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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 08:00

L'Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré (1891)

C’est lui qui l’écrit.

 

J’avoue que je suis fasciné par cette forme d’impudeur d’afficher en mots sur les réseaux sociaux ses maux.

 

C’est l’air du temps, et même avec un masque il y flotte des relents d’ego survitaminé.

 

Je vous livre ce que nous révèle son site :

 

 

Après 21 jours de lutte contre le covid, Michel Onfray reprend la plume pour nous envoyer un témoignage digne des enfers de Dante. Et nous annoncer une formidable nouvelle: il en est sorti!

 

Dimanche 6 décembre, 4h16 du matin. Je suis réveillé brutalement par une douleur que je connais bien: c’est celle de l’infarctus. Je me lève, d’un bond, comme si je ne voulais pas mourir allongé, mais debout, foudroyé. C’est le cerveau reptilien qui décide de ces choses-là, aucunement le cortex. J’avise le bout de mon lit, la moquette noire, la porte qui va vers la salle de bain, je pense que je vais tomber-là, tout seul, entre les deux, à mi-chemin de mon petit tas de vêtements posés par terre et de la porte miroir en galandage sur laquelle la nuit fait encore à cette heure-ci des reflets bleus et noirs...

 

L’horloge charnelle ignore les secondes et les minutes. Elle est en noir et blanc. C’est la mort ou la vie. Certes, toute cela se compte sur un cadran. C’est une poignée de secondes. Si je ne suis pas mort c’est que je suis vivant, dit l’animal en moi. Dès lors, le cortex pointe un peu son mufle.

 

Cette douleur n’est pas exactement celle de l’infarctus. A quelques jours près, à l’articulation de novembre et de décembre, l’Avent des catholiques, c’est la date de mon infarctus le 30 novembre 1988, mais aussi celle du décès de mon père dans la nuit… du 30 novembre 2010. Les freudiens y verraient un moment symbolique, les chrétiens aussi - les premiers héritent d’ailleurs plus qu’ils ne le croient des seconds…

 

Vieille douleur présente, l’infarctus du siècle dernier coupait comme une pointe et tallait comme une lame de rasoir. C’était un genre de foret trempé d’acide, brûlant comme un soleil noir, qui entrait à la manière d’une aiguille brûlante dans du beurre et fondait le muscle pour le transformer en douleur. Puis ce point devenait fente comme dans une peinture de Lucio Fontana: une ouverture dans la chair avec ses deux bords éloignés et souffrants.

 

Était-ce cette douleur-là trente-et-un an plus tard ?

 

Pas exactement…

 

La suite ICI 

 

Petit résumé dans Paris-Normandie édition Argentan/

 

Le philosophe d'Argentan (Orne) Michel Onfray est guéri de la Covid-19 après 21 jours de lutte. Dans un témoignage "digne des enfers de Dante", il raconte ses "500 heures d'enfer".

Par Lea Dall’Aglio

Publié le 7 Déc 2020

 

Il s’en est sorti ! Michel Onfray avait contracté la Covid-19 mi-novembre 2020, en rentrant d’Arménie.

 

Le philosophe d’Argentan (Orne) raconte dans le détail sur son site internet les « 500 heures » d’enfer qu’il a vécues.

 

Son ami et co-fondateur de la revue Front populaire Stéphane Simon avait donné de ses nouvelles, qui n’étaient alors « pas bonnes » : grosses fièvres, migraines, douleurs à l’estomac… Il n’était pas épargné.

 

Je sais le jour, l’heure et la qualité de l’air de l’endroit dans lequel je me trouvais quand je suis entré dans le covid - alors que le covid était déjà entré en moi. C’était le lundi 16 novembre 2020 vers 17h00, dans le Haut Karabakh (...).

 

 

Le philosophe nous plonge alors dans l’ambiance de cette région en proie à de violents conflits, où « la mort vient du ciel ».

 

Il raconte que personne n’y porte de masques et que le gel hydroalcoolique est absent.

 

Et qu’à la fin de la journée, il est « frigorifié » : « J’entre seul dans ce monde à part », un monde fait de « lumière blafarde ».

 

 

De retour à Paris, son test Covid effectué à l’aéroport s’avère négatif, mais les symptômes perdurent les jours suivants.

 

Il contacte même le professeur Raoult, qui écarte l’administration d’hydroxychloroquine en raison de son « passé de cardiaque ». Il continue de subir.

 

Je suis extrêmement fatigué, épuisé. J’éteins la lumière à neuf heures le soir dans un immense état d’épuisement, je me réveille douze heures plus tard, plus fatigué que si j’avais fait trois nuits blanches de suite. Je ne sors pas du lit.

 

 

C’est pour lui un cauchemar.

 

« Ce cauchemar est en boucle: mais il n’est pas vraiment racontable car il s’apparente plutôt à des états comateux, à des moments d’hallucinations, à des lambeaux de folie arrachés à mon cerveau. »

 

Mais la « punition la plus infernale » est en réalité pour lui le manque d’écriture.

 

Avec ce texte, écrit d’une traite en quatre heures et demi, il a pris sa revanche.

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11 décembre 2020 5 11 /12 /décembre /2020 08:00

 

 

Ça ne l’étonne pas, il ne s’attendait pas à des miracles les résultats d’il y a 4 ans sont similaires. Cette étude est un indicateur fiable du niveau des élèves mais il ne révèle pas le gros travail qui a été fait en France. Ils étudient le niveau des élèves de CM& et de 4e. En 25 ans nous avons perdu une année de scolarité en mathématiques : 1995 le niveau des élèves de 5e était celui de nos élèves en 4e. Le primaire est le niveau décisif pour les maths.

 

Cédric Villani, mathématicien et député de l'Essonne, réagit à ces mauvais résultats.

  • La France a-t-elle perdu son excellence en mathématiques ?

 

CÉDRIC VILLANI. Pas au plus haut niveau. La recherche se joue sur un très petit nombre de personnes, et ce socle-là existera toujours. La France a des gens excellents, mais en trop petite quantité pour le bon fonctionnement de la société, à une époque d’une mathématisation de plus en plus importante des métiers. Le niveau des élèves en maths était à son meilleur vers 1990, l’année où j’ai passé mon bac. Depuis c’est une baisse constante.

 

Une lente érosion ?

 

L’érosion n’est pas lente du tout ! On est sur un mouvement de grande ampleur, qui ne peut se redresser qu’en 5 ou 6 ans, au mieux. Et pour cela, la clé principale est la formation des professeurs des écoles et elle est en progression, il faut poursuivre. Un exemple : en Corée, dont les résultats sont excellents, le nombre d’heures de formation des enseignants, toutes matières confondues, est cinq fois plus élevé qu’en France !

 

L'étude TIMSS révèle la chute du niveau des élèves français en maths et en  sciences - Sciences et Avenir

 

L'étude TIMSS révèle le décrochage des élèves français en maths et en sciences

Par Sciences et Avenir le 29.11.2016 à 16h24

Bonnet d'âne pour la France selon l'étude TIMSS : les élèves de CM1 et de terminale S ont des résultats inférieurs à la moyenne européenne.

 

TIMSS. L'étude TIMSS (Trends In Mathematics and Science Study) mesure depuis 1995 les performances des élèves en mathématiques et en sciences par niveau scolaire et s’appuie, pour les évaluer, sur les programmes d’enseignement communs aux pays participants. En 2015, les élèves de CM1 pour la première fois et ceux de terminales S (pour la seconde fois après 1995) ont été évalués dans le cadre de cette étude. Et les résultats semblent alarmants puisqu'ils indiquent que les écoliers français ont obtenu les plus mauvais résultats de l'Union Européenne en maths et sont avant-derniers en sciences. Ils ne sont guère plus brillants à l'échelle internationale parmi les 49 pays qui ont répondu à cette enquête. Les lycéens de terminale S affichent, eux, une très nette chute de niveau mais les comparaisons à ce niveau sont moins évidentes.

 

Les élèves de CM1 affichent un score de 488 points en mathématiques et 487 en sciences, en deçà de la moyenne internationale (500) et de la moyenne européenne (527 en maths, 525 en sciences). La tête du classement en maths est occupée par cinq pays d'Asie de l'Est : Singapour, Hong Kong, Corée du Sud, Taïwan, Japon. Le premier pays de l'Union européenne est l'Irlande du Nord, à la 6e place. Pour la seule Union Européenne, la France est tout en bas, juste après la Slovaquie. L'Irlande du Nord, l'Irlande et l'Angleterre sont sur le podium. En sciences, les cinq pays d'Asie pré-cités sont également en tête, suivis par la Russie. La Finlande, premier pays de l'UE, est au 7e rang. Pour la seule UE, la France est avant-dernière, juste avant Chypre. En France, 13% des élèves en maths et 12% en sciences affichent un score inférieur à 400 : ces jeunes "ne prouvent pas qu'ils possèdent des connaissances élémentaires", relate prudemment la Depp, l'agence des statistiques du ministère de l'Education dans un commentaire publié dans la foulée de cette étude. Au ministère on précise également que : "TIMSS 2015 n’évalue pas les effets de la Refondation de l’École engagée depuis 2012 mais l’analyse de ses résultats conforte un certain nombre de mesures prises depuis deux ans". Les instituteurs français se disent bien moins à l'aise que leurs collègues européens pour "améliorer la compréhension des mathématiques des élèves en difficulté""aider à comprendre l'importance des mathématiques" ou "donner du sens" à cette matière selon des questionnaires remplis par les professeurs dans le cadre de cette enquête. Les écarts sont encore plus marqués en sciences. Plusieurs études ont montré que les professeurs des écoles en France étaient en grande majorité issus de filières non scientifiques et éprouvaient plus de difficultés dans la transmission de ces disciplines.

 

TIMSS 2015 a également fait passer des tests à des élèves en terminale scientifique, en maths et physique. Seuls neuf pays ont participé à cette enquête et les comparaisons entre nations sont à manier avec précaution car les terminales scientifiques représentent 21,5% d'une classe d'âge en France, mais entre 2 et 35% dans les autres pays. En maths, les lycéens français se situent dans la moyenne. Mais si l'on ne prend que les résultats des terminales S à dominante maths (les autres sont en spécialité physique ou biologie) ou qui se destinent à une classe préparatoire, ils sont alors dans le groupe de tête, avec la Russie et le Liban.

(JI avec AFP)

 

Pourquoi les petits Français sont-ils de plus en plus mauvais en maths ? ICI

 

Un nouveau rapport vient confirmer la régression des élèves français en mathématiques. Comment l'expliquer? dans un rapport qu'il a co-rédigé en 2018, Cédric Villani pointait notamment le poids social démesuré des maths sur les élèves.

01 oct. 2020 

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11 décembre 2020 5 11 /12 /décembre /2020 06:00

 

Oui je suis docteur c’est certifié par l’Université…

 

J’ai été vacciné sans avoir jamais rien demandé.

 

Vu mon grand âge j’estime avoir le droit de me poser des questions sur la nouvelle vaccination anti-Covid-19.

 

Je n’ai aucune religion en la matière, les croyances ce n’est pas ma tasse de thé.

 

Bref, je m’informe et je vous informe, à chacun de choisir puisqu’on nous laisse le choix.

 

 

Vaccin Pfizer-BioNTech : que nous apprennent les nouvelles données publiées ?

 

Dans un long rapport, Pfizer a dévoilé tous les détails concernant les essais cliniques de son vaccin anti-Covid-19, sa tolérance et son efficacité. Voici, condensées, les données importantes à retenir concernant ce vaccin.

 

Elles étaient attendues depuis la parution des communiqués de presse, les données scientifiques détaillées sur le vaccin Pfizer-BioNTech, BNT162b2, viennent d'être diffusées dans un document de 92 pages. Il synthétise toutes les informations concernant les essais cliniques du vaccin contre la Covid-19, de la phase 1 à la phase 3, ainsi que des éléments précis sur l'efficacité en fonction du profil des patients.

 

Pour rappel, dans un communiqué de presse diffusé le 18 novembre, la firme pharmaceutique américaine et son partenaire allemand ont assuré que leur vaccin est efficace à 95 % sans plus de précision. Alors qu'une personne de 90 ans a reçu la première dose de ce vaccin au Royaume-Uni la veille de la parution de ce document, voyons en détail la tolérance et l'efficacité de BNT162.

 

Le saviez-vous ?

 

Le vaccin BNT162 est un vaccin à ARN messager. La seringue contient une multitude de copies de l’ARNm de la protéine S du SARS-CoV-2 encapsulées dans des microgouttelettes lipidiques. Lorsqu’elles pénètrent les cellules, l’ARNm est traduit en protéine S dans le cytoplasme. Les cellules expriment cet antigène à leur surface, ce qui stimule le système immunitaire.

 

À aucun moment, l’ARNm n’interagit avec le noyau de la cellule et l’ADN. Il est d’ailleurs rapidement dégradé par des enzymes cellulaires sans laisser de trace.

 

 

Le vaccin Pfizer-BioNTech a un profil de tolérance classique

La suite ICI 

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10 décembre 2020 4 10 /12 /décembre /2020 06:00

The Morgue at Paris. The Last Scene of a Tragedy.

Le verbe « morguer » signifie « regarder avec hauteur ». Première dérivation de sens, la morgue désignait l’endroit d’une prison où les guichetiers dévisageaient les prisonniers avant de les écrouer.

 

Fruit de mes lectures (Pages 109 à 111) :

 

Metropolis - Philip Kerr - Babelio

 

« Le centre d’exposition des morts du Hanno, appelé également « morgue de la police », portait bien son nom. C’était un spectacle populaire, le dernier d’Europe peut-être, où l’on pouvait voir les cadavres de ses compatriotes assassinés, dans toute leur dégradation anonyme, si épouvantable fût-elle. Les gens formaient une file d’attente de Hanoversche Strasse jusqu’à Oranienburger Tor pour voir « l’exposition ». Répartis dans des vitrines autour du hall central, les corps ressemblaient aux occupants du célèbre aquarium du zoo. Assurément, nombre d’entre eux paraissaient aussi léthargique qu’une murène antique ou un homard bleu hargneux. L’entrée était interdite aux enfants de moins de seize ans, mais cela ne les empêchait pas d’essayer de tromper la vigilance des gardiens, qui n’étaient pas employés par la police ni par l’hôpital de la Charité, situé en face, mais par l’hôpital vétérinaire municipal voisin. »

 

[…]

 

« … l’exposition du Hanno avait beaucoup de succès auprès des artistes berlinois. Je supposais, à tort, qu’ils suivaient en cela la tradition de Léonard de Vinci et, peut-être, de Goya en quête de modèles qui tenaient la pose sans bouger.

 

Mais ce mardi après-midi –là, je n’en vis qu’un seul au Hanno. Et m’étonnai de constater qu’il ne dessinait pas d’études anatomiques, mais uniquement des blessures – des gorges tranchées ou des torses éviscérés – et qu’il semblait s’intéresser uniquement aux femmes, nues de préférence. La quarantaine, trapu, brun, il était habillé, pour une raison obscure, en cow-boy. Une pipe à la bouche, il ne prêtait aucune attention aux personnes qui l’entouraient. »

 

« En dépit de son accoutrement excentrique – il portait même des éperons –, ce type était bel et bien un Berlinois. Clamer ses droits face à un officiel prussien était une réaction aussi typique que son accent.

 

« Dans ce cas, vous êtes mieux renseigné que moi, Herr…

- Grosz, George Ehrenfried Grosz.

 

[…]

 

« Ils étaient sur le point de m’exécuter comme déserteur quand la guerre s’est arrêtée. Mais ce que j’avais eu le temps de voir a influé sur mon travail. Définitivement, sans doute. Voilà pourquoi mes thèmes de prédilection sont le désespoir, les désillusions, la haine, la peur, la corruption, l’hypocrisie et la mort. Je dessine des ivrognes qui vomissent leurs tripes, des prostituées, des militaires avec du sang sur les mains, des femmes qui pissent dans votre bière, des suicidés, des hommes affreusement mutilés et des femmes assassinées par des hommes qui jouent au skat. Mais mon sujet de principal, c’est la métropole de l’enfer. Berlin. Avec ses excès incontrôlables et sa décadence, cette ville semble incarner l’essence même de la véritable humanité. »

 

George Grosz - 258 œuvres d'art - peintureGeorge Grosz Self-Portrait | National Portrait Gallery

Biographie George Grosz ICI 

 

Tandis que l’Allemagne post-Première Guerre mondiale vit les dernières heures de la République de Weimar et que Berlin est alors une cité interlope pleine de bars sombres et de trafics louches, l’extrême pauvreté qui y règne alors, la mafia berlinoise, « l’Unterwelt » (en allemand, «le monde souterrain »).

 

Les nuits berlinoises avant la seconde guerre mondiale ICI 

 

La Morgue, cette institution parisienne, n’est pas une invention du XIXe siècle. Dès le XIVe, les prisons du Châtelet comportaient un dépôt de cadavres dans la basse geôle. À cette époque les morts sont entassés, et on peut les voir au travers de guichets aux fins d’identification.

 

Les personnes qui reconnaitraient quelqu'un sont priées d'en informer les gardes.

 

Le XIXe siècle institutionnalise la Morgue, établie en deux sites au cœur de la capitale, à la pointe de l’île de la Cité, ouverte quotidiennement au public. Elle est organisée en deux salles séparées par une cloison vitrée, une salle d’exposition où les cadavres quasi nus, rafraîchis par un filet d’eau, sont exposés et une salle pour le public, très souvent affluent, qui défile. Plus tard s’adjoignent des espaces spécialisés, salle d’autopsie, salle de greffes, qui répondent à la vocation première du lieu, en même temps que sont progressivement tentés différents procédés de conservation, jusqu’à l’installation du frigorifique en 1897.

 

Ce ne sont pas seulement les bandes d’adolescents qui courent à la Morgue, ni quelques marginaux en mal de sensations. Bruno Bertherat nous indique dans ses recherches sur la Morgue que les journaux de l’époque parlaient de « foule », de « cohue ».

 

Au total, l’exposition publique n’a jamais cessé d’être au XIXe siècle un spectacle populaire. Un journaliste va jusqu’à affirmer, à la fin du siècle, que « la Morgue fait partie des curiosités cataloguées “choses à voir”, au même titre que la tour Eiffel, Yvette Guilbert (la célèbre chanteuse de cabaret rendue célèbre par Toulouse-Lautrec) et les catacombes ». On peut même dire que la Morgue a été l’un des monuments parisiens les plus visités du siècle

 

Deux enfants ont passé près de moi au coin du pont. Deux enfants du peuple, deux pauvres gamins, l’un ayant dix ans peut-être, l’autre sept, gais, frais, souriants, en guenilles, mais pleins de vie et de santé, courant, riant, ayant le loisir devant eux et la joie en eux. Le petit s’est penché vers le grand et lui a dit : « Passons-nous à la Morgue ? »

Hugo, V. (1987). Choses vues. Paris : Robert Laffont, p. 833.…

 

Face à cette curiosité fascinée dont se fait l’écho littéraire les auteurs célèbres et reconnus comme Zola, Hugo ou les frères Goncourt.

 

Les autorités publiques commencent à s’émouvoir. Selon les détracteurs de la Morgue, devenue spectacle tant populaire que bourgeois, la moralité publique est en danger, menacée, exposée aux pires vices, aux effets pervers. Des voix s’élèvent pour condamner la spectacularisation de l’exposition. On commence donc par couvrir d’une pièce de cuir le sexe des cadavres ( !). Autant dire que ce qui se cachait là était l’un des objets manifestes de la fascination. La censure montrait le censuré, comme le refoulant montre le refoulé. On cherche ensuite à interdire l’accès de la Morgue aux femmes et aux enfants.

 

En 1887, le magistrat Adolphe Guillot lance une campagne virulente pour la fermeture de l’établissement, qu’il obtiendra, soutenu par les criminologues et des psychologues de l’époque comme Gustave Le Bon, dont La Psychologie des foules qui connaît un grand succès sera commentée par Freud.

 

Aussi, par mesure d’« hygiénisme moral », la Morgue ferma ses portes sur un décret du préfet Lépine le 15 mars 1907. Cette fermeture fit l’objet d’un discours lyrique et démagogique du magistrat Guillot : ICI 

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 06:00

 

Quel bonheur de ne plus me croire obligé de remonter les bretelles de Bettane, sauf en cas d’urgence absolue, ni d’ironiser la vieille dame permanentée la RVF qui court derrière les buveurs de vins nus, ou de me moquer des ouvriers de la 25e heure des vins qui puent, d’ignorer les convertis de fraîche date, les détenteurs du fonds de commerce nature, les pédants, ça me saoule alors je passe mon chemin, je me la joue cow-boy solitaire tel Lucky Luke.

 

 

Suis éclectique dans mes lectures et tout se croise et s’entrecroise : le saloon de l’Ouest sauvage de Mark Forsyth et le shérif noir de Jul (successeur de Morris pour les Lucky Luke).

 

 

BASS EST L’UN DES RARES MARSHALS AFRO-AMÉRICAINS

 

Fagan, sous la direction du juge fédéral Isaac C. Parker, a fait venir 200 marshals pour calmer le chaos grandissant dans l’Ouest américain. Ces derniers sont chargés de traquer les innombrables voleurs meurtriers et fugitifs qui gangrènent ce territoire sauvage d’une superficie de 120 000 kilomètres carrés.  

 

Parmi les tireurs et pisteurs locaux recherchés pour ce poste, Bass est l’un des rares afro-américains à avoir été recruté. Grâce à ses talents de tireur et sa connaissance du terrain et de la langue indienne, il va se révéler être l’homme adéquat pour relever ce défi. Selon le biographe Art T. Burton, Reeves aurait arrêté plus de 3 000 criminels et tué 14 hors-la-loi au cours de sa prolifique carrière de Marshal.

 

Durant ses 32 années de service, le marshal se retrouve souvent dans des situations qui dépassent la fiction. Bass redouble d’ingéniosité pour appréhender ses cibles, et est parfois amené à se déguiser et à jouer un personnage pour y parvenir.

 

En une occasion, il se fait passer pour un vagabond en cavale et marche près de 50 kilomètres avant d’atteindre la demeure de ses cibles. Lorsqu’il frappe à leur porte, les criminels, ne se doutant de rien, lui proposent de passer la nuit chez eux. Bass accepte, et la famille se retrouve menottée avant le lever du soleil. Il les conduit dès le lendemain jusqu’à son campement.

 

Incorruptible et dévoué, l’US Marshal fait aussi preuve d’un code moral inaltérable. Il va même jusqu’à arrêter Bennie, son propre fils, qui sera condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa femme. Selon son supérieur, Bass aurait absolument tenu à se charger de cette arrestation, déclarant le plus tranquillement du monde : « Donnez-moi l’assignation. J’en fais mon affaire ».

 

Lire ICI 

 

 

 

 

 

Une bonne idée de cadeau de Noël pour vos ados : « Un cow-boy dans le coton est le 81e album de Lucky Luke. Cela donnerait presque le vertige d’imaginer que le héros solitaire a déjà 74 ans, et qu’il est né dans un monde totalement différent du nôtre, la France de l’après-guerre. Pourtant, Jul et Achdé nous montrent que Lucky Luke est intemporel. »

 

Un cow-boy dans le coton (Lucky Luke) - YouTube

 

Les bons sentiments ne nuisent pas à l’humour.

 

Un cow-boy dans le coton » : Jul commente quatre séquences du nouveau Lucky  Luke

"Un cow-boy dans le coton" : Lucky Luke confronté au racisme dans les plantations du sud des Etats-Unis ICI

"Un cow-boy dans le coton" est la troisième collaboration entre le dessinateur Achdé et le scénariste Jul. Cette fois, le duo nous plonge dans le sud des Etats-Unis où le Ku Klux Klan dicte sa loi, à la fin du XIXe siècle.

"Un cow-boy dans le coton", le nouveau Lucky Luke (Lucky Productions)"Un cow-boy dans le coton" (Lucky Productions)

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 06:00

 

Clint Eastwood et José Calvo dans "Pour une poignée de dollars" (1964) réalisé par Sergio Leone.© DR

Dans le cadre de mon incessant labeur d’édification des « larges masses », chères aux frelons de la Gauche Prolétarienne post-68, qui consomment des westerns américains comme des spaghetti, en ignorant tout de l’art de la pasta et de celui de Sergio Leone, ce matin je pousse la porte des saloons du Far West pour éclairer leurs faibles lanternes à propos de la buvaison de shot de whisky.

 

Dans ces lieux de perdition peuplés de cow-boys empestant, tels les vins nu, le crottin de cheval collé à leurs à leurs éperons, de chasseurs de primes, de cinglés de la gâchette, de femmes de mauvaise vie, de tricheurs, de chercheurs d’or, de bandits aux portraits affichés sur la façade du sheriff, d’aventuriers sans foi ni loi, de prêcheurs illuminés tentant  de ramener ce petit monde dans le droit chemin, deux seules boissons peuvent être commandées sans nuire à votre respectabilité sont la bière et le whisky.

 

« Et, franchement, la bière est pour le moins douteuse. »

 

« Alors vous demandez deux whiskys, un pour vous et un autre pour votre voisin. C’est la règle. »

 

« Peu importe que vous ne l’ayez jamais rencontré auparavant. Vous devez toujours offrir un verre lors de votre première commande. Vous vous y retrouverez plus tard, lorsque ce sera votre tour du prochain venu. Mais rien n’est plus mal vu que de ne pas payer un verre à son voisin, à part de ne pas l’accepter, ce qui peut vous vous valoir une bonne rossée, voire pire. »

 

Ensuite, et là pour une fois Hollywood ne raconte pas des cracs : « Lorsque le héros taciturne entre dans un saloon, il ne demande jamais le prix du verre de whisky. Il de contente de jeter quelques pièces sur le bar, et on lui rend presque jamais la monnaie. »

 

Pourquoi ?

 

Parce qu’il existe « 2 genres de saloons : le saloon à 1 bit et le saloon à 2 bits. »

 

« Le saloon à 2 bits. Est un établissement de standing avec un spectacle de variétés, un lustre et peut-être un authentique étage. Toutes les boissons s’y règlent avec deux pièces. »

 

1 cent 1851 américaine - Numicanada.com

 

« Dans un saloon à 1 bit, toutes les boissons (bière et whisky) coûtent une pièce idem pour le cigare. »

 

 

« Un bit valait un huitième de dollar, soit 12,5 cents. C’est étrange si l’on considère que le demi-cent n’existait pas. Pendant longtemps, dans les États du Sud, le dollar espagnol fut monnaie courante. Il pouvait être divisé en huit, ce qui explique pourquoi les perroquets de films de pirates n’arrêtent pas de parler de pièces de huit. Pour une raison mystérieuse, ce principe s’est transmis au dollar américain, avec la curieuse conséquence qu’il n’y avait pas moyen d’avoir le compte juste pour boire un unique verre.

 

 

À la place, si vous commandiez seulement un verre dans un saloon à un bit, vous donniez une pièce d’un quart de dollar et l’on vous rendait 10 cents. Cela signifie que vous aviez dépensé 15 cents (un « long bit »). C’est remarquablement idiot, encore plus que les fausses façades, mais c’était ainsi que les choses fonctionnaient. »

 

Dude in the Burdett saloon | Dustedoff

 

Versez-vous un verre… mais ne remplissez pas votre verre à ras bord pour autant. Ce serait interprété comme de l’avidité et de la goinfrerie, et le barman vous demanderait alors si vous compte vous baigner dedans…Portez votre verre… à vos lèvre et buvez-le cul-sec. Cela vous vaudra l’approbation et le respect de l’assistance. »

 

Qui trouve-t-on dans le saloon ?

 

« Habituellement, des hommes blancs. Un Noir, éventuellement. Pas d’Améridiens, auxquels l’entrée est légalement interdite. Mais ceux qui ne sont pas vraiment, mais vraiment pas bienvenus, ce sont les Chinois. C’est un fair aussi bizarre qu’inexplicable. L’Ouest sauvage était plein d’immigrés chinois venus travailler à la construction des chemins de fer, et tout le monde les haïssait. De toute évidence, il n’y avait aucune raison à cela, mais ils étaient que plus détestés. »

 

Définition du mot Bit 

 

Le terme bit est une contraction des mots binary digit (que l'on peut traduire par chiffre binaire en français). Il désigne l'unité la plus simple utilisée dans un système de numération. Cette unité, directement associée au système binaire, ne peut prendre que deux valeurs : 0 et 1.

 

En informatique, le bit définit de façon plus précise une quantité minimale d'information pouvant être transmise par un message. On emploie alors le bit comme unité de mesure de base de l'information. Il est important de ne pas confondre le bit (avec un b minuscule pour abréviation) avec le byte (avec un B majuscule pour abréviation ICI 

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7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 06:00

 

À force de tourner autour du pot, et si à Bordeaux on admettait enfin que le vignoble bordelais est surdimensionné par rapport à sa capacité actuelle de vendre ses vins ?

 

« Trop chers, pas assez bio... les vins de Bordeaux boivent la tasse » FRANCOIS MIGUET  04/12/2020 dans Capital

 

Trop cher, pas assez bio, le vignoble bordelais subit de plein fouet les taxes américaines et la baisse de consommation des Français.

 

L'heure d'une remise en question ?

 

Non, ça me semble impossible vu que se remettre en question ne fait guère partie de l’ADN des chefs du CIVB, « y’a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre », du côté de Bordeaux on pratique l’évitement, on se cherche des boucs-émissaires : j’ai déjà beaucoup donné avec mes grands lacs de vin mentionnés  dans mon rapport.

 

Bizarrement, dans cet article de Capital le dernier bouc-émissaire en date, genre on nous veut du mal, s’est évaporé, plus question de Bordeaux-bashing.

 

Les « têtes d’œuf » du CIVB sont parties en chasse pour en dénicher un autre.

 

Cependant, afin d’éviter de radoter je m’abstiens d’aller au-delà de l’ironie, ça me fatigue.

 

Prenez la peine de lire l’article ICI  il ne casse pas trois pattes à un canard mais je n’ai rien de mieux en magasin.

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 06:00

Alessandra et moi, ça fait un bail qu’on se connaît, février 2011 :

 

« Et puis mes pérégrinations me menèrent dernièrement jusqu’à un nouveau restaurant italien qui venait de s’ouvrir : le RAP (comme Ristorante Alessandra Pierini celle par qui le lieu est né) au 24 rue Rodier dans le neuvième arrondissement. Heureux de mon repas avant de reprendre le collier je papotais avec Alessandra et dans la conversation j’évoquai Alberto. Bonne pioche, Alessandra avait lu « Critique amoureuse des Français » dans le TGV Paris-Marseille qu’elle empruntait pour venir prospecter afin de trouver le lieu de son restaurant parisien. La suite est facile à imaginer : je contacte Alberto et nous voici autour d’une table chez RAP. » ICI 

 

Elle a fait son chemin depuis, le restaurant n’est plus mais elle a descendu la rue Rodier pour installer tout d’abord une épicerie près de l’église ND de Lorette  4, rue Fléchier Paris 9° puis une cave 61, rue du Fg. Montmartre Paris 9° (tenue par Cécile ex-Passerini).  ICI  

 

Elle officie aussi chez François-Régis Gaudry le dimanche matin dans On va déguster.

 

Mozzarella in carrozza - Les recettes italiennes de François-Régis Gaudry,  avec Alessandra Pierini - Vidéo Dailymotion

 

Je ne suis point un auditeur de On va déguster car à cette heure-là je suis à la messe – plaisanterie de garçon de bain, désolé Me Morain qu’est lui un bon chrétien.

 

Mais, comme je suis un glaneur matinal et sur la Toile je découvre parfois le duo Alessandra-François-Régis qui officie en cuisine. Ainsi pour ce plat napolitain les «Spaghetti alla puttanesca».

 

Pour les amateurs de cuisine italienne je signale que Le François-Régis vient de publier On va déguster l’Italie – François Régis Gaudry et ses amis – Editions Marabout – 42 euros ICI  

 

On va déguster l'Italie

 

159 contributeurs ont participé à cette encyclopédie gourmande dont Alessandra Pierini bien sûr.

 

Comme je suis un mécréant, il m’arrive de jurer en italien : puttana !

 

Il ne faut pas être sorti de polytechnique, bien que, pour situer comprendre que ceux qui ont porté sur les fonds baptismaux les «spaghetti alla puttanesca», selon la légende, devaient être de grands amateurs de maisons closes.

 

« On raconte qu’un client affamé –toute ressemblance avec un personnage réel serait évidemment fortuite– se serait adressé avec mépris au petit matin à la patronne en lui lançant un gras «Fammi qualsiasi puttanata da mangiare Dio bono!». Je vous laisse traduire. Agacée, elle aurait pris tout ce qui lui restait dans les placards et lui aurait servi le tout avec des spaghetti. Toute sa colère dans son mortier en marbre quand elle écrasait les anchois, et les câpres, et le piment, et les olives, et les tomates, etc. tout en pestant contre ce maudit client. On n’est jamais à l’abri des profiteurs. Mais elle s’est tue, et elle l’a même nourri. » ICI 

 

 

Maintenant place aux artistes !

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 08:00

En mai 2019, Claire-Anne Siegrist se voit remettre la Légion d’honneur, la plus haute distinction française, pour sa contribution aux progrès en vaccinologie.

archives personnelles

En France, la vaccination fait débat, 6 Français sur 10 sont partants pour se faire vacciner, d'après un sondage BVA exclusif pour Europe 1. Mais seulement 20% des Français sont d'accord pour se faire vacciner dès maintenant.

 

INTERVIEW

 

  • pourquoi sont-ils si nombreux à vouloir attendre un peu ? La directrice de l'institut de sondage BVA, Adélaïde Zulfikarpasic, invitée de la matinale d'Europe 1, explique les résultats de ce sondage.

 

Pour les Français, le vaccin a été élaboré "trop rapidement" ICI 

 

Je ne fais pas parti des anti-vaccins, mais face au matraquage actuel à propos de la future vaccination contre le Covid 19, mais en tant que vieux  je me situe dans le cœur de cible, et j’estime que je suis en droit de me poser des questions sur l’absence d’informations, vu l’extrême rapidité de leur élaboration, sur les éventuels effets secondaires de ces vaccins d’une nouvelle génération. Je signale à ce propos que Sanofi Pasteur, loin d’être un géant endormi, en retard sur le papier, le leader français mise sur son savoir-faire historique et sa force de frappe pour s'imposer. C'est le seul à mener deux projets de front.

 

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Sanofi Pasteur semble à la peine.

 

Le champion français est pourtant leader mondial, en ventes, sur les vaccins pédiatriques et la grippe, et numéro trois tous vaccins confondus. Or il ne démarrera qu'en décembre sa phase 3 d'essais, pour son projet le plus avancé, bâti avec l'autre géant de l'industrie du vaccin, le britannique GSK. Pour le second, un vaccin innovant à base d'ARN messager (ARNm), il ne promet rien avant fin 2021, quand Moderna et le duo Pfizer-BioNTech, qui utilisent la même technologie, devraient sortir les leurs dans quelques semaines. De quoi donner au pape tricolore l'allure de tortue géante courant en vain derrière le lièvre. « Quelques semaines, quelques mois, on est dans un mouchoir de poche. » Olivier Bogillot, président de Sanofirance.

 

Puisque la vaccination ne sera pas obligatoire je ne vais pas me précipiter pour me faire vacciner. J’examinerai attentivement dans le bouquet des vaccins pour choisir celui qui me convient.

 

En cela je n’estime pas être un mauvais citoyen…

 

Pour confirmer mes propos je vous propose l’interview accordée au journal le Temps par la Cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève, la pédiatre Claire-Anne Siegrist

 

Claire-Anne Siegrist  — © Anoush Abrar

 

«Il est normal que les gens se posent des questions sur les vaccins»

 

 

Plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont annoncé que leur vaccin contre le Covid-19 paraissait efficace. Mais pour combien de temps, et avec quels risques? Pour le savoir, un peu de recul supplémentaire sera précieux, estime la cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève

 

C’est la quête du graal de l’année 2020: la recherche d’un vaccin contre le Covid-19 semble en passe d’aboutir. Au cours de ces dernières semaines, plusieurs laboratoires ont fait état de résultats très encourageants obtenus avec leur candidat vaccin: l’alliance américano-allemande Pfizer/BioNTech, le laboratoire américain Moderna, l’alliance britannique AstraZeneca/Université d’Oxford et les Russes de l’institut d’Etat Gamaleïa. Des annonces qui ont suscité beaucoup d’enthousiasme. Mais de nombreuses questions subsistent, que ce soit sur l’efficacité de ces vaccins, leur innocuité ou la manière dont ils seront administrés.

 

Cheffe du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève, la pédiatre Claire-Anne Siegrist a déjà été confrontée à plusieurs situations de crise, que ce soit lors de la pandémie de virus H1N1 en 2009 ou pendant l’épidémie d’Ebola qui s’est déroulée en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. Forte d’une expérience de plus de vingt ans dans la recherche, elle a longtemps collaboré avec l’Organisation mondiale de la santé et présidé le groupe d’experts chargé de conseiller la Confédération sur les questions vaccinales.

 

Le Temps: Moins d’un an après l’apparition du Covid-19, nous aurons bientôt plusieurs vaccins efficaces contre cette maladie. Comment est-ce possible?

 

Claire-Anne Siegrist: C’est vraiment stupéfiant, quand on pense qu’on met en général une dizaine d’années à développer un nouveau vaccin. Plusieurs éléments ont permis cette prouesse. En premier lieu, il y a la mobilisation sans précédent des laboratoires pharmaceutiques et universitaires, qui ont été très nombreux à réorienter leur effort de recherche vers la lutte contre le Covid. Plus important encore sans doute, tous ces laboratoires ont reçu des fonds massifs de la part des Etats, ce qui leur a permis de prendre des risques. C’est grâce à cela que des vaccins innovants à ARN ont pu être développés par Moderna et Pfizer.

 

Cette technique, qui consiste à fabriquer un «pseudo-virus» en encapsulant une partie de son code génétique dans une goutte d’huile, fait l’objet d’études depuis une dizaine d’années, mais n’était jamais passée à un stade clinique avancé en raison du risque financier. Enfin, la manière dont ces nouveaux vaccins ont été évalués explique aussi leur développement rapide: au lieu de procéder par phases successives, comme on le fait habituellement, on a procédé de manière simultanée. Par exemple, on est actuellement encore en train de tester leur stabilité, soit les conditions dans lesquelles on doit les stocker, alors qu’en parallèle leur efficacité est en cours d’étude sur des dizaines de milliers de personnes dans le monde, dans le cadre des essais dits de phase 3.

 

Certains laboratoires avancent une efficacité très élevée pour leur vaccin. Comment la calcule-t-on?

 

La suite ICI

 

Questionnaire de Proust

 

Marcel Proust répond au questionnaire - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

  • Une chose que la crise du Covid-19 vous a apprise?

 

  • à mieux accepter le doute, les questions sans réponses, et faire de son mieux chaque jour…

 

  • Ce qui vous donne espoir pour la suite? 

 

 

  • La possibilité de sortir du tunnel en pouvant protéger du Covid-19 les personnes à risques, puis tous ceux qui le souhaiteront.

 

  • Et ce qui vous inquiète?

 

  • Que le travail d’information nécessaire pour répondre aux doutes ne soit pas fait suffisamment bien pour permettre à chacun de se décider.

 

  • Votre truc pour résister dans les moments de crise?

 

  • L’auto-hypnose à haute dose… et dormir autant que c’est possible!

 

  • La liste des vaccins qui figurent sur votre carnet de vaccination?

 

  • Elle est longue! J’espère pouvoir y ajouter bientôt les vaccins Covid, une fois que je me serai décidée en connaissance de cause.

 

  • Un remède contre les théories du complot?

 

Non. Je suis pour la liberté de pensée et le respect des choix de vie – aussi longtemps qu’ils ne mettent pas les autres en danger.

 

Profil

 

1958 Naissance à Zurich.

 

1999 Nommée professeure de vaccinologie à l’Université de Genève.

 

2004 à 2014 Préside la Commission fédérale pour les vaccinations.

 

2010 Rejoint le Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS sur la vaccination.

 

2014 Participe à l’essai en urgence d’un vaccin contre Ebola.

 

2016 Développe une pathologie neurologique appelée «polynévrite».

 

2019 Reçoit la Légion d’honneur par décret du président français.

 

 

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2 décembre 2020 3 02 /12 /décembre /2020 06:00

 

Au sortir de mai 68, je me suis engagé dans le sillage de Michel Rocard au PSU « petit parti, débordant de militants brillants, qui devait réveiller et rénover la gauche. Il sera, selon une expression de Michel Rocard, un « laboratoire terrifiant », s’abîmant des nuits entières en d’obscures querelles. »

 

En 1974, toujours, en théorie, membre du PSU, Michel Rocard apporte son soutien à la deuxième candidature Mitterrand à la présidentielle et prend une part active à la campagne. Avant de rejoindre le PS la même année, avec des militants du PSU et des syndicalistes de la CFDT. Michel Rocard n’est pas vraiment accueilli à bras ouverts par tous les dirigeants. Venu de l’extrême gauche, il passe directement à la « droite » du PS en incarnant désormais la « deuxième gauche » : une gauche souvent d’origine chrétienne, plus décentralisatrice, qui préfère la recherche du consensus à l’affrontement, croit moins en l’Etat et plus en l’autonomie de la « société civile » que les amis de François Mitterrand.

 

Au congrès de Nantes, en 1977, il prononce un discours, resté célèbre, sur les « deux cultures » qui structurent la gauche.

 

J’ai donc fait partie de cette deuxième gauche raillée par la première jacobine, centralisatrice, étatique, nationaliste et protectionniste, revendiquée par une classe ouvrière qui exigeait une intervention maximale de l’État, en vertu d’un marxisme d’« exception française », « puisque Marx prônait au contraire le dépérissement de l’État et l’autodétermination des travailleurs ». Le CERES de Jean-Pierre Chevènement représentait ainsi à ses yeux une illustration contemporaine de cette gauche.

 

Au soir du second tour des législatives de 1978, perdues, Rocard exprime à la télévision la déception et l’amertume de la gauche, mais aussi sa foi en l’avenir. La déclaration respire la spontanéité (elle avait été répétée). Dès l'automne 1978, il condamne « un certain archaïsme politique », formule dont chacun a compris qu'elle désignait le premier secrétaire du PS, et en plaidant pour le « parler vrai, plus près des faits ». Ses adversaires, au sein du PS, n'ont pas tardé à le surnommer Rocard d'Estaing, établissant ainsi un parallèle entre le « libéralisme avancé » du président de la République et le socialisme redéfini que propose le député des Yvelines.

 

En 1979, encore un congrès historique : celui de Metz. Pour la première fois, Michel Rocard, allié à Pierre Mauroy, passe dans l’opposition à François Mitterrand. De nouveau, c’est le rapport au réel qui l’oppose aux mitterrandistes. Le premier secrétaire et ses alliés prônent la « rupture avec le capitalisme » ; Michel Rocard, suspecté – déjà – de tentations centristes, n’y croit pas.

 

Après la victoire de 1981 et le purgatoire de son premier ministère-placard, le Plan, Michel Rocard se retrouve en 1983 à l’Agriculture pour éteindre la fronde des agriculteurs déclenchée par la passionaria Édith Cresson.

 

 

« La F.N.S.E.A. triomphante a rencontré un ministre sans complexes. M. Michel Rocard avait réservé à la F.N.S.E.A., qui tenait son trente-septième congrès, du 12 au 14 avril à Grenoble, la primeur de ses intentions en tant que nouveau ministre de l'agriculture. Il propose un contrat entre le monde agricole et la collectivité publique. L'engagement financier de l'État sera maintenu, mais une meilleure efficacité économique et sociale de cet engagement devra être recherchée. « Je n'aurai pas les moyens de faire en sorte que l'agriculture échappe à l'austérité des temps », a-t-il déclaré. Il s'est quand même fait applaudir. ICI 

 

C’est à ce moment-là que je rejoins son cabinet.

 

Dans la nuit du 3 au 4 avril 1985, Michel Rocard présente sa démission. Il justifie sa décision par son opposition irréductible à ce mode de scrutin, qui va amener pour la première fois le Front National à l’Assemblée. Chacun sait cependant qu’il a l’échéance de 1988 en tête. Très vite, Rocard utilise « la parole retrouvée », selon ses propres termes. Il incite les socialistes à « tenir le discours de leurs actes », rappelle avec cruauté que « ce sont les faits qui ont tranché (…) nos anciennes querelles »

 

Je pars travailler à la SVF, Société des Vins de France.

 

En mars 1988, François Mitterrand sonne la fin de la récréation, en annonçant qu’il est candidat à sa propre succession. Il ménage une place à un Michel Rocard, bombardé porte-parole d’un homme qu’il déteste, et contraint de faire contre mauvaise figure bon cœur. Une fois réélu, François Mitterrand envoie à Matignon, le 10 mai, celui des socialistes qu’il juge le plus « en situation », quoi qu’il en pense sur le fond.

 

Des années plus tard, Michel Rocard nous avait raconté l’histoire de sa nomination et la façon dont Mitterrand, avec toute la perversité dont il était capable, la lui avait apprise (L’Enfer de Matignon, Albin Michel, 2008).

 

La scène avait eu lieu à l’Elysée, lors d’un déjeuner réunissant, outre Rocard, Jean-­Louis Bianco et Pierre Bérégovoy – qui espérait alors que Mitterrand le nomme premier ministre. Mitterrand, juste avant le dessert, avait regardé sa montre : « Il ne faudrait tout de même pas oublier que, dans une heure et quart, je vais nommer un premier ministre… »

 

Puis il avait regardé Bérégovoy, qu’il tenait pour son collaborateur le plus proche : « C’est un exercice purement politique qui est totalement étranger à toute catégorie intellectuelle connue sous le nom d’amitié, de confiance, de fidélité ou de choses de ce genre. En fait, la nomination d’un premier ministre, c’est le résultat de l’analyse d’une situation politique. » Enfin, il avait délivré son jugement royal : « Et l’analyse de la situation politique actuelle est claire. Il y a une petite prime pour Michel Rocard. » Cette « petite prime » lâchée avec mépris résume le jeu subtil qui va commencer entre les deux têtes de l’exécutif. Chacun s’observe, dans cette sorte de cohabitation interne au PS, sans jamais engager de front les hostilités.

 

Je quitte la SVF le matin même pour rejoindre, en tant que directeur-adjoint, le cabinet du nouveau Ministre de l’Agriculture Henri Nallet.

 

En mars 1990, Michel Rocard joue son jeu dans l’affrontement fratricide du PS au congrès de Rennes (j’y étais), ce qui n’arrange rien. La première guerre du Golfe lui donne un sursis. Mais le 15 mai 1991, François Mitterrand le congédie en quelques minutes, malgré sa popularité encore confortable.

 

Michel Rocard quitte Matignon, persuadé que son destin politique n’est pas encore joué.

 

L’échec de ses successeurs Edith Cresson, puis Pierre Bérégovoy, le laisse espérer. Il décide de se lancer dans la bataille du parti. En février 1993, il réclame un « big bang » du PS, dont il devient premier secrétaire après le désastre des législatives.

 

L’heure de la refondation de la gauche à laquelle il aspire depuis tant d’années serait-elle arrivée ?

 

Le 29 mai 1994, il annonce que « rien », cette fois, ne l’empêchera d’être candidat à la présidentielle de 1995, où on sait que François Mitterrand ne se représentera pas. Mais le président de la République n’a pas dit son dernier mot. Lors des européennes de juin, Mitterrand laisse Bernard Tapie conduire une liste radicale de gauche, qui concurrence directement les candidats socialistes menés par le premier secrétaire. Le PS s’effondre de nouveau, à 14,5 % des suffrages.

 

Michel Rocard est débarqué aussitôt, sans ménagement. C’est la fin de ses espérances. Symbole de sa semi-retraite, il abandonne à l’automne la mairie de Conflans, après presque de vingt ans de mandat.

 

Clap de FIN !

 

C’était ma gauche.

 

Avec la mort de Michel Rocard, survenue le 2 juillet 2016, une question restera à jamais en suspens. Ou plutôt chacun y apportera sa propre réponse : l’homme qui, pendant trente ans, a fait de la rénovation de la gauche la raison d’être de son engagement politique est-il passé à côté de son destin ? Ou bien a-t-il eu la trajectoire qui correspondait à ce qu’il était vraiment ?

 

Il sera couvert de fleurs, j’étais de l’hommage aux Invalides.

 

J’irai lui rendre visite à Monticello son dernier domicile connu.

 

Alors, même si ça fait ricaner certain : « Oui, j’ai mal à ma gauche, lorsque je constate les dérives de celle qui nous qualifiait de social-traître, celle qui comme l’écrit Birnbaum dans sa conclusion «  De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’«islamo-gauchisme» constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste»

 

Je remercie Jean Birnbaum pour sa tribune dans le Monde du 25 novembre, j’en partage tous les points.

Michel Rocard en 2008.

 Source : Michel Rocard, l’homme de la « deuxième gauche » ICI

 

Rénover la gauche, la réconcilier avec le réel, allier le concret et la rigueur, tel fut le moteur de la vie politique de Michel Rocard, mort samedi 2 juillet à l’âge de 85 ans

Par  et  Publié le 01 octobre 2014 

 

 

Marche contre l’islamophobie à Paris, le 10 novembre. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

La gauche et l’islamisme : retour sur un péché d’orgueil ICI 

 

Croyant en une force internationaliste capable de briser la domination de l’Occident, certains militants de gauche étaient persuadés que, tôt ou tard, la religion serait abandonnée au profit de l’émancipation.

 

 

Analyse. Au lendemain de l’attentat contre Samuel Paty, quand a refait surface une vidéo où un prédicateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, appelait à la mobilisation contre le professeur, certains militants d’extrême gauche ont reconnu ce visage. Ils se sont souvenus du temps où ils avaient eu maille à partir avec Sefrioui et ses compagnons.

 

Non sans nostalgie, ils ont repensé aux manifestations propalestiniennes au cours desquelles le service d’ordre de telle ou telle organisation anarchiste ou trotskiste était encore assez vigoureux pour expulser du cortège ces partisans du djihad liés à l’ex-humoriste Dieudonné et à l’extrême droite radicale. Et puis ils ont songé à ce moment pivot, autour de 2010, où il avait fallu admettre que le rapport de forces avait changé : sur le pavé parisien, désormais, la vieille garde révolutionnaire était trop faible pour maîtriser les islamistes.

 

L’espoir algérien

 

Or ce renversement des équilibres dans la rue avait une signification plus vaste. Il scellait la fin d’une époque, celle où les gauches européennes se croyaient si désirables qu’elles pouvaient polariser toutes les colères du monde. Dès 2005, le philosophe Daniel Bensaïd (1946-2010), l’une des références de la gauche révolutionnaire, constatait que les dirigeants anticolonialistes de jadis, ceux qui se réclamaient souvent du marxisme, avaient été remplacés par des profils inquiétants : « L’heure n’est plus aux luttes de libération des années 1950 et 1960, et à leurs grandes promesses. Les leaders n’ont plus pour nom Ho Chi Minh, Guevara, Cabral, Lumumba, Ben Bella, Ben Barka, Malcolm X, mais Ben Laden, Zarkaoui ou Mollah Omar. »

 

Un parmi d’autres, Daniel Bensaïd regrettait les grandes heures de ce qu’on a appelé le « tiers-mondisme ». Dans les années 1960, les révolutionnaires occidentaux avaient constaté que le « grand soir » se faisait attendre aussi bien à l’Est, où le stalinisme étouffait toute révolte, qu’à l’Ouest, où le capitalisme semblait avoir plus d’un tour dans son sac. Ils avaient alors placé leurs espoirs dans les insurrections d’un monde « tiers », dont l’Algérie indépendante constituait le symbole le plus séduisant.

 

Les « pieds-rouges »

 

Au cœur de ce pays, pourtant, des militants européens avaient déjà conscience que les choses n’étaient pas si claires. On les a appelés les « pieds-rouges ». Ces Français avaient soutenu le Front de libération nationale (FLN) dans sa lutte pour l’indépendance. Celle-ci acquise, ils s’étaient installés en Algérie pour contribuer à y bâtir « le socialisme ». Bientôt, ils avaient été confrontés à une tout autre réalité : le nouveau régime islamisait le pays à marche forcée, organisait la chasse aux Kabyles et aux homosexuels, s’en prenant même à ses plus fidèles soutiens européens.

 

 

Certains d’entre eux réaliseront alors leur erreur : si le FLN avait une face laïque, il en possédait aussi une autre, profondément religieuse. Le nom de son journal, El Moudjahid, ne signifiait pas « le combattant », comme ils l’avaient cru, mais « le combattant de la foi ». Bannis d’Algérie, la plupart des pieds-rouges garderont pour eux ce qu’ils ont vécu (il ne fallait pas « faire le jeu » de l’extrême droite), et leur silence pèsera lourd sur la mémoire « algérienne » de la gauche française.

 

Des années plus tard, en 1980, ils liront dans Le Monde un entretien avec l’ancien président algérien, Ben Bella. « C’est l’islamisme qui offre les meilleures chances d’une libération réelle », dira-t-il, établissant même une continuité entre les combats du FLN et la révolution islamique qui venait de triompher en Iran.

 

Doute après le triomphe des mollahs

 

Cette révolution marque une autre étape dans les relations entre l’islam politique et la gauche européenne. Avec le triomphe des mollahs, le doute commence à s’installer : bien que la religion soit toujours considérée comme un « opium du peuple » voué à s’évaporer, on doit concéder que ses effets se révèlent tenaces. A Téhéran, les insurgés qui défendaient le socialisme n’ont-ils pas été balayés par ceux qui promettaient l’avènement du royaume divin ? Cependant, pour beaucoup de gens à gauche, cela ne changea pas grand-chose. « Tout ce qui bouge est rouge », disait un slogan bien connu des soixante-huitards. A coup sûr, Marx finirait donc par l’emporter sur Allah.

 

 

Il faut avoir tout cela en tête au moment d’ouvrir la brochure intitulée Le Prophète et le prolétariat. Parue en 1994, rédigée par Chris Harman, figure du trotskisme britannique, elle analyse le défi que l’islamisme représente pour la gauche. Contrairement à ce qu’on affirme souvent à son propos, Chris Harman ne prône pas une alliance systématique avec les islamistes. Les considérant comme une force tantôt réactionnaire, tantôt subversive, il propose de marcher à leurs côtés partout où leurs actions minent l’impérialisme occidental et les Etats qui le servent. « Avec les islamistes parfois, avec l’Etat jamais », écrit-il.

 

Cette formule résume le credo durable d’une partie de la gauche européenne, credo qui repose sur trois articles de foi : 1) il n’y a qu’une domination réelle, celle qu’exerce l’Occident ; 2) la seule force qui peut en finir avec cette domination sans frontières est une gauche internationaliste, qui connaît le sens de l’histoire ; 3) quand les dominés se soulèvent au nom de Dieu, il ne faut pas juger le « détour » qu’ils empruntent, car tôt ou tard ils délaisseront les chimères de la religion pour la vérité de l’émancipation.

 

Partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie

 

Cette façon de voir pouvait se prévaloir d’un précédent historique. En effet, les militants de gauche qui saluaient le potentiel révolutionnaire de l’islam invoquaient souvent l’expérience latino-américaine des années 1960-1970. A l’époque, les guérilleros marxistes avaient pu compter sur l’appui de ce mouvement chrétien qu’on a appelé la « théologie de la libération » : conjuguant évangiles et lutte de classes, ses animateurs en appelaient à la rébellion, et des prêtres y ont laissé leur peau. Par la suite, ce compagnonnage sera invoqué : si nous avons pu recevoir le soutien de croyants chrétiens, pourquoi ne pourrait-on s’appuyer sur des fidèles musulmans ?

 

Bientôt, cependant, apparut une différence de taille : partout où il a pris ses aises, l’islamisme a écrasé la gauche… Il suffit de penser à l’Iran. Ou à la « décennie noire » en Algérie (1991-2002), quand des intellectuels, des syndicalistes, des féministes étaient égorgés quotidiennement. « L’intégrisme islamique, en règle générale, a crû sur le cadavre en décomposition du mouvement progressiste », constate le marxiste libanais Gilbert Achcar.

 

« Islamo-gauchisme », une étiquette hasardeuse

 

Même à terre, cependant, ce cadavre bouge encore. Mieux, il continue à se croire universellement désirable. Si « islamo-gauchisme » est une étiquette hasardeuse, trop souvent utilisée pour dire n’importe quoi et disqualifier n’importe qui, il n’en désigne donc pas moins quelque chose de solide. Mais, plutôt qu’une complaisance cynique, il nomme un péché d’orgueil, reposant lui-même sur une croyance obsolète : parce que la gauche est seule à pouvoir canaliser les espérances, toute lutte qui se réclame de Dieu finira par être aimantée par l’idéal de l’émancipation sociale.

 

 

Bien plus encore que les calculs clientélistes qui permettent à telle ou telle mairie de se cramponner au pouvoir, c’est cette prétention qui éclaire les épisodes au cours desquels la gauche a cru pouvoir côtoyer l’islamisme sans se brûler : la gauche antiraciste s’est retrouvée en compagnie d’intégristes musulmans au sommet de Durban, en Afrique du Sud, en 2001 ; la gauche altermondialiste a invité Tariq Ramadan au Forum social européen de Paris, en 2003 ; la gauche propalestinienne a laissé proliférer plus d’un slogan haineux dans les défilés auxquels participait le prédicateur Abdelhakim Sefrioui… Entre autres.

 

Or, autant il est faux d’affirmer que la masse des militants et des intellectuels de gauche ont consciemment « misé » sur l’islamisme comme force politique, autant on peut considérer qu’ils ont longtemps manifesté, à son égard, une forme d’indulgence. Là encore, toutefois, cette indulgence relève d’abord d’un complexe de supériorité.

 

De même que Lénine définissait le « gauchisme » comme la maladie infantile du communisme, on peut affirmer que l’« islamo-gauchisme » constitue la maladie sénile du tiers-mondisme. Celle d’une gauche occidentalo-centrée, qui n’imagine pas que l’oppression puisse venir d’ailleurs. Celle d’une gauche anti-impérialiste qui voit en tout islamiste un damné de la terre, même quand il est bardé de diplômes ou millionnaire. Celle d’une gauche qui plaçait naguère sa fierté dans son aura mondiale, et qui a été surclassée par un mouvement qu’elle a longtemps regardé de si haut : l’internationale islamiste.

 

Jean Birnbaum

 

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