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14 décembre 2019 6 14 /12 /décembre /2019 06:00

Ancien Jesus petit bébé en cire  Sujet vintage de crèche image 0

Les mots délicieusement surannés

Lorsque ça n’allait pas comme elle le voulait ou qu’elle se fâchait : « Doux Jésus » implorait ma sainte mère qui ne blasphémait jamais contrairement aux hommes qui ne s’en privaient pas lançant des bordées de bondiou de bondiou

 

Là où elle est le titre de ma chronique va lui faire implorer Jésus pour qu’il me pardonne.

 

Bien sûr ici c’est le petit Jésus, le poupon rose et souriant de la crèche flanqué de sa mère Marie,  de Joseph, du bœuf et l’âne.

 

Pas de père Noël chez nous mais cet enfant conçu par l’opération du Saint Esprit. Commode puisque jamais au grand jamais la sexualité, ma sexualité fut un sujet abordé par maman, même lorsque je commençai à orner mon lit de carte de France.

 

Et pourtant je savais tout de celle de nos bêtes, j’aidais le pépé Louis à vêler les vaches, j’accompagnais la mémé Marie lorsqu’elle décida de mener Grisette la chèvre au bouc, les chevaux laissaient traîner leur monstrueux vis chez le maréchal-ferrant, on castrait le cochon, le jard se tapait les cannettes avec sa queue en tire-bouchons…

 

La chape était lourde et imperméable.

 

Alors, j’ai bien conscience en ce temps de l’Avent que chroniquer sur une expression surannée, tombée en désuétude c’est pécher

 

« S’il peut passer pour un blasphème, mettre le petit Jésus dans la crèche est plus joli que tremper son biscuit, moins vulgaire que tremper sa nouille, moins Rabelaisien que tremper son pain au pot, moins miséreux que prendre le café du pauvre. Il était donc utilisé joliment par la langue surannée jusqu’à ce qu’un conflit étrange sur cette crèche qui le compose vint mettre fin à sa présence courante, le remisant au fond du foin de l’étable dont il était sorti. »

 

À priori l’expression étudiée en ces lignes pourrait avoir un petit peu plus de deux mille ans, ce qui lui donnerait un sacré caractère suranné. Il est cependant fort probable qu’elle naquit bien des siècles après l’enfant Jésus qu’elle utilise en sujet, selon toute vraisemblance en des temps où l’irrévérence se la jouait Peppone face à Don Camillo. Étudions.

 

Né en 5 avant lui-même, Jésus de Nazareth ne semblait pas se destiner prioritairement à une carrière dans le domaine de la gaudriole. Guérisseur thaumaturge doué, il rencontrera après plusieurs miracles quelques déboires avec les autorités locales qui le condamneront à la notoriété que l’on sait…

 

La suite ICI 

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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 06:00

Image associée

L’écrivain Lafcadio Hearn (1850-1904) a aidé à faire connaître le judo dans le monde après avoir rencontré cet art martial par le biais de son amitié avec son fondateur, Kanô Jigorô. Hearn a été fasciné par le principe du judo : faire usage de la force de l’adversaire.

 

Mon titre tire profit de ce principe, non que Jean-Paul Kauffmann fût pour moi un adversaire, en m’appuyant sur la capacité de JPK à tirer la quintessence d’un ouvrage savant, en l’occurrence ici sa Préface de l’ATLAS Des TERRES SAUVAGES d’Aude de Tocqueville chez Arthaud.

 

Pour feuilleter ICI 

 

Atlas des terres sauvages

 

Cadeau idéal pour les petits souliers de Noël.

 

« Un atlas des terres sauvages. Oui, il y en a encore. Au sens où on l’entend communément, inasservi, isolé. Ces lieux à l’état de nature sont plus nombreux qu’on ne pense. Rassurant ? Pas vraiment. À côté de ces derniers sanctuaires inapprivoisés, l’homme a inventé d’autres lieux sauvages. Ils ne se laissent pas pénétrer. Ce sont des enfers.

 

L’originalité de cet atlas tient à ce mélange que l’auteur a su doser subtilement. Le désert de Danakil et les souterrains de New-York peuvent être qualifiés de sauvages mais cet état n’est pas de même nature. Le premier n’est qu’inhabité et difficilement accessible, le second qui a quelque chose d’inhumain marque un retour à la férocité primitive. Dans un stade ultime de la civilisation, l’homme a conçu une forme de sauvagerie, bien plus cruelle et impitoyable que ces terres secrètes et inviolées. À cet égard, le point Nemo dans le Pacifique Sud est éloquent : ce cimetière spatial où s’abîment  les satellites sur orbite en fin de course résume bien l’irresponsabilité de l’homme. Dans cette décharge maritime, les débris spatiaux s’accumulent. Jusqu’à quand ? Les hommes découvrent aujourd’hui que Gaïa, déesse de la Terre, attend son heure, aux outrages elle sait attendre coup pour coup ! Tchernobyl, le Deep Web, cet espace virtuel qui nous fait pénétrer dans un monde parallèle vertigineux, sont de nouvelles terres sauvages créées au nom de la culture. La question est posée : dans un rapport de domination, l’homme va-t-il réussir finalement à s’exproprier de la planète ?

 

On pourrait penser qu’Aude de Tocqueville ICI procède à une sorte d’inventaire d’avant la catastrophe. Le pire n’étant pas toujours sûr, je pense que cette recension des lieux sauvages, « anciens » et « nouveaux » comporte une note d’espoir. Les hommes aiment mettre en scène leur propre mort, n’est-ce pas la manière la plus sûre de la responsabiliser ? Car il existe encore des paradis, certes fragiles, menacés par le réchauffement climatique comme la cordillère de Darwin ou, tout simplement, par le tourisme mondialisé et l’hégémonie marchande. Ils sont comme une dernière empreinte d’ « avant » à telle enseigne qu’on se demande s’ils ne sont pas imaginaires.

 

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Les rapports de l’espèce humaine avec un monde encore indemne d’ablations déterminent notre avenir. Sans doute l’homme a-t-il commencé à comprendre qu’en arraisonnant ces derniers lieux intacts, il se condamnait lui-même. L’heure n’est plus de sauvegarder ces sanctuaires inviolés à la manière de réserves ou de curiosités naturelles. Il en va désormais non seulement de notre relation au monde mais de notre dépendance à nos semblables. Un lien de solidarité. La même appartenance à l’espace, au sacré, au temps, au vivant. À la pluralité.

 

À une époque où l’on se plaît à souligner que les dommages sont définitifs et qu’un point de non-retour est atteint dans la dégradation de notre environnement, l’atlas d’Aude de Tocqueville tend à prouver que nous vivons peut-être dans un monde où rien ne disparaît vraiment. Tout peut renaître si l’on s’en donne les moyens. Sa description du jardin Saint-Vincent devenu une friche en plein Paris ne fait pas seulement rêver. Elle fait aussi espérer… »

 

Jean-Paul Kauffmann

 

LE JARDIN SAINT-VINCENT Friche secrète FRANCE. 48°53’N – 2° 20’ E (page 120)

 

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Le Jardin Sauvage Saint Vincent constitue l’unique exemple d’un milieu naturel conservé en plein Paris ! 17 rue Saint-Vincent 75018 Paris

 

Longtemps abandonné, cet enclos pentu s’est laissé envahir par les sureaux, les digitales, les ronces, les lierres et une colonie de petites bêtes champêtres. Un jour, enfin, les paysagistes de la Ville décidèrent de réveiller ce joli jardin dormant. Mais devant tant de grâce, bêches et sécateurs reculèrent. On résolut de conserver en l’état ce site fragile et poétique pour y observer l’écosystème et la biodiversité, les bestioles de la mare, les arbres, les arbustes et la romance des herbes folles.

 

Ce petit enclos de 1500 m2 à flanc de coteau, mitoyen des vignes de Montmartre, fut aménagé durant un temps en square public, avant d’être abandonné à lui-même pendant une vingtaine d’années.

 

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En 1985, la Direction des Parcs, Jardins et Espaces verts de Paris, eut l’idée d’en faire un jardin sauvage : la pente fut consolidée, un sentier aménagé et un bassin creusé. Quelques nouvelles espèces végétales et animales y furent introduites. Depuis son aménagement, le jardin évolue naturellement.

 

Le Jardin Sauvage Saint Vincent constitue à Paris un véritable observatoire de plantes sauvages qui servaient autrefois pour la cuisine ou comme remède médicinal. Des enfants des écoles s’y rendent pour s’initier à l’écologie.

 

Pas de visite en hiver.

Infos : 01 71 28 50 56

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1 décembre 2019 7 01 /12 /décembre /2019 06:00

Pan Am promoted the services that passengers received on its trans-Atlantic flights.

À l’heure où le voyage en avion est pointé du doigt par les défenseurs du climat, trotte dans ma tête les paroles de la chanson de Robert Charlebois et Louise Forestier : Lindberg

 

Des hélices

Astrojet, Whisperjet, Clipperjet, Turbo

A propos chu pas rendu chez Sophie

Qui a pris l'avion St-Esprit de Duplessis

Sans m'avertir

Alors chu r'parti

Sur Québec Air

Transworld, Nord-East, Eastern, Western

Puis Pan-American

Mais ché pu où chu rendu

Qui se souvient de la Pan American aujourd’hui disparue ?

 

Et pourtant ce fut dans les années 60 l’une des plus grandes marques du monde.

 

C’est la dure loi du marché, concentration-disparition, ne reste plus que des images, des publicités, des plaques émaillées, parfois des souvenirs d’enfance… La Roche aux fées… Pschitt… Olida…

 

Je n’ai jamais voyagé sur Pan Am, même que j’ai dû attendre longtemps avant de grimper dans une carlingue pressurisée. Prendre l’avion était un luxe, et toujours en chanson on allait le dimanche à Orly : Je m'en vais le dimanche à Orly.

 

Sur l'aéroport, on voit s'envoler

Des avions pour tous les pays.

Pour l'après-midi, j'ai de quoi rêver.

Je me sens des fourmis dans les idées

Quand je rentre chez moi la nuit tombée.

Alors lorsque Le New-York Times ICI sous la plume de  Laura M. Holson  écrit le 26 octobre 2019, je me dis que ça vaut bien une chronique.

