Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 06:00

Marcel Proust et "Le petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune"

     
 

 

Mon déjeuner de Pâques. ICI

 

« Mazette ! Quand le Taulier fait bombance, le roi n'est pas son cousin !

 

L'eau m'en vient à la bouche. J'ai montré ce menu illustré à mon épouse préférée, alléché par cette assiette de bœuf Wagyu avec cette présentation coupée en branchette très appétissante. »

 

Croulant sous les compliments du confiné de Collioure, j’ai lévité, je me suis transporté par la pensée jusque sous une tonnelle enrubannée de glycine, j’ai sorti un Havane que m’avait offert J.P.K, je l’ai fait crisser à mon oreille, je l’ai guillotiné, je l’ai chauffé amoureusement puis je l’ai allumé. Assis dans un fauteuil style Emmanuelle, j’ai savouré le café préparé par Marie-Louise pendant que Nane mordillait le bout de mes Richelieu, j’ai écouté religieusement le conte de Pâques de Pax. 

 

 

 

Petit pan de mur... Petit pan de mur...

 

Pour Bergotte * il était jaune ce petit pan de mur du tableau « Vue de Delft » de Vermeer. Un pan de mur apparemment exceptionnel qui l’emporta dans une Epectase esthétique fatale comme le raconte Marcel Proust dans « La Prisonnière ».

 

Celui qui vous est proposé ici est sans danger et aura la couleur de votre choix.

 

Oui, c’est à vous que je m’adresse.

 

Vous venez de régler votre note d’hôtel  et terminez de charger les bagages dans le coffre de la voiture familiale. Votre femme et les enfants achèvent leur petit déjeuner. Votre femme sort de l’hôtel et vous rejoint non sans avoir récupéré un dépliant du présentoir du hall. Elle est suivie par les enfants dont l’aîné a raflé une poignée de bonbons dans le panier sur le comptoir de la réception. Hilare de son bon coup, il est suivi par sa sœur qui réclame une part du butin.

 

Voilà, vous êtes tous réunis. C’est fini pour cette ville, en avant pour la suivante sur l’itinéraire des vacances. Il n’y a plus rien à voir.

 

En êtes-vous sûr ?

 

Vous avez visitez la cathédrale. Vous avez fait le tour avec les enfants courant en tous sens puis, consciencieusement vous êtes entrés pour voir l’intérieur. Votre femme s’est dirigée, à gauche, vers la boutique de souvenirs et de cartes postales pour s’enquérir d’un petit guide de l’édifice. Vous l’avez attendue à l’entrée de la nef repérant à l’avance ce qui, d’après vos souvenirs, seraient à voir, la rosace, la chaire, le jubé… Le temps que votre épouse vous rejoigne, votre fils avait entrepris, au beau milieu de la nef, le cheminement du labyrinthe à cloche pied suivi par sa sœur à quatre pattes.

 

Vous êtes passé devant le bâtiment du tribunal érigé par le même architecte que celui du théâtre, comme quelques autres édifices similaires dans la région et même, sauf erreur disiez-vous, à Paris. Va pour le théâtre aussi.

 

Vous n’avez pas manqué le musée et ses diverses sections. Vous avez, un temps, su capter l’intérêt des enfants. Ils vous ont cependant très vite échappé quand votre propre attention de visiteur a été captée par une de ces peintures que vous affectionnez. Vous avez récupéré les enfants  affalés sur une banquette. Ils s’empiffraient des bonbons de l’hôtel. Un gardien, jouant au croque mitaine avait mis fin à leur jeu de cache-cache entre les présentoirs et les dispositifs permettant l’exposition des œuvres et autres trésors.

 

Étant un touriste, particulier et averti, vous n’avez pas manqué de passer voir, selon votre habitude, la prison de la cité. Cela nous en apprend beaucoup disiez-vous, sur l’histoire et le traitement de la délinquance à rattacher à l’histoire de la cité concernée.

 

Tout cela est fort bien, la suite vous attend Il est temps de se mettre en route.

 

Encore un moment s’il vous plait. Vous avez manqué quelque chose d’essentiel.

 

Certes on en trouve dans toutes les villes mais chacune à quelque chose de particulier. Cela vaut de s’y arrêter.

 

Faites une dernière promenade. Les yeux légèrement en l’air, soyez attentifs. Vous le trouverez aisément même si les enfants vont rechigner et qu’il vous faudra acheter leur patience avec une glace. Vous ne pourrez pas manquer ce trou béant laissé par un immeuble démoli dans l’attente d’une nouvelle construction.

 

Le mur de l’immeuble de gauche, rendu visible par la démolition ne présente aucun intérêt : c’est son mur, de couleur uniforme en moellons beigeasses. Celui de l’immeuble de droite est plus curieux: c’est un mur mitoyen. Il ne peut pas être démoli sauf à ouvrir aux quatre vents toutes les pièces latérales de cet immeuble.

 

Regardez bien. Il présente des pans de murs multicolores et racontent une partie de l’histoire dernière de l’immeuble abattu.

 

Regardez les murs des pièces des cinq étages. Elles se répartissent de chaque côté de la cage d’escalier. Cette grande balafre grise qui coupe en deux, verticalement, le centre de la façade Son étroitesse et ses demi-paliers par rapport aux traces des planchers en bas de chaque pan de murs, fait qu’on ne peut pas se tromper.

 

Vous voyez celui, avec le papier peint à fleur, c’était vraisemblablement une chambre à coucher. On voit encore la trace du chevet du lit et le fil électrique qui pendouille terminé par son interrupteur en olive qui permettait d’éteindre le plafonnier sans avoir à se relever.

 

Là, avec un papier peint à larges rayures verticales, trop sérieux pour une chambre d’enfant ou même une salle à manger, un salon peut-être ?

 

Vous vous prenez au jeu et à présent. C’est vous qui montrez et expliquez à votre femme, le mur bleu comme on faisait autrefois. Certainement une cuisine. On y remarque la trace de l’évier avec, au-dessus, ces quelques carreaux blanc percé du robinet qui sort du mur, à la bonne hauteur. Là encore un papier joyeux avec une frise d’animaux : une chambre d’enfant. Regarde au premier étage, avec les grosses indiennes sur le mur : il y a encore le manteau de la cheminée !

 

Maintenant c’est votre femme qui joue aux devinettes et vous fait remarquer les traces laissées par des tableaux. Regarde, là au troisième à gauche, en rose, on dirait qu’il reste un calendrier des postes. Ailleurs un miroir au-dessus d’un lavabo ayant miraculeusement échappé à la démolition. Là encore, une série de cartes postales fixées au mur, l’une, en biais, ne tenant plus que par une punaise, l’autre avec les coins qui rebiquent.

 

Main dans la main, vous vous mettez à imaginer ce que fut la vie dans cet immeuble.

 

La peinture ou les papiers peints relativement récents indiquent les derniers arrivants. Au contraire, les plus passés devaient avoir pour occupant une grand-mère, veuve esseulée. Elle comptait les jours la séparant des vacances scolaires où les petits enfants lui étaient confiés. Puis l’âge venant, elle n’attendait plus que des cartes postales. Seule la Toussaint ramenait tout son petit monde comme en pèlerinage pour une visite au cimetière. Parfois, sur la route des vacances ils faisaient étapes et venaient l’embrasser.

 

Dans tel autre, il y eut des cris, des scènes de ménage. Dans celui-là, un professeur qui donnait des cours particuliers pour arrondir ses fins de mois.

 

On pouvait imaginer aussi la période heureuse du choix en commun des papiers peints, de la peinture et des rideaux. C’était signe d’entente avant que ce décor ne devienne banal et ne présente plus rien au regard de la vie qui passe.

 

Est-ce que la dame du quatrième, toujours maquillée et fantasque avait séduit un habitant des autres étages ? Qui fréquentait qui ? Qui était solitaire ou timide. Qui avait divorcé gardant pour lui le logement ? Les descentes bousculées du gage d’escalier, par les enfants «  le premier arrivé à gagner ! ». Le jeudi il n’y a pas classe alors on se retrouve, pour jouer, ensemble sur le trottoir. Il y a peut-être des clans .Tels étages contre tels autres.

 

Et ainsi de suite.

 

On pourrait continuer jusqu’au soir, l’imagination galopait. Vous marquez, l’un et l’autre, un temps d’arrêt entre chaque proposition. Moins pour réfléchir que prendre la respiration de la vie que vous devinez. Les vies que vous inspirent ces petits pans de murs multicolores. Votre épouse vous a serré la main un peu plus fort. Vous avez cherché des yeux les enfants que vous n’aviez plus entendus depuis quelques temps. Ils ne faisaient pas de bêtise. Assis par terre, devant la palissade condamnant l’accès au futur chantier, ils décollaient, par petits bouts le bas des affiches placardées.

 

Voilà, vous pouvez reprendre la route. N’oubliez pas la visite de la prochaine ville. Vous savez à présent qu’elle ne sera pas complète si vous ne trouvez pas, chercher bien car il s’y trouve certainement, ces  petits pans de murs bleus, roses, verts, jaunes qui vous raconteront une histoire. Peut-être même, un jour, les enfants devenus un peu plus grands, vous demanderons. « Dis papa on va voir le mur qui raconte la vie ? »

 

Bonne route et bonnes vacances.

 

Collioure – Pâques 2020

Voir Vermeer et mourir. La formule est usée, mais l'idée reprend vie quand Marcel Proust la fait sienne dans À la recherche du temps perdu. On expose des toiles de Vermeer à Paris, dont la Vue de Delft. Aux portes de la mort, l'écrivain Bergotte rassemble ses forces et se rend sur les lieux de l'exposition.

 

"Enfin il fut devant le Vermeer, qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. "C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune." Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. "Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition".

Partager cet article

Repost0
21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 06:00

Jean-François Collin

Je vais vous la faire à la Jean-François, sans fioritures, lorsque le porte-flingue de Louis Mermaz me le présenta pour occuper le poste de conseiller technique aux affaires internationales, il avait tout pour me déplaire, pensez-donc être cornaqué par le prototype même du haut-fonctionnaire arriviste, le moi je veux être placé en numéro 1 sur l’organigramme du cabinet, le conseiller auprès du Ministre, maire de l’Isle d’Abeau, ça me défrisait. Autre cerise sur le gâteau, JFC ne portait pas certains rocardiens dans son cœur, ceux qui viraient au libéralisme à tout crin, tel J.P Huchon, là j’avoue que je ne lui donnais pas tout à fait tort mais je me disais où se situe-t-il sur la grille de lecture des socialos ?

 

Bref, passé ce moment de suspicion légitime, JFC se révéla un collaborateur de haut vol, son mentor se vautra lamentablement avant de retourner sa veste pour des raisons que je n’ai pas à expliquer ici, et il gagna la confiance de Louis Mermaz, et ce n’était pas une tâche aisée croyez-moi, il le driva patiemment lors de la première réforme de la PAC qui déplaisait tant à Raymond Lacombe que notre Ministre appréciait tant.

 

Puis la roue tourna, alors qu’il coulait des jours heureux à Bonn, j’eus la bonne idée de le recommander à Louis le Pensec nommé Ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Jospin, puis lorsque celui-ci parti pantoufler au Sénat il rejoignit Dominique Voynet à l'Environnement pour diriger son cabinet et se faire envahir par les chasseurs…

 

Voilà le Jean-François était tendance VERTS.

