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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 08:00

124 quai des Chartrons

Le sieur Axelroud, grand lecteur du palmipède déchaîné réclame du pauvre vendeur de Vieux Papes que je fus que je m’expliquasse sur mes relations « sulfureuses » avec la maison Cruse :   « On en apprend de belles ! Le Taulier fricotait avec la famille Cruse ? Ca vaudrait une chronique ça »

 

Je n’en eu aucune puisqu’en 1979 le Monde annonçait : LA SOCIÉTÉ DES VINS DE FRANCE POURRAIT RACHETER LA SOCIÉTÉ CRUSE

 

La Société des vins de France (S.V.F.), premier négociant français de vins de table, pourrait racheter la célèbre maison de vins de Bordeaux Cruse. Plusieurs acheteurs sont sur les rangs, dont un important groupe britannique, et les négociations, très avancées, sont sur le point d'aboutir. Il semble que la S.V.F. soit la mieux placée pour emporter l'affaire.

 

Ce qui fut fait et, lorsque je pointais mon bec enfariné en 1986 au siège de la SVF sur le magnifique port de pêche de Gennevilliers la société Cruse était l’une des filiales de la SVF qui elle-même était une filiale du groupe Pernod-Ricard. J’ai d’ailleurs fat livré des GCC de chez Cruse chez l’un des membres du CA du groupe, dans son chalet des sports d’hiver, car il souhaitait régaler le Boss Patrick Ricard.

 

Lorsque j’allais à Bordeaux, j’appréciais le charme suranné de l’hôtel particulier du 124 quai des Chartrons. ce fut mon seul fricotage avec les fantômes de la maison Cruse.

 

Pour les Cruse, la « période compliquée » se situe au mitan des années 1970. En 1973, exactement. Après cent cinquante ans à tenir le haut du pavé bordelais, un tumulte retentissant vient tragiquement éclabousser la lignée en même temps qu’il fait vaciller tout le Médoc.

 

Dans le collimateur des inspecteurs des fraudes, des vins commercialisés sous l’étiquette « Bordeaux » mais arrangés avec des jus provenant du sud de la France ou d’Algérie. Dix-huit personnes dans le milieu des négociants doivent répondre en correctionnelle du « scandale des vins de Bordeaux ». Dont la maison Cruse, fils & frères. Jusque-là, producteurs et propriétaires font antichambre dans leur hôtel particulier.

 

La notoriété de la société est incontestable, son nom un sésame. Lionel Cruse, un ami de longue date et l’un des premiers soutiens de Jacques Chaban-Delmas en campagne pour les présidentielles face à Valéry Giscard d’Estaing.

 

Est-ce à cette proximité politique que les Cruse doivent d’avoir vu leur sort basculer ?

 

La presse fait ses gros titres avec les Cruse. Petits et grands sont au cœur du maelström. Les amis d’hier tournent le dos.

 

Le scandale éclata réellement fin août 1973 avec des articles dont une double page dans le Nouvel Observateur, suivi du Canard Enchainé qui titrait sur cette « fraude généralisée à Bordeaux ». Le Canard Enchainé ajouta une dimension politique au scandale : toute cette affaire était une excellente nouvelle pour le ministre des Finances de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, dont le principal rival politique de droite pour l'élection présidentielle de 1976 n'était autre que Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux et un ami de longue date et allié du monde du vin du quartier des Chartrons. Le mot de la fin du Canard Enchainé annonçait « un autre point pour Giscard ! Pauvre Jacques ! »

 

Durant le procès, des ténors du barreau s’affrontent. Jean Loyrette lave l’affront fait aux Cruse.

 

En face, il y a Robert Badinter.

 

La société Cruse fils & frères gagne en appel.

 

Mais pour éponger les dettes, la maison est vendue (à la SVF) en 1979.

 

Afin de tenter de renflouer l'affaire, la famille Cruse fut contrainte de vendre le château Pontet-Canet, grand cru classé du Bordelais, puis sa participation majoritaire dans la société Lionel J. Bruck, propriétaire de la marque Cruse pour les vins de Bourgogne, de Chablis, du Beaujolais et des Côtes-du-Rhône. C'est la Société des vins de France qui s'était portée acquéreur de cette société. La société Cruse reste cependant l'une des dix premières sociétés bordelaises de négoce.

 

Château Pontet-Canet - Wikipedia

 

La Société des vins de France, créée en 1973 du regroupement de Margnat et de la Société d'approvisionnement en vins (SAPVIN), est de loin le premier négociant français. Commercialisant environ 5 millions d'hectolitres de vin par an (soit 15 % du total), elle a réalisé en 1977-78 un chiffre d'affaires de 1,009 milliard de francs. Elle est spécialisée dans le vin de table (marques Préfontaines, Gévéor, Margnat, Kiravi, Grap, Postillon, etc.), mais commercialise également des vins fins (Berthet, Maîtres Vignoux, Combastet), et des apéritifs (Bartissol). Ses actionnaires principaux sont le groupe Pernod-Ricard, la SAPVIN, l'Union d'études et d'investissements (filiale du Crédit agricole) et la Banque de Paris et des Pays-Bas.

 

La fin d’une époque. Mais aussi la remise en cause du fonctionnement de ces grosses maisons de négoce.

Winegate » : le scandale qui secoua le monde du vin bordelais en 1973 - Le  Bordeaux Invisible

L'autre " scandale " : 60 000 hectolitres et un colorant

 

Bordeaux. - On ne s'indigne plus à Bordeaux, on s'inquiète. Chacun comprend maintenant - et les appels téléphoniques des agents de vente à l'étranger le confirment - que la fraude sur le vin pourrait devenir pour la région une catastrophe économique. Toute personne concernée par cette affaire tend donc à la minimiser et à ne plus y voir qu'une simple fraude sur le papier : " rassurer le consommateur ", telle semble être la devise. Pourtant, sur le terrain, les agents de la répression des fraudes, qui ont maintenant la certitude que 15 000 à 20 000 hectolitres de vins du Midi ont été " baptisés " vins de Bordeaux entre mars et juin 1973, cherchent la destination de ces vins. La visite qu'ils ont faite, mardi 28 août, chez deux négociants pour essayer de déterminer si des traitements interdits ont été effectués sur ces vins " pourrait donner une orientation nouvelle à l'enquête ".À Paris, les organismes officiels s'inquiètent aussi, et le directeur de l'Institut national des appellations d'origine (INAO), M. Perromat, a réuni le 29 août une conférence de presse pour rappeler que six mille contrôles avaient été réalisés en 1972 par l'administration des finances, et quatre mille par la répression des fraudes. Il a affirmé que l'INAO se porterait partie civile contre les négociants indélicats si les fraudes étaient reconnues. Tentative pour remonter la pente ? Mais cela sera-t-il possible ? La découverte d'une très importante fraude vieille de près de trois ans, jusque-là tenue secrète n'y aiderait pas.

Par BRUNO DETHOMAS. Publié le 31 août 1973

 

Saint-Germain-de-Grave est une petite commune des côtes de Bordeaux dans l'Entre-Deux-Mers. Si petite qu'il n'y a pas le moindre café, tout juste un magasin. C'est là que, le 22 juin, les services spécialisés dans la répression des fraudes effectuaient " une descente " qui allait faire naître le " scandale " du vin de Bordeaux.

 

Dans un petit hangar comportant quatre cuves - 1 200 hectolitres, au plus, - cette brigade spécialisée a saisi du vin et fait des prélèvements. Le propriétaire du chai, M. Guy Ballarin, affirme n'être pour rien dans la fraude. " Comme j'avais été condamné à payer une amende importante au fisc, à cause de ma comptabilité, je louais mon hangar à M. Serge Balan. Cela me permettait de payer mon amende. "

 

S'il est difficile de dire quel a été le rôle exact de M. Balan, le nom le plus souvent prononcé actuellement à Bordeaux est celui d'un courtier, ancien négociant, M. Pierre Bert, très au fait des subtilités administratives.

 

Rue d'Aviau, cette rue où se sont réfugiés les grands négociants lorsqu'on a construit des hangars sur le quai des Chartrons, M. Pierre Bert habite " du mauvais côté ", c'est-à-dire qu'il n'est pas adossé au Jardin public. Et si la maison a l'austérité qui convient au négoce du vin à Bordeaux, le bureau où travaille M. Bert est franchement sinistre.

 

Très bavard, il y a quelques jours M. Pierre Bert est devenu plus prudent : " Pourquoi tant de bruit pour une si petite affaire, dit-il ; tout cela est extrêmement regrettable pour le vin de bordeaux. "

L'interroge-t-on sur ses rapports avec M. Balan ? " C'est un ami, répond-il, je suis son seul courtier. " Et, si on lui parle de coupage, il n'hésite pas à affirmer : " C'est une opération normale dans le Bordelais. Les mélanges sont faits constamment dans l'intérêt de la clientèle. "

 

En fait, telle qu'elle aurait été démontée par l'administration, la fraude aurait porté sur les acquits à caution, ce document administratif qui doit accompagner obligatoirement toute circulation du vin. Profitant de ce que la partie de ce document qui doit être renvoyée à la régie d'origine ne comporte pas d'indications sur la qualité du vin, la société Balan aurait fait d'un vin de table du Midi un bordeaux d'appellation contrôlée. L'opération était facilitée par le fait que M. Balan disposait de " la machine ", autorisation accordée par l'administration à un négociant de timbrer lui-même ses acquits sans aller à la régie pour chaque opération.

 

Ainsi métamorphosé de " vulgaire piquette " en honorable bordeaux, ce vin était revendu - " à des prix intéressants ", explique M. Bert - à des négociants connus sur la place. " Je travaillais depuis longtemps avec la maison Cruse ", ajoute le courtier.

 

C'est ainsi que cette maison honorable - depuis cinq générations dans le négoce du vin à Bordeaux, elle est le principal exportateur des négociants bordelais - se trouve mêlée au scandale.

 

Le refus, le 28 juin, de laisser la brigade spéciale pénétrer dans ses locaux - " cela m'aurait obligé à fermer pendant huit jours ", dit M. Lionel Cruse, mais d'autres Chartrons parlent de " gaffe monumentale " - la font suspecter de complicité par certains. D'autant, dit-on, que, " à la dégustation, les experts de la maison Cruse ne pouvaient pas ne pas s'apercevoir de la différence ".

