Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 06:00

 

La réponse est page 94 :

 

« Rejeton d’une lignée détachée de ses racines, je n’ai connu de l’Italie que la cuisine de maman. En même temps que les vertus de savoirs universitaires que j’avais à tort jusque-là rejetés en bloc, Sonia m’a appris la langue de mes aïeux et c’est grâce à elle qu’un jour de furetage dans sa bibliothèque, j’abordai aux rivages du prodigieux continent Camilleri dont j’allais tirer bientôt l’essentiel de mes revenus. Entre nécessité de rencontrer mes éditeurs et désir de comploter avec les camarades de la revue Titanic que j’avais fini par fonder avec Francis, j’avais un alibi pour séjourner à Paris, tout comme j’avais une bonne raison de filer à Rome, avec la nécessité de nouer ces contacts directs qui font les bonnes collections de littérature étrangère. »

 

Page 181

 

« Après quelques instants de silence, nous avons trouvé des sujets : la littérature française contemporaine, puis très vite moi-même, ma vie, mon œuvre… viva morte e miracoli, comme disent les Italiens : sur ce sujet, j’étais intarissable. Je ne coupai pas à la sempiternelle question que tout citoyen de la Péninsule, un jour ou l’autre, m’a posée : « Mais comment faites-vous pour traduire en français Camilleri ? », et j’y répondis au mieux, en récitant presque mot pour mot un texte disponible sur Internet. »

 

Serge Quadruppani – Quais du Polar

Trois questions à Serge Quadruppani ICI 

 

par Pierre Benetti

10 septembre 2019

 

Avec le monde de Vigàta, inspiré de sa Sicile natale, et le personnage phare du commissaire Montalbano, Andrea Camilleri a renouvelé le roman policier et social italien en lui donnant une langue singulière. Il est mort à Rome le 17 juillet dernier. Pour lui rendre hommage, En attendant Nadeau s’entretient avec Serge Quadruppani, qui a traduit en français une trentaine de ses livres.

 

18 juillet 2019

 

Andrea Camilleri « Le fascisme est un virus, dont on a cru se débarrasser en pendant le chef par les pieds, mais qui revient depuis des décennies, sous des formes différentes» Ciao maestro ! ICI 

 

La plupart des romans de Camilleri, ceux où le commissaire Montalbano n’est pas présent, sont traduits par Dominique Vittoz. ICI 

 

Maldonnes - broché - Serge Quadruppani - Achat Livre ou ebook | fnac

 

NOUS AVONS LU « MALDONNES »

le nouveau polar de Serge Quadruppani

paru, le 17 mai 2021

 

 

 

« Je vais vous envoyer mon nouveau polar, mais ce coup-ci, ce serait sympa que vous le lisiez car il y a plein de bouts de moi dedans ! »
Sms de Serge Quadruppani le 10 avril 2021

 

« Non mais c’est chiant ton livre, on sait pas ce qui est biographique et ce qui est inventé, t’as vraiment suriné à la fourchette un dealer surinamais dans une prison d’Amsterdam ? »


 Bah oui ça c’est vrai ».


SMS de la rédaction de lm à SQ le 11 avril 2021

 

Critique à lire absolument ICI 

 

Dans les années 70 et jusqu’au milieu des années 80 du siècle dernier, la fêlure de 68 a laissé surgir sur le territoire français et bien au-delà, une minorité active dont je n’ai aucune honte ni fierté particulière à dire que j’en étais. Dans cette population, certains comportements allaient de soi. L’illégalisme en était un : du vol dans les magasins au braquage, le choix des moyens dépendant des capacités de chacun, des milliers de personnes s’efforçaient d’obéir à l’injonction que les situationnistes avaient reprise à Rimbaud : ne travailler jamais. Un principe tout aussi répandu et très peu discuté, c’était le rejet du couple – certains ajoutant « traditionnel » pour justifier une liaison durable. Ce que ce rejet impliquait parfois de mensonges à soi-même et de souffrance, toute une littérature de repentis l’a abondamment documenté, mais le degré d’intensité dans les passions et de beauté dans la rencontre qu’il a entraîné pour des milliers de femmes et d’hommes, on est peu équipé pour le deviner, à présent que les sensibilités sont quadrillées par la psychologie des magazines, le moralisme militant et la pornographie. Une chose est sûre, en tout cas : l’idée de se marier ne pouvait susciter que le rire et la dérision.

 

Le livre ouvert, on ne l’a plus lâché. Les personnages, l’intrigue, l’action, les descriptions culinaires tout est savoureux et haletant. Des faux papiers, des braquages ratés des braquages réussis, un butin, des coucheries et des histoires d’amour, ce serait donc ça un excellent polar. A cette nuance près que les vies qui s’y croisent et les aventures qui s’y trament ont quelque chose d’autobiographique.

 

Maldonnes n’est cependant pas une autobiographie. Dedans, il y a bien des « bouts » de Serge Quadruppani, plein même, mais ils se mêlent à d’autres histoires et anecdotes de l’époque et sont même parfois exagérés pour servir l’intrigue. Après son acquittement pour braquage, Georges Nicotra traine Antonin Gandolfo au fin fond de la Normandie pour y déterrer son butin. Dans des bocaux, les liasses de billets enterrées se désagrègent, pourries. Il reste néanmoins de l’or et c’est à partir de là que le récit se noue.

 

Le cas Nicotra publié par Maurice Nadeau c’est le cousin germain d’Un coupable idéal, Roger Knobelspiess, Maurice Nadeau, 1986

 

J’ai chroniqué sur lui

 

arton1256.jpg

 

27 janvier 2015

L’ami « Moineau » pilier solide des beuveries elbeuviennes, rempart de bistrot…le roman des Écameaux Roger Knobelspiess, Oui, Roger, c’est un bête qu’est devenu intelligent grâce aux livres ICI 

 

Citizen July

 

À propos de l’évolution de Libé sous July, rue Béranger, j’adore :

 

« Momo, l’archiviste et la mauvaise conscience de Libération, celui qui n’avait aucun ennemi à gauche mais conservait des dossiers sur les chefs du journal et leurs exploits à l’époque de la Gauche Prolétarienne. Lunettes rafistolées avec un trombone, cheveux aux vents même par temps calme, dentition lacunaire et vêture ostensiblement négligée, son allure contrastait violemment avec la branchitude en train de s’emparer du reste du personnel. » Page 122

 

« La première des coupures de presse était, bien sûr, de Libération. Avec son sens exquis du jeu de mots laid, le quotidien passé du col Mao au Rotary titrait : « Du plomb dans la balance » et sous-titrait : « L’ex-détenu rebelle devenu indicateur de police abattu chez lui. » Mais c’était comme toujours Le Parisien Libéré qui fournissait le plus de détails sur le fait divers. » page 123

 

Lire - Serge July : l'ex-gros timonier de Libé ICI

Partager cet article
Repost0
14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 06:45

Enfant terrible. Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense, au côté de François Mitterrand, le 5 octobre 1990 à Paris. Leur relation a souvent été orageuse. © AFP - Michel Clément

« J’ai de plus en plus républicanisé mon socialisme, jusqu’au point où je ne discerne plus l’un de l’autre »

 

Jean-Pierre Chevènement l'invité de l'émission « Les Clefs d'une vie » sur Sud Radio. Il répondait aux questions de Jacques Pessis, dimanche 27 septembre 2020. ICI

 

Congrès d’Epinay, juin 1971 : Pierre Joxe, François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement et Jean-Marcel Bichat. (coll. FJJ-MPG)

 

De mon temps, Chevènement ce fut le CERES, l’aile gauche du PS qui s’accoquina, à Épinay, avec Gaston Deferre, l’ex-Monsieur X de JJSS, pour porter Mitterrand, au nez et à la barbe de ce pauvre Savary, à la tête du nouveau PS.