 

A Pan Am aircraft departed New York City for Paris on the evening of Oct. 26, 1958 — a trans-Atlantic flight heralded by many as the dawn of the jet age.

 

Le 26 octobre 1958, Pan American World Airways effectue le premier vol commercial sans escale entre New York et Paris. Une fanfare a joué à John Philip Sousa alors que les invités montaient à bord de l'avion, où 111 passagers soupaient en savourant une cuisine de Maxim's à Paris. Vingt-cinq ans plus tard, la compagnie aérienne commémorait ce voyage en invitant à Paris des célébrités telles qu'Eartha Kitt et le champion de boxe Floyd Patterson dans l'un des Boeing 707 d'origine. Une fois sur place, l’équipage a été invité à une fête.

 

Pan Am a cessé ses activités en 1991. Mais pour beaucoup, cela reste synonyme de voyages aériens de luxe. Et bien que le voyage de 1958 ne soit pas le premier vol transatlantique d’une compagnie aérienne, c’est peut-être le plus important, selon les reportages de l’époque. La Pan Am a contribué à l'ère des voyages en avions commerciaux avec des vols quotidiens vers Londres et Paris, qui ont finalement permis aux touristes – pas seulement aux riches clients – de voir le monde.

 

«Cela a changé la donne», a déclaré Gabriella Williams, bibliothécaire à l'Université de Miami, qui supervise la numérisation de l'une des plus importantes collections de brochures, de magazines, de publicités et de rapports financiers panaméricains.

 

«Plus de gens pouvaient se permettre de prendre l'avion. L'aube de l'ère du jet a mis en œuvre la classe économique. » 

 

Le statut de Pan Am comme icône culturelle persiste près de trois décennies après la faillite de la compagnie aérienne, croulant sous une dette écrasante. Des objets panaméricains sont en vente sur eBay, notamment des sacs de voyage, des couverts et les ailes de capitaine. Il continue d'être commémoré à la télévision, au cinéma et dans les documentaires. La Fondation historique panaméricaine propose des circuits au Maroc, en Iran et en Égypte.

 

« La marque, à un moment donné, était la plus grande du monde », a-t-elle déclaré.

 

Pan Am effectua son premier vol international en octobre 1927 et devint la compagnie aérienne américaine la plus reconnaissable, réputée pour son service élégant, ses pilotes courageux et ses voyages aventureux.

 

Le fondateur de Pan Am, Juan T. Trippe avait un flair pour le marketing et les relations publiques. En 1928, il a engagé le pilote Charles Lindberg, qui était devenu mondialement célèbre une année plus tôt lorsqu'il avait effectué le premier vol sans escale en solo entre New York et Paris, en tant que consultant. Lindbergh devait explorer de nouvelles routes en Amérique du Sud, en Europe et en Afrique pour la compagnie aérienne. Au début des années 1930, Pan Am avait étendu ses services dans les Caraïbes et en Amérique latine.

 

La suite ICI

 

Et puis il y eut les compagnies low-cost :

 

 

« Un aller-retour Dinard-Londres pour le prix de deux places de cinéma. Un voyage Rennes-Barcelone ou Nantes-Milan pour l’équivalent d’un plein d’essence. Et un Caen-Londres ou un Lorient-Porto pour le prix d’un jean Levis. C’est avec des tarifs comme ceux-là que les compagnies à bas coût ont bousculé le paysage aérien il y a une vingtaine d’années.

 

On prend de plus en plus l’avion et pour moins cher. Plus de 4 milliards de passagers se sont envolés en 2017, c’est presque un milliard de plus que deux ans auparavant. Et le trafic (+8 % l’an dernier) devrait doubler dans les vingt ans. Les carnets de commandes d’Airbus et Boeing sont pleins à craquer et on commence à manquer de pilotes.

 

Et qui tire ce marché vers le haut ?

 

Les EasyJet, Ryanair, Norwegian, Transavia  ou encore Vueling. « En mettant des prix plus bas, ces compagnies low cost ont contribué à l’explosion de la demande sur les déplacements de loisirs, observe Marc Ivaldi, économiste spécialiste des transports, enseignant à la Toulouse School of Economics. Le touriste peut plus facilement se permettre d’attendre quelques jours pour avoir un vol moins cher. »

 

Avec 1,2 milliard de passagers, les sociétés à bas prix ont enregistré l’an dernier « une croissance plus rapide que la moyenne mondiale, et leurs parts de marché ont continué d’augmenter », souligne l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). « Les compagnies low cost vont représenter 50 % du marché aérien, à terme », estime John Leavy, ancien directeur commercial d’Airbus.

 

La suite ICI 

 

Le moins cher du moins cher mais à quel prix social et environnemental ?

 

Le tourisme de masse, celui des fameuses classes moyennes, comme le faisait remarquer un économiste politiquement incorrect, c’est plus de papiers gras sur les plages.

 

Alors que des hordes se ruent dans les cabines de monstres des mers ou sur les sièges  de compagnies uberisées, certains prônent une économie de la frugalité je ne sais si je verrai le déclin de Ryanair et d’Easy Jet…

 

 

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29 novembre 2019 5 29 /11 /novembre /2019 06:00

ile notre dame et ile aux vaches

En partant de l’embouchure de la Marne : « L’île de Louviers, l’île aux vaches, l’île Notre-Dame, l’île aux Juifs, l’île à la Gourdaine, l’île du Louvre, l’île aux Treilles, l’île de Seine, l’île Merdeuse, et l’île des Cygnes (anciennement Maquerelle). »

 

Pour Jean-Paul Kauffmann qui a remonté la Marne.

 

« La Marne mesure 525 km, elle est la plus grande rivière de France… »

 

« La Marne se jette dans la Seine, mais ne s’y perd pas. Consanguinité des deux rivières qui courent dans le même fleuve, comme deux écharpes qui flottent au vent, deux bannières qui pavoisent et ne se confondent pas. Le flâneur distingue leur nuance, l’une d’un vert moins soutenu, pplus jaune près de la berge et ce phénomène optique l’intrigue. La Marne apprendra-t-il d’un batelier, tardant à se mêler aux eaux de la Seine, reste mystérieusement elle-même comme si elle effectuait un baroud d’honneur avec ses couleurs.»

 

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D'abord l'île aux Javiaux ou île Louviers... sur ses berges vaseuses se pressent des trains de bois flottés.

 

Une île aujourd’hui disparue

Dans les années 1840, sur ordre du roi Louis Philippe, le bras de la Seine qui sépare l’île Louviers de la rive droite est comblé et le pont de Grammont qui les reliait est détruit. On peut néanmoins le découvrir dans un tableau d’Antoine Perrot, situé au musée Carnavalet. Quant à l’île elle-même, on devine ses contours sur les vues aériennes de Paris !

ile-louviers-paris

Détail du tableau d’Antoine Perrot : vue de l’île Louviers ; effet de neige (1830), Musée Carnavalet.

 

La seconde île « s’appelle l’île aux Vaches, face au quai des Célestins. Peu construite, agreste. Ses bêtes y paissent. Un ou deux bergers d’Urfé y jouent du flageolet à l’ombre d’un peuplier. Des lavandières se penchent sur l’eau. Pêcheurs, promeneurs solitaires y vaquent. Elle disparaîtra en se collant à l’île Notre-Dame vers 1615.

 

« La troisième est l’île Notre-Dame, plus grande, plus construite. Il y a même un cabaret grouillant de monde tant on aime s’y rendre en bac à la tombée du soir. Il avait un nom  ce cabaret. Je ne l’ai pas retrouvé !

 

La fusion de ces deux île s’appellera encore île Notre-Dame jusqu’en 1725. Elle est depuis l’île Saint-Louis. »

 

« Jusqu’à 1365, environ, il n’y avait seule île qui se nommait l’île Notre-Dame.

 

On coupa l’île comme une pastèque, on en fit deux. Il n’y eut ni crue, ni terrain meuble, juste la main de l’homme.

 

Que s’est-il passé ? »

 

« Au début une préoccupation de Charles V le Sage (1364-1380) que Michelet rapporte : il ne se fiait qu’aux murailles. Poursuivant l’œuvre de son ennemi, le prévôt de Paris, Étienne Marcel, le roi enserre la cité dans une enceinte fortifiée. »

 

Mais « L’accès à l’île Notre-Dame est aisé pour l’assaillant en amont par la rive gauche qui n’est que champs. Il faut éviter que l’Anglais ou le Navarrais y mette le pied et descende avec ses troupes jusqu’à la partie de l’île qui entre dedans Paris bien au-delà des berges fortifiées.

 

Cela réduirait tous ces efforts à rien.

 

On creuse donc un canal, on coupe l’île en deux ; la petite en amont se nomme l’île aux Vaches, l’autre garde le nom de l’île Notre-Dame. On fortifie la partie haute de cette dernière. Dans la continuité de la tour Barbeau, rive droite, et de la Tournelle, rive gauche, on y bâtit la tour Loriaux et on relie l’ensemble de ces trois tours d’une énorme chaîne qui a pour tâche d’empêcher tout navire de pénétrer dans Paris. On plante aussi des pieux qui renforcent le dispositif.

 

Quant à la fin de nos îles, d’après Jaillot, c’est Henri IV qui voulut les réunir parce qu’il « avait formé le projet de faire construire des bâtiments dans l’île Notre-Dame ; cela n’eut lieu que sous son successeur. »

 

ile-louviers-paris

 

L’île aux vaches

 

« Dans sa genèse étrange, déséquilibrée, laissant à sa sœur jumelle les murailles, les tours, la chaîne, tout ce grossier appareil citadin et militaire, ne gardant auprès de l’ancienne ville de Paris, dans la clarté du soleil, qu’ombres, saussaies, prés et bergers avec la rivière qui baigne la plaine où s’ouvrent, indolents, ses deux bras, oublieuse de la ville et de l’océan où son onde va se perdre… »

 

L’île Notre-Dame

 

« À la sœur, de l’autre côté du canal, au si joli nom d’île Notre-Dame… Derrière la muraille, guettait la soldatesque, plus bas s’étendait leur bivouac, puis un chantier de bois à brûler et en vue de l’île de la Cité, sa taverne très fréquentée qui rapportait, dit-on, gros au chapitre de Notre-Dame, dont le vin venu du port aux Plâtres ou de la Rapée était si bon qu’on la voulait toujours ouverte : Quand le vin est bon il ne faut point de bouchon à l’huis de la taverne. C’était pour elle, le soir, qu’on payait son écot au passeur. »

 

L’île aux Treilles

 

« L’île aux Treilles était à la hauteur de la gare d’Orsay. À cette époque, rive gauche, on est en dehors de Paris, on jardine, diraient nos parisiens… On y côtoierait de la vigne et celle-ci s’étendrait sur notre île où deux ou trois vignerons paieraient tribut à une abbaye quelconque avant de dépendre de la reine Margot. Y alla-t-elle promener sa mélancolie ? marcha-t-elle parmi les salicaires à fleurs rouges ? observa-t-elle sur la rousseur d’une feuille de vigne la tache d’un paon-du-jour ? ses pas se perdirent-ils sur la langue sableuse qui léchait la rivière ? y composa-t-elle ses Stances amoureuses ? »

 

De VALOIS, dite la reine MARGOT

 

« En dépit de leur aspect de sac et de cendre les îles ne sont sans doute pas que pure mélancolie »

Herman Melville Islas encatadas

LAS ENCANTADAS par Melville

 

« La Seine bat ainsi qu’une artère qui porte un sang vert à l’île qui pourrait être son cœur. » Calet

 

Source :

 

Les Iles Disparues de Paris

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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 06:00

Le foudre Mercier trône aujourd’hui dans le hall du centre d’accueil des visites, avenue de Champagne. Le foudre Mercier trône aujourd’hui dans le hall du centre d’accueil des visites, avenue de Champagne.

Didier Daeninckx est un merveilleux conteur, chacune de ses nouvelles de son dernier opus Le roman noir de l’Histoire me fait découvrir des tranches d’un passé qu’il est important de ne pas oublier, c’est un auteur majeur que je recommande à vous tous chers lecteurs, PAX en premier bien sûr.

 

 

Comme mon enseigne officielle est Vin&Cie l’espace de liberté j’ai choisi ce matin un sujet  champenois que je n’avais jamais vu évoquer par les goûteurs patentés, le sieur Dupont le premier qui me fait un peu la gueule depuis que j’ai charrié ses éminentes consœurs très portées sur la défense des chimistes.

 

Les champagnes MERCIER  ont été racheté en 1987 par le groupe Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH), donc ce cher Bernard Arnault.

 

Eugène Mercier âgé de 20 ans a fondé en 1858 sa maison de champagnes. Jeune homme ambitieux, doué d’un réel talent de communicateur, avait pour objectif de démocratiser les vins de champagnes.

 

Pas très raccord avec la politique de notre Bernard où le luxe et l'élitisme sont les maîtres mots : Dom Pérignon, Krug, Ruinart, Veuve Clicquot... riment avec Dior… En dépit des efforts de cette antique marque pour redorer son blason elle est scotchée à la GD.

 

« Eugène Mercier, mon arrière-grand-père, était fils de paysan. Il voulait faire un champagne démocratique, un contre-pieds aux grand bourgeois », commente Emmanuel Mercier petit-fils du fondateur. L'histoire moderne de la maison est intimement liée aux grandes surfaces. Ses caves de 18 km ouvertes au public dès 1885 sont les plus fréquentées d’Épernay.

 

 Expo Paris 1889 - Vestige Foudre Mercier illustration d époque

©Philippe Lemaire

 

Bref revenons à la nouvelle de Didier Daeninckx : l’arbre de Dumas.

 

Le narrateur, qui n’a pas joint sa voix « à celles de Leconte de l’Isle, de Dumas fils, de Guy de Maupassant refusant que s’élève au-dessus du Paris éternel « une gigantesque et noire cheminée d’usine » humiliant da masse barbare les monuments légués par le temps : Notre-Dame, le Dôme des Invalides, la Sainte-Chapelle, le Louvre ou l’Arc de Triomphe. »

 

Il ironise « N’ont-ils pas remarqué que le soleil passait à travers… qu’elle ne leur faisait pas d’ombre ? »

 

Il conclue « Je l’aime bien la géante à quatre jambes, mais si on me demandait ce qu’il faut retenir de ce début d’Exposition universelle, ce ne serait pas elle qui viendrait en tête de liste, mais le foudre que monsieur Mercier a fait venir du pays d’Épernay. Sa barrique pour laquelle il a fallu abattre une forêt entière de chênes en Hongrie, contient 250 000 litres d’un champagne de Cramant d’une qualité irréprochable dont on peut faire l’expérience dans le grand hall jusqu’au 31 octobre de cette année.

 

1889. Comme beaucoup de Parisiens, j’ai assisté à l’arrivée du tonneau tiré par douze paires de bœufs blancs. Il a fallu étudier le parcours avec minutie pour amener l’attelage jusqu’au cœur de la ville, démonter les barrières de l’octroi. À deux intersections, les rues se sont révélées trop étroites, et Mercier n’a pas hésité à acheter les immeubles gênants à très bon prix, afin de pouvoir livrer passage à son vin pétillant. »

 

Fermez le ban !

 

« Le tonnelier Jolibois fait abattre 150 chênes millénaires en Hongrie. Le séchage du bois dure 3 ans. Le cintrage des douves 7 ans. Le montage, commencé à Epernay en 1876 s'achève à Noël 1877.

 

« Inscrit sur le registre d'état civil du Champagne Mercier le 7 juillet 1881, on fait abreuver le Foudre l'année suivante pour enfin y verser les vendanges de 1883 - 1600 hectolitres des plus grands crus de la Montagne de Reims. Mais déja Eugène Mercier songe à l'Exposition Universelle de 1889. Le 17 avril 1889, le convoi quitte Epernay. D'abord, les 24 boeufs du Morvan avec leurs 12 conducteurs, le foudre et 18 chevaux de renfort pour la montée de certaines côtes. »

ICI 

 

Il ne vous reste plus qu’à acheter chez votre libraire préféré Le roman noir de l’Histoire 

Collection jaune

Préface de Patrick Boucheron

832 p.

28,00 €

Parution : octobre 2019

 

RENCONTRE AVEC DIDIER DAENINCKX : «MOI AUSSI, JE RACONTE LA DISPARITION D’UNE CULTURE» ICI 

Par Alexandra Schwartzbrod Photos Roberto Frankenberg 

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27 novembre 2019 3 27 /11 /novembre /2019 06:00

L’équipe de France de football est allé jouer à Tirana en Albanie pour le compte de la qualification de l’Euro 2020.

 

L’événement c’était L’Air Albania Stadium, une enceinte moderne de 22.000 places.

 

 La construction de l’Air Albania Stadium a coûté 75 millions d’euros en partie financés par l’UEFA.

 

Dessinée par l'architecte italien Marco Casamonti, la nouvelle enceinte octogonale surmontée d'une tour de 25 étages, la plus haute de Tirana, est bâtie sur le site de l'ancienne Arena Kombetare. Sa façade rouge et noire aux couleurs de l’Albanie dessine des motifs traditionnels inspirés du folklore national, selon Andi Vreçani. Le Premier ministre Edi Rama, qui était artiste peintre avant d'embrasser la carrière politique, a lui-même émis quelques suggestions sur l'architecture des lieux. C'est "l'un des plus beaux d'Europe", assure-t-il.

 

Un coût de 75 millions d'euros

 

Mais la beauté a un prix, en l'occurrence 75 millions d'euros. Du coup, le stade portera pendant cinq ans le nom officiel d'Air Albania Stadium du nom d'une compagnie aérienne devenue partenaire-titre à hauteur de 3,2 millions d'euros sur la période. L'UEFA a également mis au pot une enveloppe de 10 millions d'euros, le reste étant financé par la société privée albanaise Albstar

 

 

Moi je viens de lire Il était une fois dans l’Est, d’Arpád Soltész

 

« C’est la Slovaquie des années 90, et plus particulièrement dans les régions les plus reculées du pays : les trafics en tous genres, notamment celui des migrants entre l'Est et l'Ouest, les mafias (albanaise, russe, ukrainienne, kosovar…), un parrain rom et, in fine, la voyoucratie d'Etat, policiers, membres des services de renseignements (SIS), magistrats de haut rang et bien sûr politiques. »

 

A Bratislava, Arpad Soltész dirige désormais un centre d'investigation journalistique portant le nom de Jan Kuciak, assassiné avec sa fiancée en février 2018 et officiant comme l'antenne slovaque de la plateforme internationale pour le journalisme d'investigation sur le crime et la corruption (OCCRP). Cette année, il s'est réjoui de l'élection à la présidence Zuzana Caputova, avocate et fondatrice du Parti slovaque progressiste mais sait que le mal est profond, vient de loin et affecte toutes les couches de la population.

 

Critique publiée le 19 septembre 2019 par Yan  ICI 

 

« Une partie de cette histoire s’est vraiment produite, mais d’une autre manière. Les personnages sont fictifs.

 

Si vous vous êtes tout de même reconnu dans l’un d’eux, soyez raisonnable et ne l’avouez pas.

 

Les gens n’ont pas à savoir quel salopard vous êtes. »

 

Arpád Soltész fait le portrait d’une société dont la mutation tient moins du développement harmonieux que de la métastatisation. L’ère post-communiste telle que la décrit Solstész, est en effet d’abord celle du capitalisme le plus sauvage, un peu à l’image de ce que décrivait pour la Hongrie Julian Rubinstein dans La ballade du voleur au whisky, mais en plus violent encore. Sorte de pivot entre l’Est – Ukraine, Hongrie – et l’Ouest avec sa frontière autrichienne, la Slovaquie est en effet un lieu de passage privilégié pour un des trafics les plus lucratifs, celui des êtres humains. Il y a la traite, bien entendu, qu’illustre parfaitement l’histoire de Veronika, mais aussi le passage de clandestins d’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient et l’organisation de filières de fausse immigration de Roms chargés d’aller tous les mois dans certains pays d’Europe de l’Ouest pour toucher une allocation qu’ils ramènent après et dont une partie alimente les réseaux mafieux.

 

Ces réseaux mafieux, ces gangs, Solstész les dépeint avec une certaine jubilation. Le premier n’est autre que l’armée et les services secrets, viennent ensuite les vrais mafieux, ukrainiens, russes, albanais, mais aussi la police et la justice. Autant dire que le citoyen pris dans un mauvais engrenage.

 

 

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Et moi je pense à Enver Hodja, despote lettré, stalinien incurable, dont le nationalisme obsidional et la «francophilie» aveuglèrent tant de clercs parisiens.

 

« Affranchi de toute fascination, Thomas Schreiber retrace avec minutie le parcours de l'homme qui, seul maître à bord de 1944 à 1985, claquemura le «pays des aigles» dans une suicidaire autarcie, écornant, au passage, maints clichés de l'historiographie marxiste. Ainsi apparaît un jeune Enver, plus dandy qu'étudiant, boursier errant de Montpellier à Paris, avant de servir, au consulat albanais de Bruxelles, une monarchie fantoche, qu'il est censé exécrer. On voit, aussi, comment ce dogmatique impénitent parvint à se brouiller avec la Yougoslavie de Tito, l'URSS de Khrouchtchev et la Chine de Mao. Comment, enfin, patriarche malade et paranoïaque, il sacrifia ses compagnons de lutte, jusqu'au «suicide» suspect de Mehmet Shehu, fidèle dauphin. Nul doute qu'Enver aura marqué son époque et son pays. Au fer rouge.

Enver Hodja, le sultan rouge Thomas Schreiber Lattès, 268 p.

 

Le démentiel huis clos de l'Albanie socialiste a duré un demi-siècle.

 

Quelques 500 000 bunkers furent construits dans les campagnes, sur les côtes et dans les cours d'immeubles des villes. Une dissuasion face à un ennemi nécessairement multiforme aux yeux du régime et qui pouvait surgir de partout. Le passé fut aussi soigneusement verrouillé selon la formule de George Orwell: «qui contrôle le passé contrôle le présent et donc l'avenir.»

 

Le cas albanais a été unique à l'Est pour la férocité de la dictature communiste ­ près d'un Albanais sur dix est passé par les prisons et les camps, et autant sont morts ­ ainsi que par son caractère endogène. Enver Hohxa libéra le pays sans l'aide des «camarades» soviétiques, mais son pouvoir fut aussi absolu que celui de Staline ou de Mao. Et sa paranoïa peut-être encore plus aiguë.

 

«Nous mangerons de l'herbe s'il le faut, mais nous ne trahirons pas les principes du marxisme-léninisme», affirmait le camarade Enver, seul dirigeant communiste d'Europe à décréter la mort de Dieu et à interdire totalement les religions. Nulle part la collectivisation n'a été poussée aussi loin qu'en Albanie, au point d'interdire aux paysans (70% de la population) la possession d'une vache ou d'un jardinet. Le crime «d'évasion» ­ vouloir quitter le pays ­ était passible d'au moins vingt ans de camp. L'Albanie, déjà le pays le plus pauvre d'Europe, s'enfonça dans la misère. «L'oncle Enver» en impeccable costume trois-pièces, panama sur la tête, s'amusait en famille avec enfants et petits-enfants. Sa villa était reliée par un souterrain à son bureau au siège du Comité central. Il mourut en 1985, et Ramiz Alia, son dauphin désigné, s'installa au pouvoir, perpétuant le culte d'Enver. Il fallut encore attendre six ans et la chute du Mur pour que la grande statue du dictateur édifiée sur la place centrale de Tirana soit abattue par une foule en liesse au cri de: «Liberté, démocratie!».

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Ismaïl Kadaré : « Sous la dictature, vivre, pour moi, c’était créer de la littérature » ICI  

 

Il est l’un des Albanais les plus célèbres au monde. L’auteur du « Général de l’armée morte » vit aujourd’hui entre Paris et Durrës, non loin de Tirana, et fuit les journalistes. Pour « Le Monde », cependant, il a fait une exception.

 

Il ne figure pas encore sur les billets de la monnaie albanaise (le lek), mais il incarne à lui seul la culture de son petit pays. En Albanie, où il passe la moitié de l’année, Ismaïl Kadaré est étudié à l’école et connu de tous, du chauffeur de taxi à la serveuse de restaurant. Le reste du temps, il vit près du jardin du Luxembourg, à Paris, où il s’est installé en 1990, quand il a obtenu l’asile politique en France.

 

A 83 ans, l’écrivain est fêté à chacun de ses retours à Tirana, la capitale. En mai, il a inauguré la « maison-atelier Kadaré » (Kadare shtëpia studio). Il s’agit de l’appartement, au décor typique des années 1960, où il vécut et écrivit aux pires heures du régime communiste (1944-1991). Un logement à deux portes donnant sur l’extérieur – une pour entrer, l’autre pour fuir… on n’est jamais trop ­prudent en dictature –, qui vient d’ouvrir au public.

 

On y visite le bureau d’Ismaïl Kadaré, aux murs peints en vert. On y voit la cheminée au coin de laquelle il s’asseyait chaque matin pour travailler, avec les craquements du feu dans l’âtre pour seul accompagnement. On découvre la machine à écrire Hermès Baby – un nom qui va comme un gant à ce fin ­connaisseur des mythologies – sur laquelle ont été tapés ses grands romans de l’époque, L’Hiver de la grande solitude, Avril brisé, Le ­Palais des rêves… (1973, 1980, 1981 ; tous ses ­livres sont disponibles chez Fayard, qui a ­publié ses œuvres complètes en douze ­volumes, entre 1993 et 2004).

 

Dans la bibliothèque, son œuvre considérable, traduite en plus de 40 langues, témoigne de ses passions immuables, des légendes balkaniques à l’Antiquité grecque – dont il s’est beaucoup servi pour attaquer de biais la dictature –, des ouvrages de Jean-Pierre Vernant ou Pierre Vidal-Naquet à ceux de « Uiliam Shekspir », ou de « Balzak » aux classiques russes en cyrillique.

 

Le jour où nous avions rendez-vous, en mai, Kadaré craignait sans doute que les visiteurs de sa maison-atelier ne troublent la rencontre. Lui qui avait hésité à accorder cette interview – il n’en donne presque plus – a préféré nous recevoir, en compagnie de son épouse, Elena, dans une tour moderne de Tirana, où ils possèdent un pied-à-terre. Il était venu de Durrës où il passe les mois d’été. Conversation devant un kafe turke.

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La mafia Albanaise est constituée de quinze clans. Ces quinze clans règlent le territoire du pays tout entier. La mafia est soumise à un code d’honneur inviolable. Elle possède un contact avec l’armée de libération du Kosovo, ce qui lui permet de s’approvisionner en armes. La mafia albanaise contrôle plus de 70% du marché de l’héroïne dans de nombreux pays, en plus des prostitués placées dans plusieurs pays différents. La mafia Albanaise est active dans 6 secteurs principaux : La drogue (surtout de l’héroïne, passant par la route des balkans), la contrebande (essentiellement le trafic de cigarettes), la prostitution (dont des mineurs , enlevés dans des camp de réfugiés), le trafic d’armes (approvisionné par d’autres mafias, comme la mafia russe et italienne) et le racket.

 

Appuis politiques

 

Face à cette criminalité organisée, les jeunes et fragiles démocraties d’ex-Yougoslavie sont le plus souvent impuissantes : le principal atout de la mafia albanaise est en effet la complaisance voire la complicité des autorités publiques. Pendant les guerres balkaniques (1991-1995), les armées régulières serbe, croate et bosniaque ont couvert, faute de pouvoir les contrôler, les paramilitaires qui combattaient à leurs côtés et contribuaient largement à l’essor des différents trafics qui se développaient.

 

Encore aujourd’hui, par le biais de la corruption, le crime organisé gangrène littéralement les structures étatiques des Balkans : de hauts fonctionnaires, des magistrats voire des ministres ont ouvertement soutenu les trafiquants de stupéfiants et facilité le blanchiment d’argent sale, les gangs permettant à des États en situation de pénurie de s’approvisionner en marchandises telles que des armes ou du pétrole.

 

Rien qu’au Kosovo, depuis la fin de la guerre, quinze clans se partagent le pays, prospérant sur les ruines laissées par l’Otan.

 

La petite « Colombie européenne »

 

La collusion entre mafieux et politiciens est telle que certains trafiquants n’hésitent pas à se lancer en politique ; à l’été 2004, des députés albanais issus de toutes les tendances politiques se sont opposés à l’adoption de lois visant à mettre sur pied des unités spéciales de la police destinées à lutter contre le crime organisé.

 

Les opérations anti-criminelles menées en Albanie, sous couvert de lutte contre la mafia locale, ne font souvent que rendre service à certains clans en éliminant leurs concurrents ; même les « rebelles » albanophones, sous prétexte de défense des populations albanophones menacées, ne mènent certaines de leurs émeutes ou offensives « militaires » que pour s’assurer le contrôle de la route des trafics de drogue. L’impunité et l’infiltration dans les rouages étatiques dont bénéficie la mafia albanaise vaut à la région d’être qualifiée par certains observateurs de petite « Colombie européenne ».

 

Alliés et rivaux

 

La mafia albanaise dispose d’alliés comme la Ndrangheta, la Camorra Mafia turque et la mafia corse. A l’inverse, elle se heurte à des rivaux de taille et notamment les clans de la Cosa Nostra, les Jamaïcains, les gangs de la Mara Salvatrucha(MS13), Los Viboras, ou encore les mafieux mexicains de Cartel de Juárez.

 

La prostitution

 

 La mafia Albanaise dirige la « traite des femmes », comparable à une forme moderne d’esclavage. Les grandes villes d’Europe sont les plus touchées par ce trafic. C’est depuis les années 90 que cette activité ne fait qu’augmenter, surtout sur le vieux continent. Selon l’organisation internationale des migrations, 300 000 femmes venues de l’Est sont arrivées en Europe occidentale pour se prostituer. Il y aurait en France entre 15 000 et 18 000 de ces prostituées, dont le quart vient de l’Est. Les prostituées sont traitées comme des esclaves par les Albanais, peu de ces femmes osent parler de leur condition. Beaucoup d’entre elles viennent d’Albanie, de République Tchèque ou de Bulgarie. Il existerait même un marché aux femmes, dirigé par des Albanais. Le prix d’une femme serait compris entre 1000 et 2500 $, pour les proxénètes kosovars.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 06:00

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Ce qui déclencha l'hilarité générale.