 

Nommé Ministre conseiller pour les Affaires Economiques à l'ambassade de France à Moscou, je le présentais ainsi :

 

Jean-François Collin, même si sa modestie doit en souffrir, fait partie pour moi de ces hommes qui font honneur au Service Public. En ces temps où il est de bon ton de décrier les fonctionnaires, de les assimiler à des "quasi-parasites", de penser que réformer la machine de l'Etat se réduit à leur pure décrue, il m'est agréable de donner la parole à ce que, faute d'une autre appellation à ma disposition, on nomme généralement un grand serviteur de l'Etat.  L'homme a un petit côté austère, c'est sa réserve naturelle, mais il  est de ceux avec qui il est très agréable de travailler, précis, pertinent et, suprême qualité dans les palais de la République, Jean-François n'a pas l'échine souple : au service de l'Etat certes mais pas un poil serviteur.

 

18 avril 2008

Trois Questions à JF. Collin en direct de Moscou ICI 

 

Ensuite, JFC, fit un tour du côté de la mairie de Paris, puis au Ministère de la Culture sous Filippetti avant de gagner la Cour des Comptes présidée par un ex-mermazien défroqué nommé par Sarko : Didier Migaud.

 

Ça lui va comme un gant.

 

Il nous arrive de déjeuner ensemble chez Giovanni Passerini.

 

Image

 

Lundi matin à 10 h j’ai reçu de lui ceci…

 

 

Changer le monde après la crise. Oui, mais comment ?

 

Les appels à changer le monde d’après fleurissent. Mais comment allons-nous faire pour passer des déclarations à leur réalisation ?

 

1) Retrouver notre souveraineté économique

 

Du Président de la République au citoyen ordinaire, nous avons brutalement découvert à quel point nous étions dépendants de l’extérieur, incapables d’assurer par nous-mêmes notre existence.

 

Certains n’y verront qu’un accident de parcours et continueront à défendre que les avantages de la division mondiale du travail et de la spécialisation de chaque pays dans ce qu’il sait le mieux faire sont les conditions d’une amélioration globale du niveau de vie de l’humanité. 

 

Mais il sera tout de même difficile de justifier après cette crise notre incapacité à fabriquer des respirateurs, des réactifs permettant de tester les malades, du gel hydro alcoolique ou du paracétamol.

Cette dépendance a eu de graves conséquences sanitaires. Ses conséquences économiques sont aussi considérables, le confinement étant la seule solution dont nous étions capables, faute de moyens, et avec lui l’arrêt de l’essentiel de l’activité.

 

Et il faut enfin dire à quel point le commerce mondial est un désastre environnemental ; qu’il ne peut se développer qu’accompagné par des grands mouvements d’hommes ; ceux qui se concentrent dans des conditions déplorables dans les cités « des ateliers du monde », ceux qui organisent ces échanges et transportent les marchandises.

 

Cette division mondiale du travail pousse à la déforestation massive au Brésil et ailleurs pour cultiver le soja que consommeront les animaux des pays développés dans des ateliers de production intensifs, hier encore présentés comme la meilleure solution économique.

 

La destruction de l’environnement favorise le développement de nouvelles maladies et le mouvement des hommes leur propagation.

 

Ce constat semble, en ce moment, largement partagé. Mais comment passer du constat à la reconquête de notre souveraineté économique ?

 

Sommes-nous conscients de notre niveau de dépendance aux importations ?

 

Plusieurs personnes ont essayé de vivre quelques mois en n’achetant que des produits français et ont rendu compte de leur expérience dans des documentaires télévisés et des articles de presse. Le résultat dépassait largement les rêves les plus fous de la frugalité heureuse. Leur vie devenait parfaitement impossible et ils ne parvenaient pas à se procurer les biens essentiels à la vie.

 

La situation de notre commerce extérieur est catastrophique. Nous sommes déficitaires dans presque tous les secteurs. L’énergie, bien sûr, mais aussi dans la plupart des secteurs industriels et même pour les échanges agroalimentaires, qui furent longtemps un fleuron français. Seul le secteur des vins et spiritueux et celui des produits laitiers restent excédentaires. Nous importons massivement les fruits et légumes que nous mangeons, la viande, et les produits transformés.

 

Nous sommes tous favorables à la transition énergétique, mais celle-ci est pour le moment fondée sur l’importation massive de panneaux solaires chinois, de terres rares indispensables au fonctionnement des éoliennes et des outils électroniques qui permettent le fonctionnement des « réseaux intelligents » qui permettent de mieux gérer la consommation d’énergie.

 

Le bilan est le même dans la plupart des secteurs

 

Passer d’une telle situation de dépendance à une plus grande autonomie demandera du temps, des investissements et des politiques économiques et commerciales favorables.

 

Une période de transition difficile et douloureuse.

 

Notre dépendance au reste du monde a deux visages:

 

  • nous en dépendons par ce que nous lui achetons et que nous sommes plus capables de faire.

 

  • nous en dépendons par ce que nous lui vendons et que nous ne pourrons plus vendre si le monde de demain est celui de la fragmentation économique, accompagnée inévitablement de la fermeture de certains marchés pour nos ventes d’avions, de matériel de transport ou de production d’énergie, de vin ou de fromages… A terme, la reconquête du marché intérieur ouvrira d’autres débouchés, mais la longueur du terme n’est pas indifférente et beaucoup d’entreprises peuvent périr pendant la transition avec la misère supplémentaire qui peut  en résulter.

 

Identifier les secteurs dans lesquels nous voulons restaurer notre souveraineté

 

Qui sera chargé de le faire ? Une commission gouvernementale, le Parlement, le Conseil économique, social et environnemental, les régions ; les communes, les dirigeants des entreprises, les syndicats, les chercheurs, les citoyens par reférendum ?

 

Sans doute un peu tous ceux-là, sous des formes qu’il faudra déterminer.

 

Dire jusqu’à quel point nous souhaitons redevenir souverains.

 

Prenons l’exemple de la santé. Nous devons être capables de produire dans des délais rapides les équipements de base qui nous manquent aujourd’hui (masques, réactifs pour les tests, respirateurs, paracétamol, antibiotiques). Mais la recherche médicale progresse grâce à la coopération entre chercheurs du monde entier. Il n’existe pas encore de vaccin ou de traitement du covid-19, mais le séquençage génétique du virus a été partagé par les équipes chinoises peu de temps après le début de l’épidémie, permettant aux équipes du monde entier de travailler à la recherche d’une solution.

 

Il faudra donc trouver un chemin permettant de restaurer notre souveraineté tout en maintenant un cadre de coopération scientifique et économique avec le reste du monde.

 

Quelle politique de reconquête de notre souveraineté économique ?

 

Une fois que nous aurons défini les secteurs dans lesquels nous voulons être souverains et le degré d’indépendance que nous souhaitons, il faudra mettre en place les moyens d’y parvenir.

 

C’est à la fois simple et compliqué. Plusieurs raisons expliquent notre situation.

 

Nous avons un problème de compétitivité : nos produits, souvent de moyenne gamme, ne sont pas assez sophistiqués pour le marché des produits de qualité (le marché automobile est un bon exemple qui peine à remonter la pente malgré une amélioration de la qualité des voitures françaises), et sont trop chers par rapport à la concurrence des pays à bas prix pour le reste.

 

Comme on ne transforme pas une telle situation en quelques mois, et qu’aucun plan de relance, même massif et même financé par des euro bonds ne réglera ce problème, il faudra protéger notre marché intérieur, notamment par des tarifs douaniers sur certains produits sensibles et subventionner certains secteurs industriels pour les remettre à niveau.

 

Ce n’est pas possible dans le cadre du marché unique européen et du droit de la concurrence actuel.

 

Il faudra donc renégocier le pacte européen. Le refonder comme un pacte entre Nations souhaitant coopérer de façon approfondie, en respectant les différences de niveau de développement des pays participant à ce pacte et en leur laissant les marges de manœuvre nécessaires à une convergence progressive de leurs économies.

 

La France doit pour cela accepter l’idée qu’elle ne fait plus jeu égal avec l’Allemagne dans une Europe économiquement unifiée sous la coupe de ce binôme. Elle doit utiliser ce qui lui reste d’influence, avec d’autres pays européens, pour renégocier les conditions de sa participation à une construction européenne plus réaliste, dont la marche ne sera plus dictée par les seules exigences d’une monnaie unique qui impose l’alignement sur le pays le plus performant économiquement, au prix de la disparition des activités non rentables dans les pays moins performants et d’un ajustement par la libre circulation des travailleurs qui iraient se localiser là où existe l’activité. 

 

Tout cela est évidemment très compliqué et peut paraître irréaliste. Mais si l’on considère que ce n’est pas possible, qu’il n’y a pas de majorité en Europe pour cela et qu’il n’y en aura jamais, il ne faut pas faire semblant de croire que nous pourrons retrouver notre souveraineté économique même dans les seuls secteurs mentionnés par le Président de la République dans son allocution du 16 mars dernier. 

 

2)  Revoir les hiérarchies sociales

 

En plus d’un problème de compétitivité, nous avons un problème de mentalité collective. A force de dire qu’il était bon de laisser les pays en développement faire le travail de production tandis que nous devions nous spécialiser dans les tâches de conception et les nouvelles technologies, nous avons perdu sur tous les tableaux. Nous ne produisons plus grand chose et nous ne sommes pas non plus un pays remarqué pour ses capacités d’innovations « disruptives » comme on dit aujourd’hui.

 

Nous avons surtout développé une large bureaucratie publique et privée, la multiplication des « bullshit jobs » si bien décrits par David Graeber, qui produisent surtout des réunions et des « power point ».

 

Pourquoi un médecin ou un ingénieur gagnent-ils beaucoup moins qu’un énarque ou une personne ayant suivi une école de commerce, sauf si le médecin abandonne la médecine pour aller travailler dans un groupe pharmaceutique ou si l’ingénieur s’oriente vers des carrières de « manager » et abandonne la production ? D’où sort cette conception selon laquelle la production mérite moins d’être rémunérée que les tâches bureaucratiques ou financières ?

 

Pourquoi une infirmière, un enseignant, un éboueur… sont-ils moins rémunérés qu’un consultant, un administrateur territorial ou un député ?

 

Cette question était déjà posée par Saint-Simon en 1819, qui comparait les dégâts respectifs causés par la disparition de ceux qui produisent et de ceux qui administrent et dirigent. Nous avons vu pendant la crise quels étaient les emplois indispensables et ceux qui l’étaient moins. Nous devrions en déduire une révision profonde de la hiérarchie des salaires. Comme les ressources ne sont pas infinies, il faudra pour financer la hausse des salaires des professions les moins bien payées, qui sont aussi les plus nombreuses, prendre à celles qui sont mieux servies aujourd’hui. Comment parvenir à ce résultat sans crise violente, sans affrontements entre les couches sociales ? Comment passer des applaudissements aux fenêtres à la redistribution sociale ?

 

Il faudrait que les partis et les syndicats sortent des déclarations générales et fassent des propositions de méthode, présentent des objectifs, proposent un calendrier.

 

3) Consommer moins, économiser les ressources

 

La crise nous aurait appris la sagesse en nous maintenant à la maison et en nous obligeant à réfléchir à ce qui était vraiment important.

Prenons cette idée comme point de départ.

 

Mais un mode de consommation ne se modifie pas en un tour de main, à la suite d’une révélation.

 

Nous avons redécouvert que les services publics étaient essentiels. Parlant de la santé, le président de la république a même dit que son financement n’était pas une charge pour le pays. Enfin et tant mieux !

 

Alors abandonnons ce discours, qui est une idéologie, sur « les prélèvements obligatoires » qui mêlent impôt sur le revenu, TVA, cotisations sociales destinées à financer la santé et la retraite, taxes affectées au développement de tel secteur économique.

 

Abandonnons cet objectif fixé par le Président de la République au début de son mandat de ramener à moins de 50% du PIB la part des « prélèvements obligatoires ».

