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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 08:00

 

Dans le cadre de ma semaine de la paresse je sollicite le soutien de La Montagne le journal de feu Alexandre Vialatte je vous offre l’histoire d’un vieux dicton d’Issoire.

 

21 novembre 2009

«Une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps». ICI

 

Issoire - Cpa Issoire - INSEE 63178 - " Souvenir d'Issoire " - Bon vin à  boire, belles filles à voire. V D C - Carte postale ancienne et vue d'Hier  et Aujourd'hui - Geneanet

Issoire - CPA 63 ISSOIRE. bon vin à boire. belles filles à voire.

Bon vin à boire, belles filles à voir" : le vieux dicton d'Issoire (Puy-de-Dôme) est-il devenu ringard ?

 

À la veille de la Journée internationale des droits des femmes, nous nous sommes intéressés au vieux dicton d’Issoire (Puy-de-Dôme), « Bon vin à boire, belles filles à voir ».

 

À son histoire, à ses usages et à la place qu’il accorde aux femmes.

 

« Je l’ai toujours entendu ! On le disait pendant les fêtes. Ça nous flattait parce qu’on était d’Issoire. La jeunesse est passée à autre chose maintenant et ce n’est plus tellement dans le vent », raconte Simone, retraitée issoirienne de 85 ans.

 

Ce sont huit mots et une rime qui ont marqué plusieurs générations, mais savent-elles seulement d’où vient le vieux dicton « Bon vin à boire, belles filles à voir » ?

 

En 1531, l’Italien Donato Rigeto fait un voyage en France, en Basse-Auvergne, « un jardin délicieux où le printemps fait son séjour ordinaire ». Il parle d’« Yssoire » comme d’une petite ville où « sont les plus belles dames de toute la France ».

Vertu et morale

 

Selon Stan Surowka, collectionneur issoirien passionné par l’histoire de sa ville, une mention du dicton figurerait dans la chanson du siège de la prise d’Yssoire, en 1577 précisément, à la 13e strophe :

 

« O pauvre ville d’Yssoire, Qu’avait acquis le renom ; Le meilleur vin du pays boire ; Et des filles le parangon ; Las ! Où sont-elles ? »

 

À cette époque, c’est donc la vertu et la morale dont il est question.

 

Le dicton connaît ensuite de nombreuses transformations. Les phrases en patois peuvent se traduire ainsi :

 

Ni pour moudre (le blé) ; Ni pour cuire (le pain) ; Il ne faut pas sortir d’Yssoire ; Ni pour de bon vin boire ; Ni de jolies filles voir.

 

Encerclée mais dotée de fours à pain, de moulins et de vins dans les caves, Issoire vivait en autarcie pendant les guerres de religion. En somme, inutile d’aller voir ailleurs.

 

Plus tard, les Limousins et les Marchois auraient même importé un quatrain sur la ville :

 

« Qui bon vin veut très bien boire ; Doit s’en aller à Issoire ; Qui à belle fille veut parler ; A Issoire doit aller ». Sa version abrégée est devenue la plus courante avec « Bon vin à boire, belles filles à voir ».

 

Un bonnet de bergère « les coiffait si gracieusement »

 

La première partie fait référence aux vignobles qui entouraient la cité de Saint-Austremoine avec des récoltes exceptionnelles comme celles de 1893, avant que le phylloxéra ne s’installe, deux ans plus tard. La légende raconte que les Issoiriennes portaient un bonnet de bergère qui « les coiffait si gracieusement », fabriquaient des ornements pour les Parisiennes et en profitaient pour s’habiller élégamment, elles aussi.

 

Il y a quelques années encore, le dicton s’affichait sur des cartes postales, pas toujours très élégantes. Qu'en reste-t-il aujourd’hui ? Des souvenirs « festifs » dans les esprits des anciens et des moins anciens, tandis que les plus jeunes ne le connaissent pas forcément. Emma, 20 ans, le découvre : « Je ne le soutiens pas du tout. Il est sexiste et reflète bien l’idée de femme-objet, qui est uniquement là pour le décor et dans ce cas, mettre en valeur une ville. Les mentalités ont évolué alors j’espère qu’il n’est plus utilisé… », s’agace la militante féministe issoirienne.

 

Quelques références existent sur internet, notamment sur le site de la Ville d'Issoire pour clore de longs chapitres consacrés à l'histoire de la cité : « Cela montre bien que notre site est peut-être bien un peu ancien... », répond, un peu gêné, le maire Bertrand Barraud. 

 

Alors, c'est une question lancée comme un pavé dans le plan d'eau du Mas : citer « Bon vin à boire, belles filles à voir » pour promouvoir Issoire ne serait-il pas complètement dépassé, au XXIe siècle ?

 

Et le dicton devenu ringard ?

 

La suite ICI 

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 06:00

 

Barrage de paysans à Vincelles dans l’Yonne 20 mai 1956

On parle de 1,5% de la population active, il n’y a jamais aussi peu eu d’agriculteurs. Et ils sont très divers : petits commerçants, patron de petites entreprises et grosses entreprises. Les écarts n’ont jamais été aussi grands dans cette population. 

François Purseigle

 

Nous sommes dans un marché où il n’y a aucune protection commerciale entre les pays européens. Ce système nous permet d’exporter beaucoup de spiritueux et de lait par exemple mais nous sommes déficitaires de fruits et légumes importés du sud. La France pourrait potentiellement nourrir les Français mais pas avec la diversité d’aliments qu’on nous propose aujourd’hui.

Vincent Chatellier

 

Manifestation à Bourges dans le Cher juillet 1961

 

LE 26/02/2021

L’agriculture française peut-elle gagner la bataille de la souveraineté ? Avec Vincent Chatellier et François Purseigle

 

Dans le cadre de mon droit à la paresse, je donne la parole à Vincent Chatellier et François Purseigle

 

  • Vincent Chatellier ICI

INRAE, SMART-LERECO (NANTES)

Ingénieur de Recherche

Tél : +33 (0)2 40 67 51 72

vincent.chatellier@inrae.fr

 

  • François Purseigle ICI 

 

https://www.entraid.com//wp-content/uploads/2015/11/Photo-Frederic-Maligne-9-620x447.jpg

Professeur des universités

E-Mail : francois.purseigle@ensat.fr

Téléphone : 05 34 32 39 57 - 06 13 66 04 43

Fax : 05 34 32 39 01

Département d'enseignement : Sciences économiques, sociales et de gestion

Laboratoire de recherche : UMR INRA / Toulouse INP-ENSAT AGIR Chercheur associé au Centre de recherches politique de Sciences Po Paris

Site web: https://www.francoispurseigle .info Twitter @FPurseigle

 

Repas à la ferme en 1959

 

La pandémie de Covid-19 nous presse à adopter des modèles agricoles plus soutenables et conduit le gouvernement à plaider en faveur de la souveraineté alimentaire, un concept jusque-là en vogue dans le mouvement altermondialiste.

 

Pandémie oblige, pas de Salon de l’agriculture cette année. Pourtant, l’agriculture, elle passionne ces temps-ci. Le gouvernement s’est rallié au principe de « souveraineté alimentaire » et la société civile elle, exige une agriculture soutenable. De jolis principes, dont les paysans rappellent qu’ils sont la clé de voûte. Et ils souffrent, les agriculteurs, les maraîchers et les éleveurs…

 

Pourquoi ? 

 

Cette situation inédite s’arrime à une tendance profonde dans la société, toujours plus exigeante dans sa consommation.

 

Alors peut-on imaginer un cercle vertueux qui marierait préservation de l’environnement et bonne santé publique ?

 

Oui, répondent ceux qui sont au centre de l’équation ; agriculteurs, maraîchers et éleveurs… et qui s’étonnent de devoir supporter seuls les efforts d’un virage global. Pour eux, pas de mystère : le soutien à leur profession endommagée est le point de départ.

 

L'agriculture française en temps de crise

 

On a vu des Français se tourner vers des circuits courts, de proximité lorsqu’ils en avaient la possibilité. Un nombre d’agriculteurs ont su s’adapter, mettre en oeuvre des dispositifs d'alimentation. 

François Purseigle

 

L’année 2020 a été marquée par un courant d’importation équivalant à 2019. Elles n’ont baissé que de 2 ou 3% l’année dernière et les exportations ont à peine baissé. Donc en dépit de la fermeture des échanges commerciaux, il y a quand même eu un mouvement d’importation. Il ne faut pas surestimer les mouvements de circuits courts qui existent de plus en plus mais il faut les remettre dans leur contexte. 

Vincent Chatellier

 

Nous sommes dans un marché où il n’y a aucune protection commerciale entre les pays européens. Ce système nous permet d’exporter beaucoup de spiritueux et de lait par exemple mais nous sommes déficitaires de fruits et légumes importés du sud. La France pourrait potentiellement nourrir les Français mais pas avec la diversité d’aliments qu’on nous propose aujourd’hui. 

Vincent Chatellier

 

Les agriculteurs face à la crise

 

Les agricultures françaises n’ont pas changé en un an. Ce sont des agricultures diverses et éclatées, ou le recours au travail familial est plus difficile. Pour les circuits courts et la proximité il faut plus de salariés et ce n’est pas simple. La crise révèle les fragilités de l’organisation autour de la production agricole, dans ses dynamiques mais aussi ses problèmes liés à un recours difficile à la main d’oeuvre dont les agriculteurs sont dépendants, comme les travailleurs saisonniers. 

François Purseigle

 

Les agriculteurs ont montré qu’ils ont une forte capacité d’adaptation au marché, au prix et aux mécanismes de la PAC. Mais l’agriculture est un secteur où la transition se fait dans la durée. La rigidité des cycles de production conduit naturellement à ce que les transitions doivent s’organiser dans la durée. L’agriculture réagit sur une dizaine d’années, c’est pourquoi dans la politique agricole les objectifs sont fixés sur 5 à 7 ans. 

Vincent Chatellier

 

Les exploitations familiales disparaissent, même si elles répondent à la demande de circuits courts, car elles sont en difficultés pour trouver des bras mais aussi des repreneurs. Si on veut que ces petites et moyennes exploitations s’adaptent et basculent il faut leur donner les moyens. L’idée que ces exploitations soient résilientes n’est pas forcément vraie car cette agilité repose sur des formes de travail disparues. 