 

« … nous avions créé le CERES en 1964 avant de connaître François Mitterrand, ou peut-être même nous nous en méfiions un petit peu. Nos préventions avaient disparu parce que nous l'avions trouvé tout de même très attachant et intéressant, et c'était réciproque, il y avait un petit coup de foudre. Néanmoins nous grandissions très vite et en 1970 au Congrès de Grenoble nous faisions déjà presque 20 % des mandats dans le parti, ça commençait à peser lourd. Donc au dîner de jubilé de François Mitterrand, celui-ci s'approche de ma table où j'étais assis avec ma femme et Dalida, née en Égypte comme ma femme, il s'approche donc et glisse à ma femme : « Vous savez il ne faudrait pas que Jean-Pierre me prenne pour Naguib. » Naguib c'était celui qui avait pris le pouvoir en Égypte et qui avait évincé un jeune colonel ambitieux, Gamal Abdel Nasser. Moi je n'étais pas du tout désireux d'évincer François Mitterrand, ça me paraissait un procès très injuste, je ne l'ai pas pris au sérieux, j'ai trouvé ça plutôt marrant, ma femme était elle-même extrêmement surprise de découvrir le jeune homme qui venait de l'épouser sous les traits de Gamal Abdel Nasser. Alors cela se passe comme ça.

 

Le Congrès d'Epinay, j'ose le dire, je le fais, parce qu'il n'y a pas de majorité au Parti socialiste indépendamment du CERES, c'est-à-dire du petit groupe de jeunes gens que j'anime avec Didier Motchane, Georges Sarre, Pierre Guidoni. Nous avons 8,5 % des mandats, et les deux coalitions adverses, Savary-Mollet d'un côté 45 %, Mitterrand-Defferre-Mauroy 45 %. Donc c'est selon que nous votons avec l'une ou avec l'autre que les majorités se font. Sur les structures, par exemple la désignation à la proportionnelle des courants pour les organismes dirigeants du parti, nous votons avec Guy Mollet, mais la fois suivante pour ce qui est de la désignation du Premier secrétaire et de la majorité qui va diriger le parti, nous votons avec François Mitterrand et nous mettons en minorité Alain Savary et Guy Mollet qui le soutenait. Donc c'est la fin d'une période dans l'histoire du socialisme, celle qui commence en 46 et qui se termine en 71, et c'est le début d'une autre période avec François Mitterrand mais sur une base politique qui est la conclusion d'un programme commun avec le Parti communiste, sur la base d'un programme socialiste que Mitterrand me chargera de préparer. Donc j'ai en main au soir du 12 juin 1971 beaucoup d'instruments d'influence puisque, encore une fois, il n'y a pas de majorité sans nous dans le Parti socialiste.

 

Et en 1974 quand il a été battu par Valéry Giscard d'Estaing, il pensait que c'était fini et vous faites partie de ceux qui lui ont dit : «Non ça va marcher un jour ou l'autre».

 

Didier Motchane, Pierre Guidoni, Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre (Congrès de Metz du PS, avril 1979)

Didier Motchane, Pierre Guidoni, Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre (Congrès de Metz du PS, avril 1979)

 

Jean-Pierre Chevènement : Oui j'ai continué à la soutenir parce que dès qu'il a été battu, il a commis une petite imprudence, il a dit : « Il faudra que d'autres, plus jeunes, prennent le relais et poursuivent le combat pour le socialisme. » C'était un moment de déprime, au lendemain de l'élection. Naturellement, Michel Rocard y a vu un présage, les ailes lui ont poussé, et ensuite, après que François Mitterrand nous a mis dans la minorité, il était très content de nous retrouver pour s'opposer à Michel Rocard au Congrès de Metz en 1979 et l'écarter de la direction du Parti socialiste. C'est nous qui encore une fois lui avons fourni l'appoint nécessaire. Il m'a confié la rédaction du projet socialiste, la suite ne m'a pas appartenu car il en a très peu tenu compte !

 

Le 7 février 1983. Vous rétablissez la vérité sur une phrase historique que vous aviez prononcée ce jour-là : « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. » Cette phrase a fait le buzz, comme on ne disait pas encore, pendant des semaines.

 

Jean-Pierre Chevènement : Cela continue à le faire… C’est un principe de déontologie qui est valable mais il faut, pour bien comprendre cette affirmation devant des journalistes (il s’agit d’une conférence de presse que je donne en tant que ministre de la Recherche et de l’Industrie, avec le titre de ministre d’État que m’avait accordé François Mitterrand en prime), se souvenir du contexte. C’est quelques jours après avoir remis une lettre de démission en mains propres à François Mitterrand. Celui-ci, il faut le dire, m’a saboté le travail lorsque j’essayais d’organiser les entreprises nationales avec une petite feuille de route avec quelques chiffres sur leurs résultats en matière d’investissements, de commerce extérieur, de recherche, d’emploi, de dialogue social, etc. Cela a été le prétexte d’une offensive organisée d’une main de maître par un certain nombre de gens qui ne souhaitaient pas voir mettre en œuvre une politique industrielle, chose qui me tenait beaucoup à cœur car je considérais que la France était sur une mauvaise pente, celle de la désindustrialisation.

 

Mes convictions d’enfance, c’est celles que m’a léguées ma mère, mes parents instituteurs dans le Haut-Doubs. Disons que c’est une éducation républicaine. Mes parents ont voté socialiste, mais n’étaient pas socialistes, ils étaient plutôt mendésistes, moi-même je suis devenu mendésiste à l’âge de 15 ans et j’aimais Mendès France. Je me suis tourné vers de Gaulle, car j’ai trouvé que de Gaulle était quand même plus efficace pour résoudre le problème des guerres coloniales et pour éviter à la France une guerre civile désastreuse.

 

Et dans ce livre vous évoquez aussi vos trois semaines dans le coma. Je crois que c’est France soir qui a annoncé votre mort et vous êtes bien vivant, on le voit aujourd’hui. Vous avez eu un accident thérapeutique mais qui aurait pu mal finir Jean-Pierre Chevènement.

 

Jean-Pierre Chevènement : Ça tient essentiellement au fait que, pour une opération bénigne qui n’a d’ailleurs pas eu lieu, une opération de la vésicule biliaire, qui m’a fait souffrir le soir même de la victoire de la France à la coupe du monde de football, on m’a administré une dose de curare. Et cette dose de curare qui devait immobiliser mes viscères, a tellement bien fait son travail que mon cœur s’est arrêté pendant 55 minutes et que grâce à, non pas aux électrochocs, une bonne douzaine, mais grâce aux médecins militaire du Val-de-Grâce, manu militari, qui m’ont ranimé et au bout de 55 minutes mon cœur est reparti. Alors j’étais en mauvais état, ma femme ne voulait pas qu’on me voie dans cet état-là.

 

 

Plutôt qu’une « une espèce de retraite pas très glorieuse », Jean-Pierre Chevènement préfère « mourir en combattant ». Il décide donc de se présenter à la présidentielle de 2002 et de défendre « un projet alternatif aux politiques néolibérales pratiquées par la droite et par la gauche ». Un temps crédité de 14% des intentions de vote, il ne recueille que 5,4% des voix le 21 avril 2002. Mais il récuse le « procès très injuste et faux » qui lui est fait d’avoir fait chuter Lionel Jospin, écarté du second tour par Jean-Marie Le Pen : « Il faut dire les choses, Jospin n’avait pas de vrai programme ».

 

Ce dont il a rêvé, Emmanuel Macron l’a fait en 2017. « J’ai trouvé qu’il était assez fort ", reconnaît-il. Mais s’il " souhaite " la réussite de l’actuel président, il en doute car " il reste prisonnier d’une base sociale beaucoup trop étroite ». Au terme d’un demi-siècle d’engagement, l’Histoire l’a-t-elle déçu ? Non, « parce que l’Histoire est longue. Je pensais qu’un jour on me comprendrait, donc ça valait la peine.»

 

Jean Pierre Chevenement en 2019

 

Chevènement : « La dégradation du niveau du débat politique est consternante »

 

ENTRETIEN. Incarnation de l’autorité républicaine, l’ancien ministre socialiste revient sur la gifle qu’a reçue Emmanuel Macron et sur les enjeux électoraux.

 

 

 

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

 

Entre les déclarations complotistes de Jean-Luc Mélenchon qui ont fait scandale et la gifle infligée au président de la République, la vie publique française cabote dans des marécages de plus en plus nauséabonds. Ce n'est pas bon signe alors que la présidentielle se jouera dans moins d'un an maintenant et que, dans un pays sous pression, la surenchère verbale et éditoriale et la radicalisation des positions tiennent lieu de débat. Dans cette atmosphère délétère, nous sommes allés interroger celui qui incarne encore « l'ordre juste » républicain, l'ancien ministre de la Recherche et de l'Industrie, de l'Éducation nationale, de la Défense et de l'Intérieur – sous François Mitterrand – Jean-Pierre Chevènement.

 

Le Point : Le débat politique, si l'on peut parler encore de débat, est-il devenu un cloaque ?

Jean-Pierre Chevènement : La dégradation du niveau du débat politique est évidemment consternante. Mais à quoi faut-il la rattacher ? Ne sommes-nous pas victimes d'une sorte de maladie infantile ou peut-être sénile de nos institutions parce que le système des partis politiques ne répond plus ou pas encore à la demande ? Je m'explique. Il ne suffit pas de détruire. Il faut remplacer. Le général de Gaulle a mis près de dix ans pour substituer aux anciens partis de la IVe République une majorité gaulliste, d'ailleurs trop écrasante pour ne pas lui échapper. Les anciens partis se sont adaptés aux institutions de la Ve République, le Parti socialiste à Épinay en 1971, quand son premier secrétaire a été considéré comme le candidat naturel à l'élection présidentielle, mouvement auquel la droite a répondu avec la création du RPR par Jacques Chirac en 1976. Dès lors, chaque parti devenu « parti de système » a prospéré sur son orbe, les socialistes de 1981 à 2017, la droite de 1995 à 2012. Les Français ont d'abord considéré cette opposition inscrite dans l'histoire comme naturelle, avant de s'en détourner de plus en plus manifestement. En 1993, le PS est écrasé et, en 1997, Jacques Chirac se piège avec sa dissolution ratée. Les abstentions et les votes extrêmes ne cessent de monter tout au long de cette période, jusqu'à donner corps au « dégagisme » que nous connaissons aujourd'hui. Les partis de gouvernement qui avaient adapté leurs modes de fonctionnement aux institutions ne recueillent plus en 2002 que 35 % des voix au premier tour et, en 2017, ils sont renvoyés sèchement dans les cordes, la droite avec François Fillon et le PS avec Benoît Hamon ne totalisent à eux deux que 26 %

La suite ICI  

 

 

Partager cet article
Repost0
7 juin 2021 1 07 /06 /juin /2021 06:00

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/ff209320-c233-4ec4-87c2-7ef544fe8518_2.jpg

Le bon petit vin pas cher, ce fut le vin populaire, dénommé  VCC, de consommation courante, puis de Table sous l’OCM vin, ceux qui le consommaient le trouvaient bons, j’en ai vendu beaucoup dans des litres étoilés, je n’en suis ni fier, ni repentant, autre temps. Le vin bouché, dit AOC, c’était celui des bourgeois, petits et grands, même si les GCC de Bordeaux ne chalutaient pas en ce temps-là dans le CAC 40 et que la Romanée Conti chère à Aubert de Villaine rapportait moins que les propriétés familiales dans le Charolais voisin.

 

Et puis, les classes populaires, terreau des cocos, les travailleurs manuels laissèrent une large place aux cols blancs. Le vin populaire fut enterré sans fleurs ni couronnes, l’heure était venue de démocratiser les AOC, en faire des produits de consommation courante, bien lissés par les œnologues, gorgés de poudre de perlimpinpin. L’ambition des viticulteurs se résumait en une formule triviale : tous en première division ! Plus de mauvais vin, le duo Bettane&Desseauve pouvait enfin recharger ses accus avec les vins du grand Gégé biodynamique.

 

Et puis vinrent, selon la légende des pioupious urbains, les sans-culottes, les hurluberlus en tongs et dreadlocks, ceux qui allaient en faire la Révolution grâce aux vins qui puent. Ce fut, et c’est encore, la ruée vers la Nouvelle Frontière, Nossiter en guide, disparu dans l’oubli aujourd’hui, des pionniers affrontant à leurs risques et périls les affres de dame nature. Je ne raille pas, pour les vignerons qui défrichèrent le terroir il en fut ainsi, mon ironie et tournée vers les apôtres, surtout ceux qui surfèrent, comme Jésus marchant sur l’eau, sur la nouvelle tendance afin de se constituer un petit fonds de commerce.

 

Je n’ai rien contre les fonds de commerce, j’ai le mien, mais ce qui hérisse mes poils blancs de vieux con buveur de vin nu, c’est l’antienne qu’ils entonnent, comme le font les adeptes de la LPV à propos des GCC, : « Rançon du succès, les prix de ces vins ont tendance à flamber. « Il devient de plus en plus difficile pour nous de sélectionner 150 vins à 15 euros maximum, constate Antonin Iommi-Amunategui qui, avec le Glou Guide, espérait démocratiser le courant nature. Certains vins deviennent les nouveaux grands crus et étiquettes d’aujourd’hui.»

 

En creux, dans le non-dit de ce regret, ça signifie que ces zélotes du bon petit vin nu pas cher, se fichent comme de leur première chemise de quoi et de comment les vignerons vivent ou vivront. La révolution par procuration, sur le dos des autres, c’est commode et sans risques. Ça me fait chier !

 

L’article du sieur DAVET du Monde, traduit bien en dépit de son intitulé ENQUÊTE, cet entre soi, si douillet, si rassurant, tout en étant relativement intéressant, il passe à côté des réalités du monde du vin d’aujourd’hui, l’écume n’est que de la mousse, analyser le fond des choses, sortir des analyses faciles, des idées reçues demande de s’en extraire.

 

Comme le disait le Grand Charles à propos de l’Europe « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "l’Europe !", "l’Europe !", "l’Europe !", mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. », nos révolutionnaires en peau de lapin, eux aussi, cul sur leur fauteuil, s’agitent comme des cabris, qu’ils sachent que le nouveau vieilli si vite, que leur petit marigot va s’assécher, les laissant sur le flanc. Tant pis !

 

Se poser la question : quel est le vrai prix d’un vin est une ineptie, comme si celui-ci n’était que la résultante de son prix de revient.

 

Pose-t-on la question aux avocats à propos de leurs honoraires ?

 

Si on en veut un bon, on paye le prix, les honoraires de Dupont-Moretti et d’autres, qui se la jouent défenseur de la veuve et de l’orphelin, ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale, ils sont la résultante de leur notoriété.

 

Les vignerons nature, sauf ceux qui ont vraiment choisi un mode de vie sobre, ne sont pas des bienfaiteurs du petit monde des licheurs de vins nu, suant derrière le cul de leur bourrin tirant la décavaillonneuse, vivant d’amour et d’eau fraîche, penser et écrire ainsi c’est aussi pire que de traiter, comme l’immense Bettane, les vignerons bio de CONS.

 

Il n’y a pas de vaccin contre le MÉPRIS, y’en aura jamais, mais ça en est avec une enveloppe de bonne conscience et c’est pire.

 

 

 

Un communiqué de notre ami Lefred-Thouron. | Glougueule

Tous les goûts sont dans le vin nature

 

Par Stéphane Davet

 

ENQUÊTE

 

Autrefois réservé à quelques originaux, le mouvement compte désormais près de 1 500 vignerons portés par une même démarche éthique. Une lame de fond, cadrée par un label depuis mars 2020, et de belles réussites gustatives.