 

Que l’éducation soit financée par l’impôt ou par des frais de scolarité exorbitants, la dépense n’en est pas moins obligatoire pour les familles, mais dans un cas elle financée de façon solidaire, dans l’autre seuls les riches peuvent permettre à leurs enfants d’étudier.

 

Que la santé soit financée par des cotisations sociales ou par le malade qui paie directement des frais de santé considérables aux médecins et aux hôpitaux, la dépense n’en est pas moins obligatoire (on n’est pas malade par plaisir), mais dans un cas le financement des dépenses de santé est mutualisé, les bien portants permettent aux malades, riches ou pauvre de se soigner, dans l’autre les riches peuvent payer leurs soins, les pauvres non.

 

L’objectif du discours tenu depuis quarante ans en faveur de la réduction des prélèvements obligatoires, est d’en finir avec ce qui existait de solidarité entre les humains, quelle que soit leur situation de fortune. Ce discours est né de la sécession des riches dans les années mille neuf cent quatre-vingt. Il est temps de dire qu’il doit être abandonné.

 

Pour qu’il y ait des services publics, il faut qu’il y ait des ressources publiques, donc des impôts, donc du partage. Il faut que les premiers de cordée reprennent leur place au-milieu des citoyens.

 

Il faut aussi que le service public reprenne sa place dans la cité en rendant des comptes sur son efficacité.

 

Quant à notre consommation de biens, elle évoluera sous différentes impulsions.

 

La prise de conscience est nécessaire, elle n’est pas suffisante.

 

Nous devrons accepter de payer plus cher des biens relocalisés et d’en consommer moins.

 

Mais ce que les économistes appellent le « signal prix » a ses limites. Les SUV ont beau être plus chers qu’une voiture ordinaire et supporter une taxe d’immatriculation de plusieurs milliers d’euros, ils se vendent de mieux en mieux en raison des effets de mode, de différenciation sociale, de la publicité… Pourquoi ne pas interdire la fabrication de voitures dépassant une certaine consommation et une certaine vitesse ? Le monde sera moins fun mais il faut savoir ce que nous voulons.

 

Changer de mode de consommation sera un renoncement. Il faut en définir les modalités. Qui décidera de ce à quoi nous devons renoncer et comment ?

 

Il ne peut pas y avoir de politique sérieuse de modification des comportements de consommation sans une politique économique d’égalisation des conditions.

 

Les plus riches sont ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre et consomment le plus. Réduire de 10% la consommation de tous quand certains consomment 1000 et d’autres 10 et polluent à proportion, n’est pas une méthode acceptable.

 

La redistribution sociale est la condition de la modification profonde des modes de consommation, ce par quoi il faut commencer. A défaut, il y aura d’autres crises « des gilets jaunes », d’autres mouvements de ceux qui n’ont déjà pas grand-chose et auxquels on demande de renoncer tandis que ceux qui ont tout…

 

4) La démocratie

 

Ce qui est devant nous est considérable : redéfinir notre façon de produire, de consommer, réévaluer la hiérarchie sociale et ce qui la fonde, refonder notre relation aux autres pays européens et au reste du monde.

 

A l’évidence, notre mode de gouvernement hyper-centralisé et si peu démocratique ne permettra pas d’organiser une telle transformation.

 

La comparaison entre les résultats de l’Allemagne et de la France dans la gestion de cette crise, sans parler des résultats dans les autres domaines est cruelle.

 

Dé-présidentialiser la France, redonner du pouvoir à un parlement mieux élu, représentant mieux le pays et qui ne soit plus une chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif, est une nécessité.

 

Il faut décentraliser les décisions. La centralisation de la gestion du système de santé français a montré son inefficacité.

 

Les citoyens doivent être responsabilisés et incités à aller au-delà de la protestation. C’est une belle tâche politique que d’imaginer une démarche collective qui permette aux citoyens de réfléchir à ce qu’ils veulent, de confronter leurs aspirations, d’en voir les contradictions et les conditions de réalisation. Bruno Latour a fait une proposition intéressante de démarche pour définir ce que nous voulons. D’autres peuvent être faites. L’essentiel est de mettre les citoyens en mouvement lorsqu’ils sortiront du déconfinement pour qu’ils transforment en actes ce qui n’est aujourd’hui que déclaration de bonne intention.

 

Jean-François Collin

20 avril 2020

Jean-François Collin ICI

Conseiller maître à la Cour des comptes [Secrétaire de l'Iddri]

Agriculture : la pandémie ravive le débat sur l’autonomie alimentaire de la France

Agriculture : la pandémie ravive le débat sur l’autonomie alimentaire de la France ICI

Partager cet article

Repost0
18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 06:00

L’image contient peut-être : texte

Face à la crise sanitaire que nous subissons, vu l’état de déliquescence des partis politiques, la Constitution de la Ve République, en passe de devenir la plus résistante à l’usure du temps (62 ans contre 69 pour la IIIe), en dépit des critiques, semble l’outil le plus adapté.

 

C’était l’avis de mon ami Guy Carcassonne dont Christiane Taubira, garde des Sceaux lors de son décès en juin 2013 disait : « Grand professeur de droit public, il était devenu une figure incontournable du débat public et constitutionnel contemporain. Défenseur acharné de la Constitution, doué d'un sens critique de nos institutions rare et fécond, il avait érigé sa science de la Constitution en un art de l'interprétation rigoureuse et intuitive. Attaché à son activité de professeur qu'il a toujours souhaité exercer parallèlement aux responsabilités importantes dont il a été investi, il a formé plusieurs générations d'étudiants, leur transmettant sans relâche les bases immuables d'un État de droit juste et exigeant. »

 

Il est l’auteur du PETIT DICTIONNAIRE DE DROIT CONSTITUTIONNEL

 

PETIT DICTIONNAIRE DE DROIT CONSTITUTIONNEL

 

La France connaît, avec les institutions de la Ve République, une démocratie stable depuis six décennies – fait rarissime dans notre histoire. Chacun doit connaître notre Constitution, pour comprendre comment le pouvoir est attribué et exercé, pour se saisir des droits et libertés que chacun peut désormais invoquer.

 

Loin des idées reçues, ce livre commente notre texte fondamental, article par article, avec un mélange exceptionnel de rigueur et d'humour, de précision et d'esprit critique. Ainsi est-il devenu la bible des étudiants, des journalistes, des élus et, de plus en plus, des citoyens.

 

Guy Carcassonne a écrit ses onze premières éditions. Marc Guillaume a ensuite pris le relais pour faire vivre cette œuvre fondamentale.

 

Il serait «vain et même indigne, d'affecter de gouverner, dès lors que les partis ont recouvré leurs moyens et repris leurs jeux d'antan» de Gaulle

 

Le père de la Constitution de la Ve République, Michel Debré a traduit dans celle-ci l’exécration de Charles de Gaulle pour ce qu’il qualifiait avec mépris de régime des partis. Devant ses ministres réunis le dimanche 20 janvier 1946, il expliquait qu'il serait « vain et même indigne, d'affecter de gouverner, dès lors que les partis ont recouvré leurs moyens et repris leurs jeux d'antan ».

 

Il s'agit, dans son esprit, de bien choisir entre un gouvernement qui gouverne et une assemblée omnipotente, ne faisant que déléguer à un gouvernement pour accomplir ses volontés.

 

Dans ses Mémoires de guerre (Le Salut), de Gaulle s’expliquait : « J'entrai, serrai les mains et, sans que personne s'assit, prononçai ces quelques paroles : « Le régime des partis a reparu. Je le réprouve. Mais, à moins d'établir par la force une dictature dont je ne veux pas et qui, sans doute, tournerait mal, je n'ai pas les moyens d'empêcher cette expérience. Il me faut donc me retirer. Aujourd'hui même, j'adresserai au Président de l'Assemblée nationale une lettre lui faisant connaître la démission du Gouvernement. Je remercie bien sincèrement chacun de vous du concours qu'il m'a prêté et je vous prie de rester à vos postes pour assurer l'expédition des affaires jusqu'à vos successeurs soient désignés. »

 

Dans une chronique à propos du 49-3 et des ordonnances je posais la question : À quand le retour des apparentements que le gouvernement de la Troisième Force avait fait voter dans une loi électorale de mai 1951 qui instaure les apparentements. La Troisième force fut une coalition politique française sous la quatrième qui rassemblait les socialistes de la SFIO, le MRP et les radicaux plus quelques petits partis centristes. Cette loi prévoyait que, dans un scrutin proportionnel, deux listes distinctes pouvaient annoncer qu'elles s'apparentaient. Dans ce cas, elles additionnaient le nombre de voix qu'elles ont obtenues. Si à elles deux elles obtenaient la majorité absolue des suffrages, elles recevaient tous les sièges au sein d'une circonscription. Ce système favorisait les partis de la Troisième Force qui pouvaient s'apparenter, alors que les gaullistes ou les communistes ne pouvaient pas le faire. Le triomphe du régime des partis !

 

Trêve de politicaillerie la parole est à notre titulaire d’un D.U. Expert en Œuvres d’Art - Panthéon/Assas/Paris II

 

Fondation Giacometti - Picasso‑Giacometti

 

PICASSO ET GIACOMETTI – octobre 2016 – PARIS

                                               «  En revenant de l’exposition » Chanson populaire

 

Thomas MANN a écrit un petit ouvrage intitulé « GOETHE et TOLSTOÏ » indiquant d’emblée que c’est bien de cela qu’il entendait parler, que ce n’était pas une erreur et qu’il n’avait que faire de rajouter à la liste des études sur Goethe et Schiller ou Tolstoï et Dostoïevski, aussi bonnes pussent-t-elle être, son avis sur ce type de comparaison.

 

Les apparentements sont des sujets délicats, pleins de risques et qui, souvent manquent leur coup.

 

Celui de « Picasso et Giacometti » est de ceux-là.

 

Expo : Picasso et Giacometti au Musée Picasso | A Nous Paris

 

L’exposition qui se tient actuellement au Musée PICASSO n’est faite que d’une juxtaposition d’œuvres . On a beau chercher, aucune filiation ne saute aux yeux. Les apparentements avancés, sont fragiles et souvent fabriqués pour le besoin du raisonnement.

 

Ces deux artistes ont traité le même sujet : la belle affaire ! Il faudrait alors rechercher s’il existe une parenté entre tous les artistes d’une même époque et qui auraient ou suivi les cours de l’un d’entre eux ou été l’élève d’un autre et, par ce qu’ils auraient traité le même sujet mériterait une étude comparative eu même une exposition/confrontation.

 

Si le but recherché semble échouer, l’exposition donne cependant à revoir des œuvres de Giacometti dans leur simple présence, dépourvu de tout l’appareil muséographique qui aujourd’hui, passage obligé hélas, pollue la perception des œuvres comme si le visiteur était incapable de recevoir, à sa manière et avec sa sensibilité les qualités des œuvres que sa curiosité l’a amené à venir voir. A persévérer dans cet assistanat on va créer des handicapés de la sensibilité qui seront comme une poule devant un rasoir mécanique incapable de toute réaction.

 

Les œuvres de PICASSO, pour leur part, ne sont pas parmi les meilleures. On pourra cependant trouver satisfaction à contempler des œuvres de jeunesse rarement exposées. Elles illustrent cette phrase rabâchée mais qui n’est pas qu’une boutade : «  enfant je peignait comme VELASQUEZ et j’ai mis 60 ans à peindre comme un enfant. Les portraits  de famille et/ou auto portait réalisés entre l’âge de 15 et 20 ans et présentés ici illustre cette affirmation. Dans la même salle se trouvent également des peintures de GIACOMETTI, même sujet, même précocité qui permet un rapprochement mais constitue un élément par trop mince pour justifier l’exposition.

 

La salle ou sont rassemblées les sculptures animalières des 2 artistes montrera combien est différentes l’œuvre de GIACOMETTI .Il introduit le mouvement dans ses sculptures alors que celles de PICASSO sont statiques, figées comme un monument.

 

Certes il peut  être intéressant de rechercher ce que GIACOMETTI doit à PICASSO, lui qui semble s’en défendre Mais cela vaut-il une exposition ?

 

Cette exposition semble trouver son public, vraisemblablement plus  en raison du nom de PICASSO tant ce diable d’homme constitue un mystère qui n’est pas prêt de se lever, que du nom de GIACOMETTI et/ou de la problématique que voudrait épuiser l’exposition.

 

On pourra préférer une visite au musée BOURDELLE. On apprendra que GIACOMETTI fréquenta  son atelier. Cependant, tout au long de sa vie, il minora l’influence de ce maître alors que là, justement, les apparentements crient le contraire. 

On pourra également rapprocher des sculptures de BOURDELLE avec des peintures de PICASSO telle «  Deux femmes courant sur la plage » (La Course) 1922 dont la proximité est saisissante comme quelques autres peinture de la « Période Rose » Mais laissons aux historiens de la peinture démêler les fils qui relient ces trois artistes cela peut donner un« Arbre généalogique » plus instructif et intéressant qu’un apparentement quelque peu gratuit.

Partager cet article

Repost0
15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 06:00

L'ARROSEUR ARROSÉ | saliannefrenchfocus

Ce titre, d’une vulgarité inouïe, m’a posé un grave cas de conscience, pouvais-je ainsi interpeller Pax et, qui plus est, en le tutoyant ?

 

Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas le tutoiement facile – scorie à la fois de mon époque prof et de mon job sous les ors de la République, les socialos et les hauts-fonctionnaires se tutoient entre-eux – mais pour le charrier un brin, le vanner grave, la vulgarité et le tutoiement à la Béru s’imposait.

 

Béru contre San Antonio par Dard

 

Citation à l’appui : « Je me dis in petto, l’autre variante de la chanson à Béru : « Pomme pomme pomme pomme, pomme, pomme, pommme, poooomme… » Mais c’est de moi que je cause. Ah oui, pomme. Triste, sombre, garcerie de pomme ! Pomme gâtée. Pomme de reinette et pomme d’api. Pomme d’arrosoir et d’escalier. Pomme funèbre ! Le sergent du jus de pomme… »

 

Lire « Et moi, dit bibi, dit mézigue, dit ma pomme, dit mégnace » : L'argot et les pseudos pronoms chez San-Antonio [article] Françoise Rullier-Theuret ICI 

 

Mon passé d’enfant de chœur et ma pratique obligée de la confession, après contrition, me font penser qu’il m’accordera son pardon pour ce titre d'arroseur arrosé.

 

Ancienne pomme d'arrosoir FER BLANC déco jardin jardinier campagne ...

 

 

Que faire par ces temps de confinement quand les yeux sont usés à visionner des films, lire la presse et les livres ( relire Proust - car on ne lit jamais Proust, on ne fait que le relire si on en croit nos hommes politiques quand l’été venu et avec lui le temps des vacances et qu’on les interroge sur ce qu’ils allaient faire pendant leurs congés : « Je vais en profiter pour relire Proust » et un des plus beaux marronniers de la langue de bois – Tout le monde ne peut pas lire Zadig et Voltaire à moins que ce ne soit de Jadis et Naguère  dont voulait parler ce cador) ?

 

Jouer en baillant au Petits Chevaux, au Triaminos, refuser pour la énième fois de jouer au Master Mind, ou, pauvre POMME je perds à chaque fois

 

Que faire donc ?

 

Et si on jouait au Taulier ?

 

Et c’est parti, en voiture Simone.

 

Voici donc une chronique façon Taulier, sur LA POMME justement.

 

Que peut-on dire qui ne soit connu, ultra connu ?

 

Mais en variant le ton, pourquoi pas.

 

Essayons donc.

 

CROQUER LA POMME ce que nous fit faire cette Ste Nitouche d’Eve et qui nous fit , d’abord TOMBER DANS LES POMMES, avant que ne s’aggrave la chute.

 

Cela a eu du mal à passer puisque depuis, nous reste en travers de la gorge, la POMME D’ADAM

 

POMME DE REINETTE ET POMME D’API nous chante la comptine

 

POMME D’OR (du jardin des Hespérides) mites au logis

 

POMME de Guillaume Tell (frère de Sophie et de sa jeune sœur Minnie)

 

POMMEAU DE DOUCHE là je sèche

 

POMMADE dont l’excipient et la pomme, ce qui permet de se pommader

 

POMMENADE  dans les bois) ça n’a pas l’r mais par les temps qui courent...

 

POM Pom Pom Pom ( Beethoven)

 

POMME D’AMOUR que l’on croque chacun son tour sur le champ de foire. Des "je t'aime" de quatorze-juillet... Des "toujours" qu'on achète au rabais Edith Piaf

 

POMME DE NEWTON (à ne pas confondre avec la baie noire d’Archimède)

 

LA CHAUX, POMME d’origine de St Yrieix (Coucou Aredius )

 

Jeu de POMME (là vraiment je n’ai pas la main)

 

Ma POMME nous chante cavalièrement Maurice Chevalier

 

La tarte aux POMMES (j’ai bien dit aux pommes et non à la pâtissière)

 

On pourrait jouer avec les noms de toutes les sortes de pommes dont le Taulier (le vrai) nous entretient de temps en temps. Mais il s’agit ici d’un pastiche et non d’un devoir à rendre.

 

Malus domestica Borkh. reinette de brive

 

Il en est une cependant qui retient mon attention : La de l’Estre ou Sainte Germaine ou pomme Comte que Turgot, intendant de la généralité de Limoges de 1761 à 1774, découvrit à Saint Germain les Vergnes en Corrèze et qui en préconisa sa culture. Entré dans une chaumière l’intendant demanda à manger et on lui servi du pain et quelques pommes après que le paysan ait dit à sa femme : « donne leur quelques pommes du pommier de l'estre ».

L’estro signifie fenêtre en occitan.

 

Tout cela pour en venir au cœur de mon sujet : « Pomme et fenêtre »

 

Il y a peu, le Taulier évoquait ou illustrait une de ces chroniques par un tableau de Van Eyck.

 

J’adore Van Eyck, bien que cet artiste sorte de mon domaine de compétence. J’adore, je vénère son tableau « La Vierge de Lucques ». Vous allez comprendre pourquoi.

 

Vierge de Lucques, 1436 - Jan van Eyck

 

L’oeuvre fut admirée par Rainer Maria Rilke qui, dans son Testament (rédigé vers 1922 mais publié uniquement en 1972) : «  Je m’absorbais dans la contemplation de la planche étalée sous mes yeux. C’était la Vierge de Lucques de Jean Van Eyck, la gracieuse Vierge au manteau rouge tendant à l’enfant assis, très droit, et qui tète avec gravité le sein le plus charmant. Et tout à coup je désirai, je désirai, oh ! je désirai de toute la ferveur dont mon cœur a jamais été capable, je désirai d’être non pas l’une des petites pommes du tableau, non pas l’une de ces pommes peintes sur la tablette peint de la fenêtre – même cela me semblait trop de destin… Non : devenir la douce, l’infime, l’imperceptible ombre de l’une de ces pommes -, tel fut le désir en lequel tout mon être se rassembla. Et comme si un exaucement était possible, ou comme si ce souhait à lui seul accordait à l’esprit une pénétration miraculeusement sûre, des larmes de reconnaissance me vinrent aux yeux » (Paris, Seuil, 1998, p. 43).

 

Ce texte pour moi déjà très émouvant l’est encore plus quand on connaît ce merveilleux film de Richard Lester « La Rose et la Flèche » .Les dernières images nous montre un Robin âgé, à l’article de la mort (superbe Sean Connery). Il écoute une des plus belle déclaration d’amour (mouchoirs) qui puisse s’entendre que lui fait Marian (sublime Audrey Hepburn).

 

La Rose et la flèche (Robin and Marian - Richard Lester, 1976 ...

 

Mais aussi, sur le bord de la fenêtre, deux petites pommes. Le film se termine en plan fixe sur ces deux petites pommes…

 

A ce jour, je n’ai trouvé aucun lien, aucune explication sur la présence de ces pommes. Ni sur le tableau de Van Eyck (symbole ?) Ni sur celles du film.  Lien entre les deux œuvres ? – signification, interprétation ?) Nada, rien.

 

Fin de partie.

 

Le gros balourd émotif que je suis fait un appel au peuple.

 

Collioure le 4 avril 2020

Partager cet article

Repost0
9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 06:00

Aucune description de photo disponible.

« La critique d'art est aussi imbécile que l'espéranto. »

 

Blaise CENDRAS

 

Le Mooc (de l'anglais Massive Open Online Course), aussi appelé « cours en ligne ouvert à tous », est un outil de formation à distance via Internet.

 

« Il y a des livres pour être lus et des livres pour être là » disait Jean Cocteau dont la phrase exacte ne visait pas ce qu’on qualifiait alors les beaux livres et qui allait devenir ce que les Anglais allaient bientôt, devant l’inflation des parutions, appeler « les livres de table de salon » Ceux que l’on place ostensiblement pour impressionner les invités.

 

Aujourd’hui, ces livres d’art pullulent, au point qu’on en trouve beaucoup dans les solderies.

 

Dans mon  enfance, il y en avait un à la maison. C’était un cadeau d’entreprise reçu par mon père pour les fêtes de fin d’année. Il appelait cela, peut-être improprement « une perruque». Peut-être se sentait-il mal à l’aise et redoutait-il de commettre un abus de bien social puisqu’il l’avait reçu « au bureau ».

 

Ce livre me plaisait beaucoup et j’étais le seul des quatre enfants à montrer ce plaisir. Le jeudi après-midi j’avais accès au salon. Je pouvais m’asseoir dans le grand fauteuil de mon père. Il était tout à côté du grand poste de radio en bois vernis où l’écran affichait les noms de stations qui laissaient rêveur tel Radio SOTTENS. Il avait aussi un oeil vert fluo permettait de affiner la réception.

 

Le livre sur les genoux je feuilletais l’ouvrage en prenant bien soin de n’attaquer la page à tourner que par l’angle en haut à droite comme si ma grand-mère maternelle m’observait par-dessus mon épaule prompte à me rappeler sèchement à l’ordre de sa voix glaciale et autoritaire

 

C’était un livre de peintures composé d’une reproduction d’un tableau en plein page de droite et d’une légende au format carte postale centrée sur la page de gauche en vis à vis.

 

Seule une reproduction me captivait et retenait mon attention.

 

Je jetais au passage un coup d’œil sur un portrait qui me rappelait l’actrice Geneviève Page. Ce portrait précédait « La ronde de nuit de Rembrandt » qui me mettait en bouche car la peinture suivante n’était autre que « L’homme au casque d’or » du même Rembrandt.

 

L'Homme au casque d'or — Wikipédia

 

Je passais alors des heures à observer, contempler, détailler le tableau. A imaginer aussi l’artiste au travail et le voyage pour aller le contempler.

 

Puis la famille a éclaté. Je ne sais où est passé l’ouvrage.

 

L’adolescence m’est tombée dessus comme une maladie dont j’ai mis des années à me remettre. Mais « L’homme au casque d’or » restait caché dans ma mémoire, mon musée personnel. Il se rappelait à moi de temps de temps en temps. A chaque fois, comme le presbytère et le jardin du «Mystère de la chambre jaune » il n’avait jamais perdu de son charme ni de son éclat.