 

Doriot  précisa ensuite:

 

« Ce n'était pas une injure. Chacun sait que tout homme politique, en Corse, est associé à un bandit. Rappelez-vous M. Coty et Romanetti ». Il faisait allusion à l'élection sénatoriale de 1923 où COTY fut élu grâce au soutien du bandit, élection qui fut ensuite annulée

 

La réponse de Laval, Président du Conseil, est ainsi résumée dans L’Humanité

 

« Laval dans sa réponse essaie d'abord d'exciter la Chambre contre les communistes. Mais la manœuvre est si grossière qu'elle échoue. Il se met alors à discutailler - et à mentir - sur les chiffres des effectifs.

 

Puis le bon apôtre déplore « la publicité malsaine qui a accompagné l'opération ». Il donnera des ordres « pour qu'on agisse avec plus de discrétion ». Et puis c'est le couplet sur la justice « qui est saisie et qui doit faire son œuvre »

 

Source : ICI

 

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L’Ajaccien

 

« Plusieurs centaines de gardes mobiles en provenance de diverses régions de France sont arrivés à la gare Saint-Charles avant d’être acheminé en camions vers le camp Sainte-Marthe. Ils devraient être dirigés, selon toute probabilité, vers Ajaccio en raison de la tragédie du maquis qui vient de se dérouler en Corse. Le matériel lourd dont ils disposent a été embarqué sur un vapeur que l’on dit spécialement affrété pour ce déplacement de troupes. »

 

La Jeune Corse

 

« Aujourd’hui 8 novembre 1931, trois bâtiments de guerre sont déjà arrivés à Ajaccio avec d’imposantes forces de la garde républicaine mobile, en tout six sections complètes avec leurs cadres. Ces renforts sont accompagnés d’une section d’automitrailleuses avec un matériel complet, de plusieurs tanks et d’un avion de la garde. Le cargo El Djem a débarqué à lui seul six cents gardes mobiles et leur équipement, des chiens de berger dressés à la chasse à l’homme, ainsi que des enquêteurs chevronnés qui viendront renforcer le service de recherches et d’enquêtes du commissaire Natali. Toutes ces forces n’ont qu’un seul objectif : l’épuration du maquis, la destruction des bandits et de leurs soutiens. »

 

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« Le préfet de Corse se dessaisit de ses pouvoirs de police. Il les délègue au général Fournier qui peut, ainsi, placer la région en état de siège,  ce qui a pour effet de suspendre les libertés publiques. La troupe commence à sillonner la ville impériale, arrêtant des dizaines de personnes dont les noms figurent sur des listes établies par les hommes du commissaire Natali. Un hydravion survole la baie, que l’aviso Toul tient sous la menace de ses armes. Puis quatre colonnes motorisées protégées par des blindés s’organisent pour occuper les secteurs infestés. On publie un communiqué de victoire pour annoncer « la libération de Guagno-les-Bains », précisant qu’elle s’est effectuée au grand soulagement de la population. Le même mode opératoire est appliqué au canton de Zivaco, où les soldats, casque lourd sur le crâne, gardent les carrefours, filtrent les déplacements de la population, coupent les rares liaisons téléphoniques, gèlent a distribution du courrier, de la presse. Les villages soupçonnés de procurer aide et assistance aux débris de la bande de Joseph Bartoli sont encerclés, mitrailleuses en batterie, canons braqués, tandis que les voltigeurs montent à l’assaut pour fouiller chaque maison, chaque bergerie, mettre à bas les tas de bois, de pierres, qui pourraient masquer un tunnel, une cache. En quelques heures, une vingtaine d’hommes sont pris dont Pierre Pantalacci, le maire de Cozzano, et Séverin Santoni, un conseiller d’arrondissement. On les photographie, mains sur la tête, tandis qu’ils se dirigent vers les camions bâchés qui les transporteront à la maison d’arrêt d’Ajaccio. »

 

« Quelques voix discordantes parvinrent néanmoins à se faire entendre, comparant la méthode employée en Corse à celles qu’on réservait d’habitude aux indigènes de Côte d’Ivoire, aux tribus dissidentes du Sud marocain, aux Canaques révoltés, à mes ancêtres tunisiens, à toutes ces peuplades que l’Exposition coloniale de Paris assurait être civilisées. Dans le journal de l’Action française, cité par la Corse nouvelle, le royaliste Léon Daudet s’en donnait à cœur joie : « Cette chasse à l’homme à grand orchestre par un corps expéditionnaire de quinze cents combattants, avec des délations provoquées, ses incarcérations au petit bonheur, est une école de vendetta comme on n’en a jamais vu, et risque, les gendarmes une fois partis, de mettre la Corse à feu et à sang. »

 

« Pour l’Humanité, « l’opinion de l’île s’émeut de l’action des colonnes infernales : des cantons entiers subissent une occupation militaire odieuse. Contre les politiciens et les gros bourgeois, seuls responsables de la résistance du banditisme, il faut défendre les honnêtes paysans de l’île, victimes de l’état de siège ».

 

Le Parti communiste avait même tenu un meeting dans la salle prêtée par les francs-maçons du Grand Orient de France, rue Cadet. Devant une assistance composée pour la majorité d’exilés corses, le député Gabriel Péri soulève l’enthousiasme en lançant : »Pour que votre cause soit victorieuse, il faut qu’au-dessus des têtes des combattants flottent côte à côte le drapeau à la tête de Maures et le drapeau où s’entrecroisent la faucille et le marteau. »

 

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Qui a dit que le polar était de la sous-littérature ?

 

 

Ce qui précède est extrait de Têtes de Maures de DIDIER DAENINCKX

 

« Melvin, petit escroc parisien, reçoit un jour de juin 2012 une enveloppe bordée de noir : le faire-part de décès de Lysia Dalersa, une jeune femme corse qu’il a connue une dizaine d’années auparavant sous le nom d’Élise. Intrigué et désœuvré, il décide de se rendre à ses obsèques. Melvin découvre qu’Élise lui a laissé un journal et deux têtes de poupées maures. Pourquoi? Que voulait-elle lui faire comprendre? En Corse, tout a un prix et la mort se nourrit du passé, de ses haines ancestrales, ses secrets et trahisons… »

 

LA MORT NE CONNAÎT PAS LA CRISE DANS L’ÎLE DE BEAUTÉ

Jeudi, 13 Juin, 2013

Une opération massive de ratissage ordonnée par Laval en 1931 empoisonne, aujourd’hui encore, la mémoire corse. Un nouveau roman de Didier Daeninckx.

ICI 

 

LA PRESSE FRANÇAISE CONTINENTALE ET L'EXTERMINATION DES BANDITS CORSES EN 1931 par Ralph SCHOR

 

Le banditisme corse, éliminé à la veille de la deuxième guerre mondiale, représenta longtemps un phénomène typique et spectaculaire. Grâce à la ruse, à la connaissance du maquis, à certains réseaux de complicité, les bandits purent se jouer des forces de l'ordre durant de longues périodes. Sous le Second Empire, Félix Bertrand, premier avocat générai à la Cour de Bastia, observait :

 

« Favorisés par la configuration du sol, par les sympathies des habitants, par les traditions locales, quelques centaines de condamnés, flétris par la justice, tenaient en échec un corps de troupes et bravaient l'action d'une légion de gendarmerie dont les cadres exceptionnels renfermaient près de mille hommes »(1).

 

Divers facteurs expliquaient le développement de la délinquance dans l'île. Le poids du passé, les luttes que les Corses avaient dû soutenir contre leurs maîtres successifs, le peu de confiance qu'ils accordaient à la justice génoise avaient habitué la population à assurer elle-même sa défense. De plus, le sous-développement économique, la pauvreté d'une grande partie des Corses, la rudesse des mœurs, un sentiment très vif de l'honneur, les antagonismes entre ruraux et citadins, bergers et cultivateurs, montagnards et habitants des plaines, les luttes politiques souvent très aiguës, tous ces facteurs contribuaient à passionner les relations entre individus et favorisaient le recours à la violence. Ainsi, les litiges privés, les querelles d'intérêt, les rivalités amoureuses, les offenses les plus diverses pouvaient entraîner des règlements de comptes sanglants.

 

L'homme qui avait versé le sang de son ennemi pour laver une grave insulte et obtenir une réparation qu'il estimait juste devenait un bandit d'honneur. Ce dernier, pour échapper aux autorités, se réfugiait souvent dans le maquis. Là, commodément vêtu d'un costume de velours et d'un grand manteau de drap, muni de ses armes, fusil, pistolet, stylet, la gourde et le zaîno ou havresac en bandoulière, le bandit menait une vie errante. L'aide discrète d'amis ou de parents, la familiarité du terrain lui permettait parfois d'échapper à la justice durant de longues années. Traditionnellement, le bandit d'honneur obéissait a un véritable code moral : il attaquait seulement ses ennemis personnels et les policiers attachés à sa poursuite, il protégeait les faibles, il ne volait pas, mais pouvait s'en prendre aux usuriers et aux dénonciateurs. Il se montrait attaché à divers rites : il était souvent religieux, voire superstitieux ; il ne se taillait pas les cheveux avant d'avoir réparé le tort dont il s'estimait victime ; s'il devait venger un mort, il gardait la chemise de ce dernier comme un rappel constant de l'objectif à atteindre. Ce fut ce type de bandit qu'exaltèrent et popularisèrent les écrivains du XIXe siècle, Prosper Mérimée dans Mateo Falcone et Colomba, Honoré de Balzac dans La Vendetta, Alexandre Dumas dans Les Frères corses Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Gustave Flaubert dans diverses œuvres et leur correspondance (2).

 

Cependant, le banditisme d'honneur dégénérait souvent en vulgaire brigandage. Il arrivait que les hommes du maquis, talonnés par la nécessité de se ravitailler, entrâmes dans l'engrenage du crime, grisés par la longue impunité dont ils pouvaient jouir et par la crainte qu'ils inspiraient, oubliassent leur mission sacrée ou que, celle-ci accomplie, ils poursuivissent leurs méfaits. Au XIXe siècle, Félix Bertrand se plaignait déjà de ce que le banditisme d'honneur servît de paravent à une délinquance de droit commun (3).

 

Le même problème se présenta au XXe siècle. La guerre de 1914-1918, cause d'une aggravation des difficultés économiques et d'une désorganisation de la gendarmerie, avait été suivie d'un fort développement du banditisme. L'audace des bandits et la gravité de leurs méfaits apparurent tels qu'en 1931, le gouvernement français jugea bon d'organiser une véritable expédition militaire pour éliminer ces individus devenus trop puissants. L'aspect spectaculaire de la répression, la mission inhabituelle confiée à l'armée" la réputation des bandits corses frappèrent vivement l'opinion française continentale et suscitèrent des prises de position souvent divergentes.

 

La suite ICI 

Les Bandits d'Honneur

SPADA2

André Spada

André SPADA (1897-1935) est né dans une ruelle du vieil Ajaccio le 13 février 1897 d'un père Sarde (Gavino) et d'une mère Corse (Marie BERTI) qui mit au monde neuf enfants. En 1909, la famille décide d'aller s'installer dans le CRUZZINI au village de LOPIGNA d'où Marie BERTI est originaire
Jusqu'à l'age de 17 ans, André, garçon honnête et travailleur va exercer avec son père le dur métier de bûcheron et de charbonnier qu'il abandonnera en 1917 pour s'engager dans l'artillerie et acquérir ainsi la nationalité Française. Il est condamné en 1918 pour désertion en temps de guerre. Amnistié, il rengage à nouveau pour aller se battre en Syrie. A la fin de la guerre, il est libéré et rentre en Corse en mai 1921.
Sans travail, ne voulant pas reprendre le dur métier exercé par son père, André Spada postule pour un emploi de douanier mais les circonstances vont en décider autrement en faisant de ce jeune homme que rien ne prédestinait au banditisme, un des plus terribles hors-la loi que la Corse ait connu.

 

La suite ICI

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 06:00

 

Le 8 novembre, j’achète Camp de Rivesaltes, lieu de souffrance, un livre de FLORE et j’apprends que Lucette Destouches, veuve de Céline, est morte.

 

Lucette Destouches, à Meudon, le 21 février 1969.

 

Rien à voir, si la mémoire, ceux qui tenaient le cap du souvenir ont perdu leur boussole, lors la  manifestation dites « contre l’islamophobie » on a affublé une fillette de l’étoile jaune, Mélenchon et ses sicaires, les derniers déchets du PCF et de la CGT, le petit facteur de Neuilly trouvent ça républicains de défiler avec des gens qui n’obéissent qu’à Dieu.  Pauvre petit père Combes.

 

Une femme manifeste avec un autocollant d\'une étoile jaune, le 10 novembre 2019, à Paris, lors de la marche contre l\'islamophobie.

 

- Elle était la veuve la plus célèbre de la scène littéraire française. Près de soixante ans après l’écrivain LouisFerdinand Céline, qu’elle avait épousé en 1943, la danseuse Lucette Destouches est morte à l’âge de 107 ans. ICI 

 

- « La France tarde toujours à régler ses comptes historiques, d’autant que depuis quelques années des voix des droites extrêmes, déculpabilisées, tentent de nous faire croire que ces retours sur le passé sont inutiles et vains. Toutes les tentatives artistiques pour réveiller ou révéler ces lieux marqués par l’histoire et gagnés par l‘oubli sont donc salutaires. C’est le cas du livre publié par André Frère « Camp de Rivesaltes Lieu de souffrance » réunissant les photographies de Flore et un texte scientifique ». ICI 

 

 

« L’histoire du camp de Rivesaltes commence en 1938, date à laquelle il est construit sous le nom de « Camp Joffre », avec pour mission première le transit des troupes coloniales ; il est donc conçu comme un camp militaire. Ce site est situé sur un plateau offrant des conditions extrêmes, avec l’hiver un froid insoutenable et l’été une chaleur dense. Il était prévu dans un premier temps, que l’armée se servirait de ce site pour y installer des écuries, mais les conditions climatiques étant redoutables, le projet est abandonné, considérant le climat trop difficile pour les chevaux. Cependant l’état n’hésitera pas à y installer des hommes. »

  • L’arrivée des espagnols

 

En 1939 a lieu « la Retirada », ce phénomène correspond à l’exode massif des républicains espagnols face aux troupes de Franco.  Quelques 70 000 espagnols avaient déjà trouvé refuge en France durant les années 1937-1938, le gouvernement français s’attendait pour 1939 à devoir accueillir 15000 réfugiés supplémentaires. Toutefois ce sont plus de 450 000 réfugiés qui passent la frontière et s’entassent dans des camps de fortune dans le sud de la France. Dans un premier temps ils furent concentrés sur les plages du Roussillon dans des tentes de fortune à même le sable. Puis le général Ménard est chargé d’organiser une politique de désenclavement en créant un réseau de camps. Ils seront spécialisés, par exemple Bram dans l’Aude devait accueillir les vieillards, Gurs devait accueillir les basques, et Rivesaltes et Agde devaient accueillir les catalans. C’est à ce moment-là qu’est émis le projet de transférer 15 000 espagnols au camp de Rivesaltes. Finalement ce sont « seulement » un millier de jeunes hommes qui vont y être transférés. Ils sont placés sous l’autorité militaire dans des compagnies de travailleurs étrangers.

 

  • Le début de la concentration raciale

 

Le 10 décembre 1940, l’armée française met à disposition 600 hectares au sud du camp militaire afin de créer un camp de civil pour y rassembler les familles juives de nationalité étrangère. L’aménagement du camp est réalisé dans des conditions épouvantables par des ouvriers espagnols, qui sont affamés. Le camp est prévu selon les autorités pour 17 000 « hébergés », or il se compose de 150 baraquements pouvant contenir chacun 70 personnes, ce qui constitue une capacité maximale de 10 500 individus. De plus la disposition des bâtiments posait problème car c’était un très grande surface (4km par 3), cela imposait donc des déplacements longs et difficiles ainsi que des problèmes de surveillance. Les premières familles arrivent le 14 janvier 1941, et dès le 31 mai de la même année, le camp compte 6475 internés.

 

Ce camp devait permettre de rassembler les familles de juifs étrangers, en réalité bien que les familles soient réunies au sein du même camp, elles sont séparées, en effet des baraquements sont prévus pour les hommes et d’autres pour les femmes. Dans un entretien réalisé par la fondation pour la mémoire de la Shoah et l’INA (1),  Alexandre Halaunbrenner qui a été interné à Rivesaltes, alors qu’il était enfant avec ses deux sœurs, son frère et sa mère, témoigne de cette séparation, il raconte qu’il était avec son frère dans un baraquement pour hommes et que sa mère était avec ses deux sœurs dans un baraquement pour femmes.

 

En Mai 1941 le camp compte 16 nationalités différentes parmi les internés : plus de la moitié sont espagnoles, les juifs étrangers représentent une grande partie aussi, ainsi que les tsiganes. En effet avec la victoire en 1940 de l’Allemagne, une partie de la France est occupée et s’installe alors le gouvernement de collaboration de Vichy. Les juifs étrangers, dans un premier temps, sont centralisés dans des camps.  Il était gardé par des mobiles français ce qui permettait une certaine « souplesse ». Benjamin Silberberg raconte dans son témoignage qu’il a pu rentrer dans le camp pour retrouver sa mère et son frère, le gardien l’avait laissé rentrer et ressortir avant la relève de la garde, tout en lui déconseillant de rester dans ce camp. Cette « désobéissance » de la part des mobiles français apparait aussi dans le témoignage d’Isaac Borne qui s’était évadé en 1942 du camp par des barbelés. Il dit : « C’était gardé par des gardes mobiles français, ce n’était pas … Il y avait une possibilité de partir ».

 

Ces témoignages ainsi que les archives étudiées par les historiens confirment les conditions déplorables de vie dans ce camp. En effet la faim règne, les portions sont très maigres et insuffisantes. Le ravitaillement est trop faible par rapport aux besoins. De plus l’eau est constamment infectée. Le 31 aout 1941 le docteur Weill présenta un rapport de la commission pour l’hygiène dans lequel il s’inquiétait de la pollution des eaux. Il soulève aussi le problème des WC, qui sont à tinettes et en plein milieu des îlots. Certains témoignages parlent de « millions de puces » et de présence de rats. Les conditions climatiques sont insupportables, la tramontane souffle très fort sur le plateau qui accueille le site du camp.

 

Rappelons que l’administration militaire avait renoncé à y installer des chevaux pour ces raisons climatiques. Alexandre Halaubrenner se souvient dans son témoignage de ce vent, et raconte qu’il fallait raser les murs pour pouvoir avancer.  Les bâtiments (hormis la pouponnière et les bureaux) n’étaient bien évidemment pas chauffés. Par ailleurs, dans un rapport demandé au médecin chef responsable, il indique que l’accueil des enfants dans ce camp est « formellement contre-indiqué », or des enfants y seront internés par milliers y compris des nouveau-nés. Des écoles sont installées dans le camp et accueillent les enfants dans 17 classes. Ces écoles ont pour vocation d’occuper les enfants pour faciliter le bon fonctionnement du camp.

 

En 1942 le camp de Rivesaltes devient le Centre régional de rassemblement des Israélites. Ordre est donné de rassembler tous les juifs de la zone sud dans ce camp afin de les envoyer à Drancy, d’où ils partiront vers Auschwitz. Les convois partent tous les 15  jours. Finalement  dans le cadre de l’invasion des troupes allemandes de la zone libre, les allemands s’installent au camp Joffre jusqu’à la fin de la guerre et le camp d’hébergement est fermé en Novembre 1942.

 

  • Le Camp après-guerre

 

En 1944, la partie militaire du camp reprend sa vocation première, mais dans la partie civile un camp de séjour surveillé est mis en place pour les prisonniers de guerre allemands et italiens, ainsi que pour les collaborateurs de l’occupant. Toutefois la présence des espagnols est encore à noter dans cette période de l‘histoire du camp. En effet des espagnols y sont internés pour passage clandestin de la frontière. Ils sont, comme avant-guerre, utilisés comme main d’œuvre gratuite afin de travailler aux travaux nécessaires pour la sécurisation du site. Cependant l’état du site est jugé déplorable et la sécurisation n’est pas assez efficace. Le camp devait devenir le Centre administratif des épurés du Sud mais cela ne se fit pas.

 

En 1945 avec l’arrêt du conflit mondial, le camp est quasiment vidé, il ne reste en 1945 que 26 internés tous espagnols. La reconversion du camp est alors mise en question, les autorités françaises prédisent la chute du franquisme et alors une « retirada » d’un autre genre : des partisans de Franco. L’avenir du camp est alors envisagé comme réponse à cette éventualité, toutefois il n’en est rien et ce projet est abandonné.  La dissolution du centre est proclamée le 10 décembre 1945 et sa liquidation est achevée en octobre 1946.

 

Plusieurs projets sont évoqués sur le devenir du camp, finalement en 1947, un centre de formation professionnelle accélérée pour les ouvriers du bâtiment des Pyrénées Orientales est créé sur le site. Il est destiné finalement aux Nord Africains, ce qui crée des tensions avec les populations alentours sur fond de guerre d’Algérie. Pour équilibrer la chose, la moitié de l’effectif est destiné aux métropolitains. La partie militaire du camp accueille des troupes en partance pour la guerre d’Algérie.

 

En 1957, l’état envisage de créer un camp d’internement sur le site pour répondre aux besoins qu’engendre la guerre d’ Algérie,  le projet ne va aboutir car il comporte déjà le centre de formation déjà évoqué, mais aussi un lieu de transit pour les troupes en partance pour l’Algérie ainsi qu’un centre de formation militaire pour les nord-africains. Si le camp d’internement n’est pas créé, il est toutefois créé un centre pénitentiaire dont 92% des prisonniers sont des « français musulmans ». Une note de la direction de la sureté nationale indique par ailleurs que ce centre pénitentiaire est destiné aux « nord africains condamnés pour activités antinationales ».

 

Avec l’indépendance de l’Algérie en 1962, et dans un contexte de violence, près de 90 000 personnes trouvent refuge en France. Un groupe social apparait alors : les “Harkis”. Les pouvoirs publics mettent en place des camps de transit, qui sont vite surpeuplés. Et c’est en 1962, avec le rapatriement du premier régiment de tirailleurs algériens, que les civils réintègrent le camp. En effet certains tirailleurs arrivent avec leurs familles. En octobre 1962, environ 8000 “Harkis” séjournent au camp de Rivesaltes. Ils sont souvent là pour très peu de temps, avant d’être redéployés sur tout le territoire, mais les derniers ne quitteront le camp qu’en 1977. Plus de 20 000 personnes transiteront par le camp de Rivesaltes. D’autres nationalités vont passer par ce camp comme d’anciens militaires guinéens et leur famille.

 

Source ICI 

 

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Le camp de Rivesaltes : bilan et perspectives d’un lieu d’ostracisme (1939-2007) 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 06:00

Bombar Les Augustins Geneve bar restaurant

 

Rien n’arrête le PAX :

 

BZZ... en trois coups d'aile la mouche du coche se retrouva à Genève et fit la fermeture du Bombar restaurant éphémère de Pierre Jancou. La soirée fut festive, Les petits plats simples et originaux, sans la moindre esbroufe à l'image de ce que l'on peut déguster au café des Alpes à Châtillon-en-Diois mais avec un plus grand choix. La carte, exclusivement des vins au naturel ou j'ai eu le plaisir de voir mentionner plusieurs domaine alsacien dont l'incontournable Rietsch à Mittelbergheim. Pierre était sur le motif. Le beau temps aidant nous dînions fenêtres ouvertes et des groupes se formaient sur le trottoir attendant qu’une table se libère. Pierre allait de l’un à l’autre sans oublier les convives déjà en place, manifestement aux anges et dans son élément.

 

Strasbourg-Genève c’est tout de même 800 km aller-retour, ce n’est plus de l’amour c’est de la rage...

 

Moi, en tout cas, j'étais parti déjà joice à l'idée d'aller passer huit jours à la campagne, chez un petit pote. Huit jours peinards à taquiner l'ablette, en éclusant frais et en morfalant une tortore soignée. 

1955. Mollo sur la joncaille

 

C’est Sur la route de Jack Kerouac version gourmet licheur de vins nus…

 

Sans transition, comme on disait du temps d’Yves Mourousi et de Roger Gicquel, je passe la parole au globe-trotter :

 

Quitter Collioure pour se rendre à Châtillon-en-Diois, compte tenu du calendrier du festival « Arts et Vignes » pose problème. C’est un grand mouvement de départ/retour nous menaçant de bouchon interminables sur les autoroutes.

 

Nous suivons les consignes de Bison futé et partons très tôt. Tout va bien hors un fort ralentissement en raison d’un véhicule en feu sur la bande d’arrêt d’urgence. A l’approche de la confluence des 2 autoroutes à la hauteur d’Orange, on nous suggère de quitter l’autoroute et de nous diriger vers Uzès.

 

Ce fut super. Nous réglons le GPS sur Châtillon et vogue la galère. Un vrai rêve, un enchantement. Ces chemins de traverse nous font voir ce que l’usage de l’autoroute nous fait oublier. Une France profonde et vertigineusement belle. Par moment, quand on est habitué à son lieu de résidence sa végétation, son architecture, on se croirait à l’étranger. Mais, c’est vrai ces gens aussi votent français ? 

 

Nous avançons, les ouvrages de Bernard Maris « Et si on aimait la France ? » et « Souriez, vous êtes Français », sur la planche du tableau de bord, une salière dans une main et l’autre libre pour tenir le volant et/ou se signer avant de passer chaque pont en balançant du sel par dessus nos épaules. On a beau être amoureux, à nos âges on sait rester lucides et les dernières alertes cafouilleuses sur l’état de nos infrastructures nous rendent méfiants et prudents.

 

Le séjour à Châtillon fut à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre. Organisation et joie de vivre pour et par un village de quelques 600 habitants ! Ils peuvent être fiers. Loin de Paris, et aux prises avec la fermeture des services publics, ils se prennent en mains (La maternité vivra ! écrit en grand sur les ouvrages d’art montre qu’ils se sont battus jusqu’au bout) 

 

Le spectacle nocturne donné dans les vignes était plus qu’un spectacle de patronage même de haute tenue. Les animations dans la journée telle la visite du vignoble avec les viticulteurs ou le sentier Giono en l’honneur de l’auteur de «  L'Homme qui plantait des arbres » plus qu’anecdotique.

 

Le soir, dîner chez Jancou et, à midi, dans des petits restaurants qu’il nous recommandait aux alentours. Nous notons que le locavore fonctionne à plein dans le Diois. Chaque restaurant indique sur une grande ardoise, l’origine des produits : ils sont tous des environs immédiats. 

 

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La culture, une fois encore, n’est pas oubliée. Une petite exposition à la mairie de Châtillon nous  avait révélé l’existence de peintres renommés tel André Lhote qui dans sa maison de Mirmande accueillait  collègues et intellectuels. On y apprend l’existence  d’un musée à Crest (ville dont Hervé Mariton est le maire et qui possède le plus haut donjon de France ainsi qu’un superbe pont moderne en bois ouvert à la circulation automobile qui illustre tout le travail fait par la municipalité  pour assurer un développement écologique raisonné à la ville qui garde , ainsi, une taille très humaine.) Le musée, plus exactement le Centre d’art présente ses collections permanentes dont la donation Vanber (peintre non dénué d’intérêt, mort à Crest en 1994) témoignant d’une période créatrice importante dans la région.

 

Résultat de recherche d'images pour "la donation Vanber""

 

Il nous faut regagner Collioure. Mais par le chemin des écoliers.  Une importante exposition nous attend à Aix en Provence : Fabienne Verdier. A nouveau les chemins de traverse mais moins agréables car à mi chemin, nous nous retrouvons en pleine région super touristique avec circulation dense et loin de la tranquillité du trajet jusqu’à Sisteron. Le Taulier nous a raconté ce chemin qu’il a fait avant nous dans sa chronique du 17 octobre 2019. 

 

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Nous arrivons tant bien que mal à Aix. Mais bien mais mal au musée coincé dans un dédale de sens interdit, de voies piétonnes. Le déplacement valait bien l’effort. L’exposition et superbe. Fabienne Verdier est certainement le plus grand peintre français vivant avec Pierre Soulages qui sera centenaire cette année le 24 décembre. Elle a 57 ans. Passionnée de peinture chinoise et de la calligraphie, toute jeune, elle est partie en Chine.Celle d’après la Révolution Culturelle cherchant à travailler avec les vieux maîtres qui avaient survécu et qu’en Asie on appelle Trésors Nationaux Vivants tant la peinture et la calligraphie est pour eux au dessus de l’art. Elle y est restée 10 ans et raconte son aventure dans un ouvrage passionnant « Passagère du silence », publié par Albin Michel en 2003.

 

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Je ne vais pas vous parler plus longtemps  de l’exposition ni de l’oeuvre de Fabienne Verdier. Mon travail, ici, est un récit de voyages. Je vous invite juste à rechercher sur interlope l’affiche qu’elle a réalisée à la demande des organisateurs pour l’édition 2018 de Roland Garros. Tout simplement époustouflant ! 

 

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On ne quitte pas Aix-en-Provence sans signaler que les musées de la ville abritent la fantastique collection  constituée par Jean Planque qui fut l’acheteur de Beyeler, le galeriste de Bâle. Lui aussi a un ouvrage retraçant sa vie : « L’œil de Planque » Car ce Suisse sans formation avait ce qu’on appel « l’œil » pour apprécier et reconnaître un tableau.

 

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Quand les acheteurs de tableaux de Picasso se rendaient chez le Maître, un secrétaire les introduisait dans une pièce ou quelques œuvres étaient à leur disposition pour faire leur choix. Quand Planque s’y rendait, il était accueilli par Picasso qui lui disait souvent «  Vous savez pourquoi on vous aime Planque ? Parce que vous aimez les tableaux. »

 

Autre fait d’arme de cet « Œil », avoir décelé une œuvre non signée de Van Gogh que Beyeler n’a pas voulu prendre le risque d’acheter. Planque a plongé. Quelque temps après le  Rijksmuseum d’Amsterdam l’a authentifié  et intégré au catalogue raisonné de Van Gogh qu’ils sont en train d’établir.

 

Voilà  presque la fin de la saison, retour à Collioure pour souffler  et attendre la Saint Vincent et son fantastique feu d’artifice.

 

Mais je vois que le  temps qui m’est imparti s’achève. La suite au prochain numéro selon l’indulgence et la bienveillance du Taulier.

 

Comme je suis un ramier patenté, je suggère au fin gourmet voyageur de nous offrir dans une prochaine chronique la narration de son dernier dîner au Bombar éphémère du sieur Jancou.