 

 

Longtemps chassé comme un malpropre, le naturel est revenu au galop. La caricature, qui cantonnait le vin nature à une mode pour bobos vantant les mérites de quilles « glouglou » fleurant le poney ou la souris, s’efface aujourd’hui devant une réalité bien plus enthousiasmante.

 

« A mes débuts, il y a onze ans, 5 % de mes clients avaient peut-être entendu parler des vins naturels. Aujourd’hui, seul 1 % d’entre eux n’y connaît rien. » Agnès Baracco, de la cave Au Bon Vingt

 

Ces ovnis (objets vinicoles non identifiés) se révèlent un phénomène de fond porté par un nombre exponentiel de vignerons fuyant les diktats de l’agro-industrie et relayé par une communauté internationale de consommateurs, cavistes, journalistes, sommeliers autant convaincus par la démarche éthique que par les réussites gustatives. Ces bouteilles offrent désormais une diversité capable de plaire aux rebelles fuyant les jajas de papa autant qu’aux amateurs de grands vins, purs, droits, exprimant leur terroir.

 

« A mes débuts, il y a onze ans, 5 % de mes clients avaient peut-être entendu parler des vins naturels, estime Agnès Baracco d’Au Bon Vingt, cave spécialisée du 20e arrondissement de Paris. Aujourd’hui, seul 1 % d’entre eux n’y connaît rien. » « Il y a dix-huit ans, on s’appuyait sur une cinquantaine de vignerons, aujourd’hui nous avons plus de 500 références », abonde Olivier Cochard, incontournable caviste bio et nature de Rennes, qui a ouvert sa boutique, Histoires de vins, en 2003. « Plus d’un millier de caves spécialisées ou favorables aux vins naturels maillent désormais le territoire », se félicite Antonin Iommi-Amunategui, auteur, entre autres, du Manifeste pour le vin naturel (Editions de l’Epure, 2015) et rédacteur en chef du Glou Guide (Cambourakis), sélectionnant 150 vins naturels à « 15 euros maxi ».

 

Un marché qui augmente de 20 % à 30 % par an

 

« Le boom date du milieu des années 2010 », analyse Tegwen Naveos, patron de la cave en ligne Pur jus, lancée en 2013, consultée mensuellement par près de 300 000 lecteurs. « Tout un public a eu le temps de se faire son éducation et la maîtrise des vignerons a beaucoup progressé. Le marché des vins nature augmente désormais de 20 % à 30 % par an. » Alors que celui des bouteilles bio augmente annuellement de 14 %, quand celui du vin en général baisse de 4 %. « Je pourrais vendre trois fois plus que ce que je produis aujourd’hui », constate, comme d’autres de ses confrères, le vigneron aveyronnais Nicolas Carmarans, dont 70 % des 30 000 bouteilles annuelles partent à l’export.

 

 « Le jour où on aura à l’Elysée quelqu’un qui achète du vin nature, il y aura une vraie volonté politique de mettre le sujet sur la table de l’Europe »

 

La création, en mars 2020, d’un label « vin méthode nature », lancé à l’initiative du Syndicat de défense des vins naturels, a mis un peu de clarté dans le flou artistique entourant jusque-là cette mouvance. Sur le cahier des charges, approuvé par les fraudes et l’INAO, le vin méthode nature doit être certifié bio, issu de vendanges manuelles, sans ajout ni modification œnologique lors de la vinification, à l’exception d’un maximum de 30 mg/l de soufre (un vin blanc sec conventionnel peut en contenir jusqu’à 210 mg/l). Ce label permettra ainsi de mieux visualiser la réalité d’un milieu qui concernerait aujourd’hui près de 1 500 viticulteurs en France. Un chiffre certes encore modeste, mais une tendance à l’impact grandissant.

 

Un engagement écologique

 

L’essor de ce mouvement est bien sûr en phase avec un désir croissant de vivre dans le respect de la planète, en mangeant et en buvant plus sainement. L’engagement écologique a été à l’origine de nombre de vocations, comme celle d’Éric Pfifferling, 59 ans, vigneron vedette de Tavel et ancien apiculteur, qui se souvient d’avoir été « extrêmement marqué par la crise de la vache folle, décisive dans notre façon de comprendre et de combattre une agriculture inféodée à un système de production ».

 

Ces convictions sont, dès l’origine, allées de pair avec une quête gustative. Pas un hasard si tous les pionniers de vins qu’on n’appelait pas encore nature – Marcel Lapierre, Thierry Puzelat, Guy Breton, Georges Descombes, Antoine Arena… – ont accompagné la révolution gourmande de la bistronomie. En même temps qu’ils s’éloignaient des produits de luxe et du service guindé, des chefs précurseurs, comme Yves Camdeborde (La Régalade), Raquel Carena (Le Baratin) ou les frères Delacourcelle (Le Pré Verre), ont fui la sommellerie d’étiquettes pour se rapprocher de vignerons qui leur ressemblaient.

 

Une seconde vague bistronomique

 

Eveillant la curiosité d’un nouveau public, cette démarche a encore été amplifiée, dans les années 2000, par une seconde vague bistronomique, menée par des chefs tels Iñaki Aizpitarte (Le Chateaubriand) ou Grégory Marchand (Frenchie), dont la cuisine ultra-créative et les ambiances relax s’alliaient à des vins revendiqués à présent comme naturels. « De la même façon que Bertrand [Grébaud] cherche à s’assurer de l’origine des légumes, des poissons ou des viandes qu’il cuisine, il était logique de défendre des gens qui travaillent leurs vignes, leurs sols et leurs vins dans le respect de la nature », insistait ainsi Théo Pourriat, complice en salle et en cave du chef de Septime, restaurant étoilé du 11e arrondissement de Paris.

 

Bistrots, restos et cavistes n’ont depuis cessé d’être les meilleurs ambassadeurs d’une effervescence qui a pu être à la viticulture conventionnelle ce que le mouvement punk a été au rock standardisé. Une apologie de l’instantanéité, du « small is beautiful », de la prédominance de l’émotion et de l’énergie sur la technique. Avec ce qu’il fallait de provocation, d’envie de tabula rasa. Peu importait, dans un premier temps, les approximations, les dissonances, tant le vent de fraîcheur décoinçait les carcans et brisait l’ennui.

 

Jusqu’à ce que ces appels d’air deviennent eux-mêmes des poses, des tics, des dogmes et de nouveaux standards. Qu’il s’agisse des calembours en guise de noms de cuvée, des déviances vantées comme des qualités, du « zéro soufre obligatoire » dicté par certains ou de la paradoxale uniformisation des vinifications.

 

« Comme beaucoup, à la fin des années 2000, je me suis un peu perdu dans le recours systématique à la macération carbonique », reconnaît Eric Pfifferling. « Elle favorise des notes fruitées, mais gomme les notions de cépage et de terroir. Je m’en suis rendu compte quand, lors d’une dégustation, on m’a demandé si je venais du beaujolais », ajoute celui qui se passionne désormais pour l’élevage longue durée de ses profonds rosés de Tavel, en s’autorisant, à la mise en bouteille, d’infimes doses de SO2.

 

« Il était dommage que les vins naturels soient d’abord reconnaissables à leurs défauts », rappelle Antoine Sunier, jeune espoir du Beaujolais, célébré pour ses régniés et ses morgons. La moindre déviance lui « prend vite la tête ». « Je recherche des vins droits, insiste-t-il, du fruit, de la dentelle, mais avec une belle structure. »

 

Encore quelques punks

 

Certes, il reste quelques punks dans les vignobles. Et des fans pour les apprécier. « Une génération a grandi avec ces vins, certains goûts jugés déviants par certains peuvent être la norme pour d’autres », explique Antonin Iommi-Amunategui en défendant une notion de défaut dont le curseur peut être subjectif. « Certains vins flirtent avec ces complexités et nous n’avons pas tous la même tolérance à l’aventure. »

 

Les cavistes jouent un rôle-clé en termes de conseil et de pédagogie. Olivier Cochard, à Rennes, peut ainsi orienter ses clients, des vins les plus faciles – les fameux glouglou, à la buvabilité toujours très en vogue – aux plus libres. « Comme ceux de Daniel Sage, entre Rhône, Ardèche et Loire, que j’adore, mais pas forcément à mettre entre toutes les mains. »

 

Les vins nature semblent pourtant sortir en majorité de leur crise d’adolescence. Un peu comme quand un groupe comme le Clash signait des chefs-d’œuvre de variété stylistique (London Calling [1979], Sandinista ! [1980]) après les brûlots ébouriffés de leur début, les chiens fous de la viticulture aspirent désormais à de grands vins.

