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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 06:00

Rudolf Steiner — Wikipédia

La biodynamie est très tendance même G.B., le géo-attrape-tout de South of France, s'est converti à la « préparation 500 », tout, comme Marilyn Monroe lectrice de Rudolf Steiner

 


Marilyn Monroe avait-elle acquis des concepts anthroposophiques ? La Diva était-elle partisane de Rudolf Steiner, impliquée par les écrits du fondateur de l'anthroposophie ?



En fait, les preuves furent apportées que Marilyn était entrée en contact par l'intermédiaire de son professeur préféré par intérim, Michael Tschechow (1890-1955), avec les écrits de Steiner. Michael Tschechow, neveu du dramaturge Anton Chekhov, qui a été profondément inspiré par les approches de Rudolf Steiner et ses représentations théâtrales ( Drames-Mystères et formations eurythmiques ).



Les références sur Internet semblent confirmer que Marilyn était familière avec les écrits de Rudolf Steiner. Dans la biographie de Marilyn Monroe par Fred Lawrence Guiles: " Norman Jean : la vie de Marilyn Monroe ", une rencontre entre Dame Edith Stiwell,une poétesse et Marilyn est décrite. Ce qui était prévu comme un mets de choix journalistiques, entre ces différentes personnalités, s’avéra être une conversation familière presque amicale.

 


Le contenu de la conversation tournait apparemment autour de la biographie de Steiner, en anglais: « The Course of My Life »
Dame Edith écrira plus tard sur la réunion: " à l'occasion de notre rencontre, elle portait une robe verte et avec ses cheveux jaunes ressemblait à une jonquille ! Nous avons parlé principalement, je me souviens, de Rudolf Steiner, dont elle avait fini de lire certaines œuvres. « Son visage était reposé comme étrangement prophétique avant les tragiques moments à venir (…) »



Toutefois, le contenu exact de la conversation entre les deux resta caché auprès des sources dont je disposais. Un document de l'écrivain, Tom Mellett, semble toutefois confirmer les soupçons. Tom Mellett m’indiqua qu'il fut en contact avec Agnès Macbeth. La bibliothécaire et l'épouse de l'écrivain Norman Macbeth auraient envoyés plusieurs livres et écrits de Rudolf Steiner auprès de Marilyn. Tom Mellett écrit: « Et bien que Marilyn avait une réputation de lenteur et d'irresponsabilité sur ses tournages, Agnès m'a assuré que Marilyn était très consciencieuse et ponctuelle à retourner les livres ici. »



Selon Tom Mellett, il émerge des lettres, envoyées par Marilyn à Agnès Macbeth, que Marilyn utilisa la " délicate plante de l'anthroposophie" dans les dix dernières années de sa vie intérieure. Sur la situation réelle, nous ne pouvons que spéculer sur la base de ces sources. En tout cas, c'est seulement une idée sympa que Marylin, dont l'existence qui fut souvent assombrie par des doutes sur elle-même résultant des toxicomanies, ait eue accès aux thèmes spirituels.

  

L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme

 

Quoi de commun entre l’agriculture biodynamique, une école à la pédagogie atypique, une grande entreprise de cosmétiques, un investissement dans une ferme éolienne ? Tous sont liés à l’anthroposophie, un courant spirituel fondé au début du XXe siècle par Rudolf Steiner. Discret mais influent, ce mouvement international dispose de relais économiques et politiques… jusqu’au sein du gouvernement français.ICI

 

Au Goetheanum, cœur de l'univers anthroposophe - Le Temps Le Goetheanum, à Dornach (SO), dans sa version finale. Rudolf Steiner mourra avant de le voir achevé. — © Wladyslaw Sojka/www.sojka.photo ICI

Pianté au sommet d’une colline, un monolithe domine la commune de Dornach (canton de Soleure, Suisse) : le Goetheanum. Le bâtiment abrite le siège de la Société anthroposophique universelle, fondée en 1923 par l’occultiste Rudolf Steiner (1861-1925). Philosophe, théologien, poète, économiste, botaniste, diététicien, artiste, historien, dramaturge, Steiner ne dédaignait pas non plus l’architecture. Concepteur de cet édifice imposant, il a également dessiné plusieurs bâtisses environnantes ainsi qu’une sculpture de neuf mètres, Le Représentant de l’humanité. L’ensemble compose un campus de l’ésotérisme divisé en douze sections, dont celle d’« anthroposophie générale », spécialisée dans « les recherches sur la réincarnation, le karma, la christologie et l’étude des hiérarchies spirituelles ». À l’intérieur du Goetheanum, le visiteur peut acquérir des portraits de Steiner de tout format ainsi que les 354 volumes numérotés de ses œuvres complètes (1).

 

Un escalier nous conduit à la grande salle : mille fauteuils, une fresque New Age au plafond, des vitraux, de grands piliers sculptés, un orgue de tribune au-dessus du portail, une scène. Lorsque les rideaux s’ouvrent en ce 23 mars 2018, deuxième journée de l’assemblée générale de la Société anthroposophique universelle, les participants découvrent des danseurs faisant onduler leur vêture pour une démonstration d’eurythmie, une pratique ritualisée par Steiner, où les mouvements permettraient à l’adepte de se relier aux « forces cosmiques ». « Vous aussi, vous pouvez participer », lance M. Stefan Hasler, responsable de la section des arts de la scène. Des centaines d’anthroposophes assis dans des fauteuils étirent soudain leurs bras pour reproduire la gestuelle en psalmoldiant en allemand : « Âme de l’homme ! Tu vis dans la pulsation cœur-poumons, qui par le rythme du temps te mène à ressentir l’essence de ton âme. »

Une réaction à la modernité la suite ICI 

Philosophie et anthroposophie - broché - Rudolf Steiner, Livre ...

L'anthroposophie est-elle une secte ? ICI

Si nous faisons aujourd’hui le choix de publier cette brochure, c’est parce que nous constatons et ce depuis de trop nombreuses années, « l’infiltration » d’une pensée ésotérique dans les milieux dits alternatifs, écologistes, libertaires ou anarchistes. Cette « bienveillance »  crée des ravages parce qu’elle induit une incapacité à penser le monde, la lutte et l’exploitation de manière rationnelle. Elle est une porte grande ouverte sur le monde du conspirationnisme et s’inscrit dans un cadre réactionnaire et fasciste.

 

L’anthroposophie est une source majeure et première de cette pensée et les imposteurs, de Rahbi à « Kokopelli », puisent directement leurs idées et rhétoriques dans ce bourbier. À celles et ceux qui font encore trop souvent référence à ces mouvements et qui pensent encore que Steiner était avant tout un humaniste, nous conseillons vivement la lecture de ce qui suit.

 

Anthroposophie et éco-fascisme a été traduit par nos soins depuis l’article original, disponible à cette adresse ICI  

 

Malgré tout le soin apporté à notre travail, il se peut que quelques coquilles se promènent encore entre les lignes. Si vous en apercevez, n’hésitez pas à nous en faire part par courriel !

 

Chimères Éditions, décembre 2018

chimeres-editions@protonmail.com

https://chimereseditions.noblogs.org

L'Étoilée | Éditions Novalis - L'anthroposophie, son être, son essence

L’anthroposophie en pratique : les écoles Waldorf & l’agriculture biodynamique

 

L’école de Stuttgart s’est avérée être le plus gros succès des anthroposophes, avec à ses côtés une usine pharmaceutique, baptisée Weleda du nom d’une oracle de la culture nordique. Les écoles Waldorf sont désormais implantées dans de nombreux pays et affichent généralement une solide image progressiste. S’il y a indubitablement des aspects progressistes dans la pédagogie Waldorf, beaucoup d’entre-eux ont été absorbés à partir des intenses fermants qu’ont été les théories de pédagogies alternatives qui ont prévalu lors de la première moitié du XXème siècle. Mais il y a plus que l’apprentissage holistique, l’expression musicale et l’eurythmie dans la pédagogie Waldorf.

 

L’anthroposophie classique, avec ses notions de race-racine et d’âme nationale, constitue le « programme sous-jacent » des écoles Waldorf. Dans leurs cercles, les anthroposophes eux-mêmes avouent que l’idée du karma et de la réincarnation est « à la base de la vraie éducation ». Ils croient en ce que chaque classe d’élèves choisit son professeur et réciproquement et ce avant la naissance. La tâche du professeur dans l’école Waldorf est d’assister chaque enfant à s’incarner complètement. Steiner lui-même demandait que les écoles Waldorf soit dirigées par « des professeurs ayant acquis une connaissance de l’homme venant du monde spirituel ». Plus tard, d’autres anthroposophes compléteront la vision de l’école Waldorf : L’éducation est essentiellement fondée sur la reconnaissance de l’enfant comme un être spirituel, possédant un certain nombre d’incarnations avant lui, qui retourne à  la naissance dans le monde réel, dans un corps qui sera lentement modelé en instrument par les forces de l’âme spirituelle qu’il a apportées avec lui. Il a choisi ses parents pour lui-même car ils peuvent lui apporter ce dont il a besoin pour accomplir son karma et inversement, ils ont besoin de cette relation afin de compléter le leur.

 

Le projet scolaire des écoles Waldorf est structuré autour de différents niveaux de maturation spirituelle imposés par l’anthroposophie : de un à sept ans l’enfant développe son corps physique, de sept à quatorze son corps éthérique et de quatorze à vingt-et-un son corps astral. Ces niveaux sont supposés être marqués par des changements physiques : ainsi les kindergartners des écoles Waldorf ne peuvent entrer au premier niveau avant d’avoir perdu leur première dent de lait. De plus, chaque enfant est classé en accord avec la théorie médiévale des humeurs : un enfant Waldorf est soit mélancolique, colérique, sanguin ou flegmatique – la catégorisation est en partie basée sur l’apparence physique des enfants – et il sera traité en fonction par les professeurs.

 

En privilégiant davantage et ostensiblement les considérations « spirituelles» plutôt que les considérations cognitives ou psychosociales, l’uniformité statique de ce schéma semble pédagogiquement suspecte. Elle suggère également que la réputation des écoles Waldorf, censées développer une atmosphère éducative spontanée, centrée sur l’enfant et individualisée, est injustifiée. En réalité, le modèle d’instruction de Steiner est carrément autoritaire : il insiste sur la répétition et l’apprentissage par cœur, sur la place centrale du professeur au sein de la classe et sur le rôle des enfants, à savoir de ne pas juger ou même discuter les déclarations de ce dernier. Dans la pratique, les écoles Waldorf appliquent une discipline stricte, comprenant les punitions publiques.

 

Les sujets de prédilections de l’anthroposophie se retrouvent également au sein du projet scolaire des écoles Waldorf. Le jazz et la musique populaire sont souvent méprisés dans les écoles Waldorf européennes ; de même, le fait d’enregistrer de la musique sera mal vu, car considéré comme abritant des forces démoniaques. Au contraire, les élèves lisent des contes de fée, un ingrédient de base de la pédagogie Steiner. Certains sports sont également interdits et l’instruction artistique suit parfois de manière très rigide les préceptes de Steiner sur la couleur et les formes.

 

Pris ensemble avec les partis pris anti-technologiques et anti-scientifiques, la suspicion envers le rationalisme et les sorties occasionnelles de charabia racistes, tous ces facteurs indiquent que l’éducation Waldorf est discutable comme de nombreux aspects de l’entreprise anthroposophique.

 

Proche des écoles Waldorf, la version la plus répandue et apparemment progressiste de l’anthroposophie appliquée est l’agriculture biodynamique. En Allemagne ainsi qu’en Amérique du Nord, la biodynamie est une partie intégrante sur la scène de l’agriculture alternative. Beaucoup de petits paysans utilisent les méthodes biodynamiques dans leurs fermes et jardins ; il existe des vignes biodynamiques, la ligne de produits alimentaires biodynamiques siglée « Demeter », tout comme une profusion de brochures, de périodiques et de conférences sur la théorie et la pratique de l’agriculture biodynamique.

 

N’étant pas agriculteur lui-même, Steiner a introduit les lignes fondamentales de la biodynamie à la fin de sa vie, produisant de nombreux ouvrages sur le sujet, que les cultivateurs biodynamistes ont suivi plus ou moins rigoureusement. En pratique, la biodynamie converge souvent avec les principes de base de l’agriculture biologique. Elle met l’accent sur la fertilité des sols plutôt que sur le rendement des cultures, rejette les fertilisants chimiques et les pesticides et considère la parcelle ou l’exploitation comme un écosystème. Tous ces facteurs font de la biodynamie une approche sensible et biologique de la culture des sols. Mais il y a plus derrière les apparences.

 

L’agriculture biodynamique est basée sur les révélations de Steiner sur l’existence de forces cosmiques invisibles et de leurs effets sur les sols et les cultures. L’anthroposophie enseigne que la terre est un organisme qui respire deux fois par jour, que des êtres « éthériques » agissent sur elle et que des corps célestes en mouvement influencent directement la croissance des plantes. Ainsi les agriculteurs biodynamistes prévoient leurs semis pour qu’ils coïncident avec l’alignement de certaines planètes ou constellations, une partie de ce qu’ils considèrent comme « le processus spirituel naturel de la terre ». Parfois, cette approche « spirituelle » prend des formes inattendues, comme dans le cas de la « préparation 500 ».

 

Pour fabriquer la « préparation 500 », un composant essentiel de l’agriculture anthroposophique, les agriculteurs biodynamistes remplissent une corne de bœuf avec du fumier de vache, avant de l’enfouir dans le sol. Après l’y avoir laissé pendant un hiver entier, ils récupèrent la corne puis mélangent la bouse avec de l’eau pendant une heure selon un rythme spécifique, afin de préparer un engrais qui sera appliqué sur le sol. Toutes ces manipulations servent à canaliser « les radiations qui tendent à éthériser et à astraliser » et à « rassembler et attirer depuis le sol tout ce qui est éthérique et vivifiant ».

 

Les agriculteurs biologiques (qui ne sont pas anthroposophes) sont souvent enclins à considérer ces aspects fantaisistes de la biodynamie comme inutiles, ou comme des accessoires inoffensifs d’une autre technique agricole convenable. Même si de leur côté cette attitude possède un certain mérite, les adeptes de la biodynamie ne leurs rendent pas la pareille : ils soulignent que « l’agriculteur bio » peut bien cultiver « biologiquement », mais sans la connaissance de la manière de travailler avec les forces dynamiques – un savoir qui leur a été donné pour la première fois par Rudolf Steiner. Pour le meilleur ou pour le pire, l’agriculture biodynamique est inséparable de son contexte anthroposophique.

 

L’enthousiasme pour la biodynamie, cependant, s’est étendu bien au-delà des frontières de l’anthroposophie. À une certaine époque, elle a également constitué un vibrant appel pour certaines personnes qui partageaient son arrière-plan anthroposophique, le nationalisme et les intérêts occultistes. C’est en effet à travers l’agriculture biodynamique que l’anthroposophie a le plus directement influencé le cours du fascisme allemand.

L’intégralité de l'article ci-dessous

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 06:00

Modèle du virus SARS-CoV-2 en 3D, proposé par le studio Visual Science, le 11 mai.

Et si le fameux système, perverti par le serpent de mer du « néo-libéralisme », gonflé comme un soufflé par une débauche de mondialisation sauvage, d’externalisation à tout va, de consommation effrénée de produits importés de Chine, Vietnam, Bangladesh…, enserré  par le FMI dans une stricte discipline financière, ligoté par  des plans d’austérité aux effets contre-productifs, cache-sexe pour nous gaulois de nos faiblesses, de nos renoncements et de nos mauvais choix, venait d’être sauvé par la crise sanitaire qui oblige les dirigeants à jeter aux orties les outils forgés par des économistes dont l’art consiste à se planter systématiquement.

 

 Souvenirs :

 

VIVE LA CRISE !  Le sous-titre étonne : La grande mutation des années 80, racontée par Yves Montand. ICI 

 

 

C'était un dimanche ensoleillé d'avril de 2007, à un grand vide-greniers de la rue de Flandres, le numéro spécial de "Libération" Antenne 2 de février 1984, à même le sol, perdu dans une marée d'objets hétéroclites, me sautait aux yeux. Quel bonheur que de se retrouver projeté 23 années en arrière !

 

J'achetais bien sûr.

 

THE BIG SHORT: LE CASSE DU SIÈCLE", BANDE-ANNONCE - Planète Cinéphile

Puis il y eu la fameuse crise des subprimes en 2008

 

Bernard Madoff

 

Arrêté fin 2008 pour escroquerie, il a été condamné à 150 ans de prison pour avoir monté la plus gigantesque chaîne de Ponzi de l'Histoire. L'ex maître-nageur sauveteur à Long Island a fini par couler de nombreux investisseurs avec une escroquerie (estimée à près de 50 milliards de dollars) révélée par la crise financière de 2008. « Bernie » est devenu une star - incarné par Robert de Niro dans le téléfilm The Wizard of Lies sur HBO - en prison. Et il n'aurait pas perdu la main. Un journaliste a en effet révélé qu'il a monopolisé la totalité du chocolat en poudre pour le revendre plus cher dans la cour de la prison. Ce qui ne l'empêcherait pas d'être vu comme un « héros » par ses codétenus. Selon un ancien compagnon de cellule, quand il ne spécule pas sur la poudre (en chocolat), « Bernie » écouterait du rap et passerait son temps à la bibliothèque pour lire des livres de finance, mais aussi l'histoire du Petit Lord Fauntleroy.

 

« Ils savaient que les contribuables les renfloueraient. Ils n'étaient pas stupides, ils s'en foutaient ».

The Big Short : Le casse du siècle (2015)

 

Histoire vraie tirée du bestseller The Big Short: Inside the Doomsday Machine (À l’intérieur de la machine de la fin du monde), le cynisme et l’amoralité d’une certaine finance est encore plus marquée. On suit un trio de jeunes financiers interprétés brillamment par Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling. Ils découvrent la faiblesse du système de financement immobilier aux États-Unis.

 

Anticipant à plus ou moins long terme la crise des subprimes, ils vont parier sur la faillite du système. Les autres banques les regarderont agir sans y croire, tandis que leurs propres clients s’inquiéteront de ce pari. Alors qu’une partie du monde sera ruinée, les trois financiers feront fortune. « C'est un très bon film », estime l'investisseur Steve Eisman, qui a inspiré l’un des personnages, et dont le portefeuille est passé de 700 millions de dollars à 1,5 milliard durant la crise.

 

2020, la crise du Pangolin !

 

Billets de banque de différents pays ou régions. — © JASON LEE/REUTERS

 

La dette explose. Et alors?

 

Les gouvernements n’ont guère eu d’autres choix que d’avancer des dizaines de milliards pour éviter une catastrophe économique. Beaucoup craignent un endettement qui pèsera sur les prochaines générations dans les pays occidentaux. A l’inverse, il pourrait leur offrir une croissance plus durable

Mathilde Farine

 

Publié jeudi 11 juin 2020 ICI 

 

Rarement, en temps de paix, les gouvernements ont à ce point ouvert les vannes budgétaires. Les uns après les autres, à coups de dizaines de milliards de francs, d’euros, de dollars, les Etats ont injecté des liquidités dans des économies qu’ils ont eux-mêmes dû mettre provisoirement à l’arrêt.

 

Vertigineux?

 

Peut-être, mais c’est une bonne chose:

 

«Ils ont vite réagi, cela montre qu’ils ont tiré les leçons de 2008 où, en Europe surtout, ils avaient fait une erreur de diagnostic, en pensant que l’économie allait rebondir d’elle-même rapidement et fortement», une fois la tempête passée, assure Mathilde Lemoine, cheffe économiste à la banque Edmond de Rothschild.

 

Les chiffres sont spectaculaires.

 

En absolu et ramenés aux économies de chaque pays. Juste en dessous de 10% du PIB en Suisse, juste en dessus aux Etats-Unis, plus de 30% en Allemagne. Pourtant, ils le sont moins lorsqu’on les compare aux trous béants créés par la crise sanitaire: «Le Seco avance une perte de PIB de 25%. Les mesures prises, même si elles sont impressionnantes, ne la compensent pas», nuance Mathilde Lemoine, qui s’attend à une deuxième phase de relance.

 

Début de la phase deux

 

Le creusement des déficits n’est donc peut-être pas fini. Parce qu’après avoir paré au plus pressé pour éviter des faillites et un chômage de masse, s’être assuré que la machine reparte dès que possible, il faut maintenant se concentrer sur l’investissement, qui créera les conditions de la croissance, ajoute Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud Asset Management.

 

Si les emprunts n’évoquent a priori rien de positif, c’est en partie le fait de préjugés. Ou d’exemples de pays où la gestion financière a mal tourné, de fiascos historiques qui ont laissé des traces dans la mémoire collective. Or la crise n’est pas inéluctable. D’abord, elle est rarement le fait de la seule dette elle-même. Ensuite, les exemples d’endettements massifs, résorbés avec le retour de la croissance, existent aussi. Enfin, si les montants asphyxient une économie, des solutions existent et ne cessent d’être inventées.

 

Les emprunts, en soi, ne sont donc pas mauvais. S’endetter est même nécessaire pour des pays comme la Suisse, guetté par le vieillissement de la population et dont la croissance potentielle est faible: «L’augmentation de la croissance en Suisse ces dernières années avait résulté de la hausse de la population. Or cette dernière, qui compensait la productivité faible, est stabilisée. Donc pour que le soufflé ne retombe pas, il faudrait investir dans les infrastructures et encourager l’investissement privé», reprend Mathilde Lemoine.

 

Financer la transition énergétique

 

A défaut, la Suisse et nombre de pays européens auront un problème: «Des dépenses publiques qui n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2008, couplées à un sous-investissement privé ont entraîné un vieillissement du stock de capital [le patrimoine non financier d’une économie, ndlr]. Or si cela continue, le potentiel de croissance va encore diminuer et rendra plus difficile le remboursement des dettes qu’elles soient publiques ou privées.»

 

Dans ce sens, ce n’est pas la dette qu’il faut craindre, mais le manque de dette qui trahirait de trop faibles investissements. Et qui empêcherait par exemple de financer la transition énergétique que de nombreuses personnes appellent de leurs vœux.

 

D'ailleurs, «le Fonds de relance européen « Next generation EU » change la donne. En investissant plutôt qu’en voulant gérer les dettes du passé, les chefs d’États et de gouvernement européen évitent un nouveau déclassement de la zone euro et son risque d’éclatement», ajoute Mathilde Lemoine.

 

Peur psychologique

 

Si on craint autant la dette, c’est en partie parce qu’on l’associe à un boulet qui freinera la croissance future, nourrira l’inflation ou l’hyperinflation.

 

Qu’on a ainsi créé une «peur inconsciente» exagérée. Pendant des décennies, le Fonds monétaire international (FMI) a imposé une stricte discipline financière pour fournir des prêts, arguant que trop de dette freinerait la croissance.

 

2 experts de renommée mondiale l’ont même théorisé, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, avant de se rendre compte qu’une erreur avait faussé tous leurs calculs, qui avaient établi à 90% du PIB un endettement qui freine la croissance. «Tout comme la zone euro avait fixé la limite à 60% du PIB, parce que c’était la moyenne au sein des pays membres avant l’introduction de la monnaie unique, pas parce que la théorie économique le recommandait», rappelle Valentin Bissat. On a utilisé ces théories lors de la crise de l’euro, avant de se rendre compte que les plans d’austérité avaient un effet contre-productif.

 

En outre, on raisonne, à tort, comme des ménages, déplorent les tenants de la théorie monétaire moderne toujours plus en vogue et incarnée par la professeure d’économie à New York Stephanie Kelton. Pour elle, on est tombé dans un piège linguistique en assimilant le vocabulaire des ménages qui doivent par exemple «se serrer la ceinture» à un Etat : rapportés à un individu, les «déficits» deviennent quelque chose à éliminer, alors que l’Etat, lui, ne fonctionne justement pas de la même manière. L’économiste se met en porte-à-faux avec l’idée que, pour dépenser, il faut d’abord savoir comment payer. Le marché obligataire et la banque centrale sont là pour veiller à ce que la pompe ne se tarisse pas. La contrainte budgétaire n’existant tout simplement pas, la vraie limite se trouve ailleurs: lorsque les dépenses publiques risquent de provoquer une surchauffe économique et de l’inflation.

 

La réaction à cette crise sanitaire s’apparente d’ailleurs déjà à une application de cette théorie, relèvent des économistes de Pictet dans une étude. Au moins dans une forme adoucie: les gouvernements empruntent, les banques centrales rachètent les créances et maintiennent les taux d’intérêt à des niveaux bas, évitant ainsi que le paiement des intérêts ne devienne ingérable.

 

Il faudra donc peut-être s’habituer à cette présence, finalement pas si menaçante, d’une montagne de dette. Et accepter que sa réduction doive prendre des décennies pour ne pas entraver la croissance. Dans une hypothèse de taux bas pendant une longue période, schématiquement, «les jeunes générations, qui ont tendance à consommer ou emprunter davantage, s’en sortent dans ce contexte mieux que les plus âgés, dont l’épargne stagne», souligne Valentin Bissat. Ils s’en sortiront d’autant mieux si ces emprunts servent à stimuler une croissance plus durable, plus verte.

Une dette publique à 120 % n’est « pas en soi une catastrophe », juge le président de la Cour des comptes ICI 

 

Dans un entretien à « L’Opinion », Pierre Moscovici, qui a pris ses fonctions le 3 juin, argue que « quand la dépense est justifiée par des raisons exceptionnelles, économiques ou sociales, quand elle est bien utilisée, elle est légitime ».

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 06:00

Pont de Pirmil - Wikiwand

La seconde partie de bac en poche direction la Faculté de Droit de Nantes, simple annexe à l’époque de la prestigieuse Faculté de Droit de Rennes, les profs des matières prestigieuses étaient tous Rennais, les bâtiments étaient en préfabriqués nichés dans la verdure de la Jonelière aux bords de l’Erdre.

 

Je logeais rue Noire au rez-de-chaussée d’une maison de ville dont l’étage était occupé par une vieille dame glavioteuse qui bouffait des gâteaux secs devant sa télé en noir et blanc ; le loyer était modeste car je devais assurer le service de la chaudière à charbon située dans ma cuisine qui donnait sur un petit jardin.

 

La ville de Nantes avait, comme beaucoup de ville, mis au rencart ses tramways. Le 29 janvier 1958, le tramway nantais cesse de fonctionner ; à partir de cette époque, les dessertes seront effectuées par des autobus jugés plus rentables. (3)

 

Je me rendais donc à la Fac à vélo.

 

Tous les week-ends je rentrais à la Mothe-Achard. J’aurais pu prendre le train Nantes-La Roche-sur-Yon changement pour Les Sables d’Olonne avec arrêt à la Mothe-Achard, mais j’étais plus fauché que les blés donc je pratiquais l’auto-stop.

 

Nantes, toue de pêche à l'alose, pont de Pirmil

NANTES avant & en 39/45: NANTES pont de Pirmil Dynamitage du pont de Pirmil le 16 août 1944 | Nantes, Nantes ... Pont du bras de Pirmil à Nantes - Marc Mimram

 

Nantes est une ville à ponts.

 

Passer le pont de Pirmil, Rezé, pour aller me poster aux Sorinières pour tendre le pouce : Saint-Philbert de Bouaine, Rocheservière, Les Lucs-sur-Boulogne, Belleville, La Roche-sur-Yon… arrivée au Bourg-Pailler…

 

Lorsque j’eus acquis, avec mes petits sous gagnés, la 2 CV du curé, le parcours n’était pas le même je passais aux abords du Lac de Grandlieu pour rejoindre les Sorinières, mais j’allais buter sur un bras de la Loire qu’il fallait enjamber au pont de Pirmil.

 

Le pont de Pirmil fut pendant longtemps le seul accès possible à la ville de Nantes par le sud. Elément primordial de la première ligne de ponts, il permet de traverser le bras de Pirmil, le plus large et tumultueux des bras de la Loire.

 

La date de construction du premier pont de Pirmil est inconnue néanmoins selon les historiens on peut la situer entre le IXe et le XIe siècle. Les matériaux alors utilisés pour sa construction sont inconnus, mais on sait que le pont était un édifice essentiellement fait de pierre au XIVe siècle.

 

Seule voie d'accès à la cité depuis la rive sud de la Loire, le pont de Pirmil fut un édifice majeur pour Nantes du point de vue économique et militaire. C'est pourquoi l'entrée sud du pont fut fortifiée au milieu du XIVe siècle sur ordre du duc de Bretagne Jean IV. Une forteresse y fut élevée afin d'en commander l'accès, elle prouva son efficacité à plusieurs reprises notamment en 1793 lors de l'avancée des armées vendéennes. Elle fut démolie en 1849. ICI  

 

Sur l' pont de Nantes un bal y est donné.

Sur l' pont de Nantes un bal y est donné.

 

La belle Hélène voudrait bien y aller.

La belle Hélène voudrait bien y aller.

 

Ma chère mère m'y laisserez-vous aller?

Ma chère mère m'y laisserez-vous aller?

 

Non, non ma fille vous n'irez point danser.

Non, non ma fille vous n'irez point danser.

 

Monte à sa chambre et se met à pleurer.

Monte à sa chambre et se met à pleurer.

 

Son frère arrive dans un bateau doré.

 

Alors ce matin, je vous offre ce beau texte d’Aurélien Bellanger : La LOIRE

 

On tombe parfois, dans les faubourgs de Nantes, sur des petites maisons blanches de plain-pied recouvertes de tuiles. Ce sont des maisons vendéennes. Si elles sont majoritaires, dans les quartiers pavillonnaires du sud de la Loire, on en trouve ainsi quelques-unes, égarées, sur l´autre rive, où elles côtoient des maisons plus bretonnantes : les maisons nantaises traditionnelles, avec leurs cuisines à l’étage et leurs balcons ceints d’une mantille de ferronnerie noire, et ces grandes maisons à pignons pointus, à murs blancs et à bossages granitiques qui viennent rappeler que la Bretagne est toute proche et que le catholicisme, cette grande religion triste et digne, n’est pas si éloignée encore.

 

C’est cela, la Loire, à Nantes : une typologie binaire du bâti pavillonnaire. Ardoise et tuile, morgue armoricaine au nord et simplicité marécageuse au sud, une dualité encore accentuée par la présence, au-delà des faubourgs de Nantes, de l’austère Châteaubriant au nord et de l’italianisante Clisson au sud.

 

Nantes de nouveau capitale

 

Nantes, capitale déchue de la Bretagne, se retrouve là en position de capitale — la capitale des deux Frances, celle du Nord de la Loire et celle du Sud.

 

Il n’existe pas en France de frontières plus profondes et Nantes est à peu près le seul endroit où elle est aussi immédiatement visible.

 

La Loire est le reste du temps plus ouverte et plus vague.

 

Elle est l’été presque à sec, comme un long désert de sable, et elle disparait chaque hiver dans les remous qui noient ceux qui tentent de la traverser à la nage pour le changement d’année.

 

C’est le seul fleuve entièrement français, apprenait-on autrefois à l’école, le seul fleuve dont aucun des affluents ne dépasse les frontières sacrées de l’hexagone.

 

Au temps des Valois le fleuve aura même servi de capitale indécise à la France.

 

Comme Paris, en comparaison, a l’air vissé à son sol : crocheté pierre à pierre dans le calcaire lumineux du lutétien, remonté à la main des profondeurs de ses catacombes, réassemblé comme une gigantesque serrure à combinaison — Paris comme un sablier qui remonterait le temps, le sable aggloméré de son sol jaillissant par les trous d’homme des anciennes carrières jusqu’aux boucles de convection de sa visqueuse cathédrale. 

 

La suite ICI 

 

« Remonter la Loire depuis Nantes oblige à réformer son image mentale de la France.

 

Le fleuve, dont on avait fini par accepter les caprices, allant même jusqu’à entrevoir une solution mathématique de son cour en spirale — une suite de Fibonacci (1) quasi parfaite —, le fleuve enfin, près de sa source, hésite une dernière fois et dessine une boucle à l’envers, un crochet vers l’est, vers l’extérieur du Massif Central nourricier, comme s'il cherchait à s’enrouler autour de la cheminée volcanique bizarrement préservée du Mont Gerbier de Jonc — un objet presque plus exotique encore qu’une de ces longères vendéennes (2) qu’on aurait laissé construire, dans un moment de distraction, au nord de Nantes. Ou qu’une Unité d’Habitation corbuséenne qu’on aurait laissé s’échapper par-dessus les toits en terre cuite de la rive sud. »

 

L'Afrique et les fractales : une extraordinaire épopée | Suite de ...

 

(1) La suite de Fibonacci doit son nom au mathématicien italien Leonardo Fibonacci qui a vécu au XIIème et XIIIe siècle. Il est connu pour avoir introduit et popularisé en Europe et en Occident la numérotation indo-arabe qui a remplacé pour les calculs la notation romaine peu pratique aux opérations arithmétiques.

 

Mais il est aussi connu pour avoir mis en évidence une suite mathématique qui porte désormais son nom. Dans la suite de Fibonacci, il n’est pas nécessaire de mémoriser chacun des termes ou nombres de la suite (qui est d’ailleurs infinie). Il suffit de se rappeler sa règle de construction: à l’exception des deux premiers, chaque terme de la suite est égal à la somme des deux termes qui le précèdent immédiatement, dit autrement il s’agit d’une suite de nombres dans laquelle tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents:

 

1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89,…

 

Il suffit de prendre deux nombres de départ. Les ajouter donne le troisième, puis le deuxième + le troisième donne le quatrième et ainsi de suite. Les termes de cette suite sont appelés nombres de Fibonacci. ICI 

 

(2) La longère est, en architecture rurale, une habitation étroite, à développement en longueur selon l’axe de la faîtière, aux accès généralement en gouttereau (mais parfois en pignon). Répandues dans de nombreuses régions françaises, les longères étaient de manière générale l'habitat des petits paysans et artisans.

 

La longère de la Thébine - Les Brouzils - Gites & Chambres d'Hôtes ...

La longère de la Thébine - Les Brouzils

 

(3) L'exploitation commerciale du premier tramway nantais débuta le 13 décembre 18792 avec des motrices à air comprimé qui reliaient Doulon (à l'est) à la Gare Maritime (à l'ouest). Le tramway était alors surnommé le « Péril jaune »

 

 

 

 

 

Le réseau fut ensuite électrifié à partir de 1911 jusqu'en 19172, année qui vit la disparition des tramways Mékarski à air comprimé. Puis, il se densifia progressivement allant jusqu'à compter 20 lignes desservant 14 itinéraires bien distincts dans les années 19303. Les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale provoqueront de sérieux dégâts au réseau et entamera le début du déclin pour le tramway

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 06:00

 

Le vin je me contente de le boire en ignorant les oracles « pinardières » qui font des entrechats, des double-salto, bouche pincée, gargarismes profonds, commentaires éculés, dont tout le monde se branle d’ailleurs, à part les copains de régiment et le dernier carré des rameurs de la vieille permanentée et du bedeau de B&D, mais fils d’un bouilleur ambulant et initiateur de la distillation obligatoire à bas prix sous Rocard, je reste sensible aux joliesses poussoniennes…

 

14 janvier 2009

L’art de la goutte : « Ni la tête ni la queue »  ICI 

 

29 mars 2018

La canadienne du père Arsène bouilleur ambulant lorsqu’il distillait la goutte avec son alambic mobile ICI 

 

Bien implanté dans mon statut de vieil homme indigne, droit d’en mes bottes comme Juppé qu’a eu raison de fuir Bordeaux – souvenir de lui, à la fête de la Fleur, où à la table d’honneur il s’emmerdait stoïquement, me confier mezzo voce « Monsieur Berthomeau, je ne comprends pas ce qu’ils veulent », j’en ras la casquette de radoter, alors va pour Pousson.

 

C’est bien léché, le sieur Pousson, revenu de son exil catalan, a le sens de l’étiquette…

 

La finalité du vin n’est pas l’alambic.

Par Vincent Pousson / 6 juin 2020 /

 

Dans ce blog, comme un peu partout dans le Mondovino, on ne parle finalement que d’élitisme, de bouteilles « imaginaires » pour le commun des mortels. Le vin populaire, celui des « gens », des « anonymes », pour reprendre les terminologies de l’époque, il n’en n’est jamais question chez ceux qui, comme moi, passent leur temps à enculer les mouches liquides. Pourtant, quand on roule sur l’autoroute, dans la plupart des régions qui vénèrent Saint-Vincent, cette boisson de masse est partout, ces immenses vignes plates comme la main dont la géométrie dessine le paysage. Pourtant, ces volumes qu’on tait constituent le gros de la troupe.

 

Bien que contemporain du splendide litron 5 étoiles, du bougnat moustachu, plus rutilant de teint que la robe de son 11°, délivrant le rouquin à la tireuse, éventuellement en casiers bois*, depuis que je suis petit, j’entends parler de la crise pinardière, de la bibine, des viticulteurs en colère. Et une fois de plus nous y sommes. À Bordeaux, en Languedoc, dans La Mancha, les cuves débordent. En fait, partout en Europe, et dans le Monde, où le vin industriel (mais pas que) se retrouve dans une impasse.

 

Impasse conjoncturelle, certes, la filière est une des grandes victimes du virus**. Mais comme le souligne avec pertinence Marion Ivaldi-Sepeau dans l’éditorial de Vitisphère, « le Covid-19 aura ainsi le mérite d’être un parfait écran de fumée sur les failles saillantes de certaines catégories de vin »***. Car voilà que les technocrates, appuyés par les syndicats agricoles, ressortent la baguette magique, so 70’s, de la distillation. Les hectos qui encombrent au point pour certains de ne pas savoir où rentrer le raisin des prochaines vendanges, on va le passer à la chaudière. Remarquez, maintenant que les fonctionnaires acceptent enfin qu’on en fasse du gel, de la solution hydro-alcoolique, ça peut servir****…

 

La suite ICI

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 06:00

Dessin de Chappatte paru dans Le Temps, Lausanne. Dessin de Chappatte paru dans Le Temps, Lausanne.

Ma lecture du livre de Dov Alfon a éveillé en moi le besoin de me plonger dans le guêpier du conflit israélo-palestinien, le mythe des 2 États mis à mal par Le projet du gouvernement israélien d’annexer une grande partie des territoires palestiniens en Cisjordanie.

 

Terrain miné, j’ai choisi de publier deux points de vue de l’intérieur :

 

  • Comment le monde vat-il réagir à l’annexion de la Cisjordanie ? THE TIMES OF ISRAEL

 

  • Regardons la vérité en face ! Ha’Aretz TelAviv

 

Ils n’ont rien de complaisant, ils permettent de mieux comprendre, par-delà les postures officielles et les prises de position partisanes, les enjeux de cette annexion.

 

Israël. Qui pour s’opposer à  l’annexion ?

 

Le projet du gouvernement israélien d’annexer une grande partie des territoires palestiniens en Cisjordanie soulèvera-t-il plus que de simples protestations de la part de la communauté internationale ?

 

Ce journaliste israélien en doute

 

Le 16  novembre 1980, le Premier ministre Menahem Begin était interrogé lors d’une interview à la NBC sur la façon dont il pensait que la communauté internationale réagirait face à une annexion du plateau du Golan par Israël. À l’époque, un projet de loi étendant le droit israélien à la zone contestée avait été présenté à la Knesset, mais le gouvernement de Begin n’avait pas encore annoncé son soutien à cette initiative. « Comme nous n’avons pas encore pris de décision à ce sujet, je pense qu’il est prématuré de parler de réactions », avait-il répondu.

 

Environ un an plus tard, Begin a fait passer la loi sur le plateau du Golan [territoire syrien occupé en 1967] à la Knesset. La réaction de la communauté internationale n’a pas été surprenante, le Conseil de sécurité des Nations unies condamnant l’annexion de facto d’Israël comme une « menace permanente pour la paix et la sécurité internationales ». Et la résolution 497 de ce même Conseil, qui soutenait que la loi israélienne sur le plateau du Golan était « nulle et non avenue et sans effet », a été adoptée à l’unanimité – même l’administration Reagan a voté en sa faveur.

 

LePremier ministre Benjamin Netanyahu (G) et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman (2e G) dans l’implantation d’Ariel, au nord de la Cisjordanie, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

 

Avance rapide de quatre décennies : le Premier ministre Benyamin Netanyahou prévoit d’annexer toutes les implantations, la vallée du Jourdain et d’autres parties importantes de la Cisjordanie (voir carte ci-contre). L’accord de coalition entre son parti, le Likoud, et le parti Kakhol lavan [centre droit] de Benny Gantz doit lui permettre de faire avancer la question dans le prochain gouvernement, et ce dès le 1er juillet.

 

 

Comment la communauté internationale réagirait-elle à ce type d’annexion ?

 

Il y aurait certainement beaucoup d’opprobre, des « réunions d’urgence » du Conseil de sécurité et de la Ligue arabe, et peut-être quelques menaces de « conséquences » non précisées. Mais personne ne sait avec certitude si l’annexion – dont les conséquences réelles sur le terrain sont difficiles à prévoir – aurait des répercussions négatives concrètes pour Israël.

 

L’Union européenne adopterait-elle des sanctions contre Israël, comme elle l’a fait contre la Russie après son annexion de la Crimée en 2014 ?

 

Bruxelles pourrait, par exemple, geler certains accords bilatéraux, suspendre la coopération scientifique, annuler les tarifs préférentiels qu’elle accorde aux produits israéliens ou interdire totalement les marchandises de Cisjordanie. Certains États membres pourraient rappeler leurs ambassadeurs ou reconnaître un État palestinien.

 

L’administration américaine mettra son veto à toute tentative de condamnation d’Israël.

 

« Les réponses varient selon les pays, mais, à ce stade, les conséquences concrètes de l’annexion n’ont pas encore été précisées », a déclaré Nimrod Goren, le chef de Mitvim, l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales. « La réaction des Palestiniens sur le terrain – qu’elle soit violente ou non – sera également un facteur déterminant. »

 

De nombreux pays ont récemment souligné que les annexions unilatérales représentent une violation du droit international, ce qui, selon M. Goren, montre que les contestations de la décision de Netanyahou se feraient non seulement au niveau bilatéral, mais aussi dans l’arène juridique internationale. Mais l’ONU et l’UE sont « limitées dans leur réponse à l’annexion en raison du veto possible des alliés d’Israël », a-t-il déclaré.

 

Avertissements. Les États-Unis ont récemment réitéré leur soutien à une annexion israélienne, pour autant que cela se fasse dans le cadre du prétendu « deal du siècle » du président Donald Trump [plan de paix américain pour le Moyen-Orient de janvier 2020]. L’administration est sûre de mettre son veto à toute tentative de condamnation de l’initiative israélienne, mais à l’Assemblée générale des Nations unies, une résolution (non contraignante) serait adoptée à une écrasante majorité. Certains États membres de l’UE ont estimé que dans le contexte de la pandémie de coronavirus, ce n’était “pas le moment des menaces”.

 

Pourtant, aucun pays hormis les États-Unis n’a apporté son soutien à une annexion israélienne, et même nombre de ses amis proches l’ont clairement déconseillé. L’Allemagne a déclaré que cela aurait « des répercussions négatives graves sur la position d’Israël au sein de la communauté internationale », et la France a averti que cela « ne passerait pas inaperçu et ne serait pas négligé dans nos relations avec Israël ». D’autres pays, dont la Russie, la Chine, la Belgique, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et la Norvège, ont fait des déclarations similaires.

 

Les dirigeants palestiniens ont salué « l’engagement de principe en faveur de l’application permanente et universelle du droit international, qui interdit strictement l’annexion » et ont appelé à « des mesures préventives et concrètes » contre Israël.

 

Bruxelles ne devrait pas prendre de mesures sévères, telles que la suspension de l’accord d’association

 

Il n’y a aucun moyen de savoir si le monde tiendra compte de l’appel de Ramallah [siège de l’Autorité palestinienne], mais Israël ne devrait pas attendre pour le savoir, a déclaré Yigal Palmor, un ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien. « Ignorer les avertissements et les admonitions n’est pas une bonne politique, aussi imprécises que soient les menaces », a-t-il déclaré.

 

Les partisans de l’annexion prédisent souvent que le monde exprimera sa désapprobation pendant quelques semaines et adoptera peut-être quelques résolutions édulcorées, mais qu’en fin de compte la caravane avancera, sans davantage qu’une égratignure sur le statut international d’Israël. Si Begin s’était inquiété de la réaction du monde, il n’aurait jamais annexé le Golan ni Jérusalem-Est [en juillet 1980], affirment-ils.

 

En revanche, le député Yaïr Lapid, nouveau chef de l’opposition israélienne, est convaincu que l’application de la souveraineté sur certaines parties de la Cisjordanie déclencherait des « réactions sévères » de la part des Palestiniens, des Jordaniens, de la prochaine administration américaine (au cas où les démocrates reprendraient la Maison Blanche plus tard dans l’année) et bien sûr des Européens, a-t-il souligné cette semaine.

 

To u t e f o i s , M a y a S i o n Tzidkiyahu, qui dirige le programme de Mitvim sur les relations entre Israël et l’Europe, a noté qu’il a été pratiquement impossible d’obtenir l’accord des 27 États membres de l’UE sur des déclarations critiques à l’égard d’Israël. Bruxelles ne devrait pas prendre de mesures sévères, telles que la suspension de l’accord d’association, le principal accord entre les deux parties, a-t-elle poursuivi.

 

Cependant, elle peut encore envisager d’autres mesures, comme l’exclusion d’Israël du programme de recherche et d’innovation de l’Union. Cela serait douloureux pour la nation autoproclamée “start-up”, mais aussi pour l’UE elle-même, selon Sion Tzidkiyahu. « Une certitude est que dans un tel scénario dramatique, Israël pourrait toujours compter sur l’Allemagne pour adoucir le coup de bâton de l’UE », a- t-elle déclaré.

 

Efraim Halevy, un ancien dirigeant du Mossad qui a également été ambassadeur d’Israël auprès de l’UE, a mis en garde contre toute mesure susceptible de contrarier les Européens.

 

« La relation d’Israël avec l’UE n’est pas seulement politique, elle est aussi économique, scientifique et technologique. Et alors qu’Israël est confronté à probablement la plus grande crise économique de son existence, pourquoi devrions-nous subir la colère des Européens ? », a-t-il déclaré au Times of Israël lors d’un entretien téléphonique cette semaine.

 

 « Les dommages économiques qu’Israël subira même si les Européens n’annulent pas tous ces accords [bilatéraux] mais les mettent simplement en suspens, dépassent de loin tout ce que l’on peut imaginer aujourd’hui », a-t-il ajouté.

 

Avec plus d’un million de personnes sans emploi en raison de la pandémie de coronavirus, «pourquoi les dirigeants israéliens risqueraient-ils d’accroître les tensions avec l’UE, son plus important partenaire commercial ? », s’est interrogé M. Halevy.

 

« Dans la situation actuelle, où le monde entier est confronté à une crise sanitaire et économique sans précédent, il y aura peu de patience avec Israël », a-t-il averti.

 

« Nous sommes en terrain inconnu. Le point numéro un de notre liste de nécessités est de rétablir la santé et l’économie d’Israël. Il devrait supplanter tout autre type de considération, y compris l’annexion politique de zones que nous contrôlons de toute façon. »

 

Quelles seront les conséquences sur l’accord de paix avec la Jordanie ? la suite ICI 

Raphael Ahren

Publié le 3 mai

 

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, le 11 février 2020. (Seth Wenig/AP)

Regardons la vérité en face !

 

Il est temps d’en finir avec les mensonges concernant la paix et la solidité de l’Autorité palestinienne, s’insurge cet éditorialiste israélien. Au moins, l’annexion fera réagir les Européens.

 

—Ha’Aretz Tel-Aviv

 

De quoi le centre gauche en Israël a-t-il peur à propos de l’annexion [de la Cisjordanie par Israël] ?

 

Pourquoi l’Union européenne et d’autres pays feignent-ils une telle colère contre un tel développement politique‑? L’annexion a toujours été présentée comme la mère de toutes les catastrophes, mais nous devons cesser de la craindre et même lui dire oui.

 

Elle s’avère être le seul moyen de sortir de l’impasse actuelle, le seul bouleversement possible qui pourrait mettre fin à ce statu quo de désespoir dans lequel nous sommes coincés et qui ne peut nous conduire nulle part de bien.

 

L’annexion serait effectivement une récompense intolérable pour l’occupant et une punition scandaleuse pour l’occupé. Elle légitimerait les crimes les plus graves et briserait le plus juste des rêves [le projet de deux États : israélien et palestinien]. Mais l’autre solution est encore pire. Une non-annexion éterniserait la situation criminelle qui se perpétue depuis longtemps ici. Au contraire, l’annexion acterait la réalité de l’apartheid qui sévit [dans les territoires palestiniens occupés]. Elle mettrait également un terme aux mensonges et obligerait tout le monde à regarder la vérité en face. Et la vérité est que l’occupation israélienne est là pour rester, qu’elle a déjà créé une situation irréversible : quelque 700‑000 colons juifs (y compris ceux de Jérusalem-Est) qui ne seront jamais expulsés, et sans leur expulsion, les Palestiniens ne se retrouveront avec rien d’autre que des bantoustans, ni un État ni même un pseudo-État.

 

C’est ce que craignent les opposants à l’annexion : sans annexion de fait, il sera toujours possible de continuer à se bercer d’illusions.

 

L’annexion, elle, menacera la fiction de l’Autorité palestinienne, qui continue de se comporter comme si elle était un État libre et souverain. Elle menacera le camp de paix israélien, qui continue de croire qu’il existe toujours une possibilité de solution à deux États. L’annexion mettra au défi l’Union européenne, qui pense qu’il suffit de condamner (fermement‑!) Israël, puis de ne rien faire contre l’apartheid, de le financer et de l’armer, et d’afficher ses “valeurs communes” avec Israël.

 

L’annexion mettra au défi les négateurs de la réalité qui n’ont jamais été mis de leur vie face à leurs contradictions. Il faut donc y être favorable malgré l’injustice et les catastrophes qu’elle est susceptible de créer : à long terme, le prix sera inférieur à celui de la situation actuelle.

 

C’est précisément l’opposant juré à l’annexion Shaul Arieli [un expert du conflit israélo-palestinien] qui a le mieux décrit ses avantages. Dans un article récent, il a énuméré comment l’Autorité palestinienne s’effondrerait, les accords d’Oslo seraient annulés, l’image d’Israël subirait des dommages et un autre cycle d’effusion de sang pourrait éclater.

 

Ce sont de vrais dangers à ne pas prendre à la légère, mais Arieli dit aussi : “Le pas de l’annexion porterait un grand coup aux fragiles équilibres de la situation actuelle.” Et pourquoi pas, Shaul Arieli‑?

 

La stabilité que l’occupation a créée, sa normalité de routine [cohabitation entre Autorité palestinienne, armée israélienne et colonies juives], sont les grands ennemis de tout espoir d’y mettre fin. En fait, l’annexion est après tout davantage réversible que les colonies : la politique d’annexion peut un jour se transformer en démocratie [un seul État binational judéo-arabe englobant Israël et les territoires occupés, une formule qui relève du cauchemar pour l’immense majorité des Israéliens].

 

Nous attendions ce pas. C’est notre dernier espoir. Quiconque connaît Israël sait qu’il n’y a aucune chance qu’il se réveille un matin de son plein gré et dise : “L’occupation n’est pas agréable, mettons-y un terme.” Quiconque connaît les Palestiniens sait qu’ils n’ont jamais été aussi faibles, isolés, fragmentés et dépourvus de tout esprit de combat. Et quiconque connaît la communauté internationale sait à quel point elle est lasse de ce conflit. Alors maintenant, Israël va venir et, avec les encouragements du célèbre pacificateur de Washington [Donald Trump], sortir cette réalité de sa torpeur : l’annexion des collines et des vallées [des colonies juives en Cisjordanie], puis de la zone C [partie de la Cisjordanie] et finalement de toute la Cisjordanie.

 

Comme aucun dirigeant israélien n’a l’intention d’accorder de droits égaux aux Palestiniens, Israël se déclarera de facto État d’apartheid. Deux peuples, l’un avec tous les droits et l’autre sans aucun droit. Est-ce trop naïf ou optimiste de croire que la majeure partie de la communauté internationale ne restera pas silencieuse ni même un grand nombre d’Israéliens‑? Existe-t-il un autre plan réaliste‑? Alors, cessons d’avoir peur et laissons-les annexer.

 

Gidéon Lévy

Publié le 10 mai

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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 06:00

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L’Institut National Agronomique de Paris-Grignon dit l’Agro, de nos jours Agro-Paris-Tech, et l’ENGREF : l’école qui formate les anciens ingénieurs du Génie Rural, des Eaux et des Forêts (IGREF) devenus pour cause d’alignement sur le corps des Ponts&Chaussées qui termine la carrière haut plus de l’échelle lettres, les IPEF : Ingénieur des Ponts des Eaux et des Forêts, mène à tout, sauf à  fouler la glaise des champs, l’herbe grasse des prés, le terroir de nos vignes, à la politique tels Michel Cointat, Pierre Méhaignerie, NKM, au nouveau roman comme Alain Robbe-Grillet, à la direction des hôpitaux comme Jean de Kervasdoué.

 

Le Temps de Genève présente Jean de Kervasdoué comme un spécialiste respecté du système de santé français. C’est vrai, je lui ai taillé ICI un vrai costar en tant qu’expert agricole pour reconnaître d’éminents mérites dans celui de la Santé Publique, de la constance et de la pertinence dans ses analyses.

 

« Économiste spécialiste des hôpitaux, il est très critique du système de santé français, dénonçant le peu d'attention accordée au malade et la trop grande intervention de l'État. Il plaide par exemple pour une plus grande autonomie des hôpitaux et dénonce les acteurs des hôpitaux, qui, selon lui, « confondent service du public et service public, voire défense du statut public ». Il dénonce la centralisation excessive du système de santé et prêche pour l'autonomie complète des établissements hospitaliers. »

 

Le Ségur de la santé lancé par le gouvernement, co-piloté par Nicole Notat, ex-patronne de la CFDT, me donne l’occasion de vous faire connaître ses analyses.

 

Lundi 25 mai, Édouard Philippe a donné le coup d’envoi à sept semaines de négociations pour améliorer le secteur de la santé. Les personnels soignants, en “première ligne” dans la lutte contre le Covid-19, ont de fortes attentes, prévient la presse étrangère.

 

« Après avoir fait la sourde oreille pendant des mois, face aux demandes d’amélioration des salaires et des conditions de travail dans les hôpitaux du pays, Emmanuel Macron a fait une promesse au début de la crise du coronavirus : un plan massif d’investissement et de revalorisation  pour le secteur de la santé, se souvient El País. »

 

Car si le système de santé français, « l’un des plus généreusement financés au monde », a résisté à la pandémie, explique The Daily Telegraph, celle-ci en a aussi révélé les faiblesses. « Début mars, lorsque les courbes de l’épidémie s’envolaient vertigineusement, on craignait le pire », ajoute Le Soir. « Mais grâce aux efforts de tous et notamment des cliniques privées, le nombre de lits d’accueil en réanimation a doublé. Et le transfert de patients […] vers des territoires plus épargnés a permis d’éviter la saturation. »

 

Le 25 février 2018 dans Slate, alors que le 13 février 2018, dans un hôpital général, le Premier ministre Édouard Philippe et la ministre de la Santé Agnès Buzyn annonçaient qu’ils ouvraient le chantier des réformes du système de santé et, pour ce faire, créaient 5 groupes de travail, Mr K nous disait :

 

Pourquoi notre système de santé est en si piteux état ICI 

 

Extrait :

 

Contrôle de la qualité des soins

 

Notre système n’est guère préparé à ces évolutions. Nous avons beaucoup d’hôpitaux, nous hospitalisons beaucoup et nous choisissons toujours le plus cher: l’hôpital plutôt que la ville, les spécialistes plutôt que les généralistes, les médecins plutôt que les infirmières et nous prescrivons beaucoup de médicaments et d’examens complémentaires.

 

Plus grave que ces coûts souvent injustifiés est le fait qu’il existe de fortes inégalités, non pas tant dans l’accès aux soins que dans les soins eux-mêmes. Pauvre, on peut être très bien soigné à un endroit; plus aisé, on peut être mal soigné à un autre. La raison est connue: en France, les prescriptions de médicaments, d’hospitalisations, d’actes ne sont jamais contrôlées a posteriori.

 

Par ailleurs, la nature des produits remboursés comme le calcul des tarifs se font sans transparence et parfois sans logique. Selon l’acte, la rémunération implicite de la minute de chirurgien varie en France de un à … vingt-cinq!

 

Réformer la tarification est une nécessité. Le paiement au parcours de soins est une bonne idée, mais elle sera limitée, longue à mettre en œuvre et également inflationniste si l’on ne contrôle pas le bienfondé du dit «parcours». Les mécanismes économiques, aussi élaborés soient-ils, ne peuvent pas se substituer au contrôle de la qualité des soins.

 

Jusqu’à présent, la corporation médicale a été suffisamment puissante pour éviter ce moment de vérité. Son arme la plus ancienne, et la plus efficace, a été la protection du secret médical. Pour contrôler, il faut des informations et aujourd’hui de l’informatique. Comment faire sans dossier informatisé, sans accès facile à des données codifiées?

 

Bien entendu, je suis très sensible à la protection des données personnelles et très partisan de lourdes peines pour celui qui en divulguerait, mais la défense du secret médical a été l’arme première de la défense de la corporation médicale et va continuer à l’être.

 

Il faut certes que les médecins conservent leur liberté de prescription au moment des soins, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne doivent plus rendre de compte ultérieurement.

 

Depuis vingt ans, je suggère de créer dans chaque région un conseil médical composé de médecins-conseils de l’Assurance maladie et de professionnels chevronnés, qui aurait pour rôle d’examiner les pratiques inutiles, dangereuses ou déviantes et d’en parler à leurs confrères. Ils les connaissent!

 

 

«On confond, en France, la santé et la médecine»

 

Publié mardi 26 mai 2020

Interview de Jean de Kervasdoué par Richard Werly dans le Temps

 

«Le Temps» :

  • Peut-on dire, comme l’a répété lundi 25 mai le premier ministre Edouard Philippe, que le système de santé français a «tenu bon» dans la crise du Covid-19, malgré le lourd bilan de 145 279 personnes contaminées et de 28 457 morts?

 

Jean de Kervasdoué: Oui, le système a tenu… en faisant voler en éclats énormément de règles et de normes qui se sont imposées aux hôpitaux français depuis une trentaine d’années! Croire que cette crise conforte l’organisation actuelle du système de santé, et penser que celui-ci, comme on l’entend dire souvent par nos responsables politiques, demeure «le meilleur du monde» est une grave erreur d’appréciation.

 

L’épidémie a au contraire souligné ses insuffisances, et ce qu’il faut changer. Elle a d’abord montré l’inefficacité du fameux principe de précaution, puisque ni les masques ni les tests n’ont été disponibles en quantité suffisante. Elle a également prouvé la mauvaise coopération entre hôpitaux publics et privés, au point que de nombreux lits en service de réanimation dans les cliniques sont restés inoccupés.

 

Autre lacune: le retard gravissime dans l’activation des laboratoires vétérinaires, qui étaient dès le début parfaitement en mesure de traiter un grand volume de tests PCR. Le drame du système français de santé est qu’en pleine crise sanitaire l’Etat a continué de penser en priorité à lui-même, à l’hôpital public, au respect des normes, aux procédures d’appels d’offres pour l’achat de masques en urgence. On le voit encore avec le déconfinement: on publie une carte des deux France, rouge et verte, mais on continue de raisonner sur une base nationale, sans discernement régional et encore moins départemental.

 

  • La bonne nouvelle est que les leçons semblent avoir été tirées. Le «Ségur» de la santé, cette grande négociation avec les personnels médicaux, a été lancé lundi pour remédier aux erreurs passées…

 

J’ai été, dans les années 1980, directeur des hôpitaux au Ministère de la santé. Et j’ai vu se mettre en place ce «système» qui, aujourd’hui, est défaillant. La vérité est que le personnel soignant paie le prix de son statut, qui est celui de la fonction publique. Tout est calculé, figé au niveau national, en fonction de critères qui ne tiennent ni compte de la localisation géographique de votre hôpital, ni de vos compétences. Est-il normal qu’une infirmière perçoive le même niveau de rémunération dans une ville moyenne de province, où son salaire mensuel de 2000 euros est dans la moyenne locale, et à Paris où elle doit, pour se loger, passer trois heures par jour dans les transports en commun?

 

Cet égalitarisme n’a pas de sens. La France a abandonné le système des conventions collectives qui, paradoxalement, reste en vigueur et fonctionne bien dans les 19 centres de lutte contre le cancer dont l’Etat est propriétaire! Les contraintes de la fonction publique pèsent trop lourd sur les hôpitaux, et elles empêchent une bonne et saine coopération avec la médecine de ville et le secteur hospitalier privé.

 

  • Justement, cette négociation peutelle permettre de rebattre les cartes à la lumière des douloureux enseignements et du lourd bilan humain de l’épidémie?

 

Il le faudrait, mais cela suppose une révolution culturelle que la France a le plus grand mal à opérer, et à accepter. L’un des problèmes centraux est que l’on confond, en France, la santé et la médecine. Ce sont deux choses différentes. La santé n’est pas la médecine. Un médecin s’intéresse d’abord à ses malades, auxquels il tente de dispenser les meilleurs soins possible. Un expert de la santé, même s’il est médecin, regarde les statistiques, les chiffres d’alcoolémie, la pyramide des âges, les facteurs socio-économiques… et il impose des normes et des règles au détriment des praticiens. La vérité est que le gros des troupes de l’administration de la santé, en France, ont des compétences juridico-politiques. Elles s’empêtrent dans leurs propres règles.

 

  • L’engagement a pourtant été pris par le gouvernement: remettre les malades au cœur du système de santé. N’estce pas la bonne réponse?

 

Ce qu’il faut, c’est accepter de s’attaquer au problème névralgique du système de santé: à savoir l’organisation des soins. Laquelle n’est pas seulement une question de remboursement et de financement. La France a un système de santé très généreux en termes de prise en charge des patients. C’est un très bon point. Mais il ne suffit pas d’arroser les hôpitaux d’argent public pour qu’ils se réforment et que les personnes se sentent revalorisées et bien dans leur peau! Il faut réhabiliter d’urgence certaines notions de base, comme le coût de l’acte médical. La consultation à 25 euros, ce n’est pas raisonnable. A force de fixer des tarifs qui ne sont pas conformes à la réalité, l’Etat provoque soit la pénurie, soit la rente car il décourage certains médecins et en encourage d’autres qui font revenir les malades plusieurs fois pour augmenter le nombre de prescriptions. En matière de santé, l’Etat s’est donné en France des pouvoirs qu’il n’est pas capable d’exercer. C’est cet engrenage qu’il faut casser.

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 12:00

 

Assemblée générale @ Philippe Vermès

Penser à mai 68, crise politique majeure, le pouvoir a vacillé, de Gaulle est allé se faire adoubé par Massu à Baden-Baden, peut paraître complètement loufoque j’en conviens ; mai 68  fut un mois de bruit et de fureurs, d’illusions, de peur : la grande manifestation des Champs Elysées en fut la preuve, les Français avec le retour de l’essence à la pompe s’empressèrent d’envoyer une Chambre bleue horizon au Palais Bourbon et de se ruer sur les routes des Congés Payés. Sous les pavés la plage, mon cul ; alors que notre mois d’avril 2020 a plongé nos villes pétaradantes, Paris pour moi, dans un profond silence, la peur est sur la ville, le coronavirus rôde, crainte de la pénurie, de la mort, il est de bon ton d’applaudir les invisibles, les indispensables, les travailleurs ne sont pas en grève mais en chômage partiel ou en télétravail. L’économie est quasiment à l’arrêt.  

 

Et c’est là où mon étrange parallèle avec mai 68 prend quelques couleurs, en effet l’économie française fut à l’arrêt pendant presque 3 semaines, entre six et huit millions de travailleurs sont en grève. La France est paralysée.

 

J’ai écrit parallèle et non comparaison, la croissance en France est alors particulièrement forte (+5,2%) et même supérieure à celle de la majorité des autres économies occidentales (+2,4%) et c’est le quasi-plein emploi (moins de 500.000 demandeurs d’emplois en mai 68), l'économie de la France de 1968 ressemble peu à celle d'aujourd'hui. Ce boom économique est alors couplé à un boom démographique. Au début de cette décennie, la population s’accroît en effet de plus de 500.000 personnes par an. À l'époque, le pays profite de la dynamique des 30 glorieuses. La progression du pouvoir d'achat entraîne une hausse de la consommation, ce qui incite les entreprises à investir davantage. Malgré cela, l'économie française comporte tout de même quelques faiblesses structurelles importantes : rigidité dans les entreprises, inflation, hausse des inégalités...

 

Les accords de Grenelle, avec la CGT de Séguy obtient des avancées sociales majeures : hausse de 35% du salaire minimum et des autres salaires de 10%, création de la section syndicale d’entreprise.

 

A court terme, Mai 68 marque le triomphe du salariat dans le cadre de la société fordiste. Nous assistons à ce moment-là à un retour au compromis de 1945 (le patronat accepte de mieux traiter les salariés pour qu’ils consomment plus et que la production s’accroisse), dont les accords de Grenelle sont le symbole : les salaires sont relevés de 10% et le Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti) de 35%.

 

Les années qui suivront verront aussi un renforcement des droits collectifs des salariés. La transformation du Smig en Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance, dont l’évolution suivra désormais celle du pouvoir d’achat) et la généralisation de la mensualisation sont des conséquences directes de 1968 qui vont améliorer les conditions de vie des salariés les plus modestes.

 

Mais, paradoxalement, Mai 68 annonce aussi, à plus long terme, la naissance d’une forme de libéralisme économique qui va questionner le compromis de 1945 et le fonctionnement de la société fordiste. L’antagonisme entre ces deux tendances apparaît bien dans les slogans de l’époque. Tandis que les ouvriers criaient « Pompidou, des sous », les étudiants voulaient « jouir sans entraves » : ils n’avaient clairement pas les mêmes revendications ! Cet hédonisme individuel va déboucher sur une remise en question du modèle de production, des droits collectifs qui y sont associés et des corps intermédiaires.

 

 

J’arrête-là, mais il y a eu dans notre vieux pays, le monde d’avant mai 68 et le monde d’après mai 68, certains l’abhorrent  d’autres l’idéalisent. Je me contente pour ma part de constater que mai 68 a changé ma vie, notre vie  ICI 

 

CHRONIQUE

Redémarrer une économie à l’arrêt : la leçon de Mai 1968 ICI 

14/04/2020 OLIVIER PASSET ALTERNATIVES ECONOMIQUES N°401

 

d’Histoires d’A, film de Charles Belmont et Marielle Issartel, 1973 Courtesy : Monique Frydman

 

À propos du questionnaire proposé par Bruno Latour

 

Il fut beaucoup question d’un article de Bruno Latour, publié par AOC le 30 mars dernier, par lequel il nous invitait, en reprenant les propos du Président de république sur les gestes barrières, à « imaginer les gestes-barrières contre le retour de la production d’avant crise » et à devenir « d’efficaces interrupteurs de globalisation ». Ce programme m’enthousiasmait et je m’étais promis de remplir dès que possible le questionnaire qui concluait l’article, espérant qu’il m’aiderait à préciser ma conception d’un monde dé-globalisé.

 

J’ai rempli le questionnaire mais je ne suis pas parvenu à ce résultat et je vais essayer d’expliquer pourquoi.

 

Bruno Latour nous invite d’abord à dire quelles sont les activités aujourd’hui suspendues dont nous aimerions qu’elles ne recommencent pas. Comme la question porte sur « les activités suspendues » et non sur « nos activités suspendues », elle nous conduit à réfléchir à la fois à la dimension collective du confinement - les arrêts d’activités à l’échelle du pays - et à sa dimension individuelle - ce que nous avons cessé de faire en restant chez nous.

 

La chute de 32% en mars et avril du PIB français s’explique par l’effondrement du secteur de la construction (baisse de 79% de l’activité), de l’industrie (-39%), des services (-38% en particulier l’hôtellerie-restauration, le commerce, les transports et l’entreposage, les activités scientifiques et techniques ; en revanche les secteurs « finance-assurance » et « activités immobilières » n’enregistrent aucune baisse d’activité ); l’agriculture et de la pêche enfin perd -13% d’activité.

 

Un regard plus personnel sur les deux mois qui viennent de s’écouler me conduit à établir la liste suivante des activités que j’ai abandonnées en raison du confinement :

 

  • la fréquentation des bars, des restaurants ou des distributeurs automatiques de sandwichs de mon lieu de travail pour m’alimenter lorsque je me rendais au bureau;

 

  • les déplacements hors du territoire de ma commune ;

 

  • les visites ou l’accueil de mes proches ;

 

  •  le recours à une femme de ménage au profit de l’exercice personnel de ces tâches ;

 

  • la fréquentation des librairies, cinémas, salles de concert et théâtres.

 

J’ai aussi modifié la façon dont je réalisais mes achats (recours aux achats par internet et abandon des marchés au profit du supermarché), mais mon volume de consommation de biens alimentaires et autres produits d’entretien n’a pas fondamentalement changé.

 

En résumé, l’effondrement de l’économie a restreint mon accès à certains biens et services culturels, limité mes relations avec les autres, et orienté défavorablement mes modes de consommation vers internet et les supermarchés au détriment des produits de qualité offerts directement ou par des circuits courts de distribution.

 

J’en tire deux conclusions provisoires.

 

La première c’est qu’entre l’arrêt des activités du pays et les modifications de mon comportement individuel, il n’y a qu’un recoupement très partiel.

 

La seconde, c’est que je ne souhaite pas conserver grand-chose de ce qui a changé dans mon mode de vie après la crise.

 

Quant au pays, l’arrêt de l’activité est une menace terrible et non une chance.

 

L’arrêt prolongé de la construction n’est ni possible ni souhaitable. Nous manquons de logements, la qualité des logements existants doit être améliorée, notamment leur isolation thermique. L’amélioration de la qualité de vie de centaines de milliers de gens en dépend, ainsi que la réduction du gaspillage énergétique. Bien sûr, j’aimerais que nous relancions l’activité du BTP sans construire de nouveaux centres commerciaux inutiles, sans défigurer encore plus nos périphéries urbaines, en réfléchissant à un urbanisme plus humain et capable de nous protéger des fléaux contemporains. Malheureusement, les modes de consommation favorisés par le confinement ne nous engagent pas du tout dans cette direction.

 

L’industrie était déjà mal en point. Elle le sera encore plus après cette crise. Certains secteurs devront être progressivement reconvertis, par exemple les activités pétrolières, à mesure que d’autres moyens de mobilité permettront de remplacer les voitures individuelles à moteurs thermiques pour les personnes et les camions pour les marchandises. Mais cette transition demandera au moins 10 ans. Dans le même temps, la pandémie a révélé l’état de dépendance dramatique dans lequel nous nous trouvons et devrait nous avoir convaincus que nous devrions redévelopper la fabrication en France de médicaments, de tests, de masques, de produits agricoles et agroalimentaires et de beaucoup d’autres choses indispensable à notre sécurité collective et à l’exercice de notre souveraineté. Bien sûr il faudra veiller à ce que le développement de ces activités soit aussi économe de ressources que possible, mais quoi que nous fassions, un surcroît d’activité n’ira pas sans une consommation additionnelle d’énergie et de matières premières résultant de la « renationalisation » de pollutions que nous avons délocalisées massivement depuis des années dans des pays où l’absence de droits sociaux garantit le faible coût du travail.

 

Le tourisme de masse est insoutenable. Le gouvernement français souhaitait attirer 100 millions de touristes étrangers dans notre pays. Cet objectif ne sera sans doute pas atteint de sitôt et c’est une bonne chose. Mais l’arrêt complet de l’activité touristique aurait des conséquences dramatiques pour des dizaines de milliers de nos concitoyens. Elle est dans beaucoup de territoires français la seule activité qui reste et elle reprendra après la crise pour que des gens puissent continuer à en vivre et pour que d’autres puissent profiter des richesses naturelles et patrimoniales offertes pas la France. Il faudra beaucoup de doigté pour favoriser un tourisme plus durable sans enlever la possibilité aux moins riches de prendre des vacances et de se déplacer, alors que la moitié des ménages ne partait déjà pas en vacances.

 

 

La question suivante pose des problèmes encore plus redoutables puisqu’elle nous invite à décrire :

 

a) en quoi les activités suspendues nous apparaissent comme nuisibles / superflues/ dangereuses / incohérentes,

 

b) en quoi leur disparition/ mise en veilleuse/ substitution rendrait d’autres activités que nous favorisons plus faciles/ plus cohérentes ?

 

La question me fait revenir sur des deux seuls renoncements personnels liés au confinement que je juge positivement :

 

Ne plus fréquenter quotidiennement les transports en commun me fait gagner du temps sans que mon travail en souffre trop à court terme. La multiplication des déplacements professionnels oblige la collectivité à construire des réseaux de transport complexes, chers et polluants. La réduction durable du nombre de ces déplacements permettrait de limiter les travaux d’agrandissement des réseaux (les projets du Grand Paris par exemple), dispenserait de les rendre plus denses qu’ils ne le sont et permettrait d’en réduire l’impact sur un environnement urbain déjà très mal en point.

 

Le fait de ne plus me rendre au bureau me permet d’organiser différemment mon travail. Mais le télétravail ne donnera  plus de liberté aux salariés que si le travail lui-même est repensé, ce qui n’est pas le cas. Si l’on fait le même travail qu’avant à distance, les difficultés de l’éloignement s’ajoutent aux lourdeurs habituelles des organisations. Au bout du compte, le temps gagné en déplacements évités et en réunions moins nombreuses et  plus courtes, est perdu en recherche d’informations, dispersion, et perte d’efficacité.

 

Je n’évoque pas les activités qu’il ne faudrait pas reprendre après le confinement, comme la question m’y invitait, car la plupart d’entre elles doivent reprendre, me semble-t-il, pour répondre à des besoins collectifs indispensables, même si elles doivent être orientées différemment. Je ne désigne pas non plus les victimes de mes choix individuels, comme j’y suis invité ; elles ne sont d’ailleurs pas très nombreuses car j’ai renoncé à peu de choses et je souhaite que mes renoncements ne soient que temporaires.

 

La question suivante me rappelle que je ne suis pas allé dans la bonne direction :

 

Quelles mesures préconisez-vous pour que les ouvriers / employés / agents / entrepreneurs qui ne pourront plus continuer dans les activités que vous supprimez se voient faciliter la transition vers d’autres activités ?

 

On a beaucoup dit que la crise avait redessiné la carte des emplois essentiels et de ceux qui l’étaient moins. L’affaire est entendue : sont essentiels les médecins, les infirmières et infirmiers, les éboueurs, les enseignants, les personnels d’accueil des crèches, les agents des supermarchés (pas seulement les caissières), les paysans, les chauffeurs routiers, les aides-soignants dans les EHPAD . Les autres non.

 

Mais l’effondrement de l’activité de construction témoigne-t-il de l’inutilité des entreprises de ce secteur et de ceux qui y travaillent ? Non, nous en avons besoin et la « transition énergétique » ne pourra pas se faire sans une intense activité de construction et de reconstruction de logements et de bureaux qui sont des passoires énergétiques.

 

Faut-il souhaiter que les hôtels et restaurants que nous ne fréquentons plus disparaissent ?

 

Je ne le pense pas. Pas plus que l’arrêt des activités de recherche scientifique ne démontre leur inutilité.

 

A l’inverse, le fait que les secteurs  « finance-assurance » et « activités immobilières » traversent la crise sans frémir démontre-t-il leur caractère indispensable ?

 

La question posée est-elle la bonne ?

 

Personne ne défendra, je pense, à la sortie du confinement que les centaines de milliers de personnes actuellement en chômage partiel et tous les CDD et intérimaires qui n’en bénéficient pas devront y rester et s’engager dans des programmes de formation et de reconversion vers d’autres activités.

 

Et d’ailleurs lesquelles ?

 

Employés de plates-formes internet, magasiniers chez Amazon ou Cdiscount, livreurs à domicile, traders, pour prendre des activités maintenues pendant le confinement ?

 

En réalité, à court terme des mesures de soutien massif aux entreprises de tous les secteurs à l’arrêt seront prises pour éviter leur faillite et la progression de la misère, ce qui n’interdit pas d’orienter leur activité en conditionnant les soutiens au respect de règles de production préservant l’environnement.

 

A long terme, les politiques publiques doivent favoriser le passage à une autre économie. Mais il faudra du temps. Parler du changement sans en décrire les étapes, les moyens, les contraintes et les leviers permettant de les lever, c’est exprimer un vœu pieux. Nous venons, en France, de passer trois ans à élaborer une Programmation Pluriannuelle de l'Énergie pour 2023 et 2027. Mais il est vite apparu que cette période de temps était trop courte et l’on travaille déjà pour essayer de dire à quoi pourraient ressembler la consommation et la production d’énergie en 2050 et de définir les politiques publiques à mettre en œuvre en conséquences, malgré les incertitudes que comportent des échéances aussi lointaines.

 

L’échelle individuelle est complètement inadaptée pour traiter des questions de cette ampleur.

 

Si mes préférences individuelles devaient prévaloir, nous fermerions les magasins de vêtements ou de produits de luxe de toute nature, les boutiques d’objets de décoration et de bien d’autres produits inutiles à mes yeux. Le retour au tourne-disque et à une télévision publique avec deux ou trois chaînes ne me chagrinerait pas. Mais cette indifférence à une grosse partie de ce qu’offre le marché des biens et services actuel n’exprime que mon âge et sans doute une forme de nostalgie. Elle ne décrit pas le monde de demain et n’aide pas à faire des choix d’avenir.

 

D’où ma difficulté à répondre à la question suivante :

 

Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent / reprennent ou celles qui devraient être inventées en remplacement ?

 

Je suis un mauvais candidat à cet exercice car je souhaite retrouver au plus vite la plupart des activités auxquelles j’ai dû renoncer, puisqu’il s’agit de:

 

  • la possibilité d’aller et de venir sans contrainte ; rencontrer les gens que j’ai envie de voir sans contrainte et sans distanciation physique

 

  • fréquenter une librairie ou un marché sans être canalisé par des forces de police et sans contrôle d’identité et d’autorisation de sortie ;

 

  • recevoir mes amis à la maison ;

 

  • aller au cinéma, au concert ou au théâtre ;

 

  • voyager un peu

 

Je manque sans doute d’imagination mais je ne vois pas ce qui pourrait remplacer cela et je ne souhaite pas que ces activités disparaissent.

 

Ma perplexité a augmenté à la question suivante consistant à décrire

 

a) pourquoi les activités dont je souhaite le retour m’apparaissent positives

 

b) comment elles rendent plus faciles/ harmonieuses/ cohérentes d’autres activités que je favorise et permettent de lutter contre celles que je juge défavorables ?

 

Il m’a semblé alors que le questionnaire omettait un point essentiel. Ce qui a été mis en suspension depuis le 17 mars, c’est l’exercice de nos droits fondamentaux, à commencer par la liberté d’aller et de venir, la résistance à l’oppression (au travers des lois d’exception qui donnent un pouvoir anormalement étendu aux autorités administratives), le droit de voir les gens que nous souhaitons rencontrer, le droit de manifester…

 

L’exercice des libertés fondamentales n’a pas à être justifié. Je sais que l’exercice de ma liberté n’est pas inconditionnel, qu’il trouve ses bornes dans la possibilité qu’auront les autres de l’exercer pareillement. De cela, je veux bien discuter. Si l’on me dit que je ne dois pas sortir de chez moi sans masque parce que je mets les autres en péril, je mettrai un masque, mais je revendique aussi que l’on me teste pour savoir si je constitue  une menace pour les autres et que les autres soient également testés et sachent quel comportement ils doivent adopter. Je souhaite que nous passions d’une mesure de police générale, à une politique de santé publique reposant sur la bonne information des citoyens et faisant appel à leur responsabilité. 

 

Pour le reste, je ne suis pas certain que ma façon de travailler pendant le confinement soit plus favorable à l’environnement que lorsque je prenais le RER tous les jours. Mes interminables journées devant un ordinateur génèrent une forte consommation d’énergie pour faire tourner à plein régime d’énormes usines de traitement de données. Les outils électroniques que nous utilisons entraînent une surexploitation de terres rares, d’eau, de transports et d’énergie qui n’a rien de comparable avec les dégâts que nous provoquions lorsque nous faisions la même chose avec un papier, du crayon, une règle à calcul et le service de la poste. Les conséquences du télétravail sur notre santé mentale et les modifications des relations sociales et de travail qu’il induit restent à étudier. Enfin, je n’oublie pas que les GAFA sont pour le moment les entreprises qui profitent le plus de la crise, avec Tesla et quelques groupes pharmaceutiques susceptibles de mettre au point un vaccin contre le covid 19.

 

Le questionnaire prend ensuite un tour choquant puisqu’il me demande d’énoncer les mesures que je préconise pour aider les ouvriers / employés / agents / entrepreneurs à acquérir les capacités / moyens / revenus / instruments permettant la reprise / le développement / la création de cette activité ?

 

Me voici élevé au rang de DRH du pays. La démarche proposée est d’ailleurs conforme à  l’analyse habituelle expliquant le chômage par l’inadaptation de la qualification de la main d’œuvre aux besoins des entreprises. Mais le chômage ne résulte-t-il pas d’abord des crises économiques répétées et de la faiblesse de la croissance économique qui conduit certains économistes à évoquer une dépression séculaire ?

 

Et puis, cette question souffre d’un biais économiste que j’ai du mal à accepter. Ce que je souhaite retrouver au plus vite, c’est la jouissance de mes libertés fondamentales : la possibilité de me promener dans un bois, sur un chemin de campagne, sur une plage, de recevoir mes amis, bref de profiter d’activités qui n’ont rien d’économiques et dont je ne veux surtout pas qu’elles le deviennent.

 

Quelque chose ne fonctionne pas dans l’articulation entre l’échelle individuelle et collective qui nous est proposée.

 

Bruno Latour inscrit la démarche qu’il propose dans une sorte de prolongement des Etats-généraux de 1789. Nous en sommes pourtant loin. Dans un cas, Louis XVI voulant contraindre l’aristocratie à des réformes indispensables (il s’agissait en particulier de lui imposer de payer des impôts) a suscité un grand mouvement dans tout le pays. Le tiers État qui n’était rien et voulait devenir quelque chose, a utilisé cette occasion pour se regrouper, tenir des milliers de réunions locales et exprimer collectivement des aspirations traduites dans des cahiers de doléances. Ici, on nous demande de désigner parmi nos renoncements ceux dont nous souhaitons qu’ils soient définitifs, parce que le salut collectif dépend de nos renoncements individuels. Mais c’est précisément le collectif qui manque dans cette démarche.

 

Les éboueurs, postiers, agriculteurs, infirmier(e) s, paysans seront peu nombreux à lire AOC et à répondre au questionnaire. En pratique, la démarche proposée revient à demander à ceux qui comme moi peuvent travailler à domicile et touchent leur salaire de désigner parmi ceux dont le travail s’est arrêté et qui touchent au mieux le chômage partiel, lesquels doivent disparaître, avec des mesures d’accompagnement bien sûr.

 

Loin d’y voir un renouvellement de la démocratie je crains plutôt que la réflexion proposée n’en manifeste la régression. Il ne s’agit pas de l’organisation d’une délibération collective sur des solutions communes, au contraire, chacun est renvoyé à ses préférences individuelles, laissant à une autorité mystérieuse qui n’est pas désignée, le soin d’arbitrer entre elles.

 

L’autorité qui à toutes les chances de s’imposer comme le véritable arbitre pourrait bien être encore une fois l’économie. La crise économique violente que nous allons vivre risque de conduire à des arbitrages sévères entre les activités qui doivent disparaître parce qu’elles ne sont pas rentables et celles qui seront préservées parce qu’elles sont profitables. Il ne sera pas tenu compte des préférences individuelles et s’il n’y a pas de mouvement collectif pour s’y opposer, ce sont encore une fois les intérêts des plus faibles, qui ne sont pas nécessairement les moins utiles comme nous l’avons brutalement constaté ces dernières semaines, qui seront frappés de plein fouet.

 

Jean-François Collin

8 mai 2020

Petit clin d’œil

 

Même si beaucoup d’acteurs auraient été surpris à l’époque si vous leur aviez dit qu’en dérégulant la société fordiste le résultat aurait été l’érection d’un monde où la reconnaissance des droits individuels et la naissance d’une société plus fluide vont à l’encontre du collectif. Il n’est donc pas étonnant que certains anciens soixante-huitards comme Daniel Cohn-Bendit ou Romain Goupil se reconnaissent dans cette société libérale-libertaire.

SOCIÉTÉ

Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise ICI

PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 12:00

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Titre, emprunté et actualisé, à Frédéric Pommier @fred_pom 4 mai

 

On est censé déconfiner dans huit jours et je n'ai toujours pas fait de pain ni terminé Proust. J'ai honte.

Le style farmer vu par le Bon Marché : c'est 4640 euros sans les ...

"Monsieur le Président, il est temps de déclarer l’état d’urgence culturelle" - La lettre d'Isabelle Adjani lue par

billet - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

Séquence culture ce matin, le secteur culturel le grand oublié de nos technocrates du gouvernement. Petit rappel : 8 janvier 2020

 

Le PIB culture « la culture créait autant de valeur ajoutée que toute la filière agricole et agro-alimentaire et sept fois plus que l’industrie automobile » ICI 

 

  • le cinéma, je m’inquiète pour l’avenir de 1000 et une production la boîte de production de mes enfants. ICI

 

 

Interruption des tournages : le dilemme kafkaïen des assurances

 

Les contrats ne couvrant pas les risques liés au Covid-19, les producteurs en appellent à l’intervention de l’Etat.

Par Nicole Vulser

 

Imaginons le tournage d’un film dans le monde d’après. Les principaux comédiens, le réalisateur et le chef opérateur s’engagent sur l’honneur à se confiner chez eux après leurs prestations sur le film. Le tournage, lui, se déroule sous l’œil vigilant d’une infirmière présente à chaque instant, ou à défaut est surveillé par des caméras thermiques qui permettent d’exclure toute personne susceptible d’être infectée par le Covid-19. L’équipe, bien entendu, est masquée, gantée. La cantine n’existe plus, troquée contre des plateaux-repas individuels. Les figurants sont convoqués en toute fin du tournage pour ne pas risquer de contaminer les acteurs qui tiennent les rôles-titres… C’est l’un des scénarios envisagés par le principal courtier du cinéma français, Hugo Rubini, pour amadouer les assureurs.

 

L’heure est kafkaïenne pour les producteurs cinématographiques contraints d’arrêter leurs tournages mi-mars en raison du confinement imposé par le Covid, et pour ceux qui s’apprêtaient à filmer – une trentaine de longs- ou courts-métrages étaient en tournage et cinquante-huit en préparation. Dans une lettre du 20 avril adressée au ministre de l’économie, Bruno Le Maire, dix-huit producteurs, sous la houlette de Georges-Marc Benamou (Siècle Productions), affirment que, pour reprendre leurs tournages, « ils doivent impérativement être assurés contre les risques d’arrêt ou de suspension liés au coronavirus ». Or, expliquent les signataires, « les compagnies d’assurances excluent toute prise en charge de ce risque, pour l’avenir ». Ce qui « entraîne de fait le blocage de toute création cinématographique et audiovisuelle en France ». Cela au pire moment, puisque le printemps et l’été constituent la pleine saison des tournages.

 

Des résultats attendus mi-juin

 

Comment débloquer cette situation ? Déclarer ce phénomène pandémique en catastrophe naturelle ? Un décret permettrait ainsi d’indemniser les personnes lésées grâce à ce fonds abondé par une taxe qui existe déjà sur chaque police d’assurance. Mais les assureurs n’en veulent pas. Créer un nouveau fonds pour les risques sanitaires majeurs, identique à celui consacré aux catastrophes naturelles ? Il faudrait dans ce cas l’abonder, ce qui pourrait prendre des mois, sauf à faire appel à l’Etat. Certains experts préconisent aussi de s’inspirer de la création du risque contre les attentats, mis en place en 2001.

 

Face à l’urgence, d’autres producteurs ont d’ores et déjà saisi les institutions européennes pour que soient mises en place, grâce au fonds industriel européen de relance prôné par Thierry Breton, commissaire européen chargé du marché intérieur, des dispositions exceptionnelles face à ce problème qui dépasse nos frontières. A Bercy, on assure « travailler pour trouver une solution », si possible européenne dans l’hypothèse d’un nouveau fonds. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a créé un groupe de travail à la direction du Trésor, consacré au développement d’une couverture assurantielle des pertes d’exploitation liées aux pandémies. Un autre groupe de travail sur ce même sujet, et dont les résultats sont également attendus mi-juin, a été mis en place à la Fédération française de l’assurance (FFA), qui a par ailleurs désigné un groupe d’experts sur le cinéma et l’audiovisuel. Toutes les pistes sont à l’étude, le ministère de la culture, le CCHSCT cinéma et le Centre national de la cinématographie (CNC) sont directement concernés par cet imbroglio.

 

Négociations ardues

 

Dominique Boutonnat, le président du CNC, a travaillé dix ans chez l’assureur Axa, avant de se lancer dans le cinéma en 2005. Ce qui pourrait l’aider dans les négociations ardues avec la FFA. « La reprise des tournages sera un problème-clé lors du déconfinement », assure Olivier Zegna-Rata, délégué général du Syndicat des producteurs indépendants (SPI). « La trésorerie des sociétés de production est déjà très tendue, certaines ne tiendront pas le choc », redoute-t-il. Les pertes d’exploitation liées au confinement (les frais financiers ou les surcoûts parfois colossaux liés à la non-livraison des films) ne sont pas couvertes par les assurances. La course contre la montre est engagée pour tous les films aujourd’hui à l’arrêt.

 

 « Et si le film peut se poursuivre, les comédiens seront-ils libres pour la fin du tournage ? Les enfants engagés n’auront-ils pas trop grandi ? », se demande Hugo Rubini. Sans compter que personne ne sera à l’abri d’une deuxième vague de confinement… Pour l’heure, certains assureurs proposent des contrats aux montants stratosphériques pour assurer « l’indisponibilité des personnes » à la reprise des tournages. Auparavant, seules les têtes d’affiche faisaient l’objet de surprimes pour les cas de maladie, désormais tout le plateau est à égalité face à l’aléa potentiellement mortel du Covid, plaident les assureurs.

 

Hugo Rubini tente de faire revenir les assureurs dans la course. Il espère que le risque lié au Covid s’atténuera avec le temps, au point qu’il soit simplement considéré comme une maladie comme une autre. Les deux points de vue entre producteurs et assureurs restent diamétralement opposés et inconciliables. La FFA se dit prête à chercher une solution, mais pour l’heure, rien ne bouge.

 

Antoine Gallimard

 

  • « Si la librairie, maillon faible, casse, toute la chaîne du livre déraille » Antoine Gallimard ICI 

 

Si les ventes de livres numériques n’ont pas franchi des seuils pharaoniques chez Gallimard, le PDG apprécie tout de même les résultats. De 2 % du marché, on passe à 4 % — de même pour les livres audio –, mais cela ne couvre pas les pertes de livres papier. Invité par France Inter, il est revenu sur les efforts fournis par les éditeurs durant cette période, mais également les réflexions à apporter à la profession.

Si les ventes de livres numériques n’ont pas franchi des seuils pharaoniques chez Gallimard, le PDG apprécie tout de même les résultats. De 2 % du marché, on passe à 4 % — de même pour les livres audio –, mais cela ne couvre pas les pertes de livres papier. Invité par France Inter, il est revenu sur les efforts fournis par les éditeurs durant cette période, mais également les réflexions à apporter à la profession.

 

Quelques chiffres : quotidiennement, 1,4 million de livres se vendent en France, et 700.000 sont empruntés. En temps normal, souligne le patron de Gallimard, Flammarion, Casterman. Or, cette période de confinement, et celle qui la suivra, n’a pas été propice au commerce du livre, pas plus qu’au prêt. En numérique, certes, mais cela ne fait pas bouillir la marmite. Et les libraires qui ont cherché des solutions de replis n'ont pas généré pour eux-mêmes un chiffre d'affaires classique.

 

L’enjeu du confinement, indique Antoine Gallimard, aura été de maintenir le lien avec les lecteurs — pour sa maison comme chez les confrères. Et pour ce faire, la seule voie possible fut internet, et la diffusion gratuite, par exemple, de livres. Ceux de la collection Tracts de crise ont ainsi fait l’objet d’un traitement spécial, pour alimenter tant en pensées qu’en lectures (et inversement), les internautes-lecteurs.

 

 Le maillon qui casse...

 

Pudiquement, le patron de la holding Madrigall ne répond pas directement quand on lui demande si l’industrie connaîtra des vagues de licenciements et de fermeture de librairies. Et si seuls les grands groupes s’en sortiront. « Cela nous préoccupe beaucoup. Dans la chaîne, il y a des maillons faibles : le maillon faible, c’est la librairie. » D’ailleurs, son groupe possède aujourd’hui de neuf établissements et connaît le sujet. « Si ce maillon faible casse, c’est toute la chaîne qui déraille. Et c’est grave. »

 

Les auteurs apprécieront, alors que les systèmes d'aides gérés par la SGDL, avec l'argent fourni par le Centre national du livre, entre autres, sont des plus opaques. Et ce, malgré une révision récente des critères d'éligibilité.

 

Pour autant, le risque de concentration, et de perte de la diversité éditoriales existe, reconnaît-il, mais les prêts et subventions sont là pour tenter de panser les plaies, un peu.

 

L’édition, qui représente 5 milliards € de chiffre d’affaires, attend du président d'Emmanuel Macron 500 millions € d’aides. Mais également des initiatives comme les chèques-livres pour aider les jeunes à retrouver le chemin de la librairie. Et peut-être réviser les normes de sécurité : on parle actuellement de 10 personnes pour 100 m2, la souplesse pourrait être de mise.

 

Mais de toute cette mise au repos forcé, le PDG note surtout que La Poste n’a pas pu aider les libraires. La question de tarifs postaux revient de manière récurrente, libraires et éditeurs soulignant que les frais de port sont particulièrement lourds. Bruno Le Maire avait été sollicité pour une intervention urgente : les points de vente qui ne pouvaient pas assurer de click & collect étaient en effet doublement pénalisés, par l’impossibilité de procéder à une vente à distance.

 

Savez-vous, monsieur le ministre, que pour envoyer par La Poste un livre de 250 pages (qui pèse environ 300 g), il en coûte 5,83 € en lettre verte, soit plus d’un quart du prix du livre (sauf à le vendre à un tarif indécent) ? Savez-vous que pour envoyer un livre qui dépasse 3 cm d’épaisseur, il faut le faire par Colissimo, au prix de 7,14 € HT ? Et ces tarifs augmentent chaque année, alors que le prix du livre, lui, est fixe.

 

 

« Ce qui est important, c’est que l’on réfléchisse, que le gouvernement réfléchisse aux frais de port, aux frais de Poste pour le livre, comme il y a pour les journaux », insiste Antoine Gallimard.

 

Appel à suivre, enfin ?

 

On appréciera également les interventions de Pauline Fouillet, gérante de la librairie Livres et vous, qui s’est débattue, durant la crise sanitaire, pour fournir à ses clients des offres spécifiques de lectures et jeux. Emission à réécouter (intervention à 2h20) :

 

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Le ministre Franck Riester et Emmanuel Macron lors de l’annonce des orientations du « plan pour la culture », à l’Elysée, le 6 mai.

Coronavirus : ce qu’il faut retenir des annonces d’Emmanuel Macron pour la culture ICI

Joseph Zimet, le minustre de la culture minister Franck Riester, la sécrétaire génèrale Anne de bayser et le président Emmanuel Macron lors d ela viosonfèrence à l’Elysée sur la question de la culture.

Discours de Macron pour la culture : aide-toi et l’État t’aidera ! ICI

Franck Riester au campus des territoires de La Republique en marche à Bordeaux. Photo : AMEZ / ROBERT/SIPA

Franck Riester : “Je ne suis pas du tout sur cette ligne de date lointaine : dès qu’on peut, on ouvre !” ICI

Interpellé de toutes parts pour sa “non gestion” des conséquences de la pandémie, le ministre répond à “Télérama”, à la veille de la conférence que doit tenir Emmanuel Macron sur le sauvetage de la culture.

 

Une pétition d’artistes directement adressée au président de la République via Le Monde pour se plaindre de son ministre de la Culture et lui demander de prendre les choses en main, un « avis de recherche » dudit ministre ironiquement lancé sur les réseaux sociaux… Depuis sa nomination au portefeuille de la Culture en octobre 2018, Franck Riester subit aujourd’hui les pires camouflets de sa brève carrière ministérielle. Et les reproches quasi unanimes d’une profession anéantie par les conséquences du coronavirus et de la nécessaire politique sanitaire pour le combattre.

 

Fermeture de 2 000 cinémas, 2 500 salles de musique, 1 000 théâtres, 1 200 musées, 3 000 librairies, 16 000 bibliothèques, arrêt de la plupart des 3 000 festivals d’été… Comment les 274 000 intermittents du spectacle que compte la France de 2020 pourront-ils accumuler les 507 heures de travail annuel qui leur donnent droit à des allocations-chômage ?

 

Certains parlent de véritable « tsunami social et culturel », de la mort annoncée de lieux, de jeunes compagnies, d’associations. Et le ministre semble aux abonnés absent depuis de longues semaines. De quoi l’accuser d’un manque de soutien aux professions inquiètes qui font la culture. D’un manque de clarté sur la réouverture d’espaces culturels déjà éprouvés par les grèves contre la réforme des retraites. D’un manque d’ambition quant aux moyens affectés à un secteur aussi essentiel à notre vie individuelle et collective, festive et spirituelle, qu’à notre vie économique et touristique. D’un manque de vision, enfin, pour les années à venir, où rien sans doute ne sera pareil. Nous avons voulu l’interroger.

« L’absence de vision politique à long terme sur le cinéma et l’audiovisuel est désespérante »

 

Tribune. Sept milliards d’euros pour relancer l’industrie aéronautique, rien encore pour le cinéma et la télévision, qui pourtant nous accompagnent quotidiennement dans notre vie confinée, seules fenêtres ouvertes sur un monde devenu inaccessible.

 

Dans les journaux télévisés du soir, on parle plus de l’avenir des fleuristes que des salles de cinéma. D’où vient ce désamour de nos politiques pour ce secteur dont la valeur ajoutée est bien supérieure à celle de l’automobile et qui emploie plus de personnes que l’aéronautique ?

 

Grâce à des femmes et des hommes politiques visionnaires, le secteur industriel du cinéma et de l’audiovisuel a été le seul en France à organiser sa régulation financière, notamment en se dotant d’une taxe spéciale, la TSA [taxe spéciale additionnelle sur les entrées en salles], copiée par beaucoup de pays. Ce système a si bien montré son efficacité que notre gouvernement a pu ainsi justifier de prélever plus de 300 millions d’euros sur le budget du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) depuis 2011, montant qui pourrait aujourd’hui participer à amortir les effets de la crise que nous traversons.

 

Paupérisation accélérée

 

Certes, des plans d’urgence ont été mis en place, à commencer par l’extension à nos métiers du chômage partiel qui permet à nos entreprises de continuer à rémunérer ses salariés en l’absence de revenus. Tant mieux, la catastrophe a été évitée. Mais pour reprendre des formules utilisées pour décrire la crise climatique, vers quel monde s’achemine-t-on ? Car en l’absence de pensée politique forte et de moyens conséquents, le secteur culturel risque bien de ne pas pouvoir se relever de la crise qu’il subit de plein fouet.

 

D’où vient ce désamour de nos politiques pour ce secteur dont la valeur ajoutée est bien supérieure à celle de l’automobile et qui emploie plus de personnes que l’aéronautique ?

 

Dans la mutation majeure amorcée bien avant la crise, c’est l’ensemble des acteurs de la filière qui doit se réinventer et c’est le financement global des œuvres ainsi que leur diffusion qui doivent être repensés. Car, sinon, cette mise à l’arrêt totale, inédite, n’aura servi qu’à une paupérisation accélérée et à un abandon coupable du monde de la création.

 

Plusieurs actions sont à mener urgemment :

 

Les grands gagnants de cette crise, les plates-formes, contrairement à tous les autres opérateurs du secteur, ne payent pas d’impôts, et pourtant s’appuient et prospèrent sur un écosystème vertueux, où des auteurs et des producteurs vivent de leurs droits et doivent pouvoir continuer à le faire.

 

L’application en France de la directive européenne « Services de médias audiovisuels » (SMA), en discussion au sein de la réforme audiovisuelle et reportée sine die, devait s’y atteler. Ces acteurs internationaux majeurs, pour certains plus puissants que des Etats, doivent contribuer à financer la relance globale de notre économie.

 

Les salles de cinéma sont au premier rang dans la chaîne d’exploitation des films. Cette fenêtre premium les oblige. Elles doivent impérativement redonner confiance aux créateurs et aux ayants droit en s’engageant réellement à leurs côtés pour amener et défendre leurs films devant leur public. Sans cela, les plates-formes, bien plus puissantes, sauront donner des gages (comme elles l’ont prouvé avec les réalisateurs Alfonso Cuaron ou Martin Scorsese) pour les séduire et capter leurs œuvres pour leurs seuls abonnés.

 

Diversité

 

Les salles de cinéma savent depuis très longtemps, bien avant l’invention de la carte illimitée, que la fidélisation de leur public passe par la programmation de toute la diversité, donc par des partenariats vertueux avec les distributeurs indépendants et pas seulement avec les studios américains.

 

En 2019, 80 % des films ont été sortis par des distributeurs indépendants. Ils se sont partagé seulement 32 % des séances en France sur l’année. Ces mêmes indépendants ont pourtant su faire découvrir la majorité des films présents à Cannes en 2019, et la plupart des premiers films et films d’auteurs français et européens. La crise actuelle ne doit pas nous faire oublier l’importance de la régulation des films en salles au profit de la plus grande diversité du cinéma. Car, comme pour le climat, la reprise aura beau jeu de permettre tous les écarts à une régulation vitale amorcée dans le monde d’avant.

 

Le service public doit affirmer son rôle dans la création et la diffusion. Prendre exemple sur Arte qui, avec peu de moyens et sans être rivée uniquement sur l’audimat, offre chaque jour à son public des films, des documentaires et des séries audacieuses, sachant allier la satisfaction et la curiosité de ses téléspectateurs.

 

Au cours de cette crise, France Télévision a redécouvert l’attrait du cinéma sur ses antennes, dont acte, mais au seul profit de films multidiffusés et de catalogues déjà ultra-amortis des grands groupes. Les spectateurs confinés n’auraient pas le goût de voir des films plus récents, plus en phase avec notre monde ? Prendre des risques, innover, travailler avec des auteurs et producteurs émergents, voilà ce que l’on attend d’un véritable soutien public à la création.

 

Un monde sans artistes ?

 

Enfin va-t-on cesser d’avoir peur de lutter efficacement contre le piratage qui a explosé depuis le début du confinement et qui prive les ayants droit d’une grande partie de leurs ressources ?

 

A l’instar de la transition écologique, cette crise, si elle ne tue pas intermittents, auteurs, artistes, salles de proximité, producteurs et distributeurs indépendants, doit être l’occasion d’affirmer une politique culturelle digne de ce nom.

 

L’absence de vision politique à long terme portée sur notre secteur est désespérante. Si le gouvernement est capable d’injecter des milliards dans des secteurs notoirement responsables de notre crise climatique – faut-il rappeler que la pollution tue chaque année plus de 40 000 personnes, à quand ce décompte chaque soir aux journaux télévisés… –, ne doit-il pas s’interroger sur la nécessité de préserver et renforcer notre modèle culturel, vecteur autant d’emplois que de cohésion sociale ?

 

Posons-leur la question : de quel monde rêvez-vous pour vos enfants ? Un monde sans images, sans artistes, sans émotion ? Ou un monde plus juste et plus grand ? Et si oui, quoi de mieux que la création artistique sous toutes ses formes pour en être le berceau ?

 

Carole Scotta dirige la société de production indépendante Haut et Court.

À Paris, les tournages de films et de séries reprendront sous conditions ICI

Omar Sy en Arsène Lupin ou Romain Duris dans la peau de Gustave Eiffel vont pouvoir reprendre le travail. Seule ombre au tableau : les assurances.

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 12:00

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Dans ma vie ordinaire de retraité j’ai du temps ; dans celle de confiné j’en ai beaucoup. Alors plutôt que de passer ce temps long avachi sur un canapé à regarder les toutologues aligner leurs certitudes, en bouffant des chips, je préfère éclairer ma lanterne si peu brillante en écoutant des voix discordantes qui font du bien dans la cacophonie actuelle.

 

Celle de Jean-Dominique Michel en est une, il tient un blog ICI

 

Merci à un lecteur vigneron de m’avoir transmis l’info venue de Suisse qui avait échappée à ma sagacité louée par Pax.  

 

Notre invité: Jean-Dominique Michel, anthropologue - Vidéo - Play RTS

 

Le samedi après-midi du 25 avril 2020, nous nous sommes rendus à Genève à la rencontre de Jean-Dominique Michel, anthropologue et expert de renommée mondiale en matière de santé publique.

 

Après avoir étudié pendant plus de 30 ans les pratiques de soins et dispositifs sanitaires en Europe et dans le monde et avoir enseigné dans une quinzaine de programmes universitaires et Hautes écoles en Suisse et à l’étranger, il a travaillé comme nul autre ces dernières semaines pour comprendre et mettre en perspective ce qui nous arrive.

 

Dans son bureau de l’Association Pro Mente Sana dont il est le secrétaire général, il nous présente, avec sagacité, ouverture et sans langue de bois l’anatomie de la crise que nous vivons.

 

Mise en perspective à partager sans modération.

 

Êtes-vous un auteur

Jean-Dominique Michel

Mon parcours ICI

 

Des clients font leurs courses dans les magasins alimentaires de la Rue des Martyrs, à Paris le 11 avril 2020. Photo / Julie Limont / Hans Lucas / AFP Reportage.

 

Dans la rue des Martyrs,

 

 

à Paris, la

 

 

 

vie continue ICI

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 12:00

 

Je ne vous le présente pas c’est ICI 

 

Pendant que moi, vieux bobo confiné, je faisais des babas au rhum, Jean-François lui se posait des questions et me transmettait le soir venu le fruit de sa réflexion.

 

 

Le vieux 68 hard, non révisé que je suis ne peut qu’adhérer à son constat : Nous sommes comme des enfants, ils nous prennent pour des ados attardés, choyés par la vie soudain apeurés, attendant tout, ou presque, de la sphère des hauts décideurs parisiens, j’ose une image osée, ce sont « nos souteneurs », qui tout en râlant, en s’épanchant sur les réseaux sociaux, en changeant d’avis au gré des déclarations contradictoires des toutologues, oublient qu'ils sont des citoyens, membres d'une communauté politique organisée

 

« On dit communément que chaque libre citoyen du monde a deux patries, la sienne et puis la France »

Blaise Cendrars, Bourlinguer, 1948

 

La servitude volontaire, chère à Etienne de la Boétie

 

Chose vraiment surprenante (...) c'est de voir des millions de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel.

 

Mais est-ce bien nouveau cet asservissement, le général, en bon militaire, nous qualifiait déjà de veaux

 

Charles de Gaulle, biographie et citations - Club de Réflexion ...

 

L’Amiral Philippe de Gaulle fils du général confirme : « Il l'a souvent employée quand il les voyait ne pas réagir ou se considérer comme battus avant même d'avoir engagé le fer. Au début de juin 1940, par exemple, à Londres, à l'hôtel Connaught, à voix basse pour ne pas être entendu des convives qui dînent à la table voisine. Il vient de stigmatiser l'armistice au micro de la BBC. Je le vois alors serrer son couteau nerveusement avant de le reposer avec délicatesse. Puis il me souffle: « Ce sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n'ont que ce qu'ils méritent. »

 

Michel Rocard (là je taquine un peu Jean-François en le citant) dans Décoloniser la province au colloque de Saint-Brieuc en décembre 1966, fustigeait la centralisation française et prônait une plus grande autonomie des territoires pour en finir avec « une tradition politique qui, des rois aux républiques, en passant par les empereurs, gouverne à l’intérieur par ses missi dominici, ses intendants et ses préfets en étouffant les pouvoirs locaux. »

 

Au risque de choquer, mais je le prends, cette mise en laisse des français, ce collier qui se resserre sur les libertés individuelles, ils l’ont bien mérité à force de gober le prêt-à-penser, à force d’élire des aligneurs de promesses jamais tenues, à force de privilégier ceux qui les brossent dans le sens du poil pour mieux les manipuler.

 

Je m’en tiens là, je ne suis qu’un vieux monsieur indigne à qui le sentiment de finitude ôte toute peur de mourir, ma seule crainte c’est d’être dépendant, à la charge de la société, et puis aussi, depuis ma grosse gamelle à vélo de souffrir : « de 1 à 10 situez votre douleur » était le leitmotiv de mes soignants à Cochin, pendant 3 jours et 3 nuits j'avouais 8 alors que je pensais 10...

 

 

 

Le premier ministre a indiqué le 28 avril que les mesures de confinement seraient progressivement allégées après le 11 mai. Personne ne sait vraiment dans quelle mesure tant le plan est confus. Notre seule certitude est notre situation verte ou rouge sur la carte de France.

 

Ce plan de déconfinement progressif ne met pas fin aux pouvoirs exceptionnels dont dispose le gouvernement depuis le début du mois de mars. Bien au contraire, il demandera au Parlement, la semaine prochaine, de prolonger l’état d’urgence sanitaire et les pouvoirs exceptionnels dont il dispose jusqu’au 24 juillet. Le parlement, soumis à l’exécutif, lui accordera cette prolongation, il n’y a pas de doute là-dessus. Le plus inquiétant est qu’il n’y aura sans doute pas beaucoup plus de résistance de la part des forces politiques minoritaires et de la société civile, tant domine l’idée que le pouvoir de l’Etat est notre seule protection quand les choses vont mal. On ne reproche pas au pouvoir de réduire à néant nos libertés fondamentales, mais de ne pas être capable d’acheter à la Chine des masques de protection.

 

Nous sommes placés, désormais, sous la protection du «couple préfet-maire », nous disent le Premier ministre et le Président de la République. Comme s’il s’agissait d’un couple, alors que l’un dicte à l’autre ce qu’il doit faire, que le préfet contrôle les actes des maires même en période normale, que les préfets ont imposé pendant le mandat précédent, des centaines de regroupements forcés de communes, amputant ainsi le pouvoir d’autant de maires dans des communautés de communes et d’agglomérations.

 

Qui sait ce qui restera du renforcement du pouvoir exceptionnel du gouvernement après le 24 juillet, si l’état d’urgence est levé à cette date?

 

La plupart des  mesures d’exception adoptées après les attentats du Bataclan du 13 novembre 2015, au nom de la guerre contre le terrorisme, ont été intégrées à notre droit ordinaire, au motif de donner un cadre légal permanent aux actes du gouvernement.

 

Auparavant, l’extension temporaire de son pouvoir était justifiée par la théorie élaborée par le Conseil d’Etat au sortir de la première guerre mondiale « des circonstances exceptionnelles »; le juge administratif ne censurait pas des actes illégaux de l’administration lorsque ceux-ci étaient pris pour faire face à des circonstances exceptionnelles.

 

Le gouvernement a fait adopter le 23 mars 2020 une « loi d’urgence sanitaire » qui donne une base légale aux pouvoirs exceptionnels qu’il exerce. Le Conseil d’Etat n’a rien trouvé à y redire. Le conseil constitutionnel ne s’est pas montré plus vigilant ; il a repris à son compte la théorie du conseil d’Etat sur les circonstances exceptionnelles, ce qu’il n’avait pas fait jusqu’à maintenant.

 

L’Allemagne donne une autre image du contrôle des actes de l’autorité politique ; l’interdiction de manifester décidée par un gouvernement régional a été invalidée par le juge fédéral au motif que les impératifs sanitaires ne pouvaient justifier une interdiction générale et absolue de manifester.

 

Ne vaut-il pas mieux que le gouvernement agisse en dérogation aux règles ordinaires quand les circonstances sont extraordinaires et qu’il s’en explique devant les citoyens, le Parlement et les juges, plutôt que d’intégrer dans notre ordre juridique la possibilité permanente d’extension des pouvoirs de l’appareil d’Etat ?

 

Ce qui est certain, c’est que le gouvernement s’habitue à exercer les pouvoirs exorbitants dont il dispose et que nous nous habituons à le supporter.

 

L’histoire des sociétés « développées » est celle de l’extension continue du pouvoir de l’Etat sur les individus, pour le meilleur et pour le pire.

 

Cette extension s’opère souvent maintenant à la demande des citoyens.

 

Jusqu’aux années 1970, les mouvements démocratiques défendaient les libertés fondamentales contre l’Etat (liberté d’expression, de manifestation, d’aller et de venir). Ensuite sont venues les revendications de « droits à quelque chose… » (droit d’avoir un enfant, de choisir de son sexe, etc.). Pour que ces droits soient effectifs, il ne suffit plus que l’Etat s’abstienne, il faut qu’il intervienne pour garantir le remboursement d’actes médicaux qui ne l’étaient pas, pour modifier le code civil… Ainsi s’est étendue l’emprise de l’Etat sur la vie privée des gens considérée comme une victoire démocratique.

 

Nous nous habituons à la soumission aux institutions qui agissent légitimement puisque c’est pour notre bien, au pouvoir de la médecine qui veille sur nous, de la science qui pourtant devrait nous aider à comprendre plutôt qu’à nous résigner.

 

Nous nous habituons à accepter l’inacceptable : rester enfermés, ne pas sortir sans un papier signé, nous sentir coupables de rester plus d’une heure dehors…

 

Nous sommes comme des enfants.

 

D’ailleurs, ne trouvons-nous pas un certain plaisir à nous retrouver dans cette situation d’infantilisation ?

 

Adultes confinés, nous échappons à l’inconfort des transports en commun, au regard des collègues et des chefs qui ne nous voient que si nous le voulons dans le demi-anonymat des conférences téléphoniques et des visioconférences tremblotantes. Nous sommes débarrassés de l’obligation de nous apprêter pour faire bonne figure. Ce petit bénéficie nous rend encore plus enclins à accepter de perdre notre liberté plutôt que notre vie.

 

Mais n’est-ce pas un marché de dupes ? Jean-Pierre Dupuy a fort bien expliqué comment nous ne croyons pas vraiment ce dont pourtant nous sommes certains. Il en est ainsi de notre propre mort.

 

Rappelons que dans le même temps nous trouvons tout à fait normal que d’autres soient obligés de sortir, pour que nous puissions nous nourrir, bénéficier d’infrastructures de télécommunications fonctionnelles, pour nos rues ne soient pas envahies d’immondices et que les malades soient soignés.

 

Toute réflexion est à l’arrêt et je n’ai guère entendu qu’André Comte-Sponville s’élever contre cet abrutissement collectif, dire qu’il y avait des choses plus graves que le Covid-19 dans la vie. Que nous devrions nous faire plus de souci pour l’avenir de nos enfants que pour notre risque de mourir, assez faible au demeurant. Que nous devrions nous souvenir qu’être heureux permet souvent d’être en bonne santé mais que la bonne santé ne peut pas devenir l’unique but de notre existence.

 

Quand allons-nous nous réveiller ?

 

L’opposition qui patauge, reprochant un jour au gouvernement de trop nous confiner, le lendemain de nous déconfiner trop vite, les syndicats qui s’opposent à la reprise du travail tant que les conditions ne seront pas réunies (?) ne devraient-ils pas plutôt s’intéresser à la défense de nos libertés fondamentales en période de crise dont dépendent les conditions dans lesquelles le monde se remettra en route demain ?

 

La communication chaotique du pouvoir exécutif conduit les médias à le présenter comme affaibli, mais je crains qu’à long terme, le confinement ne lui profite. Quelle énergie et quel désir de vivre libre reste-t-il à un peuple dominé par la peur ?

 

Le 29 avril 2020 

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Etat d’urgence sanitaire : de nouvelles mesures d’isolement et de suivi des malades provoquent des tensions dans la majorité

Le conseil des ministres doit adopter samedi le texte prorogeant l’état d’urgence jusqu’au 23 juillet. Les débats ont fait rage sur les mesures susceptibles d’imposer des privations de liberté et un fichage.

 

L’état d’urgence sanitaire ne va pas prendre fin avec le déconfinement programmé à partir du 11 mai. Paradoxalement, il pourrait même voir prospérer des dispositions encore plus coercitives que celles imposées à chacun depuis la loi du 23 mars créant ce régime dérogatoire au droit commun en raison du péril représenté par l’épidémie au Covid-19.

 

Le conseil des ministres doit adopter, samedi 2 mai, le projet de loi prolongeant l’état d’urgence sanitaire de deux mois, jusqu’au 23 juillet. Annoncé mardi 28 avril lors de la présentation du plan de déconfinement devant l’Assemblée nationale par le premier ministre, Edouard Philippe, ce texte devait comprendre en outre des dispositions pour pouvoir mettre à l’isolement des personnes atteintes du virus et la création d’un fichage des malades et même des personnes susceptibles d’être infectées par le virus.

 

Mais le gouvernement a été contraint de revoir sa copie dans les dernières heures en raison des risques d’inconstitutionnalité que soulevait son projet. De l’aveu d’un ministre, le texte en l’état aurait pu mettre « le bordel dans la majorité et l’opposition ». Si la prolongation de deux mois de l’état d’urgence sanitaire ne semble pas faire débat, une des mesures envisagée par le gouvernement, en revanche, interroge quant au respect des libertés publiques, au point de faire douter un exécutif soucieux de ne pas fragiliser encore plus une union nationale déjà branlante.

 

Privation de liberté

 

L’article 2 de l’avant-projet de loi, révélé par L’Opinion et l’Agence France-Presse, et que nous avons pu consulter, prévoyait en effet qu’une personne testée positive au Covid-19 pourrait être contrainte à un isolement à son domicile ou un lieu qui lui serait affecté « en cas de refus réitéré des prescriptions médicales d’isolement prophylactique », car elle ferait courir « un risque grave de contaminer d’autres personnes ». Un tel placement à l’isolement serait prononcé par le préfet à la demande de l’Agence régionale de santé (ARS). Dans des conditions similaires, des personnes suspectées d’avoir été en contact avec une personne malade pourraient être placées en quarantaine par l’autorité administrative.

 

Ces mesures de police administrative sont autrement plus restrictives que celles intégrées en novembre 2015 dans la loi sur l’état d’urgence au nom de la lutte contre le terrorisme. A l’époque, le Conseil constitutionnel avait validé les assignations à résidence sans contrôle du juge judiciaire car l’astreinte à domicile était limitée à douze heures par jour. Un contrôle a posteriori du juge administratif était possible.

 

Ici, dans un régime d’isolement ou de quarantaine plus sévère, il ne s’agit plus d’une « restriction de liberté », mais d’une « privation de liberté » dont seul le juge judiciaire est à même d’apprécier la justification. Cette fois, le gouvernement comptait écarter le juge administratif et permettre, si la personne n’est pas d’accord avec la mesure, un recours devant le juge des libertés et la détention (JLD), le même magistrat qui est saisi lorsqu’il s’agit d’incarcérer une personne sans attendre qu’elle soit jugée coupable.

 

Un dispositif jugé insuffisant au regard des exigences constitutionnelles par d’éminents juristes. « Vu la gravité de la privation de liberté, le régime pourrait être celui qui s’applique en droit des étrangers avec un JLD appelé à statuer dans les 48 heures sur un placement en rétention décidé par le préfet », estime Serge Slama, professeur de droit public à l’université de Grenoble.

 

« Aucun caractère incitatif »

 

Le premier ministre, Edouard Philippe, avait pourtant insisté mardi lors de son discours à l’Assemblée sur « la responsabilité individuelle de chacun ». « L’isolement doit être expliqué, consenti et accompagné », avait jugé M. Philippe, tout en prévenant : « Nous prévoyons des dispositifs de contrôle s’ils devaient être nécessaires. »

 

Cette disposition, telle que décrite dans l’avant-projet de loi, a fait aussi sursauter certains membres de la majorité. « La France reste le pays des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il s’agit de rester dans quelque chose de nécessaire et proportionné, estime Sacha Houlié, député (La République en marche, LRM) de la Vienne. Les mesures qui ont montré leur efficacité dans l’état d’urgence sanitaire sont celles qui ont été acceptées socialement. C’était le cas du confinement. »

 

A droite aussi, où l’on a pourtant voté la loi d’urgence sanitaire en mars, le sujet fait débat. « Il y a un hiatus entre la déclaration du premier ministre mardi et cet article », remarque Damien Abad, président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale, qui souhaiterait « une réécriture de l’article 2 plus respectueuse des libertés publiques », avec un isolement « ciblé ». Son collègue LR de Vaucluse, Julien Aubert, regrette pour sa part que la mise en quarantaine soit décidée par une autorité administrative, et non pas médicale. « C’est uniquement coercitif à ce stade, il n’y a aucun caractère incitatif », regrette le député.

 

« Pas arbitré »

 

Tout au long de la semaine, Edouard Philippe s’est efforcé de rassurer son monde, appelant lui-même certains députés de la majorité. « Ce n’est pas arbitré », répétait-on, jeudi, à Matignon. Jeudi soir, lors d’une visioconférence réunissant les députés LRM, le chef du gouvernement a même assuré, selon plusieurs participants, que la disposition ne figurerait pas dans le texte qui sortira du conseil des ministres. Contacté vendredi après-midi, l’entourage du premier ministre n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.

 

« Il y a toujours des projets différents qui circulent tant que le texte n’est pas passé en conseil des ministres, c’est le processus législatif classique, estime Yaël Braun-Pivet, présidente (LRM) de la commission des lois à l’Assemblée nationale. Nous sommes dans une période où l’on se pose tous des questions afin de savoir ce qui est le plus judicieux à mettre en place. »

 

Stéphanie Hennette-Vauchez, professeur de droit à l’université de Paris-Nanterre, rappelle que « la quarantaine sanitaire existe dans le droit français depuis avant la Constitution de la Ve République, depuis l’époque de la lèpre ». D’ailleurs, les préfets de la Guyane ou de la Réunion y ont eu recours ces dernières semaines. « Mais ces textes, jamais soumis au Conseil constitutionnel, datent d’une époque où les garanties des libertés fondamentales n’étaient pas aussi importantes qu’aujourd’hui ». L’universitaire estime « coupable de reprendre la plume sur le sujet sans mettre à jour son cadre juridique ».

 

« Mise en place de fait » de StopCovid

 

Un autre article du texte pourrait également se révéler « touchy », aux dires d’un membre du gouvernement, dans les discussions à venir au Parlement : l’article 6, qui crée un « système d’information » – en clair, un fichier – permettant de recenser les personnes infectées au Covid-19 « ou susceptibles de l’être », et les personnes ayant été en contact avec elles.

 

Les médecins, a annoncé Edouard Philippe, seront « en première ligne » pour identifier ces cas, puis faire remonter leur identité à l’Assurance-maladie, qui sera secondée par des « brigades » devant constituer des listes, ou alerter les personnes concernées afin de les inviter à se faire tester. Cette infrastructure informatique recueillera également les informations liées aux « prescriptions médicales d’isolement » ainsi que les données liées aux résultats des tests médicaux. Le projet de loi autorise le gouvernement à légiférer par ordonnance pour mettre en place ce « système d’information ».

 

« Si on ne fait pas ça, on ne peut pas suivre la chaîne de contamination et la casser », souligne-t-on au sein de l’exécutif. « Nous sommes sur du fichier Excel, sur le principe ce n’est pas un traçage numérique, on ne peut pas être contre tout », juge Sacha Houlié, farouche contempteur de l’application StopCovid sur laquelle travaille le gouvernement.

 

A LR, on estime au contraire qu’il s’agit là ni plus ni moins que d’une « mise en place de fait » de StopCovid, dont l’activation a été retardée par l’exécutif. « Nous demandons la saisine de la CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés] », réclame Damien Abad, pour qui le gouvernement doit « jouer franc jeu et arrêter d’avancer masqué sur ce sujet ». « Aucune garantie » n’accompagne l’article, s’alarme enfin Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR. Le système serait « centralisé et créé pour un an, alors que la prorogation de l’état d’urgence sanitaire est de deux mois ! », souligne le sénateur de Vendée.

 

Le projet de loi du gouvernement devrait être examiné lundi, au Sénat, puis dans la foulée à l’Assemblée nationale. Un calendrier peu propice à un débat approfondi sur des questions pourtant aussi fondamentales que le consentement au soin, la collecte de données médicales personnelles, et la liberté d’aller et venir.

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