 

M. Lionel Cruse s'en défend. S'il reconnaît que " la dégustation est la seule chose qu'un négociant ne délègue jamais ", il ajoute : " tout cela est subjectif. Un vin qui est bon pour les uns ne l'est pas pour les autres, surtout pour ce qui n'est qu'un bordeaux ordinaire. "

 

Dans cette affaire, ce qui semble avoir choqué M. Cruse, c'est un certain changement dans les règles du jeu. Jusqu'à présent, toute visite de contrôle était annoncée quatre ou cinq jours à l'avance par l'administration. Or, le 28 juin, le contrôle fut inopiné. Changement des règles du jeu aussi, mais cela ce n'est pas M. Cruse qui le dit, dans la loi du silence qui régnait chaque fois qu'une fraude était découverte. " Pourquoi cet étalage public, alors que des affaires beaucoup plus graves ont été couvertes ", nous a-t-on dit à plusieurs reprises dans des conversations où l'on sentait sourde l'inimitié profonde qui peut exister entre négociants et producteurs.

 

Si dans l'affaire actuelle ces derniers sont totalement innocents, il n'en a pas été de même il y a près de trois ans. Or tout le monde a couvert la fraude. La cave coopérative de l'une des communes les plus renommées du Bordelais s'était alors vu interdire de vendre les 60 000 hectolitres qu'elle avait dans ses chais, parce que l'administration aurait décelé, par analyse, la présence dans ce vin d'un colorant chimique jugé nocif. Non seulement les poursuites auraient été suspendues, mais les mauvaises langues se demandent même où est passé ce vin.

 

Cette " nouvelle " affaire ne facilitera pas la tâche de ceux qui veulent rassurer le consommateur à tout prix. M. Bert, démentant ce qui se disait à Bordeaux à la fin de la semaine dernière, affirme que tout le vin a été vendu sur le marché, " ce qui est bien la preuve, selon lui, que le vin n'était pas trafiqué ". Et M. Lionel Cruse tient à rappeler que pas une seule de ses bouteilles n'a été mise sous séquestre. " Depuis le 28 juin, je n'ai reçu aucune visite de l'administration ", ajoute-t-il.

 

Le précédent du chianti

 

Autre preuve avancée de l'innocence des responsables de la fraude, le silence de la justice. On tend à faire accroire ainsi que la fraude est uniquement fiscale, puisque des faux en écriture ou une fraude sur le produit, délit de droit commun, relèverait de la justice. Pourquoi tarde-t-on à ouvrir une enquête sinon une information au palais de justice de Bordeaux ? " Le procureur de la République est en vacances ", dit-on, ce qui arrange tout le monde, et, s'il est revenu deux jours au début du mois d'août, nul ne semble savoir si le dossier de l'affaire lui a été communiqué. Pourtant, on affirme bien au service de la répression des fraudes que la fraude " sur le papier " avait pour but unique de cacher " la fraude sur le produit ".

 

Une chose en tout cas est certaine pour tous les négociants, et particulièrement pour les maisons dont l'activité principale est l'exportation : la révélation des fraudes " tombe " à un mauvais moment.

 

Si la baisse des cours - 2 700 F au tonneau de 900 litres, fin août, contre 5 000 F en février - est liée aux prévisions sur la prochaine récolte, dont on dit qu'elle sera bonne qualitativement comme quantitativement, les considérations économiques n'en sont pas moins inquiétantes.

 

Tout d'abord, l'ambiance risque d'être particulièrement mauvaise dans les discussions entre propriétaires et négociants, alors même que certains espéraient mettre enfin sur pied des contrats de progrès qui auraient stabilisé les rapports entre ces deux professions aux intérêts souvent divergents.

 

Mais surtout la crainte de perdre certains marchés étrangers est profonde. Les négociants, qui avaient étalé la répercussion des hausses de prix en puisant dans leurs stocks afin de ne pas briser le marché, sentent, depuis juillet - époque à laquelle la hausse a été répercutée entièrement sur le marché américain - quelques réticences des consommateurs étrangers. Si " la confiance dans le produit " n'existe plus, les pertes financières, liées à une diminution des marchés étrangers, pourraient être catastrophiques pour certaines maisons. Aussi les Chartrons méditent-ils amèrement l'expérience du " scandale " faite par le chianti il y a quelques années. Les vins italiens n'ont pas mis moins de cinq ans à regagner le marché américain.

 

BRUNO DETHOMAS.

Winegate » : le scandale qui secoua le monde du vin bordelais en 1973 - Le  Bordeaux Invisible

« Winegate » : le scandale qui secoua le monde du vin bordelais en 1973  ICI 

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 06:00

dessins far west saloon - Recherche Google | Le far west, Saloon, Dessin

Le confinement me pousse à une surconsommation de westerns et de vieux film américains ; le constat le plus criant est : les cow-boys, les malfrats, les justiciers type Clint Eastwood, les flics véreux, ont tous une sacré descente, ils sifflent des shots de whisky à un rythme d’enfer sans pour autant rouler par terre, du moins pour certains tout à la fin.   

 

Fistful of Dollars – teaching me how to dress pt. II | margot-escargot

 

Selon la légende, les shots proviendraient de l’époque du Far West pendant laquelle les cow-boys en manque d’argent échangeait des cartouches de fusils/de revolver contre des petites quantités d’alcool. Sinon de façon plus réaliste, il s’agit juste d’un terme utilisé à partir de 1940 aux États-Unis pour parler de « petits verres destinés à servir du Whisky » (des verres de 4 cl)

 

Dans les films pas de problème, les verres sont souvent remplis de thé, alors est-ce une légende ou l’expression d’une réalité historique prouvée ?

 

 

Un peu d’Histoire donc :

 

Lorsque les colonies d’Amérique du Nord s’établirent, elles n’étaient que de simples ramifications de la culture éthylique européenne, et elles carburaient donc à la bière. Les pères pèlerins n’étaient pas supposés à l’origine débarquer à Plymouth Rock, mais le Mayflower étant à court de bière, ils avaient dû y jeter l’ancre.

 

Les nouveaux arrivants bâtirent des brasseries bien que l’eau de ce continent vierge fût potable : en bons Européens, ils hésitaient à boire de celle-ci…

 

Toutefois, la bière posait un problème  de transport. Un tonneau de bière pèse son poids et, comparé à un tonneau de spiritueux, il ne contient pas énormément d’alcool. Vous, le pionnier mettent le cap à l’Ouest, vers un monde inconnu, avec un espace et un poids limités dans votre chariot, un tonneau de whisky vous soûlera beaucoup lus et plus longtemps.

 

[…]

 

Chaque fois qu’un américain s’aventurait dans l’Ouest sauvage, il emportait donc un tonneau de whisky (ou de cognac de pêche s’il s’en sentait d’humeur). Plus vous vous éloigniez de New-York, de Philadelphie, de Boston et du monde des buveurs de bière de la côte est, plus vous constatiez que la mousse traditionnelle laissait place aux alcools forts.

 

[…]

 

Hollywood aime représenter l’Ouest sauvage comme un monde de va-nu-pieds sans-le-sou, ou presque, une terre habitée par des hommes misérables et malhonnêtes…

 

C’est faux !

 

C’était là-bas que se produisaient les booms économiques – sur les mines, la fourrure, le bétail – alors que la main-d’œuvre manquait. Aussi les salaires ne cessaient-ils d’augmenter…

 

Le hic, c’est que les infrastructures ne suivaient pas assez vite. Il n’y avait ni routes, ni voies ferrées, ni tribunaux, ni shérifs. Pas de bars non plus (et très peu de femmes, mais nous y reviendront) Il en résulta une population composée en grande majorité d’hommes devenus riches qui ne pouvaient dépenser leur argent…

 

Donc, partout où se rendaient les travailleurs, le barman ambitieux n’était jamais loin.

 

Le premier saloon à avoir été désigné ainsi fut le Trou de Brown, en Utah. « Saloon » est le mot que j’emploierai pour le reste du chapitre. Sans doute l’idée était-elle de se donner un air légèrement guindé et français, ce que les premiers d’entre eux, situés sur la Frontière, ne pouvaient certainement pas revendiquer.

 

Je passe sur les ancêtres des saloons classiques : de simples tentes, une bâche, une planche posée sur deux tonneaux, le tour était joué. On y vendait du vrai whisky si on pouvait en acquérir un tonneau ou de l’alcool frelaté.

 

Après la tente vint la tranchée-abri, une sorte d’appentis creusé à flanc de colline… Quand le tavernier avait besoin de s’agrandir, il lui fallait dépenser 500 dollars pour une fausse façade de saloon. Le dernier élément de l’établissement était plus onéreux : le bar débarqua, taillé dans du bois dur et acheminé à dos de mule ; son prix était de 1500 dollars, transport compris.

 

Alors à quoi ressemblait lieu fini et comment était-ce d’y boire un coup ?

 

Hollywood nous montre un unique et énorme saloon situé au centre de la ville. Cette contrainte dramatique permet au héros d’y affronter le méchant…

 

Faux !

 

… il y avait des tas de saloons en ville…

 

Un saloon était souvent une bâtisse étroite, de préférence à un coin de rue, ce qui augmentait sa visibilité…

 

La fausse façade

 

Elle s’élevait sur deux étages et était clouée sur la vraie façade d’une maison d’un étage…

 

La fausse façade était ouvragée, avec de fausses fenêtres au second étage, et parfois même une gouttière pour un toit qui n’existait pas en réalité…

 

La fausse façade était un mensonge universel et flagrant qui, pour une raison mystérieuse, ne semblait gêner personne en Amérique.

 

La fameuse porte à double battant

 

Faux !

 

Elle passe formidablement bien à l’écran, mais dans la réalité, les portes étaient d’un modèle à peu près classique.

 

Dans les films, vous vous retrouvez ensuite face au bar. Autre erreur, car vous êtes en fait dans une salle longue et étroite, et le bar se trouve au fond, sur un côté, presque toujours le gauche. Il est réellement de toute beauté : sculpté, en bois dur – souvent en acajou ou en noyer –, verni au-delà de l’imaginable.

 

Sur le mur derrière le bar est accroché le miroir. Lui aussi est soigneusement astiqué car il vaut une somme rondelette. Il fait la longueur du bar et est lui aussi le symbole du statut du patron…

 

Le miroir a néanmoins une fonction, peut-être même deux. Il permet à ceux qui sont assis au bar de garder un œil sur quiconque approche dans leur dos. Et il leur donne l’occasion de lorgner la dame en costume d’Ève : le tableau est accroché sur le mur opposé – Il s’agit d’un nu voluptueux, de style pseudo-classique, pas exactement pornographique mais pas trop guindé non plus. La pose sage et les dentelles cachent les parties les plus intimes du modèle…

 

Le long du bar, à quelques centimètres au-dessus du plancher couvert de sciure, est fixé un rail en cuivre. Son rôle demeure obscur. Mais les clients n’avaient pas l’impression d’être dans un saloon tant qu’ils n’avaient pas posé un pied dessus. Fait étrange, au moment de l’instauration de la Prohibition en 1920, c’est ce rail qui manqua le plus aux clients qui leur fit verser des litres de larmes de nostalgie.