 

Autour de la quarantaine, bien que d’éducation catholique je suivais des cours à la faculté de théologie protestante. C’est au hasard de la fermeture du secrétariat de la faculté de théologie catholique que je me suis inscrit chez « ceux d’en face », trop paresseux pour revenir faire la queue et remplir les formalités nécessaires.

 

A la même époque je me suis séparé de la mère de mon ainé .Perturbé par cette pénible péripétie, j’ai quelque peu séché les cours. Un après-midi le téléphone sonne : c’est mon professeur de théologie qui s’inquiète de ne plus me voir. Je lui donne quelques explications moroses et désabusées. Il me recommande de ne pas les oublier et m’invite à partir en voyage d’étude sur les traces des Huguenots émigrés à Berlin suite à la révocation de l’Edit de Nantes. Ce sera préférable plutôt que de  vous morfondre, voir vous complaire dans une solitude stérile, ajoute-t-il.

 

Berlin ! Bien sûr que je vais y aller. D’ordinaire je n’aime pas les voyages. L’expérience a montré que je suis incapable de choisir une destination parmi toutes celles qui me tentent. Je justifie cette aboulie par une boutade du genre : Les pyramides ou les chutes du Niagara n’ont pas besoin de moi pour être admirées. Mais un voyage avec un groupe partageant en commun quelques centres d’intérêts, pourquoi pas. Et Berlin avec son mur, plutôt deux fois oui.

 

Et même trois fois oui, car à Berlin, au musée de Dahlem, se trouve « L’homme au casque d’or »

 

 

Voyage traditionnel et pittoresque en train militaire : les rideaux seront maintenus baissés une fois franchie la frontière de la RDA. Visite intéressante et conforme aux attentes. Au premier temps libre usuellement octroyé dans ce genre de déplacement je file à Dahlem à la Gemäldegalerie.

 

Je ne me souviens pas de l’aspect du bâtiment dont l’entretien indiquait clairement  qu’à ce moment-là, les priorités de Berlin-Ouest  étaient toutes autres. A peine si je garde en mémoire les allées boisées aux couleurs d’automne, le hall d’accueil lugubre et un gardien somnolant. Il me récite néanmoins le contenu des étages et l’itinéraire de visite recommandée.

 

Je lui demande ou est exposé « L’homme au casque d’or »Je me précipite dans la salle indiquée en ignorant les salles traversée quelque soient les autre chefs d’œuvres de la collection du musée.

 

A l’époque les salles d’exposition de ce musée sont des salles d’apparat que l’on dit commandées car on y accède l’une après l’autre franchissant des doubles portes du côté du mur de façade comme cela se pratiquait avant l’invention du couloir. C’est le type de disposition que l’on voit dans les palais et châteaux jusqu’au 18ième siècle et début du 19ième

 

Une fois dans la salle indiquée, pas de tableau j’étais déjà surpris d’être pratiquement le seul visiteur. Un tableau tel que « L’homme au casque » aurait dû avoir une foule de visiteur semblable à la cohue entourant  la Joconde au Louvre. Un musée ayant la bonne fortune d’abriter un tel chef d’œuvre se devait de lui assurer une présentation équivalente.

 

Rien, pas de Casque d’Or. Pas d’homme, pas de tableau. Pas de place vide non plus avec une éventuelle information sur le sort du tableau. Prêté à un autre musée. En déplacement pour une rétrospective Rembrandt sur un autre continent. Les organisateurs de manifestations culturelles devaient  s’arracher une telle pièce. Rien.

 

Je retourne à l’accueil, dans mon excitation j’ai peut-être mal mémorisé le numéro de la salle. Le gardien confirme sa première information. J’y retourne : c’est la bonne salle, celle que j’ai déjà visité. Avec soin je fais un à un, le tour des tableaux exposés. Le tableau est peut-être moins grand que la taille que lui prête mon imagination et mon admiration. Rien.

 

Me voilà encore une fois à l’accueil .J’avoue piteusement n’avoir rien trouvé et ce n’est pas une question de langue. Mon allemand parfois approximatif est suffisamment correct pour assure la clarté d’échange aussi simple que nécessite celui que j’ai avec mon gardien de musée même si l’accent berlinois peut désarçonner un allemand apprit dans d’autre région.

 

Le gardien, sans un mot, quitte son comptoir : manière de me faire comprendre qu’il faut le suivre. Il adopte un pas ferme que j’emboite, tout aussi déterminé. Nous arrivons dans la salle concernée. D’un coup d’œil je vois bien que rien n’a changé depuis toute à l’heure. Je me demande, un instant, par quel miracle va apparaître mon tableaux préféré.

 

Le gardien n’est pas réellement entré dans la salle. Resté à hauteur de la porte, il a saisi, comme pour la fermer le battant plaqué contre le mur.

 

La manœuvre révèle mon tableau. Il est piteusement accroché, comme mis au coin, en pénitence pour on ne sait quelle bêtise. Non seulement il n’occupe pas de place royale dans une salle dédiée mais ces gougnafiers de conservateurs, quelque peu  honteux de posséder une telle œuvre la dissimule, dans la salle où ils consentent à l’exposer, derrière un battant de porte, en pied de cimaise. Je le regarde. L’air fatigué qu’aborde le soldat, décrit presque par tout le monde, ses yeux baissés lui donne l’expression penaude du mauvais élève « au coin » que le maitre montre aux parents venus le chercher. Il est loin l’aspect de l’homme dont le casque flamboyait dans ma mémoire.

 

Que s’est-il passé ?

 

Comment ce chef d’œuvre de la peinture occidentale a pu en arriver là ?

 

Peut-être  est-ce moi qui, par un goût dévoyé, a attribué une valeur plus que surfaite à un semblant de chromo ?

 

Je n’en crois rien, je suis sûr de moi, je sais que j’ai l’œil.

 

Que s’est-il donc passé ?

 

Tout simplement que les amateurs d’arts ont été supplantés par des techniciens de toute nature : historiens d’art, critiques, scientifiques. Toute cette engeance qui aujourd’hui occupent le devant de la scène car il est plus facile de parler technique ou d’argent, que d’art.

 

Et c’est ainsi que la suspicion a été jetée sur l’authenticité du tableau.

 

Un travail d’élève ?

 

Peut-être.

 

Un exercice d’atelier ?

 

Il se peut.

 

Mais en tout cas pas un Rembrandt. Les infra-rouge sont formels, les ultras violet catégoriques et le carbone quatorze sans appel. La sentence est tombée en 1986 L’homme au Casque d’Or n’est, définitivement, pas une œuvre de Rembrandt.

 

Mais alors, si j’ai bien compris, seule la signature confère une valeur esthétique à une oeuvre ?

 

Allez y donc Messieurs les gougnafiers, soyez cohérents avec vous-même, jusqu’au bout. Contentez-vous d’exposer des signatures le reste ayant apparemment si peu d’importance. On connaissait déjà les buveurs d’étiquette. Il existe aussi les collectionneurs de signatures

 

Depuis je vis fidèle à ce tableau, J’écoute quelque fois peiné, quelque fois en colère, des polémiques autour de l’authenticité d’une œuvre. Je note qu’il est plus facile de rétrograder une œuvre que de lui conférer une identité authentique. Par exemple la récente polémique autour du « Judith et Holopherne » du Caravage ou des doutes subsistent encore mais qui reste une œuvre intéressante pour qui aime ce type de peinture.

 

Par exemple aussi, à contrario, l’attribution définitive à Leonard de Vinci d’un « Salvator Mundi » pourtant autant si ce n’est plus controversé que le Caravage évoqué plus haut. Il est, soudain, devenu le tableau le plus cher du monde adjugé pour une somme finale de 450,3 millions de 450,3 millions de $ au prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. Et ne parlons pas  de la qualité esthétique plus que contestable de ce tableau.

 

Ne parlons pas non plus de tous les faux * se trouvant dans tous les musées du monde. Bien sûr, les conservateur refusent de l’admettre, plus soucieux de la renommée de leurs établissements que de la réalité. En effet certains faussaires revendiquant la paternité de telle ou telle œuvre, sont près à révéler publiquement le « signe indien » qu’ils ont placé dans leur création, opération publique, à laquelle se refusent les mêmes conservateurs. Bref, soit on parle de l’art comme d’un plaisir esthétique à éprouver soit on ne s’y intéresse que pour des motifs tout à fait légitimes mais loin de ce plaisir indicible. Ce peut être l’aspect historique qui retiendra la curiosité ou encore technique de conservation et/ou de restauration mais aussi technique picturale ou style. Mais là, on est loin de « la réelle beauté de l’art qui, au sens littérale vous ravit »

 

Soudain, en 2016 paraît chez Gallimard un petit livre d’un écrivain haut en couleur et un peu Brindezingue.

 

C’est Pef. Dans son « Petit éloge de la lecture » Il raconte, son dépit, sa colère et son refus de faire sienne cette désatribution. Il raconte sa rencontre, enfant, avec l’œuvre. Il finit par croire que Rembrandt l’a réalisée pour lui. La suite vaut son pesant d’or. Pour moi du moins car je ne suis plus seul. A présent nous sommes au moins deux. Et tant pis si c’est insuffisant pour constituer une minorité.

 

* Selon les services de police spécialisés en œuvre d’art et les experts sérieux (!) de France, de Grande Bretagne et d’Allemagne quelque 80 % des œuvres sur le marché sont des faux.

 

Il y a 400 commissaires-priseurs en France. Deux sont en prison soit 5%. Ne parlons pas de ceux qui sont suspendus ou interdis pour diverses durées.

 

Lutzelhouse Janvier 2019

DYNAMITAGE RADIO SOTTENS REND L'ÂME EN 15 SECONDES ICI 

La bonne vieille antenne qui arrosait les Romands a volé hier en éclats. Séquence émotion autour de 180 tonnes de ferraille.

Partager cet article

Repost0
7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 06:00

Un confinement de vigneron, de Felice Casaroti avec L'uomo delle botti via  Alice Olivier de Moor

Soyons positif, pour le passé laissons de côté les procureurs aux mains propres, ils n’ont pas de mains, pour le futur ne perdons pas notre temps avec les augures modernes qui n’ont rien vu venir, hier n’est plus que poussière, évitons de la glisser sous le tapis, demain sera demain, il sera toujours temps de nous confronter à la réalité sans réécrire l’Histoire de cette pandémie, le confinement a du bon, il remet au goût du jour, la conversation, l’échange, la correspondance.

 

Ainsi, suite à ma chronique dominicale du 5 avril 2020 qui n’a éveillé bizarrement aucun commentaire de la mouche du coche sans doute trop occupé, telle la reine d’une ruche, à pondre des chroniques pour votre serviteur.

 

Le 2 en 1 du confiné : relire ou lire le Guépard de Giuseppe Tomasi Di Lampedusa et revoir ou voir le Guépard de Le Guépard de Luchino Visconti ICI 

 

 

Vous me connaissez, je lui ai de suite proposé de la publier sur mon espace de liberté.

 

En retour j’ai reçu son imprimatur.

 

Nino Rota, Il Gattopardo, Feauture Film by Luchino Visconti, 1963 ...

 

Bonjour Jacques,

 

Indiscutablement, je fais partie des « Gattopardeschi ».  Je ne crois pas plus que cela dans la vérité de ce que raconte le Guépard, mais je crois en la vérité de ce qu'il présente. En fait, l'histoire, on le sait depuis longtemps, est écrite par les vainqueurs, mais les vaincus ne sont pas forcément les dindons de la farce.

 

Le Guépard est déjà est avant tout un grand livre politique, comme le sont Guerre et paix, pas plus vrai historiquement, ou le début du Rouge et le noir, ou son pendant chronologique, les Mémoires d'Hadrien. Je n'arrive pas à les dissocier, d'ailleurs. Peu d'illusion de part et d'autre. Ces romans décrivent une vision de l'histoire écrite a posteriori. Rien de bien vrai factuellement ; tout est vrai dans la suite et les conséquences. Calvino analyse le roman ;  Leonardo Sciascia aussi : l'Histoire de la Sicile aurait été différente si... les tenants du pouvoir  au moment de l'invasion du pays par Garibaldi avaient agi autrement. Mais ils ont joué leur partie pour perdre le moins possible. Personne ne veut croire que ce Gueux puisse faire tomber la monarchie. Mais ce gueux a l'audace de le faire. Tout un chacun cite " il faut que tout change pour que rien ne bouge"  oubliant la grande réflexion politique qui précède : jusqu'à quand pourra-t-on dissocier le Pouvoir de celui qui l'exerce, ou le contraire. Et le roi de Naples, à l'époque est un fantoche, une ombre, comme bien des aristocrates siciliens. Ce qui renvoie à leur nullité les monarchistes, bonapartistes ou tous ceux qui attendent le Sauveur.

Une fois le roi tombé, c'est le chacun pour soi. Corbera joue sa partie, et il a des cartes.

 

Don Corbera, prince de Salina, est un cynique et qui le reste jusqu'au bout. Il utilise son neveu, son ancien métayer Sedara devenu plus riche que lui, la fille de celui-ci et les sentiments (que sont-ils d'ailleurs exactement ? sinon peut être un cuissage qui aurait "mal tourné" en mariage) de son neveu (Falconerie, pas un aigle, juste un faucon) pour Angélique. Au final, tout le monde est dupe d'une partie dont les règles lui échappent, Salina comme les autres. Sedara a soif, soif que lui donne le sel des Salina, le sel, soif de cette aristocratie et de cette supériorité que l'autre finit par lui concéder. L'onomastique ici, dans ce roman prend toute sa dimension ! Angélique est-elle si angélique, si pure et innocente qu'elle le prétend ? Quel jeu jour Tancrède, sinon celui de l'argent ? la prime est belle et riche, mais tellement décevante : le mariage est un échec, et les meilleurs moments correspondent aux frustrations de leur étreintes prénuptiales. La descendance du Prince est du même niveau : le fils est marchand de diamants (cela brille) et disparaît ; quant aux 3 filles, elles restent vieilles filles, confites en dévoltions, en reliques, imaginant un monde éternel répliquant leur monde terrestre : des aristocrates pour la fin des temps.

 

Lampedusa était sans illusion. Pas plus que Visconti. A la première lecture, le livre est lisse : une histoire d'amour imbriquée dans l'Histoire. En fait, l'histoire d'amour n'est que l'adaptation d'une classe aux contraintes du moment, et encore une fois, Corbera (entendre peut être "corbeau" ?) joue sa famille contre les faits ; sa fille, amoureuse de Tancrède, le seul amour possible socialement du niveau de Tancrède, est détournée pour une pimbêche, très belle, mais très riche, qui représente le futur, un futur très court. L'action du Guépard n'a qu'un impact limité dans le temps : une génération, deux au maximum. Il refuse de voir plus loin : cela ne sert à rien. Cynique. Le film donne le même sentiment. En fait, il est obsédé par la fin et la mort. UN très grand film politique aussi.

 

Lorsque cette crise est arrivée, j'ai tout de suite pensé au Guépard.

 

Et je l'évoquais encore hier.

 

“You came here to teach us good maneers, but you won't succeed, because we are Gods".

 

Cette phrase m'est venue en tête immédiatement. Nous sommes des Dieux, et nous n'apprenons rien. Le réveil - Lampedusa craint que celui-ci ne survienne jamais en Sicile - sera douloureux.

 

Cette période des années 50  est sans illusion sur le pouvoir. Nous en avons un peu plus. La meilleure preuve en est tous les textes qui disent ce qu'il aurait dû faire ou pu faire: beaucoup d'entre nous croient au politique

 

Pas Lampedusa. Yourcenar guère plus. Les Mémoires d’Hadrien précèdent le Guépard de 6 ans. Yourcenar croit en un homme providentiel, mais de loin en loin. Hadrien écrit son Histoire. Il se présente comme providentiel. L'est-il vraiment. Je ne sais pas. Mais ce roman, qui m'a marqué, qui a marqué Claire, nous a donné le nom de notre premier enfant.

 

Image illustrative de l’article Mémoires d'Hadrien

 

Le Guépard serre Sedara dans ses bras. Il en en costume violet, Sedara habillé en noir. Ce dernier est comparé à un bourdon qui féconde un iris. Tout est dit.

Il Gattopardo: riassunto e commento

Partager cet article

Repost0
1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 06:00

Image

Pierre Lamalattie pour mon espace de liberté a écrit ICI Après les flammes, l’inculture ?

 

Pax à son tour s’enflamme : Notre Dame de Paris flambe. 

 

Image illustrative de l’article Notre-Dame de Paris (roman)

Première page du manuscrit de Notre-Dame de Paris (BNF)

 

La France, fille aînée de l’Eglise, interdite, pleure devant « l’épreuve » selon les propos d’un ancien ministre de la culture.

 

Sauf les crèves la faim, les laissés pour comptes…

 

L’Europe incrédule s’émeut de voir atteint le symbole de ses origines chrétiennes.

 

Sauf les crèves la faim, les laissés pour compte, les empêcheurs de pleurer en rond…

 

Le monde étonné s’associe à ce tsunami occidental.

 

Sauf les crèves la faim, les laissés pour compte, ces analphabètes incapables de se rendre compte de l’enjeu, ce qui explique pourquoi ils en sont ou ils en sont et que c’est bien fait pour eux et qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent.

 

La fille ainée de l’Eglise et ceux revendiquant, soudainement, leurs origines chrétiennes ne s’en souviennent qu’en raison de cet événement. Elle est bien mal en point la fille ainée. Rachitique, anémique, rabougrie avec ces 65 % de la population se déclarant catholique mais dont 7 % seulement vont à la messe !

 

Soyons sérieux, il n’y a pas mort d’homme et le pape ne s’y est pas trompé qui laisse l’événement à sa juste place et ne pipe mot devant ce qui apparaît comme un veau d’or temporaire comme se plaisent à en créer de temps en temps nos société du spectacle en direct et en continu. 

 

Les vieilles pierres ça nous connaît. On a su reconstruire Reims ruinée lors de la 1ére guerre mondiale, et le parlement de Bretagne à Rennes et le Château de Stanislas à Lunéville. 

 

On sait faire.

 

Réparer, on sait faire, mais prévenir, ça non ! 

 

À part Reims, à chaque fois, le sinistre a pris de l’ampleur en raison des impérities de gestion, du j’m’en foutisme, du n’importe quoi, du manque de moyen. Et, à aucun moment cela n’a servi de leçon. 

 

Pour Notre Dame, déjà les insuffisances et les négligences dans le dispositif de surveillance incendie sont montrées du doigt. Et les arguments probants s’accumulent. Aucune excuse.

 

Pleurez à présent les jeanfoutres.

 

Rien de bien original dans les commentaires en boucle des chaines et radio d’info en continu.

 

C’était le moment ou jamais d’évoquer, sujet en or, les documents et signe maçonniques cachés dans la flèche et/ou dans le coq selon Roger Peyrefitte dans les Fils de la Lumière.

 

Inculture d’un côté et oubli de l’autre. Dommage, cela nous aurait divertis de tant de vacuités réitérées à longueur de journée.

 

Jusqu’à quand va-t-on parler de l’événement ?

 

Le p’tit gribouille qui joue au Président et se mêle de tout et son contraire fait ce qu’il faut pour maintenir le feu sous la soupière par ses caprices à vouloir tout régler et dans les délais je vous prie.

 

Cinq ans pour reconstruire !

 

Et pourquoi cinq ? C’est aussi stupide et non fondé que les 3 % de déficit autorisé par le traité de Maastricht.

 

Le bienvenu Coronavirus permet de mettre toute la poussière sous le tapis. Mais bien avant son arrivée cela faisait un bail que Notre Dame n’était plus un sujet porteur pour les journaleux. à part le Canard Enchainé qui nous faisait suivre toutes les incartades, jugulaire-jugulaire, du général Georgelin, rien à l’horizon. La Croix est le seul journal qui traite le sujet autrement que par un entrefilet, évoque la phase actuelle du chantier : le difficile et passionnant démontage de l’échafaudage ruiné par le feu.

 

Lutzelhouse le 15 avril 2019 – Collioure le 19 mars 2020

 

 

 

L’acclamation fut unanime. On se précipita vers la chapelle. On en fit sortir en triomphe le bienheureux pape des fous. Mais c’est alors que la surprise et l’admiration furent à leur comble. La grimace était son visage. Ou plutôt toute sa personne était une grimace. Une grosse tête hérissée de cheveux roux ; entre les deux épaules une bosse énorme dont le contrecoup se faisait sentir par-devant ; un système de cuisses et de jambes si étrangement fourvoyées (3) qu’elles ne pouvaient se toucher que par les genoux, et, vues de face, ressemblaient à deux croissants de faucilles qui se rejoignent par la poignée ; de larges pieds, des mains monstrueuses ; et, avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d’agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l’harmonie. Tel était le pape que les fous venaient de se donner.

 

On eût dit un géant brisé et mal ressoudé.

 

Quand cette espèce de cyclope parut sur le seuil de la chapelle, immobile, trapu, et presque aussi large que haut ; carré par la base, comme dit un grand homme ; à son surtout mi-parti rouge et violet, semé de campaniles d’argent, et surtout à la perfection de sa laideur, la populace le reconnut sur-le-champ et s’écria d’une voix :

 

« C’est Quasimodo, le sonneur de cloches ! C’est Quasimodo, le bossu de Notre-Dame ! Quasimodo le borgne ! Quasimodo le bancale ! »

 

notre-dame-32

Esmeralda donnant à boire à Quasimodo sur le pilori.

 

Comme je suis un mécréant j’inflige à PAX : Notre Dame de Paris Le Temps des Cathédrales

 

Notre-Dame de Paris est une comédie musicale, dont la première fut jouée le 16 septembre 1998 à Paris au Palais des congrès. Cette comédie musicale s'inspire du roman de Victor Hugo. Le parolier en est Luc Plamondon et le compositeur, Richard Cocciante, avec une mise en scène (1998) de Gilles Maheu.

Partager cet article

Repost0
30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 06:00

Image

En ce temps de confinement, d’isolement, cette distanciation sociale conseillée, loin des remugles des réseaux sociaux caniveaux, des moulins à paroles des télés en continu, des aigreurs de nos politiques qui, sans vergogne, cherchent à profiter de l’urgence sanitaire pour espérer ce fameux pouvoir qui leur est refusé par les électeurs, l’enlisement de la pauvre pensée de nos travailleurs à plumes, l’inexorable dérive des journalistes et de leur support, retrouver le plaisir de la correspondance entre ami est une excellente thérapie pour ne pas sombrer dans la morosité, le dégoût, une misanthropie stérile.

 

Alors, au téléphone, Catherine m’ayant appelé pour prendre des nouvelles du confiné, parler du fameux projet jardin des merveilles, sachant son talent de plume, je lui ai demandé, dans la plus grande liberté du choix du sujet, de m’écrire.

 

Ce qu’elle fit samedi.

 

Merci à toi chère Catherine.

 

Cher Jacques,

 

Tu me demandes des nouvelles des vignes en ces temps de confinement. La terre répondant à l’appel du printemps, les vignerons ne sont pas physiquement confinés. Je suis donc dans les vignes. Je taille. Cette année, davantage encore que les précédentes, à cause de l’absence d’hiver, je m’en suis strictement tenue au dicton populaire : « Taille tôt, taille tard, rien ne vaut taille de mars ». Je taille donc, et j’entends dans le « crunch » du coup de sécateur la sève déjà montée dans les bois. Ce n’est plus le son sec et net de la dormance, mais celui tendre et hachuré du réveil. Tailler tard est devenu un luxe. Oui, un luxe, celui d’avoir un vignoble à taille humaine qui autorise à vivre les gestes du métier, à divagabonder tandis que les mains sont occupées.

 

Les vignes m’ont appris à vivre avec l’incertitude, voire les contradictions. Je fonde mes gestes sur quelques bases acquises pendant ma formation, dans la lecture d’Olivier de Serres ou d’Hésiode, l’observation, et l’intuition. Mon intuition me dit que la sève montante aide la vigne à cicatriser les plaies de taille, nos coups de sécateurs étant pour beaucoup dans les maladies du bois, et qu’en taillant tard, je retarde le « débourrement », donc le risque de gel. J’espère aussi raccourcir le cycle végétatif pour permettre à la vigne d’encaisser des étés de plus en plus chauds, de plus en plus secs, de plus en plus longs. Note bien que je ne suis sûre de rien, ni ne puis affirmer être dans le vrai. C’est comme avec le virus qui nous confine, l’important est de faire ce que nous pensons juste de faire au moment où nous le faisons.

 

Les vignes alentours taillées à l’automne dernier ou au début de l’hiver commencent à étaler leurs feuilles, croyant le printemps arrivé ou n’ayant hiverné que d’un œil. On ne sait plus. Météo France annonce un épisode de froid avec des températures négatives mêlées de pluie. Voici donc venu le spectre de la « goutte noire », ou du gel, lesquels brûlent aussi sûrement que le Sirocco et le soleil de l’été. Ce sens dessus-dessous du climat devient un classique. On ne sait plus littéralement à quel saint se vouer, Vincent ? Mamert, Pancrace, Servais ?

 

 

 

Je taille, les pieds dans l’herbe haute, les féveroles et les pois en fleurs, la vesce s’enroulant autour, le trèfle s’étalant. Le vent y fait des vagues vertes ondoyantes, saluant la fertilité du sol. Je retarde le moment d’enfouir cette matière ou de la coucher, et monte en moi une pensée de l’ordre de la prière, « si seulement il pouvait rester au cœur de l’été un peu de cette verdeur».  Taillées, les vignes de mes voisins sont déjà aussi désherbées. Le glyphosate laisse les sols nus. A la charnière des saisons, les vignes ressemblent au désert, un désert  ponctué de squelettes de souches, de piquets et de fils. La désolation du contre-nature. A vingt ans, je lisais Théodore Monod et je voulais traverser le désert avec une caravane de chameaux. Depuis le 28 juin, où le Sirocco et des températures record ont brûlé les feuilles et les grappes des coteaux, le désert me terrifie. Je n’y vois plus le grand silence, le grand vide, le rien auquel j’aspirais à vingt ans, sans doute pour ne plus entendre les injonctions sociales qui me terrassaient. J’y vois l’absence de la vie, pour ne pas dire la mort.

 

les vignes des voisins de la Carbonnelle

 

Il me semble que d’année en année, le calendrier des travaux viticoles se décale, grignote de l’avance, vide de sa substance le dicton, « taille tôt, taille tard, rien ne vaut taille de mars ». À la fin du mois de février, la quasi-totalité des vignes sont taillées. En mars, on attache, on désherbe, on épand la trilogie chimique gagnante NPK (Azote, Phosphore, Potassium). Bientôt, dans quelques semaines, les vignes seront perfusées au goutte-à-goutte avec de l’eau du Rhône. Car l’eau manque. Deux cent vingt-deux millimètres depuis octobre dernier. Ce que les urbains nous envient parfois et qu’ils résument par « vivre au grand air », en réalité, nous l’avons perdu. Les travaux n’épousent plus strictement le temps qu’il fait, mais obéissent à un impératif économique, à une anticipation de l’objectif. Prenons l’exemple du stress hydrique qui caractérise le vignoble languedocien. Tant qu’il ne porte pas atteinte à la pérennité de la vigne, et considérant qu’il y a aussi des années pluvieuses, on pourrait le prendre comme la marque du millésime, lequel différencie précisément le vin des autres alcools,  en fait une boisson sociale où l’homme se reconnaît homme. Mais non, on compense avec l’eau du fleuve ce que le ciel n’a pas donné, comme si l’eau du fleuve était elle-même inépuisable.

 

Jacques, je te le demande, que compense-t-on en vérité ?

 

J’ai pris l’exemple du stress hydrique, mais j’aurais aussi pu prendre celui de la mécanisation avec ses promesses de puissance, de vitesse, comme si la tâche, ce vieux mot qui ne s’entend plus qu’assorti du qualificatif pénible, nous brûlait les doigts. Vois-tu Jacques, les vignerons ne sont pas davantage épargnés par l’accélération du temps, le time is money. Je l’écris en Anglais, car cela s’entend nettement mieux que dans la langue de Montaigne. Tout comme les citadins ils sont pris dans la vitesse de sa roue. Ils répondent à des ambitions, de goût, de quantité, de vente, de rentabilité, alors même qu’à travers le vin, l’on nous suppose symboliquement garants du temps qui passe et du temps qu’il fait. Quel malentendu ! Dans cette fuite du temps, nous voulons du nouveau, mais nous n’acceptons plus l’aléatoire, comme ce virus dont on ne sait ce qu’il nous réserve, ou le climat qui se dérègle. Mais l’aléatoire n’est-il pas justement la voie qui déploie l’imagination, contraint à explorer, et in fine, à produire du vrai nouveau et pas la métonymie du nouveau ?

 

Le monde du vin se réfère souvent à Epicure. Je m’en vais maintenant relire sa lettre à Ménécée. J’en ai souligné des passages, fort utiles, notamment celui-ci, mais c’est la lettre en son entier qui mériterait d’être soulignée : « Ce n’est pas une suite ininterrompue de jours passés à boire et à manger, ce n’est pas la jouissance des jeunes garçons et des femmes, ce n’est pas la saveur des poissons et des autres mets que porte une table somptueuse, ce n’est pas tout cela qui engendre la vie heureuse, mais c’est le raisonnement vigilant, capable de trouver en toute circonstance les motifs de ce qu’il faut choisir et de ce qu’il faut éviter, et de rejeter les vaines opinions d’où provient le plus grand trouble des âmes ».

 

Déconfinons la pensée. Voilà, cher Jacques, ce que le confinement m’inspire.

 

Bien à toi

 

Catherine

Partager cet article

Repost0
28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 06:00

Municipales ; banlieue naufragée

Redonner le réel et construire le sens, c’est la mission qu’il assigne au roman. L'écrivain Didier Daeninckx, pour qui l’écriture reste un lieu de résistance, explore le roman fiction dans 3 livres :

 

  • un "Tract" Gallimard intitulé Municipales : Banlieue naufragée (2020),

 

  • un recueil de nouvelles avec Le roman noir de l'Histoire (Verdier, 2019)

  • et un roman paru en mars en folio Gallimard, Artana ! Artana !

Artana ! Artana ! par Daeninckx

À quelques jours des municipales, le réel d'abord : Didier Daeninckx ouvre son "Tract" Gallimard sur son déménagement, il quitte la Seine-Saint-Denis (93) pour s’installer dans le Val de Marne (94).

 

Porteur de la mémoire de ces espaces (« J’ai toujours vécu dans l’espace prolétaire qu’arpentait le bagnard et le réprouvé. »), il revient sur les bénéfices que les mairies et les associations communistes ont apportés à Aubervilliers, Saint-Denis, et plus généralement dans toutes les banlieues rouges. Ces municipalités ouvrières virent en effet en quelques années le nombre d’écoles, de rénovations urbaines, d’offices de sport et de culture, de cantines, puis de théâtres, de salles de cinéma ou de salles de spectacle s’accroître fortement.

 

Des avancées qui sont à remettre dans le contexte des Trente Glorieuses, mais qui témoignent d’un volontarisme, d’un engagement des politiques locales et partisanes tournées principalement vers l’amélioration de "la situation matérielle et morale des classes ouvrières".

 

Une date très importante pour moi est 1968, pas le mois de mai mais le mois d’août, quand le socialisme de la liberté a été écrasé par les chars soviétiques. Pour moi, c’était la fin de l’Histoire, tout ce que j’avais porté jusqu’à mes 20 ans se délitait.           

Didier Daeninckx

 

Selon lui, en Seine-Saint-Denis, le politique ne joue plus à l’échelle locale son rôle de structure. Les taux d’inscriptions sur les listes électorales sont tellement faibles et l’abstention tellement importante que, pour 90 000 habitants à Aubervilliers, environ 5 000 personnes iront voter, et la victoire ne se jouera qu’à quelques centaines de voix près.

 

En 2014, j’ai vu arriver la catastrophe [à Aubervilliers] : quand un pouvoir qui ne représente pratiquement plus rien s’adresse  à des communautés de voyous ou à des communautés spirituelles pour acheter des voix.         

Didier Daeninckx

 

On comprend alors aisément l’importance d’une pratique clientéliste de la politique locale et municipale, promettant à chacun ce qu’ils désirent, fragmentant davantage au lieu de réunir derrière un projet commun. Un système qui conduit à placer dans des mairies des personnes qui n’ont pas les compétences politiques nécessaires et à créer des liens de dépendances pervers entre des caïds et des élus.

 

À côté, d’autres villes où des élus prennent en compte la misère sociale […] comme Montreuil ou Fontenay sous-bois, des villes ouvrières où règne cette conscience que faire peuple, ce n’est pas transformer les gens en clients mais en citoyens exigeants.         

Didier Daeninckx

 

De même, Didier Daeninckx s’inspire de la réalité, créant une frontière fine entre fiction et réel. Il place au centre de ses polars les perdants et les oubliés de l’histoire, se sert de l’écriture pour lutter contre l’oubli. L’écriture est, de fait, un acte politique, engagé. Il y a dans son travail cette idée de mémoire, il s’agit de revisiter un événement historique à travers le prisme d’un individu oublié pour décentrer nos points de vue formatés par l’Histoire officielle.

 

J'essaye de chercher les gens qui font le lien entre Spartacus et Mandela. Entre ces deux personnalités, il y a un million d’individus qui méritent qu’on regarde leur parcours.         

Didier Daeninckx

 

Ainsi, Le roman noir de l'Histoire évoque ces oubliés de la grande Histoire. Par la fiction documentée, il retrace plus d’un siècle et demi d’histoire contemporaine française en se centrant, non pas sur les personnages que les manuels ont retenus, mais sur le autres : « Manifestant mulhousien de 1912, déserteur de 1917, sportif de 1936, contrebandier espagnol de 1938, boxeur juif de 1941, Gitan belge en exode, môme analphabète indigène, Kanak rejeté, prostituée aveuglée, sidérurgiste bafoué, prolote amnésique, vendeuse de roses meurtrière, réfugié calaisien, ils ne sont rien. Et comme dit la chanson, ils sont tout. »

 

 

MUNICIPALES ; BANLIEUE NAUFRAGÉE

Didier Daeninckx

Gallimard Tracts N° 13 13 février 2020

 

« Mon ombre sur les murs se superpose à toutes celles, amies, dont le soleil a projeté l'histoire. Et pourtant je pars sans regarder derrière moi, non pas soulagé mais comme désentravé. Je ne déserte pas ce territoire, où pendant quarante années j'ai écrit la totalité des dix mille pages publiées, parce que j'ai fini par comprendre que c'était lui qui m'avait quitté, abandonné. » Didier Daeninckx. Il ne fait plus bon vivre dans certains territoires de la République, où le clientélisme, la corruption et le communautarisme semblent tenir lieu de politique municipale sur un tissu social atteint jusqu'à la trame. À l'échelon de la plus grande proximité supposée entre l'élu et le citoyen ne restent que des valeurs bafouées, des mots qui masquent l'inadmissible, le mépris pour tout destin collectif. Didier Daeninckx, qui naquit et vécut en ces lieux avant de se résoudre aujourd'hui à les quitter, ferme ici une porte sur la plus grande partie de sa vie, non sans avoir donné l'alerte sur la dérive en cours et le sursaut de justice qu'elle appelle.

 

Le Roman noir de l’Histoire Collection jaune

Préface de Patrick Boucheron

832 p.

 

Écrites au cours des quarante dernières années, les 76 nouvelles qui composent Le Roman noir de l’Histoire retracent, par la fiction documentée, les soubresauts de plus d’un siècle et demi d’histoire contemporaine française.

 

Classées selon l’ordre chronologique de l’action, de 1855 à 2030, elles décrivent une trajectoire surprenante prenant naissance sur l’île anglo-normande d’exil d’un poète, pour s’achever sur une orbite interstellaire encombrée des déchets de la conquête spatiale.

 

Les onze chapitres qui rythment le recueil épousent les grands mouvements du temps, les utopies de la Commune, le fracas de la chute des empires, les refus d’obéir, les solidarités, la soif de justice, l’espoir toujours recommencé mais aussi les enfermements, les trahisons, les rêves foudroyés, les mots qui ne parviennent plus à dire ce qui est…

 

Les personnages qui peuplent cette histoire ne sont pas ceux dont les manuels ont retenu le nom, ceux dont les statues attirent les pigeons sur nos places.

 

Manifestant mulhousien de 1912, déserteur de 1917, sportif de 1936, contrebandier espagnol de 1938, boxeur juif de 1941, Gitan belge en exode, môme analphabète indigène, Kanak rejeté, pros­­­tituée aveuglée, sidérurgiste bafoué, prolote amnésique, vendeuse de roses meurtrière, réfugié calaisien, ils ne sont rien.

 

Et comme dit la chanson, ils sont tout.

 

Artana Artana

 

Erik Ketezer est vétérinaire en Normandie, mais il a passé sa jeunesse à Courvilliers, un ancien fief communiste de la périphérie parisienne. De retour dans sa cité natale pour enquêter sur le décès du frère d’une de ses amies, il découvre l’état de déliquescence de la ville. L’économie est dominée par le trafic de drogue, qui s’organise au sein même de l’équipe municipale : on a découvert des centaines de kilos de cannabis dans le centre technique de la mairie, dirigé par un délinquant notoire. Une impunité inexplicable règne, couvrant les actes de népotisme, les faux emplois, les pots-de-vin, les abus de biens sociaux en tout genre. Pendant ce temps, la ville part à vau-l’eau, les équipements municipaux sont détériorés, les ascenseurs ne fonctionnent pas plus que le ramassage des poubelles, les rats pullulent, le maire a été élu grâce au travail efficace des dealers et des islamistes qui ont labouré le terrain en distribuant menaces et récompenses…

 

Ce nouveau roman de Didier Daeninckx est mené tambour battant. Son écriture efficace, directe, est mise au service d’un tableau accablant des territoires oubliés de la République.

 

Partager cet article

Repost0
24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 06:00

Résultat de recherche d'images pour "région de production du pata negra"

Dilemme : tu tombes sur un excellent article dans le journal Le Monde  réservé aux abonnés Le «pata negra», ce petit miracle gustatif

 

En se gavant de glands le porc ibérique à patte noire donne à sa chair un goût inimitable aux saveurs de noisette et au gras ultra fondant. Reportage dans le sud-ouest de l’Espagne, entre prairie et forêt, au cœur de l’écosystème qui le rend possible

 

Par Stéphane Davet Publié le 12 mars

 

  • Soit tu postes un lien ICI et tu indiques à tes propres abonnés que tu peux leur envoyer l’intégralité par email

 

  • Soit tu en découpes des fines tranches pour tes abonnés.

 

J’ai choisi la seconde branche de l’alternative :

 

Résultat de recherche d'images pour "région de production du pata negra"

 

  • Il a de l’allure ce cerdo ibérico, avec son dos droit, son long groin, ses oreilles tombantes lissées de poils noirs, sa cuisse plus allongée que celle de ses cousins roses parqués dans une poignée de mètres carrés. Quand il marche, il le fait sur la pointe de ses sabots, comme s’il était chaussé de hauts talons noirs. Même sa façon de manger a de la classe, quand, entre deux petits grognements, il recrache soigneusement l’écorce des glands en forme d’ogive, après les avoir pelés.

 

  • la montanera s’achève début mars. Tradition millénaire, disparue dans la plupart des pays d’Europe, la glandée (montanera en castillan) a été préservée dans le sud-ouest de la péninsule

 

Résultat de recherche d'images pour "région de production du pata negra"

 

  • Cette pratique qui, à l’approche de l’hiver, consiste à laisser les bêtes paître en liberté pour qu’elles s’engraissent de glands – bellota en espagnol –, permet en effet au porc ibérique à patte noire, le fameux pata negra, de fournir d’incomparables jambons et charcuteries, transcendés par l’art de l’affinage.

 

  • l’Espagne doit ce petit miracle gustatif à un écosystème, la dehesa. C’est ainsi qu’on désigne ce « pâturage », entre prairie et forêt, s’étendant sur des dizaines de milliers d’hectares au sud-ouest de la péninsule. Façonnée depuis l’époque romaine, pour éclaircir des bois dont la densité pouvait servir d’abri à des ennemis potentiels, cette forêt clairsemée (une trentaine d’arbres en moyenne par hectare) typiquement méditerranéenne se tient en parfait équilibre entre présence de l’homme, de la faune et de la flore.

 

  • En quelques mois, la montanera et les quelque 700 kg de glands dévorés par tête (chaque animal disposant ici de 2 hectares de terrain) auront fait passer ces cochons âgés d’un peu plus d’un an, d’environ 90 à plus de 160 kg.

 

  • Un gavage qui fait qualifier ces gorets d’« olivier sur pattes », leur graisse étant composée majoritairement de l’acide oléique contenu dans les glands, comparable à celui fourni par les olives. Un gras (non saturé) d’autant plus délectable qu’il pénètre profondément les fibres musculaires de l’animal. Une question de génétique et de mode de vie. Car ce « glandeur » n’en est pas moins sportif, avec ses 14 km de marche quotidienne à la recherche de ses bellota.

 

  • Avec celles de l’Estrémadure, de Guijuelo, dans la province de Salamanque, et de la vallée Pedroches, près de Cordoue, Huelva est l’une des quatre appellations d’origine contrôlée du pata negra ibérique.

 

 

 

 

  • N’auront droit d’être appelés pata negra bellota que les cochons issus de père et de mère 100 % ibériques, élevés en liberté et nourris de glands et d’herbe pendant au moins deux mois. Un décret royal de 2014 permet à leurs jambons d’être sertis d’une inviolable étiquette noire. Ce décret classe l’appellation « ibérique » en trois autres catégories.

 

Étiquette noire:

Résultat de recherche d'images pour "région de production du pata negra"

C’est celle que portent les jambons  Jamón de Bellota de cochons 100% ibériques nourris au gland, connue sous le nom de “Pata Negra -Sabot noir”.

 

Étiquette rouge:

 

Elle est portée par des porcs d’une pureté de race de 50% et qui ont été nourris avec des glands   pendant la saison montanera.

 

Étiquette verte:

 

Portée par les porcs “de campo” d’une pureté raciale de 50%.

 

Étiquette blanche:

 

C’est le signe distinctif des cochons ibériques avec un seul géniteur ibérique nourri à base d’aliments pour animaux et de céréales.

 

  • Représentant 10 % des quelque six millions de jambons ibériques produits chaque année, l’étiquette noire est considérée comme un produit de luxe et le nec plus ultra de l’appellation (au minimum quatre fois plus cher que l’entrée de gamme)

Le jambon pata negra est découpé selon des sens précis à l'aide d'un cuchillo, une lame spéciale.

Eric Flogny pour L'Express Styles

  • Loin de la rondeur massive des jambons de Parme ou de San Daniele, l’ibérique se présente sous la forme d’un V d’autant plus fuselé que le jambon s’étire jusqu’au bout de la patte noire. Les couteaux experts du maître découpeur (le cortador) en décollent d’abord l’écorce de couenne, de graisse et de muscle assombris par l’affinage, pour révéler, parallèlement à l’os, une chair bordeaux, striée d’ivoire, sur laquelle une longue lame fine et aiguisée prélève de courtes tranches, translucides et brillantes.

 

  • À maturité, le pata negra se sculpte en quatre parties: la maza (l'intérieur de la cuisse), zone qui contient le plus de viande, très savoureuse; la contremaza (le haut), moins grasse et plus affinée; la babilla (l'avant), moins charnue et peu grasse; et la punta (la pointe), plus salée, plus épicée et qui concentre la saveur du cochon pendu. "C'est ici que se trouve la vérité du jambon", selon Alberto. Chez Fogón, sa table ibérisante, quai des Grands-Augustins (Paris, VIe),

 

 

  • Entre le pouce et l’index, le gras d’un jambon de qualité fond presque instantanément. On respire d’abord le parfum envoûtant de cette friandise, avant de la laisser libérer en bouche des saveurs allant de la noisette à l’oxydation délicate du rancio, en passant par le voluptueux umami, cher aux Japonais. Plat vedette des tapas, il se déguste idéalement à une température comprise entre 20° C et 24° C pour en apprécier tout le fondant.

Aux Grands d'Espagne, les jambons sont exposés comme des oeuvres d'art.

Aux Grands d'Espagne, les jambons sont exposés comme des œuvres d'art. Eric Flogny pour L'Express Styles 47, passage des Panoramas Paris (IIe), 09-51-55-66-47, et 36, rue des Martyrs, Paris (IXe), 09-84-49-20-12, www.lesgrandsdespagne.fr  210 euros/kg

Notre coup de cœur va au Fogon Ultramarinos (38 rue de Verneuil, Paris 7e), petite épicerie-traiteur ouverte, il y a un an, par Alberto et Vanina Herraiz. Pendant plus de dix ans, ce chef créatif de la Mancha et son épouse argentine avaient fait du Fogon originel, le meilleur restaurant espagnol de Paris. En quête d’un autre rythme de vie, ils proposent aujourd’hui une sélection de produits hispaniques (vins, riz bomba, pimenton de la vera, vinaigre de Jerez, rarissime perdrix en escabèche…) et une magnifique vitrine de plats végétariens (et desserts) à emporter ou à découvrir sur une table d’hôte.

 

Auteur de Le jambon ibérique, dix façons de le préparer (Les Editions de l’Epure, 2007), Alberto Herraiz a même créé un petit coffret pour accueillir « l’aventure gustative » incarnant, selon lui, la dégustation d’un pur bellota. L’objet (55 €) recueille ainsi 150 g, coupés dans l’instant, de ce qu’il considère comme les cinq parties du jambon. Goût intense de la grasse punta (plus proche de la hanche) et de la contra maza, texture plus ferme de la babilla (la sous-noix), harmonie fondante de la maza (la noix), saveur sucrée du jarrete (jarret), coupé en petits dés. Surtout ne pas mettre ces délices au frigo avant de les laisser fondre en bouche. Accompagnés d’un verre de fino ou de manzanilla.

La vidéo est  très intéressante pour tout connaître sur le jambon

Partager cet article

Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents