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16 mai 2022 1 16 /05 /mai /2022 06:00

photo  teresa berganza photographiée le 20 août 2013 à santander, en espagne.

© Alberto Aja / EPA/MAXPPP

J’ai un faible pour l’opéra.

1 mars 2007

Pépé aimait l'opéra ICI 

 

J’ai un faible pour les cantatrices.

24 février 2021

L’amour de Maria Callas : Aristote Onassis et les arias de la Callas La Traviata, Norma, Madame Butterfly, Lucia di Lammermoor… ICI 

 

J’ai un faible pour CARMEN de Bizet

 

Mes gamins de 6e au collège de Pouzauges je leur ai fait aimer la musique classique avec Carmen de Bizet.

 

Ce fut mon premier job alors que j’entamais ma seconde année de droit à Nantes.

Voulais avoir quelques sous, être indépendant et acheter la 2 CV du curé-doyen.

 

Celui-ci m’a aidé, nous sommes allés à la Roche-sur-Yon au siège de l’enseignement catholique tout puissant dans cette contrée dominée par les nobles et les curés.

 

 On m’a demandé de produire mon certificat de baptême, que j’avais, et mon passé brillant d’enfant de chœur m’a permis de décrocher un poste à mi-temps au CEG de Pouzauges.

 

Pouzauges la patrie de Fleury-Michon, mon début de carrière sera marqué par le cochon puisqu’ensuite il sera le sujet de mon doctorat de droit.

 

 1967.

J’avais 18 ans.

 

 

La paye 700 francs par mois, pour arrondir mon maigre pécule je faisais aussi des vacations à la cantine et sur la cour de récréation : le pion quoi.

 

 

Bouche-trou : histoire-géo, dessin et musique… en 6e.

La cantatrice espagnole Teresa Berganza, inoubliable « Carmen », est morte

 

Idéale dans Mozart et Rossini, la grande cantatrice s’est éteinte le 13 mai, à l’âge de 89 ans, dans sa ville natale de Madrid.

 

Par Marie-Aude Roux

 

Elle fut la « Carmen du siècle » de Karajan, l’interprète idéale de Mozart et Rossini : la grande mezzo-soprano espagnole Teresa Berganza s’est éteinte dans sa ville natale de Madrid le 13 mai, à l’âge de 89 ans. Aix-en-Provence l’avait découverte à l’été 1957, voix plus insolemment veloutée que le ciel nocturne, jeune femme de 24 ans qui allait devenir l’une des cantatrices préférées des mélomanes français.

 

Née dans la capitale espagnole le 16 mars 1933, la petite Teresa est tôt sensibilisée à la musique (solfège et piano) avant de poursuivre des études complètes au conservatoire. Une enfance merveilleuse, dans une famille dont le mot d’ordre est l’amour. Ses premiers souvenirs, la guerre finie, chevauchent les épaules paternelles, « pour mieux écouter la Banda municipale des dimanches » comme elle l’avait raconté au Monde en 2005. « On y jouait Mozart, Beethoven, Wagner. Chaque semaine, on allait aussi dans une des salles du Prado. Mon père nous expliquait l’histoire de l’art en mêlant le vrai et le fantastique. Il nous lisait Alexandre Dumas, Victor Hugo, Cervantès, les Russes… C’était un homme de gauche. Il avait fait un an de prison et maman s’était mise aux travaux de couture pour nous élever, mon frère, ma sœur et moi. Mais on était heureux. »

 

Dès l’âge de 8 ans, elle est initiée au chant par Lola Rodriguez Aragon (une élève de la cantatrice allemande Elisabeth Schumann), qui la forme au répertoire mozartien et rossinien. La jeune fille possède une voix exceptionnelle, dont l’amplitude couvre les tessitures de mezzo et de soprano. Elle possède le meilleur : la rondeur pleine de l’une, la virtuosité de l’autre, capable d’atteindre sans effort le contre-mi bémol. C’est en février 1957 que Teresa Berganza fait ses débuts, en concert, à Madrid puis au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris.

 

Coup de foudre à Aix-en-Provence

 

1957, une année faste qui verra la jeune cantatrice s’envoler vers l’Italie, enchaîner les rôles, tournant notamment pour la télévision une rossinienne Isabella dans L’Italienne à Alger (DVD paru chez Hardy Classic) avant de faire ses premières armes à Aix-en-Provence dans les habits de la sensuelle Dorabella du Cosi fan tutte de Mozart sous la direction d’Hans Rosbaud. Coup de foudre réciproque entre la cantatrice et le grand festival, qui en fera l’une de ses figures aux côtés de Teresa Stich-Randall, Luigi Alva, Rolando Panerai et Gabriel Bacquier. Sur la scène du Théâtre de l’Archevêché, la jeune femme écrit l’histoire mozartienne d’Aix – Cosi fan tutte (1957, 1961, 1965), Les Noces de Figaro (1960, 1962, 1964). Mais se fait aussi rossinienne dans Le Barbier de Séville (1958, 1965), monteverdienne dans L’Incoronazione di Poppea (1961, 1964), sans oublier Dido and Aeneas de Purcell (1960, 1961).

 

En 1958, Teresa Berganza débute à Milan (Piccola Scala) puis à Covent Garden, à Londres, dans le rôle travesti d’Isolier, page du pétulant Comte Ory de Rossini tandis que Mozart et son « Cherubino d’amore » (Les Noces de Figaro) la propulsent sur les scènes de Glyndebourne (1958), de la Staatsoper de Vienne (1959), avant, une décennie plus tard, le Metropolitan Opera de New York (1967) puis le Festival de Salzbourg (1972) et enfin l’Opéra de Paris (1973). Pendant deux décennies, ces quelques rôles, auxquels il convient d’ajouter l’Angelina de La Cenerentola de Rossini, abordé dès 1958 à Naples, vont constituer le cœur du répertoire « berganzien », sous la direction des chefs les plus en vue – de Karl Böhm à Claudio Abbado, en passant par Herbert von Karajan, Georg Solti, Carlo Maria Giulini – dans les mises en scène mythiques de Giorgio Strehler ou Jean-Pierre Ponnelle.

 

Loin des « habaneras » frelatées et des espagnolades de bazar, Teresa Berganza incarne une Carmen passionnée mais d’une grande noblesse

 

Il faudra cependant attendre 1977 pour que, à 44 ans, la grande mezzo accepte le rôle qu’on lui réclame depuis toujours et qu’elle n’a eu de cesse de refuser, ne le jugeant pas pour elle : Carmen. La première a lieu au Festival d’Edimbourg sous la direction d’Abbado. Des débuts aussitôt captés en studio par Deutsche Grammophon. Loin des « habaneras » frelatées et des espagnolades de bazar, Teresa Berganza incarne une cigarière passionnée mais d’une grande noblesse, pour mieux dessiner une femme indépendante, sûre d’elle et de ses désirs.

 

Commencent alors deux décennies de Carmen, notamment à Paris (Opéra-Comique en 1980, Bercy en 1989). La mezzo aborde certes Haendel – le chevalier Ruggiero dans Alcina à Aix (après l’avoir enregistré en 1962 pour Decca), le rôle-titre de Rinaldo –, incarne la romantique Charlotte du Werther de Massenet, confie au disque une vivifiante Périchole d’Offenbach (avec Michel Plasson, EMI/Warner Classics), meurt avec Suzuki dans Madame Butterfly de Puccini. Mais c’est la gitane qui fait chavirer le public. D’autant plus que le Don Giovanni de Mozart tourné en 1979 par Joseph Losey a métamorphosé la vive et brune Zerlina en vedette de cinéma.

 

En 1992, c’est encore dans Carmen que Teresa Berganza fera ses adieux au théâtre de la Maestranza à Séville. Après trente-cinq ans passés à courir le monde, la mezzo s’adonne plus volontiers au récital de mélodies, ambassadrice naturelle du répertoire espagnol (Falla, Granados, Turina) mais aussi de Schumann, Ravel et Moussorgski. Tout en se retirant peu à peu, elle continue à dispenser des classes de maître, participant à des émissions de radio ou des jurys de concours.

 

Une vie simple, presque retirée

 

La cantatrice avait été mariée deux fois. La première, avec le pianiste Felix Lavilla, qui l’accompagne notamment dans les Seis canciones castellanas de Guridi (Decca) et dont elle divorcera en 1979 après une tentative de suicide. Son second mariage se solde par un divorce en 1995. Elle vit alors dans sa maison face au monastère de San Lorenzo de L’Escurial. Une vie très simple, presque retirée. « J’aime la nature, le silence. Je ne savais pas que la solitude pouvait être une telle joie. Je vis pour la musique, pour ma famille, pour les amis », disait-elle encore en 2005.

 

Nous restera en mémoire un beau visage au regard noir, rieur et séducteur, une énergie communicative et un legs discographique important. Au tournant des années 1950-1960, Teresa Berganza avait enregistré Les Noces de Figaro avec Otto Klemperer, puis Daniel Barenboïm (EMI/Warner Classics), Cosi fan tutte avec Georg Solti, et La Clemenza di Tito avec Istvan Kertesz (Decca). Toujours pour Decca, de Rossini Le Barbier de Séville et L’Italienne à Alger avec Silvio Varviso, puis pour Deutsche Grammophon, à nouveau un Barbier ainsi que La Cenerentola, tous deux avec Claudio Abbado, deux gravures toujours au sommet de la discographie depuis leur sortie en 1972.

 

« A 60 ans, il faut commencer à se préparer à accepter de vieillir car sinon on s’étonne de tout, d’avoir mal ici, de souffrir de ça. A partir de 70 ans, il faut se préparer à la mort », disait la grande dame qui s’y employait en faisant du yoga, en lisant des textes religieux ou philosophiques, en vivant pleinement son bonheur d’être en vie. « J’ai fait mon testament, je veux être incinérée puis enterrée près d’un arbre dans le monastère de San Lorenzo de l’Escurial. Je n’ai pas peur. »

 

Teresa Berganza en quelques dates

 

16 mars 1933 Naissance à Madrid

 

1957 Débuts à Aix-en-Provence dans Cosi fan tutte

 

1958 Débuts à La Scala de Milan puis à la Royal Opera House de Covent Garden, à Londres dans Le Barbier de Séville

 

1967 Débuts au Metropolitan Opera de New York

 

1973 Débuts à l’Opéra de Paris

 

1977 Première Carmen au Festival d’Edimbourg

 

1979 Tourne dans le Don Giovanni de Joseph Losey

 

1992 Fait ses adieux à la Maestranza de Séville

 

13 mai 2022 Mort à Madrid

 

ENTRETIEN AVEC TERESA BERGANZA « Ma Carmen ? une vraie femme libre et fière »

 

Ce vendredi soir 9 mai, l'Opéra - Comique accueille la Carmen du Festival d'Édimbourg, mise en scène par Piero Faggioni, dans des décors d'Ezio Frigerio. Il n'y manquera que Claudio Abbado et l'Orchestre symphonique de Londres, dont l'absence a fait couler beaucoup d'encre (le Monde des 17,18 et 25 janvier), et qui seront remplacés par l'orchestre de l'Opéra dirigé par Pierre Dervaux. En tête de la distribution : Placido Domingo, Katia Ricciarelli, Ruggero Raimondi et, bien sûr, la Carmen que tout le monde attend, Teresa Berganza. (Retransmission par Antenne 2 et France-Musique le 15 mai.)