 

On peut s’en étonner dans la mesure où cet accessoire était probablement gluant de salive. Par terre, à intervalles réguliers – idéalement tous les quatre clients – étaient en effet disposés des crachoirs. On aurait pu croire que les consommateurs souffraient de rages de dents, en réalité, ils chiquaient tous du tabac.

 

Donc, vous placez votre botte (maculée de crottin) sur le rail de cuivre (gluant de salive) et le barman s’approche de vous et vous demande : « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? »

 

En voilà une bonne question, pour avoir la réponse deux possibilités :

 

  • acheter Une brève histoire de l’ivresse de Mark Forsyth

 

Une brève histoire de l'ivresse – Les Éditions du Sonneur

 

  • ou attendre une éventuelle chronique de ma pomme !

Aux portes du Saloon - Page 2 - Western Movies - Saloon Forumaffiche poster les héros de spirou : lucky luke, bagarre au saloon (dessein  achdé ) (taille 56+ X 160 cm) | Rakuten

Bières à cinq cents et chevaux à boire dur: 15 photos de saloon révèlent le vrai Far West

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16 novembre 2020 1 16 /11 /novembre /2020 06:00

Bouteille Coca Cola 1943 | US Militaria & collection

soldats de la 36ième division, lignes de front près de San Michele Italie 2 mars 1944

 

Pages 238-239

 

Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Coca-Cola dévorait à lui seul 90 000 tonnes (de sucre) par an et avait besoin que l’on protège son approvisionnement – à bas coût. En plein conflit, le gouvernement fédéral fit tout ce qu’il pouvait pour en stabiliser le prix, alors que les entreprises devaient s’adapter au rationnement (…) Coca-Cola reprit sa vieille tactique éprouvée, en persuadant le public – et surtout le gouvernement – qu’elle était une entreprise patriote et que sa boisson apportait un réconfort indispensable dans la tourmente ; elle redonnait du courage en désaltérant les travailleurs en temps de guerre, en premier lieu ceux qui portaient l’uniforme.

 

[…]

 

Coca-Cola s'associe à l'exposition commémorative des 70 ans de la  libération de Paris

 

Le coup de maître fut néanmoins d’obtenir le soutien des militaires – ce qui se révéla d’une valeur inestimable. L’armée des États-Unis persuada le gouvernement d’exempter Coca-Cola de tout rationnement de sucre pour que l’entreprise puisse envoyer sa boisson dans toutes les bases à travers le pays et sur tous les théâtres d’opération à l’étranger. En janvier 1942, le général Eisenhower commanda un approvisionnement mensuel en Coca-Cola pour les troupes américaines. Ainsi, l’entreprise put acheter du sucre avec le soutien du gouvernement et bénéficier d’un accès exclusif au vaste marché que représentaient les États-Unis en guerre – en Europe et en Asie. Ses profits bondirent à 25 millions de dollars pour la seule année 1944.

 

[…]

 

Coca-Cola s'associe à l'exposition commémorative des 70 ans de la  libération de Paris

 

Au cours de la seconde Guerre mondiale, on estime que la firme a vendu 10 milliards de bouteilles sur les bases américaines et dans les magasins de ravitaillement (PX), fournissant 95% de tous les sodas bus par les soldats américains.

 

[…]

 

Pin on Coca Cola...

 

L’inextinguible soif de Coca-Cola des militaires américains en diffusa le goût partout dans le monde. Des membres de l’entreprise (surnommés les « colonels Coca-Cola ») voyageaient dans le sillage des militaires, créant des usines d’embouteillage et des systèmes de distribution pour atteindre les troupes partout.

 

Pin on Coca-Cola

 

Tout aussi important, des figures emblématiques de l’armée – Patton, MacArthur, Omar Bradley, et, surtout, le chef suprême du commandement allié en Europe, Eisenhower – assuraient la promotion de la marque en public. Eisenhower et le général Marshall signèrent des ordres autorisant le transport par bateau et l’installation d’usines de Coca-Cola sur e théâtre des opérations – alors même que les moyens manquaient pour acheminer les équipements militaires vitaux.

 

À la fin du conflit, les militaires américains avaient construit 64 usines d’embouteillage pour Coca-Cola, où travaillaient de nombreux GIs. L’impact fut sensationnel. Entre 1941 et 1945, l’armée américaine a acheté 10 milliards de bouteilles à Coca-Cola.

Le 18 février 1933, le Coca-Cola arrivait à Paris

70 ANS DE LA LIBÉRATION DE PARIS

PERNOD-RICARD ET COCA-COLA : LE DIVORCE

Mis en ligne le 10/08/1989

 

 

Coca-Cola Co. est devenu le seul maître à bord sur le marché français. La société américaine vient d'annoncer l'acquisition de la Société parisienne de boissons gazeuses (SPGB), une filiale de Pernod-Ricard, qui était concessionnaire, embouteilleur et distributeur depuis plus de quarante ans de la marque Coca-Cola sur la plus grande partie de la France.

 

En 1988, elle avait commercialisé plus de un milliard de bouteilles, soit près de 90 % de la consommation française. La transaction s'élève officiellement à 890 millions de FF. Mais Pernod-Ricard a pour sa part déjà évoqué un montant supérieur au milliard de francs français.

 

Cette acquisition met fin à plus d'un an de conflit commercial entre Coca-Cola et Pernod-Ricard. En janvier 1988, les deux sociétés, à la suite de divergences de vues portant sur le développement des marques appartenant à Coca-Cola, avaient engagé des pourparlers pour examiner les conditions d'une reprise éventuelle par la société américaine de certaines activités des filiales du groupe Pernod-Ricard. Mais cela avait été assez rapidement la rupture. Pernod avait accusé Coca-Cola de rupture de contrat et porté l'affaire devant les tribunaux.

 

Coca-Cola voulait reprendre les activités de production, de distribution et de vente des boissons Coca-Cola, Sprite, Fanta et Finley exploitées sous licence par plusieurs filiales du groupe français. Soit un chiffre d'affaires de 1,5 milliard de FF pour Pernod-Ricard, ou 8 % du chiffre d'affaires total et environ 10 % de son résultat net.

 

Les deux parties viennent donc d'aboutir à un accord, qui porte «en grande partie sur des biens immobiliers», a-t-on précisé chez Coca-Cola, en ajoutant que l'ensemble du personnel du groupe SPBG serait repris. Il faut dire que les différentes actions intentées, qui ne sont pas encore achevées, pouvaient durer encore longtemps, l'embouteillage, la distribution, la production étant répartis sur neuf territoires et plus d'une centaine de contrats liant les deux partenaires. De plus, Pernod-Ricard, s'il n'avait pas les moyens de s'opposer à un rachat de concessions, pouvait fort bien attendre jusqu'à l'échéance de certaines d'entre elles, qui couraient jusqu'en l'an 2000.

Coca-Cola n'était donc pas en position de force dans cette négociation. Il devait payer le prix fort, s'il voulait être le seul maître d'oeuvre sur le marché français.

En annonçant cet accord, qui est le fruit de négociations entamées en mai dernier par les deux groupes, Coca-Cola prend donc la pleine maîtrise de l'exploitation de ses produits en France. Pernod-Ricard était concessionnaire des marques Coca-Cola en France depuis 1947. L'acquisition du groupe SPBG «renforce l'importance du rôle de la France dans le développement de nos activités dans la CEE», a commenté M. Douglas Ivester, président du groupe Coca-Cola pour la Communauté européenne.

 

One Two Three [Import USA Zone 1]: Amazon.fr: Cagney, James, Buchholz,  Horst, Tiffin, Pamela, Francis, Arlene, St. John, Howard, Lothar, Hanns,  Askin, Leon, Wilder, Billy, Cagney, James, Buchholz, Horst: DVD & Blu-ray

Un, deux, trois (titre original : One, Two, Three) est une comédie américaine réalisée par Billy Wilder, sortie en 1961.

 

En 1961, pendant la guerre froide, C. R. MacNamara, représentant à Berlin-Ouest de la société Coca-Cola, ambitionne d'en devenir le directeur en Europe, et d'introduire la boisson derrière le rideau de fer. Son patron, Wendell Hazeltine, lui demande de s'occuper de sa fille, Scarlet, qui fait un séjour en Europe. Mais la jeune femme disparaît, puis revient accompagnée d'un militant communiste, Otto Ludwig Piffl, qu'elle présente comme son mari. Ils se rendent également compte qu'elle est enceinte.

 

MacNamara, qui souhaite ardemment sa promotion, transforme alors le jeune homme en quelques heures en un gendre idéal pour Hazeltine. Il le fait adopter en payant un comte désargenté pour lui donner une situation sociale. Il l'engage comme chef d'une usine de production de Coca-Cola pour lui donner une situation professionnelle. Il lui constitue également une garde-robe en correspondance.

 

Lorsque Hazeltine rencontre son gendre, il est subjugué. MacNamara obtient alors une promotion, mais pas précisément celle qu'il escomptait.

UN, DEUX, TROIS (Critique) – Les Chroniques de Cliffhanger & Co

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 08:00

Nelly Kaplan DR - T.C.D

Nelly Kaplan, est décédée du Covid-19 ce jeudi dans une maison de repos à Genève. «Emportée par la vague», dit le beau titre de La Libre Belgique.

 

On dit Nelly Kaplan et un film remonte immédiatement: La Fiancée du pirate, flambeau féministe, rageur et joyeux incarné par Bernadette Lafont, dans le rôle de la femme libre, qualifiée de sorcière parce qu’elle tourne la tête des hommes et qu’elle y prend plaisir, dans un village en 1969 – une sorcière qui brûle les inquisiteurs plutôt que de se faire brûler, et qui chante à qui mieux mieux: «Moi, je m’en balance, mon lit est assez grand pour des milliers d’amants» de Barbara. On répète Nelly Kaplan et l’on entend sa voix rocailleuse et persuasive, son accent argentin qu’elle avait gardé de sa jeunesse, jusqu’à 18 ans à Buenos Aires. De son pays natal, elle avait gardé la croyance en la force des rêves dont nous sommes faits, un goût aigu pour le fantastique et la conviction que rien ne résistait à l’impérieux besoin d’une rencontre.

 

La suite ICI 

 

Nelly Kaplan, une amie de Langlois et de la Cinémathèque qui nous quitte aujourd'hui. C'est surtout une immense actrice, scénariste, auteure, essayiste, historienne. Et réalisatrice, qui, avec le génial "La Fiancée du Pirate", remua durablement le cinéma français des années 60.

Nelly Kaplan, mais «qui êtes-vous, fleur exorbitante au milieu de tous ces crétins?» ICI 

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REVUE DE PRESSE

«Lady N» s’est envolée. Elle laisse derrière elle une œuvre cinématographique de révoltée et un beau scandale, sa mythique «Fiancée du pirate» (1969). Une sorcière moderne, pour les médias

 

Le cinéaste Abel Gance (au centre) fête ses 90 ans à la Maison de la radio, le 20 octobre 1979, en présence de Nelly Kaplan (en pull léopard), Denise Fabre, Yves Mourousi, Mireille Mathieu et Michou: toute une époque! — © Marcel Binh/AFP)

 

«Un règlement de comptes avec les institutions. L’ordre établi pris à son propre piège. Une bouffée d’oxygène contestataire dans notre atmosphère sociale polluée.» A cette époque, l’année 1968 était encore dans tous les souvenirs. Nelly Kaplan, dont Laurent Bonnard évoquait dans la Gazette de Lausanne du 25 avril 1970 la sortie de son premier film de fiction, le mythique La Fiancée du pirate, est décédée du Covid-19 ce jeudi dans une maison de repos à Genève. «Emportée par la vague», dit le beau titre de La Libre Belgique.

 

Buenos Aires, 1940, raconte Télérama. «Quand je serai grande, je ferai du cinéma, déclare la jeune Nelly Kaplan, 9 ans, au petit-déjeuner, après avoir été éblouie par le J’accuse d’Abel Gance (1919). «On ne parle pas la bouche pleine», lui rétorque son père, bourgeois argentin, habitué aux frasques de son impétueuse fille. Scène de la vie familiale ordinaire chez les Kaplan où la cadette, «née rebelle comme d’autres naissent coiffées», a toujours entendu sa mère dire que le jour où elle a été conçue les diables avaient pris la place de son père! «Ça m’a beaucoup plu, racontait-elle. Belzébuth comme père, pourquoi pas?»

 

Souvenez-vous. En porte-flambeau du féminisme, l’«insolente et sensuelle» Bernadette Lafont paradant en «fiancée» dans une danse avec les bourgeois, en un «éclat» composé «sur le mode surréaliste». Marie transitant du rôle de «victime misérable» à celui de «bourreau impitoyable» dans une «fable corrosive sur une société en voie de décomposition»… «Séduisant tous les notables du petit village de campagne où elle a trouvé refuge» après la mort de sa mère.

 

La suite ICI 

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 08:00

 

SB Picks: US Presidents and their whiskey

Les dernières élections étasuniennes, surtout lors d’un dépouillement interminable, ont occupé le devant de la scène en notre vieux pays centralisé, pour un black béret, baguette de pain et kil de rouge, le modèle électoral étasunien est imbitable avec son vote par État pour élire des grands électeurs, des sénateurs, des représentants, des procureurs, des sheriffs… et plein de petits scrutins locaux, sa transition longue de deux mois… Bref, ce qui a passionné le populo c’est que  le grand manipulateur Trump avait concocté un scénario, prévu par Bernie  Sanders, : « j’ai gagné, arrêtez de dépouiller car les démocrates sont des fraudeurs… », qu’il a déroulé comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

 

Le gros blond filasse Donald, ravagé de twitter, golfeur impénitent, comme tous les démagos à gros ego, croyait qu’il ne pouvait pas perdre contre le vieux Biden, et il pensait, et continue de penser, se succéder et devenir le 46e Président des USA mais le Jo Biden, dans la dernière ligne droite, a fait une remontada décisive et  a raflé la mise et, même si Donald s’accroche à son fauteuil, comme  dans Lucky Luke, son destin risque d’être le goudron et les plumes.

 

Image

 

Contrairement aux squatters de plateaux télévisés qui disent tout et le contraire de tout,  je ne vais pas vous asséner ma science électorale, même si mon professeur de droit constitutionnel, Jacques Georgel m’a initié en 1966, dans les préfabs de la toute naissante faculté de Droit de Nantes. « Le juriste constitutionnaliste et historien du droit avait l'art de captiver son auditoire. C'était l'un de ses talents. Savoir piocher dans les connaissances avec exigence tout en les rendant accessibles. Ceux qui l'ont eu comme enseignant à la faculté de droit ne diront pas autre chose. Ce brillant intellectuel à l'esprit libre avait la pédagogie pour passion » ICI 

 

J’ai décidé de lever le voile sur l’une des facettes méconnues du 1ier Président des USA Georges Washington :

 

En 1797, la plus imposante distillerie d’Amérique produisait plus de 40 000 litres de whisky par an. Elle appartenait au plus grand distillateur de la jeune république, un certain George Washington.

 

Une brève histoire de l'ivresse – Les Éditions du Sonneur

 

L’histoire de la vie de Washington est plutôt extraordinaire. Avant de devenir un magnat du whisky, il avait fait un bout de chemin sous les drapeaux ainsi qu’en politique. Ne nous étendons pas trop sur ces aspects.

 

Pour résumer, donc, dans le domaine politique, il s’était présenté à une élection et avait perdu. Puis i s’était représenté en offrant à boire aux électeurs et cette fois-là, il avait gagné. Ses frais de campagne pour l’élection à la Chambre des Bourgeois (chambre basse de la colonie de Virginie avant l’Indépendance) de 1758 se décomposaient comme suit :

 

 

Il n’y avait que six cents inscrits sur les listes électorales (bon d’accord, par électeur, cela représente à peu près une pinte de bière, un verre de vin et une pinte de rhum).

 

Quant à sa carrière dans l’armée, elle est encore moins intéressante. Elle se réduit essentiellement à sa brillante idée de doubler les rations de rhum de ses hommes, ce qui créa un phénomène étrange nommé États-Unis. Après cela, il mena une autre guerre, plus brève, pour taxer le whisky. Puis il se lança enfin dans un domaine sérieux : la distillation. Il produisit toutes sortes d’alcools : du whisky distillé quatre fois, du whisky de seigle, du whisky aromatisé à la cannelle et des cognacs à base de pomme, de kaki et de pêche. C’était un bon investissement car, dans cette nouvelle et curieuse invention appelée États-Unis, l’alcool faisait fureur.

 

Pages 255-257 Une brève histoire de l’ivresse

 

George Washington, le héros du Nouveau Monde ICI

La taxe d'accise sur le whisky de 1791

La taxe d'accise sur le whisky de 1791 ICI

27 janvier 1791

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 06:00

Mémoire du ChampsaurChaudun (05 ) : un village abandonné par ses habitants.  - Mémoire du Champsaur

La citation titre est d’Onésime Reclus, le frère d’Élisée Reclus, « grand géographe et grand anarchiste, deux qualité qui ne sont pas contradictoires malgré les apparences. », auteur de récits de voyage en France « le plus beau royaume sous le ciel »

 

Page 109                                            

Que fut Chaudun lors de ses origines ? me demande-t-on. Nous le savons, mais on doit croire que ses fondateurs ne le plaquèrent pas contre la roche vive, sans un arbre, sans un brin d’herbe, sans un bout de champ, sans un liseré de prairie », devenu « une casse inhabitable… une pierraille, une rocaille, une Sibérie d’hiver, un Sahara d’été.

 

Si j’ai pu acquérir très vite Chaudun, la montagne blessée de Luc Bronner c’est grâce au journal Le Temps En France, des blessures rurales et républicaines ICI  Richard Werly

Publié mercredi 28 octobre 2020

 

Chaudun ou « l'histoire d'un désastre écologique et humain, d'un suicide  collectif et d'une étonnante résurrection »

 

Le premier jour du confinement je l’ai dévoré d’une traite.

 

C’est un ouvrage fort, précis, sans fioritures quoique poétique, ciselé d’une écriture implacable mais charnelle, c’est un objet unique de référence, un récit qui m’a touché au cœur moi le petit péquenot vendéen du bocage qui a découvert la montagne à l’âge de 10  ans lorsqu’il est allé en colonie de vacances à Saint-Jean-de-Maurienne avec les enfants de marins de l’Ile d’Yeu, moi le directeur de cabinet du Ministre de l’Agriculture et de la Forêt qui ai découvert les forestiers lors de mon premier séjour au 78 rue de Varenne avec René Souchon ministre délégué à la forêt, j’ai le sentiment, moi qui me suis lavé jusqu’à mon départ à la Fac dans une bassine d’eau froide, d’être né dans la soie lorsque je découvre l’extrême dureté de la vie des habitants de Chaudun.

 

Achetez et lisez Chaudun, la montagne blessée de Luc Bronner !

 

Richard Werly écrit :

 

Il n’y a rien de plus aride qu’un village oublié, déserté, ravagé voici plus d’un siècle par les troupeaux de moutons aujourd’hui protégés et ramenés dans les montagnes qu’ils contribuèrent, parfois, à dévaster. Il n’y a rien de plus aride qu’un registre d’état civil où naissances et décès se côtoient dans un quotidien, à l’époque, ordinaire.

 

Mais il n’y a rien d’aride dans Chaudun, la montagne blessée (Ed. Seuil), le récit fait par Luc Bronner de ce village abandonné des Hautes-Alpes, son département d’origine qu’il continue de sillonner par ses sentiers d’alpages. Le directeur de la rédaction du Monde – partenaire et actionnaire du Temps – s’est fait pour l’occasion défricheur d’archives. Le voici, maison par maison, à recenser les habitants qui, jadis, se rendaient chaque dimanche à l’église, puis retournaient à leurs corvées de bois ou à leurs décourageantes cultures.

 

Ausculteur de souffrances

 

L’un des passages les plus émouvants de son livre est la reproduction de la lettre adressée, le 28 octobre 1888, par ces montagnards épuisés par la tâche, le relief et le climat de Chaudun au ministre de l’Agriculture. Des mots pour réclamer, pour chacun, un lopin de terre dans cette fertile colonie algérienne où un Genevois, Henry Dunant, futur créateur de la Croix-Rouge, s’était établi trente ans plus tôt.

 

Mémoire du ChampsaurChaudun, mais pourquoi ont-ils fait ça ? - Mémoire du  Champsaur

 

« Monsieur le Ministre,

 

Nous soussignés, habitants de la commune de Chaudun (…) avons l’honneur de vous adresser respectueusement la requête suivante. Il n’est douteux pour personne qu’un des tristes privilèges conférés par la nature au département des Hautes-Alpes est celui de compter parmi les plus pauvres et parmi ceux où les conditions de l’existence sont les plus rudes et les plus précaires. Les montagnards alpins, sans cesse aux prises avec les difficultés les plus lourdes et les plus imprévues, disputent péniblement à un sol rebelle et à un ciel peu clément les chétives ressources qui suffiront à peine à nourrir leur famille. Pour ces déshérités de la nature, le combat de la vie est terrible, continuel et souvent fatal.

 

La “commune” de Chaudun et qui ne compte que 112 habitants est une des plus malheureuses parmi les localités de ce malheureux pays. Bâti à une altitude moyenne de 1 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, notre village est enfoui sous les neiges pendant huit mois de l’année. Privé de toute communication avec les villages environnants, enfoncé dans les replis abrupts de rochers dénudés, Chaudun est éloigné d’environ 19 kilomètres de son centre d’approvisionnement. L’élévation des montagnes, l’extrême déclivité de leur pente, le mauvais état des sentiers rendent le parcours du pays excessivement difficile et périlleux. Le mulet est la seule bête que nous puissions employer avec sécurité pour le transport à dos de nos approvisionnements et encore devons-nous faire ces provisions durant la belle saison d’été car il nous serait impossible d’y pourvoir pendant l’hiver.

 

« Il est rare que nos maigres récoltes qui d’ordinaire existent à l’état d’espérance puissent résister aux âpres rigueurs de notre climat »

 

Nous n’avons pas à compter sur le revenu de nos forêts par suite de manque de voies de transport. Le terrain est stérile et c’est au prix des plus grandes fatigues que nous en retirons un peu de blé. D’ailleurs, par sa position géographique, le village se trouve protégé par aucun abri naturel. Les intempéries fréquentes ici nous font souffrir plus que personne et il est rare que nos maigres récoltes qui d’ordinaire existent à l’état d’espérance puissent résister aux âpres rigueurs de notre climat.

 

Les terrains incultes s’étendent de jour en jour devant la violence des éléments, et malgré nos persévérances et nos efforts, nous nous voyons obligés de reculer et nous sentons qu’il est impossible de continuer la lutte. (…)

 

Vaincus par l’indigence, nous avons l’honneur de proposer au gouvernement l’achat du territoire de notre commune. Nous avons appris que le gouvernement faisait des concessions de terrain en Algérie à ceux qui ont l’intention de coloniser. En présence d’une situation géographique et géologique aussi mauvaise que celle de Chaudun, nous n’hésiterons pas, Monsieur le Ministre, à émigrer sur le sol si fertile de l’Afrique française. La sollicitude avec laquelle la République s’occupe du sort des malheureux cultivateurs, en leur abandonnant des terrains en Algérie, nous fait espérer que l’on ne voudra pas nous laisser plus longtemps plongés dans la plus triste indigence.

 

C’est avec la plus grande reconnaissance que nous accepterions quelques hectares sur le sol algérien, attristés assurément par la dure nécessité qui nous contraint à quitter le pays où ont vécu nos frères, mais réconfortés par la pensée que nous trouverons sur la terre africaine une nouvelle France, une seconde patrie plus généreuse et moins désolée que celle qui nous oblige à émigrer.

 

Dans l’espoir que notre modeste supplique recevra de votre bienveillance un favorable accueil nous sommes, avec le plus profond respect, Monsieur le Ministre, vos très humbles et obéissants serviteurs. »

 

https://medias.liberation.fr/photo/1339574-insertion-chaudun.jpg?modified_at=1602086263&ratio_x=03&ratio_y=02&width=620

 

Luc Bronner écrit :

 

La colère était là, tapie depuis des années, ressassée, malaxée, conservée, et elle s’exprimait brutalement. La peur de ne plus y arriver. La peur d’avoir atteint l’extrémité de ce que l’être humain pouvait accepter en cette fin de siècle. Ce soir d’octobre 1888, le texte a été relu une dernière fois dans un silence complet. Je ne sais pas qui l’a prononcé à haute voix. L’instituteur ? Le maire ? Le curé ? Cet appel est si beau, écrit d’une langue qui châtie, une langue qui claque, qu’il pourrait être déclamé comme au théâtre, en respectant les blancs, les silences, en jouant avec la force des mots, de ces mots-là. « Le sol rebelle. Les âpres rigueurs. Les chétives ressources. Les déshérités de la nature. Les récoltes qui existent à l’état d’espérance. » Il y a de la poésie autant que de la politique dans cette souffrance de montagnards qui osent formuler leur impuissance face à la violence du monde.

 

(…)

 

Ce qui a fait la petite fortune de Chaudun a provoqué son malheur. Chaque été, depuis des décennies, les éleveurs du sud de la France, ceux de la plaine du Crau en particulier, expédient leurs moutons dans les alpages, jusqu’à 3 000 bêtes pour la vallée. Le déplacement, à pied, des animaux est encadré par des gamins payés à la pièce. Les paysans prennent la suite pour surveiller les bêtes, dans ce temps très long de l’engraissement au milieu des alpages. Les moutons se nourrissent d’herbe dans les pentes et produisent de la laine, à faible coût. Les paysans sont rémunérés comme bergers pendant trois mois, une fois le bétail arrivé en altitude. Ces moutons s’ajoutent aux animaux que possèdent les habitants, et dont ils tirent aussi la laine et la viande, vendues sur les marchés voisins.

 

La montagne, certes, est immense. Deux mille hectares, un cinquième de la commune de Paris, étagés entre 900 et 2 500 mètres, dans un cirque qui prend volontiers le soleil de l’après-midi. Mais les surfaces accessibles sont loin d’être aussi considérables, réduites par les rochers, les pentes dangereuses, les torrents, les terres de schistes. Trois mille moutons, ce sont trois mille mâchoires qui arrachent, déchiquettent, mâchent toute la végétation comestible, une douzaine d’heures par jour en moyenne, entre le sol et un mètre, lorsqu’elles ont faim, et elles ont, par nature, toujours faim. (…)

 

87 – Rabou – Chaudun par le sentier des bans (05) – LES COPAINS RANDONNEURS  DU 04

 

Richard Werly écrit :

 

 «Les montagnards alpins, sans cesse aux prises avec les difficultés les plus lourdes et les plus imprévues, disputent péniblement à un sol rebelle et à un ciel peu clément les chétives ressources qui suffiront à peine à nourrir leur famille», écrivent-ils. Ils se présentent, dans cette missive, comme des «déshérités de la nature», pris dans un «combat de la vie terrible, continuel et souvent fatal». Destin connu en Valais, et dans tant de contreforts des Alpes suisses…

 

Luc Bronner écrit comme on ausculte. Spécialiste des banlieues, qu’il sillonna avec talent lors des fameuses émeutes de 2005, le journaliste met sa plume à l’unisson de la souffrance. Les jeunes femmes de Chaudun meurent en couches. Même un curé du village succombe. L’on copule à l’ombre des fagots. Les jeunes sœurs remplacent, dans le lit, leurs aînées disparues pour refonder des familles aux côtés de leurs ex-beaux-frères. «La dureté de cette France-là est inimaginable. Elle est celle des combattants de la guerre de 1870. Elle sera celle des Poilus envoyés combattre en 1914», explique l’auteur, dont les recherches pointent l’encadrement de cette population – déjà – par un Etat aussi protecteur que redoutable.

 

La République est intransigeante. Elle est affaire de fonctionnaires. Elle tolère qu’à Chaudun, les uns soient riches et les autres très pauvres. Elle consigne. Elle note. Elle indemnise à peine, puis replantera des milliers d’arbres dans ces vallées décimées par le bétail. «Un Etat visionnaire et impitoyable. La nature d’aujourd’hui lui doit tout. Ceux de Chaudun n’en ont presque rien tiré», juge Luc Bronner. Lui-même en est le produit. Ses aïeux émigrèrent aux Etats-Unis, comme beaucoup de montagnards de ces contrées, mais revinrent plus tard en France. L’exil était, à Chaudun, l’unique porte de sortie hors de la misère rurale.

 

Gap - L'ancien village de Chaudun

 

LITTÉRATURE dans AOC

 

Un lieu commun – à propos de Chaudun, La montagne blessée de Luc Bronner ICI

Par Fabrice Gabriel

ÉCRIVAIN

 

Dans Chaudun, La montagne blessée, Luc Bronner raconte l’histoire étonnante d’un village des Hautes-Alpes abandonné et vendu par ses habitants à l’État à la fin du XIXe siècle : à force de déforestation et de surpâturage, la nature alentour avait été littéralement ruinée par ces gens modestes, qui essayaient en vain de s’extraire de la misère.

Quelle leçon tirer de cette « faute » ?

Fondé sur un travail d’archiviste aussi passionnant que minutieux, le livre du futur ancien directeur de la rédaction du Monde est d’abord une réflexion sur le présent.

 

C’est un beau livre qui s’ouvre sur une tombe, où la mort est présente très souvent, mais qui dit d’abord la vie, les vies : celles, difficiles, de gens simples dont Luc Bronner a recueilli le cours ancien en consultant une masse impressionnante d’archives relatives à Chaudun, ce village des Hautes-Alpes qui est un peu plus que le décor de son récit. La montagne blessée fait en effet de Chaudun le personnage principal d’une sorte de fable historique, assez fascinante, qui court du XVIIIe siècle jusqu’aux perspectives d’avenir de notre aujourd’hui.

 

Ce village a vécu, dans l’ingratitude d’un paysage pauvre en lumière l’hiver, où les destins sont brefs et la terre rude, où la pauvreté fut la norme. Et ce village est mort, vendu à l’État par ses habitants en août 1895 : étrange aventure d’un lieu commun, sciemment abandonné au bout d’années d’efforts et d’épuisement vain des ressources de la montagne, finalement restitué, exsangue, à la nature, au maigre profit d’exils individuels pour l’Algérie ou les régions voisines.

 

Avec une rigueur d’historien et une vraie plume d’écrivain, Luc Bronner raconte d’abord une histoire, dans une sorte de récit choral où il s’agit de retrouver des voix : qui étaient les habitants de ce village, au XIXe siècle, quels étaient leurs noms, leurs activités, leurs infimes espoirs de voir s’améliorer un sort d’une extrême modestie ?

 

Ce sont les registres d’État civil, les promenades au cimetière, le dépouillement des archives diocésaines et des correspondances soigneusement conservées qui aident à l’enquête, pour une espèce de plongée première dans ces vies d’un autre temps. Et c’est bien ce qui fait le sel initial du livre : la déambulation d’un randonneur passionné dans le double paysage d’une montagne qu’il connaît dans ses moindres parcelles et d’un territoire de papier où retrouver, comme sur la neige du passé, les traces de pas de gens oubliés, antihéros absolus de ce qui pourtant pourrait s’apparenter à un roman.

 

L’ignorance de l’enquêteur fait la force de l’écrivain.

 

Il y a dans ce désir de revoir et de savoir comme une célébration des beautés de l’archive, de sa puissance évocatoire, presque fantastique, qui fait réapparaître la silhouette de plus en plus précise de quelques fantômes, ces passants éphémères dont l’empreinte fut fugace, et dont on ne peut que rêver la vie à partir des rares signes qu’ils ont laissés.