Vincent Chatellier

 

L'hétérogénéité du monde paysan

 

Le revenu des exploitants repose essentiellement sur celui du conjoint ou de la conjointe. Ces revenus sont le fruit de bricolage. Les agriculteurs s’en sortent parfois, essentiellement en louant leur terre. On a du mal à voir comment se construit un revenu. On parle de 1,5% de la population active, il n’y a jamais aussi peu eu d’agriculteurs. Et ils sont très divers : petits commerçants, patron de petites entreprises et grosses entreprises. Les écarts n’ont jamais été aussi grands dans cette population. 

François Purseigle

 

Sur la question de la mesure de l’hétérogénéité de l’agriculture française, on a produit pour le ministère de l’agriculture un rapport où on a essayé de décortiquer la manière de mesurer les revenus en agriculture et rendre compte de cette existence d’hétérogénéité. 

Vincent Chatellier

 

70 000 euros par an pour les 10% meilleurs et 8 000 euros pour les 10% moins bons. Les revenus n’ont pas assez augmentés au regard de la production qu’ils développent. Le revenu au prorata du chiffre d’affaires est décroissant. Globalement il y a une détérioration du niveau de revenu.

 Vincent Chatellier

 

Où sont les jeunes agriculteurs ?

 

1 million d’hectares sont libérés chaque année, 500 000 partent à l’installation de nouveaux exploitants, 400 000 à la concentration, l’agrandissement et 100 000 à l’urbanisation. Derrière le marché foncier des logiques se jouent et il est de plus en plus difficile d’obtenir des terres. Il y a des familles agricoles qui jouent contre l’agriculture familiale : pour des raisons patrimoniales, ils privilégient l’installation d’un tiers plutôt que l’installation d’un jeune. 

François Purseigle

 

On a besoin de réguler et de trouver un moyen de continuer à produire sur des terres où on ne trouve pas jeunes agricultures. Il y a des jeunes qui se projettent différemment dans l’agriculture, ils ont du mal à se projeter dans les structures déjà en place, parce qu’ils ont une autre expérience ou sont issus d’un autre milieu socio-professionnel. Il y a une inadéquation entre les projets des pères et des fils, des cédants et des reprenants. […] 1/3 des agriculteurs en âge de partir à la retraite n’ont pas de repreneurs pour l’exploitation. 

François Purseigle

 

Désespoir paysan

 

Des agriculteurs sont en situation d‘anomies, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à déterminer leur rôle dans la société. Ils ne savent plus qui ils sont et cette incertitude marque toute la filière. 

François Purseigle

 

Dans toutes les populations il y a une fraction qui vit un désespoir. Chez les paysans le désespoir est lié au fait que les agriculteurs vivent d’aides directes alors qu’ils veulent vivre de leur métier. Ils ont le sentiment de faire des efforts pour mieux intégrer des dimensions sociétales et ils constatent que les critiques à leur égard sont très dures et très décalées des réalités. Enfin, l’amélioration des revenus en agriculture passe trop par une augmentation des volumes et les agriculteurs aimeraient dégager davantage de revenus sur la qualité. Mais ce désespoir n’est pas généralisé. 

Vincent Chatellier

 

 

 

Grand entretien

« IL Y A URGENCE À VOIR DES JEUNES S’INSTALLER » ICI

François Purseigle, sociologue Cécile Gazo, sociologue

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 08:00

 

85 c’est la Vendée, ma Vendée crottée !

 

La ferme de mes parents se trouvait dans le fond du village : aucun véhicule à moteur ne pouvait y accéder. Quand il y eut des morts, et j’en connus au moins deux, mon père et ma grand-mère maternelle, le corbillard tiré par un cheval ne risquait pas de s’embourber comme la voiture automobile du médecin à laquelle il fallut atteler une paire de bœufs.

 

Signé Michel Gautier

 

 

Docteur en littérature française et promoteur de la langue régionale, l’auteur Michel Gautier publie son dictionnaire consacré au département de la Vendée. Il nous raconte.

 

  • Qu’est-ce qui vous a incité à publier ce dictionnaire de Vendée, qui n’est pas votre premier ouvrage ?

 

ICI 

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 06:00

 

 

Au temps d’Hubert dig, ding, dong, dans ma première chronique sur son livre Vino Business, j’ai qualifié Isabelle de gourgandine.

 

Aujourd’hui, c’est pétroleuse.

 

 

Les pétroleuses est le nom données aux femmes accusées d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies, en 1871, lors de l’écrasement de la Commune de Paris par les Versaillais. On affubla de ce terme, particulièrement après l’incendie de l’Hôtel de ville de Paris, les femmes qui avaient pris part aux combats armés, faisant d’elles les boucs émissaires du vandalisme survenu pendant la Semaine sanglante.

 

Isabelle met le feu, c’est incontestable et, comme je suis une vieille canaille, la référence à l’Hôtel de Ville est une petite pique à ce qu’écrit Albert Mestre sur « ses choix déroutants entre deux listes) lors des municipales de 2020 à Paris » de Gaspard Gantzer à Cédric Villani

 

Comme je suis allergique à ce que les vieux dénommaient de mon temps l’étrange lucarne ICI, je ne suis pas ses boutades aux Grandes Gueules sur Radio Monte Carlo (pour Pax : non, je n’ai vu monter personne), parfois j’en glane une sur Twitter.

 

Mais je suis un abonné du Monde et, bien sûr, je suis tombé sur ce gros titre :

 

Un apéro avec Isabelle Saporta : « A gauche, je me sens de droite. A droite, je me sens d’extrême gauche » ICI 

 

La chroniqueuse des « Grandes Gueules » et éditrice chez Fayard se revendique « poujado de gauche ».

Par Abel Mestre

Publié le 06 mars 2021

 

Qu’allais-je faire ?

 

J’ai réuni dare-dare une conférence de rédaction avec moi-même d’où il est ressorti :

 

  • Le titre de la chronique

 

  • Une interrogation le chablis de l’apéro était-il un chablis naturiste du style de la cave des Papilles qui est à deux pas de chez Isabelle ?

 

  • Du jamais vu depuis Mai 68. L'occupation du grand amphi, commencée lundi soir avec une centaine d'étudiants, s'est poursuivie la nuit suivante puis mardi toute la journée. La grève générale était finalement votée hier soir à main levée par 1.000 étudiants environ. A l'entrée, le nom de l'amphi, Boutmy, est remplacé par Farinelli, le castrat auquel «on a coupé les bourses». ICI 

 

  • La décision au nom du côté « poujado de gauche » d’Isabelle de s’asseoir sur le copyright et de publier l’intégralité de l’article. Les tribunaux, Isabelle et moi, nous connaissons.

 

Isabelle Saporta dans son bureau des éditions Fayard, à Paris, le 11 février.

Isabelle Saporta dans son bureau des éditions Fayard, à Paris, le 11 février. 

 

Lorsque l’on a proposé à Isabelle Saporta de prendre l’apéro avec nous, il y eut comme une hésitation. La nouvelle directrice littéraire de Fayard respecte scrupuleusement les règles pour contrer la pandémie de Covid-19 : « Mais à quelle heure ça se fera ? On a le droit de le faire après le couvre-feu ? » Il a fallu insister un peu, expliquer que les exceptions étaient possibles, attestation de l’employeur à l’appui. Rendez-vous est donc pris cinq jours plus tard, dans les locaux de la maison d’édition, dans le quartier Notre-Dame-des-Champs, en plein 6e arrondissement de Paris. L’ambiance est détendue : chablis et petits biscuits salés que l’on suppose bio : « C’est réveillon, ce soir ! Je finis tous les jours à 18 heures, normalement. »

 

Impossible d’entrer immédiatement dans le joli bureau tout en longueur, encombré – évidemment – de livres, mais surtout doté d’une petite terrasse : la séance photo n’était pas terminée. Pour cela aussi, Mme Saporta avait besoin d’être rassurée : non, elle n’aurait pas un tuyau d’arrosage entre les mains, comme dans son portrait paru dans Libération. Non, elle n’aurait pas une pose martiale devant des plantes, comme souvent lorsqu’il s’agit de photographier des écolos. « Il y aura juste un verre de vin », lui a-t-on tout de même reprécisé. Pas de problème.

 

Dans l’ombre

 

« Je suis encore une sans-bureau-fixe, mais je nous ai installés ici, il y a de la place », lance-t-elle avant de s’asseoir et de jongler entre son masque en tissu noir, les fameux biscuits et le chablis. Sa nomination est, en effet, toute récente, elle date de janvier. Avec son côté rentre-dedans, la chroniqueuse aux « Grandes Gueules » sur RMC promet de « bousculer » l’auguste maison et de la sortir de l’entre-soi. « Je continue de faire ce que je fais déjà : chercher des profils atypiques, repérer ceux qui ne sont pas du petit milieu, débusquer les talents qu’on ne voit pas ailleurs », explique l’autrice d’un pamphlet contre la technocratie, publié à la rentrée : Rendez-nous la France ! En finir avec la caste qui paralyse notre pays (Fayard, 2020).

 

Etrange de la part d’une fille de médecin et de psychologue, biberonnée au Monde (son père organisait des débats familiaux pour vérifier que le journal vespéral avait été bien lu), elle-même issue de Sciences Po, titulaire d’un doctorat, qui a par la suite embrassé la carrière de journaliste. « J’assume mon côté poujado, c’est un vrai truc de gauche. Redonner les moyens aux fantassins sur le terrain, et pas aux technos. On réarme les services publics, on s’intéresse aux catégories populaires », nous avait-elle expliqué lors de la sortie du livre.

 

Il y a plusieurs paradoxes chez Isabelle Saporta : elle veut dénicher les nouvelles voix atypiques, mais édite aussi Christophe Barbier (Les Tyrannies de l’épidémie, Fayard, 198 pages, 15 euros). Elle fuit le monde politique, dégoûtée de ses expériences infructueuses (et ses choix déroutants entre deux listes) lors des municipales de 2020 à Paris, de la violence de ce milieu, mais tout ce qu’elle entreprend se veut politique : son travail d’éditrice, donc, mais aussi ses enquêtes sur l’agriculture intensive (notamment Le Livre noir de l’agriculture, Fayard, 2011) ou même sa présence aux « Grandes Gueules », où elle serait une sorte de guerrière solitaire de gauche dans un environnement de droite. « Il faut aller dans les émissions populaires et porter une autre parole. Soit on reste dans l’entre-soi, soit on essaye de comprendre ce qu’il se passe. »

 

Et puis, surtout, il y a cette autre difficulté, plus intime, que l’on devine aussi plus douloureuse : les conséquences de sa relation avec Yannick Jadot, candidat à l’investiture verte pour l’élection présidentielle de 2022.