Par JACQUES LONCHAMPT.

Publié le 10 mai 1980

 

Carmen habite un vénérable palace au milieu d'une forêt royale... Ce n'est pas le repère qu'on imagine pour la gitane de Séville, mais Teresa Berganza est venue y panser ses blessures, l'entorse qu'elle s'est faite sur la scène de l'Opéra-Comique (" Une fière Espagnole ne peut tout de même pas regarder où elle met les pieds ! "), et surtout cuver l'immense fatigue nerveuse de la répétition générale. " Sans Don José, précise-t-elle. C'est Faggioni qui m'a donné la réplique, et il a une telle force intérieure, une telle vérité et une autorité si fascinante que je n'ai jamais été Carmen comme hier ; mais il m'a brisée ! "

 

Les disputes de " paternité " autour du spectacle l'agacent : " J'entends parler de la Carmen d'Abbado, de la Carmen de Faggioni, voire de celle de Berganza, mais c'est d'abord la Carmen de Peter Diamand [le directeur du Festival d'Édimbourg]. C'est lui qui est venu me voir en me disant que je devais chanter Carmen : " Avant c'était trop tôt ; " après ce sera trop tard. " Et c'est à moi qu'il a demandé de choisir dans des listes de metteurs en scène et de chefs d'orchestre.

 

" Le fond de l'affaire Abbado ? Je ne sais pas. À chacun sa vérité. Mais mes oreilles se rappellent avoir entendu Claudio me dire au téléphone que, s'il ne pouvait venir avec l'orchestre londonien, il dirigerait celui de l'Opéra. Je regrette Claudio ; c'est merveilleux de chanter avec lui : il n'a pas besoin de faire un geste, je sais ce qu'il veut, nos cœurs battent toujours à l'unisson. J'ai accepté quand même de venir à Paris parce que c'était Pierre Dervaux, avec qui j'ai chanté souvent, au Festival d'Aix notamment. Il sent merveilleusement la musique, et il est tellement gentil. Nous avons parlé des heures de Carmen, et c'est comme si nous avions eu une semaine de répétitions...

 

Personnalité et beauté d'âme

 

" Car vraiment cela avait mal commencé : à peine deux répétitions d'orchestre, avec des musiciens qui ne semblaient guère se donner de mal. Sans doute se réservent-ils pour la première... Et puis il y avait sur la scène un haut-parleur d'ambiance qui m'exaspérait. J'ai été obligé de crier et de taper du pied, de menacer de partir pour me faire entendre.

 

" Pourtant, j'adore l'Opéra-comique ; mon émotion était grande de chanter Carmen sur la scène même où elle a été créée. Quel dommage que ce théâtre soit à moitié à l'abandon; il y a de la poussière partout, et le portrait exquis d'Adelina Patti est lacéré. C'est lamentable. Quand on pense au passé de l'Opéra-comique ! "

 

" Ma Carmen, c'est celle de Bizet, bien sûr, et, dans cette partition limpide et merveilleuse, je découvre chaque jour du nouveau; mais c'est aussi celle de Mérimée que j'ai lu et relu. Je suis épouvantée de ce qu'on voit en général dans les théâtres : une vraie prostituée... Mais non, c'est une gitane espagnole, qui travaille, une femme libre et fière, qui veut être à parité avec les hommes. Une vraie révolution en Espagne, où l'on trouvait tout naturel qu'un homme quittât une femme quand il ne l'aimait plus, mais l'inverse, jamais.

 

" Je n'aurais jamais pu jouer Carmen plus tôt avec l'éducation rigoureuse, chrétienne, " espagnole ", de mon temps. Il a fallu que mes filles grandissent, que je réfléchisse sur l'éducation si différente que je leur donnais pour que je me sente capable, et en droit, d'incarner ce personnage de femme, de vraie femme.

 

" J'ai l'impression aujourd'hui seulement d'arriver à maturité. Avant, je n'avais pas le temps : très jeune, j'ai été lancée dans la carrière, j'ai triomphé à Aix-en-Provence, je me suis mariée, j'ai eu des enfants, tout en étant obligée d'entrer dans la peau de tant de personnages, et il m'était impossible de mûrir. Maintenant ça y est, et j'écris même un livre : pas un roman, ni ma vie, mais des réflexions sur ma vie.

 

" Comme je l'ai écrit à Peter Diamand, j'admire en Carmen la sécurité, la force de tempérament, la personnalité et la beauté d'âme qui émanent de cette grande figure. C'est cela que je veux être au théâtre. "

 

Fatiguée Teresa ? Allons donc ! Vive et souple comme un jeune chat, passionnée, craintive, furieuse tour à tour, elle prend feu et flamme, pétille d'intelligence et d'humour, et puis avoue avec une tendre volupté : " J'ai besoin d'affection et de tendresse pour bien chanter. " Car cette Carmen émancipée et moderne, c'est aussi, peut-être d'abord, l'adorable Chérubin qu'elle a cent fois joué (ne parlons pas de Zerline ; elle n'aime pas son rôle dans le film de Losey, alors même qu'elle y a si bien tiré son épingle du jeu).

 

JACQUES LONCHAMPT.

 

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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 06:00

Des célébrités alchimistes - Les Amis d'Hermès

« Nous invoquons une œnologie plus juste, plus raisonnée, et surtout plus humble »

 

Matthieu Dubernet, œnologue

 

Nous de majesté ou expression d’un collectif éprouvant le besoin de corriger – normal pour une profession dont l’essence est d’accompagner, dit-on l’élaboration du vin – une image écornée par l’interventionnisme et la chimie ?

 

Les 20 dernières années furent pour l’œnologie : flamboyantes, sûres d’elles, dominatrices, les winemaker globe-trotter jetaient leurs filets sur le monde des grands vins, haro sur la nature, les médecins du vin « oxygénaient ! », remettaient sur pieds, chassaient en bandes les défauts, formataient.

 

Hors eux point de salut !

 

Je force à dessein le trait pour souligner le caractère tardif du chemin de Damas évoqué par Matthieu Dubernet, que de lazzis, de mépris, d’exclusion m’a-t-il fallu subir de la part des sachants, des vendeurs de poudre de perlimpinpin, excommunication de buveur de vins nu... J’en passe et des pires...

 

Pour autant, je ne me suis jamais rangé dans les chapelles de naturistes sectaires qui ont fait de cette démarche un fonds de commerce, trop de cavistes se prennent pour des pères prêcheurs, mêlant l’insoumission politique à leur prosélytisme, ils m’emmerdent !

 

Mon passé vendéen, de l’humilité à la sauce des curés me font me méfier de ce sentiment où, l’individu qui l’invoque, affirme avoir conscience de ses insuffisances, de ses faiblesses et est porté à rabaisser ses propres mérites...

 

« L'orgueil n'est jamais mieux déguisé que lors qu'il se cache sous la figure de l'humilité. »

François de La Rochefoucauld ; Les réflexions et sentences morales (1665)

 

« L'humilité est un sentiment de l'imperfection de notre être. »

Voltaire ; Le dictionnaire philosophique (1764)

 

Groupe Laboratoires Dubernet | Œnologie | Conseil en vinification | Analyse  du vin | Analyse chimique | Analyse microbiologique

 

Matthieu Dubernet, œnologue expert de l’analyse des vins : « Nous invoquons une œnologie plus juste, plus raisonnée, et surtout plus humble »

Scientifique à la tête du plus gros laboratoire indépendant d’Europe, ICI Matthieu Dubernet revient pour le Figaro Vin sur sa découverte d’une technologie d’analyse microbiologique du vin censée mener à une œnologie plus à l’écoute du vivant.

Par Alicia Dorey

Publié le 09/05/2022

 

 

Président du groupe de laboratoires d'œnologie qui porte son nom – basé en Languedoc et dans la Vallée du Rhône – Matthieu Dubernet est à la fois ingénieur Agronome de l'Agro Paris, titulaire du diplôme national d'Œnologue, ainsi qu'expert dans la délégation française de l'Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). S'il défend l'idée selon laquelle « le grand prodige du vin est d'être le reflet de l'environnement dans lequel il est produit », il entend proposer à travers ses travaux de recherches une approche humaniste de l'œnologie contemporaine. Dans ces lignes, il partage avec le Figaro Vin sa vision d'un métier aujourd'hui profondément transformé par les avancées technologiques, et notamment la microbiologie.

 

LE FIGARO. – Quelle serait votre définition de l’œnologie aujourd’hui ?

 

Matthieu Dubernet. – L’œnologie est une science au service d’un projet presque esthétique, ayant pour objet d'accompagner le vin, qui, ne l'oublions pas, reste un produit issu de la main de l’homme. En ce qui me concerne, je cumule plusieurs métiers qui me permettent une mise en perspective, puisque je suis à la fois œnologue-conseil, mais aussi laborantin, une profession peu connue du grand public.

 

Groupe Laboratoires Dubernet | Œnologie | Conseil en vinification | Analyse  du vin | Analyse chimique | Analyse microbiologique

 

Quel doit être le rôle premier de l'œnologue ?

 

L'œnologie est basée sur l'observation d'une rencontre entre des phénomènes naturels et le savoir-faire humain. En tant qu'œnologue, le premier critère consiste à s'assurer que le vin n’a pas de défaut qui vienne brouiller sa signature organoleptique. Mais il faut faire attention à cette notion de défaut. Certains sont considérés à tort comme une forme de singularité. Il faut par conséquent se méfier des effets de mode, et toujours en revenir au terroir et à l’origine, qui sont les composantes élémentaires de toute singularité. Selon moi, l’authenticité passe par une absence de défaut.

 

 

Malgré ces critères, subsiste-t-il toujours dans le vin une part de mystère ?

 

Le vin est aujourd'hui l'un des produits les plus réglementés et analysés qui soit, car il contient de l’alcool et qu'il est éminemment fragile. Il reste un ensemble de données physicochimiques, mais c'est aussi du vivant, avec une première fermentation alcoolique via les levures, la malolactique via les bactéries, puis les brettanomyces, ces levures qui donnent au vin un goût phénolé. La science nous apprend paradoxalement à être très humble, dans la mesure où certains de ces phénomènes naturels à l'œuvre dans le vin gardent une part de mystère qui nous échappe. Au sein du laboratoire, nous marchons en permanence sur deux jambes : d'une part une science très objective, et d'autre part un savoir très empirique, basé sur l'expérience. Nous revendiquons cette subjectivité.

 

En quoi la microbiologie vient-elle révolutionner l’œnologie ?

 

La suite ICI 

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 06:00

POINT DE VUE IMAGES DU MONDE N° 93 DU 16 03 1950: (1950)  Magazine / Periodical | Chapitre.com : livres et presse ancienne

De mon temps, expression favorite du pépé Louis pour critiquer l’irruption de la modernité mécanique en agriculture, ses deux grands bœufs blancs, dans les salles d’attente des arracheurs de dents et autres Diafoirus pour humains et cheptel, il nous était proposé, afin de meubler notre attente, souvent longue, Point de Vue Images du monde.

 

Nos mères étaient people, mais pas dans le vulgaire, les aventures de la princesse Margaret avec Antony Armstrong-Jones ICI  c’était plus classe que les frasques des sœurs Kardashian dans Voici ou Gala.

 

Princesse Margaret et Lord Snowdon, le mariage qui offusquait l'Angleterre  des années 1960

Point de Vue, hebdomadaire dédié à l'actualité des têtes couronnées et du gotha, a été fondé à la Libération. Il a été racheté au bout de quelques années par son concurrent Images du monde. Il a fusionné avec ce dernier et pris le nom de Point de vue Images du monde, qu'il a conservé pendant plusieurs décennies.

 

 

« Stéphane Bern agrandit son empire. Royalement Vôtre, un consortium qui rassemble notamment l'animateur et la holding de la famille Pinault, a racheté l'hebdomadaire des têtes couronnées Point de vue. Altice avait annoncé fin mars le projet de cession du magazine pour recentrer ses activités en presse écrite sur quelques titres, dont les plus emblématiques sont L'Express et Libération.

 

Point de vue, qui avait vu ses ventes chuter en France durant plusieurs années, est parvenu à les stabiliser l'an dernier : elles ont progressé de 0,3% à un peu plus de 152 000 exemplaires en moyenne, selon les chiffres de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). Ce magazine a la particularité d'avoir de nombreux lecteurs hors de l'Hexagone, avec 41 000 exemplaires vendus à l'étranger en moyenne.

 

Le prince Robert de Luxembourg met en vente 4200 bouteilles de sa cave estimées à 2,65 millions d’euros

Photo : Sebastien Ortola/Pool/ABACAPRESS.COM)

par NICOLAS FONTAINE

 

Sotheby’s organisera le 21 mai une vente aux enchères exceptionnelles à New York. Ce sont 4200 bouteilles appartenant au prince Robert de Luxembourg qui seront mises en vente au profit de sa fondation PolG. Le cousin du grand-duc Henri est connu depuis trente ans comme le prince des Bordeaux, à la tête de plusieurs grands châteaux.

 

Le prince des vins de Bordeaux met en vente des bouteilles de sa cave

 

Le prince Robert de Luxembourg, né en 1968, est le fils du prince Charles, frère du grand-duc Jean et fils de la grande-duchesse Charlotte. Le prince Robert est l’arrière-petit-fils (par sa mère, Joan Dillon, plus tard connue comme la duchesse de Mouchy) du financier américain Clarence Dillon. Ce dernier, œnologue et francophile, avait notamment acheté le Château Haut-Brion.

 

Domaine Clarence Dillon, présidé par le prince Robert de Luxembourg, détient le grand cru classé de Saint-Émilion Château Quintus. L’entreprise possède aussi le restaurant doublement étoilé Le Clarence à Paris.

 

Ce 21 mai, une vente aux enchères aura lieu à New York, tenue par la prestigieuse maison Sotheby’s. Ce sont 818 lots, qui représentent un total de 4200 bouteilles, qui seront mises en vente, annonce Paperjam. Il s’agit principalement de bouteilles appartenant personnellement au prince Robert, d’autres appartiennent à sa famille. La valeur totale est estimée à 2,65 millions d’euros (2,8 millions de dollars).

 

Blagounette à 2 balles : il se peut que si le royaume de France fait accéder Jean-Luc Mélenchon au rang de vassal d’Emmanuel Macron, l’annexion du Luxembourg, après une guerre-éclair, soit l’une des premières actions héroïques de notre Lider Maximo contre les paradis fiscaux.

 

2 septembre 2013 ICI 

 

Le domaine Clarence Dillon, propriétaire de Haut-Brion et Mission Haut-Brion vient d’acheter le château L’Arrosée, grand cru classé, à Saint-Emilion. En 2011, il devenait acquéreur de Terte Daugay, situé juste au-dessus de l’Arrosée et le rebaptisait Quintus. Quand je pense à ces deux crus, je vois la fougue puissante et rustique de la zone de Daugay et la texture plus délicate, mais manquant de puissance, de celle de l’Arrosée.

 

Comment ne pas penser à les assembler ?

 

Alors Quintus, non classé, est-il destiné à se fondre dans l’Arrosée, grand cru classé ?

 

 

Le principe d’absorption en Médoc

 

Ce principe de l’absorption d’un cru par un autre est une réalité historique médocaine qui tend à s’étendre progressivement à d’autres vignobles de Bordeaux au fur et à mesure que l’économie viticole se porte au mieux. Le récent classement de Saint-Emilion (2012) vient de déverrouiller ce qui constituait une des plus fortes différences entre la rive gauche et la rive droite : la préférence du sol et tout le discours vitivinicole attenant pour la rive droite à celui de la marque et de ses exigences commerciales sur la rive gauche.

 

À ce sujet, Philippe Casteja, négociant de longue date à Bordeaux, mais aussi propriétaire sur les deux rives, à Pomerol et Saint-Emilion comme dans les Graves et à Pauillac, est très clair. Le grand cru classé Bergat a disparu pour intégrer le foncier de Trottevieille pourtant d’un rang au-dessus (premier grand cru classé B) parce que « Trottevieille manquait de second vin sur le marché ». Evidemment, rien n’empêche désormais que toutes les vignes de l’ex Bergat rentrent dans l’assemblage de Trottevieille. Comme dégustateur, je ne doute pas que certains lots puissent être du même niveau.

 

 À l’annonce du nouveau classement l’an dernier, je me suis dit que Michel Bécot, décédé il y a peu, devait se retourner dans sa tombe ! En effet, Beauséjour Bécot perdit son rang de premier grand cru classé en 1986 pendant 10 ans pour y avoir intégré le château La Carte. Ses enfants le calmeront en lui chuchotant que le château La Gomerie qui leur appartient, cru non classé, disparaît et se voit officiellement intégré par le miracle d’une nouvelle convention entre les hommes à Beauséjour Bécot. Quel revers de l’histoire ! C’était une autre époque, une autre économie !

 

Magdelaine, premier grand cru classé B, disparaît aussi pour s’intégrer à Belair Monange premier grand cru classé B appartenant au même propriétaire. Cadet Piola disparaît de la carte au profit de son voisin Soutard, grand cru classé comme lui. Les 2 crus appartiennent aux assurances La Mondiale. Matras, grand cru classé, où était fait la surprenante cuvée Hermitage, s’intègre à Canon, premier grand cru classé B qui voit ainsi son patrimoine foncier s’agrandir et s’élever. Enfin, Grand Corbin, récupère Haut Corbin, son voisin grand cru classé du même rang.

 

Même le très exigu Pomerol est concerné. L’Evangile a récemment acquis La Fleur de Gay. Le Pin a manqué la vente de château Guillot, sa vigne mitoyenne, au profit des établissements Jean-Pierre Moueix. J’avoue ne pas savoir si le château Guillot existe encore ou si ce superbe terroir s’est fondu dans un Pomerol déjà existant.

 

L’histoire est donc en marche sous nos yeux et montre que Bordeaux s’adapte en permanence aux marchés. Ces réalités économiques chatouilleront l’imaginaire du vin de ceux qui croient à de belles histoires où l’on paye cher des valeurs pérennes à l’aspect unique dans lesquelles le terroir, la nature, jouent le rôle essentiel. Ah mes amis, le vin ne serait que du vinaigre sans le travail des hommes !

 

Dans la vieille compétition entre le Médoc et Saint-Emilion, le nouveau classement de Saint-Emilion lâche donc la bride à ce vignoble qui a longtemps cherché à se différencier y compris en créant sa propre classification, faite de premiers grands crus classés A et B, puis de grands crus classés, au lieu de reprendre celle du Médoc (ce qui fût plus simple pour les amateurs) où l’on trouve non plus des grands crus classés, mais seulement, si je puis dire, des 1er crus classés, 2ème crus classés, 3ème crus classés, 4ème crus classés et 5ème crus classés. Sans ce débridage et ces avantages fonciers colossaux, Clos Fourtet aurait-il acheté 3 grands crus classés en mars dernier ? Son voisin le château les Grandes Murailles qui le touche, Clos St Martin, un peu plus loin mitoyen de Beausejour Duffau Lagarrosse et Côte Baleau un peu plus bas. Que deviendront-ils ?

 

 

C’est amusant de constater que les Médocains ne veulent pas chez eux du classement révisable chaque dix ans à St Emilion. Ils préfèrent garder leur historique classification de 1855, ne trouvant rien de plus attractif ni de plus glorieux, laissant ceux de « là-bas » à leurs « petites affaires ». Il faut dire que malgré son antériorité de presque mille ans sur le Médoc, le vignoble de Saint-Emilion n’a jamais su s’imposer sur les marchés mondiaux de par son manque de volume. Aujourd’hui encore, lors de la mise en marché en primeur de la nouvelle récolte, le Médoc fixe les prix et Saint-Emilion suit.

 

Alors Quintus intègrera-t-il l’Arrosée ? Les deux propriétés changeront-elles de nom ? Pourquoi pas ? Belair est bien devenu Belair Monange du nom de la grand-mère de Christian Moueix. Une façon de faire qui s’inspire de l’histoire des grands crus médocains. Par le passé les trois nouveaux propriétaires du domaine de Léoville ont bien accolé leur nom à leur nouvel achat : Las Cases et Barton et plus tard Poyferré. Idem pour M Lynch Irlandais qui, au XVIIéme siècle, ajouta son nom à deux crus pour donner Lynch-Bages mais aussi, un peu plus loin, Lynch-Moussas. Etc.

 

Alors que diront les Bordelais et les Français le jour où un dénommé Li ou Chang, homme d’affaires chinois respectable, ajoutera son nom au cru qu’il vient d’acheter ? Les Français qui savent si peu de Bordeaux penseront que leur patrimoine fou le camp. Les Bordelais se réjouiront du cadeau fait à l’égo de ce nouvel investisseur. Il sonne comme une garantie dans cette économie libérale.

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10 mai 2022 2 10 /05 /mai /2022 06:00

Aider Marseille sera "bon pour le pays" assure Macron

La doctrine du principe de précaution remonte aux années 1970 avec l’apparition en République Fédérale d’Allemagne d’un nouveau principe juridique : le Vorsorgeprinzip. Celui-ci confère aux autorités l’obligation d’agir face à un risque environnemental grave, même si ce dernier demeure mal cerné d’un point de vue scientifique.

 

Le principe de précaution est une idée neuve en droit constitutionnel français. C’est en effet à la faveur de la révision constitutionnelle du 1er mars 2005 qu’il a été inséré dans le préambule de la Constitution de la Ve République, au même titre que la Charte de l’environnement, dont il est l’une des dispositions phares. L’article 5 de la Charte de l’environnement dispose en effet :

 

 

« Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. » (L'introduction du principe de précaution dans la Constitution : sens ou non-sens ?

Alain Laquièze

Dans Revue de métaphysique et de morale 2012/4 (N° 76), pages 549 à 562 ICI

 

À l’heure où les pizza Buitoni, marque de la tentaculaire multinationale de l’alimentaire Nestlé, empoisonnent des enfants, il m’est difficile de faire dans l’ironie en affirmant qu’elles devaient avoir sans doute un bon Nutri-score, tout comme d’ailleurs les lasagnes de cheval de Findus.

 

À force de border les consommateurs adeptes du caddie en GD, addict de produits transformés, de les bombarder de messages de Santé, de faire dérouler en bas de leur écran plat des avertissements dont ils se foutent, oui Trop de précaution tue la prévention !

 

Démonstration

« Le roquefort ne peut se résumer à un algorithme » Sébastien Vignette (Interview)

« Le roquefort ne peut se résumer à un algorithme » ICI interview/Sébastien Vignette (Interview)

De European Scientist 02.05.2022

Alors que le débat européen sur l’étiquetage nutritionnel (FoP pour Front of Pack labelling) se poursuit à Bruxelles, les critiques à l’égard du Nutri-Score se font de plus en plus nombreuses, rassemblant ainsi sans le vouloir les produits traditionnels européens qui se trouvent injustement notés par l’algorithme. Après l’huile d’olive espagnole, le jambon italien, c’est au tour du fromage français… et notamment un des plus célèbres, le Roquefort. Sébastien Vignette, secrétaire général de la Confédération Générale de Roquefort nous explique ici sont point de vue sur le sujet. Une interview exclusive et sans concession. 

 

The European Scientist : En tant que secrétaire général de la Confédération Générale de Roquefort, vous avez organisé une table ronde sur le Nutri-Score lors du SIA 2022. Pourquoi ce sujet vous importe-t-il tant ?

 

Sébastien Vignette : Cette table ronde portait sur les limites du Nutri-Score, qui apparaît comme un système totalement inadapté aux produits sous signe de qualité. C’est un combat que nous menons depuis près d’une année déjà, non contre le Nutri-Score, mais contre son application aux fromages AOP/IGP, qui serait un véritable non-sens.

 

En effet, ces derniers sont les héritiers de recettes ancestrales, qui ne peuvent être modifiées et répondent à des cahiers des charges stricts, gages de leur qualité et du lien avec le territoire. Ces cahiers des charges sont en outre publiés et donnent lieu à de nombreux contrôles.

 

Et non, nous ne ferons pas du Roquefort avec du lait pasteurisé et écrémé, ni avec des texturants pour remplacer le gras ou des conservateurs chimiques pour remplacer le sel ! Ce ne serait plus du Roquefort ! L’objectif de reformulation n’a évidemment ici aucun sens. D’où notre demande d’exemption non seulement pour le Roquefort, mais plus globalement pour les fromages AOP/IGP.

 

Et non, avec cette demande d’exemption, nous ne confondons pas la qualité ou l’origine avec la composition nutritionnelle.

 

Et non, il n’y a pas de déficit de transparence, car il se trouve précisément que les fromages AOP/IGP correspondent à des produits peu transformés de sorte que la liste des ingrédients comme le tableau nutritionnel, qui figurent au dos de nos produits, ne sont donc ni très longs ni très compliqués à comprendre !

 

Les produits de qualité sont en outre des produits d’exception, consommés comme tels, qui permettent de manger local et bon, de préserver la diversité des goûts et de transmettre un patrimoine gastronomique. Ils ne peuvent se résumer à un algorithme ou à un argument marketing simpliste. 

 

Enfin, si on ne peut qu’approuver le souci d’informer le consommateur et d’encourager une alimentation plus saine et durable, encore faut-il que l’information ne soit pas tronquée et qu’elle contribue à une véritable éducation alimentaire. Ce ne sera pas le cas avec le Nutri-Score, lequel punit par un jugement global, simpliste, réducteur et infantilisant, des aliments aux atouts santé pourtant reconnus et documentés – c’est notamment le cas des fromages – et qui ont dès lors toute leur place dans un régime équilibré.

 

Si l’on convoque la science, alors j’aimerais qu’on nous parle, entre autres, des dernières observations qui montrent, par exemple, qu’il n’y a pas de lien entre la consommation de produits laitiers et les marqueurs de maladies cardiovasculaires, voire qu’il peut y avoir en la matière des bénéfices à la consommation de matières grasses laitières, ou encore des études de l’ANSES qui associent la consommation de fromages à une réduction du risque de diabète de type 2. 

 

Le Nutri-Score, c’est donc en quelque sorte de l’anti-éducation alimentaire ! On est proche du conditionnement. C’est du « prêt à penser » et même du « prêt à manger », qui donne au demeurant une information partielle et partiale et favorise les produits ultra-transformés.

 

Plus globalement, on oublie de plus en plus le produit, que l’on s’apprête à noyer sous une forêt de logos toujours plus nombreux et, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, souvent favorables au final aux produits les plus industriels. Voilà ce qui arrive quand on veut expliquer la complexité par des prismes extrêmement réduits.

 

Alors disons-le tout net, si le Nutri-Score peut faire sens pour les produits industriels très transformés, c’est à ces derniers qu’il doit être réservé, mais nos fromages AOP/IGP ne sauraient être mis sur le même plan et doivent en être exemptés.

 

TES. : Lors de cet événement, le député LR du Cantal Vincent Descoeur a pris votre défense en affirmant en substance qu’une canette de soda light (notée B) est mieux notée qu’une portion de Salers ou de Roquefort (notée D ou E) alors que dans la réalité ces fromages sont plus bénéfiques et on « induit en erreur le consommateur » N’est-ce pas un peu exagéré ?

 

S.V. :  Pas du tout. D’abord, il n’y a pas de consensus chez les scientifiques sur le Nutri-Score et vous en avez interrogé plusieurs dans cette revue. Nombre de diététiciens et nutritionnistes s’expriment également pour en souligner les limites.

 

Ainsi, les éléments positifs sont peu considérés par l’algorithme : moins nombreux, partiels, ils rapportent en outre moins de points. Par exemple, les protéines et calcium sont insuffisamment pris en compte. Plus généralement, les oligo-éléments et vitamines, bref les micronutriments d’intérêt ne sont pas du tout récompensés.

 

Le Nutri-Score ne valorise pas non plus les acides gras insaturés. Nombre de professionnels soulignent également qu’il procède en outre d’une sur-pénalisation périmée des acides gras saturés puisqu’au vu des dernières études, il faudrait discriminer entre les différents saturés, tous ne se valant pas, notamment en fonction des quantités et de la matrice (naturelle ou ultra-transformée).

 

Du reste, il ne dit rien de cet « effet matrice » alors que, c’est aujourd’hui bien connu, la valeur nutritionnelle d’un aliment ne se résume pas à sa seule composition en nutriments, mais varie aussi qualitativement en fonction de sa structure physique et des interactions en jeu dans cette matrice, étant précisé que les procédés de transformation complexes altèrent la matrice alimentaire et donc la qualité nutritionnelle des aliments, le devenir digestif des nutriments, leurs effets métaboliques et sur la santé.

 

D’ailleurs, et c’est là encore un élément de « tromperie » pour reprendre votre expression, le Nutri-Score ne dit rien de la présence d’additifs, du degré de transformation, du procédé de cuisson… Ces critères sont pourtant tout aussi importants pour la santé. Nos produits AOP et IGP, peu transformés, sont ainsi injustement pénalisés. 

 

A l’inverse, le Nutri-Score va très clairement profiter aux aliments ultra-transformés que l’industrie pourra modifier à souhait pour obtenir un A ou un B, en ayant recours à des additifs, des édulcorants, des conservateurs ou autres procédés de transformation complexes.

 

Obtenir un A ou un B peut donc devenir un argument marketing pour séduire le consommateur sans que la qualité nutritionnelle soit nécessairement au rendez-vous : risque d’aliments « vides » d’un point de vue nutritionnel mais avec de nombreux additifs, dont Nutri-Score ne dira rien… Or nombreuses sont aujourd’hui les études qui établissement un risque significatif entre la surconsommation de produits ultra-transformés et les maladies cardio-vasculaires, l’obésité, l’hypertension artérielle…

 

Je vous invite à vous poser la question : quelle est, par exemple, la valeur nutritionnelle d’un soda light ? Elle est évidemment nulle. Belle simplification dès lors que ce B sur fond vert qui reste aveugle concernant les additifs intégrés pour obtenir une telle note et permet au soda light d’apparaître comme « healthy » !

 

Et que l’on ne vienne pas nous dire comme on l’entend désormais – mais je devine qu’il faut sauver le soldat Nutri-Score – qu’une bonne note au Nutri-Score ne signifie pas que le produit est sain !

 

D’abord, les communications précédentes sont clairement dans le sens contraire. C’est même toute la philosophie qui sous-tend le Nutri-Score ! On ne peut donc pas prétendre que le Nutri-Score ne dit pas si un produit est bon pour la santé. Le Nutri-Score ne se limite pas en effet à reprendre les données de compositions nutritionnelles, il les agrège en un score unique et juge l’aliment en lui attribuant un code de couleur très signifiant, rouge associé au danger et vert associé à l’autorisation. D’ailleurs ses promoteurs encouragent la consommation de produits les mieux notés et la diminution de la consommation des autres, ce sans autre discrimination entre les produits. Ayons pourtant en tête que selon différentes études, plus de 50% des produits présentés comme favorables selon le Nutri-Score (donc notés A ou B) sont des aliments ultra-transformés et c’est encore plus marqué pour les aliments « marketés » pour les enfants.

 

Ensuite, je vous laisse apprécier le poids de l’aveu : si dans ce contexte une bonne note au Nutri-Score peut cacher un produit qui n’est pas sain, si on peut améliorer sa note précisément en ayant recours à des additifs et en poussant plus loin l’ultra-transformation, quelle est le sens du message ainsi envoyé au consommateur, celui qui lui sera véritablement utile ? A l’évidence, on se trompe de cible. Entre un « ersatz » de fromage fabriqué avec de l’amidon ou un autre texturant pour remplacer le gras et obtenir un C au Nutri-Score, et un fromage AOP noté D ou E (90% des fromages sont notés D ou E) mais qui n’est pas un produit ultra-transformé, lequel selon vous vaut-il mieux consommer ?

 

Mais ce n’est pas tout, songez que les promoteurs du Nutri-Score préconisent de limiter la publicité des produits classés D-E pendant les heures de grande écoute, là encore sans discriminer entre les produits concernés (rappelons que les mêmes autorités de santé recommandent la consommation de produits laitiers, dont les fromages, dans la limite de 30g par jour pour ces derniers, suivant l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique). Alors imaginons un peu la situation : demain, nos fromages AOP ne pourront plus faire l’objet de publicité sur les plages horaires concernées quand les chaînes de fast food pourront promouvoir leurs burgers et autres nuggets notés B ou C… Parce que c’est bien connu, nos enfants cherchent à boulotter du fromage AOP en cachette mais ne sont nullement émus par les publicités ventant les produits industriels ultra-transformés qui les visent pourtant plus particulièrement… et avec un meilleur Nutri-Score… On marche sur la tête !