 

Ainsi de la petite Félicie Marin, dont le mystère incertain offre au récit de belles pages d’ouverture : « Le cimetière. C’est là, mieux qu’ailleurs, que se comprennent les sociétés. Leurs fractures. Leurs plaies. Leurs secrets. À Chaudun, dans le carré où ont été enterrées et mélangées avec la terre des générations d’hommes et de femmes, les ronces ont conquis l’espace, il ne reste plus qu’une pierre tombale, ultime trace de vie et de mort, avec ces mots gravés que l’on distingue encore en écartant les plantes sauvages : « Félicie Marin, morte le 30 avril 1877, à l’âge de 17 ans. » Dix-sept ans. Félicie Marin, j’ignore quels étaient ses espoirs, ses peurs. J’ignore à quoi ressemblait son visage, si elle avait gardé ses cheveux longs, si elle les dissimulait sous un foulard, si l’hiver et le soleil des champs avaient déjà brûlé sa peau, si ses mains avaient déjà pris la corne des montagnards, si elle avait pu être heureuse, à quoi ressemblaient son sourire, son rire, sa voix… »

 

L’ignorance de l’enquêteur fait la force de l’écrivain, qui va chercher dans les lieux perdus et le papier pelure des documents anciens la trame d’une histoire vraie, mais si singulière qu’on la dirait imaginée exprès pour nous donner à penser notre relation contemporaine à la nature, à la planète même.

 

Cette histoire, c’est celle de gens qui souffrent des âpretés de leur condition et de la situation géographique d’un village où il n’est pas bon être nommé, quand on est prêtre ou instituteur : autant de « vies minuscules » dont Luc Bronner restitue les échos avec la minutie d’un mémorialiste inspiré, attentif au concret des existences, aux listes d’objets, à l’envoûtement des dates, des âges, des noms, des morts… Car la vie est difficile, à Chaudun, et le réflexe des hommes pour échapper à la misère est alors de solliciter la montagne, en lui demandant plus qu’elle ne peut donner, dans une manière de fuite en avant qui donne littéralement le vertige.

 

La montagne blessée raconte comment les habitants d’un village ont ruiné la montagne en croyant – provisoirement – se sauver. À force de déforestation et de surpâturage, un désastre écologique autant qu’humain a eu lieu, qui aboutit à la vente de la commune aux services des Eaux et Forêts, les habitants finissant par renoncer à leurs biens pour échapper au cauchemar – à suspens – que nous fait revivre l’auteur, ressuscitant par exemple une lettre de 1888 des villageois au Ministre de l’agriculture, où cette catastrophe est annoncée dans une assez jolie rhétorique d’époque : le sol est « rebelle » et les ressources « chétives », les récoltes « n’existent qu’à l’état d’espérance »…

 

La grande originalité du récit de Luc Bronner est de nous communiquer, sans autre recours ou effet que la précision et rigueur des archives, ce sentiment de plus en plus oppressant d’une fatalité que l’homme a lui-même provoquée, dans ce qui est explicitement désigné comme un « cercle vicieux », et dont la prose épouse, l’air de rien, l’espèce de cycle tragique

 

« Trop d’hommes et de femmes, trop de bêtes à nourrir. En trois décennies, la plupart des forêts ont disparu, ravagées par les coupes sauvages pour chauffer les foyers l’hiver et utiliser les plus beaux arbres pour entretenir les maisons. Un cercle vicieux terrible, cercle déprimant du court terme et de l’exploitation. Pour survivre, les bergers ont accepté de prendre plus de moutons pendant l’été. Des milliers de bêtes, qui ont piétiné les pelouses de montagne, creusé les chemins, érodé les pentes au-dessus des ruisseaux. À cause de la déforestation, l’eau déborde au printemps et transforme les ruisseaux et les torrents en forces de destruction qui font rouler les pierres, les arbres, la terre. L’hiver, ce sont les avalanches qui descendent et balaient ce qui reste des forêts, des chemins. La vallée est exsangue, les bois sont décimés, les pâturages inexploitables. La faute de l’être humain, sans appel, une faute qu’il paye très cher»

 

La personnification de la montagne prend presque valeur de mythe et oblige absolument à considérer notre futur.

 

Une faute, voilà bien le nœud central du livre : La montagne blessée implique un coupable, et nous interroge sur notre propre rapport aux éléments, dans l’urgence écologique pour laquelle les alertes se multiplient aujourd’hui. L’histoire de Chaudun, village réduit aux ruines dans un paysage que l’homme a abîmé, mais dont les blessures ont cicatrisé (la nature ainsi a repris ses droits, à force d’efforts, de reboisement, et plus simplement de temps…), peut se lire, de fait, comme une fable et un avertissement.

 

Luc Bronner essaie, et c’est aussi la noblesse de son entreprise, de comprendre au plus près ce que furent les femmes et les hommes d’une époque où il s’agissait d’abord de survivre, où les conditions mêmes de l’existence rendraient sans doute anachronique l’acception contemporaine de la notion d’écologie.

 

Nul procès rétrospectif simplificateur dans son travail d’archiviste, mais la volonté de nous rendre sensible à ce qui doit demeurer, aujourd’hui, d’un équilibre entre l’homme et la terre qu’il habite, qu’il croit posséder, mais dont il peut oublier parfois ce qu’elle est : vivante, également. Du coup, la personnification de la montagne, qui guide l’ensemble du récit, prend presque valeur de mythe, et oblige absolument à considérer notre futur.

 

Retrouvant le compte rendu d’un voyageur de la fin du XIXe siècle, Onésime Reclus, l’auteur reprend les formules terribles par lesquelles est décrit le destin du village de Chaudun, plaqué « contre la roche vive, sans un arbre, sans un brin d’herbe, sans un bout de champ, sans un liseré de prairie », devenu « une casse inhabitable… une pierraille, une rocaille, une Sibérie d’hiver, un Sahara d’été. »

 

Difficile, 130 ans plus tard, de ne pas lire dans ces lignes quelque chose comme la préfiguration cauchemardesque de ce qui pourrait arriver, à une autre échelle, si se confirmait une forme d’inconscience collective quant à l’épuisement des ressources naturelles de la planète.

 

Si La montagne blessée n’a rien d’un tract politique, et si son propos est d’abord le passé, revisité avec une double attention d’écrivain et de mémorialiste scrupuleux, son effet n’en est pas moins de nous offrir un miroir tout à fait contemporain : nous y voyons cette espèce de village planétaire auquel nous pouvons avoir l’illusion d’appartenir, quels qu’en soient les exclus, et nous y devinons des menaces qu’il serait fou, peut-être criminel, de négliger. L’archive peut donc nous apprendre le présent de demain : Luc Bronner le montre d’une façon remarquable

Chaudun.jpg

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 08:00

drappier cuvée charles de gaulle

« Sieur Sébastien Lapaque, au rapport ! »

 

Le double anniversaire de Charles de Gaulle, celui de sa naissance, le 22 novembre 1890, et celui de sa disparition, le 9 novembre 1970, est une invitation à ouvrir deux ou trois flacons de cette maison familiale.

 

On raconte volontiers que c’était le champagne de prédilection du Général. Il buvait peu mais buvait bon. Un bordereau signé de sa main conservé dans les archives de cette maison familiale sise à Urville, dans l’Aube, au cœur d’une Champagne austère accordée aux goûts du fondateur de la Ve République, en apporte la preuve. Vingt-quatre bouteilles de champagne extra-dry facturées au prix unitaire de 7,75 francs à « M. le Général de Gaulle, La Boisserie, Colombey-les-Deux-Églises, Haute-Marne, le 3 mars 1965 ». À une époque, Michel Drappier, qui a pris la suite de son père André - que ses 94 ans n’empêchent pas de boire du champagne tous les jours -, avait exposé cette relique. Il a fini par la ranger.

 

« C’était un clin d’œil. Nous ne voulons pas réduire le champagne Drappier à Charles de Gaulle. Cela reste anecdotique. » Les champagnes Drappier, c’est 1,5 million de bouteilles produites par an. Imaginée en 1990 pour saluer le cinquantième anniversaire de l’Appel du 18-Juin, la cuvée Charles de Gaulle est un pas de côté au sein d’une large gamme. Elle est composée de 80% de pinot noir et de 20% de chardonnay. Mais Michel Drappier, secondé par sa fille Charline et ses fils Hugo et Antoine, ne veut pas en faire un étendard. La note de 95/100, que lui ont accordé les dégustateurs de Wine Spectator, n’y a rien changé. Entre 4000 et 10000 bouteilles sont commercialisées chaque année. Un point c’est tout. « La cuvée Charles de Gaulle reste un hommage discret, confie Michel Drappier. Dans notre esprit, ce champagne doit ressembler à celui qu’aimait le Général. »

 

La suite ICI

 

Faut-il boire le champagne Drappier, le préféré du Général ? 

Publié le 07/11/20 par Sebastien Lapaque

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Photo : Gérard GERY PARISMATCH SCOOP

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 06:00

Histoire du sucre, histoire du monde, de James Walvin

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Au milieu du XVIIe siècle, le rhum était un produit d’exportation à part entière. L’origine précise de la production commerciale du rhum reste incertaine, mais il est probable que tout ait commencé à la Barbade et à la Martinique. Des réfugiés hollandais, expulsés du Brésil, auraient contribué à y créer les premières distilleries de rhum. Dans les années 1640, le rhum était pour l’essentiel produit en Martinique ; une décennie plus tard, il était établi à la Barbade.

 

Le rhum original en provenance de la Barbade était décrit comme « une infernale et terrible liqueur brûlante », ce qui lui a valu divers noms, « Kill Devil » étant sans doute le plus parlant.

 

La transformation de la canne à sucre engendre une série de sous-produits et de déchets : les broyures (la « bagasse », plus tard utilisée comme carburant, à La Réunion, la production d’électricité à l’aide de l’utilisation de la bagasse comme source primaire d’énergie se réalise aux centrales thermiques du Gol (Saint-Louis) et de Bois Rouge (Saint-André). Grace aux résidus de cannes, ces centrales sont capable de produire près de 240 G.W.h ce qui représente 10 % de la production électrique de l’île soit environ la consommation de 91 000 habitants.) ; un liquide  résiduel contenant des impuretés ; et de la mélasse que l’on pouvait distiller.

 

Dans un excellent article « Rhum agricole ou traditionnel l’héritage historique » Luca Gargano souligne que « si les pays des Caraïbes ont un dénominateur commun, c’est incontestablement le rhum. Il serait d’ailleurs plus juste de parler des rhums, rhums agricoles et rhums traditionnels : en effet chacun cultive fièrement sa personnalité ainsi que ses différences. Des divergences héritées de l’histoire et de la colonisation qui créent aujourd’hui encore, une véritable polémique d’amateurs. »

 

* je signale au non-initié que le rhum agricole s’obtient de la distillation du jus frais de canne à sucre alors que le rhum traditionnel est distillé à partir de la mélasse sous-produit du sucre.