 

 

BOMBAR

Place des augustins

12 Genève.

022 329 91 11

 

 

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "les porcs et papa au japon"" Le photographe autodidacte Toshiteru Yamaji a suivi un fermier japonais pendant une période de 10 ans, pour saisir des instants de sa vie au milieu des porcs qu’il élève et qu’il chérit. ICI 

Hermès n’est pas une truie de rapport, elle n’avait montré aucun signe de chaleurs, n’avait jamais connue la saillie donc la mise-bas, elle coulait des jours heureux près de Rinco qui lui préparait chaque matin un pain au levain pétri avec des noix ou toutes sortes de fruits à coques.

 

Hermès avait le poil luisant, la queue toujours bien tortillée en tire-bouchon et un air continuellement réjouis, comme si elle souriait.

 

Rinco est une jeune femme de vingt-cinq ans qui perd la voix à la suite d'un chagrin d'amour, elle revient chez sa mère dans son village natal.

 

Rinco, doit se reconstruire après la fuite de son amoureux, parti sans laisser d’adresse avec toutes leurs affaires, il ne lui reste plus rien sauf la jarre de saumure de sa grand-mère. Puisqu’elle n’a plus rien, elle fuit la ville, retour aux origines, un retour à la mère qu’elle a quittée il y a plusieurs années déjà. La relation est houleuse, teintée d’amertume et d’ambiguïté.

 

Rinco aime faire la cuisine, elle décide donc d’ouvrir un restaurant dans le fond du jardin de sa mère. Dans un monde où tout va vite, son restaurant  elle le baptise l'Escargot car elle prend le temps de préparer des plats uniques pour, soit un seul client, soit un petit groupe, pour un seul service par jour. Elle cherche, avec un simple repas, à rendre les gens heureux, et elle y réussit.

 

 

Rinco est l’héroïne, la narratrice, d’un roman d’Ito Ogawa Le restaurant de l'amour retrouvé qu’une amie venait de terminer, émue, touchée, « j’en suis encore toute imprégnée » me dit-elle. « Tu me le prêtes ! ». Elle me répond « tu trouveras ça un peu mou, un peu mièvre… »

 

Résultat de recherche d'images pour "amour en japonais calligraphie""

 

J’ai lu ce livre en quelques heures, d'une traite, c’est beau, c’est tendre, c’est de la tendresse, c’est léger, touché, le rythme du récit est lent, la plume de l'auteure épurée, la poésie des gestes simples, récit d'un retour aux sources, d'un nouvel apprentissage de la vie et de l'amour. Rinco est généreuse et désintéressée, elle fait de la cuisine comme une consolation et un réconfort, mais aussi comme un don d'amour, plein de promesses. C’est sobre. Un art de vivre que nos sociétés de l’instantanéité feraient bien de retrouver.

 

Hymne aux produits locaux, une sobriété magnifiée, le goût des choses simples, ce que fait la main, être attentionné, chercher à  donner du bonheur aux autres… Ce n’est ni un hymne à la décroissance ou à un repli sur un temps révolu, c’est un choix a porté de ceux qui mettent leurs actes en conformité avec leurs idées, loin des slogans, des mots d’ordre, des chapelles, du prêt-à-penser…

 

Avertissement sans frais : il faut avoir gardé un cœur d’enfant pour aimer ce roman, les longues dents, les couteaux tirés, les meilleurs, les winners, celles et ceux qui maquillent leurs idées, doivent passer leur chemin.

 

Et puis un jour, sa mère, lui annonce qu’elle voulait manger Hermès.

 

Je ne vous dirai pas pourquoi, ce serait déflorer l’une des clés du roman.

 

Hermès était devenue comme une sœur pour Rinco.

 

Pigs and Papa Résultat de recherche d'images pour "les porcs et papa au japon""

 

« Un des tout premiers jours du printemps, nous nous sommes mis à deux, Kuma (ndlr le grand ami de Rinco) et mo, pour passer un collier de chien et une laisse au cou d’Hermès.

 

Dehors, il faisait si beau, le soleil riait dans le ciel bleu, les oisillons patauds battaient des ailes vers les nuages blancs, et pourtant, je devais accomplir un acte terriblement triste. »

 

[…]

 

« Sur l’étroit sentier de montagne où les plantes commençaient à bourgeonner, les yeux d’Hermès qui avançaient lentement, d’un pas mal assuré, avaient rétréci, enfoncés dans les orbites. On aurait dit qu’elle riait, ou alors, qu’elle luttait contre l’envie de pleurer en faisant semblant de rire. »

 

[…]

 

« Mais nous sommes arrivés à destination en un clin d’œil.

 

L’endroit, un corps  de ferme à l’abandon, appartenait à un éleveur qui était autrefois un ancien camarade d’école, un ami intime et un compagnon de beuverie de Kuma »

 

NDLR. Celui-ci, avait aidé son grand-père à tuer le cochon pour la maisonnée, et malgré l’interdiction de tuer les animaux d’élevage ailleurs qu’à l’abattoir, il continuait de mettre à profit son savoir-faire, et, plusieurs fois par an, lorsqu’un voisin le lui demandait, il se chargeait de dépecer un cochon en secret.

 

« Hermès savait. Elle savait, ou plutôt, elle avait tout compris. Son propre destin, bien entendu, mais aussi…, les tensions entre nous, et tous les sentiments contraires, impossibles à annoncer, qui m’agitaient.

 

Je me suis accroupie, j’ai cherché son regard et je l’ai longuement regardée dans les yeux. Plus que d’une vieille femme, son visage était celui d’un vieil homme sage et réfléchi. Sous les rayons du soleil haut dans le ciel, ses cils blancs luisaient. Ses longs sourcils évoquaient ceux d’un ermite.

 

J’ai déplié mes doigts crispés par la nervosité et, timidement, j’ai caressé sa joue. Son visage a pris une expression encore plus douce, elle a entrouvert la bouche comme pour sourire, puis elle a doucement fermé les yeux. »

 

[…]

 

« Elle s’est avancée d’elle-même vers Kuma et son ami qui attendaient. Les deux hommes l’ont fermement maintenue par-derrière.

 

- Rinco, c’est bon ? C’est vraiment la dernière fois, là, m’a demandé Kuma d’un ton bienveillant. »

 

[…]

 

- Oh hisse !

Les hommes synchronisaient leurs efforts en criant. Immobilisée, Hermès a été retournée, ses pattes de devant attachées ensemble avec une corde, puis celles de derrière. Un bâton glissé entre les pattes et elle a été soulevée.

 

Alors qu’elle était restée calme jusque-là, son instinct s’était-il réveillé, elle poussait des cris terribles. Des pleurs semblables à ceux d’un nouveau-né, des sanglots poignants comme si elle en appelait de tout son cœur à sa mère. J’ai fermé les yeux, mais je me suis bouché les oreilles, je me suis ouverte à elle de tout mon être. Sous mes yeux, elle a emportée par les deux hommes.

 

Après un rinçage sommaire à l’eau, Hermès a été accrochée à la branche d’un gros arbre dans la cour.

 

Elle était prisonnière mais elle vivait encore. Peut-être était-elle fatiguée de crier, ses grognements perçants avaient cessé, seule sa respiration saccadée me parvenait aux oreilles.

 

Ouvrant les yeux, je me suis lentement approché d’Hermès. À chaque respiration, son corps enflait comme un ballon de baudruche. Un seau était posé juste en-dessous d’elle, tout était prêt.

 

Ce jour-là, le responsable du dépeçage d’Hermès, c’était moi. Et c’était au responsable d trancher la carotide.

 

L’ami  de Kuma est allé chercher un couteau dans le hangar et me l’a tendu. Kuma, comme pour me dire de couper là, m’a montré d doigt l’emplacement de la carotide. D’un seul mouvement, en faisant le vide dans mon esprit, j’ai planté le couteau dans l’artère. Le sang a giclé comme un feu d’artifice, dessinant un motif dentelé sur la joue tannée de Kuma.

 

Hermès n’a pas souffert.

 

Ou plutôt, elle a sans doute eu mal, mais elle ne l’a pas montré.

 

Kuma et son ami n’arrêtaient pas de répéter : « Quel beau cochon ! » Dans les yeux creusés d’Hermès, semblables à des raisins secs, il me semblait voir des larmes perler, c’était insoutenables. Hermès a arrêté de bouger et elle était morte.

 

Au bout d’un moment, le sang qui irriguait son corps a rempli le seau. On le remuait sans arrêt avec un bâton, en faisant mousser la surface. C’était pour éviter qu’il ne se fige. Ce sang servirait à fabriquer du boudin.

 

Je ne voulais rien laisser perdre du corps d’Hermès, jusqu’à la dernière goutte de sang.

 

[…]

 

« À Okinawa, on dit que tout se mange dans le cochon sauf les grognements, et moi, à part ses yeux et ses ongles, j’avais décidé de tout cuisiner d’Hermès. »

 

Affaire à suivre dans un prochain numéro.

 

Étymologie

 

Buta sécrit en japonais avec le kanji qui représenterait un porc/cochon. Deux hypothèses permettent dexpliquer sa prononciation : la première concerne le bruit du cochon. Au Japon, on estime en effet que c’est buu buu (ブーブー). Il semblerait que dans beaucoup de langues du monde il commencerait par p ou b. Pour nous, cest groin groin, nous n’avons peut-être pas la même oreille ! Lautre hypothèse concerne la grosseur du cochon. Gros se disant futoi (太い) en japonais, on aurait obtenu avec le temps buta.

 

Quoi qu’il en soit, ce terme est assez général et peut vouloir dire “cochon/porc/truie/porcelet…” en fonction du contexte. En français, on réserve en général “porc” pour la viande et “cochon” pour l’animal dans le langage courant. Cette distinction n’existe certes pas en japonais mais on rajoute tout de même souvent le suffixe niku () pour préciser quil sagit de la viande. Butaniku wo yaku (豚肉を焼く) : cuir de la viande de porc.

 

 

Consommation de porc au Japon : focus sur Kyûshû !

 

ICI 

 

Le porc est une composante importante de la cuisine du sud de Japon. Aujourd’hui, le Japon reste le premier importateur de viande de porc au monde, avec 25% des importations mondiales ! Les Japonais consomment plus de porc que de volailles et de boeuf réunis. 

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