 

Leur soif de liberté les contraints parfois à quitter leur appellation d’origine contrôlée. Malgré la plus-value commerciale qu’auraient pu représenter pour lui les différentes AOC bourguignonnes des hautes-côtes-de-nuits, Yann Durieux a finalement décidé de se passer de ses renommées AOC quand il a créé son domaine, Recrue des Sens, au début des années 2010 : « Je n’étais pas d’accord avec ce que les représentants de l’AOC voulaient mettre dans le verre et “être comme tout le monde” n’est pas le genre de la maison. » Il revendique vouloir faire, sans soufre, « des choses magnifiques, exacerbant quelques-uns des plus beaux terroirs du monde ». Sous leurs noms primesautiers, Pif and Love, Black Pinot, Les Ponts, ses cuvées s’arrachent dans le monde entier (75 % de ventes à l’export) à des tarifs de grands crus.

 

D’autres se sont battus pour intégrer leur AOC. « J’avais vécu comme un déni d’existence le fait d’en être exclu » se souvient Eric Pfifferling, si attaché aux veines calcaires de son terroir. Ironie de l’histoire, il fait désormais partie du comité de dégustation agréant l’AOC de tavel. La qualité de ses vins sert désormais de marqueur à une appellation qui, avant cela, faisait surtout recette dans les restaurants chinois.

 

Des prix qui flambent

 

Le travail de fond de la génération des vignerons bio et nature a, de la même façon, hautement profité à des régions qui avaient perdu de leur prestige, en particulier en Alsace (citons Pierre Frick, Bruno Schueller, Patrick Meyer, Christian Binner) et dans le Jura (la légende Pierre Overnoy, Jean-François Ganevat, Stéphane Tissot ou le regretté Pascal Clairet).

 

Après s’être méfiés de leurs déviances et instabilité, les restaurants étoilés mettent maintenant volontiers les vins naturels à leur carte. « Ces vins possèdent une originalité qui peut surprendre des clients en quête d’expériences. Mais aussi, souvent, une finesse, une profondeur d’expression permettant des accords pointus et précis », raconte Jean-Baptiste Klein, sommelier (MOF 2018) et chef de cave du Chambard, hôtel-restaurant deux macarons, à Kaysersberg (Haut-Rhin). Grand amateur de vins orange, il les associe, par exemple, à des asperges ou à une choucroute végétarienne.

 

Rançon du succès, les prix de ces vins ont tendance à flamber. « Il devient de plus en plus difficile pour nous de sélectionner 150 vins à 15 euros maximum, constate Antonin Iommi-Amunategui qui, avec le Glou Guide, espérait démocratiser le courant nature. Certains vins deviennent les nouveaux grands crus et étiquettes d’aujourd’hui. »

 

Stéphane Davet

 

Partager cet article
Repost0
6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 08:00

Comme souvent, je joue sur les mots, Télérama dit avoir un peu aimé Être Cary Grant, l’essai de Martine Reid, en effet en amour je suis toujours dans l’excès : beaucoup, à la folie, pas du tout, le un tout petit peu n’est pas ma came. En effet, j’ai acheté ce livre en pensant commettre une chronique dans le style : j’ai toujours rêvé d’être Cary Grant. Pourtant je n’ignorais rien de ce que fut la vie de Cary Grant.

 

Être Cary Grant

12 janvier 2020

James Ellroy lève le voile sur la face caché de l’élégant Cary Grant « S’il avait le menton « en fesses d’ange », Cary Grant n’en était certes pas un » ICI 

 

L’essai de l’universitaire Martine Reid m’a fatigué : à trop vouloir prouver on lasse, et ce livre m’a fatigué. Je suis allé au bout avec l’espoir que l’autrice m’apportât plus pour étayer son portrait en partie double d’Archibald Leach, enfant pauvre d’une étrange famille de Bristol, Cary Grant, acteur immensément riche et célèbre grâce à Hollywood.

 

Pages 21-22

 

« Pas question pourtant de lui conserver son prénom et son patronyme d’origine. Il lui faut un nom de scène, « easy tosay, hard to forget ». Dans la comédie musicale où il figurait à Broadway quand il a été repéré par l’agent de la Paramount, Archibald Leach incarnait un personnage  du nom de Cary Lokwood. L’acteur se verrait bien porter ce faux nom mais Lokwood est déjà utilisé au cinéma. Zukor lui aurait présenté une liste de noms possibles qu’il tenait à la disposition des jeunes comédiens. « Cary »  ce serait décidé pour le premier nom venu, « Grant ». Il serait « Cary Grant. Drôle d’assemblage en vérité, qui attribue un nom de comédie à un général de la guerre de Sécession devenu ensuite le dix-huitième président  des Etats-Unis (il figure sur les billets de 50$). Certaines publicités pour le nouveau « Grant » ne manqueront pas de faire le rapprochement.

 

Ce qui arrive à Leach n’est pas bien original.

 

La liste est longue « les patronymes qui ne sont pas anglais, et qui signalent une ascendance étrangère ou une origine juive, sont le plus généralement modifiés :

 

  • Fred Astaire : Frederick Austerlitz
  • Greta Garbo : Greta Gustafsson
  • Joan Crawford : Lucille Le Sueur
  • Rita Hayworth : Margarita Cansino
  • Lauren Bacall : Betsy Perske
  • Tony Curtis : Bernard Schwartz.

 

La liste est longue.

 

Alors pourquoi le cas de Cary Grant serait-il un cas, un sujet d’étude universitaire ?

 

C’est toute l’ambiguïté et la difficulté de l’exercice.

 

Cary Grant

© Visual

 

À l’écran, il demeure l’incarnation de l’idéal masculin, « élégant, séduisant, drôle, riche et tout sourire, décidément heureux sans l’ombre d’un doute ». Mais à la ville, « celles qui le quittaient utilisaient les mêmes mots pour évoquer les mêmes problèmes : cruauté mentale, violence physique, alcoolisme, dépression chronique, infidélités ». La vie de Cary Grant (1904-1986) évoque un ­remake de Docteur Jekyll et Mister Hyde à l’ère de la société du spectacle. Né pauvre dans une famille dysfonctionnelle de Bristol en Angleterre, Archibald Leach est devenu immensément riche et célèbre aux États-Unis une fois pourvu par Hollywood de son pseudonyme de fantaisie, « comme un chien porte un collier, un prisonnier son matricule ».

 

Dans un essai biographique souvent vif et stimulant, Martine Reid analyse le « leurre » qu’a constitué l’existence de l’acteur de La Mort aux trousses. Comment, par exemple, les studios qui l’employaient ont tout fait pour cacher sa bisexualité au grand public — l’homme qui faisait tomber les femmes dans presque tous ses films a longtemps été le compagnon de bamboche (et plus, car affinités), de Randolph Scott, autre archétype de la virilité dans le cinéma américain.

 

L’universitaire montre à quel point la belle image cinématographique d’un être parfaitement sain de corps et d’esprit n’était qu’apparence : « un individu sans corps véritable, sans pensée propre, sans autre vie que celle que le cinéma raconte pour lui dans les films où il apparaît ». La tragédie d’Archibald Leach est qu’il a tenté jusqu’au bout de jouer ce personnage de fiction dans la vraie vie — « Tout le monde rêve d’être Cary Grant. Même moi, je rêve d’être ­Cary Grant », avoua-t-il un jour. Dommage que l’autrice, si pertinente dans son étude de la persona de l’acteur, consacre trop de pages à des généralités rebattues sur le système hollywoodien.

 

| Éd. Gallimard, 160 p., 16 €.

 

Samuel Douhaire

Partager cet article
Repost0
4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 09:00

Image

Sur la foi de = selon le témoignage de

 

4 juin 2021

 

Dans la campagne acharnée autour des initiatives anti-pesticides du 13 juin 2021, deux nouvelles d’importance concernant le glyphosate sont passées relativement inaperçues.

 

  • La première concerne la double décision des chambres fédérales de refuser les initiatives cantonales des cantons du JU et de GE visant son interdiction en Suisse.

 

  • La seconde, l’annonce de Bayer de le retirer du marché américain. Et pourtant, tous les miels sont contaminés, parfois au-delà des normes. Décryptage…

 

Au prétexte que le glyphosate ne présente aucun danger pour la santé, les chambres fédérales viennent de refuser les initiatives cantonales des cantons du JU et de GE demandant l’interdiction de cet herbicide en Suisse. La décision se fonde sur le rapport de la Commission de l’économie et des redevances du 2 novembre 2020 qui est des plus clair :

 

« La commission considère donc qu’il n’y a pas lieu d’agir du point de vue sanitaire et qu’il faudrait plutôt déployer des mesures là où la toxicité est élevée. Par ailleurs, elle rappelle que la tolérabilité des substances de ce type est systématiquement examinée en Suisse et qu’il ne serait pas judicieux d’exclure certaines substances arbitrairement. Elle relève en outre que l’utilisation du glyphosate en Suisse est soumise à des conditions strictes : contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays, l’utilisation du glyphosate n’est autorisée que sur les plantes qui ne sont pas récoltées ».

 

Voilà qui est rassurant.

 

Examen systématique?

 

À ma connaissance, il n’existe qu’un rapport officiel en Suisse sur la question du glyphosate dans les aliments. Il date de 2018. J’en dénonçais l’inénarrable inconsistance dans un billet du 27.05.2018 intitulé « 15 miels sur 16 contaminés par le glyphosate en Suisse ».

 

J’en rappelle ci-dessous l’invraisemblable échantillonnage:

 

L’OSAV rapporte avoir analysé « 243 échantillons de denrées alimentaires, réparties dans 19 catégories (…) prélevées dans le commerce de détail ». L’échantillonnage réalisé laisse plus que dubitatif : on se serait attendu à un échantillon représentatif de la nourriture consommée quotidiennement par un Suisse moyen au cours de ses 3 repas, sur la base, par exemple, d’une assiette type (salade, pâtes/riz, légumes, fruits) permettant d’évaluer la dose en glyphosate à laquelle la population est effectivement exposée. Au lieu de cela, une liste à la Prévert (avec toutes mes excuses au grand poète dont les listes n’avaient aucune prétention scientifique):

 

La suite ICI 

 

Bayer parle de retirer le glyphosate du marché américain La seconde nouvelle concerne l’annonce faite le 27 mai dernier par le Financial Times relative à l’annonce de Bayer de retirer le glyphosate du marché américain en raison d’une décision de justice défavorable dans l’un des procès qui l’oppose à quelques 125’000 plaignants souffrant de problèmes de santé graves (cancers) liés au glyphosate. Comme le rappelle le Financial Times, l’allemand Bayer avait racheté en 2018 l’entreprise Monsanto, leader mondial de la vente de glyphosate (commercialisé sous le nom du Roundup) pour quelques 63 milliards de dollars, alors que Monsanto était déjà confrontée à des problèmes judiciaires dans ce dossier. Toujours selon le Financial Times, Bayer aurait déjà perdu 37 milliards d’euros, soit 40 %, de sa valeur boursière dans cette désastreuse opération, alors que les ventes de Roundup ne représentent que 300 millions d’euros, soit moins de 2 % des ventes globales de son unité de produits phytosanitaires.

 

Enfin, Bayer a déclaré que si elle cessait de vendre du glyphosate aux détaillants américains, ce ne serait pas pour des raisons de sécurité, mais pour réduire le risque de litige:

 

« Les autorités de réglementation du monde entier continuent de conclure que les produits Roundup à base de glyphosate peuvent être utilisés en toute sécurité et ne sont pas cancérigènes, et nous sommes tout aussi confiants dans leur sécurité »..

 

Comment comprendre la stratégie de Bayer?

 

Si vous êtes parvenus à ce point de l’article, vous devez probablement aussi vous poser cette question.

 

La suite ICI 

Partager cet article
Repost0
3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 06:00

 

Je ne sais plus qui a initié le mouvement des « cépages modestes » mais, pour ma part, je lance celui de « biologiste modeste » pour Marc-André Selosse. Clin d’œil, celui-ci participait  aux 9e Rencontres des cépages modestes à Saint-Côme-d'Olt les 9-10 novembre 2019, pour parler des tannins.

 

Dans le texte qui suit il est à cent lieues des batailles de chiffonnier qui agitent le marigot du vin lorsqu’on aborde la biodynamie. Je me retrouve, pile poils, dans ce qu’il écrit.

 

Ou le point de vue d’un éminent biologiste, tourmenté  par le paradoxe entre les succès de la biodynamie et  son absence de fondement au regard de la science.

Par Marc-André Selosse

 

Il y a deux choses certaines dans la biodynamie, qu’il est difficile  de mettre face-à-face. D’abord, il  est indubitable que beaucoup de domaines font des vins superbes avec  des méthodes de biodynamie ; leurs  champs sont très beaux à voir et leur  sols, surtout s’ils sont enherbés, sont  très vivants à première vue. J’ai plein  d’amis viticulteurs qui pratiquent cette  méthode, et dont j’adore la démarche,  l’intelligence et… les vins.

 

Ensuite, les méthodes de la biodynamie sont irréductibles à l’activité scientifique qui est la mienne. Par exemple, dans la méthode des 500, les bactéries développées avec beaucoup de matière organique et très peu d’oxygène  périssent lors de la dynamisation et  plus encore de l’épandage : ce n’est pas une inoculation microbienne. Restent  les molécules… mais les concentrations d’épandage sont si ténues que la  chimie ne prévoit aucun effet : ce n’est  pas un intrant en termes de substances.  J’ai plein de bons amis qui, comme moi, doutent des actions revendiquées de cette méthode. Comme j’aime tous  mes amis, et que je les estime tous, ce  paradoxe rend la situation… schizophrénique !

 

SCIENCE VS. SPIRITUEL. « On fait  beaucoup de bruit sur les vins issus de  biodynamie, mais ils ne sont pas forcément meilleurs que les autres », me disent les uns. Même s’ils n’étaient qu’aussi bons, ça poserait quand même des questions. Or oui, il leur arrive d’être excellent ! « Mais ne peux-tu admettre  qu’il existe autre chose dans la nature  que ce que ta science étudie? », me  rétorquent les autres. Ma réponse est  non, car la méthode scientifique et ses  concepts sont la base de mon efficacité. C’est ce qui fait que les ascenseurs  montent, l’aspirine soigne la douleur,  l’injection d’insuline sauve les diabétiques, les avions décollent… Je ne peux  (veux) pas brûler mes vaisseaux, ou  alors je jette la pharmacie et je ne prends plus de voiture pour être cohérent.

 

« Alors, pourquoi ne fais-tu pas de recherche sur la biodynamie, pour comprendre? » C’est que jusque-là, j’avais  des tas d’autres questions plus urgentes  et plus passionnantes… Et ce qui en est  publié dans les revues scientifiques est fort décevant. Néanmoins, ces derniers  temps j’ai commencé à étudier cette  question sur le vignoble, du point de  vue microbiologique.

