (dans Brother Ray, son autobiographie, le chanteur est formel là-dessus : il n'a jamais rien ressenti de tel). Mais elle fournit, il est vrai, une fêlure à travers laquelle il devient aisé d'explorer la détresse cachée derrière ces lunettes noires et cet éternel sourire de bon gars de la campagne.

 

De même, les scènes de désintoxication relèvent de la pure fantaisie. Ray a toujours affirmé qu'il lui avait été plus difficile d'arrêter de fumer que de décrocher de l'héroïne.

 

Sans cette dramatisation, Hackford a dû sans doute penser qu'allait lui échapper le vertige secret de cet homme qui a fait chavirer son époque. Que Ray Charles n'ait été qu'un Noir invraisemblablement doué pour la musique, malin en affaires, qui baisait comme un bouc et se shootait comme une machine à coudre, tout en s'efforçant de mener une vie de famille normale, ne pouvait-il suffire ? Et la culpabilité n'est-elle pas au final celle qu'interroge Hackford en lui-même ?

 

Bon, à dire vrai, on s'en tape.

 

Le spectacle ne manque pas d'attrait. Le plus indiscutable étant Jamie Foxx qui est plus Ray que nature. Sa performance est tout bonnement digne de celle de Robert De Niro jouant Jack La Motta ou de Tom Hulce inventant son Mozart dans Amadeus. Hmm... Ça sent l'oscar.

 

Bonne pioche Jamie Foxx d'obtenir l'Oscar du meilleur acteur en 2005 pour son interprétation du rôle-titre ainsi que le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie.

25 janvier 2015

« Je suis aveugle, mais on trouve toujours plus malheureux que soi… j’aurais pu être noir » Ray Charles ICI 

 

« Il est également invité à jouer dans une salle de Géorgie en 1959, mais refuse d'y entrer à cause de la loi de ségrégation de l'époque : il est donc interdit de jeu en Géorgie. Après la fin de la ségrégation, le gouvernement de Géorgie lui présente des excuses publiques et choisit la chanson « Georgia », fameusement interprété par Ray Charles, comme hymne national. »

 

 

Ray Charles

 

Chanteur, pianiste, organiste, compositeur et chef d'orchestre (1930, Albany - 2004, Beverly Hills)

 

Surnommé « the Genius » par Frank Sinatra, Ray Charles (vrai nom Ray Charles Robinson) figure parmi les plus grands musiciens du jazz et surtout du Rythm’n blues. Il est aussi l’un des fondateurs de la musique « soul ». Récompensé par douze Grammy Awards, il fut à l’époque de la ségrégation raciale, le chanteur préféré d’un public noir et blanc. ICI 

Olympia, 1970

 
DIX ANS DÉJA
Ray Charles, la clé de soul du jazz
Paris Match |
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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 08:00

 

C’est aussi, depuis fort longtemps, mon opinion.

 

OPINION. Invité de l'émission «Répliques» sur France Culture, le correspondant américain du «Washington Post» s'est vu reprocher de ne pas comprendre la France, et surtout de la critiquer sur la laïcité.

Les Français ne feraient-ils pas mieux de se regarder plus souvent dans ce miroir déformant qu'est la presse étrangère?

Richard Werly

Publié mercredi 13 janvier 2021

Modifié jeudi 14 janvier 2021

 

Je ne connais pas James McAuley, le correspondant en France du Washington Post, tout juste nommé éditorialiste en charge de l'Europe. J’ai d’ailleurs choisi de ne pas le contacter avant cette chronique, qui porte moins sur son travail et sa vision de la France que sur le traitement dont il a récemment bénéficié dans l’émission Répliques de France Culture.

 

McAuley, parfaitement francophone, sera en outre l’un des invités, en juillet prochain, du Festival international de journalisme de Couthures organisé par Le Monde du 9 au 11 juillet, dont Le Temps est partenaire. Nous débattrons avec lui de l’image de l’Hexagone et des Etats-Unis. Tant mieux. L’occasion sera belle, pour le public, de nous contredire ou de nous critiquer ensemble, aux côtés de confrères et consœurs espagnols, britanniques, allemands ou africains…

 

Exécution programmée

 