 

Longtemps, Isabelle Saporta est restée dans l’ombre, contribuant à écrire les discours de l’homme fort des écologistes, le conseillant discrètement. Même ceux qui ne l’apprécient pas au sein d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) reconnaissent qu’elle est fondamentale au député européen dans sa manière de savoir prendre la température du pays, d’aller écouter les râleurs de tous poils, les sans-grade, parfois ignorés par des écologistes apparaissant comme urbano-centrés.

 

« A gauche, je me sens de droite. A droite, je me sens d’extrême gauche. Mon problème, c’est que je n’entre pas dans les cases. Défendre la ligne du parti, si elle est contraire à mes convictions, je n’y arrive pas. »

 

Mme Saporta est apparue au grand jour le soir des résultats des élections européennes de 2019. La liste emmenée par son compagnon venait de créer la surprise avec une troisième position et 13,5 % des suffrages, derrière le Rassemblement national et La République en marche. Elle est évidemment présente à la soirée pour fêter ce résultat. Il y a aussi les journalistes de Paris Match. S'ensuivra un shooting du duo en mode « couple présidentiel » qui agacera beaucoup. « J’ai toujours été en retrait. Ce soir-là, Yannick me dit : “Je veux vivre ça avec toi.” Je n’ai jamais caché que j’étais avec lui, mais quand il était à 6 % dans les sondages, il n’intéressait personne, rappelle-t-elle. J’ai appris à me foutre de ces polémiques. Plus ça va, moins on m’embête avec ça. »

 

Certes. Mais, entre-temps, il y a eu une blessure, une « vraie injustice », selon Isabelle Saporta : quand elle a dû quitter RTL, où elle tenait une chronique dans la matinale, à cause de son couple. « On croit que je suis incapable de penser par moi-même. Vos neurones ne disparaissent pas quand vous êtes en couple avec un politique ! Désormais, on me prend comme je suis ou tant pis. Je ne fais pas semblant d’être neutre, personne ne l’est. » A prendre ou à laisser. C’est peut-être cela qui braque autant les politiques, le côté entier et insaisissable de la dame. « A gauche, je me sens de droite. A droite, je me sens d’extrême gauche. Mon problème, c’est que je n’entre pas dans les cases. Je me sens profondément anar, avance-t-elle ainsi. Défendre la ligne du parti, si elle est contraire à mes convictions, je n’y arrive pas. »

 

Sophie de Closets approuve. La grande patronne de Fayard est un peu l’invitée surprise de cet apéro. Elle a passé une tête pour voir ce qu’il se passait dans ce bureau. « Viens boire un verre avec nous ! » propose sa nouvelle recrue de 44 ans, qui vient de signer son premier CDI. Sophie de Closets arrive en chaussettes. Tout de suite, on comprend pourquoi les deux femmes s’entendent aussi bien. Elles ressemblent à deux copines de lycée, deux « BFF » (best friends for ever, « meilleures amies pour toujours »), la petite brune et la grande châtain : même humour trash, mêmes convictions et une aptitude à jurer assez impressionnante.

 

Convictions républicaines

 

Entre deux blagues, Mme de Closets écoute pourtant attentivement ce que dit Isabelle Saporta, qui continue à dérouler son rapport conflictuel à sa famille politique, la gauche. Elle lui reproche tant de choses. Surtout sa pusillanimité et son abandon des classes populaires. « Ils sont effrayés. Ils naviguent à vue, ils sont dans le court terme, l’indignation immédiate. » C’est pourtant en son sein que l’éditrice a commencé à militer.

 

A Sciences Po, au mitan des années 1990, elle prend sa carte à l’UNEF, puis passe chez SUD-Etudiant quand le syndicat est fondé. « Je n’étais pas un fer de lance, hein, mais ça m’amusait. On avait lancé une grève sur la question des bourses. On avait rebaptisé l’amphi Boutmy amphi Farinelli”. Pour qu’on ne coupe pas les bourses des étudiants. » Un trait d’esprit qui la fait encore beaucoup rire, aujourd’hui. Saporta vendait également Charlie Hebdo dans le hall de la rue Saint-Guillaume. D’ailleurs, elle reste toujours Charlie, aujourd’hui, avec des convictions républicaines très ancrées et ne s’en cache pas : elle publie ainsi le président du Printemps républicain (association qui défend avec véhémence une conception stricte de la laïcité), Amine El Khatmi.

 

Cette volonté de garder le moins possible d’attaches politiques pourrait lui causer bien des soucis dans les mois à venir. La campagne présidentielle va commencer et, si Yannick Jadot remportait la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts prévue en septembre, tout pourrait (encore) se compliquer pour elle. En finissant la bouteille de chablis, la question arrive : que ferait-elle si elle devenait première dame ? Eclats de rire. Puis : « Etre une potiche et fermer sa gueule, non, merci ! Mais les pièces jaunes, j’adorerais. » Et elle conclut : « En tout cas, première dame, ça ferait un bon livre. » Sa patronne valide d’un hochement de tête.

 

Abel Mestre

 

 

5 octobre 2019

Le mystère du petit sécateur du jeune Hubert de Boüard offert par son père enfin élucidé. ICI 

Château Angélus, premier grand cru classé A de Saint-Émilion : cette distinction constitue-t-elle humainement un aboutissement dont tu as toujours rêvé ?


Je ne pensais pas, quand mon père m’a offert ce sécateur, qu’Angélus deviendrait un premier grand cru classé A. J’ai commencé à penser très tôt au fait que je voulais être œnologue. J’ai appris à tailler avec les vignerons d’Angélus. Je montais sur les tracteurs. J’ai toujours été fasciné par ce côté pratique, plein de bon sens paysan. J’ai vécu avec eux. Je suis né au milieu des vignes. Ma vie n’est pas un hasard. Quand on ne sait pas, on est à la merci de ceux qui savent et vous pilotent. Je ne supporte pas d’être piloté. Je ne suis sous domination de personne. C’est peut-être prétentieux, mais c’est comme ça. Je suis comme saint Thomas. Il faut que je voie pour croire. Je suis un homme heureux car j’ai fait ce que j’ai plus ou moins voulu. En réalité, j’ai commencé à penser au classement quand Émile Peynaud est venu me voir, dans les années 1980. Quand il a dégusté des 1953, il m’a dit : « Il y a un terroir, il faut que vous fassiez quelque chose. » Il y a eu des articles de presse puis le classement de grand cru classé B. J’y ai cru. Aujourd’hui, mon bonheur est entier.

 

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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 08:00

 

N’en déplaise à Claire Touzard, c’est dans Marie-Claire ICI

 

23 octobre 2012

Bravo LUBOT si tu n’as pas les moyens de payer tes additions au resto tu peux toujours demander à la RVF de te fournir le vin gratos ICI 

 

Jean-Paul LUBOT, à droite sur la photo en compagnie de Bruno Retailleau, né à Antigny, en Vendée mon pays, patrie de mon beau-frère, est bien sûr le Directeur Général délégué du Groupe Marie Claire et éditeur de Marie Claire et de la Revue des Vins de France.

 

 

On a souvent tendance à pointer du doigt les méfaits de l’alcool et du vin sur la santé, mais saviez-vous qu’ils ont aussi de nombreux bienfaits ?

 

Parmi eux, on trouve… La perte de poids. Et ce sont les scientifiques qui le disent !

 

Décryptage.

 

De nombreux individus affirment que pour mincir, il faut tirer un trait sur la consommation d’alcool. En cause : le fort apport calorique des breuvages alcoolisés.

 

LA CONSOMMATION D’ALCOOL, INCOMPATIBLE AVEC LA PERTE DE POIDS ?

 

En effet, la plupart d’entre eux sont riches en calories : il faut compter jusqu’à 200 calories pour une pinte de bière de 33 cl, par exemple. Certes, certains sont peu caloriques (comme le champagne), mais ils ne sont que très peu nombreux.

 

Cependant, des scientifiques et chercheurs contredisent cette légende urbaine : ils affirment qu’au contraire, s’abreuver d’alcool, avant de dormir, permettrait de maigrir. Bien évidemment, ce constat ne concerne pas toutes les boissons alcoolisées et s’observe dans des conditions bien particulières…

 

SELON LA SCIENCE, LE VIN ROUGE CONTRIBUE À FAIRE MAIGRIR QUICONQUE S’EN ABREUVE

 

Des chercheurs de l’Université de Harvard* ont constaté que les femmes qui buvaient régulièrement un verre de vin rouge, avaient 70% de chance en moins de prendre du poids que leurs homologues qui n’en buvaient pas et ce, sur une période de 13 ans.

 

Une autre étude, menée par des chercheurs de la Washington State University, précise ce constat, en affirmant que boire deux verres de vin rouge avant de dormir, contribuerait à faire perdre du poids.

 

QU’EST-CE QUI EXPLIQUE CET EFFET “MINCEUR” DU VIN ROUGE ?

 

Il contient du resvératrol, un composant chimique à l’effet “brûle-graisse”

 

C’est d’abord sa concentration en resvératrol (un polyphénol présent dans la peau du raisin) qui est à l’origine de son effet brûle-graisse. En effet, le resvératrol est un composant qui permet de réduire le gras du corps, comme le rappellent nos homologues du magazine Shape.

 

Pour être plus précis, ce polyphénol réduit la quantité de mauvais lipides (comme le gras issu de la charcuterie) stockée dans l’organisme ; ceux-là mêmes qui engendrent la prise de poids ou des maladies telles que le cholestérol.

 

De plus, le resvératrol permet également d’amoindrir l’appétit : adieu fringales et grignotage excessif !