 

LA RICHESSE DES PRATIQUANTS.  Et comme cela fait longtemps que ce  paradoxe entre les succès de la biodynamie et son absence de fondement au  regard de la science me tourmente, j’ai  déjà pensé à quelque chose qui sauve  la cohérence… et toutes mes amitiés : la grande richesse de la biodynamie, ce  sont celles et ceux qui la pratiquent. 

 

Ce qu’ils font ne se résume pas (même s’ils n’en sont pas toujours conscients) à l’application des pratiques édictées par  Rudolf Steiner. Heureusement ! Car quand je vois la complexité des agro- systèmes, des sols et des pratiques  agricoles, je doute qu’un seul homme,  fut-il philosophe éclairé, ait pu avoir  la révélation d’une panacée. Dans les gestes des praticiens, il y a de multiples autres facteurs qui jouent et pourraient  expliquer leur succès.

 

De plus, ces vignerons biodynamiques  ont souvent adapté et modifié les pratiques steineriennes. Heureusement !  Car on ne peut croire qu’il existe des  terroirs sans penser que les gestes  doivent varier d’un lieu à l’autre… Enfin, ils sont attentifs, réactifs, présents  au champ comme à la cuve. Curieux,  ils se posent des questions incessamment. Voilà ce qui en fait souvent des  praticiens plus performants, car plus aux aguets. 

 

Bref, pour moi, les succès de la biodynamie ne remettent pas en cause la science. Ils soulignent surtout la part  de l’homme, ce beau composant des terroirs, dans le processus qui mène de  la vigne au vin. 

Partager cet article
Repost0
31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 06:00

Cabrino Fondulo - Wikidata

« Tous les chemins mènent à Crémone »

 

L’auteur, Tommaso Mellili –« L’écume des pâtes » – se rend chez Stefano, son premier maître, qui va ouvrir son premier restaurant.

 

L'écume des pâtes, Tommaso Melilli | Stock

 

« Mais les marubini au bouillon, tu en fait ou pas ? »Je pose la question avec une certaine  appréhension, car dans ce système de valeurs que nous seuls comprenons, elle est cruciale.

 

Le menu des trattorias avec lesquelles nous avons grandi ici, jamais écrit mais toujours récité à voix haute tel le rosaire, commençait toujours par ce plat : les marubini, les raviolis typiques de Crémone.

 

Au début du XVe siècle, Cabrino Fondulo était le seigneur de Cremone. Pour toute une  série de raisons, il décida en 1414 d’inviter dans sa ville les deux hommes les plus puissants de l’époque, le pape Grégoire XII et l’empereur Sigismond : après une courte visite guidée, son plan était de les conduire au sommet  de la cathédrale, notoirement haut à Cremone. Une fois sur place, après leur avoir montré la vue imprenable sur la ville, Fondulo voulait les pousser tous les deux dans le vide, résolvant d’un seul coup plusieurs questions politiques épineuses.

 

Cathédrale de Crémone

 

Le pape et l’empereur acceptèrent l’invitation. Mais d’abord, il fallait manger.

 

Pour l’occasion, les meilleurs cuisiniers de la région avaient été convoqués et on leur avait demandé d’inventer quelque chose de nouveau, d’extraordinaire et d’inoubliable. Ils firent donc des raviolis, à servir dans leur bouillon, et, pour impressionner leurs visiteurs, ils y mirent pratiquement toute la viande qu’ils avaient sous la main : bœuf, chapon et porc, voire cotechino ou saucisson – on ne sait pas avec certitude. Ils firent bouillir ces trois viandes ensemble, puis les hachèrent et farcirent les raviolis à  cuire dans le même bouillon et les servirent nageant encore dedans.

 

Cabrino Fondulo est donc assis à table et observe attentivement ses deux invités, il se frotte les mains en attendant le moment où il les jettera du haut de la tour. Lees raviolis arrivent et ses hôtes les trouvent délicieux, ils multiplient les compliments, car à Mantoue et à Modène on n’en trouve pas d’aussi bons. Fondulo est ému, il les goûte à son tour pour la première fois. Selon la légende, il s’exclame en crémonais quelque chose comme : « Ah, ma chiestti chi,’i è i ma rubéén », c’est-à-dire : « Par Dieu, mais ce sont mes rubis. » Bref, il finit par oublier d’expédier ses invités dans le vide.

 

Dès lors et jusqu’à aujourd’hui, il a toujours été clair que les marubini devaient avoir la forme  d’un rubis et, par conséquent, il existe trois versions différentes de cette forme, mais pas du contenu.

 

On comprend donc pourquoi ma question était si  délicate : choisir d’en faire signifie s’inscrire dans une tradition locale forte, qui s’est néammoins essoufflée ces dernières années. Choisir de ne pas en faire, c’est rejeter ce monde ancien.

 

« Et alors ? Marubini ou pas ?                          

 

Cremonese Marubini

Cremonese Marubini ICI 

 

Michela Gaimarri , blogueuse culinaire et instagrammeuse de Crémone nous présente un plat typique de sa ville: les marubini en bouillon (Marubeen) . C'est un plat de la tradition crémonique, le plat des fêtes, magnifiquement substantiel et savoureux qui a ses racines dans la tradition paysanne. 

 

C'est une pâte farcie (reconnue comme un produit alimentaire traditionnel lombard) et sa caractéristique est qu'elle est cuite et servie dans les trois fameux bouillons (i tri brod), élaborés avec trois types de viande différents (poulet, bœuf et porc).

 


Ils sont vraiment fabuleux. Attention à la recette ... ..

Partager cet article
Repost0
29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 06:00

 

Le président français a préféré ne pas répondre. Car le sujet est explosif.

 

OPINION

Richard Werly

Publié mercredi 28 avril 2021

 

L’Insee, l’institut national français de la statistique, aime d’ordinaire empiler les chiffres. Un classement annuel, pourtant, échappe aux mathématiques: celui des prénoms les plus utilisés au pays de Molière, de Voltaire et de Napoléon. Résultat pour 2019: Emma et Gabriel restent, selon l’Insee, les plus populaires devant Jade, Louise, Léo, Raphaël… Les deux premiers caracolent en tête depuis 2017. Tandis que, dans le peloton de tête des dix premiers, figurent aussi Anna, Maël, Manon, Nathan et Jules…

 

Vous avez bien lu. A lire ce classement basé sur les actes de naissance, les prénoms typiquement français se portent plutôt bien. Et pourtant, voici que l’incendie des patronymes s’est remis à flamber le 18 avril, lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Montpellier, dans le quartier de la Mosson, présenté souvent comme l’un des plus pauvres de la capitale de la région Occitanie. Une habitante, membre du conseil de quartier, l’interpelle alors face caméra sur le thème de la mixité sociale: «Mon fils, qui a 8 ans, m’a demandé si le prénom Pierre existait vraiment ou si ça n’était que dans les livres. […] Cela m’a vraiment choquée.» Le chef de l’Etat français hausse les sourcils et reste coi. Les caméras des chaînes d’information filment la scène qui, bientôt, repasse en boucle sur les écrans. Le prénom Pierre – issu du latin petrus, traduction du mot grec πέτρος (petros) signifiant… «pierre» (souvent évoqué, à l’origine, dans le sens de «pilier» ou de «fondation») – devient soudain une sorte de grenade dégoupillée. Puisque plus personne ne porte ce prénom, la «francité» doit être en train de disparaître. «Il n'est pas impossible que les Pierre et Corinne de France ne soient pas exagérément enthousiastes à l'idée d'évoluer dans un environnement urbain qui leur donnera la désagréable impression d'être devenus minoritaires dans leur propre pays» assénait samedi dans Le Figaro le chroniqueur souverainiste Mathieu Bock-Coté

 

« Vivre en France, et y naître, implique-t-il de donner à ses enfants des prénoms bien français? »

 

Cette guerre des prénoms n’est pas une surprise. Un éditorialiste en a fait l’une de ses lignes d’attaque pour dénoncer l’immigration de masse et ses conséquences sur les cours d’écoles de la République: Eric Zemmour. En septembre 2018, sur un plateau de télévision, le polémiste du Figaro et de CNews – objet depuis quelques jours d’une plainte pour harcèlement sexuel pour des faits prétendument commis en 2004 – s’en prend à celle supposée lui apporter la contradiction: Hapsatou Sy, animatrice et chroniqueuse d’origine africaine. «Votre prénom est une insulte à la France», lâche-t-il, ce qui lui vaudra d’être renvoyé devant la justice pour «injure raciale» après dépôt d’une plainte par l’intéressée.

 

La suite ICI 

Partager cet article
Repost0
27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 06:00

 

Son importance est pourtant évidente, alors que la gauche française reste singulièrement muette sur cette implication française au Rwanda. Et que le Parti socialiste semble toujours déchiré sur le droit d’inventaire de l’héritage de François Mitterrand durant cette période cruciale de «l’histoire rwandaise de la France», pour reprendre une expression formulée dans le rapport Duclert.

 

«Décision incohérente»

 

En 1998, Rocard est donc invité à s’exprimer devant la mission parlementaire d’information (MIP) mise en place pour examiner les interventions militaires françaises au Rwanda entre 1990 et 1994. La MIP est présidée par un socialiste, Paul Quilès. Mais le 30 juin 1998, son «camarade» Michel Rocard ne sera apparemment pas autorisé à lire la déclaration qu’il a rédigée, selon ce qu’il avait déjà révélé à l’époque à Libération.

 

Qu’est devenue cette longue déclaration, nourrie par une visite au Rwanda l’année précédente? Malgré les mots forts utilisés, elle n’est pas mentionnée dans les annexes, pourtant abondantes, des travaux de la MIP, celles qui sont accessibles à tous. C’est déjà curieux.

 

Elle doit bien figurer dans les archives complètes de la MIP abritées par l’Assemblée nationale. Mais de façon encore plus surprenante, la commission Duclert s’en verra refuser l’accès. La lettre de mission du président Macron annonçant la création de cette commission en avril 2019 précisait bien que les chercheurs seraient pour la première fois autorisés à examiner tous les fonds d’archives français sans exception. Le bureau de l’Assemblée nationale, présidé par Richard Ferrand, ancien socialiste et désormais membre du parti présidentiel, en décidera autrement. Sans jamais justifier cette décision incohérente.

 

Le refus d’accès aux archives de la mission Quilès opposé à la commission est décidément bien troublant», confie aujourd’hui Vincent Duclert à Libération. Regrettant que son équipe de chercheurs ait été «privée de la connaissance du témoignage écrit de l’ancien Premier ministre. Alors même que ce document révèle le questionnement critique d’un ancien chef de gouvernement doublé d’un leader de gauche».

 

Que révèle donc de si sulfureux cette déclaration, finalement retrouvée dans les archives personnelles de Michel Rocard?

 

Il rappelle d’abord comment, en tant que Premier ministre, il avait été totalement écarté de la décision d’intervenir au Rwanda en 1990, lorsque le régime en place sollicite l’aide de la France pour contrer une rébellion d’exilés rwandais venue d’Ouganda. Le chef du gouvernement de François Mitterrand apprend «par la presse» le lancement de l’opération Noroît qui va consacrer un engagement durable, et toujours croissant, en soutien à l’armée rwandaise.

 

En réalité, «du Rwanda, je n’entendrai jamais parler», souligne encore Rocard, qui dénonce dans sa déclaration une politique africaine essentiellement fondée sur des accords d’assistance militaire. Celui qui lie la France et le Rwanda a été scellé «au cours d’un safari» par Valéry Giscard d’Estaing en 1975, rappelle-t-il avant d’ajouter : «Le régime Habyarimana affiche déjà à l’époque une référence raciste marquée, mais s’il persécute, il tue encore peu.»

 

Valeur de testament

 

Et c’est bien là qu’il déconstruit un storytelling imposé durablement par l’Elysée, puis par ceux qui soutiennent encore la politique de la France au Rwanda, et qui voudrait faire du président Juvénal Habyarimana un partenaire acceptable pour la France, acculé face à une rébellion considérée comme «étrangère». Or, Rocard, qui s’est rendu au Rwanda après le génocide en 1997, perçoit la nature réelle du Front patriotique rwandais (FPR). Non pas un mouvement «ougando-tutsi», comme le définit l’entourage de Mitterrand, mais bien «une armée faite de citoyens rwandais exilés». Et qui s’oppose à un «régime oppresseur», devenu peu à peu «totalitaire mais légalement installé». Avec une certaine modestie, il pose également un certain nombre de questions : «Quel a été le rôle exact des conseillers militaires français de l’opération Noroît 

 

Les accords de paix d’Arusha, signés en août 1993 entre le FPR et le pouvoir en place, ont-ils réellement été facilités par la France ? Les interprétations divergent, constate-t-il. «En tout cas, à son retour d’Arusha, Habyarimana, contrairement à ce qu’il vient de signer, durcit son régime», note l’ancien Premier ministre.

 

«Quand ont pris fin les dernières livraisons d’armes françaises à Habyarimana ?» s’interroge encore Rocard. La question reste entière, vingt-deux ans après qu’elle a été ainsi posée. A cette époque, il émet aussi le souhait de «desserrer les contraintes économiques et politiques qui pèsent encore sur le Rwanda», confirmant qu’en 1998, la France restait hostile à un pays dominé par le FPR, vainqueur inattendu à l’issue de cette tragédie.

 

Ce souhait d’un rapprochement à la fois géopolitique et mémoriel est désormais assumé par Emmanuel Macron. Il se heurte encore à des résistances. Notamment à gauche, dans les rangs des anciens ténors du PS.

 

«N’oublions pas que Michel Rocard est l’homme qui, en 1958, jeune inspecteur des Finances, réalise un rapport historique sur l’impact de la guerre pour les populations locales, plaçant les socialistes devant leurs responsabilités face à l’histoire», souligne Vincent Duclert. Cette déclaration posthume pourrait-elle avoir le même effet ? Elle a en tout cas presque valeur de testament au moment où les tabous se trouvent ébranlés par un rapprochement historique entre les deux pays.

Partager cet article
Repost0
24 mai 2021 1 24 /05 /mai /2021 06:00

 

Tribune de Genève

L’art de Plonk & Replonk ICI

Humour 

 

Confit dans l’irrévérence comme la poire dans son alcool, la triplette du Jura Plonk & Replonk a mûri un manuel de «Suissitude ultra moderniste» avec un patriotisme remarquable. D’autant que l’ouvrage est appelé à rayonner dans la capitale française, au sein de l’exposition «Modernités suisses» qui aura les honneurs prochains du musée d’Orsay. Les facétieux entendent reproduire le choc expérimenté avec «L’art d’en bas. En ces temps viraux, il faut se contenter du mince catalogue toilé pour mesurer l’ampleur d’une déflagration atomique propre à vitrifier le concept d’art moderne. Estampillé Prix des Gardes suisses, une vision irrésistible de Hodler et autres courants esthétiques tels les Vachistes ou Metouistes. 

Boutique France/Monde

Plonk & Replonk est un collectif d'éditeurs de La Chaux-de-Fonds, spécialisé dans les photomontages et les détournements de cartes postales Belle Époque. ICI

 

Exposition Lapsus Mordicus de Plonk & Replonk au Petit Echo de la Mode du 6 juillet au 22 septembre 2019, Châtelaudren-Plouagat (22).

 

Jacques Froidevaux, Hubert Froidevaux et Miguel-Angel Morales composent le collectif Plonk & Replonk, qui a vu le jour en 1995 dans les montagnes du Jura suisse. L’un est Plonk, qui plante le clou. L’autre est Replonk, qui l’enfonce. Le troisième, parfois surnommé Esperluette (&), tend le prochain clou au premier. Mais souvent, ils inversent les rôles.

 

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents