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3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 06:00

 

J’avoue que je n’ai lu aucun des auteurs de l’école de Brive, sans doute parce que ma lecture , en mes jeunes années vendéennes, de La Terre qui meurt de René Bazin (9 octobre 2006 La Vigne arrachée ICI ), m’a vacciné à tout jamais de la littérature de terroir.

 

Mais, comme il ne faut dire jamais, il se peut que je me plonge un de ces jours, dans l’œuvre de Claude Michelet, qui vient de décéder dans le hameau de Marcillac (Corrèze), à quelques kilomètres de Brive, à l'âge de 83 ans, à quelques jours de son 84e anniversaire.

 

Mort du romancier Claude Michelet, pilier de l'école de Brive (Corrèze)

claude Michelet © Frédéric LHERPINIERE

 

Le mot de passe ?

 

«Il est de chez nous», ce qui signifie corrézien.

 

N'entre pas qui veut dans le cercle de l'Ecole de Brive. La «bande à Peuch» (entendez Jacques Peuchmaurd, éditeur chez Laffont) s'enracine en Limousin, province longtemps demeurée autonome. «Si la vicomté de Turenne n'avait pas a été vendue à Louis XV, nous serions toujours indépendants», soupire-t-il, une nuance de regret dans la voix.

 

« Sur le seuil de sa maison de Chauffour, l'éditeur attend ceux qui sont ses amis avant d'être ses auteurs. «Tout s'est fait par une succession de rencontres, commente-t-il sobrement. On a commencé en 1973, sous la grande halle du marché de Brive-la-Gaillarde. Les gens signaient au cul des vaches.» Désormais, la rituelle Foire du livre est investie, chaque année, par 100 000 visiteurs, dont le «train des Parisiens», écrivains, journalistes abondamment régalés durant la descente sur Brive. »

 

Des Grives Aux Loups T.1 - Livre - France Loisirs

 

Claude Michelet publie à la fin des années 70, Des grives aux loups, le premier opus d’une série d’ouvrages se situant dans la campagne autour de Brive. Quelques années plus tard, à la suite de la publication d'une trilogie romanesque, Les Gens de Saint Libéral, il participe à la création de ce qu'on appelle l'école de Brive, avec Michel Peyramaure, Christian Signol, Gilbert Bordes... « Une invention de journaliste récupérée par Robert Laffont », avait-il commenté en 2015.

 

Claude Michelet agriculteur était devenu écrivain à temps plein après le succès du roman Des grives aux loups à la fin des années 1970. Il s’est éteint, chez lui, dans le hameau de Marcillac (Corrèze), à quelques kilomètres de Brive, à l'âge de 83 ans, à quelques jours de son 84e anniversaire.

 

 

C'est là qu'il est né en 1938. Fils du résistant et ministre du général de Gaulle Edmond Michelet, Claude Michelet avait arrêté ses études à Paris pour se consacrer à l'agriculture.

 

Livre: Mon Pere, Edmond Michelet D'Apres Ses Notes Intimes., Claude Michelet,  Presses De La Cite, 2000053633918 - Leslibraires.fr

 

Une source d'inspiration qui ne l'a jamais quittée : son premier roman, en 1965 (La Terre qui demeure), frappe par son caractère visionnaire. Seul contre tous, un paysan refuse de vendre ses terres pour des projets de lotissements ou d'extraction d'uranium.

 

Paysan le jour, écrivain la nuit la suite ICI 

"Inventaire avant fermeture" de Michel Peyramaure (DR / Calmann Lévy)

Pilier de l’École de Brive, l’écrivain corrézien Michel Peyramaure se confie à l’aube de ses 100 ans

Considéré par beaucoup comme l’un des plus grands romanciers historiques, Michel Peyramaure a fêté le 30 janvier ses 100 ans. Devant la caméra de France 3 Limousin, le cofondateur de la Foire du livre a accepté d’évoquer quelques souvenirs de cette longue vie dédiée à l’écriture.

 

« L’écriture conserve, c’est absolument indéniable. L’écrivain qui s’astreint tous les jours à cet exercice, sur son ordinateur, pour écrire un livre, une nouvelle, ou n’importe quoi, survit. »

 

Michel Peyramaure

 

Écrivain du terroir

 

Michel Peyramaure est considéré depuis longtemps comme l’un des plus grands auteurs de romans historiques. Il se consacre à l'histoire de France, en particulier à travers l'histoire de ses provinces, ce qui inscrit son œuvre dans le courant régionaliste, ou littérature de terroir. Des romans donc, mais aussi de nombreuses biographies de personnages historiques tels que Jeanne d'Arc, Henri IV, Louis XVI ou Napoléon. Mais aussi d'artistes comme Suzanne Valadon ou Sarah Bernhardt.

 

Élève médiocre, c’est pourtant sur les bancs de l’école qu’il s’est découvert une passion pour l’écriture : « J’étais toujours dernier de la classe. C’est ma gloire, mon espérance et mon soutien. J’étais dernier de la classe et l’instituteur vient et me demande ce que j’écris. Je lui dis : j’écris un poème monsieur. Montre-moi ça ! Oh, c’est pas mal. Il revient vers son bureau et dit aux autres enfants : 'Nous avons dans la classe un crétin de génie' », rigole Michel Peyramaure. 

 

Cofondateur de l’École de Brive la suite ICI 

Denis Tillinac sur la mort de Jacques Chirac : "Je suis triste mais les  souvenirs restent"

« Ils étaient tous deux profondément corréziens. Si Denis Tillinac avait été une femme, il aurait épousé Chirac. »

Michel Peyramaure

 

« En Corrèze, il y a autant d’écrivains que de veaux sous la mère. »

Denis Tillinac

 

La suite ICI 

 

 

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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 06:00

Francis Bacon image libre de droit par georgios © #5597590

Francis Bacon (1561-1626), scientifique, philosophe et homme d’État.

Dans le petit monde des vins nu, le vocabulaire utilisé pour les désigner glisse de vin nature à vin vivant, « La notion est plus inclusive que « nature » et « environnement », moins usée que « sauvage » et moins savante que « biodiversité » ou « non-humains ».

 

Vin vivant de Pierre Jancou - Livre - Decitre

 

Le point sur le sujet : La nature est morte, vive le vivant ?

 

Plus l’horizon s’étrécit et plus la notion de vivant impose sa puissance, promesse de réenchantement des regards posés sur les milieux naturels, gage d’une pensée soucieuse de ce qui nous relie à tout ce qui croît et respire. Un vrai printemps pour l’esprit, dont le sacre apparent appelle cependant quelques pas de côté. Pour comprendre mot à mot, avec la philosophe Catherine Larrère, pourquoi le vivant semble avoir chassé la nature. Pour dévoiler, grâce à la sociologue Céline Lafontaine, les impensés d’une foule d’entités vivantes cloîtrées à l’ombre des labos. Pour inspirer, avec le biologiste Olivier Hamant, un nouveau modèle apte à nous faire traverser les turbulences à venir.

 

Par Sylvie Berthier et Valérie Péan

 

Un entretien avec Catherine Larrère, philosophe, professeure émérite à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne

 

  • Nombre de livres qui paraissent ces derniers temps dans le champ de l’écologie titrent sur le « vivant » et ont ainsi évacué le mot « nature ». Quelles sont les raisons de cette éviction ?

 

En France, il y a une tradition de méfiance à l’égard de la nature. Le mot est flou, polysémique ; surtout, il est à la fois descriptif (« ce qui est ») et normatif : il dirait « ce qui doit être », au nom d’un « ordre naturel ». On le soupçonne d’être porteur de représentations religieuses ou de conceptions romantiques, irrationnelles et sentimentales. Ce qui a servi en partie à attaquer les préoccupations écologiques lorsqu’elles ont commencé à prendre de l’importance. Puis, à partir des années 1990, c’est dans le champ même des mobilisations écologiques que la référence à la nature a été mise en question. Tout particulièrement par Bruno Latour et Philippe Descola.

 

  • Que reprochent-ils à l’idée de nature ?

 

La nature que critiquent Latour et Descola, c’est la nature des Modernes, de Descartes et de son contemporain anglais F. Bacon1 : une nature mécanique qu’il convient de dominer, grâce à la science et à la technique mais, surtout, une nature posée comme extérieure à l’homme, dans une vision dualiste qui sépare nature et société, ou nature et culture, sauvage et domestique, l’objet et le sujet. Or, explique Latour dans « Nous n’avons jamais été modernes » (1991), ce « grand partage » ne partage rien : les distinctions entre les régions du savoir (sciences de la nature/sciences de la société ou de l’esprit) ne tiennent pas et, lorsqu’on croit pouvoir classer les êtres entre ce qui est naturel et ce qui est artificiel ou social, les hybrides prolifèrent : le changement climatique, ensemble de phénomènes naturels qui sont les conséquences d’actions humaines, en est un exemple frappant. Il n’y aucun « donné » que l’on puisse dire naturel. La « nature », c’est en fait ce qui autorise les scientifiques à parler avec autorité, à imposer leurs vues.

 

La nature, vue comme une unité relevant d’une même explication, existant par elle-même et se distinguant des humains est, de plus, une idée typiquement occidentale, comme l’a montré P. Descola. Il nomme « naturalisme » cette façon de considérer, du côté physique, que le corps humain est organisé de la même façon que les autres êtres – ce qu’il appelle la continuité physique des extériorités – mais que l’homme se singularise de tous les autres organismes vivants par son intériorité (l’esprit). C’est l’exact inverse de l’animisme, selon lequel une plante, un animal, un humain diffèrent par leur apparence mais sont les mêmes du point de vue de leur intériorité. Car, dans le reste du monde, effectivement, d’autres façons existent de regrouper les existants, d’autres « ontologies » conduisent à d’autres « écologies », d’autres regroupements d’« humains et de non-humains » . 2

 

  • Par quel mot Descola et Latour remplacent-ils alors celui de nature ?

 

La suite ICI

 

Être un chêne

Le « vivant », un concept qui gagne en popularité dans la philosophie et les combats écologiques ICI

 

La notion est plus inclusive que « nature » et « environnement », moins usée que « sauvage » et moins savante que « biodiversité » ou « non-humains ».

Par Nicolas Truong

 

Histoire d’une notion. Les mots font ou défont les choses. Et les concepts, écrit le philosophe Baptiste Morizot dans le sillage de Gilles Deleuze, permettent même de « résister au chaos ». Lorsqu’ils se répandent dans l’espace public, ils deviennent les balises du basculement du monde et les marqueurs du changement des temps. Ainsi en va-t-il de la notion de « vivant », qui s’est largement imposée dans la pensée de l’écologie, et plus largement auprès de ceux qui cherchent à lutter contre la dévastation planétaire, attestée par les rapports scientifiques de plus en plus alarmants. En effet, « la crise écologique actuelle est une crise de nos relations au vivant », assure Baptiste Morizot, qui a donné à cette notion son actuelle dimension. « C’est un concept qui met l’accent sur nos interdépendances, et qui permet de travailler pour le bénéfice de nos relations avec les écosystèmes, sans opposer a priori et toujours les intérêts des humains et ceux de la “nature” », poursuit-il dans un entretien au Monde.

 

« Vivant » s’oppose tout d’abord à la mort, à la disparition d’une partie de la biodiversité qui prend la forme d’une « sixième extinction ». Dans l’insistance sur le vivant, « il y a une impulsion, sinon une pulsion de vie opposée à la pulsion de mort qui abîme les psychismes (écopsychologique), épuise les ressources humaines (burn-out) et naturelles (extractivisme), dans le mouvement morbide du nécrocapitalisme », analyse le philosophe Jean-Philippe Pierron.

 

« C’est la catastrophe en cours qui nous fait vraiment entrer dans le moment du vivant », explique le philosophe Frédéric Worms, directeur adjoint de l’Ecole normale supérieure. Mais qu’est-ce que le vivant ? « C’est l’ensemble des forces qui résistent à la mort », dit-il, en paraphrasant la célèbre formule du médecin anatomiste Marie François-Xavier Bichat (1771-1802) à propos de la vie. Sans compter qu’il y a quelque chose de performatif dans le vivant, une invitation à la résistance, voire une incitation à la métamorphose et à la renaissance.

 

« Vivant » permet de sortir du dualisme entre la nature et la culture. Pour les lecteurs de l’anthropologue Philippe Descola et du philosophe Bruno Latour, c’est désormais un acquis : nous sommes sortis du grand partage entre l’homme et le monde. La nature n’est plus un décor, un réservoir de richesses, une aire de repos ou un terrain de jeu. Avec ces nouvelles ontologies qui ne séparent plus la nature de la culture, les « non-humains » (plantes, animaux, fleuves, etc.) ne sont plus des choses ou des objets, mais des êtres qui importent, et doivent être mieux pris en compte par le politique, comme par le droit.

 

Le terme de « vivant » est plus inclusif et englobant. Il permet de rompre avec « l’environnement », « le sauvage » ou « la nature » dont l’usage suppose une extériorité de l’homme par rapport à son écosystème. Pour beaucoup, il serait également moins anthropocentrique que le terme de « non-humains » – qui suppose à nouveau une séparation entre deux entités. C’est pourquoi il est en train de prendre de l’ampleur dans le monde des idées.

 

« Nouveau regard sur le monde »

 

L’emploi de ce concept nous offre « un nouveau regard sur le monde, auquel nous appartenons aussi », témoigne Laurent Tillon, biologiste et ingénieur forestier à l’Office national des forêts qui, dans Etre un chêne (Actes Sud, 230 pages, 22 euros), raconte comment les arbres ont une histoire, à travers celle de « Quercus », un chêne sessile âgé de 240 ans qu’il connaît depuis l’adolescence : « Avec le terme vivant, on se sent appartenir à une même communauté. Quand je visite Quercus, je suis autant présent que n’importe quel autre vivant que je côtoie : mon arbre Quercus, le hêtre voisin, le pic dans l’arbre d’à côté, la mésange qui vient par curiosité, et le chevreuil qui s’interroge depuis quelque temps de ma présence si tôt en forêt en ce moment ».

 

Ce changement de paradigme conduit ainsi à une éthique, mais également à une politique du vivant. « Construire une cosmopolitique du vivant est le défi de notre époque », lance l’économiste Felwine Sarr. « La crise actuelle nous rappelle l’importance d’une “vital-démocratie” », assure Frédéric Worms. Après avoir théorisé les différentes « manières d’être vivant », Baptiste Morizot esquisse aujourd’hui les contours d’une « éthopolitique », afin de « restituer aux vivants les puissances d’agir qui sont les leurs, pour faire face avec nous aux métamorphoses environnementales contemporaines induites par le changement climatique ». L’éthopolitique donc, contre la « nécropolitique », cette soumission du vivant au pouvoir de la mort analysée par l’historien Achille Mbembe.

 

Raviver les braises du vivant

« Le “vivant” n’est pas un slogan, c’est une carte pour s’orienter » ICI 

 

Le philosophe Baptiste Morizot précise la signification et la portée d’un concept « qui déplace la focale de notre attention collective vers nos interdépendances » avec les autres vivants, au moment où celui-ci est largement repris, mais parfois aussi critiqué.

Propos recueillis par Nicolas Truong

Publié le 22 septembre 2021

 

Maître de conférences en philosophie à l’université d’Aix-Marseille, Baptiste Morizot a notamment déployé le concept de « vivant » dans Manières d’être vivant : enquêtes sur la vie à travers nous (Actes Sud, 2020) et Raviver les braises du vivant. Un front commun (Actes Sud et Wildproject), et élaboré son « éthopolitque » dans Le Cri de Gaïa. Penser la Terre avec Bruno Latour (sous la direction de Frédéric Aït-Touati et Emanuele Coccia, La Découverte, 2020).

 

  • Le concept de « vivant » que vous avez forgé est largement utilisé par des activistes, des associations ou même des institutions qui veulent lutter contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité. En quoi est-il philosophiquement et politiquement important de changer de terme ?

 

Baptiste Morizot.- D’abord, il est important de rappeler que ce n’est pas un mot d’ordre ni un slogan : c’est un concept, donc une carte pour s’orienter, utile dans certains cas, inutile dans d’autres. Il n’a jamais visé selon moi à récuser les autres termes, mais à enrichir et pluraliser le paysage conceptuel et l’arsenal des idées.

 

Il faut se souvenir que porter ce concept n’a pas pour but d’interdire le mot « nature », mais de critiquer et conscientiser ses usages inquestionnés. Il sert à multiplier les approches, pour lutter contre l’hégémonie culturelle de l’idée de « nature » avec ses impasses – idée qui est toujours dominante dans notre héritage. Il n’a donc pas pour vocation de recréer un nouveau monopole à la place, mais de nous donner de l’air, et des outils pour mieux penser et agir.

 

Penser avec cette idée de « vivant » n’oppose plus nature et culture, puisque la culture est une manifestation du vivant dans l’humain, une faculté façonnée par l’évolution du vivant

 

Sa première force, en situation de crise écologique, c’est qu’il met la focale sur ces entités du monde qui sont concernées par leur existence, l’ensemble des vivants de la biosphère. Il n’y a pas à « sauver » le climat, il ne craint rien : ce sont les vivants qui doivent être protégés des dérèglements du climat, humains compris, puisque nous sommes interdépendants.

 

Sa seconde force, c’est que par l’usage du singulier, en parlant du vivant et pas seulement « des » vivants, il englobe non seulement les organismes et les espèces dans leur multiplicité, mais aussi les forces évolutionnaires anciennes qui les façonnent, et les dynamiques écologiques qui les tissent ensemble dans le présent.

 

Par là il se rend capable de saisir le « tissu » du vivant dans ses interdépendances, et le « fleuve » du vivant dans sa continuité depuis l’apparition de la vie sur Terre. Or ce sont ce tissage et ces dynamiques qui rendent la Terre habitable pour nous et pour les autres, et on comprend par là que ce sont elles qu’il faut défendre, et dont il faut prendre soin, et pas seulement de chaque espèce séparée comme si elle était posée là sur un décor.

 

Sa troisième force, la plus évidente, c’est qu’il échappe spontanément aux dualismes hiérarchiques de la modernité, qui opposent nature et société, environnement et humain. Ce concept permet, par la force de la langue elle-même, de ne plus opposer humain et nature, puisque par définition, nous en sommes, des « vivants », nous sommes embarqués avec tout le vivant pensé comme aventure biotique, nous sommes tramés aux vivants d’un point de vue écologique.

 

Nous partageons avec eux une ascendance commune, qui se manifeste dans la totalité de notre être. En un mot, c’est un concept qui déplace la focale de notre attention collective vers nos interdépendances – et qui permet par là de travailler pour le bien de nos relations avec les écosystèmes, sans opposer toujours a priori les intérêts des humains et ceux de la « nature ». Politiquement, sur le terrain, cela permet d’imaginer des fronts communs parfois libérateurs.

 

Voilà : c’est un mot qui respire spontanément en dehors du dualisme. Par exemple, penser avec cette idée de « vivant » n’oppose plus nature et culture, puisque la culture est une manifestation du vivant dans l’humain, une faculté façonnée par l’évolution du vivant. Ils ne sont pas intrinsèquement opposés : on peut imaginer favoriser une culture du vivant, de la même manière que la modernité s’est construite sur une culture qui l’a minorisé ou méprisé.

 

  • De quelle manière cette notion peut-elle échapper à l’antimodernisme et l’antihumanisme ?

 

Ce concept ne sert pas à écarter ou rabaisser l’humain, au contraire, il sert à le penser de manière plus juste, et donc à le défendre mieux. Les mots « biodiversité » ou « environnement » ne nous incluent pas : ce sont des concepts qui réactivent l’extériorité fondatrice de l’humain envers son propre tissage.

 

Ce mot devient vide de sens lorsqu’il sert seulement à remplacer artificiellement le mot « nature » sans changer la philosophie du propos (c’est-à-dire la manière dualiste de penser, ou l’idée d’une mère nature harmonieuse et bienveillante)

 

Le concept de vivant sert à ça au fond : il permet de localiser ce dont on parle hors de nous et en nous, et d’opérer ce faisant le geste philosophique le plus décisif à mon sens dans cette affaire - nous recomprendre, nous humains, comme des vivants. C’est ce que j’appelle la manière humaine d’être vivant. Elle n’a pas la rigidité d’une « nature humaine », mais elle ouvre néanmoins le champ de nos possibles. Et ces derniers sont tissés.

 

Nous sommes une forme de vie unique mais interdépendante (comme les abeilles sont une espèce unique et interdépendante). Le vivant, ce n’est pas une catégorie scientifique (l’ensemble des organismes), c’est un concept philosophique qui nomme notre relation à l’aventure de la vie sur Terre : c’est la communauté du monde à laquelle on appartient, c’est une vulnérabilité mutuelle, c’est une dimension de l’expérience humaine, et c’est une condition partagée, la condition vivante.

 

Avec ce concept, l’enjeu n’est donc pas de faire une classification biologique comme on en trouve dans les manuels de sciences naturelles, mais d’imaginer collectivement des transformations métaphysiques et anthropologiques, en tant que notre image du monde est toujours une image de nous.

 

Sur ce chemin, du point de vue pratique, on active un meilleur humanisme, on prend mieux soin des humains, parce qu’on comprend qu’il faut prendre soin de leurs interdépendances avec les autres vivants – ce sont elles qui rendent nos vies possibles et nos sociétés durables.

 

  • Mais ce concept vivant est-il bien compris ? N’a-t-il pas tendance à être dilué ou instrumentalisé tant son usage se répand aujourd’hui ?

 

Il génère quelques dérives, comme tous les mots qui circulent vite. Selon moi, il doit être utilisé rigoureusement et avec justesse sous peine de perdre son sens et sa force. On voit aujourd’hui fleurir une profusion d’usages hyperboliques ou abusifs, qui créent une certaine lassitude autour de ce mot, et comme une irritation. C’est un effet de mode qui passera.

 

Par exemple, il devient vide de sens lorsqu’il sert seulement à remplacer artificiellement le mot « nature » sans changer la philosophie du propos (c’est-à-dire la manière dualiste de penser, ou l’idée d’une mère nature harmonieuse et bienveillante), parce qu’il est rabattu sur des notions et des imaginaires qu’il a pour vocation de dépasser.

 

Je suis aussi en désaccord avec ceux qui lui ajoutent des consonances mystiques, religieuses, ou New Age. On voit ce malentendu dans les usages qui mettent spontanément une majuscule à « vivant » : à mon sens, c’est une catastrophe philosophique, parce que c’est contradictoire avec le sens même du concept.

 

En effet, la majuscule sert dans la langue française à sacraliser quelque chose sous une forme qui met à distance, qui impose une éminence. Elle instaure une nouvelle transcendance, alors que justement le concept de « vivant » permet de parler de la biosphère dans sa pluralité diffuse, omniprésente, profane, mais d’en parler avec les égards ajustés : c’est-à-dire sans la désanimer, mais sans la suranimer non plus. Et sans sacraliser non plus chaque organisme, puisque le vivant vit chaque jour de s’entremanger, c’est la base des écosystèmes, et c’est ce qui rend possible leur épanouissement.

 

Le malentendu avec la majuscule, c’est qu’elle confère une aura de religiosité, avec toutes ses inerties, à la chose la plus immanente et quotidienne du monde – à la vie.

 

Enfin il y a ceux qui s’en emparent pour « greenwasher » leurs pratiques et continuer le « business as usual », l’exploitation aveugle et destructrice des écosystèmes : quant à eux, ils n’ont aucun scrupule à récupérer et dénaturer tout discours qui s’oppose à leurs intérêts.

 

C’est en partie pour faire barrage à ce kidnapping que j’ai écrit le livre Raviver les braises du vivant, et publié le texte accessible en ligne librement : « Nouer culture des luttes et culture du vivant. »

 

Concernant les limites et les points aveugles de ce concept, ils sont partout : il ne sert pas à tout, sinon il ne servirait à rien. Par exemple, concernant les problèmes de philosophie de la technique ou les questions d’énergie pour faire face à la crise écologique, ce concept n’est pas le plus opérationnel aujourd’hui, et tant mieux (trop embrasser, c’est mal étreindre). Et pour faire de l’astrophysique – n’en parlons pas. Ce n’est pas grave, c’est bien ainsi, les concepts servent aussi à ça : à ne pas servir, à reposer, comme dans la trousse à outils d’un cambrioleur, jusqu’au jour où ils ouvriront d’autres portes qui nous enfermaient.

 

Nicolas Truong

 

 

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29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 06:00

À la mémoire de DENG Xiaoping, ancien grand dirigeant de la République populaire de Chine, venu étudier et travailler dans le Montargois, dans les années 1920

Montargis (06 au 10.07.1920) : CAI Hesen et son amie XIANG Jingyu exposent à leurs compatriotes leur thèse pour "sauver la Chine et le Monde". Historiquement, ce sera le véritable point de départ de la Chine Nouvelle

Montargis (06 au 10.07.1920) : CAI Hesen et son amie XIANG Jingyu exposent à leurs compatriotes leur thèse pour "sauver la Chine et le Monde". Historiquement, ce sera le véritable point de départ de la Chine Nouvelle 

- "Amitié Franco-Chinoise", association et musée historique

Il se publie des Revues de haute qualité intellectuelle, esthétique, ludique : RELIEFS en est une, son n°15 MARAIS en apporte de nouveau la preuve.

 

Revue Reliefs n° 15 - Marais

 

J’ai choisi ce dimanche, avant de chroniquer un autre jour sur le Marais salant de Guérande, cher à mon cœur, de vous vanter la : PETITE HISTOIRE DU GRAND SOJA

 

 

Pourquoi ?

 

2 raisons :

 

  • Le tofu cher au vegan !

Y en aura pas pour tout le monde - Le soja - Charlie Hebdo

Y en aura pas pour tout le monde - Le soja - Charlie Hebdo

  • L’accord de Blair House en 1992 ICI (ça ne nous rajeuni pas Jean-François)

 

 

Le lancer de « haricots » de soja est une tradition japonaise pluriséculaire, la Chine est le berceau de la plante qui produit des graines rondes comme le petit pois.

 

 

C’est un rite célébré lors du Setsubun (« nœuds de bambou »), fête nationale japonaise, le 2 et 4 février (conformément à l’ancien calendrier lunaire, d’origine chinoise) qui marque l’arrivée du printemps. La veille, les japonais pratiquent le mamemaki : ils lancent des graines de soja par la fenêtre ou par la porte de leur logement pour tenir les démons à distance de leur foyer et attirer la prospérité. En accomplissant ce geste, ils scandent : « On iwa soto ! Fuku wau chi ! (dehors les démons, dedans le bonheur) »

Planche botanique Soja | Selency

Le soja (Glycine max) a probablement été domestiqué dans le courant du IIe millénaire de notre ère, dans le nord-est de la Chine, mais sa culture est beaucoup plus récente que celle du riz et du millet, pratiquées dans cette région quatre millénaires plus tôt. Ce sont les habitants du « pays du millet » qui, les premiers, ont transformé les graines de soja en une multitude de produits alimentaires dérivés.

 

PR Taifun - Zoom champ de soja

 

Le Bencao gangmu (« matière médicale classifiée »), un traité de pharmacopée médicale rédigé au XVIe siècle, attribue ainsi l’invention du tofu à Liu An, au IIe siècle de notre ère.

 

Y en aura pas pour tout le monde - Le soja - Charlie Hebdo

Si la date d’invention du tofu demeure incertaine, on sait en revanche que les Français n’en ont entendu parler que très tard. En 1856, le Bulletin de la Société Nationale d’acclimatation de France décrit pour la première fois le procédé mis au point par M. de Vilmorin pour fabriquer du « fromage de pois ». La première unité européenne de production industrielle de tofu ouvre ses portes en 1908  à Colombes, près de Paris, à l’initiative de Li Shizeng, jeune chinois arrivé quelques années plus tôt à Montargis (Loiret) pour y étudier l’agriculture. Entre 1912 et 1927, plus de deux mille de ses compatriotes se forment sur le sol français. Beaucoup de ces étudiants participent en parallèle avec Li Shizeng à la fondation du mouvement anarchiste chinois : le travail à l’usine de tofu leur permet de financer leurs études avant de rentrer  chez eux. En 1920, Li Shizeng accueille dans son usine Deng Xiaoping, dirigeant de la Chine en 1978 et 1989 qui fait basculer son pays dans l’économie de marché.

 

PR Taifun - Dans les coulisses de la préparation

Deng Xiaoping (1904 - 1997) Le « petit timonier »

 

 

« Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape les souris »

Deng Xiaoping, l’habitant oublié de Montargis ICI 

Quasiment oubliée en France, l’histoire des Chinois de Montargis resurgit en 1975 lors de la visite en France du Vice-Premier Ministre chinois, Deng Xiaoping, quand celui-ci demande à visiter Montargis où il aurait vécu au début des années 1920 ! Côté français c’est la surprise. Deng Xiaoping a beau évoquer son travail à l’usine Hutchinson, dans les archives de l’entreprise, aucune fiche de travail ne répond à son nom. On en reste là.

 

Puis en 1982, le maire de Montargis, Max Nublat, est invité en Chine avec des maires de grandes villes de France, surpris de voir le représentant de cette modeste sous-préfecture du Loiret convié à ce voyage. À Pékin, une banderole attend le maire de Montargis pour lui souhaiter la bienvenue ; c’est le seul membre de la délégation à avoir droit à cet honneur. Et l’histoire ne s’arrête pas là : Max Nublat aura même droit à un entretien privé avec Deng Xiaoping, devenu le successeur de Mao, qui évoquera ses souvenirs montargois.

 

Le fin mot de l’histoire ?

 

Quelques passionnés vont s’apercevoir qu’au moment de son passage par Montargis, Deng Xiaoping ne s’appelait pas encore Deng Xiaoping : il utilisait encore son nom de naissance. Et sur sa fiche de travail retrouvée, on peut lire : A refusé de travailler, ne pas reprendre. De cette époque date le début de l’engagement militant de Deng Xiaoping.

 

Deng Xiaoping a séjourné en France dans sa prime jeunesse ; quand il est parti, il était au sortir de l’enfance, à son retour il savait déjà ce qu’il allait faire de sa vie au service de son pays et de ses compatriotes. Discours du Président chinois, Hu Jintao, pour le 100ème anniversaire de la naissance de Deng Xiaoping en 2004

 

Aujourd’hui encore, les liens restent forts. Depuis 2005, un circuit commémoratif des Chinois à Montargis rend hommage à l’histoire. En 2014, une place Deng Xiaoping a été inaugurée à Montargis, suivie, en 2016, par un Musée Historique de l’Amitié Franco-Chinoise. Le Lycée en Forêt à Montargis enseigne depuis de nombreuses années le mandarin et des échanges sont réalisés avec le lycée n°1 de Changsa, capitale de la Province du Hunan. Et les choses pourraient encore s’accélérer puisque l’université Tsinghua de Pékin, 1ère université chinoise, envisageait, avant la crise sanitaire, d’ouvrir une antenne à Montargis. Affaire à suivre.

 

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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 06:00

Le blocage des ports ukrainiens, Kiev étant le cinquième exportateur mondial de blé, explique la flambée des prix du blé depuis le 24 février, date de l’invasion russe.

 

L’Afrique affamée par la spéculation sur les céréales ICI 

 

Photo

Dessin de Bénédicte paru dans 24 Heures Lausanne

 

Les prix alimentaires ont augmenté de 30 % en un an. Pourtant, malgré la guerre en Ukraine, les ressources sont stables et il n’y a pas de pénurie. Mais des fonds de pension jouent sur les prix de la nourriture, aggravant la faim sur une grande partie du continent.

Margot Gibbs, Thin Lei Win, Sipho Kings

 

The Continent

Johannesburg Hebdomadaire en Anglais 

 

C’est au cœur d’un monde bouleversé par la pandémie de Covid-19 que The Continent s’est lancé, en avril 2020. Ce média original a pour ambition de réunir “les meilleurs des reportages” faits aux quatre coins du continent africain. “Jamais le besoin d’avoir accès à une information précise, profonde et juste n’a été aussi pressant”, écrit le titre dans son premier éditorial. “Nous ne pouvons vous distribuer des tests de dépistage. Nous n’avons pas de respirateurs, mais nous avons un travail vital à faire : vous informer.” Adossé au très réputé journal sud-africain Mail & Guardian, The Continent est un hebdomadaire disponible gratuitement, au format PDF, et pensé pour être partagé sur les réseaux sociaux.

 

 

Des contrats alimentaires de plus en plus spéculatifs

 

Le cours du blé de meunerie à Paris, plus grand marché aux grains d’Europe, est symptomatique de la conjoncture actuelle. En 2018, environ un quart des contrats alimentaires étaient spéculatifs. Ce chiffre a depuis triplé, pour atteindre trois quarts.

 

Ces marchés permettent aux futurs stocks d’être vendus dès aujourd’hui. Habituellement, un agriculteur estime le volume de sa récolte en fin de saison ; un négociant convient de l’acheter à un prix donné. L’agriculteur est alors rémunéré pour acheter de l’engrais et tout ce dont il a besoin pour produire cette récolte. Ensuite, il livre le blé. Cette série d’étapes présente toutefois des risques : les récoltes peuvent être mauvaises, des guerres sont susceptibles d’éclater, une récolte exceptionnelle peut entraîner un effondrement des prix.

 

Pour gérer ce risque, le négociant peut vendre un contrat pour le même volume de céréales sur le marché à terme. C’est à ce stade qu’intervient le spéculateur : un investisseur peut parier sur une hausse du prix d’ici à la récolte [en raison de la météo ou d’une pénurie, par exemple] et acheter le contrat proposé. Si le prix augmente, l’investisseur encaissera la différence.

 

Une spéculation maîtrisée permet aux agriculteurs et à leurs acheteurs de limiter leurs risques et de prémunir leurs revenus des imprévus et des instabilités. Mais si la spéculation est excessive, la demande artificielle des spéculateurs peut pousser à la hausse les prix des contrats à terme, indépendamment de l’offre et de la demande réelles. Et comme les prix de ces contrats servent de référence pour le cours réel du blé, les prix alimentaires en font les frais.

 

Le rôle néfaste des fonds de pension

 

Depuis le début du XXIe siècle, les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension se sont engagés sur les marchés à terme de matières premières, qui sont vus comme une protection contre l’inflation. Les prix des contrats à terme sont [donc] dictés par les arbitrages de ces organismes en matière d’investissement, qui n’ont rien à voir avec les fondamentaux du marché.

 

Normalement, la nourriture est achetée en supposant qu’elle peut être revendue avec une marge. Plus il y a de nourriture, moins elle coûte cher et moins il y a de bénéfices à en tirer. Par conséquent, les prix alimentaires évoluent d’une année à l’autre, car les sécheresses et les inondations alternent avec les récoltes exceptionnelles dans les différentes régions du monde. En revanche, une spéculation excessive des investisseurs, qui voient l’alimentation comme n’importe quelle autre matière première, change la donne. L’offre et la demande ne sont plus les principaux arbitres des prix. Depuis une quinzaine d’années, ce phénomène a créé de fortes fluctuations alors même que les réserves mondiales sont stables.

 

Teucrium et Invesco, deux prédateurs financiers

 

Entre janvier et avril 2022, au moins 1,3 milliard de dollars a été versé dans deux fonds de contrats de marchandises, gérés par Teucrium et Invesco. En octobre 2021, le gestionnaire de Teucrium responsable du blé écrivait sur le site de l’entreprise : “Si l’inflation des prix alimentaires risque d’avoir des effets négatifs sur l’économie mondiale, les investisseurs éclairés pourraient tirer partie d’une tendance à la hausse des prix.”

 

Auteur d’un rapport sur les prix alimentaires paru au printemps 2022, le groupe de travail d’Olivier De Schutter (rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, et coprésident du Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables - Ipes-Food) a souligné que “les prédateurs financiers qui font des paris sur l’alimentation” et “jouent sur les prix de la nourriture” étaient des facteurs à l’origine de la flambée des prix.

 

En réponse, Teucrium s’est contenté de déclarer que “les flux d’investissement dans les matières premières permettent, à terme, un approvisionnement (alimentaire) plus fiable et un gain de stabilité sur la durée”. Invesco, lui, a souligné la violence des phénomènes météorologiques pour justifier les fluctuations des prix.

 

La suite ICI

Une grosse partie des exportations de céréales ukrainiennes sont désormais exportées depuis le port de Constanta, en Roumanie. — © REUTERS/Olimpiu Gheorghiu

 

BONUS (demander au Taulier les articles)

 

La crise des céréales ukrainiennes décryptée à Genève ICI

AGRICULTURE

 ABONNÉ

Un colloque réunit cette semaine des négociants suisses, actifs en mer Noire, et des politiques ukrainiens, sur fond de crise alimentaire mondiale. Kiev cherche des solutions pour exporter, par rail, ses denrées agricoles

En pleine guerre, de nouvelles routes céréalières se forment à Genève ICI

MATIÈRES PREMIÈRES

 ABONNÉ

Un tiers des exportations mondiales de grains venaient de mer Noire avant la guerre en Ukraine. Les négociants, concentrés sur l’Arc lémanique, cherchent d’autres fournisseurs pour les marchés africains et du Moyen-Orient notamment, quand ils ne se font pas doubler par des concurrents à Dubaï ou à Singapour

Entreposage de blé dans le village de village de Zhovtneve, en Ukraine. Photo d'archive. — © Valentyn Ogirenko/Reuters

En Ukraine, la guerre du blé ICI

ALIMENTATION

 ABONNÉ

Comment exporter les millions de tonnes de céréales qui s’amoncellent en Ukraine et dont dépend la survie de millions de personnes? La communauté internationale s’active

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25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 06:00

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La question du jour : « Ultracrépidarianisme : pourquoi certains ont-ils une opinion sur tout ?»

 

Pour madame, monsieur tout le monde, dont je suis, se rendre chez son caviste c’est, prosaïquement, aller acheter du vin. Bien évidemment, s’il est compétent, s’il connaît ses clients, ce commerçant, qui achète pour revendre, vous fait bénéficier de ses conseils pour que vous puissiez découvrir la vigneronne ou le vigneron qui monte, et Dieu sait que ça foisonne les petites bêtes qui montent.

 

Avec le vin nu est apparu une nouvelle race de caviste : le caviste militant, en général tendance insoumis, qui se faisant tellement chier dans son échoppe passe son temps à martyriser son clavier, non pour nous abreuver de ses découvertes de nectars nu, mais pour inonder les réseaux sociaux de ses opinions, en général tranchées comme le saucisson, sur tout et le contraire de tout.

 

« Je ne vais pas énumérer ici ses champs de compétence, ils sont sans limites puisqu’il sait tout sur tout et le contraire de tout. »

 

Afin d’éclairer votre lanterne je vous propose de lire les explications d’Hadrien Chevalier sur cette engeance sans qui on ne peut plus prendre une décision sans avoir recourt à leurs lumières.

 

« Il est complètement ridicule de penser que votre opinion d'amateur a une quelconque valeur. D'ailleurs, voici la mienne sur ce sujet que je n'ai pas du tout étudié. »

 

« Nous avons tous des croyances (ou opinions). Par exemple, qu'on ne mourra pas demain (quand on est jeune et en bonne santé), qu'il ne faut pas mettre ses doigts mouillés dans une prise électrique, qu'il ne vaut mieux pas essayer de sauter du dixième étage, ni faire le malin devant un ours brun. On ne cherche pas à démontrer méthodiquement que ces décisions ou ces croyances sont en adéquation avec le réel, on les admet souvent.

 

En une journée, vous prenez inconsciemment des milliers de microdécisions. Et parce que nos cerveaux sont super efficaces (ou plutôt, ils ont évolué ainsi), ils nous font grâce d'un long traitement analytique, conscient, calculatoire, de chaque décision. Cela est remplacé par de l'intuition. Et en général, ça ne marche pas trop mal –après s'être bien entraîné et familiarisé avec l'environnement.

 

Sauf que ça ne marche qu'avec ce sur quoi on a entraîné le cerveau, donc avec des phénomènes qui sont assez communs pour en avoir fait de malheureuses expériences (souvent pendant l'enfance) : le fait que les objets chutent, que les trucs pointus font mal, que le feu est dangereux. 

 

Experts en amateurisme

 

L'erreur de l'ultracrépidarianiste, c'est de penser qu'au sujet d'une prise de décision mettant en jeu des concepts et des phénomènes dépassant largement le quotidien moyen, ses intuitions, ses croyances, ses opinions et même son expérience personnelle auraient autant ou plus de valeur qu'un consensus d'experts ou qu'une méta-analyse scientifique.

 

La suite ICI 

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24 mai 2022 2 24 /05 /mai /2022 06:00

Peut être une image en noir et blanc de 1 personne et plein air

Le graphomane que je suis écrivait le 8 octobre 2012 :

 

Comme Alice et Olivier de Moor sont des amis discrets ils n’avaient pas mis votre Taulier dans la confidence mais, lorsque leur enfant paraît sur l’écran de ses nuits blanches, à l’aurore, c’est pour lui la divine surprise, le plaisir de la découverte et venu le temps d’officier : d’être à sa manière l’officier d’état-civil de la Toile. À la plume sergent major plongée dans l’encrier de céramique blanche, sur le grand registre des naissances il inscrit les noms et prénoms des parents et leur ascendance, en violet bien sûr, l’heure : 9 heures du soir, c’est mieux que 21 heures qui font très chef de gare – et quarante grosses minutes, le lieu : Courgis et le jour le dimanche 7 octobre 2012. Pour le prénom le vieil animal use d’encre sympathique pour laisser à votre imagination tout le loisir d’exercer son talent. Comme mon petit doigt m’a dit qu’Alice, venue du Jura a rencontré Oliver en 1992, à Chablis, donc 30 ans, voilà un bel âge pour donner naissance à un enfant. Cet enfant-là va leur permettre de conter leur histoire, car comme le dit si bien Alice, eux deux ont toujours voulu « faire du vin comme on raconte une histoire »

 

La suite ICI

 

Aucune description de photo disponible.

Aujourd’hui, c’est Olivier qui prend la plume :

 

Chers collègues,

 

Je vais essayer d’être aussi court et concis que nécessaire. Pour solliciter votre attention et votre aide.

 

Les dérèglements climatiques annoncés, nous les vivons désormais. Et cela est synchrone d’une extinction de masse des espèces. Car cela est lié. Et bien entendu, vous comme moi semblons bien désarmés face aux périls annoncés et aux moyens à disposition pour répondre et nous adapter. Pour ce qui est de la vigne seulement, en projetant nos habitudes de travail actuelles, il est annoncé au minimum, une diminution moyenne de nos rendements d’ici 10 ans, de 35 %.

 

 

Je sais très bien que je suis bénéficiaire d’un travail successif de plusieurs générations qui a permis la construction de ce vignoble et la reconnaissance de ses vins. Cela est le résultat d’un travail collectif, et d’individualités qui ont amené de l’exigence ou des idées et des projets nouveaux. Dont nous profitons.

 

Face aux changements annoncés, deux réponses sont possibles.

 

Soit une réponse individuelle, soit une réponse de l’ensemble.

 

Individuellement, nous agissons pour que nos vignes soient alimentées du mieux possible pour qu’elles produisent le raisin nécessaire et fidèle à notre région. Ce travail se fait par l’intermédiaire des bactéries du sol. Il réclame cependant les outils pour cela en termes de mécanisation et d’intrants. Cela a ses avantages, ses inconvénients, et ses limites qui sont de plus en plus proches. Et surtout qui ne conduisent qu’à entretenir et accentuer ce qui désormais nous affecte. Nous entretenons voire amplifions des causes de nos problèmes.

 

L’autre solution plus ambitieuse, parce que collective est liée à ce que depuis seulement quelques dizaines d’années nous expliquent les scientifiques. Qu’une plante n’est pas véritablement une plante mais une symbiose, et qu’elle se nourrit de cela, qu’elle se nourrit de tout ce qui l’entoure en particulier des mycorhizes. Cependant pour re-nourrir nos plantes par ce processus naturel et initial que nous avons rompu, il faut un vaste chantier collectif et ambitieux.

 

Croire dans le vivant, respecter toutes les plantes possibles, toutes les haies en formation, tous les arbres isolés, toutes les surfaces boisées. Ce n'est que par ce respect le plus complet du vivant, que nous permettrons plus de diversité écologique, plus de fraicheur, plus de régulation et d’inertie thermique, et une distribution naturelle de l’eau qui se fait depuis les points d’eau jusqu'à la matière organique de nos sols.

 

Ce chantier auquel j’aspire, et qui me paraît la seule vraie réponse tourne autour de ce qu’on appelle les corridors écologiques. À savoir des couloirs où l’on laisse la vie s’installer pour la relier à ses origines, pour la mettre en lien et venir la redistribuer jusqu’à l’intérieur de nos parcelles cultivées. Si nous ne faisons pas cela, j’ai la grande crainte que nos cultures que l’on destine artificiellement à leur isolement du vivant pour produire uniquement ce que nous voulons, connaisse sa fin.

 

Bien entendu, je suis à votre disposition. Et je peux si vous réclamez plus de précisions, vous les donner. Ainsi que vous mettre en lien avec les experts qui saurons nous conseiller. Cependant au final, c’est extrêmement simple. Laisser revenir la vie partout où elle peut l’être.

 

 

Salutations vigneronnes.

Olivier De Moor

 

Lecture recommandée: Marc-André Selosse

 

Jamais seul et L'origine du monde

 

Jamais seulL'origine du monde

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 06:00

Les jeunes gens

Brillant diplômé de la promotion Senghor de l’ENA (2002-2004), Boris Vallaud – monsieur Najat –lançait en guise de plaisanterie, quand on lui faisait remarquer que ses camarades et lui avaient investi à une vitesse éclair les sommets de la République : « N’exagérons rien. J’ai 38 ans. À cet âge, Napoléon était déjà empereur… » Il ne savait pas encore qu’à tout juste 39 ans, Emmanuel Macron deviendrait chef de l’Etat, et ferait de la cour Napoléon du Louvre le lieu de son couronnement.

 

Depuis lors, la classe Senghor est associée au nom du plus jeune président de la Vème République. Emmanuel Macron est-il le fruit très exceptionnel d’une cuvée comme une autre de l’école du pouvoir ?

Les jeunes gens

Mathieu Larnaudie

Face aux jeunes gens qui s’enthousiasment pour un vieux de 71 ans, les gens vieux font les yeux doux pour une jeune de 44 ans. Étrange inversion qui remet en question ce qu’est aujourd’hui la jeunesse et la vieillesse, que des jeunes veuillent renverser la table c’est de leur âge, que des vieux veuillent préserver leurs acquis c’est de leur âge, mais, le vieux, que je suis, est frappé par le fait que ces jeunes se réfugient dans les bras d’un vieux politicien roublard, blanchi sous le harnois du Sénat, inflexible patron de sa boutique, grand admirateur des hommes main de fer dans un gant de velours, alors que ces vieux s’abandonnent à un jeune, emblématique d’un monde dont ils sont pas, abandonnant derrière eux les références de leur jeunesse.

 

Orphelin de la social-démocratie, je repousse en même temps l’étrange attelage électoral de la NUPES (affreux acronyme) et le grand fourre-tout flou d’ENSEMBLE, ce qui ne fait pas de moi ni un traître selon la terminologie de ceux qui confisquent la gauche, comme au bon vieux temps des staliniens du PCF de ma jeunesse, ni un allié objectif de cette gauche autoritaire, aux yeux des adorateurs de notre président Janus, me retrouvant ainsi dans une forme inédite de jachère électorale.

 

En suis-je responsable ?

 

Oui comme nous tous mais, j’ose l’écrire moins que beaucoup, pour autant je ne renierai pas mes idéaux de jeunesse et, n’en déplaise à certains éructeurs qui passent leur vie sur les réseaux sociaux, le cul sur leur chaise, à martyriser leur clavier, à faire la révolution en chaise longue, convertis de fraîche date au féminisme, à la gauche radicale, je me sens à l’aise dans mes baskets et pour tout vous dire je les emmerde.

 

Le Mot est un poème de Victor Hugo, paru en 1888 dans le recueil posthumeToute la Lyre.

 

«Portrait de l’ecrivain francais Victor Hugo (1802-1885)» Peinture de Leon Joseph Bonnat (1833-1922), Versailles, musée du château ©Photo Josse/Leemage

 

Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites.

Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes.

Tout, la haine et le deuil ! - Et ne m'objectez pas

Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas... -

Ecoutez bien ceci :

 

Tête-à-tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites à l'oreille au plus mystérieux

De vos amis de cœur, ou, si vous l'aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu ;

Ce mot que vous croyez que l'on n'a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre,

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre !

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin.

Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

- Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle ! -

Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera.

Il suit le quai, franchit la place, et caetera,

Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez l'individu dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,

Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,

Entre, arrive, et, railleur, regardant l'homme en face,

Dit : - Me voilà ! je sors de la bouche d'un tel. -

 

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

La poétisation du mot chez Victor Hugo. ICI

[article]

 

 

M. Riffaterre

Cahiers de l'AIEF  Année 1967  19  pp. 177-194

 

 

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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 06:00

En sud-Vendée, il existe 25 bassines comme celle-ci. De l'eau principalement pompée dans la nappe lorsqu'il pleut, et restituée aux agriculteurs en période d'irrigation ou de sécheresse.

 © image UIAP

Vendée : face aux sécheresses récurrentes, les bassines sont-elles la solution ? ICI 

Publié le 13/05/2022

Écrit par Sandrine Gadet avec Cathy Colin

 

Dans un contexte de dérèglement climatique, la question de l’irrigation agricole se pose chaque année. Dans le Sud Vendée, un plan de gestion équilibrée de la ressource en eau du marin poitevin a été initiée il y a une quinzaine d'années, avec notamment la mise en place de grandes réserves collectives, remplies en hiver et utilisées en été, pour 11 millions de m³ d'eau. Un système qui, s'il permet de aux agriculteurs d'arroser leurs cultures, ne fait pas l'unanimité.

 

Mégabassines : «<small class="fine d-inline"> </small>Les pouvoirs publics démultiplient les effets des sécheresses<small class="fine d-inline"> </small>»

C’est un record au printemps. Pendant 38 jours consécutifs, les températures ont été au-dessus des normales de saison. « Avec les températures attendues au moins jusqu'à samedi, ce record est appelé à être encore battu » précise Météo France. Les températures sont plus chaudes et, dans le même temps, les risques de sécheresse s’amplifient.

 

« On a un mois de mai non seulement très chaud, mais très sec. De la frontière belge à l'Atlantique, on a un déficit pluviométrique de 20 à 30%", explique à l'AFP Olivier Proust, prévisionniste. La carte des risques de sécheresse, publiée ce mercredi par le ministère de la Transition écologique illustre ces propos. L’automne 2021 et l’hiver 2022 ayant été pauvres en pluie, cette cartographie recense les départements où ont été pris des arrêtés préfectoraux et ceux où le déficit du cumul de pluie est supérieur à 20%.

 

22 départements avec un fort risque de sécheresse

 

Dans la carte des risques de sécheresse en France d’ici la fin de l’été, 22 départements apparaissent en rouge, avec un risque très "probable" de sécheresse. Plusieurs départements de l’ouest, de la côte atlantique sont concernés (Vendée, Charente, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire) mais aussi du sud-est (de la Haute-Loire jusqu’au Alpes-Maritimes, dans le Var, le Vaucluse).

 

La suite ICI

 

22 départements sont exposés à un fort risque de sécheresse

« Méga-bassines » : aux sources d’un conflit pour l’eau ICI 

Par Benoît Grimonprez

JURISTE

 

La sécheresse précoce cette année alimente un conflit déjà ancien autour des « méga-bassines », et ce sont deux grands courants qui s’affrontent à l’intérieur du concept de durabilité de l’agriculture. L’un pense en termes de substitution, c’est-à-dire de remplacement d’une pratique nuisible par une autre qui l’est moins. L’autre prône la reconception, autrement dit le changement global de l’agrosystème. Mais les réflexions sur la gestion de la ressource en eau, trop figées dans le présent, ont du mal à se projeter dans un futur climatique inédit et à saisir la nature des véritables enjeux.

 

Avec la lumière et le sol, l’eau est la principale ressource des plantes. L’agriculture dépend ainsi, pour sa croissance, de la présence de la juste quantité d’eau. Depuis la naissance des sociétés agraires, certains cultivateurs, aux endroits ou périodes où la pluie tombe insuffisamment, vont la chercher dans le milieu naturel : ils irriguent.

 

Mais voilà, certains bassins versants français disposent de ressources structurellement incapables de satisfaire tous les besoins. On parle de « zones de répartition des eaux ». Parmi eux, l’ex-région Poitou-Charentes. Les volumes d’eau prélevables pour l’irrigation y ont été drastiquement réduits en 2013 (de l’ordre parfois de 50 %), tandis que des arrêtés préfectoraux de crise paralysent, presque chaque année maintenant, les ponctions en période d’étiage des nappes et des cours d’eau. Frappées par ces restrictions, les exploitations irrigantes du territoire, réunies au sein de coopératives de l’eau, ont voulu sécuriser leur accès à la ressource en portant des projets d’ouvrages de stockage : les fameuses bassines !

Pourquoi des bassines ?

 

L’idée est en apparence frappée au coin du bon sens paysan : retenir une partie de l’eau qui tombe en abondance l’hiver et qui irait rejoindre la mer ; la conserver pour arroser les cultures en saison estivale ; du coup, puiser moins dans le milieu quand celui-ci est en tension. C’est le principe de la substitution des prélèvements. Selon le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux du bassin Loire-Bretagne (2016-2021), « une réserve dite de substitution a pour objet de remplacer des prélèvements d’étiage par des prélèvements en période de hautes eaux. Sa conception la rend impérativement étanche et déconnectée du milieu naturel en période d’étiage ». La fonction de la substitution se veut double : soulager les nappes phréatiques l’été, et libérer des volumes estivaux au profit des irrigants qui ne bénéficieront pas de l’eau mise en réserves.

 

On prendra l’exemple du bassin du Clain dans la Vienne. Ici, le volume global alloué à l’irrigation est de 28,7 Mm(mégamètres cubes). Mais sur ce volume, 11 Mm3, correspondant à la contenance des futures retenues, sont dits provisoires ; le préfet ne les conservera que si les ouvrages de stockage sont construits ; à défaut, les prélèvements totaux autorisés chuteront à 18,2 Mm3.

 

En plus de ce contexte déjà singulier, intervient la problématique centrale du réchauffement climatique et des moyens de s’y adapter. Dans les bassins agricoles du grand Ouest, il fait craindre le pire, du fait notamment qu’aux productions actuellement dépendantes de l’irrigation (maïs, légumes, tabac, semences) pourraient, demain, s’en ajouter d’autres incapables de survivre à des sécheresses répétées et extrêmes (vignes, prairies, couverts automnaux…).

 

Bien que la recherche génétique avance sur la création de variétés plus résistantes au stress hydrique, la création artificielle de nouvelles ressources paraît une solution incontournable aux yeux de plusieurs rapports[1] et maintenant du législateur. Issu de la loi du 28 décembre 2016, l’article L. 211-1, I, 5° bis du Code de l’environnement vise à assurer « la promotion d’une politique active de stockage de l’eau pour un usage partagé de l’eau permettant de garantir l’irrigation, élément essentiel de la sécurité de la production agricole et du maintien de l’étiage des rivières, et de subvenir aux besoins des populations locales ».

Pourquoi, pas des bassines ?

 

Les projets de réserves, aussi colossaux que nombreux, ont rapidement soulevé une vague de contestations chez la frange alternative de la profession agricole (Confédération paysanne) et la mouvance écologiste. Dans les départements des Deux-Sèvres et de la Vienne, des manifestations, souvent émaillées de violence (dégradations, arrestations…), rassemblent une foultitude d’opposants aux bassines sorties de terre et à celles encore en chantier.

 

Voici un petit florilège des principaux arguments « contre ». Les installations sont le fait d’une minorité d’agriculteurs qui, par ce moyen, s’accaparent un bien commun dont ils privent les autres usagers. Stocker l’eau pour l’irrigation se fera au détriment des milieux aquatiques qu’on assèchera et de la consommation en eau potable des populations locales. Aussi, loin de résoudre les conflits d’usage, les bassines les exacerberont. Surtout, ces projets correspondent à une fuite en avant du modèle agricole intensif qui continue de camper sur ses pratiques et d’exporter à l’étranger une grande partie de sa production.

 

Des bassines en sur-dimension

 

Les mots ont un sens. Le terme de « bassines » est géographiquement circonscrit au territoire du Centre-Ouest en référence à un certain type d’ouvrages. Il s’agit de plans d’eau artificiellement créés à ciel ouvert et qui sont remplis en période hivernale par pompage en eaux superficielles ou souterraines. Ailleurs, d’autres techniques de stockage de l’eau sont privilégiées depuis longtemps : les barrages sur les cours d’eau, les retenues collinaires recueillant les eaux de ruissellement. Bien que plus traditionnels, ces aménagements ne sont pas épargnés par les conflits : rappelons-nous le projet abandonné du barrage de Sivens (Tarn) ou plus récemment l’affaire du lac de Caussade (Lot-et-Garonne).

 

Le préfixe « méga » pour qualifier les bassines est récemment apparu dans le discours de leurs détracteurs. Ce qui pose la question des critères d’acceptabilité ou non des projets : est-ce le principe même du stockage qui est combattu ? Ou bien le gigantisme des infrastructures ? Car insister sur la taille, le dimensionnement des retenues, c’est en filigrane concéder qu’il sera sûrement compliqué, avec un climat beaucoup plus chaud, de se passer de l’irrigation et de la rétention d’une partie de la ressource. L’enjeu devient alors de savoir si des ouvrages plus modestes, plus accessibles à tous, mais fatalement plus nombreux sur le territoire, pourraient recevoir l’assentiment de la société civile.

 

Substitution versus reconception

 

En prenant un peu de hauteur, on retrouve derrière ce conflit, presque caricaturalement, les deux grands courants qui s’affrontent à l’intérieur du concept de durabilité de l’agriculture. En présence de pratiques dégradantes de la nature et de la santé, un courant traditionnel pense en termes de substitution, c’est-à-dire de remplacement d’une pratique nuisible par une autre qui l’est moins. C’est l’idée de substituer des prélèvements hivernaux à ceux estivaux ; mais aussi, sur des questions comme la protection des cultures, d’utiliser certaines alternatives, par exemple les méthodes de biocontrôle, à la place des pesticides chimiques. L’autre camp, face aux mêmes problèmes environnementaux, prône la reconception, autrement dit le changement global de l’agrosystème. Cette vision est au cœur du discours des opposants aux bassines qui fondent quasi-exclusivement leur argumentaire sur la révolution agro-écologique.

 

Là où la première approche, dite réductionniste, part d’un existant que la substitution cherche à transformer pas à pas, l’approche systémique insiste sur la dimension holistique du changement à accomplir dans une logique du tout ou rien. Opposition méthodologique qui est devenue dogmatique. Pourtant, sur un plan pratique, seule la combinaison des deux semble un chemin empruntable à l’avenir pour les agriculteurs : avoir pour cap la transformation des systèmes de cultures sans s’interdire, comme levier, les solutions de substitution disponibles, même à regret. Les agriculteurs bio peuvent-ils, en l’état des savoirs, se passer du labour ou du cuivre ? Pourront-ils demain se passer d’eau pour implanter leurs couverts végétaux et éviter que leur sol ne reste stérile ?

 

Quels problèmes pour quels remèdes ?

 

C’est légitimement que les projets de stockage doivent être passés au crible de la critique. Les maux qu’on leur prête sont-ils irrémédiables ? Si non, où se situent les blocages ?

 

En amont, il y a l’impact supposé des infrastructures sur l’écosystème aquatique et la concurrence avec les autres usages de l’eau. Sur ce point, la loi, mais aussi les documents de planification de gestion de l’eau (SDAGE, SAGE), sont transparents : les ponctions agricoles ne peuvent se faire que dans le respect des équilibres naturels, donc sans porter atteinte aux fonctionnalités des milieux. Il en va de même pour l’alimentation en eau potable qui est toujours prioritaire par rapport aux autres consommations, notamment l’irrigation.

 

Des moyens simples existent pour faire respecter ces principes et dissiper les fantasmes : déterminer, sur des bases scientifiques, le volume prélevable en période de hautes eaux sans dommage à l’écosystème ; conditionner le remplissage des ouvrages à la recharge préalable des aquifères ; ne pas permettre le remplissage les hivers insuffisamment humides (comme celui que nous venons de vivre). Ces garanties, déjà en partie inscrites dans les arrêtés préfectoraux qui encadrent le fonctionnement des ouvrages, mériteraient d’être martelées.

 

En aval, c’est aussi la destination de l’eau stockée qui interroge : va-t-elle servir à cultiver comme avant, ou à favoriser la transition agricole ? Les ouvrages, vus leurs coûts, sont en effet financés à hauteur de 70 % par les agences de l’eau ; cette irrigation par les deniers publics oblige l’agriculture envers la société. C’est pourquoi la dimension territoriale des projets est un aspect essentiel. En ce sens, une instruction ministérielle du 7 mai 2019 subordonne le financement des installations de stockage à l’élaboration de projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), auxquels participe l’ensemble des usagers de la ressource.

 

Dans deux départements où le sujet est explosif (Deux-Sèvres, Vienne), des négociations ont été menées dans le but précisément de définir ce projet territorial et la place que les retenues y occupent. Pour des raisons techniques – complexité des situations – et surtout politiques, la démarche a révélé ses limites. Les protocoles d’accord qui en sont ressortis présentent, cela dit, une avancée majeure : les engagements des agriculteurs des bassins concernés en matière de pratiques culturales (engrais, pesticides) et de gestion de la biodiversité (haies, zones humides…).

 

On peut reprocher à ces engagements de ne pas aller assez loin (en termes de reconception). Ils n’en constituent pas moins un changement de paradigme important en ce qu’ils inscrivent l’utilisation d’une ressource commune dans une démarche globale de transition agro-écologique à l’échelle d’un territoire. Il n’y a pas de précédent de cette envergure.

 

Moralité, ce n’est pas tant le stockage qui, en soi, pose problème, mais bien ses modalités. Le diable n’est pas dans la taille, mais dans les détails : quels volumes sont prélevés ? dans quelles conditions ? pour quoi faire ? Non seulement les réponses adéquates sont possibles, mais elles peuvent être écrites, noir sur blanc, dans la langue d’un document juridique qui oblige les parties prenantes.

 

Le vécu de l’intérieur des discussions sur plusieurs territoires du nord de la Nouvelle-Aquitaine tempère cependant cet optimisme tout universitaire. Soyons honnêtes, peu d’acteurs connaissent et maîtrisent un tant soit peu les règles – absconses – de la gestion de l’eau. Au-delà même de l’ignorance, le droit est ici regardé avec incrédulité. Quelles que soient finalement les conditions dont le stockage serait assorti, les opposants ne croient pas à la volonté de l’autorité publique, en l’occurrence le préfet, de les appliquer. Suspicion qui peut en partie s’expliquer par les accointances que l’État entretient avec la profession agricole, lesquelles ont parfois pu conduire à des décisions d’octroi de volumes excessifs et d’ailleurs sanctionnées par les tribunaux administratifs[2]. Tant et si bien que le problème de fond est moins d’ordre environnemental que politique : la confiance perdue dans les institutions. Combler ce fossé démocratique sera long et supposera de travailler en profondeur sur la gouvernance des biens communs.

 

Tragédie communautaire

 

En France, l’eau est déjà devenue un théâtre d’affrontements idéologiques entre communautés, c’est-à-dire des groupes de personnes ne partageant pas les mêmes valeurs, et donc réfractaires au partage des usages. Notre-Dame-des-Landes (qui impliquait une zone humide), le barrage de Sivens, et maintenant les bassines du Poitou-Charentes semblent les points d’acmé de ces crises socio-environnementales. L’arrivée concrète du réchauffement climatique est un facteur majeur d’aggravation de ce risque du fait qu’il y aura toujours moins de ressource disponible (en été) et toujours plus de besoins fondamentaux à satisfaire.

 

L’eau, d’une certaine manière, est la version parabolique de la tragédie qui attend nombre de biens communs : être des facteurs de déchirement social. Mais il existe d’autres histoires d’eau possibles, plus positives, où ce patrimoine commun de la Nation devient un lieu de rapprochement, de convergence des intérêts a priori contraires. Les démarches en faveur de la ressource aquatique sont, à la base, beaucoup plus consensuelles qu’on ne croît. À rebours des idées reçues, la plupart des agriculteurs adhèrent à une meilleure gestion tant quantitative que qualitative du milieu et sont disposés, au nom de sa protection, à amender leurs pratiques, voire à accepter une forme de tutelle des gestionnaires de la ressource (État, établissements publics, collectivités locales, associations)[3] ; attitude impensable sur d’autres sujets, les pesticides ou le bien-être animal par exemple.

 

On l’a vu, l’eau est aussi le levier de potentielles démarches collectives et territoriales envers lesquelles le secteur agricole nourrit en principe beaucoup de réticences. Une fois n’est pas coutume, les projets de réserves ont été l’occasion de créer de véritables communautés d’agriculteurs consentant, via leurs coopératives de l’eau, à s’engager solidairement dans des programmes d’actions environnementales. Là où les plans alimentaires territoriaux (PAT) se contentent d’états des lieux et échouent à passer à l’étape opérationnelle, le projet hydrique, comparativement, permet d’aller beaucoup plus loin dans les dynamiques transitionnelles, au prix certes d’efforts de concertation importants.

 

Tristes tropiques

 

Les réflexions sur la gestion de la ressource en eau, trop figées dans le présent, ont du mal à se projeter dans un futur climatique inédit et à saisir la nature des véritables enjeux. Tentons cet exercice de prospection en explorant trois grandes hypothèses possibles : des territoires sans « méga-bassines » ; des territoires avec ; et des territoires ayant fait un choix intermédiaire.

 

Selon un premier scénario hautement probable, l’accumulation des contestations et des procédures juridiques, les dissensions politiques, la lassitude des porteurs de projets conduisent à l’abandon des bassines. Le climat apaisé mais pas refroidi, tous les problèmes restent entiers : un milieu aquatique dégradé par les assecs, l’incapacité d’adaptation de l’agriculture au changement climatique… Les volumes de prélèvements provisoires correspondant à l’eau qui devait être stockée s’évaporent ; la ressource se faisant rarissime, l’irrigation est fortement compromise dans les années à venir. Économiquement, de nombreuses fermes familiales sont menacées de disparition, provoquant encore l’agrandissement des plus puissantes. La transition agro-écologique même se verrouille : le manque d’eau pénalise un certain nombre de bonnes pratiques, telles l’implantation de couverts végétaux à la sortie de l’été (censés piéger les nitrates) ou la création de linéaires boisés. Faute de projet de territoire et de contrepartie tangible – l’accès à l’eau –, plus aucun levier n’existe localement pour engager les producteurs dans la reconception de leur système cultural.

 

Dans un autre scénario, la hantise du changement climatique et de l’indépendance alimentaire décide les pouvoirs publics à favoriser la construction de nouvelles ressources. Plus les territoires à se lancer dans cette stratégie sont nombreux (Vendée, Grand-Est…), plus les contestations se diluent. Des études scientifiques indépendantes finissent par déterminer les volumes prélevables, en été comme en hiver. Se créent alors des formes d’oasis dans un désert agricole, cristallisant la problématique de l’inégal accès à la ressource entre les agriculteurs. Situation qui existait auparavant, mais dont l’exacerbation impose de réfléchir à une nouvelle solidarité entre agriculture « raccordée » aux bassines, et donc irriguée, et celle non-irriguée ; sont envisagées des formes de mutualisation des risques ou des productions, ou encore de soutien des filières, voire d’aides publiques reconfigurées. Enfin les retenues, parce que gigantesques, sont mobilisées pour servir à d’autres usages en tant que de besoins : même stockée, l’eau ne perd pas son caractère de bien commun imposant le partage. Tous ces aspects de la question sont intégrés au contrat de territoire pour la gestion de l’eau, réanimé par une gouvernance désormais plurielle et transparente.

 

La dernière voie explorée pour sortir de l’impasse climatique et sociale est médiane. Elle est promue par une partie de la profession agricole, notamment la chambre d’agriculture de la Vienne représentée par le syndicat Coordination rurale, et finit par devenir acceptable aux yeux mêmes des réfractaires à l’irrigation. Il s’agit du stockage à des échelles plus réduites, au moyen par exemple de petites retenues collinaires. Small is beautiful ! Plus discrètes, ces infrastructures se fondent mieux dans le paysage et rappellent celles que les populations mettent elles-mêmes en place pour récupérer les eaux pluviales. Cette stratégie séduit aussi les agriculteurs attachés à leur indépendance économique, et qui ne se retrouvent pas dans le « collectivisme » qu’implique l’adhésion à des coopératives de l’eau.

 

La solution n’en reste pas moins imparfaite. Elle suppose une multiplication des ouvrages reliés au milieu hydrographique dont les impacts cumulés sont difficiles à mesurer. Même chose pour les volumes d’eau stockés : autant on peut savoir avec précision, grâce à des compteurs, ce que quelques grands ouvrages pompent en hiver ; autant le remplissage de petits bassins à n’importe quel moment de l’année est pratiquement incontrôlable, ce qui nuit à la planification de la gestion du bassin versant. Enfin l’optique du « chacun pour soi » fait tomber à l’eau les projets de territoire, tant il ne paraît pas possible de conditionner le fonctionnement de ces mini-ouvrages à des engagements collectifs du monde agricole en faveur d’autres manières de gérer les ressources naturelles. Dans ce contexte, la mise en place d’une gouvernance rénovée et pluraliste ne se justifie plus.

 

Les voies de la résilience climatique sont beaucoup moins pénétrables qu’il n’y paraît. À l’incertitude scientifique s’ajoute une bataille idéologique qui obscurcit le débat et les décisions politiques. À l’évidence, on ne sortira – par le haut – de la guerre de l’eau qu’en inventant, au niveau territorial, un système de gestion des biens communs qui fasse sens pour presque tous.

 

Benoît Grimonprez

JURISTE, DIRECTEUR DE L'INSTITUT DE DROIT RURAL DE POITIERS, ENSEIGNANT-CHERCHEUR SPÉCIALISÉ EN DROIT RURAL ET DE L'ENVIRONNEMENT

Mégabassines : « Les pouvoirs publics démultiplient les effets des sécheresses » ICI

En plus d’aggraver la sécheresse, les gigantesques retenues d’eau irriguant les cultures de l’agro-industrie « sont accélératrices du gigantisme et donc de la concentration des richesses », selon Julien Le Guet, du collectif Bassines non merci.

 

Julien Le Guet, batelier, accompagne les intéressés voguer à la découverte de la biodiversité et de l’histoire du Marais poitevin. Pour le protéger, il est devenu porte-parole de Bassines non merci, un collectif de citoyens opposés à la construction de mégabassines. Dans le périmètre immédiat du Marais poitevin, il y en aurait une quarantaine. Ces bassins d’eau gigantesques, rendus étanches par des bâches en plastique, forment des lacs artificiels pouvant s’étendre sur plus de 15 hectares. Le but : irriguer les cultures de l’agro-industrie.

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19 mai 2022 4 19 /05 /mai /2022 06:00

 

 

Je n’ai vu aucune fumée blanche s’élever dans les airs de la rue de 9, Rue de la Grand'Velle à VOSNE-ROMANEE lorsque j’y suis allé partager le pain et le sel avec Claire et Jean-Yves ; de même, au temps préhistorique où je trainais mes guêtres sur les terres catalanes, à la recherche d’une issue de secours pour les VDN, et que je montais, avec la vieille auto qu’on m’avait allouée, sur les hauteurs du cirque de Vingrau, pour rencontrer Hervé Bizeul, alors inconnu des radars officiels, ébloui par la splendeur du lieu, dans l’ombre de sa maison je n’eus pas l’impression de découvrir un sorcier.

 

Le cirque de Vingrau (66) – Déclic en stock

 

« Dans la montée au-dessus de Rivesaltes, Raynaud tourne brusquement à droite et s'enfonce dans la sauvagerie sublime qui bouleverse son passager. En résonance avec ce paysage méditerranéen, l'enfant né à Perpignan retrouve la marque de son identité fondatrice, se reconnaît ici une place : « Croyez-vous que cette parcelle soit à vendre ? » s'entend dire Bizeul surpris de sa demande. « Elle l'est. » répond Raynaud. Un petit jardin de vigne, 35 ares d'enchantement encadrés de murets, au milieu des genévriers, des amandiers en fleurs plantés ici et là sur une « sarrat », ces vallées transversales catalanes dominées par les masses de carbonate de calcium, roche mère plus pure que le marbre de Carrare. » ICI

 

Dans ma longue, trop longue, vie de blogueur, mes relations avec HB connurent des hauts et des bas pour atteindre le calme plat, alors qu’avec JYB nous partageons, pas toujours, la même vision du monde en général, et du monde du vin en particulier.

 

Frédérique Michalak dans l’Indépendant s’extasie : un vin du Clos des Fées s'échange jusqu'à 2 500 euros la bouteille

ICI 

 

Le Clos des Fées 100 Phrases pour Eventails 2020 - Le Clos Privé

 

Le viticulteur catalan Hervé Bizeul, sorcier du Clos des Fées, est le co-auteur, avec le Bourguignon Jean-Yves Bizot, d’un vin exceptionnel produit à 1 200 bouteilles, dont certaines s'échangent 2 500 euros.

 

« C’est un épiphénomène, ça ne veut rien dire". Face à l’envolée stratosphérique du prix de ces 75 cl de Pinot noir, Hervé Bizeul, heureux propriétaire du domaine Clos des Fées, veut recentrer sur l’essentiel à ses yeux: lhistoire dhommes derrière « 100 phrases pour éventails », du nom dun recueil dhaïkus signé Paul Claudel. ICI

 

Du Pinot noir dans le Roussillon

 

« Ce vin est né d’une envie de planter du Pinot noir sur un endroit très particulier, j’ai essayé entre Tautavel et Paziols où on faisait les meilleurs vins avant les arrachages, raconte-t-il. Je correspondais avec Jean-Yves Bizot (le pape de Vosne-Romanée-NDLR), je sais comment il travaille, boire un de ses vins donne une émotion incroyable ».

 

Le Bourguignon fait le déplacement: « Il est émerveillé par l’endroit et on décide de faire quelque chose ensemble. Quand on a partagé la première bouteille, on l’a trouvée aussi bonne qu’un Vosne-Romanée, alors on le vend au même prix, 360 euros, puis ça m’a échappé, je ne sais pas l’expliquer, le vin est très bon bien sûr et sur 1 200 bouteilles, il n’y en a qu’une dizaine spéculées à 2 500 euros. Pour moi, ce prix ne veut pas dire grand-chose, mais ce vin, oui. Et là, c’est comme être en finale des Jeux Olympiques, le performeur en moi se dit: « Quest-ce que j’ai eu raison de planter cette parcelle! ».

L’effet BIZOT pratiquer le « non-agir »

 

« ... j’ai pris ma voiture et j’ai fait le pèlerinage vers la rue Grand’Velle, vers sa cave d’une modestie de moine, à la découverte de sa façon de faire, qui est en fait plus une façon de ne rien faire. »

 

« En conduisant, sur la longue route qui sépare Beaune de Vingrau, j’ai décidé de suivre un instinct puissant, cet étrange fait « d’être certain de savoir une chose sans avoir aucune idée de pourquoi on le sait ». Une intuition est parait-il un raisonnement inconscient et celui-ci me hurlait que qu’il fallait que je mette mes pas dans les siens. J’ai acheté une cuve bois, quelques pièces de chez Rousseau puis, à vrai dire, je l’ai surtout sollicité pour qu’il me calme à des moments où, devant ma cuve, je pensais tout perdre et où il m’a, rieur, convaincu que faire des grands pinots, c’était, étrangement, pratiquer le « non-agir ». Cuve bois, pièces neuves de qualité au bois séché juste ce qu’il faut, vendange entière, sans soufre, l’alliance de son expérience et de mes pinots noirs de coteaux, plantés en 2012 et donc entrant dans l’adolescence a fait jaillir quelque chose, comme le choc du silex et de la pyrite donne naissance au feu. 

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 06:00

 

Nous avons à nouveau une femme 1ière Ministre, plus de 30 ans après Edith Cresson – j’étais au 78 rue de Varenne et j’ai vécu cette période en première ligne, pas simple – désolé pour Catherine Vautrin, mes réflexions auprès d’Emmanuel Macron lui ont fait rater le coche, je plaisante. Bref, puisque notre polytechnicienne de Ministre, Elisabeth Borne, a passé du temps à s’occuper de transport, SNCF, RATP, j’ai retrouvé dans mes archives un petit livre une nouvelle : l’homme orange/ou comment séduire quand on est dans un RER tous les matins à la même heure.... 7h12

 

Une jeune femme entre

 

Depuis 10 ans je fais le même trajet, Hérouville/Stains. Je prends le train de 7h12.

 

Depuis 10 ans je me dis que la vie doit être ailleurs. Mais bon.

 

Je croise toujours les mêmes personnes.

 

On ne se dit jamais bonjour.

 

Je trouve ça plutôt bien.

 

Un temps

 

Je passe environ deux heures avec des gens que je reconnais mais que je ne connaitrai jamais. Une grande majorité lit, essentiellement des revues et des magazines de télé, certains sont plongés dans les affres des mots croisés, fléchés… je déteste ça.

 

Moi, dans un train, je ne peux rien faire d’autre que de rêver.

 

J’imagine la vie des gens. Je les observe.

 

Depuis 6 mois, il y a un type qui me plaît.

 

Séduire à 7 heures du matin, il faut se coucher tôt.

 

J’ai tout fait. Une tenue nouvelle par jour. Des coiffures différentes ; je suis passée du blond platine au roux flamboyant. J’ai essayé tous les parfums de la terre. Je lui ai écrasé les pieds. Je l’ai bousculé. Rien.

 

C’est long 6 mois.

 

Un temps

 

Il fallait que je trouve quelque chose de plus subtil ou de plus original.

 

Un temps

 

Un lundi soir, j’ai eu une idée.

 

J’ai décidé de faire une sorte d’inventaire par écrit.

 

Dans un petit carnet vert pomme.

 

Ça commençait comme ça :

 

Il en va des hommes comme des fruits.

 

Raoul était un homme banane. Lourd à digérer. Sa chair blanchâtre était recouverte d’une peau constellée de dizaines de grains de beauté. (…)Quand enfin je les ai eu comptés, je l’ai quitté. La banane est un fruit à consommer tout de suite, sinon il se gâte. Aussitôt cueilli, aussitôt avalé. Avoir un homme banane en guise de mari c’est idéal. J’avais cru comprendre que sa femme l’adorait. Pensez, un homme consommable de suite ! Le côté toujours prêt de l’homme banane peut plaire comme amant c’est étouffant. Trop nourrissant. Un bon amant ne doit pas être une repas complet. Il doit nous laisser sur notre faim. L’homme banane s’est décomposé lorsque je lui ai fait part de mon écœurement, voire même de mon indigestion.

 

 

L’homme poire est plus subtil. Il n'a qu'un défaut, sa peau. La peau d'une poire est rugueuse, elle n'a pas de goût. Elle râpe le palais. Moi qui aime tant mordiller chaque centimètre de leur peau. Là, non rien à faire même après avoir passé mes mains chiffon-soyeux sur tout son corps. Je ne réussissais pas à déguster le meilleur de lui-même. J'étais certaine pourtant que c'était un homme moelleux à l'intérieur…Je ne parvenais pas à dévorer sa carapace. Il gardait le meilleur pour sa femme. À sa maîtresse il se donnait avec la peau. Impossible de faire en sorte qu'il se déshabille. On a beau aimer n'être aimée que de 5 à 7, ils nous doivent un minimum celui d'ôter leurs oripeaux. Jacques était une de ces poires qui ravissait l’œil, rafraichissant mettant l'eau à la bouche. Il ne donnait pas tout de lui. (...). Je ne l'ai pas croqué, juste effleuré. Je l'ai quitté. Il est tombé de haut. C'était un homme mûr.

 

L'homme coing est immangeable. Il faut le faire cuire très longtemps. C'est un célibataire endurci. Il ne peut s'entendre qu'avec une femme coing. Je n'en suis pas. Pas encore, du moins.

 

Il existe tout un tas de fruits exotiques : mangue, papaye, kaki... Je ne voyage jamais. Donc.

 

L’homme melon est bon. Il se trouve facilement en période de vacances. J'en consomme régulièrement l'été. Seulement une fois avalé, dévoré, croqué, il n'en reste rien. Un vague souvenir. C'est un homme déliquescent. Un goût d'eau sucrée. C'est une petite entrée, un quatre heures qui ne laisse pas de traces. Une petite poire pour la soif. Je n'ai aucun souvenir des noms de cette espèce.

 

L’homme litchi est asiatique. Petit avec un gros noyau.

 

L’homme cerise. Ha ! L’homme cerise est un Don Juan. Et Don Juan c'est moi. Quand un Don Juan en jupons rencontre un homme cerise c'est la porte ouverte à la souffrance. Je le sais et pourtant je ne résiste pas à l'envie de m'en empiffrer jusqu'à l'aube. Comment ne pas avoir envie de manger les cerises par poignée, pour les sentir craquer sous la langue et faire rouler les noyaux contre la paroi des joues. La cerise est un fruit qui tâche. J'ai dû jeter mon corsage blanc tant il était souillé. Je n'ai jamais pu le "ravoir". Je ne mangerais plus d'homme cerise, c’est trop dangereux. Ce sont les hommes tentants qu'on n'a pas le temps de quitter. Ils vous quittent avant. Les chagrins d'amour me font grossir. J'évite.

 

 

L’homme orange n’aime que les garçons. Les garçons clémentine.

 

 

L'homme abricot a été bon. Musclé, ferme tendre et sucré juste ce qu'il faut. D'une telle couleur orangée, constellée de petites étoiles dorées sur les épaules, dans le dos. Il vieillit mal l'homme abricot. C'était un amour de jeunesse. Aujourd'hui il a grossi, il est farineux. Il n'y a plus de bons abricots. Jeunes ils étaient succulents. Ils ont pris du poids dans la vie, leur situation est stable au détriment de leur saveur.

 

Les meilleurs abricots que j'ai jamais mangés étaient ceux du verger de ma grand-mère à droite de la petite cabane.

La petite cabane.

Antoine.

L'abricotier.

16 ans.

 

Un temps

 

L’homme ananas vient des îles. Pour moi c’est trop un ananas entier. Si j’y goûte de temps en temps c’est parce que je suis invitée chez des amis. À plusieurs on peut en venir à bout. Je n’aime pas trop partager. Donc c’est l’occasion et encore.

 

Tous ces fruits sont hélas accessibles au plus grand nombre. J'ai goûté à chaque espèce de la corbeille et je me rends bien compte que celui que je cherche est ailleurs, caché quelque part. Sûrement pas à l'étalage du marché mais plutôt dans un train. Celui que je cherche est défendu. La petite cerise sur le gâteau. J'avais dit plus de cerise !

 

Un temps

 

Où se trouve-t-il celui qui donne l'eau à la bouche, qui fait mourir d’envie, de désir ? Celui-là même qui vous donne des ailes, vous coupe l'appétit. Ce fruit qui vous fait fondre, qui vous fait passer de la taille 40 à un 36 fillette.

 

Ce fruit qui vous fait traverser Paris en disant :"Que c'est chouette le métro ! Les gens si laids d'habitude sont presque beaux transparents ou absents, c'est selon."

Ce fruit d'amour qui me jettera dans tes bras essoufflée, timide, la gorge sèche, des fourmis dans le bas du ventre ; la première morsure sur tes lèvres sanguines aura le goût unique de l'amour.

 

Je t'aime comme je te mange.

Je te mange comme je t'aime.

 

Un temps

 

Je me suis relue plusieurs fois. J'ai refermé le petit carnet.

Je n'ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain matin j'ai attrapé le 7h12, in extremis. Mon fruit défendu était là. Je me suis assise à côté de lui. Je suis descendue à Stains, comme d'habitude en prenant bien soin de laisser mon petit carnet sur le siège.

Forcément il le verrait.

Forcément il le lirait.

Forcément.

 

Les 24 heures qui ont suivi furent terribles. Je ne voulais plus prendre ce train. Je me sentais ridicule.

Qu'allait-il penser de moi ?

"Cette fille est une mangeuse d'hommes. Elle couche avec la terre entière." J’entends les insultes.

 

Un temps

 

Je suis arrivée sur le quai très en avance. Il faisait un temps de chien. On se serait cru dans un film de Ken Loach. J'étais très calme. Je m'étais fait tous les scénarios possibles. Sauf celui-là.

 

 

Un temps

 

Je l'ai vu. J'étais de moins en moins calme. Il est venu vers moi. Là, j'ai cru que j'allais mourir. Il m'a parlé.

-Vous n'auriez pas perdu un petit carnet hier ? Un petit carnet vert pomme.

-Non.

-Non ? C'est dommage.

-Enfin si. Oui. Non. Ça dépend il était comment ?

-Je l'ai ramené. Tenez.

Il l'a sorti de sa poche. Cet homme était beau souriant. Je ne l'avais jamais vu aussi décontracté.

-Ah, oui le petit carnet...

-Vert pomme.

-Vert Pomme. Ah ben, c'est le mien.

-Je suis très curieux, j'ai lu ce que vous avez écrit. Ça nous a beaucoup plu.

Nous ? J'avais bien entendu nous.

-Tant mieux.

J'ai dit tant mieux mais je pensais tant pis. Ce n'était plus un film de Ken Loach mais un mauvais téléfilm. Je devais être pâle parce qu'il a continué à me parler très gentiment. Je ne l'entendais plus. Et puis il a ouvert le carnet, il a lu une phrase :

L’homme orange n’aime que les garçons.

Le train est arrivé en faisant hurler ses freins sur les rails mouillés. Je n'ai pas voulu monter.

Lui ne voulait pas le rater.

Je suis restée là. Assez seule. Assez triste. Toute petite. C'est toujours mélancolique un train qui s'éloigne. Surtout si dans ce train vous avez laissé partir celui que vous appeliez avant de le connaître : votre fruit défendu. "

 

Lise Martin ICI 

 

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