 

TES. : Selon le professeur Philippe Legrand « le Nutri-Score dans son objectif compréhensible de faire évoluer l’industrie alimentaire aurait dû se limiter aux aliments transformés et manufacturés, sans inclure les aliments naturels de base (huile, produits laitiers, pain, sucre, poissons…). Cela aurait amélioré sa crédibilité et réduit les effets contre-productifs » Pensez-vous que cette solution soit envisageable ?

 

S.V. : Ce serait à tout le moins un retour au bon sens. Nous ne sommes pas très éloignés lorsque nous disons qu’on ne saurait pénaliser nos fromages sous indication géographique et que le Nutri-Score doit être réservé aux produits industriels ultra-transformés.

 

Le rapport Farm to Fork ne recommande d’ailleurs aucun système particulier d’étiquetage sur la face avant des emballages (le modèle n’est pas choisi à ce stade). Il est du reste à souligner, ce qu’on oublie de dire en général, que ce rapport vise principalement les produits ultra-transformés et invite bien à prendre en considération les spécificités des indications géographiques. La possibilité d’appliquer des conditions spécifiques à certaines catégories de denrées alimentaires sera donc bien étudiée par la Commission européenne.

 

TES. : Votre confédération AOC n’est pas isolée dans son combat puisqu’on retrouve à ses côtés les producteurs d’huile d’olive espagnole, les producteurs de jambon et de fromages italiens et de nombreux autres produits le plus souvent issus de traditions régionales. Le Nutri-Score aurait-il tendance à mal noter les produits issus de régimes traditionnels partout en Europe ? 

 

S.V. : Il est certain qu’en voulant ainsi s’imposer comme la norme du bon et du mauvais, le Nutri-Score discriminera un pan entier de produits de terroir, qui, respectueux des cahiers des charges de leurs signes de qualité respectifs, ne pourront pas s’adapter. Ces produits se verront dégradés et injustement punis alors qu’ils ont un rôle à jouer dans l’équilibre alimentaire.

 

C’est bien la raison pour laquelle, en tant que dépositaires d’un patrimoine national et gastronomique, les femmes et les hommes de l’AOP Roquefort, ne peuvent accepter la mise au pilori de leur fromage au nom d’une règlementation illisible reposant sur un algorithme tronqué.

 

Mais de grâce, ne nous caricaturez pas comme les défenseurs périmés de la tradition et des territoires – c’est du reste une mission noble, dont nous sommes fiers. Car c’est bien le Nutri-Score qui en l’état repose sur des piliers dépassés (pilier lipidique daté, absence de prise en compte de la matrice etc.)

 

Si un tel système ne prend en effet nullement en considération les régimes traditionnels et les cultures culinaires développés dans les différents pays, s’il ignore par ailleurs la dimension plaisir et convivialité, pourtant essentielle dans l’alimentation, c’est plus globalement sur le terrain de l’éducation alimentaire qu’il manque le coche en punissant l’aliment plutôt que de raisonner sur l’équilibre alimentaire, lequel se conçoit sur un repas, et même une suite de repas. Rappelons quand même qu’aucun aliment n’est équilibré en soi, qu’il faut donc manger de tout, que d’ailleurs qu’un apport lipidique est nécessaire et… qu’on peut utilement choisir de consommer 30 g de Roquefort et renoncer à du soda light, à des nuggets, du ketchup, des chips ou une pizza surgelée, pourtant tous mieux notés !

 

Enfin, il n’y a avec le Nutri-Score, aucune éducation à la portion. Calculé sur 100 g ou 100 ml – qui mange 100 g de Roquefort ou avale 100 ml d’huile d’olive ? – il ne tient compte ni des portions recommandées ni des portions réellement consommées.

 

La réalité s’agissant des fromages, c’est que la portion journalière réellement consommée par les français, qui varie avec l’âge, reste très proche des portions recommandées (autour de 30g) et bien loin des 100 gr du Nutri-Score ! Alors je vous pose une autre question : est-ce que 30 g de roquefort notés E dans une salade apportent plus de gras et plus de sel qu’un seau de 20 morceaux de poulet panés notés C, ou de nuggets, qui seront eux consommés pour bien plus que 100g, ou encore qu’une portion de frites, pourtant mieux notées, mais qui seront passées en friture, salées à volonté et accompagnées le cas échéant de mayonnaise ou de ketchup ? 

 

Une fois encore, on se trompe de cible.

 

TES. : Vous réclamez une exemption du Nutri-Score, n’aurait-il pas été plus simple d’unir vos forces avec les autres contestataires qui partout en Europe le critiquent ? 

 

S.V. : D’autres produits AOP/IGP, des fromages, mais pas seulement, se sont engagés dans ce combat en Occitanie, en France, mais aussi partout en Europe, non pas nécessairement contre le Nutri-Score, mais bien comme nous le demandons pour qu’une exemption leur soit accordée, au regard de leurs spécificités, qu’il revient cependant à chacun de défendre. Et ils sont également soutenus. Nombreux sont aujourd’hui les pays qui expriment des réserves voire une opposition au Nutri-Score (outre l’Italie et l’Espagne que vous citiez, la Grèce, Chypre, la République Tchèque, la Roumanie et d’autres encore). C’est donc bien une mobilisation à la fois transpartisane et transnationale, qui continue de se mettre en place. Toutes ces démarches sont à la fois utiles et complémentaires. C’est un débat complexe, qui mérite du temps et de la pédagogie.

 

TES. : D’ici la fin de l’année, la Commission européenne devra choisir entre plusieurs FOP (système d’étiquetage nutritionnels). Avez-vous connaissance des solutions proposées et si oui laquelle correspond le mieux au cahier des charges dont l’objectif est d’informer le consommateur européen.

 

La commission européenne devrait faire une proposition au mieux fin 2022, qui devra ensuite être débattue, pour une application pas avant 2023 et nous gardons bon espoir que nos arguments en faveur d’une exemption soient entendus et que la spécificité de nos fromages sous indication géographique soit reconnue.

 

D’autres pays proposent des systèmes alternatifs. Ainsi, l’Italie a récemment proposé un système de « Nutrinform Battery », qui semble plus intéressant que le Nutri-Score parce qu’il informe au lieu de punir. Il renseigne sur la contribution d’une portion aux apports journaliers dans différentes catégories de nutriments. Le « Nutrinform » est-il pour autant parfait et adapté aux AOP/IGP ? Non, car il ne renseigne pas nécessairement sur les micro-nutriments ou les autres bénéfices santé, ni sur le degré de transformation par exemple. D’ailleurs il semble que le gouvernement italien préconise un usage volontaire et ne prétend pas l’appliquer à ses produits AOP/IGP, qui ont un logo spécifique pour rendre compte de la qualité.

 

Parce que c’est ce logo AOP/IGP qu’il convient de faire vivre, parce que nous ne pouvons pas modifier nos recettes, parce qu’il n’y a aucun déficit d’information sur la composition nutritionnelle de nos produits peu transformés et parce qu’on ne saurait les envisager avec le même prisme qu’un aliment ultra-transformé, parce que la majorité des systèmes proposés ne reflète pas la juste place de nos fromages dans une alimentation équilibrée, nous restons en ce qui nous concerne sur une position d’exemption pour ces derniers.

 

Par Thesupermat — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=39709531

 

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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 06:00

Des gâteaux de bouse de vache sur un étal à New Delhi (Inde), le 13 novembre 2015. | Prakash Singh / AFP

Prakash Singh / AFP

Les journalistes, du moins ceux qui pensent qu’ils en sont, une majorité, jamais en reste de versatilité, font de Mélenchon, le phœnix de la gauche, l’accoucheur d’une nouvelle union, celui qui fort de ses « victoires autoproclamées et pourtant ratées » va au forceps faire le Mitterrand d’Epinay.

 

De mon temps, le duel Anquetil-Poulidor avait fait de se dernier, éternel second, son chouchou. Le camarade Mélenchon qui, avant de se présenter à la Présidentielle, n’avait jamais subi l’onction populaire, sénateur PS de l’Essonne, lors de scrutins de liste, par le vote d’une poignée de grands électeurs.

 

Il n’a jamais rien gagné et, au risque de déplaire à ses adorateurs-éructeurs, lors du dernier scrutin il n’a réussi qu’a se placer troisième après avoir raclé les gamelles des Verts, du PS et du PCF.

 

Sa nouvelle Union populaire verdie est toute à sa dévotion, laissant en apparence, que des miettes aux autres composantes de la gauche.

 

Il n’y a pas du Mitterrand dans Mélenchon, et pour avoir été directeur de cabinet d’un mitterrandien du premier cercle, je puis vous assurer que, pour Tonton, Mélenchon était l’un de ses « idiots utiles », jamais promu.

 

https://www.letelegramme.fr/images/2022/05/08/lionel-jospin-est-venu-apporter-son-soutien-a-lamia-el_6438758.jpg

 

C’est Jospin, ancien trosko lui aussi, qui lui a refilé un maroquin, lorsqu’il fut le Premier Ministre de Chirac. Ce même Jospin vient de faire les gros yeux au « futur Premier Ministre de Macron » en allant soutenir dans le XXe la candidate socialiste sortante, exclue de l’investiture par le Jupiter Mélenchon, au profit de sa copine Simmonet, une insoumise qui est logée dans un logement social de la Ville de Paris, y’a pas de petits profits chez les insoumis. ICI

 

Bref, mon titre, bien connu dans la chiraquie puisqu’en mars 2011, Christian Jacob, ex-président de la FNSEA, aujourd’hui SG des Républicains, déclarait :  

 

« Vous permettrez au paysan que je suis de vous dire que c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses. »

 

Il faut attendre la fin d’un évènement pour en faire le bilan.

 

Alors les Insoumis attendez les résultats des Législatives le 12 et 19 juin avant de qualifier l’Union de votre guide Mélenchon de moment historique...

 

Guy Doussot sur Face de Bouc

 

Je n'ai effectivement aucune illusion sur la consistance et la pérennité de cet "accord" de pure circonstance... Il risque d'être plus démobilisateur que rassembleur pour une partie de l'électorat de gauche, et le niveau malheureusement prévisible de l'abstention pourrait bien avoir pour conséquence l'exclusion du 2° tour pour nombre de candidats FI inconnus dans les circonscriptions visées, pour cause de pourcentage inférieur aux 12,5 % des inscrits requis pour y figurer... Nouveau Front Populaire ? Allons donc ! Quelle méconnaissance, ou quelle injure (ou les deux !) à l'Histoire avec un grand H, que d'essayer de vendre une telle salade !

 

L’apparence et la réalité du rassemblement à gauche

 

L’apparence et la réalité du rassemblement à gauche

ÉDITORIAL

 

Le Monde

 

L’accord conclu entre La France insoumise, EELV, le PCF et le PS est moins un programme de gouvernement, contrairement à ce que ses promoteurs disent, qu’une union électoraliste pour devenir la principale force d’opposition à Emmanuel Macron.

Publié le 06 mai 2022

 

Les électeurs de gauche ont tranché le 10 avril. En propulsant le candidat de La France insoumise à seulement 420 000 voix d’un second tour face à Emmanuel Macron, ils ont fait de Jean-Luc Mélenchon le maître du jeu au sein de leur camp. Ce faisant, ils ont validé son pari tactique qui a consisté à négliger une introuvable unité avant la présidentielle pour mieux l’imposer à ses conditions après cette dernière.

 

La manœuvre a été exécutée en un temps record depuis le 24 avril, permettant de transformer, du moins en apparence, la troisième défaite d’affilée de l’ancien socialiste en tremplin vers un « troisième tour ». Il s’agit de celui des élections législatives, fixées au 12 et 19 juin, qui promettent d’être plus disputées qu’anticipé, même si la coalition présidentielle en reste la favorite.

 

Ce regroupement à gauche a une apparence et une réalité. L’apparence est celle d’une union qui pousse ses architectes et ses supporteurs à convoquer bruyamment l’Histoire en traçant des parallèles avec le Front populaire de 1936, l’Union de la gauche adossée au programme commun de gouvernement de 1972 et la gauche plurielle de 1997, synonymes à chaque fois de conquête du pouvoir.

 

La réalité est un accord purement électoraliste qui a pour objectif, pour chacun des participants, soit de limiter ses pertes, soit de maximiser ses gains. Les écologistes, les communistes et les socialistes, affaiblis par les scores piètres, voire désastreux, de leurs candidats respectifs au soir du 10 avril, n’ont eu d’autre solution que le premier calcul. Le second est celui que fait La France insoumise, qui avait dû se contenter de dix-sept sièges de députés en 2017, alors que le Parti socialiste, pourtant laminé au premier tour de la présidentielle, en avait obtenu bien plus.

 

Détestations recuites et réciproques

 

Le résultat est donc le produit de marchandages inhérents à la politique, dans lesquels est également entré en considération l’accès au financement public (en fonction du nombre de candidats présentés et élus), ou encore la capacité de se constituer en groupe à l’Assemblée nationale (le seuil est de quinze parlementaires).

 

Le Canossa des défaits a non seulement été illustré par le faible nombre de circonscriptions électorales favorables qui leur a été alloué, mais également par un alignement sur les exigences programmatiques de La France insoumise. Finalement, la somme des contorsions sémantiques, des silences assourdissants, ou bien des reniements consentis par les écologistes et les socialistes, principalement à propos de l’Union européenne, pèse lourd.

 

Cela n’en fait cependant pas un programme de gouvernement, contrairement à ce que Jean-Luc Mélenchon va probablement s’efforcer de faire accroire pour combattre une abstention qui pourrait tout particulièrement le pénaliser en juin. Si on lui applique l’analyse qu’il a été prompt à développer, le vote utile à gauche qui a porté le chef de La France insoumise au premier tour ne vaut sans doute pas plus adhésion à son programme de rupture que celui qui a permis la réélection d’Emmanuel Macron.

 

Même en écartant le facteur aggravant des détestations recuites et réciproques, les divergences entre les familles de la gauche exprimées pendant la campagne présidentielle sont réelles, profondes et insolubles dans une campagne législative. L’objectif de devenir la principale force d’opposition au président réélu peut permettre de s’en accommoder, tant bien que mal, à titre provisoire. Pas celui d’exercer les responsabilités.

 

 

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 17:20

En aval du pont Régemortes, vue depuis la rive gauche

En amont du pont Régemortes, vue depuis la rive gauche / © Jean-Marc Teissonnier- ville de Moulins

La France contre elle-même, enquête d'un journaliste franco-suisse sur la  ligne de démarcation | Global Geneva

La France contre elle-même

Charles Péguy recommandait de « Regarder la France comme si on n’en était pas ». J’ai tenté de le faire. Avec la conviction que la France s’épuise à se battre contre elle-même. Et à se refuser telle qu’elle est. Georges Bernanos affirmait, dans La Liberté pour quoi faire ? : « Ce n’est pas servir la France que de répéter à tort et à travers qu’elle se porte bien, qu’elle ne s’est jamais mieux portée... Ah, des millions et des millions d’hommes se fichent absolument d’apprendre que nous ne désespérons pas de nous-mêmes : ce qu’ils souhaitent, c’est de savoir qu’ils peuvent espérer de nous. » Regard extérieur et foi dans la lucidité de la France : quelles meilleures armes pour comprendre ce que la démarcation de 1940 dit, peut-être, des fractures d’aujourd’hui ? et vice versa.

Grasset et Fasquelle (@EditionsGrasset) / Twitter

« La France contre elle-même » : critiques et éloge d’un pays divisé ICI 

 

Richard Werly, journaliste franco-suisse au « Temps », a sillonné les territoires de l’ancienne ligne de démarcation entre la France libre et la zone d’occupation nazie. Dans son ouvrage, il décrit comment l’ancienne fracture « raconte à sa manière la France d’hier et d’aujourd’hui ».

Par Alain Beuve-Méry

Publié le 24 mars 2022 à 05h00 

 

Livre. Lorsqu’on est suisse, la France reste un sujet d’étonnement constant. Correspondant du quotidien francophone Le Temps, Richard Werly rappelle que tout oppose la Confédération helvétique à son grand voisin : un multilinguisme imposé, une démocratie directe et une décentralisation poussée dans ses recoins les plus cachés, sans parler d’un goût cultivé pour le compromis et le consensus ! Bref, tout ce qui déplaît aux Français qui se vivent « imbibés de culture révolutionnaire », explique ce fin analyste de la vie politique française.

 

Installé à Paris depuis 2014, Richard Werly était aux premières loges pour assister aux soubresauts d’une France qui se déchire, avec la fronde des « gilets jaunes », événement qui a marqué le quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a eu l’idée de chausser les bottes du journaliste zurichois Herbert Lüthy (1918-2002), auteur d’un essai remarqué sur la France d’après-guerre, publié en 1955, A l’heure de son clocher, dont le titre fut choisi par Raymond Aron, alors directeur de la collection « Liberté de l’esprit » aux éditions Calmann-Lévy. Comme son prédécesseur, M. Werly entend porter un regard « sévère mais amical » sur la France d’aujourd’hui où, note-t-il, « des forces qui combattent pour elle, la plus forte demeure le passé ».

 

Le constat riche est à la hauteur des reportages faits dans treize départements français, mais pas n’importe lesquels : du Jura à Orthez, en passant par la campagne berrichonne et les coteaux de Touraine, il s’agit de ceux qui ont été balafrés par la ligne de démarcation séparant la France en deux, du 25 juin 1940 au 11 novembre 1942, selon les exigences de l’envahisseur nazi. Deux raisons expliquent ce choix. La première est privée : enfant, il a passé de longs séjours avec sa mère dans un hameau de la Nièvre, situé non loin du pont Régemortes à Moulins-sur-Allier, un des principaux points de passage de la ligne.

 

Joli tour de force

 

La seconde repose sur une intuition journalistique : les très fortes analogies que cette période historique clé comporte avec la situation contemporaine. « Comment ne pas constater une certaine résonance, entre le débat actuel sur la mondialisation et la prétendue mainmise de l’Union européenne sur la France… et l’idéologie de la révolution nationale pétainiste fondée sur le triptyque souverainiste “Travail, Famille, Patrie” », écrit-il.

 

Richard Werly est ainsi parti à la rencontre de cette « France du vide » et dessine un « archipel français » bien différent de celui décrit par le directeur du département opinion de l’IFOP, Jérôme Fourquet, dans le livre éponyme publié en 2019, au Seuil. Le sien est plus en adéquation avec L’Identité de la France, décrite par Fernand Braudel : les permanences plutôt que les réalités fluctuantes. « La ligne raconte à sa manière la France d’hier et d’aujourd’hui : bureaucratique, courageuse, inventive, apeurée », écrit-il.

Par ces reportages sur l’ancienne ligne de démarcation, Richard Werly réussit un joli tour de force. Il parvient à « réveiller les mémoires des gens ordinaires pour démontrer que ce qui lie les Français entre eux est plus important que ce qui les sépare ».

 

« La France contre elle-même », de Richard Werly, Grasset, 252 pages, 20,90 €.

 

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7 mai 2022 6 07 /05 /mai /2022 06:00

Le vin n'est pas fait pour être reniflé Génération Vignerons

ICI

Hier j’ai tartiné sur le pain, alors je me suis mon vieux faut aussi que liche des lignes sur le vin qui est ton fond de commerce.

 

Pour ce faire, sans me fouler, je me suis rabattu sur le Figaro-Vins qui se fouille le cervelet afin de trouver des sujets un peu plus juteux que les accords mets-vins.

 

Mon titre n’a rien d’ironique, il correspond à ce que je pense du baratin sur le vin, qui ravit Nicolas de Rien, on en fait des tonnes et, vraiment je ne suis pas désolé d’être un mécréant du vin.

 

« Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console. »

Charles Egerton Osgood

 

« Châtrez « désopilant”, et vous avez « désolant »

Pierre Dac

 

« La liberté c'est de ne jamais avoir à dire qu'on est désolé. »

Ambrose Bierce

Les nouvelles dégustations de vin...

Alexandre Schmitt, nez et consultant : « Pour bien décrire un vin, il faut savoir le trahir »

Reconnu comme l’un des plus grands nez au monde, consultant en assemblage de vins auprès de prestigieux châteaux bordelais, Alexandre Schmitt nous parle de la nécessité d’un « langage commun» en matière de vin.

Par Alicia Dorey

Publié le 01/05/2022

 

LE FIGARO. – Pourriez-vous revenir sur votre parcours, et m’expliquer comment est-ce que l’on passe de la parfumerie à l’œnologie ?

 

Alexandre SCHMITT. – Cela remonte à l’adolescence, lorsque mon père m’a imposé les sciences alors que j’avais plutôt un intérêt pour la musique et l’art en général. J’ai cherché une forme de compromis entre les deux, et j’ai trouvé cette école de parfumerie à Versailles (l’ISIPCA, fondée en 1970 par Jean-Jacques Guerlain, NDLR). J’ai tout fait pour y entrer, je me suis acheté des huiles essentielles afin de m’entraîner seul… J’étais très motivé ! J’ai réussi à intégrer cet établissement, en ayant en parallèle présenté un dossier auprès de la faculté d’œnologie. Lorsque je suis arrivé sur le marché de la parfumerie, j’ai réalisé que seulement 10 multinationales se partageaient le marché mondial, et que hormis quelques entreprises indépendantes, il était difficile de trouver un poste où être vraiment libre de créer des parfums. À l’époque, je connaissais déjà Jean-Claude Berrouet, chef de cave de Petrus, et les choses se sont faites naturellement. Petit à petit, je suis entré dans le monde du vin. Il y a beaucoup de lien entre le parfum, la littérature et le vin, mes trois passions, qui m’ont permis de développer un enseignement unique au monde.