Le sujet n’est donc pas de porter assistance à un confrère blessé sur le champ de bataille de l’opinion et de l’information. Le Washington Post, quotidien prestigieux possédé par Jeff Bezos, le patron du géant Amazon, n’a pas besoin d’un soutien helvétique. C’est la méthode qui nous intrigue ici. Invité de l’une des émissions phares du paysage intellectuel français, James McAuley est tombé dans une embuscade. Il ne s’agissait pas, pour son animateur Alain Finkielkraut (qui vient de provoquer une nouvelle polémique sur LCI, à propos des accusations d’inceste portées contre le constitutionnaliste Olivier Duhamel) et son invité et vieux complice, le romancier essayiste Pascal Bruckner, d’écouter ce que ce correspondant étranger avait à dire sur la France, sa laïcité et son rapport aux religions. Le but était de le sommer de s’expliquer, après la parution de plusieurs articles critiques de l’Hexagone dans… le New York Times. Accusé, levez-vous: le tribunal vous écoute. Sans surprise, l’exécution est apparue, au fil de l’émission, programmée…

 

La suite ICI 

 

« …ut sunt Gallorum subita et repentina consilia » (« …étant donné que les Gaulois ont des résolutions soudaines et inattendues »

Jules César Guerre des Gaules, III, 8

 

Napoléon Bonaparte qui déclarait au Conseil d’État à propos de la Légion d’Honneur en 1803 : « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes […]. Je ne crois pas que le peuple français aime la liberté et l’égalité ; les Français ne sont pas changés par dix ans de révolution ; ils sont ce qu’étaient les Gaulois, fiers et légers. Ils n’ont qu’un sentiment : l’honneur ; il faut donc donner de l’aliment à ce sentiment-là, il leur faut des distinctions. »

Cité par Jean Tulard dans Napoléon et la noblesse d’Empire, Tallandier, 1979)

 

Chateaubriand lui-même considérait que « Le Français a été dans tous les temps, même lorsqu’il était barbare, vain, léger et sociable. Il réfléchit peu sur l’ensemble des objets, mais il observe curieusement les détails... »

Chateaubriand, Génie du christianisme, 1828, Troisième partie, livre III, chapitre IV,

 

Ernest Lavisse, écrit de son côté : «  Les Gaulois habitaient des maisons faites avec de la terre et couvertes en paille. Ces maisons n’avaient qu’une porte et pas de fenêtres. La fumée sortait du toit par un trou parce qu’il n’y avait pas de cheminée. Vous n’aimeriez pas habiter de pareilles cabanes. La fumée vous piquerait les yeux et vous ferait pleurer. […] Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les Gaulois étaient très intelligents. Ils apprirent à faire tout ce que faisaient les Romains. » »

Ernest Lavisse, Histoire de France, 1913

 

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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 08:00

 

André Le Troquer et sa maîtresses ont participé à d'étranges parties fines © AFP

La fabrique de l’élite française est dans la tourmente depuis que les accusations d’inceste contre le constitutionnaliste Olivier Duhamel ont été rendues publiques.

 

Que penser du fonctionnement d’une école qui a couvert les agissements du patron de la Fondation nationale des sciences politiques?

 

Richard Werly

Publié mardi 12 janvier 2021

 

Quatre lettres. Depuis sa création en 1945, la FNSP ou Fondation nationale des sciences politiques accompagne l’exercice du pouvoir en France. C’est en son sein que se recrutent les politologues qui décryptent chaque scrutin. Et c’est à Sciences Po, à l’Institut d’études politiques (IEP) qui en dépend, situé au 27 rue Saint-Guillaume (dans le quartier des ministères), que sont formés une bonne partie des futurs hauts fonctionnaires, diplomates et… journalistes de l’Hexagone.

Plus révélateur encore de l’emprise de cette institution sur une partie de l’élite tricolore? Le «moule» Sciences Po – antichambre de l’Ecole nationale d’administration – est dénoncé pour son mélange d’uniformité de pensée, d’aisance intellectuelle et d’arrogance parisienne: «Vous avez ici le condensé de ce qui ne va plus en France, s’énervait devant nous, en novembre 2020, Jean-Luc Mélenchon, le leader de la gauche radicale. Ce qu’on ne nous pardonne pas, à nous les élus de terrain, en prise avec les «gens», c’est de nous insurger contre les critères économiques enseignés à Sciences Po.»

Directeur averti

Un autre des critères de l’école, l’éthique, est en train d’exploser depuis la parution, le 7 janvier, du livre La Familia grande de l’avocate Camille Kouchner, fille de l’ancien ministre de la Santé Bernard Kouchner. En accusant son beau-père Olivier Duhamel – deuxième époux de sa mère Evelyne Pisier – de s’être rendu coupable d’inceste sur un de ses frères adolescent, l’intéressée a lancé une grenade dégoupillée sur la «péniche», le banc de bois qui trône au milieu du hall d’entrée de Sciences Po. Motif: la «loi du silence» dont a bénéficié ce constitutionnaliste réputé, professeur de droit très apprécié par ses élèves, ancien député européen, président du club Le Siècle (dont les dîners réunissent le Tout-Paris) et… président de la FNSP depuis 2016.

 

Publiées depuis la sortie du livre, une série de révélations et de confidences démontrent que l’actuel directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, avait été averti du comportement passé d’Olivier Duhamel et qu’il n’en a tiré aucune conséquence.

 

Appels à la démission la suite ICI 

 

Olivier Duhamel au sortir de l'Elysée le 29 octobre 2007. Alors membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, appelé plus communément comité Balladur, créé par Nicolas Sarkozy.

Mandarin des lettres et de la politique

 

Voici, rapidement résumée, l’affaire qui, depuis ce lundi 4 janvier, secoue l’élite intellectuelle française. Et en partie sa frange de gauche, ces compagnons de route du Parti socialiste, enfants de Mai 68, qui flamboyèrent sous les deux septennats de François Mitterrand puis, pour certains, misèrent plus tard sur l’ascension d’un certain… Dominique Strauss-Kahn. Au premier rang: Olivier Duhamel. L’archétype du «mandarin» des lettres, du pouvoir et des médias. Charismatique en diable. Ténor de Sciences Po, l’une des fabriques de l’élite parisienne. Directeur, aux Editions du Seuil, de la revue Pouvoirs dont le titre dit tout. Mais aussi chroniqueur sur la chaîne d’information LCI et Europe 1. L’homme qui, en 1988, interviewa François Mitterrand sur sa pratique de la fonction suprême. L’homme qui, tout en dissertant sur les liens entre la presse et Nicolas Sarkozy, n’hésita pas à s’en prendre violemment, en 2011, aux journalistes qui relataient les accusations de viol portées, à New York, contre Dominique Strauss-Kahn…

En 1959 déjà, les «ballets roses»

 

Une chose est certaine à la lumière des commentaires parus dans la presse et de la confirmation par le procureur de la République de Paris d'une enquête ouverte sur les faits en 2011, puis classée sans suite: tout le monde savait. A commencer par l’ancien ministre Bernard Kouchner, qui voulut jadis «casser la figure» au second mari de sa première femme et a confirmé la véracité des faits via son avocat. A commencer aussi par Marie-France Pisier, interprète fétiche des films de François Truffaut, dont le décès dans sa piscine est aujourd'hui largement considéré comme un suicide. Et tous les autres? Les journalistes familiers de la table familiale ? Les politiques, d’autant plus informés lorsqu’ils sont au pouvoir ? Une information donnée par Le Monde ajoute au trouble, même si elle n'a pas de rapport direct avec le livre et les faits relatés: Camille Kouchner n'est autre que l'actuelle compagne de Louis Dreyfus, le PDG du quotidien du soir, partenaire et actionnaire du Temps.

 

Bref, la France intellectuelle a, ces jours-ci, de quoi être assommée. Olivier Duhamel était une vigie et un repère pour ses étudiants. Séisme assuré

Colette et Jacques DUHAMEL, Olivier

Le politologue Olivier Duhamel titre son premier roman des prénoms de ses parents. Colette et Jacques, à paraître le 10 janvier chez Plon, retrace en fiction l’engagement du couple dans la vie culturelle et politique du XXe siècle. Car si Jacques Duhamel, résistant dès ses 17 ans, est devenu un personnage public marquant de la IVe et Ve République, Colette ne saurait être placée dans l’ombre. Directrice de La Table ronde avant de rejoindre la maison Gallimard, elle est présentée comme "une femme libre, directe, à rebours des conventions de son époque et de son milieu", souligne Jean-Claude Perrier dans son avant-critique pour Livres Hebdo. "Histoire, politique, édition, littérature se mêlent ici, incarnées par tous les beautiful people du siècle dernier, dont certains assez oubliés. Les Duhamel, par exemple, qui méritaient bien ce roman-témoignage", conclut-il.

 

ICI 

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 08:00

 

22 janvier 2020

 

Les « janvier sec » des prohibitionnistes masqués et les « buvez du vin sur ordonnance » de Vin&Société me gonflent à parts égales ICI 

 

Nous ne vivons pas dans un pays de prohibition, le vin est en vente libre et, en dehors de quelques restrictions justifiées, de la loi dites Evin, il est possible d’acheter la boutanche chère à son cœur aussi facilement que sa botte de poireau.

 

 

 

Alors en faire des tonnes, comme Saverot, Bettane et Pousson sur le nouveau joujou des prohibitionnistes masqués « Dry January » relève d’un réflexe pavlovien qui plaît beaucoup aux prohibitionnistes masqués pour taper sur le lobby du vin.

 

 

Je ne m’étendrai donc pas pour ces joutes dénuées d’intérêt.

 

 

En revanche, même si les buveurs de la perfide Albion sont désarrimés de notre UE, ils vont continuer de picoler nos jajas gaulois et l’opinion d’un journaliste du quotidien britannique The Guardian Toby Moses qui explique pourquoi il renonce à faire Dry January présente un réel intérêt. ICI

 

 

Tous les ans, je fais le vœu de ne plus manger de gâteaux. Ces bonnes résolutions durent généralement un mois, avec un peu de chance, parce qu’en février c’est mon anniversaire et qu’il est très malpoli de refuser une part de gâteau. Ou même deux, ou trois. Mais cette année j’ai pris une autre résolution.

 

En janvier, avec un bébé de trois mois très gourmand en attention, les bouteilles d’alcool gentiment offertes en cadeau prennent la poussière et les virées au pub appartiennent au passé. Comme bonne résolution, j’ai donc décidé de boire plus souvent. Certes l’idée peut paraître dangereuse, mais je pense que c’est le moment idéal pour apprendre à boire avec modération. Avant, j’avais cette attitude toute britannique vis-à-vis de l’alcool, c’est-à-dire que j’avais tendance à me prendre des cuites monumentales et à le regretter amèrement le lendemain matin.

 

Avec un bébé, ce n’était plus du tout faisable (sans parler des dégâts infligés à mon foie vieillissant). Et puis ce serait vraiment du gâchis de boire sans apprécier cette belle bouteille de gin maison que Tante Isa nous a offerte pour la naissance du bébé. J’ai donc décidé que quelques verres de vin ou quelques bières pourraient égayer un peu ces soirées d’hiver passées en intérieur avec mon fils, certes adorable, mais qui ne parle pas beaucoup.

 

Prendre l’engagement de boire davantage nécessite quelques garde-fous. Boire tous les soirs est sans doute une mauvaise idée, tout comme commencer l’apéro à 17 heures. Je ne le conseillerais pas non plus à quelqu’un qui a des problèmes d’alcool. Mais pour quelqu’un comme moi qui a tendance à boire sans modération, un verre de vin avant le dîner me permet d’avoir une attitude plus raisonnable à l’égard du démon de la boisson.

 

J’ai également décidé d’être plus exigeant sur la qualité de ce que j’ingurgite. Comme je ne sors pas, et que le bébé ne coûte pas grand-chose pour l’instant, j’ai décidé d’arrêter de me contenter des bouteilles en promo du supermarché. Je me suis donc aventuré chez un caviste du quartier, et j’ai dépensé plus de 10 livres pour une bouteille. Une folie, je sais, mais si je dois boire moins et plus régulièrement, je peux bien dépenser l’équivalent de trois pintes au pub.

 

 

Pour tout vous dire, je n’ai pas eu de mal à tenir cette bonne résolution – même s’il faut remplir plus souvent le frigo de bières. Ma résolution a coïncidé avec le début du confinement; c’était plutôt agréable de se détendre à la maison autour dun verre et c’était (presque) normal. Dans tous les cas, avoir un enfant est un excellent échauffement en cas de pandémie (sortir? quelle drôle didée). Et les apéros en visio avec les copains ont permis de donner une tournure sociale à notre consommation dalcool domestique.

 

La transition s’est faite en douceur et comme notre pub préféré, qui pourtant accepte les enfants, est fermé depuis cet été, les soirées cocktails dans le salon risquent de continuer encore longtemps.

Toby Moses

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 06:00

 

Désolé je n’ai pas pu m’en empêcher…

 

Tintin au pays des Soviets

 

 

Nous sommes le 10 janvier 1929, à Bruxelles. Accompagné de son chien Milou, un tout jeune reporter monte dans le train à destination de Moscou. Pour Tintin, c'est le début d'une grande aventure. Pour Hergé, c'est le vrai début de sa carrière. Les Aventures de Tintin, reporter du Petit Vingtième au pays des Soviets paraîtront sous forme d'album en 1930

 

 

Plus sérieusement :

 

MANIFESTATION EN FAVEUR DU CHILI AUX INVALIDES À LA SUITE 
DU COUP D'ÉTAT.  DE GAUCHE À DROITE AU PREMIER PLAN 
JEAN-MICHEL CATALA, PAUL LAURENT, GEORGES SÉGUY, 
EDMOND MAIRE, GEORGES MARCHAIS
 ET MICHEL ROCARD. PARIS 1973. 
PHOTO JEAN TEXIER

 

Pour comprendre la relation que Michel Rocard a entretenue avec le parti communiste tout au long de sa carrière politique il convient de distinguer trois périodes principales.

 

La première couvre les années cinquante et soixante jusqu’à 1974, celles de la formation politique et de son action au sein du PSU ;

 

La seconde couvre les années qui ont suivi son adhésion au PS (1974-1981) ;

 

La troisième est celle du gouvernement Rocard (1988-1991).

 

Une relation décomplexée avec le PCF.

 

Michel Rocard s’est situé politiquement à gauche d’emblée. Il se rappellera plus tard qu’il ne pouvait satisfaire l’humanisme transmis par sa mère protestante que de cette manière. «Le message égalitaire des écritures ne pouvait pas me laisser indifférent ».

 

Sa découverte du monde ouvrier et ses valeurs humanistes l’orientent vers le socialisme. «Dès lors, j’irais du côté de ceux par lesquels elles [les classes populaires] s’estimaient représentées, vers les partis qui bien ou mal aspiraient à les défendre. » Or, le Parti communiste, à cette époque, est à l’évidence l’organisation qui représente le plus largement la classe ouvrière. Quels que soient les désaccords, nombreux, qu’il entretient d’emblée avec ce parti, ils sont tous deux dans le même camp, celui de la gauche. « Nous savons très bien que la principale force de résistance à un durcissement autoritaire du régime est le PCF » déclare-t-il en 1971. Sa critique violente de Sartre lui permet de relativiser celle du PCF : « Je n’incriminerai pas le PCF : l’ennemi c’est J.P. Sartre et ce qu’il symbolise. C’est à dire l’intellectuel vaincu pendant vingt ans qui ne franchit pas le pas, qui est toujours un grand allié du parti de la classe ouvrière, qui ne porte pas de critique et se tait sur les camps de concentration pendant la période stalinienne et qui avale tout sans que jamais sa critique soit positive ; nous faisons l’inverse. Nous sommes du côté des communistes lors de tous les coups durs mais nous ne lui passons rien sur les affaires sérieuses. »

 

Le PCF n’est pas seulement le grand parti ouvrier, il est le grand parti marxiste. Rocard, membre des étudiants socialistes, a découvert Marx que lui a fait connaître Victor Faÿ. « Il s’est laissé séduire par le marxisme, notamment par les théories économiques de Marx, se souviendra ce dernier ». Il utilisera alors la thèse marxiste de la prééminence de l’infrastructure économique et sociale. Dans la tradition de la SFIO, il se veut un révolutionnaire. La lutte des classes est une évidence. La société socialiste doit succéder à la société capitaliste ; l’appropriation collective des moyens de production doit être réalisée. « Si le parti socialiste rejetait définitivement et le marxisme et le dogme de l’économie dirigée, il mettrait un point final à son évolution et perdrait tout espoir de jamais se rallier la classe ouvrière dont il aura fait don au parti communiste, écrit-il ».

 

Pour autant, Rocard ne ressentira jamais de proximité à l’égard du parti communiste. Il lui sera toujours étranger. Sa culture est différente. Sa génération n’est pas celle de la résistance mais celle de la guerre froide qui a découvert le totalitarisme stalinien. Contrairement à Léon Blum, il ne plaidera jamais pour la réunification des deux courants de gauche. Il ne souhaitera pas, comme lui, « effacer Tours ».

Il a une claire conscience des désaccords profonds qui existent entre eux. Au PSU, il énoncera clairement les deux plus importants : « le premier, c’est le caractère autoritaire ou non du modèle de société socialiste. A ses yeux, le modèle doit rester autoritaire, pour nous non. » ; « le deuxième point de controverse fondamentale, le voici. Des solutions de type socialiste sont-elles actuelles, correspondent-elles à la situation de la société française dans un avenir raisonnable ? Sur ce point nous constatons dans la pratique un comportement que nous qualifierons de conservateur ».

 

A la différence de nombreux socialistes, Rocard, sûr de ses valeurs et de ses idées, n’a pas de complexe à l’égard du « grand parti de la classe ouvrière ». Comme François Mitterrand, mais dans une vision différente, il conçoit la relation avec le PCF comme un rapport de forces. Quant à son marxisme, s’il lui arrive d’en donner des leçons aux communistes, il ne constitue qu’une part d’un bagage idéologique et intellectuel fort éclectique. N’étant pas sectaire, il et est ouvert à de multiples approches, d’autant que chez lui, la théorie, aussi importante soit-elle, ne l’emporte jamais sur les paramètres de l’action.

 

Faire !

 

Cet objectif en fait un héritier de Pierre Mendès-France. Il croit à l’économie. «J’avais, se rappellera-t-il plus tard, une crainte révérencielle devant l’économie. J’avais compris que c’était le cœur de la vie publique. » En 1954, Faÿ le perçoit davantage comme un modéré keynésien que comme un marxiste. Lui-même, interrogé plus tard sur le caractère révolutionnaire du PSU, donne une réponse qui le situe dans la ligne de Jaurès et de Blum : oui, le PSU est révolutionnaire s’il s’agit d’opérer un profond changement des rapports de production, une transformation radicale. Mais non s’il s’agit de déclencher un mouvement insurrectionnel. Il le montrera en mai 1968, étant à la fois en tête du mouvement mais soutenant le préfet Grimaud dans son action et faisant appel à Mendès France. Bref, comme l’écrit Jean-Louis Andreani, Rocard est alors un « révolutionnaire réfléchi ».

 

Mai 68 marque pour Rocard la rupture avec le PCF dont le PSU devient la bête noire. Lorsqu’en 1971, les négociations entre les deux partis à propos des élections municipales sont rompues, le PCF déclare que le PSU s’enfonce «dans des positions gauchistes irresponsables».

 

Rocard ne recherche pas à tout prix un rapprochement avec les communistes qui, comme le souhaite Guy Mollet pour la SFIO, pourrait être obtenu au moyen d’un « dialogue idéologique ». S’il est favorable à des actions communes avec les communistes, il réclame le droit à la différence. Il ne s’agit pas non plus pour lui, comme le voudra François Mitterrand en 1972, de faire un programme commun de gouvernement sans discuter du fond, estimant que ce faisant, le Premier secrétaire du PS consolide le PCF.

 

C’est, selon lui, en affirmant les valeurs socialistes qu’il sera possible de reprendre au PCF la classe ouvrière. Parmi celles-ci figure au premier chef la critique du totalitarisme qui, dans la période 1956-1968, trouve de nombreux points d’application. Il oppose au modèle soviétique le socialisme dans la liberté mais sans le faire au nom de la défense de la social-démocratie qu’il critique, percevant le congrès de Bad-Godesberg comme étant «l’expression parfaite d’un conformisme libéral sans ambition ». Le Rocard du PSU, comme Jaurès et Blum, n’est pas révisionniste.

 

Au modèle révolutionnaire communiste, Rocard oppose un autre modèle révolutionnaire : l’autogestion. Celle-ci ne pourra être instaurée qu’après la prise du pouvoir par les travailleurs et le renversement de l’état capitaliste ; l’objectif prioritaire demeure l’appropriation collective des moyens de production.  « C’est un fait, estime-t-il en 1972, qu’à travers la volonté d’autogestion s’expriment à la fois un refus et un projet :

 

- un refus, celui de la toute-puissance d’un État que la bourgeoisie a modelé en fonction de ses intérêts, et il est significatif qu’il s’accompagne d’un refus analogue à celui que l’URSS impose à ses travailleurs comme à ceux des démocraties populaires : un État qui en vient, comme naguère en Pologne et surtout en Tchécoslovaquie, à contredire la lutte ouvrière elle-même,

 

- mais aussi un projet, celui d’une société où les hommes soient capables de prendre en main leurs propres affaires, de prendre eux-mêmes les décisions qui concernent leur travail leur cadre de vie, leurs formation, leurs relations et toute leur vie quotidienne ». C’est sur cette ligne qu’il entend combattre le modèle communiste.

 

Si le PSU critique fortement, sans toutefois la condamner, la signature du programme commun en 1972, y voyant une perspective de changement politique mais considérant que le texte ne peut « ouvrir  la voie au socialisme» et qu’il est « l’expression d’une centralisation étatique largement aggravée », Rocard lui-même se montre un peu plus ouvert que son parti, estimant que son adoption « malgré les importantes réserves qu’appellent le contenu de ce texte et la stratégie qu’il implique, est un fait important. Son existence a une valeur de mobilisation, de mise en mouvement des forces populaires qu’il ne faut pas sous-estimer ».

 

La signature du programme commun va s’avérer une grande victoire stratégique pour François Mitterrand. Une perspective d’arrivée au pouvoir de la gauche se dessine. Rocard, lui n’a jamais conçu les relations avec le PCF en termes stratégiques. Il n’imagine pas ce que serait un gouvernement d’union. Aux élections législatives de 1973, alors que les progrès du PS sont remarquables, obtenant 19%, à deux points du PCF, le PSU obtient 2%. Rocard perd son siège dans les Yvelines.

 

Le PSU a raté le coche et n’a plus de perspectives sérieuses de jouer un rôle de premier plan dans la recomposition de la gauche. A l’élection présidentielle de 1974, Mitterrand, candidat d’union de la gauche dès le premier tour, manque de peu d’être élu au second. La partie est jouée et Rocard a perdu. Mitterrand ayant accepté sa demande d’adhésion au PS, il doit avaler le programme commun et l’union de la gauche.

 

Rocard, Mitterrand et le Parti communiste.

 

Les Assises du socialisme permettent au courant rocardien de préserver l’idée d’autogestion en entrant au parti socialiste. Les communistes ne voient pas d’un bon œil cette entrée qui risque de renforcer un parti qui menace de le dépasser électoralement. Mais ils ne savent pas trop par quel côté attaquer ces autogestionnaires entrés au PS qui entendent les tourner sur leur gauche. Ils sont tentés de renouveler leur accusation de gauchisme.

 

Mais en même temps, alors que Rocard vient de publier plusieurs articles sur la crise économique, en octobre 1974 ils choisissent un autre angle d’attaque : « il semble bien que les idées de M. Rocard pour faire face à la crise ne sont pas incompatibles avec les intérêts du grand capital », peut-on lire dans l’Humanité. C’est désormais cet angle qu’ils privilégieront. En 1975, Rocard est nommé secrétaire national du PS au secteur public. Ses interventions dans le domaine économique en font l’ennemi déclaré du PC. Il déclare qu’on ne biaise pas avec l’économie de marché et affirme que « la gauche sera crédible quand le PS sera dominant, ce qui suppose de la part du PC une inflexion doctrinale terrible ».

 

Dans une période où « l’Union est un combat», ses accrochages avec le PC sont constants sur les questions économiques, notamment sur les nationalisations et le SMIG. Mitterrand l’écarte alors de la renégociation du programme commun.

 

En septembre 1977, celle-ci échoue cependant. Rocard va attaquer alors de plus en plus durement le PC. En novembre, il déclare : « la pensée économique des dirigeants du PC est restée stalinienne. Les mesures sociales que le PC préconise sont insupportables pour l’économie française. » Georges Frischmann, membre du Comité central du PCF dénonce alors « cet ancien gauchiste devenu social-démocrate d’extrême droite au terme d’une trajectoire étonnamment rapide. »

 

La même année, au congrès de Nantes, son discours sur les deux cultures ne permet pas seulement à Rocard de se distinguer de la « première gauche » socialiste, elle est également, indirectement, une critique acerbe de la culture communiste. Il convient de rappeler les grandes lignes de cet important discours. « Il y a deux cultures dans la gauche française. […] La plus typée, qui fut longtemps dominante, est jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste. »

 

«L’autre culture, qui réapparait dans la gauche française d’aujourd’hui elle est décentralisatrice, elle est régionaliste, elle est libératrice, qu’il s’agisse de majorités dépendantes comme les femmes, ou de minorités mal accueillies dans le corps social : jeunes, immigrés, handicapés. Elle se méfie du règlement, et de l’administration, elle préfère l’autonomie des collectivités de base et l’expérimentation ». « Le risque qui, ici, nous menace est celui de l’étatisation ». Il faut « concevoir les nationalisations comme l’outil privilégié de de notre politique industrielle et non pas comme un principe fondamental du socialisme. »

 

« La deuxième question que la gauche au pouvoir doit résoudre est celle du risque et de la sanction économique. Il faut appeler un chat un chat. Toutes les expériences à vocation socialiste qui ont fait disparaître le risque et la sanction économique ont été conduites à construire des modèles de développement bureaucratiques ». Suit une défense de l’économie de marché. En quelques phrases, c’est feu le programme commun que Rocard enterre ici une seconde fois.

 

Le 19 mars 1978, au soir du second tour des élections législatives, qui voient la défaite de la gauche mais qui s’accompagnent cependant pour la première fois depuis 1936 d’un dépassement du PCF par le PS, le sabotage de la campagne de la gauche par les communistes libère définitivement Rocard de toute retenue dans ses attaques.

 

«  Alors pourquoi cette défaite aujourd’hui ? Une seule raison, la gauche n’a pas marché du même pas face au bloc des intérêts unis. Nos camarades communistes voulaient une victoire qui fût d’abord la leur. Ils ont pris là une terrible responsabilité devant l’Histoire et devant les travailleurs. »

 

Le 27 mars, il déclare au Nouvel Observateur que « la nouvelle union de la gauche devra assurer la convergence entre deux projets de société bien typés. Il ne faut plus que les facultés d’imagination et d’invention du PS soient indéfiniment stérilisées par un document programmatique détaillé ». Le 29 avril, devant la Convention nationale du parti, il déclare : « Nous ne ramènerons pas le PC à la stratégie de l’union par une confiance aujourd’hui bien difficile à reconstruire et encore moins par des concessions ». « La défensive qui consisterait à revenir à la pratique de simples accords électoraux consoliderait durablement l’hégémonie politique et sociale du PC sur la gauche. Il nous faut au contraire développer un parti capable d’engendrer un type d’unité dynamique et conflictuelle entraînant l’union des forces populaires ».

 

Le même mois, il déclare : « la réalité du parti communiste français c’est finalement qu’il ne sert à rien. » En octobre 1979, au Congrès de Metz, Mitterrand l’emporte. L’union reste à l’ordre du jour. Il faut alors être unitaire pour deux. Le 28 novembre Rocard plaide à nouveau pour la clarté dans les alliances et affirme que les deux projets ne sont pas de même nature : « l’union de la gauche, c’est le rassemblement au second tour sur un des deux projets ». Une union réduite aux acquêts… électoraux en quelque sorte.

 

En 1981, Mitterrand, à nouveau le candidat du parti, est élu. Le PCF subit une véritable défaite. Le gouvernement de Pierre Mauroy comprend quatre ministres communistes. Rocard est marginalisé au sein du nouveau gouvernement.

 

En 1984, lorsque Laurent Fabius succède à Pierre Mauroy à Matignon, le PCF décide de cesser sa participation. Le 6 avril 1985, Rocard décide de démissionner du gouvernement. A la veille de sa démission il a déclaré que le PS devrait définir un pacte démocratique sans s’arrêter aux « clivages d’hier. »

 

« Un pacte qui isole ses extrémistes  et refuse avec eux tout compromis ». De son côté, le PCF a rejeté la stratégie d’union. Aux élections de mars 1986, le déclin communiste se poursuit. Rocard écrit : «  le PC a manqué. Sa politique sectaire irréaliste l’a conduit à quitter la cour des grands pour se cantonner aux côtés de M. Le Pen dans celle des moyens. Par la défection de son électorat, le PC ramène la gauche à l’un de ses plus bas scores d’ensemble. On ne peut plus compter sur lui, et c’est donc au parti socialiste d’occuper le terrain de la gauche. »

 

En 1988, François Mitterrand est réélu. Rocard est nommé premier ministre. Une nouvelle période s’ouvre.

 

Le gouvernement Rocard et les communistes.

 

Les élections législatives n’ont pas donné une majorité absolue aux socialistes. L’ouverture au centre évoquée par le président et son premier ministre, et dont, en réalité, ils ne veulent ni l’un ni l’autre, ne peut constituer un véritable retournement stratégique. Le PCF, malgré son effondrement (7%), demeure donc un appoint indispensable.

 

Les communistes déclarent qu’ils ne peuvent faire partie de la majorité gouvernementale. Le premier ministre devra donc rechercher, tantôt à droite, tantôt à gauche, les votes indispensables à l’Assemblée pour s’assurer une majorité. Il ne peut donc pas rompre complètement avec le PCF.

 

Ses relations avec Georges Marchais n’en sont pas moins exécrables. Le PCF hésite un certain temps à voter les motions de censure déposées par la droite et le centre, mais, le 19 novembre 1990, alors que l’une et l’autre ont déposé une nouvelle motion de censure, cette fois sur le projet de CSG, le député communiste Georges Hage déclare : «  Aujourd’hui, le choix entre la droite et la gauche ne s’identifie pas au choix pour ou contre le gouvernement ». Rocard lui répond : « Qu’avez-vous fait de ces soixante-dix ans ? Beaucoup pour freiner les mieux, au nom de l’exigence du bien, mais bien peu au regard des espoirs que vous avez voulu incarner ». A quelques voix près, la motion de censure n’est pas votée, mais, pour la première fois, les communistes ont censuré un gouvernement socialiste.

 

Rocard quitte Matignon le 15 mai 1991. En février 1993, quelques semaines avant de devenir premier secrétaire du PS, Il lance son appel à « un big-bang politique en proposant de « bâtir, dès les législatives passées, un mouvement » socialiste ouvert aux écologistes, aux centristes et aux communistes rénovateurs. » Dans ce nouveau projet il n’y a pas place pour le Parti communiste. Rocard a définitivement largué les amarres de l’union de la gauche.

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