 

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26 octobre 2010

Le rhum « l’art de bien vieillir c’est le passage de Noami Campbell à Sainte Thérèse de Calcutta » moi j’adore le Rhum Rhum blanc de Marie-Galante ICI  

 

Au Brésil, on produisait un rhum grossier dès le milieu du XVIe siècle et les planteurs avaient déjà remarqué que les esclaves africains  en raffolaient. En 1648, un critique faisait remarquer que c’était « une boisson réservée aux esclaves et aux ânes ».

 

Et dans toute l’Amérique, le rhum était distribué aux esclaves africains pour rendre leur sort plus acceptable. Il aussi joué un rôle important dans différentes cérémonies religieuses d’esclaves au Amériques – et chez les Africains sur leur terre natale.

 

Encore une fois, cela ne manque pas d’ironie. Le sucre obtenu par le travail des esclaves, comme ses dérivés la mélasse et le rhum, devait leur faire oublier leur existence de misère. Le rhum produit par les esclaves adoucissait le sort des hommes sur les navires de guerre et négriers, celui des militaires lors des conflits, et dans les colonies précaires fondées par les européens dans le monde entier, de la frontière américaine à la Botany Bay en Australie. C’est comme si les esclaves produisaient eux-mêmes un lubrifiant pour faciliter la dureté et les malheurs de leur condition et la vie de leurs oppresseurs. Et tout cela reposait sur la culture de la canne.

 

Les exportations de rhum ont rapidement augmenté à la fin du XVIIe siècle. En 1664-1665, près de 400 000 litres ont été expédiés depuis la Barbade ; trente ans plus tard, on était passé à plus de 2 millions. Vers 1700, le rhum était devenu une source majeure de profit pour les planteurs de toutes les Caraïbes.

 

La consommation s’est répandue des plantations aux docks, puis, dans tous les ports importants, avant, enfin, de pénétrer l’intérieur des terres de tout autour de l’Atlantique. Le rhum était un élément central du commerce auquel se livraient les marins au fil de leurs escales successives. Ils en avaient eux-mêmes besoin pour supporter les rigueurs des semaines et de mois passés en mer.

 

Après 1731, chaque homme enrôlé dans la Royal Navy touchait de droit une ration quotidienne de rhum. On risque toujours de sous-estimer son importance pour les marins des flottes commerciales comme militaires. De fait, la ration attribuée sur les navires de la Royal Navy a été maintenue jusqu’en 1970.

 

En Amérique du Nord, aux Caraïbes, le rhum est devenu la principale boisson, en premier lieu chez les travailleurs. C’était le breuvage idéal pour affronter les rigueurs et les difficultés de la vie des colonies. C’était devenu un élément clé du commerce des fourrures avec les Indiens et, malgré les efforts pour limiter son impact, il allait avoir une influence destructrice sur ces communautés – ce que l’arrivée plus tardive du whisky n’allait d’ailleurs pas arranger. Même si les colons américains continuaient à boire leurs propres boissons alcoolisées – du vin et surtout de la bière –, elles ne faisaient pas le poids face au rhum des Caraïbes.

 

Les fonctionnaires français, comme les Britanniques, étaient écartelés entre les profits économiques tirés de l’échange de rhum contre des fourrures et des peaux, et la catastrophe que causait cette boisson chez les Indiens – et les esclaves africains les fonctionnaires coloniaux et les ecclésiastiques s’unirent pour dénoncer les effets destructeurs de l’alcoolisme.

 

En vain !

 

C’est à partir de ce moment que le mot anglais « bender » (« cuite ») a été employé – à l’origine, les Indiens Sénécas utilisaient cette expression pour désigner un épisode de boisson excessive.

 

L’indépendance américaine, en 1776, a représenté une menace pour l’économie sucrière caribéenne ; les planteurs craignaient que ne cessent les échanges indispensables avec l’Amérique du Nord, mais une fois encore, les contrebandiers vinrent à leur secours –

 

Le rhum prenait le chemin du nord et le ravitaillement américain celui du sud, en passant par les îles qui appartenaient au Danemark. On jouait au jeu fiscal du chat et de la souris entre Britanniques et Américains. En réalité, c’est le développement d’une industrie locale de whisky et le rejet de tout ce qui était britannique qui ont constitué une véritable menace pour le rhum des Caraïbes. Les Etats-Unis avaient commencé à tracer leur propre route politique et culturelle, et abandonné les habitudes anglaises, préférant le café et le whisky au thé et au rhum.

 

SOURCE 

Histoire du sucre, histoire du monde - James WALVIN - Éditions La Découverte

Les racines du rhum

La boutique

L’art de vivre aux Caraïbes

L’art de vivre aux Caraïbes

La plus ancienne cave à rhum parisienne recèle les plus beaux nectars disponibles en France. Son fondateur, le Guadeloupéen Christian de Montaguère, est toujours disponible pour un conseil ou un atelier dégustation (quand il ne teste pas ses nouveaux produits avec son ami JoeyStarr).

20, rue de l’Abbé-Grégoire, Paris-6e​​​​​​​

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6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 06:00

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Non je n’ai pas oublié que mon espace de liberté est né dans le jus pressé du raisin mais, étant un farouche adversaire de la monoculture, je m’aventure, turelure, en empruntant des chemins de traverse, sur tous les terrains d’aventure.

 

Comme un brave confiné déconfiné puis reconfiné que puis-je faire dans mes m 2 perchés au 9e plein sud : boire et manger, lire, écrire, visionner des films, pour mettre mon nez dehors j’ai le droit de faire mes courses une petite heure avec la paperasse ad hoc, de chevaucher mon vélo dans un rayon d’1 km toujours avec l’attestation.

 

Pour autant je ne crie pas à l’attentat à ma liberté, simplement je persiste à affirmer que faire du vélo masqué, à toute heure du jour ou de la nuit, dans tout Paris ne favorise en rien la circulation du Covid 19.

 

Je paye l’irresponsabilité de certains de nos concitoyens, c’est un grand classique de notre pays de ramenards.

 

Nous atteignons des sommets lorsque nos fabricants d’interdits se croient obligés de faire le tri entre les brosses à dents et les capotes anglaises ou me mascara dans les rayons de la GD.

 

Le fera-t-on dans nos pharmacies où la parapharmacie occupe 60 % des rayons ?

 

Vive le non-essentiel !

 

Au risque choquer l’œil de Moscou, je peux vivre sans souci d’amour et d’eau fraîche avec parfois pour le plaisir un soupçon de vin qui pue et un bon plat de pasta !

 

Le vin nu, le mot est lâché !

 

J’en raffole et ça affole, pour autant je ne place pas mon mouchoir de Cholet sur le vin d’avant, celui chanté par Baudelaire et dépiauté par Roland Barthes.

 

Explications :

 

Une brève histoire de l'ivresse – Les Éditions du Sonneur

 

Dans son avertissement au lecteur français, avec l’humour qui est dit-on la marque de fabrique des habitants de la perfide Albion, Mark Forsyth écrit :

 

LES FRANÇAIS SONT DE CÉLÈBRES BUVEURS, mais pas de célèbres ivrognes. Comment ils y parviennent reste un mystère aux yeux des Britanniques, mais le résultat est là demandez à n’importe quel habitant de la planète de vous croquer un Français moyen, ou plus exactement un Français archétypal, le Français ultime, il vous dessinera un homme coiffé d’un béret avec un verre de vin à la main. C’est vrai de Tallinn à Tombouctou, parce que tout le monde sait que les Français sont des buveurs  (bien que le béret, hélas, soit un ornement vestimentaire en péril). Et pourtant, si vous demandez à votre interlocuteur si les Français se saoulent (ce qui après tout la conséquence biochimique de l’ingestion d’alcool), il froncera les sourcils, secouera la tête et répondra que les Français n’en arrivent jamais là.

 

Lo berret qu'ei bearnés ! Le béret est béarnais !

 

Bien sûr, il est absurde de penser que les Français ne se saoulent jamais. J’ai moi-même eu l’occasion d’observer une petite équipe de rugby du Gers qui venait de remporter un championnat régional. Les joueurs étaient ivres, à coup sûr – d’une manière explosive et spectaculaire, un vrai son et lumière de l’ivresse. Ils étaient, pour employer un merveilleux vocable français, beurrés (en français dans le texte). Et ils portaient des bérets, mais ce n’est pas le sujet.

 

[…]

 

La France est un pays où l’alcool est partout, et ses effets nulle part. C’est comme de la lumière sans chaleur, comme un voyage sans destination.

 

Mais l’alcool y est bel et bien partout. Et, de l’avis général, c’est le meilleur du monde. Tel un prêtre qui ne croirait pas en Dieu, 1 Français qui n’aimerait pas le vin ne serait plus un Français. Arrêtez-vous devant un café à onze heures du matin (quand aucun anglais ne boit) et vous apercevrez un vieux avec son pastis, qui sera toujours là lorsque vous repasserez quelques heures plus tard. Mais ce sera toujours le même pastis qu’il boira, celui qu’il sirote lentement depuis 1956. Toujours en train de boire, mais jamais bourré. Bien sûr, il arrive qu’un Français décide de se saouler.

 

ENIVREZ-VOUS

 

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

 

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

 

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

 

Baudelaire, Le Spleen de Paris, XXXIII

 

Mais ce qu'il y a de particulier à la France, c'est que le pouvoir de conversion du vin n'est jamais donné ouvertement comme une fin : d'autres pays boivent pour se saouler, et cela est dit par tous ; en France, l'ivresse est conséquence, jamais finalité; la boisson est sentie comme l'étalement d'un plaisir, non comme la cause nécessaire d'un effet recherché : le vin n'est pas seulement philtre, il est aussi acte durable de boire […]

 

Le vin est socialisé parce qu'il fonde non seulement une morale, mais aussi un décor ; il orne les cérémoniaux les plus menus de la vie quotidienne française, du casse-croûte (le gros rouge, le camembert) au festin, de la conversation de bistrot au discours de banquet…

 

Roland Barthes Mythologies, « le vin et le lait » 11 janvier 2008 Le Vin et le lait ICI 

 

Il y a beaucoup de vérité là-dedans. Le vin est un ornement. Il y aune cérémonie. Il n’est jamais, ou rarement, un moyen d’accéder à une fin. Je n’aurais jamais cru que je dirais une chose pareille, ces mots m’écorchent l’âme, mais il me faut bien reconnaître que je suis d’accord avec Barthes et Baudelaire.

 

Je dois être ivre.

 

Morale de cette histoire so british :

 

Le Français black béret ballon de rouge à la main s’est enfoui dans les abysses du XXe en même temps que le béret et le gros rouge. Il a été assassiné par la RVF et tous les licheurs de nectars royaux, sus aux buveurs, vive les dégustateurs ! Quoi de plus chiant qu’un repas en compagnie de cette engeance, rien à voir avec la 3e mi-temps des ovales du Gers ? Ils ont tué la convivialité du vin qui, par ailleurs, bien mieux fabriqué, formaté par la tribu des œnologues, est trop souvent d’une tristesse infinie.

 

Par bonheur, vinrent les vins nu qui puent ! Ce fut le retour du plaisir, du partage, de la convivialité et ça faisait chier, désolé pour ma vulgarité, les bonzes de toutes obédiences : ces jeunes connes et cons, accompagné(e)s de vieux cons dans mon style, buvaient joyeusement !

 

Tout ce petit monde a l’art de rater systématiquement les bons trains, il s’agrippe à ses certitudes, tempête, raille, excommunie, avant, pour certains, de revenir « la queue entre les jambes » (le monde du vin est très masculin) licher ces breuvages plein de défauts, de déviances, faut bien vivre coco !

 

Ainsi va le petit monde du vin de notre vieux pays, il vit dans l’illusion de sa puissance mondiale, il se cache derrière des chiffres sans accepter leur implacable réalité, oser le dire c’est se voir taxer d’oiseau de mauvaise augure, mais pour leur faire plaisir, comme le note avec humour Mark Forsyth : je dois être ivre.

 

 

« Nous nous sommes mis à l'agriculture non parce qu'on voulait manger – de la nourriture, il y en avait en quantité partout. On a commencé à cultiver parce qu'on voulait se murger »

 

Mark Forsyth dans son livre Une brève histoire de l'ivresse.

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5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 06:00

 

Le manuscrit de la lettre de Jean Jaurès lue en hommage à Samuel Paty © Maxppp - Humberto De Oliveira

J’aurais dû titrer : je suis lecteur de Didier Daeninckx mais j’ai préféré parodier le je suis Charlie pour marquer que je me retrouve dans les propos d’un auteur qui m’a toujours convaincu de son enracinement dans son terroir populaire. C’était un de ces militants communistes sincères, de ceux qui vivaient au plus près du petit peuple, de ceux qui maillaient ces fameux territoires dont a dit et écrits  qu’ils étaient les territoires perdus de la République.

 

Je n’ai jamais adhéré au PCF pour cause de Budapest et, dans ma vieille Vendée, du sectarisme des permanents de ce parti toujours en ligne avec la Direction, mon choix du PSU tenait d’un double rejet : celui d’un PCF aligné sur Moscou et d’une SFIO démonétisée par les errements et les trahisons de Guy Mollet.

 

Nous qui nous disions progressistes avons dialogué avec les intellectuels du PCF, beaucoup de prêtres-ouvriers étaient communistes (Nous catholiques communistes par Jean Galisson menuisier, prêtre (Le Havre) ICI , la JOC, les paysans-travailleurs, l’Ouest catholique sera ensemencé et basculera en grande partie dans le vote pour le PS d’Epinay sous la houlette des rocardiens issus du PSU.

 

Nous n’avions pas forcément raison mais nous ne transigions pas avec la réalité du monde d’au-delà du rideau de fer, l’étouffement du printemps de Prague, la dérive populiste de Marchais, la lente .érosion du bastion de la ceinture rouge, tout ce que Didier Daeninckx dénonce dans sa tribune

 

 

 

« Qui aurait pu imaginer que la gauche se déchirerait à propos d’un délit imaginaire forgé par des assassins ? »

TRIBUNE

Didier Daeninckx

Ecrivain

 

Le romancier raconte dans une tribune au « Monde » comment, en Seine-Saint-Denis comme ailleurs, une partie de la gauche a peu à peu cédé sur les principes républicains et notamment sur la laïcité dans sa lutte contre l’islamophobie.

 

Publié le 28 octobre 2020

 

Au début des années 1960, sans trop comprendre ce que signifiait le mot, je vendais chaque année au porte-à-porte les timbres de l’école « laïque » édités par la Ligue de l’enseignement ; je participais dans les rues de Seine-Saint-Denis aux défilés des fêtes de l’école qui se proclamait fièrement gratuite, obligatoire et laïque.

 

Il m’a fallu attendre l’année du bicentenaire de la Révolution, 1989, il y a plus de trente ans, pour prendre conscience qu’il s’agissait là d’un bien essentiel, quand l’Iran des mollahs a condamné à mort un écrivain laïque, Salman Rushdie, coupable d’« islamophobie » [son roman Les Versets sataniques avait provoqué l’ire de l’ayatollah Khomeyni]. Puis il y eut Taslima Nasreen que les mêmes dictateurs de conscience destinèrent à la décapitation [pour son roman La Honte, en 1994].

 

Qui aurait pu imaginer que la gauche, dans son ensemble, se déchirerait à propos d’un délit imaginaire forgé par les assassins, alors même que Rushdie nous mettait en garde, dès le prononcé de la fatwa le visant, en nous expliquant que ce concept d’islamophobie était jeté en pâture aux ignorants, afin qu’ils le restent ?

 

La trajectoire de Merah comme déclencheur

 

La terreur islamiste a sidéré le monde, elle a mis les mots en actes, répandant le sang « impur » des traducteurs, des éditeurs, des cinéastes, des dessinateurs, des amateurs de rock, des enfants de maternelle, des professeurs, des prêtres, de ceux qui les protégeaient… Cet effroi planétaire a produit ses effets au plus près et j’ai pu, au fil des ans, en mesurer l’impact dans mon entourage immédiat. Les premières alertes datent du début des années 2000, quand le responsable national de l’association antiraciste dans laquelle je militais s’était rapproché de Tariq Ramadan, de Dieudonné, et qu’il évoquait la nécessité d’une loi contre le blasphème. C’était tellement loin de mes préoccupations que je n’en ai, à l’époque, pas saisi la portée.

 

La trajectoire sanglante de Mohammed Merah, en 2012, a servi de déclencheur. Dans ma ville natale, Saint-Denis, un élu communiste et « délégué à l’égalité », répond alors sur les réseaux sociaux à ceux qui lui demandent ce qu’il pense des enfants juifs tués d’une balle en pleine tête dans une cour d’école : « Suis en mode hommage, j’arrête tout ou on va me dire que je ne suis pas touché, pas ému, du coup je vais m’entraîner à pleurer. » Au cours des années suivantes, il fera de cette ironie meurtrière sa marque de fabrique, produisant des centaines de Tweet infâmes, sans que jamais les organisations auxquelles il appartenait ne lui fassent la moindre remarque. Il sera l’un des principaux organisateurs, en 2019, de la déshonorante marche contre l’islamophobie, avant de figurer en bonne place sur la liste des « insoumis » aux dernières élections municipales.

 

En 2014, à Aubervilliers, ma ville de résidence, la coalition Front de gauche s’est vue adoubée dans les locaux mêmes de la mosquée où un imam dispense des prêches antirépublicains, homophobes et organise la défiance envers l’école laïque. Cette coalition acceptera dans ses rangs trois maires adjoints issus de l’association locale des musulmans.

 

Directeurs de conscience

 

L’un de ces adjoints s’illustrera en engageant publiquement le dialogue avec la mouvance d’Alain Soral, qui se définit lui-même comme national-socialiste, et en déclarant à plusieurs reprises qu’en matière d’immigration les gouvernements de la République se comportent plus durement que l’ancien maire Pierre Laval à l’encontre des juifs ! Ce qui, là encore, ne l’empêchera pas de figurer sur l’une des listes de gauche en mars dernier. Pour faire bonne mesure, on embauchera également, entre autres, un trafiquant de cocaïne à la tête d’une des directions municipales, pour service rendu. Il sera arrêté pour menace de mort [en 2016], un mois après son intronisation, alors qu’il arborait les insignes de Daech.

 

Dans le même mouvement, des directeurs de conscience autoproclamés peuvent, sans trembler, affirmer que Charlie a déclaré la guerre à l’islam, une obscénité qui n’a heureusement pas été réitérée lorsque Samuel Paty a subi le même sort que celui des membres de la rédaction du journal dont il expliquait les dessins. On se contente de parler, dans cet espace de radicalité, de « barbarie policière » pour qualifier l’exécution, en état de légitime défense, du tueur. Ces mêmes directeurs de conscience qui s’affichent aux côtés des racistes, des homophobes, des antisémites du Parti des indigènes de la République, et qui considèrent que l’on en fait trop avec la jeune lycéenne Mila, qui vit depuis des mois sous la menace des assassins pour avoir usé de sa simple liberté.

 

Basculement d’électeurs

 

Comment dire son dégoût lorsqu’une sénatrice sensible à l’environnement pollue le sien en posant au milieu de jeunes enfants manipulés qui portent une étoile jaune où est inscrit le mot « musulman » [lors de la marche contre l’islamophobie], suggérant une fois encore que la persécution fantasmée de l’Etat à l’encontre d’une religion équivaudrait à la « solution finale » ?

 

Toutes ces trahisons, tous ces abandons ont désarmé la gauche dans un combat essentiel. Ils permettent à la droite la plus obscure, à l’extrême droite, de se faire les championnes de la préservation des principes républicains ! Ils creusent la défiance, ils favorisent le basculement de centaines de milliers d’électeurs vers les porteurs de solutions autoritaires.

 

 

Tous ces gens qui ont failli, leaders de partis gazeux, adjoint à la mairie de Paris, députées des quartiers populaires, syndicalistes éminents, chroniqueuses en vogue, devraient avoir la décence de se retirer. Aucun d’eux ne parle en notre nom.

 

Une couverture emblématique de Charlie [datant de 2005] représente le prophète Mahomet qui se lamente prenant sa tête entre ses mains : « C’est dur d’être aimé par des cons. » Si j’avais deux doigts de talent, je placerais Jean Jaurès dans la même position, s’adressant à ceux qui, aujourd’hui, à gauche, usurpent et sa pensée et son nom, lui qui affirmait que laïcité et démocratie sont synonymes.

 

Didier Daeninckx est écrivain. Dernier ouvrage paru : Municipales. Banlieue naufragée (« Tracts », Gallimard, 48 pages, 3,90 euros).

 

Didier Daeninckx(Ecrivain)

Aux Instituteurs et Institutrices 

 

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse.

 

Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort. 

 

Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! — Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage. […] 

 

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que  tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine ! […]

 

Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront. 

 

Jean Jaurès, La Dépêche, journal de la démocratie du midi, 15 janvier 1888.

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