 

  • Le vin était-il une passion antérieure à votre intérêt pour le parfum ?

 

À Bordeaux, il est impossible de ne pas avoir de connexion avec le milieu du vin. Mon grand-père était négociant, et avait stocké des caisses de Cheval Blanc et autres grands châteaux qui, s’il manquait une bouteille, était invendables. Nous en avons donc gardé, et durant toute mon enfance j’ai assisté à ce cérémonial très précis qui consistait à ouvrir une bouteille avec précaution, à la bougie, etc. Je pense que ma passion du vin est née là.

 

 

  • Les arômes sont-ils selon vous la pierre angulaire de l’équilibre d’un vin ?

 

Je ne pense pas. C’est une part congrue, dans la mesure où la beauté du vin se trouve dans l’harmonie, dans l’équilibre entre la bouche et le nez. La part tactile est importante et fait une grande différence. En ce sens, un grand vin n’est pas forcément aromatique. Un Médoc, par exemple, n’est pas forcément très aromatique, mais ce qui fait la différence, c’est le toucher en bouche. Au vieillissement, il pourra développer des arômes plus fins, plus délicats, mais pour un journaliste, il est parfois difficile de décrire ces vins-là. C’est bien le travail en bouche qui domine. La part aromatique des vins jouit d’une grande focalisation ces dernières années, mais ce n’est pas le plus probant.

 

  • Justement, entre le sommelier, l’œnologue, le journaliste ou l’amateur, comment prendre en considération la subjectivité de chacun dans son approche d’un vin ?

 

La suite ICI 

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6 mai 2022 5 06 /05 /mai /2022 06:00

Pain de Paris, pain de Gonesse - La boulangerie... de Jean-Pierre Blazy -  Grand Format - Livre - Decitre

La route du blé est-elle en danger avec la guerre déclarée par la Russie à l’Ukraine, deux greniers à blé. Certes le blé ne sert pas qu’à faire notre pain quotidien, il est la pitance des cochons et des poulets bodybuildés, mais, sans être un locavore, il serait intéressant de repenser notre approche de la sécurité alimentaire en s’inspirant de la sagesse du passé.

 

La fête de la boulange ICI

par Maïté Bouyssy

13 octobre 2021

« Je voudrais en avoir sans cesse, / On l’appelle pain de Gonesse » : ainsi s’exprimait un poème du XVIIe siècle, et c’est cette économie du blé et de la boulange que présente Jean-Pierre Blazy, dont le travail est parfaitement complémentaire des recherches de Steven Kaplan sur les boulangers de Paris au XVIIIe siècle. Blazy est à la recherche de la vie socio­économique qui a permis à la Franciade, le vrai « Pays de France », de fonctionner pour les marchés forains de Paris, alors que Kaplan s’est davantage consacré à la fabrique intra muros du « meilleur pain du monde ».

 

Jean-Pierre Blazy, Pain de Paris, pain de Gonesse. Préface de Jean-Marc Moriceau. Créaphis, 376 p., 28 €

 

Jean-Pierre Blazy montre l’écosystème que portèrent ces plaines à blé du nord de Paris, dont le cœur va de Bonneuil à Goussainville, Villiers-le-Bel, Arnouville et alentours. Elles nourrirent une précoce densité de population, et s’y établit un système de fermage qui permit à une moyenne bourgeoisie rurale de combiner les métiers de laboureur et de boulanger tandis que la bluterie se faisait dans les moulins de la petite vallée du Croult. Des dynasties, tels les Destors, s’adonnaient aux différents métiers du blé et finirent en boulangers et marchands parisiens, d’autres en robins, voire, pour le dernier, en notable élu politique et bienfaiteur de l’hôpital de Gonesse.

 

Ce système était fondé sur la location des terres des ordres religieux qui possédaient 40 % des sols alors que les paysans laboureurs, malgré leur aisance, ne passèrent que de 11 % à 18 % de la propriété au cours du XVIIIe siècle. On sait l’emprise qu’avaient les carmélites de Saint-Denis ou l’Hôtel-Dieu de Paris. C’est à partir de leurs contrats que s’établit la grande culture sur de vastes exploitations de plus de 100 hectares, et une cinquantaine de plus de 200 hectares. Les fermiers ne devaient pas seulement une rente matérielle à ces institutions mais leur position les protégeait directement ou indirectement en cas de trouble et de guerre au XVIIe siècle. Ce sont en revanche la paix, le démarrage et le libéralisme économique du XVIIIe siècle qui ruinèrent ce système au profit des marchands blatiers et de nouveaux blutages qui permirent le pain noir des pauvres. Au fil du siècle, Gonesse passa de 3 400 à 2 200 habitants. En 1790, il ne restait que sept boulangers laboureurs, même les chertés ne leur profitaient plus, car ils s’endettaient auprès des meuniers. Quand les initiatives de Turgot suscitèrent des oppositions en 1776, on parla de « guerre des farines » et non plus de la rareté du pain.

 

Le village de Gonesse fut néanmoins considéré comme un des plus beaux de France, fort de ses maisons à toit de chaume puis de brique qui s’ouvraient par une vaste porte charretière sur une cour avec dépendances tant pour les employés – car ces exploitations comprenaient un personnel varié — que pour le fournil, le bois nécessaire aux cuissons (la bourre), les greniers. Il fallait aussi des écuries et des étables : c’est en voiture à cheval que le pain était porté les mercredis et les samedis par la route des Flandres vers une douzaine de marchés de la rive droite à Paris. Les étables étaient tout aussi nécessaires, les moutons appartenant aussi au système de l’assolement céréalier (ils entretiennent les soles moissonnées et fument la terre qu’ils pacagent).

 

Ce livre toujours vivant et précis donne la synthèse des travaux de l’auteur et de tout ce qui a été étudié à la suite et sous la direction de Guy Fourquin (thèse de 1963) puis de Robert Muchembled à Paris X, outre les travaux de Jean-Marc Moriceau (1992). Il témoigne aussi de l’attachement de la communauté savante de ces lieux à leur histoire, non point conçue comme une déréliction mais comme une entité autonome qui peut témoigner de tous les événements économiques et politiques d’une vie rurale si proche, si déterminante et déterminée par la capitale, mais qui ne fut aucunement une relégation, ni la misère pour tous. Le pain de Gonesse rimait bien avec allégresse.

 

 

 

 

Pain de Paris, pain de Gonesse, de Jean-Pierre Blazy

Le pain de Gonesse à la fin du XVIIe siècle [article] ICI

Claude Gindin 

Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine Année 1972  19-3  pp. 414-433

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à suivre ICI

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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 06:00

 

Qui se souvient du juge Halphen ? (1)

 

Pas grand monde...

 

Et de Gaston de Pawlowski ? (2)

 

Personne sauf Lunettes Rouges alias mon ancien collègue de la SVF Marc Lenot

 

Et de L’Angélus et des Glaneuses de Jean-François MILLET ?

 

Le monde entier !

 

Et de Jean-Charles MILLET ?

 

Personne sauf Éric Halphen ...

 

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  1. (1) Magistrat connu pour son instruction de l’affaire des HLM de Paris au début des années 2000, Éric Halphen est aussi écrivain. Auteur de romans noirs et policiers, il s’attaque cette fois-ci au récit non-fictionnel, avec l’affaire dite « des faux Millet », qui défraya la chronique dans les années 1930. Dans Le faussaire de la famille, qui parut le 10 février 2022, il revient sur l’histoire de Jean-Charles, petit-fils du peintre Jean-François Millet, qui n’a pas hésité à vendre plusieurs œuvres faussement attribuées à son grand-père, bernant ainsi marchands d’arts et musées…

 

Des marchés attribués « aux copains du RPR »

 

« A l’époque, on parlait d’Etat RPR (Rassemblement pour la République), explique Éric Halphen. Les marchés de la ville de Paris se comptaient en dizaines et centaines de millions d’euros et ils étaient donné uniquement aux entreprises qui étaient dirigées par les copains du RPR et du maire de Paris ».

 

« Jacques Chirac n’aura pas laissé que de bons souvenirs. Surtout, il aura montré le mauvais côté de la politique, c’est-à-dire celui où l’on se sert des marchés publics pour enrichir un parti afin d'arriver au pouvoir. C’est triste quand quelqu’un meurt mais je retiendrai surtout le chef de l’Etat qui a abaissé la fonction présidentielle, car il est arrivé au pouvoir par de mauvais chemins »

 

 

PUBLIÉ LE 24 JANVIER 2013 PAR LUNETTES ROUGES ICI 

  1. (2) Hommage à Gaston de Pawlowski

 

Gaston de Pawlowski — Wikipédia

 

Que vient donc faire le fondateur du Canard Enchaîné et de l’Union Vélo-cyclopédique de France, l’inventeur de l’adorable appareil à sécher les larmes et du politiquement incorrect silencieux pour dames, le promoteur des tableaux remuants et l’inspirateur du Grand Verre, l’adepte du cri-cri pinçon pour faux appas et l’auteur du précurseur Voyage au pays de la quatrième dimension (réédité avec une préface de Jean Clair…) dans une respectable mais audacieuse galerie de la rue Saint-Claude ?

 

Le Faussaire de la famille : Halphen, Éric: Amazon.fr: Livres

L’ART DU FAUX

 

« Dans un article titré Il n’y a pas de faux tableaux paru peu après l’arrestation de Jean-Charles dans l’hebdomadaire satirique Cyrano, Gaston de Pawlowski, écrivain, critique littéraire et reporter sportif, ne comprend pas « en quoi un tableau ou une statue peuvent être assimilés à un billet de banque, si ce n’est par les marchands et les acheteurs mercantis qui ont transformé l’art en simple valeur de spéculation » alors qu’au « point de vue purement artistique, il n’y a pas de faux ou de vrais tableaux, mais des œuvres bonnes ou mauvaises, quel qu’en soit l’auteur ». Il considère qu’en revanche « les faux connaisseurs sont innombrables, je veux dire ceux qui achètent aujourd’hui une œuvre d’art, non point pour le plaisir qu’elle leur procure, mais pour les bénéfices futurs qu’ils espèrent en tirer (...) Faute de pouvoir juger de la valeur d’un œuvre au strict point de vue artistique, le public a pris l’habitude de ne l’estimer qu’en gros sous, et les Américains, sur ce point, sont passés maîtres. Du moment qu’on leur affirme qu’une chose vaut tant, ils achètent et l’admirent ».

 

Et le chroniqueur d’ajouter : « Pour un véritable amateur d’art, ce n’est point la valeur marchande d’une œuvre qui peut donner une indication quelconque, mais la manière du peintre, la trace évidente de son génie. Il peut fort bien arriver, du reste, qu’un peintre de grand talent fasse certain jour de très mauvaises choses, tandis qu’un humble copiste peut avoir, par contre, un jour, une inspiration de génie. Qu’importe la signature ou l’absence de signature ! si l’œuvre est belle, cela doit suffire amplement. »

 

Enfin, après avoir rappelé que, des « contrefacteurs officiels », « il n’y eut que cela dans les ateliers des grands maîtres d’autrefois », à savoir « les élèves du maître, chargés de terminer ses tableaux suivant la même technique et les mêmes procédés de métier », il écrit que « les contrefacteurs d’aujourd’hui, les faussaires comme on les appelle, en sont tout simplement des élèves à la manière d’autrefois, et ces élèves sont rares ».

 

Dans la même veine, Jean Cassou, écrivain, futur résistant et critique d’art, écrit dans Marianne durant le procès de 1935 que la contrefaçon, « quand elle est appliquée, quand elle est sincère, doit apparaître comme un hommage, fatal et peut-être nécessaire, rendu au génie ». Soutenant qu’un style, qu’il s’agisse de celui de Corot – lorsqu’on lui apportait des toiles douteuses à lui attribuées, il rangeait d’un côté celles qui lui semblaient intéressantes, de l’autres les médiocres, en concluant que seules les premières étaient de sa main – ou de celui de Millet, n’est « qu’une interprétation du monde, qui n’a aucune valeur absolue », il considère comme normal que « des esprits soumis et modestes, comme le sont les contrefacteurs, s’y arrêtent, l’exploitent, lui confèrent quelque durée », puisque dans la mesure où « tout le monde ne peut pas inventer ou créer », il faut aussi qu’il y ai des « vulgarisateurs ». Il finit son article sur une note d’espoir : « Il y a peut-être en Jean-Charles Millet l’étoffe d’un grand peintre et qui serait l’égal de son grand-père. »

 

Pages 209 à 211

 

Jean-Charles Millet peint lui aussi. Si sa technique n’est pas mauvaise, il manque d’originalité et se cantonne aux thématiques traitées par son grand-père. Les seules œuvres qu’il vend sont des croquis « à la manière de Jean-François Millet » proposées aux visiteurs du musée consacré à son aïeul à Barbizon, en Seine-et-Marne. (Crédit : Jean-Charles Millet / Wikicommons)

Le faussaire de la famille", d'Éric Halphen ou l'obsession de la contrefaçon ICI 

 

Coup de cœur lecture

Par Eve Charrin

Publié le 13/02/2022 

 

 

Chaque dimanche, « Marianne » isole parmi la foisonnante production littéraire un livre coup de cœur. Cette semaine : « Le faussaire de la famille », du magistrat Éric Halphen, enquête sur une usurpation familiale dans le milieu de la peinture.

 

Magistrat anticorruption puis antiterroriste, de surcroît auteur d’une demi-douzaine de polars, Éric Halphen aime l’enquête. Judiciaire ou littéraire, il la mène en professionnel chevronné, pas du genre à lâcher l’affaire. À moins que les affaires refusent de le lâcher : « On n’échappe pas à sa vie », écrit-il non sans mélancolie dès les premières pages du Faussaire de la famille.

 

La preuve ?

 

À ses heures perdues, le juge s’intéresse à la peinture impressionniste, il convoite sur eBay un dessin de Jean-François Millet (1814-1875), célèbre peintre des Glaneuses et de l’Angélus. Las, une rapide recherche sur Internet lui apprend que le cachet « JFM » a été usurpé par le propre petit-fils du maître, Jean-Charles Millet (1892-1944). Démasqué, le faussaire a été jugé et emprisonné à deux reprises dans les années 1930. Un sujet en or pour le magistrat-écrivain, ainsi arraché à la contemplation des « paysages de Barbizon » et brutalement ramené à l’enquête : « Ta mission ici-bas est de t’occuper des infractions, mon gars ».

 

UNE TRANSGRESSION MAJEURE la suite ICI

 

 

Le faussaire de la famille, d’Éric Halphen. Éd. Buchet-Chastel, 256 p., 19,90 €

 

Jean-François Millet (1814-1875), bien qu’artiste reconnu, ne connaîtra jamais la fortune. La cote de ses œuvres s’envolera seulement après sa mort, en 1875. (Photo : Nadar / Wikicommons / domaine public)

Le juge Éric Halphen raconte dans un nouveau livre la fascinante affaire des faux Millet ICI 

 

 

Amateur d’art à ses heures perdues, le juge Éric Halphen avoue chiner des tableaux du XIXe siècle sur le site d’enchères en lignes eBay. C’est ainsi que, par hasard, il découvre cette histoire incroyable, oubliée aujourd’hui, qui fit pourtant grand bruit à l’époque et passionna la presse et l’opinion publique : l’affaire des faux Millet. 27 février 1935 : Jean-Charles Millet est condamné à six mois de prison ferme et 500 francs d’amende confirmés, pour abus de confiance et apposition de fausse signature, par le tribunal correctionnel de Fontainebleau. Cinq ans auparavant, il a déjà été écopé d’un an de prison ferme pour escroquerie et émission de chèques sans provision. Rien de très original au premier abord. Mais c’est en regardant l’ascendance du personnage que ce fait divers prend une autre dimension…

 

Jean-Charles Millet n’est pas n’importe qui. Il est le petit-fils de Jean-François Millet (1814-1875), artiste internationalement reconnu, auteur de chefs-d’œuvre comme L’Angélus et Les Glaneuses. S’il n’a pas connu son grand-père, il ne peut échapper à la figure tutélaire de cet artiste, dont la mémoire est entretenue par toute la famille, notamment à Barbizon, le village de Seine-et-Marne où celui qu’on surnomme « le peintre paysan » avait posé ses valises, après avoir fui le tumulte de la vie parisienne.

 

C’est d’ailleurs ici que Jean-Charles passe une partie de son enfance, puisque ses propres parents se sont installés dans la commune. Le jeune homme côtoie donc nombre de peintres venus en pèlerinage sur les traces du fondateur de « l’école de Barbizon ». Lui aussi se rêve artiste, il s’inspire du style et des thèmes de son grand-père, restant dans le registre naturaliste, l’originalité et le génie de son aïeul en moins…

 

Seul André Douhin, un marchand d’art qui a transformé l’ancienne maison de Jean-François Millet en petit musée qui attire déjà les touristes, lui commande quelques œuvres « dans le genre de Millet » pour les vendre dans la boutique, plus attiré par le nom du créateur que par ses réels talents.

 

La naissance de l’arnaque

 

Ainsi, Jean-Charles se retrouve à reproduire, dans le style de son grand-père, des dessins représentant l’église du village, les fermes ou les champs des environs qui auraient inspiré l’illustre artiste. Entre le cadeau souvenir et le produit dérivé avant l’heure, en quelque sorte… Le tout pour quelques sous. « La conclusion est évidente. Si Jean-Charles ne peut être l’égal du maître, s’il ne peut à son tour exister en tant que peintre, il ne lui reste qu’une solution : s’effacer », écrit Éric Halphen.

 

La suite ICI 

 

 

 

Lors de ses procès (ici à Melun, en correctionnelle, en 1935), Jean-Charles Millet a évoqué sa volonté de venger son grand-père, exploité selon lui par les marchands d’art qui se sont enrichis sur son dos. (Crédit : Agence Rol / BNF / domaine public)

 

La une du Journal, daté du 8 mai 1930, met en scène l’arrestation de Jean-Charles Millet et de son complice. L’enquêteur à la tête des policiers qui interpellent les deux escrocs n’est pas n’importe qui. Il s’agit de Jules Belin, membre de la première « brigade du Tigre », qui a déjà appréhendé à l’époque le tueur en série Landru et le célèbre chef de la bande à Bonnot. (Crédit : Le Journal / BNF / domaine public)

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3 mai 2022 2 03 /05 /mai /2022 06:00

 

Ce n’est pas moi qui le dis mais Richard Werly

journaliste pour Blick.

 

Il parle d'avenir

Avec Mélenchon, la gauche française a trouvé sa « marque»

 

 

Dans la vie que je vis les marques n’ont jamais été ma tasse de thé, ni pour l’alimentation, les vêtements, les autos, les vélos et tout ce que j’achète avec mes gros sous.

 

Je préfère choisir mes produits pour ce qu’ils sont réellement, leurs qualités, leurs origines, leur naturalité.

 

Bref, je me méfie d’une « union » bouclée vite fait mal fait sur le gaz de la rouste pour les uns : EELV, PS, PCF, et la « victoire autoproclamée » pour la nouvelle marque de la gauche.

 

Dans cette hâte les négociateurs poussent la poussière, les désaccords, dont certains sont de premiers ordres pour qui souhaite gouverner le pays, sous le tapis, afin de conclure un partage de circonscriptions gagnables. C’est de la bonne vieille cuisine électorale.

 

Reste que c’est bien beau de se partager le gâteau avant de l’avoir créé, encore faudra-t-il trouver des candidats locaux qui puissent séduire les électeurs avec un programme d’Union qui ne brille par sa clarté et sa sincérité.

 

Pour faire une blagounette, Mélenchon fait une OPA sur les confettis de l’ancienne gauche, des confettis eux-mêmes de couleurs mêlées, comme aurait dit mon pépé Louis, pour que les bœufs enjugués tirent le charroi en harmonie il leur faut un bon toucheur sachant manier l’aiguillon. C’était le cas de Tonton, le roi de l’ambiguïté, pas sûr que notre Mélenchon soit doté de cette « qualité ».

 

 

 

À l’heure où vous lirez ces lignes, l’affaire est entendue. Emballée. Pliée. En route pour les législatives françaises des 12 et 19 juin. Négocié ce week-end, l’accord entre la « France insoumise » et Europe Ecologie-Les Verts vient d’être bouclé dimanche soir. Une centaine de circonscriptions législatives promises aux Verts, alors que socialistes et communistes continuent de négocier avec la formation de Jean-Luc Mélenchon.

 

Car au fond, tout tourne autour du député de Marseille, 70 ans, fort de ses 22% des suffrages au premier tour de la présidentielle. Environ 400'000 voix d’écart avec Marine Le Pen, qualifiée de justesse pour le second tour puis battue par Emmanuel Macron. Beaucoup avaient ce mot-là aux lèvres ce dimanche 1er mai, dans le cortège syndical qui a traversé Paris pour la fête du travail, tandis que les « black blocs » cassaient des vitrines sur le passage des manifestants : « Mélenchon au second tour, cela aurait été un tout autre spectacle !»

 

Il est désormais la « marque » qui compte

 

Mais oublions un moment le contenu des négociations. Parlons audimat, empreinte médiatique, force de persuasion, nom en forme de slogan : Jean-Luc Mélenchon a franchi le pas au fond des urnes, le 10 avril. Il est désormais « la » marque qui compte.

 

On parle de Mélenchon. On reprend ses bons mots, comme cette accusation lancée contre Emmanuel Macron de vouloir « vendre le pays à la découpe » au capitalisme mondialisé. On sourit, admiratif, de ses onze hologrammes qui, le 5 avril, transformèrent son meeting de Lille en grand-messe politique de la contestation nationale par image électronique interposée.

 

La suite ICI 

 

 

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