 

Il augmente le niveau d’adiponectine et de testostérone, qui permettent d’éliminer le gras et de construire du muscle

 

Chris Lockwood, consultant en nutrition, affirme que le vin rouge augmente également les niveaux de deux hormones stratégiques dans l’élimination des graisses : l’adiponectine et la testostérone libre. Selon ses dires, ces hormones vous aident à brûler les graisses et à développer vos muscles (tout en diminuant les œstrogènes, hormones qui retiennent les graisses).

 

Ensemble, elles créent un environnement plus anabolique, libérant les graisses stockées et augmentant le métabolisme de base de chacun. Cela veut donc dire qu’on élimine plus facilement et ce, même au repos.

 

Le vin rouge améliore la circulation du sang, des nutriments et in fine, la combustion des graisses

 

Boire des quantités modérées d’alcool améliore la circulation sanguine, ce qui signifie que non seulement plus de nutriments sont transportés dans les cellules, mais aussi plus d’oxygène – un élément nécessaire de la combustion des graisses.

 

QUELQUES PRÉCISIONS SONT NÉCESSAIRES

 

Bien évidemment, le vin rouge n’est pas un remède miracle qui permet de perdre du poids à tous les coups… Il n’y a pas meilleur moyen de mincir que d’adopter une alimentation saine, faire de l’exercice physique, et bien dormir.

 

La rédaction rappelle également que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

 

*”Alcohol consumption, weight gain, and risk of becoming overweight in middle-aged and older women”, étude menée en 2011, sur un échantillon de 20 000 femmes

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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 06:00

 

« Bouge pas comme ça, tu me fatigues », lance Alexandre à son chien. « Toi aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. »

 

 

Alexandre le Bienheureux c’est Philippe Noiret dans le film d’Yves Robert sorti un an avant 1968, hymne à la paresse à travers le portrait d’un homme qui, à la mort de sa femme, décide de tout plaquer et de se reposer enfin, au grand dam des autres.

 

Bertrand Russell dans son Éloge de l’oisiveté : « Le fait de croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne ; (...) la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. »

 

J’ai toujours été un paresseux qui a travaillé par pure nécessité, enfant je me rêvais roi fainéant, mollement allongé sur un char-a-bancs tiré par des bœufs indolents.

 

L’heure de la retraite ayant sonné je peux goûter avec délice, sans opprobre, l’art de ne rien faire…

 

Et pourtant, me direz-vous, chaque jour que Dieu fait, je ponds deux chroniques. Pourquoi ?

 

Tout bêtement, pour éviter de voir mes neurones se rouiller, j’écris comme je pédale sur mon vélo, s’arrêter c’est serait me casser la gueule…

 

Donc ce matin j’exerce mon droit à la paresse.

 

L’homme qui voulait faire de Taïwan un pays viticole

Par Alice Hérait

Publié le 02 mars 2021 à 18h00

REPORTAGE Dans son île au climat subtropical, Chien-hao Chen s’est battu contre typhons et moussons pour développer son vignoble. Et produire un rouge et un blanc distingués par les plus grands œnologues.

 

Comment imaginer développer la viticulture sur des terres qui ne connaissent pas l’hiver et sont meurtries par cinq typhons par an en moyenne ? L’île de Taïwan est en effet bien plus réputée pour son thé et sa street food que pour ses vignes. Produire du vin, c’est toujours possible, mais du très bon vin, c’est une autre histoire. Du reste, la plupart des bouteilles que l’on trouve dans le pays sont plus proches de la piquette que des grands crus.

 

C’est dans ce contexte que le Vino Formosa, un vin blanc liquoreux, et le Vino Formosa Rosso, son équivalent en rouge, conçus par l’excentrique Chien-hao Chen, font exception – leur nom évoque l’ancienne appellation de l’île, Formose. Nous avons rencontré le vigneron de 53 ans à la fin du mois d’octobre 2020, sous un soleil qui tapait fort. Le domaine viticole a pour nom Shu-sheng, il est situé en périphérie de Taichung, la deuxième ville de Taïwan avec 2,8 millions d’habitants. Chien-hao Chen nous fait visiter ses cinq hectares de vignes. A l’exception des caractères chinois qui indiquent le nom du domaine, nous pourrions facilement nous imaginer passer un après-midi d’été dans la région de Perpignan.

 

Dans un français quasi parfait et teinté d’un accent taïwanais bien reconnaissable, celui qui cumule les métiers d’œnologue, de viticulteur et de sommelier – ce n’est pas courant – nous résume son parcours atypique. Il part en Suisse pour trouver sa voie et débute sa formation aux métiers de bouche en 1992 à l’école hôtelière Les Roches dans le Valais. C’est de là que date sa première gorgée de vin. Il en retient un épisode qui l’amuse encore : il avait suscité l’indignation d’un de ses professeurs en lui proposant naïvement de couper le vin avec du jus d’orange. Il travaille un an comme chef dans un restaurant asiatique à Lausanne. Puis part en 1996 étudier plus précisément le vin à Dijon et obtient un diplôme universitaire de technicien en œnologie. Il est le seul élève asiatique de sa classe. Et doit s’imposer, faire entendre sa voix parmi les enfants de viticulteurs.

 

Seul diplômé en viticulture

 

Chien-hao Chen peut alors retourner à Taïwan, prêt à travailler la vigne, dans un pays où tout est à faire. Nous sommes au milieu des années 2000. La production d’alcool en indépendant n’y est autorisée que depuis 2002. Auparavant, elle était un monopole d’Etat. Et c’est l’Etat qui invite M. Chen, seul diplômé en viticulture de Taïwan, à diriger la production des vignes du domaine Shu-sheng. D’un abord enjoué, le nouveau viticulteur précise dans un rire : « Après la libéralisation de la production d’alcool, j’étais le seul Taïwanais à avoir étudié l’œnologie et la viticulture en France ! »

 

M. Chen ne possède pas les vignes du domaine Shu-sheng, elles appartiennent à la famille Hung depuis quatre générations. Elles datent de l’époque de la colonisation japonaise, entre 1895 et 1945. « Ce sont les Japonais qui ont, les premiers, choisi la région de Taichung, explique le vigneron. Ils n’ont pas choisi au hasard : ces vignes disposent du meilleur sol, dans une région où les nuits sont les plus fraîches. Mais durant la période du monopole d’Etat, le vin qu’on y produisait était très banal, il y avait peu de recherche œnologique. Et quand les Chinois ont repris l’île, après la Seconde Guerre mondiale, ils ont continué ce système. » La propriété, en réalité, ne faisait pas son propre vin : la récolte était destinée aux entreprises étatiques qui le fabriquaient – un peu comme le système de coopérative en France.

 

Dès son arrivée en 2005, Chien-hao Chen a pour ambition de faire un grand vin. Il lui a donc fallu composer avec le climat, qui a de quoi refroidir les ardeurs. Le principal frein au développement de la production viticole à Taïwan qui, selon une importatrice de vin, se résume à celle de M. Chen, d’un autre vigneron et surtout aux bouteilles sorties des usines nationales.

 

M. Chen a d’abord dû surmonter la chaleur. Il nous montre une souche de cépage riesling, qui pousse très mal. « Le pied souffre, il fait trop chaud. » Il a dû s’adapter aussi aux quatre mètres de précipitations annuelles, ce qui est beaucoup. Mais ce passionné adore expérimenter, tâtonner, trouver. Afin d’aérer au mieux les sols et d’éviter le pourrissement du fruit, les vignes sont alors conduites sur pergola, en hauteur. « Le cycle végétatif de la vigne est de six mois, comme en France, à la différence que nous avons les premiers bourgeons en janvier et les vendanges en juillet. »

 

Mais juillet est lourd en menaces. Qui viennent du ciel. L’été est la saison des typhons à Taïwan et il faut parfois procéder aux récoltes dans l’urgence, trop tôt même, pour éviter une tempête annoncée qui viendrait balayer un long travail. « Il nous arrive de récolter des raisins pas assez mûrs mais l’acidité reste, cela donnera un vin très frais », soutient Chien-hao Chen.

 

Vignes à la sauce madère

 

Le vigneron concède néanmoins qu’avec un climat compliqué à dompter, « les débuts ont été difficiles ». C’est pourquoi il est parti chercher l’inspiration et des réponses dans des régions subtropicales similaires à Taïwan. « J’ai commencé par regarder le plan mondial de la viticulture et j’ai remarqué qu’on faisait du vin à Tahiti, se rappelle-t-il. Un viticulteur, sans doute un peu fou comme moi, y cultivait du grenache et de la syrah. Je n’ai alors pas hésité à débourser 400 dollars pour me faire importer une de ses bouteilles. Mais le vin n’était pas bon. »

 

C’est finalement en 2007, lors d’un voyage à Madère, qu’il trouve la clé pour cultiver sa vigne dans son île natale. M. Chen profite alors de ses multiples casquettes. Il est professeur en sommellerie à l’Institut supérieur d’innovation et culture culinaire de Kaohsiung, troisième ville de Taïwan, et se rend régulièrement à l’université polytechnique de Hongkong pour enseigner la viticulture. M. Chen est aussi journaliste pour des revues gastronomiques taïwanaises, et c’est à ce titre qu’il part en reportage dans l’ensemble des domaines de l’archipel portugais et en profite pour poser toutes les questions techniques. Il revient de Madère convaincu. « Dès 2008, je disais à tout le monde que nous allions gagner des prix avec notre vin ! », se souvient-il.

 

Lors de la visite de son chai, on remarque que les fûts sont importés de Bourgogne, un clin d’œil à sa formation. Le vin doux naturel y mature selon des méthodes similaires aux vins du Sud-Ouest, tel le muscat de Frontignan. Soit autour de huit ans. Sauf que pour ces bouteilles made in Taïwan l’étape du vieillissement doit affronter une autre difficulté climatique : le volume d’alcool qui s’évapore s’élève à 10 %, contre 1 % à 2 % pour des vins français.

 

Dans la cour des grands

 

Mais le travail et l’acharnement paient. En 2014, le Vino Formosa blanc reçoit une médaille d’or au prestigieux concours des Vinalies internationales. En 2019, c’est au tour du rouge d’être primé. M. Chen constate avec fierté qu’il peut jouer dans la cour des grands. Nous lui demandons de décrire son rouge liquoreux : « Il y a une très bonne concentration au nez. Au goût, on retrouve tous les fruits exotiques, des fruits rouges, un peu de fruits confits, du chocolat, du caramel… C’est très complexe, avec une bonne fraîcheur et de l’acidité. »

 

La réputation des vins de M. Chen a passé les frontières, au point qu’ils se retrouvent à la carte du restaurant multi-étoilé des chefs Michel et Sébastien Bras, à Laguiole dans l’Aubrac. Mais les 6 000 bouteilles produites chaque année par le domaine Shu-sheng sont insuffisantes pour répondre à une demande qui désormais fuse. Aussi, à l’exception de quelques restaurants implantés en Asie, les acheteurs sont essentiellement des particuliers à Taïwan. « Nous n’avons pas assez de bouteilles pour les vendre à l’étranger ! », regrette M. Chen.

 

Comme la consommation de vin est en essor dans le pays, les Taïwanais achètent quasi exclusivement des bouteilles importées, françaises avant tout. Les amateurs locaux les plus mordus, qui ne désespèrent pas de partager le travail de M. Chen, doivent s’inscrire sur une longue liste d’attente et patienter jusqu’à trois ans pour recevoir un flacon de Vino Formosa.

 

Alice HéraitTaichung (Taïwan), envoyée spéciale

 

 
Leïla Slimani : « Le vin a fait longtemps partie de la culture musulmane » ICI

 

L’écrivaine à succès, prix Goncourt 2016, cultive un véritable amour du vin, héritage de ses origines alsaciennes et marocaines. Elle parle de la place de la culture de la vigne dans son pays natal, pas exempte de paradoxes.

Propos recueillis par 

Publié le 27 février 2021 

A 39 ans, Leïla Slimani est une romancière prolifique. Après Le Pays des autres (Gallimard), paru en 2020, elle vient de publier son neuvième livre, Le Parfum des fleurs la nuit (Stock, 128 pages, 18 euros). Née à Rabat, au Maroc en 1981, installée en France en 2000, d’abord journaliste, elle publie en 2014 un premier roman remarqué, Dans le jardin de l’ogre (Gallimard) autour de l’addiction sexuelle. Elle connaît un succès mondial dès son deuxième livre, Chanson douce (Gallimard), en 2016, pour lequel elle obtient le prix Goncourt et qui, depuis, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires.

 

Une telle renommée attire l’attention d’Emmanuel Macron, qui lui propose, l’année suivante, de devenir ministre de la culture. Elle refuse, préférant, dit-elle, garder sa liberté. Mais elle accepte de devenir la « représentante personnelle » du président de la République pour les questions de francophonie, siégeant depuis à l’Organisation internationale de la francophonie.

 

A la fois marocaine et française, Leïla Slimani envisage la culture du vin comme un patrimoine partagé qui, non sans lien avec son parcours personnel, doit se jouer des frontières. Elle garde une tendresse pour le vignoble du Maroc, un pays où une bonne partie de sa famille est installée. Elle sait pourtant qu’il n’est pas simple, notamment pour une femme, d’évoquer et de défendre une culture viticole dans le monde arabo-musulman.

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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 06:00

 

La viande, rouge, blanche, rosée, est sur la sellette des Verts.

 

Dans le même temps, le Salon de l’agriculture, créé en 1964, sous l'impulsion d'Edgar Pisani, ministre de l'Agriculture dans les gouvernements de Michel Debré (1961-62) et Georges Pompidou (1962-1966) ses vaches, ses cochons, ses couvées et autres animaux à poils et à plumes… qui font l’émerveillement des enfants des villes, n’ouvrira pas les portes de sa 58e édition.

 

 

L’expression galvaudée : la plus grande ferme de France, n’est qu’une image d’Épinal loin de la réalité, une vitrine où l’on expose la face bucolique du terroir, un foirail post-moderne pour urbains désenchantés, le dernier salon où les politiques se pavanent  pour soigner leur image de présidentiables.

 

Paradoxe : ces animaux domestiqués offerts aux regards émerveillés de nos bambins ne sont élevés que pour être tués, découpés, transformés, pour être mangés.

 

Les mêmes, lorsqu’ils sont gamers  vont s’exclamer :  

 

« C’est une tuerie ! »

 

Au fait, d’où vient-elle cette tuerie-là ?

 

« Rappelez-vous : autrefois, on disait «c’est trop fort», puis on en vint à s’exclamer «’tain ça déchire», avant de gueuler «ça tue !»

 

De là vient l’expression «un truc de la mort qui tue», qui exprime joyeusement que… c’est vraiment épatant. La tuerie désigne le massacre que l’on commet sur les avatars numériques et celui qui explose le cholestérol ; mais aussi le plaisir que l’on prend à (se) faire du mal. Le mal qui fait du bien, en somme. »

 

Ainsi s’exprimait Didier Pourquery dans une chronique de Libé écrite le 20 DÉCEMBRE 2008, soit une éternité

ICI 

 

 

7 juin 2015

« Cette soirée au Lapin Blanc, ce ragù de Jancou, ce rosé des Riceys d’Olivier Horiot : « Une vrai tuerie ! » ICI 

 

Pour ne rien vous cacher je ne l’aime pas cette expression car elle évoque pour une image d’enfance : celle des tueries particulières de mon enfance évoqué dans cette chronique du 12 novembre 2013 « Je me souviens des « tueries particulières » celle de la Mothe-Achard tout particulièrement. » ICI 

 

 

 « Le terme de « tuerie » ou « tuerie particulière » fut d’abord utilisé pour désigner le lieu où chaque boucher abattait ses propres animaux : dans la cour ou la remise attenante à sa boucherie, parfois même directement sur le trottoir, devant la boutique. Le mot abattoir est apparu dans le langage professionnel et administratif lorsque des locaux spécialisés ont été imposés dans les grandes villes, et d'abord à Paris, pour y mettre à mort les animaux de boucherie. »

 

Les chasseurs-cueilleurs sont apparues pendant le Paléolithique ; l'Homme était un chasseur-cueilleur en Europe jusqu'à il y a 7.500 ans environ, au Néolithique, période au cours de laquelle l'agriculture s'est développée. Pendant 2.000 ans environ, chasseurs-cueilleurs et agriculteurs ont cohabité en Europe, puis les premiers ont disparu.

 

Quand l'homme en a-t-il eu assez de courir après sa nourriture ?

 

Pendant des millions d'années, les hommes s'en sont remis à la providence et à la générosité de la nature. Partout où ils le peuvent, ils collectent des dizaines de variétés de plantes comestibles et chassent les animaux sauvages qui les entourent. Puis, lors des beaux jours, après la dernière glaciation, il y a plus de 11.000 ans de cela, ils décident de construire des villages plus solides. Ils utilisent le mortier, la boue séchée et les roches pour bâtir leurs maisons. Ils se sédentarisent. Alors commence la lente révolution néolithique, fondement de notre civilisation.

 

Les plus anciens témoignages archéologiques de la première grande révolution de l'humanité se situent sur les contreforts des Monts Taurus en Anatolie, au sud de la Turquie actuelle.

 

Après le dernier pic glaciaire, très vif, les régions du Proche et du Moyen-Orient bénéficient d'un climat tempéré chaud et humide. Tout autour du désert de Syrie s'étend une région qui forme un arc qui va de l'Egypte au sud, remonte vers la Turquie, le long des rives orientales de la Méditerranée, puis continue vers l'est et le sud jusqu'à la plaine de Mésopotamie traversée par le Tigre et l'Euphrate. C'est le fabuleux Croissant fertile.

 

[…]

 

Les premiers animaux domestiqués

 

Quelques millénaires plus tard, les habitants de ce même site continuent de chasser les gazelles de Perse. Mais cette fois, l'ordinaire s'installe pour la consommation des plantes. L'alimentation végétale est dominée par deux sortes de blé et d'orge, du seigle, des lentilles et des pois chiches. Les femmes et les hommes continuent de moudre. Puis, vers 7.500 av. J.C., deux nouveaux venus sont invités à l'économie de substance : le mouton et la chèvre. Ce sont les premiers animaux domestiqués.

 

En fait, le premier animal domestiqué est le loup. Le plus ancien témoignage provient de la tombe d'une vieille femme, trouvée à Aïn Mallaha, en Israël, et datée de 10.000 av. J.C. C'est le squelette d'un louveteau ou d'un chiot âgé de 3 à 5 mois, enseveli avec sa compagne. Pour les archéologues, il est difficile de préciser le passage d'un animal sauvage à un animal domestique. En ces périodes entre chien et loup, on peut affirmer qu'un animal est domestiqué lorsque, par exemple, les jeunes sont tués pour leur viande ainsi que les mâles vers l'âge de deux ans, alors que les femelles ne sont mangées qu'à un âge avancé. C'est le cas aussi lorsque des modifications importantes affectent la morphologie, comme la transformation des cornes en forme de cimeterre des chèvres sauvages en cornes torsadées des chèvres domestiquées.

La suite ICI 

 

Ces animaux domestiqués furent en ces temps-là sacrifiés sous les châtaigniers par ceux mêmes qui les avaient élevés… ou dans des petites tueries particulières par les bouchers.

 

Et puis, ceux des villes venus de la campagne voulurent aussi manger des viandes mortes, alors sur les foires et les marchands les animaux furent achetés aux éleveurs pour être transportés sur pieds jusque dans les villes aux portes desquelles ils furent sacrifiés.

 

Sacrifiés dans des abattoirs, ceux de La Villette à Paris, ceux de Chicago aux États-Unis

 

Et puis, la chaîne du froid aidant, les abattoirs ont migré au plus près des animaux, eux-mêmes concentrés dans des élevages hors-sol, premier maillon de la chaîne industrielle. Ces abattoirs, eux aussi ce sont concentrés entre les mains de groupes industriels.

 

Et puis, face au gigantisme, ces usines à tuer, en dépit de ce dit la loi sur l’abattage des animaux,  la France des 265 abattoirs de boucherie (bovins, ovins, caprins, porcins, équins) et 699 abattoirs de volailles et lagomorphes (lapins lièvres…). Tous sont soumis à la loi et doivent respecter des règles spécifiques. ICI, certains éleveurs veulent en revenir à l’abattage à la ferme.

 

Siegrief Giedon dans son livre La Mécanisation au pouvoir, Mechanization takes command, ICI  1948, écrit :

 

« Les grandes plaines à l’ouest du Mississippi, où un homme à cheval domine d’immenses étendues d’herbage et où les troupeaux grandissent presque tout seuls, appellent implicitement l’abattage à la chaîne. Au contraire avec la petite ferme, où chaque vache porte un nom et reçoit des soins individuels au moment du vêlage, des méthodes artisanales s’imposent. »

 

Objection votre honneur, rêve de bobo, tout ça c’est pour nourrir au meilleur prix le grand nombre !

 

En êtes-vous aussi sûr, cette viande, surtout la rouge, n’est-elle pas le sous-produit de vaches laitière réformées puis moulinées pour faire des steaks hachés ? Et tous ces plats cuisinés avec des bouts de poulet venus d’ailleurs ! Ne parlons surtout pas de nos pauvres cochons…

 

Tout ça pour vous dire que :

 

  • Je mange de la viande, des viandes… et que je souhaite que les animaux sacrifiés le soient au plus près de ceux qui les ont élevé. Au Bourg-Pailler, c’est la mémé Marie qui tuaient les poulets, les lapins, on tuait une fois l’an le cochon, nous mangions peu de viande rouge, même si ma chère mère, pour que je pousse me cuisinait du foie de veau et des steaks de poulain.

 

  • Dans ma carrière j’ai visité des abattoirs de porc : Fleury&Michon à Pouzauges, ma thèse de doctorat  de droit sur le cochon ; j’ai visité des abattoirs de bovins : la SOCOPA, de volailles : Doux, Tilly, Bourgoin… donc je sais.

 

 

À l’abattoir, le récit de Stéphane Geffroy, qui travaillait depuis 25 ans à l’abattoir de Liffré, petit bourg de 4 000 habitants près de Rennes. Son établissement de 200 personnes faisait partie d’un groupe industriel qui possède également une unité de 1 000 personnes à Vitré et une autre, de 400 employés, à Trémorel. Geffroy ne précisait pas dans son livre l’identité de ce groupe. Il s’agit de SVA Jean Rozé du groupe Intermarché (Liffré. L’ancien abattoir SVA bientôt démoli ICI 

 

Sur un ton et simple et direct, ouvert et presque naïf, le narrateur révèle la monstruosité d’une vie passée dans un univers éloigné de l’image d’Épinal qu’on peut avoir de la Bretagne. Stéphane Geffroy est affecté à la tuerie, l’un des trois grands ateliers dans un abattoir (avec la triperie et le désossage), où « la bête entre vivante d’un côté, et elle en ressort sous forme de deux demi-carcasses prêtes à être découpées de l’autre ».

 

La tuerie est sans doute le plus difficile des ateliers, à cause du bruit, de la cadence rapide du travail et des températures extrêmes en hiver et l’été. Pour ne pas parler des odeurs, celles des peaux fraîchement arrachées, et celles des graisses qu’on coupe. Et enfin, le sang qui gicle tout au long de la chaîne, qui continue à éclabousser malgré la tentative d’en recueillir autant que possible au début du processus.

 

Les ouvriers rentrent dans un « corps-à-corps avec la bête dépecée », utilisant des couteaux pour la majeure partie du travail, employant de temps à autre des scies électriques ou des pinces pneumatiques. Stéphane Geffroy décrit un « travail de combattant », auquel il applique tout son corps pendant deux ou trois heures d’affilée, les poignets, les bras, le dos, les épaules et les genoux, restant toujours debout.

 

À la tuerie, comme à la triperie ou au désossage, il n’y a aucune ouverture sur l’extérieur. De plus, Geffroy et ses collègues opèrent dans un espace très réduit, la chaîne nécessitant un rapprochement des opérations. À chaque poste, on a une minute quinze pour effectuer le boulot, après quoi une sonnette indique que la chaîne va avancer. Geffroy compare ces conditions à un vieux film « du genre Charlot ». En effet, on y trouve quelque chose d’anachronique, comme si l’abattoir de Liffré sortait directement du XIXe siècle, du Chicago décrit par Jacques Damade.

 

Et pourtant…

LES ABATTOIRS AU CINÉMA : LA MORT ET LA DÉLICATESSE ICI

 

09.12.15 – par Camille Brunel

 

Dans ma tête un rond-point, de Hassen Ferhani (2015) – 100’

La Parka, de Gabriel Serra Arguello (2013) – 29’

Le Sang des Bêtes, de Georges Franju (1949) – 21’

White God, de Kornel Mundruczo (2014) – 119’

Hellboy 2, de Guillermo del Toro (2008) – 120’

Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper (1974) – 84’

 

Au Festival de Turin, qui s’est achevé le 28 novembre dernier, le grand prix du documentaire fut remis à Dans ma tête un rond point, d’Hassen Ferhani – déjà lauréat du grand prix de la compétition française du dernier FID de Marseille. Cette co-production franco-algérienne dresse le portrait d’un groupe de jeunes employés dans un abattoir d’Alger. Ainsi le jury turinois choisit-il de le récompenser « pour la précision, la méticulosité et la pertinence de ses choix, qui transforment un lieu de dur labeur et de mort en une série de tableaux vivants pleins de délicatesse, d’ironie et de chaleur humaine. » Transformer la mort en délicatesse : sacrée prouesse, en effet. Du point de vue de l’animal, qui nous intéresse, la chose n’a cependant rien que de très habituel, voire d’un peu lassant.

 

La transformation de la violence des abattoirs en douceur commerciale est au fondement de la publicité qui, depuis des années, vend saucissons, entrefilets et boulettes comme autant de mignardises. Au cinéma en revanche, l’abattoir est le lieu où la vue se brouille. Qu’est-ce qu’on regarde au juste ? Souvent les images y sont les plus obscènes possibles – agonies, entrailles, flaques de sang. Y apporter la caméra n’offre dès lors que deux alternatives : se prêter à un exercice d’hyper-révélation, montrant ce que l’œil ne veut pas voir, ou d’hyper-mystification, métamorphosant le massacre à la chaîne en « chaleur humaine ».

 

 

Culture
Un livre peut-il changer le monde? ICI

Upton Sinclair a modifié une partie du fonctionnement de la société grâce à un seul roman. C’est exceptionnel. Pourtant, il en gardera un regret éternel.

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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 08:00

 

Depuis la disparition des vespasiennes, des dames-pipi, l’érection des sanisettes ne suffit à étancher nos vessies. Faire pipi à Paris c'est la galère.

 

 

À ce propos dès le 21 mai 2007 j’écrivais une Lettre au maire de mon village (en ce temps-là Bertrand Delanoë)

 

 

Monsieur le Maire de Paris,

 

Mes amis du Gers ont coutume de dire de leur colombard sec et nerveux : « sitôt bu, sitôt   pissé...» Chez nous, dans notre charmant village, nous n'avons pas les mêmes aises qu'à Condom, car ici nul bout de champs, ni chaintre, ou autre lieu de plein air où l'on peut en toute tranquillité, sans nuire à l'environnement, soulager sa vessie en toute sérénité. Même nos compagnes, à la campagne, à l'abri d'un fourré, peuvent elles aussi prendre cette liberté.

 

Dois-je, avant de me soulager, m'envoyer un caoua dans un bar pour pouvoir accéder à la résolution de ce besoin pressant ?

 

Cercle infernal, car le petit noir ainsi ingurgité me poussera quelques kilomètres plus avant dans un autre établissement.

 

 Alors que faire ?

 

La suite ICI 

 

 

 

Cécile Briand, auteure, artiste, maman et bien plus encore, s’est penchée sur la question en nous dotant d’un «Où faire pipi à Paris?» de Cécile Briand. Éditions Le Tripode. 200 pages. 9€.

 

Dans ce guide aussi pratique que poétique, vous trouverez les petits coins de 38 bibliothèques, 38 espaces verts, 24 centre d'animation, 22 sanisettes, 20 mairies, 19 lieux d'exposition, 13 centres hospitaliers, 12 inclassables, 11 lieux culturels polyvalents, 9 centres culturels étrangers, 8 lieux de commerce, 8 centres médicaux, 7 cimetières, etc. En tout, 250 toilettes sélectionnées avec soin pour leur environnement agréable et leur accès gratuit. L'auteure a pris soin d'indiquer précisément leurs emplacements, «parce qu'il est parfois délicat de pénétrer dans un lieu inconnu juste pour aller aux WC, même si c'est en osant qu'on fait de belles découvertes.»

 

ICI 

 

Bref, madame Hidalgo, plutôt que de nous doter d’autre-chose que de ridicules pissoires laides et malodorantes, préféra en 2018 nous gratifier d’un clip sur les fameux réseaux sociaux. C’était voir la question par le petit bout de la cuvette, comme si on pouvait pisser dans un clip. Elle reçut, à juste raison, une volée de bois vert.

 

 

Paris : les «urinoirs de la honte» ont été retirés ICI

 

Après quelques mois seulement, la Ville a décidé de déposer les urinoirs écolos du boulevard de la Chapelle (Xe et XVIIIe). Un flop total… à 40000 euros.

Yves Michaud : "Paris est un monstrueux dépotoir de mobilier urbain en tout genre"

Entretien

Propos recueillis par 

Publié le 

Le philosophe Yves Michaud, auteur récemment de « Ceci n'est pas une tulipe », revient avec nous sur l'aménagement parisien, à travers le flop des urinoirs écolos du boulevard de la Chapelle (Xe et XVIIIe).

Durant l'été 2020, la ville de Paris pose deux urinoirs pour hommes écolos, ainsi qu'une cabine pour femmes et personnes handicapées, sur le boulevard de la Chapelle (Xe et XVIIIe), entre les stations de métro Barbès et Stalingrad. Vendus par la société Ecosec, ils sont censés recycler l'urine et la transformer en engrais. Quelques mois plus tard, la municipalité doit se rendre à l'évidence : ce mobilier, très décrié pour sa laideur, est plus souvent dégradé qu'utilisé. Pour Marianne, le philosophe Yves Michaud, auteur de "Ceci n'est pas une tulipe" (Fayard, 2020) revient sur cet échec qu'il impute à une politique de pure communication pratiquée par l'équipe d'Anne Hidalgo.

 

Marianne : La ville de Paris a déposé des urinoirs écolos sur le boulevard de la Chapelle, pour un coût de 40 000 euros. Qu'en pensez-vous ?

 

Yves Michaud : Je pense d'abord que pour notre maire, la protection de la nature n'a pas de prix. À en juger par la belle apparence de ces pissotières, je pense aussi qu'elle n'a aucun goût. Je pense surtout qu'elle et ses suppôts s'en foutent pourvu qu'ils puissent faire des annonces. Paris est depuis les mandats de Delanoë et Hidalgo un monstrueux dépotoir de mobilier urbain en tout genre. C'est à ce qui sera le plus moche. Apparemment, ça ne gêne personne pourvu que ce soit politiquement et écologiquement correct. On empile, on ajoute, on annonce et on inaugure. Peu importe si personne ne peut faire ses besoins dans ces trucs désignés par des imbéciles ou des escrocs (les deux sont compatibles).


L'opération a été un flop. Pourquoi selon vous ?

 

D'abord l'objet est quasiment inidentifiable. Ensuite il est moche, repoussant et incroyablement marqué par la promiscuité. Hormis pour quelques visiteurs nostalgiques des vespasiennes glauques, c'est dissuasif. Les concepteurs et commanditaires de ces bidules n'ont pensé qu'à eux : à leur parti, à leur idéologie, à leur pouvoir et à leur communication. Les vespasiennes Decaux apparaissent en comparaison des œuvres d'art. Je parie que ni Madame Anne Hidalgo ni son coach de luxe Christophe Girard ne se sont risqués à essayer un prototype de ces pissotières. En principe, le designer pense d'abord à l'usager et commence par proposer un prototype… En fait, pour ces pissotières comme pour les trous du cul-Tulipes de Jeff Koons, la mairie s'est souciée d'elle-même. Le citoyen ? Qu'il aille pisser dans les bistrots – qui sont hélas tous fermés.

L'urinoir (Fontaine) en porcelaine de Marcel Duchamp est très célèbre. Les urinoirs sont-ils le symbole de l'art contemporain ?

Au moins on pouvait pisser dans l'urinoir de Duchamp, qui n'est pas tellement différent de ceux qu'on trouve partout dans les toilettes des aéroports et autres lieux publics non municipaux. Disons que les Fontaines de madame Hidalgo (Fontaine était le titre de l'urinoir de Duchamp) sont une synthèse admirable du Duchampisme et du José-Bovéisme : l'urinoir pensé comme toilette sèche au fond du jardin en plein lieu de deal et de vente de crack. Il fallait le faire. Ils l'ont fait. J'attends qu'ils remplacent ce readymade (un objet qu'un artiste s'approprie en le privant de sa fonction utilitaire) par un autre aussi inspiré, par exemple des chiottes de collège américain sans porte. Après l'urination en économie circulaire, on pourrait promouvoir la défécation dans la transparence.

À LIRE AUSSI : Ceci est-il une oeuvre ?

 

 

«J’ai fait la queue 40 minutes» : trouver des toilettes, l’autre galère du confinement

 

La crise du Covid-19 et avec elle la fermeture des cafés et restaurants a révélé un problème de santé publique : l’accès aux toilettes dans l’espace public.

Par Aurélie Sipos

Le 2 février 2021 

 

 

On les dit sales, mal entretenues, repoussantes. Depuis plusieurs mois, les sanitaires publics sont pourtant souvent devenus le dernier refuge des vessies pressées. Avec l'épidémie de Covid-19 et la fermeture des cafés et des restaurants, aller aux toilettes en ville peut s'avérer compliqué voire impossible. Si le sujet peut faire sourire, il s'avère parfois dramatique pour des personnes atteintes de certaines pathologies. Il révèle également de criantes inégalités.

 

À Strasbourg, le 20 janvier dernier, en pleines courses des soldes, Solène est surprise par une envie pressante. « Je me suis rendue compte que tout était fermé. Je ne m'étais jamais posée la question, donc j'ai demandé à quelqu'un ou il y avait des toilettes publiques », raconte-t-elle. Devant l'une cinq sanisettes que compte le centre-ville, elle voit alors « une file complètement dingue ». Et doit prendre son mal en patience : « J'ai fait la queue pendant 40 minutes », témoigne Solène.

 

« Je pense qu'il y a des moyens de faire différemment. En plus on a une nouvelle mairie écolo on pourrait peut-être avoir des toilettes sèches en ville », s'interroge-t-elle. En attendant d'éventuels aménagements, la jeune femme se résoudra à prendre ses précautions. « Ce n'est pas évident car ce n'est pas contrôlable, il suffit d'avoir pris un café juste avant de sortir… Mais je vais y penser avant de sortir ».

 

Malades, livreurs, ou encore chauffeurs particulièrement touchés

 

Depuis des années, Sylvie Brasseur, elle, anticipe chaque déplacement. Atteinte de la maladie de Crohn, son sphincter ne fonctionne plus. Elle ne sort donc jamais sans sa carte « Urgence toilettes », fournie par l'association Afa Crohn RCH France. Sauf que le 13 janvier dernier, cette dernière n'a pas suffi. « J'étais dans une grande surface à Vesoul (Haute-Saône), à la caisse, en train de payer mes articles. J'allais partir avec mon caddie et je me suis dit que quelque chose n'allait pas. J'ai sorti ma carte et demandé à la caissière pour aller aux sanitaires mais elle a refusé ».

 

Impossible pour la retraitée de se retenir. « Je suis arrivée en pleurs chez moi, je suis montée et je me suis mise tout habillée dans la baignoire », confie Sylvie. Une fois lavée, il ne lui reste alors plus qu'une terrible sensation d'humiliation. « On se sent déprimé, on se sent sali, en colère contre la maladie », souffle-t-elle.

 

Si le manque de toilettes n'est pas arrivé avec le Covid-19, il s'est aggravé, selon l'association Afa qui a lancé une pétition pour améliorer l'accès aux sanitaires. « C'est une problématique rencontrée par les malades de Crohn, une maladie avec des symptômes digestifs, et qui provoque des envies immédiates et urgentes », souligne Ève Saumier, responsable dans l'association.

 

« L'offre sanitaire est encore largement masculine »

 

Mais pas uniquement. « Pour nombre de professions, ces cafés qui ont fermé c'était aussi leurs toilettes comme pour les taxis, autocaristes, livreurs… », abonde Julien Damon, sociologue.

 

 

Les personnes âgées, qui peuvent difficilement se contenir sont aussi lésées. Tout comme les sans-abri, obligés de se soulager dans la rue lorsque les sanisettes sont fermées. Si certains hommes peuvent uriner dehors en dernier recours, pour les femmes la situation est beaucoup plus compliquée. « L'offre sanitaire est encore largement masculine. L'accès aux toilettes, au moins quelques jours dans le mois pour les dames est pourtant essentiel », rappelle Julien Damon. Tout comme pour les femmes enceintes.

 

À Reims (Marne), faute de trouver des sanisettes, c'est une bibliothèque qui a sauvé la journée de Clémence*. « J'avais des achats à faire avant le couvre-feu dans la grande ville la plus proche, à 40 minutes de route. J'ai un problème médical qui fait que je dois boire beaucoup et me déshydrate facilement et des règles abondantes, donc impossible de tenir la journée sans sanitaire », témoigne la jeune femme. « Si je n'avais pas eu la possibilité d'aller à la bibliothèque je serais rentrée chez moi sans avoir pu faire ce que j'avais prévu ».

 

Pour éviter d'en arriver là, il faut développer le réseau de toilettes en France, martèle Julien Damon. « C'est un sujet primaire, fondamental. Mais en France on le voit comme du pipi caca. Mais la réalité est là, il manque dans les espaces publics des offres sanitaires basiques », affirme le spécialiste.

 

Mobilisation internationale

 

Le problème n'est pas propre à la France. En Belgique, un conseiller communal d'Ixelles, un quartier chic de Bruxelles, en a fait sa marotte. « J'étais conscient depuis longtemps de l'absence de toilettes publiques. Par rapport à Paris il y en a très peu, et il y a surtout beaucoup d'urinoirs », pointe Geoffroy Kensier.

 

« Pendant le confinement il y a eu une réelle prise de conscience : comment on fait lorsqu'on est une femme, lorsqu'on a des enfants ? », s'interroge-t-il. Dans sa commune d'Ixelles, 87 000 habitants, il n'existe tout simplement pas de toilettes publiques. « Il faut attirer les autorités publiques sur cette question et mettre en place une stratégie pour établir des toilettes », lance-t-il.

 

De l'autre côté de l'Atlantique, à Montréal au Québec, Julie Houle a lancé une pétition à ce sujet. « J'ai entendu à la radio des camionneurs, des chauffeurs de taxi, des gens qui livrent, qui se plaignaient de ne pas avoir de toilettes. Je n'avais pas d'autre choix que d'en parler, affirme la jeune femme de 28 ans. On doit avoir accès aux toilettes avec dignité, on ne devrait pas avoir à supplier un employé pour qu'il nous ouvre. Cela devrait faire partie du vivre ensemble : plus de toilettes, c'est moins de stress ». Et moins de stress, en ce moment, c'est un besoin sans doute aussi universel que celui d'aller aux toilettes.

 

*Le prénom a été modifié

 

 

Charles Marville- Les vespasiennes à Paris fin XIXéme ICI

 

Insolite : Les urinoirs publics du Paris vintageFaites un saut en 1860 et découvrez les urinoirs publics de l'époqueCharles Marville- Les vespasiennes à Paris fin XIXéme | PARIS à NU

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 08:00

 

 

Le petit Bernard a toujours rêvé de se faire Hermès, une marque de vrai luxe, à 100 lieux des sacs Louis Vuitton.

 

Quand LVMH a tenté de prendre le contrôle d'Hermès via le Panama ICI

 

 

Pendant près de dix ans, Bernard Arnault a organisé la montée discrète de LVMH au capital du groupe Hermès, afin de s’emparer du maroquinier de prestige. En 2010, l’homme d’affaires surprend tout le monde quand le numéro 1 mondial du luxe annonce détenir 14,2% Hermès et être en mesure de monter à 17,1%, sans avoir informé Hermès ni les autorités boursières. Derrière ce tour de magie se cache des montages financiers complexes, passant par des paradis fiscaux, au Luxembourg, dans l’Etat américain du Delaware et au Panama.

 

Les coups fourrés sont dans l’ADN du petit Bernard :

 

16 septembre 2012

D’où viens-tu Bernard ou la résistible ascension d’un p’tit gars de Roubaix dénommé Arnault «Férinel, propriétaire à la mer» ICI 

 

https://focus.nouvelobs.com/2020/08/24/0/0/5303/3535/580/0/75/0/7672bac_817003429-GettyImages-607457698.jpg

 

Le Bernard est un prédateur qui, pour débusquer ses proies avant tout le monde, est un lecteur assidu de Vin&Cie l’espace de liberté. Ça date de la mission à Cognac du Taulier où, du côté d’Hennessy, son « homme de main », Christophe Navarre était à la manœuvre pour mettre au pas les seigneurs déchus du Cognac.

 

Donc le 20 février 2021 publication de :

 

 

Journal d’1 soumis au couvre-feu (67) Si j’offrais à Claire des Birkinstock-Hermès ce n’est qu’entre 34.000 à 76.000 $ selon le modèle. ICI 

 

Birkenstock a annoncé, vendredi 26 février, avoir vendu une majorité des parts de l’entreprise au fonds d’investissement franco-américain L Catterton, cofondé par le groupe LVMH, et à la holding familiale Financière Agache, société d’investissement privée de Bernard Arnault.

 

Il a un petit côté Lucky Luke le Bernard, il dégaine vite.

 

Bernard Arnault rachète les sandales Birkenstock ICI 

 

 

La célèbre sandale à la semelle de liège, jadis jugée ringarde, a séduit le PDG de LVMH, qui acquiert la majorité du capital de l’entreprise à travers sa holding familiale et un fonds d’investissement du groupe LVMH.

Par Cécile Boutelet

 

C’est une alliance susceptible de heurter certaines sensibilités esthétiques, mais qui témoigne du potentiel indéniable des coopérations franco-allemandes. Birkenstock, la plus allemande des sandales, a conquis le cœur de Bernard Arnault, le patron du groupe français LVMH, emblématique du luxe et de l’élégance. 

 

Pour Birkenstock, c’est la fin d’une ère. Depuis 1774, le fabricant des célèbres sandales est resté une entreprise strictement familiale, très attachée au « made in Germany ». 25 millions de paires de sandales et chaussures, quasi exclusivement fabriquées en Allemagne, ont été vendues par le groupe en 2019, pour un chiffre d’affaires de 720 millions d’euros et 130 millions d’euros de bénéfices. La société de taille modeste a réussi à vendre très cher son image de marque : selon les observateurs, la valorisation de la société pourrait atteindre 4 milliards d’euros. Le codirecteur de Birkenstock, Oliver Reichert, s’est empressé de préciser qu’aucune délocalisation de la production n’était prévue.

 

La suite ICI 

 

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 06:00

 

J’ai vécu toute ma jeunesse au Bourg-Pailler au milieu des animaux  de la petite ferme du pépé Louis, gardant ses normandes, allant les chercher au pré, les vêlant, y’avait aussi toute la basse-cour de la mémé Marie, ma chèvre grisette, c’étaient des animaux en liberté, élevés à l’ancienne, que nous respections.

 

Dans ma vie professionnelle j’ai visité de grands élevages dit hors-sol de volailles et de porcs, les animaux n’y étaient plus des animaux domestiques mais des « machines » entassées pour engraisser, pondre, vite fait bien fait sur le gaz, ce n’était plus de l’élevage mais de l’industrie au service des intégrateurs, ce n’était plus des éleveurs mais des façonniers indifférents.

 

Depuis quelque temps des associations, vidéos à l’appui, dénoncent les conditions de vie des animaux, la FNSEA les accuse d’intrusion, les défenseurs d’une agriculture et d’un élevage compétitifs ricanent, traitent ces cœurs sensibles de bobos vivant bien au chaud, loin des réalités économiques, de la concurrence et de la nécessaire indépendance alimentaire.

 

Désolé, tout comme le slogan de Bettane, aujourd’hui ravalé, les bio-cons, brocarder ceux des consommateurs qui exigent que le bien-être des animaux d’élevage soit une priorité est une idiotie, un contre-sens économique, en plus de l’éthique, ce respect des animaux, par ceux qui les élèvent, est de la valeur ajoutée. Les producteurs d’œufs l’ont compris en adoptant de plus en plus l’élevage en plein air.

 

Attention, il ne s’agit pas de mettre tous les éleveurs dans le même sac mais tout simplement de faire évoluer, changer des pratiques inadmissibles.

 

Pour ma part c’est une préoccupation  ancienne :

 

 

3 janvier 2008

Être Bête ICI  

 

Quelle est la différence entre l'homme et les animaux ? Philosophes, psychologues, sociologues, anthropologues, juristes se sont attelés sans relâche à cette question. Quel sens peuvent lui donner ceux qui vivent quotidiennement avec des vaches et des cochons dans des pratiques créatrices de liens ? Qu'en pensent des éleveurs ? On découvre, à les écouter, des réponses inattendues. Les animaux avec lesquels ils travaillent sont intelligents, sensibles ; ils savent ce qu'ils veulent et ils devinent ce qu'on attend d'eux. Nous disposons d'une primatologie pour les singes, d'une éthologie pour les dauphins, les ours, les loups, les éléphants, les oiseaux..., mais nous ignorons encore presque tout des vaches et des cochons. Il existe pourtant, du côté des éleveurs, une réserve impressionnante de savoir à leur propos, un savoir qui diffère de celui des scientifiques et qui s'enracine dans le "vivre ensemble".

 

La question de la différence entre l'homme et les animaux ?

 

Drôle de question !

 

COMMENT LE BIEN-ÊTRE ANIMAL EST DEVENU UN ENJEU ÉCONOMIQUE POUR L’AGROALIMENTAIRE ICI 

 

Face à la pression des consommateurs et des associations, les entreprises cherchent à améliorer les conditions d'élevage, de transport ou encore d'abattage des animaux. Plusieurs expérimentations sur la castration des porcs ou le pâturage des vaches, liant éleveurs, distributeurs et chercheurs ont été menées pour trouver un équilibre entre bien-être animal et viabilité économique. Une quête de longue haleine alors que les consommateurs, toujours plus sensibles à la maltraitance animale, ne sont pas prêts à payer plus.

 

« Conditions d’élevage déplorables », « tromperie du consommateur », « ramassage de dizaines de porcelets morts ». La nouvelle vidéo de L214 dans un élevage de porc a créé une onde de choc chez Herta. La marque fait désormais l’objet d’un boycott de la part des supermarchés britanniques Waitrose qui ont suspendu la vente de saucisses au porc Herta dans « l’attente d’une enquête ». De son côté la marque du groupe Nestlé a arrêté provisoirement l’approvisionnement en provenance de la ferme épinglée et rappelle « son engagement en faveur du bien-être animal ». Ce cas fait partie d’une longue liste d’interpellation des marques de la part d’associations ou de consommateurs.

 

« Chez Fleury Michon, une réclamation sur trois portait sur ce sujet », se souvient David Garbous, longtemps à la tête du marketing de la marque avant de lancer Transformation Positive, l’année dernière, une entreprise d’accompagnement centrée sur la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). « Il y a clairement une évolution et une prise de conscience sur la maltraitance animale », constate le spécialiste.

 

La filière œuf est souvent montrée en exemple.

 

Des expérimentations en cours

 

Désormais, ce sont plus de la moitié des poules pondeuses (53%) qui sont élevées en plein air. La filière a deux ans d’avance sur la première étape fixée par la loi qui devrait lui permettre d’atteindre l’objectif final de 100 % d’œufs hors cage en 2025. Mais les investissements ont été lourds, et parfois trop tardifs. En témoignent les mauvais résultats du groupe Mâtines, (qui appartient au groupe agricole Avril) numéro un des poules en cage qui accumule les pertes depuis six ans pour n’avoir pas su anticiper cette nouvelle tendance. « Pour les marques, c’est une opportunité à ne pas manquer mais cela a un coût », souligne David Garbous.

 

C’est justement ce sur quoi travaille le Laboratoire d’innovation territorial Ouest territoires d’élevage (LIT Ouest). L’association réunie notamment l’Institut national de recherche agronomique (INRAE), des éleveurs, des entreprises de la grande distribution, des ONG ou encore des startups…

 

« Le consommateur n’est pas prêt à payer dix fois plus cher sa tranche de jambon », avance Hervé Guyomard, directeur de recherche à l’INRAE. Le LIT Ouest permet justement de lancer des expérimentations en évaluant le coût et l’impact sur le bien-être des animaux. « On travaille sur la castration des porcs, l’amélioration des conditions de transports, les techniques d’étourdissement avant abattage ou encore le pâturage », explique le chercheur. « L’enjeu est de parvenir à définir des plans de progrès techniques tout en étant économiquement viable. C’est une épreuve de longue haleine », admet Hervé Guyomard.

 

La révolution du bien-être animal n’aura pas lieu

 

Il suffit de se promener dans les rayons des supermarchés pour constater les différences de prix. Les œufs bio de Poulehouse par exemple, cette marque qui n’envoie pas les poules pondeuses à l’abattoir à leurs 18 mois contrairement à toutes les autres, coûtent quasiment 6 euros la demi-douzaine. Entre les jambons bios, sans antibiotique, ou conventionnels, les prix peuvent varier du simple au double. Le risque est de ne permettre qu'à une faible partie de la population d'avoir accès à ces produits.

 

« Il y a de toutes façons une polarisation du marché qui s’est accentuée avec la crise du Covid-19 », remarque Matteo Neri, spécialiste de l’agroalimentaire au cabinet Xerfi. « Il y a ceux qui perdent du pouvoir d’achat et pour qui l’impératif est économique. Et ceux, plus marginaux, qui réclament d’avantage d’engagements de la part des marques », explique-t-il. Difficile pour les entreprises de répondre à ce paradoxe. Mais, dans ce rapport de force, malgré une forte croissance des marchés de niche comme le bio ou le végétarien, c’est le mass market qui cartonne le plus. « La révolution du bien-être animal n’aura pas lieu », prédit Matteo Neri. 

 

Marina Fabre, @fabre_marina

 

 

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